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  • Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Les élections européennes viennent de se terminer. D’une manière générale, en Europe, elles ont été marquées par la progression de l’extrême-droite. Celle-ci s’octroie même la majorité absolue en Hongrie, ou le Fidesz a fait 52,3% des voix. Dans l’ensemble, entre 2014 et aujourd’hui, les partis de droite extrême passent de 155 à 172 sièges.

    La participation générale est à la hausse. Elle est à 50,95% pour l’UE. Elle s’étale de 22,74% en Slovaquie jusqu’à 89% en Belgique. Les résultats sont donc très variables en fonction des Etats, et nous aurons, aux côtés de nos camarades de l’ICOR Europe, l’occasion de commenter plus tard la situation dans l’UE. 


    En France, qu’en est-il ? 

    La participation est à peine au-dessus de la moyenne européenne (50,97%). Les électeurs et électrices se sont donc plus mobilisés pour celle-ci qu’en 2014, où elle était de 42,43%. Il semble que la période de mobilisation et de lutte intense se soit plus traduite par une mobilisation électorale que par le fait de bouder les urnes. Cependant, il est difficile de faire encore un tableau précis de la sociologie électorale. 
    Les sondages ont été remarquablement précis. Alors que certains pensaient que Macron s’effondrerait -nous l’avions-nous même cru un moment- les résultats révèlent que LREM dispose d’une base sociale stable. Elle s’est mobilisée : elle représente donc 22% des 50% de population. Ce sont les cadres supérieurs du privé et les CSP++. Ces 11% de la population en âge de voter paraissent énormes, hypertrophiés. Mais cette prévalence importante est logique : la France, en tant que pays impérialiste, concentre des fonctions supérieures et de commandement de sa sphère de domination. L’exploitation des pays dominés permet donc de redistribuer une partie du surplus aux agents de l’impérialisme, mais également à des fonctions parasitaires, comme les managers.

    L’électorat RN est socialement beaucoup plus complexe. Cependant, il est bien moins marqué par un caractère ouvrier que ce que les propagandistes méprisants expriment. Finalement, il s’agit d’un agrégat hétérogène, constitué d’individus partageant un même constat : l’implosion progressive du « système » (avec toutes les manières d’interpréter ce terme). Face à cela, le souhait des électeurs est de rétablir l’ordre, de revenir à un hypothétique « avant » meilleur. Les uns se dressent contre les immigrés, les autres contre « le mondialisme », les Juifs, les musulmans, ou, d’autres encore, contre les mouvements LGBT… En somme contre ceux et celles qu’ils considèrent responsable de la « perdition » de la France. Il n’y a donc pas un profil unique, mais celui-ci, en revanche, est stable électoralement. 

    Chez Les Républicains, cela a été un coup dur. « Tout est à reconstruire » selon Bellamy, tandis que Eric Woerth s’en prenait à Laurent Wauquiez « A sa place, je tirerais sans doute les conséquences de ça. […] C’est le pire score de notre histoire, alors que la droite est majoritaire en France ». Ce que cela révèle est surtout qu’il n’y a pas de place pour plus d’une liste d’extrême-droite. LR s’est placée sur le même créneau que le RN, pensant le vampiriser, avec, probablement, à termes, l’objectif de faire sauter les barrières qui les séparent. En réalité, faute d’espace, leur score est un pitoyable 8,5%. Ces 4,75% des individus en âge de voter sont donc des réactionnaires, comme le RN, mais avec du patrimoine, plus âgés, plus catholiques, mais aussi moins en rupture avec les institutions. La question du patrimoine est d’ailleurs ce qui sépare, in fine, de l’électeur RN.

    La stabilité joue aussi sur les échecs des listes réactionnaires : Dupont-Aignant, Asselineau ou Philippot, sans compter les quelques listes ultras, se partagent quelques miettes. Incapable de trouver un espace, ils n’apparaissent pas comme des alternatives. 

    Pourquoi ce score est-il stable ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’immense victoire fasciste ?

    Malgré ses tentatives, l’extrême-droite n’est pas parvenue à se greffer sur le mouvement des Gilets Jaunes. Elle ne parvient pas à se faire l’écho de la colère sociale, du fait de ses ambiguïtés constantes, sur la police, sur la justice, sur l’économie. La démagogie n’est pas parvenue à absorber les légitimes revendications sociales des classes populaires. L’extrême-droite végète donc, la formule faisant son succès relatif étant également celle qui l’empêche d’être victorieuse.
    Les classes populaires demeurent toujours les premières en termes d’abstention, aucune force politique ne s’est faite leur porte-parole de leurs intérêts. Même les inconséquentes listes des « Gilets Jaunes » ont échoué. Leur tentative de surfer sur la vague ont fait long feu. 

    Le vide populaire se fait d’autant plus sentir lorsqu’on analyse ce qui s’est produit à gauche de l’échiquier politique. Seul 30% des suffrages sont allés de l’autre côté de LREM.

    Finalement, la force qui a le plus recueilli de suffrages est constituée par EELV. C’est le produit de la mobilisation de la petite bourgeoisie progressiste urbaine, laquelle s’est déplacée pour voter « à gauche ». La nature de cette mobilisation se ressent. L’ancienne coalition de Hollande (PS-EELV-Génération-s) récolte 20% des voix. Cette résurrection de la « gauche-qui-trahit » est plus que déplorable. Ces organisations sont durablement associées à la casse sociale, à la loi El-Khomri, à la naissance de Macron. Elles captent pourtant toujours assez de voix pour empêcher qu’une autre « gauche » apparaisse comme un pôle. 

    La petite bourgeoisie des centres urbains est retournée chez elle. Ce n’est pas étonnant. Le social-libéralisme, même maquillé en vert, bénéficie toujours d’un espace possible d’existence dans la puissance impérialiste qu’est la France. 20%, cependant, soit 10% des individus possédant le droit de vote, est une « victoire » précaire.

    La gauche non-Hollande, PCF, LFI, LO (soutenue par le NPA) n’ont pas plus mobilisé les classes populaires.Les groupes trotskistes, tout en se parant des oriflammes de la révolution et en portant un discours de syndicat, ont obtenu 0,7% des voix.Le PCF, rompant avec la stratégie du Front de Gauche, a tenté sa chance seul.La tentative est louable, mais ne pouvait que tomber à plat.Entre une image trop lisse pour attirer les parties les plus radicalisées de la population et l’anticommunisme atavique de la petite bourgeoisie, il est tombé dans un entre deux coûteux.L’abstention lui a ôté les voix qu’il voulait intégrer.Il est talonné par le « parti animaliste.» Nous avons une position sur le PCF qui fait que nous ne partageons ni le fond, ni la forme de ce que ce parti est devenu.Cependant, cette contre-performance ne nous réjouit pas.Elle contribue encore davantage à invisibiliser la place du communisme dans le débat politique et réduit l’espace idéologique ouvert aux idées marxistes.

    La France Insoumise, quant à elle, est en pleine décrue.Elle se retrouve même a égalité avec le Parti Socialiste, malgré tout ce que celui-ci a fait de néfaste.Elle n’est pas parvenue à rassembler autour d’un programme un minimum progressiste.Prise au piège de sa propre stratégie, tabler sur le populisme, elle se confronte aujourd’hui a ses limites.

    L’agressivité dont elle a pu faire preuve, notamment pour se placer par rapport au PCF et à la CGT, a donné un flot très fort, mais un reflux tout aussi puissant.En cause, notamment, les contours flous, les contradictions internes, les affaires Kotarac et Kuzmanovic.L’espace que laisse la décrue de LFI n’a pas été récupéré par le PCF, il a été vampirisé, finalement, par le PS-EELV, sur un programme libéral au possible.

    Les gauches réformistes ont échoué.Le concept, confronté à la crise du capitalisme, est à bout de souffle, même pour ceux et celles qui peuvent encore y croire. La gauche révolutionnaire, extra-parlementaire, a un boulevard devant elle.Elle a une opportunité qu’elle doit saisir.

    Elle est toujours émiettée, toujours fragmentée en groupuscules, en sectes, en petits clans.Elle n’est pas parvenue à une visibilité à l’échelle du pays, ni à jouer le rôle qu’elle doit jouer.Il ne tient en revanche qu’à elle de sortir de cette situation.

    C’est ce à quoi, avec d’autres, nous appelons et nous appellerons d’une manière beaucoup plus précis prochainement.

    La situation décatie que nous voyons aujourd’hui ne peut qu’évoquer ce qu’écrivait Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à naître, et dans ce clair-obscur surgissent des monstres »

  • Halte à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme !

    Halte à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme !

    Halte à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme !

    L’antisémitisme est un problème réel qui doit être considéré avec sérieux et avec gravité. Le Parti Socialiste a, ces derniers jours, lancé un large appel à un front uni contre l’antisémitisme. Nous considérons qu’il est, effectivement, nécessaire de lutter contre ce fléau. Cependant, nous ne pouvons pas prendre au sérieux la manœuvre initiée par le PS. Elle ne peut être considérée comme un acte sincère, mais uniquement comme une opération de communication.

    La période que nous vivons est marquée par les difficultés économiques, par l’accaparement des richesses par la grande bourgeoisie et ses monopoles. Il en résulte des tensions sociales importantes, explosives, qui se manifestent de différentes manières. Certaines de ces manières sont saines et justes, comme les luttes, comme la remise en cause de l’ordre bourgeois et de son régime despotique.

    D’autres, attisées par l’extrême-droite et une sphère conspirationniste et confusionniste à son service, détournent la colère des exploités. Leurs vomissements de haine attisent les braises du racisme, de l’islamophobie, de l’antisémitisme, mais également du sexisme ou de toute une série de -phobies qui permettent de fragmenter toute idée d’unité contre les exploiteurs.

    Récemment, l’un de ces vieux démons assoupis, celui de l’antisémitisme, est revenu sur le devant de la scène. Les inscriptions « Juden », les tags antisémites, les croix gammées (devant le PCF de Vienne par exemple), les publications racistes… ont été légion.

    Elles ont culminé, selon les médias et les ténors de la politique, avec l’agression du « philosophe » Finkielkraut. Durant l’acte XIV des Gilets Jaunes, Alain Finkielkraut, comme durant Nuit Debout, a déclenché un incident. Il est venu agir en agent provocateur. Si son cinéma est le même qu’il y quelques années, la réaction n’est plus la même. Les invectives dont il a fait l’objet étaient, pour certaines, porteuses de sous-entendus particulièrement douteux. Elles ont été montées en épingle par de nombreuses forces politiques. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a ainsi apporté un soutien public à Alain Finkielkraut, dénonçant ceux et celles qui l’auraient traité de « sale juif ». Légitime. A ceci près que le terme n’a jamais été prononcé, de l’aveu même de la victime.

    C’est là où le bât blesse et où le manque total de sérieux dans le traitement de l’antisémitisme apparaît publiquement. Ce sont ces déclarations qui déforment la réalité et instrumentalisent les faits qui démasquent ceux qui les profèrent. Ce ne sont pas des alliés des Juifs et des Juives qui subissent l’antisémitisme. Ce sont, au contraire, des vautours qui n’ont d’autre hâte que de trouver des sujets à utiliser pour attaquer les masses populaires. Griveaux, qui a rendu hommage à Pétain et qui a confondu dans ses citations l’antisémite Charles Maurras avec le résistant Marc Bloch, représente-t-il l’avant-garde de la lutte contre le racisme ?

