Étiquette : Fonctionnaires

  • Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Partie 10

    Les auteurs eux-mêmes ne laissent pas grande place au mystère et à l’interprétation. Leur conclusion résume parfaitement les ambitions stratégiques de cette volée de réformes. Une nouvelle fois, ce qui revient est le fait qu’il faut responsabiliser les administrations dans leur rationalisation et dans la réduction de leurs prérogatives. Qu’il faut introduire la rentabilité comme un objectif premier et laisser les mains libres aux « managers » pour effectuer cette mission de liquidation.

    Il apparaît comme primordial le fait de compter justement sur l’avidité de ces personnages, en termes de primes et de récompenses, pour qu’ils exercent une pression maximale sur les fonctionnaires, mais également pour qu’ils entreprennent également des licenciement et des suppressions de postes.

    Sachant la pression qui va s’exercer sur ces employés auxquels ont met un revolver sur la tempe, les mauvais génies derrière ce texte ont inventé un terme fascinant : « donner du sens ».

    « Donner du sens : Faire connaître largement aux usagers, aux agents publics et à tous les acteurs concernés le sens et les objectifs de la transformation engagée ; »

    Donner du sens signifie diriger par la peur. Responsabiliser signifie menacer, accompagner signifie contraindre. Voilà le sens de cette Lingua Quintae Reipublicae pour reprendre l’expression d’Eric Hazan.

    Que ce soient l’éducation, la santé, le droit, la justice, les prisons, les administrations, les armées, le chômage… l’ensemble des secteurs est concerné par cette politique de grande envergure. Bien des gouvernements se sont essayés à cette transformation radicale du fonctionnement de l’Etat et de ses prérogatives. Beaucoup, qui fantasment sur l’Etat-Marché de Philip Bobbit, ont vulu le faire et n’y sont pas parvenus.

    Lancer cette offensive était contradictoire avec le fonctionnement habituel de la démocratie bourgeoise sous la Vème République. Le gouvernement qui aurait fait cette transformation aurait perdu les élections au profit de son opposition. Or, les vieux briscards et les vieux carriéristes ne veulent guère se mouiller.

    Le gouvernement LREM, quant à lui, est différent dans sa nature. Il est un missile balistique, un kamikaze à usage unique. Il ne fait pas de doute qu’il s’est aliéné une très large partie de la population. Mais il remplit sa mission, commanditée directement par la haute bourgeoisie, il la remplit avec un style typiquement royaliste dans le mode de fonctionnement, mettant fin aux débats parlementaires, supprimant le rôle de certaines institutions. Ce gouvernement est le premier qui peut assumer le fait de faire cette « thérapie de choc ». Nul doute qu’il essaiera.

    Nous devons nous préparer à cette lutte qui sera essentielle. Nous devons nous y préparer et comprendre qu’elle sera une lutte où la victoire est incertaine face à l’unité de volonté de la haute-bourgeoisie.

    Les luttes qui se déroulent et qui se dérouleront ces prochaines années sont d’une nature différente à celles qui ont pu avoir lieu avant la crise de 2008. Elles montrent aujourd’hui les limites de l’économisme au sens de limitation des revendication au questions du droit du travail, du salaire… etc. Elles montrent les limites des organisations syndicales, lesquelles font leur travail, mais se sont épuisés face à plus fort qu’elles, face à des gens qui sont prêts à tenir le bras de fer jusqu’au bout, puisque leur pertes financières sont virtuelles. Elles montrent l’inanité du mot d’ordre de grève générale économique, pour ces mêmes raisons. La bourgeoisie est prête à relever le gant du défi.

    Elles montrent les limites de la démocraties bourgeoise, de la sociale-démocratie qui collabore sans cesse avec la bourgeoisie, qui cherche des moyen-termes là où il n’y a que l’antagonisme.

    La lutte qui se prépare, tout comme la situation politique générale montre la nécessité d’une organisation politique de combat, d’une organisation communiste. Elle montre également la nécessité d’un front politique contre l’offensive de la bourgeoisie. D’un front politique qui puisse mener une lutte extra-parlementaire, dans tous les secteurs, dans tous les compartiments de la société. Qui pose la question de la dictature de la bourgeoisie, qui pose la question de la démocratie populaire et qui la revendique comme étant légitime.

    Informons-nous, formons-nous, organisons-nous et battons-nous !

  • 22 offensives pour 2022 : Le cadre général. Partie 2

    22 offensives pour 2022 : Le cadre général. Partie 2

    22 offensives pour 2022 : Le cadre général.

