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  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Les nazis après 1945.

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Les nazis après 1945.

    Le nazisme après le nazisme.

    L’Allemagne nazie s’effondre rapidement. L’illusion de la victoire basées sur la supériorité raciale tombe en pièce. Malgré les désirs de Himmler et de Hitler, il n’y a pas de werewolf, ce fantasme de réseaux de combattants souterrains, qui se forme massivement et qui puisse être équivalente à la résistance dans les pays occupés. Si en 1945 les Allemands soutiennent massivement le régime, il semble qu’en 1946, tout soit effacé. Ce n’est pourtant pas si simple.

    L’atrocité particulière de la guerre, la découverte des chambres à gaz, l’anéantissement par les balles, par les gaz, par la faim, pousse à une réponse judiciaire. Ce sont les procès de Nuremberg et de Tokyo. Ils font passer en jugement les responsables politiques (Göring, Ribbentropp, Hess…) , et ceux de l’armée (Tojo, Dönitz…)… A l’Est, une nouvelle administration naît sur la base de l’antifascisme, intégrant d’ailleurs les généraux capturés à Stalingrad.

    La Stasi, par exemple, en dépit de sa sinistre réputation actuelle, était presque exclusivement constituée par ceux qui étaient les plus à gauche. Elle a d’ailleurs eu systématiquement une action plus progressiste que le gouvernement est-Allemand dans les questions internationales. La NVA, Nationale Volksarme, Armée populaire nationale, élimine le personnel compromis et les références réactionnaires, elles les remplace par celles de la lutte anti-Napoléon : Scharnhörst, Gneiseneau, Clausewitz… En revanche, elle autorise les généraux à rester organisés dans un parti : Le Parti National Démocratique.

    Par rapport à la population, l’effet est plus contrasté. Les Allemands de l’Est ne sont pas spécialement culpabilisés. Les Soviétiques et le SED (Parti Socialiste Unifié, qui naît de la fusion entre SPD et KPD) leur disent qu’ils et elles ont été abusés par les nazis, trompés, manipulés. Et que maintenant ils sont dans « le bon camp ». Paradoxalement, cette posture explique partiellement le succès des nazis à l’Est aujourd’hui. La question de la Shoah leur paraît nettement moins fondamentale que l’Ouest.

    A l’Ouest , rien de nouveau.

    A l’Ouest, si un sentiment de culpabilité est apparu, il est tardif. A la sortie de la guerre, en dehors des procès, l’épuration s’arrête là. La sanction s’abat sur les dirigeants, point final. L’ « État profond », qui a organisé les choses, reste. Dans certaines poches, comme la Police, la Justice et les Services Secrets, le personnel s’est maintenu presque intégralement, ainsi que ses traditions. La Bundeswehr Cela marque encore l’Allemagne et ses rapports avec les groupes fascistes, qui sont au mieux de la tolérance, au pire de la collusion.

    Ce n’est que à partir de 1963 que des premiers procès ont pu avoir lieu pour évoquer le cas des anciens de la SS Totenkopf, qui assuraient la garde des camps de la mort. Et encore, ceux-ci sont fait d’une telle manière qu’ils limitent leur action à éliminer les « monstres ». Les rouages internes de l’État sont restés inchangés jusqu’au départ en retraite de ceux qui occupaient ces postes.

    Pourquoi ? Dans l’Allemagne occupée par l’Occident, la situation est chaotique. L’Occident court deux lièvres stratégiques en même temps : d’une part rechercher et condamner les responsables des atrocités commises contre leurs ressortissants, de l’autre préparer la nouvelle géopolitique. C’est ce qui explique une politique double, qui bascule considérablement après 1947.

    Les services de renseignement sont souvent marqués par un amateurisme terrible1, et par une méfiance redoutable les uns envers les autres. Par exemple les américains refusent de collaborer avec le 2e Bureau français, car il le pense noyauté par le PCF. Cela créé une dépendance par rapport aux agents ex-nazis capturés, lesquels se mettent tout volontiers à travailler pour d’autres. Klaus Barbie, par exemple, devient indicateur, « balance », chargé de retrouver certains SS.

    Mais ces agents mènent aussi leur propre politique d’influence, ce qui leur permet de se protéger, de protéger les autres, et de les rendre indispensables. Ils vont pousser leur propre agenda : faire en sorte que le danger communiste soit très largement surestimé. La très large majorité des anciens nazis confirment la même histoire : un coup de force rouge se prépare. Ils jouent ainsi un rôle considérable dans le durcissement de la politique occidentale et dans la préparation de la construction de la RFA.

    Cette surestimation est leur bouée de sauvetage. A partir de 1947, ce sont les communistes qui deviennent les cibles prioritaires. Les occidentaux acceptent que soit constitué un service, nommé Organisation Gehlen2, qui coordonne à la fois l’activité anticommuniste, mais également le transfert d’armes dans les régions qui se battent toujours contre l’URSS. Ils vont également appuyer très largement la tentative de coup de Budapest, en 1956.

    Quand à ceux qui ne sont pas directement impliqués dans les atrocités, ils vont néanmoins poursuivre aussi cette lutte. Ainsi, ils vont collaborer à la construction d’une histoire officielle de la guerre, comme l’ancien cher d’État-major de Hitler, Franz Halder. Celui-ci, qui travaille pour la division d’histoire de l’US-Army, va présenter une historiographique qui exonère de tout crime la Werhmacht et justifier l’agression contre l’URSS sous la forme d’une mesure d’auto-défense. Ces écrits, qui vont être très largement diffusés, jouent un rôle important dans la manière dont les opinions publiques ont été modelées.

    La fuite.

    Ceux qui, malgré tout, sont trop compromis pour être protégés, vont choisir la fuite. Par une ironie terrible de l’histoire, les émigrés nazis, passent parfois par les mêmes filières et les mêmes réseaux que les Juifs fuyant l’Europe. On cite l’exemple d’un hôtel à la frontière italo-autrichienne, dans lequel un étage était occupé par les rescapés de la Shoah, l’autre par leurs ex-bourreaux. C’est notamment par ce type d’endroit que Barbie va transiter. La Croix-Rouge et le Vatican les aident. Ils sont vus comme les combattants comme l’athéisme bolchevique. La plupart partent en Amérique du Sud. Là bas, ils ont formé des relais pour le trafic d’armes (Allemand puis Américain), mais aussi des points d’appui pour l’installation des dictatures anticommunistes. Il n’est pas étonnant que la Colonie Dignidad, au Chili, qui sert de camp de « rééducation » pendant la dictature de Pinochet, soit dirigée par un ancien-nazi, Paul Schäfer.3

    Ces hommes ont fait, le plus souvent, une brillante carrière comme tortionnaires et conseillers. Certains ont pu revenir même en Allemagne. Ce n’est qu’avec la fin de la guerre froide qu’ils sont « lâchés » par leurs maîtres. A partir de ce moment là, personnages inutiles et gênants, ils sont livrés à la vindicte populaire. Le fait que le procès de Barbie ait eu lieu en 1987 est illustratif. Mais la question des procès Touvier ou Papon est la même. Ce sont des vieillards qui ont épuisé leur potentiel.

    Aujourd’hui encore, les attentats qui ont eu lieu en Allemagne portent la marque de cette complicité. Le scandale de la NSU (Nationalsozialistischer Untergrund, National-socialisme souterrain) l’illustre. Après une série de meurtre entre 2001 et 2006, lesquels ciblent des immigrés Turcs et Kurdes, deux des membres de ce groupe se suicident. Une autre se rend aux autorités. Commence alors un procès qui finit par mettre en cause le BfV (Bundesamt für Verfassungsschutz, Office de protection de la Constitution, service secret Allemand) pour sa complicité.

    Les meurtres, qui avaient été ostensiblement reliés au trafic de drogue, en excluant tout motif raciste, s’orientent désormais vers les opérations clandestines. Les cibles seraient désignées par les services secrets Allemands et Turcs. En remontant le fil, la contre-enquête se rend compte d’une destruction sans précédent de preuves et de documents qui auraient permis l’arrestation des suspects, de plus au moins un membre du BfV était présent au moment d’un des crimes. Finalement, après plusieurs démissions, l’affaire se tasse. Mais elle continue d’illustrer la collusion dans l’Allemagne. Mais ailleurs ?

    La perpétuation du racisme.

    La victoire contre le nazisme n’a ni signé la fin des régimes racistes, xénophobes, ségrégationnistes. Le 8 mai 1945 des colonisés n’est pas le même que celui des colons. Dès cette date, la France massacre. Elle extermine par les armes, par la torture, par la faim près d’un million de personnes jusqu’à la guerre d’Algérie. Elle continue les opérations secrètes encore à l’heure actuelle, pour maintenir sa place. L’Angleterre fait face à des insurrections communistes, en Grèce, en Malaisie, en Indonésie. Elle fait intervenir l’armée, y compris les bombardiers lourds.

    Pour la reconquête de leurs paradis perdus, les occidentaux ne reculent devant rien. La guerre du Vietnam mobilise des moyens considérables pour permettre au régime réactionnaire de tenir. Le Cambodge perd 750 000 civils sous les bombardements les plus intenses de l’histoire. Les campagnes sont ravagées, stérilisées. Les malformations et les cancers, liés à l’exposition aux produits défoliants, font encore des ravages.

    Les USA, qui s’étaient montrés anticolonialistes à la base, dans l’application de leur politique de la porte-ouverte, se reconvertissent. Mieux vaut une dictature coloniale qu’un régime qui s’alignerait sur Moscou. Après la guerre, le colonialisme, la ségrégation, les régimes racistes ont donc survécu. Mais la politique intérieur s’est elle aussi durcie. Le racisme institutionnel est devenu une garantie contre les revendication populaire. Ainsi, aux USA, la ségrégation raciale est restée plus de 20 ans en place après la guerre.

    L’Australie a poursuivi une politique nommée « Australie Blanche » jusqu’en 1970. interdisant l’immigration non-blanche. Elle est toujours un pays extrêmement marqué par l’inégalité raciale, avec une attitude discriminante envers les Aborigènes, lesquels possèdent des droits politiques limités. La Rhodésie conserve une même politique jusqu’en 1979. L’Afrique du Sud, avec le soutien de Israël et de la France, peut conserver l’Apartheid même après la chute du mur. Aujourd’hui, le Bhoutan, le Bhareïn, Israël, la Birmanie…maintiennent juridiquement des discriminations sociales.

    Mais l’effondrement de ces régimes ou les réformes qui permettent une égalité formelle ne signe pas la fin de la division raciste de la société. En France, les discriminations policières sont constantes. Celle à l’emploi, à l’accès aux lieux de loisir, à la location, sont toujours en place.

    Aux USA, encore aujourd’hui il existe des conventions discrètes, comme le « redlining » qui consiste à ne pas accorder de prêts aux noirs dans les quartiers blancs. Mais, de fait, la stratification sociale-raciale se maintient toujours. L’accumulation des richesses permise par la colonisation, par l’esclavage, empêche tout décollage du niveau de vie.

    Quand à la propagande raciste, en ces temps de crise, elle est constante, autour de Zemmour, de Morano, de Ménard…La machine à créer du racisme et à générer des pogroms est en place. Malgré cela, l’équivalent qui vient à l’esprit, quand on pense à la Seconde Guerre mondiale, est celle entre l’URSS et le IIIe Reich, plus qu’entre ce dernier et les « démocraties occidentales. »

    1A lire à ce titre : la biographie de Klaus Barbie par Peter Hammerschmidt ; Klaus Barbie, nom de code Adler.

    2https://fr.wikipedia.org/wiki/Reinhard_Gehlen

    3Le film Colonia, bien qu’un peu romancé, montre bien les liens avec le gouvernement « démocratique » de la RFA.

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. III : alliances & compromis

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. III : alliances & compromis

    Les compromis.

    Pour l’unité des Alliés, des compromis sont trouvés. Winston Churchill, colonialiste, anticommuniste viscéral, parvient à faire alliance avec son opposé complet. Pour Churchill comme pour Roosevelt, malgré les offensives immenses des Japonais, il est fondamental de sauver l’URSS. Par amour ? Non. Par réalisme géopolitique.

    Le Hitler first partait d’un constat géopolitique simple : même si le Japon prenait toutes les îles entre Iwo Jima et la Californie, elles seraient toujours possible à reprendre une fois que les chantiers américains tourneraient à plein régime. En revanche, une victoire hitlérienne sur l’URSS ne pourrait signifier qu’une chose : un ennemi invulnérable, appuyé sur l’immensité des ressources de l’Europe et de la Sibérie. Un ennemi contre lequel il ne serait pas possible de fomenter un débarquement. Un ennemi qui réaliserait le cauchemar des puissances maritimes : un bloc continental invincible.

    De l’autre côté, en URSS, a lieu une temporisation dans la lutte des classes aiguë d’avant-guerre. Des transformations importantes se produisent.

    Pour faire bloc, le PC(b)US prend le visage du parti du peuple tout entier, allant jusqu’à laisser à nouveau une place pour l’armée, pour les officiers, pour le patriotisme, y compris celui de l’ancien régime. Une paix est trouvée avec l’Église. Dans le même temps, l’économie de guerre met à bas la planification et le développement choisi dans la période précédente. Le « tout pour le front » désorganise profondément la manière dont fonctionne l’URSS. Une autorité plus grande est donnée aux ingénieurs en chef, aux directeurs d’usine, de camp de travail, aux officiers. Ceux qui étaient la cible des suspicions durant la Iejovchina, la « grande terreur », prennent une place plus grande. Devant l’exigence des alliés, la direction soviétique dissout le Komintern, pour le remplacer par la conférence des Partis Communistes.

    Si ces changements paraissent des compromissions immenses, qui seront d’ailleurs très chèrement payées, était-il possible de faire un autre choix ? Difficile à dire. Mais les 27 millions de morts de l’URSS montrent que l’enjeu était plus profond, plus anxiogène, qu’un simple débat de salon. Le contrôle politique extrêmement étroit du début de la guerre s’est montré contre-productif. En dépit des efforts de l’URSS, « le rouge » ne primait pas « l’expert ». Le besoin de compétences était tel qu’il obligeait à reculer dans la lutte des classes.

    Cela amène d’ailleurs à une conséquence de long terme. La guerre a soudé la population autour du Parti Communiste d’Union Soviétique. C’est un fait indéniable. Mais il a également transformé le Parti. Les communistes ont subit des pertes terribles, particulièrement les plus activistes d’entre eux. Recrutant largement, sa base s’est orienté davantage vers l’armée, tandis que le niveau idéologique (qui était déjà un problème souligné dans les années 1930) a baissé.

