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  • Hommage à Ernesto Che Guevara – Partie finale & Discours d’Alger (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – Partie finale & Discours d’Alger (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – Partie finale

    &

    Discours d’Alger (1965)

    Même si, chronologiquement parlant, le message à la tricontinentale est postérieur au discours d’Alger, nous avons choisi d’intégrer celui-ci à cette dernière partie. Le texte est un discours particulièrement illustratif, particulièrement enrichissant sur la pensée politique de Ernesto Che Guevara. 

     

    A la mort du Che, un curieux culte s’est développé. Des centaines de personnes sont venus voir son corps dans l’hôpital, où il est exposé.  Ainsi, l’attitude christique du corps, mêlé aux conceptions de la théologie de la libération, font que de nombreuses nonnes de l’hôpital coupent des mèches de cheveux, comme des reliques. Il se créé un culte fascinant, autour de légendes telles que  San Ernesto de La Higuera et El Cristo de Vallegrande, parlant d’un réveil de celui-ci, se relevant d’entre les morts.

    Ce curieux épilogue, faisant du Che un saint de certaines sectes catholiques, n’est pas sans évoquer ces curieuses icônes orthodoxes ou arméniennes, représentant Staline en saint auréolé.

    Si cela est révélateur d’une certaine perception du rôle de ces deux personnages, par une partie des masses, ces aspects nous intéressent moins que l’héritage idéologique et politique qu’ils peuvent laisser.

    Le Che a déclenché un engouement que nous avons déjà souligné en introduction de cet hommage. Il a illustré l’enthousiasme combatif, l’envie de combattre, l’abnégation, le don de soi. Ces qualités -très aisément intégrables à une imagerie chrétienne et romantique du martyr- ont fait et font toujours du Che un symbole de la jeunesse révoltée.

    Il reste l’image de l’homme d’action, l’image du vadrouilleur, de l’infatigable combattant  contre la misère. L’image, aussi, du médecin fidèle à son serment, qui, lorsque capturé, proposa de soigner les soldats blessés de l’ennemi. Celui qui écrivit, dans le Socialisme et l’Homme à Cuba « Tous les jours, il faut lutter pour que cet amour de l’humanité vivante se transforme en gestes concrets, en gestes qui servent d’exemple et qui mobilisent » .

    Mais la pensée politique du Che, qu’en est-il ?

    Trop souvent réduit à une imagerie, à un simple symbole, le Che a été victime de la foire d’empoigne qu’opèrent les opportunistes sur tout ce qu’ils peuvent capter, récupérer, intégrer à leur construction idéologique pourrie et instable. Une nouvelle fois, nous pensons aux anticommunistes, aux trotskistes, aux révisionnistes, chacun essayant de faire du Che « un d’entre eux. » Ironie de la chose, nul doute que Ernesto Guevara n’aurait pas hésité à en fusiller certains. Mais le flou bénéficie toujours à l’opportunisme.

    Or, le « guévarisme », si il est possible de parler ainsi, a été défini, notamment en collaboration avec le français Régis Debray, son compagnon de lutte en Bolivie, sous un concept : le foquisme. Ce foquisme est ce qui démarque, au final, la pensée guévariste du léninisme, idéologie pourtant à laquelle le Che se rattachait.

    Dans La guerre de guérilla, écrit en 1961, Che Guevara expose certaines bases de sa conception politico-militaire et se conception stratégique. Régis Debray, de son côté, synthétise son expérience dans Révolution dans la révolution en 1967. Il est difficile de faire, dans cet ouvrage, la part des choses entre ce qui est du domaine de la conception de Debray lui-même et ce qui provient du Che. Toujours est-il que des recoupements peuvent être faits.

    Contrairement à la thèse défendue par de nombreux anticommunistes, le Che ne s’est pas élevé contre un hypothétique Thermidor stalinien, mais s’inscrit dans la droite ligne de la pensée léniniste. Sa brouille avec l’URSS, qui sert souvent d’argument, est une brouille avec la ligne de l’URSS d’après 1956, sociale-impérialiste, restauratrice de l’économie de marché, liquidatrice de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat. Il lui est ainsi attribué la déclaration suivante : « Celui qui n’a pas lu les quatorze tomes des écrits de Staline ne peut pas se considérer comme tout à fait communiste. » (cité dans le N°720 du magazine Historia, 2006)

    Pourtant, il est hasardeux d’en faire un maoïste. Si sa pensée politique et sa compréhension de la situation internationale le rapproche de la Chine Populaire ; s’il ne fait nul doute que la Révolution Culturelle a certainement eu un écho favorable chez lui ; si la guérilla, comme pour Mao Zedong, est au centre de la question de la conquête du pouvoir, des différences inconciliables demeurent.

    La question du Parti forme cette barrière, et derrière elle, la question de la stratégie générale.

    Dans sa conception des choses, la guérilla armée est l’alpha de la lutte. Autour de focos, des foyers, la lutte armée est l’outil qui agrège les forces. Contrairement à l’expérience chinoise, qui s’est appuyée sur la paysannerie pauvre par nécessité et pour être loin des citadelles de l’impérialisme, tout en maintenant la classe ouvrière au centre de son projet, les focos basent leur stratégie sur les campagnes.

    La satisfaction des revendications de la paysannerie pauvre et des campagnes devient le stimulant principal de la lutte. Elle doit permettre à la guérilla de s’assurer un soutien, de développer des foyers [d’où son nom] de combat les plus nombreux possibles, pour forcer l’ennemi à se disperser. L’idée est de faire tâche d’huile et d’engranger des forces pour passer de la petite guérilla à la grande guérilla, puis de celle-ci à l’offensive victorieuse.

    Dans les faits, des failles terribles condamnaient l’expérience.

    La principale faiblesse de la pensée du Che est d’avoir sous-estimé la nécessité de l’organisation, du besoin du parti, de son rôle d’Etat-major de la classe ouvrière ainsi que des classes opprimées.

    D’une part car, dans le combat, le Parti Communiste ne fait pas que des tâches liées à la guerre contre les forces de l’impérialisme. Il mène un travail légal ou illégal, clandestin ou affiché, au travers de ses relais ou directement, dans le but de mobiliser et d’organiser les masses. Il mène une lutte sur plusieurs fronts. En se limitant au seul secteur de la guerre, les foquistes n’ont pas marché sur leurs deux jambes.

    D’autre part car le Parti Communiste est un roc, un bastion, une forteresse. Il est cette digue qui permet de résister au reflux du mouvement de masse, de survivre aux défaites, de tenir face à l’adversité. La guérilla du Che se basait sur un volontarisme certes louable, mais terriblement vulnérable. Lorsque, face aux difficultés, les soutiens se sont taris, les portes se sont fermées, les groupes guévaristes et foquistes se sont étiolés, se sont disloqués. Cette faiblesse ne s’est pas avérée trop criante dans la conduite des opérations, car, alors, les USA ne donnaient qu’un appui modéré au régime de Batista. Elle ne s’est pas avéré trop visible dans un cadre où le mouvement communiste international était au zénith. Après la déstalinisation, après la rupture sino-soviétique, dans un contexte où les USA imposaient une pression terrible sur l’Amérique du Sud, les chances de succès se sont avérés moindres et, pour finir, nulles.

    La question du Parti Communiste à Cuba s’est elle aussi montrée problématique, mais d’une manière peu visible. La construction du socialisme s’est émaillée de difficultés lorsque le Che géra le portefeuille de l’économie, difficultés reflétant les questions terribles et cruciales de « comment construire le socialisme dans une île en sous-développement » . Après son départ de ce poste, elle ne fut plus réellement posée. De fait, l’URSS dictait le développement économique de celle-ci, pour l’inclure dans la satellisation social-impérialiste.

    Il ne fait pas de doute que Che Guevara ait voulu développer le socialisme, il ne fait pas de doute quant à sa sincérité. Cette satellisation est ce qui signa l’arrêt de mort du développement plein et entier du socialisme à Cuba.

    Le Che s’est montré d’une hostilité complète envers les théories économiques de la direction Khrouchtchévienne et de ses successeurs Brejneviens, de même qu’envers leur politique de coexistence pacifique avec l’impérialisme et la bourgeoisie. Seulement, dans le schisme entre révisionnisme et léninisme, entre URSS, Chine et Albanie, Cuba avait-elle les moyens de choisir ? Encerclée, l’île dépendait de l’aide de l’Union Soviétique. Entre choisir celle-ci et se lancer aux côtés de la Chine, le pragmatisme avait primé.

    Toujours est-il que l’absence de véritable débat idéologique a précipité cette issue. Elle a permis aux lignes les plus droitières de triompher de manière quasiment systématique. Au final, le Che s’est retrouvé acculé au départ, car devenant gênant pour la direction du Parti Unifié de la Révolution Socialiste Cubaine (PURSC) fondé en 1962. Ce dernier ne prend le nom de PCC que lorsque les dès furent déjà joués. L’île resterait fidèle à Moscou.

    Malgré cela, Cuba a vécu et, malgré sa situation, Cuba présente une face de succès.

