Étiquette : Impot sur le revenu

  • FISC et lutte des classes – Partie Finale – Macron le royaliste.

    FISC et lutte des classes – Partie Finale – Macron le royaliste.

    Macron le royaliste

    Partie finale. 

    Macron, au final, se montre particulièrement radical dans son rapport à l’impôt.  Son but est de faire une réforme particulièrement profonde du système d’imposition, pour le ramener à celui préconisé par le bâtisseur de forteresse qu’était Vauban.

    D’une part, il liquide déjà l’impôt sur la fortune, en ne l’appliquant plus que sur les possessions immobilières, mais sans que le patrimoine ou le capital ne soient touchés.

    De l’autre, il initie un vaste mouvement de réforme par rapport à l’impôt sur le revenu, en faisant réduisant les cinq tranches d’imposition  -qui déterminent le pourcentage des revenus taxés- pour les faire passer à trois. Au lieu d’avoir un lissage de la courbe de progression de l’impôt, ce sont de véritables cataractes qui se forment. Des marches de géants. Cela signifie que sur le seuil de la marche, la taxation est terriblement vécue, tandis qu’au sommet, elle est ridicule. Pour peu que les revenus soient tout juste au dessus du début de la marche, le taux est astronomique. A l’heure actuelle, déjà, passer de l’exemption à la première tranche se ressent vivement. Cette marche est, pour les ménages modestes, une véritable marche, dans laquelle les impôts représentent une charge lourdement vécue. Moins de tranches, c’est moins de progressivité. C’est une inégalité nettement creusée.

    Moins de taxe pour les riches, tout pour les pauvres ! Tel est le slogan de la fiscalité Macron.

    Un aspect très important se profile également, la question de la Cotisation Sociale Généralisée.

    Un grand nombre de cotisations vont être transférées sur la CSG. Or, cet impôt est prélevé sur les comptes épargnants par les banques. D’une part, c’est une hausse injuste, la bourgeoisie ne fait pas dormir son argent sur ses comptes, mais investit, donc cela se répercute sur les petits épargnants et les Plans Epargne-Logement, d’autre part, cela accroît le contrôle des banques sur leurs clients. Les banques sont en cooptation avec l’Etat pour devenir un organisme de perception, ce qui lui donne un regard sur les entrées et les sorties de revenus de ses clients. Donc sur leur santé financière d’ensemble.

    La CGS remplacera, notamment, la taxe d’habitation. Tout d’abord en augmentant la CSG, puis en baissant cette dernière.

    La taxe d’habitation, nous l’avions mentionné plus en amont, est une taxe qui est généralement haïe par les locataires. Elle est épouvantablement lourde, et représente un vrai budget pour les ménages, surtout les plus modestes. Pourtant, cette taxe est une garantie de la possibilité de disposer d’une autonomie financière pour les mairies. Le fait de tout faire fusionner dans un grand pool fiscal, entre les mains de l’Etat, lui permet de pouvoir ventiler comme bon lui semble son budget.

    Cela signifie, fondamentalement, que l’Etat peut mettre fin aux autonomies locales, lesquelles représentaient une démocratisation. Il lui est possible de réduire les salaires, de réduire le nombre de postes, de pouvoir brider certaines fonctions. Au lieu d’un impôt maitrisé, l’Etat peut étrangler les mairies qui déplaisent ou qui n’ont pas un poids politique suffisant. Cela se sent déjà avec la réduction de 320 millions de la dotation pour les collectivités locales. Cela s’accentuera par la suite.

    Gérard Collomb, ex-maire de Lyon, ministre de l’Intérieur, s’est ainsi fait épingler pour le fait d’avoir capté la quasi intégralité du budget des métropoles de Rhône-Alpes Auvergne, privant de subsides Saint-Etienne et Clermont-Ferrand.

