Étiquette : Génocide

  • Attaquons le sionisme et défendons la résistance palestinienne !

    Ce 5 mai, Israël a annoncé un plan de « conquête » de Gaza. Cette nouvelle opération, qui comprendrait dans un premier temps le déplacement des Palestiniens et Palestiniennes de Gaza dans le sud de l’enclave, serait une étape majeure dans la réalisation du colonialisme sioniste : le déplacement forcé des Palestiniens et Palestiniennes hors de Palestine.

    La guerre d’Israël à Gaza, qui a commencé en 2023, fait partie de la guerre coloniale d’Israël en Palestine, qui a commencé 75 ans plus tôt, en 1948, et qui se poursuit toujours aujourd’hui partout en Palestine par l’expulsion, l’emprisonnement et le massacre des Palestiniens et Palestiniennes. La guerre d’Israël contre la Palestine, depuis 1948, est une guerre contre tout le peuple palestinien.

    Le siège de Gaza par Israël, pas seulement depuis 2023, mais depuis 2007, est un acte de génocide sur la population palestinienne gazaouie, selon la définition internationale du génocide.1 Depuis 2023, Israël intensifie son génocide des Palestiniens et Palestiniennes de Gaza, autant par les bombardements que par la famine. Pendant son offensive sur Gaza, Israël a méthodiquement détruit les infrastructures et le matériel agricoles et piscicoles, et dans le même temps, a drastiquement limité l’approvisionnement humanitaire. Ce 2 mars, Israël a unilatéralement rompu les accords de cessez-le-feu et a totalement bloqué l’approvisionnement humanitaire. Depuis 2023, Israël laisse les Palestiniens et Palestiniennes de Gaza mourir de faim.

    En Palestine, il y a une guerre entre l’impérialisme et les peuples opprimés. Les communistes ont une responsabilité historique révolutionnaire envers la libération nationale des peuples opprimés. Depuis le 7 octobre 2023, la résistance nationale palestinienne a fait la démonstration d’un héroïsme dont nous — communistes — devons être dignes. Face à la barbarie colonialiste, dont le sionisme n’est qu’une expression particulière en Palestine, nous ne devons tolérer aucune lâcheté : tous les lâches sont complices du génocide des Palestiniens et Palestiniennes de Gaza !

    Toutes celles et ceux qui défendent une résistance imaginaire et abandonnent la résistance réelle ; qui refusent de mettre leur scolastique à l’école de l’Histoire ; qui oublient l’analyse matérialiste dialectique révolutionnaire de Marx, Engels et Lénine sur les peuples opprimés ; qui nient que la lutte de classe du prolétariat des nations dominées est la lutte de libération nationale ; sont complices !

    Toutes celles et ceux qui capitulent devant l’idéologie bourgeoise-coloniale dominante dans les pays impérialistes ; qui s’interdisent de choisir entre « l’humanité » du colon et du colonisé par sensiblerie humaniste ; qui dépravent le marxisme avec le colonialisme sioniste ; qui réclament un internationalisme respectueux des réactionnaires de droite et de gauche, impérialistes et sociaux-impérialistes, colonialistes et sociaux-colonialistes ; sont complices !

    Toutes celles et ceux qui préfèrent le parlementarisme social-impérialiste et social-colonialiste à la libération nationale des peuples opprimés ; qui répondent de la légalité en France avant de répondre de la victoire en Palestine ; qui circonscrivent la portée de leur engagement aux manœuvres opportunes ; sont complices !

    Toutes celles et ceux qui n’approuvent la résistance qu’aux méthodes réformistes des compradores et des ONG ; qui croient dans les rêveries pacifistes, celles de l’ONU et celles d’Oslo, mais pas dans la lutte concrète et immédiate ; qui défendent le droit international bourgeois avant de défendre la lutte armée des masses palestiniennes ; sont complices !

    Dans la lutte entre l’impérialisme et les peuples opprimés, une position intermédiaire, d’« entre-deux », est objectivement une position impérialiste. Le demi-soutien à la libération nationale palestinienne, c’est aussi le demi-soutien au colonialisme sioniste, donc le soutien du dominant contre le dominé !

    Le demi-soutien est la plus éclatante preuve de l’indolence des réformistes et des demi-marxistes. Le soutien n’est pas une idée, c’est une action, et il n’y a pas de demi-actions : il y a faire ou ne pas faire. Il n’y a qu’une seule résistance palestinienne à soutenir, il n’y a alors que le soutien total ou l’abandon total de la libération nationale palestinienne, la position révolutionnaire, la position réactionnaire et la lutte entre les deux.

    Les communistes doivent avoir une position ferme — révolutionnaire — sur la libération nationale des peuples opprimés en général, et sur la libération nationale palestinienne en particulier.

    Partout et par tous les moyens, attaquons le sionisme et défendons la résistance palestinienne !

    1 « L’espoir des colonisés », Unité communiste, 10 octobre 2023. À l’adresse :

    https://unitecommuniste.com/articles/lespoir-des-colonises/
  • ORC : Bref rapport de la RDC

    De la guerre en République Démocratique du Congo

    La République Démocratique du Congo est un pays situé au cœur de l’Afrique centrale. C’est un pays aux nombreux potentiels, tant énergétiques, de la faune, de sa flore et dans son sous-sol.

    Il est vrai que d’une part, son sol regorge des richesses minières aussi variées que nous sommes tentés d’affirmer qu’aucun minerai ne manquerait à l’appel et d’autre part, elle demeure, depuis des millions d’années, au centre de l’essor technologique mondial.

    Le cobalt, le coltan, le cuivre et bien d’autres minerais sont inéluctablement les raisons des convoitises qui sont à la base des guerres, par procuration, des diverses groupes armées, tels les M23et bien d’autres, parsemés dans l’est de la RDC et servant de base arrière des pays voisins à la solde des multinationales ainsi que d’autres grandes puissances qui préfèrent acheter via le Rwanda des minerais du Congo à moins chère et au prix du sang que de le faire dans le respect des normes en la matière. Il s’agit plus spécialement de l’or, du coltan, du cobalt, du gaz méthane et bien d’autres.

    La RDC a perdu, dans toutes lesdites guerres, plusieurs de ses compatriotes et qu’à notre humble avis, fauché plus que n’a été le cas pendant les deux guerres mondiales, lors de la guerre de Syrie, celle entre l’Israël et la Palestine ainsi que celle de l’Ukraine. Hélas, tout cela se passe dans l’anonymat des pays dits civilisés.

    Chaque jour, les Congolais de l’Est sont violentés, tués, déplacés de leurs terroirs pour servir des groupes armées étrangères. Les femmes et les enfants vivent dans des camps des réfugiés internes, d’autres sont au Rwanda et en Ouganda où le Programme Agricole Mondial essaie à sa manière de les nourrir. Les forces Onusiennes ne font rien pour que cette guerre se termine et cela fait plus de vingt-trois ans qu’ils sont en RDC sans endiguer ce mal. Une aide en habits, nourriture, construction d’abris et autres types d’interventions seront salutaires à nos compatriotes.

    Ce silence inquiétant des grandes puissances devant ce génocide est très surprenant. Quand il s’agit de la Syrie, de l’Ukraine, de la Palestine, nous avons senti un véritable engouement à intervenir à tout point de vue. En ce qui concerne le Congo, C’est à peine qu’il en est fait allusion au niveau mondial pendant que notre pays se voit piller de ses richesses indispensables dans le but d’enrichir d’autres pays africains ainsi que les puissances étrangères à l’origine de ces calamités.

    Si bien qu’au lendemain des indépendances, les entreprises minières étaient étatiques, depuis 1997 avec d’une part, l’avènement de Laurent Désiré KABILA au pouvoir suivi de son prétendu fils, et d’autres part la chute de l’Union Minière du Haut Katanga, actuelle Gécamines, nous assistons à la floraison des entreprises privées, la signature des contrats de création des entreprises à économies mixte et tant d’autres avec des entreprises Européenne, Asiatiques, Américaine, Chinoises lesquels tous et le moins que l’on puisse dire sont léonins à tout point de vue.

    Par ailleurs le secteur artisanal n’a nullement été épargné et le système d’exploitation minière actuel ne tient nullement compte de la préservation de l’environnement et qu’en plus, les sociétés minières ne respectent aucune réglementation en rapport avec leur responsabilité sociétale. Plusieurs cas de pollution de l’air, des eaux, la destruction des sources des sites susceptibles de lutter contre les émissions de CO2 ou des gaz à effet de serre sont observés de nos jours.

