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  • 8 mai : luttons pour la paix !

    Communiqué unitaire d’Unité communiste et de Reconstruction communiste

    Ce 8 mai 2025, nous célébrons le 80anniversaire de l’armistice de la Seconde Guerre mondiale en Europe. L’actualité récente a vu l’intensification des discours militaristes. Il ne fait donc nul doute que cette journée qui marque la fin de la boucherie de 39-45 aux 80 millions de morts — dont une majorité de civils — sera mobilisée par les discours impérialistes français et occidentaux. Ce 8 mai, nous rendons hommage aux peuples balayés par cette guerre injuste, et à toutes celles et ceux qui se sont sacrifiés pour combattre le fascisme européen, tandis que la classe dominante pave aujourd’hui la voie à de nouvelles guerres.

    Face à la flambée du militarisme, la nécessité d’un front uni anti-impérialiste contre les guerres injustes n’est que plus éclatante. Le mouvement communiste, faible en France, doit se mobiliser pour faire gagner une ligne juste pour tous les peuples : celle du combat contre les guerres impérialistes à venir. Face aux appétits bellicistes, notre réponse doit être à la hauteur de l’enjeu !

    L’objectif de la lutte politique et idéologique contre notre propre bourgeoisie doit être double : pour la fin de la guerre interimpérialiste en Ukraine ; et pour la fin du militarisme naissant dans notre pays.

    Ces derniers mois, les discours militaristes se sont concentrés sur la guerre en Ukraine, nous éclairant sur la véritable nature du conflit. L’impérialisme américain, qui représente à lui seul la moitié du financement occidental de la guerre, conditionne désormais son soutien à l’exploitation du sous-sol ukrainien, tout en écartant l’Ukraine et l’UE des négociations avec la Russie. En réaction à cela, les autres puissances occidentales se sont opposées aux propositions américaines et ont annoncé qu’elles étaient prêtes à assumer le soutien financier et militaire de l’Ukraine pour empêcher l’avancée russe et assurer leur propre domination sur l’Ukraine. Les dernières annonces de Macron ont exprimé explicitement les intérêts de la bourgeoisie française. Face au possible retrait américain, elle est prête à lutter pour ses intérêts en Ukraine contre l’impérialisme russe.

    La nature interimpérialiste du conflit nous apparaît évidente. Nous sommes ici face à une guerre dont le but principal est le repartage politique et économique du monde, la reconfiguration des rapports de force et les bénéfices du marché ukrainien. Les bourgeoisies impérialistes convoitent l’Ukraine, dont le peuple, pris en étau entre tous les camps, est transformé en chair à canon.

    L’Ukraine n’est pas le seul terrain de développement de tensions interimpérialistes, mais son importance, particulièrement récemment, témoigne de leur intensification. Les États-Unis changent de stratégie ; les intérêts occidentaux, jusque-là convergents, semblent désormais divergents. En réaction, les autres impérialismes occidentaux, essentiellement européens, dont les intérêts en Ukraine sont plus importants que ceux des États-Unis, se réorganisent.

    Partout, les contradictions interimpérialistes s’accentuent. Alors que les profits de la surexploitation des peuples dominés baissent, l’émergence des puissances challengeuses (la Russie et la Chine) menace directement les puissances hégémoniques (l’Occident et le Japon). Ces contradictions sont les causes de la guerre en Ukraine et des récentes dissensions au sein du bloc occidental, et elles engendreront à l’avenir de nouvelles guerres pour le contrôle de la plus-value mondiale.

    Face à la menace de guerre, les réactions opportunistes ont pu prendre des formes différentes : dénonciation de l’impérialisme russe, dénonciation de l’impérialisme américain, ou non-alignement. Ces réactions manquent toutes un élément important : l’impérialisme français. Il est facile de dénoncer les puissances extérieures et d’en oublier celle dans laquelle nous vivons. Or, il ne faut pas être aveugles aux intérêts de notre propre bourgeoisie et à sa propre mobilisation dans la « défense européenne ».

    La priorité des communistes français est de dénoncer l’impérialisme français. Combattre ses concurrents, ennemis ou alliés, avant l’impérialisme français lui-même, c’est le défendre objectivement. Les communistes luttent contre tous les impérialismes, mais notre propre impérialisme doit être la cible principale !

    Dans le conflit en Ukraine, les communistes ne doivent pas avoir de camp : ni français, qui ne ferait que défendre l’Ukraine contre l’agression russe, en alliance avec les autres impérialismes occidentaux ; ni russe, qui ne ferait que se défendre contre l’expansion de l’OTAN. L’impérialisme « démocratique » de la France et de l’Occident ne vaut pas mieux que l’impérialisme « multipolaire » de la Russie !

    La tâche des communistes est l’union des prolétaires de tous les pays et la transformation de la guerre interimpérialiste entre les nations en guerre civile entre les classes. Cette tâche ne peut jamais être réalisée par la collaboration de classe avec la bourgeoisie. Plus d’un siècle après la chute de la IIde Internationale dans le social-chauvinisme, nous devons apprendre de ses erreurs pour remplir notre rôle historique : la défaite de notre impérialisme en Ukraine et dans le monde, et le renversement de notre bourgeoisie en France.

    Les réactions opportunistes témoignent de la faiblesse du mouvement communiste. Aujourd’hui, ni les organisations révolutionnaires ni le mouvement ouvrier dans son ensemble ne sont assez développés pour représenter une alternative politique crédible pour les masses populaires en France.

    La marche vers la guerre n’est cependant pas une fatalité et la guerre elle-même est encore loin d’être une réalité immédiate sur le territoire des pays occidentaux. Il ne faut donc pas se résigner, ni se réfugier dans la collaboration de classe. Au contraire, la marche vers la guerre doit motiver l’engagement dans la reconstruction des organisations révolutionnaires et dans la lutte antimilitariste et anti-impérialiste. Il faut renforcer le mouvement communiste, jusqu’à donner naissance à un véritable Parti communiste capable de diriger ces luttes pour les transformer en lutte révolutionnaire.

    Nous appelons les révolutionnaires, toutes celles et ceux qui veulent mettre en échec les préparatifs de la guerre impérialiste, à participer à la constitution d’un front anti-impérialiste et antimilitariste. Engagez-vous, rejoignez les organisations antimilitaristes et anti-impérialistes révolutionnaires. Le combat contre l’impérialisme français est un puissant acte de solidarité envers les peuples du monde entier.

    Faisons triompher notre mot d’ordre : il n’y a qu’une seule guerre juste, la guerre des peuples contre leurs oppresseurs !

  • Déclaration de la conférence anti-impérialiste antiguerre d’Athènes du 22-23 février 2025

    Toutes les contradictions de la planète s’intensifient, les politiques antiouvrières et antipopulaires se multiplient. Les principales puissances impérialistes se disputent une nouvelle répartition des marchés et des sphères d’influence, cherchant à surmonter la crise mondiale en préparant la troisième guerre mondiale. Les peuples du monde subissent les effets de la rivalité impérialiste de la manière la plus brutale.

    La guerre injuste en Ukraine, entre l’impérialisme russe d’un côté et les États-Unis, l’Occident et leur régime réactionnaire fantoche de Zelensky de l’autre, compte déjà des centaines de milliers de morts et de blessés, et est aujourd’hui l’épicentre de ces antagonismes. Le peuple palestinien héroïque résiste à l’opération génocidaire des sionistes meurtriers d’Israël qui servent les plans des impérialistes américains. Les évolutions du Caucase et des Balkans à l’Afrique, de l’Océan Pacifique et de l’Amérique de l’Ouest au Cercle Arctique s’inscrivent dans le même cadre.

    La haine, le chauvinisme et le nationalisme sont renforcés pour frapper les résistances populaires et renforcer les antagonismes des puissants. Dans tous les pays du monde, les systèmes politiques se préparent et prennent des mesures politiques, économiques et militaires face à l’éventualité d’une guerre généralisée. L’impérialisme opprime les peuples et le capital intensifie de plus en plus l’exploitation de la classe ouvrière jusqu’à des formes d’esclavage pour réaliser des profits et renforcer sa domination de classe.

    La classe ouvrière, les peuples et la jeunesse, partout dans le monde, résistent à la barbarie capitaliste-impérialiste par des luttes et des soulèvements. Ils expriment, dans les termes qu’ils ont formulés aujourd’hui, leur colère et leurs revendications. Ces luttes recherchent et nécessitent la mise à niveau de leur constitution et la formation de leur perspective révolutionnaire.

    Cependant, la trajectoire des développements rend ce besoin plus urgent. Face à l’intensification des dangers de guerre, voire des menaces de guerre nucléaire, il est nécessaire de prendre des mesures dans le sens du Front anti-impérialiste et antiguerre de la lutte populaire.

    Il est donc évident qu’il faut créer les conditions nécessaires à la coordination des forces anti-impérialistes et révolutionnaires du plus grand nombre possible de pays et de régions du monde.

    • Afin de faciliter et d’agir comme un catalyseur dans l’effort de construction de la lutte anti-impérialiste dans chaque pays.
    • Afin de renforcer internationalement la direction de l’amitié et de la solidarité des peuples contre le poison fasciste et nationaliste semé par le capital et ses porte-parole.

    Les organisations qui signent cette déclaration et qui ont participé à la Rencontre anti-impérialiste contre la guerre à Athènes les 22-23 février 2025 cherchent une voie commune, pour informer et être informées, pour se coordonner au plus haut niveau possible, et pour lutter, non seulement par nous-mêmes, mais aussi avec toutes les forces qui veulent contribuer à cette direction. Une direction dont la marque politique adoptera les axes suivants :

    • Luttes communes des peuples contre les guerres injustes et l’impérialisme.
    • Contre l’exploitation capitaliste et la barbarie impérialiste.
    • Sortie des USA-OTAN et de la Russie de l’Ukraine.
    • Libérer la Palestine.
    • À bas le nationalisme et le poison fasciste. Solidarité et amitié entre tous les peuples.
    • Solidarité avec les réfugiés et les immigrés.
    • Les peuples n’ont pas besoin de protecteurs ! Nous comptons sur les forces populaires inépuisables — nous soutenons les luttes populaires dans le monde entier.
    • Nous nous efforçons de mener une action commune au niveau international contre les préparatifs de guerre et les politiques réactionnaires de l’impérialisme.

    Dans cette direction, nous aspirons à prendre des initiatives pour renforcer la lutte anti-impérialiste et antiguerre dans nos pays et au niveau international. En outre, afin de promouvoir le dialogue et la coordination sur les questions sérieuses de la période, nous allons créer une page web internationale d’information et de dialogue intitulée « Bulletin international anti-impérialiste ».

    Action anti-impérialiste (Danemark)

    Unité communiste (France)

    Union ouvrière communiste (MLM) (Colombie)

    Parti communiste de Grèce (marxiste-léniniste)

    Construction communiste (Allemagne)

    Parti communiste maoïste (Italie)

  • Exposé des positions d’Unité communiste sur la guerre russo-ukrainienne

    [Version révisée d’octobre 2024.]

    Cet article a été rédigé pour le journal Özgür Gelecek que nous remercions de nous laisser nous exprimer dans leurs colonnes.

    Quelle doit être selon nous une position communiste sur l’actuelle guerre russo-ukrainienne ? Répondre à cette question, c’est en poser nécessairement une autre : quelle est selon nous la nature de l’actuelle guerre russo-ukrainienne ?

    Notre organisation n’a jusqu’à ce jour pas explicitement présenté ses réponses. Nous sommes conscients de notre retard sur ces problèmes pourtant brûlants. Nous profitons de l’imminence du 2e anniversaire de l’offensive russe pour rattraper ce manquement.

    Pour déterminer la nature de la guerre russo-ukrainienne, il faut d’abord déterminer la nature de la Russie et de l’Ukraine. D’apparence simple, ce problème révèle en réalité la complexité de l’impérialisme contemporain.

    Le premier impératif est d’éviter l’adhésion à une définition métaphysique de ce qu’est un pays dominé ou un pays dominant, c’est-à-dire de ce qu’est l’impérialisme et sa domination économique. Il n’existe pas de domination dans l’abstrait (comme qualité isolée), il n’y a toujours que la domination d’un marché et d’un État sur un autre marché et un autre État. Un pays n’exerce ou ne subit toujours une domination que dans sa relation avec un autre pays. À l’échelle mondiale, les relations se superposent et se conjuguent, de telle manière que le rôle d’un pays dans le réseau de relations mondiales ne peut être déterminé qu’en observant la place de ce pays dans ses relations prises dans leur ensemble. Idem, il n’existe pas de domination impérialiste sans certaines classes pour dominer et pour être dominé. Un pays n’exerce ou ne subit toujours une domination que selon ses classes. La domination impérialiste n’est toujours que la domination d’une bourgeoisie impérialiste d’un pays sur certaines classes d’un autre pays (bourgeoisie compradore, bourgeoisie nationale, petite bourgeoisie, prolétariat, paysannerie). En économie, il ne faut jamais oublier le matérialisme dialectique.

    Les contradictions entre les pays impérialistes et les pays dominés ne sont plus aussi polarisées qu’elles ne l’étaient aux premiers temps de l’impérialisme, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, où l’on pouvait facilement distinguer les pays impérialistes, les colonies et les semi-colonies. Aujourd’hui, il existe toujours des impérialismes hégémoniques, qui sont dans une position de domination sur l’ensemble de l’économie mondiale : les impérialismes occidentaux (États-Unis d’Amérique, Canada, France, Allemagne, etc.) et l’impérialisme japonais. Cependant, dans le système impérialiste contemporain, un pays dominé dans une relation peut être dominant dans une autre relation. Certains pays sont ainsi dominés et dominants en même temps, c’est par exemple le cas des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), entre autres.

    La complexification du système impérialiste n’a cependant pas fait disparaître les deux pôles opposés : les pays dominants — impérialistes — et les pays dominés. En revanche, ces deux catégories et leurs relations politiques et économiques se sont complexifiées. Pour comprendre si un pays est dominant ou dominé, il est donc devenu primordial d’observer sa place dans le réseau des relations économiques mondiales pris dans sa totalité, pour y étudier son rôle général (non pas relativement à un pays particulier ou un autre, dont la relation pourrait ne pas refléter la nature réelle du pays en question).

