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  • Notre-Dame de Paris, une charité bien ordonnée.

    Notre-Dame de Paris, une charité bien ordonnée.

    La cathédrale de Notre-Dame a été ravagée par les flammes lundi 15 avril. Cet incendie, a ravagé les superstructures de la cathédrale, mais a permis de sauvegarder la majeure partie des murs. Il a profondément et sincèrement ému de nombreux individus et de nombreuses personnalités.

    L’importance symbolique du monument a dépassé son caractère purement historique, et, même, religieux. Cet incendie n’a pas été perçu comme ravageant un lieu de la chrétienté, mais comme détruisant quelque chose d’une importance transcendantale. Le bâtiment touché était vu comme une propriété nationale au sens populaire du terme, au delà de sa fonction première, au delà de son histoire.

    Il y eut des réactions sarcastiques et moqueuses, mais celles-ci sont restées extrêmement minoritaires. Nous les comprenons également, elles ont tenté de faire passer des messages politiques, parfois justes, mais d’une manière inadaptée, ce qui les ont rendus inaudibles.

    Emmanuel Macron devait, le soir même, intervenir pour présenter un bilan du Grand Débat, cette farce ridicule et sinistre. Il a renoncé à prendre la parole publiquement. Cependant, son intervention, enregistrée, a filtré vers les médias. Elle n’a rien révélé de surprenant. La politique gouvernementale conserve le même cap : liquidateur pour les droits sociaux et dans la veine d’une baisse des salaires. Cependant, il a, sans vergogne, tenté d’utiliser cet incendie pour annoncer la nécessite de « rallier la nation » et de faire « bloc autour de Notre-Dame ». Difficile d’être moins convainquant. Ses laquais ont également voulu mettre en avant que la moindre des choses serait que les Gilets Jaunes liquident leur mouvement, par « dignité ». Lorsque les arguments sont à sec, on use du sentiment.

    Dans le même ordre d’idées, l’extrême-droite a tenté de capitaliser sur cet évènement, comme à son habitude, pour essayer d’instiller des positions pogromistes dans la société, en cherchant la trace d’un attentat, d’un incendie volontaire. Elle a cherché une main imaginaire d’un islam radical, allant jusqu’à inventer des musulmans sautant de joie à l’annonce de l’incendie.

    Or, les réactions de la part des musulmans et des musulmanes de France ou d’ailleurs ont été, elles aussi, de la solidarité. Mais comme les prophéties de l’extrême-droite ne se réalisent pas, elle en est réduite à tordre la réalité et les faits.

    Macron incendie Notre-Dame.

    Les conspirationnistes sont allés jusqu’à dire que Macron a fait incendier volontairement Notre-Dame dans le but de pouvoir détourner l’attention et repousser sa prise de parole publique. Chacun est allé de sa théorie personnelle sur les raisons de cet incendie et les moyens par lesquels celui-ci s’est déclenché.

    Cela ramène à une chose importante à mentionner : nous sommes programmés, d’un point de vue du fonctionnement de notre cerveau, pour raisonner de manière associative et chercher des corrélation, même là où celles-ci sont absentes. Plus un événement nous paraît important, plus nous avons tendance à lui rechercher des causes à la hauteur de cette importance. Nous vous conseillons par ailleurs de lire cet article à ce sujet.

    Dans les faits, l’attitude des politiciens et des politiciennes pousse à confirmer ce biais de raisonnement, car, souvent, ils et elles exploitent des situations exceptionnelles pour faire avancer leurs agendas. Mais exploiter et générer ne sont pas des choses équivalentes ! Lorsqu’une personne utilise un malheur pour apitoyer sur son sort, il n’a pas généré son malheur à cette fin, il exploite -parfois cyniquement- une situation désavantageuse pour la tourner à son avantage. Les politiciens et politiciennes sont particulièrement adeptes de ceci.

    Macron n’a pas incendié Notre-Dame, mais, en revanche, il porte une part de responsabilité dans le fait que cet incendie se soit déroulé. Comment ?

    La politique menée depuis plus de dix ans envers les politiques publiques, condensée sous le nom de RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques), a étranglé le financement de très nombreuses officines publiques, administration, services… Dans le but de « rationaliser » l’usage de l’argent public, mais également dans le but d’ouvrir progressivement au privé ces marchés captifs -pour en constituer d’autres, mais entre les mains de la bourgeoisie!- l’Etat a peu à peu réduit les dotations. Ces baisses de budget se sont répercutées dans les services jugés les moins vitaux. Très souvent, ces baisses de budget ont impacté en priorité l’entretien et la maintenance. La suppression des dotations ne produit pas d’effet à court terme en termes d’activité, donc satisfait les donneurs d’ordre, mais, à long terme, produit des dégâts terrifiants.

    L’accident de train de Brétigny-sur-Orge, en 2011, illustre ceci : un matériel fatigué, non remplacé, usé et maintenu en service coûte que coûte, pour limiter les dépenses. Ces accidents se sont systématiquement multipliés dans les pays ayant adopté ce type de contraintes budgétaires.

    L’Incendie de Notre-Dame fait partie, aussi, de ces catastrophes qui naissent du fait de défauts d’entretien. Pourtant, dans le cadre d’une étude réalisée en 2016, le risque majeur d’incendie avait été pointé du doigt par Paolo Vannucci. Mais rien n’a été fait.

    Depuis, la question de la réfection de Notre-Dame dépend notamment des dons publics. Mais là encore, il existe des zones de trouble.

    Charité bien ordonnée.

    Les grandes fortunes de France ont ouvert leur bourse : près d’un milliard d’euros ont été promis pour reconstruire Notre-Dame. Des sommes colossales, inimaginables, lancées par les grands capitalistes. Même la ville de Paris, ville-monde, dont l’aire urbaine concentre près d’un cinquième des habitants et habitantes de France, n’a pu sortir qu’un dixième, un vingtième de ce qu’un individu seul a pu aligner.

    Cela révèle l’ampleur immense de la captation des richesses qui a été opérée par les capitalistes, et qui n’a fait que s’amplifier au cours des années. La très grande bourgeoisie concentre entre ses mains des sommes invraisemblables, digne de budgets d’Etats. Ces sommes prêtent d’autant plus à rêver qu’elles sont mises uniquement à contribution pour engranger d’autres profits, tout aussi colossaux. Nous pensons que ces dons dévoilent l’indécente opulence de cette classe sociale, parasitaire et spoliatrice.

    Cet argent sort, aujourd’hui, d’un coup de baguette magique, pour reconstruire Notre-Dame. Il est, d’une part, sorti avec une célérité empressée, montrant qu’il était disponible. D’autre part, il n’est pas sorti pour d’autres causes, ni pour la détresse réelle des plus pauvres, ni pour n’importe quelle autre cause. La philanthropie de ces fortunés n’est pas destinée à tous.

    Mais, au-delà de l’aspect symbolique important, du fait que ces donateurs soient peut-être empreints de sincérité, se trouve également des appétits qui se marient mal avec le monde du spirituel. « Charité bien ordonnée commence par soi-même », voilà qui pourrait être, en somme, le credo des généreux donateurs. Sans rentrer revenir sur le fait, pourtant fondamental, que ces richesses immenses et sans cesse grandissantes soient le fait de la captation et de la spoliation des travailleurs et des travailleuses, il est important de savoir comment ces dons généreux sont faits, en réalité, sans bourse délier.

    Si l’idée de faire une défiscalisation complète des dons a fait long feu, il ne faut pas, pour autant, croire que nos chers capitalistes nationaux se retrouvent, par le sacrifice de ces sommes, avec une couronne d’épines sur la tête. Certes, la grande bourgeoisie a sorti de ses caisses à peu près l’équivalent du PIB annuel des îles Samoa pour la reconstruction de Notre-Dame. Mais qu’en est il vraiment ?

    Premièrement, depuis la mise en place de la RGPP, le monde de la culture s’est retrouvé pauvre comme Job. Privés de financements publics, les musées -mais également les universités- dépendent de généreux mécènes. Cette dépendance permet un droit de regard de la part des fondations sur l’ensemble de l’activité, notamment au niveau des choix stratégiques comme des choix d’attributions de marché. Il s’agit d’une publicité et d’une image qui bénéficie à l’entreprise donatrice. Un investissement rentable.

    Deuxième aspect, la défiscalisation. Un don est défiscalisé à 60%. Les entreprises paient un impôt, donc, mais vers le secteur de leur choix. Et elles ne le paient qu’a 40%, le reste étant, donc, à la charge des contribuables. Cela fait donc que ces derniers paient pour les choix d’image de l’entreprise, à hauteur de 60%. Ainsi, en 2016, 369 millions d’euros ont été réellement versés par les entreprises, tandis que l’Etat a dû abonder de 990 millions d’euros. (selon les rapports de la Cour des comptes.) LVMH fait figure de grand pionnier, pompant à elle seule 61 600 000 € en 2018, loin devant les 8 suivantes, qui ne représentent que, cumulée, 21 000 000 €. Une manière de faire un bel effet levier sur les ambitions du peloton de tête des fortunes.

    Troisième aspect, le gonflement des dons en nature et le mécénat « de compétences ». Pour le premier, il s’agit de faire des dons qui sont défiscalisés, mais en ne prenant régulièrement pas comme base le prix de revient du produit donné, mais son prix de vente final, accompagné de la marge du distributeur. De plus, lorsque Auchan, Carrefour, Casino donnent des produits alimentaires, il arrive régulièrement que ceux-ci soient inexploitables (trop proches de la fin de la Date Limite d’Utilisation), et donc auraient été perdus. Il s’agit donc d’une manière de valoriser les pertes et de faire des dons qui peuvent même rapporter.

    Le mécénat de compétence, quant à lui, consiste à fournir de la main d’œuvre pour des travaux. Une manière d’ajuster l’activité de l’entreprise. En temps normal, la prestation est facturée uniquement du coût du salaire, mais des entreprises en profitent pour saler l’addition, sachant qu’elle est couverte par l’Etat. De plus, les « Établissements Administratifs Publics » peuvent offrir des prestations en nature à titre de dédommagement. Une nouvelle manière de rentrer dans les frais de l’entreprise.

    En dernière instance, la « charité très chrétienne » des donateurs ne leur octroie pas que des indulgences aux yeux des prélats, elle permet un magnifique retour sur investissement !

    Nous pensons que le patrimoine architectural, environnemental ou culturel mérite bien mieux que les sponsors de la bourgeoisie. Nous pensons qu’ils méritent d’être protégés, tout comme les trésors archéologiques que recèlent le sous-sol. Les capitalistes les voient comme des choses « rentables », ou en termes d’images, ou en termes de finance. Leur politique tend à les laisser pourrir sur pied, se dégrader, ou être transformés en supports publicitaires.

    Nous pensons que ces lieux, ces emplacements, ces paysages, appartiennent ou aux masses populaires, ou à la nature elle-même. Nous ne pouvons faire confiance dans des boutiquiers pour les protéger. Nous ne pouvons compter que sur les masses populaires elles-mêmes, et leur sincère attachement à ce patrimoine immense pour déterminer ce qu’il convient d’en faire.

    A la fois sur la sauvegarde de celui-ci, à la fois sur le mise en pièce de monuments et de symboles réactionnaires, furoncles imposées par un ordre injuste et oppressif.

    La chasse au profit est le brasier dévorant qui engloutit les monuments. Les fortunes dormantes dans les comptes en banque des bourgeois sont issues de notre sang, de notre sueur, de notre travail.

    Le patrimoine et les moyens de l’entretenir, les moyens de produire les richesses doivent nous revenir. Nous savons où ils sont. Il ne tient qu’a nous de nous organiser pour aller les chercher, les prendre et les protéger.

  • Les prochaines attaques.

    Les prochaines attaques.

    Les prochaines attaques.