    Partie 2

    Le cœur même de ces propositions est donc de faire des économies et de substituer le secteur privé au secteur public dans la plus grande majorité des cas de figures. Bien que défrayant quelque peu la chronique, l’affaire Benalla n’est pas, au stricto-sensu, une tentative de remplacement du public par le privé dans les forces de répression. Certaines pistes vont pourtant dans ce sens avec des opérateurs privés pour les radars de contrôle de vitesse sur les routes. Ce type de pistes ne semble donc pas totalement tabou.

    L’un des axes forts, mentionné d’entrée de jeu, est celui de la question de la prise de risque et de la « responsabilisation » budgétaire. La première proposition déclare ainsi vouloir mettre fin à un «  un pilotage budgétaire qui ne responsabilise pas les acteurs publics. » L’idée sous-jacent serait celle de pouvoir récompenser l’austérité d’un service par la possibilité de répercuter les gains sur l’année suivante. Cela pourrait passer pour une sympathique méthode permettant de faciliter le lancement de projet, mais dans les faits, ce qui transpire est le fait que les administrateurs les plus avares sont récompensés, poussant à l’être chaque fois d’avantage.

    Autre idée évoquée d’entrée de jeu, celle de « donner de la souplesse en matière de recrutement et de gestion des ressources humaines, en passant d’un pilotage des effectifs (plafond et schéma d’emploi) à un pilotage par la masse salariale ». Il s’agit là d’une transformation importante, puisqu’elle met fin de facto au statut de fonctionnaire pour les nouveaux recrutements. Elle introduit également une échelle des salaires calquée sur le privé « Cette évolution supposerait de ne plus recourir à des mesures générales de revalorisation ».En somme, les avancements sont faits au bon vouloir de l’administrateur ou de l’administratrice, sur des critères discrétionnaires.

    Pour accompagner cette transformation radicale du fonctionnement des administrations, plusieurs autres aspects sont proposés : « passer d’une logique de contrôles a priori à une logique de contrôles a posteriori recentrés et plus efficaces. » Changement allant de paire avec une « culture du risque » et de l’aventurisme -en particulier budgétaire. « sortir d’une culture de la norme encadrant toute décision, pour permettre aux agents de prendre des décisions adaptées au cas par cas. » En somme, passer d’une gestion passive à une initiative active. Mais vers quelles fins ?

    Le document cible cinq ministères particulièrement concernés par ces transformations : ministères économiques et financiers où « par exemple, le recouvrement de l’impôt et le contrôle, aujourd’hui exercés par la direction générale des finances publiques, le conseil aux entreprises exercé par la direction générale des entreprises, les statistiques ou les études économiques de l’Insee, les missions de la direction générale des douanes et des droits indirects » passeraient aux mains d’agences dont la nature ne peut être comprise que comme une intrusion du secteur privé.

    Ministère de la transition écologique et solidaire : « la régulation du trafic aérien, la mise en œuvre des mesures de contrôle et de répartition des produits et matières premières énergétiques ; la mise en œuvre de la politique d’aménagement sur le territoire…; »

    Ministère de l’enseignement supérieur : «  la stratégie nationale de recherche et la tutelle des organismes de recherche continueraient à être assurés par l’administration centrale alors que l’ensemble des autres missions seraient prises en charge par des agences ; » Dire que cela est vaste est un euphémisme.

    Culture : « refonte de l’organisation administrative des musées pour leur laisser davantage d’autonomie. Nous proposons de faciliter la gestion des établissements publics en leur confiant de nouvelles responsabilités (notamment en matière de gestion de leurs personnels), de donner de nouvelles perspectives aux musées nationaux constitués sous forme de service à compétence nationale (SCN), afin d’assurer leur autonomie et de centrer le rôle de l’administration centrale vers ses missions fondamentales de conception, de normalisation et de tutelle » En somme, il s’agit d’introduire des normes de rentabilité en catimini dans les musées.

    Sports : « dans le domaine des sports, nous proposons de créer une Agence nationale du sport, établissement public cogéré avec le mouvement sportif, en charge du sport de haut niveau et de la préparation sportive pour les grandes compétitions. (…) La création d’une telle agence pourra d’ailleurs conduire à s’interroger sur l’opportunité du maintien d’un ministère de plein exercice. »

    En somme : nombre d’administrations seront sabrées avec virulence, pour laisser intervenir de manière directe ou indirecte l’intérêt privé, la rentabilité, la privatisation. Mais ce n’est qu’un début !