    La Russie est un pays dominé par des pays impérialistes plus puissants, mais elle domine elle-même d’autres pays et cherche à étendre sa domination et à s’émanciper de la domination des impérialismes hégémoniques, en faisant croître son propre empire. Au même titre que la Chine, la Russie est un impérialisme challengeur : son rôle dans l’économie mondiale est celui d’une semi-périphérie forte, luttant pour devenir un nouveau centre impérialiste. Le passé socialiste et les caractéristiques géographiques de la Russie et de la Chine les ont de plus dotées de ressources et de forces habituellement monopolisées par les centres impérialistes : l’accès aux ressources naturelles stratégiques, la technologie de pointe, les moyens de communication — dont les médias —, et la puissance militaire — dont l’arme nucléaire. La position de relative faiblesse de la Chine ou de la Russie par rapport aux impérialismes hégémoniques dans le monde n’enlève rien à leur qualité impérialiste. La Chine et la Russie sont des États et des marchés cherchant à perpétuer et à étendre leur domination sur d’autres États et marchés, pour augmenter et sécuriser leurs surprofits impérialistes. Si la Chine et la Russie sont toujours dominées par les impérialismes hégémoniques, ce sont elles-mêmes des impérialismes.

    La bourgeoisie russe et chinoise ne sont pas des bourgeoisies compradores, incapables d’accumuler un surprofit par et pour elles-mêmes. Ce sont des bourgeoisies nationales et impérialistes, qui sont capables d’accumuler un surprofit par et pour elles-mêmes, et qui luttent donc pour étendre et intensifier leur domination sur la bourgeoisie compradore et les masses populaires (la bourgeoisie nationale, petite bourgeoisie, prolétariat et paysannerie) des nations opprimées. Les bourgeoisies russe et chinoise cherchent à assurer et à accroître leurs surprofits par la domination politique des États et la domination économique des marchés. La Russie et la Chine sont des pays relativement dominés, mais ce ne sont pas des pays dominés, leur bourgeoisie impérialiste est relativement faible, mais ce sont des bourgeoisies impérialistes.

    Tous les pays capitalistes, y compris les pays dominés, luttent pour se constituer un empire, mais cela ne signifie pas que tous les pays seraient alors des pays impérialistes : seuls les pays qui réussissent effectivement à se constituer un empire duquel ils extraient des surprofits peuvent être qualifiés d’impérialistes. Un pays peut-être impérialiste et lui-même plus exploité qu’exploiteur, ce qui ne change pas le fait qu’il est lui-même exploiteur, donc impérialiste.

    Là où la Chine et la Russie sont des semi-périphéries fortes représentant des impérialismes challengeurs, l’Ukraine est une semi-périphérie faible, qui n’a pas la capacité économique de se constituer un empire impérialiste. L’Ukraine est un pays sous domination des impérialismes hégémoniques et de l’impérialisme russe. La bourgeoisie ukrainienne est compradore.

    Les impérialismes occidentaux et l’impérialisme russe se disputent l’exploitation du marché ukrainien et le contrôle de l’Ukraine depuis maintenant plus de 20 ans. L’intégration de l’Ukraine dans deux sphères impérialistes distinctes et antagoniques (occidentale et russe) se ressent dans toute la société ukrainienne, et fut notamment à l’origine de la Révolution ukrainienne de 2014 et de l’annexion de la Crimée par la Russie la même année. Aujourd’hui, Zelensky représente la bourgeoisie bureaucratique compradore pro-occidentale, celle-ci est liée aux intérêts impérialistes occidentaux : tout en leur étant soumise, elle cherche à se constituer un empire avec ceux-ci.

    Pourquoi la Russie a-t-elle envahi l’Ukraine le 24 février 2022 ?

    Le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne par la Russie a pour première cause la contradiction inter-impérialiste entre les impérialismes hégémoniques occidentaux et l’impérialisme challengeur russe. Les impérialistes de l’alliance atlantiste (l’OTAN) et la Russie luttent pour le contrôle économique et politique de l’Ukraine, dans le cadre d’une lutte mondiale entre les impérialismes hégémoniques, pour la défense de leur hégémonie, et les impérialismes challengeurs, pour l’affirmation de leurs propres ambitions.

    Pourquoi la guerre a-t-elle éclaté en Ukraine, et non pas sur un autre marché que se disputent les impérialismes pour le partage du monde ?

    Cette guerre est aussi celle pour le contrôle d’un verrou géopolitique. Il est essentiel de comprendre la vision des pays impérialistes impliqués dans cette guerre (pour mieux la démasquer et la combattre).

    Qu’est-ce que la géopolitique, et pourquoi s’y intéresser pour comprendre les contradictions inter-impérialistes ? La géopolitique est une superstructure, c’est la théorie et l’idéologie des bourgeoisies impérialistes. La géopolitique, en tant que science, est l’interprétation bourgeoise impérialiste des contradictions de l’impérialisme. Les analyses géopolitiques recouvrent une partie de la réalité matérialiste dialectique des contradictions inter-impérialistes, mais cette science bourgeoise est limitée par son rôle politique de classe (elle est intégrée à l’appareil d’État bourgeois impérialiste, dominé politiquement et idéologiquement par la bourgeoisie impérialiste et au service de celle-ci) et par sa méthodologie idéaliste (ni matérialiste ni dialectique, qui nie le principal et le secondaire, notamment entre la base matérielle et la superstructure sociale et entre la cause interne et la cause externe).

    Les impérialismes occidentaux, particulièrement les États-Unis d’Amérique, sont toujours influencés par la théorie du Heartland, qui était enseignée dans toutes les grandes écoles américaines jusque dans les années 2000. C’est-à-dire qu’ils sont persuadés que le Heartland (allant de la Volga au Yangtze, et de l’Himalaya à l’Arctique), pour des raisons géographiques, a un avantage stratégique sur le reste du monde, avantage qui le rendrait quasi invincible s’il possédait aussi le Rimland (le reste de l’Europe et de l’Asie, ayant accès à la mer). Dans leur vision géopolitique, il faut donc tout faire pour contrôler et dominer cet espace. C’est pourquoi ils investissent autant de moyens près des frontières russes, notamment en Ukraine.

    « Who rules East Europe commands the Heartland; who rules the Heartland commands the World-Island; who rules the World-Island controls the world. » (Mackinder, 1919)

    Du point de vue de la Russie, la Seconde Guerre mondiale a mis en lumière la nécessité géopolitique de repousser autant que possible ses frontières, ainsi que d’être entouré d’alliés (ou a minima de pays neutres). C’était l’un des enjeux des négociations lors de la chute de l’URSS, qui a alors perdu une grosse partie de son territoire et de son économie. La Russie se perçoit comme assiégée (complexe obsidional hérité de l’Empire russe et de l’URSS socialiste puis révisionniste) et dans une défense légitime face aux agressions de l’Occident expansionniste (chez qui les conceptions du containment issues de la Guerre froide sont toujours influentes). De plus, Poutine n’a qu’une marge de manœuvre intérieure très mince. Le consensus qu’il a construit autour de son pouvoir depuis la fin des années 90, dans la bourgeoisie et le peuple russe, est fondé sur le désir de reconstruire une Russie forte et stable — la constitution d’un nouvel empire, rivalisant avec les puissances occidentales.

    Sur le plan géopolitique, il est clair que l’alliance atlantiste a poussé la Russie dans ses retranchements, et ce en connaissant clairement les conséquences impliquées pour la population ukrainienne. Il est tout aussi clair, que placée dans cette position, c’est la Russie qui a fait le choix unilatéral d’agresser militairement l’Ukraine.

    Il est intéressant de remarquer que les sanctions économiques occidentales n’ont pas été soutenues par les pays dominés. La Russie est très loin d’être devenue infréquentable sur la scène internationale, elle est même l’un des partenaires privilégiés des pays africains encore sous domination française (Mali, Centrafrique, Burkina Faso, etc.). Nous pouvons nous réjouir de voir ces pays se dégager des griffes de l’impérialisme français, mais pas de tomber dans celles d’un autre (perçu comme un allié contre les impérialismes hégémoniques). Quoi qu’il en soit, le monde devient « multi-polaire ». Les contradictions inter-impérialistes ne peuvent que s’accroître, l’Europe se remilitarise, et la lutte pour le repartage du monde nous entraîne progressivement vers une Troisième Guerre mondiale.

    Quelle est donc, selon nous, la nature de la guerre russo-ukrainienne ?

    Elle est la guerre inter-impérialiste par procuration entre les impérialismes hégémoniques occidentaux et l’impérialisme challengeur russe, c’est-à-dire entre l’alliance atlantiste, dont l’État ukrainien n’est que le proxy, et la Russie. La contradiction principale en Ukraine est celle entre deux camps impérialistes concurrents, luttant pour « le repartage du monde ». La guerre de la Russie en Ukraine est donc une guerre injuste.

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre anti-impérialiste de l’Ukraine contre la Russie. L’État ukrainien dépend très lourdement du soutien des impérialismes occidentaux pour son effort de guerre (logistique, approvisionnement en équipement et en munitions, finance, etc.), et les impérialismes occidentaux utilisent l’État ukrainien comme proxy pour faire la guerre à l’impérialisme challengeur russe. Zelensky et la bourgeoisie bureaucratique pro-occidentale qu’il représente, servent leurs intérêts capitalistes compradores nationaux en servant les intérêts des impérialismes occidentaux, et ce tant économiquement que géopolitiquement.

    L’invasion russe autant que l’implication de l’alliance atlantiste en Ukraine n’est que « la continuation de la politique par d’autres moyens », ici, de la concurrence pour l’exploitation d’un marché et le contrôle d’un État, qui a lieu entre deux camps impérialistes depuis les années 2000. Depuis le début de la guerre, le gouvernement de Zelensky a profité de la situation d’exception pour fluidifier le mouvement des capitaux occidentaux et intensifier l’exploitation du prolétariat ukrainien : criminalisation des syndicats, dérégulation du droit du travail, dérégulation des prix et politique d’austérité, dictée entre autres par l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). Il est cependant important de noter que ces politiques néolibérales ont été largement imposées à la bourgeoisie ukrainienne par ses « alliés » occidentaux : par exemple, sous couvert de mesures « anti-corruption », comme exigence à l’adhésion à l’Union européenne, ou comme condition à l’obtention d’un prêt du FMI (dont l’Ukraine est de plus en plus dépendante depuis 2014). La bourgeoisie compradore bureaucratique pro-occidentale ukrainienne est à la fois une bourgeoisie dominée par les impérialismes occidentaux, et dans une lutte vaine pour devenir impérialiste avec ceux-ci : l’Ukraine y est soumise et est leur prolongement.

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre inter-impérialiste de la Russie et de l’Ukraine. L’Ukraine n’est pas impérialiste elle-même. En effet, l’Ukraine fait partie d’un camp impérialiste en ce qu’elle est alignée sur l’alliance atlantiste contre la Russie, mais c’est un pays dominé par l’impérialisme russe (et les impérialismes occidentaux) qui ne possède pas d’empire impérialiste (sa propre sphère de domination sur des marchés). L’on ne peut donc pas parler de guerre inter-impérialiste « simple » (stricto sensu).

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre anti-impérialiste de la Russie contre les impérialismes occidentaux. La Russie est impérialiste elle-même. Si l’on peut dire que la Russie « résiste » contre les impérialismes hégémoniques, il est incorrect d’en conclure alors que sa guerre serait anti-impérialiste, car ce n’est pas un pays dominé et que sa « résistance » vise précisément à étendre et à consolider l’impérialisme russe (contre un autre camp impérialiste, en renversant la bourgeoisie pro-occidentale en Ukraine).

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre antifasciste de la Russie contre le « nazisme ukrainien ». La Russie n’a aucune velléité antifasciste, en invoquant la « dénazification » de l’Ukraine, Poutine n’a fait que piocher un casus belli dans la mémoire de l’histoire nationale russe : la Grande Guerre patriotique contre le IIIe Reich. Le nazisme et l’anticommunisme sont très implantés dans la société ukrainienne, en raison du rejet de l’héritage soviétique et de la construction d’une identité nationale anti-Russie, conduisant à l’apologie des Waffen SS ukrainiens ou de figures collaborationnistes telles que Stepan Bandera. Le Bataillon Azov, ouvertement nazi, entre autres, est depuis le début de la guerre formellement incorporé dans l’armée régulière ukrainienne. Cependant, le nazisme n’est pas moins décomplexé au sein du Groupe Wagner russe, et la revendication d’une partie de l’héritage soviétique par la Russie n’est en rien l’expression d’une sympathie socialiste, ou même antifasciste, mais seulement de l’adhésion à une Russie forte — impériale.

    Quid de « l’élément national » du conflit russo-ukrainien ?

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre de libération nationale du peuple ukrainien contre la Russie. L’Ukraine possède déjà un État national politiquement indépendant, la nation ukrainienne est déjà aussi libre politiquement qu’elle ne puisse l’être, en tant que nation intégrée dans le système impérialiste. La résistance nationale ukrainienne est aujourd’hui quasi exclusivement celle de l’État bourgeois ukrainien, avec le soutien plein et entier des impérialismes occidentaux, dont il dépend. Il existe en Ukraine un aspect populaire de libération nationale, là où la Russie occupe le territoire ukrainien, mais cet aspect n’est que très secondaire dans le conflit, et il n’existe que comme prolongement de l’État bourgeois ukrainien (dans sa continuité et intégré dans celui-ci).

    Le conflit russo-ukrainien n’est pas la guerre de libération nationale des peuples russophones du Donbass. Cet aspect n’est également que très secondaire, et il n’existe aujourd’hui plus que comme prolongement de l’État bourgeois impérialiste russe. La lutte de libération nationale des russophones du Donbass est juste, mais celle-ci ne rend pas la guerre de la Russie en Ukraine juste : elle s’est complètement dissoute dans la guerre injuste de l’impérialisme russe.