    Le mouvement des Gilets Jaunes, qui dure depuis bientôt quinze semaines, est une véritable bataille de Verdun sociale. Elle fixe et focalise toutes les attentions du moment, monopolise véritablement les esprits et les pensées. Elle est le centre de gravité de la bataille contre les assauts du gouvernement.

    Faute de pouvoir juguler le mouvement des Gilets Jaunes, toute la gamme de manœuvres habituelles ont été mises en branle par le gouvernement et différentes fractions de la bourgeoisie. Laisser passer du temps, en espérant que les choses se tassent d’elles-mêmes ; utiliser la force brute pour décourager les manifestants et les manifestantes de s’exposer au danger ; arrêter préventivement les « meneurs » ; faire appel à des agents provocateurs d’extrême-droite, coordonnés avec la police, pour semer la division… Cela n’a pas fonctionné.

    Mais également, nos ennemis de classe ont manié la carotte : saluer la création de listes européennes pour faire rentrer dans le giron de la démocratie bourgeoise le mouvement ; promettre un référendum scélérat qui servira à faire passer des réformes structurelles… en somme tout est tenté. Il est à souligner que le référendum était déjà mentionné en juillet dernier comme moyen envisageable pour faire passer en force les modifications décidées par le gouvernement (« Si cela est nécessaire, je recourrai au vote de nos concitoyens par voie de référendum. » )

    Depuis quelque temps, des discours faisant glisser la question des Gilets Jaunes d’une question sociale et politique à une question ethnico-religieuse. En prenant appui sur des actes isolés commis ces derniers temps, dont certains sans lien avec les Gilets Jaunes, une frange réactionnaire de la bourgeoisie tente une manœuvre dangereuse. Il existe, de fait, une présence et une influence de certaines thèses réactionnaires et conspirationnistes chez les Gilets Jaunes comme dans la société dans son ensemble. Des luttes sont menées constamment pour les juguler.

    Au lieu de souligner ces contradictions, ces agents provocateurs, tels que BHL et Finkielkraut, ont choisi sciemment d’instiller le poison de « l’ethnicisation du conflit ». Ils ont été repris en cœur par Grievaux (entre deux hommages à Pétain, toutefois), par Castaner, avec la bénédiction de l’Elysée. Le PS, désespéré de sa propre inutilité, a impulsé un front commun contre l’antisémitisme, permettant même au RN, à Zemmour et à Ciotti de vomir leur haine des musulmans, présentée comme un antidote à l’antisémitisme. Nombre d’organisations se sont couchées devant cet ultimatum. A l’inverse, les rassemblements dénonçant cette instrumentalisation, à l’initiative de l’UJFP (Union Française des Juifs pour la Paix) ont permis à des discours douteux et tout aussi ethnicisant, comme celui du PIR, de se propager.

    Parallèlement à cela, le gouvernement à non seulement utilisé le mouvement des Gilets Jaunes pour faire avancer son propre agenda politique et répressif (lois anti-manifestations, lois sur la presse…), mais également il a pu poursuivre son travail sur d’autres fronts d’attaque, profitant de l’accaparement de l’attention.

    Le gouvernement a prévu un ordre du jour particulièrement chargé en termes d’offensives contre les droits sociaux. Le rapport Cap 2022, qui avait fuité durant l’été, donnait une idée générale de quelles étaient les ambitions de la direction de l’Etat.

    L’analyse du rapport est disponible ici dans son intégralité. Résumer ce plan de bataille est simple : anéantir la fonction publique ; donner un coup d’accélérateur à la privatisation de pans énormes des services publics (éducation, santé, mais également les ex-nationales, qui pourront être administrées par des sociétés privées) ; traquer les moindres dépenses et « responsabiliser » ceux qui usent des aides sociales. Il est important, essentiel, de garder ce terme de « responsabiliser » à l’esprit. Il va devenir central.

    Malgré la lutte intense actuelle, le gouvernement n’a pas renoncé à poursuivre ces projets. Il les a même amplifiés. Il est revenu sur chaque promesse, sur chaque concession. L’offensive continue.

    L’offensive non-stop

    La grande entourloupe orchestrée par le gouvernement se joue là : ceux qui ont besoin de ces aides sont vus comme des irresponsables, qui coûtent cher, qui sont oisifs, inutiles, contre-productifs. Il faut donc les « dresser ». « Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’Etat, de ses mécanismes de vérification et de contrôle (…) C’est de leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. »

    Par exemple, la mise en place du jour de carence, pour lutter contre l’absentéisme. Ces journées sans salaires peuvent maintenant s’étendre jusqu’à une durée de trois jours. Or, limiter les absences ne contribue pas à améliorer la santé de ceux et de celles qui en font usage. Au contraire, elle tend à rendre non seulement l’accès aux soins plus compliqués mais également à accroître l’usure des travailleurs et des travailleuses, dont les absences perlées sont le plus souvent un révélateur essentiel. Mais cette donnée n’a aucune importance aux yeux des ceux qui vivent du rendement produit par le travail des autres.

    Dans ses discours de Versailles et devant le Parlement, en juillet dernier, Macron dévoilait une partie de son plan de guerre contre les intérêts des classes populaires du pays. La très grande majorité des individus, dès lors qu’elle entend parler de fiscalité, ne peut s’empêcher de bailler fortement et de détourner son attention. Or, dans ce cadre-là, la question de l’impôt est centrale.

    Les cotisations sociales, qui ne sont pas des impôts à l’origine, mais une participation à des caisses de solidarité. L’Etat n’avait, à l’origine, pas sont mot à dire sur leur contenu ou sur leur redistribution. Ces aides étaient des droits.

    Or, en changeant le financement de ces caisses, en passant d’une cotisation à un impôt, l’Etat, et donc la bourgeoisie, s’est arrogée le droit de donner non seulement son opinion sur cette question, mais directement d’en prendre le contrôle.

    « La solidarité nationale est de plus en plus financée par l’impôt, ce que vous avez voté en matière d’Assurance Chômage a ainsi supprimé toute cotisation salariale remplacée par la CSG mais il faut bien expliquer l’ensemble de cette réforme, ne pas voir que la CSG qui augmente d’un côté, en oubliant que ce sont toutes les cotisations sociales salariales qui ont baissé de l’autre. »

    Ce jeu de passe-passe paraît ne rien changer. Mais il bouleverse tout ! Il donne tout pouvoir à l’Etat sur l’argent récolté. Non seulement la CSG est inégalitaire, mais, en supplément, l’Etat peut la ventiler comme bon lui semble.

    Leur nature de droit n’est plus, dès lors, garantie. « il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. »

    En somme, comme ce n’est plus une cotisation, mais un impôt, l’Etat s’arroge le droit de dire qui le mérite ou qui ne le mérite pas.

    Dès lors, il exige des contreparties. Devant l’Assemblée, Edouard Philippe a déclaré :«Il n’est pas scandaleux, je le dis comme je le pense, de poser la question des droits et des devoirs. […] Lorsque l’Etat crée des systèmes de solidarité ou d’accompagnement ou d’encouragement, la logique de droits et de devoirs est impérative.» Il est fascinant de constater que le Premier ministre considère que la création des aides sociales est issue de l’Etat. Cette falsification de l’histoire est malheureusement typique. Même le RSA est géré par les départements. En réalité, l’Etat, pour le compte de la bourgeoisie, s’est invitée dans la gestion des aides sociales dans le but d’en prendre le contrôle et de, à terme, les réduire à néant.

    Cela rentre dans le cadre de la longue guerre fiscale entre les exploiteurs et les exploités, que nous résumons ici.

    Déjà, des affiches fleurissaient dans certaines régions, parlant du bénévolat pour sortir du RSA. L’idée que ceux qui bénéficient d’aides sociales puissent faire du travail « d’intérêt général » est, en dernière analyse, la première étape vers le fait qu’ils doivent en faire, pour conserver ces aides.

    Cela illustre une certaine mentalité qui confond chômage, inactivité professionnelle avec une oisiveté, une fainéantise, qui doivent être corrigée par le travail. Elle contribue à donner une impression du fait que les chômeurs sont responsables de leur sort. Cette morale, somme toute assez huguenote, s’accompagne aussi de certains appétits féroces et sous-jacents.

    Du travail gratuit, à la pelle, voilà le rêve qui s’incarne dans ce genre de mesures. Petit paradoxe : s’il est possible de faire travailler ceux qui n’ont pas de travail, c’est qu’il existe des postes non-pourvus. Donc cette mesure est, somme toutes, hypocrite. Si des chômeurs occupent gratuitement un poste, ils contribuent à empêcher les embauches et donc à perpétuer une situation de chômage. Qui plus est, en étant payé au niveau des aides sociales, ils contribuent également à tirer les salaires vers le bas, en dévaluant les postes qu’ils occupent. Dans un sens, ce travail gratuit ne contribue nullement à enrichir la société. Au contraire. Il contribue à l’appauvrir. Les seuls qui peuvent se réduire de cela sont ceux qui verront leurs taxes diminuer par le fait que les « travaux d’intérêts généraux » soient faits par des personnels surexploités. Et encore, même pour les capitalistes, ce n’est pas forcément une si bonne nouvelle que ça.

    Pourquoi ?

    Dans un sens, cette mesure se rapproche de la loi sur l’alimentation. Celle-ci partait initialement, quant à elle, d’un constat juste : une grande partie des petits et moyens agriculteurs et des petits et moyens producteurs sont dans des situations financières extrêmement précaires. Ces catégories sociales touchent, en particulier depuis la grande distribution, des bénéfices anorexiques du fait des prix bas. La loi alimentation est censée répondre à cela en garantissant une hausse des rentrées d’argent, par l’augmentation des prix et la mise en œuvre de certaines contraintes concernant les grands magasins. L’idée peut paraître sympathique.

    Mais, pour ne pas s’aliéner les grands cartels de la distribution, Macron ne touche pas à leurs marges sur les ventes. La loi est faite pour que ce soit une hausse des prix intégralement répercutée sur les consommateurs. Cela lui a néanmoins permis de ricaner en disant que « ce n’est pas open bar », si les Français et les Françaises veulent que les agriculteurs soient mieux payés, à eux de le faire.

    Mais cette loi est contre-productive. Elle est déflationniste, ce qui, en régime capitaliste, n’est pas un bon signe. Elle impacte le niveau de vie et le pouvoir d’achat d’une très grande partie des habitants et des habitantes de France. Comme la part du budget des ménages dédiés à la consommation est de plus en plus grande, celle-ci atteindra des limites. A l’arrivée, les supermarchés et hypermarchés auront beau avoir l’impression d’avoir remporté une victoire sur leur taux de rendement, leur chiffre d’affaires n’en grandira pas pour autant. Il finira même probablement par se contracter. Somme toutes dans cette loi, les agriculteurs, les consommateurs et même la bourgeoisie sont perdants.

    Il en est de même pour le travail gratuit, il contribue à faire baisser le niveau de vie, à jeter dans la misère toujours plus d’individus, et à tirer les salaires vers le bas. Il fait, certes, baisser les impôts de ceux qui en paient, mais au prix d’une déflation qui peut s’avérer dangereuse même pour les capitalistes.

    Certes, Macron et ses sbires veulent augmenter le salaire net pour permettre plus de consommation. Mais ce que les cotisations sociales ne couvriront plus devra être compensé. Les mutuelles vampiriseront une partie conséquente de ces sommes « libérées », tandis que les mauvais jours devront être prévus par la constitution de bas de laine, comme dans l’ancien temps. En dernière instance, le jeu de presser au maximum les larges masses populaires pour tout leur prendre se heurte à des logiques économiques qui se retournent contre ses auteurs.

    En fait de période de faste, nous nous dirigeons à tout petit pas vers des crises économiques toujours plus brutales.

    Cela illustre certaines contradictions du capitalisme, lequel ne mène plus qu’à l’accaparement de richesses par une poignée, tandis que les crises reviennent inlassablement. Dans tous les cas, l’avenir est bien sombre, économiquement et, par voie de conséquence, politiquement.

