Étiquette : France Insoumise

  • Le Service National Universel

    Le Service National Universel

    Un piège.

    La question d’un retour d’un service national est une constante.

    Croire la jeunesse en perdition, sans repères, sans valeurs, sans amour pour la patrie est une ritournelle constante, dans la bouche d’un certain électorat conservateur, que celui-ci assume ou non, par ailleurs, son conservatisme.

    Emmanuel Macron, entre deux offensives contre les droits sociaux, a tendu l’oreille à cet appel. Il faut dire que, contrairement au fait de s’en prendre à bras le corps aux raisons profondes du chômage, ce qui risquerait d’incommoder ses soutiens, ce cri réactionnaire était aisé à satisfaire.

    1,5 milliards d’euros ont été mis en place pour cette opération. A titre de comparaison, seul 70 millions d’euros ont été alloués aux urgences. Cependant, il est possible de relativiser à l’inverse. Cela ne représente qu’un minuscule 1,5 % de la fortune de Bernard Arnault. Cela démontre qu’il existe des réserves de moyens non-employés, qui auraient pu certainement être mieux utilisés. Nous ne pensons pas que le gouvernement soit stupide. Si ces lignes de budget sont employées dans ce domaine, c’est bel et bien qu’il y a un espoir d’un retour sur investissement d’une manière ou d’une autre.

    En termes d’économies, en remplaçant ponctuellement des travailleurs et des travailleuses par des engagés volontaires, tout comme le Service Civique. L’un et l’autre permettent de sous-payer, voire de faire travailler à prix coûtant une partie de la jeunesse.

    Soit en termes politiques, selon lesquels on considère comme justifiable d’injecter une somme colossale dans un cadre d’embrigadement de la jeunesse. D’autant que le public est particulièrement malléable, entre ses 15-16 ans, sortant à peine du collège.

    La question d’un embrigadement de la jeunesse se pose depuis de longues années. Elle est une ritournelle constante, basée sur le dépit de la fin du service militaire. Celui-ci était vu comme un creuset pour la construction de la Nation, inculquant des pratiques et des valeurs censées incarner la République.

    Durant cette vacance, le travail de diffusion de ces valeurs a été transféré à l’Éducation Nationale. Mais, l’Éducation Nationale n’a jamais paru un vecteur crédible aux yeux des plus réactionnaires, contrairement à l’Armée. Pourtant, elle a réussi un travail on ne peut plus impressionnant dans son œuvre de propagande, les programmes scolaires d’Histoire étant en tout premier lieu à visée civique.

    Ainsi, ils sont orchestrés dans le but de démontrer que :

    1) La démocratie bourgeoise est le seul système politique viable.

    2) Le capitalisme est le seul système économique possible.

    3) La France est la seule véritable démocratie à l’échelle mondiale.

    4) Qu’elle bénéficie d’un exceptionnalisme dans son histoire et dans ses actions dans le monde.

    5) Qu’elle est à l’avant-garde de la diffusion des idées des Lumières et de l’Humanisme dans le monde, et que, par voie de conséquence, ses interventions sont justifiées et morales.

    De ce point de vue là, il s’agit d’un succès monumental, ces idées étant profondément ancrées dans l’esprit d’une grande partie de la population, à l’exception de ceux et celles qui, dans leur vécu ou celui de leur pays d’origine, ont eu une confirmation de ce qu’est la nature réelle de l’activité française dans le monde.

    Mais ce n’est pas tout. En 1968, l’enseignement de la « morale » a été supprimé des programmes, au grand dam de toute une frange de la population, qui n’a eu de cesse de réclamer son retour. En 1999, le PS, alors au pouvoir, remet dans les programmes la question de l’Enseignement Civique, Juridique et Social. Celui-ci permet de diffuser les « valeurs de la République » et de faire savoir qu’elle est « parfaite » dans son fonctionnement. Une nouvelle fois, cette connaissance de papier est démentie par la réalité de la confrontation avec l’appareil d’État et ses représentants.

    Après les attentats de 2015, le gouvernement, PS, toujours, cède et accepte que soit mis en place, à nouveau, en Enseignement Moral et Civique. Celui-ci reprend les thématiques de l’ECJS, mais les double par une composante intangible, formées de valeurs supposément françaises. Ces valeurs ont pour but de défendre un fond culturel et civilisationnel envers une menace tout aussi intangible. Ses objectifs, une nouvelle fois, sont de mettre les enseignants au service d’une mission de propagation de conceptions sur l’État et sur la France, qui n’ont rien de commun avec une lecture critique de son fonctionnement et de son histoire.

    Il n’y a rien d’étonnant en cela que les termes employés par le SNU soit globalement les mêmes que ceux qui sont employés pour décrire l’EMC. Leurs objectifs sont les mêmes, la seule distinction étant l’intensité de la démarche et le fait qu’elle ne soit pas confiée à des enseignants et enseignantes, envers lesquels une méfiance existe.

    « Les objectifs assignés au SNU sont au nombre de trois :

    • Cohésion sociale et territoriale ;
    • Prise de conscience, par chaque génération, des enjeux de la défense et de la sécurité nationale ;
    • Développement de la culture de l’engagement. »

    Ces objectifs ne peuvent être séparés d’une idée politique sous-jacente, qui est de créer une cohésion sur la base d’une illusion, d’instiller l’esprit réactionnaire et chauvin, et de trouver des recrues pour le travail de l’Armée.

    Le déroulement du SNU se fait dans une ambiance de casernement de deux semaines, avec des horaires stricts et un très grand nombre d’activités dans le but de maintenir dans une stimulation constante les jeunes. Le fait que le temps entre l’extinction des feux et le lever représentent tout juste huit heures ne semble pas émouvoir outre mesure les concepteurs.

    Les ambitions donc de comprendre quels sont les enjeux de la défense nationale, autour d’un jeu stratégique, dont nous sommes particulièrement curieux de connaître le contenu. Nul doute que celui-ci serait particulièrement révélateur sur la perception géostratégie de la part de l’Armée.

    Elle est également autour de la question de la Mémoire nationale. La première sortie en force du SNU, durant la commémoration de l’appel du 18 juin, à Bourges, a illustré la manière dont les intervenants et intervenantes se font une idée de cette mémoire. « Pétain, vainqueur de Verdun ». Benjamin Griveaux est désormais dépassé. Il serait là aussi intéressant de connaître les fondements qui sous-tendent une analyse historique aussi teintée.

    D’autres ateliers, moins fondamentaux, s’axent autour de « réflexes-défense » et de « cyberdéfense », ce dernier étant effectivement au centre des questionnements de l’état-major.

    En tout, ce sont 104 intervenants et intervenantes qui sont prévues pour l’ensemble des préparations. Cette liste, une nouvelle fois, mériterait de pouvoir être consultée.

    Il est révélateur d’un changement de stratégie dans la question de la défense. Auparavant, la norme choisie dans les Livre Blanc successifs était celle de la réduction du format des armées, pour ne garder qu’un noyau cuirassé permettant des opérations de type coloniales. Or, la nouvelle sortie du Livre Blanc de 2019-2025 prend le complet inverse. Les formats sont étendus à nouveau, dans le but de « faire face aux nouvelles menaces ». C’est dans ce cadre que le SNU doit être compris, comme conçu conjointement au développement d’une Armée française qui envisage des conflits symétriques dans un cadre international.

    L’objectif de recréer un lien « Armée-Nation » est dans cet état d’esprit là. Dans l’idée que, aujourd’hui, dans l’état actuel des choses, il est possible qu’un conflit de repartage du monde entre les grandes puissances puisse naître.

    Une fois ces deux semaines passées, il est possible d’entreprendre « une période d’engagement d’une durée d’au moins trois mois, liée à la défense et la sécurité (engagement volontaire dans les armées, la police, la gendarmerie, les pompiers, la sécurité civile), à l’accompagnement des personnes, à la préservation du patrimoine ou de l’environnement ou encore au tutorat, sans que cette liste soit limitative. » (Site .gouv)

    En somme, nous revenons aux deux retours sur investissements : politique, mais aussi également pour remplacer des emplois. Le fondement ne va pas plus loin.