    Il est selon nous très important de comprendre l’importance réelle des luttes de libération nationale dans le conflit russo-ukrainien, c’est-à-dire la place des contradictions nationales dans l’ordre réel des contradictions (qu’est-ce qui détermine et qu’est-ce qui est déterminé ?). À cette fin, nous pouvons nous reposer sur un précédent historique : la guerre d’agression de l’Empire austro-hongrois contre la Serbie, qui causa par voie de conséquence le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

    La lutte de libération nationale serbe était alors un mouvement de masse qui portait les aspirations de longue date d’une nation serbe unie, au sein de l’Empire austro-hongrois. Le royaume de Serbie lui-même n’était pas un pays impérialiste, mais un pays encore dominé par les puissances impérialistes. Pourquoi, donc, les internationalistes (dont les bolcheviques) n’ont-ils pas soutenu la Serbie dominée dans sa guerre défensive nationale contre l’Autriche-Hongrie impérialiste ? Lénine écrivait :

    « L’élément national dans la guerre actuelle est représenté seulement par la guerre de la Serbie contre l’Autriche (comme l’a, du reste, souligné la résolution de la conférence de Berne de notre Parti). C’est seulement en Serbie et parmi les Serbes qu’il existe un mouvement de libération nationale datant de longues années, embrassant des millions d’individus parmi les “masses populaires”, et dont le “prolongement” est la guerre de la Serbie contre l’Autriche. Si cette guerre était isolée, c’est-à-dire si elle n’était pas liée à la guerre européenne générale, aux visées égoïstes et spoliatrices de l’Angleterre, de la Russie, etc., tous les socialistes seraient tenus de souhaiter le succès de la bourgeoisie serbe — c’est là la seule conclusion juste et absolument nécessaire que l’on doive tirer du facteur national dans la guerre actuelle. […]

    Poursuivons. La dialectique de Marx, dernier mot de la méthode évolutionniste scientifique, interdit justement l’examen isolé, c’est-à-dire unilatéral et déformé, de l’objet étudié. Le facteur national dans la guerre serbo-autrichienne n’a et ne peut avoir aucune importance sérieuse dans la guerre européenne générale. […] Pour la Serbie, c’est-à-dire pour environ un centième des participants à la guerre actuelle, celle-ci est le “prolongement de la politique” du mouvement de libération bourgeois. Pour 99 pour cent, la guerre est le prolongement de la politique de la bourgeoisie impérialiste, c’est-à-dire caduque, capable de dépraver des nations, mais non de les affranchir. L’Entente, en “libérant” la Serbie, vend les intérêts de la liberté serbe à l’impérialisme italien en échange de son appui dans le pillage de l’Autriche.

    […] Ni dans la nature ni dans la société, les phénomènes n’existent et ne peuvent exister à l’état “pur” : c’est précisément ce que nous enseigne la dialectique de Marx, selon laquelle la notion même de pureté comporte un caractère unilatéral et étroit, empêche la connaissance humaine d’atteindre l’objet pleinement, dans toute sa complexité. Il n’y a et il ne peut y avoir au monde de capitalisme à l’état “pur”, car celui-ci est toujours additionné d’éléments féodaux, petits-bourgeois, ou d’autre chose encore. C’est pourquoi rappeler que la guerre n’est pas “purement” impérialiste, alors que les impérialistes mystifient scandaleusement les “masses populaires” en camouflant notoirement leurs visées de brigandage pur et simple par une phraséologie “nationale”, c’est être un pédant infiniment obtus, ou un manœuvrier et un tricheur. […] Nul doute que la réalité ne soit infiniment variée, c’est la plus pure vérité ! Mais il n’est pas douteux non plus qu’au sein de cette infinie variété se dessinent deux courants fondamentaux et essentiels : le contenu objectif de la guerre est le “prolongement de la politique” de l’impérialisme, c’est-à-dire du pillage des autres nations par la bourgeoisie déclinante des “grandes puissances” (et par les gouvernements de ces dernières) ; quant à l’idéologie “subjective” dominante, ce sont des phrases “nationales” propagées en vue de duper les masses. » (V. I. Lénine, « partie VI », La faillite de la IIdeInternationale, 1915.)

    Les enseignements de Lénine à ce sujet sont selon nous d’une grande clarté. Tout en reconnaissant que « l’élément national » existe, et qu’il est représenté « en Serbie et parmi les Serbes », il ajoute que celui-ci « n’a et ne peut avoir aucune importance sérieuse dans la guerre européenne générale. » L’actuel conflit russo-ukrainien est selon nous analogue.

    Aujourd’hui en Ukraine, l’élément national existe aussi sous diverses formes, du côté ukrainien ou russe, mais celui-ci ne permet pas de comprendre la nature réelle du conflit. Il est selon nous indéniable que soutenir aujourd’hui la « libération nationale » ukrainienne, c’est soutenir l’État ukrainien et l’effort de guerre d’un camp impérialiste contre un autre. Ce même raisonnement s’applique aux luttes de libération nationale du Donbass dans le cas de l’État et de l’impérialisme russe. Autrement dit, soutenir une guerre de libération nationale, alors même que ce conflit est une guerre inter-impérialiste, c’est prendre le parti d’un impérialisme contre un autre, et in fine soutenir la guerre inter-impérialiste.

    Soutenir la « libération nationale » de l’Ukraine, dans les conditions actuelles, ce n’est que soutenir la « défense de la patrie », c’est-à-dire se compromettre avec la bourgeoisie compradore ukrainienne pro-occidentale et les bourgeoisies impérialistes de l’alliance atlantiste.

    Pour résumer, aujourd’hui en Ukraine, la contradiction principale est la contradiction inter-impérialiste. La contradiction entre l’Ukraine et la Russie, la contradiction entre les russophones dominés du Donbass et l’Ukraine, la contradiction entre la nation ukrainienne et la Russie, et la contradiction entre le Travail et le Capital, sont des contradictions aujourd’hui secondaires en Ukraine. La guerre en Ukraine est principalement une guerre inter-impérialiste.

    Nous n’excluons pas la possibilité qu’à court ou moyen terme, la contradiction entre l’Ukraine et la Russie ou entre la nation ukrainienne et la Russie devienne principale, si la contradiction inter-impérialiste devient secondaire (par exemple, avec l’abandon de l’Ukraine par les impérialismes de l’alliance atlantiste). Cependant, une telle évolution est imprévisible à l’heure actuelle, et une position communiste ne peut pas être élaborée ou adoptée sur la base d’expériences de pensées spéculatives — mais seulement en face d’une situation concrète.

    Quelle est donc notre position sur la guerre russo-ukrainienne ?

    Le premier impératif politique des communistes est de défendre l’autonomie politique de la classe ouvrière. Le camp des communistes en Russie, en Ukraine et dans le reste du monde, n’est jamais celui d’un camp impérialiste ou d’un autre, y compris celui d’un « moindre impérialisme ».

    « En effet, la leçon la plus importante que la politique du prolétariat doit tirer de la guerre actuelle, c’est l’absolue certitude que ni en Allemagne, ni en France, ni en Angleterre, ni en Russie, le prolétariat ne peut faire sien le mot d’ordre : victoire ou défaite, un mot d’ordre qui n’a de sens véritable que pour l’impérialisme et qui, dans chaque grand État, équivaut à la question : renforcement ou perte de sa puissance dans la politique mondiale, de ses annexions, de ses colonies et de sa prédominance militaire. Si on considère la situation actuelle globalement, la victoire ou la défaite de chacun des deux camps est tout aussi funeste pour le prolétariat européen, de son point de vue de classe. C’est la guerre elle-même, et quelle que soit son issue militaire, qui représente pour le prolétariat européen la plus grande défaite concevable, et c’est l’élimination de la guerre et la paix imposée aussi rapidement que possible par la lutte internationale du prolétariat qui peuvent apporter la seule victoire à la cause prolétarienne. » (R. Luxemburg, « La lutte contre l’Impérialisme », La crise de la social-démocratie, 1915.)

    En France, nous considérons que la priorité des communistes est de lutter contre « notre » propre impérialisme : l’impérialisme français, et donc l’alliance d’impérialismes occidentaux dont il fait partie et dans laquelle il concurrence l’impérialisme russe. Inverser l’ordre des priorités, en luttant d’abord contre l’impérialisme russe, serait une faute politique grave : la compromission avec « son » impérialisme et sa bourgeoisie. Nous ne pouvons pas faire voix unique avec notre impérialisme, c’est-à-dire le camp impérialiste dans lequel est la France. La France n’est ni un pays neutre ni un pays dominé par l’impérialisme américain ou allemand : la France est un pays impérialiste autonome et lutte pour son propre impérialisme avec d’autres pays impérialistes, contre l’impérialisme russe. La France doit être dénoncée et combattue en tant que telle, avant tout autre pays impérialiste (allié ou ennemi de la France).

    Certains en France ont comparé Poutine à Hitler, pour justifier leur lâcheté sociale-chauvine à grand renfort de comparaisons absurdes entre le nazisme et le « poutinisme » : ceux qui défendent une telle position ne sont en rien différents des néoconservateurs (la défense de l’impérialisme sous la bannière de la démocratie et de la morale), et ne sont en rien des internationalistes. Cette rhétorique belliqueuse pro-impérialiste, camouflée derrière la dénonciation du « fascisme poutinien », n’est fondée sur aucune analyse sérieuse ni du conflit russo-ukrainien (en particulier) ni du fascisme (en général), et ne fait qu’offrir la phraséologie « rouge » dont le chauvinisme de la petite bourgeoisie de gauche a besoin — pour se prétendre autre chose que ce qu’il n’est vraiment. Ce que nous observons dans la gauche révolutionnaire française, plus d’un siècle après la Première Guerre inter-impérialiste mondiale, c’est la résurrection du Manifeste des Seize de Kropotkine et de la IIde Internationale du « renégat Kautsky ».

    Nous défendons que le peuple ukrainien ne peut connaître aucun salut de la part de « notre » impérialisme. Si aujourd’hui le peuple ukrainien connaît une guerre sur son sol et une exploitation plus féroce, c’est parce qu’il est déchiré par l’impérialisme, dont le « nôtre » ! Il n’y a pas d’impérialisme plus « humain », plus « civilisé », ou plus « démocratique » qu’un autre : l’impérialisme, c’est la barbarie cynique et hypocrite. Aujourd’hui, le peuple ukrainien est un peuple martyr de l’impérialisme : « L’Ukraine meurt pour la grandeur des empires ».

    Pour émanciper le prolétariat russe et ukrainien de l’impérialisme et de la dictature de « leur » bourgeoisie le défaitisme révolutionnaire est la stratégie communiste. L’application concrète de cette stratégie — comme toutes les stratégies — dépend des conditions concrètes dans lesquelles sont placés les communistes (qui sont très différentes aujourd’hui qu’à l’époque de la Première Guerre mondiale). Cependant, le défaitisme révolutionnaire reste aujourd’hui la seule stratégie qui puisse permettre au prolétariat de ne pas liquider son autonomie politique de classe dans la politique impérialiste, et ainsi de basculer dans la contre-révolution sociale-chauvine. L’action consciente et organisée des communistes doit œuvrer à transformer la contradiction entre le Travail et le Capital, d’une contradiction secondaire, en contradiction principale : mettre la révolution communiste à l’ordre du jour.

    « Effectivement, la guerre crée une situation révolutionnaire ; elle engendre un état d’esprit révolutionnaire et une effervescence révolutionnaire dans les masses ; elle suscite partout, dans la meilleure partie du prolétariat, une prise de conscience du danger mortel que représente l’opportunisme et accentue la lutte contre ce dernier. Le désir de paix qui grandit dans les masses laborieuses traduit leur déception, la faillite du mensonge bourgeois sur la défense de la patrie, le début de l’éveil de la conscience révolutionnaire des masses. En utilisant cet état d’esprit pour leur agitation révolutionnaire, sans se laisser arrêter par l’idée de la défaite de “leur” patrie, les socialistes ne tromperont pas le peuple par l’espoir illusoire d’une paix prochaine et de quelque durée, démocratique et excluant l’oppression des nations, par l’espoir du désarmement, etc., sans un renversement révolutionnaire des gouvernements actuels. Seule la révolution sociale du prolétariat ouvre le chemin à la paix et à la liberté des nations. » (V. I. Lénine, Projet de résolution de la gauche de Zimmerwald, 1915.)

    Nous soutenons donc que, dans les guerres inter-impérialistes, la stratégie juste est toujours « de développer la conscience révolutionnaire des ouvriers, de les unir dans la lutte révolutionnaire internationale, de soutenir et de faire progresser toute action révolutionnaire, de chercher à transformer la guerre impérialiste entre les peuples en une guerre civile des classes opprimées contre leurs oppresseurs, en une guerre pour l’expropriation de la classe des capitalistes, pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, pour la réalisation du socialisme. » (V. I. Lénine, Projet de résolution de la gauche de Zimmerwald, 1915.)

  • ORC : Bref rapport de la RDC

    De la guerre en République Démocratique du Congo

    La République Démocratique du Congo est un pays situé au cœur de l’Afrique centrale. C’est un pays aux nombreux potentiels, tant énergétiques, de la faune, de sa flore et dans son sous-sol.

    Il est vrai que d’une part, son sol regorge des richesses minières aussi variées que nous sommes tentés d’affirmer qu’aucun minerai ne manquerait à l’appel et d’autre part, elle demeure, depuis des millions d’années, au centre de l’essor technologique mondial.

    Le cobalt, le coltan, le cuivre et bien d’autres minerais sont inéluctablement les raisons des convoitises qui sont à la base des guerres, par procuration, des diverses groupes armées, tels les M23et bien d’autres, parsemés dans l’est de la RDC et servant de base arrière des pays voisins à la solde des multinationales ainsi que d’autres grandes puissances qui préfèrent acheter via le Rwanda des minerais du Congo à moins chère et au prix du sang que de le faire dans le respect des normes en la matière. Il s’agit plus spécialement de l’or, du coltan, du cobalt, du gaz méthane et bien d’autres.

    La RDC a perdu, dans toutes lesdites guerres, plusieurs de ses compatriotes et qu’à notre humble avis, fauché plus que n’a été le cas pendant les deux guerres mondiales, lors de la guerre de Syrie, celle entre l’Israël et la Palestine ainsi que celle de l’Ukraine. Hélas, tout cela se passe dans l’anonymat des pays dits civilisés.

    Chaque jour, les Congolais de l’Est sont violentés, tués, déplacés de leurs terroirs pour servir des groupes armées étrangères. Les femmes et les enfants vivent dans des camps des réfugiés internes, d’autres sont au Rwanda et en Ouganda où le Programme Agricole Mondial essaie à sa manière de les nourrir. Les forces Onusiennes ne font rien pour que cette guerre se termine et cela fait plus de vingt-trois ans qu’ils sont en RDC sans endiguer ce mal. Une aide en habits, nourriture, construction d’abris et autres types d’interventions seront salutaires à nos compatriotes.