    Le gouvernement, malgré le mouvement intense, poursuit donc ses objectifs. Nous devons poursuivre les nôtres. La lutte des Gilets Jaunes préfigure une série de luttes intenses qui naîtront mécaniquement de la misère croissante. Plus la situation s’aggrave, plus celles-ci prendront un caractère explosif.

    L’échec des diversions réformistes est patent. Il n’existe plus d’issue électorale évidente, malgré les agitations de LFI ou du RN. Cela créé une situation où les mouvements se politisent par leur confrontation directe avec la dictature capitaliste et l’appareil d’Etat. Cette politisation est une force immense.

    Le rejet de prétendues institutions démocratiques, le rejet du régime de dictature du capital, pose des questions inédites. Les communistes ont un rôle immense à jouer dedans pour permettre à ce que mature la conscience politique des masses populaires, mais également pour les organiser et les rassembler.

    Il y aura de facto un reflux dans le mouvement de masse, par la fatigue, l’épuisement, la lassitude. Ce reflux déterminera qui sera le gagnant et qui sera le perdant de la grande lutte. Le gouvernement mènera une contre-offensive sociale, sans le moindre doute. Si les forces qui se sont levées ne sont pas plus organisées et plus structurées qu’avant, celui-ci aura gagné. Si les fascistes remportent la bataille pour l’hégémonie politique du mouvement, celui-ci sera perdu. Si nous parvenons -et cela ne dépend que de nous, un nous au sens large- à faire que le camp du peuple est plus unis, plus politisé, plus solide, plus solidaire, alors nous aurons gagné. Cela formera un pas, mais un pas immense, vers d’autres victoires, plus stratégiques et plus cruciales encore.

  • Taxes : la véritable histoire – conférence / débat

    Taxes : la véritable histoire – conférence / débat

    « L’impôt est le sang du travailleur ».

    Impôts, taxes, cotisations, CSG, TVA… derrière ces termes se cache souvent une réalité complexe et une histoire méconnue.

    Une histoire qui n’est pas au programme de l’Education Nationale, et qui pourtant est cruciale, en particulier aujourd’hui.

    Une histoire qui porte une continuité : faire payer aux pauvres le coût de leur oppression et laisser les riches s’engraisser.

    Une histoire qui revient chaque élection, avec ses paradoxes. Quand la droite dit qu’elle veut baisser les impôts, elle parle de baisser, en réalité, les salaires. Par contre, le plus inégalitaire de tous, la TVA, n’est jamais attaqué.
    Quand la gauche en parle, c’est pour marquer son renoncement à mettre fin à cette situation criminelle : l’exploitation de l’homme par l’homme.

    L’Unité Communiste de Lyon propose de découvrir, ensemble, une autre histoire. Celle du fisc et de son lien avec la lutte contre l’exploitation, celle de batailles sociales oubliées, celles de demi-victoires et de défaites entières.

    Celle de l’avenir, aussi, avec Macron qui veut détruire, pour ses maîtres, les conquêtes sociales payées du sang des travailleurs et des travailleuses.

    Une histoire dévoilée aujourd’hui.

    CONFÉRENCE DÉBAT À L’ESPACE CULTUREL MÉSOPOTAMIE LE 13 DÉCEMBRE À 18H
    (rue Mazagran, Lyon 69007 (arrêts Saxe Gambetta, Guillotière, St André)

  • Le mouvement des gilets jaunes : notre miroir. -Partie I-

    Le mouvement des gilets jaunes : notre miroir. -Partie I-

    Le mouvement des gilets jaunes : notre miroir.

    Partie 1

    Développer une ligne politique, pour une organisation ou un parti, est un travail aisé. Il suffit d’affirmer quelque chose et de le maintenir comme vérité absolue.

    Développer une ligne politique juste, en revanche, est un travail de titan. Cela demande une enquête, cela demande de la réflexion, de comprendre tant une situation générale que de comprendre les évolutions possible et l’interaction de toutes les forces qui en sont les forces motrices ou qui peuvent l’influencer. Posséder une ligne juste revient à marcher sur le fil d’un rasoir, sur une arête tranchante, entre d’un côté des déviations gauchistes, aventuristes, qui surestiment les difficultés. De l’autre, des déviations droitières, modératrices, retardataires, qui empêchent le développement du plein potentiel de la lutte.

    Aujourd’hui, le mouvement des Gilets Jaunes fournit un cas d’école exemplaire. Il est une fenêtre sur la situation économique et politique d’une grande partie des masses populaires de France -mais aussi de ses dominions, comme la Réunion. Il est, également, un coup de projecteur sur l’état idéologique et politique des forces progressistes et révolutionnaires.

    L’un et l’autre a son importance. Le mouvement des Gilets Jaunes, les écueils auxquels il se heurte, ses insuffisances, ses manques, ses échecs, mais aussi ses succès sont un miroir. Celui de l’état des forces qui constituent ou prétendent constituer le camp du peuple, de ses propres insuffisances, de ses propres faillites, de ses propres échecs. Mais également de ses succès.

    Nous regardons le mouvement des Gilets Jaunes comme une explosion de colère face à une situation devenue invivable par une grande partie des classes populaires -au sein desquelles se trouvent également des éléments petits-bourgeois terrifiés par leur déclassement. Cette explosion de colère n’a pas été déclenchée par l’extrême-droite ou par des groupes organisés, en revanche, un certain nombre d’organisations ont eu un flair certains pour se greffer très rapidement, avant même la mobilisation du 7 novembre, et commencer à s’infiltrer dans l’appareil de direction embryonnaire.

    Ces forces réactionnaires ont tenu le haut du pavé et de l’affiche en manœuvrant, mais n’ont pas réussi à imposer leurs mots d’ordres -en particulier des mots d’ordre racistes, du fait de la présence de personnes issues de l’immigration dans les mobilisés. Cependant, ils ont plus repoussé qu’attiré. Les tentatives d’infiltration de la part de politiciens professionnels ont été souvent mal perçues et ont entraîné des réactions brutales de rejet.

    Il y a eu des actes réactionnaires isolés et spontanés : actes racistes, sexistes, xénophobes… des actes de violence ont été commis et ont été montés en exergue par les médias. D’un autre côté, des collectes pour les chômeurs, des actes d’entraides ont été passés sous silence.

    Les revendications proposées par le mouvement des gilets jaunes ont été le reflet du niveau politique de ceux qui les ont rédigées, plus qu’un plan sous-tendu par une idéologie. Des revendications réactionnaires, nourries par la propagande d’extrême-droite sont présentes. Elles sont l’illustration de la force d’influence des idéologues de la réaction. En revanche, d’autres, mêmes insuffisantes, dénotent le véritable contour social de la mobilisation : plus de salaires, que les riches paient, des droits démocratiques élargis… Ces mots d’ordres ne sont pas politiquement synthétisés. Et pour cause, cela ne se fait pas d’un claquement de doigt.

    Une grande partie de ceux et de celles qui sont dans ces mobilisations font leurs premières manifestations, parfois à un âge assez avancé. Ce sont des individus qui n’ont pas participé à des luttes sociales, à des luttes politiques. Certains liquidateurs et certaines liquidatrices des mouvements sociaux, juchés sur leur arrogance, leur en tiennent rigueur.

    Il peut être légitime, à titre individuel, de porter un regard plein d’amertume lorsqu’on voit ces nuées de Gilets Jaunes, plus nombreux et plus déterminés que les cortèges des grandes manifestations contre la Loi Travail. Individuellement, il est logique de penser cela. Mais la question ne se pose pas ainsi d’un point de vue militant. Elle ne se pose pas en « où étiez-vous ? ». Elle se pose en « qu’avons nous fait pour qu’ils, pour qu’elles, viennent ? »

    « Qu’avons-nous fait pour porter une analyse politique révolutionnaire au-delà de nos univers militants ? ». « Quels sont nos manques » et non pas quels sont les leurs.

    Nous considérons que le mouvement des Gilets Jaunes et ses failles est avant tout un miroir. Celui de nos propres failles. Et notre responsabilité est totale et intégrale.

    Nous martelons ce fait. Nous sommes les premiers responsables de nos victoires et de nos défaites. Nous ne pouvons pas reprocher à la bourgeoisie de suivre ses intérêts, nous ne pouvons pas reprocher aux fascistes de tenter de prendre la direction du mouvement des Gilets Jaunes. Nous ne pouvons lui reprocher sa faiblesse idéologique.

    Nous ne pouvons que regarder en face notre responsabilité dans le fait que la bourgeoisie soit hégémonique. Nous ne pouvons que regarder en face notre échec à trouver les moyens d’empêcher les fascistes d’être influents dans ce mouvement. Notre tâche n’est pas de conspuer la réalité, de s’en plaindre, mais de trouver les forces, l’énergie, les moyens et la voie qui permette de passer d’insignifiants à signifiants, d’inefficace à efficace, d’isolés à hégémoniques. Si nous n’avons pas les forces, il faut comprendre pourquoi et remédier à ce problème. Mais nous ne pouvons attendre que la bourgeoisie s’effondre d’elle-même ou que les fascistes desserrent leur étau.

    Or, nous considérons que c’est en regardant en face ces forces et ces faiblesses qu’il est possible de progresser, d’améliorer le travail que nous faisons, d’améliorer nos positions et de réussir à remplir nos objectifs. L’autocritique et la critique sont sans cesse annoncés comme des nécessités vitales. Pourtant, elles ne sont quasiment jamais appliquées. Bien souvent, l’orgueil, la peur de montrer les défauts de sa cuirasse, suffisent à faire que certains, certaines, organisations comme individus, préfèrent persister jusqu’au bout dans leur erreur plutôt que de faire œuvre de contrition et d’avouer leur erreur. Pour camoufler cette faillite, ils et elles s’accrochent à de grands principes généraux, mués en vérités absolues et constantes.

    Il ne suffit pas d’annoncer des grands principes emprunts de pureté pour y parvenir. Il ne suffit pas d’avoir raison « en principe », il faut également avoir tactiquement et opérationnellement raison pour gagner. Engels écrivait ainsi que « Notre doctrine n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action. » Cette conception est un des fondements de la pensée marxiste, qui est avant tout orienté dans le but de la transformation révolutionnaire du monde. C’est à celle-ci que nous nous rattachons, au sein de l’Unité Communiste de Lyon. C’est a cet objectif stratégique de transformation du monde, de remise des leviers du pouvoir entre les mains du prolétariat révolutionnaire que nous souscrivons. Les tactiques pour parvenir à réaliser cet objectif peuvent être multiples, mais doivent s’intercaler, s’articuler pour avancer toujours plus vers sa concrétisation.

    Cela impose une courte parenthèse.

    Il y a quelques mois, à Lyon, eut lieu une rencontre-débat avec un membre très connu d’une ancienne organisation d’extrême-gauche des années 80-90, très portée sur l’action directe. Nous lui avons adressé une question, ainsi qu’a un autre des intervenants, qui affirmait que son organisation -italienne quant à elle- avait fait vaciller l’Etat italien. Nous lui avons demandé quelle était la stratégie qui avait été prévu pour chasser la bourgeoisie du pouvoir et pour le remettre entre les mains du prolétariat.

    Les réponses furent confuses. La question ne semblait pas avoir traversé l’esprit de l’un ou de l’autre. Dans les deux cas, il a été avancé des thèses sur le romantisme de la lutte, sur la nécessité de faire exemple auprès de ceux et celles qui souffrent de l’exploitation et de l’oppression. La beauté du combat était placée au-dessus de la question concrète de la victoire.

    Sur le média libertaire Rebellyon, nous lisons ceci : « [il] ne [faut] pas sacrifier nos rêves ou nos marginalités imposées sur l’autel de l’efficacité. De ne pas oublier d’où nous venons même si nous ne savons pas où nous allons — ailleurs que dans le renoncement à nos valeurs. » Nous reviendrons sur cet article. Mais d’ores et déjà, ce qui ressort en premier lieu c’est que la question de l’engagement politique est autour du fantasme, des valeurs, de l’idée au dessus de la pratique. En somme, il s’agit d’un renoncement.

