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  • 100 millions sinon rien. – Première partie.

    100 millions sinon rien. – Première partie.

    Un PCF qui s’approche des 5% semble suffire à réveiller de vieux démons chez les réactionnaires et les bourgeois. L’anticommunisme atavique se dresse dès qu’il flaire son ennemi.
    Invité sur le plateau des « Grandes Gueules », le 21 mai, le candidat du PCF aux élections européennes, Ian Brossat, a été pris à partie par le journaliste sportif et chroniqueur Daniel Riolo. Celui-ci a affirmé que le PCF avait collaboré avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
    « On ne va pas avoir un débat historique. Le général de Gaulle a sauvé le Parti communiste après la guerre en l’intégrant au pouvoir décisionnel alors qu’il avait complètement collaboré. » Cette falsification de l’histoire, nourrie de raccourcis, à la vie dure. Elle tend à faire oublier l’importance fondamentale des communistes, avant même l’entrée en guerre de l’URSS, dans toutes les résistances à l’occupation allemande et au fascisme, y compris au sein des camps de concentration. Elle surfe sur le mythe d’un monopole gaulliste de la Résistance intérieure, monopole construit a posteriori.

    L’affront a fait bondir Ian Brossat, à juste titre. Mais si les propos d’un journaliste sportif peuvent passer pour une bêtise nourrie d’anticommunisme, d’autres cas sont plus inquiétants.
    Un jour avant, le 20 mai, Nicolas Lecaussin publiait dans Le Figaro, une tribune intitulée « Le communisme français, un cadavre qui bouge encore, hélas ». Le directeur de l’Institut de Recherches Économiques et Fiscales déclarait, en somme, que « le communisme aurait dû depuis longtemps sortir de l’histoire.Et ce n’est pas à l’honneur de la France d’avoir toujours un parti communiste…» 
    Puisque M. Lecaussin prend la peine d’intervenir sur un si grand média, nous ne pouvons que prendre la plume pour lui répondre. 

    En tout premier lieu, nous plaignons quelque peu Nicolas Lecaussin. Sa terreur, son effroi, envers le communisme semble sincère. Devant la candidature du PCF, autour d’un programme plus que timoré, semble déjà lui donner des sueurs. Espérons qu’il ne sache pas que d’autres sont bien pires. Et qu’ils assument. 

    Car il est difficile de penser que l’« Europe des Gens, pas l’Europe de l’Argent » soit une émanation pure et dure du marxisme-léninisme, du bolchevisme. D’ailleurs, l’auteur de cette diatribe est rapidement en souffrance lorsqu’il doit avancer des arguments pour la caractériser ainsi. Il se contente alors cette unique passe d’armes : « Toujours la même rengaine contre «le marché, la concurrence, l’austérité…». C’est toujours l’Etat qui résout tout, pas de salut ni solutions hors les services publics, haro sur les banques, les entreprises et bien entendu les riches, qui doivent être punis.» 
    Le Figaro, avec ses 5 699 521 € d’aides d’Etat versées par an, ce qui en fait le 3e journal le plus subventionné de France, pourrait au moins avoir la politesse de se débrouiller seul avant de cracher dans la soupe des finances publiques. 

    Indépendamment de cela, nous sommes loin de voir renaître un discours de dictature du prolétariat. Mais s’en est déjà trop pour notre homme, pour qui Ian Brossat et « son programme repren[nent] les formules creuses et les propositions éculées du PCF. » Nous n’allons pas essayer ici de défendre celui-ci, que ous jugeons inadapté. En revanche, cela ne singifie pas qu’on accepte de recevoir les crachats d’ignares.

    Donc, à ses yeux, le gentillet adjoint à la mairie de Paris traîne avec lui les cadavres de dizaines de millions de morts… Sauf que l’accusateur semble bien en peine de nous en dire plus. 

    Un accusateur à la peine.


    Quelque part, nous avons un peu de peine, en lisant la prose de M. Lecaussin. Malgré la charge véhémente qu’il adresse, en termes orduriers, au PCF, à M. Brossat et au communisme, il semble hésitant. Les terribles coups qu’il entend porter semblent mal assurés. Et pour cause. 
    « Des dizaines de millions de morts » ; « Comme si l’on avait gommé tout simplement les dizaines de millions de morts. » ; « une idéologie ayant entassé les cadavres. » Voilà des arguments qui reposent sur des preuves scientifiques dûment étayées. Et pour cause, notre compère est un fin historien.

    Les auteurs qu’il cite, pour se donner une contenance, sont des têtes connues. Marc Lazar, auteur de l’ouvrage Le Communisme, une passion française, sorti en 2002. L’omniprésent Livre noir, de Stéphane Courtois, mais aussi Thierry Wolton. 

    Si le premier est un petit réactionnaire assez inoffensif, un disciple de François Furet sans envergure, les deux autres méritent qu’on s’y attarde.

    Le Livre noir, publié en 1997, est toujours un cheval de bataille au centre de l’anticommunisme français et international. Un cheval cependant bien décati, car plus aucun universitaire sérieux ne l’emploie, tant les analyses de son directeur sont tirées par les cheveux. Même plusieurs rédacteurs ont choisi, par la suite de s’en détacher, en fustigeant l’obession des 100 000 000 de morts. Nicolas Werth, par exemple, auteur de la plus grande partie de l’ouvrage, s’en est détaché, du fait des incohérences de la direction. En effet, celui qui avait écrit « Goulag, les vrais chiffres », ramenant à sa juste proportion le système carcéral soviétique, se retouvait cité au milieu de fanatiques anticommunistes.