    Malgré ses échecs à la fin de sa vie, le Che est demeuré le symbole de la révolution cubaine, de la volonté de libération des peuples opprimés, et il a laissé derrière lui un héritage qui marque encore profondément la société de Cuba. Celui-ci disait que « la société doit devenir une grande école ». Une déclaration qui trouve encore aujourd’hui son application concrète, avec l’un des meilleurs systèmes éducatifs du monde. Le Che condamnait l’individualisme, chaque individu devant participer collectivement à la construction de la société socialiste. Il montrait lui même l’exemple par une vie sobre, et par sa participation hebdomadaire au travail volontaire dans les usines.

    Cet esprit existe encore aujourd’hui dans le cœur des cubains, dont le travail bénévole a permis de grandement limiter les dégâts laissés, récemment, par l’ouragan Irma. Un Hors de ses frontières, Cuba est le seul exportateur de médecins du monde, que le secrétaire général aux Nations Unies Ban Ki Moon décrivait ainsi : « ce sont toujours les premiers arrivés et ce sont les derniers à partir. Ils restent sur place après les crises. Cuba peut montrer au monde entier son système de santé, un modèle pour beaucoup de pays ».

    Aujourd’hui, nous rendons hommage à un homme qui, guidé par la théorie marxiste-léniniste, a voué sa vie à la cause révolutionnaire. Son altruisme, son courage, son sens du sacrifice et son désir de justice doivent être pour nous une source d’inspiration !

    Ernesto Che Guevara fait partie aujourd’hui du panthéon des martyrs de la révolution.

    Che Guevara reste aussi une icône, une icône qui contient une part de réussite, une part d’échecs et d’insuffisances.

    Il serait aisé de ne garder que les dernières par désir de pulvériser un « mythe » de plus. C’est là être faire preuve d’une bien piètre camaraderie et transformer la critique en entreprise de démolition.

    Ce n’est nullement notre vocation. Nous considérons qu’il est important de critiquer les insuffisances théoriques, politiques, pratiques et humaines, mais qu’il est tout aussi essentiel d’être capable de tirer des enseignements de ces expériences. Nous nous nourrissons autant des succès que des échecs de notre histoire et de notre mouvement.

    C’est en cela que les mythes doivent tomber, non pour démolir, mais bien pour dégager la vérité et les éléments pertinents d’une existence.

    Dans ce cadre, Che Guevara était un camarade. Il fut un soldat de le révolution prolétarienne. Ni un saint, ni un démon, mais bien juste un homme.

    Cet homme est mort sous les balles de l’ennemi.

    Mais l’œuvre, l’œuvre vit toujours et existera tant qu’elle sera étudiée. Elle n’appartient plus au Che seul, elle appartient à l’humanité.

    « Le présent est fait de lutte ; l’avenir nous appartient ».

  • Hommage à Ernesto Che Guevara – partie III & Message à la tricontinentale (1967)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – partie III & Message à la tricontinentale (1967)

    Hommage à Ernesto Che Guevara.

    Nous avons décidé, comme document accompagnant cette partie, de fournir le Message à la Tricontinentale, document particulièrement illustratif sur les positionnements politiques du Che et sur sa critique de la politique de coexistence pacifique défendue par l’URSS et par les partis révisionnistes. En espérant que cette lecture soit instructive.

    Partie III

    L’international à la vie, à la mort.

    Après la crises des missiles de Cuba, le Che poursuit ses voyages. Charismatique, orateur de talent, il est l’envoyé idéal pour nourrir les relations nouvelles que Cuba souhaite établir avec le reste du monde en lutte. Ainsi, en 1963 il est en Algérie, pour une visite de quatre jours qui, finalement, dure trois semaines. Là, il noue des liens, et entame un travail avec l’aile gauche du F.L.N., incarnée par Ben Barka.

    En 1964, il fait un discours à l’ONU dans lequel il explique la situation de Cuba et fustige la politique étrangère des USA. Il y revendiqué le fait d’avoir fusillé et fait fusillé des ennemis « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort. »

    Par la suite, il reprend ses voyages. Chine -où il vient sans prévenir Fidel Castro, déclenchant son ire- Egypte, Algérie, Ghana, Guinée, Mali, Bénin, Congo, Corée du Nord… il traverse le tiers-monde. En chemin, il fait étape en France et en Irlande.

    Sa pensée politique évolue et se rapproche des conceptions chinoises. Pour la direction politique cubaine, un fossé se creuse. Dans son discours d’Alger, prononcé au début de 1965, le Che cible même l’URSS, en termes voilés certes, mais attaque ses manquements aux grands principes communistes. «  Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest. Le fait que le commerce est actuellement réduit ne signifie rien. »

    Si le discours est reproduit dans les journaux cubains, la visite en Chine est passée, elle, sous silence. Elle formait, il faut le dire, un terrible crime de lèse-majesté envers l’URSS, laquelle le considère désormais comme un agent de la Chine. Lui même montre des singes d’adhésion progressive aux conceptions défendues par Mao Zedong, quant à la nature sociale-impérialiste de l’Union Soviétique.

    A Cuba, les tensions avec Castro et avec les représentants soviétiques sont fortes. Ernesto Guevara disparaît du devant de scène. Démoralisé par la situation, rongé par l’inaction et par le travail de bureau, brûlant de réaliser son affirmation, construire «  deux, trois, plein de Viêt-Nam « , Che part pour le Congo, pour tenter d’apporter un soutien militaire à la lutte contre l’impérialisme.

    Après 7 mois de combat contre les troupes de Mobutu, l’opération est un échec critique, les pertes sont lourdes tant en termes d’hommes que de prestige. Il passe près de deux ans dans la clandestinité, ne voulant pas rentrer à Cuba.

    Hésitant entre retourner combattre dans son pays et lutter en Bolivie contre le gouvernement fasciste, le Che finit ultimement par choisir de rejoindre les rangs de l’Armée de Libération Nationale de Bolivie. Là où il trouva la mort. C’est dans la jungle, en 1967, que le Che rédige son message à la tricontinentale. Ce message consacre une divergence de vue avec la direction soviétique et son ralliement net à la ligne de Mao Zedong.

    Pendant cet exil plus ou moins imposé, un des plans de Che Guevara, dont Ben Barka fut l’architecte principal, voit le jour. L’idée de la tricontinentale, ou Organización de Solidaridad de los Pueblos de África, Asia y América pour son nom complet, est relativement simple. Elle est conçue dans l’esprit d’une entraide technique, politique et militaire entre les différents états subissant l’impérialisme. Elle se caractérisa par ce slogan : « trois continents, une révolution. »

    S’inscrivant dans une idée de moyen terme entre Chine et URSS, cette conférence faite du 3 au 15 janvier 1966 définissait les objectifs suivants :

    ·         Lutter contre l’impérialisme et le colonialisme. Assurer l’émancipation des peuples dominés et opprimés.

    ·         Relier et unifier les mouvements de lutte, issus de la conférence de Bandung, et travailler en commun avec la Chine et l’URSS, malgré leur situation de rupture.

    ·         Rejoindre la lutte pour une révolution à l’échelle mondiale.

    ·         Lutter contre les régimes d’Apartheid.

    ·         Lutter contre la menace de l’arme nucléaire.

    Malgré une situation peu évidente, du fait des tensions internationales de l’époque, 82 Etats y participent.  Ben Barka, enlevé par la France, ne peut s’y rendre. En soi, la conférence est un succès, mais un succès éphémère. Pourtant, elle posait des bases saines, lesquelles méritaient d’être étudiées et diffusées, encore à l’heure actuelle.

    Comme tous les personnages importants de l’Histoire, bien des théories entourent de limbes la mort du Che. La tentation du complot, du règlement de compte, à longtemps circulé. Si le désaccord avec Fidel Castro et l’URSS était marqué, si la rupture était consommée -le Che fit, par ailleurs, un testament politique avant son départ de Cuba- il n’existe pas de preuve d’une complicité entre la CIA et les forces pro-soviétiques. Si Cuba ne fit rien pour aider Ernesto et sa poignée de guérilléros, l’île ne fit rien non plus pour envenimer les choses.

    D’une manière générale, les raisons de la défaite du Che et de ses troupes résident dans plusieurs choses : le climat politique n’était plus le même que 8 ans auparavant. Les USA sont extrêmement méfiants quant à la situation internationale. Le relatif laisser-faire rencontré face à Batista n’a plus court. L’opération est mal menée, avec des forces faibles et peu fiables. Surtout, la guérilla peine à obtenir le soutien des masses.

    Autre facteur, les conceptions militaires se sont nourries de l’expérience du Viêt-Nam et de la Guerre d’Algérie. Les dispositifs de COIN [Contre-insurrection] sont pleinement opérationnels. Le Che est tombé contre plus fort que lui.

    Les raisons de son exécution restent débattues. Toujours est-il qu’un procès public aurait été certainement nuisible, comme le fut le procès de Georges Dimitrov par les nazis à Leipzig, ou comme le fut, plus tardivement, la tentative de juger Honecker. Bien souvent, les tribunaux de la bourgeoisie se retournent contre elle.