    Lors du lancement du projet, le 18 juin, les résultats ont plutôt prêté à rire. De nombreux malaises suite à l’insolation, des chants répétitifs de la Marseillaise, des saluts au drapeau stéréotypés et sans émotion, des conférences où les intervenants et intervenantes ont tenu des propos idéologiquement douteux…

    Cependant, demain, il est possible que cette machinerie prête moins à rire.

    Comment, dans tout cela, ne pas être gêné aux entournures lorsque la France Insoumise, par l’entremise d’Adrien Quatennens, déclare que l’idée était bonne, mais -pour rester dans le rôle de l’opposition – qu’un vrai service de 9 mois aurait été nécessaire.

    À nos yeux, ce n’est pas une question de durée, de moyens, mais de fond. Un service de ce type, tout comme le service militaire, est, en tout premier lieu un moyen d’endoctrinement politique au service de « la France », en réalité des intérêts de la bourgeoisie française.

    Un système comme celui-ci ne peut être qu’un vecteur de conceptions réactionnaires, qu’un outil visant, non pas à « aider la jeunesse à s’émanciper », mais bien, au contraire, à la faire marcher au pas.

    Dans l’ensemble des pays socialistes, la jeunesse participait à des mouvements. Ces mouvements avaient vocation à développer des choses positives, une émulation, un esprit d’entraide, car le cadre politique était différent. Il est d’ailleurs divertissant de voir que cela a toujours été brutalement attaqué par les anticommunistes.

    Dans un cadre politique réactionnaire, un Service National Universel ne peut être que réactionnaire et servir des projets d’agression militaire.

  • Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Wagenknecht / Kuzmanovic : la mutation réactionnaire.

    Assistons-nous à la mutation de la « gauche » ?

    Dans notre brochure intitulée Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » nous nous étions intéresses un moment à la question des flux migratoires et des politiques mises en place par rapport à eux. Surtout, nous évoquions les événements qui avaient eu cours lors du congrès de Die Linke.

    « Outre Rhin, justement, un exemple de fracture populiste se forme. Die Linke, qui est une clique fourre-tout, s’est montrée incapable de réaction vis-à-vis des dernières élections Allemandes. Surtout, elle est à la croisée des chemins. Son aile droite, dirigée par des ex-membre du SPD, semble vouloir scissionner sur la question de l’immigration. Oskar Lafontaine et Sarah Wagenknecht se sont ainsi illustrés par leur tentative de renverser la ligne favorable à l’acceuil des réfugiés au profit d’une ligne visant à copier les positions de l’extrême-droite. Leur idée est d’aller sur le terrain d’Alternativ für Deutschland, et se montrer plus inflexibles qu’eux -si c’est possible- sur la question de l’immigration, en reprenant des thématiques sur le coût de l’accueil et sur l’impact sur le niveau de vie des travailleurs Allemands. Mis en minorité lors du congrès, les deux brillants orateurs -reconnaissons-le- semblent vouloir opérer une scission pour créer leur propre organisation populiste. En ce faisant, ils légitiment les prises de position politiques de l’AfD et renforcent son influence.

    Voilà où mène le fait de caresser les idées réactionnaires dans le sens du poil et de ne jamais vouloir aller contre les idées influentes au sein des masses, même si celles-ci sont réactionnaires voir pogromistes. »

    Nous évoquions également le risque de contamination qui pouvait exister de la part de cette position vers l’équivalent français de Die Linke, la France Insoumise. Nous écrivions alors « nous ne sauterons pas à pied joints dans l’appellation « populiste » que certains accolent à Jean-Luc Mélenchon, mais il n’est pas possible de taire le fait que certains membres de son organisation ont un discours plus que marqué par cette tendance. L’exemple même étant le barbouze Djordje Kuzmanovic, dont les déclarations réactionnaires récurrentes illustrent bel et bien le fait que cette ligne existe au sein de la FI. »

    Depuis le temps s’est écoulé et ces faits malheureux se sont produits. Pour draguer un électorat nouveau, marqué par l’influence de l’extrême-droite, certains sont prêts à tout. Sarah Wagenknecht a lancé son mouvement Aufstehen ! (debout!). Malgré le fait qu’elle ait été attaquée par plusieurs médias et organisations politiques quant à ses positions sur l’immigration, elle se défend de toute conception réactionnaire. Elle clame donc qu’elle n’a fait que mettre fin à une hypocrisie quant aux migrants. Elle est rejointe et applaudie par le triste sire qu’est Djordje Kuzmanovic, lequel déclarait à l’Obs, le 8 septembre qu’il fallait s’aligner sur les positions défendues par Aufstehen ! en Allemagne, et que fermer les frontières serait un acte salutaire à la fois pour les travailleurs du pays comme pour les pays de départ.

    Le discours sonne, au premier abord, presque juste et convainquant. Presque. Il attaque le sous-développement causé par les inégalités économiques internationale comme première cause de départ, cible le fait qu’il faut s’attaquer aux causes plus qu’aux conséquences…etc. Pour un peu, le barbouze passerait pour anti-impérialiste en citant Sankara et pour un humaniste conséquent.

    Quelque chose cloche derrière cette rhétorique bien huilée, trop bien huilée même. Quelque chose de gênant, de dérangeant devant ce discours qui sonne trop juste pour être honnête. Quelque chose de nauséabond, quelque chose de putréfié. Ce quelque chose, c’est le temps. Le temps au sens de l’étape.

    La question de la temporalité ne doit pas être sous estimée. Les positions ne sont pas des absolus, mais bien toujours relative à un contexte précis, à un contexte socio-historique précis, à une situation donnée.

    Ce qui disent Wagenknecht et Kuzmanovic, en somme, c’est qu’il faut être contre l’accueil des migrants car la solution n’est pas là. Et c’est un fait, oui, elle n’est pas là. Ils disent donc : il faut que notre position change car nous sommes pour une solution différente. Mettons fin aux flots de réfugiés et de va-nu-pieds car nous développerons les pays en voie de développement et les émergents. Donc, puisque nous ferons cela, nous pouvons l’intégrer dans notre rhétorique, dans notre programme.

    Dans un futur idéal, hypothétique, fantasmé, peut-être que le « socialisme douanier », que le « nouveau paradigme » ce « protectionnisme solidaire » [« C’est pourquoi nous proposons un tout autre paradigme : le protectionnisme solidaire. » , si tant est que cela ait un sens autre que le slogan. ] pourrait peut-être s’incarner. Si l’impérialisme français était brisé, battu, écrasé, si il n’était pas la raison première de la misère dans les régions d’Afrique d’où partent les migrants, peut-être. Si ce n’était pas les impérialismes conjoints qui semaient la misère dans les zones de départ, peut-être, oui, verrait on ces fantasmes quitter le rayonnage des délires fiévreux pour arriver dans celui des possibles. LFI -ni aucune force réformiste- n’a pas les moyens de pouvoir moraliser les patrons, de pouvoir agir de manière concrète sur l’économie ou sur l’impérialisme. Dire, à l’extrême limite que « lorsque nous serons au pouvoir et que nous aurons fait tout cela, il sera temps de changer d’approche sur la question des migrations » serait une chose.

    Mais pour le moment, non. Pour le moment, nier l’état actuel des choses pour superposer une réalité imaginaire, cela revient à mentir ou pratiquer des tours de passe-passe devant les masses populaires.

    Et nous redoutons que le passe-passe ne soit particulièrement amer. Car il avalise le fait qu’il est légitime de rejeter de chez soi les les flux que nous causons nous même.

    La solution des flux forcés de personnes qui partent de l’enfer, de la misère, de la famine, de la geurre, c’est au préalable l’anéantissement des puissances qui en sont responsables, qui instillent la misère, la famine, la guerre. Ce préalable est incontournable.

    Ce n’est pas, comme le dit le barbouze Kuzmanovic, se méprendre sur l’esprit des Lumières. C’est un choix qui consiste à mettre au dessus de cette pseudo-transcendance nationale la solidarité internationale, de mettre au dessus le slogan oublié de « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Dans les faits, Kuzmanovic, mis au pied du mur, assène : « On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »  Quelle différence entre cette position et celle de Macron ?