    L’économie soviétique est repartie dix ans en arrière. Ce qui avait réalisé en termes de dé-monétarisation de l’économie, grâce à la collectivisation et à la planification, a du être repris. Les industries lourdes nouvelles ont été partiellement épargnées par la politique de développement économique décentralisée, mais les campagnes étaient ravagées. Ce recul a exposé l’URSS a une famine meurtrière, chose qui n’était pas arrivé depuis 15 ans (celle de 1936 a été circonscrite grâce à la prévoyance du gouvernement). Elle a également obligé à une réforme monétaire qui a abaissé le niveau de vie. Cette nouvelle épreuve, entre un besoin de reculer dans la structure du pays, et un affaiblissement du Parti, explique la vie politique tendue de l’après guerre.

    A cela s’adjoint la pression continuelle de la part de l’Occident. Elle continue de maintenir une atmosphère d’État de siège jusqu’à l’explosion de la première bombe atomique, en 1949. Elle va également obliger à l’intégration économique des Démocraties populaires. Or, ces économies non socialistes vont engendrer des soucis sans fin, notamment avec l’apparition sur les frontières, de formations économiques à caractère capitaliste. Ce sont celles-ci qui étendent peu à peu leurs racines, avec la contrebande, et qui contribuent à miner progressivement l’URSS.

    Avec des nouveaux défis à relever, avec un Parti qui n’est plus le même, la ligne de lutte des classe aiguë, défendue par Staline, Molotov, Jdanov… devient de plus en plus minoritaire. Le pays veut souffler. C’est logique, cohérent, que les tendances les plus droitières soient alors les plus fortes. Au final, la guerre n’a pas tué l’URSS, mais elle à détruit la possibilité de continuer la construction du socialisme. Dix ans plus tard, en 1957, l’exclusion du « groupe anti-parti », formé par l’aile gauche de celui-ci, fait basculer la direction de l’État soviétique dans le révisionnisme. : Nikita Khrouchtchev impose une coexistence pacifique qui met fin au soutiens aux luttes de libération et aux luttes anticoloniales. Il met progressivement au pas, économiquement parlant, le bloc de l’Est. En 1962, le XXIIe congrès du PCUS confirme ces nouvelles orientations. En 1964, la réforme Libermann remonétarise profondément l’économie, mettant fin à l’avancée vers le socialisme.

    Une géopolitique complexe.

    L’Armée Rouge joue un rôle de premier plan dans la victoire. C’est un fait indéniable. La guerre d’usure a épuisé l’outil militaire nazi. Les sièges (Léningrad, Sébastopol) ont ralentit l’avance. Finalement les batailles d’anéantissement successives, Stalingrad, Koursk, Bagration… ont brisé la colonne vertébrale de l’armée Allemande. Les partisans, hommes et femmes, ont fait régner un climat d’insécurité et d’absence de ligne de front claire. Dans certains zones, tels les marais du Pripet, des Républiques Soviétiques du bois ont pu même se mettre en place.

    Il existe une tendance à minimiser constamment le rôle de l’URSS dans la guerre. A oublier et faire oublier que 75 % des pertes Allemandes ont eu lieu sur le front de l’Est. A faire oublier également que les victoires occidentales sont des conséquences de l’aspiration des forces par la fournaise soviétique. La résistance héroïque de Malte, les victoires contre l’Afrikakorps, la supériorité aérienne au dessus de l’Atlantique, les victoires en Italie et le Débarquement ont été rendues possibles par cela.

    Les soldats soviétiques, contrairement à une image tenace, n’ont pas été livrés en sacrifice à l’ennemi. Ils ont fait ce qui était rendu nécessaire par la situation militaire catastrophique du début des hostilités. La guerre à l’Est ne connaît pas d’équivalent à l’Ouest en terme d’intensité et de brutalité. Le haut-commandement soviétique a du apprendre la guerre en la faisant. En commettant des erreurs terribles, aussi. Mais le lien entre les soldats, majoritairement des paysans, et le gouvernement s’est toujours raffermi.

    Il faut le dire, sans l’abnégation, l’esprit de sacrifice et l’héroïsme des hommes et des femmes qui ont donné leur vie pas de victoire possible. Mais faut-il occulter le soutien occidental ? C’est ce qu’on retrouve dans les publications marquées « rouges ».

    Faut-il tordre le bâton dans l’autre sens ? Cela serait être injuste. Sans la loi prêt-bail, l’URSS aurait peut-être tenu, mais a un prix plus élevé encore. Sans les raids occidentaux – malgré le fait, nous le détaillerons à la fin, qu’ils puissent constituer un crime de guerre en soi – la pression aurait été plus forte. A Kasserine, à Anzio, au-dessus de Schweinfürt, de Nuremberg, sur les plages du débarquement et dans le bocage Normand, les Alliés ont subit également des combats essentiels et meurtriers. Ils ont payé la « livre de chair ».

    Dans les usines, la classe ouvrière s’est mobilisée avec force pour produire toujours plus contre le fascisme. Faut-il les remiser aux oubliettes ? Sans la résistance dans les pays d’occident, l’Allemagne aurait pu concentrer davantage de moyens militaires à l’Ouest. Nier l’un ne met pas en exergue l’autre. Il ne lui rend pas hommage. Il contribue à faire vivre les mythes et les mensonges. Or, nous n’en voulons pas. La vérité suffit à justifier la révolution.

    En noircissant le tableau, on fausse le jugement. On se prive de comprendre pourquoi la coalition, et pourquoi elle a tenu. Et on reste dans une approche morte, mécanique, et non dialectique. Hitler, d’ailleurs, avait tablé sur le fait que le front uni s’effondrerait avant sa propre défaite, et qu’il serait sauvé car étant le « rempart de l’occident ». Il avait partiellement raison.

    Dès 1944 et l’assurance de la défaite, une géopolitique classique se remet doucement en branle. Chaque camp prépare son après-guerre.

    • La France veut reprendre le contrôle de ses colonies et participer à l’occupation de l’Allemagne. C’est la préoccupation première.
    • Les USA mènent une politique anticoloniale, application de leur politique de la porte-ouverte, et, dans ce cadre, trouvent une communauté d’intérêt avec l’URSS plus encore qu’avec les anglais.
    • Ceux-ci veulent à la fois éviter une Europe unifiée sous une tutelle ou une autre. Ils veulent faire échec à toute expansion de l’influence soviétique et communiste. Churchill tente donc de faire en sorte de couper la voie de Berlin aux soviétiques et d’empêcher leur descente dans les Balkans. Comme les USA n’appuient pas cette politique, de dépit Churchill, en 1944, propose un « partage des aires d’influences » à l’URSS. Partage accepté par Staline, réaliste sur les possibilités d’une URSS affaiblie.
    • L’URSS, quant à elle, désire une protection avec un glacis, la fin du cordon sanitaire, et des « gouvernements amis » autour d’elle. Il n’est, à ce moment là, pas question de mettre en place des régimes affiliés à elle, mais uniquement d’éviter des dictatures fascistes.

    Cette géopolitique classique se passe de Hitler, mais pas de l’Allemagne. C’est la l’erreur d’un Führerqui s’y identifie étroitement. L’Allemagne survit, mais pas le régime. La bourgeoisie Allemande ne bouge pas d’un Iota. C’est l’essentiel pour elle. En revanche cette « géopolitique classique » débouche sur des conflits de plus en plus intenses entre les forces alliées : en Grèce, les anglais exterminent la résistance. Devant l’Armée Rouge, ils font surgir un coup de anticommuniste à Varsovie. Ils essaient de le faire reconnaître par l’URSS et comptent sur le sacrifice de l’Armée Rouge pour se maintenir. L’absence de soutien de celle-ci éclabousse l’image de l’Union soviétique, laquelle, depuis 1939, refuse désormais de « tirer les marrons du feu » pour quiconque, mais ne peut pas non plus se heurter frontalement aux armées occidentales. C’est un paradoxe assez curieux d’ailleurs, de ceux qui reprochent à la fois l’interventionnisme soviétique dans un cas, et son absence dans l’autre.

    Les négociations internationales sont connues, Yalta et Potsdam. L’une et l’autre consacrent l’URSS comme une puissance d’ampleur. Elle ne font que formaliser les rapports de force, et ne sont pas un découpage de l’Europe, comme la conférence de Berlin avait pu l’être pour l’Afrique. D’ailleurs, contrairement à une idée reçue, Staline (et Béria après sa mort) étaient hostiles à la formation d’une République Démocratique Allemande. L’hypothèse était (comme pour la Corée), une réunification avec une gouvernement d’union antifasciste. C’est d’ailleurs ce qui explique l’impulsion de la fusion entre SPD et KPD, en Allemagne, dans les régions occupées par les soviétiques : l’idée que la priorité est une politique de front populaire. L’URSS se sait vulnérable et affaiblie. Staline, surtout, mise sur la sécurité avant tout, bien au-delà de l’expansionnisme qu’on lui attribue.

    Le changement de ligne des USA avec l’arrivée de Truman au pouvoir, la peur des Alliés occidentaux, l’assurance que la bombe atomique donnait d’écraser le Japon… ces éléments rendent la conférence de Potsdam nettement plus conflictuelle que Yalta. Elle suscite l’inquiétude. Ces fissures se propagent très rapidement, d’autant que, dès la fin de la guerre, l’Occident colonial récupère ses positions et se barricade. En réaction, l’URSS, elle aussi, révise progressivement son attitude. Ces éléments déclencheurs de la Guerre Froide sont ceux qui expliquent le durcissement de l’attitude soviétique à partir de 1947. Non un plan préétabli ou une conspiration. Même la « doctrine Jdanov » ne fait que mettre au premier plan cette question du front et l’importance de ne conserver que les forces authentiquement démocratiques. Plus qu’un « coup de génie » manœuvrier, il s’agit plus d’une réédition de ce qui s’est passé en 1917 : peu à peu, les autres forces politiques se mettent d’elles-même hors-jeu. Ainsi, les conservateurs, puis les libéraux, puis les sociaux-démocrates sont peu à peu exclus.

    Le développement de la guerre froide est rapide. Si le discours de Churchill sur le rideau de fer est connu, la réponse l’est moins. En soulignant le fait que, après avoir combattu le nazisme et le fascisme, la hâte des occidentaux est de reconstituer leurs empires coloniaux, celui-ci pointe du doigt une des contradictions les plus criantes du capitalisme. Elle souligne aussi la négation des objectifs tels que la paix et la liberté. De plus, la dénazification et l’élimination des collaborationnistes, malgré les procès, demeure superficielle. Elle cesse complètement entre 1949 et 1963, pendant la direction du chancelier Adenauer. Lequel protège les nazis de la justice. Pourquoi ? D’une part, les Experten sont requis, soit pur faire tourner le pays, soit pour leur savoir faire technique.. mais aussi pour leur capacité à agir comme chasseurs de rouges.

  • Il y a 75 ans, Adolf Hitler

    Il y a 75 ans, Adolf Hitler

    Il y a 75 ans, Adolf Hitler, chancelier et Fuhrer du Reich, se suicidait dans le bunker de la chancellerie. Le soir même, le drapeau rouge, marqué du marteau et de la faucille, flottait sur Berlin. Quelques jours auparavant, Benito Mussolini, le Duce de l’Italie, périssait sous les balles des partisans italiens, avant d’être exposé publiquement avec sa maîtresse.

    La guerre mondiale en Europe touchait à sa fin. Elle avait englouti près de 40 millions d’européens, dont une très grande majorité de civils. Certains États, comme la RSS de Biélorussie, ont perdu un habitant sur 4.

    Hitler, en tant qu’individu, était un fanatique. Un fanatique impérialiste, anticommuniste et antisémite. Il était également le fils d’une époque. Il n’a pas inventé sa théorie criminelle, il l’a reprise. Il a repris l’antisémitisme courant, notamment nourri par le tsarisme. Il a repris les désirs coloniaux et le mépris racial propre à ce système. Il a repris la haine du communisme, puisque celui-ci refusait la guerre mondiale et la hiérarchie en classes.

    Des individus comme Hitler, il en a existé et il en existe des milliers dans le monde. Heureusement tous n’arrivent pas au pouvoir. Et ils n’arrivent pas seuls à celui-ci.

    Ce n’est ni son charisme personnel, ni ses talents, qui lui ont permis de pouvoir occuper les fonctions suprêmes du Reich. Hitler, comme Mussolini, comme l’amiral Horty en Hongrie, ou comme Franco, ont été installés, portés au pouvoir. Ils étaient des outils. Des outils qui servaient, consciemment ou non, les intérêts politiques et géopolitiques d’acteurs puissants.

    Hitler, comme les autres, était un rempart. Un rempart de la réaction contre la menace de la révolution prolétarienne. Il était l’outil des cartels industriels et bancaires pour permettre de nettoyer une Allemagne encore secouée des soubresauts de sa révolution. Derrière les arguments de la race au dessus de tout, de la nation transcendant et abolissant les classes, derrière la « lutte du sang contre l’or » se nichaient les intérêts très solidement matérialistes de Thyssen, de Krupp, de Blohm & Voss. Éliminer les bolcheviques, éliminer toute structure sociale et culturelle qui ne soit pas inféodée aux buts criminels du régime, mobiliser l’Allemagne pour la guerre impérialiste.

    Hitler et son régime de crime ont trouvé bien des gens pour l’applaudir. En France, malgré la peur du réarmement, il a été soutenu comme un moyen de contrer l’URSS. En Angleterre, surtout, tout a été mis en œuvre pour que l’Allemagne nazie soit en mesure de faire la guerre et de la remporter. Si Churchill s’est montré un farouche anti-nazi durant la Seconde Guerre mondiale, il ne faut pas oublier que lui aussi, conjointement à Neuville Chamberlain, il l’a salué.

    En investissant Hitler d’un pouvoir considérable, ni les dirigeants de cartels ni les politiciens pensaient avoir trouvé le laquais parfait. Cela amène a une considération : la grande bourgeoisie Allemande a soutenu le régime jusqu’à son effondrement inéluctable. En dépit d’une certaine autonomisation de l’empire financier SS ou des Reichswerken Hermann Göring, l’État nazi n’a jamais été coupé de sa base de classe. Il a représenté une interface brutale, terroriste, mais chargée de la même mission que les autres États bourgeois : assurer au mieux possible les intérêts de ses commanditaires. Et si Hitler et sa clique sont arrivé et venus, dans la victoire ou défaite, les groupes industriels et leurs patrons sont restés en place.