    Qu’irions-nous faire, nous, communistes, révolutionnaires, dans des rassemblements impulsés par le PS ? Comment pourrions-nous accepter de serrer les mains des Wauquiez, des Collomb, des bourreaux des masses populaires, de ceux qui écrasent les exploités ? Qu’irions-nous dire, aux côtés de ceux qui pratiquent le colonialisme et le néocolonialisme. Qu’irions-nous faire auprès de ceux qui vomissent la haine et la division, qui instrumentalisent les souffrances, et qui, dans le même temps, ne se privent pas de faire commerce avec les pires régimes du monde.

    La proposition du Parti Socialiste, en vérité, n’est ni plus ni moins qu’un piège.

    Le choix n’en était pas un. Signer signifiait accepter d’être tout sourire aux côtés des agents de la régression sociale et politique. Cela signifiait également avaliser un discours qui décale le débat public des questions économiques et sociales vers des questions identitaires, ethnico-raciales. Un discours qui alimente les tensions entre les communautés, ce qui est le jeu favori des politiciens et des politiciennes depuis les 30 dernières années.

    Ce discours qui occulte les revendications des Gilets Jaunes, qui occulte le mouvement social et politique, et qui l’enferme dans une grille de lecture, par ailleurs suggérée par BHL, par l’antisémitisme.

    Nous ne pouvons pas accepter ce discours. Nous ne pouvons pas accepter ces attaques ouvertes ou détournées contre le mouvement social. Or, ne pas signer cet appel prête le flanc à l’accusation de collusion avec les réactionnaires, avec les racistes, avec les fascistes.

    Ainsi, LFI a choisi au départ, d’ignorer l’offre de signature, tandis que le RN n’a pas été invité. Nous ne pensons pas que LFI soit un nid d’antisémites camouflés et conspirant contre les Juifs et les Juives. Nous pensons que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a été placé au pied du mur par cette offre : choisir entre une crédibilité politique d’opposition et entre un réel antiracisme, il a ployé le genou sous la pression. Le PCF a poursuivi sa logique propre : après une interview dans laquelle Fabien Roussel indiquait dénoncer les « casseurs » à la police, après des déclarations demandant plus de policiers pour « encadrer » les manifestations, le PCF accepte de serrer les mains des bourreaux. Les grands succès du congrès du PCF sont payés aujourd’hui, par la ligne Brossat-Roussel.

    Quant au RN, nous pensons au contraire que le mouvement fasciste aurait été bien trop heureux de signer cet appel pour continuer son processus de dédiabolisation.

    Que penser de tout cela ? Nous ne pouvons comprendre cet appel, qui est une véritable injure à ceux et celles qui souffrent du racisme, que comme une manœuvre visant à constituer un centre « démocratique » contre des ailes « populistes ». Or, assimiler, derrière le mot de « populisme », extrême-droite et extrême-gauche, dans le but évident de diaboliser cette dernière, donne des conséquences funestes. Elle créée le corollaire de rendre l’extrême-droite fréquentable, banalise ses thèses, popularise ses analyses, et lui décerne la couronne d’alternative convenable à l’échec du système. Voici, fondamentalement, le travail de pompier pyromane que la « macronie » et ses médias, mènent.

    Les perspectives des organisations politiques du « centre » ne sont pas réjouissantes. Le travail qu’elles ont fait pour le compte de la grande bourgeoisie les ont démasquées, les unes après les autres, comme travaillant contre les intérêts populaires. A force de servir d’interface pour les directives des exploiteurs, elles ne paraissent plus des portes de sorties politiques crédibles aux yeux des masses.

    D’une part, ce qui est condamné aujourd’hui, par une ligue allant de la « gauche » issue ou inféodée du PS à la droite qui drague lourdement sa voisine extrême, est à géométrie variable. S’ils sont prêt à disséquer avec ferveur les lourds sous-entendu lancés contre Finkielkraut, ils se sont montrés eux-mêmes de grands adeptes du sous-entendu quand celui-ci pouvait leur servir d’arme. Ils ont avalisé qu’il était acceptable de traiter certaines populations, Rroms, musulmans… comme des individus de second ordre. En somme, ils ont autorisé le racisme larvé comme un argument politique contemporain.

    Dans le fond, aux yeux de ces individus, même inconsciemment, la question du racisme ne prend qu’une dimension tactique. Elle est une manœuvre qui permet de marquer des points, qui permet de s’afficher, qui permet de faire parler de soi. Le FN/RN, montant les homosexuels contre les musulmans pendant des élections, puis faisant l’inverse pendant la Manif Pour Tous. Valls proclamant une fidélité inconditionnelle à la « communauté » juive et à Israël « je suis lié (…), de manière éternelle, à la communauté juive et à Israël », proclamant les juifs comme étant « à l’avant-garde de la République » et aujourd’hui défilant avec la droite Franquiste en Espagne. Valls , par ses propos, a insinué qu’il existerait une élite auquel il faudrait prêter allégeance.

    Or, les Juifs et Juives de France, qui n’avaient rien demandé de plus que le fait qu’on les laisse tranquille et de ne pas être assimilés de force à la politique d’Israël, se sont vus impliqués, à leur corps défendant dans les propos d’un premier ministre qui fait appel à un inconscient antisémite. En dernière analyse, ces propos ont nettement plus contribué à mettre en danger les Juifs et les Juives de France qu’a leur apporter le moindre réconfort. Voilà à quoi mène la loyauté « éternelle » de ces agitateurs.

    Les responsabilités sont écrasantes !

    Car il existe une part de responsabilité terrible d’un certains discours politique dans la montée de l’antisémitisme. Il existe bien sûr, celui, direct, qui vise les juifs en les parant de tous les traits les plus néfastes, en inventant des mensonges et des calomnies, en déclenchant des attitudes pogromistes. C’était celui des fascistes, des nazis, de l’Okhrana, cette sinistre police du Tsar.

    Il existe un autre, vicieux, insidieux, qui utilise le rejet et la répulsion que procure la politique d’Israël à de grandes parties de la population française comme mondiale, et de s’en emparer, pour tenter de justifier les crimes passés, de les légitimer a posteriori et, en dernier lieu, de réhabiliter les régimes qui les ont commis. C’est celui de Soral, par exemple.

    Mais il en existe une autre forme, tout aussi perverse, qui consiste à s’emparer de la mémoire de ceux qui ont perdu la vie ou qui ont été persécutés. Qui consiste en une prise en otage des souffrances de millions de personnes pour servir des projets politiques, économiques ou géopolitiques. Cette manière de créer un ensemble artificiel, déniant aux juifs et aux juives leur opinions, leurs positionnements politiques, considérant que toute critique politique du sionisme et d’Israël devient un acte antisémite, est une manœuvre qui n’apporte qu’un climat de haine et de crainte.

    C’est la politique qu’a suivi Manuel Valls, en considérant que le rejet du sionisme en tant qu’idéologie politique est l’antichambre de l’antisémitisme. C’est la politique du gouvernement israélien, qui expose aux violences sa propre population, pour ensuite les instrumentaliser en en faire une justification d’une politique colonialiste.

    Lorsque le député LREM Sylvain Maillard justifie un projet de loi assimilant antisionisme et antisémitisme en déclarant : « On peut critiquer le gouvernement d’Israël, mais pas remettre en cause l’existence même de cet État« , il ne rend pas service aux juifs et juives de France ou d’ailleurs. Figer la critique de l’existence d’un ensemble juridique ne présume pas d’une haine contre ses habitants, ou contre les Juifs et Juives. En revanche il adoube une politique douteuse qui consiste à assimiler l’un à l’autre.

    Qu’importe les conséquences dramatiques pour la vie de ceux et de celles que ces déclarations, qui n’ont jamais été demandées, impliquent. Ce qui importe, c’est le gain politique. Quitte à surfer, comme l’a fait Valls, sur un inconscient antisémite, qui assimile, comme l’écrivait l’antisémite Soral, les Juifs à une « communauté organisée ». L’un est le miroir de l’autre.

    En s’exprimant ainsi, Valls a placé la question du débat au-delà de la politique, mais sur le terrain ethnico-confessionnel. Il a enfermé le débat dans le bourbier de l’antisémitisme, chose par ailleurs confortée par son rejet de toute analyse sur les attentats. « Expliquer, c’est justifier », avait-il clamé. Au lieu d’interdire réellement les spectacles antisémites de Dieudonné et les logorrhées du même acabit de Soral, ce qui était non seulement possible, mais nécessaire, il les a monté en épingle. Il les a utilisées pour appuyer son image, sa communication, et non seulement a fait une publicité immense autour de ceux-ci, mais les a également légitimés. Ils sont devenus des points de repères pour ceux et celles que la politique coloniale et impérialiste d’Israël pouvaient révolter, grandissant leur audience. Soral, Dieudonné, Valls, furent de grands gagnants dans l’affaire. Les perdants et perdantes furent les victimes de racisme.

    Le bal des hypocrites.

    Nous condamnons l’antisémitisme sous toutes ses formes, mais nous en condamnons également une instrumentalisation par des forces sans vergogne. Nous avons également une difficulté considérable à considérer comme des alliés valables des organisations qui arrivent à défendre des lois vouant à la mort les réfugiés qui fuient les guerres. Nous ne pouvons prendre au sérieux ces groupes qui paient uniquement de formules creuses ou dangereuse un engagement antiraciste dissonant. Nous ne pouvons marcher ou serrer les mains de ceux qui utilisent le racisme pour faire avancer leur propre agenda.

    Leurs larmes sont des larmes de crocodiles. Elles sont superficielles et hypocrites. Devrons-nous avoir à tolérer, demain, ces mêmes pleurnicheries sur le sort qui attend ceux qui meurent aujourd’hui par leur faute ?

    Comme nous le mentionnions en introduction, l’antisémitisme est un sujet sérieux. Nous le prenons au sérieux. C’est pour cette raison que nous rejetons l’appel lancé par Olivier Faure en direction d’agitateurs dangereux.

    C’est également pour cette raison que nous nous rallierons aux appels à lutter contre l’antisémitisme faites par ceux qui ont à cœur de lutter réellement contre celui-ci. Pour Macron, Grivaux, le PS et les autres, l’ennemi ce n’est pas l’antisémitisme. L’ennemi, ce sont les « classes dangereuses » incarnées par les Gilets Jaunes. Pour les combattre, ces derniers n’hésitent pas, avec un cynisme absolu, à les jeter dans les bras de l’antisémitisme, au risque de renforcer ce dernier.

    La grande majorité des Gilets Jaunes, comme ceux qui, à Lyon se sont recueillis lors de la commémoration de la libération des camps de la mort, n’ont rien à voir avec l’antisémitisme. Pour le reste, la lutte contre l’extrême-droite et contre les préjugés réactionnaires qui lui servent de terreau, reste pour nous un combat quotidien, sur lequel nous n’acceptons aucune leçon de la part des politiciens. Nous ne baissons pas notre garde sur cette question, mais nous dénonçons la politique de l’amalgame avec l’extrême-droite, politique d’autant plus cynique que les fascistes sont l’as caché dans la manche de la bourgeoisie.

  • Française de papier ? Décrypter Nadine Morano.

    Française de papier ? Décrypter Nadine Morano.

    Française de papier ?

    Décrypter Nadine Morano.

