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  • Hô Chi Minh

    Hô Chi Minh

    50e anniversaire du décès de Hô Chi Minh

    L’Unité Communiste de Lyon salue la mémoire d’un héros de la lutte révolutionnaire et anti-impérialiste. Hô Chi Minh (1890-1969) a mérité largement sa place au Panthéon des combattants et combattantes de la Justice, de la Liberté réelle et de l’Égalité véritable. Aujourd’hui, c’est le 50ème anniversaire de son décès.

    Nguyễn Sinh Cung, plus tard connu sous le nom de Nguyễn Tất Thành (grandes espérances), de Nguyễn Ái Quốc (le patriote) et enfin d’Hô Chi Minh a dévoué sa vie à lutter contre la colonisation, contre l’impérialisme, pour un monde socialiste, de paix et de liberté. Toute son existence fut un combat.

    Dès son plus jeune âge, il s’est engagé, tout d’abord au sein du mouvement nationaliste Cần vương, qui voulait restaurer une autorité unique, monarchique, sur un Vietnam unifié. Chassé de son école après une participation à une manifestation de paysans, en 1908, il passe les années suivantes à traverser l’ensemble des provinces de l’Indochine. A partir de 1911, il travaille comme cuisinier sur des navires de commerce, voyageant sur a Terre entière. Ses voyages l’ont emmené à la rencontre d’autres mouvements de lutte, notamment Irlandais, mais aussi à la découverte du mouvement révolutionnaire communiste.

    Il adhère a celui-ci, rompant avec le nationalisme bourgeois. A Paris il contribue à la formation d’un premier bloc nationaliste progressiste. Il y écrit également des pièces de théâtre et un ouvrage : Le Procès de la colonisation française. A la fin de la Première Guerre mondiale, Hô Chi Minh, qui se fait alors appeler “le patriote”, tente d’intervenir dans la Conférence de Versailles, réclamant des droits pour le peuple Vietnamien. La déception fasse aux espoirs suscités par Wilson est importante.

    Au moment de la rupture entre la IIe et IIIe Internationale, il soutient les positions de Lénine. Durant l’entre deux guerres, il est de tous les combats. Il contribue tant à la lutte en Chine, en Asie du Sud-Est, qu’a la création des bases du PCI -aidé par Mao Zedong- en Indochine. Son expérience en tant que commissaire politique de la VIIIe armée en Chine lui donne les bases de l’art militaire.

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, il organise la résistance contre Vichy et les Japonais en Indochine. Il y prend le nom de Hô Chi Minh : “Celui qui éclaire”. Grâce à l’appui militaire de l’OSS américain, il contribue à libérer le Vietnam.

    Immédiatement après la guerre, il proclame l’indépendance du Vietnam, le 2 septembre 1945. Les français reprennent cependant le contrôle du pays, avec la complicité de l’armée de Tchang Kaï Check. De longues négociations commencent, tandis qu’une Assemblée constituante est élue le 6 janvier 1946. Les accords Hô-Sainteny, signés en mars, sont un espoir d’une décolonisation pacifique.

    En novembre, les français violent ces accords en reprenant unilatéralement le contrôle des douanes. Des incidents éclatent. La marine bombarde, le 23 novembre, la ville de Haïphong, tuant entre 6 000 et 20 000 civils. La guerre commence. Elle est cruelle. La France utilise tous les moyens à sa disposition pour conserver le contrôle de l’Indochine. La IVe République, marquée à gauche, durcit le ton. Le conflit se crispe et la France rentre de plain-pied dans la Guerre froide. Contre toute attente, l’Armée française perd la guerre. Les massacres et le napalm n’ont pas eu raison de la détermination d’un peuple. A Dien Bien Phu, le camp retranché se rend, tuant l’espoir de victoire.

    Le Vietnam peut respirer ? Hélas non. Les Américains, qui refusent toute idée de céder du terrain au communisme, installent la dictature tyrannique de Diem, apprenti-fasciste. Celle-ci, au service des colonisateurs et des impérialistes, est hautement impopulaire. Elle vacille. Pour la faire tenir de force, les Américains interviennent progressivement. La guerre du Vietnam commence. Hô chi Minh n’en voit pas la fin. En 1969, il meurt, à 79 ans, le jour anniversaire de l’indépendance. Il est embaumé contre sa volonté, son corps étant toujours exposé dans un mausolée, à Hanoï.