    Leur soutien n’a été retiré au Fuhrer qu’au moment où la défaite était inéluctable et où il fallait négocier…avec l’occident.

    En revanche, le pion que les Anglais et Français se réjouissaient d’avoir les a mordu à la gorge. Contre toute attente, l’accord tactique entre les deux ennemis mortels a bouleversé les plans des impérialistes et des fauteurs de guerre.

    La guerre est connue. Elle a été terrible. Elle a saigné le monde. Durant son règne de terrer, le régime nazi a pu entreprendre la mise en esclavage de tout un continent. Le régime a également entrepris froidement, méthodiquement, l’extermination de pans entiers de sa population sur des critères de naissance. Cette barbarie criminelle a représenté l’application suprême des thèses génocidaires nées dans le colonialisme.

    Elle a également atteint partiellement les buts qu’elle s’était fixé. Elle a ravagé le camp du socialisme, mettant à bas l’immense travail accompli par les peuples d’URSS, au prix d’efforts incroyables. Il n’est pas possible d’ailleurs d’isoler cette saignée de 27 millions de personnes de la réapparition de tendances droitières, réclamant une NEP-bis.

    En dépit de ses efforts, en dépit du poids immense d’une Europe réduite en esclavage, l’hitlérisme n’est pas parvenu à ses fins. Il a été miné de l’intérieur, par la résistance, y compris au sein des camps de travail. Il a été broyé par l’extérieur, face aux armées de la coalition anti-fasciste.

    Dans une série de batailles, principalement contre l’Armée Rouge, l’Allemagne nazie a été battue, écrasée. A ce titre, nous trouvons injustifiable que son rôle soit minimisé ou qu’elle puisse être renvoyée dos à dos à la Wehrmacht et la SS. Mais il est tout aussi idiot de nier le rôle vital du prêt-bail, et la solidarité, l’abnégation, des autres belligérants.

    Le 30 avril 1945, au milieu des ruines, Hitler mettait donc fin à sa vie.

    Mais son ordre à survécu. Il a survécu dans l’administration de la RFA, dans ses services secrets, l’organisation Gehlen. Il a survécu dans toutes les dictatures de l’après-guerre, dans lesquelles des individus comme Hans-Ulrich Rudel ou Klaus Barbie ont joué des rôles important. Il a survécu dans la guerre froide. Dans les opérations militaires dirigées contre l’URSS jusqu’en 1956, dans les réseaux d’assassins et de terroristes, tels que la loge P2, Gladio et les stay behind de la CIA.

    Il survit encore dans l’actualité récente avec les groupes fascistes en mèche avec l’État Allemand du NSU mais aussi de la leaderless resistance aux USA, ou encore du blood & honor partout dans le monde.

    Philosophiquement, il a survécu dans le colonialisme, le suprémacisme, le racisme et l’antisémitisme. Il est resté un monstre tapi dans l’ombre, mais bien pourtant bien réel. Un monstre qui se nourrit des peurs.

    A chaque crise, à chaque moment d’incertitude, il réparait. Aujourd’hui, alors que la pandémie secoue de fond en comble la société, le discours chauvin, xénophobe, raciste et conspiratif renaît avec une ampleur nouvelle. Il cherche les bouc-émissaires des malheurs du monde, il cherche les réponses simplistes aux problèmes profonds. Il cherche la mobilisation réactionnaire pour de nouvelles guerres et de nouvelles Shoah.

    Il y a 75 ans comme aujourd’hui, il est impératif de combattre avec la dernière extrémité cette création. Alors que se profile à l’horizon une ère de luttes immenses, ne laissons jamais les agents de la réaction, les valets du patronat, diviser ceux qui croulent sous les poids des mêmes chaînes : celles des exploiteurs, des bourgeoisies, des impérialismes.

  • 23 août 1939, la décision terrible. 3/3

    23 août 1939, la décision terrible. 3/3

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    L’URSS et les voies alternatives.

    À la mi-1939, l’URSS était en face de trois choix possibles.

    • Première option : rechercher à tout prix l’alliance avec l’Occident.
    • Deuxième option : faire cavalier seul.
    • Troisième option : opter pour un renversement de front.

    Les premières et deuxièmes options, bien que séduisantes, étaient en réalité des impasses. L’Occident ne voulait pas d’une alliance contraignante envers l’URSS. De même, l’URSS ne pouvait se lancer seule contre l’Allemagne nazie.

    Supposons une autre histoire. Supposons que nous nous laissons entraîner par cette mode du what if si courante. Disons que, par exemple en 1936, l’URSS prenne les devants et attaque l’Allemagne nazie. L’URSS possédait alors une supériorité dans tous les domaines techniques (aviation supérieure en qualité, chars très nombreux et d’un niveau nettement meilleur que les Pz I ou II, artillerie excellente…). L’Allemagne, quant à elle, était quasiment nue militairement parlant. Le rapport de force était donc nettement plus favorable qu’en 1941. Oui, mais non. Pour plusieurs raisons, internes et externes. Internes (elles seront développées dans la partie sur les purges, laquelle sera publiée vers la rentrée E.V.), l’URSS est en plein lutte des classes internes. Les tensions sont à leur comble face à plusieurs oppositions. Quoiqu’on pense de la situation interne relative à l’armée, et de la personne de Tchoukaïtchevski, il est impensable qu’il n’existe pas des tendances bonapartistes chez les militaires, tendances qui ont existé dans toutes les armées, y compris d’ailleurs chez les nazis eux même. De plus, non seulement l’URSS aurait été seule, mais elle aurait certainement été poignardée dans le dos si elle avait été en position de force.

    Pourquoi donc ? Deux raisons à cela. La première est politique, la seconde est géopolitique.

    Politique : contrairement à ce que la doxa républicaine vend, la proximité idéologique était beaucoup plus forte entre le nazisme et les bourgeoisies occidentales et leurs gouvernements, y compris lorsque ceux « de gauche ». En 1939, celui qui apparaît comme le monstre hérétique n’est pas Adolf Hitler, mais bien Joseph Staline. Les nazis ne sont pas forcément en odeur de sainteté, mais leur politique ne touche pas à la propriété privée ni aux intérêts des cartels bancaires et industriels. L’illustre philosophe Georges Politzer en fournit une brillante explication dans Révolution et contre-révolution au XXe siècle, dans lequel il explique le fondement de la Révolution Nationale de Vichy.

    Géopolitique : Croire que l’objectif premier, principal, des démocraties était d’abattre l’Allemagne nazie, qui fait fi de la compréhension, en tout premier lieu, très géopolitique de la question de l’équilibre des puissances en Europe. Comme mentionné plus haut, idéologiquement parlant, ce qui est l’anomalie est l’alliance entre USA, Royaume-Uni et URSS, non une alliance entre les deux puissances impérialistes et le IIIe Reich. Ces questions géopolitiques ont cependant pris le pas sur la question idéologique. Le but fondamental de l’Angleterre, de la France, était surtout de maintenir un équilibre des puissances européennes, dans le but qu’aucune ne prenne l’ascendant d’une manière démesurée sur les autres. La France a été plus douce avec l’URSS et moins tolérante avec le réarmement allemand, uniquement du fait de sa proximité avec l’Allemagne et de sa conscience très aiguë de sa situation de faiblesse.

    Quel est le corollaire de ceci ? Cela signifiait que, dans l’esprit des Anglais, principalement, mais aussi des Américains, qui possédaient la même conception géostratégique, inspirée de Mahan et de Mackinder, il n’était pas tolérable, acceptable, que se forme un seul bloc sur le continent européen (d’où le Hitler first ! de Roosevelt après Pearl Harbor).

    Donc, si les Soviétiques étaient intervenus en 1936, comme certains stratèges de chambre l’annoncent, que se serait-il passé ? Deux exemples permettent de situer la réaction des « Alliés », le cas espagnol et le cas finlandais.

    En Espagne, fascistes et antifascistes se sont fait face. Malgré un prétendu soutien moral à la République, les Alliés se sont abstenus complètement de venir « sauver la démocratie ». Ils se sont placés en observateurs, attendant de voir ce qui en sortirait et comment ils pourraient en tirer avantage.Sur la Finlande, en 1939-1940, alors que les occidentaux ont laissé la Pologne se faire pulvériser sans rien faire, Français et Anglais échafaudent des plans ahurissants de complexité pour venir en aide à la Finlande fasciste de Mannerheim. Les Français envoient des armes et proposent l’expédition de bataillons de volontaires, tandis que les Anglais planifient des raids sur Bakou depuis le Levant. Les premiers envoient même certains de leurs précieux avions de guerre, qui feront cruellement défaut à partir du 10 mai 1941.

    Pour intervenir contre les nazis, les Soviétiques devaient, de plus, trouver un terrain d’opération. Il n’existait que la Pologne, du fait de sa configuration, qui puisse être employée. Or, la Pologne, que ce soit par hystérie anticommuniste ou par russophobie (justifiable au vu de son histoire cependant), s’est refusée à cela. Dès lors, la traversée de la Pologne, même encouragée par la France et l’Angleterre, aurait formée un casus belli qui aurait justifié : soit que les Alliés restent neutres, hypothèse espagnole, et laissent s’entre-tuer les deux armées, soit qu’elle intervienne contre l’URSS, d’emblée ou si elle était sur le point de gagner.

    Dans tous les cas, les Occidentaux ne voulaient pas s’engager, mais au contraire conserver leurs options libres dans le but de pouvoir intervenir comme arbitres de l’inévitable conflit européen. C’est également pour cela que, malgré les cris d’horreur face à la déferlante contre la Pologne, ni la France ni l’Angleterre n’ont esquissé le moindre geste d’aide et se sont contentés d’un wait and see.

    Le bout de la piste.

    Contrairement à ce qui a pu être raconté, les Soviétiques n’ont pas bondi de joie à l’idée de signer ce pacte. Il n’y eut pas de toast à Hitler, ni de fioritures. Les uns et les autres avaient bien trop conscience du caractère étrange de la situation pour s’embarrasser d’un protocole. Au contraire, Staline même plaisanta, en levant un toast à « L’URSS, le nouveau membre du pacte anti-Komintern » (Fitzpatrick, 2018), laissant les Allemands pantois et stupéfaits. Hitler, en revanche, à bondi de joie, s’exclamant « Je les ai eus, je les ai eus ! » (Beevor, 2007).

    Malgré le fait que le pacte ait été singé il y a 80 ans, il existe des questions. L’existence de l’appendice secret, par exemple, a été nié jusqu’à la fin de sa vie par Molotov, lequel insistait sur le fait que le document présenté était un faux, signé « W. Molotow » en alphabet latin. D’après celui-ci, les lignes de démarcations ont été négociées au rapport de force après coup, et chacun, conscient de l’hostilité à terme de l’autre, est allé le plus loin possible.

    De même, contrairement à ce qui aurait pu être attendu, si le traité a été un tremblement de terre pour le mouvement communiste international, la direction du PC(b)US n’a pas poussé à un alignement complet. Le PCC et le KMT ont continué à lutter contre le Japon, l’agitation antifasciste n’a pas été condamnée. Les communistes français partis combattre dans contre l’Allemagne à la déclaration de la guerre n’ont pas été non plus condamnés par l’Union soviétique. Même si, par rapport à la conception du Komintern, ils étaient en tort, l’avenir leur a donné raison, et la direction de l’URSS en a tenu compte. La résistance communiste n’a d’ailleurs absolument pas attendu le 22 juin 1941 pour s’en prendre aux nazis et à l’armée d’occupation.

    Au sein de l’URSS même, les publications contre l’Allemagne hitlérienne ont été mises en pause. Certains Soviétiques ont cru que l’antisémitisme était devenu légal, et un tombereau d’injures ont été déversées par courrier contre Kaganovitch, considéré comme le juif de l’équipe. Cependant, dès 1940, les journaux soviétiques traitent le conflit sur un pied d’égalité, puis sous un angle plutôt favorable à l’Angleterre, en particulier durant la bataille aérienne qui l’oppose à la Luftwaffe. La seule chose qui était condamnée était l’idée de créer une provocation qui permette à l’Allemagne de justifier une intervention.

    En dépit de la situation complexe, il n’est pas possible de considérer l’URSS comme un cobelligérant et un allié de l’Allemagne nazie. Il existe un commerce entre eux, tout comme avec les autres pays neutres de l’époque, USA compris. Mais il existe également des canaux de communication entre URSS et pays alliés, notamment par la Suède, où l’incontournable Alexandra Kollontaï est ambassadrice pour l’Union soviétique.

    Pourquoi Hitler a-t-il proposé ce traité si contradictoire avec sa position politique de champion de l’anticommunisme ? La direction de l’Allemagne nazie n’en était pas moins dotée d’un certains réalismes, notamment en ce qui concernait les projets de l’Occident.

    Hitler, en tant que dirigeant d’une puissance impérialiste qui cherchait à s’imposer face à des puissances écrasantes et qui ne lui laisseraient pas se faire « une place au soleil » dans le monde plein de l’ère impérialiste. Il lui fallait donc ruser pour parvenir à s’imposer. L’Angleterre, qui voyait d’un mauvais œil la France être la puissance principale du continent, a été un allié temporaire, mais précieux. Seulement les désirs hitlériens dépassaient la simple parité. Ils visaient la suprématie.

    À terme, la conflagration avec l’URSS était logiquement inévitable du fait des objectifs même du nazisme. Cependant, la question des étapes était primordiale. Pour éviter une guerre sur deux fronts, un modus vivendi était nécessaire. Pour sécuriser l’étape de l’écrasement de la Pologne et éviter une internationalisation du conflit, le traité a été proposé. Il était facile de proposer quelque chose qui convienne à l’exigeante diplomatie soviétique, notamment, car les plus grands compromis étaient vus comme fictifs, car temporaire. À la fin, l’Allemagne raflerait l’ensemble de la mise. Il laissait l’Allemagne régler son contentieux, mais la mettait au contact de sa Némésis.

    Si la France et l’Angleterre n’étaient pas entrées en guerre, qui sait si l’URSS aurait été ciblée directement. L’étape France était peut-être nécessaire, mais pas celle de l’Angleterre, avec laquelle Hitler pensait pouvoir s’entendre.