    Le 26 février 2018, la chroniqueuse Rokhaya Diallo s’en est pris aux positions du présentateur de M6, Bernard de la Villardière, quant à ses positions sur le voile. Nous retenons de l’affrontement la phrase suivante : « Je reviens sur la polémique qu’on a eu ici dans TPMP où vous avez pointé du doigt le fait que Cyril Hanouna puisse inviter sur le plateau une femme qui porte le foulard, un hijab. (…) Vous n’avez pas à dire comment une femme doit s’habiller. Vous avez un problème avec le voile. » C’est cette phrase, lancée à un présentateur connu pour ses affinités avec la réaction, qui désormais prend de l’ampleur.

    Le conflit s’est terminé sur le plateau. Après avoir fait mine de partir, Bernard de la Villardière se rassoit. Mais, en coulisse, les vautours fondent déjà, flairant la proie. Sur les réseaux sociaux, l’extrême-droite se déchaîne déjà.

    Au milieu des vomissures, Nadine Morano, à son habitude, tire son épingle du jeu. « L’intolérance, l’arrogance, la suffisance de la militante @RokhayaDiallo qui combat la culture, les racines de la France et fait la propagande scandaleuse de la régression de la femme avec le hidjab. Française de papier » déclare t-elle sur Tweeter.

    Nadine Morano est une grande habituée de la phrase assassine, même si celle-ci plonge dans la contre-vérité historique. Pour ces gens, l’histoire, de toute manière, est une chose qui se tord à l’envi, dans le but de la faire coller aux projets nauséabond du moment. Reconnaissons-le, les argumentaires approfondis ne sont pas la spécialité des réactionnaires. Une nouvelle fois, ceux-ci s’arrêtent au niveau de l’ad hominem, du fait de jeter le discrédit sur les auteurs plus que de parler du fond de l’affaire.

    Mais ce qui nous intéresse se niche à la fin, comme une torpille tirée pour achever la canonnade. « Française de papier ».

    « Française de papier », qu’est ce que cela signifie ?

    Nadine Morano est intelligente. Elle a un véritable esprit militaire, elle lance une offensive à tout va, mais se garde une position de repli au cas où. Il ne fait nul doute qu’elle n’a pas l’intention de qualifier Rokhaya Diallo de « française de papier » au sens du « tigre de papier » du président Mao. En somme elle n’a pas l’intention de dire que Rokhaya Diallo est une française en « carton. »

    Non, elle indique, en vérité, que Rokhaya Diallo est une française de papierS, soit une française sous un angle uniquement et strictement juridique. Le pluriel est crucial dans ce cas de figure. Chacun à bien lu ce que voulait dire Nadine Morano. Mais dans le cas où cela produirait un retour de flamme, il lui suffirait d’insister sur le singulier pour désamorcer la crise, voir même un examen juridique du tweet.

    Car l’accusation est politiquement d’une gravité extrême. Française de papiers, cela porte un implicite particulièrement lourd de sens. L’existence de ce concept, marque déposée de l’extrême-droite, implique donc la fait qu’il y aurait deux catégories de citoyens français. Les vrais et les de papiers.

    Comme au temps du code de l’indigénat, où il existait des français indigènes et des français de plein droits. Comme au temps de l’Apartheid. En somme, Morano fait appel à une notion coloniale. Mais elle va plus loin même.

    Fondamentalement, Nadine Morano et une partie de la droite la plus réactionnaire tente d’instiller une idée, depuis le débat sur l’identité nationale. Celui-ci, datant de 2009-2010, avait été un grand bond en avant pour le retour des fascistes sur le devant de la scène.

    Pour rappel, le débat sur l’identité nationale avait été institué par Nicolas Sarkozy alors président. Ses principaux artisans furent Brice Hortefeux alors ministre de l’immigration, puis de l’intérieur et Eric Besson, ex-PS, qui remplace le premier en tant que ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire.

    L’idée qu’il y ait une identité nationale, au dessus des caractéristiques juridiques relatives au fait d’être de citoyenneté française, voilà qui ouvre la boite de Pandore. Voilà qui ramène une idée, un fantasme, un immondice du passé : l’anti-France.

    Cette idée ne date pas d’hier. Elle fut forgée dans les années 1890 pour parler des soutiens à Alfred Dreyfus. Cette idée de la présence d’une dichotomie entre la France et l’Anti-France a modelé toute la rhétorique de l’extrême-droite jusqu’à nos jours.

    Ses visages ont changé. Le Juif apatride ; le communiste internationaliste et le judéo-bolchevisme ; aujourd’hui elle se dirige vers l’islamo-gauchisme et ses déclinaisons. Mais qu’importe le terme, l’idée derrière est la même : il existe un fossé inconciliable entre les vrais français et les faux. Entre ceux qui sont d’identité française et ceux qui n’en sont que de papier.

    Française de papier, voilà qui jette le doute sur les qualités personnelles et morales de Rokhaya Diallo. Voilà qui sous entend que cette dame serait un agent d’une cinquième colonne imaginaire, cumulant islamo-fascisme et gauchisme en une seule bouillie informe.

    Cela soulève une question, donc, quelle est la ligne de démarcation entre les deux ?

    A n’en pas douter, le fait que les parents de Rokhaya Diallo soient sénégalais et gambiens jouent dans le traitement de cette affaire. Ce traitement différencié en fonction de l’apparence est une des grandes hypocrisie politiques de l’histoire. Cependant, la pensée de Nadine Morano va plus loin encore. Derrière l’idée que Rokhaya Diallo est une traitre par sa couleur, par une essence -pourquoi pas une âme raciale- Nadine Morano affirme quelle est sa vision de la France.

    Rokhaya Diallo « qui combat la culture, les racines de la France et fait la propagande scandaleuse de la régression de la femme avec le hidjab. » est donc l’ennemi. Mais l’ennemi de quoi ? D’une France de race blanche et aux racines chrétiennes, ainsi qu’elle le clamait, devant une assistance médusée, en 2015.  « Je le dis clairement: la France est un pays de race blanche aux racines chrétiennes, comme le disait de Gaulle. » Un vision selon laquelle, par ailleurs « La laïcité et la loi sur la laïcité n’ont pas été faites pour gommer notre culture et nos racines chrétiennes. (…) La France est un pays aux racines chrétiennes. » Cela amène à une autre hypocrisie. Nadine Morano qualifie Rokhaya Diallo de réactionnaire hostile à la libération de la femme, et en appelle à une défense d’une laïcité militante. Or, cette laïcité, comme chez Wauqiez, arc-bouté à sa crèche de Noël, est une laïcité du paravent. Elle est une laïcité qui sert de fer de lance pour attaquer les musulmans et les musulmanes, tout en ramenant la réaction catholique au centre de la société, sous prétexte de racines chrétiennes. Cette farce n’a pas pour but de « libérer » les musulmanes qui portent le voile, mais bien d’instiller un climat de haine et de défiance au sein des classes populaires, tout en avançant ses propres pions réactionnaires ou fascistes.

    Grâce a cette fragmentation autour de questions insignifiantes, les agents des exploiteurs comme Nadine Morano et Laurent Waquiez pour imposer un ordre de terreur et de paranoïa, soudant autour de la « France » contre une « Anti-France » menaçante.

    Or, leur « France » est celle des bourgeois et des bourgeoises, des curés, des abbés et des abbesses. Elle est celle de l’exploitation et de la réaction. Elle est celle de s’asservissement.

    Le voile est il un vecteur d’oppression des femmes ? Oui, indéniablement. Mais il en est un parmi d’autres. Il n’est pas spécifique dans sa nature ou dans son action.

    Nadine Morano veut-elle libérer les femmes de l’oppression ? Absolument pas. Elle ne cherche pas à libérer qui que ce soit de l’oppression, mais bien d’enfermer les femmes et les hommes dans une oppression qui est cosmétiquement différente.

    Le voile et l’Islam sont hypocritement attaqués. Ils sont des paravents. Lorsque des réactionnaires attaquent les croyants et les croyantes, ce n’est pas pour améliorer la société, mais bien parce que cela leur permet de lancer des arguments racistes sans être poursuivis par la loi. Madame Morano ne pense pas à l’Islam quand elle dit « Islam ». Elle pense « Arabe ». Elle ne pense pas « progrès », elle pense Apartheid et enfermement dans l’ignorance, mais sous la Sainte-Croix. Elle ne pense pas République ou Laïcité, mais sabre et goupillon. Car au delà des discours, la vérité est là : la très large majorité de l’oppression que subisse les femmes, en ces veilles de 8 mars, n’est pas le voile. Elle est la société patriarcale, sexiste, imposant une division genrée du travail et des tâches. Les viols, les crimes, l’asservissement sont la fruit d’une société réactionnaire, non une faute qui peut se coller sur le dos des femmes et des hommes de confession musulmane.

    Les communistes, en particulier dans les Etats socialistes, n’ont jamais cherché la persécution des croyants et des croyantes. Dans notre brochure appelée Fin de Partie, nous parlions de la question de l’obscurantisme religieux.

    La lutte contre l’obscurantisme religieux ne se mène pas par l’oppression, mais par le fait de convaincre, de rallier, d’amener à démontrer, en premier lieu, que, quelque soit la position sur les questions divines, la lutte des classes est l’œuvre à mener jusqu’au bout.

    Le matérialisme dialectique pose la négation de Dieu par lui même. Mais il n’est pas une chose dont on gave de force les interlocuteurs. Ce n’est que par la démonstration, que par la capacité à développer une ligne politique juste, que par le ralliement, que les masses avancent.

    Placer la religion comme une contradiction irrésoluble, refuser de l’aborder ou la conforter sont tout autant de positions fausses. Mikhaïl Kalinine, président de l’Union Soviétique, expliquait qu’en URSS, il n’y avait pas de répression d’Etat contre les croyants, contrairement à ce que les historiens de la bourgeoisie présentent. La lutte contre la religion se faisait en la traitant comme une erreur idéologique et en étant dans une posture de débat et d’explication.

    A l’exception des agents de la réaction, irréductibles, irrécupérables, la très large majorité de ceux et celles qui placent leurs espoirs dans la religion peut-être ralliée. La question déterminante, au final, est celle de l’engagement. Un membre du clergé, un zélateur, un prestidigitateur de la religion, peut se muer en ennemi implacable, en opposant au communisme, à la révolution. C’est un fait. En revanche, le fait d’avoir la foi, comme le mentionne Kalinine, est une déviation idéologique -comme une autre.

    Les communistes luttent contre les idées réactionnaires. Mais les communistes savent ce que sont les aspects principaux et secondaires de l’oppression. Or, ce qui est la base matérielle, la base sociale de l’oppression des femmes, c’est la structure économique de la société. C’est cette tendance normative au fait que les femmes soient transformées en sous-prolétariat, en objet d’échange, et marchandise de loisir ou de reproduction. C’est à cet endroit que le cercle de fer doit être brisé.

    Les tenants de la thèse de l’ »Anti-France » se moquent éperdument des souffrances des masses populaires et des oppressions des femmes. Ils désirent que ces pratiques perdurent. Elles sont la base de leur ordre, de leur système d’exploitation, sur lequel ils et elles vivent en parasites.

    Brisons les discours à la Morano ! Chassons les thèses réactionnaires ! Soyons solidaires de Rokhaya Diallo ! Luttons contre les réactionnaires !

  • FISC et lutte des classes – Partie VI – La curée.

    FISC et lutte des classes – Partie VI – La curée.

    Avant-dernière partie, au final, de cette brochure-formation sur les impôts. N’hésitez pas à l’employer, à la diffuser, à la relayer. La question de l’histoire du FISC est une question trop souvent oubliée, mais ô combien révélatrice de l’état d’esprit d’une bourgeoisie féroce et parasitaire.

    La curée. 