    Son pays, terrain de bataille de la Guerre froide, ne connaît la paix qu’à partir de 1975, après 34 ans de guerre.

    L’oeuvre d’Hô Chi Minh, cependant, dépasse le cadre de sa vie et sa personne seule. Avec d’autres combattants de la cause anti-impérialiste, comme Mao Zedong, Hô Chi Minh a contribué à concevoir les règles de la guérilla révolutionnaire. Cette guerre différente des autres, politique plus que militaire, a été la clé du succès contre les immenses forces des Français, des Japonais et des Américains et de leurs laquais. Se basant sur les masses populaires et sur leur liaison avec l’armée, sur la dispersion et la concentration des forces, sur les embuscades, l’usure, la peur, ces méthodes ont permis de triompher face des forces infiniment supérieures. Ces théories ont fait école et sont universellement appliquées par tous les mouvements de libération armée.

    Le peuple vietnamien, malgré les tortures, les bombes, le napalm et les produits chimiques, à tenu bon. Même lorsque les impérialistes ont vidé les campagnes pour enfermer la population dans les “hameaux stratégiques”, ces camps de concentration massifs, la lutte a perduré. Elle a réduit à néant les plans d’asservissement du Vietnam.

    Les manœuvres, la maîtrise de la défensive, usent les ennemis impérialistes, militairement et politiquement. Les français s’enferment dans des forteresses, s’assiégeant eux-mêmes. Les américains s’humilient dans une guerre meurtrière et impitoyable, dans laquelle ils se démasquent comme des bourreaux.

    Surtout, il suscite l’admiration. Nombre de soldats désertent les rangs de l’armée colonialiste pour venir rejoindre celle du Vietnam. Les soldats des colonies, qui se battent contre leurs frères d’oppression, n’oublieront pas cependant les règles qu’ils ont apprise, quant vint, pour eux aussi, l’heure de lutter contre la métropole.

    En dépit du changement de nature progressif de l’Union soviétique, passant du socialisme au social-impérialisme, à la suite de XXe et XXIIe congrès du PCUS (1956, 1962), le Vietnam n’a pas accepté l’alignement. Malgré sa dépendance militaire envers l’URSS, pour son combat de libération, les révisionnistes ne parviennent à prendre le pouvoir dans le Parti qu’après la mort d’Oncle Ho. Certains, comme V N’Guyen Giap (1911-2013), ont continué à lutter jusqu’à leur mort pour défendre l’idée d’un Vietnam socialiste.

    Pourquoi, pour nous, organisation française, il est particulièrement important de souligner le rôle d’Hô Chi Minh ? Nous devons le marteler : notre impérialisme n’est pas notre ami, il est notre premier ennemi, notre bourreau principal, avant toute autre considération.

    L’impérialisme, par les super-profits qu’il dégage, nourrit l’illusion d’enrichir les masses populaires de la métropole, nous pousse à adhérer à ses projets, à ses plans, à défendre “la place de la France dans le monde”. Bon nombre succombent à ces appels, car, dans leur vision des choses, détruire l’impérialisme français reviendrait à “faire le jeu des autres” mais aussi à “s’attaquer au pouvoir d’achat des français (de métropole)”.

    Dans un monde plein, découpé entre impérialismes, chaque affaiblissement ou renforcement de l’un se fait fatalement au détriment de l’autre. Cet argument, logique, est capitulard. Il ne faudrait jamais lutter, sans quoi les USA, l’Allemagne, ou la Chine nous écraseraient. Cette absence de foi dans l’immense force populaire, libérée de l’entrave du capitalisme, les condamne à l’inaction.

    Oui, sans les subsides de l’impérialisme, sans les miettes, les rentes seraient plus faibles. Mais pour qui ? L’argent colonial, comme métropolitain, est capté par les grands bourgeois, les impérialistes. Il est dilapidé par leur appareil oppression et de contrôle. Se libérer de l’impérialisme, prélude au fait de se libérer du capitalisme, n’appauvrira pas. Au contraire, il libérera ces immenses richesses accaparées par les parasites que sont des bourgeois.

    L’impérialisme français et son système criminel d’oppression ne rend pas plus riche, il donne l’illusion de l’être, tout en maintenant les masses populaires dans l’apathie et dans la dépendance.

