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  • De l’ONU à Grenoble.

    De l’ONU à Grenoble.

    De l’ONU à Grenoble.

    « Il faut, je le dis, s’étonner tout de même de se retrouver, cité dans une liste entre le Vénézuéla et Haïti, où il y a eu des morts » a déclaré Benjamin Grievaux, lors du compte-rendu du conseil des ministres. Le pays des droits de l’Homme, une nouvelle fois, est dans le collimateur des instances internationales.

    Après le Conseil de l’Europe, qui, le 26 février, appelait à un moratoire sur l’usage du LBD40 et qui dénonçait les arrestations contraires au droit1, c’est au tour de l’ONU de porter la question.

    Michelle Bachelet, ancienne opposante au régime du dictateur anticommuniste Pinochet, ex-présidente du Chili, s’est exprimée sur la question. Elle a cité la France aux côtés du Venezuela, du Soudan et de Haïti, indiquant que, « en France, les « Gilets jaunes » ont protesté contre ce qu’ils considèrent comme leur exclusion des droits économiques et d’une participation à la vie publique » et ont subi une répression féroce. Elle demande donc une « enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force ».

    Les recommandations du Conseil de l’Europe avaient été écartées d’un revers de la main. La police n’a pas fait évoluer son comportement d’un iota, tandis qu’elle a également été prise en flagrant délit de mensonge, notamment sur le contenu des additifs utilisés dans les canons à eau. («la base moussante de ces émulseurs [protéiniques] est constituée de protéines hydrolysées. Les matières premières principalement utilisées ont des origines diverses : poudre de cornes et sabots de bovins, plume broyée, sang, protéine de pétrole.»2 )

    Mais la déclaration de l’ONU ne pouvait pas ne pas provoquer une réponse. Celle-ci a été laconique. Le gouvernement français a simplement indiqué qu’il respectait le droit, et s’est ému de se trouver cité dans une liste qui contient plus généralement ses clients en termes d’armes que lui-même.

    Le sentiment d’exceptionnalisme français, en termes de droits de l’Homme, a ressenti le fait d’être mentionné comme un camouflet. Jean-Michel Apathie, journaliste aussi omniprésent que politique détestable, s’est exprimé ainsi : « À lire le titre, on croirait que c’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui réclame une enquête sur la police et les #giletsjaune Renseignements pris, c’est une sous secrétaire désœuvrée qui s’est exprimée un jour ou elle s’ennuyait. Étonnant, non? »

    A la suite de ce tweet méprisant, qui a entraîné un grand nombre de réponses, J-M Apathie a dû rétropédaler. « Je sais très bien qui est Michelle Bachelet. Elle a un passé émouvant et fort. C’est une femme qui a payé cher ses engagements« . Il a cependant maintenu : « La justice enquête, l’État, par le biais de l’IGPN enquête« , « Michelle Bachelet parait négliger ce qu’est la société française« .

    Pourtant pour le moment, malgré 116 enquêtes ouvertes par l’IGPN depuis le début du mouvement, aucune n’a donné lieu à une suspension, y compris sur des cas où il est extraordinairement difficile de trouver des circonstances atténuantes. Mais indépendamment des lenteurs de l’administration française -et de la justice, dont les multiples vitesses sont toujours une source sans fin d’étonnement- ce qui a irrité notre journaliste est le fait qu’on ose affiche la France pour ce qu’elle est réellement, un Etat répressif et réactionnaire. D’autres ont emboîté le pas, allant jusqu’à des prises de position qui frisent le conspirationnisme. Serge Raffy indique «il y a une instrumentalisation de l’ONU». «D’ailleurs, on ne sait pas qui a saisi l’ONU sur ces questions-là et ce serait intéressant de savoir qui a susurré à l’oreille de cette commission le fait que la France puisse être un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme.»3

    Comment blâmer ces journalistes pour leur stupeur ? Tous et toutes, nous sommes constamment exposés à une propagande qui nous vante les mérites et la grandeur d’âme de notre Etat. L’école nous a raconté une histoire mythifiée, dans laquelle il nous a été attribué un rôle positif, un rôle de vecteur de progrès, une place particulière. Même si notre grandeur est parfois écornée par certains de ses actes (esclavage, colonisation, collaboration…) elle est toujours sauvée et réhabilité. Elle abolit l’esclavage, offre les indépendances, résiste. Surtout, elle est exceptionnelle et unique. Ainsi dans La fabrique scolaire de l’Histoire: illusions et désillusions du roman national (2009) de Laurence De Cock, il est rapporté ce fait significatif : « La France est le seul exemple de démocratie qui figure dans les contenus enseignés en histoire (mais aussi en éducation civique), ce qui contribue, de manière implicite, à forger l’image d’un exceptionnalisme politique français. »

    Dommage que la vérité soit plus complexe. Nous le relations notamment dans nos évocations des massacres d’Indochine, de Sétif, de Madagascar4, tout comme dans les coups d’Etat orchestrés par l’impérialisme français.5 Cette négation des violences policières est partout dans l’Etat. Macron, dans une de ses déclarations proférée dans sa tournée de propagande électorale, a ainsi dit qu’il est « inacceptable » dans un Etat de droit » de parler de « violences policières »6. Castaner, devant des preuves évidentes, refusait de reconnaître qu’elles puissent avoir déjà eu lieu.

    Il est facile de se moquer des Américains et de leur chauvinisme dévorant. Mais cependant, il est difficile de ne pas faire l’impasse sur le nôtre, qui nous aveugle parfois autant. Notre image aux yeux de l’étranger et notre perception de nous-mêmes, au travers de notre histoire ou plutôt de comment elle est raconté sont en décalage complet. Seulement, cette perception de la répression féroce devient aujourd’hui générale, car elle s’est démasquée aux yeux de toutes et tous, tandis qu’elle était, auparavant, réservée à certaines franges de la population.

    Aujourd’hui, une grande partie de la population, qui a participé ou sympathisé avec les Gilets Jaunes, une part importante de la jeunesse, a été directement confrontée aux violences policières ou en a été le témoin. Avant, beaucoup de ceux et de celles qui dénoncent l’attitude de la police avaient eu plutôt tendance à l’excuser à la justifier, lorsqu’elle était employée contre le mouvement social, contre les banlieues ou dans les régions dominées par l’impérialisme français.

    Il existait une croyance dans les discours médiatiques réactionnaires sur les « casseurs » et la « racaille ». Sauf que la confrontation avec la réalité du terrain a démasqué la politique de répression pour ce qu’elle est : une volonté d’écraser le mouvement social, une volonté de maintenir sous la domination la plus stricte -et elle sera chaque fois davantage stricte, plus nos droits économiques sont attaqué!- les « classes dangereuses ».

    Ce que subissent aujourd’hui les Gilets Jaunes illustre la norme d’opération des forces de police, résultat d’années d’expérimentations dans des zones à l’ombre de la grande lumière des droits de l’Homme.

    Les banlieues, les mouvements sociaux et les régions dominées par l’impérialisme ont été les terrains d’essai de modes opératoires brutaux. Le LBD-40, remplaçant le premier modèle de flashball, a ainsi fait son banc d’essai au pays Basque, contre les manifestations de soutien aux prisonniers politiques.

    Les mouvements sociaux -et en particulier lycéens ou étudiants- ont fait les frais des méthodes de nassage-encerclement par les forces de police, avec des contrôles ou des arrestations systématiques.

    Mais cela n’a rien, encore, de commun, avec les situations dans les banlieues et en outre-mer, où les caméras ne vont pas, où les réseaux de solidarité n’ont pas toujours la force de dénoncer les actions de la police. La répression d’une manifestation, à Mayotte, est ainsi une opération coloniale, menée tambour battant. Il y a eu une école française de la torture, mais il existe aussi une école française du maintien de l’ordre, exportée à l’étranger, servant de modèle aux Etats réactionnaires.

    Ainsi, Europe 1 mentionnait : « La police française est un modèle à l’étranger. Vrai ou Faux ?

    C’est vrai. Au point que les polices du monde entier font appel à la France, pour se former. En 2017, pas moins de 40 formations ont eu lieu, dans 30 pays différents. Nos CRS ont initié 1.500 stagiaires aux techniques d’intervention en montagne, à la sécurité routière, mais surtout au maintien de l’ordre, à la gestion, sans violence (sic.), des manifestations. La liste de ces pays reste confidentielle, mais on sait que la Jordanie, l’Afrique du Sud, le Canada ont fait appel dans le passé, à nos services, dont le savoir-faire, en terme d’émeutes notamment, est vraiment reconnu. »7

    Dans les banlieues, le mépris de la vie humaine, entretenu par une politique interne aux brigades, qui stimulent l’esprit raciste et xénophobe, s’est traduit par l’utilisation de méthodes telles que le parchocage, qui consiste à percuter les deux-roues avec un véhicule pour le stoppe. Méthode entraînant nombre de blessés et de morts. Un climat de terreur face aux exactions de la police s’est abattu. Et pour cause !

    Théo, violé par la police, Wissam, Adama, Medhi…une liste de blessés et de morts, plus que suspecte, s’allonge sans cesse. Cela dans une impunité angoissante -même lorsqu’il y a des procès, les peines ou leur application sont insignifiantes. Ainsi, les policiers condamnés pour le viol d’une jeune touriste suédoise dans les locaux du 36 sont déjà ressortis de prison, à peine un mois après leur condamnation8 ! Cette situation explique la peur qui règne face à la présence policière. Elle explique que, dans leur fuite, Zyeb et Bouna, en 2005, se réfugient dans un transformateur et meurent.

    Elle explique aussi, qu’à Grenoble, deux jeunes, en scooter, s’enfuient et soient tués, percutés par un bus. Adam et Faith ont ainsi été pris en chasse et poursuivis par la police, laissant deux morts et beaucoup de zones d’ombre. Des émeutes ont éclaté, criant la colère contre un schéma qui ne se répète que trop souvent.

    Nous pensons qu’il faut le clamer : les émeutes de Grenoble et la colère contre la répression contre les Gilets Jaunes ne sont pas deux faits séparés. Elles sont la même expression d’un sentiment d’être broyé par une machinerie d’Etat dont le travail fondamental est de maintenir l’exploitation et l’oppression.

    L’extrême-droite, qui, jusque là, grognait contre la police, se trouve prise au piège de ses contradictions. Elle essaie de sauver la répression en banlieue et de condamner celle contre les Gilets Jaunes. Ses manœuvres de division du mouvement social, de trahison la lutte des classes populaires, ne passent pas inaperçues.