    Avec la chute de l’URSS vient son corolaire, la chute du PCF. La bourgeoisie prend appui sur ces événements, fruits d’une longue dégénérescence, pour initier une offensive anticommuniste de premier ordre.

    Le gouvernement de l’époque, la dream team d’agents virulents de la bourgeoisie, a lancé une attaque massive contre les acquis sociaux. Attaques contre les retraites, attaques contre la Sécurit Sociale…

    Leur succès est de parvenir à plafonner les remboursement des soins. Le taux de remboursement diminue donc ce qui fait que les frais sont directement assumés, de manière inégalitaire, par les patients eux-mêmes. Dans le même temps, cela offre la possibilité de pouvoir développer les mutuelles, ces entreprises privées qui font du profit sur la bonne santé des travailleurs et des travailleuses, mais qui rechignent à verser leur dû lorsque la maladie frappe.

    En revanche, ces échanges monétarisés nouvellement créés donnent naissance à une croissance économique visible. Fait paradoxal, la misère créé de la croissance et de la richesse. Cette manière de fonctionner est présentée comme une avancée, alors qu’elle est un recul terrible et dramatique.

    Après avoir étranglé la sortie, en jugulant les versements de prestations sociales, la bourgeoisie s’attaque à l’entrée financière.

    Les luttes de 1995 bloquent temporairement l’avancée des réformes-liquidatrices. Celle si est enrayée sous le premier mandat de Chirac, lequel dissout l’Assemblée. Contre toute attente, en 1997, la « gauche plurielle » remporte les législatives anticipées. Le PS est la force politique principale, avec un premier ministre issu des rangs trotskistes, Lionel Jospin.

    Lionel Jospin et son gouvernement sont des Mitterrand light. Ils -et elles- sont portés par les luttes comme une issue politique à celles-ci. L’élan n’est plus le même que dans le début des années 1980. Il n’y a pas de période de grâce et d’avancée. Dès 1997, les mesures qui sont prises sont anti-sociales et ce gouvernement se montre le plus grand agent de la privatisation de l’histoire de la Vème République. Le Parti Socialiste initie une réforme perverse, celle des 35h. Cette réduction du temps de travail s’accompagne de la possibilité d’adjoindre des heures supplémentaires. Le patronat devrait hurler, mais il ne le fait que modérément. Pourquoi ?

    Il a obtenu un arrangement « à l’amiable ». Le temps de travail est annualisé, et donc les horaires peuvent être adaptés d’une manière qui arrange le patron et ses besoins en terme de masse salariale. In fine, cela dessert les travailleurs et les travailleuses, qui ne sont même plus maîtres de leur emploi du temps. Toutes les souplesses en terme de Code du Travail ne sont que celles de l’échine du salarié, qui doit se courber pour satisfaire son patron.

    Deuxième aspect, qui rejoint l’attaque contre le financement de la Sécurité Sociale, concerne les excédents budgétaires. Les années où la Sécurité Sociale dispose de plus que ses besoins, ceux-ci sont exonérés – auprès du patron. Des micro-accords dérogatoires permettent d’étendre cela auprès d’autres entreprises. Au final, cela signifie qu’une partie du salaire brut n’est pas versée au salarié, mais rentre dans la poche du patron.

    Le salaire est impacté, mais de manière invisible, puisque l’argent perçu effectivement à la fin du mois ne change pas. Les patrons en ont profité pour se glisser dans toutes les niches fiscales possible, et optimisant au maximum leurs versements. Ainsi les cotisations sociales, les salaires élargis, ont diminué.

    Tant que l’économie allait de manière correcte, cela ne se percevait pas particulièrement. Mais lorsqu’elle s’est enrayée, tout cela s’est transformé en déficit, en ce qui est présenté comme « le trou de la sécu. »

    Le discours s’est alors porté, d’une manière particulièrement cynique, sur les malades, les personnes âgées, les fraudeurs… Tandis que les patrons ont poursuivi leur captation des richesses produites. Au final, le seul succès de ce gouvernement fut une Couverture Mutuelle Universelle pour les plus pauvres, présentée comme une succès, mais étant, au final une roue de secours tragique. Au lieu de tenter de s’attaquer à la grande pauvreté, elle est amortie.

    A la suite de ces cinq années de gouvernement PS, cinq année de création de déficit social, les masses n’ont pas mordu de nouveau à l’hameçon. Ce fut l’un des pires scores du Parti Socialiste, avec le 21 avril 2002, mettant pour la première fois en lice, au second tour des élections présidentielles, le candidat du FN. La droite revient pour dix ans.

    Elle poursuit les attaques. En tirant prétexte du déficit, elle initie un rallongement du temps de cotisation pour obtenir un départ à la retraite à taux plein. Les travailleurs et les travailleuses sont exploitées plus longtemps, tout en étant payées moins, du fait des exonérations de charge réalisées par Lionel Jospin au travers des 35h.

    Depuis, ces phénomènes ce sont sans cesse accrus, avec les attaques constantes sur ces caisses de cotisation. Seule la TVA trouve fondamentalement grâce aux yeux de la bourgeoisie.

    La bourgeoisie tire à boulets rouges, mais les attaques se précisent. Les exploiteurs flairent une possibilité de pouvoir frapper avec ampleur les système d’impôt en général. La hausse de la TVA -sous couvert de la TVA sociale ; taxe carbone…etc. L’idée étant de combler les problèmes de finances de l’Etat par les moyens les plus injustes.

    Sarkozy s’est heurté cependant à des mobilisations, des luttes. Le cycle recommence, mais à chaque fois en plus affaibli, en plus essoufflé. Les luttes amènent le Parti Socialiste au pouvoir, qui fait pire que la droite, car il shunte les organisations de lutte. Les masses sont dégoutées, et, prisonnières de la démocratie bourgeoise, se tournent vers le parti d’opposition, la droite.

    Hollande est élu, porté par l’anti-sarkozysme. Lorsqu’il ne liquide pas le code du travail, il prépare une nouvelle forme d’imposition : le prélèvement à la source. Cette réforme, incomplète, est appuyée par de grands droitiers issus des finances, Sapin et Macron.

    Qu’est ce que c’est ? L’impôt sur le revenu est annuel. On déclare ses impôts et on paie, le cas échéant ce que l’on doit. Cet impôt est payé d’un coup, et est donc lourd et compliqué. Cela demande d’une part de la rigueur, de l’autre de la trésorerie. Cela se sent passer, mais d’une certaine manière créé une proximité entre le contribuable et son argent. Il, ou elle, sait combien est versé.

    Déja, un premier éloignement avait été fait par les déclarations pré remplies. Elles n’exigent plus de réflexion particulières et peuvent être faites par internet. In fine, il s’agissait déjà d’un premier pas. Le ou la contribuable contrôle peu la déclaration, n’a pas d’échange avec les fonctionnaires des impôts, n’a pas de prise sur le fonctionnement et sur la manière dont le prélèvement se fait.

    L’impôt à la source est payé, lui, chaque mois, prélevé directement sur le salaire. C’est donc une manière progressive de verser l’écot dû, sans questions à se poser. Séduisant ? Oui.

    Mais, finalement, cela éloigne complètement l’imposé des fonctionnaires chargés de le faire. Un problème, une difficulté de paiement, et il n’y a pas de voie de recours. Cela supprime tout autant de postes de fonctionnaires, tout autant de contact entre l’administration et l’administré. Comment, dans ces conditions, contester ?

    D’autant que ce prélèvement automatique est fait par l’émetteur de la paie, le patron. Celui-ci dispose d’un accès à tous les revenus de l’imposé ou du foyer, alors que normalement il n’a pas de droit de regard à ce sujet.

    Macron semble avoir des difficultés, maintenant qu’il est au pouvoir, à mettre en place ce système. Il est repoussé à 2019. La modification du mécanisme et des conséquences sur les rentrées d’argents dans le budget de l’Etat semble lourde à gérer.

    Mais Macron prépare plus ample que cela, plus grand et plus loin : un retour à l’impôt à la Vauban.

     

  • Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie finale – des nazis à la rue ?

    Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie finale – des nazis à la rue ?

    Des nazis à la rue ?

    Le coup de force du 23 septembre a suscité de nombreuses critiques et de nombreuses réactions, fort variées. Celles-ci ont formé un véritable tir d’artillerie, encadrant de critiques de gauche et de critiques de droite l’opération menée par la France Insoumise. Nous avons nous-mêmes formulé les nôtres plus en amont dans ce texte ainsi que dans notre article sur le dangereux solo de Mélenchon. Mais nous considérons que toutes les critiques n’ont pas la même valeur, ne sont pas forcément justifiées.  Nous nous devons de rendre à César ce qui revient à César, quant à cette manifestation, tout comme de faire la critique des critiques.

    Le désaccord de fond que nous avons avec la France Insoumise, quant aux fondements théoriques de ce mouvement, quant à la stratégie générale, quant au programme, quant à la ligne défendue jusqu’à présent dans le mouvement social, ne doit pas, pour autant, obscurcir notre jugement. Le désaccord est politique et doit rester politique. Certains vouent une haine viscérale au mouvement de Mélenchon, à chacun de ses membres, à chacun de ses militants et militantes. Cela donne naissance à des commentaires basés uniquement sur de l’affect, sur un rapport viscéral, mais non sur une critique de fond.

    Les critiques de droite ont tenté de jouer sur deux lignes : Celle de la minimisation du rassemblement en premier lieu. C’est celle de Marianne par exemple, titrant qu’il n’y avait que 57 000 personnes à la Bastille, lorsque la FI en revendiquait le triple. Cette bataille de chiffres n’est pas significative pour analyser l’influence politique de cette manifestation. Elle est du domaine de l’acte de foi. Mais elle fut utilisée par certains détracteurs pour réduire l’importance de la mobilisation ou de qualifier d’échec cette opération. Indépendamment de ce qu’il est possible de penser du fond de l’affaire, le nombre d’individus présent n’était pas suffisamment ridicule pour que cela puisse être une humiliation.

    Le président Macron, lui-même, l’a reprise. Il l’a mêlée a un autre argument : la menace Mélenchon. En aparté, dans des propos reportés par le Canard Enchaîné, le ton se fait plus agressif. Mélenchon serait un « président Africain battu » refusant de reconnaître sa défaite. Il serait dans une « démarche séditieuse » et il est heureux qu’il n’ait pas « l’armée derrière lui ».

    Dans le même ordre d’idée, Valeurs Actuelles a ainsi illustré sa couverture d’un montage du Che et du visage de Mélenchon. Une manière de surfer, pour ce journal d’extrême-droite, sur l’anticommunisme, sur la peur du rouge, la peur du bolchevisme.

    Si la bourgeoisie a bel et bien raison de redouter qu’un parti communiste léniniste naisse et grandisse, Mélenchon, n’en déplaise à ses détracteurs comme à ses adulateurs, n’a rien d’un révolutionnaire. Si l’attaque laisse transparaître le fait que son existence est déplaisante aux yeux de la bourgeoisie, cela n’en fait pas, pour autant, un émule de Lénine ni même d’un président de gauche sud-américain.

    Au cours de son débat avec le Premier ministre, Edouard Philippe, Mélenchon l’a illustré à plusieurs reprises : « Je suis un Républicain, la loi est au-dessus de tout le reste » a-t-il dit. L’attachement républicain de Mélenchon fut d’ailleurs salué par son contradicteur. Dans les faits, il s’est limité à attaquer le « mauvais prince » au pouvoir, sans jamais revenir sur les fondements de l’inégalité et de la pauvreté au sein de l’Etat français : la bourgeoisie, parasite exploiteur, vampire des masses populaires. Difficile de faire moins marxiste et moins bolchevique.