    Le peuple congolais meurtri par les affres de la guerre n’a jamais bénéficié de ses nombreuses et potentielles richesses minières et énergétiques étant entendu qu’étant victime il reste l’épicentre des guerres par procuration et de ce fait, il devient un paria, un apatride un déplacé interne. Et un président français, Sarkozy pour le citer, déclarait, je cite :la République Démocratique du Congo est un patrimoine commun et qu’elle devait s’ouvrir pour que d’autres pays aient l’occasion de se servir allègrement de ses richesses.

    Les élections en RDC

    Nous sommes, depuis plus de deux semaines, pendant la période électorale qui concerne les élections à tous les niveaux :

    • Présidentiel
    • National au niveau des deux chambres (Assemblée Nationale et Sénat)
    • Provincial
    • Municipal et Territorial et ce pour la première fois depuis plusieurs décennies

    Ce qui est surprenant, c’est le nombre des candidats aux présidentielles, 27 au total dont 26 tentent de se choisir un candidat commun sans y parvenir encore.

    Selon plusieurs sources, un candidat qui aurait la nationalité Zambienne, Moïse KATUMBI, est soutenu par des grandes puissances qui sont derrière le Rwanda d’autres agresseurs de notre pays. Il a réussi a fédéré jusque-là, trois autres candidats autour de lui et la population a du mal à comprendre qu’un groupe de congolais soit à la solde des étrangers. Parmi ces trois qui se sont allié au candidat suspect, se trouve un ancien premier ministre du temps du président Joseph KABILA qui a été à la base de la débâcle de la Gécamines, la Géante du secteur des mines en RDC.

    Les élections auront lieu le 20 décembre et nous craignons, à tout moment, des incidents au pays. Les M 23 tiennent à tout prix à prendre la ville de Goma pour obliger le Congo à négocier avec eux et du coup, ils vont infiltrer l’armée congolaise comme c’était le cas du temps du pouvoir passé où ils étaient même dans notre Gouvernement et selon certaines indiscrétions, ils avaient des relations très poussées avec la présidence de la République.

    Jusqu’à présent, juste quelques candidats sont visibles sur terrain au regard de la dimension du pays et face à l’incertitude de gagner les élections.

    A tous les niveaux, il y a au moins plus de quatre vingt dix pourcents des candidats qui perdront les élections et ce au regard des sièges à occuper.

    Nous vous donnerons, au fur et à mesure d’autres informations en temps opportun.

    ORC Organisation Révolutionnaire du Congo
    21/12/2023

  • 106e anniversaire du génocide des Suryoye, Arméniens et Grecs de Pontos, commis par l’Empire ottoman en 1915.

    106e anniversaire du génocide des Suryoye, Arméniens et Grecs de Pontos, commis par l’Empire ottoman en 1915.

    Le ministre de l’Intérieur par intérim de l’époque a ordonné une « réinstallation massive » de tous les Suryoye, Arméniens et Grecs de Pontos vivant dans l’Empire ottoman. Les Suryoye se réfèrent à ce chapitre sombre de leur passé comme Sayfo, en araméen : épée. La Turquie continue de nier les crimes commis contre les peuples chrétiens dans l’Empire ottoman. Cependant, la reconnaissance du Sayfo de 1915 est d’une importance capitale pour les Suryoye et la mémoire collective de ce peuple.

    Les réinstallations massives se sont transformées en marches de la mort, des centaines de milliers de Suryoye ont erré sans but dans le désert de Mésopotamie et y sont morts. 500 000 Suryoye, 1,5 million d’Arméniens et 300 000 Grecs du Pontos ont été victimes du génocide, soit un total de plus de 2,3 millions de personnes. Les faits historiques à ce sujet sont toujours niés en Turquie, les livres d’histoire restent falsifiés et quiconque évoque le génocide, en tant que journaliste par exemple, s’expose à de sévères représailles.

    Les biens et les terres des Suryoye et des autres minorités chrétiennes ont été confisqués par le gouvernement ottoman ou turc. Les biens confisqués de la minorité non-musulmane constituent la base économique de la République turque.

    Aujourd’hui, l’oppression, la persécution et le meurtre du peuple Suryoye par l’État turc fasciste se poursuivent. De 1987 à 1998, plus de 45 Suryoye ont été enlevés, torturés et assassinés dans la ville de Midyat. Les Suryoye ne sont pas reconnus en Turquie comme un peuple distinct avec une langue, une histoire et une culture. Ainsi, l’acquisition de biens, la construction ou la préservation des bâtiments de l’église sont semées d’embûches, la formation de la prochaine génération de prêtres et l’enseignement officiel de la langue araméenne sont interdits. Les Suryoye sont dénigrés dans les manuels scolaires turcs comme des traîtres à la patrie. Les champs des Suryoye sont régulièrement incendiés par l’armée turque sous prétexte de combattre la guérilla kurde. Avec l’occupation de la Turquie dans le nord de la Syrie, qui est contraire au droit international, et le soutien des milices terroristes djihadistes fascistes, l’État fasciste de Turquie commet un nouveau génocide contre le peuple Suryoye en Syrie et en Irak.

    L’impérialisme allemand poursuit également sa politique d’intérêts avec et pour le gouvernement fasciste turc et criminalise et persécute les activistes révolutionnaires Suryoye en Allemagne.

    Pour commémorer le 100e anniversaire du génocide des Suryoye de 1915 en Turquie, des Suryoye intellectuels de Tur Abdin se sont réunis et ont fondé le Mouvement populaire révolutionnaire Suryoye (araméen. Suryoye Qauwonye) à Midyat en 2015.

    La lutte pour la reconnaissance du génocide des Suryoye fait partie de la lutte anti-impérialiste mondiale. Pour gagner, il faut construire des partis révolutionnaires et promouvoir l’union et la coordination dans l’ICOR. La construction du front uni anti-impérialiste et antifasciste est également à l’ordre du jour !

    A l’occasion du 106ème jour de commémoration, le 15 juin 2021, nous, comme l’ICOR, exigeons immédiatement, sans condition et avec toutes les conséquences :

    – Reconnaissance du génocide contre les Suryoye par l’Etat turc !

    – La reconnaissance du Suryoye en tant que peuple autochtone en Turquie et une protection constitutionnelle de ses droits et libertés !

    – L’égalité devant la loi avec les autres citoyens vivant en Turquie sans aucune discrimination selon leur religion, leur langue, leur ethnie et leur région géographique !

    – Le droit à la diffusion de la langue araméenne !

    – Le droit à la culture et aux traditions araméennes !

    – Le droit à la pleine pratique de la religion et la restitution des biens expropriés !

    – Le droit de retour !

    – Droits de l’homme et justice pour le Suryoye assassiné !

    Signataires (en date du 15/06 2021, d’autres signataires sont possibles):

    1. БКП Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    2. БРП(к) Българска Работническа Партия (комунисти) (Parti ouvrier de Bulgarie (Communistes))
    3. PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine)
    4. UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    5. BP (NK-T) Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    6. KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    7. MIKSZ Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    8. RM Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    9. UMLP União Marxista-Leninista Portuguesa (Union marxiste-léniniste portugaise)
    10. RMP Российская маоистская партия (Rossijskaya maoistskaya partiya) (Parti maoïste russe)
    11. MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    12. SGB Suryoye Gawonoye d´Bethnahrin (SGB Araméens communistes de Mésopotamie), Turquie
    13. MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    14. KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    15. UoC Union of Cypriots (Union des Chypriotes), Chypre
    16. UC Unité Communiste, France

    Signataires additionnels (Non-ICOR):

    1. International Solidarity United Front of Suryoye (ISUF-S)
    2. National Council of the Suryoye of Mesopotamia (MUSB)
    3. Popular Front of Suryoye (Turkey)
    4. Popular Front of Suryoye in Europe
    5. People’s Council of Suryoye (Turkey)
    6. People’s Council of the Aramean Suryoye
    7. People’s Council of the Assyrian Suryoye
    8. People’s Council of the Chaldeans Suryoye
    9. People’s Council of the Suryoye in Syria
    10. People’s Council of the Suryoye in Europe (Germany, Austria, Switzerland, Sweden, Netherlands)
    11. People’s Movement Revolutionary Suryoye
    12. Suryoyutho TV

    (Les Suryoye d’aujourd’hui sont d’origine sémitique et leurs racines remontent aux anciens peuples du Proche-Orient et aux civilisations avancées de Mésopotamie, les Akkadiens, les Babyloniens, les Assyriens, les Araméens et les Chaldéens. Ils sont également connus sous les noms d’Araméens, d’Assyriens, de Chaldéens, de Syriens, ainsi que sous d’autres termes régionaux ou confessionnels tels que Syriaque orthodoxe, Maronites, Melkites, Église chaldéenne et Église assyrienne. Le terme ethnique générique est « Suryoye ». La patrie des Suryoye est le Proche-Orient et se concentre dans la région mésopotamienne (Beth Nahrin), connue comme le berceau de la civilisation.)