    Désormais, plus on creuse, plus la terre sent le cadavre enterré à la va-vite.

    « Sur la question migratoire, en particulier, la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires, qui risquent de s’accentuer encore du fait des catastrophes climatiques. Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut « accueillir tout le monde », il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales – ce que la social-démocratie a renoncé à faire. » Le faux nez tombe. Kuzmanovic, en bon adepte d’une capitalisme protectionniste, cible l’ultra-libéralisme, père de tous les maux. Or, si nous sommes conséquent, nous savons que n’est pas le libéralisme qu’il faut combattre, surtout pour lui substituer une tactique différente de la bourgeoisie, mais le capitalisme et l’impérialisme comme système d’exploitation qui écrase les peuples et les précipitent dans la misère. A l’époque du protectionnisme, les flux de migrants économiques étaient encore plus intenses qu’aujourd’hui. De plus, même d’un point de vue capitaliste, l’immigration n’est pas un frein au développement économique. La Suède, pays d’accueil important, à ainsi connu un rebond énorme dans sa croissance, passant d’une récession terrible en 2009-2010 (-5%!) à une croissance de l’ordre de 3,2% aujourd’hui. Les économistes imputent cela au fait que l’économie a été stimulée par les entrées de migrants et par leur besoins en terme de logement, de biens de consommation et de services. Mais Wagenknecht et notre triste sire ne voient dans les migrants que des bouches à nourrir, que des assistés ou des concurrents, et omettent d’écrire que ce qui bloque le développement économique, ce qui entrave les forces productive, c’est le parasitisme de la part de la bourgeoisie et l’accaparement des ressources et des richesses par cette classe.

    Par ailleurs, ce qu’oublie de mentionner l’apprenti-sorcier du fascisme qu’est Kuzmanovic, c’est la goutte d’eau que représente les migrations à l’heure actuelle. Les flux migratoires sont minuscules par rapport à ceux des années 10-30 ou 50. Surtout, même en supposant que ces flux aillent directement grossir les rangs des chômeurs, ils ne sont qu’une martingale par rapport à l’immense masse de chômeurs qui forment déjà cette armée de réserve. « C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. Lorsqu’il est possible de mal payer des travailleurs sans papiers, il y a une pression à la baisse sur les salaires. Cette analyse serait d’extrême droite ? Vous plaisantez. » 

    Il s’agit, par ailleurs, mot pour mot, la ligne défendue par le Bastion Social, lequel instrumentalise sans vergogne cette question. Pour Kuzmanovic, la solution est de rejeter les travailleurs entrés illégalement sur le territoire français, non les légaliser, les syndiquer, les organiser politiquement, qu’ils sortent de l’ombre et puissent combattre l’exploitation aux côtés de leurs camarades de nationalité française.

    Au final, ce qui ressort de ce positionnement, c’est que le Rubicon a été franchi pour ce qui est du positionnement dans l’échiquier politique pour cet individu, et, peut-être, pour son organisation tout entière si elle ne réagit pas.

    Il ne fait pas de doute que certains sont ravis de cette mutation, surtout à la droite de la droite, mais également au sein de LFI, ou la décomplexion pourra régner. Cependant, nous nous refusons à croire que cette position puisse être hégémonique sans discussion et devenir une thèse de LFI. Nous appelons les adhérents de ce mouvement à rejeter la ligne de Kuzmanovic, à obtenir son départ, ce qui sera un test pour la démocratie interne, par ailleurs, et à condamner tant la position de Wagenknecht que celle vers laquelle semble s’orienter un Mélenchon qui s’est déjà fendu de réflexions douteuses sur l’immigration. A moins qu’il ne les ait déjà oublié, au vu des pertes de mémoires subites dont il semble souffrir sous la pression…

    Défendons le droit d’asile ! Défendons l’accueil de ceux qui fuient les guerres dont tirent profit Total, Dassault, Thalès, Areva ! Défendons l’accès aux papiers pour tous ceux qui en sont privés ! Quelque soient les papiers, quelque soient les origines, nous ne formons qu’une seule ligne de front contre l’exploitation, contre l’oppression !

  • Osons poser la question de la politique dans la grève !

    Osons poser la question de la politique dans la grève !

    Oser poser la question de la politique dans la grève.

                    L’offensive du patronat bat son plein. La bourgeoisie monopoliste, profitant du champ libre, frappe de toutes ses forces de larges parties de la population, des pans entiers de la société. Santé, chômage, retraites, éducation, SCNF, code du travail… En quelques mois, les exploiteurs et les exploiteuses tentent de reprendre l’équivalent de dizaines d’années de luttes.

                    Pourtant, les masses ne se laissent pas faire. Les syndicats -bien que la CFDT, dont le sens proverbial de la trahison s’illustre de nouveau- appellent à résister, à combattre. Les grèves sont suivies, les manifestations sont denses, les facultés sont bloquées.

                    Cependant, pour le moment, les liens entre les mobilisations demeurent ténus. Les luttes sont parallèles, se regardent mutuellement, se soutiennent mutuellement, mais demeurent des luttes. Elles comptent sur leurs forces séparées, sur leurs capacités de résistance, sur leurs capacités à durer dans le temps. Elles sont des fronts. Souvent, hélas, ces fronts sont battus les uns après les autres, dans le détail. Ils tombent les uns après les autres.

                    L’idée de répondre à ce problème de division ne date absolument pas d’hier. Elle est une thématique récurrente, constante, au travers des forces qui luttent. Il faut dire qu’elle est logique et répond à un besoin reconnu par tous. C’est de ce constat que sort l’idée de convergence des luttes, notamment popularisée par l’organisation trotskiste N.P.A. et par les interventions de son leader, Olivier Besancenot.

    Qu’est ce que la convergence des luttes ?

                    L’idée de la convergence des luttes est définie par Wikipédia de la manière suivante : La convergence des luttes est une démarche syndicale en usage dans le syndicalisme de lutte, mais aussi parfois dans le monde associatif militant, qui tend à faire converger dans un mouvement social commun des luttes différentes mais proches.

                    La convergence des luttes est donc une manière de tenter de faire marcher ensemble différent secteurs, de les coordonner, de les synchroniser. C’est une étape importante dans le fait de constituer un front unique contre la politique gouvernementale, mais il s’agit fondamentalement d’une étape insuffisante.

                    Nous défendons l’idée qu’un comité national de grève puisse émerger et représenter une instance de débat et de coordination des différents secteurs en lutte, que cela permette de concrétiser cette jonction. Mais, surtout, nous défendons le fait qu’il ne suffit pas d’adjoindre les revendications les unes aux autres, comme dans un empilement accidentel. Une unification des luttes, ce n’est pas une addition, c’est une synthèse.

                    La lutte heurte un plafond de verre. Celui du traitement économiste et sectoriel de questions qui dépassent ce cadre. Restant dans l’idée de revendications -légitimes au demeurant- concernant les conditions de travail, celles-ci forment une riposte au coup-par-coup, une contre-offensive limitée.

                    Les syndicats ont leurs limites. Ils sont des outils de défense des droits des travailleurs, et dans ce rôle, sont irremplaçables. Mais la question qui se pose, à l’heure actuelle, n’est plus celle de l’adjonction de revendications nouvelles, mais bien celle de leur synthèse.

                     leur synthèse est politique, elle ne peut être que politique.

                    C’est  là la tâche des communistes, d’apporter cette synthèse politique, laquelle est le fruit d’un travail demandant une réflexion théorique et idéologique préalable.

                     Les réformistes le font d’une manière mensongère, en orientant les voix des ouvriers vers leurs organisations, en surfant sur la colère des masses pour gagner en postes et en sièges.

                    Quant aux trotskistes, un simple coup d’œil sur leur programme politique permet de déterminer la fausseté de leur pratique. Ces programmes « politiques » sont des programmes de syndicats : hausse des salaires, baisse du temps de travail… Au lieu de faire progresser la conscience politique des masses, ces organisations la maintienne en arrière, la rabaisse au niveau le plus platement économiste de la lutte.