    M. Lecaussin, par ailleurs, se garde bien de donner un chiffre, soit parce qu’il ne sait pas, soit parce qu’il ne sait que trop bien combien ses sources sont fragiles, et combien il est risqué de tracer un bilan mal assuré. Pourtant, les sources, elles, ne manquent pas. Il est aisé de trouver les écrits d’A. Blum ; de S. Fitzpatrick ou même de simplement ouvrir un de nombreux livres de N. Werth pour avancer des chiffres qui, à défaut d’être correctement utilisés, aurait au moins eu le mérite d’être justes d’un point de vue comptable. 

    Le troisème larron de M. Lecaussin, Thierry Wolton, mérite qu’on s’y attarde un moment. En effet, cet auteur a été au centre de tellement de controverses que nous sommes bien en peine de les lister. S’il a été soutenu par les historiens réactionnaires A. Kreigel et F. Furet, bien d’autres l’ont brocardé avec véhémence. Obsédé par une conspiration du Komintern, T. Woltan cherche longuement à démontrer, au travers de raisonnements au second ou au troisième degré, que Jean Moulin était un agent soviétique. 


    Pierre Vidal-Naquet considère que T. Woltan au travers de ses attaques contre le communisme et contre Jean Moulin, sa bête noire, fait œuvre de « révisionnisme mou », et que le fond de sa pensée était constitué de ses « intentions de réhabiliter Vichy ». Il l’a également accusé d’être « un falsificateur du genre de Faurisson ». Dans son ouvrage Douze leçons sur l’histoire, A. Prost prend même l’exemple de T. Wolton comme représentation du non-historien. Il a qualifié ses méthodes de « peu rigoureuses » et son travail de « prétendument historique. » François Bérida en parle également comme auteur peu rigoureux et commutant régulièrement des contre-vérités.

    La dernière œuvre de cet historien décidément fort peu admiré de ses pairs est un triptyque sur l’histoire du communisme. Les titres sont éloquents. Un tome 1, nommé les bourreaux, sur la direction des partis communistes. Un tome 2, nommé les victimes, sur les habitants des pays dirigés par ces mêmes partis. Un tome 3, en préparation, les complices, sur l’admiration du communisme par des intellectuels engagés. 
    Les historiens de garde, pour reprendre l’expression employée par William Blanc, Aurore Chéry et Christophe Naudin dans leur ouvrage éponyme, sont les références de M. Lecaussin. Ces « historiens », plus portés sur l’histotainement le divertissement historique, que sur l’étude de l’histoire elle-même, forment un fer de lance redoutable. Les noms de Lorànt Deutsch, Stephane Bern ou Patrick Buisson reviennent sans cesse chez ces royalistes, ces réactionnaires, qui maquillent l’histoire. Au nom d’une liberté de la science, ils escamotent ce qui ne sert pas leur chapelle et grossissent le trait de ce qui les arrangent. 

    Voici donc la base scientifique qui sous-tend la pensée de M. Lecaussin.


    Contrairement à ce que pense M. Lecaussin, nous, communiste, sommes particulièrement attentifs à l’actualité de la recherche concernant l’histoire des expériences socialistes. Il s’agit d’un matériel dont nous avons besoin pour permettre de déterminer les erreurs, les fautes et les manques que les communistes d’alors ont pu commettre. Nous avons besoin également de connaître quels succès ont été réalisés, quelles avancées. Parfois, le bilan est dur à accepter, par rapport à la promesse du paradis socialiste, mais nous l’acceptons, car nous ne nous nourrissons pas de mythes et d’invention.

    C’est pour cela que nous ne lisons pas que ce qui est le fruit de notre chapelle. Aujourd’hui, de plus, avec l’ouverture des archives soviétiques, l’évolution de l’historiographie tend, en dernière analyse, à éliminer les thèses totalitaires des années 50-60 aux USA, ou des années 90 en France.
    Aujourd’hui, les recherches actuelles dressent un portrait incomparablement plus flatteur de l’Union soviétique qu’à l’époque des inventions de Robert Conquest, des mensonges de Khrouchtchev, des racontars de Trotski ou des délires de Courtois. Les dizaines de millions de morts du Goulag ou des purges se sont évaporés. 

    Les travaux actuels de S. Fitzpatrick, de A. Getty ou de S. Wheatcroft tendent à remettre les pendules à l’heure. Peut-être ceux de M. Tauger, sur les transformations de l’agricultre soviétique et sur la famine en Ukraine, de G. Furr sur les rapports entre le NKVD et la direction de l’Etat, permettront d’obtenir une nouvelle rupture historiographique. 

    En revanche, nous pouvons vois que notre auteur semble bien mal inspiré d’étaler sa science. Car une construction si mal étayée tombe bien vite en ruine, d’autant que lui-même, en prenant position, oublie de balayer devant sa porte. En termes de comptabilité morbide, son propre camp est loin d’être à la traîne.

  • Sur la Dictature du Prolétariat – VII – Contre les anciens bourgeois et les nouveaux.

    Sur la Dictature du Prolétariat – VII – Contre les anciens bourgeois et les nouveaux.

    Contre les anciens bourgeois et les nouveaux.

