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  • Résolution de l’ICOR sur la journée du 8 mars

    Résolution de l’ICOR sur la journée du 8 mars

    Appel de l‘ICOR à l‘occasion de la journée de lutte internationale des femmes 2019

    « L’expérience de tous les mouvements de libération atteste que le succès d’une révolution dépend du degré de participation des femmes ! (Lénine, « Discours au premier congrès pan-russe des ouvrières », prononcé le 19 novembre 1918))

    La journée internationale de lutte des femmes en 2019 a lieu dans une situation tourmentée et polarisée de la lutte de classe ayant une importance stratégique. Sur le plan mondial les forces dominantes sont de moins en moins en mesure d’exercer leur domination sans se heurter à une résistance massive du mouvement ouvrier et des larges masses populaires. De plus en plus de gouvernements tendent à appliquer, dans leur méthode principale de gouvernance, la réaction ouverte et la violence vers l’intérieur et l’extérieur. La déstabilisation des conditions existantes a engendré une polarisation sociale dans laquelle s’est profilée une évolution vers un état d’esprit progressiste, à l’échelle mondiale, dans la classe ouvrière et parmi les larges masses.

    La conscience des femmes s‘est réveillée à une échelle massive dans de nombreux pays du monde ! De l’Asie passant par l’Allemagne et d’autres pays européens à l’Afrique les ouvrières luttent contre leur double exploitation, pour l’augmentation et l’égalité des salaires, la reconnaissance de leur travail et de meilleures conditions de travail. De l’Argentine et de l’Uruguay jusqu’aux États-Unis des millions de femmes de toutes les couches sociales se lèvent contre leur oppression spécifique, contre le sexisme, les violences faites aux femmes allant jusqu’au féminicide et pour le droit à l’autodétermination du corps et de la vie. De l’Inde au Rojava (au Kurdistan syrien) les femmes s’opposent héroïquement et de manière organisée à tout le système de la double exploitation et oppression de la masse des femmes travailleuses. Les femmes incarnent et exigent des alternatives sociétales. Même si, dans certains États, les femmes peuvent accéder aux postes de responsabilité les plus élevés et participer activement au pouvoir capitaliste-impérialiste, la masse des femmes qui travaillent est affectée par l’exploitation capitaliste et elles sont toutes attaquées en tant que femmes par l’oppression patriarcale en raison de leur sexe. Au Rojava, nous vivons l’expérience d’une révolution de femmes proclamée par celles qui la portent. Dans le même temps, les mouvements internationaux de femmes recourent à un vieux moyen du mouvement ouvrier : la grève des femmes à l’occasion du 8 mars, par laquelle beaucoup d’elles expriment de façon combative leur revendication d’une vie libre et égale dans de nombreux domaines. Les mouvements de masse croissants des femmes dans le monde entier constituent une base et une impulsion pour la lutte déterminée contre les structures et les comportements patriarcaux ainsi que contre le capitalisme.

    L’organisation révolutionnaire mondiale ICOR encourage la construction d’un mouvement combatif international des femmes. L’ICOR prend sa responsabilité dans le processus de la Conférence mondiale des femmes, où s’unissent les mouvements révolutionnaire et combatif des femmes dans la lutte contre l’exploitation et l’oppression, pour leur libération dans une société libérée. Ce n’est que dans une société socialiste et communiste que la libération des femmes peut être réalisée pleinement, mais déjà aujourd’hui elle doit être manifeste et acquise de haute lutte par la théorie et la pratique des partis révolutionnaires.

    Le mouvement international de la femme du 21e siècle est confronté à de grands défis ! L’ICOR, dans son « Appel à rassembler les forces pour construire un front uni anti-impérialiste », s’oppose à la tendance générale aux préparatifs de guerre impérialistes. C’est une tâche de suprême priorité, également pour le mouvement combatif international des femmes. En même temps, le mouvement combatif international des femmes doit se renforcer aux niveaux politique, idéologique et organisationnel ! Dans cet esprit, le séminaire théorique qui s’est tenu en Inde en 2018 au sujet de la libération de la femme a été un début important.

    Les femmes dans le monde ne veulent pas périr dans la barbarie capitaliste. Leur vision d’un monde sans exploitation ni oppression a besoin de regroupement international combatif et de forts partis révolutionnaires. La base sociétale et économique de la libération de la femme ne peut être créée que dans une société socialiste libérée.

    Renforcez le mouvement combatif des femmes dans le monde ! Organisez-vous dans les partis révolutionnaires et assumez courageusement des responsabilités dirigeantes ! Devenez partie intégrante de la révolution socialiste internationale.

    Vive la journée internationale des luttes des femmes ! En avant pour la libération des femmes ! En avant avec l’ICOR !

    Signataires (en date du 28/02/2019, liste actuelle des signataires sur www.icor.info ):

    PCPCI Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire, Côte d’Ivoire
    ORC Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    MMLPL Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    CPSA (ML) Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    PCT Parti Comuniste du Togo Togo
    PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie7. CPB Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    CPI (ML) Red Star Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    NCP (Mashal) Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    NDMLP New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka
    БКП Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    UCLyon Unité Communiste Lyon, France
    UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    BP (NK-T) Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchevique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    RM Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    VZDOR VZDOR – strana práce (Résistance – parti du travail), Slovaquie
    KSC-CSSP Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque
    MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    PR Partija Rada (Parti du travail), Yougoslavie (ex)
    MLP Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
    PCC-M Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    BDP Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
    PML del Perú Partido Marxista Leninista del Perú (Parti marxiste-léniniste du Pérou)
    PPP Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)
    PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    PS-GdT Plataforma Socialista – Golpe de Timón (Plate forme Socialiste – Changement de direction), Venezuela
    RCP Revolutionary Communist Party of Egypt (Partie communiste révolutionnaire d’Egypte)
    KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)

  • Le 24 novembre sera un jour historique ! Contre les violences faites aux femmes !

    Le 24 novembre sera un jour historique ! Contre les violences faites aux femmes !

    Le 24 novembre sera un jour historique !

    Contre les violences faites aux femmes !

    Les chiffres ont de quoi faire frémir : en 2016, 225 000 agressions sexuelles ou physiques ont été commises en France contre des femmes. 123 ont été tuées. Et encore, ce n’est qu’une face émergée d’un iceberg hélas bien plus profond.

    Les chiffres ne reflètent pas une réalité encore plus sombre. Celle des non-dits, celle des actes « jugés normaux » ou « acceptables » mais qui ne le sont pas. Celles des vexations, de la discrimination, du harcèlement… Et là, les victimes se comptent en millions.

    Le 25 novembre est la journée de lutte contre les violences faites aux femmes. Cette année, le 24 novembre, de nombreuses manifestations auront lieu partout dans le monde pour dénoncer ces violences, ces inégalités, ces crimes. Ces manifestations, à l’appel du collectif #Noustoutes, lance, pour la première fois en France, une manifestation consacrée à cette thématique sans cesse occultée. Nous soutenons cette action. Nous regrettons qu’elle soit médiatiquement passée au second plan par les médias, tant elle illustre un problème crucial. Car il est vrai que l’actualité a été surtout marquée par les Gilets Jaunes. Cependant, nous considérons que ce bouillonnement autour de leur mobilisation ne doit pas occulter, par minimiser, pas invisibiliser la lutte qui se mène contre le sexisme, le machisme, le patriarcat.

    La manifestation du 24 novembre est une manifestation au sens politique important. Ce n’est pas un combat cosmétique, pas un combat de surface, c’est une lutte réelle qui ne concerne pas « que » la moitié de la société, mais bien celle-ci dans son ensemble. Car la question des violences n’est qu’un aspect de la question générale des rapports sociaux au sein de la société. Nul, excepté les ermites, ne peut prétendre en être détaché. Ce n’est pas un combat d’arrière garde, un combat pour l’histoire, mais bien un combat pour l’avenir.

    N’oublions pourtant pas les sœurs  Mariposas, qui sont à l’origine de ce jour de deuil. Les trois sœurs ont payé de leur vie leur lutte contre la dictature de République Dominicaine, dirigée par Trujillo. Trujillo, soutenu par les Etats-Unis pour son anticommunisme, a fait régner un régime de terreur machiste et fasciste sur l’île dominée.

    Révoltées contre cette politique criminelle, les sœurs Mariposas ont œuvré dans la résistance communiste, dans le but de rétablir les droits démocratiques dans l’île-prison. Traquées, elles ont été, le 25 novembre 1960, prises en embuscades par les militaires. Violées, torturées et tuées par l’armée, leur mort atroce révolte la République Dominicaine, mais dépasse également les frontières.

    Les fascistes ont tenté de les tuer, de les faire disparaître, mais ils les ont rendues immortelles !

    N’oublions pas les autres martyres de la lutte, telle que Rosa Luxembourg, assassinée le 15 janvier 1919, il y a près de cent ans, par les sociaux-démocrates d’Allemagne, restaurant l’ordre réactionnaire au profit de la bourgeoisie. Elle aussi est entrée dans l’histoire.

    N’oublions pas qu’aujourd’hui encore, la « démocratique » Norvège vient de vendre Gülizar Taşdemir, militante féministe Turque, réfugiée en Europe, à ses bourreaux, qui torturent, violent et assassinent impunément.

    Des nuages noirs s’amoncellent à l’horizon.

    L’aggravation de la crise économique frappe en premier lieu les femmes, en particulier celles qui sont des classes populaires et issues de l’immigration. Plus les contradictions dans la société sont fortes, plus le climat économique est mauvais, plus elles le paient de leur chair, de leur sang. Le patriarcat et ses violences sexistes sont plus fortes que jamais

    Chaque fois qu’un nouveau gouvernement réactionnaire est élu, les femmes sont dans le collimateur : attaques concernant les droits sociaux, attaques concernant l’accès à l’éducation, l’accès à la culture, l’accès aux droits politiques. Surtout, ces politiciens font de leur utérus un objet public, s’en prenant directement à la contraception ou à l’accès à l’IVG. Les réactionnaires tentent d’ailleurs d’utiliser la journée du 25 novembre à leur profit, en la muant en « marche pour la vie. »

    Derrière toutes ces attaques reste le mot d’ordre général des réactionnaires : « l’homme produit, la femme reproduit. »

    Nous ne pouvons accorder la moindre confiance dans les libéraux, dans les exploiteurs et les exploiteuses pour apporter des avancées sérieuses. Leur seule politique est de faire passer le corps des femmes d’une propriété exclusive de son mari, de son père, à un produit commercial, qui s’achète, s’échange, se vend.