                    Dans la bouche des syndicats, parler de hausses de salaires, de réduction de temps de travail, de nationalisations, tout cela est logique et cohérent. Dans celles des organisations politiques, elles sont des reculs et des diversions.

                    Les organisations politiques posent la question en termes politiques, ou se muent en échecs. Lénine écrivait que « hors du pouvoir, tout est illusion. » Or, c’est bel et bien le rôle des organisations politiques d’expliquer, de défendre, l’idée que seule la question du pouvoir est à même de résoudre les problèmes de la société. De défendre que le front uni, le front unique des travailleurs, ne peut que se créer derrière une conception politique -même minimale- commune.

                    La bourgeoisie n’a qu’a attendre. Elle est patiente. Elle peut tenir le choc des grèves et des mouvements, comme l’a fait Thatcher. Tant que le mode opératoire et les mots d’ordre demeurent économistes, rien de mal ne peut se passer. Le pire scénario serait d’avoir une opposition politique sociale-démocrate. Elle serait un marchepied, un paillasson, tout comme l’ont été Mitterrand et Hollande.

                    Une grève générale pourrait faire reculer certaines attaques. Mais l’unité de volonté de la bourgeoisie semble être de fer. La bourgeoisie veut remporter cette bataille centrale, celle du contrat de travail, celle de pouvoir faire travailler les exploités avec un revolver sur la tempe. Même la plus grande des grèves générales demeure défensive. L’offensive est politique. L’offensive se fait derrière l’idée que c’est la conquête des outils du pouvoir qui permet la victoire.

                    C’est pour cela que la bourgeoisie exècre la politisation des luttes. Elle exècre le fait que les masses puissent mettre en doute la légitimité de son pouvoir et de son ordre. La politisation de la lutte et le renforcement des organisations politiques révolutionnaires, des organisations de masse, des fronts, l’avancée de la conscience politique sont tout autant de menaces pour elle.

                    C’est pour cette raison, justement, que les questions politiques doivent être développées.

                    Le mouvement du 5 mai, maladroitement, derrière une ambition opportuniste et électoraliste, pose néanmoins la question de la politique. La France Insoumise, en effet, veut sortir de la lutte économiste, mais bel et bien pour fédérer celles et ceux qui sont en colère dans les rangs de leur organisation, pour que ceux-ci et celles-ci votent Mélenchon et l’acclament comme le tribun de la plèbe qu’il rêve d’être.

                    La question politique est pourtant légitime, tout comme l’est la question du pouvoir. Le gouvernement est un gouvernement au service de la bourgeoisie. L’Etat est l’instrument de cette même bourgeoisie. l’Assemblée Nationale est une chambre d’enregistrement des désirs de cette classe sociale. Les élections n’existent que pour la légitimer.

                    La question politique se pose donc, sous une forme qui est hors des cadres établis, qui est hors des salons, des institutions. Elle est dans le fait de réclamer, pour les masses, une légitimité. Une légitimité politique, basée non pas sur la démocratie bourgeoise, sur les élections organisées par celle-ci, mais sur la démocratie populaire, sur les assemblées de lutte, sur les assemblées générales organisées par les masses populaires. Elle est le fait de réclamer, comme le disait Mao, une fraction du pouvoir réel.

                    L’Unité Communiste de Lyon défend depuis fin 2016 la notion d’opposition extra-parlementaire. Une opposition hors des lieux et des cadres de la bourgeoisie. Une opposition dont le but n’est pas de concurrencer sur son propre terrain les organisations de cette classe, mais bel et bien de se réclamer comme un noyau légitime.

                    Car, la vérité, la voilà : les masses populaires produisent l’intégralité des richesses de la Terre. Les travailleurs, les travailleuses, sont celles et ceux qui sont les forces créatrices du monde. La bourgeoisie les en spolie et les spolie également du pouvoir. Or, ceux et celles qui produisent doivent être ceux et celles qui dirigent !

                    Cette question est cruciale, au final, car elle est ce qui sépare deux conceptions de la lutte. Une vue comme restreinte au cadre bourgeois et parlementaire, comme une prière adressée au gouvernement, aux députés, pour qu’ils et qu’elles abandonnent leurs attaques. L’autre vu comme le fait que la légitimité du pouvoir bourgeois est remise en question, et que l’édification d’un pouvoir populaire est le point central des luttes.

                    Même si une défaite apparaît, elle ne sera pas une réelle défaite si les organisations révolutionnaires ressortent grandies, renforcées, légitimées par leur action dans les luttes. Si le drapeau rouge de la révolution est plus présent, plus fort, si les idées révolutionnaires font leur chemin, alors c’est la bourgeoisie qui aura subit une défaite stratégique.

                    Politisons les luttes ! Dénonçons le pouvoir de la bourgeoisie ! Défendons l’opposition extra-parlementaire !

  • Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie finale – des nazis à la rue ?

    Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie finale – des nazis à la rue ?

    Des nazis à la rue ?

    Le coup de force du 23 septembre a suscité de nombreuses critiques et de nombreuses réactions, fort variées. Celles-ci ont formé un véritable tir d’artillerie, encadrant de critiques de gauche et de critiques de droite l’opération menée par la France Insoumise. Nous avons nous-mêmes formulé les nôtres plus en amont dans ce texte ainsi que dans notre article sur le dangereux solo de Mélenchon. Mais nous considérons que toutes les critiques n’ont pas la même valeur, ne sont pas forcément justifiées.  Nous nous devons de rendre à César ce qui revient à César, quant à cette manifestation, tout comme de faire la critique des critiques.

    Le désaccord de fond que nous avons avec la France Insoumise, quant aux fondements théoriques de ce mouvement, quant à la stratégie générale, quant au programme, quant à la ligne défendue jusqu’à présent dans le mouvement social, ne doit pas, pour autant, obscurcir notre jugement. Le désaccord est politique et doit rester politique. Certains vouent une haine viscérale au mouvement de Mélenchon, à chacun de ses membres, à chacun de ses militants et militantes. Cela donne naissance à des commentaires basés uniquement sur de l’affect, sur un rapport viscéral, mais non sur une critique de fond.

    Les critiques de droite ont tenté de jouer sur deux lignes : Celle de la minimisation du rassemblement en premier lieu. C’est celle de Marianne par exemple, titrant qu’il n’y avait que 57 000 personnes à la Bastille, lorsque la FI en revendiquait le triple. Cette bataille de chiffres n’est pas significative pour analyser l’influence politique de cette manifestation. Elle est du domaine de l’acte de foi. Mais elle fut utilisée par certains détracteurs pour réduire l’importance de la mobilisation ou de qualifier d’échec cette opération. Indépendamment de ce qu’il est possible de penser du fond de l’affaire, le nombre d’individus présent n’était pas suffisamment ridicule pour que cela puisse être une humiliation.

    Le président Macron, lui-même, l’a reprise. Il l’a mêlée a un autre argument : la menace Mélenchon. En aparté, dans des propos reportés par le Canard Enchaîné, le ton se fait plus agressif. Mélenchon serait un « président Africain battu » refusant de reconnaître sa défaite. Il serait dans une « démarche séditieuse » et il est heureux qu’il n’ait pas « l’armée derrière lui ».

    Dans le même ordre d’idée, Valeurs Actuelles a ainsi illustré sa couverture d’un montage du Che et du visage de Mélenchon. Une manière de surfer, pour ce journal d’extrême-droite, sur l’anticommunisme, sur la peur du rouge, la peur du bolchevisme.

    Si la bourgeoisie a bel et bien raison de redouter qu’un parti communiste léniniste naisse et grandisse, Mélenchon, n’en déplaise à ses détracteurs comme à ses adulateurs, n’a rien d’un révolutionnaire. Si l’attaque laisse transparaître le fait que son existence est déplaisante aux yeux de la bourgeoisie, cela n’en fait pas, pour autant, un émule de Lénine ni même d’un président de gauche sud-américain.