    Paradoxalement, Hitler a été plus critiqué que Staline, en occident, pour le pacte. Aux yeux de la bourgeoisie, c’était le nazi qui signait un pacte avec le Diable et non l’inverse. Il était aisé d’ironiser sur Staline, mais la « trahison hitlérienne » terrifia les grands capitalistes.

    Staline et Hitler.

    Lorsque, en novembre 1940, Molotov a rencontré le gratin du nazisme, les débats ne se sont absolument pas passés comme l’entendaient les Allemands. Hitler avait essayé d’orienter l’URSS vers l’Empire anglais, dans le but de prendre à revers les Britanniques. Il a fait miroiter aux Soviétiques l’idée d’un accès aux mers chaudes, au golfe Persique, à l’Inde. Il s’agissait d’un calcul logique et cohérent, celui-ci ne s’intéressait principalement qu’aux affaires européennes. Il n’a accordé, par la suite, qu’un soutien distrait et lointain aux opérations de l’Afrika Korps ou aux tentatives irakiennes de mettre en place un régime anti-anglais.

    Mais surtout, il a commis l’erreur de considérer l’URSS comme un rapace avide de conquêtes. En dépit des tentatives successives de susciter la convoitise des Soviétiques, l’affaire fit long feu. La rencontre a été l’occasion d’un des célèbres traits d’humour grinçant de Molotov, considéré à tort comme une personnalité fade et plate. Lorsque, après avoir interrompu deux fois la réunion sous prétexte de raids alliés sur la capitale, les Allemands revinrent à la charge sur le partage du monde, arguant que la guerre était presque gagnée, il leur rétorqua « si elle est gagnée, que faisons-nous dans un bunker anti-aérien ? ».

    Ce qui intéressait les Soviétiques, en réalité, était une chose fondamentale : la présence de militaires Allemands tant dans les États baltes qu’en Finlande ou en Roumanie, prélude à une invasion. Cette crispation importante est restée jusqu’au déclenchement de l’invasion.

    Même l’intervention soviétique en Pologne est restée parallèle à celle des Allemands. Il n’y a pas eu de coordination militaire ou d’État-major commun. La Pologne, victime de cet accord, doit également être regardée pour ce qu’elle était à l’époque. Certes, la manière dont les événements se sont déroulés, et les conséquences dramatiques de ceux-ci, notamment la question de Katyn, qui sera abordée dans un article subséquent, ne sont pas défendables comme des événements positifs. Ils sont le fruit d’une situation dramatique, dans laquelle l’URSS a agi comme elle pouvait. De plus, il ne faut pas oublier ce qu’était la Pologne de 1939. Il ne s’agissait pas d’un régime démocratique et idyllique, mais d’une dictature d’inspiration militaro-fasciste, construit et architecturé dans le but de servir d’État tampon entre Allemagne et URSS, au mépris d’ailleurs du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La Pologne réactionnaire née au détriment de l’Ukraine et de la Biélorussie, par le traité de Riga arraché aux Soviétiques, ne s’est d’ailleurs pas privée de participer à dépeçage de la Tchécoslovaquie. Certes, cela ne justifie pas positivement l’entrée des troupes soviétiques. Celle-ci n’en est pas moins le fruit d’événements sur lesquels elle n’avait pas de prise. En étant cynique même, il serait possible de demander si elle aurait dû laisser la Pologne toute entière être absorbée par l’Allemagne.

    Après le traité.

    En dépit du traité, l’URSS mène plusieurs opérations militaires hors Pologne. Ces opérations ont été considérées par un certain nombre d’observateurs comme une manifestation d’impérialisme. Cependant leur fonctionnement et la manière dont ils se sont produits sont révélateurs de leur vraie nature. Ainsi, le traité d’amitié et d’assistance mutuelle soviéto-mongol ne débouche pas sur une annexion ou une intégration dans l’Union soviétique. Pourquoi ? Parce que ce n’était pas l’objectif premier. La plus grande inquiétude de l’URSS était la protection de ses frontières et de sa partie la plus occidentale, concentrant les bassins industriels et les terres agricoles.

    D’une part, en prélude au conflit, les plans quinquennaux ont initié un déplacement des industries et des centres de production de matière première vers l’Oural, comme Magnitogorsk, mais, surtout comme la ville de Tcheliabinsk, immense ville usine, surnommée Tankograd.

    De l’autre, il fallait repousser le plus loin possible les frontières, pour pouvoir, selon le principe clausewitzien, échanger de l’espace contre du temps. L’une d’entre elle, celle qui courait à proximité de Leningrad, était particulièrement vulnérable. En effet, elle s’arrêtait à 10 km à peine du grand centre politique et économique. L’URSS a alors tenté de négocier avec le gouvernement finlandais, dirigé par le maréchal Mannerheim, un des champions de l’anticommunisme, pour obtenir une rectification de frontière et un bail sur la base navale de Vyborg, en échange d’une partie de la Carélie. Soutenu à la fois par les Occidentaux et par les Allemands, le régime finlandais refusa. Il s’en est suivi une guerre hivernale, dans laquelle l’Armée Rouge n’a pas brillé. La victoire est obtenue chèrement, mais contribue à sauver Leningrad en 1941-1944. En dépit de l’occupation soviétique, les conditions d’armistice sont extraordinairement clémentes. Elles l’ont tout autant été après la défaite de 1944, où, pourtant, l’URSS aurait pu sans problème imposer le gouvernement de son choix. Plusieurs des failles observées dans l’Armée Rouge sont également corrigées, ce qui contribue à la doter d’une meilleure capacité de résistance durant l’invasion allemande.

    L’occupation des États baltes et de la Bessarabie s’interprètent également de cette manière. La baltique est vue comme une zone d’influence allemande importante et comme un balcon pour une future invasion de l’URSS. Celle-ci, en contrevenant d’ailleurs aux dispositions du traité germano-soviétique, procède à un coup de force en imposant un traité à ces pays, puis en procédant à leur intégration. Cette opération est effectivement un « coup tordu », mais correspond à une realpolitik féroce. Aujourd’hui, encore, la présence russe à Kaliningrad est un verrou considéré comme hautement stratégique pour la protection de la Russie. Il en est de même pour la Bessarabie, d’autant que l’occasion de récupérer cette partie d’Ukraine est tentante. Ce révisionnisme au niveau des frontières est contestable, mais il est important de comprendre que, pour l’URSS et sa direction, à l’exception de la Finlande, ces territoires étaient considérés comme des morceaux d’URSS arrachés par le traité de Riga en 1921. Leur indépendance ou dépendance nouvelle avait à peine 20 ans lorsqu’elle s’est terminée. Dans tout autre contexte, elle aurait été condamnable et condamnée par le mouvement communiste international, mais dans un prélude à la guerre, elle était une obligation vitale. Chaque pays participant a eu son lot de coups tordus organisés pour sa sécurité. L’URSS, même mue par d’autres principes, ne pouvait sacrifier sa survie ou celle de son peuple à ces principes intangibles.

    Même des personnalités unanimement applaudies, telle le président de la Tchécoslovaquie Edvard Beneš, se sont mouillé dans des opérations secrètes par nécessité vitale. Il a ainsi contacté à plusieurs reprises le NKVD dans le but de pouvoir organiser un coup d’État anti-allemand en Yougoslavie. L’opération a fait cependant long feu du fait de l’absence de fiabilité des agents disponibles et des réticences de la direction soviétique. En revanche, Beneš n’a pas été abandonné par le NKVD, qui a payé son évacuation vers l’Angleterre.

    En France comme dans plusieurs pays, la signature du traité est l’occasion d’une campagne anticommuniste sans précédent. Dès le 26 août, le PC français est interdit et ses militants sont pourchassés. Ceux qui distribuent des tracts sont arrêtés et expédiés en prison ou dans les camps de concentration de la IIIe République, dont celui de Gurs. Ils y rejoignent les membres de Brigades Internationales, les Basques et les Juifs Allemands, tous livrés par Vichy aux nazis après la défaite. Après la signature, le 28 septembre, d’un traité germano-soviétique qui règle la question de la ligne de démarcation en Pologne, les dernières expressions du PC sont déclarées illégales.

    Le PC, en dépit de la complexité de la situation, suivait la ligne qui considérait cette guerre comme une guerre impérialiste comme les autres. Son caractère particulier n’est pas apparu directement et ne pouvait pas être prédit. Dès la défaite de la France les communistes sont entrés en résistance. Politzer lui-même tenta d’initier une défense populaire de Paris, à l’image de la Commune. Mais la ville a été abandonnée sans combat par un État-major dont la ligne de conduite était « plutôt Hitler que le Front populaire. »

    Pour en finir.

    Pour clôturer cet aspect essentiel de cette question brûlante, il faut rappeler une chose fondamentale : la guerre qu’a mené le régime nazi contre l’URSS n’a eu de commune mesure dans l’histoire, tant par la volonté exterminatrice que par le fanatisme politique. Même l’invasion japonaise de la Chine, avec ses actes de cruauté d’une ampleur invraisemblable, a plus causé de pertes humaines par un « simple » mépris de la vie des Chinois que par une volonté affirmée de chasser intégralement la population et de la priver de tout. Les 27 millions de citoyens et de citoyennes soviétiques qui ont payé de leur vie l’écrasement du IIIe Reich sont les otages involontaires d’un débat épouvantablement mené. Ceux qui sont prompts à voir dans cet océan de cadavres la marque du régime stalinien sont également les premiers à reprocher à l’URSS les mesures défensives qu’elle a prises pour éviter ce massacre. Entre les deux, un choix doit être fait. Certains, plus cyniques et vicieux encore, se sont servi de la politique extérieure soviétique pour justifier l’attitude du Reich. C’est le cas notamment des crypto-fascistes comme Ernst Nolte ou François Furet, pour qui le nazisme n’est que la réponse au bolchevisme, et que le péché originel de la Shoah est imputable à Lénine.

    Il n’est pas possible de dire que la politique extérieure de l’URSS, le 23 août 1939, a été un événement dont il est possible d’être particulièrement fier, tout comme la répression de Krondstadt, tout comme la paix de Brest-Litovsk, tout comme un grand nombre de compromis, de temporisations, de coups de forces, mais qui sont le reflet des enjeux immenses qui se déroulent. Les médias bourgeois et gauchistes, si prompt à condamner l’URSS pour ce traité, oublient-ils qui a encouragé Hitler, qui lui a donné les moyens de faire ce qu’il a fait, mais, également, qui l’a stoppé ? La diplomatie des années 1930 était une voie étroite, sur le fil du rasoir, où le moindre faux-pas aurait pu permettre à Hitler de concrétiser sa promesse d’un Reich de 1000 ans.

    Comment ne pas penser à cet extrait de Les mains sales de Sartre:

    « Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t’imagines qu’on peut gouverner innocemment ? »


  • 23 août 1939, la décision terrible. 2/3

    23 août 1939, la décision terrible. 2/3

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    Les jeux diplomatiques des années 1930.

    Bien souvent, l’URSS, notamment à l’école, est abordée comme un monde clôt, imperméable aux influences extérieures, en somme centré sur lui-même. Or, il n’en est rien, et nous le verrons après, le monde des années 1930, qui, d’un point de vue occidental, était vu comme le calme avant la tempête, était déjà secoué par les ouragans de la guerre. Ouragans dont l’URSS n’était pas uniquement spectatrice, mais également partie prenante. Le découpage artificiel en période, en thèmes, en aires géographiques, typiquement scolastique, fait oublier à quel point les différents point du monde sont connectés et à quel point les événements sont l’aboutissement de processus. L’un d’entre eux est le débat sur la nature de la guerre à venir.

    Que sera la Seconde Guerre mondiale ?

    Il existe une tendance, bien humaine, à croire que Staline décidait d’une manière unilatérale de la politique soviétique. Admettons que ce point soit véridique, ce qui n’était pas le cas. Cela n’enlève en rien le fait que Staline prenait ses décisions sur la base de rapports et de documents qui lui étaient fournis par les échelons inférieurs du Parti. Ainsi, pour les questions d’analyse internationale, le Komintern possédait un poids extrêmement important dans le processus de prise de décision. Or, le débat sur la nature de la guerre à venir était un point fondamental. La guerre, depuis 1932, était jugée comme inévitable à terme. Les plans quinquennaux avaient pour ambition de permettre à l’URSS de se défendre, mais leur aboutissement était prévu pour 1943, avec la fin du 3ᵉ plan.

    Mais quelle nature ? Serait-elle en tout premier lieu une guerre inter impérialiste, ou serait-elle une croisade antibolchévique des impérialistes coalisés ? Ce débat était crucial, car il devait permettre à l’URSS de se positionner et de positionner sa diplomatie.

    Si la guerre était une croisade antibolchévique, il fallait intensifier la politique du « classe contre classe », compter sur l’hostilité de la classe ouvrière aux menées agressives contre la République de Soviets, et les déstabiliser. Si, toutefois, la guerre était, en tour premier lieu, une guerre inter-impérialiste, il fallait nouer des alliances avec les pays non-agresseurs, pour tenter de contrer ces menaces, et, surtout, protéger les petites nations de la rapacité des puissances impérialistes.

    L’URSS, dès son entrée dans la SDN, en 1934, a mené une politique qui visait à lutter contre toute menace de guerre et à instituer une politique contraignante de Sécurité Collective, notamment par l’entremise de Litvinov, commissaire du peuple aux affaires étrangères. Cette politique visait à définir juridiquement les caractéristiques d’un État agresseur, et à obliger le fait de porter assistance aux petites nations. Si cette politique recevait, logiquement, les faveurs de l’opinion publique et de la direction des rares États indépendants (Albanie, Éthiopie…), les puissances impérialistes l’ont torpillée. Leur jeu géopolitique ne pouvait accepter ce type de règle. Dans le but de conserver leurs marchés et leurs sphères d’influence, les vieilles puissances (France, Angleterre), avaient pour but principal de se coaliser pour éviter l’émergence de rivaux (Japon, Allemagne). Elle a donc été liquidée au profit d’une politique d’accords bilatéraux, qui permettaient des alliances ad hoc répondant aux désirs des impérialistes.