    La seconde proposition concerne les statuts des fonctionnaires qui travaillent dans ces administrations, déjà effleuré dans la première partie.

    Mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui envisageraient de devenir fonctionnaire et de bénéficier d’une garantie de l’emploi, cela n’est pas à l’ordre du jour. En revanche le recrutement de contractuel est une piste davantage usitée, d’année en année. Le rapport regrette ainsi que « la prépondérance du statut de la fonction publique pour les embauches, le recours au contrat ne pouvant s’entendre que dans des cas spécifiques. » Il opte donc pour la proposition suivante :

    « offrir davantage d’agilité et de souplesse aux employeurs publics et leur donner des marges de manœuvre accrues dans leur politique de recrutement :

    assouplir le statut pour offrir la possibilité d’évolutions différenciées, notamment des rémunérations, entre les trois fonctions publiques ;

    élargir le recours au contrat de droit privé comme voie « normale » d’accès à certaines fonctions du service public. (…) Tout d’abord, il n’y a pas de spécificité telle du secteur public qui nécessiterait de créer un autre type de contrat à côté du statut. Ensuite, le contrat de droit privé est plus protecteur pour les agents. Enfin, l’État, générateur de normes en matière de droit du travail, doit s’appliquer les mêmes règles qu’il entend définir pour les autres ;

    recourir aux « pré-recrutements » en élargissant le recours aux apprentis (…)

    mettre en place une gestion active de l’emploi en accompagnant à la reconversion professionnelle et en prévoyant le cas échéant des plans de départ volontaire, en cas de restructuration de service ; »

    Pour accentuer cette proposition, les rédacteurs et rédactrices proposent également des modalités de négociation qui ne peuvent qu’évoquer ce qui se fait désormais dans le privé :

    «  donner la possibilité au management de négocier des accords dérogatoires au cadre de la fonction publique, sur l’ensemble des points du statut (rémunération, temps de travail, mobilité …) et de mettre en place des accords sociaux locaux, y compris d’intéressement collectif.

    donner la possibilité au management de recruter, faire évoluer et promouvoir les talents sans autres contraintes préalables que celles de droit commun… »

    En somme, il s’agit de fonctionner comme dans le secteur privé. Et dans ce domaine, l’Etat et ses managers n’ont pas à rougir de la comparaison avec les Ressources Humaines des secteurs privés.

    Les propositions 3 & 4 semblent innocentes, se basant uniquement sur une plus grande intégration du numérique dans les services publics. Pourtant elles ne le sont pas. Dans l’esprit des concepteurs de ce document, le numérique est un prétexte pour rationaliser et concentrer l’activité, tout en réduisant, au final, le contacte entre le service public et son usager.

    « La révolution numérique constitue une rupture majeure pour la transformation de l’action publique car, en l’utilisant à son plein potentiel, on peut sortir de la contradiction apparente entre deux objectifs majeurs : un meilleur service public et une diminution des dépenses de fonctionnement. Le numérique nous permet de remplir conjointement ces deux objectifs et c’est ce qui change, aujourd’hui, par rapport aux exercices précédents de réforme de l’action publique. »

    Le numérique est un moyen d’automatiser le maximum de tâches auparavant l’apanage de fonctionnaires.

    Dans un monde socialiste, cela serait une bonne nouvelle, elle libérerait de tâches fastidieuses des individus qui pourraient se consacrer à des activités autrement plus épanouissantes. Mais dans le monde dans lequel nous sommes, cela ne reste qu’a augmenter la rentabilité, quitte à ce que les fonctions premières d’un service soient impactés. Le suivi post-opératoire par SMS, pour les hôpitaux, fait partie de ces mesures qui peuvent avoir un caractère criminel. La télémédecine et la télésurveillance ne sont que des pis allers. Et quand le système connaît une défaillance ou une spécificité imprévue, les dégâts peuvent être terrifiants.

    Pour économiser, les auteurs proposent également de « développer les lieux d’accueil uniques.