    Nous n’avons pas construit l’Unité Communiste de Lyon pour attendre un mouvement révolutionnaire. Nous ne le construisons pas pour bâtir un entre-nous chaleureux et amical, mais bien pour vaincre. L’organisation est, pour nous, un outil, non une fin. Le « milieu militant », selon nous, devrait servir le peuple, non lui-même. Cet utilitarisme peut choquer, mais il est salutaire et crucial.

    Cela amène à une conclusion amère, mais néanmoins essentielle, fondamentale. Celle de l’hégémonie et de la transformation du monde. Si la marginalité d’un groupe a besoin de la société capitaliste pour vivre, si ce mode de vie ne peut pas devenir un mode de vie général pour l’humanité dans son ensemble, alors cette marginalité est le vernis du parasitisme.

    Fin de parenthèse.

    Le mouvement des Gilets Jaunes et ses implications ont causé une onde de choc dans le milieu militant. Milieu qui pouvait être extérieurement perçu comme relativement homogène sur la question des mouvements sociaux. Certes, la question des syndicats, du cortège de tête, est revenue à plusieurs reprises au sein de l’extrême-gauche, mais il s’agissait de débats d’ordre, in fine, tactiques.

    Dans le cadre de la question des Gilets Jaunes, des positions antagoniques se sont exprimés face à un mouvement de masse qui s’inscrit dans la durée. Certes les émeutes de banlieue avaient cristallisé les débats, avec des positions condamnant les violences, d’autres saluant la lutte frontale, mais les raisons de la colère faisaient l’objet d’un consensus.

    Aujourd’hui, c’est plus le fondement même de la mobilisation et le fondement des mouvements de masses spontanés eux-mêmes qui sont mis en cause que les revendications elles-mêmes.

    Il existe un groupe relativement restreint d’organisations qui ont pris la position de soutenir sans la moindre critique ce mouvement et de l’embrasser dans son ensemble. Cette poignée d’indécrottables spontanéistes voit dans tout ce qui bouge une révolution prolétarienne qu’il ne faut que diriger sur la voie de l’insurrection. Chemin faisant, ceux-ci et celles-ci agissent en brûlant les étapes, en niant la lutte politique intérieur, niant la nécessité de politiser la mobilisation…en rejetant même cette question de la politisation, qui pourrait nuire à « l’unité du mouvement ». Le POI, l’organisation Trotskiste-Lambertiste, est de ceux-ci. Ils se mettent à la remorque du mouvement spontané, sans jamais défendre autre chose que l’opportunisme.

    D’un autre côté, une fascination acritique est née, voyant ce mouvement comme une pure émanation d’esprit prolétarien, comme quelque chose de pur, de cristallin. Le chaos sur les Champs-Elysées a réveillé les thèses spontanéistes du mouvement autonome ou de certains s’inscrivant dans une vision difforme et frelatée de la pensée Mao.

    Dans chacune de nos publications à destination des Gilets Jaunes, nous avons alerté sur la question de la présence d’opportunistes qui veulent transformer la colère en voix électorale. Nous avons averti également de la question de l’extrême-droite et pointé la nécessité que les revendications trouvent une synthèse politique. Cela nous paraissait essentiel, car nous ne pouvons nier ce mouvement, il nous faut donc défendre notre ligne.

    A l’inverse un certain nombre d’organisations ont choisi d’ignorer le mouvement et de ne défendre aucune ligne. Il s’agit à notre sens de la position la plus inconséquente possible et imaginable, surtout lorsque provenant de communistes ou d’individus se revendiquant communistes. Il s’agit d’une position liquidatrice qui ne fait qu’espérer que les choses se tassent, qu’elles rentrent dans l’ordre, que les individus repartent chez eux. Tout cela pour ensuite reprendre leur ordre du jour routinier et habituel sans en avoir tiré la moindre conclusion. Leur « analyse » a été au mieux incomplète, erronée. Au pire, inexistante, quasiment bergsonienne, faisant triompher l’intuition sur l’intelligence et l’analyse.

    Pour accompagner cette position, ils et elles ont pioché dans tout ce qui pouvait les arranger, au mépris de la réalité. En fait de travail d’enquête, ils ont agi en réactionnaires. Pour un peu, on pourrait facilement leur adosser les propos de Lorànt Deutsch « si on peut tendre vers le fait scientifique, tant mieux, surtout si ça accrédite ma chapelle, et ce que je pense, mon éclairage de l’histoire. Pour moi, la vérité historique, elle est dans un éclairage. » [Les Affranchis, France Inter, 10 juillet 2012.]

    « Qui n’a pas mené d’enquête n’a pas droit à la parole » écrivait Mao Zedong. A raison. Ce travail d’enquête est le seul qui peut permettre de déboucher sur le fait d’émettre une ligne juste.

    Nous considérons que nous avons le devoir d’avoir une ligne, même sous la forme d’une ébauche, par rapport à l’ensemble des débats qui agitent la société. Même si cette ligne est de dire que nous n’avons pas encore les éléments pour juger. C’est le travail d’une organisation communiste de faire cela, de fournir des points de repères et des analyses sur les luttes. On ne peut pas boycotter les luttes.

    Mais une ligne ne suffit par, il faut également une action affirmative envers ces faits de société. Les soutenir, les condamner, et avoir une pratique envers ce fait, cet événement ce phénomène. Là, une nouvelle fois, parmi ceux et celles qui condamnent en bloc le mouvement des gilets jaunes, qui le mettent à l’index, réside une question.

    Certains ont pu dire « ce sont les manifestations de l’extrême-droite, nous les chassons de nos cortèges, nous n’allons pas dans les leurs ». Cette position nous a paru le comble du paradoxe.

    De deux choses l’une, soit ce mouvement est irrémédiablement réactionnaire, tout comme pouvait l’être la Manif pour Tous, et dans quel cas, il devrait être attaqué, ses cortèges dispersés…etc.

    Soit il ne l’est pas intégralement, mais alors dans ce cas une politique doit être menée pour mener la lutte de ligne et -au minimum- en détacher les éléments les plus avancés et les moins réactionnaires.

    Dans tout les cas, cela implique une action. Or, nous notons que rien n’a été entrepris parmi les contradicteurs les plus véhéments pour donner un début de concrétisation à leur analyse. Et pour cause, nous pensons qu’ils ont été hypnotisés par l’irruption de quelque chose qui leur était complètement étranger : les masses populaires dans leur variété, dans leur force, mais également dans leurs faiblesses. Et face à cela ces organisations, ces individus, ont capitulé.

  • Déchaînons la colère populaire – Tract commun UCL / UPML

    Déchaînons la colère populaire – Tract commun UCL / UPML

    Déchaînons la colère populaire !

    On a raison de se révolter ! Poursuivons et amplifions le mouvement !

    250 000 gilets jaunes, selon la police. Certainement bien plus. Le mouvement de protestation contre la vie chère a surpris plus d’un. La mobilisation a été immense, intense, imposante ! Elle ne doit pas finir sans victoire !

    Nous en avons assez d’être saignés par les mêmes ! L’essence augmente pour compenser les taxes que les plus riches ne paient plus. Nous payons toujours plus pour aller à un travail qui rapporte toujours moins. Chaque jour les salaires, les retraites baissent pendant que les coûts explosent.

    Demain, il faudra payer directement de notre poche le moindre soin, la moindre intervention de santé, les écoles, les collèges, les lycées ou les universités. Cette politique n’est pas un accident, elle est choisie par un gouvernement qui ne travaille pas pour nous, mais contre nous !

    Pour qui travaille ce gouvernement ? Pour les exploiteurs et les profiteurs, pour de grands bourgeois. Il y a cent ans, c’était ces mêmes grands bourgeois qui envoyaient nos frères et nos sœurs mourir dans les tranchées pour les profits de leurs banques et de leurs usines à canons. Aujourd’hui, ils frappent les salaires et les produits de consommation courants !

    Dans les blocages et les manifestations, certains viennent vendre leur minable camelote électorale en prévision des élections européennes. Ils promettent monts et merveilles, encore, toujours, mais appliqueront exactement la même politique s’ils gagnent !

    Voulons-nous de nouveaux maîtres ? Non.

    D’autres veulent détourner une colère juste et légitime vers des actions d’intolérance, de racisme, de division. Ils se prétendent les amis des travailleurs et des travailleuses, mais ne sont là que pour racoler pour leurs petites sectes. Les fascistes n’ont pas leur place ici.

    Les actes racistes, xénophobes, sexistes… doivent être combattus !

    Quelque soit notre citoyenneté, notre origine, nous sommes la même ligne de front contre le même exploiteur, le même ennemi !

    Qui cause la vie chère, qui impose des salaires de misère, qui font fermer les hôpitaux qui qui font les guerres et les massacres ?

    Ce ne sont pas de pauvres gens qui fuient les pays que notre armée ou les armes que nous vendons ont ravagés. Ce ne sont pas ceux qui essaient de sortir de la misère. Ce ne sont pas ceux qui veulent une éducation, un logement, des soins de qualité et abordables. Ce n’est pas une société secrète, cachée dans l’ombre, qui cause nous souffrances !

    Ce sont des gens qui vivent au grand jour, dont les noms reviennent sans cesse, dont les entreprises possèdent tout.

    Nos premiers bourreaux ne sont ni américains, ni arabes, ni juifs, ni allemands… ils sont « bien de chez nous ». Arnault ; Hermès ; Bettancourt ; Pinault ; Dassault ; Castel ; Besnier ; Michelin…

    500 familles captent 1/3 du Produit Intérieur Brut. Et ne produisent rien, ne paient pas d’impôts, sont gavés d’argent public, ne respectent aucune loi…Et écrasent les autres. Ils imposent pour leurs profits la baisse des salaires et la destruction de la santé. Et il y en a d’autres, qui profitent de la misère, de la souffrance, de l’épuisement de ceux et celles qui produisent tout ! Des banques avides, des entreprises avares qui traitent comme de la marchandises ceux qui font tout !

    Sans eux, le niveau de vie de l’intégralité des habitants du pays bondirait de 50%. 50% de richesse en plus, ce serait la fin des immeubles pourris qui s’effondrent, des hôpitaux qui ferment, des vieux et vieilles qui finissent leurs jours dans les maisons de retraites hors de prix.

    Nous voulons une société sans exploiteurs, sans bourgeois parasites, avec ceux qui produisent, les ouvriers, les paysans au pouvoir ! Une vraie société socialiste !

    Les grands-bourgeois ont l’Etat et les gouvernements à leurs ordres ! Nous n’en voulons plus !

    Nos revendications immédiates :

    • Hausse généralisée des salaires.

    • Blocage et réduction des prix des denrées de première nécessité et des biens de consommation courants.

    • Arrêt de la destruction des caisses de cotisations. Santé et éducation gratuite !

    • Suppression de la TVA et des impôts indirects et inégalitaires.

    • Remise en place et extension de l’impôt sur la fortune et de l’impôt sur les bénéfices des sociétés.

    • Prise en compte et remboursement des frais de transport pour les travailleurs.

    • Financement de la transition écologique et de la taxe carbone sur les bénéfices des sociétés.

    Nous affirmons :

    Nous travaillons, nous produisons, nous devons décider !

    Le pouvoir n’est pas dans les salons parisiens, dans les Assemblées remplies de députés qui sommeillent et ne travaillent que pour les bourgeois !

    Notre pouvoir ne peut être construit que par nous mêmes ! Osons lutter, osons vaincre !

  • Cap Catastrophe 2022 : Le droit, la loi, les impôts et la TVA.

    Cap Catastrophe 2022 : Le droit, la loi, les impôts et la TVA.

    Cap Catastrophe 2022 : Le droit, la loi, les impôts et la TVA.