    Eric Drouet, figure du mouvement des Gilets Jaunes, a ainsi appellé a la jonction entre la colère des cités et celle des Gilets Jaunes. 9 Il appelle à « soutenir les familles, peu importe ce qu’ils ont fait. » Nous soutenons cette déclaration. En dernière analyse, la politique de fragmentation organisée par le gouvernement et appuyée par l’extrême-droite semble échouer. Gilets Jaunes, chasubles rouges, K-Way noirs et survêtements Lacoste ne se font pas la guerre. Ils manifestent ensemble, avec la conscience de lutter contre le même oppresseur, le même bourreau.

    Les morts des banlieues sont les morts de l’exploitation et de l’oppression capitaliste !

    Intensification de la répression policière, judiciaire et politique et offensive contre les droits sociaux sont des symétriques. Elles vont de pair. Elles sont les deux faces d’une seule et même pièce : la guerre que mène la grande bourgeoisie monopoliste aux classes populaires.

    Elle n’est pas, pour autant, un signe de force. Le gouvernement ne fait qu’enfermer la colère, mais il ne parvient pas à en liquider les bases. Elle enfle démesurément et l’absence d’issue la rend explosive.

    Nous pensons qu’il n’existe qu’un seul véritable creuset à la possibilité que ces colères fusionnent, décantent, puisse s’articuler autour d’une analyse. Ce sont dans les Assemblées Populaires, qui doivent devenir les centre de commandement des luttes sociales. Nous appelons à les renforcer pour qu’elles soient en mesure d’assurer leur fonction et de faire de ce mouvement exceptionnel une victoire politique.

    1https://www.coe.int/fr/web/commissioner/-/maintaining-public-order-and-freedom-of-assembly-in-the-context-of-the-yellow-vest-movement-recommendations-by-the-council-of-europe-commissioner-for-

    2Cité in https://www.liberation.fr/checknews/2018/12/15/que-contiennent-les-canons-a-eau-utilises-par-les-forces-de-l-ordre-lors-des-manifestations_1697496

    3https://francais.rt.com/france/59769-gilets-jaunes-qui-susurre-oreille-onu-interrogent-commentateurs-lci

    4https://unitecommuniste.com/histoire/la-guerre-ne-sest-pas-arretee-en-1945-partie-3/

    5https://unitecommuniste.com/wp-content/uploads/2017/02/Colonisation-1.pdf

    6https://actu.orange.fr/politique/videos/gilets-jaunes-macron-juge-inacceptable-dans-un-etat-de-droit-de-parler-de-violences-policieres-CNT000001dxsyb.html

    7https://www.europe1.fr/emissions/Le-vrai-faux-de-l-info2/a-t-on-une-veritable-culture-du-maintien-de-lordre-et-un-modele-qui-sest-impose-a-la-plupart-des-forces-de-securite-etrangeres-3642062

    8http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/03/07/01016-20190307ARTFIG00304-viol-au-36-les-deux-ex-policiers-condamnes-ont-ete-remis-en-liberte.php

    9http://www.francesoir.fr/societe-faits-divers/eric-drouet-annonce-le-soutien-des-gilets-jaunes-aux-jeunes-morts-genoble-video

  • L’horreur de la guerre.

    L’horreur de la guerre.

    1918-2018

    Partie 4 – L’horreur de la guerre.

    La mobilisation des Gilets Jaunes ayant monopolisé les attentions et les énergies, cette série d’articles sur le centenaire de la Première Guerre mondiale a donc pris un retard conséquent. 

    La Première Guerre mondiale est un massacre. Sans rentrer dans les détails des opérations et des différentes batailles, il est néanmoins important de comprendre les raisons qui ont mené à ce que au moins 18,6 millions de morts aient été causées.

    Depuis le milieu du XIXe siècle, l’industrie s’est développée et la technologie militaire a procédé à des bonds de géants. Songeons qu’entre le char de Pharaon et le carrosse de Napoléon, 4000 ans s’écoulent. Entre la Guerre de Sécession et la bombe atomique, moins d’un siècle.

    La guerre devient industrielle. La médiocre artillerie de la Grande Armée fait place à des canons semi-automatiques. Les cuirassés de plusieurs dizaines de milliers de tonnes écument les mers, chassés par les sous-marins. Les armes à feu, qui tiraient un coup à la minute, sont désormais des armes automatiques capables de tirer sans discontinuer jusqu’à l’épuisement des munitions. Les massacres de soldats, paradoxalement, sont le produit d’une amélioration des conditions sanitaires. Les soldats meurent moins de maladie, moins de faim, qui étaient les deux principales causes de mortalité dans les guerres de l’ère moderne. Si le fusil tire désormais plus vite, plus loin, le soldat est toujours au début de la guère, désespérément nu face à l’artillerie, face aux mitrailleuses, face aux gaz. Les antibiotiques n’existent pas et une blessure infectée se mue rapidement en gangrène.

    Surtout, la défense est terriblement plus forte que l’attaque. Hormis quelques semaines d’assaut en 1914 et en 1918, les fronts sont stationnaires. Le feu refoule toute tentative de percée. Lorsque celles-ci réussissent, les forces combattantes n’ont pas la mobilité pour les exploiter. Alors, les opérations se limitent à des tirs d’aritllerie intense suivis de très coûteuses charges pour gagner quelques mètres. Cela se retrouve sur tous les fronts, y compris les plus exotiques, comme en Afrique. Les troupes coloniales sont par ailleurs grandement mises à profit pour servir de chair à canon. S’il existe une controverse quand au fait de savoir si les « tirailleurs sénégalais » ont été sacrifiés pour économiser la chair « blanche », les conditions des troupes coloniales à l’arrière sont sous le signe de la ségrégation. Même en mer, l’affrontement tourne à la guerre de positions : la Royal Navy bloque la flotte de haute mer Allemande dans ses ports. Seuls les sous-marins, arme révolutionnaire, peuvent se soustraire au blocus et imposer un contre-blocus pour affamer l’Angleterre, dépendante de ses colonies.

    Contrairement à une idée longtemps présentée dans les manuels d’Histoire, lorsque la guerre est déclarée, elle ne suscite que peu d’enthousiasme. Une grande partie de la population des différents bélligérents la regardent avec gravité. La fleur au fusil, censée illustrer le patriotisme, est une fiction. Cependant, la croyance générale est que la guerre sera courte, y compris au sein de l’état-major, qui ne dispose que de très peu de réserves en termes d’obus. Cette croyance va voler rapidement en éclat.

    Une grande partie de l’état-major français, tout comme en 1939-1940, à fait ses armes dans les colonies. Ce sont des soudards plus habitués à châtier les populations rétives ou à réprimer les contestations qu’à faire face à une armée moderne et habilement commandée. Joffre, le poulain de Mélenchon, est ainsi un ancien du Tonkin, du Soudan et de Madagascar. Nivelle, lui, a fait ses armes en Indochine, contre les Boxers en Chine, puis en Algérie. Ils sont des partisans de la charge à la baïonnette au canon, sans la moindre once d’estime pour le sang et la vie humaine.

    Jean de Pierrefeu, dans Plutarque a menti ; Joffre et Compagnie, écrit en 1923, expliquait :

    « La France avant 1914 possédait un Etat-Major digne d’être appelé bergsonien, dont la doctrine acceptait le discrédit de l’intelligence et favorisait le culte de l’intuition. Constatation stupéfiante, incroyable, dont au premier abord on reste suffoqué, mais qui apparaît après examen comme l’expression de la pure vérité! Et cet État-major poussait la conviction aux dernières limites ; il laissait loin derrière Bergson lui-même qui n’aurait jamais osé accorder à l’intuition le pouvoir merveilleux de préparer la revanche de 1870, sans au moins convier l’intelligence à collaborer à cette tâche difficile. L’auriez-vous cru, notre Joffre, physiquement si bien assis sur ses bases, si complètement rattaché par sa santé, son bon appétit, au monde des solides que le bergsonien fait profession de dédaigner, se ralliait à cette conception de somnambule et de médium. Il adhérait à une doctrine qui, comptant sur les impondérables autant que sur les régiments, cherchait à faire jaillir la victoire de l’inconscient des batailles en utilisant l’élan vital des troupes qu’entraîne l’instinct profond du succès. La table de L’État-major où fut rédigé le plan XVII était, si j’ose dire, une table tournante. Ne croyez pas que j’exagère le moins du monde : nul n’ignore, à l’heure actuelle, que la doctrine de guerre de L’État-major en août 1914 était celle de l’offensive à outrance. »

    Les deux successeurs à la tête de L’État-major, Pétain puis Foch, eux, ont eu un parcours tout autre. Leur carrière s’est bâtie autour de l’étude de la défaite française face à la Prusse. Fondamentalement, leur comprehénsion de la situation militaire et opérationnelle a été nettement plus importante. Pétain comprenait la supériorité du feu sur le choc, donc de l’artillerie sur la charge offensive. Il en a tenu compte en stoppant les offensives à tout prix, et s’est fait bâtir une légende. Foch, officier de cavalerie, avait compris la question de la rupture de front et de l’exploitation de celui-ci. C’est ce qui lui permit notamment d’inclure les chars dans son dispositif opérationnel, et d’obtenir la percée tant recherchée.

    Que ces qualités relatives n’induisent pas en erreur, ces militaires réfléchissent en termes de victoire et de défaites pour l’impérialisme français, non en termes d’humanisme ou de grandeur d’âme. Aucun n’a eu la moindre pitié pour ceux qui refusaient de se laisser tuer.

    Une grande partie des hauts-dirigeants militaires souffre de ces mêmes infirmités en termes de conceptions de l’art militaire. Le summum est atteint avec les généraux de l’armée tsariste, qui n’hésitent pas à se couper l’herbe sous le pied pour recueillir les lauriers de la gloire. A Tannenberg en août 914, Rennenkampf, général Russe, refuse ainsi de venir en aide à son homologue Samsonov, encerclé, par haine et par rivalité. Ce dernier se suicide, tandis que Rennenkampf, persuadé d’atteindre Königsberg, ne fait que courir tout droit dans un piège. Les Russes perdent 78 000 hommes, 93 000 capturés, contre 5 000 tués et 7 000 blessés chez les Allemands.

    Ces derniers, eux-mêmes, sont pris par le piège de leur propre efficacité. En rupture complète avec la politique de Bismarck, qui visait avant toute chose à éviter une guerre sur deux fronts, ils tentent une audacieuse manœuvre. L’idée maître de Moltke « le jeune » est de procéder en deux temps. Frapper la France et la Belgique, les écraser en un temps record, puis faire face à la Russie, plus longue à mobiliser.

    En infériorité numérique, l’Allemagne manœuvre sur ses lignes intérieures, grâce à son excellent réseau de chemin de fer. Le plan Schlieffen doit permettre une victoire rapide, en ne laissant qu’un rideau de protection contre l’Empire Russe. L’offensive est stoppée in extremis sur la Marne. La Russie peut mobiliser malgré la piètre qualité de son commandement. Le coup de poker a échoué.