    Ce silence inquiétant des grandes puissances devant ce génocide est très surprenant. Quand il s’agit de la Syrie, de l’Ukraine, de la Palestine, nous avons senti un véritable engouement à intervenir à tout point de vue. En ce qui concerne le Congo, C’est à peine qu’il en est fait allusion au niveau mondial pendant que notre pays se voit piller de ses richesses indispensables dans le but d’enrichir d’autres pays africains ainsi que les puissances étrangères à l’origine de ces calamités.

    Si bien qu’au lendemain des indépendances, les entreprises minières étaient étatiques, depuis 1997 avec d’une part, l’avènement de Laurent Désiré KABILA au pouvoir suivi de son prétendu fils, et d’autres part la chute de l’Union Minière du Haut Katanga, actuelle Gécamines, nous assistons à la floraison des entreprises privées, la signature des contrats de création des entreprises à économies mixte et tant d’autres avec des entreprises Européenne, Asiatiques, Américaine, Chinoises lesquels tous et le moins que l’on puisse dire sont léonins à tout point de vue.

    Par ailleurs le secteur artisanal n’a nullement été épargné et le système d’exploitation minière actuel ne tient nullement compte de la préservation de l’environnement et qu’en plus, les sociétés minières ne respectent aucune réglementation en rapport avec leur responsabilité sociétale. Plusieurs cas de pollution de l’air, des eaux, la destruction des sources des sites susceptibles de lutter contre les émissions de CO2 ou des gaz à effet de serre sont observés de nos jours.

    Le peuple congolais meurtri par les affres de la guerre n’a jamais bénéficié de ses nombreuses et potentielles richesses minières et énergétiques étant entendu qu’étant victime il reste l’épicentre des guerres par procuration et de ce fait, il devient un paria, un apatride un déplacé interne. Et un président français, Sarkozy pour le citer, déclarait, je cite :la République Démocratique du Congo est un patrimoine commun et qu’elle devait s’ouvrir pour que d’autres pays aient l’occasion de se servir allègrement de ses richesses.

    Les élections en RDC

    Nous sommes, depuis plus de deux semaines, pendant la période électorale qui concerne les élections à tous les niveaux :

    • Présidentiel
    • National au niveau des deux chambres (Assemblée Nationale et Sénat)
    • Provincial
    • Municipal et Territorial et ce pour la première fois depuis plusieurs décennies

    Ce qui est surprenant, c’est le nombre des candidats aux présidentielles, 27 au total dont 26 tentent de se choisir un candidat commun sans y parvenir encore.

    Selon plusieurs sources, un candidat qui aurait la nationalité Zambienne, Moïse KATUMBI, est soutenu par des grandes puissances qui sont derrière le Rwanda d’autres agresseurs de notre pays. Il a réussi a fédéré jusque-là, trois autres candidats autour de lui et la population a du mal à comprendre qu’un groupe de congolais soit à la solde des étrangers. Parmi ces trois qui se sont allié au candidat suspect, se trouve un ancien premier ministre du temps du président Joseph KABILA qui a été à la base de la débâcle de la Gécamines, la Géante du secteur des mines en RDC.

    Les élections auront lieu le 20 décembre et nous craignons, à tout moment, des incidents au pays. Les M 23 tiennent à tout prix à prendre la ville de Goma pour obliger le Congo à négocier avec eux et du coup, ils vont infiltrer l’armée congolaise comme c’était le cas du temps du pouvoir passé où ils étaient même dans notre Gouvernement et selon certaines indiscrétions, ils avaient des relations très poussées avec la présidence de la République.

    Jusqu’à présent, juste quelques candidats sont visibles sur terrain au regard de la dimension du pays et face à l’incertitude de gagner les élections.

    A tous les niveaux, il y a au moins plus de quatre vingt dix pourcents des candidats qui perdront les élections et ce au regard des sièges à occuper.

    Nous vous donnerons, au fur et à mesure d’autres informations en temps opportun.

    ORC Organisation Révolutionnaire du Congo
    21/12/2023

  • ATIK : 1ᵉʳ septembre, journée mondiale de la paix

    ATIK : 1ᵉʳ septembre, journée mondiale de la paix

    Nous ne paierons pas les frais de vos guerres !

    Le 1ᵉʳ septembre 1939, la 2ᵉ guerre de repartage impérialiste s’est déclarée par l’invasion allemande de la Pologne. C’est aussi le jour où les partisans de la paix dans le monde sont descendus dans la rue pour protester contre les guerres injustes. Le 1ᵉʳ septembre 2022, l’importance de descendre dans la rue contre les guerres injustes, la pauvreté et les massacres, a un sens encore plus important. Les guerres régionales au Moyen-Orient ont maintenant été transférées aux frontières de l’Europe. Le 24 février, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, une nouvelle étape a été franchie. D’une part, les États-Unis, soutenus par l’Union européenne (UE), et, d’autre part, la Russie, soutenue par la Chine et donc l’Union de Shanghai. Les guerres par procuration au Moyen-Orient se poursuivent avec l’intervention directe des impérialistes Russes en Ukraine. Cette invasion approfondit le conflit entre les puissances impérialistes.

    L’État fasciste turc, qui profite des évènements, commet de nouveau des massacres contre les Kurdes. L’État turc, qui voit les gains des Kurdes issus des grandes luttes au Rojava comme une menace pour son territoire, mène constamment des opérations dans la région frontalière où vivent les Kurdes, où elle commet des massacres à l’arme chimique.

    La guerre est un massacre.

    Ces dernières années, des centaines de milliers de personnes ont perdu la vie dans des guerres régionales en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Ukraine. En outre, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, 23 millions de personnes quittent leur pays chaque année et demandent l’asile dans un autre état à cause des guerres, d’environnements conflictuels et d’un partage inégal des ressources naturelles. Au cours de la dernière période, ce nombre a encore augmenté avec l’intense migration de réfugiés due à la guerre en Ukraine. Au total, environ 105 millions de personnes vivent en tant que réfugiés, dont la grande majorité sont des femmes et des enfants.

    La guerre, c’est la faim et la pauvreté.

    La crise financière et économique dans laquelle se trouve le système impérialiste à d’abord pris de l’ampleur avec la pandémie puis avec la guerre en Ukraine. Des milliards d’aides aux grands monopoles pendant la pandémie Covid-19 ont été ponctionnés aux dépens du peuple, par divers moyens. Dans ce processus, sous prétexte du déclenchement de la guerre en Ukraine, des hausses de prix excessives ont été pratiquées dans le monde entier pour les denrées alimentaires de base et toutes les nécessités de survie, en particulier l’énergie. Cela a entraîné un appauvrissement croissant dans les pays européens. Selon le rapport publié par la Banque mondiale à la mi-mars, 3,4 milliards de personnes dans le monde vivent sous le seuil de pauvreté. Selon le même rapport, 760 millions de personnes dans le monde vivent dans la faim. Selon les résultats de cette recherche, 11 personnes meurent de faim chaque minute dans le monde.

    Malgré la hausse des prix en Europe, les bas salaires aggravent l’appauvrissement des masses. Selon les dernières données publiées par Eurostat, l’office statistique européen, l’inflation annuelle dans la zone euro, où se trouvent 19 pays, était d’environ 8,9 % en juillet. Tandis que les masses s’appauvrissent, les riches amplifient leurs richesses. Selon le rapport publié par Oxfam en mars ; au total, 2 755 milliardaires du monde ont augmenté le volume de leurs fonds de 8,6 milliards à 13,8 milliards, une augmentation de 5 milliards depuis 2020. Ces chiffres montrent que ceux qui représentent les un pour cent du monde augmentent toujours leur richesse en temps de guerre, tandis que ceux qui représentent quatre-vingt-dix-neuf pour cent du monde sont confrontés à la faim et à la pauvreté.

    Agissez dans la rue contre la guerre et la misère !

    La cause de cette guerre et de cette pauvreté est le système lui-même. Système qui se nourrit de crises, de guerres et d’exploitation. D’autre part, nous n’avons qu’une seule arme, c’est la lutte commune des travailleurs et des ouvriers contre le système. À cette occasion ; en tant qu’ATİK, le 1ᵉʳ septembre, journée mondiale de la paix, nous appelons les forces démocratiques locales et immigrées en Europe à s’unir contre la guerre et la pauvreté et à développer la lutte commune dans les rues.

  • MMLPL : L’humanité est-elle menacée par une troisième guerre mondiale ?

    MMLPL : L’humanité est-elle menacée par une troisième guerre mondiale ?

    Nous publions ce document de la Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine (MMLPL).

    En attendant, les opérations de mobilisation des forces terrestres et navales, qui sont armées de divers types d’armes létales, se poursuivent près des frontières ukrainiennes. D’une part, il y a un renforcement militaire russe à la frontière ukrainienne. La Russie a déplacé plus de 175 000 soldats à sa frontière avec l’Ukraine. Elle a également mené des exercices militaires conjoints avec la Biélorussie. D’autre part, il y a des porte-avions des impérialistes occidentaux et de l’OTAN, qui fournissent un soutien financier et militaire au régime existant en Ukraine. Alors que Poutine justifie son renforcement militaire à la frontière avec l’Ukraine en condamnant les intentions agressives de l’OTAN et des puissances occidentales, les médias occidentaux appellent à la fermeté face aux menaces russes agressives contre la souveraineté de l’Ukraine. Les informations sur une invasion russe imminente, diffusées à haute voix par les médias occidentaux, ne doivent-elles pas être prises au sérieux ? S’agit-il d’une campagne de propagande créée par la Central Intelligence Agency américaine dans le but d’influencer l’opinion publique ? Face à ces développements, le monde a commencé à retenir son souffle par crainte du déclenchement d’une troisième guerre mondiale en Europe, qui pourrait étendre son feu au reste du monde, comme cela s’est produit pendant les première et deuxième guerres mondiales.

    Avant l’effondrement de l’Union soviétique en 1989, l’Ukraine et de nombreuses autres républiques indépendantes entourant la Russie faisaient partie de l’Union soviétique. Mais l’interaction d’une crise économique et politique prolongée a conduit à l’effondrement du bloc de l’Est et à la dérive de l’Union soviétique pour se transformer en un nouvel État capitaliste impérialiste. La logique qui unit les républiques indépendantes à l’Union soviétique, dont l’Ukraine, était la pensée politique fondée par Lénine, qui mettait l’accent sur le droit des peuples à l’autodétermination et sur leur libre choix d’adhérer ou non au groupe soviétique, et c’est ce qui les a fait rejoindre le groupe après la Révolution de 1917, au regard d’une égalité effective, cohérente et complète entre toutes les parties. Mais cet héritage politique léniniste laissera progressivement la place après la mort de Staline à une domination supra-bureaucratique. Cette domination s’est encore incarnée avec l’effondrement de l’Union soviétique et les tentatives du régime impérialiste russe montant d’imposer son hégémonie par la force aux anciennes républiques indépendantes.

    Mais face à la désintégration de l’Union soviétique et à la faiblesse de l’entité russe au cours des années 90 du XXe siècle, et à l’accélération des États-Unis d’Amérique pour s’imposer au monde comme une puissance super impériale, à travers l’annonce par George Bush père de l’établissement d’un nouvel ordre mondial de paix, de prospérité et de démocratie, il s’avère que la victoire des États-Unis et de l’Occident impérialiste sur l’Union soviétique est frauduleuse. Après la chute de l’ennemi commun à l’Est, le bloc occidental lui-même a commencé à se diviser et à se désintégrer, alors qu’il entrait dans une nouvelle phase d’une crise économique et politique complexe par la multiplicité des actions et des réactions à la surproduction et à la baisse du taux de profit du mode de production capitaliste. Ces différences étaient clairement évidentes dans les guerres des Balkans au début des années 1990, lorsque les positions des impérialistes occidentaux sur les massacres sanglants qui ont accompagné la désintégration de la Yougoslavie étaient nombreuses.

    Malgré la tentative des États-Unis d’Amérique d’affirmer leur autorité, en s’appuyant sur leur écrasante supériorité militaire, avec un certain succès lors de la première guerre du Golfe en 1991, et plus négativement lors de l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003, cette faiblesse a conduit à un déclin progressif devant les gangs fascistes islamistes. Cela a conduit à une accélération de l’expulsion des forces américaines de toutes les parties du Moyen-Orient stratégiquement vital.

    Après une période relativement courte d’affaiblissement de l’impérialisme russe au cours des années 90, cet impérialisme a commencé à se rassembler sous la direction de l’ancien chef du KGB Poutine et à se réaffirmer, à travers l’énorme machine militaire héritée de la période de la guerre froide et basée sur ses importantes réserves d’énergie, en particulier le gaz naturel, qui peut être utilisé pour faire chanter les pays qui en dépendent le plus. Sans affronter directement ses rivaux impérialistes, il a fait de son mieux pour approfondir les divisions entre eux, grâce à l’utilisation intelligente de la guerre électronique et de la propagande secrète. Elle s’est ensuite manifestée dans l’affaiblissement de l’Union européenne comme le soutien aux forces populistes lors du référendum sur le Brexit, en France et en Europe de l’Est, ainsi qu’un soutien à la candidature de Trump aux États-Unis.

    Les tentatives de l’impérialisme russe pour s’affirmer et surmonter la faiblesse du début des années 90 ont porté sur l’imposition d’un contrôle plus strict sur l’économie nationale, puis par des opérations militaires violentes en Tchétchénie, au cours de la période 1999-2000, comme un avertissement contre de futures les tentatives de sécession de la Fédération de Russie. Les forces russes sont intervenues en Géorgie en 2008 pour soutenir la sécession de l’Ossétie du Sud et contrecarrer le rapprochement géorgien avec l’OTAN, puis ont annexé la Crimée en 2014, en réponse à la Révolution orange en Ukraine et à l’émergence d’un gouvernement pro-occidental qui voulait rejoindre l’OTAN. L’intervention des forces armées russes en Syrie a également été décisive pour empêcher la chute d’Assad et la perte éventuelle de la base navale russe de Tartous. Contrairement au succès des États-Unis d’Amérique dans les années 70 et 80 à expulser l’Union soviétique du Moyen-Orient, en particulier d’Égypte et d’Afghanistan, la Russie est aujourd’hui revenue en force, alors que les États-Unis se retirent. Dans bon nombre de ces actions militaires, la Russie a bénéficié du soutien manifeste ou tacite de la Chine, car la Chine cherche à affaiblir l’emprise américaine sur la région.