    Il s’agit de mettre en place un seul lieu pour tous les services publics offerts aussi bien par l’État, les collectivités territoriales et les opérateurs, afin que l’usager n’ait plus à se déplacer plusieurs fois. C’est la traduction physique du principe « Dites-le nous une fois » en quelque sorte. Il faut améliorer le maillage territorial actuel, sur le principe d’une grande modularité pour s’adapter aux spécificités des territoires. Le guichet de premier niveau doit pouvoir apporter une assistance pour l’ensemble des services publics. L’axe de développement pour ces structures mutualisées repose principalement sur l’enrichissement du niveau d’information et d’accompagnement des usagers. Cela passe par plusieurs leviers complémentaires : polyvalence des agents, mise en place de référents uniques, utilisation d’agents conversationnels (ou chatbot), y compris sous la forme de robots physiques, pour assurer une partie de l’accueil de premier niveau, sur des plages horaires plus étendues. »

    Remplacer les services par un guichet unique, avec des interlocuteurs robotisés. Cela n’oriente effectivement pas vers une idée d’améliorer les services, autrement que sur le plan comptable.

    Ce premier set de propositions confirme les objectifs de ce rapport : liquider une partie des administrations, remplacées par des agences. Introduction de normes basées sur la rentabilité et l’économie au delà du service rendu, mais également concentration des pouvoirs entre les mains de chefs et de cheffes qui ont la haute main sur les initiatives et sur la masse salariale.

    Le recours aux recrutements de contractuels s’érige également en norme, permettant une gestion différentes des agents, tant individuellement que collectivement. En somme, ce rapport est l’application de la Loi Travail au futur-ex-secteur public. Dans les secteurs qui ont déjà connu ce bouleversement, les résultants ont été désastreux tant au niveau de la qualité du travail que la qualité de vie au travail.

    Après ce cadre général, le rapport débouche sur un certain nombre de propositions concrètes, toutes plus glaçantes les unes que les autres.

  • 2022, Cap Catastrophe – Partie 1

    2022, Cap Catastrophe – Partie 1

    2022, Cap Catastrophe

    Partie 1

    Nous avons temporairement mis en poste notre travail sur le discours de Versailles de Macron pour pouvoir évoquer le plus rapidement possible cette question centrale, celle de Cap 2022. Nos publications reprendrons dès que cette analyse sera terminée. 

    Malgré leur prétention constante à se dire « émanation de la volonté du peuple », les gouvernements bourgeois jouent régulièrement la carte du secret sur leurs projets. Diplomatie secrètes, accords sous la manche, raison d’État…. mais également réformes.

    Le gouvernement actuel possède une véritable obsession du secret. Le contenu des réformes sur la fiscalité, sur les caisses de cotisation ou sur le code du travail ont été maintenu le plus longtemps possible dans le silence et le flou. Rien d’étonnant en cela, tant ces projets de lois étaient des frappes nucléaires contre les droits sociaux. Heureusement des individus courageux les ont fait fuiter.

    Dans le cas du projet Cap 2022, la fuite, organisée par un militant de Solidaire, a plongé le gouvernement dans l’ire la plus totale. Le fait que les journaux aient publié ce dossier important (152 pages) n’a rien fait pour calmer cette colère. Cette obsession de l’omerta et cette colère ne peuvent que susciter la curiosité et l’intérêt le plus vif de la part des organisations de défense des intérêts des masses.

    Que contient donc ce rapport explosif ?

    Cap 2022 est le fruit d’un long processus. Il est l’aboutissement d’une trajectoire prise depuis le milieu des années 90 par les gouvernements successifs. Tout comme la loi Travail était la bataille centrale du code du travail, tout comme la réforme de la fiscalité était l’offensive générale contre les protections sociales, Cap 2022 est la bataille d’anéantissement sur une certain nombre de secteurs, donc l’éducation.

    Rien de ce que contient ce rapport n’est neuf ou ne représente fondamentalement une rupture avec les lignes précédentes, y compris celles défendues par la prétendue « gauche » capitularde et traîtresse. Pour un grand nombre d’aspects, ce sont des projets qui étaient déjà dans les cartons, sous la même forme, il y a 15 ans, notamment celle de l’autonomie des lycées.

    Contrairement à ce que prétendent les défaitistes, le fait que ces projets n’aient pas été appliqués immédiatement est l’illustration de la capacité de résistance que procurent les mobilisations, les manifestations et les grèves. Contrairement à la rumeur, elles « servent ».

