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  • Que faire de mieux ?

    Que faire de mieux ?

    Dans notre précédent article au sujet de l’assassinat de Nahel et de ses conséquences, nous avons exposé quelques principes qui nous paraissent fondamentaux dans l’appréhension de tout mouvement collectif. L’on peut noter :

    1. Conserver et défendre une autonomie politique de classe dans notre discours, pour que ce dernier ne puisse ni être phagocyté ni participer à celui des réactionnaires.
    2. Faire preuve du discernement requis pour distinguer le nécessaire du contingent, et ne tomber ni dans la déviation gauchiste ni droitière. C’est à dire, éviter autant de projeter avec naïveté nos aspirations et nos frustrations sur la réalité, que de ne pas voir en quoi cette réalité, aussi imparfaite et insatisfaisante soit-elle, peut déjà posséder un caractère politique et populaire. Autrement dit, se prémunir tant de la cécité qui voit du politique là où il n’y en a pas (« tout ce qui bouge est rouge »), que de celle qui ne voit pas là où il y en a (« ce ne sont que de la racaille avide de pillages »).

    Oui, ces émeutes ne sont pas révolutionnaires. Comme nous le notions, il est à déplorer un total manque de direction politique, l’immaturité des mots d’ordre et l’absence d’une conscience de classe. Mais devrions-nous donc, sinon la condamner, simplement regretter cette explosion de colère ? Cette position qui semble plus modérée n’est pourtant pas plus sage. Premièrement, car pour les 2 raisons évoquées plus haut, une telle rhétorique ne reviendrait qu’à avaliser (volontairement ou non) l’ensemble des appels au calme, c’est-à-dire le discours bourgeois anti-populaire. Deuxièmement, car elle ne voit pas en quoi les perspectives de progression ne sont pas dans le rejet des émeutes qui s’observent aujourd’hui, mais dans leur dépassement.

    Quelle est la différence ? Il est indéniable — comme nous l’avons déjà dit — que ce mouvement social fait face à une impasse causée par son manque de construction politique (organisationnel, stratégique, tactique, idéologique, etc.). Cela signifie que la colère qui s’exprime, cette violence, n’est pas canalisée. Elle n’est pas « sauvage », car elle possède indéniablement un contenu politique, mais celui-ci est brut et encore stérile. Cette révolte est spontanée et désorganisée, d’où la proportion importante de dommages collatéraux qui ne peuvent pas être expliqués ou justifiés politiquement. Cependant, le politique est là — ce qui ne veut pas dire qu’il est conscientisé comme tel ou qu’il est suffisant.

    Des observateurs se croient très intelligents en disant que les violences urbaines n’ont plus rien à voir avec Nahel, ou qu’elles reviendraient à salir sa mémoire. Cette « dérive » s’appelle la « montée en généralité » : la colère dépasse le meurtre de Nahel pour révéler celle du prolétariat, plus particulièrement celui des nations dominées de métropole (celles de l’ancien empire colonial français, aujourd’hui néocolonial). L’on apprend également que les pillages ne sont pas politiques car, comme chacun le sait, les intérêts matériels, ou la haine sociale, sont apolitiques. Les pillages n’ont rien de récent dans l’histoire ouvrière, et ont été historiquement plus la norme que l’exception. Rejeter radicalement et violemment un statu quo désigné comme insupportable est toujours politique. Il est normal que ce rejet ne corresponde pas aux catégories misérabilistes ou pacifistes qui séparent la révolte acceptable de l’inacceptable, qui se voit par là déchue de son statut de politique.

    L’on constate à gauche, même chez certains communistes, l’émergence de sentiments bien paradoxaux. Celles et ceux habitués aux invocations les plus enflammées de discours révolutionnaire sont soudainement frappés de modération, et appelle à la pondération et à la retenue. Pourquoi ? Car cette violence et cette colère ne sont pas la leur, ils ne la partagent pas, ou ne l’expriment pas de cette manière, donc ne la reconnaissent pas pour ce qu’elle est. C’est ainsi que la frange du prolétariat aujourd’hui en action se voit destituée de sa nature de classe, et excommunié dans la catégorie du « sous prolétariat » (lumpen prolétariat). Cette analyse est simplement fausse, et très symptomatique d’une déviation de droite (tout comme y voir la révolution déjà là, ou n’avoir un jugement qu’a-critique, est une déviation de gauche). Aujourd’hui, 6 ans après, il est facile d’oublier que les prolétaires ayant participé aux Gilets jaunes ont d’abord été qualifiés par la même gauche qui aujourd’hui regrette l’effervescence d’alors, de petit bourgeois poujadistes et complotistes. Nous y reviendrons.

    Ils ont raison de se révolter, et ils ont raison aussi lorsque la révolte n’est pas optimale ni réfléchie. Comme nous l’avions déjà dit, la liberté et le devoir de critiquer les excès (actes et idées réactionnaires, brutalités antisociales, etc.) et les manquements (absence de projet politique et de stratégie), ne dois pas nous faire dévier de la seule position fondamentalement juste lorsque se déchaîne une révolte prolétaire (car c’est bien ce dont il s’agit) : la défense de l’autonomie politique de classe contre le bloc réactionnaire. Ce combat ne peut tolérer aucune lâcheté ni aucun pessimisme de la part des communistes. Il faut tracer une ligne de démarcation entre notre classe et les liquidateurs-pacificateurs, qu’ils le soient par frayeur des débordements ou par vaine exigence d’un mouvement pur et parfait — idéal sinon rien ! — qui n’existe que dans leur aspiration.

    Les seuls appels au calme audibles sont ceux émis par les collectifs de mères des quartiers concernés. Car elles connaissent l’ampleur de la répression qui vient, dont elles seront directement en première ligne. Cette peur n’est pas moins compréhensible que la colère de leurs fils et filles. Il faut reconnaître qu’elle est autant inévitable que cette dernière.

    À court terme, on ne peut pas s’attendre à des résultats correspondant à l’ampleur de l’énergie déployée. Cela ne veut pas dire qu’elle aura été en pure perte. Il est peu probable que la situation des banlieues s’améliore substantiellement prochainement, mais la plus-value de cette mobilisation doit être attendue ailleurs.

    Les jeunes qui par milliers ont pris la rue les nuits dernières rentreront-ils sagement et définitivement chez eux ? Cet événement — aussi dans ce qu’il a de plus négatif — marque une génération d’une expérience indélébile, c’est une connaissance intime qui ne s’oublie pas. Tous ne sont pas de futurs révolutionnaires, beaucoup en resteront là, certains n’évolueront pas dans un sens plus politiquement construit, mais le terreau existe et ces événements s’y ajoutent. Il en va de même pour tous les mouvements de lutte collective, qu’importe le degré de défaite, car chacun d’eux est une étape inévitable jusqu’à la victoire. Il ne faut pas projeter nos aspirations révolutionnaires sur les quartiers populaires, pas plus que sur les syndicats ou tout autre mouvement populaire. Mais il faut voir le potentiel et les promesses futures qu’il y existe, là aussi.

    Certains s’offusquent car la violence sociale ne brûlerait pas les bons bâtiments ou ne pillerait pas les bons magasins. Ceci serait le révélateur que ces actions n’ont rien de politique et ne serait que strictement récréatives. Il y a trois choses à répondre à cela.

    1. D’abord, il n’y a aucun sens à opposer récréatif et politique, même lorsque le premier peut être contre-productif et empiéter sur le second. Ils ne s’excluent pas, et dans les mobilisations spontanées et désorganisées que l’on observe aujourd’hui, l’un est à attendre avec l’autre. La catharsis d’une colère sociale ne serait-elle politiquement valable et apte à être exprimée violemment que si et seulement si elle est aussi correctement organisée ?
    2. Ensuite, les questions de tactiques sont justes (« Quelles cibles sont prioritaires ? Pourquoi attaquer X ou Y bâtiment ? »), mais restent hors sol lorsque nous parlons d’une révolte spontanée et désorganisée. Cela serait comme reprocher aux luddites de ralentir l’accumulation des forces productives en détruisant des machines, au lieu de s’organiser comme classe relative à celles-ci — le capital, ce qui ne serait pas faux per se, mais politiquement inutile si ce n’est pour concourir aux discours contre-révolutionnaires.
    3. Enfin, ces débats sont condamnés à rester scolastiques s’ils abordent le problème « dans l’abstrait » de « ce qu’il faudrait faire s’il y avait une direction organisée », et surtout, ils apportent de l’eau au mauvais moulin. Qui a aujourd’hui l’autorité pour dire qu’il est bon et révolutionnaire de brûler un commissariat ou une mairie mais qu’il serait mal et autodestructeur s’il s’agit d’une école ou d’une bibliothèque ? Là où nous voulons en venir, c’est qu’il n’y a personne aujourd’hui qui puisse se revendiquer capable de définir quels sont les bons symboles à attaquer, et au contraire ce qui relèverait du bien commun à protéger.

    Le récréatif est l’expression d’une haine de classe profonde, personne n’aime spontanément collectivement piller ou brûler. Ce discours part du principal qui devrait sembler évident qu’il est communément amusant de dépouiller un LIDL ou d’attaquer des institutions d’État. Comment en arrive-t-on là ? Est-ce naturel ? Culturel ? Non. C’est une catharsis de classe qui répond à une haine de classe.

    Cette haine et ce désir de destruction, ce n’est pas une violence apolitique, c’est une violence prolétaire. Beaucoup la ressentent dans leur tripe, cette envie de « tout cramer ». Il paraît si évident que « les jeunes de quartiers populaires veulent tout détruire » que l’on oublie de se rappeler que cela n’a rien d’un allant de soi, et tout d’un problème à poser dont la réponse est là encore que c’est un phénomène de classe. L’aspect prolétaire est principal, là où la dimension culturelle propre à ces quartiers est secondaire, comme toujours, il ne faut pas s’échouer dans la réification des identités — confondre cause et conséquence en utilisant comme explication ce qu’il faut expliquer.

    Les accusations de « mobilisation plus récréative que politique » ne sont pas nouvelles non plus. Les occupants des ronds-points étaient ainsi allègrement qualifiés de « chômeurs buveurs de bière ». Les Blacks blocs « d’étudiants en manque de frisson ». Ou encore les syndicalistes de « fainéants amateurss de barbecue ».

    La gauche radicale a — malgré ses divisions — ses codes. Ainsi, sans que cela ne fasse consensus, pour beaucoup attaquer une banque ou un organisme d’État est positif. Pourquoi ? Car cela revient à s’en prendre aux symboles honnis de l’État et du Capital ! Mais, attention, attaquer une école ou une bibliothèque serait le fin fond de l’erreur ! Pourquoi ? Car cela reviendrait à pénaliser les travailleurs et travailleuses du quartier. Cela peut paraître une évidence, mais cela ne fait que révéler les doubles standards de cette gauche, qui selon que les cibles de l’émeute correspondent à ses codes ou non, se croit capable de différencier le bon du mauvais vandalisme. Une école ne serait pas le lieu de la reproduction sociale de la hiérarchie capitaliste ? Le premier lieu de l’exclusion et de la distinction sociale ? Une institution de contrôle, calibré pour « surveiller et punir » ? La bibliothèque ne serait pas pareillement le temple d’une culture dominante, légitime, qui écrase et nargue celles et ceux à qui elle n’appartient pas, où certains sont refusés à l’ascension sociale qu’elle représente ? Soit, un autre lieu symbolique de l’ordre républicain, ou de la bienséance bourgeoise ? À l’opposé, une banque et une mairie ne sont-elles pas des lieux essentiels de la vie d’un quartier ? Tout et rien peuvent être des « bonnes » ou des « mauvaises » cibles. L’on peut toujours choisir de voir « l’assaut contre le monde capitaliste » ou « l’acte irréfléchi qui retombera sur le dos de monsieur et madame tout le monde ».

    Quant à la rhétorique des dommages collatéraux de la casse, elle n’est ni plus ni moins que celle qui est utilisée par les partisans de la politique bourgeoise, à chaque occasion. Et ce autant contre les Blacks blocs que les Gilets jaunes ou les mobilisations syndicales. Ce furent les arguments invoqués dès les premières casses de la Loi travail (« Ils font la faillite des petits commerçants ! »), lors des blocages de ronds-points de 2018-2019 (« Ils gênent tout le monde ! »), mais aussi à chaque grève (« Ils prennent la France en otage ! »). Il y a et il y aura toujours des dommages collatéraux. Et plus une mobilisation est anarchique, plus la proportion d’excès est à attendre dans celle-ci.