    L’impérialisme américain n’a pas vaincu l’avancée de l’impérialisme russe, mais a poursuivi sa politique d’encerclement de cet impérialisme montant, comme il l’a fait avec l’ex-Union soviétique. Le fer de lance de cette politique a été l’expansion des membres de l’OTAN, car l’impérialisme américain a réussi à attirer de nombreux pays qui faisaient auparavant partie du bloc soviétique. Cela a fait que l’impérialisme russe s’est senti menacé par les efforts visant à faire entrer la Géorgie et l’Ukraine dans l’OTAN. Cela constituait l’une des principales demandes de Poutine pour désamorcer la crise ukrainienne : un engagement de l’Ukraine à ne pas rejoindre l’OTAN et le retrait des forces ou des armes étrangères des pays qui ont rejoint l’OTAN depuis 1997.

    La Russie a demandé aux États-Unis et à l’OTAN notamment de s’abstenir de toute activité militaire dans l’ancien bloc de l’Est. S’abstenir de déployer des missiles suffisamment proches pour frapper la Russie. Et mettre fin à l’extension de l’OTAN vers l’est. Mais les médias occidentaux ont jugé ces demandes complètement déraisonnables, contrairement à l’ancien secrétaire d’État américain James Baker qui a promis qu’« il n’y aura pas d’extension de l’OTAN… d’un pouce vers l’est ». Mais depuis lors, l’OTAN s’est étendue de 1 000 km vers l’est et a également promis que l’Ukraine et la Géorgie deviendraient un jour membres. Les impérialistes américains et européens ont également apporté un soutien maximal aux différentes révolutions colorées, notamment en Ukraine, qui a reçu depuis 2014 2,5 milliards de dollars d’aide militaire américaine. Ils dirigent également la propagande et les protestations contre la misère économique et la tyrannie des dirigeants pro-russes.

    La référence ici est cependant ancrée dans les difficultés économiques de l’impérialisme russe, notamment avec la chute des prix du pétrole dans le sillage de la crise de 2008. Le revenu réel a chuté de 11 % entre 2013 et 2020. De plus, le taux d’inflation est actuellement supérieur à 8 %, ce qui entraîne une baisse du niveau de vie de la classe ouvrière. C’était la véritable raison des protestations qui ont éclaté après l’arrestation de Navalny l’année dernière, ainsi que des résultats décevants des élections du parti Russie Unie de Poutine.

    Partant de la position purement défensive de l’impérialisme russe et de sa conscience que les États-Unis eux-mêmes sont confrontés à de grandes difficultés, de son inquiétude face à la montée de la Chine et de son souci de ne pas s’impliquer sur trop de fronts à la fois, comme démontré par son retrait humiliant d’Afghanistan, Poutine a commencé à menacer d’intervenir en Ukraine, ce qui l’aide à cimenter son image d’homme fort de l’impérialisme russe, surtout face à sa popularité en baisse, à la lumière des scandales de corruption, des politiques de plus en plus répressives contre les politiciens de l’opposition et les journalistes, et les difficultés économiques croissantes du pays.

    Il est clair que le motif de Poutine pour attiser les flammes de la superpuissance nationaliste russe est une tentative de détourner l’attention des gens des problèmes intérieurs. Pendant de nombreuses années, Poutine a su surfer sur la vague du boom pétrolier, sa cote de popularité atteignant près de 70 %. Ce pourcentage est également passé à environ 85% en raison de l’humeur chauvine après l’annexion de la Crimée. Cependant, sa popularité repart à la baisse, tombant à 50% en 2020 – et même plus bas selon les sondages d’opinion.

    Un conflit de faible intensité continue avec les forces séparatistes russes dans l’est de l’Ukraine malgré diverses tentatives de cessez-le-feu. Même si l’impérialisme russe s’abstient d’une invasion pure et simple, il faire pression pour renforcer son soutien aux forces séparatistes ou pour saper l’unité de l’Ukraine en tant qu’État sur d’autres fronts. Quant à l’impérialisme américain et européen, même s’il n’intervient pas militairement pour protéger le territoire ukrainien, il continuera à fournir armes et entraînements à l’armée ukrainienne. Il pourrait également répondre par des mesures économiques préjudiciables à la Russie, telles qu’une interdiction complète des principales banques d’État et agences d’investissement russes, ainsi que de nouvelles sanctions visant les mines, les métaux, le transport maritime, les assurances et les médias.

    Mais il ne semble pas que les impérialistes russes et américains aient un intérêt direct à une confrontation militaire immédiate et directe. L’invasion de l’Ukraine par la Russie est une chose, mais la maintenir en est une autre, Poutine devra tenir compte du fait qu’il devra faire face à une rébellion intérieure, même si l’invasion réussit, ce qui pourrait déstabiliser davantage les positions de l’impérialisme russe à la fois sur le plan interne et extérieurement. L’occupation de Kiev et des villes ukrainiennes du sud nécessitera une énorme force militaire et un coût financier et humain que Poutine pourrait ne pas être en mesure de payer. Il est clair qu’une grande partie de la population ukrainienne rejetterait l’invasion russe si elle se produisait. Depuis les manifestations de Maidan en 2014, qui ont conduit au renversement du gouvernement de Ianoukovitch, nous avons vu le pays promouvoir le nationalisme ukrainien réactionnaire anti-russe et l’idéologie d’extrême droite. Le soutien de l’OTAN à l’Ukraine a également augmenté de façon spectaculaire dans les années qui ont suivi l’annexion de la Crimée par la Russie. Selon un récent sondage, près de 60 % des Ukrainiens voteraient pour l’adhésion à l’OTAN s’il y avait un référendum, même si le pays est divisé selon des lignes géographiques. Il est donc peu probable que la Russie soit en mesure d’absorber l’Ukraine sous la menace d’une arme.

    Si une occupation à grande échelle de l’Ukraine est hors de question, les menaces de Poutine ne sont pas totalement vaines. Il est possible que la Russie lance une petite guerre ou une frappe chirurgicale contre les installations militaires ukrainiennes. Cela peut inclure l’annexion de toute la région du Donbass, qui est déjà sous le contrôle des forces pro-russes, ou l’établissement d’un corridor terrestre vers la Crimée précédemment annexée, ou la relance du soi-disant projet de la Nouvelle Russie, qui comprend une tentative d’isoler l’Ukraine de la mer Noire.

    La phase actuelle, surtout depuis la crise économique mondiale de 2008, est caractérisée par l’accélération de la tendance agressive des puissances impérialistes mondiales qui se sont retrouvées dans un état de chaos depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1989, et leur course effrénée pour surmonter leur crise chronique de surproduction et la détérioration du taux de profit qui lui est associée. Cette dernière crise constitue le véritable moteur des diverses politiques impérialistes agressives contre la classe ouvrière, contre l’indépendance des peuples et contre l’unité de l’homme et de la nature. L’escalade des tensions dans la région russe entre les impérialistes russes et occidentaux est l’un des épisodes de la tentative de transcender le capitalisme mondial jusqu’à sa crise chronique, et où il recourt, par la propagande et les médias, à mobiliser les travailleurs dans toute guerre attendue en incitant à des conflits nationaux, racistes et chauvins et à des arguments sur la démocratie et la menace pour la paix mondiale. À la lumière de cette réalité, la mobilisation mondiale de la classe ouvrière pour résister à la menace impérialiste contre la paix mondiale devient la tâche principale de ses organisations d’autodéfense, en particulier les organisations communistes et révolutionnaires et l’alliance internationale contre l’impérialisme et le fascisme.

    À cet égard, Lénine dit : « Nous, marxistes, nous distinguons des pacifistes et des anarchistes en reconnaissant la nécessité d’étudier chaque guerre séparément (du point de vue de Marx sur le matérialisme historique). L’histoire a connu de nombreuses guerres qui étaient des guerres progressistes – malgré toutes les horreurs, les épreuves, les maux et les douleurs que toute guerre produit inévitablement, quoi qu’il arrive –, c’est-à-dire que ces guerres ont été bénéfiques au développement humain et ont contribué à détruire des régimes particulièrement néfastes et réactionnaires (État absolu ou servage, par exemple) et à détruire la tyrannie la plus barbare d’Europe (turque et russe). »

    Lénine ajoute dans son livre sur le socialisme et la guerre paru en 1915, qu’« il est impossible d’éliminer les guerres sans éliminer les classes et sans instaurer le socialisme ». Cela signifie que la poursuite de la domination impérialiste sur le monde ne fera que conduire à plus de maux, de guerres et de massacres humains. Nous reconnaissons pleinement la légalité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, à savoir les guerres déclarées par les opprimés contre la classe oppressante, par les esclaves contre les esclavagistes, les serfs-paysans contre les propriétaires terriens et les salariés contre la bourgeoisie. Lénine distingue deux camps de classe, le camp impérialiste-capitaliste et le camp ouvrier.

    Auparavant, pendant la guerre froide, les grandes puissances impérialistes avaient suspendu une épée nucléaire au-dessus de la tête de l’humanité. Elle reste suspendue dans un monde qui n’obéit plus aux diktats de blocs cohérents, et où le niveau d’armement de nombreuses nations en armes de destruction massive n’a jamais atteint son degré actuel. Quels que soient les calculs rationnels des partis dominants impérialistes, des éruptions soudaines, une escalade et une immersion dans la destruction irrationnelle de l’homme et de la nature ne peuvent être exclues. Aujourd’hui, cependant, la classe ouvrière et les forces révolutionnaires sont appelées partout à s’opposer aux alliances, aux renforcements militaires, aux manœuvres et aux menaces des différents partis les uns contre les autres. Seule la classe ouvrière internationale est capable d’empêcher la tyrannie impérialiste actuelle.

    MMLPL
    (Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line / Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    Février 2022

  • 20e anniversaire des attentats du 11 septembre.

    20e anniversaire des attentats du 11 septembre.

    Pour l’ensemble du monde, il y a un avant et un après 11 septembre 2001. Ce jeudi matin, quatre avions étaient détournés par des membres d’Al-Qaïda. Trois se sont écrasés sur des objectifs symboliques importants, le dernier a percuté le sol non loin de Pittsburgh, après avoir été repris par les otages.

    Coalisés autour de la figure d’Oussama Ben Laden et du Mollah Omar, les terroristes avaient choisi de frapper le World Trade Center, centre économique et symbole de la skyline new-yorkaise, mais aussi le Pentagone, centre névralgique des opérations militaires US. La dernière cible est restée spéculative : Maison-Blanche, Capitole ? Impossible à dire avec certitude.

    2977 personnes sont mortes, ainsi que 19 terroristes. 25 000 personnes, selon l’estimation maximale, ont été blessés. Aujourd’hui, reste difficile de faire l’évaluation des conséquences pour la santé de la destruction des tours. L’exposition aux fumées et aux aérosols liés à la destruction de celles-ci ont produit une élévation des maladies, en particulier chez les secouristes. Au delà des pertes humaines, un grand nombre d’œuvres d’art, exposées dans les tours, ont été détruites.

    L’événement est un choc terrible, invraisemblable, dans un occident qui se croit invulnérable et en paix. Le 11 septembre est déchire un grand nombre d’illusions : celle de la fin de l’histoire et celle de la Pax Americana.

    Du 11 septembre 1990 au 11 septembre 2001 de la fin de l’histoire au temps des troubles.

    « Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. La crise dans le golfe Persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix. » Ce discours, prononcé le 11 septembre 1990 par Georges Bush père marque l’ouverture d’une période de suprématie américaine totale. Une période qualifiée de « Nouvel Ordre Mondial », avant que ce terme ne devienne l’apanage des conspirationnistes. La domination américaine s’articule autour des conceptions définies par Zbinew Brzezinski, politologue ancien conseiller de Carter, grand manitou de la politique extérieure US. Brzezinski voit dans les USA le premier empire universel du monde, le seul capable d’assurer un ordre de prospérité économique et d’harmonie. Charge à lui d’être le gendarme du monde et de refouler la Russie et la Chine loin des océans du commerce mondial.

    L’URSS est moribonde. Le mur est tombé. Les guérillas communistes semblent s’épuiser en vain. Les derniers régimes « voyous » sont encerclés par les USA et son hegemôn, qu’Hubert Védrine qualifie d’hyperpuissance. Ils ne peuvent plus profiter des interstices laissés par les affrontements entre occident et bloc est. La démocratie libérale déclare qu’elle a triomphé et qu’elle représente la forme de pouvoir ultime, l’aboutissement de l’histoire. Francis Fukuyama déclare que nous entrons dans l’ère de la fin de l’histoire. Désormais, elle coulera comme un fleuve tranquille, allant vers le futur radieux promis par le libéralisme, par l’Organisation Mondiale du Commerce et la mondialisation. Un été illusoire et anesthésiant s’installe.

    11 ans plus tard, jour pour jour, celui-ci subit sa première tempête. Un nouveau paradigme commence à s’installer. Un paradigme sournois, génocidaire : celui du Choc des civilisations. Samuel Huntington proclame l’incompatibilité civilisationnelle entre les mondes. En faisant cela, il déclare la fin de l’universalisme et le développement d’une vision du monde dans laquelle l’humanité doit rester divisée. De fait, la paix ne peut être obtenue par le ralliement, par le soft power, elle ne peut l’être que par le hard power, par la domination, par un ordre impérial. Cette vision du monde conquiert les esprits d’une partie des décideurs américains, les néoconservateurs. Elle est celle qui sous-tend aussi aujourd’hui les discours de Zemmour.

    Tout comme Pearl Harbor, le 11 septembre a broyé les tendances isolationnistes. Les Républicains, qui avaient critiqué la politique interventionniste de Clinton, vont s’en servir pour mobiliser les esprits américains. La politique intérieure américaine se durcit terriblement, avec notamment la mise en place du Patriot Act, qui permet à l’État de contrôler la liberté d’expression et de critique. Le war on terror se lance.