  • Rwanda : les assassins reviennent sur les lieux de leurs crimes.

    Rwanda : les assassins reviennent sur les lieux de leurs crimes.

    Le 27 mai 2021, Emmanuel Macron est venu en visite au Rwanda. Cette visite a été l’occasion pour le Président de la République de revenir le rôle de la France dans le génocide des Tutsis. Les archives de cette période commencent à s’entrouvrir et le voile opaque qui entourait les activités militaires françaises se déchire progressivement. Nous saluons cette ouverture comme quelque chose qui peut permettre de faire éclater la vérité, comme sur la Guerre d’Algérie, avec la commission Stora.

    Mais nous ne pouvons que nous associer à la déception des Rwandais et des Rwandaises devant les déclarations en demi-teinte du Président.

    Celui-ci a reconnu un rôle de la France dans ce génocide. Il a admit une responsabilité « politique, institutionnelle, intellectuelle, morale et cognitive ». Il a également annoncé que « en s’engageant dès 1990 […] la France n’a su entendre la voix de ceux qui l’avaient mise en garde ». Il faut « regarder l’histoire en face et […] reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence. » Mais il a refusé de parler de complicité et de présenter des excuses aux habitants et habitantes du Rwanda, bien qu’il ait demandé qu’elles leur accordent le pardon :« Seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don alors de nous pardonner. »

    Ces aveux en demi-teinte, dans la droite ligne du « responsable mais pas coupable », ne peuvent que laisser un goût amer. La France, une nouvelle fois, se distancie de ses responsabilités et des conséquences de ses choix politiques. Elle se distancie aussi d’une condamnation sur le fond de l’impérialisme et du colonialisme, en dépit des discours de 2017, dans lesquels le candidat-Macron parlait de crime contre l’humanité.

    Car c’est bien le colonialisme qui est à l’origine du génocide des Tutsis du Rwanda.

    Le génocide du Rwanda n’est pas un acte complètement isolé. Il n’est pas un instant de folie meurtrière qui s’est emparée d’un pays. Il s’agit d’un acte brutal, criminel, qui vient parachever une montée en tension.

    L’Afrique a été découpée comme un gâteau par les colonisateurs. Au moment de la conférence de Berlin, les tracés qui ont été définis ne l’ont pas été sur la base des peuples, des ethnies, des aires civilisationnelles. Elles ne l’ont pas même été sur les bases d’une géographie naturelle. Le plus souvent elles ont été le fruit de négociations âpres, au rapport de force, entre les puissances. Les peuples d’Afrique n’ont pas été consultés, ils n’ont pas été pris en compte. Pire : le fait de fragmenter ces populations entre les États a été un choix : celui du diviser pour mieux régner. Il fallait pouvoir appuyer une ethnie (ou un clan) contre un autre. L’un devenant client (Lénine parle de Compradore) l’autre étant dominé. Ce petit jeu a exacerbé les tensions à plusieurs reprises : entre communautés, entre peuples, entre familles. Que des rancœurs se muent en haine n’avait pas d’importance pour le colonialiste. Tout ce qui importait était le fait de pouvoir continuer à faire des affaires tranquillement.

    Au Rwanda, les colonisateurs, Allemands, puis Belges, ont consciemment monté les ethnies les unes contre les autres. Les Belges, qui possédaient le pays, ont ainsi choisi de faire des Tutsis une aristocratie. Ils ont racialisé les rapports entre les habitants en créant des documents spécifiant l’ethnie et attisé les tensions pour maintenir le pays divisé. Mais la naissance d’une bourgeoisie nationale Tutsi, indépendantiste, pousse les colonisateurs à changer leur fusil d’épaule : ils vont s’appuyer sur les Hutus, en retournant comme une chaussette leur argumentaire raciste1. Dès 1959, une politique d’exclusion et d’exil des Tutsis se met en route. Les premiers massacres commencent dès 1963. Dans le même intervalle de temps, la France prend le pas sur la Belgique, comme au Congo. Elle contribue à installer certaines des plus cruelles dictatures.

    Au Burundi, en 1972, l’inverse se produit : l’armée du Burundi, majoritairement Tutsie, massacre les Hutus du pays, causant 200 000 morts. Ce massacre terrifie le pouvoir en place, qui renforce les mesures d’exclusion, polarisant encore davantage la société. Les tentatives de retour des exilés Tutsis débouchent finalement sur la Guerre Civile Rwandaise, qui débute en 1990 et se termine fin 1994. A ce moment là, les violences sont quotidiennes. La Radio Libre des Mille Collines, surnommée « Radio Machette » lance ses appels à la haine quotidien.

    Le Rwanda occupe une place particulière : il est une tête de pont francophone dans un secteur charnière. A l’est, les autres pays sont dans la sphère d’influence anglo-saxonne. Les rivalités sont fortes entre les puissances coloniales.

    La vie politique Africaine des années 1950-1990 n’échappe pas à la guerre froide. Le but de l’occident, à ce moment, est d’empêcher à tout prix la mise en place de gouvernements affiliés à l’URSS. A ce moment, la France contribue à soutenir et à organiser les gouvernements les plus réactionnaires. Même l’infréquentable gouvernement de l’Apartheid, sous embargo,est un de ses partenaires privilégiés.

    Après la chute du Mur et la fin de l’Union Soviétique, la politique change. La France s’est maintenue dans presque toutes ses possessions. Elle a remplacé le direct rule par une domination rénovée. Les Africains peuvent « choisir » leurs présidents. Si une ligne rivale triomphe, elle intervient pour dompter ou renverser celui qui voudrait changer les choses. De toute manière, la France contrôle la monnaie, l’économie, la formation des élites, et possède des bases militaires pour « aider ». La rivalité anglophones / francophone devient de plus en plus forte. Les Tutsis étant reliés aux anglophones, notamment au Burundi proche, la France appuie les factions les plus radicales du mouvement Hutu.

    1994 : les cent jours du génocide.

    Le 6 avril, l’avion présidentiel, qui transporte le Président Rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue du Burundi Cyprien Ntaryamira est abattu. Les enquêtes semblent cibler une fraction ultra-radicale Hutu, mais c’est le Front patriotique rwandais qui est accusé officiellement. Dès le lendemain les leaders Hutus modérés sont assassinés et la RLMC lance un appel à « abattre les grands arbres ». Pendant 100 jours, plusieurs centaines de milliers d’assassinats sont commis. Le but : exterminer les Tutsis présents au Rwanda.

    Le 22 juin 1994, l’Opération Turquoise, lancée par la France, impose une zone de sécurité. En réalité, cette zone de sécurité sert à refouler les forces Tutsi du FPR, qui déferlent sur le pays. Dans ce havre de paix, protégé par l’État suzerain, les massacres continuent. La France assure l’évacuation des génocidaires vers le Zaïre. Une dizaine d’entre eux ont pu vivre paisiblement pendant plus d’une dizaine d’année, couverts par leurs anciens maîtres. Parmi eux Félicien Kabuga, homme d’affaire puissant, qui était le financeur du génocide. Il avait organisé l’achat d’armes, notamment de machettes. Il n’est arrêté qu’en mai 2020.

    Macron et la mémoire sélective.

    Dans son discours, Macron s’est défaussé sur la politique menée par François Mitterrand. C’est un ingénieux tacle fait à la gauche parlementaire, laquelle célèbre le 40 anniversaire de son élection, et où elle rêverait d’un Mitterrand-bis pour 2022. C’est une petite entorse à la réalité : si Macron se défausse sur Mitterrand, il occulte le fait que Giscard a signé, en 1975, l’Accord particulier d’Assistance Militaire qui va fournir en armes les génocidaires. Il est vrai que c’est entre 1987 et 1994 que les livraisons atteignent des sommets, mais les réseaux de la Françafrique ne peuvent être laissés au monopole du PS : ils préexistaient, et impliquaient d’ailleurs un très grand nombre de personnalités de droite ou extrême-droite. Jacques Foccart, le Monsieur Afrique du gaullisme, est ainsi resté immuablement en place. Ce haut fonctionnaire, ex-résistant, avait monté ses cellules de renseignement-action partout sur le continent africain, et exerçait une influence considérable.