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    L’histoire et les rapports sociaux ne s’écrivent pas en un jour. La victoire de la révolution prolétarienne sur près de la moitié de la planète s’est retrouvée réduite à néant. C’est là l’une des grandes tragédies de l’histoire contemporaine. Une victoire considérée comme acquise, balayée par la restauration du capitalisme. La bourgeoisie s’est emparée de ces déboires pour en faire une illustration d’une « faillite génétique du système communiste. »

    La chute de l’URSS, du camp socialiste, la restauration du capitalisme en Chine Populaire, tout ceci s’est mué en argument massue.

    Cet argumentaire a été, involontairement, appuyé par les révisionnistes. Indépendamment de son courage pendant la guerre d’Algérie, face à l’impérialisme français, le livre d’Henri Alleg Le grand bond en arrière: reportage dans une Russie de ruines et d’espérance publié en 1998, est illustratif. La restauration apparaît comme un phénomène incompréhensible, imprévisible, impossible à prévoir. Elle est décrite comme le fait d’une clique d’opportunistes, d’une poignée d’agents de la restauration du capitalisme.

    Elle n’est pas vue comme une conséquence d’un processus dont le point de bascule fut la déstalinisation. Accuser Ielstine d’être le responsable de la fin de l’URSS revient à nier le processus qui lui a permis de l’effectuer. Rejeter la faute sur Gorbatchev, en faire le diable lui-même, revient, là aussi, à observer une écume de surface pour comprendre les abysses.

    Pourtant étudier cette question est un des points essentiels pour comprendre la plus grande défaite de la classe ouvrière.

    Cela d’ailleurs ne peut amener qu’à une parenthèse fascinante sur l’état d’esprit politique des forces révisionnistes actuelles.

    D’une part se trouvent celles qui ont définitivement rejeté le socialisme, qui prennent fait et cause pour le réformisme, pour la social-démocratie, qui rejettent l’URSS, la dictature du prolétariat, la révolution. La direction du PCF fait partie de ce groupe. Dans un sens, sa position, fausse, est néanmoins cohérente.

    La position des « léninistes » orbitant autour du PCF, quant à elle, est nettement plus ambigüe. Bien souvent, les membres de ces organisations défendent Staline contre les positions pro-1956. Mais d’une part, la défense est purement cosmétique, de l’autre elle est paradoxale. Cosmétique car elle ne s’accompagne pas de conclusions politiques et organisationnelles. Paradoxale car elle implique certaines choses. Bien que rejetant généralement Mao Zedong, les tenants de cette position soutiennent les critiques d’Enver Hoxha sur la déviation soviétique. Mais ils escamotent le fait que le PCF s’est porté en première ligne de l’attaque contre le Parti du Travail Albanais. Ils escamotent la contre attaque commune sino-albanaise contre la ligne déviationniste de l’organisation française. Par ce fait, ils ne condamnent qu’en surface les thèses fausses du PCF, qu’ils se refusent à expliciter. Cette position est une impasse idéologique et organisationnelle.

    La dictature du prolétariat n’est pas qu’un mot jeté en l’air, qu’un fétiche. Elle correspond, sous le socialisme, à une lutte intense, frontale entre une bourgeoisie toujours puissante, toujours ancrée dans la société, toujours maîtresse et experte, face à un prolétariat qui n’a qu’un avantage limité sur son ennemi. Ce sont des aspects déjà évoqués plus haut.

    Mais cette lutte des classes sous le socialisme ne se contente pas d’une simple lutte contre les ennemis d’hier. Elle se poursuit contre la génération, spontanée, d’autres ennemis du socialisme et du communisme, ainsi Lénine dans, La maladie infantile du communisme. 1920 : « La dictature du prolétariat, c’est la guerre la plus héroïque et la plus implacable de la nouvelle classe contre un ennemi plus puissant, contre la bourgeoisie dont la résistance est décuplée du fait de son renversement (ne fût-ce que dans un seul pays) et dont la puissance ne réside pas seulement dans la force du capital international, dans la force et la solidité des liaisons internationales de la bourgeoisie, mais encore dans la force de l’habitude, dans la force de la petite production. Car, malheureusement, il reste encore au monde une très, très grande quantité de petite production : or, la petite production engendre le capitalisme et la bourgeoisie constamment, chaque jour, à chaque heure, d’une manière spontanée et dans de vastes proportions. Pour toutes ces raisons, la dictature du prolétariat est indispensable. » (Lénine. 1920)

    Relâcher, comme le prônent les anarchistes, la dictature du prolétariat, laisser le libéralisme régner, cela revient à encourager la bourgeoisie à se reconstruire et à se restaurer. En URSS, le poids de la guerre, les concessions qui ont du être accordées par le régime, ont entrainé un relâchement de la lutte des classes aigüe qui caractérisait les années 30.

    Pour reprendre ce que nous écrivions dans notre brochure : 9 mai 1945 : n’oublions jamais l’URSS.

    « Dans cette terrible épreuve, le régime soviétique a opéré une manœuvre en tenaille contre ses ennemis. Il a durci le ton face aux agents du défaitisme, face à la Vème colonne fasciste en son sein, face aux capitulards, aux bonapartistes, aux traitres. Sans les grandes purges, il est douteux que l’URSS n’ait pas eu à faire face à des trahisons, des défections, des contre-révolutions.