    Stratégiquement, les empires centraux sont sur la défensive. Mais comme la défense est nettement avantagée face à l’attaque dans cette guerre, les fronts restent stables. Il n’est pas possible de réunir de forces suffisantes pour obtenir une percée et une exploitation. Il est impossible de déborder à l’ouest et il est impossible d’exploiter les percées à l’est ou dans les colonies. Le front s’enlise.

    Dans la plupart des guerres précédentes, les situations de blocages étaient celles où la négociation et la diplomatie devaient agir. Elles étaient les moments où des accords devaient être trouvés pour permettre le règlement de la guerre. Pas dans celle-ci.

    Plus les difficultés de la guerre s’amoncellent, plus les moyens qui sont mis en œuvre pour les dépasser deviennent immenses. Au lieu d’une régulation par la diplomatie, la tendance à la guerre totale, découverte par Clausewitz, prend le pas. Les sociétés se militarisent, la population dans son ensemble est mobilisée, l’industrie se reconfigure…et les États s’endettent auprès des marchands de canons.

    Dans sa Théorie de la Grande Guerre, traduite en 1886 en français, Clausewitz s’exprime ainsi : « A la guerre les efforts insuffisants ne conduisent pas seulement à des résultats négatifs mais bien aussi à des dommages positifs, les adversaires sont portés à se surpasser l’un l’autre, ce qui les pourrait mener à la limite extrême des efforts si les exigences de la politique ne faisaient ici contre-poids et ne les contraignaient à restreindre la dépense de leurs moyens à ce qui est précisément nécessaire à l’obtention du but cherché. » Il s’agit justement d’une limite qui n’a pas été prise en compte. La guerre est menée pour obtenir des concessions limitées -à la base. Des territoires, des colonies, mais pas l’extermination d’une force par l’autre. Cette « guerre d’ajustement » devient une guerre totale.

    Or, plus les moyens mis en œuvre deviennent important, plus les gouvernements et les Etats-majors en veulent « pour leur argent. » Dans un sens, la guerre passe d’une « politique par d’autres moyens », à l’aspect principal des opérations. Céder devant l’ennemi revient à s’exposer au fait de tout perdre.

    Cette mobilisation transforme les sociétés.

    Les hommes valides ont été mobilisés pour le front. La plupart sont paysans et représentent une main d’œuvre non négligeable, notamment à l’époque des moissons. Comme la guerre est prévue comme courte, cela ne devait pas poser de problèmes particuliers. Mais elle s’éternise. Cet allongement du conflit n’était pas prévu par les militaires et par les gouvernements. Elle se traduit d’un côté par une pénurie de munitions si grave qu’elle provoque la chute du gouvernement libéral de Herbert Henry Asquith en Angleterre. De l’autre, elle se traduit par une reconfiguration de la société. Elle est mise sur le pied de guerre, changeant les rapports économiques et sociaux. La bourgeoisie s’impose elle-même une contribution à la guerre, en rupture avec sa politique fiscale d’avant-guerre, qui, pour la France, consistait à rejeter toute idée d’impôt proportionnel à la richesse. Cet impôt temporaire finira pas rester à demeure…jusqu’à sa remise en cause progressive, à l’heure actuelle.

    Comme la guerre dévore les hommes et ne relâche que des cercueils et des infirmes, ils doivent être remplacés. Les femmes et les coloniaux comblent les vides. Pour les premières, le fait d’assumer les tâches productives donne du poids aux revendications d’accès à l’égalité politique. Pour les seconds, la découverte de la vulnérabilité de la métropole, l’expérience de la guerre, laisse des marques indélébiles.

    La guerre impose aux sociétés dans leur ensemble une épreuve immense. Elle met sous pression l’intégralité des rapports sociaux. Cette épreuve révèle les antagonismes immenses qui les traversent. Certaines s’adaptent, tiennent. D’autres s’effondrent irrémédiablement.

  • La Paix trahie.

    La Paix trahie.

    1918-2018

    Partie 3 – La paix trahie

    Le mouvement pacifiste possède une longue histoire. Il s’était particulièrement incarné, durant le milieu du XIXe siècle, par notamment le congrès des amis de la paix universelle, qui avait pour vocation de défendre la négociation et l’équilibre entre les nations. En dernière instance, sa mission était plus un contrefort de la Sainte-Alliance qu’une organisation progressiste.

    Bien que présidé par Victor Hugo, le congrès de 1849, par exemple, est marqué par un fond particulièrement réactionnaire et clérical. Ce qui est mis en avant, c’est la nécessité d’un paix harmonieuse et naturelle, telle que voulue par Dieu. Derrière ce pacifisme se cache l’idée qu’il serait possible que les puissants s’entendent pour exploiter le plus pacifiquement possible les masses, et se partager le monde par le dialogue et non pas l’affrontement.

    Le congrès condamne par ailleurs les guerres pour une raison particulièrement justifiée, nous reviendrons dessus à la fin de cette brochure : elles sont le ferment des révolutions. Les positions socialistes sont de plus en plus marginalisées. Elles vont, par ailleurs, en être exclues progressivement.

    Ce pacifisme réactionnaire va se retrouver de plus en plus marginalisé, tandis que naît, avec un élan irrésistible, une nouvelle ligne de défense de la paix entre les Nations, la ligne progressiste-révolutionnaire. Autour du mot d’ordre de « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », un nouveau camp de la paix apparaît.

    Il s’incarne dans les diverses internationales, lesquelles mentionnent explicitement la nécessité de lutter en premier lieu contre sa propre bourgeoisie nationale et de pratiquer le défaitisme révolutionnaire : autrement dit, mettre la lutte des classes au premier plan, avant la lutte entre les nations, les Etats, des peuples.

    Au sein de l’Internationale Ouvrière, fondée en 1889, la ligne défendue est fondamentalement celle de ce défaitisme. Ainsi, au congrès de Copenhague, en 1910, le texte publié réaffirme que « les guerres ne sont actuellement causées que par le capitalisme et particulièrement par la concurrence économique internationale des Etats capitalistes sur le marché du monde… » ainsi que  » la chute du capitalisme signifie la paix universelle  « .

    Le 25 novembre 1912, à Bâle, le manifeste publié lors du congrès mentionne : « Le Congrès […] demande aux travailleurs de tous les pays d’opposer à l’impérialisme capitaliste la force de la solidarité internationale du prolétariat ; il avertit les classes dirigeantes de tous les pays de ne pas accroître encore, par des actions de guerre, la misère infligée aux masses par le mode de production capitaliste (…). Que les Gouvernements sachent bien que dans l’état actuel de l’Europe et dans la disposition d’esprit de la classe ouvrière, ils ne pourraient, sans péril pour eux-mêmes, déchaîner la guerre. »

    Mais entre ces belles paroles et la confrontation avec la réalité, un océan a surgi. Au sein de l’IO, de très puissantes tendances révisionnistes et opportunistes existaient. Ces positions s’étaient déjà exprimées autour de Bernstein (question coloniale), Jaurès (réformisme) ou Kautsky (question électorale, question du « super-impérialisme » et participation aux gouvernements). Mais l’épreuve de la guerre allait être le test final de la viabilité et de la solidité des positions de cette Internationale.

    Or, la confrontation avec la réalité fit tout bonnement voler en éclat la façade d’internationalisme de l’IO. Tournant casaque, les sociaux-démocrates sont passés des discours prêchant l’amitié entre les peuples à des discours chauvins, patriotiques, propres à soumettre les travailleurs des villes et des campagnes aux ordres de la bourgeoisie impérialiste. Le vernis s’est craquelé, l’heure était à l’union sacrée.

    En France, devant le cercueil de Jean Jaurès, Léon Jouhaux, dirigeant de la CGT, déclare ainsi :  « Jaurès a été notre réconfort dans notre action passionnée pour la paix. Ce n’est pas sa faute, ni la nôtre, si la paix n’a pas triomphé. Avant d’aller vers le grand massacre, au nom des travailleurs qui sont partis, au nom de ceux qui vont partir, dont je suis, je crie devant ce cercueil toute notre haine de l’impérialisme et du militarisme sauvage qui déchaînent l’horrible crime.

    Cette guerre, nous ne l’avons pas voulue, ceux qui l’ont déchaînée, despotes aux visées sanguinaires, aux rêves d’hégémonie criminelle, devront en payer le châtiment.

    Acculés à la lutte, nous nous levons pour repousser l’envahisseur, pour sauvegarder le patrimoine de la civilisation et d’idéologie généreuse que nous a légué l’histoire. Nous ne voulons pas que sombrent les quelques libertés si péniblement arrachées aux forces mauvaises. Notre volonté fut toujours d’agrandir les droits populaires, d’élargir le champ des libertés. C’est en harmonie avec cette volonté que nous répondons  » présent  » à l’ordre de mobilisation. »

    Guesde, dirigeant de la SFIO, fit de même.

    Jouhaux utilisa l’argument du fait que la France est une république et l’Allemagne un empire. Les Allemands utiliseront l’argument du colonialisme Français et de l’alliance avec la Russie tsariste. Dans les deux cas, ces arguments étaient fallacieux et ne servaient qu’à justifier la capitulation des opportunistes face à l’épreuve de force de la guerre.

    Lénine écrivait en 1915 : « Les vues de Guesde ont été exposées ces derniers temps de la façon peut-être la plus détaillée par le guesdiste Charles Dumas, dans sa plaquette intitulée : La paix que nous voulons. Ce « chef de cabinet de Jules Guesde », qui signe ainsi la page de titre de la brochure, « cite »naturellement les déclarations antérieures des socialistes faites dans un esprit patriotique (de même que le social-chauvin allemand David rapporte des déclarations analogues dans sa dernière brochure sur la défense de la patrie), mais il ne mentionne pas le manifeste de Bâle. Plékhanov passe également sous silence ce manifeste, en présentant avec une suffisance extraordinaire des platitudes chauvines. Kautsky est semblable à Plékhanov : citant le manifeste de Bâle, il en omet tous les passages révolutionnaires (c’est-à-dire tout son contenu essentiel !), probablement sous prétexte des interdits de la censure… La police et les autorités militaires, dont la censure interdit de parler de la lutte des classes et de la révolution, viennent « très opportunément » en aide à ceux qui ont trahi le socialisme. »

    Karl Kautsky inventa la thèse du « super impérialisme », application de la concentration capitaliste à l’échelle mondiale. Il avançait l’idée que, au final, la domination impérialiste totale mettrait d’une part fin aux guerres, mais qu’elle serait également la condition sine qua none du passage au socialisme. Cette négation du rebattage constant des cartes et de la nature pourrissante du stade du capitalisme monopoliste, qui rend la concurrence entre les bourgeoisies possibles, mais inévitable même, a servi d’argument fallacieux. En somme, soutenir son propre impérialisme serait la meilleure voie vers l’unification de la terre dans un seul marché, donc vers la révolution mondiale.