    Les réseaux Foccart quadrillent encore l’Afrique. S’ils ont été affaiblis, ils n’en sont pas moins un des points essentiels de ce que nous pouvons nommer les « fonctions neurovégétatives de l’impérialisme français ». C’est à dire tout cet ensemble politico-économique qui est plusieurs cran « au-dessus » de la démocratie. Sont existence est trop vitale pour être soumise au débat, même dans le cadre feutré et cossu de la démocratie parlementaire. Ils sont intouchables. Ce n’est pas un hasard si une personne ambitieuse comme Marion Maréchal-Le Pen est allée travailler quelques temps en Afrique : pour envisager la question du pouvoir, il faut avoir ces noms dans son carnet d’adresse : ceux qui dirigent les ramifications de l’impérialisme français.

    Mais au-delà de ça, Macron fait aussi une impasse sur un point important : la France n’a pas changé de politique. Avant, elle s’est positionné sur tous les marchés les plus sanglants et les plus répugnants. Même ceux que les USA jugeaient trop coûteux politiquement. Les Mirages ont porté les cocardes de l’Apartheid, tandis que les Exocets iraniens ont terrifié la Navy.

    Aujourd’hui, elle continue à jouer la carte de l’intolérance, de la montée en tension, de la fragmentation des pays. Total arrose d’argent la Junte Birmane pour bénéficier des concessions sur le pétrole. Orena paie l’ensemble de l’échiquier politique du Niger (terroristes inclus) pour acheter la paix. Lafarge signait des contrats avec les fanatiques de Daesh. Quant au régime monarchique saoudien, il est un excellent client de la France. L’argent n’a pas d’odeur, même celle du sang.

    L’impérialisme français : notre ennemi.

    L’impérialisme français, en dépit de son déclin relatif, reste l’ennemi premier.

    Il est celui qui nous enferme : tant qu’il existe, le capitalisme et l’exploitation en France existeront continuellement. La bourgeoisie continuera sa vie parasitaire, redistribuant quelques miettes pour assurer le soutien de la plupart des organisations politiques. Ce ne sont pas des capitalistes étrangers, ou un capitalisme mondialisé, apatride, thèse d’extrême-droite, qui nous opprime. Ce sont les « bien de chez nous » : nos bourgeois.

    Il est celui qui écrase une partie du monde : nous avons une responsabilité internationaliste, celle de lutter contre l’ensemble des bourreaux. Il est celui sur lequel nous pouvons avoir une action directe et concrète. Il y a un sens à lutter contre lui, plus que dénoncer hypocritement les violations sur les droits dans des pays concurrents.

    Nous n’avons que faire des discours qui le présente comme étant souffrant devant la concurrence internationale, comme vacillant devant la Chine et les USA. Certains courants, dans le fond, prennent fait et cause pour lui. Ils déclarent que sa faiblesse fait le jeu des autres. Qu’il est plus poli, plus civilisé, que celui des autres. Ce rappel sur le Rwanda montre qu’il n’en est rien. Il est d’un cynisme glaçant et d’une sévérité de fer. Rien ne le sépare des autres.

    Si son affaiblissement profite aux autres impérialismes, et c’est un fait, il n’en profite pas moins aux peuples qui vivent sous son joug. C’est dans l’effondrement des impérialismes que naissent les espaces de liberté qui permettent aux peuples de s’émanciper, de ses libérer. Plus l’impérialisme français s’affaiblit, plus la vie économique et politique est dure, il est vrai. C’est une époque difficile. Mais plus les chances de voir une société meilleure, plus juste, libératrice, émancipatrice, grandissent.

    Nous exigeons toute la lumière sur les crimes de notre État, ou plutôt de celui de notre bourgeoisie. Nous exigeons que soient reconnus ses crimes, et que soient trouvés les moyens de les compenser. Nous le faisons non pas en flagellation, non pas pour tirer des larmes de crocodile, mais bien pour tracer une route : une route qui se débarrasse d’une bourgeoisie criminelle et parasitaire, une route d’émancipation et de liberté.

    1Il existe des parallèles intéressants d’ailleurs : pour la noblesse française, le « sang bleu » était d’ascendance germanique, tandis que la population était gauloise. Cela devait légitimer le « rôle social » de celle-ci. Mais l’argumentaire s’est inversé pendant et après la Révolution Française, laquelle a fait de la noblesse un « corps étranger »

  • 105ᵉ anniversaire du génocide des Araméens, des Arméniens et des Grecs Pontiques

    105ᵉ anniversaire du génocide des Araméens, des Arméniens et des Grecs Pontiques

    Communiqué du Conseil populaire des Araméens d’Europe, que soutiennent les Araméens communistes de Mésopotamie (membre de l’ICOR), 15 juin 2020

    Le 15 juin marque le 105ᵉ anniversaire du génocide des Araméens, des Arméniens et des Grecs Pontiques, qui a été commis par l’Empire ottoman en 1915.

    Deux mois plus tôt, les « Jeunes Turcs », partisans d’un parti nationaliste ottoman, avaient expulsé des intellectuels arméniens de Constantinople, aujourd’hui Istanbul.

    Un mois plus tard, la « loi sur la « réinstallation de la population ». Talat Pacha, alors ministre de l’Intérieur par intérim, a ordonné une « réinstallation massive », qui s’appliquait à tous les Araméens, Arméniens et Grecs Pontiques vivant dans l’Empire ottoman.

    Les réinstallations massives se sont transformées en marches de la mort, des centaines de milliers d’Araméens ont erré sans but dans le désert mésopotamien et y sont morts. Les soldats ottomans ont exécuté des Araméens au bord de la route. En désespoir de cause, les femmes araméennes jetèrent leurs bébés dans le Tigre.

    Les femmes enceintes qui se sont défendues ont été tuées vivantes. Les enfants ont été éventrés. Les filles araméennes étaient violées et gardées dans des harems turcs ou kurdes. Les enfants étaient arrachés à leur famille et enlevés. Pour survivre, certains se sont convertis à l’Islam.

    Le génocide a coûté la vie à 500 000 Araméens, 1,5 million d’Arméniens et 300 000 Grecs Pontiques, soit un total de plus de 2,3 millions de personnes.

    Les faits historiques à ce sujet sont toujours niés en Turquie, les livres d’histoire restent falsifiés et quiconque mentionne le génocide en tant que journaliste, par exemple, s’expose à de graves représailles.

    Le 19 janvier 2007, le journaliste arménien Hrant Dink, qui a fait un reportage sur le génocide, a été abattu par un fasciste turc à Istanbul. Les responsables de cette tentative d’assassinat au sein de l’appareil d’État turc n’ont toujours pas été appelés à rendre des comptes.

    Les biens et les terres des Araméens et des autres minorités chrétiennes ont été confisqués par les gouvernements ottoman et turc. Les biens confisqués de la minorité non musulmane constituaient la base économique de la République turque.

    L’appropriation et le pillage des richesses araméennes, arméniennes et grecques, mais aussi juives, ont également servi de base à la création d’une nouvelle bourgeoisie turque.

    De nombreux individus et entreprises turques, dont les grandes familles d’industriels Sabancı et Koç, ont bénéficié directement ou indirectement de l’expulsion et de l’élimination des Araméens et de la confiscation de leurs biens.

    L’exécution de l’oligarque Özdemir Sabanci à Istanbul en 1996 par le « Front populaire révolutionnaire de libération » (DHKP-C) a fait sensation sur la scène internationale.

    Le DHKP-C a justifié cette exécution en disant qu’il s’agissait de représailles pour les peuples opprimés et massacrés en Mésopotamie, ainsi que pour la classe ouvrière exploitée par la famille Sabanci en Turquie.

    Tous les registres fonciers ont reçu l’instruction en 1983 et 2000 : Quiconque s’enquiert d’une propriété de 1915 ne reçoit aucune information et ses données personnelles doivent être communiquées au gouvernement.

    En 2005, le Conseil national de sécurité de Turquie a en outre décidé que toutes les questions concernant la propriété des terres par les chrétiens relèvent de la sécurité nationale. Aujourd’hui, en Turquie, les inscriptions au cadastre sont donc devenues une question de sécurité nationale.