    Les USA lancent une série de guerres : en Afghanistan, pour punir les protecteurs de Al-Qaïda. Puis en 2003, les USA attaquent l’Irak. La raison est différente : les liens entre les terroristes et les grandes familles d’Arabie Saoudite ont effrayé plus d’un. Prendre le contrôle de l’Irak, c’est assurer un approvisionnement en pétrole par une autre source. C’est également couper l’herbe sous le pied d’un concurrent des années 1990 : la France, premier partenaire commercial du régime de Saddam Hussein. En lançant ces opérations, les USA déclenchent un effet domino qui ne s’arrête jamais. Non seulement les guerres ne sont pas gagnées, mais elles décrédibilisent leur puissance. De plus, groupes après groupes se forment pour lutter contre leur présence, nourrie par un antiaméricanisme érigé en valeur cardinale. Cette « radicalisation cumulative » propulse sur le devant de la scène des formes toujours plus radicales d’opposition : Daesh par exemple, qui, contrairement à Al-Qaïda, ne cherche pas une « libération » d’un territoire. L’État Islamique cherche au contraire à attirer au maximum les armées occidentales au Moyen-Orient, dans le but de les battre au cours d’une bataille apocalyptique.1

    Cette guerre sans fin et sans victoire possible2 martèle surtout les civils, pris en otage dans un conflit qui n’est pas le leur. La guerre contre le terrorisme se traduit surtout par des actes de cruauté des services de renseignement, les destruction, les déstabilisations, la mise en place de régimes fantoches… lesquels s’effondrent dès qu’ils ne sont plus portés à bout de bras.

    Le reste de l’occident, notamment Londres et Madrid3, ont été frappés par la même foudre. Dans son sillage, une peur s’est installée, la peur de l’islamisme, la peur du migrant, la peur du réfugié, la peur d’une cinquième colonne formée par les descendants de migrants et de migrantes. Cette peur, les réactionnaires s’en sont nourris. En faisant cela, ils ont attisé la haine ans la population, marginalisant, stigmatisant. Et cette stigmatisation a entraîné des adhésions plus fortes aux théories des islamistes radicaux : « l’occident ne veut pas de vous, détruisez-le ». Ce jeu (partiellement conscient au moins) de question-réponse entre extrêmes-droites nous mène à la situation actuelle. Aujourd’hui, l’ombre du 11 septembre est toujours présente, toujours plus noire et venimeuse.

    Impossible positionnement critique.

    Les victimes du terrorisme ont suscité un émoi immense. Les images des tours jumelles s’effondrant, les sauts dans le vide de ceux qui préféraient une mort rapide à la morsure des flammes, les pompiers s’engouffrant dans le nuage de poussière… le choc traumatique a marqué tant les américains que le monde entier. On ne compte plus le nombre de productions qui ont fait plus ou moins référence à cet événement. Aujourd’hui encore, nine eleven est devenu un talisman argumentaire, saisi par l’ensemble des bords politiques, jusqu’à la saturation4.

    Surtout, nimbés du statut de victime, les USA n’étaient plus critiquables. Un moment totalitaire, tel que décrit par Hannah Arendt, s’est mis en place. Le monde se coupait en deux : les alliés des USA, considérés incarnant la démocratie mondiale et ses ennemis.

    Cette chape de plomb empêchait de se poser la question des responsabilités des USA dans leur propre malheur, mais aussi de s’opposer aux opérations de vengeance mises en œuvre. Ainsi, lorsque la France s’oppose à l’invasion de l’Irak (pour des motifs d’influence dans ce pays, non par humanisme), elle est conspuée et méprisée.

    A la suite des attentats du 11 septembre, la chanteuse Axelle Red et le chanteur Renaud écrivaient « Manhattan – Kaboul », retraçant deux perceptions : celles d’une Afghane et celle d’un Portoricain américanisé. L’une tuée par les Talibans, l’autre victime des attentats du 11 septembre. Nous citons un extrait :

    Deux étrangers au bout du monde, si différents
    Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant
    Pulvérisés, sur l’autel, de la violence éternelle

    So long, adieu mon rêve américain
    Moi, plus jamais esclave des chiens
    Ils t’imposaient l’Islam des tyrans
    Ceux là ont-ils jamais lu le Coran.

    L’impression de cette chanson est celle d’une symétrie de la violence entre deux camps qui imposeraient une « violence éternelle ». Mais en réalité, elle résume celle-ci à un affrontement unilatéral : les terroristes contre les non-terroristes. Les USA y sont intégralement dédouanés de leur responsabilité dans le cycle de violences qui ont conduit à la perpétuation de cette attentat. Or, si ce texte se veut commémorer un événement terrible, ce n’est pas rendre hommage à la mémoire des victimes que de dénaturer la trajectoire qui a mené à ce que l’attentat ait lieu. La réalité étant que les USA, à la suite d’une politique criminelle, se sont défaits eux-mêmes.

    Les fantômes du 11 septembre.

    Derrière ces 11 septembre, celui de 1990, celui de 2001, il en existe un autre, en filigrane. Le 11 septembre 1973, lequel marque le coup d’État de Pinochet au Chili. Que vient faire le Chili ici ? Il vient illustrer une série de choix qui vont mener à ce que les USA subissent cette attaque.

    Durant la guerre froide, les USA et l’occident en général sont au prise avec une menace absolument terrible pour eux : le risque de victoire du socialisme dans le monde, et, indépendamment de celui-ci, le risque de leur marginalisation géopolitique, au profit d’une nouvelle centralité du monde, eurasienne. Pour contrer cette double menace, ils font feu de tout bois5, et n’hésitent pas à apporter leur soutien à tout ce qui peut contrer l’avancée du bloc soviétique. Notamment, ils organisent un grand nombre de dictatures, à l’exemple du Chili, subventionnent les mouvements d’extrême-droite (mais aussi d’extrême-gauche antisoviétiques!) en Europe, ou les narcotrafiquants d’Amérique Latine. Jouant constamment sur tous les tableaux, ils se prennent parfois les pieds dans le tapis, notamment avec l’affaire de l’Irangate6.

    En 1979, ils participent au financement, à l’entraînement et à l’équipement des réseaux anticommunistes d’Afghanistan. Parmi ces groupes, les Talibans. Les Talibans, faction radicale anticommuniste et islamiste, mouvement d’extrême-droite afghan, prennent l’ascendant sur les autres groupes. Ils finissent par dominer le pays. Maîtres chez eux, ils hébergent des groupes internationaux sous leur protection. L’un d’entre eux, fondé par Oussama Ben Laden et par Adballah Azzam, est Al-Qaïda. Ce groupe devient une « franchise » à laquelle se rallie un grand nombre de mouvements. Décentralisé, le groupe est une nébuleuse insaisissable. Il définit des objectifs simples : chasser des « lieux sacrés » la présence occidentale (dont israélienne). Possédant des moyens financiers importants, des combattants entraînés et un soutien populaire certain (lié à la déconfiture des régimes nationalistes arabes), ils sont en mesure de frapper leur ancien maître.7

    En fin de compte, la politique sinueuse des USA s’est retourné contre eux. Leur choix de nourrir des monstruosités pour servir leurs desseins leur à coûté cher. Pourtant, ils continuent toujours, en particulier lorsque celles-ci font échec aux organisations du peuple et aux organisations révolutionnaires. En effet, même avec les mollahs, on peut faire des affaires. Il sufit de voir l’alliance entre USA et Arabie Saoudite, elle aussi partenaire de la France.

    Le conspirationnisme, enfant du 11 septembre.

    La caractère « incroyable » de l’événement, au sens premier du terme, fait qu’il est le point central d’un grand nombre de théories du complot. Il apparaît impossible que le pays le plus puissant du monde puisse être pris au dépourvu par des amateurs entraînés sur flight simulator et équipés de cutters. Une cohorte de légendes urbaines apparaissent, parfois relayées par des médias mainstream, lesquels laissent la parole de manière équivalente aux conspirationnistes et à leur détracteurs. Cela s’est logiquement traduit pas une crédibilité immense accordée à quelques clowns. Après le 11 septembre, le conspirationnisme va devenir le partenaire obligatoire de chaque événement. Le développement d’internet va aussi créer un nouvel espace dans lequel les conceptions paranoïdes du monde vont s’épanouir.

    Faire l’inventaire de l’ensemble des scénarios serait fastidieux et sans intérêt. Mais ils possèdent un trait commun : ils nient la possibilité que les USA aient subit une réelle défaite et que le colosse américain ait des pieds d’argiles. Pourtant les événements qui ont suivi cet attentat ont marqué un déclin progressif de l’hyperpuissance US.

    L’affirmation de la Chine, qui rentre dans l’OMC et gagne progressivement en influence. Le retour de la Russie sur le devant de la scène8, avec notamment la victoire contre la Tchétchénie, l’irruption au pouvoir de l’inamovible Poutine, puis, surtout, la guerre en Géorgie de 2008. Un pays membre de l’OTAN pouvait être attaqué sans réaction du camp occidental. Pendant ce temps, les guerres entamées ne sont toujours pas gagnées ou sont perdues. La transformation du monde en espace multipolaire fait ressurgir le spectre des guerres symétriques, des affrontements entre puissances.

    Aujourd’hui, nous sommes dans ce monde post-9/11. Ce monde marqué par l’incertitude, l’inquiétude, la peur du terrorisme, de l’instabilité. Un monde de précarité constante, croissante, a laquelle s’est conjuguée la crise économique de 2008 et la crise climatique. Mais ce monde instable, qui est l’opposé complet d’une fin de XXe siècle figée par les blocs et les camps, est aussi un monde de perspectives nouvelles et d’opportunités de victoires. Des victoires mineraient à un monde qui serait tant la négation de l’US-Army que des Talibans : un monde d’égalité, de solidarité et de liberté réelle.

    1En toute objectivité, cela ne leur a pas porté chance.

    2« L’ennemi est le terrorisme. Cette désignation est inepte. Car le terrorisme n’est pas un ennemi : c’est une méthode de combat. » Jean-Pierre Steinhofer

    3Le gouvernement de José Maria Aznar a tenté de faire porter le chapeau à l’ETA, avant de rétropédaler honteusement.

    4Une illustration sarcastique du suremploi de l’argument du 9-11 : https://youtu.be/Gi4Z06IbSek

    5Ils faut rendre justice, ils ne sont pas les seuls : la France gaullienne, dans sa « théorie des trois mondes », va nouer une série d’alliances aussi douteuses : avec Israël, avec l’Afrique du Sud, avec l’Iran et l’Irak en même temps, mais aussi avec le Chili de Pinochet ou l’Arabie Saoudite.

    6« L’affaire Iran-Contra ou Irangate est un scandale politico-militaire survenu aux États-Unis dans les années 1980 pendant le second mandat de l’administration Reagan. Plusieurs hauts responsables du gouvernement fédéral américain ont soutenu un trafic d’armes vers l’Iran malgré l’embargo touchant ce pays. » (Wikipédia). L’argent servait à payer les escadrons de la mort, ou Contras du Nicaragua.

    7En toute impartialité, la Russie a connu la même situation. Elle va entraîner et équiper des groupes caucasiens lors de la guerre d’Abkhazie (1992-1993). Elle les retrouve en face d’elle, par la suite, dans la guerre de Tchétchénie (1994-1996).

    8Sous une forme et avec un contenu sans rapport avec celui de l’URSS.

  • Barbarossa 1/2 « Le monde entier retiendra son souffle. »

    Barbarossa 1/2 « Le monde entier retiendra son souffle. »

    Le 22 juin 1941 commençait l’opération Barbarossa. L’une des plus grandes opérations militaires de l’histoire. Après avoir vaincu la Pologne, l’Europe de l’Ouest, après avoir vaincu les Balkans, la machine de guerre nazie se lance sur l’URSS. La guerre la plus meurtrière de l’histoire démarre.

    Les Allemands alignent alors trois groupes d’armées, soit 153 divisions, dont 17 blindées et 13 motorisées. Ils réunissent quatre groupes de Panzern, soit 3 500 chars et étaient appuyés par 2 800 avions divisés eux aussi en quatre flottes distinctes. Au total 5,5 millions d’hommes prennent part à l’opération. Ils viennent d’Allemagne ; de Finlande ; de Hongrie ; de Roumanie et Italie. Tous se lancent à l’assaut de la forteresse bolchévique.

    Contrairement à une idée répandue, ils possèdent une supériorité numérique écrasante. En face d’eux, l’Armée Rouge alignait 3 millions de soldats, répartis dans 132 divisions, dont 34 blindés. Si elle possède un nombre d’avions équivalent, et bien plus de chars, elle manque d’expérience et de commandants aguerris.

    La veille de la guerre.

    Étant donné les liens diplomatiques qu’entretenaient URSS et Allemagne nazie, certains, non sans cynisme, voient cette opération comme l’addition finale de choix douteux. Nous ne reviendrons pas en détail ici sur cette question, à laquelle nous avons dédié une longue brochure en 2019. Pour résumer rapidement :

    • Le caractère abominable du régime nazi n’était pas connu à l’époque. Il ne se démarquait pas spécifiquement des autres régimes réactionnaires, tant par l’inégalité raciale (que les USA pratiquaient), par la présence de camps de concentration (La France en avait), ou par sa politique antisémite (comme celle de la Pologne). Les spécificités du nazisme, notamment son caractère génocidaire, sont apparues après l’invasion de l’URSS.
    • L’URSS (et le Komintern) comprenait la guerre à venir comme inter-impérialiste. Il fallait donc en rester à l’écart.
    • La diplomatie des années 30 s’apparente à un jeu d’échec dans laquelle les puissances capitalistes veulent à la fois éliminer l’URSS mais également protéger leurs intérêts propres.
    • De ce fait, ils ont refusé toute politique de sécurité collective qui aurait pu donner un sens à la Société des Nations. Ils ont joué la carte de l’encouragement des agressions Allemandes, tout en essayant de se mettre l’URSS dans la poche.
    • Cette politique à double face a renforcé l’Allemagne nazie tout en irritant l’URSS. L’occident lui demandait de rentrer en guerre contre l’Allemagne sans garantie d’une assistance.
    • L’Allemagne nazie lui a demandé l’inverse : ne rien faire. En échange, elle permettait à l’URSS de se doter d’un glacis défensif. (Glacis dont la méthode d’acquisition est critiquable, mais qui a contribué à la sauver).
    • L’absence d’empressement à aider la Pologne au moment de l’invasion Allemande et la précipitation dans le fait d’échafauder des plans invraisemblables pour attaquer l’URSS après son intervention ont montré quelles étaient les priorités des démocraties occidentales.