    Cette manœuvre s’est reproduite dans quasiment tous les pays belligérants. Chaque fois des arguments ont été avancés, fallacieux, pour justifier le fait de se plier à l’ordre de partir en guerre. Le chauvinisme, le sentiment de supériorité morale, le sentiment d’être moins infâme que ceux d’en face a servi à justifier les décisions qui signèrent la mort de la seconde internationale. En Russie, les mencheviks, autour de Plékhanov, inventent la thèse du « défensisme révolutionnaire », il s’agit dont de défendre le Tsar tout en croyant dur comme fer que la révolution naîtra de la victoire. En somme, il s’agit d’une trahison pure et simple.

    Les paroles internationalistes se sont envolées, ne laissant que la participation et le soutien -qu’il soit critique ou non, quelle importance !- à la guerre. Le conflit mondial a sonné le glas de cette position comme position révolutionnaire, l’a démasquée au monde entier, et en particulier aux masses, comme étant l’expression d’une trahison pure et simple, comme étant un appel à participer à la boucherie infâme. Autour de l’Union Sacrée, le mouvement socialiste s’est jeté dans les bras de sa bourgeoisie et à tout mis en œuvre pour que la guerre « se passe le mieux possible », brisant les luttes sociales, les grèves, les protestations…et se disqualifiant aux yeux de l’histoire comme une voie pour la libération des travailleurs.

    Cette disqualification n’a pas empêché l’hydre social-chauvin de renaître sans cesse. Aujourd’hui, toujours, il est plus que d’actualité. Un grand nombre d’organisations de gauche sociale-démocrate avance systématiquement des principes internationalistes, mais recule devant toute pratique concrète allant dans ce sens. En dernière instance, leur loyauté à l’impérialisme français est sans faille, et ils tentent de le justifier par touts les moyens, y compris les plus fallacieux. L’un des exemples est le fait que cela renforcerait les autres impérialismes ou que cela aurait un impact sur le niveau de vie des masses populaires. Même les organisations reconnaissant la lutte des classes et la nécessité de la mener mettent un genou à terre dès qu’il s’agit de questions internationales. Là, les classes n’existent plus, existe seul l’intérêt de la France, maquillé de couleurs spectaculaire, de civilisation et de lumières. La ligne sociale-chauvine reste ainsi particulièrement forte dans les Etats impérialistes.

    En revanche, cette décantation idéologique a permis l’affirmation indépendante de la ligne révolutionnaire et internationaliste. Le congrès de Zimmerwald, ainsi, fut l’un des actes de naissance d’un mouvement communiste nettoyé des failles portées par les chauvins et les réformistes. Lénine, dans son exil, s’était ainsi d’une manière sans cesse croissante affirmé comme l’un des piliers théorique de la lutte contre l’opportunisme et pour l’organisation internationale comme nationale des moyens de battre, dans la guerre, l’impérialisme, le capitalisme et, à terme, la guerre elle-même.

  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3

    Le 1945 des colonisés.

                De l’autre côté de la mer Méditerranée, la fin de la guerre est célébrée. Les contingents « indigènes » ont fait leur part du feu et rentrent dans leurs foyers. Des manifestations spontanées ont lieu, avec la bénédiction des autorités. Les nationalistes Algériens profitent de celles-ci pour rappeler leur existence, rappeler leurs revendications, pointer du doigt la contradiction entre fêter la mort de la bête immonde et maintenir un régime colonial basé sur la surexploitation, la privation de droits et le travail forcé.

                L’apparition du drapeau national algérien met le feu aux poudres. La police et les colons ouvrent le feu sur les manifestants à Sétif. Bouzid Sâal, un jeune scout, est tué par la police à Sétif. A Guelma, la scène est similaire, et un jeune manifestant meurt des suites de ses blessures, tandis que le quartier colonial se couvre de mitrailleuses. Des suspects sont interpellés et torturés. A Kherrata, un massacre est organisé en tout discrétion par les français, lesquelles, reprenant les mêmes méthodes que les Einsatzgruppen à Baby Yar, abattent et précipitent dans les ravins plusieurs centaines de suspects.

    Des émeutes éclatent alors en riposte. Des combats sporadiques ont lieu, ainsi que des vengeances, parfois aveugles, de rage, puis l’armée intervient brutalement. Si des morts ont été commises des deux côtés, leur disproportion illustrent la manière dont « l’ordre » a été rétabli.

    102 européens ont été tués, plus par rage, par vengeance, que dans une opération calculée de représailles. Le 11 mai 1945, le général de Gaulle ordonne à l’armée d’assurer « le maintien de l’ordre », en confiant au général Duval la conduite des opérations. Ces opérations sont des massacres et des exécutions sauvages, aveugles et terroristes. La France commet de nouveaux Oradour-sur-Glane. Pendant dix jours, le four crématoire de Lavie a tourné, sa flamme claire tranchant dans la nuit. Lorsque le 22 mai, la répression s’arrête officiellement. 900 morts le jour même, sous les balles de la police. Entre 20 000 et 45 000 sous le prétexte de liquider « …des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne, [qui] se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation de l’Allemagne nazie. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre et les autorités prennent toutes décisions utiles pour assurer la sécurité et réprimer les tentatives de désordre. »

     

    La France saute à pied joint dans la reprise de son Empire.

     

    A l’autre bout de la Terre, un scénario similaire se déroule. Si l’histoire de l’Algérie est relativement connue, la situation de l’Indochine mérite qu’on s’y attarde. La « perle de l’Empire », l’Indochine, sa colonie la plus rentable, avec ses minerais, son hévéa, ses bois précieux, était, durant la guerre, dans une situation étrange. A la suite de la défaite française de 1940, le Japon lorgne avidement sur cette position stratégique de premier ordre. D’une part car le Japon a besoin de ces produits, de l’autre car cela permettrait de couper une des voies de ravitaillement de la Chine.

    Le Japon fait donc pression, de manière forte, sur le gouverneur de l’Indochine, l’amiral Decoux. Dès juillet 1940, la primauté Japonaise est reconnue. Mais la situation ne convint pas aux forces japonaises, lesquelles menacent d’envahir purement et simplement l’Indochine. Entre le 22 et le 26 septembre 1940, après quelques combats sporadiques, les japonais prennent le contrôle de l’Indochine, tout en laissant l’administration de Vichy fonctionner et gérer la société. Cet événement, en soi, pourrait rester une anecdote. Mais cette opération a poussé les USA a geler l’approvisionnement en pétrole du Japon, et donc, l’a amené à se résoudre à la guerre.

    Il s’en suit une période paradoxale de collaboration franco-japonaise. La France n’est pas traitée en ennemi, mais pas totalement en allié. Le 10 janvier 1941, la Thaïlande, un des rares alliés du Japon, attaque le Laos et le Cambodge, voulant, par cette opération, étendre son territoire. Quelques jours après, la marine de guerre française réplique, coulant une grande partie de la flotte Thaïlandaise. Cependant le Japon arbitre en faveur des Thaïlandais, humiliant les français.

    A cette époque, la résistance anti japonaise est le fait, principalement, des groupes communistes, ancêtres du Vietminh. Les français, eux, restent dans leur grande majorité dans une logique attentiste, à part quelques déserteurs, dont l’un finit par combattre chez les soviétiques, dans le régiment Normandie-Niemen. L’OSS et les services secrets soutiennent les combattants vietnamiens, leur fournissant par ailleurs des canons sans recul et des lance-roquettes, qui jouèrent, en 1954, un rôle de premier plan dans l’écrasement des forces françaises à Dien Ben Phu

    En 1945, les Japonais sont en déroute. Étant donné l’effondrement du régime de Vichy et le ralliement progressif des cadres coloniaux à De Gaulle, ils n’ont plus confiance dans ces derniers. Pour tenter de sauvegarder leur situation, les forces du Mikado renversent la vapeur : ils opèrent un coup de force contre l’administration française. Coup de force qui se traduit, entre le 9 mars et le 15 mai 1945, par une série d’opérations militaires qui mettent les français en déroute. 4 500 morts et 37 000 prisonniers sont faits, contre un millier de tués chez les japonais.

    Si les forces françaises sont battues à plate couture, le Vietminh, lui, mène une guérilla d’ampleur, alimentée par le fait que les japonais ont vidé le pays de son riz et ont affamé la population. Après l’annonce des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, le 13 août, Ho Chi Minh lance une insurrection généralisée. Cette insurrection a pour but d’assurer le contrôle du territoire par des forces patriotiques avant que les dispositions prises à Postdam ne soient rendues effectives. Celle-ci prévoient l’occupation du nord par les troupes de Chang Kai-Check (Jiǎng Jièshí dans la nouvelle nomenclature), et le sud par les forces britanniques venues de Birmanie. C’est la révolution d’août, révolution étranglée par l’irruption des troupes étrangères.

    A la suite de la capitulation japonaise, la situation est extrêmement confuse. L’empereur Bảo Đại accepte d’abdiquer et de former un gouvernement d’unité nationale avec les communistes. Le Vietminh contrôle une partie de l’administration mais ne parvient pas à exercer la réalité du pouvoir. L’armée chinoise pille allègrement le nord du pays, et Chang semble vouloir mener une politique d’annexion. Au sud, les britanniques utilisent une partie des soldats japonais « oubliés » pour le maintien de l’ordre, tandis que certains de ces derniers rejoignent les troupes vietnamiennes. Les français, quant à eux, sont interdits d’entrer au nord par la Chine nationaliste, qui veut prendre la place du colonisateur, et au sud par les anglais qui contrôlent l’armée. Ce n’est qu’en octobre que Leclerc arrive à Saïgon.

    Le 2 septembre 1945, dans une atmosphère tendue, Ho Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam. Celle-ci ne peut cependant être réalisée que par le départ des français et des troupes d’occupation. La France, par ailleurs, négocie laborieusement pour que la Chine se replie, en échange d’un renoncement à toute prétention française sur celle-ci. Le général Leclerc, qui remonte de Saïgon, opte pour une ligne de conduite modérée, de négociation, avec les forces patriotiques.