    Au cours de son débat avec le Premier ministre, Edouard Philippe, Mélenchon l’a illustré à plusieurs reprises : « Je suis un Républicain, la loi est au-dessus de tout le reste » a-t-il dit. L’attachement républicain de Mélenchon fut d’ailleurs salué par son contradicteur. Dans les faits, il s’est limité à attaquer le « mauvais prince » au pouvoir, sans jamais revenir sur les fondements de l’inégalité et de la pauvreté au sein de l’Etat français : la bourgeoisie, parasite exploiteur, vampire des masses populaires. Difficile de faire moins marxiste et moins bolchevique.

    Il s’agit d’un aspect que ses détracteurs de gauche connaissent bien. Il s’agit par ailleurs du fondement de la critique contre Mélenchon : le caractère social-chauvin et réformiste du programme de leur leader.

    Le problème, dans la critique portée par de nombreux groupes de gauche n’est pas le fond, mais bien souvent la méthode.

    L’intervention de la part de militants et militantes d’ultra-gauche lors de la manifestation du 23 s’est faite sur un fond valable. Elle s’est faite sur une opposition de fond aux travers de la FI. Mais celle-ci fut inaudible. Elle le fut car elle s’est faite en traitant les militants de la FI comme des ennemis, en les attaquant -parfois physiquement- tout en ne pouvant expliquer les fondements des critiques portées contre ce mouvement. S’en prendre à la tribune et aux militants, dans ce contexte, agit de manière contreproductive, en solidarisant les militants FI avec leur direction, en les faisant former un front unique contre ceux qui apportent la contradiction, le chaos, le malheur de la discorde.

    Cette erreur est typiquement gauchiste, elle se base sur une surestimation de la difficulté de débattre avec les militants et militantes de la FI, de les faire avancer politiquement, de les faire évoluer par rapport aux positions de Jean-Luc Mélenchon et des réformistes qui trustent sa direction. Elle se base sur une idée que la pensée de ces militants est déjà figée et sclérosée. Ne voulant pas porter la contradiction politique, mais ne portant que l’antagonisme, ils et elles ne sont pas parvenu a faire bouger d’un iota les lignes. Cela n’enlève rien à leur bonne volonté, mais a fait de leur apparition un échec total au lieu d’une occasion de lutter contre les idées fausses au sein du mouvement de la FI.

    Nous ne prétendons pas avoir la solution parfaite quant au dialogue et au débat, mais nous considérons que traiter en ennemis ceux qui militent et luttent honnêtement, même dans un mouvement criblé de défauts, est une impasse complète, qui ne mène qu’au sectarisme. Si le Parti de Gauche représente une force politique fondamentalement et irrémédiablement constituée de chauvins et de réformistes, la FI est bien trop nébuleuse et vaste pour qu’il en soit tiré un jugement aussi clivant.

    Le social-chauvinisme et les tendances réactionnaires de certains militants de la FI, ainsi que de certains éminents membres de sa direction est indéniable, tel Djorge Kuzmanovic -le barbouze de service, qui faisait de « l’humanitaire au Rwanda pendant le génocide »- cependant, de là à faire de la FI un groupe de néo-nazis à la rue, un océan existe. Certains n’hésitent pas à le franchir allégrement.

    La page Facebook de Conspiracy Watch – Observatoire du conspirationnisme avait ainsi épinglé une pancarte, présente à la manifestation, représentant Macron en pieuvre assoiffée de sang et d’argent. Celle-ci était titrée « Macron, le monstre au service de l’argent-roi ! » Cette affiche a déclenché un malaise certain sur les réseaux sociaux. Conspiracy Watch a eu raison de l’épingler, du fait du contenu et des références douteuses à l’argent-roi, formulation qui se retrouvait régulièrement dans les publications d’extrême-droite d’avant guerre.

    Certains militants, notamment liés à des organisations légèrement paranoïaques dont nous avons longuement parlé plus tôt, ce sont empressés de se saisir de cette pancarte pour déclarer que celle-ci illustrait pleinement l’antisémitisme et le complotisme de la FI. D’une pancarte, ils en font une profession de foi, laquelle leur sert à jeter au bûcher les militants et militantes de la FI.

    Nous ne pensons pas que la FI soit un mouvement antisémite, complotiste, crypto-fasciste. Nous pensons que sa direction suit une stratégie qui est celle d’un mouvement sectaire et d’un mouvement essentiellement chauvin et réformiste. Mais les masses de gens qui le composent n’en sont pas moins, bien souvent, des individus voulant lutter avec sincérité, avec dévouement, avec, également une capacité à se corriger et à repérer les erreurs.  Les ostraciser, les isoler, les attaquer ne fait que renforcer l’emprise d’une direction antidémocratique et anticommuniste.

    Nous, comme bien d’autres, sommes issus d’une culture politique particulière, d’une tradition, d’une formation longue. Mais cela représente une minorité, d’une part. De l’autre, cette culture et cette compréhension politique peut nous pousser à agir avec présomption et jugement à l’emporte-pièce, ce qui est non seulement faux mais contre-productif. Le plus souvent, cette faute de sectarisme est justement révélateur de la faiblesse idéologique de nos propres rangs, non de sa force.

    Un travail de dialogue, basé sur le raisonnement, sur le débat, sur la persuasion et non sur la contrainte et l’attaque doit être fait en direction des militants et militantes de la FI. Mais il doit être fait en les considérant comme des alliés dans l’erreur, non comme des ennemis. Il existe de véritable fascistes qui sont nos ennemis. Il existe une bourgeoisie qui l’est tout autant.

    Ce qui nous sépare, ce sont des lignes de démarcation. Celles-ci doivent être tracées soigneusement.

    Les malheurs de l’extrême-droite ne peuvent que nous réjouir et nous remplir d’aise. Mais la tendance que peuvent avoir certain à voir du fascisme partout, à le flairer comme une menace immédiate et irréductible est une faute stratégique terrible, laquelle pousse certains et certaines à aller jusqu’à faire alliance avec les bourreaux des classes populaires sous prétexte de défendre la « démocratie » et la « république » au lieu de travailler à construire les outils de la révolution.

  • Le dangereux solo de Mélenchon.

    Le dangereux solo de Mélenchon.

    Le dangereux solo de Mélenchon.

    Que chaque force politique ou syndicale ait une stratégie, cela va de soi. A l’exception de celles et ceux qui se complaisent dans le suivisme intégral -il y en a- il s’agit d’une des raisons fondamentale de l’existence des organisations et des groupes.

    Ces stratégies sont diverses et variées, elles reflètent les conceptions politiques et idéologiques de celles et ceux qui les mettent en pratique. Elles sont également diversement compatibles. Certaines se marient très bien avec d’autres, permettant la naissance d’alliances, d’autres, au contraire, sont antagoniques. Elles ne peuvent pas former de synthèse -même temporaire- et ne conduisent qu’à l’affrontement et l’anéantissement.

    Dans la situation actuelle, nous considérons qu’il existe une réelle urgence. L’offensive de la bourgeoisie, que nous avons détaillée dans notre brochure Le plan de la bourgeoisie, sera terrible. Elle concernera tous les aspects de la vie des travailleurs et des travailleuses, ainsi que des chômeurs, retraités et invalides. Ces attaques de fond sur les contrats de travail, sur le salaire, sur le niveau de vie, se traduira par une terrible vague de misère.

    Sous-estimer les ravages de cette offensive est grave. Certaines organisations ont tendance à le faire et à ne pas traiter la question de la lutte avec le sérieux nécessaire. Il s’agit d’une erreur. Mais lorsque certains tentent cyniquement de s’en servir comme d’un marchepied, quitte à causer sa faillite, une autre étape est franchie, celle de la trahison pure et simple.

    Que chaque organisation, que chaque courant politique essaie de faire triompher son point de vue au sein de la lutte, la cause est entendue. Là, encore, la cohérence règne. Le problème serait plutôt si le silence régnait au lieu du débat, et, surtout, du débat de fond. Mais les dirigeants des organisations et des mouvements qui sacrifient les luttes, en particulier les luttes aussi essentielles, pour se construire un petit promontoire, deviennent des ennemis de la lutte.