    Partie 8

    Le droit et la loi.

    La justice est elle une affaire comptable ? C’est la conclusion qui semble émerger à la lecture de la proposition 13 du document. Les constats dressés sont les suivants :

    « La politique française de justice s’est traduite depuis quinze ans par une forte augmentation de ses crédits et de ses emplois : son budget est passé de 4,6 Md€ en 2002 à 8,7 Md€ en 2018. Pour autant, il persiste une forte impression d’inadéquation entre les moyens mobilisés et les attentes des usagers. Par rapport aux autres services publics, la justice enregistre en effet un net déficit d’opinion positive de la part de ses usagers. »

    Dans notre analyse, le premier aspect qui explique la désaffection de la part d’une large partie de la population envers la justice provient de son caractère de classe. Malgré les prétentions sur la séparation des pouvoirs, le fonctionnement de la justice ne peut être découplé de la nature de la société. Les individus ne sont pas égaux devant les juges de par leur classe sociale ou leur ethos. Mais ils ne le sont pas non plus du fait de l’organisation même de la justice, où le procureur est sous les ordres de l’État et est le relais de la volonté politique du gouvernement au pouvoir.

    Face à une justice où les non-lieux, les acquittements, les peines jamais appliquées sont légion pour les grands bourgeois, comment avoir confiance ? Ce n’est pas possible.

    Que préconise alors ce texte ? Le numérique est une nouvelle fois brandi comme solution à l’intégralité des problèmes du monde, remplaçant tout déplacement et tout accueil. Dans le même temps, pour accélérer les procédures, un certains nombre de changements sont mis en œuvre : les juges peuvent rejeter les demandes « manifestement irrecevables » et doivent se recentrer autour de leur « cœur de métier ». L’idée est d’externaliser plusieurs fonctions, lesquelles peuvent être remises entre les mains d’individus n’ayant pas le statu de magistrat. Ainsi, les juges des tutelles et juges des enfants peuvent voir leurs fonctions suppléées par des services administratifs.

    Autre aspect, le resserrement du délais d’appel pour les jugements civils et le caractère non-suspensif de l’appel. En somme, il s’agit de le rendre plus rare, plus difficile à saisir et, surtout, sans efficacité immédiate, donc décourageant pour les plaignants comme pour les accusés.

    En somme, il s’agit d’une proposition qui ne vise qu’a réduire les dépenses de la justice, mais nullement, autrement sous la forme d’un voile cosmétique, de résoudre fondamentalement des problèmes de fonctionnement, même dans le cadre du droit bourgeois.

    Suite logique d’un item sur la justice, suit un autre sur la question de l’exécution des peines. L’introduction de l’item revient sur la situation française, qui est celle d’une surpopulation carcérale immense. Les rapporteurs annoncent 119% de taux d’occupation, un chiffre contesté par l’Observatoire International des Prisons, lequel déclarait le 8 aout 2018 « Des records de densité de population sont battus, alors même que depuis vingt-cinq ans, 30 000 places de prison supplémentaires ont été construites. À ce jour, le taux moyen d’occupation des maisons d’arrêt, établissements dans lesquels sont hébergés 48 000 détenus, s’établit à 142 %. 53 établissements présentent même des situations extrêmes de sur-occupation, avec une densité supérieure à 150 %. Citons notamment les maisons d’arrêt de la Roche-sur-Yon, Baie-Mahault (en Guadeloupe), Évreux, Laval et Nîmes dont le taux d’occupation avoisine voire dépasse les 200 %. »

    Fait notable, le nombre de détenus augmente de manière constante, passant de 60 000 à 70 000 en à peine 10 ans (le chiffre total de personnes suivies par l’administration pénitentiaire est de 249 298 en 2016). 10 000 détenus sont en attente de jugement.

    Les solutions préconisées par le rapport pourraient-elles se diriger vers une possible meilleure réinsertion des détenus ? Non. Vers une compréhension des raisons socio-économiques qui expliquent la délinquance ? Encore moins. Elles ne se dirigent que vers une gestion purement comptable de la question des peines.

    L’argument principal qui revient sur la question de la substitution de la peine de prison par le bracelet électronique est celui du coût (10€ / jour contre 100 € pour la prison.) Aux yeux des rédacteurs et des rédactrices, l’essentiel de la question se trouve là : trouver une solution économique, au travers de la géolocalisation et du développement de l’ « arrêt domiciliaire ». Le but même est que celui-ci puisse devenir une peine autonome de la prison. Quand à l’exécution systématique des peines, cela, dans le climat social actuel – mais également politique – signifie une intensification plus que probable de la répression et de l’incarcération d’un nombre toujours plus grand de détenus. Or le capitalisme et la prison marchent particulièrement bien main dans la main. Malgré les discours constant sur la répression dans les États Socialistes, les laquais du capitalisme sont bien en peine d’expliquer les taux supérieurs de détenus présents dans le parangon de la liberté que sont les USA. Et pour cause, là prison est aussi un business, qui rapporte gros.

    Fusionner les impôts et les recouvrements.

    Pour mieux financer leurs projets, les rédacteurs se montrent d’une avidité sans nom et sans bornes. Plus nous grimpons dans la hiérarchie de la bourgeoisie, moins elle paie d’impôts. Les exonérations sont immenses. Ou elles sont négociées entre bons amis ou réalisées par les magiciens de l’optimisation fiscale, qui parviennent à défalquer des sommes vertigineuses les particuliers, tandis que les entreprises ont leur secrets.

    Comme les plus riches s’y soustraient, il est nécessaire que l’argent soit trouvé ailleurs. Ailleurs et autrement. Une des manières d’y parvenir est de mettre entre les mains de l’État tout ce qui lui échappait auparavant. Mais surtout, comme évoqué précédemment, l’idées est également de fusionner les lignes de comptes qui étaient auparavant séparées, ce qui permet désormais aux dirigeants de pouvoir ventiler comme bon leur semble les deniers récoltés par l’impôt, et donc d’assécher les aides sociales, tandis que d’autres secteurs peuvent être noyés sous les finances.

    Cette fusion est non seulement particulièrement vicieuse en ce qui concerne les particuliers, elle l’est également pour les communes. La suppression de la taxe d’habitation, haïe par la population, prive les communes et les collectivités locales de leur principale rentrée d’argent. Le remplacement par un fond géré et ventilé par l’Etat signifie la mise sous tutelle de celles-ci. Cela aura pour conséquences l’assèchement des communes menant des politiques contradictoires avec les lignes défendues au sein de l’Etat, mais également l’accroissement du phénomène de métropolisation. L’ex-maire de Lyon et actuel ministre de l’intérieur s’est ainsi fait remarquer pour ses manœuvres dans le but de siphonner le budget des métropoles de la région Rhône-Alpes-Auvergne dans le but d’alimenter Lyon et son réseau de clientèle.

    Dans le document suivant, l’idée retrouvée est donc une rationalisation avec comme fin des économies dans la gestion de la collecte d’impôt, mais également un pouvoir discrétionnaire de la part de l’Etat sur celui-ci.

    « L’objectif est de simplifier drastiquement le système de recouvrement, en réduisant le nombre de dispositifs et de structures qui en ont la charge. En vision cible, les acteurs économiques mettraient sur une plateforme les données économiques et sociales et ces données seraient utilisées pour le recouvrement par un système unique, fortement automatisé et orienté vers l’usager. Cela aurait pour effet de faire évoluer les missions de l’État vers le contrôle, le conseil et l’accompagnement. »

    Une grande partie de la population, y compris ceux qui bénéficient d’aides, détestent les impôts, présentés comme un « racket ». Plus les systèmes sont automatisés, plus la destination de l’impôt paraît abstraite, absurde, injuste. Cela permet de justifier toutes les politiques qui prétendent liquider ce fardeau, mais qui, in fine, ne servent qu’a alléger celui de la grande-bourgeoisie et à réduire les salaires indirects des prolétaires.

    Le sens de « simplifier le droit fiscal et social pour améliorer l’efficacité et la lisibilité de notre système de prélèvements obligatoires et renforcer notre attractivité. Cela implique de réduire les niches et de supprimer les petites taxes, complexes à collecter et au rendement faible » est celui-ci, celui de supprimer ces « petits tracas » qui concernent certains bourgeois, certaines bourgeoises, et qui leur coûte une partie de leurs profits. Le rêve ? Un impôt comme celui préconisé par Vauban, en plein ancien régime, qui serait unique et uniforme, sans tranches fiscales en fonction du revenu.

    « La mise en œuvre de ces réformes conduira à réduire le nombre de taxes, ce qui sera mesurable en observant le nombre supprimé chaque année. Une telle réforme devrait permettre d’améliorer de manière très significative l’efficience du recouvrement de l’impôt. Les travaux conduits par le Comité permettent d’estimer l’économie à 1 Md€ d’ici 2022. »

    Un milliard d’euros d’économie sur le fonctionnement des caisses de recouvrement, tout en réduisant la charge pesant sur la bourgeoisie. Que demander de mieux ?

    Faire la chasse aux à-côtés.

    Le rapport Cap 2022 émet une idée audacieuse : supprimer la monnaie matérielle. Prenant exemple sur certains Etats, notamment scandinaves, où les paiements dématérialisés représentent 90% des transactions, les rédacteurs du document s’interrogent sur la pertinence d’initier une suppression progressive de la monnaie physique.

    Pourquoi proposer cela ? Les raisons sont multiples. Officiellement, il s’agit de « faciliter la vie des français » ce qui, au vu des propositions précédentes, est d’un ridicule achevé. Il s’agit également de posséder un contrôle et une possibilité d’examen sur l’ensemble des transactions qui sont réalisées en France.

    « on estime aujourd’hui que la fraude à la TVA représente en France environ 10 Md€, une partie correspondant à des revenus non déclarés. De même, le travail non déclaré représente un manque à gagner important pour les administrations fiscales et sociales. En 2016, 555 M€ ont été redressés par les Unions de recouvrement des cotisations de sécurités sociale et d’allocations familiales (URSSAF). Enfin et plus généralement, la circulation d’espèces favorise par ailleurs le blanchiment d’argent. »

    « En supprimant progressivement la circulation d’espèces, on simplifiera les paiements, correspondant aux modes de vie déjà préconisés par les Français, tout en permettant une lutte plus efficace contre la fraude et le grand banditisme . »

    De fait, une part de vrai existe. L’Etat n’aime pas la fraude à la TVA, ni celle à l’URSSAF. La suppression d’une partie des moyens de blanchiment d’argent peut compliquer la tâche des activités illégales ou para-légales. Cependant, cela signifie également le fait de devoir déclarer chaque transaction qui pourrait être interprétée comme un revenu, y compris le bénéfice de la revente d’une lampe sur « Le Bon Coin ». Une manière de s’assurer que l’injuste impôt qu’est la TVA s’applique partout.

    Mais il s’agit surtout d’un magnifique cadeau aux banques, qui deviennent des intermédiaires incontournables et dans lesquels l’intégralité des dépôts sont stockés. Certes le temps du bas de laine et de l’argent caché sous le matelas est révolu, mais en théorie un compte bancaire n’est pas une obligation légale. Elle le deviendra de facto, y compris pour qu’un bambin puisse avoir de l’argent de poche. Heureusement, les rédacteurs ont l’intelligence de mentionner les publics les « plus fragiles .»

    « supprimer les espèces, les chèques et les timbres pour les paiements fiscaux et sociaux d’ici deux ans. Afin d’accompagner en particulier les publics les plus fragiles, des solutions intermédiaires pourraient être envisagées (par exemple utilisation d’une carte sans contact) ; »

    Une personne en surendettement ou en interdit bancaire signe-t-elle son arrêt de mort économique ? Difficile à dire. En revanche, un frémissement d’excitation se ressent quant à l’idée de pouvoir liquider un partie de l’administration tout comme de pouvoir intégrer la totalité des transferts d’argent dans le calcul du PIB, permettant de gonfler son calcul et, ainsi de permettre aux dirigeants politiques de se pavaner en prétendant avoir crée de la richesse, alors que celle-ci est restée strictement la même.