    « J’ai recommandé au gouvernement la reconnaissance de l’État du Viêt Nam, il n’y avait pas d’autre solution. Il ne pouvait être question de reconquérir le Nord par les armes, nous n’en avions pas, et nous n’en aurions jamais les moyens. Rappelez-vous le Sud. Ici l’insuccès est certain… Il faut garder le Viêt Nam dans l’Union française, voilà le but, même s’il faut parler d’indépendance. A Fontainebleau doit être trouvée une solution garantissant à la France au moins le maintien de ses intérêts économiques et culturels… étant entendu que Hô Chi Minh persistera à vouloir se débarrasser de nous… Pour cela, tendez la corde, tirez dessus… mais surtout qu’elle ne casse jamais !… Il nous faut la paix ! »

    Le remplacement des chinois pas les français n’est pas entravé par les troupes d’Ho Chi Minh. Hanoï, la capitale du nord, est occupée sans un coup de fusil. Le PCI cherche alors une solution de compromis. Mais, dans le camp des français, l’idée d’accepter de perdre cette partie de l’empire apparaît envisageable. Contre le diagnostic de Leclerc, la France se prépare à la guerre. Elle ne se sent plus si faible, se sent appuyée par le revirement géopolitique US, qui élabore progressivement sa doctrine du containement, et qui s’intéresse de plus en plus au maintien des bastions coloniaux comme bastions anticommunistes.

    L’anticommunisme et le colonialisme se mêlent et débouchent sur une conclusion partagée par la quasi-intégralité des partis politiques de la métropole, à l’exception du PCF : il ne faut pas céder. Le 23 novembre 1946, l’armée française choisit donc la voie de la guerre, en bombardant, par artillerie, le port de Haiphong, ouvrant ainsi le premier acte d’une guerre qui ne s’est terminée qu’en 1975. La France choisit, pour conserver son empire, le napalm, les massacres et la torture, plutôt que la paix.

                Si ces opérations militaires sont connues et enseignées dans les programmes scolaires, d’autres, encore, sont tuts et passées sous silence, tâchant de sang, encore un peu plus, le drapeau tricolore.

     

  • Tensions syriennes

    Tensions syriennes

    Tensions syriennes

                  USA, Angleterre, France d’un côté, Russie de l’autre, se font face. Chacun se menace de missiles, chacun se jauge, chacun se scrute. Dernièrement, le ton s’est haussé entre les différentes puissances militaires. Les USA et la coalition occidentale ont, en effet, annoncé leur intention de procéder à une action militaire dans le but de riposter à une attaque chimique présumée de la part du gouvernement Syrien contre les opposants au régime. L’intervention directe prendra probablement la forme de tirs massifs de missiles de croisières « beaux, nouveaux et intelligents » -dixit Trump.

                    La Russie, de son côté, a annoncé son intention de stopper ces missiles à l’aide de ses nouveaux systèmes d’armes, les S-400, déployés autour de ses bases. Pour les uns comme pour les autres, les muscles se gonflent. Pour les uns comme pour les autres, la guerre de Syrie est l’occasion de pratiquer un test grandeur nature des systèmes militaires de pointe, tant pour séduire une clientèle que pour marquer de stupeur les forces adverses. L’addition est payée, au final, en sang syrien.

                    La Syrie est, pour le grand malheur des peuples qui l’habitent, un enjeu géopolitique sans cesse plus important pour les puissances impérialistes. Point d’achoppement, point de fixation, point de confrontation, la Syrie est un espace courtisé, et cette cour ne se fait pas que dans la douceur et la tendresse.

                    D’un côté par la Russie, qui cherche à s’affranchir du barrage formé par le détroit du Bosphore, sous contrôle Turc, pays membre de l’OTAN. Celle-ci s’élance vers les mers chaudes, vers les mers libres, vers l’accès à l’océan mondial.

                    De l’autre, une coalition tactique des Etats occidentaux, qui voient, chacun, dans la montée en puissance de la Russie une menace. Une nouvelle fois, un cercle d’acier est bâti autour de celle-ci, dans le but de la contenir, de l’étouffer, de l’étrangler. C’est dans la mise en place de cet étau que se trouve la raison fondamentale du soutien de la part de l’occident aux rebelles, y compris fascistes.

                    Disons le clairement, le plan de déstabilisation du régime en place, son remplacement par une clique au service des intérêts de l’occident -ou au moins anti-russe- a échoué complètement. Il a fait long feu. Cette permutation qui devait s’opérer, surfant sur les mobilisations de 2011, s’est muée en une impitoyable guerre civile.

                    Cette guerre civile a connu différentes phases, différents retournements d’alliances. D’affrontement binaire entre pro et anti Bachar Al-Assad, elle est devenue un billard à quatre bande, avec l’entrée fracassante de l’Etat Islamique d’un côté, de l’autre, l’irruption des Forces Démocratiques Syriennes. Les puissances régionales, Iran, Israël, Arabie Saoudite, Turquie, ont chacune joué leurs cartes, dans l’espoir de pouvoir sortir renforcé de l’affrontement, dans l’espoir de gains, territoriaux, politiques, ou dans l’espoir d’affaiblir les concurrents et les adversaires. La Turquie en a d’ailleurs profité pour porter sa guerre génocidaire hors de ses frontières, et pourchasser les combattants et combattantes de la Liberté au Rojava.

                    Cette guerre touche à sa fin. Les forces soutenues par l’occident et l’Etat Islamique sont en lambeaux. La Turquie et la Russie ont trouvé un modus vivendi sur le dos des révolutionnaires Kurdes. Mais l’enjeu est bien trop important pour être réglé si simplement. L’occident ne veut pas perdre les têtes de pont payées si chèrement. Alors l’escalade reprend, avec l’idée, cette fois, d’une intervention directe de la part des forces militaires occidentales en Syrie. Un acte qui entrainerait inévitablement une escalade militaire accrue, laquelle pourrait potentiellement dégénérer.

                    La coalition occidentale semble vouloir prendre cette voie. Une voie qui serait pavée de sang. Elle est applaudie par certains « démocrates » qui sont en réalité des bellicistes maquillés. De l’autre côté, certains, certaines, fantasment. Fantasment sur la figure de Poutine, fantasment sur l’entrée en lice d’une prétendue « flotte chinoise », rêvassent sur une guerre de l’Eurasie contre l’occident. Nourries à coup de publications de Russia Today ou de Sputnik, ces rêveries n’en sont pas moins des tromperies.

                    Tromperies sur la nature politique de la Chine et de la Russie actuelle, tromperie envers les engagements et les discours sur le rôle de la Russie dans la guerre en Syrie et dans le conflit entre les Kurdes d’Afrîne et la Turquie.

                    Nous ne voulons pas de guerre, nous exécrons la guerre impérialiste, cette guerre de rapine, cette guerre pour l’or, cette guerre qui est payée du sang des masses populaires. Cette guerre est une lutte entre alliances impérialistes pour un nouveau partage du monde. Elle est une guerre de bourgeois contre d’autres bourgeois, tandis que les massent paient le prix fort. Dans ce conflit, la force porteuse d’escalade et d’aggravation est l’occident, non la Russie, en effet, mais nous ne nous cachons pas derrière cela pour soutenir en sous-main la présence militaire de la Russie et le régime Syrien.

                    A nos yeux, la seule solution viable, qu’il est possible de soutenir positivement, est celle du projet des Forces Démocratiques Syriennes : Une Syrie démocratique, dans laquelle le droit et les aspirations des peuples comme des masses populaires qui les constituent sont respectés.

  • Française de papier ? Décrypter Nadine Morano.

    Française de papier ? Décrypter Nadine Morano.

    Française de papier ?

    Décrypter Nadine Morano.

    Le 26 février 2018, la chroniqueuse Rokhaya Diallo s’en est pris aux positions du présentateur de M6, Bernard de la Villardière, quant à ses positions sur le voile. Nous retenons de l’affrontement la phrase suivante : « Je reviens sur la polémique qu’on a eu ici dans TPMP où vous avez pointé du doigt le fait que Cyril Hanouna puisse inviter sur le plateau une femme qui porte le foulard, un hijab. (…) Vous n’avez pas à dire comment une femme doit s’habiller. Vous avez un problème avec le voile. » C’est cette phrase, lancée à un présentateur connu pour ses affinités avec la réaction, qui désormais prend de l’ampleur.

    Le conflit s’est terminé sur le plateau. Après avoir fait mine de partir, Bernard de la Villardière se rassoit. Mais, en coulisse, les vautours fondent déjà, flairant la proie. Sur les réseaux sociaux, l’extrême-droite se déchaîne déjà.

    Au milieu des vomissures, Nadine Morano, à son habitude, tire son épingle du jeu. « L’intolérance, l’arrogance, la suffisance de la militante @RokhayaDiallo qui combat la culture, les racines de la France et fait la propagande scandaleuse de la régression de la femme avec le hidjab. Française de papier » déclare t-elle sur Tweeter.

    Nadine Morano est une grande habituée de la phrase assassine, même si celle-ci plonge dans la contre-vérité historique. Pour ces gens, l’histoire, de toute manière, est une chose qui se tord à l’envi, dans le but de la faire coller aux projets nauséabond du moment. Reconnaissons-le, les argumentaires approfondis ne sont pas la spécialité des réactionnaires. Une nouvelle fois, ceux-ci s’arrêtent au niveau de l’ad hominem, du fait de jeter le discrédit sur les auteurs plus que de parler du fond de l’affaire.

    Mais ce qui nous intéresse se niche à la fin, comme une torpille tirée pour achever la canonnade. « Française de papier ».

    « Française de papier », qu’est ce que cela signifie ?

    Nadine Morano est intelligente. Elle a un véritable esprit militaire, elle lance une offensive à tout va, mais se garde une position de repli au cas où. Il ne fait nul doute qu’elle n’a pas l’intention de qualifier Rokhaya Diallo de « française de papier » au sens du « tigre de papier » du président Mao. En somme elle n’a pas l’intention de dire que Rokhaya Diallo est une française en « carton. »

    Non, elle indique, en vérité, que Rokhaya Diallo est une française de papierS, soit une française sous un angle uniquement et strictement juridique. Le pluriel est crucial dans ce cas de figure. Chacun à bien lu ce que voulait dire Nadine Morano. Mais dans le cas où cela produirait un retour de flamme, il lui suffirait d’insister sur le singulier pour désamorcer la crise, voir même un examen juridique du tweet.

    Car l’accusation est politiquement d’une gravité extrême. Française de papiers, cela porte un implicite particulièrement lourd de sens. L’existence de ce concept, marque déposée de l’extrême-droite, implique donc la fait qu’il y aurait deux catégories de citoyens français. Les vrais et les de papiers.

    Comme au temps du code de l’indigénat, où il existait des français indigènes et des français de plein droits. Comme au temps de l’Apartheid. En somme, Morano fait appel à une notion coloniale. Mais elle va plus loin même.

    Fondamentalement, Nadine Morano et une partie de la droite la plus réactionnaire tente d’instiller une idée, depuis le débat sur l’identité nationale. Celui-ci, datant de 2009-2010, avait été un grand bond en avant pour le retour des fascistes sur le devant de la scène.