    La Turquie et l’Allemagne étaient alliées pendant la Première Guerre mondiale. Au moment du génocide, de nombreux Allemands se trouvaient en Turquie et sont devenus des témoins oculaires ou des témoignages. Ils sont également devenus des auteurs de crimes. En voici quelques exemples :

    Les plans de déportation des Arméniens et des Araméens ont été élaborés par Colmar Feiherr von der Goltz, qui était actif comme instructeur et organisateur militaire dans l’Empire ottoman depuis 1883, où, en tant que maréchal turc, il ne s’appelait que « Golz-Pascha ».

    En 1913, sous le commandement du général Liman, quelque 800 officiers allemands se sont rendus à Istanbul pour armer militairement le futur allié. Certains de ces officiers ont participé à la planification et à l’exécution des déportations.

    Le général allemand Fritz Bronsart von Schellendorf, le chef d’état-major général de l’armée ottomane à Istanbul, a justifié ses actions criminelles contre les Arméniens même après la guerre et a écrit en 1919

    « L’Arménien, comme le Juif, est un parasite hors de sa patrie, absorbant la santé de l’autre pays où il s’est installé. C’est de là que vient la haine qui, à l’époque médiévale, s’est déchaînée contre eux en tant que peuple indésirable et a conduit à leur assassinat ».

    En revanche, les grands philosophes Karl Marx et Friedrich Engels ont décrit la situation des chrétiens dans l’Empire ottoman dès 1853 dans les termes suivants

    « Seuls les Turcs appartiennent « à la religion et à la nation privilégiées » et auraient « le droit de porter des armes, et le chrétien le plus haut placé doit donner au musulman le plus bas un chemin clair s’il le rencontre ».

    Le député communiste Karl Liebknecht déclare en janvier 1916 au Reichstag :

    « Le gouvernement turc a causé un terrible massacre parmi les Arméniens ; le monde entier est au courant – et le monde entier blâme l’Allemagne parce qu’à Constantinople, les officiers allemands commandent le gouvernement. Il n’y a qu’en Allemagne qu’ils ne savent rien, parce que la presse est bâillonnée ».

    La communiste Rosa Luxemburg parle spécifiquement des intérêts allemands impériaux en Turquie asiatique :

    Il s’agirait de maintenir ensemble ce « tas de décombres pourris et désintégrés » de ce despotisme oriental des Turcs en tant que « petite minorité » d’une « caste de conquérants au pouvoir » avec ses multiples « questions nationales qui ont brisé l’État turc » : arménien, kurde, araméen, arabe, grec ».

    Les persécutions, les crucifixions, les décapitations et la destruction des biens culturels font à nouveau partie de la vie quotidienne des Araméens au Moyen-Orient. Les crimes de l’Empire ottoman contre les chrétiens se répètent aujourd’hui par la persécution et l’oppression persistantes et constantes des Araméens par l’État fasciste turc.

    En turc, les Araméens chrétiens sont appelés “Süryaniler” (de aram. Suryoye). Les Araméens ne sont pas reconnus en Turquie comme un peuple indépendant avec une langue, une histoire et une culture.

    Par exemple, l’acquisition de biens immobiliers, la construction ou l’entretien des édifices religieux sont associés à des difficultés, la formation de la prochaine génération de prêtres et l’enseignement officiel de la langue araméenne sont interdits.

    Les Araméens sont dénigrés dans les manuels scolaires turcs comme étant des traîtres à leur pays. Les champs araméens sont régulièrement incendiés par l’armée turque sous prétexte de combattre le PKK.

    En juin 2017, l’État turc, dans le cadre d’une opération d’expropriation, a confisqué au moins 50 églises, monastères et cimetières chrétiens anciens, de vastes terres ainsi que des monuments, et a transféré les églises en tant que « lieux de culte » à l’autorité religieuse sunnite d’État, la Diyanet.

    L’expropriation des propriétés remonte à 2008, lorsqu’un tribunal a exproprié le monastère de Mor Gabriel, fondé en 397, ainsi que de nombreux autres monastères, églises et maisons privées.

    Avec la récurrence de l’occupation de la Turquie par le droit international dans le nord de la Syrie et le soutien des milices terroristes fascistes djihadistes comme la soi-disant « armée nationale syrienne » ou « l’État islamique », la Turquie commet un nouveau génocide contre le peuple araméen en Syrie et en Irak.

    Les massacres et les génocides sont caractérisés par les cent ans de coopération militaire, économique et politique de l’impérialisme allemand avec le gouvernement de l’État fasciste de Turquie.

    Et parce que le premier génocide a été nié et n’a pas été traité, le deuxième génocide est entré dans l’histoire du monde.

    Ainsi, quelques jours avant l’invasion allemande de la Pologne, le fasciste Adolf Hitler a demandé lors d’une réunion, dans laquelle il a, entre autres, exprimé sa désapprobation de l’action dure des unités SS à tête de mort contre la population civile :

    « Qui parle encore d’exterminer les Arméniens ? »

    C’est une citation remarquable, qui montre que le génocide arménien et araméen était déjà largement connu à l’époque et a servi de modèle à des nationalistes fanatiques comme Hitler.

    C’est également ainsi que les armes chimiques du massacre à Dersim de dizaines de milliers d’Alévis et de Zazas dans le Reich allemand fasciste ont été produites et livrées à la Turquie.

    Lors de la destruction des villages araméens et kurdes dans les années 1990, l’armée turque a principalement utilisé des armes fournies à la Turquie par le gouvernement allemand.

    Et actuellement, ce sont des armes allemandes qui sont utilisées par la Turquie dans l’occupation de la Syrie du Nord et qui terrorisent les chrétiens ainsi que les Yidis.

    Les meurtriers de 1915 ont largement échappé aux procès d’Istanbul immédiatement après la Première Guerre mondiale. Dans ce contexte également, l’Allemagne s’est distinguée en accueillant des meurtriers recherchés. Par exemple, Talaat Pasa, qui vivait à Berlin en 1921 en tant que citoyen respecté.

    Il a ensuite été abattu par l’étudiant patriote arménien Solomon Teilirian, dont la famille a été victime du génocide.

    Aujourd’hui, l’impérialisme allemand poursuit sa politique de défense des intérêts avec et pour le gouvernement fasciste de l’État turc, et il criminalise et traque les révolutionnaires araméens en Allemagne.

    Neuf militants du mouvement populaire araméen Revolutionary Suryoye doivent être jugés en Bavière en raison de leurs activités en faveur du peuple araméen.

    Le principal accusé dans ce procès est Sami Grigo Baydar. Ce jeune homme de 28 ans est théologien de l’Église orthodoxe syrienne d’Antioche. En tant que militant politique de gauche, il défend les droits des Araméens en Turquie.

    Le ministère public fédéral de Karlsruhe a également entamé une procédure d’examen contre Baydar. Il accuse le théologien d’avoir « formé une organisation criminelle et terroriste à l’étranger », selon le paragraphe 129b du Code Pénal Allemand.

    Le « Conseil populaire des Araméens d’Europe » demande des comptes aux peuples d’Anatolie, de Mésopotamie et du Moyen-Orient qui sont devenus les victimes de cette politique impérialiste allemande d’intérêts avec le gouvernement d’État fasciste de Turquie

    Le « Conseil populaire des Araméens d’Europe » demande des comptes aux peuples d’Anatolie, de Mésopotamie et du Proche-Orient qui sont devenus victimes de cette politique impérialiste allemande d’intérêts avec le gouvernement d’État fasciste de Turquie et la fin des poursuites contre les membres du Suryoye révolutionnaire.

    Ce n’est que lorsque le règne de l’impérialisme sera brisé dans le monde entier, lorsque la dictature du capital sera enfin abolie, que les victimes de ce massacre se verront accorder le droit et la justice.

    La solution au problème des minorités populaires est une lutte anti-impérialiste et anti-oligarchique pour une révolution populaire socialiste.

    Conseil populaire des Araméens d’Europe

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : partie finale. Un génocide venu du ciel ?

    Un génocide venu du ciel ?

    Ultime étape, la question des bombardements sur les populations civiles. Ils ont parfois été qualifiés de « génocide venu du ciel ». Ainsi, le militant trotskiste Jörg Friedrich publie, en 2002, Der Brand. Deutschland im Bombenkrieg 1940-1945 (trad. Fr. l’Incendie. L’Allemagne sous les bombes, 1940-1945), lequel ciblait les bombardements Anglais et Américains sur l’Allemagne. Si l’auteur partait d’une analyse intéressante sur les buts et les moyens de cette guerre. Il allait jusqu’à mettre sur le même plan Alliés et nazis. Ainsi, il a décrit les raids comme une Shoah venue du ciel. Le choix des parallèles à d’ailleurs choqué les Allemands comme les Anglo-saxons. Les pilotes sont nommés Einsatzgruppen, les abris en feu des fours crématoires, les victimes gazées,les bibliothèques brûlées des autodafés de livres, tandis que l’auteur allait jusqu’à mettre en parallèle la déshumanisation des Allemands et la « déshumanisation des Juifs par les nazis ». Le fait que Friedrich ne rappelle pas que la guerre avait été commencée par l’invasion Allemande a eu tendance à faire écho aux « ils se valent » des militants trotskistes lambertistes en juin 1944.