    Soutenir les mouvements de libération nationale, combattre l’impérialisme français, c’est aider nos frères et nos sœurs qui subissent l’oppression. C’est également avancer sur la voie de l’émancipation générale. Cela ne doit jamais quitter l’esprit des communistes.

    Hô Chi Minh éclaire toujours notre chemin, celui de la Liberté !

  • Hommage à Võ Nguyên Giáp

    Hommage à Võ Nguyên Giáp

    Ce communiqué a été écrit lors du décès de Võ Nguyên Giáp (1891-2013), en octobre 2013.
    Giáp, qui a vécu 102, a été un héros de la lutte contre l’impérialisme français puis américain. Au sein d’un Vietnam incorporé malgré lui, à partir de 1975, dans la sphère de domination d’une URSS ayant de plus en plus viré à droite (nous parlons de » révisionnisme » pour l’URSS ayant abandonné les principes du marxisme) , Giáp a représenté la ligne de défense de l’anticolonialisme et de la révolution.

    Ce communiqué date d’avant la création de l’Unité Communiste de Lyon. Il a été rédigé au sein de l’organisation OC-FR, dans laquelle plusieurs membres de l’Unité Communiste de Lyon ont milité par le passé. Il n’est donc pas notre propriété. Cependant, nous considérons qu’il n’en est pas moins toujours valable aujourd’hui dans une très large mesure.

    Nous saluons, en ce jour anniversaire de la bataille de Dien Bien Phu, la victoire du peuple vietnamien contre l’oppression coloniale. Cette victoire est un symbole fort, montrant, comme l’écrivait Ho Chi Minh (1890-1969) :
    « L’esprit de l’homme est plus fort que ses propres machines… Ce sera une guerre entre un tigre et un éléphant. Si jamais le tigre s’arrête, l’éléphant le transpercera de ses puissantes défenses. Seulement le tigre ne s’arrêtera pas. Il se tapit dans la jungle pendant le jour pour ne sortir que la nuit. Il s’élancera sur l’éléphant et lui arrachera le dos par grands lambeaux puis il disparaîtra à nouveau dans la jungle obscure. Et lentement l’éléphant mourra d’épuisement et d’hémorragie. Voilà ce que sera la guerre d’Indochine. » (1946)

    Nous aurons également l’occasion de reparler du combat d’Ho Chi Minh, dont le 50ème anniversaire du décès sera commémoré le 19 mai.

    Hommage à Vo Nguyen Giap

    Le général Vo Nguyen Giap est décédé vendredi à l’âge de 102 ans. Il a été un des artisans de la victoire du peuple vietnamien contre les impérialismes français et US. Comme anti-impérialistes, nous ne pouvons que saluer la mémoire de ce grand patriote qui a infligé des défaite cuisantes aux plus puissantes armées bourgeoises du monde, et notamment à celle de notre propre bourgeoisie (victoire de Dien Bien Phu, 1952) en s’appuyant sur la créativité et la combativité des masses populaires.

    Nous considérons que Mao Zedong est le théoricien marxiste classique de la guerre populaire, toutefois l’ouvrage du général Giap Guerre du peuple, armée du peuple est également une importante contribution à l’analyse des problèmes militaire d’un point de vue révolutionnaire, que nous devons étudier avec profit. Vo Nguyen Giap a appliqué de façon créatrice et victorieuse à la réalité vietnamienne les écrits de Marx, Engels, Lénine et Staline sur la guerre de partisans et il était logique que ses intuitions rejoignent en grande partie ce que Mao Zedong a décrit de façon systématique dans son ouvrage sur La guerre populaire prolongée.