    Toujours est-il que le 9 octobre 1967, à 13h10, Che Guevara mourait sous les balles. Selon Mario Terà, qui affirme être celui qui l’a tué, dans une interview de 1977 à Paris Match, ses derniers mots furent  « Soyez serein et visez bien ! Vous n’allez tuer qu’un homme ! »

    Ainsi mourrait un Homme.

    Mais, comme tous les martyrs, en l’assassinant, les criminels le rendirent immortel. Car les idées et l’héritage politique du Che ne mourut pas.

  • Hommage à Ernesto Che Guevara – partie II & Le socialisme et l’Homme à Cuba (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – partie II & Le socialisme et l’Homme à Cuba (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – partie II & Le socialisme et l’Homme à Cuba (1965)

    Nous joignons à cette partie II un texte important de Che Guevara, que nous citons, par ailleurs, dans cet hommage. Il s’agit de la brochure : Le socialisme et l’Homme à Cuba écrite en 1965 et faisant écho à de nombreuses questions relatives au développement du socialisme sur l’île et à des questionnements interessants sur de nombreux aspects.

    La campagne de Cuba et la construction du socialisme.

    Au sein de la lutte pour la révolution à Cuba, le Che s’est illustré comme un dirigeant de terrain hors pair, comme un guérilléro lui-même, comme quelqu’un étant capable de transformer des petits détachements armés en une organisation fonctionnelle, efficace et redoutable.

    Cela exigeait une connaissance des principes de commandement, des principes de la guérilla, mais également de comment elle s’inscrit dans une lutte politique. Certains, certaines, tentent de cibler sa dureté dans cette lutte comme une illustration d’un autoritarisme sans bornes. Il convient de rappeler que les discussions de salon et le démocratisme doivent, dans l’action, céder le pas à l’unité de volonté, à l’unité de corps, à une discipline de fer qui se marie mal avec les désirs personnels.

    La guérilla, et l’appui d’une partie de la bourgeoisie nationale cubaine, triompha du régime pourri de Batista. Le premier janvier 1959, la révolution cubaine triomphe.

    Fondamentalement, les USA n’étaient pas hostiles à une expulsion de Batista. Ils l’ont soutenu avec une mollesse rare, et se sont contentés de rester dans l’expectative. Dans leur conception, le nouveau gouvernement, forcément plus populaire que la dictature, serait bien obligé de trouver un compromis avec la superpuissance, située à 200 km de ses côtes. Les USA disposaient de certains relais et d’agents au sein du M-22-7, notamment les éléments droitiers, timorés…

    Dans Le socialisme et l’Homme à Cuba, Ernesto Guevara revient sur ce passage : « En janvier 1959, le gouvernement révolutionnaire s’est constitué avec la participation de divers membres de la bourgeoisie traître. Facteur de force fondamental, la présence de l’Armée rebelle était la garantie du pouvoir. De sérieuses contradictions se sont aussitôt développées. Elles ont été en partie surmontées lorsqu’en février 1959, Fidel Castro a assumé la direction du gouvernement en tant que premier ministre. »

    L’ennui, pour les américains, étant que la ligne qui triompha au sein du M-22-7 était sur une base d’indépendance et de développement économique de l’île, contradictoire avec les intérêts économiques et géopolitiques des USA. La ligne du Che, mais aussi de Fidel Castro, était une ligne qui ne tolérait pas la tutelle d’une autre puissance, ni le maintient de liens d’ordre coloniaux. Le moyen terme trouvé fut autour du maintien de la concession de Guantanamo à l’US Navy. Les USA se sont empressés alors, dans un plan mal conçu, décousu, raté, de faire débarquer un commando de contre-révolutionnaires. Ce débarquement, dit de la Baie des Cochons, fut un fiasco monumental. Un fiasco qui créa un fossé immense entre La Havane et Washington. Une hostilité qui s’est maintenue durant l’intégralité de la guerre froide, avec des sommets de tension, comme lors de la crise des missiles.

    Crise des missiles au sein de laquelle le Che eût une position qui fit écho à celle de la Chine, et qui reflète sa compréhension de l’espace : Cuba est un des fronts de la lutte mondiale contre l’impérialisme et contre l’impérialisme américain, qui formait à l’époque le plus vindicatif. Cuba, pour le Che, doit assumer donc sa position dans cette lutte mondiale et accepter de courir des risques. C’est le prix à payer pour tenir un pistolet sur le cœur des USA.

    D’autant que Kennedy, fondamentalement, jouait à un jeu de poker, jeu bien compris par la Chine, mais nullement par l’URSS, qui voyait sa stratégie de développement comme un jeu d’échec.

    Au sein de Cuba, Che fut missionné pour s’occuper du développement de l’industrie. Bien que l’île soit sous perfusion de la part de l’URSS, aspect qui fut par la suite cher payé, le Che tente de mettre en place une politique de développement planifiée, avec une réforme agraire et un début de mise en place d’industrie. Dans un sens, le modèle de développement économique pourrait s’apparenter à celui du Grand Bond en Avant. Une tentative de franchir les étapes par le volontarisme, par l’effort collectif. Cette campagne s’est faite en employant les stimulants politiques, en faisant appel aux masses, en tentant, par leur mobilisation, de triompher de tous les obstacles.

    Probable que l’ambition fut trop grande. Probable également que l’URSS, qui souhaite inclure Cuba dans la « Division Internationale Socialiste du Travail » n’ait pas été particulièrement empressée de doter l’île de moyens pour développer une industrie industrialisante. Nul doute que ces aspects là, le Che en a une certaine conscience.

    Il le note en 1965 : « Cependant, l’État se trompe quelquefois. Quand une de ces erreurs se produit, le manque d’enthousiasme collectif se traduit par la diminution quantitative de chacun des éléments qui composent les masses. Le travail se paralyse jusqu’à en être réduit à des dimensions insignifiantes. C’est le moment de rectifier. C’est ce qui est arrivé en mars 1962, face à la politique sectaire imposée au parti par Aníbal Escalante. »

    Si la lutte contre cette tendance à une intégration à l’espace économique soviétique s’est illustrée par la purge de Aníbal Escalante (1962), agent des intérêts de l’URSS au sein de la direction du PSP, l’URSS triompha pourtant. Dans la situation de Cuba, en 1962, l’URSS avait plus à offrir en termes d’armes, d’équipement, de ressources et de crédits que la Chine Populaire, indépendamment de la ligne.

    Le pragmatisme de cette prise de position se justifie, dans un sens tactique, mais stratégiquement, il fut funeste à Cuba. Il illustre pleinement les problématiques auxquelles nous serons, nous aussi, confrontés dans une situation similaire, et où des concessions justifiables à un instant T nous enferrent dans une impasse à un instant T ‘.

    Il est possible de critiquer la pensée politique du Che, il est possible d’y voir des erreurs, mais en revanche, il n’est pas possible de parler, ici, de trahison. Il y avait une volonté sincère de construire le socialisme et d’apporter l’éducation, la santé, la culture aux masses de Cuba. Dans une certaine mesure, et sur ces secteurs, Cuba tint ses promesse. Mais sur le noyau dur de l’économie, en revanche, l’affaire capota. La critique de la loi de la valeur et des méthodes de Khrouchtchev dans l’économie politique fait écho au débat qui eut cours entre les années 30 et 50 en URSS.

    On retrouve là une vue similaire entre la conception de l’économie politique défendue par Staline et les membres de son équipe, contre une vision prétendument apolitique, en fait libérale, défendue par les économistes soviétiques des années 50. C’est cette vision qui devint hégémonique après 1956, entrainant l’URSS, et Cuba, dans son sillage funeste.

    Si le Che à joué un rôle important au sein de Cuba, il s’est montré, également, un incontournable acteur de la scène internationale, en travaillant à monter un projet d’union anti-impérialiste, à l’échelle mondiale : la tricontinentale.

  • Sur le 90ème anniversaire de la Gande Révolution Socialiste d’Octobre. (2007)

    Sur le 90ème anniversaire de la Gande Révolution Socialiste d’Octobre. (2007)

    Sur le 90ème anniversaire de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre. 

    2007

    Le 100 ème anniversaire de la Révolution d’Octobre est un évènement considérable. Il ne s’agit pas de commémorer un évènement quelconque, une simple date. Il s’agit d’un point de rupture titanesque.

    Si la Commune de Paris fut un premier coup de hache dans le pouvoir de la bourgeoisie, en instaurant la première dictature du prolétariat, la Révolution d’Octobre instaura la première expérience de construction du Socialisme.

    Le fait qu’elle ait eu lieu est le fruit de facteur conjecturels (guerre, épuisement…) mais également d’une préparation de longue haleine. Sans le travail de construction du Parti Bolchevik, cette révolution serait restée chimère et utopie.

    Entre Que faire et la Révolution, quinze années d’écart. Un océan de travail, légal ou illégal, clandestin ou au vu et su de tous. Quinze années de lutte terrible dans les coulisses, pour que la grande première existe.