    Les tenants de la critique des violences urbaines en manifestation pourraient répondre que ce sont là de bons arguments anti-casse (« il faut user de méthodes qui n’ont pas de dommages collatéraux »). Mais nous pouvons répondre alors qu’une grève réussie est précisément une grève qui bloque le pays. Quid des pauvres usagers qui ne peuvent plus circuler lors des grèves à la RATP ou à la SNCF ? Quid des ordures qui s’accumulent aussi dans les quartiers défavorisés lors des grèves des éboueurs ? Nous pourrions continuer longtemps dans cette fuite en avant, à la recherche désespérée d’un mode d’action efficace à la précision chirurgicale (qui ne dérangerait que les « bonnes » personnes). Du côté syndicaliste des choses, le problème se pose aussi, l’on attend l’invention de la grève qui ne gêne que les bourgeois. Pourquoi serait-il glorieux que des grévistes détruisent les machines de leur usine menacée de délocalisation, mais le comble de l’autodestruction d’incendier des bâtiments de son quartier ? Sans que ces deux pratiques soient équivalentes pour autant, la différence de traitement concernant leur point commun (« l’autodestruction ») est un autre double standard.

    Chaque mode d’action peut être accusé de « faire le jeu des politiques bourgeois en décrédibilisant le mouvement », de « ne pas s’en prendre aux bonnes personnes », et de « handicaper en premier les travailleurs et travailleuses ». Si nous descendons sur cette voie, nous finissons chez les partisans de la négociation et de la politique bourgeoise. Ce n’est pas alors que les émeutes ou la casse qu’il faut abandonner, mais toute forme de lutte ! Mieux vaut accepter qu’il n’existe pas, et qu’il n’y aura jamais d’omelettes sans casser des œufs. Cela ne clôt pas le débat de la juste tactique dans la juste stratégie, car il faut être le plus économe et impactant possible dans notre lutte (le meilleur rapport coût/bénéfice possible dans un plan au long terme). Mais l’existence ou même la prolifération de dommages collatéraux ne sera jamais un argument valable pour frapper d’anathème une méthode ou une autre.

    Quel est le ressort tactique d’une grève ? Bloquer le travail et le capital pour bloquer la production de profit. C’est aussi fondamentalement un principe commun avec les opérations de blocage ou d’occupation. C’est précisément l’argument invoqué par les cortèges de tête (poser un problème à l’État en s’en prenant à la propriété privée qu’il est tenu de protéger). Les émeutiers ont frappé là où ça fait mal : la propriété privée. Cette transgression est révélatrice, les révoltés s’en prennent aux lois de la société de l’accumulation. Ils prennent ou détruisent par la force ce qu’elle leur promet sans leur délivrer. Sans que cela soit consciemment conçu comme tel, c’est une attaque contre l’ossature de la société capitaliste, ses normes, ses valeurs, son appareil de subordination, ses affronts, etc., de la part de ceux qui ont appris à la détester le plus. Le prolétariat n’a pas besoin d’attendre d’être une classe pour soi (consciente) pour connaître le capitalisme en soi (le vivre et le haïr).

    Nous ne nions ni que 1) cette mobilisation présente des dommages collatéraux importants, que 2) ceux-ci sont sûrement par sa nature chaotique plus importants que nécessaires, et que 3) il existe indéniablement également un caractère récréatif et cathartique. Et alors ? En quoi cela change-t-il quoi que ce soit par rapport à tout autre mouvement ? L’on peut débattre des proportions (coût/bénéfice), et nous ne pensons pas que l’actuelle révolte soit identique à aucun des exemples cités. Mais in fine, nihil novi sub sole ! Si nous pensons qu’il est juste de se révolter contre le capitalisme et les politiques racistes héritées du système colonial, alors il n’est pas moins juste de le faire avec des méthodes qui ne seraient pas les nôtres. Nous pouvons critiquer le manque d’efficacité, ou les fautes politiques, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’être des communistes ayant peur des ruines. Disons-nous que les émeutes équivalent à toutes ces autres mobilisations ? Non, elles ont leurs propres mots d’ordre, tactique, stratégie, etc. Mais ce que nous voulons exprimer avec ces comparaisons, c’est que ces émeutes doivent être jugées équitablement, selon les mêmes mesures que toute autre mobilisation.

    En 2018, lorsque le mouvement des Gilets jaunes a spontanément débuté, quelle était la position juste ? De le condamner car non-organisé, infesté par les fascistes (Action française, Bastion social, Front national, etc.), aux mots d’ordre vagues, et lui aussi propice aux excès ? Après plusieurs années de recul, cette position semble ridicule. Pourtant, c’était celle d’une partie non négligeable de la gauche. Les discours n’étaient en rien différents de ceux que l’on entend aujourd’hui : « ça ne mènera nulle part », « il n’y a ni objectif ni ligne politique claire », « beaucoup ont des idées réactionnaires ou confusionnistes », etc. Rétrospectivement, il est facile d’oublier que les Gilets jaunes connurent leur lot de scandale et de procès en progressisme (justifiés !). Cependant, l’on doit tous et toutes se remémorer qu’il exista alors des faits aussi graves que d’intercepter des migrants en voyage dans un camion, pour ensuite les remettre aux autorités.1

    Pour continuer avec l’exemple des Gilets jaunes, là aussi nous avions entendu un florilège de pseudo-arguments pour justifier la retenue de la gauche, qui prit plusieurs mois à dégeler. Mais que doit être notre logique maîtresse dans le jugement d’un mouvement X ou Y ? Premièrement, en connaître les mots d’ordre, explicites et implicites. Et deuxièmement, après une observation d’ensemble, distinguer le principal du secondaire, c’est-à-dire le nécessaire du contingent. Le mouvement des Gilets jaunes a — lui aussi — regorgé de slogans réactionnaires (anti-immigration, racistes, collaborationnistes de classe, etc.) et d’actes antisociaux, mais qu’est-ce qui qui était le principal? Que la sociologie était populaire, les revendications étaient concentrées sur des problématiques populaires (« justice sociale ») et des désirs d’appropriation du pouvoir politique (« démocratie directe », « 1789 »). Les aspects racistes et antisociaux n’étaient pas le cœur du mouvement, mais des dérives, importantes mais qui furent progressivement combattues et ostracisées (autant organiquement que consciemment). Les émeutes actuelles ne connaîtront malheureusement peut-être pas la même maturation (en raison de leur méthode de mobilisation plus fatalement éphémère), mais elles possèdent tout autant un aspect principal et secondaire. La nature de classe — prolétaire — et la qualité de la colère — populaire — sont principales, le reste est secondaire (ce qui ne veut pas dire négligeable !). Les idées réactionnaires et les comportements antisociaux existent dans les masses populaires, on l’a constaté, on le constate, et on le constatera toujours.

    En quoi les modes d’action traditionnels de la gauche seraient-ils fondamentalement meilleurs que ceux qu’on choisit les jeunes de banlieues ? Le récent mouvement contre la Réforme des retraites, aussi organisé et large qu’il fût, se solda par un échec, qui n’est que le dernier dans l’histoire des luttes syndicales en France. Il faut faire mieux que des émeutes sans cadre et sans projet politique positif, mais qu’avons-nous à leur proposer dans l’immédiat ? L’impasse n’est pas que celle de l’émeute, elle est plus générale face à l’État bourgeois et à la politique néolibérale.

    Il ne faut surtout pas être béatement admiratif des « réussites » martiales des émeutes (comprendre : avoir réussi à dépasser largement l’échelle des destructions matérielles de tous les apôtres du Black bloc rassemblé depuis 2016). Premièrement, car ces réussites ne sont que pyrrhiques (le nombre d’interpellations est très important et demain la répression étatique ne s’annonce pas plus douce). Deuxièmement, car malgré leur envergure, elles sont sans lendemain et ne sont que l’autre facette de l’impuissance du peuple face à la bourgeoisie et son État (l’explosion fait beaucoup de bruit et de fumée, mais elle est courte, contrôlée et n’aura qu’effleuré superficiellement la structure capitaliste et étatique). Et troisièmement, car elles sont le symptôme le plus éclatant de notre propre incapacité à convertir dans un sens transformateur et organisé ce potentiel révolutionnaire exploitable (les communistes sont encore inaptes à remplir leur devoir).

    Nous avons toute la liberté de regretter cet état de fait, ou de redouter l’envergure de la contre-offensive réactionnaire, qui exploitera autant que possible à son compte les présents événements, et qui fera peser le poids de l’oppression d’autant plus lourdement sur ces quartiers. Mais dans les 2 cas, nous n’avons aucun pouvoir sur ces événements. Nous ne pouvons ni revendiquer, ni proposer une direction communiste à ce mouvement, ni empêcher les réactionnaires d’être réactionnaire, ou l’État bourgeois d’être bourgeois. Notre seule issue par le haut n’est pas dans le rejet ou la désolidarisation, mais dans le soutien (il faut en retenir ce qu’il y a de positif). Mais celui-ci n’est pas satisfaisant en soi, il ne doit être qu’une base, un pré requis, pour le travail qui attend les communistes : reconstruire l’organisation de classe et de combat du prolétariat, grâce à laquelle la violence ne sera plus le langage de la frustration sans avenir, mais celui de la transformation révolutionnaire.

    Cet outil de notre victoire doit quitter notre imagination, pour aller s’enraciner dans les masses populaires de France. Mais en attendant qu’il existe, et puisse revendiquer avec succès être l’unité et l’arme des exploités et opprimés, nous ne pouvons pas nous contenter de réagir avec une morgue ou un défaitisme indécent devant les expressions innées de la résistance populaire et prolétaire. Pour quiconque se dit sincèrement et sérieusement communiste (sans même parler d’être une avant-garde), ce sont des principes de base.

    Nous avons dit plus haut que cette colère et cette violence étaient stériles. Est-ce vrai ? Oui, au sens où elle ne porte pas de projet transformateur et n’est donc réduite à n’être qu’une réaction, puis à se disperser par manque de cohésion et de prévision. Mais elle fait partie d’un processus d’accumulation (d’expérience, de pratique, de connaissance, etc.) qui lui n’est pas stérile, elle en est une étape. La société capitaliste « s’échauffe », la pression augmente, et les soupapes qui ont suffi ces 70 dernières années sont maintenant incapables de jouer leur rôle dissipatif face au néolibéralisme et à la crise de l’impérialisme. Le résultat, ce sont les expressions nouvelles, plus antagoniques et plus improvisées, de la violence sociale. Les Gilets jaunes en étaient aussi une étape. La dernière défaite syndicale aussi. Ce que cette progression contient en germe — seulement mais effectivement — c’est la révolution communiste.

    La tendance que nous décrivons, c’est celle de l’intensification croissante de la lutte des classes en France. Ce sont dans les quartiers populaires que la hausse du coût de la vie et que le renforcement de la violence du capitalisme et de son État se fait sentir en premier, ce n’est donc en rien étonnant que ce soit de là que proviennent aussi les premières secousses.

    Nous en revenons à notre question originelle. Que faire de mieux ? La première étape est de ne pas passer plus de temps à dénoncer les excès du mouvement qu’à le défendre face à la contre-offensive réactionnaire raciste et ses éléments de communication animalisant : défendre notre classe. La seconde est de ne pas se renfrogner dans un désespoir capricieux au vu de la présente absence de débouchés de ce nouveau mouvement, et des représailles qui s’annoncent : ne pas confondre gravité et mélancolie. La troisième est de poser à nouveau le problème stratégique qu’a ressassé le mouvement ouvrier dans son histoire : comment transformer une classe en soi en classe pour soi ?

    Deux slogans éprouvés apportent des solutions : « étude, organisation, propagande » et « servir le peuple ». Il n’y a pas de « gauche blanche » en tant que telle, en revanche, la gauche s’est embourgeoisée, et du même coup « blanchie ». La gauche des banlieues a disparu, car elle s’est détachée de l’ensemble de la classe prolétaire. Mais elle a existé (les « banlieues rouges »). Ce qu’il faut reconstruire, c’est une gauche politique et ouvrière, c’est-à-dire communiste. Celle-ci sera mécaniquement aussi une gauche des banlieues, car c’est là que se concentrent les populations prolétaires les moins « privilégiées » de nos pays impérialistes. Il n’y a que cette édification qui puisse être capable de proposer une issue de l’impuissance en donnant à la colère un pouvoir transformateur.

    C’est un travail long qui viendra autant de l’intérieur que de l’extérieur des banlieues, dans une dynamique générale portée par tous les exploités et opprimés, et toutes les exploitées et opprimées.

    Cet optimisme n’est pas celui de l’impatience, c’est tout à l’inverse, celui du temps long qui sait gagner sur la distance.

    En bref, il s’agit de penser et d’agir en révolutionnaire conséquent.

    1. https://www.leparisien.fr/faits-divers/quand-des-gilets-jaunes-remettent-des-migrants-aux-gendarmes-21-11-2018-7948308.php
  • Soutenons la lutte des travailleurs et des gilets jaunes !

    Soutenons la lutte des travailleurs et des gilets jaunes !

    Prolétaire, debout !

    Bulletin de l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste, Provence, novembre 2019

    Soutenons la lutte des travailleurs et des gilets jaunes !