    Celle qui s’annonce est d’une importance qui dépasse la question des intérêts de telle ou telle clique de professionnels de la politique.

    Déjà, les vautours rodent.

    Force Ouvrière annonce clairement, sans ambages, son intention de trahir, en refusant toute unité le 12 septembre. Dernier coup de poignard en date, de la part d’un syndicat conçu comme fossoyeur des luttes, comme un fer de lance de l’anticommunisme.

    Le Parti Socialiste annonce sa volonté de rejoindre la lutte contre une loi qu’il a mise en œuvre lui même. Il tente de se recréer une virginité politique, après 5 ans passés à écraser les travailleurs et les travailleuses. Charognards parmi les charognards, ils attendent leur heure.

    Combien d’organisations syndicales et politiques vont jouer ce jeu de double face ? Nous l’ignorons.

    Toujours est-il qu’une légitime méfiance ne peut que résider en face de celles et ceux qui ne voient que leurs intérêts personnels au sein de la lutte.

    Il s’agit, malheureusement, de l’orientation que semble prendre la direction de  la France Insoumise, au travers du discours de Mélenchon, à Marseille.

    Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur les militants et militantes qui s’engagent dans ce mouvement. Des militants et des militantes correctes, honnêtes, dévoués et sincères sont dans leur rangs, mais sa direction, quant à elle, est nettement plus sujette à caution. C’est ce que nous déplorons. La stratégie qui se met en œuvre est dangereuse, car elle n’engage pas seulement la personnalité et les désirs de la direction de la FI, dont nous n’avons que faire, mais elle a des répercutions sur la lutte sociale, sur l’unité et la force du mouvement de contestation. Elle agit comme un coin enfoncé dans le front contre les réformes de Macron, contre les attaques du patronat, contre l’abîme de misère qui nous contemple.

    Les batailles de chefs, les batailles de petites bureaucraties internes, pour des queues de cerises, ne nous intéressent guère en tant que tel, mais les répercutions qu’elles engendrent oui, car nous les payons. Les membres de l’appareil des organisations sont dans une tour d’ivoire. Ils ne sont pas les victimes des défaites. Les masses le sont, et, c’est là l’une des phrases emblématique du mouvement maoïste, nous devons « servir le peuple » et non « se servir du peuple. »

    Dans le cas de la FI, la stratégie que la direction prend est le reflet de l’origine politique de ses cadres. Au final, celle-ci est trustée par des professionnels de la politique, par des tribuns formés à la même école, partageant le même habitus de classe de membre de l’appareil d’Etat.

    Corbière et Mélenchon, pour ne citer qu’eux, ont tous les deux été formés à l’école du lambertisme, cette branche particulièrement chauvine et sectaire du trotskisme. L’un et l’autre ont été membres du PCI, dans lequel Lambert évoluait, et ont suivi sa voie, au travers de ses évolutions. Cela a laissé sa marque, a constitué leur fond politique. Celui-ci, mâtiné d’entrisme, de fractionnisme, d’avancées drapeau replié, ils ne l’ont pas renié un seul instant. Cette culture politique ne se marie pas particulièrement avec l’honnêteté politique, ni avec le fonctionnement démocratique au sein des organisations.

    La création de la FI, elle-même, est une parfaite illustration.

    Le Nouvel Observateur, dans un article intitulé La France insoumise : organisation cherche révolution ! met le doit sur cette ambigüité. Les chefs de la FI sont tous des dirigeants politiques issus du sérail, rompus à toutes les combines. Ce sont des professionnels. Ils entendent le rester, en formant, selon des méthodes éprouvées, une chape de plomb au sommet de l’organisation.

    Repousser la convention nationale, pour mettre fin au « blabla » dénigré par Jean-Luc Mélenchon, cela signifie reconduire, jusqu’aux calendes grecques, une direction qui dispose du contrôle absolu de l’ordre du jour et de l’appareil.

    Elle est une organisation prétendument horizontale, mais d’une opacité totale. Les procédés employés sont obscurs et indéchiffrables. Les comités de base, nommés groupes d’appui, le terme révèle leur nature non-décisionnaire, peuvent se réunir en convention, certes. Mais le pouvoir de ces conventions n’est défini nul par. Il demeure à la discrétion des dirigeants.

    La prise de décision est le fruit des groupes dirigeants uniquement, ou, lorsque cela va dans leur sens, du plébiscite. Dans la mesure où, si des décisions leur déplaisent, il reste la manne titanesque des 500 000 adhérents internet, prêts à faire fonctionner une démocratie du clic. La dizaine de milliers d’adhérents de terrain sont ainsi noyés par les invérifiables centaines de milliers de cyber-militants.

    D’autant que les plates-formes internet ressemblent à des listes de courses infinies, où chacun peut trouver ce qui lui plait. Mais la cohérence politique n’est pas au rendez-vous. Ni le démocratisme. A nos yeux, cette manière de fonctionner ôte toute parole aux militants et militantes de la FI. Ces plateformes sont censées être le reflet de la parole de la base, mais les positions de la FI sont pourtant des copies-carbones des ouvrages du chef, écrits longtemps en amont. Il est douteux de croire que spontanément, les positions de militants, majoritairement hostiles aux aventures militaires, s’alignent sur celles d’ouvrages aussi répugnants que l’ère du peuple et le hareng de Bismarck, lesquels sont véritables incarnations du social-chauvinisme agressif. Nous ne pouvons croire que les militants et militantes sincères s’alignent sur les positions d’individus comme Djorge Kumanovic, digne héritier des barbouzes de Mitterand et des réseaux Foccart. Et ce, tandis que retentit la Marseillaise, l’hymne de l’impérialisme français. Le maquillage à coups d’Internationale n’aura duré qu’un temps, l’heure est au chauvinisme le plus brutal, sur le dos des adhérents.

    Cette prétendue démocratie interne n’est qu’un prétexte à l’adhésion, au final. Elle n’est pas un débat, elle est un collier de chaines que doivent porter les militants et militantes de la FI.

    Car la démocratie au sein des organisations ne se nourrit pas de ces « plateformes. » Au mieux, cela se termine pas la mise en œuvre d’organisations criblées de fractions, sans unités, perdues par les affrontements entre cliques et entres chapelles. Au pire, celles-ci ne sont tout simplement pas écoutées, pas prises en compte. Elles ne sont pas plus démocratiques que la démocratie bourgeoise qu’elles prétendent remplacer ou améliorer.

    Cette direction n’a pas hésité à fonctionner en décrétant des positions, en imposant des choix correspondant aux désirs de celle-ci, dévoilant le fait que la démocratie n’est que de façade. Ainsi, au cours des élections, les militants de la FI et du PCF ont parfois œuvré en bonne intelligence. Localement, les comités de base ont choisi la voie de l’alliance par opposition à celle de l’affrontement. Cela ne correspondant pas à l’ordre du jour de la direction, celle-ci n’a pas hésité à court-circuiter des candidats que les comités de base avaient pourtant intronisés, en alliance avec d’autres forces.

    Pourquoi une telle attitude ?

    Cela car les dirigeants de la FI sont affamés de postes et de fauteuils.

    Mouvement sans bases d’appui, la FI n’a d’autre choix que de les prendre là où elle peut : sur le terrain de ses proches. Sa popularité, face au PCF moribond et face au PS marqué du sceau de l’infamie, le lui permet.

    D’autant qu’en 2012, le « combat des chefs » entre Mélenchon et Le Pen, a été un échec. Courageux mais pas téméraire, le chef s’est reporté sur une cible facile, où, au lieu d’avoir une bataille, il y aurait une victoire facile. Terne, mais efficace. Oublié le tonitruant discours du 14 mai 2012 sur les parachutés, sur les planqués. La bataille d’ensemble, le raz-de-marée a échoué, place à l’avancée, les dents serrées, en prenant les places des alliés de la veille.

    Ainsi, le choix de Marseille, où Jean-Luc Mélenchon fut parachuté, est illustratif.