    Une révolution marquée par la guerre, que les bolcheviks ont du apprendre à faire. Marquée par les interventions étrangères, la haine implacable du capitalisme contre les travailleurs. Marquée aussi par la solidarité prolétarienne, l’amitié entre les peuples et entre les travailleurs.
    Entre la Révolution et le XXème congrès du PCUS, qui enterra le socialisme, 39 ans de travail acharné, pour faire d’un Etat arriéré une force politique et économique de premier plan, sans impérialisme, sans exploitation, sans misère. Une œuvre bâtie dans l’encerclement, dans la guerre, dans la douleur et dans la menace. Dans l’expérimentation, dans la découverte, avec des victoires, des revers, des erreurs. Mais une œuvre qui éclaire toujours, qui rayonne.

    Un matériel immense que les communistes doivent étudier, comprendre, analyser, pour renaître plus forts et plus puissants. Aguerris par l’expérience entière du mouvement communiste international.

    Cette brochure, que nous reproduisons ici, célébre, il y a dix ans, le 90 ème anniversaire. Elle est une déclaration pertinente et pleine de bon sens sur les questions relatives à la construction du socialisme.

    Une lecture supplémentaire à ajouter à sa bilbliothèque.

    Sur le 90ème anniversaire de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre

    Revolutionary Democracy

    2007

    Publié par l’UCL en 2017


    Voici le message de salutations adressé au groupe Ray O. Light lors de la réunion tenue à New York pour célébrer le 90ème anniversaire de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre. 

    La célébration du 90ème anniversaire de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre à New York, en plein cœur de la citadelle de l’impérialisme américain, est un sujet de première importance et nous estimons que c’est une question de grand honneur d’envoyer un message fraternel de salutations à cette occasion au nom de la revue Revolutionary Democracy

    Marx a fait observer que les révolutions des dix-septième et dix-huitième siècles n’étaient pas des révolutions Anglaise et Française, mais des révolutions d’un modèle européen dans lequel la victoire de la bourgeoisie a représenté la victoire d’un nouvel ordre, la victoire d’un nouvel ordre de la société, la victoire de la propriété bourgeoise sur les rapports de propriété féodaux. La victoire de la révolution russe en octobre 1917 a vu la victoire du nouvel ordre prolétarien et la victoire des rapports de propriété socialistes sur les rapports de propriété bourgeois: il s’agissait d’une révolution sur un modèle mondial, comme cela a été souligné par la formation du camp démocratique au côté de l’URSS socialiste en tant que résultat de l’instauration des démocraties populaires de l’Europe centrale et du sud-est et de la République populaire de Chine, de sorte qu’un tiers de l’humanité fût libéré du joug du capital. 

    La Révolution russe a survécu aux tentatives de l’impérialisme mondial d’étrangler la République des travailleurs dès sa naissance et est parvenue à la victoire contre la réaction intérieure et extérieure dans la guerre civile. Elle a réussi à ramener rapidement les forces productives au niveau de 1913. Par la suite se déroula l’une des périodes les plus extraordinaires de l’histoire mondiale, qui a vu l’industrialisation de l’URSS à l’intérieur de plans successifs de cinq ans (les plans quinquennaux, note du traducteur) de sorte que l’État ouvrier est devenu le premier État industriel en Europe, ainsi que la création des fermes collectives des paysans pauvres et moyens. Ces victoires ont été précédées par les victoires politiques dirigées par Staline, le grand continuateur des œuvres de Lénine, contre les oppositions de «gauche» et de droite. L’opposition de «gauche» dirigée par Trotsky et Preobrazhensky désirait « surindustrialiser » prématurément la Russie soviétique dans les débuts de la Nouvelle Politique Économique avant même que la production industrielle soit retournée aux niveaux de la période tsariste, sur la base des capitaux extraits de la l’exploitation de la paysannerie, une mesure qui aurait mortellement affaiblie l’alliance des travailleurs et des paysans. L’opposition de droite dirigée par Boukharine a tracé les grandes lignes d’une politique d’industrialisation légère fondée sur l’expansion de l’abondance d’un marché de paysans riches. Staline a réalisé une politique d’industrialisation centrée sur la construction de l’industrie lourde mécanique et financée principalement par les nouvelles valeurs créées dans l’industrie soviétique par la classe ouvrière elle-même. La mise en place des nouveaux rapports agricoles socialistes correspondait précisément au point de vue de Marx qui faisait valoir que: les moyens de production devraient être la propriété de la société dans son ensemble plutôt que celle des fermes collectives comme cela a été fait par l’instauration des Stations de Machines et Tracteurs; que les fermes collectives devraient être formées par la paysannerie pauvre et moyenne à l’exclusion de la paysannerie riche que Lénine appelait la dernière classe capitaliste. Ces réalisations colossales ont été rendues possibles par l’enthousiasme au travail des masses par le biais du mouvement Stakhanov et les campagnes d’émulation socialiste. En 1936 Staline a été en mesure d’annoncer que l’URSS était une société qui a jeté les bases d’une société socialiste dans laquelle l’exploitation des classes n’existait plus. L’économie socialiste a été la base matérielle pour la consolidation de l’union volontaire des nations et des nationalités fondée sur le droit à la sécession qui jeta les bases de l’Union soviétique. Elle jeta aussi les bases de l’émancipation des femmes soviétiques qui jouissaient maintenant de facilités sans précédent dans les conditions du socialisme. Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Staline a affirmé que les nouvelles tâches de la classe ouvrière étaient d’achever la construction de la société socialiste et de commencer la transition vers le communisme. La société soviétique atteingnait la notoriété dans le monde entier par le biais de la formation de la nouvelle culture socialiste réaliste associée avec les noms de Gorki, Maïakovski, Fadayev, Ostrovsky, Deinika, Vera Mukhina, Eisenstein, Poudovkine, Chostakovitch, Khatchatourian, Ivanov, Koretsky et Kukrinsky.

    Les réalisations économiques de l’URSS, la défaite politique de l’opposition et l’élimination de la cinquième colonne dans la société soviétique à travers les procès pour trahison ont été les conditions préalables essentielles pour la victoire sur le fascisme qui a coûté  27 millions de morts au pays. La victoire de l’Armée rouge dans la Grande guerre patriotique a jeté les bases pour la mise en place des nouvelles démocraties en Europe de l’Est et du Sud-Est et en Asie. L’Union soviétique a très rapidement rétabli les forces productives à leur niveau d’avant-guerre et en 1950 il était le double de celui de 1940. Les plans pour jeter les fondements de la société communiste étaient de nouveau à l’avant-plan en URSS alors que le PCUS(b) a appuyé les démocraties populaires de l’est et de l’ouest sur la voie de l’avancement vers le socialisme.

    Après la mort de Staline, la révolution en Union soviétique et dans la majorité des démocraties populaires est entrée dans sa phase descendante. Déjà en 1948/49, la Yougoslavie de Tito a commencé la liquidation de sa démocratie populaire et la formation d’une économie de marché. Elle a été le précurseur de ce qui se préparait progressivement en Union soviétique et dans les démocraties populaires, à l’exception de l’Albanie. L’héritage de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre a été liquidé en URSS en 1954-58 avec la fin de la planification dirigée pour la mise en place de la société communiste, la circulation des moyens de production en tant que marchandises dans le secteur public et la transformation concomitante du travail libre associé de la société socialiste en une situation où la force de travail est devenue une marchandise, alors que le profit est maintenant devenu le critère de l’efficacité des entreprises. Le Vingtième congrès du PCUS et l’élimination des communistes Kaganovitch et Molotov de la direction du parti en juin 1957 par le biais d’un coup d’Etat militairo-policier dirigé par Serov et Zhukov ont été les corollaires de la contre-révolution néolibérale.

    Du 90ème anniversaire de la Révolution d’Octobre nous devons tirer les leçons des réalisations de l’Union soviétique et aussi les enseignements qui se dégagent de sa destruction. Comme l’impérialisme et en particulier l’impérialisme américain est en train de se déchaîner dans le monde entier, il est plus clair que jamais que la voie de la démocratie et le socialisme est la seule voie à suivre pour l’émancipation des peuples du monde entier.

    Nous souhaitons tout le succès possible à votre célébration du 90ème anniversaire de la Révolution d’Octobre.

    Longue vie à la grande Révolution Socialiste d’Octobre!
    Longue vie aux idées immortelles de Marx, Engels, Lénine et Staline!
    Vive la solidarité de la classe ouvrière et des masses travailleuses à travers le monde! 

    Delhi
    1er novembre 2007.

    Traduit de l’anglais par Garde Rouge

     

  • 6 juin 1944 – une bataille pour l’Histoire.

    6 juin 1944 – une bataille pour l’Histoire.

    6 juin 1944 – une bataille pour l’Histoire.

    La Seconde Guerre mondiale s’est terminée 72 ans auparavant. Elle est un événement dont bien peu de témoins directs subsistent. Pourtant, elle conserve une place importante, elle demeure un jalon sinistre dans l’histoire de l’humanité.

    Les événements qui lui sont liés sont toujours célébrés avec vigueur. Ils sont également commentés avec intensité, surtout lorsque les dates approchent de chiffres ronds. Ainsi, le 70 ème anniversaire de la fin de la guerre fut l’occasion pour la Russie de procéder à une démonstration de force, déployant un matériel militaire renouvelé et à la pointe du progrès.