    Avec le président Ho Chi Minh, 1946

    Proche compagnon d’arme du président Hô Chi Minh et responsable communiste de premier plan, il n’a pas su saisir toutes les implications de la rupture sino-soviétique au début des années 1960 ni l’importance de la révolution culturelle. Principalement soucieux de ne couper son peuple ni de l’aide militaire soviétique, ni de l’aide militaire chinoise, il a tenté de maintenir une ligne « centriste » dans la lutte de ligne qui traversaient le Parti Communiste du Nord-Vietnam entre partisans d’un alignement sur l’URSS (Le Duan, Pham Van Dong) et partisans d’un rapprochement avec la Chine maoïste (Hoang Van Hoan). Après la mort du président Hô Chi Minh (1969), face à l’exacerbation de la lutte de ligne dans le Parti, cette position est devenue de plus en plus intenable et Vo Nguyen Giap s’est retrouvé isolé. En 1975-76, les tenant-e-s du modèle soviétique de développement l’emportent, les dirigeant-e-s « pro-chinois-e-s » sont brutalement purgé-e-s, le Vietnam devient un « sous-traitant » de l’URSS au sein du COMECON, le marché commun des pays satellites et s’aligne totalement sur la politique internationale de l’URSS (alors même que la droite du Parti Communiste Chinois organise un coup d’Etat après la mort de Mao, engage le pays sur la voie du capitalisme et se tourne résolument vers une alliance avec l’impérialisme US). En 1980, les ex-alliés se font même la guerre…

    Le symbole de la fierté retrouvée d’un peuple

    C’est à cette époque que Vo Nguyen Giap, encombrant fantôme d’une période révolutionnaire révolue, est déchu de son poste de ministre de la défense. On suppose qu’il s’était opposé à l’occupation du Cambodge. Mais on en est réduit à des supputations, car Giap, communiste discipliné formé à l’école de la IIIème internationale de Lénine-Staline, n’a pas intégré les apports du maoïsme : Il ne conçoit pas que le parti puisse changer de couleur et préfère mener la lutte à l’intérieur plutôt que d’en appeler au masses populaires (comme Mao a su le faire en 1966 contre les dirigeant-e-s engagés sur la Voie Capitaliste qui cherchaient à le marginaliser et à l’enterrer sous des fleurs). Il continue à conserver quelques responsabilités en matière de sciences, de technologie et de planning familial. Il joue son rôle d’icône de la résistance lors des célébrations officielles. Il continue à assumer la ligne du Parti devant ses rares interlocuteur/trice-s etranger-e-s. En 1991, après une ultime lutte de ligne à l’occasion de l’effondrement du bloc soviétique, il est exclu du Comité Central et réduit au silence.

    Face aux révisionnistes

    Face aux révisionnistes vietnamiens qui rétablissent le capitalisme sur toute la ligne, il reste un symbole pour les masses populaires vietnamiennes qui font les frais de cette politique. Et son nom comme celui d’Hô Chi Minh sont évoqués avec nostalgie. Dans les dernières années de sa vie, il parvient enfin à sortir du silence et à exprimer publiquement ses désaccords, mais c’est trop tard. Si elles renforcent encore sa popularité, ses récentes prises de position contre la corruption des bureaucrates du parti, ainsi que son combat au nom de la défense de l’environnement, des paysan-ne-s et de l’indépendance nationale contre les grands travaux inutiles et nuisibles impulsés par le social-impérialisme chinois au Vietnam ne sont pas suffisantes pour inverser le cours des choses.

    Nous présentons nos condoléances à son épouse, la camarade Dang Bich Ha, à ses enfants. Nous présentons notre salut militant à son glorieux peuple combattant, dont nous souhaitons qu’il s’empare résolument de l’arme du maoïsme pour balayer la clique révisionniste qui a usurpé le pouvoir après la victoire sur l’impérialisme US .

    HONNEUR AU GENERAL GIAP !

    VIVE LA LUTTE DES PEUPLES DU MONDE CONTRE L’IMPERIALISME !

  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3

    Le 1945 des colonisés.

                De l’autre côté de la mer Méditerranée, la fin de la guerre est célébrée. Les contingents « indigènes » ont fait leur part du feu et rentrent dans leurs foyers. Des manifestations spontanées ont lieu, avec la bénédiction des autorités. Les nationalistes Algériens profitent de celles-ci pour rappeler leur existence, rappeler leurs revendications, pointer du doigt la contradiction entre fêter la mort de la bête immonde et maintenir un régime colonial basé sur la surexploitation, la privation de droits et le travail forcé.