    Cette stratégie de vampirisation de l’espace ne contribue pas à créer les bases d’une unité, même tactique, avec des forces qui ne cherchent qu’à s’imposer comme centre unique.

    Il est notable que la grosse tête de Mélenchon n’est pas une nouveauté. Celui-ci, ainsi, le 13 mai 2017, tweetait « Je rappelle aux antifascistes d’opérette que c’est moi qui ai gagné en justice le droit de qualifier Le Pen de « fasciste. » Les antifascistes sauront apprécier cette marque de respect. Mais tant que la portée des propos se limite à blesser les égos, tant qu’il s’agit de vantardise, les choses restent gérables.

    Mais lorsque la question s’étend à la lutte sociale, la tournure devient nettement plus aigre.

    Les discours de Jean-Luc Mélenchon, à la suite des législatives, entrent dans cette droite ligne. Se proclamant centre de l’opposition, déclarant ainsi le 18 juin 2017 « c’est notre groupe qui appellera le pays, le moment venu, à une résistance sociale. » La date et le contenu en disent plus qu’un long discours. La poignée de députés FI seraient le point d’encrage de la « résistance sociale », seuls contre tous. Qu’importe le vide de sens du terme, le résultat est là. Ni syndicats, ni partis opposés à la politique du gouvernement, ni rien. L’alpha et l’oméga, pour l’ »ex »-lambertiste, c’est son mouvement. Ni plus ni moins.

    Dans un effort de gymnastique mentale intense, ils réussissent même à revendiquer les abstentionnistes comme étant des alliés, comme faisant partie du même mouvement. Y compris lorsque ces mêmes abstentionnistes « dégageaient » l’ancien PS en même temps que les autres candidats. Or, la lutte terrible qui s’annonce se marie mal de cette politique autocentrée. Pourtant c’est bien cette voie que choisit le tribun.

    Lors du discours de clôture de leur université d’été, à Marseille, entre les 25 et 27 août, Mélenchon, avant que retentisse la Marseillaise, déclarait : « La vague dégagiste va reprendre et s’amplifier, elle a rendez-vous le 23 septembre. C’est le moment de venir, les gens, d’exprimer dans la démocratie de la rue, les leçons des élections que vous avez porté avec vos bulletins de vote et par l’abstention. » Manière particulièrement dérangeante de présenter les choses. En effet, la CGT et les organisations syndicales d’une manière générale, Front Social et la plupart des organisations politiques prennent comme date le 12 septembre. Jean-Luc Mélenchon décrète, quant à lui,  que le 23 septembre sera le point de départ de la lutte. Il s’agit d’une dangereuse manière de faire cavalier seul.

    Pour se placer au centre, les dirigeants de la FI se doivent de renier toute légitimité, voir toute existence aux autres forces. Cette conception sectaire, nous ne la connaissons que trop bien, hélas. A l’inverse, ce que ciblent d’ailleurs plusieurs communiqués, des comités locaux se sont emparés sans ménagement de cette date de lutte, pour en revendiquer la paternité, nous reviendrons dessus par la suite.

    Le 23 septembre n’est pas une date anodine. Elle est la « journée de la paix », journée impulsée et investie par la Némésis de la FI, le PCF. L’espoir de la direction de la FI, c’est d’apparaitre seul, tandis que ses concurrents sont occupés ailleurs.

    Ce comportement n’est pas seulement détestable, il est dangereux. Il est dangereux car il table sur la liquidation de toutes les organisations politiques et syndicales qui ne lui sont pas directement inféodées. Elle table sur le fait de tout broyer pour rester seul récipiendaire des lauriers de la victoire.
    Sauf que, sans mobilisation unitaire, sans sincérité, il n’existera pas de victoire.

    Les élucubrations marseillaises de JLM laissent un goût de cendre en bouche, un goût amer, entretenu par l’idée que la mobilisation sur la loi travail risque de se faire sur deux fronts : contre le gouvernement et contre les récupérateurs assoiffés de postes et de mairies.

    L’attitude de Jean Luc Mélenchon, en vérité, est celle d’un liquidateur, prêt à tout pour s’imposer, quitte à faire payer aux masses le prix le plus fort. En ce sens, il opère un juste retour auprès de ses sources d’origines, le trotskisme. Il ne désire rien plus que l’effondrement de la CGT, du PCF, de toutes les organisations qui sont sur le même créneau que lui. S’il ne se hisse que sur un champ de ruine, celui lui conviendra.

    Si il faut marcher seul, il le fera, car c’est là son gagne-pain, là sa carrière.

    Déjà, ses lieutenants ont manœuvré pour instiller la méfiance entre la CGT et Front Social. La CGT ressent comme une tentative de l’affaiblir la naissance de ce front. Comment la blâmer ? C’est bel et bien ce que les fidèles de Mélenchon ont à l’esprit en s’y investissant. La CGT apparaissant comme un bastion du PCF -ce qui n’est pas faux en soi- la direction de la FI impulse une ligne qui vise à ne pas marcher avec elle, voir même contre-elle, pour ne pas donner le moindre grain à moudre au PCF. Lorsqu’elle « marche » avec la CGT, la situation n’est pas forcément plus joyeuse. Ainsi, les Communistes Libertaires de la CGT – une émanation de Alternative Libertaire, se sont feint du communiqué suivant :

    Mélenchon piétine l’indépendance de la CGT

    samedi 26 août 2017

    La France Insoumise se prend maintenant pour la grenouille qui avale le bœuf !

    Nous avons pendant longtemps défendu pied à pied l’indépendance de la CGT vis-à-vis du PCF. Puis le délitement du PCF nous a conduits à défendre l’idée que l’indépendance vis-à-vis d’un parti ne veut pas dire apolitisme. Nous défendons l’idée que la CGT doit inscrire son activité dans une perspective de révolution sociale et dans le respect du pluralisme des sensibilités politiques qui partagent le mouvement le mouvement ouvrier.

    Alors quand les militants de Mélenchon veulent imposer leur calendrier et leur leadership sur le mouvement social et la CGT en entretenant une confusion complète (voir l’affiche ci-joint), nous sommes encore debout contre de telles pratiques !

    Une mise au point du Bureau confédéral devient nécessaire devant la multiplication de ces pratiques par des militants FI !

    L’affiche incriminée a de quoi, en effet, entraîner cette réaction épidermique. Entre le bleu-blanc-rouge, les portraits de Mélenchon, toute l’iconographie de la FI y passe. Cependant, le macaron de la CGT achève de créer un effet douteux  d’OPA hostile.

    Pourtant, hormis ces quelques agents, Front Social n’est pas un front visant à saper la CGT, mais au contraire, à permettre une dynamique unitaire, plus large, plus puissante. La nécessité de ce front est pourtant largement comprise.

    Dans les « cortèges de tête » de la lutte de 2016, même les mouvances autonomes, pourtant rarement pro-CGT, appelèrent au cortège de « K-ways noirs et chasubles rouges », manière de promouvoir une unité d’action large entre syndicats, forces politiques radicales et groupes variés.

    Nous ne doutons pas que ces idées puissent faire leur chemin dans la large majorité des esprits, au cours des débats et des discussions qui peuvent avoir lieu lors de la construction de ce mouvement. Nous ne doutons pas qu’une large majorité de militants et militantes FI s’y rallient et en sont convaincus.

    Mais nous redoutons que la direction liquidatrice de la FI l’emporte et poursuive ce jeu dangereux, nous redoutons qu’elle ne sabote purement et simplement le travail unitaire pour sacrifier la lutte sur l’autel de ses petits intérêts.

    Nous redoutons cela, car c’est ce qui transparait des messages de Mélenchon, ce qui transparait de ses discours, ce qui transparait de sa stratégie de lessivage de ses alliés.

    Nous pensons que cette lutte à un caractère hautement stratégique, et qu’elle ne peut être le théâtre de cette comédie ridicule.

    Nous pensons qu’une grande part des militantes et des militants de la FI feront le bon choix, le moment venu. Celui de la lutte sincère et unitaire. Mais nous espérons que cela leur ouvrira les yeux sur la direction de son mouvement, et qu’ils sauront en chasser les éléments opportunistes et carriéristes, dussent-ils en être les fondateurs et les animateurs principaux.