    Une grande partie de ce qui est nommé « la culture du viol » provient de ce rapport aux femmes comme produit de consommation, au même titre qu’une voiture, qu’une montre ou qu’un parfum. Ce discours porte une double injonction : aux hommes, il faut « posséder » le plus de femmes possibles, il faut qu’elles soient le plus « haut de gamme » pour montrer sa place sociale. Aux femmes, l’injonction est faite d’être le produit commercial le plus parfait, au détriment de leurs propres aspirations, de leurs désirs.

    Cette hégémonie culturelle de l’équation entre le succès sexuel et le succès social donne naissance à de bien sombres monstruosités. Les Marc Lépine, les incels, qui vomissent leur haine des femmes et en font les responsables de tout leurs maux. Leur frustration sociale se mue en rage féminicide.

    Et lorsque l’égalité est mise en avant, c’est soit sous la forme d’une apologie des femmes qui « réussissent », qui réussissent à mener les mêmes politiques réactionnaires que les hommes, comme Thatcher, ou qui réussissent à devenir des exploiteuses tout aussi avides et criminelles, comme Liliane Bettancourt. Lorsque ce n’est pas ceci, c’est sous la forme d’icône vidées de leur sens politique. Le génie de Marie Curie est célébré, mais pas son engagement politique. Frida Khalo se voit destituée de son attachement à la direction de l’URSS. Kollontaï est réduite à une dissidente anticommuniste.

    Dans les rangs même de la gauche et de l’extrême-gauche, ces positions libérales s’évertuent toujours et encore à maintenir le mythe selon lequel la prostitution et la pornographie sont des activités, des carrières, comme les autres, et s’ingénient à amalgamer les positions abolitionnistes avec des positions de morale réactionnaire. Ces libéraux déguisés en révolutionnaires accordent leur soutien aux organisations corporatistes qui tiennent ces secteurs, au nom de la liberté de commercer sa chair.

    Tout comme nous considérons qu’il faut abolir l’exploitation de la forme de travail, nous considérons d’autant plus qu’il faut abolir celle de la chair. Quelle liberté y a-t-il de commercer sa chair pour celles et ceux qui y sont contraints et contraintes par la force, par le manque d’argent ? Prenant appui sur une infime minorité qui s’y livre par goût, ces agents de la division s’en servent pour justifier toute une machine d’anéantissement des femmes en tant qu’individus. Nous nous opposons aux lois qui servent à réprimer ceux et celles qui sont obligés de survivre ainsi, mais nous considérons que notre tâche est de liquider l’existence de ce milieu.

    A nos yeux, c’est dans la lutte que se construit la libération des femmes. Et là, encore, les questions persistent. Certains et même certaines pensent qu’il faudrait taire, dans les luttes sociales, les questions relatives au sexisme. Cela serait un ferment de la division des mouvements sociaux.

    Nous affirmons l’inverse ! Nous affirmons que c’est au contraire le fait de laisser ces questions prendre une tournure explosive qui sape l’unité d’un mouvement. Le fait de taire les questions liées au sexisme et à la division genrée du travail reproduisant des schémas patriarcaux, c’est considérer la place des femmes comme une place secondaire, d’appoint, devant se plier aux injonctions d’éléments réactionnaires masculins ou machistes, jugés plus précieux.

    « Les femmes portent la moitié du ciel » et des luttes !

    Il est possible d’obtenir des avancées sous le capitalisme. La lutte féministe a été victorieuse à plusieurs reprises. Mais le fond reste. Nous l’écrivions le 8 mars : L’an dernier, nous l’écrivions déjà. Le sexisme est l’expression symptomatique d’un problème structurel. Il s’agit de la société patriarcale et capitaliste. Cette forme de société a mué progressivement les femmes en prolétariat privé de l’homme. Les femmes assurant le fait d’élever les enfants, exécutant les tâches domestiques et -exceptionnellement- apportaient un « salaire d’appoint ».

    La division genrée, sexuée du travail est la base matérielle du fait que les femmes soient traitées en moyen de reproduction des forces de travail, tandis que les hommes seraient la force productive. Cette aliénation particulière laisse toujours des traces dans les mentalités, même si elle évolue peu à peu.

    A l’heure actuelle, le fait que les femmes puissent faire des carrières -malgré des discriminations sexistes, toujours aigües- ne remet fondamentalement pas en cause les rapports de domination. Car la structure économie, inlassablement, les reproduit. Si jamais ils ne prenaient plus une forme de division genrée du travail, ces rapports de domination se perpétueraient sous une forme nouvelle, tout aussi oppressive.

    Car l’exploitation maximale, recherchée par les bourgeois (et les bourgeoises), oblige, force à ce qu’un surtravail gratuit, non rémunéré, soit assumé par quelqu’un. Si les travailleurs -et les travailleuses- disposent encore d’énergie, la bourgeoisie tentera, comme elle le fait déjà, de mettre cette énergie à son service.

    Nous considérons que la seule possibilité de pouvoir éliminer dans son intégralité les dominations dans la société ne peut être qu’au travers de la destruction du système d’exploitation, du système d’oppression, du système de domination exercé par le capitalisme. Ce n’est que lorsque ceux qui produisent réellement toutes les richesses de la société seront au pouvoir, et non ceux qui les parasitent, que les bases matérielles de la fin du patriarcat seront réunies.

    Cela ne veut pas dire, bien sûr, que cette disparition se fera automatiquement, sans difficultés, sans à-coups et sans heurts. Les mentalités retardent toujours sur les pratiques sociales. Cela demandera un travail long, patient, mais qui sera définitif. Nous ne pouvons brusquer la société socialiste future a coups de fusils. Mais, l’histoire a démontré à plusieurs reprises que, quand les femmes en ont entre leurs mains, le système de domination patriarcal se montre plus timoré. Et l’organisation des femmes dans des groupes et associations féministes a été une constante dans l’histoire des Etats socialistes. Elles en ont été les fers de lance. Ce n’est pas un hasard que ce fut une femme qui dirigeât les Gardes Rouges durant la Révolution Culturelle Prolétarienne.

    Les exemples actuels ne manquent pas. Au Kurdistan, les YPJ, les brigades de combattantes féminines, ont largement contribué à mettre en déroute Daech, et parlent à voix égales avec leurs homologues masculins. Les brigades d’autodéfense féminines en Inde, pays où les viols sont les plus courants, ont permis des progrès spectaculaires dans les régions influencées par les partis communistes. Aux Philippines, dans les secteurs où la guérilla contrôle des territoires, l’égalité des sexes est réelle et les écarts de comportement sévèrement réprimés.

    La lutte est encore longue. Mais les organisations progressistes et révolutionnaires doivent l’arpenter. Elles doivent l’arpenter en menant une double lutte : d’une part contre l’influence de l’hégémonie culturelle et sociale de la bourgeoisie sur la société, mais également leurs propres propensions à reproduire les schémas de pensées archaïques et des pratiques erronées. Le « milieu militant » sert souvent de cocon protecteur à ces pratiques et tente de les justifier par des théories post-modernistes fumeuses. Peu étonnant qu’il soit un milieu essentiellement masculin.

    Le 24 novembre, nous serons dans la rue, avec nos camarades, pour scander les mots d’ordres de la lutte contre les violences faites au femmes !

    En avant vers l’émancipation générale !

    En avant vers la destruction du patriarcat et du capitalisme !

  • Appel de l’ICOR à l’occasion de la journée internationale des femmes.

    Appel de l’ICOR à l’occasion de la journée internationale des femmes.

    Appel de l’ICOR à l’occasion de la journée internationale des femmes.

     

    La journée internationale des femmes est une journée de lutte commune du mouvement révolutionnaire et combatif international de la femme et des ouvriers ! L’appel des femmes socialistes, il y a plus de cent ans, réunit les ouvrières, les paysannes, la masse des femmes dans la lutte contre l’incitation impérialiste à la guerre, la faim et la misère et fut soutenue par les partis révolutionnaires du monde. C’était l’époque de révolutions jusqu’à la grande Révolution d’octobre en Russie en 1917 avec la victoire du socialisme. C’est ici même que pour la première fois furent réalisés les droits de la femme les plus larges à l’échelle mondiale.

    Plus de cent ans après, la propension du système impérialiste à produire des crises s’est accentuée universellement. Incapable de résoudre même un seul problème de l’humanité, il détruit la base d’existence des masses et met en question les conditions de vie. Le mécontentement avec la situation économique, sociale et politique s’accroît. Les femmes se trouvent au centre de la chaîne, organisée par l’ordre de l’État et familial bourgeois. Dans le monde arabe, la situation des femmes s’est aggravée dramatiquement à cause des mouvements religieux, intégristes et terroristes, surtout dans les régions de conflits.

    Mais dans le monde entier, les femmes se révoltent. Ouvrières, paysannes, la masse des femmes ne sont plus prêtes à accepter le diktat des forces dominantes: Aux États-Unis, les femmes manifestent contre Trump et sa politique belliciste. Au Bangladesh, Vietnam et en Thaïlande, l’armée des ouvrières du textile lutte pour un salaire minimum et une couverture sociale, en Inde, les femmes luttent, comme partout dans le monde, contre la violence sexuelle, l’intégrisme religieux, la répression par l’État et les structures patriarcales. En Iran, les femmes se soulèvent contre l’agression, en Amérique latine, au Pakistan les femmes se mettent ensemble en masse contre la violence et l’assassinat de femmes et d’enfants. Au 21e siècle, la lutte contre la répression féodale patriarcale est encore et toujours un composant inséparable de la lutte pour la libération de la femme. En Afrique les femmes luttent pour avoir du travail et de la nourriture, en Europe les ouvrières se trouvent en grève pour des salaires plus élevés, luttent contre des lois réactionnaires. Au Proche et Moyen Orient les femmes défendent – en partie en armes – la démocratie et la liberté contre la terreur fasciste. Point brûlant actuel est la défense d’Afrine/Rojava. L’ICOR salue la lutte héroïque des femmes palestiniennes.