    Mais il a du également faire des compromis vers certaines couches de la population, pourtant ciblées par la lutte des classes. Les ingénieurs en chef, les généraux, les directeurs d’usines, les experts en tous genres ont bénéficiés d’un relâchement.

    Ces concessions étaient le fruit de l’urgence, de la nécessité, de l’importance de faire bloc contre la menace de guerre et contre sa concrétisation.

    La constitution de 1935, par exemple, illustre ce bloc national : la lutte des classes est moins mise en avant. Le Parti Communiste est présenté, à certains moments, comme le Parti du Peuple tout entier. En somme un bloc se prépare. Il se paie déjà par certains reculs, issus des tendances réactionnaires présentes au sein de la société.

    Ainsi, à partir de fin 1942, le NKVD relâche son contrôle sur l’armée. Les grades et le statut d’officier sont rétablis. Anthony Beevor et Alexander Werth mentionnent même les « fils d’or » utilisés pour fabriquer les épaulettes des généraux. Surtout, le statut de commissaire politique devient non-contraignant et uniquement « éducatif ».

    Des ingénieurs en chef, condamnés dans les années 30, sont libérés de prison et remis à la tête de leurs usines. De même pour des officiers peu fiables, élevés à l’école tsariste.

    Le Parti Communiste favorise l’entrée, comme une récompense, à de nombreux soldats, de nombreux officiers, en somme à une base sociale qui se déprolétarise.

    Tout ceci s’est payé, chèrement.

    Dès la fin de la guerre, la direction du PCUS resserre l’étau autour des éléments douteux. Mais le pays est épuisé, il n’aspire qu’à la paix, il n’aspire qu’à panser ses plaies. Un mouvement de masse, une phase aigue de la lutte des classes, ne paraissent pas possible.

    Au moment où l’URSS apparaît à son zénith, sa direction se contamine de révisionnistes, de réformistes, de militaires, qui formeront l’ossature du régime Khrouchtchévien, du régime Brejnévien.

    L’aile gauche du Parti Communiste s’est ainsi retrouvée minoritaire, repoussée, et finalement balayée lors de la vacance du pouvoir causée par le décès de J. Staline.

    Le PCUS devenu révisionniste, bon nombre de partis lui emboitèrent le pas, trop heureux de voir leurs propres déviations validées. » (UCL. 2017)

    Sur le sujet, en 1969, Enver Hoxha s’exprimait ainsi :  » Le révisionnisme Khrushcheviste en Union soviétique a subi plusieurs étapes, en conformité avec lequel ses formes, ses  méthodes et sa tactique de lutte et l’action pour effectuer en pratique son cours anti-marxiste et déloyal et le camoufler, ont aussi changés (…)

    Dans le domaine idéologique les révisionnistes ont remplacé les idées et la ligne cohérente marxiste-léniniste de Staline sur toutes les questions fondamentales avec les idées et la ligne antimarxiste du  révisionnisme moderne. Les opportunistes et Trotskistes divers, Bukharinistes et les ennemis Zinovievistes, les nationalistes et les autres, en Union soviétique ont été proclamés comme ‘les victimes de Staline’ et ont été  placés sur le piédestal des ‘martyrs’ et des ‘héros’… Ils ont lancé le slogan d’unité avec les social-démocraties à l’échelle nationale et internationale ‘dans la lutte commune pour le socialisme,’ et la voie a été pavée pour le rapprochement complet idéologique, politique et organisationnel et la fusion des partis communistes avec les partis sociaux-démocrates (…) » (Hoxha. 1969)

    Les attaques contre les abus de Staline n’ont servi qu’à une seule et unique chose : saper la base de la dictature du prolétariat et de la lutte interne menée au sein de l’URSS, pour la remplacer, en catimini, par la conciliation de classe, par la démagogie, par l’endormissement des travailleurs, persuadés d’être définitivement victorieux. En réhabilitant les « victimes du stalinisme », en prétendant améliorer le marxisme-léninisme, les révisionnistes n’ont pas réhabilité des individus, ils ont réhabilité des lignes politiques droitières, restauratrices du capitalisme.

    Les agents de Khrouchtchev ont purement et simplement liquidé la dictature du prolétariat.

    « Dans le domaine politique Khrouchtchev et son groupe ont sali et ont renoncé à la théorie marxiste-léniniste et à la pratique de la lutte des classes et à la dictature du prolétariat, l’appelant ‘une altération staliniste’ et proclamant la période entière historique de la direction de Staline ‘une période sombre, anti-démocratique, une période des violations de la légalité socialiste, de terreur et de meurtres, de prisons et de camps de concentration.’ La route a été ainsi ouverte pour la liquidation de la dictature du prolétariat et pour son remplacement par la dictature bureaucratique et contre-révolutionnaire de la nouvelle aristocratie ‘socialiste’ qui est née et se développait, tout cela étant couvert de slogans trompeurs de ‘démocratisation’ et de ‘la restauration de la liberté et  la justice socialiste’ prétendument ‘perdue et  maintenant regagnée.’ » (Hoxha. 1969)

    Nikita Khrouchtchev s’est fait un nom comme commissaire politique à Stalingrad, se couvrant des lauriers de la gloire. Il s’y est fait des amis, également, membres de l’armée, crypto-bonapartistes, favorables au retour du rôle des officiers. Derrière ces officiers se trouvaient des membres du Parti et des ingénieurs en chef, tous horrifiés, fondamentalement, à l’idée de perdre les privilèges acquis lors de la guerre. Terrifiés également d’avoir à faire face à de nouvelles purges, lesquelles démasqueraient certainement leurs petits « à-côté », leurs abus, leurs petits royaumes.