    Les célébrations du 6 juin ne font pas exception à la règle. Celles-ci ont même revêtu un caractère diplomatique particulier au fil des années.

    Les exemples ne manquent pas. Ces célébrations furent marquées par le boycott de la part du général de Gaulle, percevant cette célébration comme une manifestation de l’invasion américaine, par l’intégration de l’Allemagne, comme un geste de réconciliation, mais également -et même principalement- par un rapport très particulier envers l’URSS et la Russie.

    Ainsi, régulièrement, le 6 juin est l’occasion de mettre de côté la Russie, d’ignorer le rôle de sa population ou, au contraire, de flatter son nationalisme en omettant les autres républiques soviétiques. Elle sert également à la réprimander, lorsque l’occident estime qu’elle dépasse les bornes.

    Dernièrement, l’Ukraine fut également invitée, nullement pour rendre hommages à ses combattants, mais dans un but narquois d’instrumentalisation de ces célébrations.

    Comment pourrait-il en être autrement ?

    Le front européen de la Seconde Guerre mondiale s’est majoritairement joué sur le front de l’est. Les steppes de Russie, d’Ukraine, les marécages de Biélorussie, la toundra de la Carélie ont été les lieux où la machine de guerre nazie s’est embourbée, s’est épuisée, s’est brisée.

    Cela, le monde ne peut l’ignorer, y compris chez les capitalistes. Il est gênant que les batailles décisives aient eu lieu à Leningrad, Moscou, Stalingrad, Koursk… Gênant aussi, le fait que le drapeau rouge soit celui qui flotta sur Berlin en ruine.

    Les troupes qui libérèrent l’Europe portaient le marteau et la faucille, les chars étaient marqués de caractère cyrilliques, les hommes qui les maniaient venaient de toutes les républiques de l’URSS.

    Dans ce contexte, le 6 juin apparaît comme la victoire alliée, celle qui permet de maintenir la parité. Le débarquement est ainsi mis en avant comme l’étape clé vers la chute de l’Allemagne nazie. Au sein de l’Etat français, elle est d’autant plus célébrée qu’elle se déroule sur un sol national humilié par 1940 et la collaboration. Elle est la jonction entre les alliés, les Forces Françaises Libres et la résistance.

    Elle permet de mettre de côté l’URSS, maintenant la Russie, de choisir de l’ignorer ou au contraire de l’inviter comme si elle devait être redevable.

    Il ne s’agit pas de nier l’effort de guerre allié. Les communistes et les honnêtes gens ne doivent pas écarter les sacrifices et le courages des soldats alliés qui sautèrent, dans la nuit, sur Sainte Mère-Eglise, dans les marais inondés du Merderet.

    Pas plus, ils n’oublient pas les troupes qui débarquèrent à Utah, Omaha, Juno, Sword et Gold, ces plages rentrées dans l’histoire. Ils n’oublient pas la terrible guerre des haies, l’épreuve de nerfs, les combats sanglants pour un chemin creux, pour une butte, pour un ruisseau. Entre le 6 juin 1944 et le 31 juillet -prise d’Avranches- une lutte infernale s’est ainsi déroulée dans le bocage normand, dans un terrain où l’avantage était principalement à la défense.

    Les communistes du monde entier n’oublient pas non plus ceux qui sont tombés à Dieppe, à Messine, à Salerne, à Anzio, devant le mont Cassino.

    Ils n’oublient pas non plus les pilotes, les équipages, qui, nuit après nuit, jour après jour, s’enfermaient dans les cockpits de leurs forteresses volantes, de leurs spitfires pour affronter, dans la solitude du ciel, l’aviation ennemie.

    Ils n’oublient pas les marins, affrontant le péril des sous-marins, pour livrer les vivres et l’équipement permettant de gagner la guerre.

    Aucune personne ne bonne foi ne peut oublier les travailleurs et les travailleuses des usines et des champs, qui, avec ardeur, fournirent de quoi nourrir les soldats et les civils.

    Les communistes n’oublient pas le front antifasciste, n’oublient aucune des personnes civiles ou militaire, qui apportèrent leur pierre dans la lutte contre le fascisme, le nazisme, le militarisme.

    Nous ne l’oublions pas, nous n’enterrons pas cela sous un tapis, car nous ne faisons pas de la déformation de l’histoire. L’histoire n’est pas un champ de bataille mémoriel. Elle est une bataille pour la vérité.

    L’occident veut oublier l’URSS sous la direction de Staline. Certains « communistes » veulent oublier l’occident. Les deux fautent.

    Que l’allié d’hier soit devenu un ennemi, dès le canon tu, est une chose. Mais cela n’empêche pas qu’il fut un allié. Que Churchill, Macarthur, Patton, de Gaulle ou d’autres aient eu une part de cynisme, c’est un fait indéniable et impossible à oublier. Le fait que les considérations géopolitiques, politiques, économiques aient dicté, pour la bourgeoisie et les impérialistes, cette guerre, également. Mais ceux et celles qui se sont battus contre le nazisme, contre le fascisme, méritent un respect unanime.

    Aujourd’hui, en ce 6 juin, nous n’oublions pas ceux qui sont tombés, ceux qui se sont battus.

    Nous n’oublions pas le sacrifice des soldats alliés et des soldats et soldates soviétiques !

    Vive la lutte antifasciste internationale !

  • Vive la Commune de Paris !

    Vive la Commune de Paris !

    Aujourd’hui, le 18 mars, nous célébrons le déclenchement de la Commune de Paris, en 1871. Ce jour reste dans les mémoires du mouvement, non seulement communiste, mais bien révolutionnaire dans son ensemble.

    La Commune de Paris est la première expérience de gouvernement ouvrier, la première expérience de dictature du prolétariat, contre les rapaces, les parasites de la bourgeoisie.

    La Commune de Paris a servi de base au mouvement révolutionnaire, au mouvement ouvrier, au mouvement communiste comme une expérience démontrant qu’il était possible, qu’il était réalisable, que le pouvoir soit conquis par les travailleurs et les travailleuses. C’est une démonstration du fait que l’exercice réel de l’autorité se conquiert par la lutte, non par la négociation, les urnes, les manigances. Engels la décrivit ainsi :

    « Dans la Commune ne siégeaient presque que des ouvriers ou des représentants reconnus des ouvriers ; ses décisions avaient de même un caractère nettement prolétarien. Ou bien elle décrétait des réformes, que la bourgeoisie républicaine avait négligées par pure lâcheté, mais qui constituaient pour la libre action de la classe ouvrière une base indispensable, comme la réalisation de ce principe que, en face de l’État, la religion n’est qu’une affaire privée ; ou bien elle promulguait des décisions prises directement dans l’intérêt de la classe ouvrière et qui, pour une part, faisaient de profondes entailles dans le vieil ordre social. »1

    Dans la lutte contre l’autocrate Napoléon III, mais également contre l’invasion par la Prusse et contre d’autres forces de la réaction, les habitants et habitantes de Paris se sont soulevés. Non seulement pour se défendre et défendre une plate « république », que les bourgeois venaient de proclamer, mais bien pour aller au-delà.

    Après l’effondrement de la structure pourrie qu’était le Second Empire, la bourgeoisie avait appelé aux armes les travailleurs pour servir ses intérêts de classe, à savoir négocier une paix, l’accès au pouvoir et son plein exercice.

    Après la capitulation de Paris, le 28 janvier 1871, la Garde nationale, constituée de ces travailleurs, ne déposa pas les armes. Elle tint en respect les Prussiens, hors de Paris. Le peuple régna en maître, les Prussiens à sa porte, n’osant entrer.

    Autant ces derniers ne mettaient que peu d’ardeur à pénétrer dans Paris, autant la bourgeoisie, quant à elle, s’empressait de vouloir reprendre les armes qu’elle avait données. Dès lors, le casus belli fut consommé, la rupture entre les deux, totale.

    « Pendant la guerre, les ouvriers parisiens s’étaient bornés à exiger la continuation énergique de la lutte. Mais, maintenant qu’après la capitulation de Paris la paix allait se faire, Thiers, nouveau chef du gouvernement, était forcé de s’en rendre compte : la domination des classes possédantes — grands propriétaires fonciers et capitalistes — se trouverait constamment menacée tant que les ouvriers parisiens resteraient en armes. Son premier geste fut de tenter de les désarmer. Le 18 mars, il envoya des troupes de ligne avec l’ordre de voler l’artillerie appartenant à la garde nationale et fabriquée pendant le siège de Paris à la suite d’une souscription publique. La tentative échoua ; Paris se dressa comme un seul homme pour se défendre, et la guerre entre Paris et le gouvernement français qui siégeait à Versailles fut déclarée ; le 26 mars, la Commune était élue ; le 28, elle fut proclamée ; le Comité central de la garde nationale qui, jusqu’alors, avait exercé le pouvoir, le remit entre les mains de la Commune, après avoir aboli par décret la scandaleuse “police des mœurs” de Paris. Le 30, la Commune supprima la conscription et l’armée permanente et proclama la garde nationale, dont tous les citoyens valides devaient faire partie, comme la seule force armée ; elle remit jusqu’en avril tous les loyers d’octobre 1870, portant en compte pour l’échéance à venir les termes déjà payés, et suspendit toute vente d’objets engagés au mont-de-piété municipal. Le même jour, les étrangers élus à la Commune furent confirmés dans leurs fonctions, car “le drapeau de la Commune est celui de la République universelle”.