    Arrêtons de nous battre séparément ! Ensemble on va gagner !

    • A-t-on besoin d’être blessé ou en danger de mort ou qu’il y ait un accident à Sanofi ou à Arkéma comme à Lubrizol (Rouen) pour exiger l’ouverture des urgences à l’hôpital de Sisteron 7 jours sur 7, 24 h sur 24 et dans tous les autres hôpitaux quand le gouvernement donne des milliards pour le luxe des 1 % les plus riches ?
    • A-t-on besoin d’être en burn out, ouvrier ou employé ou paysan pour s’opposer à l’exploitation, à l’emploi et la production de produits toxiques ?
    • A-t-on besoin d’être Palestinien, Kurde, Rohingas ou Yéménite pour dénoncer le massacre et la violation par les différents impérialistes des droits des peuples ?
    • A-t-on besoin d’être syndicaliste pour exiger l’arrêt de la chasse aux syndiqués par les patrons et la reconnaissance des syndicats et pour qu’ils soient des moyens de lutte pour tout le monde du travail ?
    • A-t-on besoin d’être chômeur ou retraité pauvre pour savoir qu’on ne vit pas, qu’on ne se loge pas avec 800 euros par mois ?
    • A-t-on besoin d’être fonctionnaire pour condamner la disparition des services au public ?
    • A-t-on besoin d’être en CDD ou en apprentissage pour exiger un emploi fixe pour tous avec des horaires et un salaire qui permettent de faire vivre une famille ?
    • A-t-on besoin d’être une femme pour réclamer le même salaire qu’un homme et exiger la fin du harcèlement ?
    • A-t-on besoin d’être élève ou parents d’élève pour exiger des écoles salubres, un enseignement de qualité et que les profs malades soient remplacés ?
    • A-t-on besoin d’être étudiant ou parents d’étudiant pour exiger des moyens de vivre pour étudier ?
    • A-t-on besoin d’être diplômés de Sciences Po pour demander où passe notre argent, aux partis de gouvernement qui servent si bien les intérêts opposés aux nôtres, ceux du capital financier ?
    • A-t-on besoin d’être écolo pour condamner le nucléaire et la destruction des éléments naturels (Eau, air, sol, biodiversité) dont nous dépendons pour notre nourriture et notre santé ? 
    • A-t-on besoin d’être soi-même réfugié migrant, économique et politique, pour s’opposer à la politique des gouvernements européens qui veulent trier ceux qui sont immédiatement rentables parmi ceux qui ont échappé à la noyade et à l’esclavage pour venir ici ?
    • A-t-on besoin d’habiter la rue d’Aubagne à Marseille pour exiger la construction et l’entretien par les propriétaires, privés ou publics, de logements décents accessibles aux revenus modestes ?
    • A-t-on besoin d’avoir reçu 1a prime de 100 euros pour se rendre compte qu’elle ne fait que limiter la baisse programmée du pouvoir d’achat ?
    • A-t-on besoin d’être prix Nobel de mathématiques pour savoir que la réforme des retraites de Macron, comme celles qui ont déjà eu lieu dans beaucoup d’autres pays, baissera les pensions de tous les salariés et non salariés modestes ?

    Solidaires parce que tous concernés !

    Tout au long de notre vie, nous sommes à la fois, producteur et consommateur qu’on soit ouvrier, employé, fonctionnaire, chômeur, paysan, femme « au foyer », élève, étudiant, retraité, malade, bébé. 

    Solidaires parce que face au même adversaire, le capital monopoliste qui a mis la main sur les Etats avec la bénédiction de longue date des partis de gouvernement, qu’ils s’appellent aujourd’hui LR, LREM, MODEM ou PS. Ce serait pareil avec le RN. 

    Reconquérir notre vie contre cette élite carriériste, bourgeoise, auto proclamée qui, au nom de ses 18 % de voix obtenus par le mensonge, veut faire taire toute opposition et envoie les CRS et les gendarmes. Avec le « grand débat », Macron et sa clique se sont donné la parole que les médias aux mains des banques ont relayée avec zèle.    

    « Gouverner c’est prévoir », dit-on. Rien ne s’améliore pour nous, tout est fait pour le profit !

    Qu’ils s’en aillent ! Prenons nos affaires en main ! 

    Menons une lutte globale contre la dictature du capital ! 

    « Un monde meilleur » : Oui ! Ce sera forcément organiser la solidarité contre l’individualisme capitaliste qui nous enferme dans des catégories pour nous opposer les uns aux autres : l’ouvrier contre l’écolo et le fonctionnaire, le consommateur contre le paysan etc … Ainsi se perpétue le pouvoir de la classe dirigeante, responsable de la misère dans un pays riche, qui détourne la colère des opprimés contre les opprimés.

    Nous UPML, nous sommes pour le socialisme, pour le pouvoir des travailleurs, pour qu’ils décident quoi produire, comment produire, pour qui et sans gaspillage. Ils maîtrisent déjà la production et pourront la réorganiser s’ils deviennent propriétaires en commun des moyens de production. Pour ça, il faut renverser la domination du capital. 

    Le socialisme n’est pas dans l’air du temps ; beaucoup de partis et d’organisations de gauche y ont renoncé, proposant d’aménager le système et limitant les revendications à ce qui serait acceptable par la classe dominante.

    Mais en tout cas, dès à présent personne ne doit rester seul face aux conséquences de l’exploitation et aux nouvelles attaques du capitalisme. Celui-ci a fait son temps, il n’a plus rien à nous offrir. On va gagner tous ensemble !

    « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes »           (K. Marx)

    Organisons-nous dans l’Alliance des Révolutionnaires !

  • Six mois de lutte et une élection.

    Six mois de lutte et une élection.

     La mobilisation des Gilets Jaunes a défié tous les pronostics. Elle a tenu et tient encore. Depuis six mois, désormais, chaque samedi est marqué par les défilés, par les affrontements avec les forces de l’ordre, par les violences policières et par le mépris du gouvernement. Depuis 6 mois, une lame de fond a déferlé, secouant de fond en comble la société française. 
    Cette lutte a jeté dans la rue des pans de la société. Elle a confronté les masses populaires et la jeunesse à l’expression même de la dictature de la bourgeoisie. Surdité face aux revendications, mépris politique, violences policières, maintien d’une politique rejeté par la très large majorité de la population…

    Il y a eu des luttes féroces les années précédentes, notamment la bataille autour du contrat de travail. Ces luttes ont été intenses et durement réprimées. Mais elles étaient restées, dans leur majorité, des luttes économiques, sur les conditions de travail, sur les normes de travail, sur le contrat, sur le salaire ou sur les services publics.

    Au cours de ces six mois, le mouvement que nous vivons actuellement, qui a commencé par un combat contre la cherté de la vie s’est mué en quelque chose d’autre. Ce quelque chose d’autre est un mouvement politique d’ampleur, radical et subversif, ciblant directement comme ennemi le régime et son caractère anti-démocratique.

    Ce choc a ébranlé tant la bourgeoisie que les forces habituelles de la lutte sociale. La CGT, par exemple, est, au cours du 52e congrès, qui se tient actuellement, en pleine ébullition. La direction de celle-ci paie le prix de son refus de s’engager en plein dans la bataille qui se joue, tandis que la base participe au mouvement des Gilets Jaunes. 
    Les organisations politiques, particulièrement les organisations politiques progressistes ou révolutionnaires, ont été, elles aussi, transformées. Celles qui ont rejeté l’idée de participer à la lutte, elles aussi, périclitent. En ayant voulu ignorer l’existence du mouvement des Gilets Jaunes, elles se sont marginalisées elles-mêmes. Lorsqu’elles veulent, maintenant, s’intégrer dans le mouvement, c’est avec une grandiose difficulté, car elles ne partagent pas une somme d’expérience commune, un vécut de lutte particulier, ce qui leur donne un côté suranné, désuet…et arriviste. 

    Pour les autres, c’est une fantastique somme d’expérience et une grande leçon de politique réelle qui leur a été donnée. Leurs militants et militantes en ressortiront grandis et aguerris. 

    Les masses populaires aussi. Toute une génération sera marquée par la défiance envers les institutions, envers les forces de l’ordre, envers une justice de classe, inique et arbitraire. 

    Macron et la classe bourgeoise, qu’il sert, a tenté de répondre, sans jamais céder sur son programme, à la crise de régime que constitue ce mouvement. D’un côté par la force brute, en autorisant la police à faire un usage massif des gaz, des matraques, des LBD… 
    Elle a tenté aussi et tentera de semer le chaos et la division en montant des « affaires », comme l’affaire Finkielkraut, dans le but de pouvoir opérer une contre-offensive idéologique. Elle ne reculera devant rien pour reconquérir le terrain perdu, dès que la mobilisation sera tue.

    De l’autre côté, elle a opéré en tentant d’utiliser la colère des Gilets Jaunes et des masses pour la mettre à son propre service. Le Grand débat à servi à cela : tenter de faire un effet levier pour appuyer sa politique réactionnaire. Mais la brutalité du régime n’a pas eu raison de la colère, tout comme les faux débats ne l’ont pas calmée. 
    Restent alors deux armes : la première est le temps, le temps qui use, qui épuise, qui décourage… le temps qui amène aussi à la période de creux de l’été. Été que Macron saisira certainement pour lancer de nouvelles attaques, contre les droits sociaux, contre la retraite, contre les salaires… La liste est encore longue.
    La seconde est celle de la diversion. Et l’arme numéro 1 de la diversion est, à l’heure actuelle, la mise en œuvre d’une élection des plus inutiles : celles des Européennes. 

    Le miroir aux alouettes des Européennes. 

    Les élections européennes cristallisent, aujourd’hui, une part de l’attention de ceux et celles qui se mobilisent. Pour certains et certaines, elles incarnent une forme d’espoir.
    Un espoir de changement, en supposant qu’une liste qui s’approche des intérêts des Gilets Jaunes puisse s’imposer. 
    Un espoir de sortir d’un hypothétique « carcan » de Bruxelles.
    Un espoir d’infliger une sanction à LREM et à ses alliés, dans le but d’infléchir la politique gouvernementale, voir d’en obtenir un changement. 

    Nous comprenons ces espoirs, nous comprenons que beaucoup vont se diriger vers les urnes avec des états d’esprit complètement différents les uns des autres. Certains avec conviction, d’autres, à la manière d’un jeu de loto, car « on ne sait jamais », malgré la sombre impression que les votes ne changent, en définitive, pas grande chose.

    Nous, UCL, mais aussi l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste, avons fait le choix de ne pas donner de consigne de vote. Nous pensons que ce scrutin est avant tout une diversion, qui détourne de la lutte, pour entraîner vers les urnes. D’autant que l’impact de ce scrutin est infinitésimal. 

    Premier point fondamental : qui domine qui ? L’Union européenne possède une nature particulière. Elle est une alliance entre les Etats impérialistes que sont l’Allemagne et la France – avec une forme de participation éloignée du Royaume-Uni. Cette alliance entre les impérialismes est le fruit d’une nécessité reconnue de longue date. 

    Dans les faits, l’histoire de la fin du dix-neuvième siècle et du vingtième siècle européen est l’histoire de cette alliance. Mais, même si elle est reconnue par l’un comme l’autre comme le seul moyen de pouvoir faire face à la naissance de géants industriels, une question n’est pas résolue : qui dévorera qui ? Car, s’il existe des tendances à ce que les industries, les banques, les cartels fusionnent, il n’en demeure pas moins qu’ils sont également en concurrence. C’est ce qui explique les guerres, les occupations, les tentatives de forcer les choses. Mais même à l’heure actuelle, alors que des concentrations se font, alors que des accords se nouent, il reste toujours un certain nombre de choses qui ne se négocient pas. Ainsi, la Deutsche Bank, endettée, a vu son rachat par la BNP Paribas interdit. 

    Aujourd’hui, la France est-elle dominée par l’UE ? Non. Elle est un élément moteur de celle-ci. De plus, son impérialisme est principalement orienté sur l’Afrique, avec des possessions sur les autres continents. Là-bas, là où réside le fond de ses intérêts, elle ne tolère aucune concurrence et n’hésite pas à lutter pied à pied pour se maintenir, contre la pression chinoise, russe, ou même américaine. 
    Ce n’est pas l’UE qui dicte sa loi à la France (ou à l’Allemagne) mais ce sont ces Etats qui utilisent l’interface de l’Europe pour dicter la leur aux pays les moins puissants.
    Il y en a qui en bénéficient, ou plutôt des fractions de leurs bourgeoisies en bénéficient. D’autres, comme la Grèce, sont aux abois, tenus par leurs dettes aux ordres de la France – qui possède la majorité de celles-ci, contrairement à une idée répendue – et de l’Allemagne. 