    L’URSS et l’Allemagne nazie vivent donc dans une bien étrange paix entre 1939 et 1941. Elle est une parenthèse anxieuse. Chacun a conscience du caractère temporaire de la situation, et du fait que la guerre éclatera tôt ou tard. Mais la question qui se pose, dans le fond, est « pourquoi ? ». Plusieurs raisons à cela :

    • La conquête d’un Lebensraum (souvent mal traduit en Français par « un espace vital » alors que la connotation est plus anxieuse pour les Allemands, chez qui cela signifie plus « espace nécessaire à la vie ») aux dépends de l’Est était le but géopolitique principal de l’Allemagne nazie depuis le départ. Le Generalplan Ost, définit les limites des objectifs à atteindre à la ligne Arkhangelsk / Astrakhan. Pour les nazis, cette limite définit celle dans laquelle leur race peut vivre sans être altérée. Il s’agit de la zone de répartition de leur arbre symbole : le hêtre.
    • Cette guerre possède des buts idéologiques : refoulement des Slaves, élimination des Juifs, élimination du bolchevisme… L’ensemble est là pour assurer à la fois un espace et une sécurité à la race aryenne.
    • Au delà de ces ambitions de long terme, les nazis analysaient le fait que l’Angleterre ne se rende pas comme étant une manifestation d’un soutien secret de la part de l’URSS. Paradoxalement, pour conjurer la menace d’une guerre sur deux fronts, il fallait la prévenir par l’attaque surprise. Pour les nazis, cette ruse était acceptable dans le sens où les populations de cette partie du monde étaient racialement en guerre contre leur propre race.
    • De plus l’URSS avait manifesté, lors des rencontres d’octobre 1940, un désintérêt total pour un partage du monde promis par les nazis. L’attitude de V. Molotov, qui exigeait des garanties de paix et le retrait des troupes Allemandes des régions proches de l’URSS (Finlande ; Etats Baltes ; Roumaine…), avait exaspéré Hitler. De plus, l’opinion publique et les publications de la Pravda prenaient une tournure largement pro-anglaise.
    • L’Allemagne nazie était largement dépendante, pour ses matières premières, de l’URSS. Cette dépendance allant croissant au fur et à mesure de la guerre, il lui fallait frapper pour éviter de devenir plus faible que son allié de circonstance, mais également pour pouvoir s’emparer de ces régions.
    • La guerre devenant plus longue, et les nazis étant très sensibles à l’attitude de la population Allemande, il fallait organiser un pillage en règle pour pouvoir maintenir ou élever le niveau de vie de la population et ainsi conserver une adhésion aux réalisations du régime.
    • Enfin, les nazis pensaient que l’URSS était beaucoup plus faible et moins cohérente que ce qu’elle n’était. Hitler pensait que « la construction pourrie » s’effondrerait. Mais elle a tenu bon !

    Une guerre terrible.

    Lorsque l’opération commence, elle est catastrophique pour l’URSS. Même si, contrairement à ce qu’on a pu proférer pendant une longue période, la direction soviétique ne s’est pas laissée surprendre. D’ailleurs, la fameuse semaine d’absence de Staline, supposé terrassé par l’annonce de l’invasion, est remise en cause par l’ouverture des archives du Politburo. Aussitôt l’invasion est annoncée que les rendez-vous se multiplient. La décision est prise : il n’y aura pas de paix de compromis. Dès avant l’invasion, l’armée mobilise – ce qui demande du temps – et la défense antiaérienne est mise en alerte. Cependant, il est clair que le gouvernement soviétique, et notamment Staline, ne voulaient pas donner le moindre prétexte pour que les Allemands attaquent.

    Les Allemands avancent très vite, après avoir détruit l’aviation soviétique au sol. Ils évitent les poches de résistance et réalisent des encerclements immenses, qui privent l’Armée Rouge de plus d’un million de soldats. L’immensité du pays permet au coin blindé de Guderian de se faufiler partout. L’Armée Soviétique est en pleine réorganisation après les leçons de la guerre contre la Finlande. La méfiance envers le risque bonapartiste avait poussé à dissoudre les corps blindés autonomes. Ils sont dispersés et ne peuvent s’opposer aux charges de Panzern.

    Carte des étapes de l'opération Barbarossa jusqu'au 5 ( Moscou ) et 9  décembre ( pour le secteur Sud et Rostov ) 1941. - Blog de  Carnets-de-Guerre-39-45
    Les trois secteurs de l’attaque.

    Mais lorsque les Allemands tombent sur des poches de résistance, la lutte est extrêmement âpre. La forteresse de Brest-Litovsk, encerclée le 22 juin, tombe le 29, tandis que les combats continuent sur les arrières. Les villes ne sont abandonnées qu’en ruine. La bataille de Kiev les retient de début Aout jusqu’au 26 septembre. Smolensk, verrou de Moscou, tient deux mois (10 juillet – 10 septembre). Odessa du 8 août au 16 octobre. Sébastopol tient du 24 septembre au 4 juillet…1942. Léningrad, deuxième ville du pays, n’est jamais prise. Ces opérations sont horriblement coûteuses en vies humaines et en matériel, mais elles permettent de gagner du temps. Les Allemands sont aussi épouvantés par la découverte des chars T-34 et KV-1, par la qualité de l’artillerie, des Orgues de Staline, et de l’équipement du soldat de base. De plus, la combativité individuelle est importante. A plusieurs reprises, les aviateurs soviétiques percutent volontairement les avions Allemands pour les détruire. Cette pratique du Taran, le bélier, connaît ses spécialistes. Certains ont jusqu’à trois Taran à leur actif. Surtout, les soviétiques avaient mis en place un minutieux plan d’évacuation des usines, lesquelles sont réinstallées dans l’Oural. Si les régions agricoles sont ravagées, l’URSS n’est pas vaincue.

    Les problèmes des Allemands.

    Plus les Allemands avancent, plus les problèmes surgissent.

    1. Le plan Allemand choisi par Hitler et par Hadler fonctionne en éventail. Les forces se dispersent progressivement. Hitler ne voulait pas non plus suivre la route la plus directe, utilisée par Napoléon, pour prendre Moscou. Au lieu de frapper ce centre logistique, économique et politique, il impose une série d’étapes.
    2. Les pertes sont plus lourdes que prévu et l’insécurité est totale sur les arrières du front. Les soldats s’épuisent sur les distances, alors que la motorisation de l’armée est très incomplète.
    3. Les réseaux routiers sont médiocres et permettent aux soviétiques, lors des périodes de Raspoutista, les pluies d’automne et de printemps, de reprendre leur souffle.
    4. Le temps se dégrade rapidement, tandis que les forces manquent pour clore certaines batailles comme la prise de Leningrad et de Sébastopol.
    5. L’Armée Allemande ne possède pas d’aviation à long rayon d’action qui lui permette de frapper les zones industrielles et hydro-électriques soviétiques.

    Finalement, en dépit de succès constants, les Allemands arrivent aux portes de Moscou dispersés et épuisés. L’opération Typhon, qui doit permettre de prendre la Capitale, échoue en vue de son objectif. Avec l’Hiver, les soviétiques reprennent l’offensive et dégagent la capitale, qui ne sera plus menacée. La guerre-éclair vient d’arriver à ses limites. La victoire totale lui échappe désormais, tandis que l’URSS a survécu. Mais à quel prix ?

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Comparer l’incomparable ?

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Comparer l’incomparable ?

    Comparer l’incomparable ?

    Vouloir entamer une approche comparative ne signifie pas diminuer l’horreur d’un crime ou d’un autre. La Shoah et l’extermination des Tziganes possède un caractère spécifique dans la guerre. Même les massacres massifs de citoyens et de citoyennes d’URSS, de Yougoslavie ou de Pologne n’ont pas cette portée. Si les massacres à l’Est avaient volonté de mettre en esclavage les peuples colonisés, en éliminant les élites et en imposant la terreur, les génocides avaient un but plus profond. Ils avaient vocation à exterminer complètement des peuples uniquement car leur existence était vue comme une menace. Les Allemands, leurs alliés, et leurs laquais ont mis en place une machine rationnelle, administrativement rodée, industrielle et rentable de la mort.

    Ce n’est pas la première tentative d’extermination d’un peuple. Le Canada avait mis en place une « solution finale indienne » 1 ; les Turcs celui des Arméniens ; les Allemands celui des Hereros et des Namas…). Mais aucun n’avait mis en œuvre un système aussi performant et « universel ». Il avait défini juridiquement la catégorie à abattre et traqué – avec l’aides des collaborationnistes, y compris des pays de « sous-hommes » – toutes les cibles. Cette traque et celle élimination, qui demandait des moyens logistiques énormes, ont détourné de précieuses ressources humaines et matérielles du front. Il y a matière à penser que, aux yeux de la direction de l’État Allemand, ce génocide était tout aussi important qu’une bataille d’anéantissement sur le front de l’Est.

    Ce caractère demeure unique. Mais il n’est pas le seul crime de la Seconde Guerre mondiale, et pas le seul crime contre l’humanité.

    Ceux de l’Axe sont bien connus. Le système concentrationnaire Allemand, au-delà de l’extermination, est bien connu et bien documenté. Il est régulièrement comparé à son homologue soviétique, le Goulag. Cela demande une brève explication.

    Goulag vs. KZ

    Le système concentrationnaire soviétique fait régulièrement la une. Il est un bon sujet, qui fait frémir d’horreur les lecteurs de magazines d’histoire sensationnalistes. Il est un sujet de fantasmes récurrents. Mais il est aussi également un des points d’orgue du comparatisme.

    Si les romans de Soljenitsyne, les souvenirs de Guinzbourg, ou d’autres témoignages poignants dépeignent une réalité terrible, celle-ci mérite d’être détaillée. Lorsqu’un individu était pris dans les rouages de la Gestapo, son destin devenait immédiatement Kafkaïen.

    Non seulement il était impossible de connaître les raisons de son arrestation, mais une simple irritation pouvait suffire. Eugen Kogon, dans l’État SS, parle ainsi d’un ancien du SPD venu chercher un certification de non-opposition au régime auprès de la Gestapo. Et qui, trop insistant, s’est fait emprisonner. Les détenus sont quasiment tous (excepté les droits communs) sous un régime de détention de sécurité. Ils n’ont pas été jugés. N’ont pas de durée de peine. En réalité, ils ne sortent jamais, ou « par la cheminée ».

    Le système n’a aucun but réhabilitant. Il est avant tout une ressource de main d’œuvre pour l’empire économique SS, mais également pour les cartels industriels nazis. Le taux de mortalité, avant et pendant la guerre, est effarant : 20 % par an. Cela n’empêche pas certains de traverser ces épreuves. Des militants du KPD vont ainsi passer toute la durée du IIIe Reich en détention.

    Le système carcéral soviétique, quant à lui, est construit d’une manière différente. Il n’est pas exempt de tragédies individuelles, de répression, de souffrance. Il est possible de consulter l’ouvrage de Anne Applebaum Goulag : une histoire, sur la vie dans ce système.

    En dépit du parti pris néo-conservateur de l’auteure, ce qu’elle raconte n’est en rien comparable. Le Goulag est un système dans lequel il existe une porte d’entrée, mais également une sortie. La très grande majorité des peines prononcées, au cours d’un jugement – parfois sommaire, mais qui fournit une base légale – est relativement courte. J. Arch Getty, dans ses travaux sur la répression, mentionne que 96 % font moins de 5 ans. La très grande majorité des peines prononcées sont des interdictions de séjour dans une ville ou des exils administratifs dans une région. Les peines de « camp » en tant que tel, sont relativement rares et plutôt courtes.

    Le but principal, tel que défini par Anton Makarenko, est de réhabiliter les individus. Ils sont nommés « camarades » par les gardiens, jusqu’en 1937. Cette date marque un tournant dans la perception des détenus, avec l’arrivée de la dénomination d’« ennemi du peuple » pour certaines catégories de détenus. Ils sont alors nommés citoyens.

    Les relégués et ceux dans les colonies fermées peuvent avoir une vie de famille et touchent un salaire (la création de « monnaies de camp » jour d’ailleurs un rôle dans la régénération de rapports capitalistes)… Surtout les ex-détenus peuvent reprendre une vie normale après leur peine. La mortalité, si elle fait un spectaculaire bond pendant la première année de guerre, n’atteint jamais les pourcentages des camps Allemands, ou même des bagnes de l’occident.2 A la même période, dans les camps de concentration de la IIIe République, avant même la guerre, les juifs Allemands réfugiés meurent de faim. Hannah Ardent est ainsi internée dans le camp de Gurs.3

    Les autres :

    L’Italie, est souvent une oubliée des crimes de guerre. Le régime fasciste passe parfois même pour un modéré. Si l’OVRA (Organisation de Vigilance et de Répression de l’Antifascisme) n’a pas la réputation de cruauté de la Gestapo, ni les même moyens, les troupes italiennes s’en donnent parfois à cœur joie dans les massacres. Lors de la conquête de l’Éthiopie, peu s’étaient émus de l’utilisation du gaz moutarde par les bombardiers. Bien peu, non plus, connaissent également les massacres en Slovénie, en Yougoslavie, en Albanie et en Grèce.

    Ceux du Japon sont mieux documentés. Entre 1931 et 1945, les troupes du Mikado se sont illustrés par leur répression féroce de la résistance chinoise. Le sac de Nankin, en 1937, est le lieu d’un massacre immense, au sabre, de la population civile, uniquement dans un but punitif. Les Japonais, en Corée, en Chine et dans le Pacifique, pratiquèrent des enlèvements de femmes dans l’objectif d’alimenter les bordels de campagne. Dans les camps de prisonniers, les mauvais traitement et les expérimentations sur des cobayes Chinois, Soviétiques ou Américains ont été légion.

    S’il y eut des procès, comme ceux de Tokyo, l’expertise japonaise dans la traque aux communistes et aux partisans a été rapidement mise à profit par les Occidentaux. Ce deal entre une protection judiciaire contre un emploi est un des points qui explique l’amnésie japonaise à ce sujet. Le négationnisme demeure encore aujourd’hui un point de discorde important.

    Il reste aussi le cas des cobelligérants. La Hongrie a ainsi livré la quasi-intégralité de ses Juifs aux nazis, en faisant sa petite Shoah maison. Les fonctionnaires de l’Amiral Horty, qui dirigeait le pays et un nombre important d’acteurs de cette période ont retrouvé une place dans le gouvernement à la suite de 1956.