    Ces individus, que la lutte des classes aurait du désigner pour une réhabilitation et une rééducation par un travail prolétarien, ont fait leur nid, ont tissé leurs toiles, ont entamé un travail de sape pour occuper les postes politiques, pour en chasser les camarades honnêtes et sincères. Ils n’ont pas agi que pour se doter de places, ils ont transformé économiquement l’URSS, stoppant la progression du socialisme.

    « Dans le domaine économique, les Khrushchevistes ont déclaré comme faux et incorrect la ligne de Staline et les méthodes de développement et la gestion de l’économie socialiste dans toutes les branches, particulièrement dans celui de l’agriculture, et ont rejeté les directives de Staline sur la nouvelle amélioration et le développement des relations socialistes de production dans la période historique de la transition du socialisme au communisme et, cela sous le prétexte de surmonter  ‘la stagnation’  de l’économie et les difficultés prétendument créées suite à la ligne ‘dogmatique’ de  Staline, entreprise par une série de ‘réformes’ qui ont frayé la voie à la dégénération graduelle de l’ordre socialiste économique et à l’opération non contrôlée des lois économiques du capitalisme. » (Hoxha. 1969)

    Voilà donc le noeud central du problème, que les « communistes  » fidèles à l’URSS jusqu’au bout. La transformation des rapports économiques, la monétarisation des échanges au sein de l’Union Soviétique, l’accroissement des écarts de salaires, du niveau de vie. Au lieu de suivre la ligne du développement harmonieux de l’économie, combinant alliance des ouvriers et des paysans avec le respect des forces de la nature, les révisionnistes ont réintroduit, en fraude, des rapports de types capitalistes.

    C’est là le facteur qui, in fine fut fatal à l’Union Soviétique. C’est celui qui transforma une URSS capable de rattraper et de dépasser les pays capitalistes en une loque, victime de la stagnation économique, pourrie par le poids du complexe-militaro industriel, véritable parasite.

    Voilà une illustration de ce qui se déroule lorsque l’étau de fer de la dictature du prolétariat est relâché alors que la bourgeoisie n’est pas encore vaincue. Voilà à quel drame est arrivé l’Union Soviétique, voyant l’ennemi reprendre vie au sein de son propre corps.

    Quant à la Chine, l’auteur Tchang Tchouen-Kiao s’exprime ainsi, en 1975, alors que la clique de bandits de Deng Xiaoping est à l’orée du pouvoir : «En effet, de nouveaux éléments bourgeois sont apparus les uns après les autres. Ils sont personnifiés par la clique des renégats Khrouchtchev et Brejnev. En général de très bonne origine de classe, ces gens-là ont presque tous grandi sous le drapeau rouge, ont adhéré du point de vue de l’organisation au Parti communiste, ont été formés dans les universités, et sont devenus de prétendus experts rouges. Or, ils sont de nouvelles herbes vénéneuses nées sur le vieil humus du capitalisme. Après avoir trahi leur propre classe, usurpé la direction du Parti et de l’État et restauré le capitalisme, ils sont devenus les chefs de file de la dictature qu’exerce la bourgeoisie sur le prolétariat, réussissant dans une entreprise où Hitler avait échoué. Le spoutnik lancé, le drapeau rouge est tombé» : cette expérience historique, nous ne devons jamais l’oublier, et surtout pas au moment où nous nous efforçons d’édifier un puissant pays ». (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)

    Cette conclusion de la part de Tchang Tchouen-Kiao est à la fois d’une justesse terrible tout comme un constat glaçant : la bourgeoisie cherche à renaître systématiquement. Elle est non seulement un danger permanent, elle est le plus redoutable. Un ennemi en uniforme est un ennemi qui se voit, qui se désigne, qui peut être chassé. Lorsque l’ennemi se vêt comme l’allié, lorsqu’il parle comme l’allié, lorsqu’il prétend être l’allié, il devient le plus redoutable.

    « L’expérience historique nous apprend également que, devant les victoires que la dictature du prolétariat remporte l’une après l’autre, la bourgeoisie fait mine d’accepter cette dictature, mais qu’elle ne travaille pas moins, dans ses actes, à restaurer la dictature de la bourgeoisie. C’est justement ce qu’ont fait Khrouchtchev et Brejnev. Ils n’ont pas changé le nom des Soviets, ni celui du Parti de Lénine, ni celui des Républiques socialistes. Pourtant sous le couvert de ces appellations qu’ils conservent, ils ont vidé la dictature du prolétariat de son contenu, et en ont fait une dictature de la bourgeoisie monopoliste opposée aux Soviets, au Parti de Lénine et aux Républiques socialistes. Ils ont avancé un programme d’État du peuple tout entier et de parti du peuple tout entier, programme révisionniste trahissant ouvertement le marxisme. » (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)