    La crise de l’UE, que nous constatons actuellement, est avant tout la répercussion de la crise des impérialismes qui la constituent. Ces crises soumettent cette alliance, temporaire par sa nature même, à une telle force de marée qu’elle menace de se disloquer.

    Le vote peut-il y changer quelque chose ?

    Dans l’Union européenne, le Parlement européen ne bénéficie que de prérogatives faibles. Il prend des résolutions, mais leur application est soumise entièrement à la discrétion des gouvernements nationaux. Dans les faits, certains de ces gouvernements sont écrasés par le poids des dettes, contractées non pas envers l’ « Europe », mais envers des établissements financiers privés (BNP Paribas, Crédit Agricole…) C’est cet étau financier qui les oblige à adopter ce que les cartels bancaires imposent également à l’Europe. Ca n’est pas l’UE en tant que tel.
    L’UE n’est pas unie, ni fédérale. Elle reste un des rares exemples de système confédéral, dans lequel la loi des pays prime sur celle de l’ensemble. Le vrai cœur du pouvoir est dans ce qu’on n’élit pas. Le Conseil des ministres européens est, en réalité, le centre de gravité des décisions.
    Le Parlement européen est, en dernière analyse, un cadeau fait aux organisations politiques pour s’assurer de leur fidélité au projet européen, pour leur offrir un nouveau moyen d’engranger de l’argent. Elle est une des « balles sucrée » qu’offre régulièrement la grande bourgeoisie.

    Les questions fondamentales ne sont pas soumises au vote, en Europe comme en France. Elles ne se négocient pas ainsi. Bien que ce concept revienne dans les argumentaires des réactionnaires, il est difficile de contester qu’il existe une forme « d’Etat profond. » Cet « Etat profond » correspond à des questions fondamentales liées à l’imbrication de la grande bourgeoisie monopoliste et de l’appareil d’Etat. 
    Ainsi, l’impérialisme français, les interventions militaires, les ventes d’armes lourdes, les soutiens diplomatiques, l’activité des services secrets, en somme le « système végétatif » de la sphère économique et politique profonde des Etats impérialistes est hors de portée des bulletins de vote. Les enjeux sont trop essentiels pour qu’ils puissent faire l’objet d’un débat public.

    Au sein de l’UE, par extension, se reproduit ce même type de schéma. L’UE, comme les institutions « supranationales », est avant tout une arène dans laquelle les affrontements entre cartels monopolistiques -et les Etats qui y sont liés- sont arbitrés, dans l’idéal le plus pacifiquement possible. Une norme européenne, par exemple, qui va déterminer comment un bien doit être produit, correspond à la manière de produire d’un groupe monopoliste particulier, qui va l’imposer aux autres. 
    Emmanuel Macron a lancé un appel à combattre le RN, en voulant ainsi engranger des voix supplémentaires et se poser en rempart de la démocratie et du progrès. Il essaie de rallier derrière lui les partisans de l’Union Européenne et de placer le curseur du débat politique entre partisans de la « Renaissance » et liquidateurs. 
    Mais dans les faits, d’une part LREM a repris les éléments de programme des identitaires, notamment sur la « défense des frontières de l’Europe ». De l’autre, même si le RN était tout-puissant, il ne quitterait pas l’UE, ni aucun des candidats, quel qu’il soit. Même l’UPR, qui place comme leitmotiv son « article 50 », ne le fera pas non plus.
    L’expérience du Brexit montre qu’une séparation de l’UE, avec la rupture des accords qui l’accompagnent, est une rupture beaucoup plus économique que politique. Il s’agit, pour un grand nombre de cartels, d’un véritable déchirement, au sens physique du terme. La bourgeoisie s’y opposera donc de toutes ses forces.
    Cependant, l’UE peut s’effondrer. Elle peut s’effondrer, mais les résultats seraient un choc immense pour les marchés, mais également pour une grande partie du tissu industriel et bancaire de notre impérialisme. Il existe des signes de cet effondrement, mais il sera probablement cataclysmique.

    La question de l’UE, en dernière analyse est paradoxale. Il faut lutter contre l’UE pour ce qu’elle est, une coordination d’impérialismes, traînant à leur suite des impérialismes croupions et des laquais serviles. 
    Il faut lutter contre ce que cette coordination fait subir à ceux qui sont sous son joug implacable, aux dégâts qu’elle cause, sur la nature, par rapport aux risques de guerre, sur la destruction des droits sociaux. 
    Mais ce sont des luttes tactiques. La victoire stratégique est ailleurs. Elle est dans le renversement du système impérialiste-capitaliste. 
    Et là, l’UE apparaît comme secondaire. La sortie de l’UE sera refusée par « l’Etat profond », par les forces économiques, les cartels et des conglomérats. Il n’existe pas de pouvoir démocratique assez fort, en régime bourgeois, pour l’obtenir. Et si les masses populaires avaient le pouvoir réel entre leurs mains, la question de l’UE ne se poserait plus, balayée qu’elle serait par la chute du capitalisme. 
    Nous pensons que mettre en avant l’UE (comme l’OTAN) comme une étape ou un préalable, c’est mal analyser ce qu’est la nature profonde de ces institutions et les limites du pouvoir populaire en régime bourgeois. 

    C’est pour cela que nous pensons que ceux qui insistent obstinément sur ces points, finalement, nient la question stratégique de la conquête du pouvoir par les masses populaires.

    Nous n’en sommes cependant pas même là. 

    Aujourd’hui, quel mot d’ordre ? Boycott ? Abstention ?

    Nous pensons que le terme boycott ne recouvre pas forcément une réalité pratique. Un boycott suppose une campagne active qui viserait à perturber la bonne tenue du scrutin, à l’image de celui organisé en Inde par la guérilla. À l’heure actuelle, il ne semble pas que cela soit dans les projets de ceux qui tiennent cette position. Nous le comprenons, certes, mais il se limite à un acte, en réalité, passif. Il reste incantatoire s’il n’est pas accompagné d’une ligne pratique, concrète et immédiate pour les masses populaires. 

    Aujourd’hui, nous pensons que rentrer dans un débat sans fin sur la question d’un vote aussi marginal, aussi peu essentiel, batailler là-dessus, revient à perdre une énergie colossale pour quelque chose qui ne nous intéresse pas. Cela revient à nourrir un point de focale qui ne nous intéresse, finalement, pas. Autant nous focaliser alors, sur ce qui est fondamental.

    Nous avions défendu le boycott lors des élections présidentielles, pour proposer comme issue la question de l’opposition extra-parlementaire dont l’objectif est de rassembler toutes les forces progressistes qui ne se retrouvent pas dans la politique bourgeoise. 

    À nos yeux, cette opposition doit rassembler les forces politiques, syndicales, associatives, mais aussi les mouvements de lutte qui ne se retrouvent plus dans les cadres étroits et tronqués de la fausse démocratie électorale. Nous pensons que la légitimité n’est pas dans ces salons de discussion entre bourgeois bien-séants. Elle est à réclamer par les masses populaires, pour elles.


    Elle est le fait de réclamer que nous représentons une « fraction du pouvoir réel ». 

    Nous pensons que l’expérience du mouvement des Gilets Jaunes, avec ses assemblées populaires et ses assemblées des assemblées (Commercy, Saint-Nazaire, plus tard Montceau-les-Mines) forment une incarnation embryonnaire de cette opposition. C’est, de fait, elle -avec les discussions de rond-point, plus que tout autre chose, qui a donné le ton lors des sept derniers mois de lutte.
    Nous pensons que c’est cela qu’il faut défendre, plus qu’un débat sur la question du vote, pour que cette expérience ne s’évapore pas, mais puisse être synthétisée et former une nouvelle base de départ pour d’autres luttes d’ampleur. Ce sont ces assemblées, éminemment politiques, qui ont formé le plus grand saut qualitatif au cours de la lutte des Gilets Jaunes, lui conférant son caractère politique de lutte la plus poussée de ces dernières décennies. 


    Il reste un travail fantastique à faire. 

    À la fois dans les luttes, pour qu’elles se rejoignent et se renforcent mutuellement, autour d’un centre constitué par les assemblées populaires et démocratiques. Elles continueront d’éclore tant que les attaques perdurerons. Et elles perdureront.
    Nous appelons également à ce que les organisations politiques révolutionnaires soient renforcées. Nous appelons à ce qu’elles travaillent conjointement, pour faire face à la gravité de la situation sociale et économique, mais également, car, jusqu’à présent, la présence communiste révolutionnaire est restée bien trop anecdotique, à l’exception de succès locaux, dans le mouvement des Gilets Jaunes. Non pas en tant que force visant à contraindre la lutte à adopter des mots d’ordre qui ne sont pas les siens, en lançant des incantations, mais bien en faisant le travail politique qui permette aux revendications de triompher.


    Comme le mentionnait le Manifeste :  « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

    Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.

    Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

    Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

    Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. »

    Nous devons le faire : la bourgeoisie a perdu du terrain. Elle a perdu de l’espace pour ses manigances, face à la résistance populaire, face aux luttes. Cet espace, elle n’accepte pas de le considérer comme perdu. Elle ourdi sa contre-offensive idéologique.

    Elle trace aussi ses plans pour l’avenir. Car lorsque les droits économiques sont touchés, le lendemain, ce sont les droits politiques. Nous devons garder à l’esprit que la plus grande épreuve de force est encore devant nous.

  • Interdiction de manifester à Lyon le 13 avril

    Interdiction de manifester à Lyon le 13 avril

    Communiqué de l’Unité Communiste de Lyon

    13 avril, XXIIe acte : Lyon sera interdit aux Gilets Jaunes.

    La préfecture de la région Rhône-Alpes a annoncé, aujourd’hui, l’interdiction pour les Gilets Jaunes de manifester ce samedi à Lyon. Le périmètre d’interdiction sera dévoilé plus tard, mais il ne fait aucun doute que son objectif est d’exclure les manifestants et les manifestantes des zones «à haute valeur commerciale » de la ville. Zones qui sont précisément celles qui sont les plus fréquentées, et donc, celles sur lesquelles les manifestations ont le plus d’impact.

    L’interdiction de la Presqu’île par le pouvoir et ses « forces de l’ordre » n’est pas nouvelle dans la pratique. Cela fait des mois que les manifestants se font gazer, matraquer et qu’ils essuient des tirs nourris, à coups de flash-ball, aussitôt qu’ils tentent une incursion dans le cœur bourgeois de Lyon. Mais cette fois-ci, à la différence des autres fois, la Préfecture assume officiellement cette interdiction, dans une vaine tentative d’intimidation contre le mouvement. 

    L’Unité Communiste de Lyon condamne cette décision comme étant une manœuvre visant à liquider le mouvement des Gilets Jaunes et de mettre à l’amende ses participants et participantes. Les participations à une manifestation interdite ont ainsi vu l’amende correspondante passer de 68 €à 135 €, illustrant une volonté d’utiliser l’arme économique pour assécher le mouvement.

    La préfecture a ainsi communiqué : « Adossés aux manifestants, des groupes violents s’en prennent aux personnes et aux forces de l’ordre, avec la volonté de dégrader les biens publics et privés. » 
    (…)
    « Ces derniers s’en prennent notamment aux commerces de centre-ville, qui voient leur activité commerciale souffrir de ce mouvement qui les empêche de travailler et qui menacent leur pérennité économique. 
    »

    L’Unité Communiste de Lyon considère que cette approche de la question est une négation des provocations policières et des violences commises par les forces de l’ordre envers les manifestants et les manifestantes.

    L’alibi des groupes violents est utile pour le gouvernement, pour prétendre que les Gilets Jaunes sont manipulés, sont instrumentalisés par une hydre invisible. Or, dans les faits, nous avons pu voir qui était à l’origine de la violence, dans la société et dans la rue. Ce sont ceux qui, aujourd’hui, appellent à ce que les luttes sociales se taisent, et que les exploités demeurent muselés. 

    Elle illustre en revanche parfaitement l’hypocrisie des « libertés fondamentales » dont la France se targue d’être l’apôtre le plus parfait. Ces prétendues « libertés fondamentales » sont chaque fois plus soumises à condition, soumises à interprétation et à limitation. Leur caractère fondamental est une vue de l’esprit. Dans les faits, elles ne sont que des droits formels, accordés, puis repris, en fonction du bon vouloir des classes dominantes. 

    Surtout, elles sont éclipsées par la seule liberté fondamentale en régime capitaliste : celle d’engranger du profit. 

    Les commerçants de la rue de la République ne sont pas les petites échoppes d’épiciers sans le sou. Ce sont des magasins appartenant tous à des compagnies puissantes. Leur plainte ne vise que leur taux de profit, non leur survie. Ces mêmes compagnies et leurs directions, leurs investisseurs… sont ceux et celles qui téléguident et appuient la politique d’Emmanuel Macron. 

    Non seulement leur complainte est cynique, mais elles clament des parts d’argent public, donc veulent se goinfrer des taxes sur les classes populaire pour compenser leur manque à gagner. Et les pouvoirs publics leur ont déjà accordé certaines largesses. 