    Pour rappel, le débat sur l’identité nationale avait été institué par Nicolas Sarkozy alors président. Ses principaux artisans furent Brice Hortefeux alors ministre de l’immigration, puis de l’intérieur et Eric Besson, ex-PS, qui remplace le premier en tant que ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire.

    L’idée qu’il y ait une identité nationale, au dessus des caractéristiques juridiques relatives au fait d’être de citoyenneté française, voilà qui ouvre la boite de Pandore. Voilà qui ramène une idée, un fantasme, un immondice du passé : l’anti-France.

    Cette idée ne date pas d’hier. Elle fut forgée dans les années 1890 pour parler des soutiens à Alfred Dreyfus. Cette idée de la présence d’une dichotomie entre la France et l’Anti-France a modelé toute la rhétorique de l’extrême-droite jusqu’à nos jours.

    Ses visages ont changé. Le Juif apatride ; le communiste internationaliste et le judéo-bolchevisme ; aujourd’hui elle se dirige vers l’islamo-gauchisme et ses déclinaisons. Mais qu’importe le terme, l’idée derrière est la même : il existe un fossé inconciliable entre les vrais français et les faux. Entre ceux qui sont d’identité française et ceux qui n’en sont que de papier.

    Française de papier, voilà qui jette le doute sur les qualités personnelles et morales de Rokhaya Diallo. Voilà qui sous entend que cette dame serait un agent d’une cinquième colonne imaginaire, cumulant islamo-fascisme et gauchisme en une seule bouillie informe.

    Cela soulève une question, donc, quelle est la ligne de démarcation entre les deux ?

    A n’en pas douter, le fait que les parents de Rokhaya Diallo soient sénégalais et gambiens jouent dans le traitement de cette affaire. Ce traitement différencié en fonction de l’apparence est une des grandes hypocrisie politiques de l’histoire. Cependant, la pensée de Nadine Morano va plus loin encore. Derrière l’idée que Rokhaya Diallo est une traitre par sa couleur, par une essence -pourquoi pas une âme raciale- Nadine Morano affirme quelle est sa vision de la France.

    Rokhaya Diallo « qui combat la culture, les racines de la France et fait la propagande scandaleuse de la régression de la femme avec le hidjab. » est donc l’ennemi. Mais l’ennemi de quoi ? D’une France de race blanche et aux racines chrétiennes, ainsi qu’elle le clamait, devant une assistance médusée, en 2015.  « Je le dis clairement: la France est un pays de race blanche aux racines chrétiennes, comme le disait de Gaulle. » Un vision selon laquelle, par ailleurs « La laïcité et la loi sur la laïcité n’ont pas été faites pour gommer notre culture et nos racines chrétiennes. (…) La France est un pays aux racines chrétiennes. » Cela amène à une autre hypocrisie. Nadine Morano qualifie Rokhaya Diallo de réactionnaire hostile à la libération de la femme, et en appelle à une défense d’une laïcité militante. Or, cette laïcité, comme chez Wauqiez, arc-bouté à sa crèche de Noël, est une laïcité du paravent. Elle est une laïcité qui sert de fer de lance pour attaquer les musulmans et les musulmanes, tout en ramenant la réaction catholique au centre de la société, sous prétexte de racines chrétiennes. Cette farce n’a pas pour but de « libérer » les musulmanes qui portent le voile, mais bien d’instiller un climat de haine et de défiance au sein des classes populaires, tout en avançant ses propres pions réactionnaires ou fascistes.

    Grâce a cette fragmentation autour de questions insignifiantes, les agents des exploiteurs comme Nadine Morano et Laurent Waquiez pour imposer un ordre de terreur et de paranoïa, soudant autour de la « France » contre une « Anti-France » menaçante.

    Or, leur « France » est celle des bourgeois et des bourgeoises, des curés, des abbés et des abbesses. Elle est celle de l’exploitation et de la réaction. Elle est celle de s’asservissement.

    Le voile est il un vecteur d’oppression des femmes ? Oui, indéniablement. Mais il en est un parmi d’autres. Il n’est pas spécifique dans sa nature ou dans son action.

    Nadine Morano veut-elle libérer les femmes de l’oppression ? Absolument pas. Elle ne cherche pas à libérer qui que ce soit de l’oppression, mais bien d’enfermer les femmes et les hommes dans une oppression qui est cosmétiquement différente.

    Le voile et l’Islam sont hypocritement attaqués. Ils sont des paravents. Lorsque des réactionnaires attaquent les croyants et les croyantes, ce n’est pas pour améliorer la société, mais bien parce que cela leur permet de lancer des arguments racistes sans être poursuivis par la loi. Madame Morano ne pense pas à l’Islam quand elle dit « Islam ». Elle pense « Arabe ». Elle ne pense pas « progrès », elle pense Apartheid et enfermement dans l’ignorance, mais sous la Sainte-Croix. Elle ne pense pas République ou Laïcité, mais sabre et goupillon. Car au delà des discours, la vérité est là : la très large majorité de l’oppression que subisse les femmes, en ces veilles de 8 mars, n’est pas le voile. Elle est la société patriarcale, sexiste, imposant une division genrée du travail et des tâches. Les viols, les crimes, l’asservissement sont la fruit d’une société réactionnaire, non une faute qui peut se coller sur le dos des femmes et des hommes de confession musulmane.

    Les communistes, en particulier dans les Etats socialistes, n’ont jamais cherché la persécution des croyants et des croyantes. Dans notre brochure appelée Fin de Partie, nous parlions de la question de l’obscurantisme religieux.

    La lutte contre l’obscurantisme religieux ne se mène pas par l’oppression, mais par le fait de convaincre, de rallier, d’amener à démontrer, en premier lieu, que, quelque soit la position sur les questions divines, la lutte des classes est l’œuvre à mener jusqu’au bout.

    Le matérialisme dialectique pose la négation de Dieu par lui même. Mais il n’est pas une chose dont on gave de force les interlocuteurs. Ce n’est que par la démonstration, que par la capacité à développer une ligne politique juste, que par le ralliement, que les masses avancent.

    Placer la religion comme une contradiction irrésoluble, refuser de l’aborder ou la conforter sont tout autant de positions fausses. Mikhaïl Kalinine, président de l’Union Soviétique, expliquait qu’en URSS, il n’y avait pas de répression d’Etat contre les croyants, contrairement à ce que les historiens de la bourgeoisie présentent. La lutte contre la religion se faisait en la traitant comme une erreur idéologique et en étant dans une posture de débat et d’explication.

    A l’exception des agents de la réaction, irréductibles, irrécupérables, la très large majorité de ceux et celles qui placent leurs espoirs dans la religion peut-être ralliée. La question déterminante, au final, est celle de l’engagement. Un membre du clergé, un zélateur, un prestidigitateur de la religion, peut se muer en ennemi implacable, en opposant au communisme, à la révolution. C’est un fait. En revanche, le fait d’avoir la foi, comme le mentionne Kalinine, est une déviation idéologique -comme une autre.

    Les communistes luttent contre les idées réactionnaires. Mais les communistes savent ce que sont les aspects principaux et secondaires de l’oppression. Or, ce qui est la base matérielle, la base sociale de l’oppression des femmes, c’est la structure économique de la société. C’est cette tendance normative au fait que les femmes soient transformées en sous-prolétariat, en objet d’échange, et marchandise de loisir ou de reproduction. C’est à cet endroit que le cercle de fer doit être brisé.

    Les tenants de la thèse de l’ »Anti-France » se moquent éperdument des souffrances des masses populaires et des oppressions des femmes. Ils désirent que ces pratiques perdurent. Elles sont la base de leur ordre, de leur système d’exploitation, sur lequel ils et elles vivent en parasites.

    Brisons les discours à la Morano ! Chassons les thèses réactionnaires ! Soyons solidaires de Rokhaya Diallo ! Luttons contre les réactionnaires !

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 1

    La France et la trouée de Suwałki – partie 1

    La France et la trouée de Suwałki.

    Partie 1

    Que vient faire la France dans les Etats Baltes ?

    La France vient d’annoncer qu’elle dépêchait un contingent de 300 hommes et d’une poignée de blindés dans les Etats Baltes. Aux côtés de bataillons de la Bundeswehr dépêchés par la chancelière Angela Merkel, ce contingent contribue à renforcer la présence de l’OTAN dans la région. Le 5e régiment de Dragons, régiment de combattants sur chars, et le 7e régiment de chasseurs alpins ont ainsi été déployés en Lituanie, dans le cadre d’une coalition internationale visant à protéger les Etats Baltes.

    Dans le même temps, en Norvège, le patron de l’USMC –United States Marines Corps- déclarait le 16 janvier : «J’espère me tromper mais une guerre approche» tout en appelant un renforcement de la présence militaire US en Scandinavie, tout comme des forces militaires propres de ces pays. Ainsi la Norvège a acheté 52 F-35, improprement appelés F-52 par le président Donald Trump.

    Quelle inquiétude secoue donc l’occident ?

    Elles sont, de fait, obsédées par un nom, par un lieu : Suwałki et sa trouée.

     

    Rfi notait le 22 janvier : « En Lituanie, trois cents militaires français de la mission Lynx prennent officiellement leur fonction aujourd’hui au sein du bataillon multinational de l’Otan. Ils serviront pendant 8 mois sous commandement allemand, aux côtés de Croates, Belges et Norvégiens, pour un total de 1 200 militaires. »

    Suwałki, c’est le graal de la région. Il s’agit d’une petite ville polonaise, à mi-chemin entre la frontière Biélorusse et celle de l’enclave de Kaliningrad. Sa trouée, 50 km, est une minuscule meurtrière, avec deux routes dont une autoroute, qui rattache les Etats Baltes au reste de l’Europe. Tenir la trouée de Suwałki revient à tenir les Etats Baltes dans une poigne d’acier.

    Cet espace a donné des sueurs froides à l’occident en Septembre dernier. Et pour cause !

    En septembre 2017 l’exercice militaire de la Russie, nommé Zapad-2017 (ouest-2017) a été mis en œuvre. Cet exercice avait pour objectif de simuler une invasion de la part de l’OTAN de la Biélorussie. D’après les estimations fournies et publiées par les différentes agences de presse spécialisées, cet exercice s’est déroulé dans des proportions hors normes.

    En 2013, ainsi, 200 wagons de chemin de fer avaient été mis en œuvre pour transporter le matériel. En 2015, ce nombre avait même décru à 125. Pour l’exercice prévu, ce ne sont pas moins de 4 162 qui sont déployés, laissant entendre une quantité au moins 20 fois supérieures de troupes et de matériel.