    Le ton du rapport est typique de celui des attaques perfides. Les rédacteurs prétendent se placer du côté des masses populaires, affirment que tout est fait pour améliorer le fonctionnement de la société, pour la rendre plus juste, plus proche des attentes de ceux qui souffrent de l’exploitation ou de l’exclusion sociale. Tout est donc ampoulé, édulcoré, présenté sous le jour le plus favorable. La bourgeoisie est très forte à ce jeu. Mais le maquillage de la réalité ne peut empêcher celle-ci de transparaître. En lisant entre les lignes, il est possible de comprendre quel projet scélérat se prépare, quelle conspiration contre les intérêts populaires se trame, contre les intérêts des prolétaires, des ouvriers et des ouvrières, des employés et employés, mais également de la jeunesse et des exclus sociaux.

    Dès l’introduction, les rédacteurs et les rédactrices jettent les masques. Ils et elles annoncent que « plutôt que de chercher l’exhaustivité, [Ils et elles ont] pris le parti d’identifier les principaux verrous qui freinent la transformation publique .» Louable intention, mais transformer vers quoi ? C’est là que le bât blesse.

    « Nous militons pour un modèle d’administration où les managers seront plus autonomes et plus libres de prendre des décisions, les agents véritablement forces de proposition, un service public qui utilisera pleinement toute l’opportunité que représente le numérique tout en restant proche des usagers, sur le terrain, à leur écoute. » En somme, il s’agit d’accroître les pouvoirs des chefaillons et des gardes-chiourmes pour rationaliser le service, pour accroître sa rentabilité. Le numérique n’est qu’un prétexte qui sert à supprimer des postes pour réduire la « masse salariale. » Plus loin, l’introduction insiste : « Un service public accessible et plus personnalisé. Par exemple, les Français veulent plus de dématérialisation des démarches administratives, notamment les plus jeunes. » Les « français » veulent quelque chose qui permet de réduire les postes ? Bonne nouvelle !

    « Nous encourageons un modèle dans lequel l’innovation, la prise de risque seront valorisés, encouragés, soutenus »

    Que signifie « prise de risque » dans le cadre des services publics ? Quel sens cela peut-il avoir ? Comment un service public peut-il « prendre des risques » ? Tenter de faire circuler plus de trains ? Cela ne peut être compris que comme un déclenchement d’initiatives visant à rationaliser à outrance, à pratiquer un stakhanovisme à l’envers, d’améliorer la productivité pour accroître la charge de travail sur un nombre de fonctionnaires ou d’agents toujours plus réduits.

    « Nous souhaitons redonner aux citoyens le pouvoir de connaître leurs services publics avec la transparence totale des résultats, le pouvoir de l’évaluer, le pouvoir de participer à sa conception et à sa production. Le secteur privé a également son rôle à jouer dans l’exécution du service public . »

    Le benchmarking, continuellement applaudi par les grands penseurs de la science politique tels que Rosanvallon, qui le voient comme un système favorisant la démocratie interne, fait son chemin. Mais une nouvelle fois, les critères ou l’interprétation des résultats laisse craindre le pire. L’idée, une nouvelle fois, est celle de favoriser l’intervention du privé, qui trouve sa motivation principale dans le fait de tirer des bénéfices de son activité, donc, qui, dans l’esprit des concepteurs -bien éloigné de la réalité- devrait proposer des coûts bas et des résultats saisissants du fait de la concurrence.

    Mais les lois de l’économie capitalistes ne vont pas dans ce sens. Dans les faits, chaque fois que des privatisations de ce type ont été opérées, elles ont débouché sur la création de marchés captifs, de marchés de monopoles. Autoroutes, rails, cantines scolaires, prisons… tout autant de cadeaux fait aux patrons et aux patronnes.

    « Nous appelons à clarifier et simplifier les systèmes devenus trop complexes. Nos systèmes de santé, de protection sociale, de recouvrement social et fiscal, notre accompagnement des personnes en situation de handicap, notre justice, ne répondent plus correctement aux besoins des Français. Ils sont difficiles à adapter au monde qui change ; aux attentes qui évoluent, et de moins en moins lisibles pour les usagers. Nous proposons de les faire évoluer en plaçant l’usager au centre en personnalisant le service et en l’adaptant à chacun. »

    Une nouvelle fois, la modernité est prise comme argument pour justifier le fait qu’il faille trancher dans le vif et simplifier des systèmes qui « ne marchent plus ». Ils ne marchent plus notamment du fait qu’ils aient été tranchés financièrement par le travail de sape orchestré par les divers gouvernements successifs. La gauche à par ailleurs fait office de pionnier dans le domaine, avec les lois sur le financement de la Sécurité Sociale.