    En 1910 la journée internationale de la femme fut née – en 2010 l’ICOR fut fondée. Nous, les partis de l’ICOR, nous nous engageons pour la libération de la femme par une perspective anti-impérialiste et socialiste. Le mouvement prolétarien de la femme avec comme noyau les partis révolutionnaires encourage le mouvement international de la femme dans toute sa gamme et diversité et lui donne la perspective de la lutte pour la libération de la femme dans une société libérée. Pour cette raison, l’ICOR soutient le processus international de la conférence des femmes du monde et faisait partie vivante des deux premières conférences des femmes de base dans le monde au Venezuela et au Népal. Le mouvement révolutionnaire et combatif de la femme s’y réunit dans la lutte contre l’exploitation et la répression des femmes et pour leur libération dans une société libérée. En tant que partis de l’ICOR nous faisons appel aux femmes dans le monde : Renforcez le mouvement combatif de la femme dans le monde ! Organisez-vous dans les partis révolutionnaires et, en tant que femmes, assumez courageusement une responsabilité dirigeante ! Devenez partie intégrante de la révolution socialiste internationale.

     
    Vive la journée internationale de la femme ! En avant avec la libération de la femme !

    Signataires (en date du 3 mars 2018, d’autres signataires sont possibles):

    1.RCP   Revolutionary Communist Party of Egypt (Partie communiste révolutionnaire d’Egypte)

    2.ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo

    3.MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)

    4.PCT   Parti Comuniste du Togo Togo

    5.PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie

    6.MLOA   Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)

    7.CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)

    8.CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)

    9.NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))

    10. NDMLP   New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka

    11. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)

    12. KGS   Společnost Klementa Gottwalda (Société Klement Gottwald), République tchèque

    13. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)

    14. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas

    15. MLP   Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie

    16. VZDOR   VZDOR – strana práce (Résistance – parti du travail), Slovaquie

    17. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)

    18. TIKB   Türkiye İhtilalci Komünistler Birliği (Union de communistes révolutionnaires de Turquie)

    19. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)

    20. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine

    21. PR   Partija Rada (Parti du travail), Yougoslavie (ex)

    22. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)

    23. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine

    24. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))

    25. PML del Perú   Partido Marxista Leninista del Perú (Parti marxiste-léniniste du Pérou)

    26. PPP   Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)

    27. BDP   Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou

    28. PS-GdT   Plataforma Socialista – Golpe de Timón (Plate forme Socialiste – Changement de direction), Vénézuela

  • Vive le 8 mars, journée de lutte internationale des femmes.

    Vive le 8 mars, journée de lutte internationale des femmes.

    Journée Internationale de lutte pour le droit des femmes.

    Pour un 8 mars combatif !

    Le 8 mars n’est pas un jour de « fête », un jour de « célébration. » Cette date est une date de lutte. Une date de constat des obstacles qu’il reste à franchir, des combats qu’il reste à mener, sur la route de l’Egalité. Cette route est encore longue dans le monde entier, pour les femmes qui courbent l’échinent sous la coupe des régimes réactionnaires. Cependant, même en France ainsi qu’en occident d’une manière générale, la plaie reste béante. Les illustrations sont nombreuses.  

    Ainsi, le 5 octobre 2017, au travers d’une tribune dans le New York Times, le producteur Harvey Weinstein est accusé d’avoir commis une quantité innombrable d’agressions sexuelles sur des actrices. Faisant boule de neige, ce mouvement, sous le hashtag #metoo, s’est mué en onde de choc, ouvrant la parole à des femmes d’un milieu où la loi du silence, où l’omerta, est une règle. En France, ce mouvement s’est mué en #balancetonporc, tribune faite pour dénoncer les agissements de harceleurs. Là aussi, les réseaux sociaux ont révélé une fois de plus l’immensité du problème. Car les femmes ont parlé.

    La tempête des dénonciations, un raz-de-marée salutaire.

    Cette onde de choc est salutaire. Cibler les criminels et les attitudes criminelles est salutaire. Certains ou certaines se sont engouffrées dans la brèche pour tenter de l’instrumentaliser, pour tenter d’instiller des idées réactionnaires, racistes ou fascistes au travers de ce mouvement. Un Tariq Ramadan n’a pas bénéficié d’un respect aussi religieux de la présomption d’innocence, à l’inverse d’autres accusés. Mais l’ensemble du mouvement est sain, nécessaire, essentiel.

    Cette campagne a provoqué des réactions.

    Certains – certaines même ! – ont dénoncé le fait que des femmes -et des hommes-, brisent ce tabou. Elles défendent les bourreaux, les criminels, sous les prétextes de coutume, de tradition ou d’habitude. Les arguments sont plus fallacieux les uns que les autres et le reducto ad hitlerum n’est pas loin. Derrière les attaques, présentant les victimes comme des délatrices dignes de Vichy, pointe la peur des accusés. Car c’est plus du côté du dazibao qu’il faut chercher le parallèle. Elles pointent publiquement -au vu et au su de tous- des affaires que les criminels considéraient comme relevant de l’omerta de la sphère privée.

    Ce monde privé, ces entrailles cachées, sont là où les actes se passent. La large majorité des coupables ne sont pas le stéréotype de l’homme masqué qui se cache dans la ruelle sombre. Elles sont les visages des patrons, des amis, des frères, des pères, qui commettent ces crimes, dans l’intimité, par le harcèlement, la pression, la surprise, l’agression… Même au Vatican, les nonnes se rebellent contre l’oppression patriarcale. Nul secteur de la société est épargné. Ni même les milieux militants.

    Harcèlement, discriminations, agressions, viols, féminicides… la liste est longue et les occurrences sont nombreuses. En pratique, chaque femme sera confronté à une situation potentiellement dangereuse au cours de sa vie. Et ce, indépendamment de l’âge, de la catégorie sociale, de l’origine ou de la religion. Certaines femmes cumulent, de plus, des discriminations racistes ou homophobes, une précarité sociale aggravante et vulnérante… Les plaintes sont rares, les enquêtes davantage encore, les condamnations, infime. Obtenir justice est un parcours du combattant -ou plutôt de la combattante.

    Les femmes sont toujours considérées comme des exutoires, comme des cibles, comme des proies. L’impunité règne. Lorsque le criminel est, de plus, un bourgeois, elle est totale. Harvey Weinstein -dont la compagnie a fait faillite ; Gérard Damarin ; Woody Allen ou Roman Polanski possèdent le même portrait : ce sont des bourgeois qui obtiennent par l’exploitation et l’extorsion tout ce qu’ils veulent. Même au prix du crime, institué en norme de fonctionnement. Les photographes pensant avoir un droit de cuissage sur leurs modèles, les producteurs sur les actrices, les employés sur les stagiaires, les professeurs sur les étudiantes…

    Ces mouvements illustrent une face émergée de l’iceberg, la division genrée du travail, fille de la lutte des classes.

    La racine du problème est connue : c’est le capitalisme.

    L’an dernier, nous l’écrivions déjà. Le sexisme est l’expression symptomatique d’un problème structurel. Il s’agit de la société patriarcale et capitaliste. Cette forme de société a mué progressivement les femmes en prolétariat privé de l’homme. Les femmes assurant le fait d’élever les enfants, exécutant les tâches domestiques et -exceptionnellement- apportaient un « salaire d’appoint ».

    La division genrée, sexuée du travail est la base matérielle du fait que les femmes soient traitées en moyen de reproduction des forces de travail, tandis que les hommes seraient la force productive. Cette aliénation particulière laisse toujours des traces dans les mentalités, même si elle évolue peu à peu.

    A l’heure actuelle, le fait que les femmes puissent faire des carrières -malgré des discriminations sexistes, toujours aigües- ne remet fondamentalement pas en cause les rapports de domination. Car la structure économie, inlassablement, les reproduit. Si jamais ils ne prenaient plus une forme de division genrée du travail, ces rapports de domination se perpétueraient sous une forme nouvelle, tout aussi oppressive.

    Car l’exploitation maximale, recherchée par les bourgeois (et les bourgeoises), oblige, force à ce qu’un surtravail gratuit, non rémunéré, soit assumé par quelqu’un. Si les travailleurs -et les travailleuses- disposent encore d’énergie, la bourgeoisie tentera, comme elle le fait déjà, de mettre cette énergie à son service.

    Le sentiment d’aggravation de la situation des femmes dans le monde est le reflet de l’aggravation de la situation économique générale.  Plus la bourgeoisie, par ses crises, par l’augmentation du taux d’exploitation, use le prolétariat, plus elle entraine, par rebond, une détérioration de la situation des femmes.

    Dans la France impérialiste, qui vampirise les ressources de toute une partie de l’Afrique, comme dans les autres métropoles, les effets ne sont font pas encore sentir de manière claire. Pourtant, la menace couve. Les discours et rhétoriques réactionnaires grandissantes sont les cris de ceux et celles qui veulent enfermer de nouveau les femmes dans un rôle de supplétifs, d’esclaves domestiques.

    Les bourgeois et les bourgeoises, les libéraux, clament que la situation est celle de l’égalité. Or, dans la société, nous le voyons chaque jour, cette égalité n’est que de papier ! Elle est précaire. Nous vivons dans une société d’exploitation, dans une société ou les rapports principaux entre individus sont des rapports de domination.

    Seule la lutte révolutionnaire peut tarir la source de l’exploitation et de la domination. Seule cette lutte menée jusqu’au bout peut libérer de la servitude les masses populaires. Le pouvoir politique est le nœud central du problème. Sans lui, toute victoire n’est que temporaire.

    Cela ne signifie pas qu’il faille attendre, ne pas poser les questions féministes. La lutte féministe n’est pas une diversion de la lutte des classes. Elle ne divise pas les exploités, au contraire, elle soude et unit leur alliance sur des bases saines. Elle est une lutte, au même titre que la lutte antifasciste, antiraciste, qui sont tout un pan de la lutte révolutionnaire.

    Mener la lutte des classes et les luttes féministes, voilà ce que le Président Mao appelait « marcher sur ses deux jambes. »

    La journée du 8 mars est utilisée par les capitalistes pour vendre des sous-vêtements, des produits de beauté, de l’électroménager, en somme des choses qui entretiennent une aliénation des femmes. Cela les ravale au rang d’objet, de bien de consommation, de robot domestique à destination des hommes.

    Son sens est pourtant tout autre. Elle est une journée de lutte. Elle est une journée de combat. Partout dans le monde, les luttes féministes grandissent. Partout dans le monde, les femmes se lèvent et combattent contre l’oppression patriarcale et l’exploitation capitaliste.