    C’est là le compromis qui a été trouvé. Ils ont entretenu une tradition de la négation qui se poursuit encore avec Orban. Celui-ci, comme les Polonais, veut faire interdire toute évocation de la collaboration, donc tout regard sur les pratiques du pouvoir à l’époque.

    Les crimes des Alliés.

    Dire que l’Axe a commis des crimes revient à enfoncer une porte ouverte. Nul besoin de diaboliser les participants à la guerre, ils l’ont fait eux-mêmes. En revanche, il faut être juste : chez les Alliés également, des questions se posent.

    Une nouvelle fois, ceux des soviétiques sont tout aussi montés en exergue que ceux des nazis, surtout depuis la querelle des historiens. Elles existent. Elles sont injustifiables en tant que telles, mais elles sont également compréhensibles au regard du contexte dans lequel elles ont eu lieu. L’historiographie actuelle, basée sur la victimisation, tend à mettre sur un plan strictement équivalent les victimes de violence et les victimes des victimes de la violence. Cette écriture permet, par exemple, de rejeter dos à dos le colonisateur et le FLN, de policier qui défend l’État et le « casseur », mais aussi le Nazi et le soldat, ou la soldate, de l’Armée Rouge.

    Il existe des crimes en soi, qui sont indéniable, comme le massacre de Katyn. Il est toujours nié par certains historiens, mais les preuves dans les archives tendent à attester de son existence. Katyn, comme la « Grande Terreur », sont, en très grande partie des phénomènes de névrose de l’encerclement. Ce massacre s’est déroulé dans le cadre d’une avancée à pas de géant en direction d’une guerre dont il était possible de savoir à l’avance qu’elle serait impitoyable et sans merci.

    Inexcusable, il n’a pas a être excusé. Mais à être compris pour ce qu’il est : non une élimination de l’intelligentsia Polonaise (qui n’a pas été touchée), mais une destruction du potentiel combatif. Etant donné l’histoire récente, les soviétiques étaient persuadés que la Pologne nobiliaire prendrait parti pour l’Allemagne contre l’URSS, même occupée. Roosevelt, en acquiesçant l’idée de fusiller 100 000 officiers Allemands et en voulant faire de l’Allemagne un pays pastoral, dont les hommes auraient été castrés, allait bien plus loin.

    Les déplacement de populations « coupables », les Tatars de Crimée, les Allemands de la Volga, les Tchétchènes dépendent également de cette grille de lecture. Les soviétiques sous-estimaient plus qu’il ne surestimaient, leur influence dans la société. A leurs yeux, les élites traditionnelles et réactionnaires, qui étaient sous une chape de plomb jusqu’alors, n’attendaient qu’une chose : se réveiller et combattre. Les occidentaux n’ont d’ailleurs pas réagit autrement, voir bien plus durement quant on songe à la répression des mouvements nationalistes indien ou Irakien, mais aussi à la déportation systématique des citoyens Américains d’origine Japonaise. Encore que les USA avaient l’infranchie barrière des océans pour se tenir à l’écart de la guerre terrestre.

    En revanche, contrairement à une idée reçue, laquelle surfe souvent sur ce comparatisme raciste entre l’Armée Rouge et les hordes de Gengis Khan, le gouvernement soviétique a fait condamner les violences contre les civils Allemands. A plusieurs reprises, les troupes du NKVD ont eut à se heurter aux soldats (et aux soldates également) qui se livraient à des viols. C’est paradoxalement ce qui permet d’avoir une idée de l’étendue du problème. Les procès verbaux et les rapports réalisés par la police politique, en répression de ces actes, ont été employés pour en faire un argument antisoviétique.

    La soif de vengeance soviétique avait été nourrie par les argumentaires et la propagande. Elle ne manquait pas de matière. Chaque village, chaque ville reprise par les troupes soviétiques était dans un état de ravage complet. Il faut rappeler que 25 % de la population de la RSS du Belarus avait été tuée. Les Soviétiques découvrent d’ailleurs les camps de la mort et ouvrent des camps de prisonniers dans lesquels ils retrouvent les cadavres de leurs compatriotes. Les auteurs, les journalistes, les poètes… ont travaillé à produire des écrits stimulant la combativité.

    Pourtant, ce qui frappe est le revirement extrêmement brusque de la ligne politique du gouvernement, et ce, dès l’entrée en Prusse-Orientale. En dépit de la haine et des crimes subits, le gouvernement soviétique stoppe la « ligne Ehrenbourgh », du nom d’un des écrivains les plus influents de la période. Celui-ci réclame la mise à mort de l’Allemagne et des Allemands.

    Dès l’entrée en Prusse-Orientale, la nouvelle ligne est celle de considérer que le peuple Allemand a été abusé et trompé par les nazis, et qu’il faut se montrer compréhensif. Ce revirement part du principe que les Soviétiques font la guerre à l’impérialisme Allemand, non à un peuple.

    Également, il se pose la question de l’après-guerre et des futures relations entre la Nouvelle Allemagne et l’URSS. Cette ligne rencontre une inertie phénoménale et de très nombreuses exactions ont lieu. Les pertes extraordinairement élevées entretiennent également un climat nihiliste : comment penser à l’après guerre lorsque demain est incertain. En dépit de cela, il n’est pas possible de dire que l’État soviétique ait encouragé les exactions. Sa politique est d’ailleurs à l’opposée de celle de Roosevelt.

    L’Occident :

    Ceux de l’occident sont moins connus. Il y eut des crimes de guerre partout. Des Américains en France, des Français en Italie, des Anglais en Allemagne… Des soldats exécutés à la sauvette, des prisonniers maltraités et mutilés… etc. Une constante est notable : l’emploi du racisme.

    En Italie, les troupes françaises commettent des viols et des pillages. Les marocains sont les seuls condamnés. En France, les troupes US font de même, et seuls les noirs sont accusés. Lorsque les Néo-Zélandais exécutent des prisonniers de guerre Allemand, le général Clifton, capturé par Rommel, accuse les Maoris.

    Loin du Front, les troupes d’occupation ont eu également un comportement déplorable, en particulier quand se sont entremêlés l’impunité des soldats et l’exacerbation par le racisme. En Iran, ils transforment le pays en casino et en maison de repos pour les soldats. En Corée, à Okinawa, au Japon, en Iran, les soldats Alliés se sont taillés une réputation terrible. Mais l’un des plus grands débats concerne la question des bombardements stratégiques. Sont-ils un génocide venu du ciel ?

    1Rosa Amélia Plumelle-Uribe La férocité blanche : Des non blancs aux non-aryens, génocides occultés depuis 1492.

    2Vous pouvez retrouver l’étude faite sur la mortalité ici : https://www.persee.fr/docAsPDF/slave_0080-2557_1993_num_65_4_6134.pdf ; les tableaux synthétiques sont absents de la version française, mais peuvent être trouvés sur l’anglaise.

    3https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/gurs

  • Résolution sur l’irruption de l’Inde au Népal. 

    Résolution sur l’irruption de l’Inde au Népal. 

    L’Inde a publié une nouvelle carte politique le 2 novembre 2019, qui incorpore une zone du Népal d’environ 372,37 kilomètres carrés, de Limpiadhura à Kalapani, dans son territoire. Kalapani est situé à la frontière occidentale de trois pays, où le Népal, l’Inde et la Chine se rencontrent. La rivière Mahakali prend sa source à Limpiadhura, Kalapani. Selon le traité de Sugauli signé en 1816 entre la Compagnie des Indes orientales de l’époque et le Népal (article 5), le fleuve constitue la frontière entre l’Inde et le Népal. Cependant, l’Inde revendique désormais officiellement le territoire de Kalapani pour elle-même. Ce faisant, elle ignore et méprise le traité existant et le droit international.

    C’est cet acte d’agression de l’Inde qui met le Népal en grand danger de perdre son précieux morceau de terre. Après leur humiliante défaite lors de la guerre sino-indienne de 1962, les troupes indiennes ont envahi le Kalapani du Népal et ont établi des avant-postes militaires. Depuis lors, l’Inde a progressivement accru son occupation, ce nouveau pas ayant provoqué l’indignation de l’opinion publique au Népal. Lors des récentes protestations, les Népalais se sont indignés de l’acte de l’Inde qui a justifié son exigence par une carte révisée. La nouvelle carte de l’Inde publiée après l’occupation du Jammu-et-Cachemire comprend l’ensemble du territoire de Kalapani, qui fait partie de l’État indien d’Uttarakhanda.

    Le résultat en est la colère dans les rues de Katmandou, mais les dirigeants de Singhadurbar hésitent encore à aborder la question avec une réelle détermination envers l’Inde. Bien que le gouvernement actuel et son premier ministre aient déclaré catégoriquement que Kalapani est une région du Népal et qu’ils résoudront le problème avec l’Inde par la voie diplomatique, le gouvernement n’a pas été en mesure d’obtenir un résultat concret, si ce n’est l’envoi d’une note diplomatique à l’Inde. L’Inde a confirmé la réception de la lettre népalaise et n’a pas donné de date fixe pour l’ouverture d’un dialogue avec le Népal sur le conflit de Kalapani.

    Il convient de rappeler que feu le Premier ministre indien A. B. Vajpayee en visite en 1997 et l’actuel Premier ministre Narendra Modi en visite en 2014 ont convenu de trouver une solution au conflit de Kalapani par des entretiens diplomatiques bilatéraux, mais le gouvernement indien prétend maintenant que sa nouvelle carte est correcte. Le Népal doit donc réaffirmer sa détermination à reprendre le pays occupé à l’Inde, notamment pour défendre sa souveraineté.

    Le Népal est menacé par une puissance relativement supérieure, l’Inde, qui semble avoir été encouragée à occuper le territoire népalais après l’invasion du Cachemire par ses propres troupes, malgré le fait que cet État est un territoire contesté entre l’Inde et le Pakistan. L’Inde a fait preuve de peu de respect pour le droit international, et le Népal est victime de l’agression d’une puissance plus forte. En effet, Kalapani est devenu un excellent exemple de la façon dont une grande puissance émergente occupe militairement un territoire stratégique d’un voisin plus petit. L’Inde a occupé le territoire du Népal pendant les six dernières décennies avant que celui-ci ne soit récemment officiellement inclus dans sa carte nationale.

    La valeur stratégique de l’occupation de Kalapani pour l’Inde est avant tout d’obtenir un avantage sur son rival supérieur, la Chine. Dans ce contexte, le Népal pourrait avoir besoin tactiquement de coopérer avec la Chine pendant la dispute sur l’agression indienne afin d’exploiter les contradictions. Depuis la guerre de 1962, la Chine a dépassé l’Inde en termes de force économique et militaire. C’est pourquoi l’Inde a peut-être occupé Kalapani afin d’obtenir un avantage militaro-industrielle sur la Chine.

    Quels que soient les exigences et les objectifs de l’Inde, Limpiadhura, Kalapani, c’est la source du fleuve Mahakali qui, selon le traité de Sugauli, constitue la frontière du Népal. Une autre raison de l’occupation de cette région par l’Inde est son accessibilité par rapport aux autres montagnes environnantes. Cela offre un excellent emplacement pour une base militaire indienne. La revendication du Népal est soutenue par le traité signé entre le Népal et la Chine le 20 mars 1960. Dans ce contexte, la Chine pourrait soutenir positivement la revendication du Népal et en même temps terminer le différend avec l’Inde.

    Des experts en eau du Népal et de la Grande-Bretagne avaient publié en 1916 le fait que le fleuve Kutiyangdi, qui traverse Limpiadhura, est le fleuve Mahakali. Toutes les cartes publiées entre 1818 et 1856 montrent que le même fleuve est à l’origine de la rivière Mahakali. Dans le traité avec la Chine, la même preuve a été donnée pour accepter le fleuve comme une ligne à trois frontières. Toutes ces preuves parlent pour le Népal, mais l’Inde a déformé les faits et les chiffres pour statuer un exemple de son hégémonie sur le Népal. Le Népal s’était défendu contre la Chine et l’Inde lorsqu’elles ont convenu en 2015, sans consultation avec le Népal, de faire de Lipulekh le point d’échange commercial entre les deux pays.

    Le Népal a élevé la voix pour ramener le pays occupé, et des gens de tous horizons soutiennent la position du Népal. Cependant, le gouvernement actuel a été très lent et n’a pas poursuivi l’affaire avec une grande urgence. Nous voulons que le gouvernement agisse avec fermeté et détermination. Si l’Inde ne vient pas à la table des négociations, le Népal devrait internationaliser la question et la porter devant l’ASACR [Association sud-asiatique de coopération régionale], l’ONU et les forums internationaux. Les cartes publiées avant et après le traité de Sugauli de 1860 se trouvent à la Library of Congress, Washington, et à la British Library, Londres, ainsi que dans les bibliothèques de Chine, d’Inde et de Russie. Maintenant, certaines personnes au Népal ont également emporté des copies de ces cartes pour les remettre au gouvernement népalais. Le fait que le fleuve qui prend sa source à Limpiadhura soit le Kalinadi est également étayé par les bases des sciences de l’eau. Le recensement de 1964 prouve également que l’ensemble du Kalapani est une région du Népal. Lors des élections de 1958, les habitants de Kalapani ont voté pour les candidats de différents partis népalais. La liste électorale de cette année-là est toujours une preuve certaine de soutien à la revendication népalaise. Toutes ces preuves et documents sont suffisants pour une contre-réaction à l’Inde, pour récupérer le pays occupé par l’Inde avec suspension de toutes les normes pour les relations internationales.

    Signataires (en date du 25/3 2020, d’autres signataires sont possibles):

    1. ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    2. CPK   Communist Party of Kenya (Parti communiste de Kenya)
    3. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    4. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    5. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    6. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    7. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    8. Ranjbaran   Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    9. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    10. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    11. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine
    12. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    13. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    14. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    15. MIKSZ   Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    16. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    17. KSC-CSSP   Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque
    18. TIKB   Türkiye İhtilalci Komünistler Birliği (Union de communistes révolutionnaires de Turquie)
    19. TKP-ML   Türkiye Komünist Partisi – Marksist-Leninist (Parti communiste de Turquie – marxiste-léniniste)
    20. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    21. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    22. MLP   Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    23. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    24. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    25. BDP   Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
    26. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    27. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
    28. CPA/ML   Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))