    Dans le but de maintenir une parité entre Italie fasciste et Allemagne (jusqu’en 1936, les deux sont rivales sur la question de l’Autriche, notamment, mais aussi de la Roumanie/Hongrie), la SDN a adoubé de facto l’invasion de l’Albanie et de l’Éthiopie, à laquelle seule l’URSS s’est opposée. Si l’URSS, en 1939, abandonne la politique de Sécurité Collective, ce n’est pas par un revirement idéologique, mais bien uniquement par réalisme en vue des manœuvres visant à laisser champ libre aux agresseurs vers l’Est. Or, une des failles du Komintern a été de ne pas déceler la double nature de la guerre à venir, idéologique et géopolitique, même si, à sa décharge, il était extraordinairement difficile de pouvoir réussir cette analyse. Alexander Werth, alors correspondant de guerre, déclarait justement que Staline en avait conçu une certaine aigreur envers Dimitrov : « Staline en avait un peu assez du Komintern après toute l’histoire de la « guerre impérialiste » en 1939-1940. » (P. 139, Werth & Werth, 2010).

    Mais l’URSS n’était pas seule, dans un face-à-face avec l’Allemagne, d’autres acteurs rentraient en ligne de compte.

    Le chemin du pacte.

    Or, le processus qui a mené au pacte était tout sauf un processus autonome du reste des interactions politiques et diplomatiques, non seulement des années 1930, mais remontant, pour certains, à la période tsariste. A ce titre, il mérite de se pencher sur les conceptions géopolitiques, notamment celles expliquées par Henri Kissinger dans Diplomatie, ou, plus récemment, par Zbinew Brzezinski dans Le grand échiquier. Elles théorisent non seulement la politique de pactes et d’alliances à géométrie variable, la division constante de celles-ci entre elles, mais aussi la peur fondamentale que peuvent avoir les puissances maritimes de la naissance d’un invincible centre continental. A cela se surajoute une composante idéologique anticommuniste farouche, qui en complexifie davantage la lecture. Prendre un seul des aspects ne permet pas de comprendre la période, il faut l’interaction des deux.

    Directement après la Révolution bolchevique, l’intégralité des puissances impérialistes (et quelques légions perdues au milieu de la Sibérie) ont cru voir dans l’effondrement du tsarisme une opportunité de se partager l’immensité russe et d’écraser les espoirs des opprimés dans un seul mouvement. Les tentatives de sujétion de la future URSS ont échoué face à la résistance opiniâtre dirigée par le Parti bolchevique. Elles ont cependant conduit, avec le traité de Riga (1921)à la création d’un cordon sanitaire de régime proto-fascistes (Hongrie, Pologne, Finlande…) qui devaient être le point de départ d’une nouvelle croisade anticommuniste.

    Réprouvée parmi les réprouvés, l’URSS s’est donc liée avec l’autre ostracisée de la période, la République de Weimar, collaborant secrètement, économiquement comme militairement, notamment dans le but de contourner le traité de Versailles, qui l’une comme l’autre jugeaient inique et dictatorial. Il ne faut pas oublier que, dans cette période, la France s’est montrée d’une rapacité incroyable envers sa voisine d’outre-Rhin, imposant non seulement des réparations illimitées, mais, également, allant jusqu’à envahir la Ruhr pour se servir, lorsque l’Allemagne refusait de céder à ses caprices. Cette invasion, par ailleurs, a été le point de départ de la terrible hyperinflation, mais également un point d’appui au développement du NSDAP et des fondements du Parti Nazi en tant qu’acteur crédible (putsch de la Brasserie, rhétorique de la Schware Schande, la « honte noire ». Cette évocation revient constamment dans les biographies des jeunes Akademikern postulant pour la SS (voir l’ouvrage de Christian Ingrao, Croire et détruire). Le KPD, lui aussi, était un acteur de la lutte contre l’occupation militaire, notamment par les grèves importantes. Mais son renforcement poussait la bourgeoisie à se lier chaque fois davantage à l’anticommuniste et à financer largement le NSDAP. L’afflux de capitaux américains, au travers des plans de réparation (Dowes puis Young) ont permis à l’Allemagne de Weimar de se relever économiquement. Mais sa dépendance immense face à ceux-ci a contribué à couler à nouveau l’économie du pays en 1929.

    Avec l’arrivée des nazis au pouvoir, les accords de collaboration économique sont rompus, et les ingénieurs allemands présents à Kazan rentrent chez eux (l’influence de ceux de Junker s’est fait particulièrement sentir dans le domaine de l’aviation, en particulier dans le transport et dans le bombardement). L’URSS et l’Allemagne se regardent en chiens de faïence. Qu’en est-il des Occidentaux et des autres acteurs ?

    Ils prennent acte des discours anticommunistes virulents des nazis. Leur conclusion est qu’il est certainement possible de faire d’une pierre deux coups et de dresser l’URSS et le Reich l’un contre l’autre. Les bourgeoisies impérialistes appuient donc la reconstruction industrielle et militaire de l’Allemagne nazi par une série impressionnante de pactes passés sous silence.

    • 1933 : avec l’Angleterre, la France et l’Italie, signature du traité des 4 puissances. Ce traité est non seulement conçu comme une manœuvre pour isoler l’URSS des questions européennes, mais pour régler entre grandes puissances la question des frontières.
    • 1934 : Signature du traité Hitler-Pilsudski entre l’Allemagne et la Pologne, laquelle participe d’ailleurs, après Munich, au dépeçage de la Tchécoslovaquie. Ce traité a pour vocation de figer la question du couloir de Dantzig, réclamé par les Allemands, mais qui temporisent sur pendant que les revendications se portent sur l’Autriche.
    • 1935 : conclusion du traité de Stresa, qui avalise de facto la conquête de l’Abyssinie par l’Italie, en échange d’une vague garantie contre les modifications du traité de Versailles et contre les modifications des rapports de force en Europe. Ce traité, qui doit faire font contre l’Anschluss, est le sommet de l’application d’une ligne strictement géopolitique. En effet, la France et l’Italie font face à l’Allemagne, tandis que l’Angleterre conclut un accord avec cette dernière, dans le but de restaurer sa capacité militaire.
    • 1935, également : signature de l’accord de réarmement naval entre Angleterre et Allemagne. Il permet à l’Allemagne nazie de construire une flotte allant jusqu’à 35 % du tonnage de la Royal Navy pour la flotte de surface et jusqu’à 45 % pour les sous-marins. Cela représente tout de même 420 000 tonnes de navires de combat. Dans tous les cas, le total excède la capacité de production des chantiers navals de l’époque, mais il permet de poser sur cale les croiseurs, les cuirassés et les sous-marins ultra modernes qui semèrent la terreur quatre ans plus tard.
    • En 1936 : le pacte anti-Komintern est signé entre l’Allemagne et le Japon. Il a pour but de créer une ligue anticommuniste mondiale, tout comme d’isoler l’URSS pour préparer son invasion. Ce pacte reçoit un écho particulièrement favorable dans les pays occidentaux. En dépit des souhaits de Hitler, cependant, la France et l’Angleterre n’y adhèrent pas, seule l’Italie le rejoint en 1937, avant d’être étendu à un grand nombre de pays européens.
    • 1938, en septembre, à peine avant la conférence de Munich, les Anglais signent un traité de non-agression avec l’Allemagne nazie. La conférence, qui marque le point culminant de la politique d’apaisement (en réalité d’encouragement à l’agression), voit les Occidentaux exclure de toute discussion le gouvernement tchécoslovaque, tout comme le gouvernement soviétique. L’URSS, qui avait proposé la garantie des frontières tchécoslovaques, dans la mesure où elle pouvait obtenir un droit de passage pour intervenir, tire la conclusion que la France et l’Angleterre jouent le jeu d’une expansion allemande vers ses frontières, prélude à une guerre.
    • La France emboîte le pas en décembre dans une signature d’un traité de non-agression. Cependant, cela se fait en dépit d’une position particulièrement ambivalente sur la question. En effet, bien que les gouvernements français soient particulièrement méfiants envers l’Allemagne nazie, et préféreraient une solution qui prenne en étau leur rival, les cartels réactionnaires ont vécu le Front Populaire comme un traumatisme, et voient dans l’URSS l’arrière-cour de la lutte des classes en France (ce qui n’est pas totalement usurpé), tout comme dans le modèle hitlérien une source d’inspiration. Après Munich, la France a définitivement choisi entre URSS et Allemagne, la réaction politique l’emportant sur le réalisme géopolitique.
    • 1939 :l’Allemagne multiplie la signature de pactes avec toutes les pays possibles, surtout les États baltes, mais également la Roumanie et la Hongrie.

    Autant l’Angleterre n’a pas daigné voir en l’URSS autre chose qu’un ennemi irréductible qu’il fallait écraser, autant la France, traumatisée par la Première Guerre mondiale, s’est montrée intéressée plusieurs fois par l’idée de ressusciter l’Entente. Or, c’est précisément dans ce cadre-là que les contradictions entre la vision géopolitique et la vision idéologique se sont exprimées. D’une part, il y avait donc la peur d’une résurrection de l’appareil militaire Allemand, de l’autre la réticence, en particulier d’un État-major viscéralement anticommuniste (l’armée française a participé notamment au combat contre les bolcheviques, mais également à l’écrasement de la République des Soviets de Hongrie et à la guerre russo-polonaise.)

    Ainsi, en 1934, Louis Barthou parvient à rapprocher l’URSS et la France. Son assassinat, en même temps que Alexandre Ier de Yougoslavie, par un Oustachi, signe le glas de cette politique précaire. Un accord est trouvé en 1935, supposément accompagné de garanties militaires concrètes, mais il ne connaît pas la moindre application. Même le Front populaire ne tente pas de faire plier l’État-major, qui reste farouchement antisoviétique.

    Après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les Allemands, le 15 mars 1939, les Occidentaux se sont décidés à faire des propositions à l’Union soviétique. Mais elles sont fait d’une manière tellement insultante, avec une inégalité sur la question de l’engagement, qu’elles ne peuvent que déboucher sur un échec. Ainsi, sur le cas de la Roumanie, cliente de la France, il est demandé que l’URSS garantisse les frontières et intervienne militairement en cas de conflit. Mais cela n’est pas exigé de la France ou de l’Angleterre. De même il est demandé que l’URSS garantisse celles de la Pologne, mais elle n’a pas l’autorisation de traverser ses frontières. En somme, tout est fait pour que le gouvernement soviétique ait l’impression que les Occidentaux veulent que tout conflit implique leur pays, tandis qu’eux peuvent garder leurs options bien en main. Quant à l’Angleterre, la lecture des comptes rendus des conversations entre Lord Halifax et Joachim Ribbentrop suffisent à illustrer le cynisme avec lequel elle concevait sa politique étrangère, tant vers l’URSS que vers la France.

    C’est ce qui pousse la direction soviétique, par la bouche de Staline, à déclarer, devant le XVIIIe congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique, que l’URSS ne cherchait la guerre vis-à-vis de personne et qu’elle ne « tirera pas les marrons du feu pour quiconque ». Cette prise de position, tout comme le remplacement de Maxime Litvinov par Viatcheslav Molotov, a été interprété par l’Allemagne comme une possibilité d’un retournement.

    Tandis que l’Occident envoyait un représentant non-plénipotentaire par le plus lent des navires disponibles, mépris ultime, l’Allemagne faisait expédiait son ministre des affaires étrangères par la voie aérienne. C’est ainsi que l’URSS s’est retrouvée, tout d’abord à signer un accord économique avec l’Allemagne, puis une proclamation de neutralité et de non-agression. Entre d’une part une proposition d’entrer en guerre sans garantie aucune de soutien et une proposition de rester en dehors du futur conflit, l’URSS a choisi celle qui l’engageait le moins.

    Mais, si on se focalise sur la question de l’Europe, il ne faut pas oublier quelle perception avait l’URSS de l’ensemble de a situation internationale.

    Un monde de dangers.

    L’hostilité au communisme de l’Allemagne nazie était fantastique. Mais elle n’était pas unique. L’Angleterre et la Pologne, en 1927, avaient rompu leurs relations diplomatiques avec l’Union soviétique, ce que celle-ci a interprété comme un prélude à une invasion. Ce subit sursaut de tension est arrivé à un moment où la direction du pays était la plus divisée, et a également joué un rôle particulièrement important dans la manière dont les contradictions au sein du parti ont été réglées tout comme la manière dont la collectivisation et le passage à une économie planifiée ont été réalisés. Après les années 1920, la crise de 1929 éloigne provisoirement les menaces en Europe, mais les fait renaître à l’Est.

    Ainsi, alors que le monde a les yeux rivés sur la diplomatie européenne la guerre couvait en Asie. Entre le 11 mai 1939 et le 16 septembre de cette même année, s’est déroulée la bataille de Khalkhin Gol face au Japon Showa. Si cette bataille est relativement connue, sa relation avec la diplomatie sur le front ouest (du point de vue soviétique) n’est quasiment jamais mentionnée.

    Pourtant, si nous la comprenons comme l’URSS la comprenait, il est clair qu’elle joue un rôle fondamental dans les choix soviétiques en termes de diplomatie. Pour la résumer de manière extrêmement concise : le Japon, engagé en Chine depuis 1931 et de manière beaucoup plus active à partir de 1937, est donc en contact direct avec l’URSS. Un groupe politique important, nommé le Hokushin-ron, ou « groupe d’attaque vers le nord », souhaite une expansion vers la Sibérie de l’empire japonais, et accroître les gains de la guerre Russo-Japonaise de 1904-1905. Un autre groupe, le Kodoha, est formé de fanatiques anticommuniste. Les deux groupes se sont alliés pour lancer des provocations, profitant du faible contrôle impérial. Cette situation dangereuse explique en partie la politique conciliante du gouvernement soviétique vis-à-vis des nationalistes chinois, pourtant anticommunistes, vus comme un rempart contre les menaces japonaises.

    Une de ces provocations est les bataille de Khalkin-Gol. Celle-ci devait déboucher sur une guerre de grande ampleur menée contre l’URSS. Entre mai et septembre, plusieurs affrontements d’ampleur variée ont lieu vers la frontière mongole. Ces affrontements culminent en juillet, date à laquelle, en Europe, les tensions sont également extraordinairement fortes. Si, rétrospectivement, les forces militaires dirigées par Joukov pulvérisent les Japonais , au moment où les premiers affrontements ont lieu, l’URSS n’est pas préparée, d’une part, de l’autre le Japon est à la fois allié traditionnel de l’Angleterre (la rupture sera en 1941), mais également membre du pacte anti-Komintern. L’URSS avait toute raison de croire à une possibilité d’un envenimement impliquant l’Angleterre, ennemi n°1 des années 20, le Japon, celui des années 1930, et l’Allemagne, danger montant. Cette conjonction des astres pèse fortement sur la direction soviétique, qui ne peut pas ne pas croire à un danger réel, concret et immédiat.