    La société patriarcale est une machine à broyer les individus et à reproduire des fonctionnements de domination. L’exemple du scandaleux livre « On a choppé la puberté » aux éditions Milan, l’illustre. Cet ouvrage, sous des dehors humoristiques, inculque aux jeunes filles le fait qu’elles doivent se positionner, grâce à la taille de leurs seins, sur le marché de la séduction. Ce discours, tout comme une intense propagande commerciale, leur explique que leur corps est leur seule valeur. Il érige en normalité la prédation et les incite à devenir une marchandise qui doit se positionner sur le marché de la séduction.

    La manière dont fonctionne la société capitaliste rend inéluctable le fait que des rapports de domination se nouent. La lutte féministe ne peut et ne doit se contenter d’être une lutte démocratique, de simple égalité envers la loi. Elle est inséparable de la lutte révolutionnaire, pour l’anéantissement de la société de domination et d’exploitation, racine de tous les maux.

    La situation de crise économique, de climat de tension internationale, de repli réactionnaire, ouvre un boulevard aux politiques antiféministes et sexistes. Du Brésil à la Pologne en passant par les Philippines et la Turquie, l’ordre de ceux qui veulent enfermer les femmes dans l’aliénation se renforce.

    C’est sous les drapeaux des organisations de combat populaire, sous le drapeau rouge de la révolution, les armes à la main, que les femmes ont pu avancer sur le terrain de l’égalité. Que cela fut dans la Résistance Française, dans l’Armée Rouge, dans les Gardes Rouges et dans les troupes du Vietminh, hier. Que cela soit, aujourd’hui, sous les insignes de YPJ au Kurdistan, de la Nouvelle Armée Populaire des Philippines, des Naxalbari en Inde, c’est par la lutte que les droits sont arrachés.

    L’Unité Communiste de Lyon, membre des Amis de la Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires, l’ICOR, rend hommage à ces luttes et saluent les combattantes !

    Avançons sur la voie de la résolution des contradictions !

    Le 8 mars doit être pour les militants et militantes, de porter un regard autocritique sur nous-mêmes et nos pratiques. Il est en effet aisé de s’autoproclamer homme antisexiste ou pro-féministe, sans pour autant avancer sur la voie de l’amélioration.

    Issus de la société de classe, d’une société marquée par la division genrée du travail, par le poids immense de l’idéologie bourgeoise, nous sommes conditionnés par les habitudes, les préjugés, les traditions… nous portons un fardeau réactionnaire qui nous traine en arrière.

    La lutte pour l’égalité n’est pas une lutte qui se nourrit de déclarations et de phrases creuses. Elle est une lutte à la fois au sein de la société comme au sein des organisations progressistes et révolutionnaires. Aucune n’est exempte de fautes, et tout relâchement entraine le retour des pratiques réactionnaires. Certains et certaines considèrent qu’il faut être parfaits pour poser la question du féminisme. C’est là une position fausse.

    Nous ne sommes pas parfaits, c’est là une vérité. Nous ne pouvons attendre de l’être pour commencer à lutter. Mais nous devons tendre vers l’amélioration. Acter cette imperfection, ne pas combattre la manière dont elle se manifeste, la flatter, la nourrir, est également une position fausse.

    Nous considérons que nous devons apporter un soutien et renforcer les organisations de femmes révolutionnaires. Bien des critiques s’élèvent, parfois, contre les mobilisations non-mixtes ou en mixité choisie. Nous considérons que les tactiques choisi par ce mouvement et ces organisations sont de son ressort.

    Nous sommes solidaires de ces luttes, elles sont un pan essentiel de la lutte révolutionnaire mondiale, de la lutte pour l’émancipation générale de l’humanité.

    Le 8 mars, les communistes répondent à l’appel des femmes du monde entier.

    Le 8 mars, les femmes révolutionnaires et progressistes défilerons dans les rues du monde, et réclamerons leurs droits !

    Vive la lutte des femmes révolutionnaires – Vive le 8 mars révolutionnaire !

  • Appel de 314 enseignantes et enseignants francophones à supprimer la règle du « masculin l’emporte sur le féminin. »

    Appel de 314 enseignantes et enseignants francophones à supprimer la règle du « masculin l’emporte sur le féminin. »

    L’Unité Communiste de Lyon déclare soutenir l’appel suivant, signée par 314 membres du corps enseignant francophone. De tous niveaux confondus, de toutes matières, elles et ils ont lancé cet appel à supprimer la règle absurde du « masculin l’emporte sur le féminin. »


    Sans être une révolution sociale, sans remettre fondamentalement en cause le caractère patriarcal et sexiste de la société actuelle, cet appel n’en apporte pas moins une réflexion intéressante et justifiée sur la question de la langue française, dans laquelle, sans raison linguistique, le masculin l’emporte sur le féminin. La pratique de la langue, cependant, revêt certaines implications et contribue à façonner la manière dont les rapports sociaux se font. Nous comptons, depuis un certain temps, produire un document s’attachant à, notamment, relier certains usages de la langue à des pratiques politiques douteuses. Si, souvent, les classes populaires sont accusés de martyriser la langue, alors qu’elles en font un usage vivant et inventif, au final, les vrais bourreaux sont ceux qui cherchent à vider de sens les mots, et à remplacer l’explication par l’insinuation.

    Les réactionnaires sont ainsi des adeptes des mots-valises, lesquels jouent sur tout un jeu d’implicite pour transmettre un contenu politique sans jamais l’expliquer. « Gauchiasse », « journalope », « médiacrate » ou d’autres termes, dont l’extrême-droite n’a pas seulement l’apanage, malheureusement, sont tout autant de termes qui n’expliquent rien, qui ne fournissent aucune étude, aucun contenu scientifique, mais qui servent à entretenir un flou dangereux, lequel profit systématiquement aux factions les plus droitières. L’insinuation est l’ennemi de l’explication, et l’explication est le premier pas vers la compréhension. La compréhension mène à la maîtrise de la vérité, laquelle, en elle-même, est déjà révolutionnaire. 

    En revanche, là où la langue est brutalisée, les hommes et les femmes le seront.

    D’ores et déjà, des réactionnaires de tout poil se sont empressés d’attaquer, sous tous les prétextes possibles, cette déclaration, l’assimilant à une volonté de détruire la langue française, à une volonté de la castrer, de la déviriliser. L’Unité Communiste de Lyon regarde avec mépris ces discours, qui ne révèlent qu’une crispation autour de traditions -pas si anciennes- et une peur de classes pourrissantes face à au changement.

    Nous ne mettrons qu’un seul exemple, mais il est illustratif.


    Nous, enseignantes et enseignants du primaire, du secondaire, du supérieur et du français langue étrangère, déclarons avoir cessé ou nous apprêter à cesser d’enseigner la règle de grammaire résumée par la formule «Le masculin l’emporte sur le féminin».

    Trois raisons fondent notre décision: 

    La première est que cette règle est récente dans l’histoire de la langue française, et qu’elle n’est pas nécessaire. Elle a été mise au point au XVIIe siècle. Auparavant, les accords se faisaient au gré de chacun·e, comme c’était le cas en latin et comme c’est encore souvent le cas dans les autres langues romanes.

    Bien souvent, on pratiquait l’accord «de proximité», venu du latin, qui consiste à accorder le ou les mots se rapportant à plusieurs substantifs avec celui qui leur est le plus proche. Par exemple : «afin que ta cause et la mienne soit connue de tous» (Ronsard, épître à la Response aux injures et calomnies…, 1563).

    La nouvelle règle a d’ailleurs dû attendre la généralisation de l’école primaire obligatoire pour être appliquée massivement: «On peut aller sur le lac [d’Évian], en bateaux à vapeur ou petits-bateaux, et visiter les coteaux et montagnes voisines, à pied ou en voiture» (DrLinarix, Guide pratique de la Savoie et Haute-Savoie médicale et pittoresque, 1896).

    La seconde raison est que l’objectif des promoteurs de la nouvelle règle n’était pas linguistique, mais politique: «Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif.» (Dupleix, Liberté de la langue françoise, 1651) ; «Le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle» (Beauzée, Grammaire générale…1767).

    Si l’école de la République a préféré abandonner cette formule au profit de celle qu’on connaît, c’est en reconduisant l’ordre de valeur qui est à son fondement. Un ordre que les classes politiques maintenaient parallèlement, en refusant aux femmes les droits politiques jusqu’en 1944, et en refusant plus longtemps encore de leur ouvrir les grandes écoles ou d’abroger les dernières dispositions du «Code Napoléon».

    La troisième raison est que la répétition de cette formule aux enfants, dans les lieux mêmes qui dispensent le savoir et symbolisent l’émancipation par la connaissance, induit des représentations mentales qui conduisent femmes et hommes à accepter la domination d’un sexe sur l’autre, de même que toutes les formes de minorisation sociale et politique des femmes.

    Pourquoi n’accepteraient-elles pas de gagner moins que leurs collègues, ou d’accomplir des corvées dont leurs compagnons se dispensent, ou de supporter leurs coups, s’il est admis au plus haut niveau que «le masculin l’emporte sur le féminin»? La lutte contre les stéréotypes de genre, qui est essentielle au progrès de l’égalité réelle des femmes et des hommes, ne peut être efficacement menée si cette maxime n’est pas mise au ban de l’école.

    D’autres mesures travaillant à l’expression d’une plus grande égalité dans la langue sont nécessaires, mais le plus urgent est de cesser de diffuser cette formule qui résume la nécessaire subordination du féminin au masculin.

    En conséquence:

    • Nous déclarons enseigner désormais la règle de proximité, ou l’accord de majorité, ou l’accord au choix ;

    • – Nous appelons les enseignantes et les enseignants de français, partout dans le monde, à renouer avec ces usages;

    • – Nous les appelons à ne pas sanctionner les énoncés s’éloignant de la règle enseignée jusqu’à présent;

    • – Nous appelons le Ministère de l’Éducation nationale à donner à ses personnels et à ceux des établissements sous sa tutelle des instructions précises allant dans le même sens;

    • – Nous appelons les professionnelles et les professionnels de la presse et de l’édition, les correcteurs et correctrices, les écrivaines et les écrivains à en faire autant;

    • – Nous appelons les citoyennes et les citoyens francophones à en faire autant.