    La force du révisionnisme en URSS a résidé dans le fait de prétendre accompagner la dictature du prolétariat et la ligne du Parti, contrairement aux cliques de Trotski et de Boukharine qui s’y opposaient. L’un des thèmes favoris de ces renégats fut le fait de clamer que le Parti Communiste était devenu le « Parti du peuple tout entier. » C’est là leur point d’attaque principal. Certaines organisations prétendent que la responsabilité en revient à Staline, qui, dans le milieu des années 1930, avait été le premier à employer ce terme. Il s’agit là d’un débat qui mérite qu’on ouvre une parenthèse rapide. Lorsque Staline évoque « le Parti du peuple tout entier », il le fait dans un contexte de marche à la guerre, de besoin de souder les rangs en prévision du titanesque conflit qui s’annonce. Cette déclaration est faite de manière publique, à destination de l’ensemble de la population soviétique, elle n’est pas une thèse interne au Parti Communiste d’Union Soviétique. Si elle temporise la lutte des classes menée fermement au début des années 30, elle ne s’accompagne pas moins d’un gigantesque mouvement de lutte contre la cinquième colonne fasciste au sein de l’URSS. Elle forme donc une déclaration diplomatique, non une thèse politique. C’est là où le travail sur les sources prend tout son sens.

    La lecture de l’ouvrage les problèmes économiques du socialisme en URSS de 1952 illustrent le fait que l’aile gauche du PC(b)US, et Staline en chef, avaient une conscience particulièrement précise de la menace interne à l’URSS. Cette menace s’est, hélas, concrétisée de la manière la plus brutale. Mais là où Staline déclarait un message de temporisation, les Khrouchtchev et les Brejnev en ont fait une théorie : la lutte des classes est terminée.

    « Pareilles choses se sont aussi produites dans notre pays. Liou Chao-chi et Lin Piao n’ont pas simplement propagé la théorie de «l’extinction de la lutte de classes» ; quand ils réprimaient la révolution, ils ont agité ce même drapeau. Lin Piao n’avait-il pas un mémento en quatre points dont l’un s’énonçait : «ne jamais oublier la dictature du prolétariat» ? En effet, il ne l’oubliait jamais, seulement il convient d’insérer ici le mot «renverser», ce qui donne : «ne jamais oublier de renverser la dictature du prolétariat». Selon les propres aveux de ces gens-là, il s’agissait d’«attaquer les forces du président Mao en arborant le drapeau au président Mao». Parfois, ils se montrent «soumis» au prolétariat et même affichent un air plus révolutionnaire que quiconque, lançant des mots d’ordre «de gauche» pour fomenter des troubles et mener des activités de sape. » (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)

    En Chine également, la même situation s’est produite. Ce n’est pas par l’hostilité, mais bien par l’insinuation et le sabotage interne que s’est mise en branle la terrible lutte. Si en URSS, la carte de la modération et de la douceur a été portée par l’aile droite, en Chine, Lin Piao et Liu Shaoqi se sont drapés dans l’étendard de la révolution. Le premier en se prétendant le fer de lance de la dictature démocratique du peuple, le second en prétendant incarner la perfection. L’un comme l’autre ont usé de mots d’ordre « de gauche » pour agir à droite, pour saper le travail de construction du socialisme.

    Les révisionnistes et les saboteurs n’ont négligé aucun terrain d’action, fut-ce t-il culturel comme économique ou juridique. Cependant, chacun de leurs pas allaient dans la direction de la restauration du capitalisme.

    « Tu veux la transformation socialiste ? Il prétend consolider l’ordre de démocratie nouvelle. Tu veux l’établissement des coopératives et des communes populaires ? Il dit que c’est trop tôt. Tu estimes qu’il faut faire la révolution dans l’art et la littérature ? Il soutient que présenter quelques pièces de fantômes ne fera aucun mal. Tu veux restreindre le droit bourgeois ? Il le trouve excellent et dit qu’il faut plutôt l’élargir. Ces champions des vieilleries bourdonnent, tel un essaim de mouches, autour de ce que Marx dénommait les «stigmates» et les «défauts» de l’ancienne société. Ils portent un intérêt tout particulier à prêcher aux jeunes et aux adolescents, en profitant de leur inexpérience, que le stimulant matériel est comme un fromage fermenté qui, s’il sent fort, n’en est pas moins savoureux. » (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)

    La dictature du prolétariat n’est pas un luxe, n’est pas une simple promenade heureuse. Elle est une lutte menée, dure, exigeante, contre les ennemis du prolétariat et du pouvoir populaire. Comme mentionné dans la partie précédente, la lutte est constante, et, surtout, il n’existe aucune garantie formelle ou organisationnelle qui puisse permettre de s’assurer d’une absence de déviation idéologique et politique.

    Dans les expériences menées par l’URSS et la Chine, deux méthodes de lutte ont été mise en œuvre, l’une et l’autre avec leurs succès et leurs revers. Avant toute chose, il ne faut surtout pas oublier que la construction du socialisme est une expérimentation. Il s’agit probablement de l’aspect le plus important de cette brochure. Contrairement à un examen en université, où une note ainsi qu’une une correction est donnée, au sein de la lutte des classe réelle il n’existe ni corrigé, ni note. Les erreur se paient cher, par des pertes et des fleuves de sang.

    Opérer un rejet de la Chine et de l’URSS sur la base de leurs imperfections et d’un argument téléologique du type de « si il y a eu échec, cela signifie que tout était pourri », est dangereux et contre-productif. Aujourd’hui, le mouvement révolutionnaire et le mouvement ouvrier bute sur des écueils déjà résolus par le passé, mais dont la mémoire fut écartée. Connaître son histoire permet de ne pas avoir son seul âge propre, de n’être pétri que de sa propre expérience et de son unique vécu, mais de bénéficier de celui-ci doublé de l’âge et de l’expérience entière de l’humanité.