    L’Unité Communiste de Lyon interprète cette interdiction comme une censure politique. Elle l’interprète également comme le fait que le gouvernement en est réduit à utiliser cette arme face au succès du mouvement social.  

    L’Etat suréstime sa capacité à empêcher les Gilets Jaunes de pénétrer dans leur forteresse. Non seulement il n’en est pas capable, mais, en plus, son échec prévisible le voue à être humilié.

    Quand bien même cela serait possible, matériellement parlant, ce ne serait pas une victoire stratégique non plus. Que le gouvernement, la préfecture, la mairie le sache ! : interdire l’hypercentre bourgeois ne sera pas une victoire pour eux ! Cela ne fera que pousser ceux qui luttent à aller ailleurs, dans d’autres quartiers, populaires ceux-ci. En fait d’isoler le mouvement, les maîtres-censeurs l’amènent là où se renforcera l’unité populaire. 

    Les interdictions sont des coups d’épée dans l’eau, qui démasquent ceux qui les prononcent, tout en renforçant et légitimant ceux qui les subissent !

    Les Gilets Jaunes sont une gifle dans le visage des exploiteurs. Il est logique qu’ils répondent. Cette interdiction est plus qu’une preuve de succès, c’est une couronne offerte à ceux qui luttent ! Jamais les Gilets Jaunes n’accepteront de troquer leur droit de manifester contre un « retour à la tranquillité » soi-disant légale dont il est évident qu’elle n’arrangerait que Macron et sa bande d’exploiteurs. 

  • L’appel de Saint-Nazaire

    L’appel de Saint-Nazaire

    Au sein de l’Unité Communiste de Lyon, nous avons regardé avec attention l’évolution du mouvement des Gilets Jaunes. Nous considérons que l’appel de Saint-Nazaire représente une étape importante dans sa structuration et dans son inscription dans la durée. Ces paragraphes nous paraissent fondamentaux.

    L’Assemblée des assemblées appelle à élargir et renforcer les assemblées citoyennes souveraines et de nouvelles. Nous appelons l’ensemble des Gilets jaunes à diffuser cet appel et les conclusions des travaux de notre assemblée.

    (…)

    Nous lançons plusieurs appels, sur les européennes, les assemblées citoyennes populaires locales, contre la répression et pour l’annulation des peines des prisonniers et condamnés du mouvement. Il nous semble nécessaire de prendre un temps de trois semaines pour mobiliser l’ensemble des Gilets jaunes et convaincre celles et ceux qui ne le sont pas encore. Nous appelons à une semaine jaune d’action à partir du 1er mai.


    Nous invitons toutes les personnes voulant mettre fin à l’accaparement du vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires, un nouveau mouvement social, écologique, populaire. La multiplication des luttes actuelles nous appelle à rechercher l’unité d’action.


    Nous saluons cet appel et nous le reproduisons. Nous considérons qu’une étape est désormais franchie dans la lutte. A nous tous de lui donner corps. V

    Vive la lutte populaire ! Vive les Assemblées Populaires !

    Réunie du 5 au 7 avril à Saint-Nazaire, l’Assemblée des assemblées des Gilets jaunes a adopté dimanche 7 un appel final. En voici le texte.

    « Nous Gilets jaunes, constitués en assemblées locales, réunis à Saint-Nazaire, les 5, 6 et 7 avril 2019, nous adressons au peuple dans son ensemble. À la suite de la première assemblée de Commercy, environ 200 délégations présentes poursuivent leur combat contre l’extrémisme libéral, pour la liberté, l’égalité et la fraternité.

    Malgré l’escalade répressive du gouvernement, l’accumulation de lois qui aggravent pour tous les conditions de vie, qui détruisent les droits et libertés, la mobilisation s’enracine pour changer le système incarné par Macron. Pour seule réponse au mouvement incarné par les Gilets jaunes et autres mouvements de lutte, le gouvernement panique et oppose une dérive autoritaire. Depuis cinq mois partout en France, sur les ronds-points, les parkings, les places, les péages, dans les manifestations et au sein de nos assemblées, nous continuons à débattre et à nous battre, contre toutes les formes d’inégalité et d’injustice et pour la solidarité et la dignité.

    Nous revendiquons l’augmentation générale des salaires, des retraites et des minima sociaux, ainsi que des services publics pour tous et toutes. Nos solidarités en lutte vont tout particulièrement aux neuf millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Conscients de l’urgence environnementale, nous affirmons, fin du monde, fin du mois, même logique, même combat.

    Face à la mascarade des grands débats, face à un gouvernement non représentatif au service d’une minorité privilégiée, nous mettons en place les nouvelles formes d’une démocratie directe.

    Concrètement, nous reconnaissons que l’assemblée des assemblées peut recevoir des propositions des assemblées locales, et émettre des orientations comme l’a fait la première assemblée des assemblées de Commercy. Ces orientations sont ensuite systématiquement soumises aux groupes locaux. L’Assemblée des assemblées réaffirme son indépendance vis-à-vis des partis politiques, des organisations syndicales et ne reconnaît aucun leader autoproclamé.

    Pendant trois jours, en assemblée plénière et par groupes thématiques, nous avons tous débattu et élaboré des propositions pour nos revendications, actions, moyens de communication et de coordination. Nous nous inscrivons dans la durée et décidons d’organiser une prochaine Assemblée des assemblées en juin.

    Afin de renforcer le rapport de forces, de mettre les citoyens en ordre de bataille contre ce système, l’Assemblée des assemblées appelle à des actions dont le calendrier sera prochainement diffusé par le biais d’une plateforme numérique.

    L’Assemblée des assemblées appelle à élargir et renforcer les assemblées citoyennes souveraines et de nouvelles. Nous appelons l’ensemble des Gilets jaunes à diffuser cet appel et les conclusions des travaux de notre assemblée. Les résultats des travaux réalisés en plénière vont alimenter les actions et les réflexions des assemblées.

    Nous lançons plusieurs appels, sur les européennes, les assemblées citoyennes populaires locales, contre la répression et pour l’annulation des peines des prisonniers et condamnés du mouvement. Il nous semble nécessaire de prendre un temps de trois semaines pour mobiliser l’ensemble des Gilets jaunes et convaincre celles et ceux qui ne le sont pas encore. Nous appelons à une semaine jaune d’action à partir du 1er mai.

    Nous invitons toutes les personnes voulant mettre fin à l’accaparement du vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires, un nouveau mouvement social, écologique, populaire. La multiplication des luttes actuelles nous appelle à rechercher l’unité d’action.

    Nous appelons à tous les échelons du territoire à combattre collectivement pour obtenir la satisfaction de nos revendications sociales, fiscales, écologiques et démocratiques. Conscients que nos avons à combattre un système global, nous considérons qu’il faudra sortir du capitalisme. Ainsi nous construirons collectivement le fameux « tous ensemble » que nous scandons et qui rend tout possible. Nous construisons tous ensemble à tous les niveaux du territoire. Ne nous regardez pas, rejoignez-nous. Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. »

  • Quelle situation pour le mouvement des Gilets Jaunes ?

    Quelle situation pour le mouvement des Gilets Jaunes ?

    Depuis maintenant 21 semaines, le mouvement des Gilets Jaunes se poursuit et continue d’être le centre de gravité des luttes sociales en France.Il s’agit d’un mouvement d’ampleur d’une durée incomparable avec ce qui a pu être connu sous la Cinquième République.

    Ce mouvement possède une double nature : il est un mouvement social, un mouvement possédant des revendications économiques, relatives au niveau de vie, au salaire, aux impôts et aux taxes. 
    Mais il est également un mouvement politique au sens premier du terme, en ce sens qu’il porte des revendications qui concernent le fonctionnement du régime, de la démocratie bourgeoise, du pouvoir d’Etat. 

    À ce titre, il s’inscrit dans une continuité avec d’autres mouvements politisants, tel que les indignés, ou nuit debout. Cependant, la classe sociale qui l’anime n’est pas la même. Les premiers mouvements étaient surtout organisés par la petite bourgeoisie urbaine, intellectuelle. Les Gilets Jaunes, quant à eux, possèdent une base populaire, prolétarienne et ouvrière.

    Les 21 semaines de lutte ont été pour des pans entiers de la population, un véritable bassin révélateur. Elles ont démasqué le caractère dictatorial du régime dans lequel nous vivons, régime au service de la grande bourgeoisie monopolistique.

    Elles ont démasqué la nature de l’Etat, nature de classe au service des exploiteurs et des oppresseurs.Ces semaines de lutte ont également démasqué le rôle de la police, comme agent de la répression des masses, comme agent de la protection des intérêts des puissants. Elles ont pour, finir, démasqué le rôle des médias bourgeois comme fer de lance de la propagande anti-populaire.

    Ce mouvement a brisé les mythes d’un « exceptionnalisme » démocratique dont la France serait championne.

    À l’inverse, les tendances réactionnaires, fortes au départ, appuyées par certaines organisations -comme le Bastion Social ou l’Action Française- ou par des tribuns réactionnaires -à l’exemple de Wauquiez- ont progressivement renoncé, été mis en minorité ou éjectés. 
    Il est aussi une fantastique expérience politique et démocratique. Les ronds-points, les assemblées populaires, les assemblées des assemblées forment une expérience de la démocratie populaire, une expérience de la prise de décision, de l’application de celle-ci. Une expérience de la liberté, fondamentalement. À l’inverse, ce mode de fonctionnement à permis de détacher les opportunistes, les électoralistes, les parasites-sectaires du mouvement, qui voulaient le détourner, l’enfermer vers des voies électoralistes, ou même le solder pour compte dans l’intérêt de leur organisation. Cette expérience immense doit décanter pour renforcer la capacité des mouvements de lutte à avancer et à être plus efficaces. 

    Certaines organisations -y compris parmi celles se revendiquant du communisme- ont été dépassées par la question politique au sein du mouvement.Ou elles ne l’ont pas comprise, en ne voyant dans ce mouvement qu’une simple force d’appui des luttes économistes et syndicales, ou elles ont carrément été effrayées par le développement politique interne, essayant même de le combattre. Dans les deux cas, même à leur corps défendant, ces organisations ont joué un rôle réactionnaire : elles ont lutté contre l’approfondissement du mouvement et ont travaillé à freiner la conscientisation politique. 

    Les organisations sont passées également par un processus de décantation. Celles qui sont restées à l’écart du point central de la lutte des classes ont été marginalisées, tandis que celles qui se sont investies dans ces questions en ressortent renforcées, au minimum en termes d’expérience.

    Nous considérons que notre rôle est, au contraire, l’inverse : permettre un approfondissement politique, en appuyer les tendances du mouvement qui défendent la nécessite de la faire sur des bases progressistes, et, au contraire, mener une lutte -avec elle- contre le développement de tendances réactionnaires et liquidatrices.

    Notre position est synthétisée dans le Manifestedu Parti communiste.

    Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

    Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.

    Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

    Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

    Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien.

    La fin générale, nous, nous ne la percevons pas comme devant être guidée vers les urnes, vers la soumission à un autre laquais de la bourgeoisie, qui n’aurait comme avantage par rapport à Macron que l’unique fait d’être un peu plus consensuel.


    Notre fin générale, elle est dans l’avancée vers le pouvoir populaire.

    Le poids de l’usure. 

    Après autant de temps, cependant, il est indéniable qu’une certaine usure est apparue dans le mouvement des Gilets Jaunes. D’une manière générale, deux tendances apparaissent au sein du mouvement 
    Une tendance au découragement, du fait de la brutalité avec laquelle répond le gouvernement, du fait de son absence de réaction face aux revendications qui ont été avancées par ceux et celles qui combattent et qui manifestent depuis 150 jours.

    De l’autre, une tendance à l’approfondissement du mouvement, à sa structuration, impulsée notamment par Commercy hier, par Saint-Nazaire aujourd’hui. Lyon a été également parmi les pionniers, en impulsant les Assemblées Populaires. 

    Le gouvernement fait tout pour que la première tendance soit dominante. Il veut liquider au plus vite le mouvement des Gilets Jaunes. Par la propagande mensongère, par le déni de l’existence du mouvement, mais aussi par la force brute et l’intimidation. Mais cette brutalité n’est pas un signe de force, mais bien de faiblesse, pour un gouvernement qui doit recourir au mensonge constamment. 

    En revanche, il fera également tout pour que la deuxième soit marginale. Il veut liquider ce mouvement, car il prévoit d’autres attaques, terribles, contre tous les secteurs de la société. Il sait que ces attaques entraîneront des réactions vives, mais qu’il espère canaliser, en comptant sur le fait qu’elles restent isolées, tandis que les forces mobilisables seront épuisées et usées par un conflit de grande durée. 