    Plus grave encore, la Sécurité Sociale :

    La suppression de la Sécurité Sociale est un doux rêve de marchand de mutuelles. Une nouvelle fois, Macron fait preuve d’un immense sens de la démagogie. Il promet une suppression d’une très large partie des charges sociales, salariales ou patronales –in fine, elles sont les mêmes, car toujours issues du salaire- en échange d’un petit peut plus de salaire net. Au final, parce qu’une incompréhension de ce qu’est le salaire brut existe chez une large partie des masses, il existe une adhésion à ce projet.

    Il est vécu comme une augmentation de salaire, mais il est, en vérité, une baisse de celui-ci.

    Mieux encore, cette hausse de salaire provoquera une inflation, et sera donc absorbée au sein de celle-ci. Mais, et c’est là la joie des patrons et des patronnes, cet argent ne sera plus immobilisé par des cotisation, mais circulera, créant du PIB, de la croissance, de la richesse en plus pour leur classe sociale de parasites. Le pouvoir d’achat promis est bel et bien fourni, mais auprès des patrons et des patronnes.

    Mais l’objectif est atteint, l’autonomie financière de la sécurité sociale sera tuée, et elle sera rattachée au budget général de l’Etat, lequel pourra ventiler, là aussi, comme bon lui semble l’argent des travailleurs et des travailleuses.

    Le ministère de la santé a indiqué, pour rassures les inquiets et les inquiètes, que aucune médicalement ou soin important ne serait déremboursé. Nous soulignons ce terme, car, en raisonnant par opposition, il offre une très grande possibilité d’action pour détruire le remboursement d’un très vaste panel de soins.

    Cette logique se retrouvera très certainement dans la réforme des retraites qui se préparent.

    Retraites : secret défense.

    Ce point souffre d’une très grande vacuité, pour une raison éloquente : très peu de choses ont filtré sur la réforme des retraites.

    Autant, sur les réformes du code du travail, des éléments ont été portés à la connaissance du public, autant, dans la démocratie bourgeoise de Macron, les masses sont interdites de connaître leur sort.

    Cependant, il est évident que l’intention de Macron, lorsqu’on jette un regard sur sa ligne politique, ne peut être que liquidatrice.

    Une finalité bien sombre.

    Fondamentalement, Macron semble avoir l’intention d’intégrer et d’associer les mutuelles ainsi que les assurances au fonctionnement du système de soin et de protection. Cela pousse à penser que nous serons bientôt confrontés à un mode de gestion à l’Américaine, avec, par ailleurs un regard inquisitorial de ces organismes privés.

    A savoir que les assurances, les mutuelles, les banques achètent des données aux réseaux sociaux, au « big data », dans le but de proposer des contrats individualisés. l’idée est que plus vous risquez d’avoir besoin de soin, plus la facture sera lourde. Belle mentalité.

    Dans l’ensemble, après une mise en perspective au regard de l’histoire du fonctionnement du système d’imposition, quelque chose saute aux yeux. Les impôts et le système d’imposition sont le reflet de la lutte des classes. La forme d’imposition, qui paie et pour quoi sont indexé sur la lutte que se mènent la bourgeoisie et le prolétariat. Après une montée en puissance et des avancées, sous l’angle des luttes, sous l’angle de l’organisation syndicale et politique, une lente descente aux enfers se produit. L’affaiblissement des organisations de lutte et de masse suit parfaitement l’accroissement de la charge que font peser les bourgeois et les bourgeoises sur les épaules de celles et ceux qu’elles exploitent.

    Tout cela amène de l’Ancien Régime à une forme rénovée de celui-ci.

    Macron ne s’attaque pas de manière directe aux systèmes de protection sociales, mais, comme un disciple de sir Basil Lidell-Hart, il privilégie l’approche indirecte. En attaquant par le financement, il fait d’abord pourrir l’arbre entier, avant de scier la branche. En détruisant leur financement, il le met à mort à plus ou moins brève échéance . Bien que camouflée, c’est une attaque d’une ampleur jamais vue. Même de Gaulle, avec les pleins pouvoirs d’avait pas réussi à mettre en place un tel dispositif de retour en arrière, un tel transfert de la plus grande majorité des coûts auprès des classes populaires et d’une partie de la petite bourgeoisie.