    Mais si certaines expressions sont douteuses, le cœur du sujet mérite d’être abordé.

    Au regard des intentions de la part des anglo-américains, rien ne permet d’indiquer une volonté exterminatrice en tant que telle. Ni les Anglais, ni les Américains n’ont montré une volonté claire et définie de mettre fin à l’existence du peuple Allemand.

    Cependant, il est indéniable qu’un choix a été fait pour hausser considérablement le nombre de victimes civiles, en particulier chez les ouvriers et ouvrières. Il faut cependant être juste. Les raids de terreur sont récurrents dans les années 30. Les aviations françaises, anglaises, italiennes, vont s’en donner à cœur joie. Un homme s’est d’ailleurs illustré dans leur usage : l’anglais Arthur Travers « bomber » Harris. Nous y reviendrons. Mais le fait de franchir la ligne rouge, d’oser l’employer contre les Européens, revient aux Allemands. D’abord à Guernica, pendant la guerre civile espagnole, puis contre Varsovie et Rotterdam. C’est un casus belli qui permet de s’affranchir de limites morales.

    Du côté de l’oncle Sam.

    En Europe, les Américains ont misé, à l’origine, sur un illusoire « bombardement de précision » qui ciblait les usines militaires. Ces bombardements de précision n’ont pas eu le succès escompté, et ont causé de nombreuses victimes civiles. L’intention demeure louable. Il est par contre invraisemblable de faire ce qui est visible dans Memphis Belle, croire qu’un bombardier ne larguera pas ses bombes sur une usine, s’il pense qu’il peut tuer les enfants d’une école attenante. D’ailleurs, dans les faits, devant l’imprécision des raids, le carpet bombing a été mis en place : le bombardier maître de la formation vise, et tout le monde lâche ses bombes en même temps. Cette méthode est non seulement peu efficace, mais meurtrière pour les civils. En l’employant sur la France, notamment Rouen ou Boulogne-Billancourt, ces méthodes vont même réussir à gêner les anglais.

    Cette tendance au durcissement s’est accrue tout au long de la guerre. Ainsi, il a été ordonné, durant la dernière phase de la guerre, de faire mitrailler tout personne en zone de front par les chasseurs bombardiers. Chuck Yeager, l’homme qui franchit le mur du son, écrivait : « Des atrocités furent commises par les deux camps. […] Une zone de cinquante miles sur cinquante à l’intérieur de l’Allemagne fut assignée à nos soixante-quinze Mustangs et ils reçurent l’ordre de mitrailler tout ce qui bougeait. Le but était de démoraliser la population allemande. […] Si quelqu’un avait refusé de participer (et, autant que je me souvienne, personne ne refusa), il aurait probablement été traîné en cour martiale. »

    Dans le Pacifique, par contre, les bombardements ont été sur d’autres cibles. Il est certain que la distanciation raciale, en plus des conséquences de Pearl Harbor, jouent. Curtiss LeMay, qui s’occupait des opérations aériennes, a choisi de désigner les quartiers résidentiels en grande priorité plus que les usines. Les Américains se sont rendus comptes de la vulnérabilité immense des villes japonaises, souvent faites de bois. Les détruire était aisé.

    Les bombardements de Tokyo, qui ont fait plus de 130 000 morts, s’inscrivent dans cette logique de tuer le maximum de civils. Dans l’ensemble, la très grande majorité des agglomérations d’importance vont recevoir la visite nocturne des B-29. Dans les dernières phases de la guerre, la marine et les chasseurs bombardiers vont également être de la partie.

    L’usage de l’arme nucléaire est l’aboutissement ultime. Hiroshima et Nagasaki étaient des cibles sans grand intérêt. Le Japon est aux abois. Il a laissé entendre qu’il était prêt à négocier, en employant l’URSS comme intermédiaire. Dans les discussion, les diplomates sentent les Soviétiques indisposés. Ils ont prévu d’entrer en guerre le 15 août, à la demande des Alliés. Cependant, entre temps, l’annonce du succès du projet Manhattan rend cette intervention inutile à Truman, voire même gênante.

    L’anéantissement par le feu nucléaire à nourri un grand nombre de spéculation. Il permet d’économiser un débarquement coûteux. Il permet de donner un prétexte à l’Empereur pour capituler. Il est un avertissement à l’URSS. Il est aussi un moyen de gagner du temps et d’éviter d’avoir à faire des concessions plus tard. la pondération de ces raisons peut laisser une place à l’interprétation, leur conséquence, en revanche, est parfaitement connue. Plusieurs hauts gradés sont pour larguer la bombe sur le mont Fuji. Mais finalement, la « solution » retenue est de frapper les civils. Si Les 6 et 9 août 1945, deux villes sont réduites en poussière. Les Japonais eux-mêmes mettent plusieurs jours à comprends ce qu’il s’est passé. On ne peut pas ne pas parler du bien malchanceux Tsutomu Yamaguchi, en voyage d’affaire à Hiroshima le 6. Blessé. Mais rentré chez lui le lendemain…à Nagasaki. Il est la seule personne à avoir survécu à deux bombardements nucléaires.

    Cet emploi du feu nucléaire à d’ailleurs eu un effet paradoxal. Une grande partie de l’équipe de conception était formée de très grands génies de la science, mais qui n’étaient pas particulièrement des bellicistes. La vision de la dévastation les convaincu, dans leur quasi-intégralité, qu’il fallait à tour prix éviter qu’un seul pays possède le monopole de l’arme atomique. Un nombre important vont collaborer avec le NKVD pour transmettre à l’URSS les secrets de l’arme. Si Julius et Ethel Rosenberg sont arrêtés et exécutés, ils étaient des agents subalternes. Enrico Fermi, Robert Oppenheimer, Niels Bohr… ont tous plus ou moins collaboré. 1

    Chez les anglais.

    Si les Américains ont fait un « deux poids, deux mesures » en fonction des cibles (et, probablement des ethnies aussi), les anglais se sont démarqués par leur constance. Harris, qui dirigeait le Bomber Command, avait porté immédiatement le choix vers des « bombardements de zone », visant la population. Son but était de briser le moral et le soutien au régime par la terreur, mais également explicitement d’anéantir la main-d’œuvre. Le choix des armes, avec des bombes favorisant les incendies bien plus que la destruction des machines-outils, ont illustré cela.

    Ce n’était pas dénué de raison. Les bombardiers anglais étaient de véritables camions à bombes. Ils n’avaient pas la « précision » de leurs homologues américains. Vulnérables, ils volaient de nuit. Mais les anglais ont démontré, avec le développement de la guerre électronique, qu’ils pouvaient être d’une précision redoutable sur des cibles précises. Les DH.98 Mosquito étaient capables de pouvoir frapper avec efficacité des lieux stratégiques. Cependant, malgré leur efficacité, le choix est demeuré axé sur les lourds bombardiers quadrimoteurs.

    Il existait un lobby des bombes, un lobby des bombardiers lourds… la Vickers-Armstrong company appuyait de tout son poids le maintien de cette politique. Elle avait également le soutien le plus total des politiciens, Churchill en tête.

    Ainsi, Hambourg, Cologne, ont connu les tempêtes de feu causées par les bombes incendiaires. (Coventry et Stalingrad aussi, en toute équité). Ces visites ont culminé avec Dresde. Dresde, en 1945, est une ville à proximité du front. Elle est remplie de réfugiés. Elle est un nœud ferroviaire et la 7e ville industrielle d’Allemagne. Elle subit raids après raids, USAAF et RAF se relayant nuit et jours. Cet acharnement et le très grand nombre de victimes (entre 30 000 et 140 000) ont soulevé un grand nombre de questions. Ville destinée à être occupée par l’URSS, est-elle alors jugée « à annihiler » ? Est-ce une démonstration de force ? Difficile à dire. Toujours est il que le sujet est pris en main par les néo-nazis et par les négationnistes. L’influence de David Irving, négationniste anglais, est particulièrement forte sur cette question. Un grand nombre de mythes sont issus de sa plume.