    L’image de Staline est marquée par la question des purges au sein du Parti Communiste d’Union Soviétique. Purges qui ont frappé un certain nombre de militants de cette organisation. Il s’agit souvent, dans l’historiographie bourgeoise, d’événements qui sont mis en avant comme la volonté d’un seul homme d’aboutir à un pouvoir absolu. Cette compréhension idéaliste des choses est éloignée de la vérité. A ce sujet et au sujet des opérations menées par l’opposition au socialisme en URSS, la lecture de l’ouvrage de Michel Sayers et Albert E. Kahn La grande conspiration, la guerre secrète contre la Russie Soviétique (1947) est particulièrement enrichissant. Sur la base des rapports d’enquête de la part de la police soviétique, mais également de source disponibles pour le grand public (ouvrages de Trotski, de Goebbels, mémoires d’espions, câbles diplomatiques…), les auteurs entreprennent de défricher une grande partie des affaires internes de l’URSS, particulièrement celles relatives aux purges.

    Les purges sont le reflet de la lutte des classes au sein des partis communistes. Le fait qu’elles soulèvent les cœurs, qu’elles entraînent une réaction de rejet, est tout à fait humain. Nous tendons toujours à pencher du côté de l’opprimé, nous souhaitons tous voir l’accusé innocent -d’autant plus quand celui-ci est la cible d’un Etat ou d’une institution-. La bourgeoisie joue sur cet état de fait, avec brio. Elle réussit même ainsi à faire défendre les oppresseurs et les traitres par leurs victimes. Hélas les bons sentiments n’entraînent pas de victoires. Toujours est-il que plus la lutte des classes avance, plus certaines questions, auparavant secondaires, prennent un aspect principal et, surtout, antagonique. Des individus -même parfois d’anciens camarades- basculent, au fur et à mesure de l’avancée de cette lutte et des transformations, dans un autre camp. Un Boukharine, effrayé par l’avancée de la révolution et par la collectivisation, va ainsi peu à peu rejoindre des cercles, des groupes antibolcheviques, se lier à des ennemis de la révolution.

    Le rôle de tel ou tel individu n’est pas immuable, un révolutionnaire d’un jour peut, lorsque la lutte des classes avance, se muer en ennemi irréductible de la révolution prolétarienne.

    Certains membres du Parti Communiste d’URSS sont parvenus à se constituer des petits royaumes, des empires personnels, des endroits où ils pouvaient agir  en maître. Comme mentionné plus haut, ils ont agité le drapeau rouge, ont fait mine d’agir pour le socialisme, tout en entretenant le marché noir, en fermant les yeux sur les abus, en tirant divers bénéfices et divers profits de leur situation. La dictature du prolétariat leur servait d’argument pour faire taire les récriminations des masses.

    Démasqués, ils furent pourchassés, et punis.

     En URSS, le Parti Communiste procéda d’une manière respectueuse des formes juridiques : les procès. Si aujourd’hui la simple évocation de ceux-ci emplit de méfiance, pour les contemporains, les commentaires étaient tout autres. Ainsi John Davies, ambassadeur des USA en URSS, lui même avocat, décrivit dans son ouvrage Mission à Moscou (1944) ces procès comme appraissant, à ses yeux, une authentique traque faite contre un terrorisme interne.

    Tout examen un tant soit peu sérieux des affaires jugées démontrent qu’elles étaient basées sur une nécessité pressante et urgente de liquider une cinquième colonne politique et militaire. Les procès se sont basés sur une enquête extraordinairement longue. Pour des individus ayant déjà eu un rôle à double face en 1917, comme Zinoviev et Kamenev, ces enquêtes se sont étendues sur 20 ans.

    Le seule véritable reproche qui peut être fait à cette campagne fut son caractère dirigé du haut vers le bas et institué d’une manière bureaucratique. Les masses soviétiques ont observé l’opération d’épuration, sans en être réellement acteurs.

    Lorsque, après 1945, l’offensive des éléments droitiers se fit au grand jour, les masses n’étaient non seulement pas habituées à être mobilisées pour porter la lutte dans le Parti, mais elles étaient également épuisées par la guerre. Cette conjonction fut fatale.

    Cette expérimentation ne fut pas un succès, ce que comprirent les chinois. Ainsi, la réplique fut faite sous la forme de la Révolution Culturelle.

    En 1966, Hongqi, le Drapeau Rouge, journal de la République Populaire de Chine, appelait à la Révolution Culturelle : Cette révolution est une lutte des classes extrêmement aiguë et complexe en vue de l’épanouissement de l’idéologie prolétarienne et de l’élimination de l’idéologie bourgeoise dans les domaines de la superstructure et de l’idéologie. C’est une lutte à mort entre la restauration de la bourgeoisie et la contre-restauration du prolétariat.

    De cette lutte dépendent la question de savoir si la dictature du prolétariat et les bases économiques du socialisme dans notre pays pourront ou non se consolider et se développer, la question de savoir si notre Parti et notre Etat dégénéreront ou non ; de cette lutte dépendent la destinée et l’avenir de notre Parti et de notre Etat et de la révolution mondiale. Nous ne pouvons en aucun cas rester indifférents devant cette lutte.