  • Brésil : menaces sur le droit à l’IVG

    Brésil : menaces sur le droit à l’IVG

    Brésil : menaces sur le droit à l’IVG

    Depuis le coup d’Etat de Temer, la situation sociale et politique au Brésil se dégrade continuellement. Chaque droit social, chaque droit démocratique, chaque avancée arrachée par la lutte est menacée. La culture, l’environnement, les richesses sont remises entre les mains de capitalistes rapaces.

    Mais la croisade réactionnaire de Temer et de sa clique ne s’arrête pas là. Actuellement, tout comme en Pologne, les faibles possibilités d’accès à l’avortement sont en ligne de mire.

    Cette semaine la Commission Spéciale de la Chambre des Députés brésilienne a ainsi lancé une véritable torpille contre l’accès naissant à l’IVG. Cette commission était réunie pour effectuer un travail d’analyse sur la question de l’extension du congé de maternité en cas de naissance d’enfants prématurés. Elle en a profité pour, discrètement, approuver un texte basé sur la protection de la vie « dès la conception » incluant des arguments religieux et moraux dans la Constitution.

    Ce concept de « protection pour la vie », inscrit dans la loi, correspond à rendre l’avortement hors la loi. Ces nouvelles règles contre l’avortement représentent une attaque brutale et directe contre l’émancipation des femmes au Brésil. La loi va même plus loin, car le texte est applicable dans tous les cas de figure. Une victime de viol ne peut ainsi plus avorter.

    Auparavant, la question de l’IVG était déjà complexe, dans un pays où il fallut attendre le 29 novembre 2016 pour que la Cour Suprême estime qu’un avortement ayant lieu le premier trimestre de grossesse n’était pas un crime. Cette année là, on estimait qu’entre 850 000 et 1 000 000 d’avortements clandestins avaient eu lieu. Avortements qui se traduisent par un décès tous les deux jours.

    Les seuls cas de figure autorisés étaient -depuis 1984- si le f?tus était acéphale, si il était le résultat d’un viol, ou si la santé de la mère était en grave danger. Dans les autres cas, entre 1 et 3 ans de prison pouvaient attendre la mère.

    Ce desserrement relatif est désormais stoppé, et la nouvelle loi va plus loin encore dans la répression. Le texte a été adopté par 19 voix contre 1 au sein du groupe spécial. Ce travail dont l’origine est issue directement du Groupe Evangélique, influent au Brésil, criminalise l’avortement dans l’intégralité des cas. L’unique voix hostile, au sein de cette commission, fut celle d’Erika Kokay, membre du parti travailliste.

    Le rapporteur de la Commission Jorge Tadeu Mudalen (DEM) affilié aux Démocrates a défendu la PEC 181/15 et a argumenté que le changement interdira l’avortement dans les cas déjà autorisés par la loi. Pour lui, pour ceux de sa clique, il s’agit de la réalisation d’une de leurs ambitions essentielles, considérant l’avortement comme une « pratique satanique. »

    Cet amendement à la loi est considéré comme ayant peu de chance d’être adopté et mis en application. Mais il révèle la vigueur de la lame de fond réactionnaire dans laquelle le Brésil est pris. Il n’est malheureusement pas un cas isolé, car la bourgeoisie la plus réactionnaire semble bien être en position de force sur l’ensemble de la planète, en ce début de siècle.

    Les réactionnaires n’ont d’autres désir que d’enfermer les femmes dans un rôle social de mère et de femme au foyer, là pour reproduire la famille et assurer le service de son mari et des hommes de sa famille.

    L’Unité Communiste de Lyon soutient intégralement le droit des femmes à l’émancipation, ainsi que les organisations qui travaillent à le réaliser de manière concrète.

    Partout sur la planète, les obscurantistes et les réactionnaires doivent être chassés du pouvoir, chassés des lieux de socialisation, chassés partout où ils se trouvent !

  • Fin de partie -VII- Le postmodernisme contre le communisme.

    Fin de partie -VII- Le postmodernisme contre le communisme.

    Le post-modernisme contre le communisme.

    Cette partie de notre brochure, laquelle est bientôt terminée, a été victime d’une considérable inflation. A tel point qu’elle sera, elle-même, complétée et publiée sous la forme d’une brochure à part entière. Il ne nous a pas paru possible de faire l’impasse sur une explication de ce qu’est le postmodernisme et de ses différentes implications. Il représente, fondamentalement, un implacable ennemi du communisme et un parfait agent de la bourgeoisie. En somme, cette partie, relativement longue, est une forme de « hors-série. »

    Le post-modernisme s’est imposé dans une partie importante de la sphère militante de l’Etat français. Ce courant de pensée est un poison dangereux, une maladie terrible qui cause et causera des ravages tant qu’elle ne sera pas jugulée, dénoncée et combattue.

    L’Unité Communiste de Lyon n’a pas pour volonté de fonctionner au procès d’intention.

    Dans leur grande majorité militants et militantes sont dans un engagement honnête et sincère. Si certains et certaines sont ravis de constituer leur petit royaume, d’exercer un pouvoir sur une petite secte, d’en tirer des bénéfices directs ou indirects, ils et elles ne sont qu’une minorité.

    Les places, les postes, les carrières sont rares dans les milieux liés à l’extrême-gauche. Cela existe, tout comme le cynisme, tout comme les raisonnements pervers – au sens premier du terme – mais cela reste, encore une fois, minoritaire.

    Cependant, l’influence d’idées fausses peut amener quelqu’un d’honnête à se tromper, à agir de manière malhonnête ou fausse. Ainsi, nombreux sont les militants et militantes qui subissent l’influence -consciente ou non- de cette nébuleuse de conceptions fausses qu’est le postmodernisme. Nous ne les blâmons pas. L’influence de ce mode de pensée est le miroir de la faiblesse des organisations marxistes, de leur difficulté à mener la bataille idéologique. Elles mêmes subissent également l’influence du postmodernisme. Cela cause des ravages.

    Expliquer ce qu’est le postmodernisme n’a pas pour but de se muer en charge aveugle contre ceux et celles qui peuvent adhérer à telle ou telle thèse défendue, mais bel et bien d’expliciter les tenants et les aboutissements, les dangers et les failles de ce mode de raisonnement intrinsèquement fallacieux.

    La pensée postmoderniste est d’une naissance relativement récente, mais elle est parvenue à s’immiscer très largement dans une grande partie de la sphère militante, en parasitant un grand nombre d’aspects.

    Ces conceptions ont profité du reflux idéologique du dernier tiers du XXe siècle pour prendre une place sans cesse croissante, causant de multiples dégâts.

    Le post modernisme se définit par un principe de relativité absolue.

    « L’incrédulité à l’égard des métarécits caractérise le postmoderne » (J-F Lyotard)

    Un « métarécit » étant un « récit commun à tous. » l’histoire, les sciences sociales… toute la somme des connaissances de l’Humanité.

    Le postmodernisme est bâti autour de la victoire du subjectif, du point de vue de l’observateur, de l’opinion, sur les faits, sur les preuves matérielles, sur l’objectivité. Il est une négation de la science, de la dialectique, de la causalité.

    Selon un de ses fondateurs, Jean-François Lyotard, elle concrétise la primauté du récit individuel, de l’histoire personnelle, du point de vue, sur l’objectivité, sur l’histoire commune. Véritable incarnation de la dérive hypercritique, la vision postmoderniste couronne le scepticisme comme la seule réponse à toute question.

    «Les objets physiques sont conceptuellement importés dans la situation comme des intermédiaires pratiques – pas, par définition, en termes d’expérience mais simplement comme des dépôts irréductibles comparables, sur le plan épistémologiques, aux divinités d Homère.

    Permettez-moi de préciser que pour ma part, en tant que physicien, je crois aux objets physiques et non aux divinités d Homère et je considère que c est une erreur scientifique de croire le contraire.

    Mais au niveau des bases épistémologiques, les objets physiques différent uniquement par le degré et non par la nature.» J-F Lyotard.

    En somme, le « penseur » de cette « science » remet en cause la réalité elle-même. Elle n’existe plus, il n’existe que la relativité suprême : la perception.

    L’histoire de la science et des sciences sociales est basée, à l’origine, sur un point fondamental : est-ce que cette théorie s’applique, paraît juste, ou non ? Une théorie -au sens large du terme- n’a d’intérêt que si elle présente une explication plus efficace, plus juste, plus proche des observations de terrain que celle qu’elle prétend remplacer.

    Le lien entre la philosophie et la science est la base même de la recherche philosophique et scientifique. Ainsi, les écoles de philosophies se sont succédées, non par effet de mode, mais bien parce qu’une école supérieure, plus juste, écrasait et broyait l’autre.

    De même les écoles d’analyse économiques se sont succédées, pour les mêmes raisons.

    Ainsi, la vision métaphysique est figée du monde s’est effondrée pour qu’apparaisse une vision dialectique. Cette vision dialectique s’est elle-même mise à tourner dans le « bon sens », sous l’impulsion des matérialistes, démontrant que l’idée naît de la matière, et non l’inverse.

    Le matérialisme-dialectique et le matérialisme historique  forment l’étape la plus juste et la plus efficace de la théorie. Non pas parce que cela plaît à l’Unité Communiste de Lyon, mais bien parce que cette conception philosophique est vérifiable, rationnelle, scientifique. Elle est un moyen d’explication, d’analyse, de compréhension, mais également un moyen de transformation de la société.

    Cette ascendance permet à l’analyse marxiste de balayer les autres.

    Cependant, la bourgeoisie a toujours lutté contre cette influence idéologique, gênante, dérangeante, déplaisante pour elle – et pour cause, elle en prédit la mort et l’anéantissement.

    En réaction, d’autres écoles se sont formées, la philosophie s’est détachée de la science, du réel, l’analyse s’est emmitouflée dans l’idéalisme pour se préserver. Le divorce entre la science et la philosophie s’est avéré un fulgurant retour en arrière. Ces écoles de pensées ont permis l »irruption de ces philosophes agents-de-la-CIA tels que Bernard Henry-Lévy, Alain Finkielkraut, ou d’autres tels que Gilles Deleuze.

    Ces écoles n’ont plus cherché à expliquer ou à transformer le réel, mais uniquement à jeter en l’air des théories pourries.

    Le point de départ du postmodernisme se niche dans une négation de la dialectique, une négation du rasoir d’Ockham, une négation même de la causalité. La destruction du principe de causalité empêche d’expliquer, désormais, quoique ce soit. Libre à chacun, à chacune, de choisir ce qu’il ou elle veut comme raisons, comme causes, comme conséquences, et de fabriquer une réalité plaisante.