    — Le 1er avril il fut décidé que le traitement le plus élevé d’un employé de la Commune, donc aussi de ses membres, ne pourrait dépasser 6 000 francs. Le lendemain furent décrétées la séparation de l’Église et de l’État et la suppression du budget des cultes, ainsi que la transformation de tous les biens ecclésiastiques en propriété nationale ; en conséquence, le 8 avril, on ordonna de bannir des écoles tous les symboles, images, prières, dogmes religieux, bref “tout ce qui relève de la conscience individuelle de chacun”, ordre qui fut réalisé peu à peu.

    — Le 5, en présence des exécutions de combattants de la Commune prisonniers, auxquelles procédaient quotidiennement les troupes versaillaises, un décret fut promulgué, prévoyant l’arrestation d’otages, mais il ne fut jamais exécuté.

    — Le 6, le 137e bataillon de la garde nationale alla chercher la guillotine et la brûla publiquement, au milieu de la joie populaire.

    — Le 12 la Commune décida de renverser la colonne Vendôme, symbole du chauvinisme et de l’excitation des peuples à la discorde, que Napoléon avait fait couler, après la guerre de 1809, avec les canons conquis. Ce qui fut fait le 16 mai.

    — Le 16 avril, la Commune ordonna un recensement des ateliers fermés par les fabricants et l’élaboration de plans pour donner la gestion de ces entreprises aux ouvriers qui y travaillaient jusque-là et devaient être réunis en associations coopératives, ainsi que pour organiser ces associations en une seule grande fédération.

    — Le 20, elle abolit le travail de nuit des boulangers, ainsi que les bureaux de placement, monopolisés depuis le Second Empire par des individus choisis par la police et exploiteurs d’ouvriers, de premier ordre ; ces bureaux furent affectés aux mairies des vingt arrondissements de Paris.

    — Le 30 avril, elle ordonna la suppression des monts-de-piété, parce qu’ils constituaient une exploitation privée des ouvriers et étaient en contradiction avec le droit de ceux-ci à leurs instruments de travail et au crédit.

    — Le 5 mai, elle décida de faire raser la chapelle expiatoire élevée en réparation de l’exécution de Louis XVI. »2

    Socialement, la Commune de Paris était une pointe fichée dans la chair des patrons et des exploiteurs. En quelques mesures, dûment appliquées, la base économique de la misère noire qui sévissait était jugulée.

    Malgré le fait que, de l’autre côté de la ligne de front, les versaillais exécutèrent à tour de bras les prisonniers communards, malgré le fait que la Commune ait pris des otages, elle ne riposta pas au crime par le crime.

    Elle fut un formidable creuset d’expériences politiques, un « broyeur » d’idées fausses, battant en brèche successivement les thèses erronées des proudhoniens, des partisans de Louis Blanc, mais également des blanquistes, sectaires et dogmatiques.

    Libérée des entraves du crétinisme parlementaire, du parasitisme de la bourgeoisie, la Commune put chausser des bottes de sept lieues pour avancer vers l’égalité — non plus formelle, mais bien réelle.

    C’est ce qui lui valut la colère, la haine, la rage de la bourgeoisie, laquelle n’eut cesse de chercher à l’écraser par tous les moyens possibles. Si la ville devait être réduite en cendres, la bourgeoisie l’aurait accepté du moment que, l’offense à leur ordre était lavée dans le sang.

    Agenouillés devant Bismarck, les versaillais quémandèrent le rapatriement des troupes prisonnières pour écraser la Commune. Le gouvernement du sinistre Adolphe Thiers l’obtint. Que valent les discordes de la bourgeoisie, discordes de gentlemen face au péril de la lutte des classes ?

    La Semaine sanglante fut un bain de sang. Cependant, Marx lui-même le note dans La guerre civile en France (1871), nombreux furent les soldats qui, par humanité, épargnèrent leurs adversaires ou leur laissèrent le libre passage. La fraternité de classe n’est pas un mot vide.

    En écrivant La guerre civile en France, Marx s’était fixé cette tâche :

    « Analyser cette expérience, y puiser des leçons de tactique, réviser sur la base de cette expérience sa théorie ».3

    En effet, c’est un travail qui était plus que nécessaire. La Commune de Paris posa les bases de la forme que doit prendre l’État prolétarien. Elle lui donna corps, pour la première fois de l’Histoire. Les théories pourries et idéalistes qui proclamaient que les révolutions aboliraient immédiatement la lutte des classes, mais aussi l’État, ces idées de cristal, se brisèrent sur le fer de la réalité : tant que la lutte des classes existe, le conflit antagonique existe, et donc le prolétariat doit réprimer ses ennemis.

    Comme nous l’avons développé plus haut, cette expérience fut une machine d’une dialectique impitoyable, laquelle écrasa bien des conceptions fausses. Ainsi, les thèses pourries de Proudhon, petites-bourgeoises et antisocialistes, furent battues à plate couture par l’irruption terrible de la réalité. Au lieu d’être la consécration, ce fut la défaite : c’est la socialisation du travail, les valeurs communistes, qui l’emportèrent sur le mutuellisme anarchiste. Les blanquistes, conspirateurs incapables de faire naître une ligne de masse, persuadés que les révolutions de palais font tout, durent réviser leur doctrine.

    La Commune commit des erreurs également : le respect sacré de la Banque de France, dont les fonds ne furent pas saisis. Ce qui aurait pu être une dévastation pour la bourgeoisie, un abominable otage, a pu être récupéré dès la fin de la Commune.

    Le siège versaillais ne put être levé, la Commune resta confinée dans un espace étroit et uniquement urbain, uniquement local. Si des émules apparurent ailleurs en France, dont à Lyon et à Vienne, le mouvement ne trouva pas la clé que trouvèrent les bolcheviques : l’alliance des ouvriers et des paysans, seule à même de pulvériser la bourgeoisie.

    Manqua également le Parti, capable de coordonner, de diriger cette alliance, de faire naître, d’une insurrection victorieuse, une guerre révolutionnaire balayant la bourgeoisie. Ce sont ces conclusions que tirèrent les continuateurs et les observateurs. La Commune donna le matériel pratique qui put être étudié pour en tirer les conclusions politiques et idéologiques qui enrichirent l’idéologie communiste.

    La bourgeoisie réactionnaire, les Mac Mahon, les Thiers, les vermines crachèrent sur les communards, les déportèrent comme Louise Michel, les envoyèrent au bagne en Algérie et en Kanaky, les assassinèrent. Les ennemis du peuple souillèrent la terre de la Commune en construisant le Sacré-Cœur, cet édifice monstrueux, une injure au prolétariat parisien.

    Mais la Commune n’est pas morte. Car, comme la révolte des opprimés, elle ne peut être exorcisée et renaît sans cesse, tant que l’exploitation dure.

    Lénine dira, à Zurich : « Ou bien la révolution aboutira à une seconde et victorieuse Commune de Paris, ou bien nous serons écrasés par la guerre et la réaction. » L’URSS s’est bâtie sur la Commune de Paris, lui rendant hommage en nommant un de ses rares cuirassés « Parizhskaya Kommuna ». L’ensemble du camp communiste, du camp du peuple, doit rendre hommage à cette expérience, à cette œuvre.

    La Commune de Paris, les communardes et les communards sont immortels !

    1 F. Engels, Introduction à La guerre civile en France, 1891.

    2 Ibidem.

    3 V. I. Lénine, « Chapitre III : l’État et la révolution. L’expérience de la Commune de Paris (1871). Analyse de Marx », L’État et la révolution, 1917.

  • Déclaration de l’Unité Communiste de Lyon sur le jour de lutte qu’est le 8 mars.

    Aujourd’hui, nous célébrons la Journée Internationale des droits des femmes.

    Depuis le 28 février 1909, instaurée à l’époque par le Parti Socialiste d’Amérique, cette journée est une journée qui doit servir de point d’orgue aux luttes féministes, mais également de rappel du travail qui reste à accomplir, au sein de la société, pour que l’égalité soit effective, indépendamment des genres et des sexes.

    (Affiches soviétiques et Allemandes; source TV5 Monde.)

    Alors que cette journée, à son origine, est un coup de tonnerre dans un univers dominé sans le moindre partage par les hommes, beaucoup de son sens s’est perdu au fil des années. C’est là une illustration de l’influence débilitante de l’idéologie bourgeoise, laquelle tente de traiter tout comme une marchandise, y compris les jours de lutte. Ce qu’elle ne peut acheter, elle le salit ou le détruit.

    Défendre le sens originel de cette journée est déjà une lutte en soi.