    Le terrain envisagé n’était pas anodin : les forces sont concentrées devant les Etat Baltes. Pour l’occident, les perspectives étaient relativement angoissantes : la géographie des Etats Baltes les rend particulièrement vulnérables à une opération surprise, étant quasiment encerclés par l’alliance -parfois orageuse- entre la Biélorussie et le Russie.

    La région est extraordinairement vulnérable à une opération de déstabilisation, aux pressions diplomatiques et militaires de la part de la Russie, d’autant que le climat politique et géopolitique indiquait -et indique toujours- une possibilité de crise non négligeable.

    Cet article vise à pouvoir analyser cette situation delà manière qui nous paraît la plus juste possible. L’Unité Communiste de Lyon cherche à éviter les biais de raisonnement nommés campisme et anticampisme. L’un consiste à accorder une nature particulière à l’impérialisme russe, aux BRICS ou à d’autres acteurs géopolitiques, en les couvrant d’un angélisme naïf. Il se marie d’une certaine nostalgie soviétique, qui tente de voir dans le regard de Poutine un reflet rouge.

    L’autre, en revanche, est directement issu de la position géopolitique tenue pendant la Guerre Froide par les organisations qui la mettent en avant. Si l’une est nourrie de nostalgie, l’autre est nourrie d’anticommunisme viscéral. Elle se teinte également d’un occidentalisme de bon aloi, qui, In fine, trouve l’impérialisme de ces pays plus doux et plus civilisé que celui des autres.

    Nous voulons éviter ces écueils pour pouvoir analyser les choses avec rigueur et justice. A nos yeux, il s’agit de la seule manière de pouvoir, par la suite, se positionner d’une manière juste et rationnelle. Cette brochure est ainsi faite sans procès d’intention, sans accuser de perfidie quiconque. Elle est conçue comme une analyse s’intéressant à la manière dont la Russie se comporte en fonction de ses intérêts. Il s’agit d’actions logiques et cohérentes, rentrant dans un plan établi par la  bourgeoisie de cet Etat.

    La Russie ne se laisse pas faire.

    L’un des avantages stratégiques de la Russie dans le secteur est la possession de l’enclave de Kaliningrad. Elle est le Berlin-ouest contemporain. Une épine fichée profondément dans le pied de l’adversaire. L’ancienne Prusse Orientale, partagée avec la Pologne en 1945, est un bastion, un avant poste et un point d’interdiction.

    D’un point de vue géopolitique, la possession de la base navale de Kaliningrad est un atout considérable pour la Russie. Bastion installé de l’autre coté du cordon sanitaire, balcon sur la mer Baltique et forteresse verrouillant celle-ci. L’ancienne Prusse-Orientale est également un garrot autour des états Baltes, les étranglant tant du côté de la terre que d’un point de vue terrestre.

    Sur l’échiquier Russe, ce petit territoire est une pièce maîtresse. Même sans confrontation chaude avec l’adversaire occidental, la présence de missiles antinavires Kalibr ou Bastion / Onyx ainsi que de batteries antiaériennes S-300 ou S-400 permet d’opter pour instaurer un déni d’accès aux forces navales de l’OTAN.

    Les Kalibr font peur. Ces missiles à longue portée (entre 300 et 2 600 km) sont équipés pour approcher furtivement leur cible, à une vitesse subsonique et au ras de l’eau. Une fois à proximité, ils prennent de la vitesse pour frapper leur cible avant qu’elle n’ait eu le temps de réagir. Les missiles peuvent même effectuer des manœuvres évasives contre les défenses visant à les abattre. Ils peuvent être lancés à partir de sous-marin, de navires, ou même de simple conteneurs accrochés au châssis d’un camion, donc sont très simples à faire opérer.

    Les missiles tirés depuis les navires russes, en Caspienne ou dans la mer Noire, sur les cibles syriennes, étaient un avertissement lancé à l’OTAN sur la possibilité pour la Russie de menacer leurs positions terrestres, mais aussi de montrer la capacité de frappe actuelle contre les forces maritimes américaines.

    Cette obsession de faire échec aux groupes aéronavals et de développer une capacité de frappe antinavire prend le pas sur le besoin d’armes stratégiques, déjà disponibles en grand nombre. La création et l’installation, sur de nombreux sous-marins, de lanceurs universels de missiles à changement de milieu, donne du poids à la force de frappe conventionnelle russe, ambitionnant d’arriver à faire jeu égal avec celle de l’OTAN.

    Le renouvellement en termes de missiles hypersoniques antinavires russes laisse présager une nouvelle période de vulnérabilité pour les forces de l’OTAN. Tirés depuis des avions de combat, la nouvelle gamme de missiles Zircon est destinée à briser la capacité de projection de forces des USA : sa flotte de guerre.

    Les défenses antimissiles et les défenses à courte portée comme les Phalanx peuvent certainement stopper, en créant un écran d’acier, certains missiles. Or, les simulations d’attaque ne mettent pas en jeu un seul appareil lanceur d’engin, mais bien un nombre massif. Le coût financier et humain d’une attaque de saturation resterait toujours inférieur au coût opérationnel et politique de la perte d’un seul porte avion de l’US Navy. Les marges de manœuvres liées à la supériorité navale se réduisent.

    Les missiles S-400 Triumph sont l’autre bête noire de l’OTAN. Ces missiles sont conçus pour abattre les appareils furtifs B-2 ou F-22, et donc verrouiller les cieux. Ils peuvent frapper à 60 km depuis le sol, tandis que la version aéroportée, n’ayant pas la montée à effectuer, peut liquider toute cible aérienne à 400 km de distance, atteinte en à peu près 4 minutes, du fait de la vitesse foudroyante du missile.

    Une mise en alerte de la base de Kaliningrad et de son système de missile signifierais une paralysie de la flotte de l’OTAN, pourtant pilier essentiel des possibilité de projection de force.

    De plus, la Russie dispose d’une défense stratégique importante, qui la met dans un relatif abri vis-à-vis des pressions extérieures. La Russie déploie une centaine d’Anti Ballistic Missiles autour de la région de Moscou, et probablement en protection des zones stratégiques. Dans le cas d’une neutralisation mutuelle au niveau de la force de frappe nucléaire, ce sont les forces conventionnelles qui seront déterminantes.

    La nouvelle doctrine Russe sur l’emploi des forces nucléaires est moins agressive que celle de la période de l’invasion de la Géorgie. La guerre dans le Caucase était une réelle prise de risque, à l’époque. Il n’était pas forcément évident de connaître la réaction occidentale. En 2008, les déclarations russes tendaient à insister lourdement sur l’usage de l’arme atomique de manière préemptive en cas de menace sur la sécurité nationale.

    Aujourd’hui, et ce malgré l’invasion de la Crimée, la doctrine russe s’est montrée plus souple, n’indiquant plus qu’un usage « en cas d’une agression massive à l’arme conventionnelle mettant en danger l’existence même de l’Etat. » Dans le cas de figure Criméen, l’invasion rapide a été doublée d’une dissuasion de toute tentative de faire barrage à celle-ci, par la menace de l’arme nucléaire. D’une manière particulièrement intelligente, la Russie a immédiatement opté pour une désescalade après son coup de force ukrainien. Cet effort important s’est immédiatement doublé d’une attitude pacifique envers les autres acteurs, d’une absence de poursuite en nouvelle-Russie, en somme d’une mise en œuvre d’une politique d’attente que soit acté le fait accompli.

    La dissuasion nucléaire occidentale apparaît comme faiblarde comparativement à celle de la Russie. Politiquement, il paraît invraisemblable de voir la France utiliser l’arme nucléaire contre un acteur, aussi menaçant soit-il. Cela exigerait une unité de volonté qui n’apparaît pas, à l’heure actuelle.

    Appliquée au cas de la trouée de Suwałki, un coup de force suivi d’une désescalade pourrait aboutir, le précédent ukrainien l’indiquant, à une politique d’acceptation doublée de sanctions symboliques et temporaires.

    D’autant que l’OTAN est faible dans le secteur et que sa marge de manœuvre est drastiquement limitée.

    Une OTAN Faible tactiquement.

    La grande majorité des armées de l’OTAN sont des armées bâties sur le modèle d’une intervention expresse. Elles ne sont pas conçues pour un affrontement symétrique entre deux forces possédant un gabarit globalement similaire. De plus, les forces de l’OTAN et Russes sont construites autour de philosophies diamétralement opposées.

    A la suite de la crise ukrainienne, l’OTAN a organisé une campagne de réassurance en direction des Etats Baltes et de la Pologne. De l’aveu même de Antoni Mancierwiecz, les forces occidentales ne pourraient absolument pas être en mesure de stopper une offensive militaire de la part de l’armée russe. Ce n’est par ailleurs pas son but, qui serait uniquement de la dissuader. Par ailleurs, le même interlocuteur semble être convaincu qu’un seul bataillon de l’OTAN présent serait un danger suffisant pour faire renoncer la Russie à tout projet. Le risque d’un entraînement paraît suffisamment dissuasif.

    L’OTAN a déployé un certain nombre de forces, hétéroclites et relativement faibles en prévision de l’exercice ZAPAD – 2017 : Une brigade US composée de 84 blindés Abrams. Un petit millier de britanniques, équipés en Challenger 2 ; Une poignée de chars Leclerc (4) ; ainsi qu’un contingent multi national dirigé par le Canada, comprenant des unités espagnoles, italiennes polonaises, slovènes et albanaises. Pour une des rares fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands sont également mobilisés, armés d’obusiers mobiles et de chars de combat Léopard 2.

    Les forces de l’OTAN sont dans une triple situation d’infériorité : Militairement, ils ne représentent rien face aux troupes russes et biélorusses qui pourraient être engagées dans une épreuve de force. Ils disposent, en outre, d’un matériel tout terrain déficient, inadapté aux conditions des Etats Baltes. Si jamais les états occidentaux souhaitent intervenir, le format de leur armée le permet difficilement et ne leur permet pas d’espérer une supériorité quelconque. Géographiquement, ils sont pris au piège dans une poche facile à isoler par la voie terrestre. Politiquement, l’unité de volonté russe apparaît comme relativement forte comparée à celle des pays occidentaux. La Russie peut politiquement accepter des pertes humaines et matérielles, chose difficile à tolérer pour l’OTAN.

    Pour saisir d’une manière globale la situation géopolitique sous-jacente, l’Unité Communiste de Lyon propose de faire un retour dans le passé.

  • Macron l’illusion

    Macron l’illusion

    Dimanche 7 mai 2017 se tient le second tour de l’élection présidentielle. Elle oppose deux candidats empoisonnés :

    Le candidat libéral Emmanuel Macron, notoirement connu pour ses accointances envers l’Etat-major du patronat : le MEDEF. Il est l’héritier du pourrissement du Parti Socialiste, il est la somme de la déliquescence de la social-démocratie achetée par le pouvoir bourgeois.