     D’une certaine manière, ce courant est un héritier philosophique du sophisme : les conceptions du monde ne sont pas universelles, sont relatives, « tout est vrai » et « rien n’est faux. » Cette manière utilitariste de comprendre les analyses permet -au nom de la liberté de la science- de tout justifier.

    C’est là son premier aspect : tout part de la subjectivité, du subjectivisme des observateurs. A grands renforts de coup de projecteurs, ses tenants tentent d’ériger des détails en règles, tout en se réfugiant dans un agnosticisme qui confine à l’obscurantisme.

    Obscurantisme et méconnaissance sont les deux branches de la tenaille idéologique du postmodernisme.

    Ainsi, la critique de la valeur ou Wertkritik illustre pleinement une méconnaissance complète de l’économie et de la place du travail dans la société. Les obscurantistes tenants cette position ne voient le travail que comme une aliénation et non comme un processus de création de marchandises, de richesses et, il est vrai, d’exploitations. En proclamant des insanités telles que « ne travaillez jamais », les apprentis-sorciers escamotent le fait que toute production de ressource, nourriture, traitement de l’eau, construction de logement, est le fruit du travail. Dans leurs milieux en vase-clôt, les tenants de ces positions se gargarisent du fait d’ « arnaquer » le système capitaliste en vivant à ses crochets. Sans comprendre que leur existence dépend de l’exploitation de millions d’individus, de milliards de travailleurs et de travailleuses, aux dépends desquels ils et elles vivent.

    Son deuxième aspect est l’essentialisme : les choses, les individus, ont une essence qui leur est propre et qui les caractérise. Dans les discours, cela se traduit par une tendance à essentialiser les positions et les contenus idéologiques : blanches, noires… Comme si elles possédaient, pour reprendre la formulation d’Alfred Rosenberg, une « Rassenseele » une âme de race.

    De nombreux interlocuteurs lancent ainsi de vastes théories insistant sur un sophisme génétique. Le féminisme libéral-bourgeois, caractéristique politique, est ainsi rebaptisé « féminisme blanc », caractérisation essentialiste. Par effet de miroir, il devrait donc exister un « féminisme noir », un « féminisme arabe » ou autre.  Des contradictions idéologiques rentrent en ligne de compte dans chaque ethnie, dans chaque groupe, dans les moindres parcelles de liens sociaux. En l’absence d’un monolithe formé par une conception blanche et une conception « colorée » cette manière d’analyser les choses ne peut qu’être considérée fausse.

    Entre Paul Robeson et Martin Luther King ; entre Diem et Ho Chi Minh; entre Hitler et Thaelmann ; entre Eva Braun et Sophie Schöll, entre Kaganovitch et Rothschild, des océans existent. Ils sont pourtant de la « même ethnie », partagent un fond culturel commun, une identité commune. Mais la classe sociale, l’idéologie, sont ce qui les séparent.

    Ironiquement, cette caractérisation raciale est fascinante à plus d’un titre. D’une part car elle est issue d’écoles de pensées européennes et occidentales, ce qui, suivant sa propre logique, l’invaliderait d’elle-même en tant que « science blanche », d’autre part car elle introduit précisément ce qu’elle prétend combattre : la division raciale, ethnique, religieuse.

    Elle est fausse scientifiquement, car les distinctions entre races sont un non-sens biologique ; elle est fausse anthropologiquement, car il n’existe pas forcément d’unité culturelle au sein d’une « race » fictive -Bantous, Zoulous, Pygmées, Ethiopiens… n’ont pas vécu selon les mêmes lois et les mêmes règles ; elle est fausse sociologiquement et politiquement car il existe, au sein de la très large majorité des civilisations, une séparation ancienne en classes sociales, une division du travail, un patriarcat.

    L’histoire du rapport entre les genres, de la création des cellules familiales, de la création de la division genrée et internationale du travail rentre dans cette histoire de l’humanité qu’est l’histoire de la lutte des classes.

    D’autres part car les frontières sont diffuses : Les slaves musulmans ; les chrétiens arabes ; les coréens athées… l’essentialisation est une conception profondément imbécile, au sens premier du terme : imbecillus, in [sans] ; bacillum [béquille, appui]. Une position sans le moindre appui, sans fondement, sans la moindre solidité.

    Cet essentialisme rejoint, dans une certaine mesure, les théories fascistes de la « personnalité. » Le fascisme se veut le négateur de l’idéologie, se veut le catalyseur de la libération de l’humain dans toute sa « nature propre. » L’idéologie, la morale, dans une certaine mesure la religion, ne font que brimer la véritable personnalité du sujet, de l’individu. Mettre en avant, comme seul et unique objectif, la « réalisation pleine et entière de l’individu » revient à chasser l’idéologie, qui manipule ; les normes, qui contraignent ; la transformation dialectique, qui corrompt. Elle revient à saluer l’apolitisme et le viscéralisme comme mode de pensée. In fine, elle mène à l’abrutissement au sens premier du terme, du fait de l’exigence d’agir en fonction de sa « nature. »

    Le troisième aspect est la relativité fallacieuse employée systématiquement : les choses sont systématiquement relatives, la vérité est à géométrie variable, et les principes ne sont jamais hiérarchisés. Ce positionnement se marie avec une facilité déconcertante avec le sophisme génétique précédemment évoqué.

    Dans la pensée postmoderniste, classe sociale, genre, origine ethnique, religion et sexualité sont mis sur le même plan. Il n’existe pas de causalité dans ce mode de pensée, ni d’aspect principal ou secondaire.

    C’est là le principe même du courant dominant, au sein des milieux militants. L’intersectionnalité est quelque chose dont l’idée de base est juste : il est possible de subir plusieurs oppressions, plusieurs dominations qui se mêlent les unes par rapport aux autres.

    Ceux et celles qui ressentent des oppressions quant à leur couleur de peau, quant à leur genre, quant à leur sexualité, quant à l’exploitation, ont fondamentalement raison. C’est là le sens de la formule de Mao : « on a raison de se révolter. »

    Il est légitime, juste, nécessaire, de lutter contre ces oppressions, ces discriminations. Il est tout aussi légitime et juste que des structures ad hoc soient mises en œuvre pour permettre d’y répondre.

    En revanche, là où l’intersectionnalité échoue totalement à apporter quoique ce soit d’autre qu’un constat -hormis un libéralisme complet- c’est dans son incapacité à déterminer des causes, à hiérarchiser les phénomènes -structurants ou superficiels- et surtout à combattre -au nom d’un saint respect de la culture- les conceptions fausses.

    Les oppressions ne sont pas individuelles, elles ne s’additionnent pas comme des points, mais sont le fruit de logiques : elles découlent, en premier lieu, de l’organisation économique de la société. La division genrée du travail forme la base sociale du sexisme ; l’impérialisme et le néo-colonialisme, ainsi que la mise en concurrence des travailleurs, celle du racisme ; la cellule familiale comme lieu de production et de reproduction est un des facteurs de l’homophobie…

    Le cœur de ces oppressions demeure la loi du profit, l’exploitation, l’extorsion de la plus value.

    En niant ce caractère fondamental, sous le prétexte fallacieux qu’il ne faille pas hiérarchiser les oppressions, le postmodernisme échoue comme moyen de lutte, mais aussi d’analyse.

    Expliquons-nous : dans la conception du monde postmoderniste, un individu comme Ernst Röhm, dirigeant les Sturmabteilungen du NSDAP, devrait être soutenu et protégé, car homosexuel. Dans le même ordre d’idée, Margaret Thatcher doit d’abord être considérée comme une femme avant d’être une réactionnaire. Joseph Kony, le très religieux dirigeant de l’Armée de résistance du Seigneur en Ouganda, doit être vu comme un noir avant toute chose.

    Au lieu de chercher, dans les intersections, les points communs, les luttes, les points focaux, ces théories érigent des murs, séparent les luttes, fragmentent et divisent. Le but de cette distillation est d’atteindre la pureté, le purisme, non la résolution efficace des contradictions.

    Tout ceci se mêle, se transmute, avec un manichéisme fascinant. Ainsi, toutes les contorsions sont possibles, toutes les inventions sont possibles. Pour parvenir à cela, les données pertinentes sont ignorées, tues, niées. Dans un sens, la force du postmodernisme, dont la prétention à « décoloniser » les esprits n’a d’égal que son incapacité à le faire, réside dans le fait d’être dans un eurocentrisme absolu.

    Elle n’accorde qu’aux « blancs » le kaléidoscope d’opinions, de positions sociales ou idéologiques. « L’autre » est ravalé au rang de « bon sauvage », dont les manifestations d’esprit sont applaudies des deux mains, dont les erreurs politiques, la réaction, les clivages sont excusés comme des expressions de la candeur d’un peuple qui « découvre sa civilisation. » Il n’existe pas de progressistes, pas de réactionnaires, pas d’ouvriers, pas de capitalistes -nationaux ou compradores– simplement une masse racialement définie.

    Ainsi, les naxalites, les kurdes, les philippins, les militants et militantes communistes des pays dominés sont dépolitisés. Les anticommunistes de gauche leur « pardonnent » leurs errances politiques, comme ils et elles pardonneraient à des enfants agités et capricieux.

    La théorie des « premiers concernés » est brandie comme un graal exemptant de toutes critiques. Elle excuse tout, excuse tous les renoncements, permet de tout justifier. Ainsi, si les « premiers concernés » prennent des positions réactionnaires, le critiquer reviendrait à faire œuvre de sabotage, de diversion, d’être un agent de la réaction. Nombreux sont ceux et celles qui apportent, derrière ce prétexte, un soutien au combattants de l’ASL en Syrie, par exemple. Pourtant, il est avéré que l’ossature du commandement agit en laquais d’Erdogan, bourreau des kurdes, que ces individus ou organisations soutiennent également, par opportunisme total.

    De même, la théorie des « privilèges. »

    Celle-ci part d’une inversion des choses. Il n’existerait même plus de dominés, d’opprimés, mais à l’inverse, des privilégiés. Les privilèges « blancs », « hommes », « bourgeois », « cis-genre » ou autres sont légion. Cette méthode sert, d’une part, à entretenir le sophisme génétique, l’attaque ad hominem, permettant d’attaquer l’émetteur de l’argument, non son contenu. De l’autre, elle pose les questions de manière fausse et rétrograde. L’intérêt de la lutte sociale est de hisser le niveau de vie, de liquider les contradictions d’une manière positive, non de faire choir de son piètre piédestal quelque personne « privilégiée. » En somme elle est d’offrir ces « privilèges » à tous, non de les retirer.