    Cette journée fut impulsée de manière internationale par la militante communiste Clara Zetkin, également enseignante et journaliste. Adoptée lors de la 2e conférence internationale des femmes socialistes de Copenhague, cette journée devait servir, à la base, pour organiser la propagande en vue d’obtenir le droit de vote pour les femmes. Cette journée devint par la suite un repère de lutte et un symbole pour toutes les forces progressistes. Manifestations pour le droit de vote, manifestations pour la paix, le 8 mars fut un jour de mobilisation.

    Cette journée de lutte, s’est muée également en journée révolutionnaire.

    Le 8 mars 1917, les ouvrières de Petrograd se mettent en grève et manifestent, impulsant la révolution russe. Dès la fondation de l’Union, la direction de la jeune URSS inscrivit, dans le calendrier de ses fêtes,  le 8 mars comme journée nationale des droits des femmes. Cela fit de l’Etat prolétarien le premier Etat au monde à reconnaître cette journée.

    Il faut attendre 1977 pour voir l’ONU avaliser à son tour cette date, toujours célébrée aujourd’hui.

    Il est essentiel de porter encore avec fermeté la nécessité de lutter pour cette égalité, laquelle est loin d’être acquise, et, dans certains Etats, tend même à reculer avec une virulence terrible.

    Au sein de la vague réactionnaire qui déferle, nous devons résister et défendre cette égalité plus que nécessaire.

    Malgré l’apparence, même au sein de l’Etat Français, cette égalité est très loin d’être acquise. Les inégalités de salaires, les inégalités de carrière, les inégalités de considération sont tout autant de point qui briment l’égalité économique, indépendamment des genres et des sexes. Cette déconsidération contribue à perpétuer une forme de « salaire féminin », vu comme un revenu d’appoint, pour des femmes toujours vue comme dépendantes du foyer.

    Les rapports sociaux, le harcèlement de rue, les violences, les crimes sexistes, sont un fléau qui révèle la mentalité retardataire d’une très grande partie de la population. Ce sont des aspects qui traversent l’ensemble de la société et qu’il est nécessaire de combattre avec vigueur.

    Lutter contre le sexisme ne peut se faire à coup de déclarations générales, de simples annonces. C’est une forme de domination qui est ancrée profondément dans la société actuelle, et dont on ne se débarrasse pas d’un coup de baguette magique.

    Nous sommes fondés à faire, sur ce sujet, notre bilan critique.

    Un long chemin reste à traverser pour les organisations politiques communistes de l’Etat français, vis-à-vis de cette question. Notre composition essentiellement masculine est le reflet, là aussi, de failles au sein même de notre organisation quant à notre rapport à ces questions.

    Nous portons avec nous, malgré le fait que nous soyons militants communistes, de nombreuses tares qui sont du fait que nous soyons issus de cette société inégalitaire.

    Un long travail reste devant nous pour progresser, non seulement dans notre capacité à analyser la situation, mais également dans nos rapports personnels.

    Ce chemin, nous tentons de l’emprunter avec honnêteté, avec des succès et des reculs, avec des erreurs, avec des stupidités commises, mais avec la volonté inébranlable d’avancer.

    Cependant, nous sommes également critiques quant à certains discours libéraux, qui tentent de dissocier la lutte des classes de la question de l’égalité entre genre et sexes.

    Une branche libérale petite-bourgeoise de ce mouvement est capable d’annoncer que cette lutte est en soi révolutionnaire. Nous ne pouvons que réfuter cette thèse erronée.

    La base matérielle du sexisme est la division genrée du travail, la division en tâches attribuées à un genre ou un autre. C’est cette division, dont la forme moderne est née avec le capitalisme, qui explique bon nombre de rapports sociaux inégalitaires, bon nombre de conceptions réactionnaires.

    Mais la résolution de cette contradiction, à savoir l’égalité entre les genres et les sexes, le fait que cette distinction disparaisse, ne signifie pas l’abolition de toute l’exploitation.

    Contrairement à certains point de vue erroné, le capitalisme peut très bien survivre tout en ayant liquidé ses pans patriarcaux. C’est une position défendue d’ailleurs par les libéraux, y compris par Laurence Parisot, ancienne représentante du MEDEF.

    L’exploitation, par le travail domestique, des travailleurs et des travailleuses par leurs frères et sœurs peut très bien passer par d’autres rapports de domination que ceux liés au sexe. C’est le cas dans les couples homosexuels, ou l’un des partenaires peut assujettir l’autre, alors qu’ils possèdent fondamentalement le même genre ou le même sexe.

    Car ce n’est pas la division genrée du travail qui est intrinsèque au capitalisme, mais c’est l’exploitation jusqu’à l’os des travailleurs et des travailleuses, ce qui les pousse à forcer au surtravail, aux tâches domestiques, d’autres. C’est cette exploitation en poupée russe qui poussa Marx à écrire : « dans le couple, l’homme est le bourgeois et la femme le prolétaire. »

    Cette exploitation peut très bien se répercuter ailleurs, sous d’autres formes, sous d’autres aspects.

    C’est en cela que le féminisme est une lutte démocratique, nécessaire, indéniablement, mais qui doit être intégrée dans la lutte des classes pour triompher intégralement de l’exploitation. Sans cela, c’est combattre contre une hydre qui renaîtra sans cesse, contre un marécage dont on ne peut se sortir.

    Car c’est par l’abolition de l’exploitation que la base matérielle de la division du travail, des contradictions de genre, pourra être détruite. C’est là la racine à trancher pour permettre l’anéantissement de toutes les formes de domination et d’exploitation, mais également du poison mortel formé par le sexisme, le racisme, et les nombreuses formes de discriminations.

    Les exemples internationaux ne manquent pas. 

    Que cela soit au Kurdistan, en Inde, au Népal, aux Philippines, les femmes combattent les réactionnaires, les armes à la main. Elles se battent pour leur émancipation et pour celle de l’humanité.
    Par le passé, les combattantes -d’armées régulières comme l’Armée rouge, ou de milices-, les militantes, les résistantes ont démontré une chose : l’égalité se gagne par le combat, elle n’est jamais donnée.

    Cette égalité militante et combattante jette les base d’une société égalitaire. La liberté défendue par les libéraux est une liberté de façade. De fait, l’histoire le démontra et le démontrera encore, l’AK 47 et le treillis ont plus fait pour l’égalité que Moulinex et l’Oréal.

    C’est en anéantissant la société de classe que toutes les oppressions seront détruites.

    Certains et certaines indiquent que cela ne sera pas automatique. C’est un fait. Même une fois que la base matérielle de l’exploitation aura été balayée, il sera nécessaire de poursuivre la lutte. A la fois contre les tendances à la restauration de l’ordre ancien, mais également pour nettoyer cette crasse instillée dans nos esprits, dans nos pratiques.  

    La lutte pour la révolution ne se fera pas sans le féminisme, et le féminisme sera victorieux avec destruction de l’exploitation et du capitalisme !

    Progressons sur la voie de l’égalité, célébrons le 8 mars !

  • l’Unité Communiste de Lyon a un an.

     

    Le 18 février 2016, nous avons fondé l'Unité Communiste de Lyon. Nous en célébrons aujourd'hui le premier anniversaire.

    A nos yeux, cet anniversaire est l'aboutissement d'un travail important, intense, et efficace.

     

    Avant, cette date, Lyon était exempt, depuis plusieurs années, d'organisation politique constituée défendant ouvertement le marxisme-léninisme, le maoïsme, en somme défendant l'héritage des Etats prolétariens et des démocraties populaires. Cette éclipse est désormais terminée, et il existe, de nouveau, ici, une organisation travaillant à la construction d'un Parti Communiste Marxiste-léniniste sur l'Etat Français.

    C'est la tâche principale que doivent se fixer les communistes. C'est à cette tâche que s'attelle notre organisation. Nous rassembler, resserrer nos rangs, nous unifier, pour que soit affûtée notre théorie, notre idéologie, mais aussi que naisse l'outil qui nous manque.

    L'année qui s'est écoulée fut une année d'offensive ouverte, sauvage, d'une bourgeoisie qu'aucun frein n'entrave. Ce fut une année sous le signe de l'attaque massive contre les droits sociaux, à travers la loi El-Khomri, contre les droits démocratiques, à travers l'Etat d'urgence, mais aussi contre les peuples en lutte pour leur émancipation. A travers les agressions directes menées par l'impérialisme français, par le soutien aux mercenaires opérant en Syrie, au régime fasciste d'Erdogan… Pour ne citer que la face émergée de l'iceberg.

    La répression et les exactions contre les travailleurs, contre les travailleuses, mais également contre les masses populaires, a été intense. Elle s'est traduite, à travers la violence de la police, à travers le double visage de la justice -féroce pour les nôtres, douce pour la bourgeoisie- par les morts, les viols, les blessures et la prison dans les rangs du peuple. Elle s'est traduite, à l'inverse, par les acquittements, les non-lieux, les peines symboliques pour la bourgeoisie et ses laquais.