    Il s’agit d’un aspect que ses détracteurs de gauche connaissent bien. Il s’agit par ailleurs du fondement de la critique contre Mélenchon : le caractère social-chauvin et réformiste du programme de leur leader.

    Le problème, dans la critique portée par de nombreux groupes de gauche n’est pas le fond, mais bien souvent la méthode.

    L’intervention de la part de militants et militantes d’ultra-gauche lors de la manifestation du 23 s’est faite sur un fond valable. Elle s’est faite sur une opposition de fond aux travers de la FI. Mais celle-ci fut inaudible. Elle le fut car elle s’est faite en traitant les militants de la FI comme des ennemis, en les attaquant -parfois physiquement- tout en ne pouvant expliquer les fondements des critiques portées contre ce mouvement. S’en prendre à la tribune et aux militants, dans ce contexte, agit de manière contreproductive, en solidarisant les militants FI avec leur direction, en les faisant former un front unique contre ceux qui apportent la contradiction, le chaos, le malheur de la discorde.

    Cette erreur est typiquement gauchiste, elle se base sur une surestimation de la difficulté de débattre avec les militants et militantes de la FI, de les faire avancer politiquement, de les faire évoluer par rapport aux positions de Jean-Luc Mélenchon et des réformistes qui trustent sa direction. Elle se base sur une idée que la pensée de ces militants est déjà figée et sclérosée. Ne voulant pas porter la contradiction politique, mais ne portant que l’antagonisme, ils et elles ne sont pas parvenu a faire bouger d’un iota les lignes. Cela n’enlève rien à leur bonne volonté, mais a fait de leur apparition un échec total au lieu d’une occasion de lutter contre les idées fausses au sein du mouvement de la FI.

    Nous ne prétendons pas avoir la solution parfaite quant au dialogue et au débat, mais nous considérons que traiter en ennemis ceux qui militent et luttent honnêtement, même dans un mouvement criblé de défauts, est une impasse complète, qui ne mène qu’au sectarisme. Si le Parti de Gauche représente une force politique fondamentalement et irrémédiablement constituée de chauvins et de réformistes, la FI est bien trop nébuleuse et vaste pour qu’il en soit tiré un jugement aussi clivant.

    Le social-chauvinisme et les tendances réactionnaires de certains militants de la FI, ainsi que de certains éminents membres de sa direction est indéniable, tel Djorge Kuzmanovic -le barbouze de service, qui faisait de « l’humanitaire au Rwanda pendant le génocide »- cependant, de là à faire de la FI un groupe de néo-nazis à la rue, un océan existe. Certains n’hésitent pas à le franchir allégrement.

    La page Facebook de Conspiracy Watch – Observatoire du conspirationnisme avait ainsi épinglé une pancarte, présente à la manifestation, représentant Macron en pieuvre assoiffée de sang et d’argent. Celle-ci était titrée « Macron, le monstre au service de l’argent-roi ! » Cette affiche a déclenché un malaise certain sur les réseaux sociaux. Conspiracy Watch a eu raison de l’épingler, du fait du contenu et des références douteuses à l’argent-roi, formulation qui se retrouvait régulièrement dans les publications d’extrême-droite d’avant guerre.

    Certains militants, notamment liés à des organisations légèrement paranoïaques dont nous avons longuement parlé plus tôt, ce sont empressés de se saisir de cette pancarte pour déclarer que celle-ci illustrait pleinement l’antisémitisme et le complotisme de la FI. D’une pancarte, ils en font une profession de foi, laquelle leur sert à jeter au bûcher les militants et militantes de la FI.

    Nous ne pensons pas que la FI soit un mouvement antisémite, complotiste, crypto-fasciste. Nous pensons que sa direction suit une stratégie qui est celle d’un mouvement sectaire et d’un mouvement essentiellement chauvin et réformiste. Mais les masses de gens qui le composent n’en sont pas moins, bien souvent, des individus voulant lutter avec sincérité, avec dévouement, avec, également une capacité à se corriger et à repérer les erreurs.  Les ostraciser, les isoler, les attaquer ne fait que renforcer l’emprise d’une direction antidémocratique et anticommuniste.

    Nous, comme bien d’autres, sommes issus d’une culture politique particulière, d’une tradition, d’une formation longue. Mais cela représente une minorité, d’une part. De l’autre, cette culture et cette compréhension politique peut nous pousser à agir avec présomption et jugement à l’emporte-pièce, ce qui est non seulement faux mais contre-productif. Le plus souvent, cette faute de sectarisme est justement révélateur de la faiblesse idéologique de nos propres rangs, non de sa force.

    Un travail de dialogue, basé sur le raisonnement, sur le débat, sur la persuasion et non sur la contrainte et l’attaque doit être fait en direction des militants et militantes de la FI. Mais il doit être fait en les considérant comme des alliés dans l’erreur, non comme des ennemis. Il existe de véritable fascistes qui sont nos ennemis. Il existe une bourgeoisie qui l’est tout autant.

    Ce qui nous sépare, ce sont des lignes de démarcation. Celles-ci doivent être tracées soigneusement.

    Les malheurs de l’extrême-droite ne peuvent que nous réjouir et nous remplir d’aise. Mais la tendance que peuvent avoir certain à voir du fascisme partout, à le flairer comme une menace immédiate et irréductible est une faute stratégique terrible, laquelle pousse certains et certaines à aller jusqu’à faire alliance avec les bourreaux des classes populaires sous prétexte de défendre la « démocratie » et la « république » au lieu de travailler à construire les outils de la révolution.

  • Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie 1.

    Un plat de couscous, une rue et des nazis. Partie 1.

    Un plat de couscous, une rue et des nazis.

    Partie 1 – Un plat épicé.

    L’actualité concernant l’extrême-droite est particulièrement ombrageuse ces jours-ci.

    Depuis les élections législatives, et un certain dégonflement de la « bulle » FN, l’actualité a tendu à oublier quelque peu ces sombres personnages, et à se recentrer sur les questions sociales. Au sein de la lutte contre les ordonnances, le FN n’a guère de place, guère de tribune pour s’exprimer.

    D’une manière générale, par ailleurs, les fascistes et l’extrême-droite sont bien en peine de trouver un promontoire, de se créer un piédestal, pour s’exprimer. Ou ils s’opposent aux grèves sous la forme de mobilisation autour de « Liberté Chérie » et de « Stop la grève », ou ils font des mobilisations contre « les débordements » ou les « casseurs », ou ils s’attaquent carrément aux manifestations, comme le GUD durant la loi travail en 2016, à Lyon.

    En face de la question de la lutte des classes, leurs arguments idéalistes et métaphysiques se brisent face au prisme de la réalité. Empêtrés dans des théories sur « l’intérêt de la nation « , à comprendre, « de la bourgeoisie », ils ne peuvent réellement avoir les coudées franches pour s’exprimer. Lorsqu’ils essaient, ils se couvrent généralement de ridicule.

     Discrètement, Florian Philippot s’est aventuré, le 12 septembre, dans la cabine du « roi des forains », pour y exprimer son soutien à la lutte. Piètre manœuvre qui n’a guère trompé. Piètre manœuvre qui ne l’a guère sauvé du couperet fatal. Cela faisait un moment que celui-ci ne tenait plus qu’à un brin.

    Après les élections, dans une brochure intitulée « Fin de Partie », nous évoquions la situation du Front National : « Le concept du Front National semble avoir atteint ses limites objectives, en termes de capacité à accroître sa base électorale, à gagner en influence, à devenir un parti présidentiel. » (…)

    « Le Front National devenant une force centrale dans la vie politique, cela cause des contraintes terribles, des dissensions internes. L’outil n’est plus adapté à la tâche. Le Front National est victime de son succès.

    Tant qu’il était une puissance montante, arc-boutée à l’opposition, à porter la contradiction, à attaquer de toutes ses forces, les problématiques liées à sa cohérence interne restaient secondaires. Un palier a été franchi cette année et, avec lui, se posent des débats stratégiques importants.

    De plus, la possibilité d’alliance avec d’autres forces, dont Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan, sort le FN de son isolement politique.

    Trois lignes émergent :

    Celle de Florian Philippot, celle des nouveaux arrivés, celles et ceux qui ne sont pas des membres de longue date du Front National, qui ne tolèrent pas forcément la primauté « génétique » du clan Le Pen et de ses vassaux. Ceux-ci s’alignent sur une position d’alliance, de coalition, avec les autres forces de la droite « forte » mais « propre. » Cette ligne place le professionnalisme avant tout, place l’idée de devenir un parti présidentiable, non plus une simple force d’opposition.

    Cette ligne est probablement celle qui poussera le plus rapidement à l’éclatement du Front National pour rompre avec son histoire, son passé, ses affaires. Les informations dont nous disposons à l’heure actuelle laissent entendre que Florian Philippot l’axera autour d’une charte rejetant « le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie « , tout en recherchant à faire bloc avec les forces quittant Les Républicains, si ceux-ci ne survivent pas aux législatives en tant que force constituée.

    A l’opposé, la ligne « gauchiste » de Marion Maréchal-Le Pen, héritière idéologique des provocations de Jean-Marie. Elle représente le rejet de la « dédiabolisation », le rejet du lissage. Elle joue, au contraire, sur un lien maintenu avec les fascistes, les néofascistes et autres groupuscules agressifs. Contrairement aux autres, la conquête de places fortes, de députés, reste un aspect secondaire. Dans leur esprit, la question de l’accès au pouvoir ne passe pas forcément par la conquête de l’appareil d’Etat, mais par la mise en œuvre de mouvements de masse réactionnaires, de mouvements d’action.

    Cette ligne est celle dans laquelle l’idée de révolution nationale, l’idée de prise du pouvoir, est la plus forte. Elle est une ligne radicale qui n’accepte plus le style de direction « petit-bourgeois » de Marine Le Pen, son caractère boutiquier et son absence d’ambition.

    Si les premiers veulent lisser leur image pour devenir présidentiables, ceux-ci sont dans l’optique d’une opposition frontale avec le pouvoir d’Etat, jusqu’à ce qu’il les appelle à restaurer l’ordre. L’éclipse de Marion Maréchal-Le Pen, se retirant « définitivement, pour le moment » de la vie politique, est illustrative : rupture avec la ligne majoritaire, le temps de rallier des forces nouvelles, d’unifier les courants dispersés du fascisme, pour revenir en force, dans cinq ans, et prendre le contrôle de l’appareil.

    La dernière est celle de Marine Le Pen. Elle se caractérise par un esprit boutiquier, petit-commerçant, petit gestionnaire. Elle est une ligne du confort, des rentrées d’argent par le triangle institutions – Riwal – Bleu Marine. Le clan autour de Marine Le Pen, les Lousteau, les Chatillon, les petites mafias, ne peuvent qu’entretenir des rapports complexes, brutaux, au sein de l’organisation. L’incompétence, fruit du népotisme, grève cette ligne et l’empêche de faire de substantiels progrès.

    Si elle est cramponnée autour de l’appareil, ce clan, ce groupe interne n’en est pas moins menacé. L’approche du congrès du Front National, dans le courant de l’année, risque de se muer en nuit des longs couteaux.