    Tout ceci se paie cher. Il ne fait aucun doute que le niveau de vie de la population, d’une manière générale, en particulier pour les classes populaires, va plonger d’une manière inédite. De fait, cela se traduira immanquablement par des troubles, par des tensions. Macron, qui est mandaté par la bourgeoisie pour briser les protections sociales, fait son travail avec une grande efficacité. Il est l’agent du chaos et de la destruction sociale.

    Toujours est-il que, en détruisant le centre de l’échiquier politique, en créant une situation inédite et à forte entropie, il ouvre une voie à l’arrivée, dans quatre ans, d’une vague réactionnaire d’une intensité particulièrement forte, invitée au pouvoir par la bourgeoisie pour écraser les masses, pour  imposer par la force l’ordre dans une France où la colère populaire sera explosive.

  • FISC et lutte des classes – Partie 2 : IIIe République – Vichy, le choc des classes.

    FISC et lutte des classes – Partie 2 : IIIe République – Vichy, le choc des classes.

    De la troisième République à Vichy, le choc des classes.

    Pendant l’ensemble du XIXe siècle et jusqu’à la fin de la troisième République, les impôts se multiplient. Ces impôts sont une illustration du rapport de force entre bourgeoisie et prolétariat, car ils sont principalement assumés par les travailleurs et les travailleuses, pour financer les aides à la bourgeoisie. Ils sont une manière de prendre aux pauvres pour donner aux riches, dans un splendide Robin des Bois inversé.

    Dans les parlements, les sociaux démocrates proposent inlassablement la mise en place d’un impôt progressif. Cet impôt serait indexé sur le revenu, et variable en fonction de ceux-ci. Raymond Poincaré se serait écrié que celui-ci serait un « viol du secret de la richesse », un viol du secret des affaires. Les sociaux démocrates insistent, et celui-ci est soumis au vote. Par un extraordinaire hasard, la session est ajournée. La Première Guerre mondiale vient d’éclater. Pour les bourgeois et les marchands de canon, cette journée à certainement été un jour faste.

    Pour la bourgeoisie, cet impôt était déjà presque un casus belli. Un impôt sur le revenu échelonné ? Voilà qui est déjà pour elle du socialisme, du bolchevisme ! Elle dépeint cet impôt comme une mesure confiscatoire. Ce terme n’est pas anodin, il demeura dans les bouches des politiciens bourgeois durant la plus grande partie du XXe siècle.

    La bourgeoisie considérait qu’elle n’avait rien à déclarer à l’Etat. Ni ses possessions, ni ses avoirs, ni ses ressources. Pour elle, il y avait une séparation nette entre l’état de leurs affaires et les affaires de l’Etat. Mais, malgré la violence du débat, cet impôt fut adopté.

    Nulle apocalypse, nul chars rouges, nulle guerre civile et, hélas, encore moins de communisme en France. l’Ironie de l’Histoire veut que cet impôt ait été mis en place en 1920, par la chambre « Bleue Horizon », une des chambres les plus à droite de l’histoire de la République. Pourquoi ? Les raisons sont multiples.

    Premièrement, la France à supporté la plus grande part de l’effort de guerre, elle a été le terrain des affrontements en occident, et en a subit les conséquences. Celles-ci s’estiment en pertes humaines, mais aussi en destructions des infrastructures, en particulier dans les régions houillères et sidérurgiques. Un manque à gagner énorme. Elle a contracté d’immenses emprunts pour éponger les dettes de guerre, auprès du Royaume-Uni, tout d’abord, puis auprès des Etats-Unis d’Amérique, lesquels ont, in fine, hérité des créances anglaises. La France voulait, à la fin de la guerre, piller jusqu’au bout l’Allemagne pour compenser cela, exigeant d’astronomiques réparations de guerre.