    Le gouvernement est sommé par ses commanditaires de la grande bourgeoisie d’avancer dans les réformes à marche forcée. Cet empressement, reflet notamment de l’angoisse de la crise qui étreint cette grande bourgeoisie, fait qu’il ne peut attendre patiemment que les luttes s’éteignent avant d’allumer un nouvel incendie. Et ses objectifs sont immenses. Ils sont synthétisés dans le document CAP 2022. 

    Déjà, la réforme Blanquer est en marche, ayant pour objectif de rationaliser le nombre d’établissements scolaires et de réduire le nombre de personnels enseignants. Elle prépare également la voie à la privatisation générale de l’enseignement, maternelle, primaire et secondaire. 

    À sa suite s’accumulent un grand nombre de projets dans la même veine : réduire les services publics, réduire les dispositifs de solidarité, faire de la santé, de l’éducation, du transport des marchés offerts à leurs commanditaires. Et, comble, certaines ont été intégrées comme proposition du grand débat ! Une manière de faire plébisciter aux masses l’instrument même de l’aggravation de leur situation. 

    Il est certain que des luttes syndicales vont naître prochainement du fait de la mise en place de ce programme. Il se pose la question cruciale de savoir s’il sera possible d’unifier les forces qui luttent ou si elles continueront à rester séparer les unes des autres. Il se pose la question cruciale de savoir s’il sera possible d’unifier les forces qui luttent ou si elles continueront à rester séparer les unes des autres. C’est une question dont la réponse n’est pas définie. 

    En tant qu’organisation politique, nous appelons à ce que les barrières entre les luttes soient abolies, qu’elles puisse -non pas seulement « converger »- mais faire naître une synthèse, marcher ensemble, comme un seul front, un seul rang. 

    Nous pensons qu’à l’heure actuelle, il existe le cadre qui permette de pouvoir réaliser cette synthèse des luttes. Ce cadre est celui des Assemblées Populaires. Toutes les forces combattant avec résolution et sincérité contre la politique gouvernementale ont leur place en son sein.

    Déjà, des liens se tissent grâce à son activité, elle a permis, sur Lyon, plusieurs actions communes et concrètes depuis le début du mouvement. Que ce soit des actions rassemblant écologistes, syndicats, étudiants et étudiantes, membres du corps enseignant… Elles se poursuivent et se systématiseront.

    Les lieux de débat et de prise de décisions communes doivent être renforcés. L’Unité Communiste de Lyon considère que l’accroissement de l’influence des Assemblées Populaires est fondamental dans la poursuite d’une lutte de longue durée contre la politique du gouvernement. 

    L’Unité Communiste de Lyon appelle également à renforcer les organisations combatives qui luttent politiquement, syndicalement, mais également par l’autodéfense, contre les attaques des exploiteurs et de leurs agents provocateurs fascistes. 

    La contre-offensive qui vient.


    Pour le moment, la mobilisation demeure stable. Elle incarne une véritable lame de fond qui secoue les masses populaires. Nous pensons que ceux et celles qui veulent l’utiliser pour leurs intérêts électoraux, qui essaient de la subordonner en catimini seront engloutis par le torrent que la colère populaire représente. 

    Il n’est pas possible, cependant, de ne pas évoquer la question de l’avenir et d’un reflux possible du mouvement des Gilets Jaunes. Nous devons prendre en considération l’approche des élections européennes, qui forment, comme toutes les élections, une diversion et une chape de plomb, mais aussi de l’été.

    Le mouvement des Gilets Jaunes a généré, de fait, une opposition aux différentes formes d’expression de l’idéologie bourgeoise et petite-bourgeoise. Cet espace gagné aux idées de pouvoir populaire et prolétarien est intolérable pour la bourgeoisie. Il n’est pas possible pour elle de laisser, même dans le reflux, les choses en l’état. Elle doit regagner cet espace perdu par une contre-offensive idéologique.

    Au reflux fera suite la répression, sous des formes potentiellement encore plus aigües qu’aujourd’hui, notamment dans les réquisitions des procureurs. Mais à la répression fera également suite une phase de réaction. 

    Cette phase de réaction avait été déjà tentée au travers de l’affaire Finkielkraut, qui, derrière le vernis louable de la lutte contre l’antisémitisme, ouvrait, en réalité, une boîte de Pandore. La boîte de Pandore de l’opposition entre musulmans et juifs, permettant aux discours les plus réactionnaires et les plus agressifs de s’exprimer. Discours qui se traduisent également par des intégrations de thèses ultra-réactionnaires dans les programmes électoraux. 

    Ainsi, nous avons pu constater que les thèses identitaires sont maintenant répercutées dans le programme des Républicains, mais, également, même, dans des organisations issues de la gauche. La création de « République Souveraine » par l’ancien porte-parole de la France Insoumise, Djordje Kuzmanovic, illustre cela. Nous reviendrons d’ailleurs sur cette création à l’occasion d’une autre publication.

    L’affaire Finkielkraut à fait long feu, mais il est impensable que la bourgeoisie ne relance pas un coup de boutoir réactionnaire. Car, au-delà de la question des mouvements se pose également une question politique fondamentale. Il est clair que la destruction des droits économiques se traduira également, mécaniquement, par des attaques sur les droits démocratiques et politiques. 

    A moyen-long terme, il se profile une question, derrière le gouvernement LREM, qui ne sera jamais réélu, qui est un gouvernement à usage unique, missile téléguidé contre les droits sociaux. Cette question est celle du successeur qui sera adoubé par la grande bourgeoisie pour parachever le travail de liquidation de tout ce que les luttes du XIXe et du XXe siècle ont arraché. 

    Au travers des appels du pied que se font les uns et les autres, des tractations, des imitations de programme, ce qui apparaît, à l’horizon, est la question de la droite élargie. Ce cartel des droites, réunissant les notables des Républicains, les orateurs du RN/FN, les nervis fascistes du Bastion Social, de Génération Identitaire ou de l’Action Française, se dessine. Il est ce qui semble être la réponse la plus cohérente de la part de la grande bourgeoisie au climat de tension sociale prévisible à la suite de la destruction du niveau de vie, mais également des risques de conflits internationaux. 

    Nous avons pu voir des ponts se lancer, déjà, d’un côté à l’autre des deux rives de la droite.

    La grande bourgeoisie monopoliste a toujours choisi comme héraut des groupes qu’elle jugeait les plus aptes à défendre cet intérêt le mieux possible. Cependant, avec l’aggravation des tensions, il n’est pas exclu qu’elle fasse un choix plus dur, plus brutal pour les protéger au mieux.

    L’Unité Communiste de Lyon considère qu’il faut regarder avec sérieux l’apparition de ce pôle politique ultra-réactionnaire. Même la dissolution possible de Génération Identitaire, qui peut être perçue comme une victoire, peut paradoxalement permettre à celle-ci de renaître sous une forme compatible avec une ligue ultra-réactionnaire.

    Nous considérons que face au triptyque Reflux-Répression-Réaction nous devons développer la nôtre : Organiser-unifier-consolider qui permette de transformer la victoire morale du mouvement des Gilets Jaunes et des luttes sociales et écologiques en victoire durable. 

    La meilleure manière de conjurer cette menace est par le renforcement des luttes, mais également par le renforcement du camp populaire et des organisations communistes révolutionnaires partout où elles sont. Nous appelons à l’unité et au travail commun pour être préparés à faire face aux questions qui s’imposeront à nous dans les années futures.


    Ensemble, construisons la réponse politique aux projets de la bourgeoisie !

  • Sur le mouvement des Gilets Jaunes en France – Le point de vue de l’International League of People Struggle. (ILPS)

    Sur le mouvement des Gilets Jaunes en France – Le point de vue de l’International League of People Struggle. (ILPS)


    Par le professeur Jose Maria Sison
    Président de l’International League of People Struggle.
    Le 19 mars 2019

    Le professeur José Maria Sison, président de la Ligue internationale de la lutte des peuples (ILPS), compare favorablement le mouvement français des Gilets Jaunes  » aux manifestations de masse de mai 1968 en France, notamment en ce qui concerne le militantisme et l’opposition à l’establishment capitaliste « . Il explique que les manifestants en gilet jaune  » bénéficient du soutien des larges masses populaires  » qui condamnent le banquier néolibéral français devenu président, Emmanuel Macron. Alors que le mouvement « souffre du même caractère populiste excessivement horizontaliste » et de l’absence de direction prolétarienne révolutionnaire, Sison souligne que « le mouvement des Gilets Jaunes est le bienvenu et digne d’éloges, pour avoir accepté les revendications justes de la classe ouvrière et de la classe moyenne, et exposé les graves maux du système capitaliste oppresseur et exploiteur au pouvoir« . Le texte intégral de la déclaration du président de l’ILPS suit.

    Le 17 novembre 2018, 300 000 personnes de la classe ouvrière et de la classe moyenne, principalement des banlieues et des zones rurales de France, se sont mobilisées lors de manifestations de masse. Leur but était de protester contre la hausse des taxes sur les carburants et la hausse des prix des carburants. Comme symbole de ralliement, ils portaient la veste jaune pour signaler leur détresse économique et sociale. Ils avaient été inspirés par une pétition en ligne signée par près d’un million de personnes.


    Dix-huit manifestations de masse, centrées à Paris et organisées dans tout le pays, ont éclaté jusqu’à la dernière du 16 mars 2019 surnommée « L’Ultimatum ». Les justes revendications du mouvement des Gilets Jaunes se sont étendues de la baisse des taxes sur les carburants à la réintroduction de l’impôt de solidarité sur la fortune, l’augmentation du salaire minimum, l’expansion des services sociaux, la mise en place de référendums d’initiative citoyenne et la démission du président Macron et [la fin de] son régime.

    Le régime Macron a réagi d’une main de fer en lançant des attaques physiques, réalisées par la police, contre les manifestants. Ces attaques ont été faites à l’aide de canons à eau, de grenades lacrymogènes, de flashball et de charges à la matraque. Il est juste que les manifestants aient riposté en utilisant des bâtons, des pavés, des barrages de voitures, par le contrôle des routes et des ronds-points, par la destruction des caméras de surveillance de la circulation, par l’incendie des voitures chères des grands bourgeois et par des invasions de restaurants et de magasins de la classe supérieure.

    Les manifestants en gilet jaune bénéficient du soutien des larges masses, qui condamnent Macron. Macron, le banquier d’affaires devenu président, promoteur et exécutant de la politique néolibérale qui favorise la grande bourgeoisie et ses cadres les mieux payés au détriment des travailleurs et des populations rurales. Ils sont enragés par le recours à la violence policière lors des actions de masse et par les fausses promesses faites par Macron avant et après chaque action de masse.

    Le mouvement des gilets jaunes a influencé des mouvements de masse similaires en Europe et ailleurs dans le monde, dont les participants portent le gilet jaune et soulèvent des revendications contre les politiques fiscales et d’exploitation du gouvernement grand-bourgeois. La plupart des mouvements influencés par les Gilets Jaunes ont un caractère positif [le terme employé était intraduisible, NdT] et progressiste dirigé contre les politiques d’exploitation des gouvernements bourgeois. Mais quelques-uns se sont dirigés contre les travailleurs migrants et d’autres qui ne sont pas liés à la bourgeoisie monopoliste.

    Le mouvement des Gilets Jaunes peut être favorablement comparé aux manifestations de masse de mai 1968 en France, notamment en ce qui concerne le militantisme et l’opposition à l’establishment capitaliste. Mais elle souffre du même caractère populiste excessivement horizontaliste et du manque de leadership d’un parti révolutionnaire du prolétariat. Il peut également être comparé à l’Occupy movement de mémoire récente, qui a bénéficié d’un soutien populaire pendant un certain temps. Mais cela s’est évanoui par manque de leadership de la part d’un parti révolutionnaire du prolétariat.

    Quoi qu’il en soit, un phénomène tel que le mouvement des Gilets Jaunes est le bienvenu et digne d’éloges pour avoir accepté les justes revendications de la classe ouvrière et de la classe moyenne et exposé les graves maux du système capitaliste oppressif et exploiteur au pouvoir. Elle montre qu’il existe une large et profonde base de mécontentement social et de résistance que le parti révolutionnaire marxiste-léniniste du prolétariat peut utiliser pour gagner la bataille pour la démocratie et viser à la révolution socialiste.

    [NdT : L’ILPS est une ligue internationale d’organisations issues principalement de pays dominés par l’impérialisme. Elle est centré notamment autour du Parti Communiste des Philippines (CPP) qui mène depuis 50 ans maintenant la guerre populaire prolongée pour lutter contre la domination des Philippines et contre les pouvoirs réactionnaires qui se sont succédés. 

    L’ILPS et l’ICOR ont participé à plusieurs initiatives conjointes par le passé, et contribuent, l’une et l’autre, à ce qu’une reconfiguration majeure des relations entre organisations – et entre ligues d’organisations – naisse. 