    « De même, en raison de ce poids des dépenses publiques, nous n’aurions pas les marges de manœuvre nécessaires pour répondre à une nouvelle crise économique. Par ailleurs, ce niveau de dépenses, qui se traduit par des taux de prélèvements obligatoires élevés, pèse sur l’économie et la compétitivité de la France. »

    En somme, il nous est appris que si nous ne réduisons pas nos dépenses, nous ne pourrons pas renflouer les caisses des entreprises et les banques qui se sont effondrées du fait de leurs activités de spéculation. Nous devons donc, immédiatement, nous serrer la ceinture pour pourvoir nous assurer d’avoir la masse critique permettant de maintenir le taux de profit des actionnaires, des rentiers, des investisseurs, et éviter ainsi qu’une partie de la bourgeoisie soit mise en difficulté. La bourgeoisie, également, lorgne sur les marchés de l’assurance et de la santé depuis longtemps -et les médecines alternatives ou « douces » ne sont pas moins rapaces que les autres!- la suppression des cotisations sociales permet non seulement de réduire le salaire (de plus de 50 %!) mais également ouvre un nouveau marché colossal. Tout est bon, pour le bourgeois et la bourgeoise, dans la privatisation -sauf en temps de crise !

    L’introduction donne le ton. A sa suite, une première partie intitulée « Nos convictions prend le relais ».

    Cette partie est un monument dédiée à l’apologie de la libéralisation des services publics et à la liquidation des statuts de fonctionnaires. Elle est principalement remplie de creux et de vide, de tentatives plus ou moins pathétiques d’auto-justifier la politique menée, en allant jusqu’à prétendre qu’elle est réclamée par les agents eux-mêmes.

    « Une forme d’épuisement peut par ailleurs s’exprimer, allant parfois jusqu’à des situations de souffrance. Les agents publics sont en effet soumis à des injonctions parfois paradoxales et pâtissent de devoir eux-mêmes faire des choix sur la priorisation de leurs activités. » « C’est pourquoi ils perçoivent le besoin de changement et de transformation du service public. »

    Ergo, si vous souffrez au travail, c’est que vous êtes en faveur de la liquidation de votre service.

    Une transformation annoncée comme radicale est proposée : « Reconnaître que les usagers et les territoires ont des besoins différents, auxquels il faut répondre de manière différenciée, est ainsi un enjeu d’équité. Pour cela, il faut construire le service public autour de l’usager final et de ses besoins et non plus en fonction de la manière dont l’administration est organisée. »

    En somme, il s’agit, sous une prétention d’égaliser, d’entamer une rupture de la prétendue « Egalité Républicaine » et d’officialiser l’inégalité. L’intention d’un traitement basé sur l’équité plus que l’égalité formelle peut paraître louable à plus d’un titre, mais la manière dont elle est organisée laisse présager une campagne visant à niveler par le bas les services publics et à, in fine, accroître les inégalités entre les voies réservées à la bourgeoisie -en particulier au niveau de l’école- et celles destinées aux classes populaires.

    Par ailleurs, en fait d’un cadre strict permettant l’égalisation, c’est la loi du marché qui règne, loi du marché que l’État se borne à réguler d’une manière lâche et souple, pour ne pas nuire aux initiatives du secteur privé, désormais pleinement intégré comme partenaire.

    «  l’État devra renforcer son rôle de régulateur, qui sera d’autant plus important que conception et production du service public seront ouvertes. La puissance publique doit aussi veiller à ce que le cadre normatif existant ne bloque pas les initiatives. L’ouverture des données et la transparence que nous préconisons devraient ainsi permettre d’encourager la société à participer au service public. »

    Pour les agents, c’est l’épuisement accru, le diktat des managers, devenus des véritables maîtres à bord. Mais, heureusement, une parade est mise en œuvre par les créateurs de ce projet :

    « La confiance passe aussi par un contrat social renouvelé, qui prend en compte les enjeux de formation, de mobilité professionnelle, permettant de mieux accompagner les agents dans les changements et dans leur parcours. Bien sûr cette confiance doit s’accompagner d’une plus grande exigence d’évaluation qui doit porter sur les résultats. »

    Ce genre ce processus est responsable d’une dégradation terrible des conditions de travail dans les services publics et même dans les organes de répression de l’État bourgeois, où les taux de suicide se sont envolés. La pression, l’exigence du chiffre, les mutations-sanction, le pouvoir absolu de certains chefs ont causé des ravages. Ce système est en passe d’être étendu à l’ensemble de la fonction publique.