                L’apparition du drapeau national algérien met le feu aux poudres. La police et les colons ouvrent le feu sur les manifestants à Sétif. Bouzid Sâal, un jeune scout, est tué par la police à Sétif. A Guelma, la scène est similaire, et un jeune manifestant meurt des suites de ses blessures, tandis que le quartier colonial se couvre de mitrailleuses. Des suspects sont interpellés et torturés. A Kherrata, un massacre est organisé en tout discrétion par les français, lesquelles, reprenant les mêmes méthodes que les Einsatzgruppen à Baby Yar, abattent et précipitent dans les ravins plusieurs centaines de suspects.

    Des émeutes éclatent alors en riposte. Des combats sporadiques ont lieu, ainsi que des vengeances, parfois aveugles, de rage, puis l’armée intervient brutalement. Si des morts ont été commises des deux côtés, leur disproportion illustrent la manière dont « l’ordre » a été rétabli.

    102 européens ont été tués, plus par rage, par vengeance, que dans une opération calculée de représailles. Le 11 mai 1945, le général de Gaulle ordonne à l’armée d’assurer « le maintien de l’ordre », en confiant au général Duval la conduite des opérations. Ces opérations sont des massacres et des exécutions sauvages, aveugles et terroristes. La France commet de nouveaux Oradour-sur-Glane. Pendant dix jours, le four crématoire de Lavie a tourné, sa flamme claire tranchant dans la nuit. Lorsque le 22 mai, la répression s’arrête officiellement. 900 morts le jour même, sous les balles de la police. Entre 20 000 et 45 000 sous le prétexte de liquider « …des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne, [qui] se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation de l’Allemagne nazie. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre et les autorités prennent toutes décisions utiles pour assurer la sécurité et réprimer les tentatives de désordre. »

     

    La France saute à pied joint dans la reprise de son Empire.

     

    A l’autre bout de la Terre, un scénario similaire se déroule. Si l’histoire de l’Algérie est relativement connue, la situation de l’Indochine mérite qu’on s’y attarde. La « perle de l’Empire », l’Indochine, sa colonie la plus rentable, avec ses minerais, son hévéa, ses bois précieux, était, durant la guerre, dans une situation étrange. A la suite de la défaite française de 1940, le Japon lorgne avidement sur cette position stratégique de premier ordre. D’une part car le Japon a besoin de ces produits, de l’autre car cela permettrait de couper une des voies de ravitaillement de la Chine.

    Le Japon fait donc pression, de manière forte, sur le gouverneur de l’Indochine, l’amiral Decoux. Dès juillet 1940, la primauté Japonaise est reconnue. Mais la situation ne convint pas aux forces japonaises, lesquelles menacent d’envahir purement et simplement l’Indochine. Entre le 22 et le 26 septembre 1940, après quelques combats sporadiques, les japonais prennent le contrôle de l’Indochine, tout en laissant l’administration de Vichy fonctionner et gérer la société. Cet événement, en soi, pourrait rester une anecdote. Mais cette opération a poussé les USA a geler l’approvisionnement en pétrole du Japon, et donc, l’a amené à se résoudre à la guerre.

    Il s’en suit une période paradoxale de collaboration franco-japonaise. La France n’est pas traitée en ennemi, mais pas totalement en allié. Le 10 janvier 1941, la Thaïlande, un des rares alliés du Japon, attaque le Laos et le Cambodge, voulant, par cette opération, étendre son territoire. Quelques jours après, la marine de guerre française réplique, coulant une grande partie de la flotte Thaïlandaise. Cependant le Japon arbitre en faveur des Thaïlandais, humiliant les français.

    A cette époque, la résistance anti japonaise est le fait, principalement, des groupes communistes, ancêtres du Vietminh. Les français, eux, restent dans leur grande majorité dans une logique attentiste, à part quelques déserteurs, dont l’un finit par combattre chez les soviétiques, dans le régiment Normandie-Niemen. L’OSS et les services secrets soutiennent les combattants vietnamiens, leur fournissant par ailleurs des canons sans recul et des lance-roquettes, qui jouèrent, en 1954, un rôle de premier plan dans l’écrasement des forces françaises à Dien Ben Phu

    En 1945, les Japonais sont en déroute. Étant donné l’effondrement du régime de Vichy et le ralliement progressif des cadres coloniaux à De Gaulle, ils n’ont plus confiance dans ces derniers. Pour tenter de sauvegarder leur situation, les forces du Mikado renversent la vapeur : ils opèrent un coup de force contre l’administration française. Coup de force qui se traduit, entre le 9 mars et le 15 mai 1945, par une série d’opérations militaires qui mettent les français en déroute. 4 500 morts et 37 000 prisonniers sont faits, contre un millier de tués chez les japonais.