    Il est notable que l’offensive de Joukov, celle qui renversa la vapeur, eut lieu le 20 août 1939, trois jours avant la signature du pacte. Cette signature est d’ailleurs un des facteurs qui poussa le Japon à abandonner l’idée de poursuivre les opérations, désormais conscient du fait qu’aucune aide ne lui viendrait de l’Allemagne. Pour l’URSS, le pacte n’était pas qu’une question de temps, mais également un bénéfice net, direct, immédiat à encaisser.

  • 23 août 1939, la décision terrible. 1/3

    23 août 1939, la décision terrible. 1/3

    Extrait de « 100 millions sinon rien »

    Brochure complète :

    Petit aparté sur la question du bilan de l’URSS, mais importante à faire. Le 80ème anniversaire du pacte germano-soviétique approche à grand pas. Cette date a été érigée comme un symbole d’une prétendue collusion entre fascisme et communisme. Elle est aujourd’hui la date de commémoration des « victimes des régimes totalitaires », rassemblant sous une même bannière ceux qui ont fait Auschwitz et ceux qui l’ont stoppé.Nous répondons, car nous ne pouvons laisser ce genre de propagande être répandue sans laisser faire.

    Ce dossier, en trois parties, sera publié jusqu’au 23 août, date de la signature du traité. Il sera intégralement disponible sur notre site rapidement, soit en tant qu’objet séparé, soit au sein de la brochure 100 millions sinon rien.

    L’un des fers de lance de la campagne de calomnie contre l’URSS sous la direction de Staline se situe sur la question du traité de non-agression conclu avec le régime hitlérien. Ce traité est employé, sans la moindre vergogne par ceux qui veulent condamner l’URSS et sa direction, dans le but de la disqualifier complètement, de la rendre indéfendable. Plusieurs apprentis-sorciers de la déformation de l’histoire ont voulu surfer sur ce choix ô combien difficile, pour faire la démonstration de la trahison du socialisme, pour faire l’illustration de la symétrie Staline / Hitler ou d’une similitude de fond entre communisme et nazisme.

    Aujourd’hui, il est de coutume de charger Staline et l’URSS. Cependant, même chez les contemporains, le regard est nettement plus lucide. Churchill, grand commentateur de l’actualité, bien que férocement anticommuniste, a considéré que le pacte était la réponse logique à l’inconséquence de la diplomatie anglaise et à la politique de Chamberlain. 80 ans après, il demeure encore un événement historique brûlant, dévorant, repoussoir terrible. Modestement, nous essayons d’en apporter une compréhension qui, d’une part, replace le traité de non-agression germano-soviétique dans le contexte extraordinairement particulier des années 1930, mais également permet de comprendre comment, au moment de sa signature, la direction soviétique percevait l’attitude des démocraties libérales et de son antagoniste direct : l’Allemagne nazie.

    Avant toute chose, il est important de couper court à un jeu basé sur la sémantique. Le traité de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS était ce qu’il était. Son but était de déclarer une absence d’hostilité entre deux États. Il n’était pas une alliance. Une alliance consiste en un nombre de dispositions d’assistance militaire réciproques en cas de conflit, déclenché ou subit. Rien de tel dans le cas du traité signé le 23 août 1939.

    Jusqu’à la fin de la Guerre froide, la thèse de la similitude entre les régimes n’était que l’apanage d’une minorité, qui, souvent, l’utilise pour défendre le nazisme. L’histoire officielle française, sanctionnée par l’Éducation Nationale, n’instille ce genre de sottises qu’à partir des années 1990. A ce moment-là, il n’y a plus grand monde pour défendre l’Union soviétique, y compris le PCF, donc tout peut-être dit sur son compte, tant qu’il s’agit de quelque chose de négatif. Les théories d’équivalence et de guerre préventive de la part de l’Allemagne nazie ont désormais pignon sur rue.

    De même, la sémantique des termes n’est pas neutre. Les Occidentaux signent des accords, les Soviétiques, des pactes. Le terme renvoie à une idée très faustienne de la diplomatie, des pactes avec le Diable. Ainsi, l’OTAN est l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, tandis que le vrai nom du Pacte de Varsovie est Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle. Signé à Varsovie, le 14 mai 1955. Nombre d’imprécisions sont faites pour accroître l’idée d’une collusion entre les deux entités juridiques et leurs dirigeants. Mais les formes ne doivent pas influencer outre mesure le contenu.

    Il est en effet aisé de séparer cet événement de son contexte, et d’en faire, même, un aboutissement. Ce n’est pas une démarche d’historien. Ce procédé est une démarche de rhéteur, qui cherche uniquement à illustrer une notion préétablie en sélectionnant les événements historiques qui servent sa chapelle. C’est d’ailleurs ce que fait l’Éducation Nationale, qui en fait, depuis 1995, un des éléments fondamentaux de la dimension comparative des régimes totalitaires.

    Il ne s’agit pas de dire que l’événement, le pacte, était un choix parfait. Il ne s’agit de le défendre comme étant un événement positif. Il est une souillure amère sur l’histoire soviétique. Cependant, nous refusons de le voir comme quelque chose qui soit une infamie étant donné les éléments d’enquête que possédait l’URSS, le Komintern et leur direction à l’époque, tout comme nous pensons qu’il est possible d’affirmer que si l’URSS, le Komintern et sa direction avaient été omniscients sur la nature et les projets du régime nazi, probablement l’attitude de la diplomatie soviétique aurait été différente. Cette affirmation n’est pas qu’un acte de foi gratuit de la part de nostalgiques aveuglés par le folklore, elle est un fait qui peut s’établir sur la base d’un travail d’enquête, même à minima, sur les conditions dans lesquelles le choix soviétique s’est effectué.

    Qu’est-ce que le IIIe Reich en 1939 ?

    Ce qui donne son caractère particulier au pacte est l’idée qu’il soit possible de signer le moindre traité avec ce qui apparaît comme le distillat le plus pur de la brutalité sauvage et génocidaire. Hitler et ses séides sont le diable et ses démons, et il n’est pas possible d’imaginer le moindre terrain d’entente avec eux. Sans rentrer dans le champ lexical du christianisme, cette analyse est véridique, à un détail près.

    Premièrement, l’Occident, et même la Pologne, ont signé, eux aussi, des pactes avec ce Diable, sur lesquels nous reviendrons. Ces pactes avaient également leur protocole secret, à ceci près que le contenu l’est resté. Ce qui le différencie donc des autres n’est uniquement que le fait que le traité signé le 23 août a été le prélude à la guerre. Ces signatures de pactes sont, en revanche, passés sous silence, alors qu’ils ont contribué, bien plus que l’Union soviétique, à la reconstitution d’une Allemagne en pleine possession de ses moyens militaires, capable de pouvoir tenir la dragée haute à pratiquement toutes les armées du continent.

    Deuxièmement, nous pouvons regarder l’activité du régime nazi sur l’ensemble de la période, avec un recul qui nous permet de juger de sa nature profonde. Indépendamment des débats sur l’intentionnalité des génocides perpétrés par le Reich ou sur leur caractère ‘fonctionnel’, il n’était pas possible de préjuger de ce que celui-ci commettrait. Avant la Shoah, il n’y avait pas eu cet événement qui a marqué ce régime du sceau indépassable, ou du moins indépassé de l’infamie. Aktion T4, Shoah par balle ou dans les camps, massacres systématiques des élites des régions à aryaniser, politique délibérée de réquisition de l’intégralité des ressources. Ces politiques cependant sont postérieures au déclenchement de la guerre, voire postérieures même, pour la Solution Finale, à l’invasion de l’URSS. Même la Nuit de Cristal suscite les réprobations de la part de certains dirigeants nazis, Himmler, Göring, Funk, qu’on ne saurait taxer de pusillanimité à l’égard des Juifs. Au sein même des populations juives de l’époque, l’idée qui domine est que le nazisme surfe sur l’antisémitisme comme réclame publicitaire pour s’assurer des voix, que le régime enchaînera brimades et vexations, mais que celles-ci s’intègrent dans une longue série d’actes et de déchaînement antisémites traditionnels. Le consensus, au sein de l’intelligentsia, est que les massacres sont bons pour les barbares de l’est, les Cosaques et les Huns, mais que le peuple de Goethe, de l’Aufklärung ne peut se lancer dans ce genre d’abominations. D’ailleurs, avant le 22 juin 1941, le régime nazi, qui cherche une paix de compromis avec l’Occident, temporise son projet d’élimination complète des populations Juives, Tziganes, ou même, à terme, Slaves.

    Avant le génocide, qu’est ce qui qu’est ce qui démarque le régime nazi de l’époque d’autres régimes ? Difficile à dire. Il est fasciste et extrêmement anticommuniste, mais d’autres le sont tout autant, telle la Hongrie, la Pologne, l’Espagne, la Roumanie…Etc. Même chez les pays « démocratiques » Comme la France ou l’Angleterre, lorsque vus dans leur ensemble, avec leur système colonial et leur réseau de dominion, il est possible de se rendre compte que leur contenu démocratique se limite à une « démocratie d’impérialistes ». La France, par exemple, à ses lois de Nuremberg, qui instaurent une inégalité juridique entre différentes personnes vivant sur un même territoire : le code de l’Indigénat en Algérie. Elle a ses camps de concentration, comme le bagne de Poulo Condor en Indochine, ses lieux de relégation, comme la Nouvelle-Calédonie… Elle possède ses charniers, comme nous l’avons évoqué plus en amont. De ce point de vue, il n’est pas si évident de déterminer quelle limite est faite entre les régimes fascistes et les autres. C’est pour cela que la diplomatie soviétique, tout comme le Komintern, s’est fondamentalement intéressée à séparer les régimes entre régimes agressif et pacifiques. Ce point de vue n’était pas unique à l’Union soviétique. Un grand nombre d’acteurs, y compris de l’opposition antisoviétique, se sont aussi liés à la Gestapo, au Kempetai, à d’autres services secrets, considérant, dans leur rhétorique que cela n’était pas différent de l’aide qu’avait pu avoir Lénine pour passer de la Suisse à la Russie en 1917, sans la moindre once de vergogne.

    C’est précisément cette attitude qu’a dénoncé le grand poète chinois Lou Sin en 1936, soulignant « le côté pitoyable de l’exil, des pérégrinations et de l’échec de M. Trotsky, qui « forcèrent » celui-ci à accepter, dans sa vieillesse, l’argent de l’ennemi. » Mais, également le fait que leur « « théorie » est certainement plus sublime que celle de M. Mao Tsé-toung et d’autres : la vôtre plane haut dans le ciel, la leur est terre à terre. […] Partant, je crains que lorsqu’elle tombera du haut du ciel, elle n’atterrisse à l’endroit le plus répugnant du globe. Les Japonais saluant vos théories sublimes. Je ne puis m’empêcher de me faire du souci pour vous à la vue de vos publications si bien imprimées. Comment vous disculperez-vous si quelqu’un venait à répandre délibérément des rumeurs malveillantes vous accusant d’accepter de l’argent des Japonais pour sortir ces publications ? » (Lou Sin, Réponse du 9 juin 1936 aux organisations trotskistes) .

    C’est également celle que pouvait directement avoir Trotski, lequel, sur la guerre à venir, écrivait « Contre l’ennemi impérialiste, nous défendrons l’URSS de toutes nos forces. Mais les conquêtes de la révolution d’Octobre ne serviront le peuple que si celui-ci se montre capable de traiter la bourgeoisie stalinienne comme autrefois il traita la bureaucratie tsariste et bourgeoise ». C’est-à-dire de saboter l’effort de guerre et de pratiquer le défaitisme révolutionnaire. Si Trotski lisait avec ardeur la Pravda, la direction soviétique lisait aussi avidement, parfois en avant première, les écrits trotskistes. Dès lors, comment ne pas, à minima, soupçonner d’une collusion, confirmée par les archives et les acteurs (notamment Soudoplatov, qui s’occupait de cet aspect-là au NKVD).

    Il est de bon ton de clamer que « l’intransigeance de Staline a aidé à mettre Hitler au pouvoir ». C’est faire bon marché de l’autonomie du KPD. De plus, si Staline, comme l’affirment certains, avait jeté par-dessus bord toute idée de révolution et ne s’intéressait qu’aux affaires de l’URSS, il aurait logiquement poussé à une alliance du KPD et du SPD contre les nazis. Or, si le Komintern pratiquait effectivement une ligne du « classe contre classe », c’était avec le souvenir cuisant de la répression de mouvements révolutionnaires par les sociaux-démocrates. Comment le KPD, qui, 20 ans auparavant s’était fait massacrer par les assassins du SPD, pouvait-il envisager d’emblée une alliance avec ceux-ci ? De plus, face à un inconnu complet. Même si la phrase est curieuse, elle mérite d’être prononcée : Hitler n’était pas Hitler avant d’être Hitler. Rien ne permettait de savoir que son régime serait si différent de celui d’une présidence militaire appuyée sur les ultra-conservateurs, ni que celui-ci pratiquerait rapidement la mise au pas du pays. C’est également faire bon marché des questions internationales qui ont facilité la mise en place du régime nazi, mais également de sa possibilité de se constituer en tant que force militaire d’ampleur.

  • 75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 4

    75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 4

    Stalingrad incarne tout ce que nous défendons et tout ce que nos ennemis haïssent.

    Nous publions en plusieurs parties cet article, mais il est intégralement disponible, ainsi que son annexe ici :

    Stalingrad incarne la liberté, la lutte contre l’oppression, la lutte contre la misère, contre l’asservissement et le colonialisme fasciste. Elle incarne le don de soi, l’esprit désintéressé. Elle incarne le sens du devoir et du sacrifice, pour que naisse un monde meilleur.

    Stalingrad est l’épicentre du monde, en ce mois de février 1943. Elle ne fut pas la seule ville à combattre, la seule ville à souffrir, loin de là ! Leningrad, Moscou et Stalingrad furent les trois citadelles qui continrent la contagion fasciste mondiale. Elle furent les récifs sur lesquelles s’écrasèrent les vagues de peste brunes.

    Bien d’autres villes, elles aussi, sont des martyres. Kiev ; Minsk ; Smolensk ; Sébastopol ; Jitomir ; Toula ; Odessa ; Lidice, en République Tchèque… En occident, Londres ; Coventry ; Caen ou Oradour-sur-Glane reviennent. Mais qui, hélas, peut ignorer que les Oradour furent des milliers en URSS. Des villages éventrées, des enfants pendus, des vieillards et des vieillardes fusillées, les viols, les pillages, les meurtres, les pogroms, avec la complicité des fascistes locaux.