    Le projet Cap 2022 doit répondre aux objectifs suivants : liquider une partie du corps des fonctionnaires pour faire place à une souplesse dans la gestion de la masse salariale.

    Réaliser des économies en surchargeant le personnel restant, à l’image de ce qui s’est passé pour la Poste, pour France Télécom et pour la SNCF -où cela s’est traduit notamment par une hausse monstrueuse du taux de suicide, du fait de la pression des chefaillons, qui, en plus de leur inutilité, coûtent cher.

    Utiliser cette liquidation des services publics pour justifier la suppression d’une partie du salaire indirect au profit d’une élévation cosmétique du salaire direct -laquelle sera dévorée par l’inflation en un temps record.

    Ouvrir des marchés pour les capitalistes, marchés le plus souvent captifs permettant de réaliser des profits titanesque du fait de la situation de monopole induite.

    Deuxième partie : les 22 offensives pour 2022

  • Le 22 mars, toutes et tous dans la rue !

    Toutes et tous en grève le 22 mars !

    Stoppons la destruction des droits sociaux !

    La question des droits sociaux est au cœur de l’actualité. Elle ne l’est pas du fait d’une amélioration soudaine, de droits élargis. Elle l’est, malheureusement, en raison des menaces qui pèsent sur eux. Droit du travail ; protection chômage ; assurance maladie ; retraites ; accès à l’éducation et aux soins…etc. Chacun de ces aspects de la vie de tous les jours est actuellement sous un feu roulant de la part de l’artillerie législative de la bourgeoisie. En fait de réformes, ce sont des liquidations.

     Liquidation du droit du travail, déjà grandement entamée par le Parti Socialiste, qui débouche aujourd’hui sur une hausse invraisemblable des licenciement, sur une dégradation sans précédent des conditions de travail, sur une misère accrue jour après jour. L’attaque contre les régimes spéciaux est une diversion visant à susciter la division entre exploités, dans le but d’anéantir chaque droit dans le détail.

    Liquidation progressive de l’assurance maladie, de la retraite et du chômage, par le fait de supprimer ses voies de financement. La réforme fiscale de Macron n’a pour but unique que de pulvériser le salaire socialisé, qui permettait à ces protections d’exister. Le but est de faire assumer de manière individuelle -et insuffisante !- la protection sociale, laissant les plus démunis seuls face aux aléas et malheurs de la vie.

    Pendant ce temps, les financements seront passés sur la Cotisation Sociale Généralisée, laquelle est un impôt inéquitable, injuste, et qui sanctionne les petits épargnants, non les investisseurs. Le capital n’est pas touché. Tout est payé par les travailleurs et les travailleuses, y compris le carcan d’acier qui les maintient dans l’exploitation.

    Liquidation de l’accès pseudo-démocratique à l’enseignement, en soumettant l’éducation au flammes de la rentabilité et d’une rationalisation à outrance. De plus, la bourgeoisie souhaite se servir de la déstructuration des diplômes pour faire en sorte qu’ils n’aient plus de valeur aux yeux de la loi, autre qu’une valeur relative et symbolique.

    Quant aux soins, la politique de Révision Générale des Politiques Publiques ne vise qu’à les rendre rentables. Or, cette rentabilité se fait au prix de la qualité, au prix de la possibilité  d’y avoir effectivement accès. Les patients s’entassent et meurent aux urgences. Les concepteurs de cette politique s’en moquent. Ils ne vivent pas dans le même monde, dans la même réalité que les masses populaires.

    Partout sur la Terre, l’impérialisme, dont celui de la France, sème la mort et la surexploitation. Les villages éventrés, les terres ravagées, tout cela pour des bastions géopolitiques et des minerais !

    Voilà le programme de la bourgeoisie ! Cumulé avec la politique belliciste et militariste, ainsi qu’avec l’instillation de la haine de l’étranger, de l’immigré, du réfugié, et le tableau est complet. C’est contre cela qu’il est nécessaire – obligatoire – de se battre !

    La bourgeoisie mène une guerre totale contre les droits sociaux !

                    La bourgeoisie, dans une guerre totale, ambitionne de liquider chacun de ces droits durant un seul quinquennat. Emmanuel Macron et Edouard Philippe sont ainsi les anges exterminateurs de ce que les travailleurs ont mis plusieurs siècles à obtenir, au prix du sang.