    De l’autre la fasciste Le Pen, notoirement connue, quant à elle, pour ses accointances avec des groupes et groupuscules de sinistre réputation : G.U.D., Occident, Jeunesses Nationalistes ou Identitaires. Elle descend en droite ligne d’une idéologie portée par les collaborationnistes, par les nostalgiques de l’ordre réactionnaire, traditionnel.

    Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait l’emporter, avec, toutefois, une marge beaucoup moins marquée que celle de Jacques Chirac contre Jean Marie Le Pen en 2002. D’une part, dans une certaine mesure, car les idées réactionnaires ont progressé, de l’autre car il existe un véritable dégoût, une véritable répugnance de la part des masses vis-à-vis de ce jeu politique pourri.

    Tout comme à l’issue du gouvernement Jospin, le PS est poussé sur le banc de touche dès qu’il a l’opportunité d’exercer le pouvoir. Il est l’incarnation directe de la faillite de la social-démocratie.

    Pour autan, Macron ne court pas un immense risque. Il bénéficie du report de nombreuses voix et sa position centrale, centriste, lui permet de ratisser très largement. De plus, énorme avantage, il bénéficie de l’appui de la plus grande majorité de la bourgeoisie, des capitalistes de l’Etat français, lesquels -contrairement aux sottises proférées par les réactionnaires et les réformistes radicaux, bénéficient grandement de l’Union Européenne. Si l’Etat français était dominé par les USA et par l’UE, comme le vocifèrent de concert de nombreux chauvins, il existerait une logique à ce que la bourgeoisie appuie de tous ses vœux le FN.

    Ce n’est pas le cas. Malgré le ralliement de poussières comme Nicolas Dupont Aignan et Christine Boutin, la bourgeoisie semble réticente à choisir cette voie. Réticente mais prudente, car le MEDEF a dors et déjà pris contact avec la direction du Front National pour ouvrir des discussions. Nous ne doutons pas que ce parti, malgré le fait qu’il joue sa carte « proche du peuple » et « sociale », s’est incliné le plus bas possible pour se plier aux désirs de la bourgeoisie de l’Etat français. Car les fascistes sont ainsi, ils sont des serviteurs zélés du patronat.

    Bien des raisons expliquent la situation face à laquelle nous nous trouvons. Elle représente un aboutissement qui mérite d’être analysé et détaillé. Il est le fruit de processus importants et logiques, non de surprises.

    D’une part car la colère populaire s’est orientée vers les issues qui lui étaient proposées. La bourgeoisie, depuis que cette idéologie existe, s’est évertuée à barrer la route des masses vers le communisme. 60 ans sans Parti Communiste correct se paient chèrement.

    D’autre part en s’évertuant à déplacer le centre de gravité des débats vers la réaction, les politiciens bourgeois ont accrédité les thèses du FN. Le débat sur la situation sociale, sur la misère, s’est mué en débat sur la sécurité, en débat sur l’immigration. Ceux et celles qui ont hurlé avec la meute des slogans réactionnaires, qui ont entretenu la flamme, sont des responsables de cette situation.

    Le débat sur l’exploitation s’est mué en débat sur le pouvoir d’achat.

    La fin de l’existence du « Bloc Est » -bien que révisionniste et social-impérialsite- signifia un boulevard pour la bourgeoisie et pour les réactionnaires. La crise a fait son chemin, aiguillonnant la bourgeoisie, la poussant à attaquer plus fort.

    Les organisations militantes et communistes en premier lieu -nous ne nous excluons pas en écrivant cela- ont une autocritique à faire sur l’incapacité à faire front contre la montée des idées réactionnaires et sur l’incapacité à juguler cette avancée.

    Dans la situation actuelle, le camp du progrès est non seulement faible et dispersé, mais il est également gangréné d’idées chauvines et réactionnaires. Il est gangréné d’illusions réformistes. Il est essentiel de se ressaisir et de serrer les rangs pour faire face à la tempête qui approche.

    Comme mentionné plus haut, selon toute vraisemblance, Macron est en très bonne position pour devenir le nouveau président du conseil d’administration de la bourgeoisie.

    Un grand nombre d’individus, de médias, de personnalités politiques appellent à voter Emmanuel Macron. Ils et elles s’effraient des 21% fait par le Front National au premier tour. Un nombre encore plus vaste d’organisations prennent des mots d’ordres centristes pour laisser, en sous main, la possibilité à leurs militants et militantes de « faire leur choix », ce qui revient à ne pas dénoncer le jeu, mais à l’accompagner en catimini, avec opportunisme.

    L’opposition interne du PCF est un exemple parfait : Elle condamne le ralliement de 20h02 de Pierre Laurent à Emmanuel Macron, opposant à ceci un courageux « pas de consignes de vote. » Slogan on ne peut plus libéral, qui laisse les positions de droite donner le ton.

    Les accusations fusent désormais : les abstentionnistes représentent le mal absolu, car ils risquent de laisser le pouvoir entre les mains du FN, empêchant la mise en œuvre de stratégies d’une subtilité absolue :

    • Voter massivement pour Macron pour lui faire comprendre que les votants ne veulent pas de son programme, mais qu’il est juste un barrage.
    • Voter en déclarant que ce vote est par dépit.
    • Voter après 17h00 pour faire créer un distinguo entre les partisans de Macron et ceux qui font juste barrage.

    L’imagination de ces maîtres du vote utile est sans bornes.

    Parmi les plus brillants zélateurs de ce vote, nous pouvons remarquer Charlie Hebdo, le journal autoproclamé satirique et sans respect, mais qui, dans un élan de réformisme typiquement issu du gauchisme, insulte et traite de « cons » les abstentionnistes.

    Nous écartons sans la moindre compassion des injures, ces insultes, qui sont-en vérité- autant de cris énamourés pour la démocratie bourgeoise. En particulier lorsqu’ils proviennent d’agents -conscients ou non- de l’anticommunisme et de la réaction.

    Emmanuel Macron, agent de la bourgeoisie, peut certes, pour une poignée de voix, accorder certaines concessions cosmétiques à son programme libéral. En revanche, jamais il ne transigera sur le fond de l’affaire : poursuivre la ligne de casse du CDI, la ligne de casse des acquis sociaux, la ligne antipopulaire et anti-ouvrière entamée avec joie par François Hollande.

    Mélenchon peut multiplier les appels, ils resteront sans effets. Tout au plus, M. Macron inclura, pour le satisfaire, mais également pour satisfaire l’autre bord, une composante plus chauvine à son discours.

    L’ironie la plus profonde est ailleurs. L’élection du FN au pouvoir, son accession à l’Elysée, ne signifie pas mécaniquement le fascisme. Les institutions républicaines peuvent -sans problème- tourner avec un régime d’extrême-droite. In fine, il s’agissait de la nature même du régime gaulliste qui mit en œuvre la Vème république. Un FN avec une opposition forte serait gêné aux entournures, et ne pourrait probablement pas appliquer son programme.

    En disant cela nous n’annonçons pas que l’élection du Front National serait une bonne et non une mauvaise chose. Elle signifierait une réaction accrue, une brutalité grandissante. Elle signifierait un pas en avant vers la caporalisation de la société. Elle serait également un blanc-seing donné aux amateurs de lynchages et de ratonades, aux violences policières les plus débridées.

    Pourtant, ceux qui considèrent que Macron représente le sauveur de la démocratie pourraient bien déchanter. Dans ses interviews, le candidat n’hésite pas : ficher les militants, les militantes, développer un plan préventif pour lutter contre les mobilisations -en somme des arrestations préventives, des assignations à résidence, des interdictions de rassemblement ou de manifestation-.

    Il lui sera d’autant plus aisé de diriger d’une main de fer la libéralisation à outrance que l’opposition serait anesthésiée par cette peur : faire le jeu du FN. Tout ce qui affaiblirait le pouvoir serait, en dernière instance, attaquable comme ouvrant la voie au fascisme.

    La figure rassembleuse d’Emmanuel Macron est un faux semblant. Son pouvoir ne sera pas cristallisé contre le fascisme, au contraire, il est sur la ligne droite pour effectuer en pratique les tâches qu’assignerait la bourgeoisie à ce type de régime.

    La croyance, entretenue par la compréhension idéaliste de l’Histoire, tend à imprimer un idéaltype du fasciste comme présentant un véritable gouffre par rapport au démocrate.

    C’est là faire fausse route.

    Un Macron, un Valls, tout comme un Laval, sont tout à fait en mesure de pouvoir agir d’une manière réactionnaire-fasciste sans pour autant formellement en être issu.

    Pourquoi ? Parce qu’ils représentent des agents furieux du capitalisme, et qu’ils en exécutent avec zèle les ordres. Car ils sont capables de faire une synthèse que ne peut faire le FN, et de mettre au pas la société derrière un « bien commun », contre un « ennemi commun. » Ce qui, traduit, revient à ordonner de faire bloc derrière sa bourgeoisie, derrière son impérialisme, contre celui des autres. A faire bloc du côté des intérêts du patronat national.

    Les concessions, Macron les fera avec le fascisme et la réaction. Non avec le progrès.

    De fait, l’élection de Marine Le Pen ou de Macron représente deux voies à la saveur différente vers une même situation : une dictature brutale de la bourgeoisie. Fondamentalement, les deux forment des options réactionnaires proposées par la bourgeoisie, sur la forme que doit prendre le retour en arrière social : chauvin ou européiste, libre-échangiste ou protectionniste.

    Dans les deux cas, il n’existe qu’une seule et unique garantie à la protection des libertés formelles, des droits démocratiques et sociaux : le rapport de force direct. Aucun bulletin de vote ne peut garantir cela.

    La recomposition politique qui émergera des législatives est encore mal connue, difficilement appréciable. En revanche il est peu probable que les progressistes apparaissent en position de force au milieu de l’océan réactionnaire.

    La tâche des communistes, dans cette période, est de se souder, de faire front commun, de grandir en influence. Elle est de reconstituer le camp du peuple, tout en luttant contre les illusions réformistes, de lutter contre les illusions sociale-démocrates, chauvines, réactionnaires.

    Elle est de prendre les devant pour couper les fascistes de leur implantation dans les classes populaires.

    Un période de cinq ans s’ouvre devant nous, elle ne sera d’aucun repos.

    Nous devons avancer, avec fermeté, dans le renforcement des organisations communistes, dans leur unification.

    Sans ce travail, aucune avancée n’est possible.

     

     

    D’ici là, nous devons clamer notre opposition, dès la nomination du nouveau capitaine de l’impérialisme.

    Nous rejetons le jeu pourri de la démocratie bourgeoise !

    Nous voulons le pouvoir populaire !

    Nous voulons chasser la bourgeoisie !

    Tous et toutes dans la rue le 7 mai  au soir !