    Dans un sens, un éclatement du Front National est une chose positive. Elle neutraliserait provisoirement cette organisation, la forcerait à se recomposer. »

    Mais nous nous empressions d’ajouter la chose suivante ; sa mutation peut le rendre in fine plus dangereux, car plus adapté aux question actuelles et à la place grandissante de l’extrême-droite tant dans l’Etat français que en Europe.

    Ce couscous avec lequel Florian Philippot s’est étouffé a été une manière de pouvoir purger le FN de son aile modérée, de son aile « douce », en bref de son aile compatible avec les institutions. La construction du micro-parti « les patriotes » fut un casus belli : Philippot et sa clique devenaient une puissance qu’il fallait étrangler. Cette nuit des longs couteaux, inversée, s’est faite en douceur, mais avec tranchant. Exclusion pour Philippot.

    Celui-ci s’est empressé de se rapprocher des ailes FN-compatibles de la droite traditionnelle, aile dans laquelle Philippot verrait bien sa carrière se jouer.

    Toujours est il qu’une des lignes au sein du FN vient d’être décapitée.

    Reste des questions : dans quelle mesure Florian Philippot et ses suiveurs peuvent se raccrocher à la droite institutionnelle et parvenir à faire s’agglomérer des forces autour d’eux ? Dans quelle mesure peuvent-ils réussir à se doter d’un véritable perchoir politique et d’une véritable influence ? Tout cela reste une énigme.

    Enigme aussi la question de la boutique de Marine Le Pen. Peut-elle encore tourner, privée d’une partie de sa chair, privée de ses cadres les plus compétents, privés de certaines de ses figures de proues les plus efficaces.

    Enigme, finalement, le rôle qui reviendra à Marion Maréchal et ses disciples, lesquels peuvent également se saisir de cette opportunité pour refaire surface et ramener des forces de l’ « ultra-droite » au sein du FN.

    Temporairement, le FN apparaît quelque peu aux prises avec des problèmes qui, sans être insurmontables, n’en sont pas moins quelque peu paralysants. L’organisation d’extrême-droite joue là un passage particulièrement épineux de son existence : muter pour se hisser à la hauteur des tâches auquel il prétend répondre, ou échouer et s’effondrer comme un château de carte.

    La menace que certains, que nous citons bien trop, ne s’est pas concrétisée telle qu’ils l’espéraient secrètement, pour justifier leurs discours apocalyptiques.

    Mais l’actualité politique de l’extrême-droite ne s’arrête pourtant pas là. Jean-Luc Mélenchon la propulse aussi au devant de la scène, au travers d’une phrase : « C’est la rue qui a abattu les nazis »

  • Fin de partie -IX- Un sombre avenir.

    Fin de partie -IX- Un sombre avenir.

    Un sombre avenir

    Les législatives approchent à grand pas, avec leur lot de surprises.

    Emmanuel Macron a donc présenté un gouvernement largement ouvert du côté de l’organisation Les Républicains, au grand dam de ceux et celles qui croyaient, dur comme fer, à son esprit de synthèse. Cette déception était prévisible. Emmanuel Macron a assuré qu’il poursuivrait les objectifs définis au cours de sa campagne : éradiquer les obstacles à l’exploitation.

    Mais cette composition temporaire d’un gouvernement n’est pas innocente. Elle s’inscrit dans une disposition tactique en prévision de la nouvelle échéance électorale.

    Les législatives approchent, lesquelles peuvent -et vont potentiellement- pousser à un remaniement ministériel pour permettre d’épouser les formes de la nouvelle majorité. Ni le PS, ni l’alliance éclatée entre le PCF et la FI ne présentent une menace réelle pour une hégémonie macronienne. Reste Les Républicains.

    Or, en ouvrant largement la porte aux membres de ce parti d’opportunistes sans cohérence interne, Emmanuel Macron peut jouer un coup de poker, en tiraillant Les Républicains, en faisant mine de les accepter largement, pour susciter des remous au sein du parti de droite. Grâce à cela, il peut potentiellement neutraliser -au moins en partie- son principal concurrent, lui faire miroiter des postes, des places.

     Seulement, une fois les élections passées, aucune garantie ne permet aux ralliés d’être sûrs d’obtenir ce que leur cœur -et leur portefeuille- désire.

    Macron et son équipe, dont les appuis organisationnels restent faibles, pourrait réussir à tirer son épingle du jeu en manœuvrant sur ses lignes intérieures. Si cette opération réussit, elle sera un véritable exemple de maîtrise tactique.

    Par ailleurs, les Républicains entament une campagne d’un style particulier, basée, notamment dans le Rhône, sur la défense « de leurs valeurs. » Cette ligne politique, teintée d’un style résolument réactionnaire, est une illustration de la situation tactique dans laquelle se trouve ce parti. Difficile, face au choc libéral, de tracer une ligne de démarcation claire et nette vis-à-vis d’une organisation qui cherche délibérément à faire exploser la droite traditionnelle.

    Or, ces « valeurs » qui démarquent les Républicains de En Marche ! ne peuvent se trouver dans le libéralisme, partagé entre les deux ; ne peuvent se trouver dans l’europhilie ; ne peuvent se trouver dans la volonté de durcir le dialogue social.

    Elles ne peuvent alors se trouver que dans la réaction la plus profonde, dans le traditionalisme, dans un affrontement centenaire entre la bourgeoisie du « Parti Radical » et la bourgeoisie catholique.

    La première est incarnée par Gérard Collomb : laïque, relativement progressiste sur les sujets de société, plutôt marquée par la franc-maçonnerie. Elle est une bourgeoisie de centre-gauche, opportuniste, ayant « le cœur à gauche et le portefeuille à droite. »

    La seconde est celle de Fillon, elle est celle qui s’oppose au mariage pour tous, celle qui est l’héritière de la vision de la société gaulliste : rigueur, caporalisation, austérité.

    Quelle ironie que ses « valeurs » se marient si bien avec la corruption, la prise d’intérêt, le népotisme et l’emploi fictif.

    Dans la région lyonnaise, cet affrontement est particulièrement visible, donne sa physionomie politique à une ville anesthésiée par le centrisme, cernée par la réaction.

    La rupture entre le PCF et la FI semble actée. L’hostilité entre ces deux forces grandit au fur-et-à-mesure que les jours passent. Comme mentionné au début de la brochure, les deux forces ont une stratégie non seulement concurrente mais hostile l’une à l’autre. L’une se bat pour maintenir en vie son suzerain, pour conserver ses bastions, l’autre pour occuper le vide laissé par l’effondrement du Parti Socialiste.

    Reste le Front National, dont la situation interne est périlleuse.

    Le concept du Front National semble avoir atteint ses limites objectives, en termes de capacité à accroître sa base électorale, à gagner en influence, à devenir un parti présidentiel.

    L’illustration pleine et entière de ceci est la manière dont Marine Le Pen a échoué  dans le débat du second tour contre Emmanuel Macron, scellant définitivement l’issue de la présidentielle.

    Dans l’analyse sur le débat des présidentielles, nous présentions la situation ainsi: « de l’autre côté, Marine Le Pen, avocate n’ayant jamais plaidé grand-chose, dont l’alpha et l’oméga est son intégration dans le FN, sous l’aile de son père. Jean-Marie Le Pen a en effet construit un poste ad hoc pour sa fille. Elle est une représentante du népotisme tout comme Macron est celui du libéralisme. L’une est arrivée par la naissance, par les liens claniques, sans jamais avoir fait preuve de quelque talent que ce soit ; l’autre est un survivant du maelstrom libéral, qui a écrasé et évincé bien des concurrents, qui sait s’entourer de conseillers efficaces… il s’agit de quelqu’un qui -il faut le reconnaitre- maîtrise ses dossiers sur le bout des doigts. « 

    Une grogne profonde existe au sein du FN vis-à-vis de l’incompétence de la direction et du fonctionnement clanique de l’organisation. De plus, son inflation l’emmène au bord de la rupture interne.

    Le Front National devenant une force centrale dans la vie politique, cela cause des contraintes terribles, des dissensions internes. L’outil n’est plus adapté à la tâche. Le Front National est victime de son succès.

    Tant qu’il était une puissance montante, arc-boutée à l’opposition, à porter la contradiction, à attaquer de toutes ses forces, les problématiques liées à sa cohérence interne restaient secondaires. Un palier a été franchi cette année et, avec lui, se posent des débats stratégiques importants.

    De plus, la possibilité d’alliance avec d’autres forces, dont Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan, sort le FN de son isolement politique.

    Trois lignes émergent :

    Celle de Florian Philippot, celle des nouveaux arrivés, celles et ceux qui ne sont pas des membres de longue date du Front National, qui ne tolèrent pas forcément la primauté « génétique » du clan Le Pen et de ses vassaux. Ceux-ci s’alignent sur une position d’alliance, de coalition, avec les autres forces de la droite « forte » mais « propre. » Cette ligne place le professionnalisme avant tout, place l’idée de devenir un parti présidentiable, non plus une simple force d’opposition.

    Cette ligne est probablement celle qui poussera le plus rapidement à l’éclatement du Front National pour rompre avec son histoire, son passé, ses affaires. Les informations dont nous disposons à l’heure actuelle laissent entendre que Florian Philippot l’axera autour d’une charte rejetant « le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie « , tout en recherchant à faire bloc avec les forces quittant Les Républicains, si ceux-ci ne survivent pas aux législatives en tant que force constituée.

    A l’opposé, la ligne « gauchiste » de Marion Maréchal-Le Pen, héritière idéologique des provocations de Jean-Marie. Elle représente le rejet de la « dédiabolisation », le rejet du lissage. Elle joue, au contraire, sur un lien maintenu avec les fascistes, les néofascistes et autres groupuscules agressifs. Contrairement aux autres, la conquête de places fortes, de députés, reste un aspect secondaire. Dans leur esprit, la question de l’accès au pouvoir ne passe pas forcément par la conquête de l’appareil d’Etat, mais par la mise en œuvre de mouvements de masse réactionnaires, de mouvements d’action.

    Cette ligne est celle dans laquelle l’idée de révolution nationale, l’idée de prise du pouvoir, est la plus forte. Elle est une ligne radicale qui n’accepte plus le style de direction « petit-bourgeois » de Marine Le Pen, son caractère boutiquier et son absence d’ambition.

    Si les premiers veulent lisser leur image pour devenir présidentiables, ceux-ci sont dans l’optique d’une opposition frontale avec le pouvoir d’Etat, jusqu’à ce qu’il les appelle à restaurer l’ordre. L’éclipse de Marion Maréchal-Le Pen, se retirant « définitivement, pour le moment » de la vie politique, est illustrative : rupture avec la ligne majoritaire, le temps de rallier des forces nouvelles, d’unifier les courants dispersés du fascisme, pour revenir en force, dans cinq ans, et prendre le contrôle de l’appareil.

    La dernière est celle de Marine Le Pen. Elle se caractérise par un esprit boutiquier, petit-commerçant, petit gestionnaire. Elle est une ligne du confort, des rentrées d’argent par le triangle institutions – Riwal – Bleu Marine. Le clan autour de Marine Le Pen, les Lousteau, les Chatillon, les petites mafias, ne peuvent qu’entretenir des rapports complexes, brutaux, au sein de l’organisation. L’incompétence, fruit du népotisme, grève cette ligne et l’empêche de faire de substantiels progrès.

    Si elle est cramponnée autour de l’appareil, ce clan, ce groupe interne n’en est pas moins menacé. L’approche du congrès du Front National, dans le courant de l’année, risque de se muer en nuit des longs couteaux.

    Dans un sens, un éclatement du Front National est une chose positive. Elle neutraliserait provisoirement cette organisation, la forcerait à se recomposer.