                    L’argument de ces fossoyeurs ? La modernité. Il est nécessaire d’évoluer, d’aller de l’avant, de ne pas rester dans les systèmes sclérosés du passé. Cet argument, fallacieux, n’est qu’un paravent. Il ne sert qu’à inverser les rôles et à faire passer la défense des conquêtes sociales pour une posture réactionnaire. Or, le modèle de la « Startup Nation » n’est ni plus ni moins qu’un modèle du XIXe siècle, du travail journalier, de l’exploitation maximale, de la misère et des journées de travail interminables.

    Tout comme au XIXe siècle, les exploiteurs veulent user jusqu’au bout les travailleurs et les travailleuses.

                    La stratégie de la bourgeoisie est simple : il lui a été imposé, par la force, des concessions. Le mouvement ouvrier, le mouvement communiste, la Résistance, ont exigé la mise en place de ces droits. Or, la bourgeoisie n’en a jamais voulu. Elle tente inlassablement de tirer vers le bas les salaires, de tirer vers le bas les conditions de travail, d’augmenter sans cesse le taux d’exploitation des travailleurs et des travailleuses. Ce taux d’exploitation atteint bientôt un seuil tel que le salaire ne permet plus que de tenir le coup jusqu’au jour de demain. Logement, alimentation, transports… les dépenses basiques aspirent tout. L’endettement, même, guette. La bourgeoisie ne paie pas, elle entretient une force de travail qui s’épuise.

    Or, aujourd’hui, elle a les coudées franches. Le résultat est à l’avenant : tandis que le niveau de vie des masses populaires stagne, diminue, tandis que la misère et les fins de mois difficiles s’accumulent, les profits du patronat décollent. Le « ruissellement » est un mythe, en vérité, la bourgeoisie fait preuve d’un parasitisme nocif  et toxique sur la société. Produire moins cher pour augmenter les profits, pour se goinfrer toujours plus, au détriment des exploités et des exploitées, voilà le programme politique de la bourgeoisie. Les élections ne sont là que pour déterminer qui réalisera ce programme, et selon quelle « saveur. » Ni plus ni moins.

    Et lorsque la colère gronde, l’extrême-droite est là pour détourner celle-ci, vers d’autres exploités et exploitées, vers d’autres opprimés et opprimées, qui souffrent des mêmes maux, qui sont nos frères et sœurs de lutte.

    Ironie des ironies, la baisse des salaires et la baisse des moyens engendre une baisse de la consommation. Moins le patronat paie, moins il gagne d’argent. Le système économique s’auto-intoxique devant la rapacité sans borne. Cette mécanique est inscrite dans le patrimoine génétique du capitalisme, elle est inéluctable. Si le capitaliste ne le fait pas, son voisin le fera pour lui faire concurrence. Les niveaux de vie s’effondrent et la crise de surproduction guette.

    Mû par la recherche avide du profit, par une politique de pénurie organisée, par la captation des richesses, le capitalisme est incapable de répondre aux problèmes de l’humanité. Il est devenu un carcan qui maintient celle-ci dans un âge de souffrance, d’obscurantisme, de pauvreté. Le capitalisme est le frein qui retient en arrière la société. Les arguments des capitalistes se retournent contre eux-mêmes. Leur impossibilité déclarée de pouvoir continuer avec un système de protection sociale correcte illustre le pourrissement de l’économie, illustre son essoufflement, illustre son caractère fondamentalement périmé et sclérosé.

    L’Unité Communiste de Lyon défend une société qui s’affranchit de ce poids mort, de cette ponction injuste et indue. Nous défendons une société dans laquelle ce sont ceux qui produisent qui décident, et non ceux qui exploitent. Une société dans laquelle l’économie est subordonnée aux besoins de l’humanité, non aux désirs de profits d’une clique de bandits et de criminels.

    Nous ne croyons pas dans les promesses de politiciens et de politiciennes, âmes damnées de la bourgeoisie. Les urnes ne placent que des laquais au pouvoir. Le véritable pouvoir est hors des institutions, hors des salons, il est dans la force populaire, dans l’unité des exploité.es et des opprimé.es. Le véritable pouvoir est dans la constitution d’un Parti Communiste révolutionnaire, capable d’organiser ceux qui souffrent, ceux qui subissent l’exploitation, pour renverser l’ordre injuste et criminel de la bourgeoisie.

    Créer cet outil, tel est le programme de l’Unité Communiste de Lyon. Un outil pour la révolution socialiste, un outil pour bâtir une société sans exploité.es ni exploiteurs, une société communiste !