    2016 fut, toute entière, une année sous le signe de la réaction. Les discours xénophobes, chauvins, antisociaux, se sont déversés. Le catalyseur de la course à l'Elysée a agi massivement, poussant les candidats à rivaliser de putréfaction.

    Nous décrivions l'année 2017 comme une année dialectique, une année "centrifugeuse", où les contradictions éclatent au grand jour. En face de l'élection présidentielle, les masques tombent. Sous la pression, les organisations révèlent chacune leur vraie nature. Les masques tombent.

    C'est dans ce cadre difficile que nous avons relancé notre activité et notre organisations. Non pas parce qu'il était aisé de le faire, mais bien car cela est nécessaire.

     

    Former – Unifier – Lutter, tel est notre triptyque. Tels sont nos objectifs.

     

    Nous n'avons pas à rougir de notre bilan d'un an d'activité.

    Pour former nos camarades et diffuser notre idéologie, nous avons repris et republié des brochures sur des sujets essentiels -Le Socialisme ; le Maoïsme- ainsi que des dossiers d'analyse sur des sujets aussi vastes que les relations internationales, les médias ou l'état d'urgence. En un an d'activité, nous avons ainsi écrit 75 articles sur divers sujets, sans compter tracts et brochures. Tout ces documents et bien d'autres dossiers seront disponibles sur notre nouveau site internet.

    Surtout, nous avons mené à bien notre premier travail de fond, Pour en terminer avec le mythe du P.C.F., qui, bien que présentant quelques erreurs de jeunesse, a été pour notre organisation une grande source d'expérience. Elle nous a démontré que, malgré un capital humain -capital le plus précieux- peu abondant, nous avons la possibilité de produire un travail long et complexe. Nous comptons poursuivre dans cette voie et, ainsi, produire d'autres ouvrages traçant les lignes de démarcation de ce que doit être le communisme d'aujourd'hui.

    Nous publions notre journal, UNITE, autant que nous permettent nos moyens temporels, pour propager nos positions, défendre notre ligne, mais également susciter le débat. Bien que le rythme aie été entravé par notre manque de moyen humains, nous disposons largement de quoi noircir bien des pages.

     

    Dans le cadre de l'unification, notre participation à la construction d'une Unité de Cercles Communistes représente pour nous un projet important. Nous considérons que les militants et militantes communistes sincères -mais un ou une communiste "non-sincère" est-il, ou est-elle, communiste ?- doivent se regrouper, s'organiser, communiquer et travailler en commun à ce qu'il n'existe, au final, plus qu'une seule organisation politique réunissant les communistes.

    A ceux qui clament que celle-là existe déjà, qu'elle est le P.C.F., nous leur répondrons que nos lignes de démarcation ne sont pas les mêmes.

    Selon nous, ce qui doit former la base de l'unité ne peut-être que ceci:

    • L'adhésion à la théorie matérialiste-dialectique, sans laquelle toute analyse est impossible.
    • L'adhésion au concept de la lutte des classes et ses implication.
    • La reconnaissance de l'Etat Français comme d'une puissance impérialiste et la nécessité de combattre cet impérialisme en priorité.
    • L'adhésion à la nécessité de la révolution comme forme d'accession au pouvoir et de la dictature du prolétariat.
    • La volonté de construire le socialisme.
    • Le fait de se retrouver dans l'héritage de l'histoire du communisme et de vouloir travailler à son analyse.

    Voilà quels traits minimaux doit avoir une organisation communiste. Le P.C.F. ne s'y retrouve pas, pas plus que les organisations trotskistes. Ceux qui, à l'heure actuelle, se parent des oriflammes de la révolution, mais ne cherchent que des issues réformistes, n'ont rien à voir avec les communistes.

     

    Nous avons lutté, au cours de notre première année d'activité, sur plusieurs fronts.

    Nous avons participé, tout en faisant naître notre organisation, aux mouvement contre le loi El-Khomri. Nous avons défendu notre position auprès de la classe ouvrière : celle d'une abrogation pure et simple de cette loi, laquelle est une bataille d'anéantissement contre le C.D.I. et le code du travail. A cette occasion, nous n'avons nullement cherché à cacher le fait qu'aucun changement majeur n'est possible sous capitalisme. Seul le fait de porter sa négation, par la révolution et le pouvoir populaire, peut permettre de placer, entre les mains du peuple, le contrôle de l'économie.

    Nous avons participé, aux côtés de nos camarades Kurdes, aux rassemblements pour exiger du régime fasciste d'Erdogan la libération des députés du HDP, emprisonnés dans les geôles d'Ankara. Pour dénoncer la suppression des libertés démocratiques et le soutien de notre impérialisme à ce régime. Nous sommes fiers de pouvoir écrire que nous sommes parmi les initiateurs de la campagne Kurdistan : choisir son camp, lettres ouvertes à nos camarades, laquelle pose clairement la question du double-jeu de nombreuses organisations politiques et médias dans l'Etat Français. Nous saluons chaleureusement tous les co-signataires et les soutiens avec lesquels nous participons à cette campagne.

    Aux cotés de nos camarades de la GALE, d'Alternative Libertaire, des Jeunes Communistes de Lyon, nous avons appelé au rassemblement antifasciste pour dénoncer l'existence des locaux néo-nazis, sur des bases essentielles d'indépendance vis-à-vis des institutions, d'opposition frontale contre les chauvins et les organisations bourgeoises. L'existence de cette rupture avec la social-démocratie est une chose importante.

    Toujours au côté de nos camarades de la GALE ainsi que d'individus non-organisés, nous avons contribué à initier le rassemblement anti-électoral du 4 février, appelant non seulement à boycotter les élections de manière franche, mais également à constituer une opposition extra-parlementaire contre le pouvoir de la bourgeoisie.

     

    Il nous reste un très long chemin à parcourir.

    Après un an d'activité, nous considérons qu'un travail immense est a accomplir. La lutte des classes est un tonneau des Danaïdes, plus nous disposons de moyens pour l'effectuer, plus le champ d'activité dans lequel nous agissons s'élargit.

    Nous nous fixons plusieurs objectifs pour les mois qui viennent.

    Nous préparons notre premier congrès, lequel définira notre ligne quant à l'actualité et aux perspectives d'évolution au sein de l'Etat Français. Ce travail important, nous le menons pour permettre également aux organisations extérieures de connaître nos positionnement. Que cela fusse pour évaluer des possibilités de travail commun comme pour permettre une juste critique nous permettant de corriger nos erreurs.

    Nous préparons un nouveau site internet, permettant de pouvoir diffuser non seulement des articles, mais également des versions numérisées des brochures que nous éditons. Nous jugeons qu'un point important de notre travail théorique est celui de pouvoir redonner accès tant aux classiques du marxisme-léninisme qu'aux écrits actuels. La démocratisation de la théorie communiste est essentielle. Sans la formation la plus poussée possible, il est impossible de voir une nouvelle génération de cadres émerger.

    Nous poursuivons une tâche que nous nous sommes fixés: celle de mener la bataille d'anéantissement idéologique. Celle de combattre sans relâche les positions fausses, erronées des organisations et partis. Celle aussi de ne pas faire de compromis quant à l'hypocrisie de certains milieux, lesquels jouent régulièrement un double jeu. Nous n'avons aucunement l'intention de passer sous silence ces thèses et de les laisser se développer. La faiblesse idéologique militante est le fruit de ce libéralisme, de ces copinages qui font taire les idées fausses contre les idées justes. Ceci paralyse depuis longtemps l'avancement idéologique de la lutte. Ceci la ramène en arrière et l'entrave.

    Contre tout ceux qui, par anticommunisme, veulent nous encercler par un cordon sanitaire, nous les avertissons qu'il ne seront pas épargnés par nos attaques. Nous n'aurons aucune indulgence pour le trotskisme et les révisionnisme.

    L'arrivé des élections va intensifier le processus de décantation des organisations militantes, et nous ne doutons pas qu'un effet de centre de gravité va broyer nombre d'organisations pseudo-révolutionnaires, les pousser à mettre cartes sur table et a révéler leur vraie nature.

    Notre ambition, quant à nous, est de dénoncer cette mascarade et l'illusion réformiste. Le camp du refus, le camp du rejet de la mascarade des bourgeois est notre camp.

     

    Nous menons un travail de longue haleine.

     

    Notre objectif est de dépasser l'étape des cercles, étape dans laquelle se trouve le mouvement communiste dans l'Etat Français, et d'entamer d'une manière conjointe et sérieuse l'unification des communistes dans l'Etat Français. Nous appelons de nos vœux plus de dialogue, plus de travail commun, plus d'avancée commune pour tous les militants, les militantes, et organisations communistes de l'Etat Français.

    Nous voulons, sans prétendre être le centre, apporter notre pierre dans la construction de cet édifice.

    Nous appelons également les militants et militantes voulant travailler sur le front théorique, travailler à l'unité, jeter les bases des moyen de combattre le pouvoir de la bourgeoisie, à nous rejoindre.

    Nous voulons avancer en commun, nous doter des moyens pour que renaisse à Lyon, pour que renaisse dans l'Etat Français, une grande organisation, puissante, liée aux travailleurs et aux masse, combative et révolutionnaire.