    Cependant, la dialectique veut que chaque chose, chaque transformation, ait des caractéristiques positives et négatives. Un Front National new style serait probablement en mesure de pouvoir gagner une influence nouvelle, d’avoir une base élargie, car ayant rompu avec la réputation de l’ancienne structure.

    D’une manière générale, la plupart des processus qui se lancent à l’heure actuelle seront matures dans cinq ans, lors des prochaines élections.

    Pour le moment, la trajectoire est glaçante.

    Cinq ans sont devant nous.

    La bourgeoisie, dans l’ensemble, est restée insatisfaite par le gouvernement du Parti Socialiste. Malgré le fait qu’il ait appliqué avec zèle les directives du MEDEF et de la grande bourgeoisie, cela n’a pas suffit. Les réformes -bien que dévastatrices pour les travailleurs- n’ont pas été considérées comme répondant aux désirs et aux besoins des classes exploiteuses.

    Ironiquement, le PS était pourtant nettement plus libre que l’UMP d’alors pour appliquer ce programme. L’opposition étant majoritairement contrôlée par les courroies de transmissions de ce parti, il lui était possible d’agir comme aurait voulu le faire Sarkozy.

    Sauf que, par opportunisme, les Républicains, voulant se démarquer du PS, ont joué la carte de l’opposition. Non pas par désaccord, mais uniquement pour justifier leur existence, pour se doter de la possibilité d’incarner une alternance.

    Incapable de se doter alors d’une majorité, le gouvernement s’est retrouvé à dépendre d’accord avec les « frondeurs », qui, malgré leurs « motions de censure » pitoyables, ont négocié leur ralliement en échange de quelques amendements pompeusement présentés comme des victoires.

    La bourgeoisie ne saurait se satisfaire de cela pour le quinquennat qui vient.

    Elle a tout misé sur une grande coalition de ses laquais, pour neutraliser l’opposition. Juppé et Macron étaient les deux seuls acteurs capables de pouvoir réaliser cette coalition. Le premier, lors des primaires, a chuté au profit de François Fillon, rapidement mis hors-jeu par ses affaires.

    D’une manière générale, ni Sarkozy ni Fillon ne comprenaient cette logique. Ils restaient centrés sur leur famille, sur leur base électorale. Leur vision hégémonique ne se limitait qu’à leur petit royaume, non à un large front bourgeois.

    Macron est le seigneur de cette grande coalition, celle que la bourgeoisie désirait plus que tout. D’autant que les astres lui sont favorables.

    La poursuite de l’Etat d’urgence jusqu’au 1er novembre 2017 lui permet de disposer d’un confortable délai pour mener l’offensive. Comme dans les pires années de l’histoire, le 21 juin, au lieu d’être l’arrivée du calme de l’été, coïncidera avec une grande offensive. Réforme-liquidation du code du travail ; réforme-privatisation de la Sécurité Sociale, de l’assurance chômage. Le tout appuyé par une répression savamment orchestrée par Gérard Collomb, opportuniste en chef.

    Les législatives vont probablement accentuer l’éclatement du PS et des Républicains.

    Le premier avantagera Mélenchon, mais offre également aux révolutionnaires une opportunité  qu’ils peuvent saisir : le réformisme en action a montré sa faillite la plus totale. Il ne cause plus que du dégout et de la répugnance parmi les masses.

    L’éclatement des Républicains, quant à lui, pose les même problématiques, mais à l’échelle de l’extrême-droite et des fascistes.

    Ceci, combiné avec l’élimination de Marine Le Pen lors du prochain congrès du FN, permettrait l’émergence d’une droite forte et dure, d’un grand pôle réactionnaire.

    La stratégie de Macron est celle d’un kamikaze politique : des réformes profondes, des saignées hémorragiques, lesquelles vont faire grandir la colère, la misère, la souffrance au sein des masses. Agent de la bourgeoisie, Macron n’en est pas moins un kleenex. Son travail à marche forcée -sans jeu de mots- satisfera ses commanditaires, au prix de son existence politique.

    En Marche ! est une organisation one shot, qui ne survivra pas.

    Le danger réside ici. La société de l’avenir, telle que vue par Macron, est une société explosive -ingouvernable- Elle créé une situation potentiellement conflictuelle au plus haut degré, d’autant que la paupérisation et la misère se répandra.

    Cette situation peut, potentiellement, amener à ce que désirent les fascistes : être appelés au pouvoir pour restaurer l’ordre.

    A ce moment là, il sera possible de parler de menace fasciste.

    Certaines forces, dont les inénarrables « matérialistes » ont ainsi crié à la menace imminente, ont appelé au premier tour à voter pour Emmanuel Macron, à faire un barrage pour sauver la République.

    Ce « front » sans consistance est revenu à se soumettre aux décisions de la bourgeoisie, à son agenda, à le fortifier et à répercuter ses mots d’ordre vers les masses.

    A l’heure actuelle, les communistes doivent travailler conjointement pour former une force autonome de la bourgeoisie. Cet objectif doit être le n°1. Il est celui qui conditionne tout succès futur.

    Faire front, y compris avec la bourgeoisie, est une question qui pourra, dans l’avenir, se poser avec une urgence, avec nécessité. Mais faire passer cela avant la construction du camp du peuple, du camp communiste, revient à anticiper cette nécessité, à se soumettre intégralement à la dictature de la bourgeoisie.

  • Épouvantail fasciste, fantasme et réformisme.

    Épouvantail fasciste, fantasme et réformisme.

    Bienvenue dans les années 30 du journal Slate, Le front des affaires s’épaissit, Marine Le Pen menace , du Figaro, mais aussi, dans un autre registre Pourquoi est-ce que plus les gens sont « de gauche », plus ils nient le danger fasciste de Marine Le Pen ? du site internet « Les matérialistes. » Ces articles sont autant d’exemples d’un discours d’actualité, celui de pointer du doigt la menace présentée par le Front National. 

    Dans chacun de ces textes, ce qui est mis en avant est le risque de basculement dans un régime fasciste. La conclusion est donc la suivante : votez. Votez utile, même sans conviction, pour faire barrage.

    Le corolaire est simple : si vous ne votez pas, vous êtes in fine un agent larvé des fasciste, un idiot utile, en bref, un marchepied de la fascisation.

    La logique mise en avant est la suivante : la situation est difficile, depuis la crise de 2008, la population est dégoûtée de la politique, donc cela laisse le champ libre aux fascistes. Même des marxistes, ou prétendus marxistes, font un parallèle entre les années 30 et aujourd’hui.

    Pour illustrer ce propos, comment ne pas songer à l’article Lénine, organisateur et chef du Parti Communiste de Russie de la Pravda écrit par Staline en 1920, à l’occasion du 50e anniversaire de Lénine:

     » Il y a deux groupes de marxistes. Tous deux travaillent sous le drapeau du marxisme et se croient « authentiquement » marxistes.

    Et cependant ils ne sont pas identiques, loin de là. Bien plus : un abîme les sépare, leurs méthodes de travail étant diamétralement opposées.

    Le premier de ces groupes se borne d’ordinaire à reconnaître extérieurement le marxisme, à le proclamer avec solennité.

    Ne sachant pas ou ne voulant pas pénétrer l’essence du marxisme, ne sachant pas ou ne voulant pas le faire passer dans la vie, il transforme les principes vivants et révolutionnaires du marxisme en formules mortes, qui ne disent rien.

    Il fait reposer son activité, non sur l’expérience, ni sur les enseignements du travail pratique, mais sur des citations de Marx. Indications et directives, il les puise non dans l’analyse de la réalité vivante, mais dans les analogies et les parallèles historiques. »

    Voilà justement ce que signifie cette comparaison avec les années 1930. Elle est fausse, historiquement, idéologiquement. Elle est fausse et elle est toxique politiquement.

    Des années 30 amputées de leur aspect politique principal : la menace révolutionnaire.

    Chacune des comparaisons faites par ces journaux, ces organisations, ces rabatteurs agissant pour la social-démocratie, est escamotée d’une chose essentielle : la question politique, l’influence des idées communistes dans les masses.

    Le journal Slate, aimant à se vernir de radicalité pour cacher sa vacuité, explique ceci: Sans la grande dépression née du krach de 1929, la plus grande crise que le capitalisme ait connue, et l’effondrement social et moral qu’elle a créé, les démocraties n’auraient pas été aussi affaiblies. Hitler n’aurait sans doute jamais pris le pouvoir en Allemagne. La Seconde Guerre mondiale n’aurait sans doute pas eu lieu. L’URSS de Staline ne serait sans doute pas devenue la superpuissance qu’elle a été jusqu’en 1989.

    Laissons de côté la répugnante petite diatribe anticommuniste de l’auteur. Après tout, Slate a soutenu Finkielkraut contre Nuit Debout, plus rien ne peut nous surprendre de leur part. L’intérêt réside ailleurs, dans une formation malheureuse : Les démocraties n’auraient pas été aussi affaiblies. Hitler n’aurait sans doute jamais pris le pouvoir en Allemagne.

    L’auteur, dans ce raisonnement, fait l’impasse sur plusieurs choses : d’une part le jeu vicieux des « démocraties », soufflant sur les braises, excitant Hitler à la guerre contre l’URSS. D’autre part cette négation de la réalité : jamais pris le pouvoir. Hitler n’a ni été élu, ni n’a pris le pouvoir. Il a été appelé à le prendre.

    Les « matérialistes », quant à eux écrivent :  » Le résultat est que des gens de centre-gauche, qui ne veulent nullement du socialisme, comme Manuel Valls ou Anne Hidalgo, qui est maire de Paris, comprennent bien mieux qu’il y a une menace terrible d’extrême-droite que les gens les plus à gauche, qui balaient cela d’un revers de la main, criant au chantage.

    On risque alors de connaître la même situation qu’en Italie au tout début des années 1920. La grande vague de contestation sociale s’est enlisée, elle n’a rien produit sur aucun plan, ni culturellement, ni politiquement, ni idéologiquement. Et la menace sociale a fait basculer la bourgeoisie hésitante dans les bras de la haute bourgeoisie fasciste. »

    Encore une fois, l’escamotage, l’analogie bâclée, toute est mis en œuvre pour instituer ce fameux chantage.

    Le choix du fascisme par la bourgeoisie répondait à deux questions: d’une part celle de la situation internationale, où le repartage du monde se ferait par la guerre. Il était donc nécessaire de mobiliser et de préparer les masses à celle-ci.

    Le second aspect, l’aspect primordial, était celui d’écraser les menaces révolutionnaires, de juguler les risques d’un fort mouvement de contestation politique, dirigé par un Parti Communiste. L’ombre de l’URSS planait sur les bourgeoisies de tous les pays.

    Dans les années 30, le contexte politique et économique avait principalement favorisé la montée des idées révolutionnaires et des forces communistes. C’est pour répondre à cette menace que la bourgeoisie à pris le choix de faire appel aux fascistes.

    C’est ainsi que Krupp, Thyssen, I.G. Farben, Blohm & Voss ont financé Hitler pour qu’il renforce son influence anticommuniste et nationaliste dans la population. C’est ainsi qu’en 1933, Paul Hindenburg finit par appeler Hitler à la chancellerie, sous les vivats des grands propriétaires de trusts.

    C’est ainsi que Mussolini fut appelé par le Roi d’Italie, pour liquider les grèves d’Italie du Nord.