    « Le Comité est convaincu que cette réforme est source d’économies importantes mais n’a pas été en mesure de les chiffrer. Par ailleurs, elle devrait permettre de lutter contre la fraude fiscale et donc d’accroître la rentrée d’impôts. »

    Une nouvelle fois, le comité pour CAP 2022 met en avant un objectif primordiale : réduire les dépenses de l’Etat, y compris -voir surtout- dans le domaine social. Deuxième objectif : être le plus rapace possible quant au fait de taxer les populations les plus fragiles, tandis que la grande-bourgeoisie échappe, comme durant l’Ancien Régime, à l’impôt.

    Une dernière partie reste à aborder, celle de la cure d’amaigrissement préconisée dans l’administration, pour « réduire les dépenses inutiles .»

  • Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 1

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ? Partie 1

    Que comprendre du discours d’Emmanuel Macron au Parlement ?

    Partie 1 : Concentration du pouvoir et des impôts.

    Emmanuel Macron s’est exprimé devant le Parlement, réuni à Versailles, le 9 juillet. Dans un décorum d’Ancien Régime, il a pris la parole et s’est adressé aux parlementaires dans un discours fleuve de 85 minutes. Le coût de l’événement, immense, a contribué à entretenir une crispation autour des dépenses de la présidence de la République, entre usage de jet pour 100 pauvres kilomètres, vaisselle hors de prix et piscine privée à Brégançon.

    Mais le fond de l’affaire est ailleurs. Il est dans le fond du discours plus que dans la forme qu’a pu prendre cet événement. Les prétentions d’humilités qu’a pu mettre en avant le Président de la République ne peuvent qu’être risibles dans le sanctuaire du pouvoir monarchique. Un semblant hypocrite d’autocritique a été tenté. Il ne concerne que quelques points particuliers. Nous ne voyons pas auprès de qui s’excuse le Président de la République, tant il a pu remplir avec un zèle dévoué les objectifs que lui ont assignés les grands et grandes bourgeois et bourgeoises. Cependant, de l’autre côté il annonce des résultats magnifiques, résultats qu’un an d’exercice du pouvoir de peuvent permettre de mesurer, même dans le cadre de la politique bourgeoise, en particulier concernant l’éducation. Cela mis de côté, le fond du discours est plus que glaçant.

    La conception du pouvoir chez Emmanuel Macron pourrait quasiment être caractérisée comme un orléanisme à la sauce macronnienne. Au travers de lui, la bourgeoisie exerce en commandite directe le pouvoir. Humble, mais pas tant que ça, puisque tout suinte l’arrogance d’un pouvoir qui avance, pour reprendre la formulation de Clausewitz « en vedette », il est sur la crête de la vague et doit poursuivre son avancée avant que le contrecoup de sa politique de kamikaze ne l’entrave ou ne le paralyse.

    Certaines caractéristiques de l’État vu par Macron peuvent évoquer un retour à une période gaullienne, avec une concentration des pouvoirs et une concentration des compétences entre les mains de l’État. Le projet de réforme constitutionnelle de LREM vise à cela. Il vise à réduire le nombre de parlementaires, donc de réduire la représentativité de ceux-ci -déjà plus que minable en régime bourgeois- il vise également à changer la fonction de Président et à pouvoir doter celle-ci d’un pouvoir plus étendu. Pour le moment, le Président, hormis ce discours, n’a pas la possibilité de s’exprimer devant les parlementaires ni de débattre avec eux. N’étant pas responsable devant le parlement, il ne peut participer à cet événement au nom de la séparation des pouvoirs. Avec la réforme constitutionnelle, il le pourra.

    Seul des naïfs invraisemblables tels que Jean-Luc Mélenchon peuvent y voir une avancée ou une démocratisation. Celui-ci s’est exprimé « Victoire ! Macron s’incline. La prochaine fois, il devra écouter et répondre. Victoirissime, » Nous ignorons où Monsieur Mélenchon voit une victoire dans le fait que les pouvoirs se concentrent davantage entre les mains du Président de la République. Même les élus de « Les Républicains » ont fait preuve d’une clairvoyance nettement plus importante, en qualifiant cette manœuvre de « fusion » entre le poste de président et de premier ministre, l’irresponsabilité en plus. Dictant l’ordre du jour des débats, il pourra donner le ton à sa majorité, ajouter un système de commande directe de l’exécutif sur le législatif. Mélenchon ne le voit pas, car il est aveuglé par cette idée de mano-à-mano entre lui-même et le président de la République, tout comme son obsession l’avait poussé à se présenter à Hénin-Beaumont pour faire face à Marine Le Pen. Pourtant, son virage à 180° cinq ans après semblait illustrer un certain renoncement à ce genre de pratiques, qui ne lui portèrent guère chance.

    La culture politique de Macron, comme mentionné plus haut, est celle d’un orléaniste. Elle est celle de la direction directe, absolutiste. Il ne voit dans le Parlement qu’un rempart inutile, un espace de tergiversation et de négociation sans raison, autre que pour respecter la tradition. Missile kamikaze de la bourgeoisie, il n’a que faire de ces négociations, de ces entraves. N’ayant, pour le moment, pas l’intention de réfléchir à l’avenir politique, elles lui sont pénibles, lui sont insupportables. Au mieux le Parlement doit être une chambre d’enregistrement qui doit répercuter servilement les désirs de la grande bourgeoisie.

    Le discours, en tant que tel, n’est pas si libéral. Il est pire. Il met fin au pseudo-tabou libéral de la non-intervention de l’Etat. Au contraire, il annonce que les contribuables -payant des impôts auxquels la bourgeoisie se soustrait d’ores et déjà- paieront pour aider les grands trusts et les grands monopoles à maintenir ou accroître leurs taux de profit. In fine, cette taxation pour aider la grande bourgeoisie est un prélèvement sur salaire. Les travailleurs et une part de la petite bourgeoisie devront davantage cotiser pour que les grands patrons et les grands bourgeois ne soient pas menacés par la crise. En clamant qu’avant de partager le gâteau, il faut un gâteau, Emmanuel Macron indique que les prochaines années se dérouleront sous le mot d’ordre du sacrifice pour que «un jour » l’économie soit en embellie et que le mensonger ruissellement reprenne. En attendant, il promet une résurrection économique sous l’égide d’un capitalisme « populaire ».

    « Si l’on veut partager le gâteau, la première condition est qu’il y ait un gâteau. Et ce sont les entreprises, rassemblant actionnaires, dirigeants et travailleurs, ce sont les producteurs qui font ce gâteau et personne d’autre. Il est mensonger de défendre les salariés si on ne défend pas les entreprises. »

    Derrière le slogan de capitalisme populaire se cache une nouvelle farce au goût amer. Il s’agit de faire participer les travailleurs et les travailleuses au capitalisme. Les faire participer en investissant dans leur propre machine à exploiter, dans l’espoir que cela leur donne la possibilité d’être des travailleurs-actionnaires. Dans les faits, il s’agit, là encore, d’une saisie directe sur le salaire des travailleurs, et d’un actionnariat plus que pervers. Cette duperie sous vernis autogestionnaire contribue à saper la situation des travailleurs et des travailleuses. D’une part car le taux de profit de l’entreprise aura une conséquence directe sur les rentrées d’argent des exploités, mais également car ils auront tout intérêt à le hausse au maximum, quitte à devoir sacrifier sur d’autres plans, au niveau des conditions de travail ou au niveau des licenciement. Ce genre de marché de dupe fait que cette parodie d’autogestion est un coup de poignard dans le dos des travailleurs. De plus, il offre au grands bourgeois des garanties de capitaux, tandis qu’ils peuvent commettre des délits d’initiés à la chaîne.

    La question de la fiscalité est évoquée de nouveau, mais pour servir d’artillerie lourde dans le but de pulvériser les droits sociaux. Auparavant, les caisses de cotisation sont le fait des travailleurs et des travailleuses (au sens large) eux et elles-mêmes. Ces cotisations permettent de doter la Sécurité Sociale ; l’assurance chômage et les retraites d’un budget de fonctionnement. Ce budget de fonctionnement est ce qui garantit des droits individuels à la santé, à la retraite, au chômage. A l’origine, l’Etat lui-même n’avait pas de droit de regard sur ces questions. Innaceptable pour la grande bourgeoisie ! Elle n’a eu de cesse de vouloir mettre tout cela sous la coupe de son Etat, pour le brimer, le réduire et le briser. Macron, désormais touche au but. Sa fiscalité rassemble sous la même ligne de compte l’ensemble de ces caisses séparées.

    « La solidarité nationale est de plus en plus financée par l’impôt, ce que vous avez voté en matière d’Assurance Chômage a ainsi supprimé toute cotisation salariale remplacée par la CSG mais il faut bien expliquer l’ensemble de cette réforme, ne pas voir que la CSG qui augmente d’un côté, en oubliant que ce sont toutes les cotisations sociales salariales qui ont baissé de l’autre. »

    CSG -dont on peut remercier Michel Rocard, membre du Parti Socialiste- qui, malgré ses apparences, est payée dans la sa très grande majorité par le prolétariat et une partie de la petite bourgeoisie. La grande bourgeoisie s’y soustrait, car les revenus du capital sont taxés d’une manière ridiculement faible (1,1%). Désormais, l’Etat possède la haute main pour ventiler les rentrées d’argent de l’impôt comme bon leur semble. Voilà l’annonce de Macron :

    « il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. »

    Il n’existe donc plus de droit au chômage fruit des cotisations individuelles. Il existe une aumône que l’Etat bourgeois pourra verser, selon ses modalités, sont son bon vouloir, aux pauvres, aux sans-le-sou, aux exclus et exclues qui, à ses yeux, le mériteraient. La contrepartie empoisonnée, la voici :

    « Cette réforme a permis d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs tout en préservant la compétitivité et en garantissant le maintien des droits mais ceci conduit aussi à transformer la philosophie même de notre solidarité nationale et en quelque sorte d’en retrouver le sel. »

    La grande bourgeoisie promet plus de salaire direct contre une réduction massive du salaire indirect. Ce qu’elle entend par pouvoir d’achat ne peut être compris autrement qu’en termes de bénéfices engrangées par les fabricants de biens de consommation. En fait de cadeau fait aux masses populaires, il s’agit de cadeaux faits aux grands trusts. De plus, la dévastation de la protection sociale obligera les masses populaires à se tourner vers les assurances, les fonds de pension, les mutuelles. Voilà l’objectif final de la bourgeoisie : mettre le main sur un marché qui lui échappait, sur une manière d’engranger des sommes faramineuses sur la santé et la maladie, sur la misère et la souffrance. D’autant que cette trésorerie lui offre aussi des moyens de réaliser des investissements profitables ailleurs. Rappelons-nous un instant du rôle de ces caisses dans la crise des subprimes. Certains et certaines ont tout perdu dans cette gigantesque arnaque. Voici le « sel » que Macron souhaite retrouver.

  • FISC et lutte des classes – Partie Finale – Macron le royaliste.

    FISC et lutte des classes – Partie Finale – Macron le royaliste.

    Macron le royaliste

    Partie finale. 

    Macron, au final, se montre particulièrement radical dans son rapport à l’impôt.  Son but est de faire une réforme particulièrement profonde du système d’imposition, pour le ramener à celui préconisé par le bâtisseur de forteresse qu’était Vauban.

    D’une part, il liquide déjà l’impôt sur la fortune, en ne l’appliquant plus que sur les possessions immobilières, mais sans que le patrimoine ou le capital ne soient touchés.