    Les fascistes et les nazis haïssent Stalingrad, car elle incarne l’écrasement de leurs thèses, leur faillite. Elle illustre la fausseté de la théorie de la supériorité raciale aryenne, de la supériorité du mercenaire fasciste, de la toute puissance de l’industrie de guerre nazie.

    Nos ennemis bourgeois haïssent Stalingrad car cette bataille est une dette que l’humanité entière a envers les soldats et les soldates soviétiques, envers les peuples de l’URSS, envers le mouvement communiste international.

    La bourgeoisie n’a eu de cesse de tenter d’effacer ce symbole, de le brimer, de le salir, de le diminuer, de renvoyer dos-à-dos le nazisme et le communisme, elle n’y parvient pas. Malgré tout ce qu’elle met en œuvre pour brouiller les pistes, pour tenter d’accabler de crimes les défenseurs -et les défenseuses !- de Stalingrad, elle échoue.

    Elle se donne du mal, pourtant. Elle n’a pas hésité à sauter à pied joints dans le mythe de la Wehrmacht propre, pour permettre de disculper une partie des soldats allemands des crimes de masses commis sur le front de l’Est. Elle n’a pas hésité à encenser le moindre Allemand ayant eu des doutes sur le régime hitlérien, pour trouver un point d’appui à la croisade anticommuniste.

    Dans les manuels scolaires, Stalingrad est utilisé uniquement comme massacre à grande échelle, dans lequel Soviétiques et Allemands sont équidistants. Films, bandes dessinées, « documentaires », tracent tous un portraits d’un soldat de l’Armée Rouge qui se bat contraint sous les ordres de commissaires politiques sadiques et mesquins, tout en haïssant secrètement le régime et ses dirigeants, dont au premier chef Staline.

    L’absence de scrupules et de vergogne est sans limites pour les « historiens » bourgeois.

    Les citoyens soviétiques n’étaient pas des animaux apolitiques, conduits à l’abattoir avec un fusil pour deux. Certains étaient effectivement amers de risquer leur vie pour devoir se défendre contre une agression qu’ils subissaient. Certains grognaient, certains trouvaient la situation dure. Comment les en blâmer ?

    Grogner, être critique, être en colère ne signifie pas rejet le fond du système ni le fond du régime. Mais, tant empressés qu’ils sont, les « historiens » essaient avec désespoir de trouver des alliés, des agents, des pions pour leurs basses manœuvres. 

    La guerre est dure, elle est brutale, elle est sale. Elle ne l’a jamais autant été que ces années de 1941 à 1942, dans l’odeur de mort des fosses communes, dans les ravins de Baby Yar, dans la puanteur de la Shoah qui se prépare, et qui fut stoppée par les Soviétiques.

    Les pertes sont lourdes, le haut-commandement connaît parfois des failles, des fleuves de sang payent les erreurs d’un pays qui n’était pas préparé à la guerre. Mais cette guerre n’est pas une guerre qui se termine sur une paix blanche, sur un traité. Il s’agit d’une guerre d’anéantissement, sans pitié, sans prisonniers, sans merci.

    La Stavka a joué son rôle dans des circonstances catastrophiques, sans aide, au début, sans soutien, avec les forces dont elle disposait. Elle a tenu son rôle sans en avoir à rougir, surtout sous les quolibets de stratèges de salon.

    Mais malgré cela, malgré ces dires, les pseudo-historiens ne peuvent effacer Stalingrad. Ce nom, cette ville, reste le tournant de la Seconde Guerre mondiale, de la Grande Guerre Patriotique, de la lutte entre le fascisme et la liberté. Ils ne peuvent effacer le fait que l’URSS, sous une direction politique ferme, juste et révolutionnaire, a pu sauver le monde de l’hydre nazie.

    Chacune de nos « libertés », nous les devons à Ivan, Piotr, Svetlana, mais aussi Bekzat, Kostya, Aigerim, venus des steppes d’Asie centrale, ou Pablo, fils de républicain Espagnol. Nous les devons à toutes et tous, venus ici écraser le monstre le plus terrifiant, né du capitalisme pourrissant.

    D’autres Stalingrad naissent. L’offensive du Têt, dont nous fêtons les 50 ans cette année, est la défaite de la plus puissante machine de guerre que le monde ait connu, en face de la résolution d’un peuple uni pour gagner sa liberté.

    Plus proche de nous Kobane fut le Stalingrad de l’organisation obscurantiste-fasciste Daesh. Là aussi, les fascistes ont été écrasés dans les rues d’une ville symbole. Là aussi, les forces populaires ont triomphé.

    Là aussi, le drapeau rouge était présent.

    Le symbole du marteau et la faucille sur le magasin Univermag, ultime refuge des fascistes dans la cité qu’ils ont éventrée, restera toujours le symbole de la victoire sur le fascisme.

    Stalingrad est l’un des symboles de l’histoire populaire, de l’histoire de l’Humanité. Il le restera jusqu’à la fin des temps, jusqu’au Stalingrad final, tombeau de la bourgeoisie, du capitalisme, de l’impérialisme.

    Vive l’Armée Rouge ! Vive la lutte antifasciste internationale ! Vive le communisme !

  • 75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 3

    75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 3

    La contre-offensive.

    Nous publions en plusieurs parties cet article, mais il est intégralement disponible, ainsi que son annexe ici :

     

    L’offensive début le 19 novembre, dès le départ, les alliés Roumains et Italien sont pulvérisés. L’armée soviétique fonce, balayant tout sur son passage, écartant toutes les difficultés par la vitesse, la manœuvre, par l’habitude de la neige et du froid. Le deuxième jour, la ligne de vie des fasciste, la ligne de chemin de fer de Kalatch est prise. Elle signe la condamnation à mort de l’armée de Paulus.

    L’armée Allemande tente de se défendre, elle mord comme un animal pris au piège. Mais celui-ci est trop fort, trop puissant, trop minutieux pour lui laisser le moindre échappatoire. Les Allemands sont rejetés loin de Stalingrad. Ceux qui y sont toujours sont au mieux des prisonniers, au pire des condamnés à mort.

    Goering, le maître de la Luftwaffe, l’orgueilleux et pompeux seigneur, promet de ravitailler la poche, le Kessel. 500 tonnes sont à livrer hebdomadairement pour que l’armée résiste. Il s’agit d’une tâche impossible, dans laquelle l’aviation de transport et de bombardement paie un prix immense, tandis que la DCA soviétique et les chasseurs rouges s’en donnent à cœur joie. 

    Le froid est extrême, la faim est intense dans la poche. Les blessés meurent faute de soin, pendant que s’obstinent à une résistance sans objet les généraux fascistes. Pour retenir les troupes soviétiques le plus longtemps possible, ils sacrifient le sang de leurs hommes.

    Les bombardements, les assauts, brisent les hommes de la VIème armée. Elle est a bout de souffle. Elle s’éteint. Après plusieurs entrevues n’ayant pas débouché sur des possibilités de reddition, les soviétiques écrasent finalement la poche.

    Les Allemands rêvaient de traverser la Volga, ils le firent sous la forme de colonnes de prisonniers, chargés par la suite de reconstruire ce qu’ils avaient détruit. Les nazis furent furieux que leurs généraux ne se suicidèrent pas. Friedrich Paulus déclara, rejetant cette coupe de cigüe qu’était sa nomination au grade de Maréchal : « Les morts ne s’intéressent plus à l’histoire militaire. »

    Le 2 février, il y a 75 ans, une moisson de généraux se rendaient ainsi à l’Armée Rouge des Ouvriers et Paysans. 5 mois d’une bataille acharnée, dans laquelle un demi million de soldats soviétiques et 300 000 civils tombèrent, tandis que 600 000 hommes et femmes étaient blessées. Elle coûta aux nazis et à leurs alliés 400 000 hommes et 110 000 prisonniers. Ces pertes terribles, terrifiantes, furent amèrement pleurées par les soviétiques, mais purent être surmontées. Les Allemands, en revanche, perdaient l’élite de leurs troupes et ne s’en relevèrent pas.

    En réaction, le 18 février 1943, Gobbels fit son discours du Sportpalast, devant 14 000 membres du NSDAP, dans lequel il appela à la guerre totale et à la mobilisation intégrale de l’industrie et de la population Allemande. Ce discours hystérique fardé de rhétorique ne servit qu’à une chose : prolonger les souffrances des civils pris dans la guerre, pris dans l’étau d’un système criminel et despotique. Trop peu, trop tard pour vaincre. Juste à temps pour permettre les massacres, les ravages, les crimes. La fuite en avant ne servit que de sursis aux élites nazies.

    Elle coûta aux fascistes la guerre. Après Stalingrad, les fascistes ne stopperont les soviétiques qu’a deux reprises :

    à Kharkov, entre fin février et juillet, ce qui déboucha sur la plus grande bataille de chars de l’histoire, Koursk, où l’armée  Allemande fut pulvérisée et où sa colonne vertébrale fut brisée.

    à Varsovie, du fait de ses trop grandes lignes de communication, et où les fascistes en profitèrent pour écraser l’insurrection de Varsovie, orchestrée par un groupe de nationalistes anticommunistes, qui voulaient profiter de l’arrivée de l’Armée Rouge pour restaurer la Pologne dictatoriale et nobiliaire. Ce geste criminel coûta des milliers de vies humaines pour un résultat nul.

    Stalingrad est bel et bien le tournant de la guerre.

    Dans le monde entier, les peuples reprennent espoir. Les résistances comprennent qu’elles ne sont plus des combat d’arrière garde, mais bien l’avant garde du monde nouveau qui émergera de la victoire.

    Les autres fronts, vidés de leurs réserves, s’effondrent. L’Afrique est libérée de la présence Allemande et Italienne. En juillet 1943, les alliés peuvent ainsi débarquer en Sicile et prendre pied sur le continent.

    Sans la bataille de Stalingrad, rien de cela n’aurait été possible. Ni débarquement, ni libération. Si les capitulards, les collaborateurs, les agents du compromis et de la trahison n’avaient pas connu les procès de Moscou, n’avaient pas été traqués par le NKVD, rien de cela n’aurait été possible.

    L’URSS a serré les dents, serré les poings, serré les rangs pour que le monde soit libre.

    A ce moment, le monde entier le savait et l’honorait. Aujourd’hui, par anticommunisme ou pour des raisons géopolitiques, certains veulent taire cette victoire des défenseurs de la liberté.

    Pourtant l’épée de Stalingrad, forgée sous les ordres du roi Georges VI, demeure un symbole de la dette du monde vers ces peuples. « Aux cœurs d’aciers de Stalingrad, le roi George VI fait présent de cette épée en témoignage de la reconnaissance du peuple britannique »

    Présent à la remise de celle-ci, à Téhéran, Roosevelt nota : « lorsque Staline prit l’épée sur son coussin de velours, il eu les larmes aux yeux, je les ai vues, ensuite il rabaissa l’épée dans un mouvement de noblesse spontané ».

    Vorochilov, dans sa maladresse proverbiale, la fit tomber par terre à grand fracas, chose que les actualités ont pudiquement coupé.

    Aujourd’hui, l’appel de la mère patrie, cette immense statue de béton de 85 mètres de haut, rappelle le sacrifice des peuples soviétiques. Ne les oublions pas. N’oublions pas non plus que certains immondes personnages tentent de les classer dans les « morts du communisme. »

    L’URSS paya plus cher que cette triste liste de décès Les concessions qu’elle dû faire envers l’armée, les ingénieurs, les cadres d’usine se payèrent chèrement. L’URSS ne fut plus jamais la même. Comme nous l’avons mentionné dans notre brochure sur le 9 mai 1945, les agents de la restauration des rapports capitalistes, les liquidateurs de l’économie planifiée, les anesthésistes de la lutte des classe reprirent des forces.

    Nikita Khrouchtchev, qui fut commissaire politique à Stalingrad, est illustratif de cela. Les liens que celui-ci tissa avec l’armée, avec les ingénieurs, le propulsèrent, avec Mikoïan et Kossyguine, comme les leviers de l’offensive de droite au sein du PC(b)US. Après la guerre, s’appuyant sur ces concessions, ces sinistres personnages vont œuvrer à liquider la ligne léniniste, ce qu’ils parviendront à faire. En 1952, au XIXe congrès du PC(b)US, la ligne défendue par les bolcheviks est minorisée. En 1956, elle est marginalisée et remisée, tandis que les masses sont épuisées par les 27 millions de sacrifiés pour la paix et la liberté.

    Hélas, l’expression ‘ »les meilleurs s’en vont les premiers » n’est pas que vacuité. Les meilleurs militant bolcheviks ont fait don de leur vie, de leur chair, pour sauver le monde. L’URSS, en tant qu’Etat socialiste, s’est ainsi offert lui-même tout entier.

    Ne l’oublions, cela aussi, jamais !

  • 75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 2

    75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 2

    75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 2

    Stalingrad

    En été 1942, les fascistes tentent de reprendre l’avantage. Mais ils ont perdu une grande partie de leur allant, de leur entrain, de leur vigueur. La victoire se recherche dans le sud, dans le Caucase, dans la jonction avec la Volga, dans les champs de pétrole de Bakou. Les Allemands prennent finalement Sébastopol, après 8 mois de siège. Ils avancent et prennent Rostov-sur-le-Don en juillet. La ville, minée, explose littéralement sous leurs yeux.

    Rostov-sur-le-Don est une ville discrète, mais importante. Importante car sa perte entraine une vague de réforme en URSS. Une vague de réformes qui entame un relâchement de la bride des généraux, dont les tendances bonapartistes suscitaient une légitime méfiance. Des réformes concédées par l’urgence de la situation, donnant plus de liberté aux ingénieurs en chef, aux dirigeants d’usine, aux directeurs de camps de travail, aux officiers, aux généraux. Une concession terrible, dans un pays marqué par la lutte des classes aigüe, une concession faite au monde pour le protéger du fascisme. Surtout, le célèbre Ordre du Jour N° 227 est édicté. Plus un pas en arrière ! L’Armée Rouge raidit sa résistance, se prépare à l’affrontement le plus important, le plus stratégique.

    Des concessions qui seront payées par le pouvoir bolchevik, bien des années plus tard, par sa propre perte.