    Cette lutte contre les Liu Shaoqi et les Lin Piao, les maoïstes l’ont mené en tentant de ne pas reproduire les mêmes insuffisances que durant les purges. Au lieu de lancer un mouvement du « haut vers le bas », cette révolution dans la révolution s’est faite « du bas vers le haut. » Faire feu contre le commandement général si celui-ci trahissait, tel était le mot d’ordre d’alors. Elle se dirigeait également comme un mouvement chargé de balayer la superstructure réactionnaire de la Chine, où le poids du confucianisme, du bouddhisme et du taoïsme impactait l’esprit des masses, les poussant à la soumission.

    Dans les faits, les masses, organisées en comité de gardes rouges, se sont soulevées contre les abus de mandarins, d’hommes de l’appareil, de petits seigneurs rouges. Cette désignation, par les masses elles-mêmes, des ennemis et des faux-alliés, fut une opération extrêmement hardie. Elle s’est basée sur la confiance envers les masses plus que celle envers le Parti.

    Au niveau de la mobilisation et au niveau de l’implication des masses, le phénomène fut un véritable succès. Là où il le fut moins, ce fut dans la désarticulation du Parti Communiste, lequel n’était plus, temporairement, en mesure de jouer un rôle directeur dans la société. L’armée pris alors le relais, menant à la montée d’éléments prosoviétiques ou bonapartistes, à l’image de Lin Piao. La vacance de la direction, due aux morts très rapprochées de Mao et de Zhou Enlaï, laissa un vide au moment du reflux de la Révolution Culturelle. Ce vide fut profitable à la droite du PC, formée d’individus du type de Deng Xiaoping, lesquels se sont rués vers l’opportunité du pouvoir.

    De plus, certains facteurs sont entrés en ligne de compte : dans son ouvrage sur la Chine Populaire La Chine en marche, le journaliste K.S. Karol note qu’une grande part de la nouvelle génération de chinois, nés après la guerre civile, chose qui fait écho à la situation de la génération de soviétiques arrivés à l’âge adulte après la guerre, ne comprennent pas forcément le sens de la dictature du prolétariat. Le journaliste soulignait avec justesse qu’ils n’aspiraient qu’à l’accroissement de l’accès aux biens de consommation, à plus de liberté au sens libéral du terme, à ce que l’ambiance de lutte et de stimulation politique laisse place à un confort matériel plus grand.

    Ce sont là des revendications qui ont un caractère légitime, fondamentalement. Elles sont compréhensibles, cependant elles ont ouvert des brèches pour l’irruption de démagogues, de libéraux camouflés, qui leur ont ultimement offert des cadeaux empoisonnés. Là réside une des grandes tragédies, celle de la lutte entre la satisfaction immédiate des désirs et celles de la satisfaction plus lointaine des besoins.

    Les chinois ont pu -pour une fraction d’entre eux- s’enrichir et devenir une bourgeoisie nouvelle, maquillée de socialisme, qui correspond à celle qui dirige le Parti Communiste Chinois à l’heure actuelle, de même que les grandes firmes d’Etat du type de Norinco.

    Les soviétiques ont eu du soda et du maïs. Ils ont pu avoir l’illusion, par la mise en place de la Division Internationale « Socialiste » du Travail, d’un plus haut niveau de vie. Mais, en bout de piste, ce que leur ont apporté les révisionnistes fut une destruction de l’URSS, la division par deux de leur niveau de vie, 20 ans d’espérance de vie en moins et le retour de la mafia comme de la tuberculose.

    Ces expériences ont illustré deux choses essentielles quant à la dictature du prolétariat : Elle est la continuité de la lutte pour l’exercice réel du pouvoir populaire. Elle est tout aussi essentielle que la révolution elle-même, car sans cela, le prolétariat et son alliance n’a aucune chance de se maintenir et de contrer les tentatives de restauration faites par la bourgeoisie.

    Elle est un bouclier, une épée et un moyen de transformation : un bouclier pour le pouvoir populaire, pour se protéger. Une épée pour frapper la bourgeoisie. Un moyen de transformation pour permettre de mener jusqu’à son terme la lutte des classes.

    Si elle n’est pas parvenue à son terme, cela n’en signifie pas la faillite. Cela en souligne simplement la perfectibilité. Faire une croix sur la dictature comme mode d’exercice du pouvoir, cela revient à vouloir, pour des questions d’image et de morale, sacrifier toutes chances de succès.

    La bourgeoisie le sait, c’est pour cela qu’elle appuie tant ce point et s’échine à maquiller de démocratie sa dictature. Les communistes, eux, ne doivent pas mentir aux masses. Ils ne doivent pas peindre en démocratie leur exercice du pouvoir, ils doivent en expliquer la raison et la nécessité. C’est là que réside la clé de l’adhésion du peuple au nouveau pouvoir.

    « Et toutes ces menées abjectes, ils les camouflent sous une appellation socialiste. Certaines canailles, en se livrant à la spéculation, à la concussion et au vol, ne prétendent-elles pas faire de la coopération socialiste ? Et ces instigateurs criminels qui empoisonnent les jeunes et adolescents, n’affectent-ils pas de témoigner de la sollicitude envers les continuateurs de la cause du communisme ? Il nous faut étudier leurs tactiques et synthétiser notre expérience pour exercer encore plus efficacement la dictature intégrale sur la bourgeoisie. » De la dictature intégrale sur la bourgeoisie. » (Tchang Tchouen-Kiao. 1975)