    Si les forces françaises sont battues à plate couture, le Vietminh, lui, mène une guérilla d’ampleur, alimentée par le fait que les japonais ont vidé le pays de son riz et ont affamé la population. Après l’annonce des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, le 13 août, Ho Chi Minh lance une insurrection généralisée. Cette insurrection a pour but d’assurer le contrôle du territoire par des forces patriotiques avant que les dispositions prises à Postdam ne soient rendues effectives. Celle-ci prévoient l’occupation du nord par les troupes de Chang Kai-Check (Jiǎng Jièshí dans la nouvelle nomenclature), et le sud par les forces britanniques venues de Birmanie. C’est la révolution d’août, révolution étranglée par l’irruption des troupes étrangères.

    A la suite de la capitulation japonaise, la situation est extrêmement confuse. L’empereur Bảo Đại accepte d’abdiquer et de former un gouvernement d’unité nationale avec les communistes. Le Vietminh contrôle une partie de l’administration mais ne parvient pas à exercer la réalité du pouvoir. L’armée chinoise pille allègrement le nord du pays, et Chang semble vouloir mener une politique d’annexion. Au sud, les britanniques utilisent une partie des soldats japonais « oubliés » pour le maintien de l’ordre, tandis que certains de ces derniers rejoignent les troupes vietnamiennes. Les français, quant à eux, sont interdits d’entrer au nord par la Chine nationaliste, qui veut prendre la place du colonisateur, et au sud par les anglais qui contrôlent l’armée. Ce n’est qu’en octobre que Leclerc arrive à Saïgon.

    Le 2 septembre 1945, dans une atmosphère tendue, Ho Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam. Celle-ci ne peut cependant être réalisée que par le départ des français et des troupes d’occupation. La France, par ailleurs, négocie laborieusement pour que la Chine se replie, en échange d’un renoncement à toute prétention française sur celle-ci. Le général Leclerc, qui remonte de Saïgon, opte pour une ligne de conduite modérée, de négociation, avec les forces patriotiques.

    « J’ai recommandé au gouvernement la reconnaissance de l’État du Viêt Nam, il n’y avait pas d’autre solution. Il ne pouvait être question de reconquérir le Nord par les armes, nous n’en avions pas, et nous n’en aurions jamais les moyens. Rappelez-vous le Sud. Ici l’insuccès est certain… Il faut garder le Viêt Nam dans l’Union française, voilà le but, même s’il faut parler d’indépendance. A Fontainebleau doit être trouvée une solution garantissant à la France au moins le maintien de ses intérêts économiques et culturels… étant entendu que Hô Chi Minh persistera à vouloir se débarrasser de nous… Pour cela, tendez la corde, tirez dessus… mais surtout qu’elle ne casse jamais !… Il nous faut la paix ! »

    Le remplacement des chinois pas les français n’est pas entravé par les troupes d’Ho Chi Minh. Hanoï, la capitale du nord, est occupée sans un coup de fusil. Le PCI cherche alors une solution de compromis. Mais, dans le camp des français, l’idée d’accepter de perdre cette partie de l’empire apparaît envisageable. Contre le diagnostic de Leclerc, la France se prépare à la guerre. Elle ne se sent plus si faible, se sent appuyée par le revirement géopolitique US, qui élabore progressivement sa doctrine du containement, et qui s’intéresse de plus en plus au maintien des bastions coloniaux comme bastions anticommunistes.

    L’anticommunisme et le colonialisme se mêlent et débouchent sur une conclusion partagée par la quasi-intégralité des partis politiques de la métropole, à l’exception du PCF : il ne faut pas céder. Le 23 novembre 1946, l’armée française choisit donc la voie de la guerre, en bombardant, par artillerie, le port de Haiphong, ouvrant ainsi le premier acte d’une guerre qui ne s’est terminée qu’en 1975. La France choisit, pour conserver son empire, le napalm, les massacres et la torture, plutôt que la paix.

                Si ces opérations militaires sont connues et enseignées dans les programmes scolaires, d’autres, encore, sont tuts et passées sous silence, tâchant de sang, encore un peu plus, le drapeau tricolore.