    Hitler fait une erreur monumentale, en croyant l’ennemi en déroute. Lorgnant sur deux lièvres stratégiques en même temps, il découpe ses forces entre la VIème armée de Paulus et la IV armée blindée de Hoth. Le premier fonce vers Stalingrad et la Volga, le second vers Bakou et son pétrole. Les deux échouent, mais ne le savent pas encore.

    Stalingrad suscite, bien qu’il s’en défende, l’obsession du Führer. La ville est placée sur la charnière entre le Caucase et le reste de l’Union, elle est un noud de communication important, un axe fluvial essentiel. Elle est la dernière grande barrière qui sépare l’hitlérisme des immenses plaines, à l’est, mais également de la jonction avec l’Iran, l’Irak, avec Rommel au loin. Prendre la ville revient à priver l’URSS de son potentiel énergétique. Prendre la ville revient à la couper en deux. Prendre la ville revient à gagner une position de force inestimable, à se doter d’une base de départ pour prendre également Moscou à revers.

    Mais Stalingrad est plus que ça, elle est aussi un symbole. La ville, auparavant Tsarytsine, est une ville qui est entrée dans l’Histoire lorsque, en janvier 1920, Simon Boudienny ; Kliment Voroshilov et le jeune Joseph Staline reprennent la ville aux blancs. Cette victoire mit un coup d’arrêt aux opérations des tsaristes dans le secteur, permit de gagner Astrakan et l’embouchure, permit de consolider la jeune république soviétique. La ville hypnotise les nazis, qui y voient en coup fatal porté au prestige du gouvernement soviétique et de sa direction.

    Hitler insiste pour faire de la prise de Stalingrad un bain de sang, un massacre, un holocauste. Hitler mobilise la Luftwaffe pour frapper fort. 600 bombardier frappent la ville le 23 août 1942. Ce raid a le douteux privilège d’être le premier à déclencher une tornade de flamme. Cette tempête ravage la ville, tuant environ 40 000 citoyens soviétiques. Cependant, les monceaux de ruines n’avantageront pas les envahisseurs. Chaque mètre carré de la cité est un piège, chaque immeuble une forteresse. Le silo à grain de Stalingrad, ainsi, eut à subir un siège en règle avant de tomber. Une colline, le Kourgane de Mamaï, devient un enjeu aussi important qu’un sommet himalayen.

    L’Usine Barrikady tout comme l’usine Octobre Rouge continuèrent à produire leurs chars T-34, les meilleurs chars du monde, jusqu’à ce que les nazis l’assiègent. Là encore, les ouvriers rejoignirent les milices au combat, compensant leur inexpérience par leur courage.

    Les navires de la Volga réussirent à ravitailler les armées acculées au fleuve, en faisant preuve d’une obstination sans faille, tandis que les faucons rouges disputaient au Stukas et aux Focke-Wulf la supériorité aérienne au dessus de la ville. Le meilleur de l’armée Allemande se heurte aux moujiks et aux ouvriers et ouvrières soviétiques.

    La guerre est cruelle, elle est impitoyable. Les soldats allemands découvrent la terreur du combat urbain. Chaque fenêtre peut héberger un camarade de Vassili Zaitsev, le plus célèbre tireur d’élite de la RKKA. Chaque pan de mur peut cacher le soldat armée d’un pistolet-mitrailleur qui emmènera l’envahisseur au Walhalla. Chaque pas emmène sur une mine. L’armée Allemande s’use, se fragilise. 

    Les soviétiques, à ce moment là, étaient en infériorité numérique. Souvent, les anticommunistes, appuyés sur les documents issus de la propagande fasciste, les représentent comme une force immense, grouillante, amorphe et atone. Souvent, l’imagerie représente l’armée rouge comme attaquant vagues après vagues pour submerger l’ennemi sous le nombre. Cette métaphore insectoïde ne sert qu’a avilir les combattants soviétiques. Stalingrad se déroule du fort au faible, et ce n’est que par son extraordinaire force, sa mobilisation exemplaire, que le peuple soviétique pu remonter la pente, quantitativement et qualitativement. Le prêts-bails commençait à peine, bien qu’il joua un rôle dans la capacité de résistance soviétique que seuls les dogmatiques peuvent exclure.

    Tandis que la 62ème armée et la 64ème se battaient pour chaque pouce de terrain, la Stavka prépara une opération pour bousculer le cours de la guerre. C’est là une réunion qui est restée célèbre dans les mémoires de Joukov, dans lesquelles il démontre ainsi la manière dont le gouvernement soviétique dirige la guerre. La décision est collégiale, le débat est sincère, les désaccords ne débouchent pas sur des sanctions. Le haut-commandement soviétique se professionnalise, tandis que celui des nazis s’enfonce dans l’irréel.

    Joukov lui-même en parle ainsi, pour répondre aux accusations de Khrouchtchev :

     « Il faut dire, comme je m’en suis convaincu au cours des longues années de la guerre, que J. Staline n’était pas du tout un homme devant qui les problèmes difficiles ne pouvaient être évoqués ; avec qui on ne pouvait discuter et même défendre énergiquement son point de vue. Si certains affirment le contraire, je dirai simplement que leurs assertions sont fausses. »

     Aux séances du Comité d’Etat à la Défense qui se tenaient à n’importe quel moment de la journée, en règle générale au Kremlin ou bien dans la villa de Staline, les problèmes les plus importants étaient étudiés et résolus. Très souvent, aux séances du Comité d’Etat à la Défense, éclataient de vives discussions, au cours desquelles les opinions s’exprimaient de manière précise et tranchée. D’habitude, J. Staline allait et venait autour de la table, écoutant attentivement ceux qui discutaient. Lui-même était peu loquace, et n’aimait pas la prolixité des autres. Souvent, il arrêtait ceux qui parlaient par un « soyez plus brefs » ou « soyez plus clairs ».

     Il ouvrait les séances sans mot d’introduction. Il parlait bas, avec aisance uniquement de la question. Il était laconique et formulait clairement ses pensées. J. Staline était un homme volontaire qui, comme on dit, n’avait pas froid aux yeux.

    Une seule fois, je l’ai vu assez abattu. Ce fut à l’aube du 22 juin 1941, sa conviction en la possibilité d’éviter la guerre venait d’être détruite.

    Après le 22 juin 1941, et pendant la durée de la guerre, J. Staline de concert avec le Comité Central du Parti et le Gouvernement soviétique, assura la ferme direction du Pays, de la guerre et de nos relations internationales » (Mémoires, 1970)

    Obligés d’accentuer de jours en jours leurs efforts pour tenter de prendre la ville, les nazis s’enferrent dans un piège. Persuadés d’être les maîtres, ils négligent leurs flancs et leurs protections. Ils se persuadent que l’arrivée de l’hiver sera leur victoire, car les Soviétiques devront se battre sur deux fronts : eux et la Volga impraticable, charriant des blocs de glace.

    Ils croient la victoire a portée de main. Chaque jour, les journaux nazis trépignent de ne pouvoir sortir la manchette « Stalingrad gefallen ! » Stalingrad est tombé. Hitler se justifie, disant qu’il ne veut pas d’un nouveau Verdun, qu’il faut réduire petit à petit la poche. Italiens et Roumains, alliés méprisés, gardent leurs arrières, dans le froid, la misère, les privations.

    L’offensive soviétique est méticuleusement préparée par Joukov. Il visite lui-même les secteurs du front. L’idée est la suivante : encercler la VIème armée Allemande dans Stalingrad, l’écraser et foncer vers l’ouest, rejeter les hordes d’envahisseurs le plus loin possible.

  • 75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 1

    75 ème anniversaire de Stalingrad ! Partie – 1

    75 ème anniversaire de la bataille de Stalingrad.

    N’oublions jamais celles et ceux qui sont tombés pour la liberté !

    Nous publions en plusieurs parties cet article, mais il est intégralement disponible, ainsi que son annexe ici :

    Il y a 75 ans, le 2 février 1943, le Feldmarshall  Paulus capitulait à Stalingrad, se rendant à Mikhail Shumilov, commandant de la 7e armée de la Garde.

    Une onde de choc traversa le monde.

    De New York à Tokyo, de Berlin à Sydney, les yeux et les oreilles du monde étaient tournés vers ce qui était, naguère, la belle petite ville prospère, aux immeubles blancs, dans le creux de la puissante Volga. Dans les ruines fumantes, dans les carcasses de chars, dans les épaves d’avion écrasés, dans les tranchées et les bunker, les hommes et les femmes entendaient le silence. Pour la première fois depuis le 23 août 1942, la ville était calme.

    Partout dans le monde libre, la liesse s’est déchaînée, sous les hourras de victoire. Même sous le poids de la botte nazie, les peuples gémissants découvraient l’expérience de la victoire. Pour la première fois depuis le début de la guerre, une armée nazie capitulait.

    A Berlin, la stupéfaction l’emporta sur la rage. Le prince Otto von Bismarck, descendant de celui qui préconisait de ne jamais s’en prendre à la Russie, reçu un coup de fil urgent de l’ambassade d’Allemagne à Berne : « Arrêtez de danser ! Stalingrad est tombé. »! Hitler écumait de rage devant le fait que les généraux et maréchaux préféraient la captivité à la mort pour la grandeur de l’impérialisme Allemand.

    Dans l’histoire de la guerre, il y avait désormais un avant et un après Stalingrad.

    Nous rendons hommage, aujourd’hui, aux hommes et aux femmes qui s’y sont battues, qui y ont vécu, qui y sont tombées.

    Qui peut oublier qu’au milieu d’un été 1942 de peur, de terreur, d’un été d’horreur, Stalingrad est apparu comme un espoir.

    Le 22 juin 1941, en violation complète des traités internationaux, l’Allemagne nazie déverse sa horde de criminels sur une Union Soviétique en paix. Après avoir ravagé l’Europe, les fascistes se tournent vers l’Est, pour y imposer un colonialisme criminel, pour y imposer une société structurée par la race, par le sang, par l’asservissement. Hitler avait dit « le monde retiendra son souffle ». Il le retint pendant quatre ans.

    Les fascistes déferlèrent et ravagèrent l’URSS, après avoir tentés en vain de la déstabiliser, d’utiliser des agents pour l’affaiblir. Contre toute attente, la Blitzkrieg s’enlise. Contre les prémonitions de génies de renseignement, la « structure pourrie » ne s’effondre pas. La société soviétique fait bloc autour de son gouvernement, autour de son Parti, autour d’une direction politique Timochenko le présida le comité de défense, avec Staline, Molotov, Vorochilov, Boudienny et Kouznetsov. Si les pertes sont terribles, si les encerclements sont immenses, les arrières de l’ennemi sont fragiles. L’axe ne connaît pas de répit. Les fascistes rencontrent l’hostilité de la population. Aucune nuit sur ce front ne fut une nuit de répit.

    Pour la première fois sur le continent Européen, la machine de guerre nazie connaît des revers. Les espaces conquis sont immenses, mais vides. Les hommes, les femmes, les machines, se replient. Tout ce qui ne peut l’être est détruit. Les pillards sont amers, leur proie est coriace. Les soldats Allemands sont ivres de victoires, mais les pertes s’accumulent. L’usure aussi. Au bout de cinq semaine, aucune ville d’importance n’est prise.

    Le plan nazi était classique, sans grande inspiration. Alors que d’autres privilégiaient l’audace, le GröFaZ ‘Größter Feldherr aller Zeiten’ (le plus grand chef de guerre de l’Histoire, surnom ironique donné à Hitler par ses généraux), privilégie une approche en éventail, qui disperse les forces, qui affaiblit les coups. Le « génie » hitlérien joue une farce à son camp. Le mépris pour le prédécesseur Napoléonien pousse à ignorer Moscou pour frapper Leningrad et le Caucase. Deux cibles que les Allemands prirent jamais.

    Pendant ce temps, côté soviétique, la société sort de la paix en sursaut. L’industrie se met en marche, la population, résignée à livrer un combat imposée, se mobilise pour résister à l’envahisseur. Les prodigieuses avancées issue de la sueur de tout un peuple ne doivent pas être perdues. Hommes et femmes se préparent au conflit, se préparent à faire face à la plus grande épreuve de l’histoire de l’humanité. Les fascistes, méprisants, s’attendaient à trouver des bêtes sauvages, armés de lances de de pierres. Ils se heurtent aux armes les plus modernes du monde -mais trop peu, et trop dispersées- les Kliment Voroshilov, les T-34, les BM-13 Katiouchas, les Yak-1, les MiG-3, les Il-2 Shturmoviks. Ils se heurtent à un peuple qui résiste, qui se bat stoïquement, qui se contente de peu, qui est dur. Un peuple appuyé par des militants et des militantes communistes qui montrent l’exemple, qui n’hésitent pas à se battre. Un Parti qui paie aussi le prix fort son engagement. Staline perd lui-même un fils, qu’il refusera d’échanger contre des généraux. Certains le lui reprochent. Ils lui reprocheraient également s’il l’avait fait.

    Leningrad est encerclée le 8 septembre, avec l’aide des Finlandais, qui, ironiquement, empêcheront en partie sa prise, en renâclant à avancer plus. Elle tint 872 jours avant d’être libérée, en faisant le second siège le plus long de l’histoire contemporaine.

    Moscou est approchée en décembre, sous les neiges et les tempêtes. Heinz Guderian, l’un des concepteurs de l’armée blindée Allemande, voit les tours du Kremlin dans ses jumelles. Et fait demi-tour. L’heure de la contre-offensive a sonné. Lancée par Joukov et Vassilievski, la contre offensive repousse les fascistes loin de la capitale. Ils n’approcheront plus jamais. Aidés par les excellents services de renseignement, les soviétiques savent que le Japon ne bougera pas. Richard Sorge, l’espion le plus précieux du monde, tient cette confidence de l’ambassadeur d’Allemagne au Japon lui-même.

    Rassemblant en hâte une armée fraîche, les Soviétiques stupéfient le monde entier. L’invincible armée Allemande chancelle, vacille. Elle chasse les fasciste de la région de la capitale, elle libère la Crimée, où Sébastopol était encerclée. Elle brise le mythe de l’invincibilité de la Wehrmacht.  Elle ne rompt hélas pas. La contre-offensive s’essouffle, s’arrête. L’URSS vient d’empêcher une victoire totale de l’Allemagne. Elle n’est pas encore assez forte pour rendre les coups. Elle n’est pas prête encore à reprendre ce qu’elle a perdu. Mais elle a effrayé les généraux allemands, qui ont voulu reculer. Hitler non. Il ne voudra plus les écouter, et n’écoutera plus que lui-même et ses stratèges de chambre. Cela se paya très cher.