    Des morts justifiés ?

    600 000 Allemands et Allemandes sont mortes sous les bombes. Environ 350 000 Japonais et Japonaises. Aussi, à souligner, 60 000 Français et Françaises sous les bombardements Alliés. Ceux-ci perdent plus de 200 000 aviateurs dans ces raids. Ces morts ont ils permis d’écourter la guerre ?

    Ces bombardements ont bien moins nui à la capacité de production de l’Allemagne qu’annoncé initialement. La production d’avions et de chars atteint un sommet en fin 1944. De ce point de vue, c’est un échec en tant que moyen de mettre à genoux l’Allemagne. En termes d’efficacité pure, les raids sur les raffineries et le soutien tactique aux forces aux sols ont été bien plus efficaces, et moins meurtriers pour la population. L’opération Tidal wave, par exemple, qui a frappé les centres pétroliers de Ploesti, avait, dès août 1943, montré la très grande vulnérabilité de ces centres. Pourtant ils ne sont devenus prioritaires qu’en septembre 1944. En dépit de l’efficacité importante de ces raids, ils sont restés l’apanage de l’USAAF.

    Sur les villes ou sur les sites industriels, ils ont détourné, en revanche, un grand nombre de ressources et de main d’œuvre. Ils ont obligé à limiter la couverture aérienne à l’Est, tout comme à immobiliser plus de deux millions de personnes pour une défense antiaérienne incapable d’arrêter les vagues de bombardiers. On estime qu’il faut en 1942 4 057 obus par avion détruit. En 1944, il en faut 33 0002, ce qui fait que la DCA absorbe près d’un million d’obus par mois, soit 20 % de la production, et 30 % de tous les canons produits.

    Aspect essentiel, l’usure de la Luftwaffe. L’absence de tout sanctuaire pour le Reich usait les avions, obligeait à une consommation immense de carburant. Elle usait surtout les pilotes, lesquels n’avaient jamais de repos, et ne pouvaient non plus trouver le temps de former une génération capable de prendre le relève. Ainsi, lors du débarquement en Normandie, il est matériellement impossible à l’aviation Allemande de protéger à la fois l’Est, le Reich, et de frapper les plages du débarquement.

    Avant cette date, un point non négligeable : ils sont le moyen principal de pouvoir agir pour les alliés. Psychologiquement, cela a joué un rôle d’ampleur.

    Mais l’efficacité, même dans cette guerre atroce, remet-elle en cause le fait que ces raids aient pu être des crimes en soi ? Même lorsque ceux-ci ont pu être faits, pour citer le titre de l’ouvrage de Vassili Grossman Pour une juste cause ? La question n’en finit pas d’être débattue. Elle n’a probablement pas de réponse précise.

    Toujours est-il qu’ils tendent à montrer que la guerre ne se marie pas avec les conventions, avec la propreté. Elle pousse logiquement, comme tout phénomène d’entropie, à plus de brutalité et de violence.

    Rendre hommage.

    Nous avons voulu, dans ce texte, aborder la question de l’hommage d’une manière critique pour une raison fondamentale. Si nous replaçons la guerre impérialiste, la guerre raciste et la guerre coloniale dans une autre dimension, si nous la traitons comme le paroxysme de la folie, nous nous rendons vulnérables. Nous nous rendons vulnérables au fait de comprendre comment, depuis un monde qui n’est pas différent de celui d’aujourd’hui, des hommes et des femmes pas si différentes de nous, ont pu être pris dans un maelström de violence. Ni le nazisme, ni le fascisme, ni le militarisme ne sont des maladies d’autre temps et d’autres lieux. L’histoire n’est pas terminée et s’écrit toujours, toujours avec des lettres de sang.

    75 ans après, nous pensons qu’il est plus que jamais important de rendre hommage à celles et ceux qui ont combattu, de quelque manière que ce soit, le nazisme, le fascisme et le militarisme. Il est d’autant plus important de le faire que les conditions pour une nouvelle crise meurtrière sont réunies.

    En dépit du « plus jamais ça », non seulement le nazisme, dans son fond, n’a pas été éradiqué, mais ses ramifications tentaculaires sont toujours actives. Tant qu’il existe l’impérialisme, le capitalisme, la réaction, il existera une place dans l’écosystème politique pour un nazisme-bis. Parce qu’il est un moyen éhonté pour les exploiteurs, pour les exploiteuses, pour perpétuer, défendre et étendre leur ordre. Il reste une arme de crise. Si nous remisons le nazisme, le fascisme, le militarisme au rang des accidents de l’histoire, si nous le plaçons dans une dimension intégralement distincte de la démocratie libérale, nous nous privons des moyens d’en déceler les prémices.

    La pandémie de COVID-19, qui nous prive des célébrations de ce 8/9 mai, nous montre que, contrairement aux thèses de Fukuyama et de la fin de l’histoire, nous sommes replongés dans la crise économique, sociale et politique d’une profondeur importante. Dans une crise qui prend des accents sinistres. A nouveau, les tensions crispent les États. L’hypothèse d’un affrontement entre la Chine et les USA, l’hypothèse d’un effondrement rapide de l’Europe. L’hypothèse de l’émergence de nouveaux régimes fascistes, racistes et prêts au pogroms.

    Dans les discours qui mentionnent l’islamo-gauchisme, ce sont les mêmes éléments fondamentaux que ceux qui ont donné naissance au judéo-bolchevisme. Ces discours de haine, ces discours de division doivent être combattus.

    C’est comme cela que nous rendons hommage aux victimes et aux combattants et combattantes de la Liberté. Au soldat mort en Normandie, à la partisane Yougoslave, au FTP-Main d’Oeuvre Immigrée, à la pilote de l’aviation soviétique, au combattant coréen qui libérait son pays, au Tommy tombé à Villers-Bocage, à la résistante Allemande qui a dit « non »…Mais aussi à ceux et celles qui ont, dans les champs, dans les trains, dans les usines, porté ces fronts.

    Et à ceux qui n’avaient rien demandé. Qui ont subit cette guerre. Qui, parce que né Juif, née Tzigane, se sont retrouvés un matin dans un train vers la nuit et le brouillard. Ceux et celles qui se sont trouvés dans le viseur Norden d’un bombardier. Ceux et celles qui ont reçu un V1 ou un V2. Ceux et celles qui ont été empoisonnés, torturés, violés par des soldats d’un pays qu’ils ou elles ne connaissaient pas.

    Rendons leur hommage en détruisant les causes de toutes les guerres.

    En luttant contre le capitalisme et l’impérialisme.

    En luttant contre le colonialisme et le néo-colonialisme.

    En luttant contre le fascisme et son influence dans les masses.

    En luttant pour la révolution socialiste et pour la paix.

    En menant jusqu’au bout la lutte des classes pour éradiquer l’exploitation et l’oppression.

    En faisant en sorte que demain ne soit pas avant-hier.

    1A lire à ce sujet, les mémoires de Soudoplatov, qui a géré ces réseaux.

    2Les obus de DCA Allemands ne possédaient pas de fusée de proximité qui leur permettaient d’être efficace en passant à proximité de la cible. A titre de comparaison, avec l’adoption de ce système et de calculateurs analogiques, la DCA alliée s’est montrée autrement plus redoutable.

  • 75e anniversaire de la libération des camps.

    75e anniversaire de la libération des camps.

    Il y a 75 ans, les troupes soviétiques pénétraient en Allemagne. Elles découvraient l’univers exterminatoire nazi. Si le système concentrationnaire était connu depuis sa création en 1933, celui-ci était placé sous le sceau du secret. Seuls ses bourreaux et quelques survivants, échappés ou libérés, avaient pu en parler. Ils n’avaient pas été crus. Ceux qui partaient dans les convois partaient vers le néant, vers la nuit et le brouillard.

    Près de 4 millions de personnes ont pris ce chemin. A cela s’ajoute ceux et celles tuées par les balles, par la faim, par la maladie, par la guerre elle-même. Une poignée, un nombre minuscule en sont revenues. Nos pensées vont vers ces victimes, vers leurs proches, leurs descendants et leurs descendantes. Pour que leur voix soit entendue, pour qu’elle soit écoutée, il a fallu des années de lutte.