    Dans la lutte stratégique qui s’ouvre, il n’est possible de n’avoir qu’une seule stratégie : celle du combat sans esprit de recul, sans esprit de capitulation et de négociation.

    Ceux et celles qui luttent contre cette loi doivent ne former qu’un seul rang, une seule ligne de front. Cela n’éteint pas les divergences, les désaccords, les conflits, les hostilités en fonction des clivages politiques internes.

    Il s’agit d’un phénomène normal au sein d’une lutte. C’est ainsi également que la conscience politique évolue, dans le creuset des débats, dans la bataille d’idées, dans les échanges. Nous même ne cacherons pas notre idéologie ni notre drapeau, de même que nous invitons chacun des acteurs à faire de même.

    Mais ce qui ne se marie pas avec la lutte, c’est la cuisine secrète, les manigances, la mesquinerie et la fourberie, dont certains courants et certaines idéologies sont coutumières. Ceux-là n’ont pas leur place dans nos rangs. Ils n’ont de place qu’auprès des bourgeois et des exploiteurs, à quémander des miettes et des postes.

    La lutte commence ! Menons-là jusqu’au bout !

  • Bilan des législatives : Victoire de l’abstention !

    Bilan des législatives : Victoire de l’abstention !

    Bilan des législatives :

    Les élections législatives au sein de l’Etat français, viennent de se terminer. Elles portent, d’un point de vue d’élus, une majorité écrasante autour de la ligne présidentielle. L’abstention et le rejet forment les grands gagnants de cette élection, atteignant 57%, un taux astronomique, auquel il est important de rajouter 10% de votes blancs et nuls. Il s’agit d’un élément d’une importance considérable, sur lequel il est essentiel de revenir.

    Pour l’heure, Emmanuel Macron gagne son deuxième pari.

    Ainsi 350 sièges reviennent sa ligue, dont 42 pour le MoDem, ressuscité. Les Républicains tiennent le choc, avec 113 sièges, tandis que leurs alliés UDI en tiennent 18. Le Front National ne s’impose pas comme une force politique importante à l’Assemblée, avec 8 sièges. Quant à Debout La France, 1 siège lui est accordé.

    Côté « gauche », le PRG obtient 3 sièges, le PS est humilié avec seulement 29 sièges. La France Insoumise en obtient 17 et le PCF 10. Les divers gauches 12 et les écologistes 1.

    En termes de voix, les règles différentes entre la présidentielle et les législatives ont entrainé une répartition au grand désavantage de la FI et du FN. Les deux organisations ont vu leurs espoirs de conquérir une forte minorité s’envoler. Le centre de gravité de l’Assemblée est au coeur de la droite.

    Sans revenir en détail, l’opportunisme et l’absence totale de scrupule des différentes forces politiques cataloguées à gauche ont été le ferment de leur propre défaite. Un PS qui, désormais, évoque, aux yeux des larges masses populaires, une vermine répugnante et sans vergogne ; un PCF plein d’atermoiements et d’indécisions, incapable de mettre en place une stratégie tout comme de la faire appliquer par des militants, travaillant en fractions ; une France Insoumise dont le discours du tribun lasse et dont le sectarisme mêlé d’esprit prédateur révulse.

    Ainsi 443 sièges sont trustés par un cartel de droite, agressif et plein d’allant, prêt à ouvrir le feu sur les masses.

    La voie des réformes est ouvertes  :

    Avec une Assemblée sous cette configuration, nul doute que le nouveau gouvernement peut se permettre de lancer les offensives les plus débridées. Le plan de guerre contre les droits sociaux, lequel attend l’été pour se lancer, va ainsi être un blitz fait par ordonnances, lesquelles seront adoubée par une Assemblée aux ordres. D’autant que la configuration sourit à l’audacieux : la seconde force est formée par des Républicains idéologiquement favorables aux visées de Macron.

    La « mère de toutes les réformes » va être une bataille difficile, menée dans une période de l’année particulièrement défavorable, avec la certitude d’être en fait d’un adversaire qui ne laissera nullement le temps de riposter. Nous n’avons pas le choix de mener cette bataille, ni de ses conditions objectives. Charge aux militants et militantes de serrer les rangs et de se préparer au choc et de faire front commun, au travers des instances telles que le Front Social.

    L’inscription de nombreux éléments de l’état d’urgence dans le droit commun, la normalisation de l’exception juridique, tout ceci contribue à laisser supposer une féroce répression, menée d’une main ferme par un ministre de l’intérieur brutal et sans scrupules : Gérard Collomb.

    Victoire tactique, défaite stratégique pour la bourgeoisie :

    Certains esprits chagrins pourraient considérer que nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous même, ayant appelé à l’abstention, au boycott, au rejet de ces élections. Il serait aisé de voir, à travers cette déclaration, un reniement de la position que nous avons tenu dernièrement.

    Il n’en est rien.

    Si, tactiquement, les élections législative sont une grande victoire pour la bourgeoisie la plus libérale et la plus agressive, elles sont aussi une victoire à la Pyrrhus.

    57% d’abstention parmi les inscrits; 10% de bulletins blancs ou nuls parmi les exprimés, ceci est une gifle portée contre l’ensemble du système de pseudo-démocratie représentative. Au total, ce sont environ les 2/3 des personnes pouvant voter qui ont refusé de s’exprimer.

    Au final, le dégagisme promu par Mélenchon a marché. Il a marché au delà de ses espérances, puisque les votants et les non-votants l’ont appliqué également sur son concepteur. Politicien bourgeois et carriériste comme les autres, Mélenchon a vu son œuvre se retourner contre lui : son organisation fut tout autant boycottée que les autres. La « grève générale civique », comme il l’a nommée, ne l’a pas épargné.

    La défaite de la démocratie bourgeoise est stratégique. Elle ouvre une voie réelle à l’action extra-parlementaire, à la légitimité de celle-ci, à la naissance d’une opposition qui ne soit pas dans les salons, dans les bureaux de la bourgeoisie, dans des négociations avec elle, mais dans l’affrontement direct, dans l’illustration de l’antagonisme qui existe entre les intérêts des bourgeois et ceux du peuple.

    Certes, le pouvoir de la bourgeoisie va mener une offensive débridée contre les droits des travailleurs. Certes la répartition des sièges en fait un colosse. Mais un colosse aux pieds d’argiles. La légitimité d’un tel pouvoir ne peut être que faible. Elle ne peut être que précaire. Pouvoir d’une minorité, imposé par la minorité, pour les intérêts d’une poignée d’exploiteurs.

    La lutte contre cette Assemblée marque une nouvelle étape dans la lutte des classes au sein de l’Etat français. Une nouvelle dimension s’ouvre, marquée par le rejet du parlementarisme, de la représentation des masses par une poignée d’experts politiques bourgeois.

    Nul doute que ces deux élections consécutives ouvrent la voie à une période d’instabilité qui débouchera immanquablement sur une situation nouvelle.

    Reste à déterminer quelle forme prendra cette situation. Dominée sans partage par une bourgeoisie appuyée sur des fascistes, ou sous la pression des masses populaires.

    Nous avons cinq ans pour que naisse véritablement les bases de cette opposition frontale à la bourgeoisie et à ses laquais. Cinq ans pour que les communistes avancent dans leur unification et dans la fondation de l’outil qui nous manque. Cinq pour que tous ceux et celles qui rejettent le capitalisme puissent faire front. Cinq pour que nous avancions sur la voie du pouvoir populaire.

    Vers l’opposition extra-parlementaire , vers le rejet du pouvoir de la bourgeoisie, vers le parti du peuple !

    Vive les trois fronts !

    Le Front Social, contre les réformes du gouvernent, contre l’exploitation.

    Le Front antifasciste, contre les menées des réactionnaires, de la répression, des fascistes et des assassins au service de la bourgeoisie.

    Le Front d’unification des communistes, pour forger l’outil du combat victorieux !