    L’incapacité de la théorie postmoderniste à comprendre les principes de contradiction principale et secondaire, de comprendre ce qui est antagonique et ce qui ne l’est pas, mais surtout à démêler le vrai du faux en fait un agent du confusionnisme et de la réaction.

    Car, dans les faits, il existe une causalité, il existe une cause et des conséquences. Il existe une hiérarchie dans les contradictions et dans l’analyse.

    En effet Friedrich Engels, dans Ludwig Feuerbach, explique les choses ainsi : « Tout ce qui met les hommes en mouvement doit nécessairement passer par leur cerveau, mais la forme que cela prend dans ce cerveau dépend beaucoup des circonstances. »

    Les conditions matérielles forment le principal environnement qui permet d’expliquer comment pense un individu. Engels écrivait également qu’on « pense autrement dans un palais que dans une chaumière ».

    Dans Les principes élémentaires de philosophie, le philosophe Georges Politzer (1941) écrit : « Les idéalistes disent qu’un prolétaire ou un bourgeois sont l’un ou l’autre parce qu’ils pensent comme l’un ou l’autre. 

    Nous disons, au contraire, que, s’ils pensent comme un prolétaire ou comme un bourgeois, c’est qu’ils sont l’un ou l’autre. Un prolétaire a une conscience de classe prolétarienne parce qu’il est prolétaire.

    Ce que nous devons bien remarquer, c’est que la théorie idéaliste comporte une conséquence pratique. Si l’on est bourgeois, dit-on, c’est que l’on pense comme un bourgeois ; donc, pour ne plus l’être, il suffit de changer la façon de penser en cause et, pour faire cesser l’exploitation bourgeoise, il suffit de faire un travail de conviction auprès des patrons. C’est là une théorie défendue par les socialistes chrétiens ; ce fut celle aussi des fondateurs du socialisme utopique.

    Mais c’est aussi la théorie des fascistes qui luttent contre le capitalisme non pour le supprimer, mais pour le rendre plus « raisonnable » ! Quand le patronat comprendra qu’il exploite les ouvriers, disent-ils, il ne le fera plus. Voilà une théorie complètement idéaliste dont on voit les dangers.

    (…)

    L’« être social » est déterminé par les conditions d’existence matérielles dans lesquelles vivent les hommes dans la société.

    Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leurs conditions matérielles d’existence, mais ce sont ces conditions matérielles qui déterminent leur conscience.

    Qu’est-ce qu’on appelle les conditions matérielles d’existence ? Dans la société, il y a des riches et des pauvres, et leur façon de penser est différente, leurs idées sur un même sujet sont différentes. Prendre le métro, pour un pauvre, un chômeur, est un luxe, mais, pour un riche qui a eu une voiture, c’est une déchéance.

    Les idées du pauvre sur le métro, les possède-t-il parce qu’il est pauvre ou est-ce parce qu’il prend le métro qu’il les possède ? C’est parce qu’il est pauvre. Etre pauvre, c’est là sa condition d’existence. »

    Les conditions matérielles sont ce qui détermine la mentalité, la conscience, l’état d’avancement de la pensée. Ecrire ceci, pour un postmoderniste, est émettre un jugement de valeur. Or il s’agit d’une vérité objective indéniable.

    Les conditions matérielles sont déterminantes dans le jugement que portent les uns et les autres sur la société, sur eux mêmes, sur l’un et l’autre.

    Pour les postmodernistes, lesquels placent leur foi dans une « âme, » un individu tient des positions de manière indépendante de son contexte social, comme l’expression simple de sa « race » ou de son « âme. »

    Or, un ouvrier sexiste, retardé, xénophobe, est le reflet des positions de son milieu, de celles de l’influence de l’idéologie bourgeoise. Cela remet-il en cause le fait qu’un travailleur, une travailleuse, n’a pas objectivement intérêt à détruire l’exploitation, à détruire la division genrée du travail, à anéantir la mise en concurrence des travailleurs ?

    Pour le postmoderne, oui. Il ou elle est définitivement passée dans un « côté obscur » tout aussi métaphysique que celui de l’univers de fiction dont ce concept est issu. Il ou elle est déjà un ennemi qu’il est contreproductif de rallier. En refusant cela, le postmodernisme laisse le champ libre à la réaction, qui, elle, se fait un plaisir d’opérer un travail de recrutement et d’explication, sur la base de ses positions réactionnaires.

    Pour les marxistes, ces positions sont le reflet de la faiblesse de l’organisation de la classe ouvrière, de la faiblesse de l’influence des organisations communistes dans la société.

    Traiter un bourgeois qui tient des propos et des attitudes réactionnaires et un ouvrier qui fait de même est faux. L’un exerce objectivement une idéologie qui correspond à ses intérêts de classe, l’autre est intoxiqué.

    Derrière ses aspects se trouvent les contradictions secondaires, qui peuvent parfois prendre une tournure primordiale : l’exemple typique serait la situation des homosexuels en Tchétchénie en 2017 où la question de la séparation entre bourgeois et prolétaires passe provisoirement au second plan, celle des juifs pendant les pogroms et la Shoah… Cependant, cela ne retire en rien le fait qu’un bourgeois à la peau noire ne sera pas dans le même univers qu’un white trash vivant dans une caravane. Une femme ministre peut subir une oppression sexiste, mais être une exploiteuse qui entretient la misère et la paupérisation des masses populaires. Un mâle blanc cis-genre, mais bulgare et travailleur détaché n’est pas dans la même situation qu’une Rachida Dati. D’où l’importance de savoir hiérarchiser ce qui est principal et ce qui est secondaire.

    L’engagement est un aspect qui ne saurait être nié. Un militant communiste « sort de sa classe » pour devenir -avant tout- un communiste. Une militante fasciste, une Antigone par exemple, dépasse également sa classe sociale, sa condition de femme, et fait de son idéologie sa principale caractéristique. C’est ainsi que Thatcher est une néolibérale réactionnaire avant tout, quand bien même elle peut subir le sexisme.

    Cela ne signifie pas que ce soit une bonne chose de l’attaquer par ce biais. Les méthodes de lutte réactionnaires doivent être condamnées par les communistes. Appeler Thatcher « the bitch » est une caractérisation fausse. Traiter Marine Le Pen de « salope », attaquer Brigitte Macron sur son âge, sont des méthodes fausses, réactionnaires. Elles ne définissent pas politiquement et socialement l’ennemi, ne font que ramener en arrière la conscience politique.

    La limite entre qui est à rallier, qui est trop loin ne se fixe pas sur une grille figée.

    Un ouvrier qui milite pour le NSDAP dans les années 1930 est quelqu’un qui peut être rallié. Le même ouvrier, au moment de la Seconde Guerre mondiale, peut-être quelqu’un qui possède un fusil, quelqu’un qui tire, qui tue, qui pille et massacre. Les questions ne se posent alors pas de la même manière.

    Ce qui différencie le postmodernisme d’une simple erreur, ce qui en fait un danger, c’est qu’il accrédite les thèses réactionnaires et fascistes. Il dote d’une « âme » les individus, il clame une lutte contre l’appropriation culturelle, érige des barrières, créé des cases identitaire à cocher, des frontières entre chaque compartiments de la lutte. Ce mode de pensée fait écho aux théories des identitaires, lesquels, reprenant le slogan de la ségrégation, clament hypocritement un separate but equal entre individus ne partageant pas le même « récit. »

    De même, la question de la résolution de ces contradictions est niée. Exit la révolution prolétarienne, vive de libéralisme démocratique. En reniant l’origine sociale de ces discriminations, en niant le fait qu’elles sont une superstructure issue de la structure économique, les postmodernistes font le lit du libéralisme. Au lieu de s’attaquer aux causes, aux raisons profondes, les tenants de ces théories ne font que cibler les aspects visibles. Et encore !

    Dire que la domination ou que la division du travail n’existe pas dans les couples homosexuels, chez les transsexuels, ou dans chaque composante de la société, est une fausseté. Un des enseignements du marxisme est que la lutte des classes traverse tout. Tout, y compris l’intimité des couples, dans laquelle se créent des rapports de domination, des rapports d’exploitation, des tendances progressistes et réactionnaires. Clamer qu’extirper « l’âme blanche mâle et cis-genre » de la société ne signifie nullement la fin des contradictions. Le capitalisme les génère par son activité d’exploitation et de division.

    La déconstruction des individus et des normes est le deuxième volet le plus important de ces théories. Les normes sociales ne sont pas, dans l’imaginaire postmoderniste, des phénomènes issus d’une structure, de rapports économiques, de relations d’exploitation entre des classes sociales. Dans la conception brumeuse de ces magiciens elles apparaissent comme tombées du ciel et ne sont que des nuages flottants, non-reliés à une réalité vécue par les masses.

    Dans la théorie des grands vizirs du postmodernisme, la révolution, le changement, passe par la déconstruction de la civilisation, par la déconstruction des normes sociales, des rapports sociaux.

    Les communistes considèrent que la lutte contre les tendances réactionnaires passe par l’idéologie, laquelle est une arme de combat pour permettre le renversement de la société capitaliste et sa transformation en société socialiste, puis communiste, sapant la base matérielle des discriminations de genre, d’ethnie…etc.

    Dans le postmodernisme, l’aspect principal, tel une secte, est de trouver la réponse en soi, de s’écouter soi même, de se définir selon ses vœux et ses aspirations d’individu, sans la moindre considération pour l’environnement social.

    Ce processus d’autodéfinition ne peut que déboucher sur des excès réactionnaires. En effet, en considérant que l’individu doit réaliser sa nature personnelle et profonde, le postmodernisme fait le lit de l’individualisme. En mariant cela avec le relativisme, cette boue toxique finit par s’étaler partout, par tout recouvrir, par tout intoxiquer.

    « Jouir sans entraves », ce slogan résume parfaitement cette logique. Il s’agit de placer le bonheur et la jouissance personnelle comme ambition, comme objectif suprême. Si l’entrave est le consentement, l’autre n’est « pas assez libéré », si la jouissance personnelle rencontre des obstacles, ceux-ci sont vécus comme une oppression terrible.