    Révélé à la face du monde, le crime nazi est, 75 ans après, un marqueur de l’horreur absolue. Les survivants et survivantes ont dépeint un univers invraisemblable. Un univers de règles absurdes, infâmes, où les châtiments, l’arbitraire et la mort sont omniprésents. Une société parallèle, dans laquelle toutes les normes et les convenances qui caractérisent la civilisation sont abolies. Un monde mu par un objectif : rentabiliser et industrialiser la mort des êtres humains.

    Les nazis ont accordé une priorité immense à ce projet. Cette priorité était si grande qu’elle justifiait la priorité des convois vers les camps d’extermination. En 1944/1945 alors que le réseau ferré était disloqué, que le combustible était rationné et que les locomotives étaient attaquées sans répit par l’aviation, les convois roulaient toujours.

    Les nazis ont nourri une vision millénariste1 et eschatologique2 de leur rôle. Un rôle d’élimination de toute ce qui pourrait « corrompre » leur race. Les études sur la mentalité des élites nazies3 montrent que ces derniers s’étaient nourries d’un sentiment d’encerclement, de menace, de conspiration. Leur réponse a été le génocide.

    À ce projet se sont rajoutés des intérêts très matériels, qui sont ceux qui ont permis l’arrivée au pouvoir de cette clique de bandits. La lutte contre le communisme, condensé dans la nébuleuse du judéo-bolchevisme. L’expansionnisme de l’impérialisme allemand. La volonté de devenir la puissance dominante du continent Européen, puis du monde. Ce qui a fourni la base matérielle à la machine génocidaire nazie, c’est le grand capital.

    Au nom de la lutte contre le judéo-bolchevisme, en prétendant agir pour la survie de la race, le grand capital allemand et le gouvernement nazi ont conjointement organisé, froidement une élimination systématique de tout ce qui pouvait s’opposer à son ordre. En instrumentalisant les angoisses de la société allemande, les dirigeants nazis et la grande bourgeoisie allemande ont préparé le plus grand conflit de l’histoire de l’humanité.

    Les nazis n’ont pas inventé la déshumanisation des cibles et des victimes. L’impérialisme et le colonialisme l’avaient fait avant eux. Le colonialisme a justifié racialement, derrière l’argument de la civilisation ou de la supériorité génétique, la domination la plus brutale. Le nazisme est à la croisée des chemins, entre l’extermination des populations en Afrique, entre l’extermination mi-raciale, mi-politique des Arméniens, entre l’application stricte du colonialisme en Europe de l’Est.

    Cette filiation entre le nazisme et l’impérialisme avait déjà été dénoncée par Aimé Césaire :

    « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral.

    […]

    c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable.

    […]

    Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique »4

    Les SS se sont construits des fortunes personnelles sur le détournement des richesses, sur les vols, les extorsions et les spoliations. Mais ils n’ont pas été seuls. Les propriétés foncières et immobilières des Juifs ont été un enjeu de spéculation et d’enrichissement dans tous les pays occupés -France comprise !5

    Dans chaque pays, les nazis ont pu trouver des relais pour faciliter leur travail d’extermination. L’État français, dès avant la guerre, avant la mort de la IIIe République, avait ouvert des camps de concentration pour y interner les Juifs allemands, les communistes et les combattants républicains. Sous le régime de Vichy, les autorités ont non seulement offert leur aide, mais ont même dépassé les attentes des nazis. Des fortunes se sont bâties sur ces crimes, comme celle de L’Oréal, comme celle de Coco Chanel, comme celle de Louis Renault.

    Aujourd’hui, certains pays tentent de taire la réalité de cette collaboration. Les antisémites polonais, en dépit du statut de victime de ce pays, n’ont pas hésité à contribuer à l’anéantissement des juifs. La Pologne a ainsi tenté d’interdire l’évocation de cette collaboration.6

    Après la guerre, à l’Ouest, les fonctionnaires nazis sont restés en place, ont continué leur travail, se protégeant mutuellement. Après une rapide épuration, il faut attendre le milieu des années 1960 pour que des procès aient lieu. D’autres nazis sans emplois ont trouvé leur place dans les services secrets, à la CIA ou dans l’organisation Gehlen. Ils étaient trop précieux, leur savoir faire trop important, pour ne pas l’utiliser contre l’Union soviétique. Dans bien des cas, les bourreaux n’ont été jugés que lorsqu’ils n’avaient plus d’utilité aux yeux de leurs nouveaux employeurs. De même, la condamnation de la collaboration étatique n’est arrivée qu’a un moment, 50 ans après, où elle ne risquait guère plus d’incriminer quelque fonctionnaire zélé.

    Des individus sans scrupule ont essayé d’instrumentaliser l’existence du système concentrationnaire nazi. Les crypto-nazis comme Ernst Nolte, historien Allemand, en ont fait une réponse à la violence bolchevique. Ils ont justifié l’existence du nazisme comme le moyen de défense de la civilisation contre l’hydre communiste. Le but ultime étant à la fois de salir le mouvement révolutionnaire, mais également de réhabiliter le national-socialisme.

    Quoiqu’on puisse penser du système répressif soviétique, celui-ci n’a jamais eu comme ambition d’exterminer des parties de la population. Ceux qui ont essayé d’inventer une similarité dans les moyens et dans les buts, entre les nazis et les communistes, se sont heurté au prisme de la réalité. Le système carcéral soviétique était le reflet de la lutte aiguë entre les classes sociales et de l’extraordinaire difficulté de la construction du socialisme. Surtout, même dans les moments de répression les plus violents, dont l’ampleur échappait à leurs initiateurs premiers7, le but n’a jamais été d’exterminer les individus, et ceux-ci n’étaient pas ciblés d’office en raison de leur naissance.8 Dékoulakisation ou grandes purges ont ciblé des individus en rapport à leur positionnement social ou idéologique, pas pour leur race ou leur religion.

    Aujourd’hui, alors que seuls des fanatiques anticommunistes la défendent, l’assimilation entre le nazisme et le communisme est toujours influente dans la société. Elle sert souvent, par effet d’amalgame, à salir la lutte politique contre la bourgeoisie. Amalgamer l’histoire soviétique, avec ses travers et ses défaillances, et la Shoah, constitue l’un des plus épouvantables tours de passe-passe de la bourgeoisie.

    Nous ne pouvons accepter que les génocides soient utilisés sans vergogne. Il est inacceptable que le souvenir du génocide Juif soit un argument pour rendre imperméable à la critique la politique d’Israël. Nous n’acceptons pas non plus ceux qui font la démarche inverse, et qui utilisent l’impérialisme et le colonialisme israélien comme une justification du génocide. Les deux sont répugnants.

    D’autres, au contraire, veulent effacer le souvenir de ces crimes pour mieux les réaliser à nouveau. Les négationnistes et les révisionnistes ont encore pignon sur rue, à l’heure actuelle.

    Aujourd’hui, certains rêvent toujours de faire revivre cet univers d’extermination. Aujourd’hui, des équations toute aussi inquiétantes émergent. Le paradigme de l’islamo-gauchisme prend la place du judéo-bolchevisme, occupe la même fonction. Les nuages noirs du conspirationnisme, de l’escalade militaire, de la caporalisation de la société, s’amoncellent à nouveau. Il n’existe aucune garantie qu’un nouvel orage ne se déchaîne pas.

    Commémorer, ce n’est uniquement que regarder vers le passé. C’est également prendre conscience que les conditions qui ont permis à la conférence de Wannsee d’avoir lieu sont toujours réunies. Comme le disait Alain Resnais dans nuit et brouillard :

    «  Il y a nous, qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin. »

    1Le millénarisme, ou chiliasme, est une doctrine religieuse qui soutient l’idée d’un règne terrestre du Messie, après que celui-ci aura chassé l’Antéchrist et préalablement au Jugement dernier.

    2L’eschatologie est le discours sur la fin du monde ou la fin des temps. Il relève de la théologie et de la philosophie en lien avec les derniers temps, les derniers événements de l’histoire du monde ou l’ultime destinée du genre humain, couramment appelée la « fin du monde ».

    3Ingrao, C. (2011). Croire et détruire : Les intellectuels dans la machine de guerre SS. Pluriel.

    4Aimé Césaire : “Discours sur le colonialisme” (1950)

    5http://www.memorialdelashoah.org/evenements-expositions/expositions/archives-des-expositions/la-spoliation-des-juifs.html

    6https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/loccupation-de-la-pologne-par-les-nazis-face-brillante-face-sombre

    7Getty, J. A. (1994). Origins of the great purges : The Soviet Communist Party reconsidered, 1933 – 1938 (Reprinted). Cambridge Univ. Press.

    8https://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1993_num_65_4_6134