    De l’autre, il initie un vaste mouvement de réforme par rapport à l’impôt sur le revenu, en faisant réduisant les cinq tranches d’imposition  -qui déterminent le pourcentage des revenus taxés- pour les faire passer à trois. Au lieu d’avoir un lissage de la courbe de progression de l’impôt, ce sont de véritables cataractes qui se forment. Des marches de géants. Cela signifie que sur le seuil de la marche, la taxation est terriblement vécue, tandis qu’au sommet, elle est ridicule. Pour peu que les revenus soient tout juste au dessus du début de la marche, le taux est astronomique. A l’heure actuelle, déjà, passer de l’exemption à la première tranche se ressent vivement. Cette marche est, pour les ménages modestes, une véritable marche, dans laquelle les impôts représentent une charge lourdement vécue. Moins de tranches, c’est moins de progressivité. C’est une inégalité nettement creusée.

    Moins de taxe pour les riches, tout pour les pauvres ! Tel est le slogan de la fiscalité Macron.

    Un aspect très important se profile également, la question de la Cotisation Sociale Généralisée.

    Un grand nombre de cotisations vont être transférées sur la CSG. Or, cet impôt est prélevé sur les comptes épargnants par les banques. D’une part, c’est une hausse injuste, la bourgeoisie ne fait pas dormir son argent sur ses comptes, mais investit, donc cela se répercute sur les petits épargnants et les Plans Epargne-Logement, d’autre part, cela accroît le contrôle des banques sur leurs clients. Les banques sont en cooptation avec l’Etat pour devenir un organisme de perception, ce qui lui donne un regard sur les entrées et les sorties de revenus de ses clients. Donc sur leur santé financière d’ensemble.

    La CGS remplacera, notamment, la taxe d’habitation. Tout d’abord en augmentant la CSG, puis en baissant cette dernière.

    La taxe d’habitation, nous l’avions mentionné plus en amont, est une taxe qui est généralement haïe par les locataires. Elle est épouvantablement lourde, et représente un vrai budget pour les ménages, surtout les plus modestes. Pourtant, cette taxe est une garantie de la possibilité de disposer d’une autonomie financière pour les mairies. Le fait de tout faire fusionner dans un grand pool fiscal, entre les mains de l’Etat, lui permet de pouvoir ventiler comme bon lui semble son budget.

    Cela signifie, fondamentalement, que l’Etat peut mettre fin aux autonomies locales, lesquelles représentaient une démocratisation. Il lui est possible de réduire les salaires, de réduire le nombre de postes, de pouvoir brider certaines fonctions. Au lieu d’un impôt maitrisé, l’Etat peut étrangler les mairies qui déplaisent ou qui n’ont pas un poids politique suffisant. Cela se sent déjà avec la réduction de 320 millions de la dotation pour les collectivités locales. Cela s’accentuera par la suite.

    Gérard Collomb, ex-maire de Lyon, ministre de l’Intérieur, s’est ainsi fait épingler pour le fait d’avoir capté la quasi intégralité du budget des métropoles de Rhône-Alpes Auvergne, privant de subsides Saint-Etienne et Clermont-Ferrand.

    Plus grave encore, la Sécurité Sociale :

    La suppression de la Sécurité Sociale est un doux rêve de marchand de mutuelles. Une nouvelle fois, Macron fait preuve d’un immense sens de la démagogie. Il promet une suppression d’une très large partie des charges sociales, salariales ou patronales –in fine, elles sont les mêmes, car toujours issues du salaire- en échange d’un petit peut plus de salaire net. Au final, parce qu’une incompréhension de ce qu’est le salaire brut existe chez une large partie des masses, il existe une adhésion à ce projet.

    Il est vécu comme une augmentation de salaire, mais il est, en vérité, une baisse de celui-ci.

    Mieux encore, cette hausse de salaire provoquera une inflation, et sera donc absorbée au sein de celle-ci. Mais, et c’est là la joie des patrons et des patronnes, cet argent ne sera plus immobilisé par des cotisation, mais circulera, créant du PIB, de la croissance, de la richesse en plus pour leur classe sociale de parasites. Le pouvoir d’achat promis est bel et bien fourni, mais auprès des patrons et des patronnes.

    Mais l’objectif est atteint, l’autonomie financière de la sécurité sociale sera tuée, et elle sera rattachée au budget général de l’Etat, lequel pourra ventiler, là aussi, comme bon lui semble l’argent des travailleurs et des travailleuses.

    Le ministère de la santé a indiqué, pour rassures les inquiets et les inquiètes, que aucune médicalement ou soin important ne serait déremboursé. Nous soulignons ce terme, car, en raisonnant par opposition, il offre une très grande possibilité d’action pour détruire le remboursement d’un très vaste panel de soins.

    Cette logique se retrouvera très certainement dans la réforme des retraites qui se préparent.

    Retraites : secret défense.

    Ce point souffre d’une très grande vacuité, pour une raison éloquente : très peu de choses ont filtré sur la réforme des retraites.

    Autant, sur les réformes du code du travail, des éléments ont été portés à la connaissance du public, autant, dans la démocratie bourgeoise de Macron, les masses sont interdites de connaître leur sort.

    Cependant, il est évident que l’intention de Macron, lorsqu’on jette un regard sur sa ligne politique, ne peut être que liquidatrice.

    Une finalité bien sombre.

    Fondamentalement, Macron semble avoir l’intention d’intégrer et d’associer les mutuelles ainsi que les assurances au fonctionnement du système de soin et de protection. Cela pousse à penser que nous serons bientôt confrontés à un mode de gestion à l’Américaine, avec, par ailleurs un regard inquisitorial de ces organismes privés.

    A savoir que les assurances, les mutuelles, les banques achètent des données aux réseaux sociaux, au « big data », dans le but de proposer des contrats individualisés. l’idée est que plus vous risquez d’avoir besoin de soin, plus la facture sera lourde. Belle mentalité.

    Dans l’ensemble, après une mise en perspective au regard de l’histoire du fonctionnement du système d’imposition, quelque chose saute aux yeux. Les impôts et le système d’imposition sont le reflet de la lutte des classes. La forme d’imposition, qui paie et pour quoi sont indexé sur la lutte que se mènent la bourgeoisie et le prolétariat. Après une montée en puissance et des avancées, sous l’angle des luttes, sous l’angle de l’organisation syndicale et politique, une lente descente aux enfers se produit. L’affaiblissement des organisations de lutte et de masse suit parfaitement l’accroissement de la charge que font peser les bourgeois et les bourgeoises sur les épaules de celles et ceux qu’elles exploitent.

    Tout cela amène de l’Ancien Régime à une forme rénovée de celui-ci.

    Macron ne s’attaque pas de manière directe aux systèmes de protection sociales, mais, comme un disciple de sir Basil Lidell-Hart, il privilégie l’approche indirecte. En attaquant par le financement, il fait d’abord pourrir l’arbre entier, avant de scier la branche. En détruisant leur financement, il le met à mort à plus ou moins brève échéance . Bien que camouflée, c’est une attaque d’une ampleur jamais vue. Même de Gaulle, avec les pleins pouvoirs d’avait pas réussi à mettre en place un tel dispositif de retour en arrière, un tel transfert de la plus grande majorité des coûts auprès des classes populaires et d’une partie de la petite bourgeoisie.

    Tout ceci se paie cher. Il ne fait aucun doute que le niveau de vie de la population, d’une manière générale, en particulier pour les classes populaires, va plonger d’une manière inédite. De fait, cela se traduira immanquablement par des troubles, par des tensions. Macron, qui est mandaté par la bourgeoisie pour briser les protections sociales, fait son travail avec une grande efficacité. Il est l’agent du chaos et de la destruction sociale.

    Toujours est-il que, en détruisant le centre de l’échiquier politique, en créant une situation inédite et à forte entropie, il ouvre une voie à l’arrivée, dans quatre ans, d’une vague réactionnaire d’une intensité particulièrement forte, invitée au pouvoir par la bourgeoisie pour écraser les masses, pour  imposer par la force l’ordre dans une France où la colère populaire sera explosive.

  • FISC et lutte des classes – Partie VI – La curée.

    FISC et lutte des classes – Partie VI – La curée.

    Avant-dernière partie, au final, de cette brochure-formation sur les impôts. N’hésitez pas à l’employer, à la diffuser, à la relayer. La question de l’histoire du FISC est une question trop souvent oubliée, mais ô combien révélatrice de l’état d’esprit d’une bourgeoisie féroce et parasitaire.

    La curée. 

    Avec la chute de l’URSS vient son corolaire, la chute du PCF. La bourgeoisie prend appui sur ces événements, fruits d’une longue dégénérescence, pour initier une offensive anticommuniste de premier ordre.

    Le gouvernement de l’époque, la dream team d’agents virulents de la bourgeoisie, a lancé une attaque massive contre les acquis sociaux. Attaques contre les retraites, attaques contre la Sécurit Sociale…

    Leur succès est de parvenir à plafonner les remboursement des soins. Le taux de remboursement diminue donc ce qui fait que les frais sont directement assumés, de manière inégalitaire, par les patients eux-mêmes. Dans le même temps, cela offre la possibilité de pouvoir développer les mutuelles, ces entreprises privées qui font du profit sur la bonne santé des travailleurs et des travailleuses, mais qui rechignent à verser leur dû lorsque la maladie frappe.

    En revanche, ces échanges monétarisés nouvellement créés donnent naissance à une croissance économique visible. Fait paradoxal, la misère créé de la croissance et de la richesse. Cette manière de fonctionner est présentée comme une avancée, alors qu’elle est un recul terrible et dramatique.

    Après avoir étranglé la sortie, en jugulant les versements de prestations sociales, la bourgeoisie s’attaque à l’entrée financière.

    Les luttes de 1995 bloquent temporairement l’avancée des réformes-liquidatrices. Celle si est enrayée sous le premier mandat de Chirac, lequel dissout l’Assemblée. Contre toute attente, en 1997, la « gauche plurielle » remporte les législatives anticipées. Le PS est la force politique principale, avec un premier ministre issu des rangs trotskistes, Lionel Jospin.

    Lionel Jospin et son gouvernement sont des Mitterrand light. Ils -et elles- sont portés par les luttes comme une issue politique à celles-ci. L’élan n’est plus le même que dans le début des années 1980. Il n’y a pas de période de grâce et d’avancée. Dès 1997, les mesures qui sont prises sont anti-sociales et ce gouvernement se montre le plus grand agent de la privatisation de l’histoire de la Vème République. Le Parti Socialiste initie une réforme perverse, celle des 35h. Cette réduction du temps de travail s’accompagne de la possibilité d’adjoindre des heures supplémentaires. Le patronat devrait hurler, mais il ne le fait que modérément. Pourquoi ?

    Il a obtenu un arrangement « à l’amiable ». Le temps de travail est annualisé, et donc les horaires peuvent être adaptés d’une manière qui arrange le patron et ses besoins en terme de masse salariale. In fine, cela dessert les travailleurs et les travailleuses, qui ne sont même plus maîtres de leur emploi du temps. Toutes les souplesses en terme de Code du Travail ne sont que celles de l’échine du salarié, qui doit se courber pour satisfaire son patron.

    Deuxième aspect, qui rejoint l’attaque contre le financement de la Sécurité Sociale, concerne les excédents budgétaires. Les années où la Sécurité Sociale dispose de plus que ses besoins, ceux-ci sont exonérés – auprès du patron. Des micro-accords dérogatoires permettent d’étendre cela auprès d’autres entreprises. Au final, cela signifie qu’une partie du salaire brut n’est pas versée au salarié, mais rentre dans la poche du patron.

    Le salaire est impacté, mais de manière invisible, puisque l’argent perçu effectivement à la fin du mois ne change pas. Les patrons en ont profité pour se glisser dans toutes les niches fiscales possible, et optimisant au maximum leurs versements. Ainsi les cotisations sociales, les salaires élargis, ont diminué.