    Contredire l’opinion par les faits revient à une attaque de Pearl Harbor. Contredire le subjectif par l’objectif devient une déclaration de guerre.

    Ce qui définit l’être humain comme un animal social, comme un animal politique, sa capacité à transcender son statut d’individu, est balayé, au même titre que la science, par le relativisme, érigé en nouvelle science, du postmodernisme.

    Or, la déconstruction de l’individu, aussi louable puisse-t-elle être, ne forme qu’une goutte d’eau dans un océan. Ce rapport individuel à ces questions fait que ces forces ne s’adjoignent pas à une lutte politique, organisée -car vu comme une contrainte, structurée, contre le système capitaliste, contre la bourgeoisie, contre l’exploitation.

    Seule la révolution peut venir à bout des sources de l’oppression. Cette révolution ne se fait pas dans la déconstruction des individus, elle se fait dans la construction d’une société nouvelle, dirigée par les masses populaires et par la classe ouvrière au premier chef.

    D’autant que la mentalité retarde sur les pratiques. Etant le fruit de la matière, l’esprit retarde sur celle-ci. Placer en premier lieu le changement des mentalités pour obtenir le changement de société revient à inverser le fonctionnement du monde.

    Il est illusoire de croire que l’effondrement de l’idéologie bourgeoise, de ses normes, ouvre la voie à l’arrivée d’une idéologie progressiste, de ses nouvelles normes, lesquelles régiront et changeront le monde.

    Ce n’est que par la destruction du pouvoir bourgeois, de sa manière d’organiser la société, que l’idéologie bourgeoisie s’éteindra progressivement. « L’humain socialiste » ne précède pas la Révolution, il en naît.

    Tant que la cause structurelle n’est pas touchée, n’est pas détruite, l’anéantissement des divisions au sein de la société ne peut avoir lieu.

    Les luttes dirigées par le postmodernisme ne peuvent être victorieuses. Tant que les tenants de ce courant de pensée ne cherchent pas la cohérence, la rationalité, la compréhension scientifique de la société, ils et elles échoueront. Les discriminations contre lesquelles les postmodernistes prétendent prendre les armes, prendront sans cesse de nouvelles formes, en face desquelles les militants et militantes sont impuissants.  Il s’agit d’un tonneau percé des Danaïdes, d’un travail de Sisyphe, mené non seulement en vain, mais également contre la révolution prolétarienne.

  • Déclaration de l’Unité Communiste de Lyon sur le jour de lutte qu’est le 8 mars.

    Aujourd’hui, nous célébrons la Journée Internationale des droits des femmes.

    Depuis le 28 février 1909, instaurée à l’époque par le Parti Socialiste d’Amérique, cette journée est une journée qui doit servir de point d’orgue aux luttes féministes, mais également de rappel du travail qui reste à accomplir, au sein de la société, pour que l’égalité soit effective, indépendamment des genres et des sexes.

    (Affiches soviétiques et Allemandes; source TV5 Monde.)

    Alors que cette journée, à son origine, est un coup de tonnerre dans un univers dominé sans le moindre partage par les hommes, beaucoup de son sens s’est perdu au fil des années. C’est là une illustration de l’influence débilitante de l’idéologie bourgeoise, laquelle tente de traiter tout comme une marchandise, y compris les jours de lutte. Ce qu’elle ne peut acheter, elle le salit ou le détruit.

    Défendre le sens originel de cette journée est déjà une lutte en soi.

    Cette journée fut impulsée de manière internationale par la militante communiste Clara Zetkin, également enseignante et journaliste. Adoptée lors de la 2e conférence internationale des femmes socialistes de Copenhague, cette journée devait servir, à la base, pour organiser la propagande en vue d’obtenir le droit de vote pour les femmes. Cette journée devint par la suite un repère de lutte et un symbole pour toutes les forces progressistes. Manifestations pour le droit de vote, manifestations pour la paix, le 8 mars fut un jour de mobilisation.

    Cette journée de lutte, s’est muée également en journée révolutionnaire.

    Le 8 mars 1917, les ouvrières de Petrograd se mettent en grève et manifestent, impulsant la révolution russe. Dès la fondation de l’Union, la direction de la jeune URSS inscrivit, dans le calendrier de ses fêtes,  le 8 mars comme journée nationale des droits des femmes. Cela fit de l’Etat prolétarien le premier Etat au monde à reconnaître cette journée.

    Il faut attendre 1977 pour voir l’ONU avaliser à son tour cette date, toujours célébrée aujourd’hui.

    Il est essentiel de porter encore avec fermeté la nécessité de lutter pour cette égalité, laquelle est loin d’être acquise, et, dans certains Etats, tend même à reculer avec une virulence terrible.

    Au sein de la vague réactionnaire qui déferle, nous devons résister et défendre cette égalité plus que nécessaire.

    Malgré l’apparence, même au sein de l’Etat Français, cette égalité est très loin d’être acquise. Les inégalités de salaires, les inégalités de carrière, les inégalités de considération sont tout autant de point qui briment l’égalité économique, indépendamment des genres et des sexes. Cette déconsidération contribue à perpétuer une forme de « salaire féminin », vu comme un revenu d’appoint, pour des femmes toujours vue comme dépendantes du foyer.

    Les rapports sociaux, le harcèlement de rue, les violences, les crimes sexistes, sont un fléau qui révèle la mentalité retardataire d’une très grande partie de la population. Ce sont des aspects qui traversent l’ensemble de la société et qu’il est nécessaire de combattre avec vigueur.

    Lutter contre le sexisme ne peut se faire à coup de déclarations générales, de simples annonces. C’est une forme de domination qui est ancrée profondément dans la société actuelle, et dont on ne se débarrasse pas d’un coup de baguette magique.

    Nous sommes fondés à faire, sur ce sujet, notre bilan critique.

    Un long chemin reste à traverser pour les organisations politiques communistes de l’Etat français, vis-à-vis de cette question. Notre composition essentiellement masculine est le reflet, là aussi, de failles au sein même de notre organisation quant à notre rapport à ces questions.

    Nous portons avec nous, malgré le fait que nous soyons militants communistes, de nombreuses tares qui sont du fait que nous soyons issus de cette société inégalitaire.

    Un long travail reste devant nous pour progresser, non seulement dans notre capacité à analyser la situation, mais également dans nos rapports personnels.

    Ce chemin, nous tentons de l’emprunter avec honnêteté, avec des succès et des reculs, avec des erreurs, avec des stupidités commises, mais avec la volonté inébranlable d’avancer.

    Cependant, nous sommes également critiques quant à certains discours libéraux, qui tentent de dissocier la lutte des classes de la question de l’égalité entre genre et sexes.

    Une branche libérale petite-bourgeoise de ce mouvement est capable d’annoncer que cette lutte est en soi révolutionnaire. Nous ne pouvons que réfuter cette thèse erronée.

    La base matérielle du sexisme est la division genrée du travail, la division en tâches attribuées à un genre ou un autre. C’est cette division, dont la forme moderne est née avec le capitalisme, qui explique bon nombre de rapports sociaux inégalitaires, bon nombre de conceptions réactionnaires.

    Mais la résolution de cette contradiction, à savoir l’égalité entre les genres et les sexes, le fait que cette distinction disparaisse, ne signifie pas l’abolition de toute l’exploitation.

    Contrairement à certains point de vue erroné, le capitalisme peut très bien survivre tout en ayant liquidé ses pans patriarcaux. C’est une position défendue d’ailleurs par les libéraux, y compris par Laurence Parisot, ancienne représentante du MEDEF.

    L’exploitation, par le travail domestique, des travailleurs et des travailleuses par leurs frères et sœurs peut très bien passer par d’autres rapports de domination que ceux liés au sexe. C’est le cas dans les couples homosexuels, ou l’un des partenaires peut assujettir l’autre, alors qu’ils possèdent fondamentalement le même genre ou le même sexe.

    Car ce n’est pas la division genrée du travail qui est intrinsèque au capitalisme, mais c’est l’exploitation jusqu’à l’os des travailleurs et des travailleuses, ce qui les pousse à forcer au surtravail, aux tâches domestiques, d’autres. C’est cette exploitation en poupée russe qui poussa Marx à écrire : « dans le couple, l’homme est le bourgeois et la femme le prolétaire. »

    Cette exploitation peut très bien se répercuter ailleurs, sous d’autres formes, sous d’autres aspects.

    C’est en cela que le féminisme est une lutte démocratique, nécessaire, indéniablement, mais qui doit être intégrée dans la lutte des classes pour triompher intégralement de l’exploitation. Sans cela, c’est combattre contre une hydre qui renaîtra sans cesse, contre un marécage dont on ne peut se sortir.

    Car c’est par l’abolition de l’exploitation que la base matérielle de la division du travail, des contradictions de genre, pourra être détruite. C’est là la racine à trancher pour permettre l’anéantissement de toutes les formes de domination et d’exploitation, mais également du poison mortel formé par le sexisme, le racisme, et les nombreuses formes de discriminations.

    Les exemples internationaux ne manquent pas. 

    Que cela soit au Kurdistan, en Inde, au Népal, aux Philippines, les femmes combattent les réactionnaires, les armes à la main. Elles se battent pour leur émancipation et pour celle de l’humanité.
    Par le passé, les combattantes -d’armées régulières comme l’Armée rouge, ou de milices-, les militantes, les résistantes ont démontré une chose : l’égalité se gagne par le combat, elle n’est jamais donnée.

    Cette égalité militante et combattante jette les base d’une société égalitaire. La liberté défendue par les libéraux est une liberté de façade. De fait, l’histoire le démontra et le démontrera encore, l’AK 47 et le treillis ont plus fait pour l’égalité que Moulinex et l’Oréal.

    C’est en anéantissant la société de classe que toutes les oppressions seront détruites.

    Certains et certaines indiquent que cela ne sera pas automatique. C’est un fait. Même une fois que la base matérielle de l’exploitation aura été balayée, il sera nécessaire de poursuivre la lutte. A la fois contre les tendances à la restauration de l’ordre ancien, mais également pour nettoyer cette crasse instillée dans nos esprits, dans nos pratiques.  

    La lutte pour la révolution ne se fera pas sans le féminisme, et le féminisme sera victorieux avec destruction de l’exploitation et du capitalisme !

    Progressons sur la voie de l’égalité, célébrons le 8 mars !