    Le texte suivant illustre l’intérêt qui est porté, y compris depuis l’autre côté de la planète, pour les luttes menées par les prolétaires dans les pays impérialistes. Nous remercions le Pr. José Maria Sison de sa contribution au débat sur le mouvement social en France.

    Les regards extérieurs sur notre situation nationale nous mettent également en face de nos responsabilités, en tant que communistes. Ils contribuent à nous faire prendre conscience de la nécessité du Parti non comme un fétiche, comme un luxe, mais comme une étape fondamentale vers la possibilité de mettre fin à l’exploitation et à l’oppression. 

    Les situations de lutte extrêmement difficiles dans lesquelles doivent travailler certaines organisations doivent également être un
    memento mori qui nous rappelle constamment qu’il n’existe aucune barrière étanche dans la manière dont la répression se déroule dans les Etats ultra-réactionnaires et ici. La répression bourgeoise est aussi le fruit d’un processus dialectique, et rien ne fait obstacle de manière infranchissable au développement, dans le cadre d’une aggravation de la situation, d’une répression de type fasciste-terroriste en France. ]

  • Le 19 mars, toutes et tous dans la rue !

    Le 19 mars, toutes et tous dans la rue !

    Le gouvernement LREM mène une politique de guerre totale envers les droits sociaux.

    Ce 19 mars, en cette journée de mobilisation interprofessionnelle, nous ne pouvons que faire un triste constat. Depuis 2008, les attaques se sont sans cesse intensifiées contre l’intégralité de ce que nos luttes, depuis plus d’un siècle, sont parvenues à arracher aux exploiteurs et aux exploiteuses.

    Trois objectifs centraux ont été désignés par la lignée de politiciens et de politiciennes, de bords différents, mais qui ont appliqué strictement le même programme.

    • Détruire le contrat de travail pour baisser les salaires réels le plus bas possible.
    • Réduire les dépenses et les taxes -pour les plus riches- afin d’accroître les profits.
    • Ouvrir des nouveaux marchés aux investisseurs, par la privatisation d’un côté, par la guerre et l’agression militaire de l’autre.

    L’intégralité des réformes et des actes du gouvernement, qui sont mis en œuvre aujourd’hui, rentrent dans ces critères ou dans les conséquences logiques de celles-ci. Depuis la fusion des écoles primaires et des collèges jusqu’aux interventions militaires en Afrique ou au Moyen-Orient.

    Ces attaques ont déclenché des réactions de lutte, mais quelles réponses ont-elles eues ?

    La lutte des Gilets Jaunes, la mobilisation de la jeunesse, les combats des syndicats, la lutte pour la défense de l’environnement… toutes ont reçu comme unique réponse le mépris, la répression ou les déclarations démagogiques qui n’engagent rien ni personne.

    Le Grand Débat, promis par Macron pour mettre à plat la crise actuelle n’est, au final, qu’un levier qui lui sert à justifier son offensive anti-sociale. Toutes les propositions qui en ressortent sont des éléments du programme de celui-ci, ou des objectifs déjà désignés dans CAP2022. Le référendum, s’il a lieu, ne sera que du même genre : ce sera une question piège qui servira à conforter le gouvernement, à renforcer sa politique, à la graver dans le marbre.

    Le triumvirat Macron-Philippe-Castaner est particulièrement haï par l’ensemble de la population. Pourtant, il n’est qu’un exécutant.

    Le gouvernement agit ainsi, car il travaille pour les exploiteurs, pour les oppresseurs, pour les rentiers, les investisseurs… Il travaille pour les capitalistes, pour servir leur intérêt suprême : augmenter leurs profits au maximum.

    La crise a effrayé ces exploiteurs, la concurrence internationale les angoissent. Il est impératif pour eux que leurs taxes soient les plus basses, que les marchés soient les plus ouverts, que les salaires soient les plus bas. Cette grande bourgeoisie, avec ses immenses monopoles, ses trusts, ses cartels, exige que nos droits soient anéantis pour leurs profits. Quitte à ce que, pour cela, l’Etat nous mène la guerre jusqu’à ce que nous soyons balayés.

    Mais, à chaque pas, grandit la colère sociale, grandit la haine contre l’exploitation. En frappant fort, les exploiteurs et les exploiteuses creusent leur tombe !

    Ce qui ressort de plus de 125 jours de lutte constante en intense, c’est un constat fondamental. Le régime politique dans lequel nous vivons a jeté son masque de démocratie pour endosser celui du despotisme. Les lois actuelles contre la liberté de la presse et contre le droit de manifester l’illustrent. Le nombre d’arrestations, de blessures, de mort est tel que même l’UE et l’ONU ont du demander à l’Etat de lever le pied.

    Aujourd’hui, ce sont des droits économiques qui sont attaqués. Notre droit à un salaire, notre droit à une Sécurité Sociale, notre droit à une retraite, notre droit aux aides et aux allocations -que nous payons de notre sueur !

    Demain, ce seront nos droits politiques, nos libertés de réunion, d’expression, d’organisation qui seront ciblés. Nous ne pouvons attendre qu’on nous étrangle.

    Chaque jour, davantage d’individus pointent du doigt ce despotisme et réclament que la démocratie soit élargie, notamment par la mise en place d’un Référendum d’Initiative Citoyenne. Or, l’expérience passée a démontré que les gouvernements s’assoient sur les votes et les décisions qui sont contradictoires avec leurs projets.

    Nous entendons souvent cette rengaine « si les élections servaient à quelque chose, cela ferait longtemps qu’elles seraient interdites ». Pourtant, la conclusion qui s’impose n’est pas énoncée. Que faire ? L’Unité Communiste de Lyon considère qu’il faut prendre acte du fait que la pseudo-démocratie dans laquelle nous vivons est au service exclusif des intérêts de la grande bourgeoisie, de ses monopoles, de ses cartels d’entreprises et de banque. Elle n’est pas amendable. Elle n’est pas réformable.

    Nous voulons proposer notre démocratie, celle du peuple, celle des travailleurs, celle des exploités et des opprimés. Nous défendons le fait qu’existe une opposition extra-parlementaire : celle des Assemblées Populaires, que nous appelons à renforcer. Ce sont les centres de gravité autour desquels toutes les forces combatives doivent s’agréger. Ce sont les instances décisionnaires de la lutte sociale unifiée !

    Nous appelons également à renforcer les organisations de combat des exploités et des exploitées : les syndicats, les organisations de jeunesse, les organisations antifascistes.

    Nous appelons à nous rejoindre pour que puisse naître un véritable Parti Communiste Révolutionnaire. Nous appelons à rejoindre la coordination internationale ICOR, car nous, exploités et exploitées de France, ne sommes pas seuls. Partout, dans le monde, les opprimés et opprimées se soulèvent contre leurs maîtres. Soutenons-les !

    Ne courbons pas l’échine sous le poids de nos chaînes ! Nous sommes, nous les masses populaires, ceux qui produirons toutes les richesses du monde ! Nous sommes le moteur du monde ! Nous sommes le moteur de l’histoire !

    Nous ne « sommes rien », soyons tout !

  • Les prochaines attaques.

    Les prochaines attaques.

    Les prochaines attaques.

    Le mouvement des Gilets Jaunes, qui dure depuis bientôt quinze semaines, est une véritable bataille de Verdun sociale. Elle fixe et focalise toutes les attentions du moment, monopolise véritablement les esprits et les pensées. Elle est le centre de gravité de la bataille contre les assauts du gouvernement.

    Faute de pouvoir juguler le mouvement des Gilets Jaunes, toute la gamme de manœuvres habituelles ont été mises en branle par le gouvernement et différentes fractions de la bourgeoisie. Laisser passer du temps, en espérant que les choses se tassent d’elles-mêmes ; utiliser la force brute pour décourager les manifestants et les manifestantes de s’exposer au danger ; arrêter préventivement les « meneurs » ; faire appel à des agents provocateurs d’extrême-droite, coordonnés avec la police, pour semer la division… Cela n’a pas fonctionné.

    Mais également, nos ennemis de classe ont manié la carotte : saluer la création de listes européennes pour faire rentrer dans le giron de la démocratie bourgeoise le mouvement ; promettre un référendum scélérat qui servira à faire passer des réformes structurelles… en somme tout est tenté. Il est à souligner que le référendum était déjà mentionné en juillet dernier comme moyen envisageable pour faire passer en force les modifications décidées par le gouvernement (« Si cela est nécessaire, je recourrai au vote de nos concitoyens par voie de référendum. » )

    Depuis quelque temps, des discours faisant glisser la question des Gilets Jaunes d’une question sociale et politique à une question ethnico-religieuse. En prenant appui sur des actes isolés commis ces derniers temps, dont certains sans lien avec les Gilets Jaunes, une frange réactionnaire de la bourgeoisie tente une manœuvre dangereuse. Il existe, de fait, une présence et une influence de certaines thèses réactionnaires et conspirationnistes chez les Gilets Jaunes comme dans la société dans son ensemble. Des luttes sont menées constamment pour les juguler.

    Au lieu de souligner ces contradictions, ces agents provocateurs, tels que BHL et Finkielkraut, ont choisi sciemment d’instiller le poison de « l’ethnicisation du conflit ». Ils ont été repris en cœur par Grievaux (entre deux hommages à Pétain, toutefois), par Castaner, avec la bénédiction de l’Elysée. Le PS, désespéré de sa propre inutilité, a impulsé un front commun contre l’antisémitisme, permettant même au RN, à Zemmour et à Ciotti de vomir leur haine des musulmans, présentée comme un antidote à l’antisémitisme. Nombre d’organisations se sont couchées devant cet ultimatum. A l’inverse, les rassemblements dénonçant cette instrumentalisation, à l’initiative de l’UJFP (Union Française des Juifs pour la Paix) ont permis à des discours douteux et tout aussi ethnicisant, comme celui du PIR, de se propager.

    Parallèlement à cela, le gouvernement à non seulement utilisé le mouvement des Gilets Jaunes pour faire avancer son propre agenda politique et répressif (lois anti-manifestations, lois sur la presse…), mais également il a pu poursuivre son travail sur d’autres fronts d’attaque, profitant de l’accaparement de l’attention.

    Le gouvernement a prévu un ordre du jour particulièrement chargé en termes d’offensives contre les droits sociaux. Le rapport Cap 2022, qui avait fuité durant l’été, donnait une idée générale de quelles étaient les ambitions de la direction de l’Etat.

    L’analyse du rapport est disponible ici dans son intégralité. Résumer ce plan de bataille est simple : anéantir la fonction publique ; donner un coup d’accélérateur à la privatisation de pans énormes des services publics (éducation, santé, mais également les ex-nationales, qui pourront être administrées par des sociétés privées) ; traquer les moindres dépenses et « responsabiliser » ceux qui usent des aides sociales. Il est important, essentiel, de garder ce terme de « responsabiliser » à l’esprit. Il va devenir central.

    Malgré la lutte intense actuelle, le gouvernement n’a pas renoncé à poursuivre ces projets. Il les a même amplifiés. Il est revenu sur chaque promesse, sur chaque concession. L’offensive continue.

    L’offensive non-stop

    La grande entourloupe orchestrée par le gouvernement se joue là : ceux qui ont besoin de ces aides sont vus comme des irresponsables, qui coûtent cher, qui sont oisifs, inutiles, contre-productifs. Il faut donc les « dresser ». « Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’Etat, de ses mécanismes de vérification et de contrôle (…) C’est de leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. »

    Par exemple, la mise en place du jour de carence, pour lutter contre l’absentéisme. Ces journées sans salaires peuvent maintenant s’étendre jusqu’à une durée de trois jours. Or, limiter les absences ne contribue pas à améliorer la santé de ceux et de celles qui en font usage. Au contraire, elle tend à rendre non seulement l’accès aux soins plus compliqués mais également à accroître l’usure des travailleurs et des travailleuses, dont les absences perlées sont le plus souvent un révélateur essentiel. Mais cette donnée n’a aucune importance aux yeux des ceux qui vivent du rendement produit par le travail des autres.

    Dans ses discours de Versailles et devant le Parlement, en juillet dernier, Macron dévoilait une partie de son plan de guerre contre les intérêts des classes populaires du pays. La très grande majorité des individus, dès lors qu’elle entend parler de fiscalité, ne peut s’empêcher de bailler fortement et de détourner son attention. Or, dans ce cadre-là, la question de l’impôt est centrale.

    Les cotisations sociales, qui ne sont pas des impôts à l’origine, mais une participation à des caisses de solidarité. L’Etat n’avait, à l’origine, pas sont mot à dire sur leur contenu ou sur leur redistribution. Ces aides étaient des droits.

    Or, en changeant le financement de ces caisses, en passant d’une cotisation à un impôt, l’Etat, et donc la bourgeoisie, s’est arrogée le droit de donner non seulement son opinion sur cette question, mais directement d’en prendre le contrôle.