    Tant que l’économie allait de manière correcte, cela ne se percevait pas particulièrement. Mais lorsqu’elle s’est enrayée, tout cela s’est transformé en déficit, en ce qui est présenté comme « le trou de la sécu. »

    Le discours s’est alors porté, d’une manière particulièrement cynique, sur les malades, les personnes âgées, les fraudeurs… Tandis que les patrons ont poursuivi leur captation des richesses produites. Au final, le seul succès de ce gouvernement fut une Couverture Mutuelle Universelle pour les plus pauvres, présentée comme une succès, mais étant, au final une roue de secours tragique. Au lieu de tenter de s’attaquer à la grande pauvreté, elle est amortie.

    A la suite de ces cinq années de gouvernement PS, cinq année de création de déficit social, les masses n’ont pas mordu de nouveau à l’hameçon. Ce fut l’un des pires scores du Parti Socialiste, avec le 21 avril 2002, mettant pour la première fois en lice, au second tour des élections présidentielles, le candidat du FN. La droite revient pour dix ans.

    Elle poursuit les attaques. En tirant prétexte du déficit, elle initie un rallongement du temps de cotisation pour obtenir un départ à la retraite à taux plein. Les travailleurs et les travailleuses sont exploitées plus longtemps, tout en étant payées moins, du fait des exonérations de charge réalisées par Lionel Jospin au travers des 35h.

    Depuis, ces phénomènes ce sont sans cesse accrus, avec les attaques constantes sur ces caisses de cotisation. Seule la TVA trouve fondamentalement grâce aux yeux de la bourgeoisie.

    La bourgeoisie tire à boulets rouges, mais les attaques se précisent. Les exploiteurs flairent une possibilité de pouvoir frapper avec ampleur les système d’impôt en général. La hausse de la TVA -sous couvert de la TVA sociale ; taxe carbone…etc. L’idée étant de combler les problèmes de finances de l’Etat par les moyens les plus injustes.

    Sarkozy s’est heurté cependant à des mobilisations, des luttes. Le cycle recommence, mais à chaque fois en plus affaibli, en plus essoufflé. Les luttes amènent le Parti Socialiste au pouvoir, qui fait pire que la droite, car il shunte les organisations de lutte. Les masses sont dégoutées, et, prisonnières de la démocratie bourgeoise, se tournent vers le parti d’opposition, la droite.

    Hollande est élu, porté par l’anti-sarkozysme. Lorsqu’il ne liquide pas le code du travail, il prépare une nouvelle forme d’imposition : le prélèvement à la source. Cette réforme, incomplète, est appuyée par de grands droitiers issus des finances, Sapin et Macron.

    Qu’est ce que c’est ? L’impôt sur le revenu est annuel. On déclare ses impôts et on paie, le cas échéant ce que l’on doit. Cet impôt est payé d’un coup, et est donc lourd et compliqué. Cela demande d’une part de la rigueur, de l’autre de la trésorerie. Cela se sent passer, mais d’une certaine manière créé une proximité entre le contribuable et son argent. Il, ou elle, sait combien est versé.

    Déja, un premier éloignement avait été fait par les déclarations pré remplies. Elles n’exigent plus de réflexion particulières et peuvent être faites par internet. In fine, il s’agissait déjà d’un premier pas. Le ou la contribuable contrôle peu la déclaration, n’a pas d’échange avec les fonctionnaires des impôts, n’a pas de prise sur le fonctionnement et sur la manière dont le prélèvement se fait.

    L’impôt à la source est payé, lui, chaque mois, prélevé directement sur le salaire. C’est donc une manière progressive de verser l’écot dû, sans questions à se poser. Séduisant ? Oui.

    Mais, finalement, cela éloigne complètement l’imposé des fonctionnaires chargés de le faire. Un problème, une difficulté de paiement, et il n’y a pas de voie de recours. Cela supprime tout autant de postes de fonctionnaires, tout autant de contact entre l’administration et l’administré. Comment, dans ces conditions, contester ?

    D’autant que ce prélèvement automatique est fait par l’émetteur de la paie, le patron. Celui-ci dispose d’un accès à tous les revenus de l’imposé ou du foyer, alors que normalement il n’a pas de droit de regard à ce sujet.

    Macron semble avoir des difficultés, maintenant qu’il est au pouvoir, à mettre en place ce système. Il est repoussé à 2019. La modification du mécanisme et des conséquences sur les rentrées d’argents dans le budget de l’Etat semble lourde à gérer.

    Mais Macron prépare plus ample que cela, plus grand et plus loin : un retour à l’impôt à la Vauban.

     

  • FISC et lutte des classes – Partie 1 : l’ascension de la bourgeoisie.

    FISC et lutte des classes – Partie 1 : l’ascension de la bourgeoisie.

    FISC et lutte des classes.

    « L’Etat opprime et la loi triche, l’impôt écrase le malheureux »

    La question fiscale est une question qui reste, bien malheureusement, sous traitée. Elle est pourtant fascinante à plus d’un titre, par rapport à ce qu’elle révèle quant à la lutte des classes, quant au rôle de la bourgeoisie et quant à la manière dont celle-ci fait assumer la grande majorité des dépenses de l’Etat par les exploités.

    La bourgeoisie et l’Etat sont intimement liés, et ce dernier, sous sa forme bourgeoise, est l’outil principal du maintien du prolétariat dans la domination. Mais tout travail demande salaire, et payer celui de la machine d’oppression déplaît aux bourgeois. Ils le font donc directement assumer par les travailleurs et travailleuses, qui, non seulement, nourrissent les parasites qui les exploitent, mais bien plus encore, financent l’Etat bourgeois qui les oppriment.

    L’évolution des questions relatives à l’imposition, sous la direction du bandit Macron, ne peut se faire dans un sens positif. Même floue, même environnée de fumées de camouflage, du brouillard de guerre, la direction qu’elle prendra peut d’ores et déjà être estimée : contre les travailleurs et les travailleuses, en faveur totale et intégrale de la bourgeoisie.

    L’Unité Communiste de Lyon a tenu une formation sur la question le 18 octobre 2017, dans le but de fournir une explication sur la question, de permettre de comprendre le lien qui unit fiscalité et lutte des classes, et comment elle s’intègre dans la lutte à venir.

    Deux axes sont abordés dans cette brochure basée sur la formation que nous avons tenu.

    Un premier axe qui fait un retour essentiel sur l’Histoire de la fiscalité et son lien avec la lutte des classes, un second sur ce que prépare l’Etat-major de la bourgeoisie.

    Une brève histoire des finances

    Cette partie a pour vocation d’être une mise en perspective historique, et d’illustrer une évolution générale qui amène, au final, au bout de la piste : la Loi Travail et les offensives concomitantes. Cette approche est une approche occultée dans les manuels d’Histoire du secondaire, qui mentionne une série d’événements et de luttes laissées de côté par la bourgeoisie, qui préfère de loin taire ses méfaits.

    Les conquêtes sociales ont été, et cela est bien souvent passé sous silence, abondamment arrosées de sang. La naissance des Prud’hommes, en 1848, est ainsi payée par de nombreux morts, dans des luttes tues par les historiens bourgeois. Le Code du Travail, lui aussi est issu de la grève générale de 1906, dans laquelle l’Etat use de l’armée, du choc et du feu pour réprimer les grévistes. Il ne s’agit pas d’une lutte pacifique, de largesses accordées par une bourgeoisie progressiste et philanthrope. Ce sont des luttes violentes, brutales, qui se paient en cadavres.

    Ces droits qui sont retirés avec une facilité déconcertante aujourd’hui ont couté la livre de chair aux exploités, pour parvenir à les obtenir. Il est important de garder cela à l’esprit quand on s’intéresse à la Loi Travail et à l’offensive choc de Macron et du MEDEF contre les droits des travailleurs et des travailleuses.

    L’impôt et la sécurité sociale que veulent la bourgeoisie et la prolétariat n’est pas le même.

    Fondamentalement, la question de l’impôt forme le cœur de la révolution bourgeoise. Cette question est, ainsi, l’un des points cruciaux de la Révolution Française et des révolutions bourgeoises en général.

    Avant la Révolution, l’impôt type ancien régime est payé par le tiers-état, dont fait partie la bourgeoisie, aux seigneurs et aux ecclésiastes. Il est présenté comme une contribution permettant aux nobles de pouvoir se consacrer à leur rôle social : la protection du tiers-état , mais également permettant à l’Eglise de se consacrer au salut des âmes. Il s’agit d’un système extrêmement inégal, faisant assumer l’intégralité des dépenses au bas peuple, mais également particulièrement contraignant pour la bourgeoisie, car le territoire est fragmenté et criblé de péages. Le commerce et les échanges sont difficiles, sont ponctionnés allégrement par les seigneurs, et brident le développement économique du pays.

    Le programme fiscal de la bourgeoisie est donc de créer un marché unique pour l’ensemble du royaume, sans droits de péage, sans taxes de seigneurs, permettant de lever les entraves sur le développement du commerce. La bourgeoisie exigeait une unification des impôts, hors des ordres. Au travers de cette question, une réflexion politique s’est mise en œuvre. Le conflit autour de la fiscalité va amener la bourgeoisie à hausser son niveau politique et à ne plus seulement se poser la question en terme de revendication économique, mais bien l’amener à se poser la question du pouvoir et de la forme de gouvernement.

    Sous louis XIV, le mode d’organisation dominant demeure toujours la féodalité, certes. Mais, d’une part par le développement économique, de l’autre par les conflits successifs avec les Grands du Royaume, de plus en plus de bourgeois se hissent à des postes importants. Les frondes successives, elles-même reliées à des affaires d’impôts, révèlent que la noblesse s’essouffle dans son rapport au pouvoir, d’autant que l’attrait de la cour la mue en animal de compagnie, éloigné de ses seigneuries. L’évolution des formes de combat, où les canons peuvent désormais avoir raison des châteaux forts féodaux rend caduc l’ancien deal territorial, qui justifiait la présence de ces lieux de pouvoir. En somme, la féodalité se meurt.

    Un nom unit forteresses et impôts : Vauban. Le concepteur des fortifications en étoiles est conscient que ses travaux vont exiger des sommes colossales. La situation financière de l’Etat est catastrophique, minées par les guerres que Louis XIV aime tant, les caisses de l’Etat sont vides. Pour assainir ce gouffre financier -qui, au final, fut l’un des éléments déclencheur de la Révolution Française, il propose une mesure révolutionnaire pour l’époque. Une mesure tellement révolutionnaire qu’elle lui coûte son poste de ministre : Un impôt simple, compréhensible, accessible à tous, payé par tous, représentant 20% des revenus. Ce système doit s’appliquer sur l’intégralité du royaume et permettre une unification du marché intérieur, condition sine qua none du développement économique du royaume.

    Ce système provoque une levée de boucliers de la part de la noblesse et du clergé. Elle arrive trop tôt, mais laisse une marque. L’idée n’est pas tombé dans l’oubli. Elle est reprise dans le programme politique de la bourgeoisie, qui désire un impôt simple et favorable aux affaires.

    Ce programme est réalisé par la Révolution Bourgeoise. Il est d’ailleurs tellement réalisé qu’il résiste à toutes les tentatives de restauration, Empire et Royaume inclus. Ce système d’impôt est la ligne rouge de la bourgeoisie, que les restaurateurs n’osent pas franchir.

    Il est et demeure l’impôt phare de la bourgeoisie de la période libérale, un système d’impôt d’un capitalisme en expansion, opposé à toute intervention de l’Etat. Mais les tendances inhérentes au capitalisme, notamment la baisse tendancielle du taux de profit, la tendance à la constitution de monopoles, la tendance à provoquer des crises le rendent instable. La loi d’entropie ne l’épargne pas, loin de là. Le capitalisme à besoin de l’intervention de l’Etat, quoiqu’il s’en défende.

    Cet impôt, déjà inégal, a donné naissance à un ensemble de rejetons, lesquels ne sont nés que pour servir un seul but : prendre aux pauvres pour financer les aides aux riches.