    Cet espoir de se soigner par le pillage fut amèrement déçu. Les Allemands dévaluent leur monnaie, renâclent. Le sommet de la crise est atteint en 1923 avec l’occupation de la Ruhr. Stoppant les livraison de bois vers la France, l’Allemagne déclenche l’ire des français. Raymond Poincaré et Albert 1er -roi des Belges- lancent une invasion en janvier 1923. Celle-ci rencontre des ouvriers allemands répugnés par la présence de l’armée française. Grèves et actes de résistance passive se succèdent, rendant tout espoir d’obtenir des réparations en nature illusoire.

    En faisant intervenir les soldats pour se saisir des ressources de la région la plus industrielle de l’occident, la France a soudé les travailleurs allemands contre elle. Les troupes, souvent coloniales, employées pour cette opération vont nourrir la propagande nazie. Celle-ci, va instrumentaliser l’affaire, la présentant comme une tentative d’éradiquer la race allemande.

    Au final en 1925, les français se replient, sans réel gain, tout en acceptant le plan de réparation Dawes, qui vise à vacciner l’Allemagne contre la menace d’une révolution.

    Car, nous en venons au fait, la seconde raison de ce changement d’imposition est a relier à la force et la vigueur des mouvements révolutionnaires.

    A la suite de la Révolution Russe, à la suite de la Révolution en Allemagne -qui mirent fin à la guerre- les forces révolutionnaires sont un paramètre important. L’immédiat après-guerre est une période d’écrasement de ces mouvements, dans lequel les sociaux-démocrates révèleront que leur allégeance va à la bourgeoisie réactionnaire. En France, en 1920, naît la S.F.I.C. qui devint le Parti Communiste par la suite. La même année, une grève générale frappe la France. Elle est particulièrement dure, mais se termine par un échec.

    Pour ne pas mettre plus encore le feu aux poudres, tandis que la situation est précaire pour son pouvoir, la bourgeoisie française repousse provisoirement l’idée de faire intégralement assumer aux pauvres le coût de la guerre.

    C’est donc cette période qui voit l’apparition d’un impôt sur le revenu, progressif, avec des systèmes de tranches d’imposition croissantes. Cet impôt est le fruit d’un compromis important, et était une revendication centrale dans la lutte des classes.

    C’est là dessus que Macron attaque aujourd’hui. La bourgeoisie a la mémoire longue, elle n’a pas oublié cet affront, cet impôt confiscatoire, cet atroce sacrifice.

    Il n’est pas forcément, dans le cadre restreint de cette brochure, nécessaire de revenir sur le Front Populaire. En revanche, il est important de parler de Vichy. Vichy, fiscalement, reste dans la continuité des années 20-30. Il s’agit d’un des aspects, parmi d’autres, qui illustrent la continuité administrative et étatique entre la IIIème République et le Régime de Vichy.

    Certains, dont Jean-Luc Mélenchon, voudraient faire de Vichy une parenthèse dans laquelle « ce n’était pas la France », mais où le pouvoir était assumé par une Allemagne dominatrice -idée qu’il tente de plaquer sur la réalité d’aujourd’hui- et par une clique sans lien avec la République. Or, dans le fond, l’administration et les hauts fonctionnaires traversent sans heurts le Front Populaire -contre lequel ils pratiquèrent un certain sabotage- Vichy et la IVème République, à l’image de Papon. L’Allemagne n’aurait, de toute façon, aucune possibilité de se suppléer à cet outil, même s’ils l’avaient voulu.

    Vichy, il faut le marteler, c’est la même bourgeoisie, la même administration, le même Etat qui se poursuit.

    En revanche, fiscalement, un changement immense se produit après 1944 – 1945. La raison ? Un nouveau rapport de force s’instaure.