    C’est ainsi que les latifundiaires et l’Eglise à appelé au pouvoir Franco pour qu’il règle son compte à un gouvernement de Frente popular  qui menaçait ses intérêts.

    Les schémas se répètent.

    C’est ainsi qu’agit la bourgeoisie lorsqu’elle est menacée, c’est pour cela que nous ne sommes pas des réformistes, mais des révolutionnaires.

    Aujourd’hui, en France, sommes nous dans cette situation ?

    Non.

    La bourgeoisie n’est pas en face d’un Parti Communiste puissant, d’organisations qui sont capables de pouvoir présenter une remise en cause, une menace, sur l’ordre défini par les bourgeois et les bourgeoises.

    Cela, et c’est bien regrettable, nous ne l’avons pas.

    Dans ce cadre là, la bourgeoisie n’a pas besoin d’instruments particuliers pour imposer l’ordre et la discipline dans la population. Ces instruments, elle les a déjà bien en main, ils ne sont nullement débordés par des mobilisations massives, par la constitutions de doubles pouvoirs…etc.

    A l’heure actuelle, nous sommes encore à l’ère des cercles, pour les organisations révolutionnaires. Nous sommes un embryon.

    Il n’existe pas un camp du peuple suffisamment intimidant pour que, toutes affaires cessantes, la bourgeoisie s’empresse de l’écraser.

    Les discours électoraux sont tous des discours qui flattent les projets de la bourgeoisie. Certes, comme le note les « matérialistes », il existe une bourgeoisie libre-échangiste et une protectionniste. C’est l’un des clivages. Il existe des pro-russes et des atlantistes.

    Mais il n’existe aucun anticapitaliste, aucun ennemi de la bourgeoisie qui soit en mesure de s’exprimer d’une manière suffisamment influente.

    Pourtant, notent la plupart des observateurs, il existe décidemment quelque chose de pourri, de menaçant, dans l’attitude de la bourgeoisie. C’est un fait. Mais il demande à être élucidé.

    Les confusion aux service de la capitulation.

    L’articles des « matérialistes » note :

    «  Ils ne peuvent donc pas comprendre que si l’État passe au service d’une fraction de la haute bourgeoisie en particulier, les conséquences sont innombrables.

    Si c’est Marine Le Pen qui gagne les élections présidentielles, par exemple, ce serait un pas en avant vers le fascisme, c’est-à-dire la mise en place d’institutions à vocation terroriste.

    Les gens qui pensent être le plus à gauche ne croient pas en ce terrorisme. Pour eux, la France vivrait déjà ce terrorisme. Nous connaîtrions une « austérité » terrible, les policiers seraient tous des violeurs et des assassins, les manifestations seraient déjà sauvagement réprimés.

    Partant de là, ils ne peuvent pas reconnaître que c’est faux, que la répression était bien plus grande même au début des années 1990 et encore plus dans les années 1970. Que l’austérité réelle représenterait bien autre chose, que le fascisme interdirait toute structure contestataire en général, afin de généraliser un apolitisme nationaliste. »

    Les « matérialistes » ayant apporté leur soutien aux manifestation des policiers, paradoxe intéressant, nous doutons du bien fondé de ces remarques. Cependant, elles soulèvent quelque chose d’intéressant.

    Comme le P.C.F., le P.C.F. MLM, que se targue d’être les « matérialistes », commettent bien des oublis.

    Entre 1936 et 1991, la bourgeoisie a offert des concessions. Elle n’avait guère le choix. Pour offrir un modus vivendi à la lutte des classes, celle-ci étaient incontournables. Pendant le Front Populaire, où les manifestations, les grèves massives, mais également l’existence de l’URSS rouge inquiétaient lourdement les patrons et les patronnes.

    Dans l’après guerre, ou un P.C.F. armé existait, bien qu’il eût -contre l’avis du Kominform- rendu les armes. La menace d’un basculement de l’Etat Français était une chose réelle, concrète. C’est ce qui a justifié l’acceptation du programme de la C.N.R., de la sécurité sociale, du chômage…etc.

    Même pendant la Guerre Froide, malgré le déviationnisme du P.C.F. et de l’URSS, les enjeux justifient, là encore, le fait de maintenir ces concessions là. Nous interprétons cela par le fait que la bourgeoisie n’a plus peur du P.C.F. révisionniste, ni de l’URSS, d’une manière stratégique, mais qu’ils sont toujours horrifiés par ce que ces entités représentent aux yeux de la classe ouvrière.

    A noter que cela justifie un mouvement en tenaille de la part de la bourgeoisie. D’une part, une relative candeur au niveau des conditions de travail et de vie, mais, de l’autre, une répression féroce et brutale des mouvements révolutionnaires, des manifestations, des troubles politiques.

    Beaucoup mordent dedans et oublient totalement la tendance à la paupérisation relative et absolue. La croyance que la capitalisme peut faire ruisseler les richesse, apporter la prospérité, satisfaire les besoins, déboucher « naturellement » vers le socialisme, arrive dans les discours.

    C’est la période de la putréfaction idéologique, laquelle a amené bon nombre de « communistes » à défendre le salaire socialisé, à défendre les nationalisations « démocratiques », en bref à renoncer idéologiquement aux fondements du marxisme.

    La fin de l’URSS supprime brutalement le besoin de compromis. Il n’existe plus de rivalité géopolitique et idéologique -même déviationniste. Dès lors, l’offensive reprend, d’abord doucement, puis en s’emballant.

    C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui :

    Premièrement au fait que la bourgeoisie met fin au modus vivendi de la lutte des classes, à la corruption grâce à laquelle elle s’attachait la fidélité de l’aristocratie ouvrière et de la petite bourgeoisie. Elle n’a jamais considéré ces aspects là autrement que comme temporaires. Nous assistons à un capitalisme beaucoup plus agressif qui revient en force. Il ne s’encombre guère de droits sociaux.

    Deuxièmement, l’endettement des banques, des ménages et des Etats, produit également des concessions accordées, est devenu un fruit pourri et toxique, qui ronge la solidité nombreux rouages du système capitaliste, et devient menaçant pour sa solidité immédiate -Sans menace directe, le capitalisme se régénérera, à terme.

    Troisièmement, l’affaiblissement relatif des impérialismes occidentaux, au profit de la concurrence des BRICS [BRIICS avec l’Indonésie] et de l’émergences de nouveaux acteurs géopolitiques, de nouvelles formes de menaces, à laquelle le format des armées occidentales n’est pas adapté.

    Ces trois aspects conjugués donnent la situation actuelle.

    Ces trois aspects n’appellent pas à l’apparition d’un fascisme immédiat en France, ni a une dictature ouverte et terroriste.

    Ils appellent à un durcissement de l’attitude de la répression, à un durcissement des conditions de travail, de vie, à une paupérisation de plus en plus violente et brutale des travailleurs et des travailleuses.

    Cela appelle à une transformation des discours sur la guerre, à un retour de l’embrigadement et des thèses sur le service militaire. Cela appelle à la préparation de la population, en particulier de la jeunesse, à la possible guerre de masse.

    Cela appelle donc à un retour, relatif, à un capitalisme pré-première guerre mondiale.

    La bourgeoisie a-t-elle besoin du fascisme  pour y parvenir ? Nous en doutons fortement.

    Ce durcissement, ce chauvinisme, ces tendances pro-impérialistes sont hégémoniques dans le discours de la présidentielle. Chaque candidat qui aborde les questions politiques défend ces positions. Du social-chauvin Mélenchon à la réactionnaire Le Pen, les discours intègrent tous le « produire français », la « place de la France dans le Monde », ou d’autres thèses du même acabit.

    Notons au passage que L.O. et le N.P.A. ne posent pas politiquement les questions, et se contentent d’agir comme des syndicats.

    Hormis ceux là, les différences entre les candidats se font sur le dosage de miettes que l’impérialisme livrera aux travailleurs.

    La répression féroce, le viol des libertés formelles, l’Etat d’urgence, le plan Vigipirate permanent…etc. Tout ceci n’a nullement besoin de Mme. Le Pen pour exister. Tout ceci, c’est la bourgeoisie, tout en maintenant le jeu démocratique, qui peut le mettre en œuvre, dans la joie et la fraicheur d’une démocratie bourgeoise.

    Ce n’est pas le fascisme, c’est la dictature de la bourgeoisie.

    Car l’ironie de la chose est là, le fascisme est le miroir de nos succès, de la pression des organisations révolutionnaires sur la bourgeoisie, de sa force. C’est dans cette situation que les organisations fascistes sont appelées au pouvoir, pour réprimer, écraser, massacrer les révolutionnaires.

    Nous ne sommes pas en Turquie, où Erdogan arrête tout opposant, muselle, assassine massivement.

    Que la bourgeoisie protectionniste soit opposée à la libre échangiste ne suffit pas à justifier le fascisme. A moins que l’une ne prenne les armes contre l’autre, les deux peuvent très bien trouver un modus vivendi légal pour faire concorder leurs intérêts, en fonction des secteurs. Nous ne sommes pas dans un cas de Guerre de Sécession, où deux bourgeoisies US étaient sur un terrain d’antagonisme fort.

    Nous restons face à une démocratie bourgeoise, non un fascisme.

    Jeu de sémantique ? Non.

    Question de stratégie.

    Dire « la menace fasciste est devant nous si Mme Le Pen est élue », c’est courber l’échine sous le vent, c’est également dire « il faut voter », « il faut défendre la démocratie bourgeoise et ses valeurs ». C’est un sacrifice intégral de toute indépendance dans une période où, pourtant, la priorité devrait être la construction d’un parti communiste. C’est une manière de crier au loup, de clamer « défendons » au lieu de « attaquons. »

    C’est une manière de reculer et d’appeler les travailleurs, les travailleuses, à respecter le jeu de la bourgeoisie. C’est une manière d’occulter le fait que le gouvernement n’est qu’un exécutant de l’agenda de la bourgeoisie.

    C’est un renoncement de lâche devant les tâches qui sont devant nous.

    Oui, la réaction monte. Elle monte partout.

    Oui, les organisations antifascistes doivent être rejointe, renforcées, soutenues par les communistes.

    Oui, elles doivent être un front avec les forces progressistes, un ciment de l’unité d’action, de la lutte tant contre les fascistes qu’un outil pour défendre et propager les conceptions progressistes.

    C’est un fait indéniable.

    Mais se cacher derrière la social-démocratie, dans cette période où le PS est décrédibilisé, où ces vermines flanchent, c’est les conforter, les remettre en selle, redorer leur blason de notre sang et de notre sueur.

    Nous ne confondons pas la menace des fascistes, menace tactique, et la menace du fascisme, stratégique. Confusion entre l’augmentation des conceptions réactionnaires, des idées fascistes et de la volonté de la part de la bourgeoisie d’instaurer ce régime. Nous rejetons la thèse selon laquelle nous serions au bord du gouffre.

    Non, nous ne travaillerons pas pour nos bourreau et pour les réinstaller sur leur trône.

    Nous travaillons pour construire l’unité du peuple, pour construire un camp du peuple hors des institutions. Nous travaillons à créer l’indépendance de classe, non à prêter l’oreille aux sirènes de nos ennemis.

    Nous prenons le risque de maintenir notre mot d’ordre de boycott et de construction d’une opposition extra-parlementaire.

    Renforçons les organisations antifascistes, mais construisons également la lance qui percera le cœur de la bourgeoisie.

    A bas les paniquards et ceux qui détournent les masses de la lutte.

    A bas les lâches et leur peur.

    Construisons notre front, notre Parti, balayons la bourgeoisie !