    « La solidarité nationale est de plus en plus financée par l’impôt, ce que vous avez voté en matière d’Assurance Chômage a ainsi supprimé toute cotisation salariale remplacée par la CSG mais il faut bien expliquer l’ensemble de cette réforme, ne pas voir que la CSG qui augmente d’un côté, en oubliant que ce sont toutes les cotisations sociales salariales qui ont baissé de l’autre. »

    Ce jeu de passe-passe paraît ne rien changer. Mais il bouleverse tout ! Il donne tout pouvoir à l’Etat sur l’argent récolté. Non seulement la CSG est inégalitaire, mais, en supplément, l’Etat peut la ventiler comme bon lui semble.

    Leur nature de droit n’est plus, dès lors, garantie. « il n’y a plus un droit au chômage, au sens où l’entendait classiquement, il y a l’accès à un droit qu’offre la société mais sur lequel on ne s’est pas garanti à titre individuel, puisque tous les contribuables l’ont payé. »

    En somme, comme ce n’est plus une cotisation, mais un impôt, l’Etat s’arroge le droit de dire qui le mérite ou qui ne le mérite pas.

    Dès lors, il exige des contreparties. Devant l’Assemblée, Edouard Philippe a déclaré :«Il n’est pas scandaleux, je le dis comme je le pense, de poser la question des droits et des devoirs. […] Lorsque l’Etat crée des systèmes de solidarité ou d’accompagnement ou d’encouragement, la logique de droits et de devoirs est impérative.» Il est fascinant de constater que le Premier ministre considère que la création des aides sociales est issue de l’Etat. Cette falsification de l’histoire est malheureusement typique. Même le RSA est géré par les départements. En réalité, l’Etat, pour le compte de la bourgeoisie, s’est invitée dans la gestion des aides sociales dans le but d’en prendre le contrôle et de, à terme, les réduire à néant.

    Cela rentre dans le cadre de la longue guerre fiscale entre les exploiteurs et les exploités, que nous résumons ici.

    Déjà, des affiches fleurissaient dans certaines régions, parlant du bénévolat pour sortir du RSA. L’idée que ceux qui bénéficient d’aides sociales puissent faire du travail « d’intérêt général » est, en dernière analyse, la première étape vers le fait qu’ils doivent en faire, pour conserver ces aides.

    Cela illustre une certaine mentalité qui confond chômage, inactivité professionnelle avec une oisiveté, une fainéantise, qui doivent être corrigée par le travail. Elle contribue à donner une impression du fait que les chômeurs sont responsables de leur sort. Cette morale, somme toute assez huguenote, s’accompagne aussi de certains appétits féroces et sous-jacents.

    Du travail gratuit, à la pelle, voilà le rêve qui s’incarne dans ce genre de mesures. Petit paradoxe : s’il est possible de faire travailler ceux qui n’ont pas de travail, c’est qu’il existe des postes non-pourvus. Donc cette mesure est, somme toutes, hypocrite. Si des chômeurs occupent gratuitement un poste, ils contribuent à empêcher les embauches et donc à perpétuer une situation de chômage. Qui plus est, en étant payé au niveau des aides sociales, ils contribuent également à tirer les salaires vers le bas, en dévaluant les postes qu’ils occupent. Dans un sens, ce travail gratuit ne contribue nullement à enrichir la société. Au contraire. Il contribue à l’appauvrir. Les seuls qui peuvent se réduire de cela sont ceux qui verront leurs taxes diminuer par le fait que les « travaux d’intérêts généraux » soient faits par des personnels surexploités. Et encore, même pour les capitalistes, ce n’est pas forcément une si bonne nouvelle que ça.

    Pourquoi ?

    Dans un sens, cette mesure se rapproche de la loi sur l’alimentation. Celle-ci partait initialement, quant à elle, d’un constat juste : une grande partie des petits et moyens agriculteurs et des petits et moyens producteurs sont dans des situations financières extrêmement précaires. Ces catégories sociales touchent, en particulier depuis la grande distribution, des bénéfices anorexiques du fait des prix bas. La loi alimentation est censée répondre à cela en garantissant une hausse des rentrées d’argent, par l’augmentation des prix et la mise en œuvre de certaines contraintes concernant les grands magasins. L’idée peut paraître sympathique.

    Mais, pour ne pas s’aliéner les grands cartels de la distribution, Macron ne touche pas à leurs marges sur les ventes. La loi est faite pour que ce soit une hausse des prix intégralement répercutée sur les consommateurs. Cela lui a néanmoins permis de ricaner en disant que « ce n’est pas open bar », si les Français et les Françaises veulent que les agriculteurs soient mieux payés, à eux de le faire.

    Mais cette loi est contre-productive. Elle est déflationniste, ce qui, en régime capitaliste, n’est pas un bon signe. Elle impacte le niveau de vie et le pouvoir d’achat d’une très grande partie des habitants et des habitantes de France. Comme la part du budget des ménages dédiés à la consommation est de plus en plus grande, celle-ci atteindra des limites. A l’arrivée, les supermarchés et hypermarchés auront beau avoir l’impression d’avoir remporté une victoire sur leur taux de rendement, leur chiffre d’affaires n’en grandira pas pour autant. Il finira même probablement par se contracter. Somme toutes dans cette loi, les agriculteurs, les consommateurs et même la bourgeoisie sont perdants.

    Il en est de même pour le travail gratuit, il contribue à faire baisser le niveau de vie, à jeter dans la misère toujours plus d’individus, et à tirer les salaires vers le bas. Il fait, certes, baisser les impôts de ceux qui en paient, mais au prix d’une déflation qui peut s’avérer dangereuse même pour les capitalistes.

    Certes, Macron et ses sbires veulent augmenter le salaire net pour permettre plus de consommation. Mais ce que les cotisations sociales ne couvriront plus devra être compensé. Les mutuelles vampiriseront une partie conséquente de ces sommes « libérées », tandis que les mauvais jours devront être prévus par la constitution de bas de laine, comme dans l’ancien temps. En dernière instance, le jeu de presser au maximum les larges masses populaires pour tout leur prendre se heurte à des logiques économiques qui se retournent contre ses auteurs.

    En fait de période de faste, nous nous dirigeons à tout petit pas vers des crises économiques toujours plus brutales.

    Cela illustre certaines contradictions du capitalisme, lequel ne mène plus qu’à l’accaparement de richesses par une poignée, tandis que les crises reviennent inlassablement. Dans tous les cas, l’avenir est bien sombre, économiquement et, par voie de conséquence, politiquement.

    Le gouvernement, malgré le mouvement intense, poursuit donc ses objectifs. Nous devons poursuivre les nôtres. La lutte des Gilets Jaunes préfigure une série de luttes intenses qui naîtront mécaniquement de la misère croissante. Plus la situation s’aggrave, plus celles-ci prendront un caractère explosif.

    L’échec des diversions réformistes est patent. Il n’existe plus d’issue électorale évidente, malgré les agitations de LFI ou du RN. Cela créé une situation où les mouvements se politisent par leur confrontation directe avec la dictature capitaliste et l’appareil d’Etat. Cette politisation est une force immense.

    Le rejet de prétendues institutions démocratiques, le rejet du régime de dictature du capital, pose des questions inédites. Les communistes ont un rôle immense à jouer dedans pour permettre à ce que mature la conscience politique des masses populaires, mais également pour les organiser et les rassembler.

    Il y aura de facto un reflux dans le mouvement de masse, par la fatigue, l’épuisement, la lassitude. Ce reflux déterminera qui sera le gagnant et qui sera le perdant de la grande lutte. Le gouvernement mènera une contre-offensive sociale, sans le moindre doute. Si les forces qui se sont levées ne sont pas plus organisées et plus structurées qu’avant, celui-ci aura gagné. Si les fascistes remportent la bataille pour l’hégémonie politique du mouvement, celui-ci sera perdu. Si nous parvenons -et cela ne dépend que de nous, un nous au sens large- à faire que le camp du peuple est plus unis, plus politisé, plus solide, plus solidaire, alors nous aurons gagné. Cela formera un pas, mais un pas immense, vers d’autres victoires, plus stratégiques et plus cruciales encore.

  • Liste Gilet Jaune aux européennes : une arnaque !

    Liste Gilet Jaune aux européennes : une arnaque !

    Liste Gilet Jaune aux européennes : une arnaque !

    Dernièrement, plusieurs listes estampillées « Gilets Jaunes » se sont constituées pour participer aux élections européennes. Elles se sont agglomérées autour de personnalités issues du mouvement des Gilets Jaunes, comme Ingrid Levavasseur. L’Unité Communiste de Lyon considère que cette constitution est négative et contribue à poignarder le mouvement des Gilets Jaunes dans le dos, en usurpant son nom.

    Ces listes sont le résultat de la corruption par les exploiteurs !

    La corruption prend différentes formes, et nos ennemis, les exploiteurs, sont toujours prêts à l’utiliser. Les agents du gouvernement et de la grande bourgeoisie ont fait miroiter à ceux qui animent les listes une belle carrière. Nul doute qu’il leur a été certifié qu’ils auraient tout à y gagner, peut-être même en mettant en avant l’intérêt du mouvement. Nous ne faisons pas de procès d’intention, peut-être sont ils, peut-être sont elles, de bonne foi.

    Mais la bonne foi ne suffit pas face à la fourberie ! Ceux qui sont tombés dans ce piège ont été tués par les « balles sucrées » de la bourgeoisie ! Ces balles sont enrobées de miel, semblent douces, mais tuent tout autant que les vraies. Elles tuent la combativité, elles tuent l’unité, elles tuent l’espoir, pour l’enfermer dans les urnes.

    Griveaux, le porte-parole du gouvernement, considère que la liste des Gilets Jaunes est un processus intéressant. Et pour cause !

    Quoi de mieux que d’enfermer la contestation contre l’exploitation et contre le régime dans des cadres étroits, étriqués, de la campagne électorale ? Quoi de mieux que de liquider les manifestations, les assemblées populaires, la colère, pour la claquemurer ?

    La constitution de cette liste à de quoi faire bondir de joie Macron et ses sbires. Elle signerait la fin de ce qui fait la force centrale de ce mouvement : son opposition extra-parlementaire non seulement à la politique du gouvernement, mais à tout le système pseudo-démocratique. Il leur est insupportable que des assemblées générales se tiennent, que les Gilets Jaunes fassent de la vraie politique, une politique du débat démocratique et de la prise de décision commune, en toute transparence, dans l’intérêt le plus large !

    Cette opposition extra-parlementaire les effraie au plus haut point ! Elle se montre incorruptible, résiste aux intimidations comme aux fausses promesses.

    La naissance de listes aux européennes serait le signal du retour dans les cadres étroits de la prétendue démocratie, dans ses espaces cloisonnés, dans ses débats stériles et dans son crétinisme parlementaire. Il s’agirait d’une victoire stratégique pour la bourgeoisie.Elle est prête à fournir toute l’aide et toute l’assistance logistique pour que ces pièges grandissent. Pour semer la division, la corruption, elle est prête à couvrir de cadeaux ceux qu’elle espère faire travailler pour elle.

    Certains disent : ne luttez que dans les entreprises ! D’autres disent : votez ! Mais nous pouvons faire plus, nous devons faire plus ! Nous revendiquons le fait que, hors des salons, des fauteuils, hors de Matignon, de l’Elysée, chacun, dans nos villes, sur nos rond-points, nous sommes une fraction du pouvoir réel ! Nous sommes légitimes, nous sommes la vraie démocratie.

    La vraie démocratie, celle de la lutte contre les exploiteurs, celle du combat contre l’oppression.

    Certains affirment que cette liste divise l’opposition à Macron aux européennes. Qu’elle lui accordera la victoire. Ceux-là tombent dans le piège de croire que ces élections peuvent apporter un changement quelconque, autrement que de fournir des fauteuils confortables à des politiciens et des politiciennes qui ne font que trahir les intérêts des exploités ? Ces élections n’ont aucun intérêt.

    Dénonçons-les !

    Moins nous serons à jouer le jeu pourri des exploiteurs, moins leur légitimité sera grande. Pas un seul bulletin dans l’urne doit être notre mot d’ordre ! Si nous votons, nous cautionnons un jeu dans lequel nous savons que nous serons perdants.

    Si les listes Gilets Jaunes font 10%, demain, le gouvernement pourra dire « vous ne faites que 10%, vous ne valez que ça ! ».Or, nous sommes ceux qui produisons les richesses, qui sommes la force motrice de la société, la forme créatrice de tout ce qui sort des usines, de toutes les marchandises. Nous laissera t-on être enfermé dans une minorité ? Ou allons-nous faire voler en éclat ces cadres pourris, qui ne représentent plus que les barreaux d’une prison, pour nous lancer à l’assaut du monde ?

    Aujourd’hui, nous écrivons une page d’histoire.

    Le combat que nous menons est juste et légitime !