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  • « On s’en fout des femmes »

    « On s’en fout des femmes »

    I. La Fête de l’Humanité 2025

    La Fête de l’Humanité est un festival se revendiquant être « une fête culturelle, politique et populaire ». Ce festival est en lien direct avec le Parti communiste français (PCF). Il est l’un des plus grands festivals en France, et a réuni plus de 610 000 personnes en 2025. En parallèle des concerts se trouvent des stands d’organisations politiques, de syndicats, d’associations et d’ONG.

    Cette année, encore une fois, plusieurs artistes ayant commis des violences misogynes s’y sont produits. Le 10 septembre, les comptes Instagram des militantes et collectifs féministes Sirine Sehil (@militanthemis), Clara Achour (@surviv_hante), Stop Fisha (@stopfisha), Me Too Media (@metoomedia_) et Ma voix, mon choix (@mavoixmonchoixorg) ont dénoncé la participation de quatre rappeurs à la Fête de l’Huma. Le collectif Nous toutes a également dénoncé la présence de ces agresseurs.

    • Vicelow, condamné pour violences conjugales envers son ex-femme et accusé par des danseuses de harcèlement et d’agressions sexuelles.
    • Kalash, accusé de violences conjugales par son ex-compagne, contre laquelle il a porté plainte pour diffamation.
    • TIF, accusé de viols et d’agressions sexuelles, notamment dans des tweets aujourd’hui supprimés.
    • Zamdane, accusé de violences sexuelles et de banalisation du viol dans plusieurs tweets aujourd’hui supprimés, par exemple, « c’est pas du viol si elle dort » (paraphrase).

    Mais, quelles ont été les conséquences concrètes de ces accusations ? Le concert de TIF a été annulé (il a annoncé ne pas participer sans que le festival n’en explique la raison). En revanche, les trois autres agresseurs (Vicelow, Kalash, Zamdane) ont pu se produire. Zamdane a même pris la parole pendant son concert pour exprimer des regrets par rapport à certains de ses tweets, mais aussi pour appeler à la protection des victimes de viol (en général). Il fut applaudi par la foule, par des milliers de femmes féministes qui ne connaissaient pas le contenu des accusations. Puis, il a annoncé vouloir porter plainte pour diffamation contre les féministes l’ayant dénoncé.

    Dans les commentaires des publications Instagram de la Fête de l’Huma, plusieurs femmes dénoncent les agresseurs : sous l’annonce de la programmation des agresseurs, sous l’annonce des horaires des concerts, sous la publication « vers une fête plus safe », etc. Aussi, Sirine Sehil a contacté le festival plus de 3 mois avant son commencement. Pourtant, les responsables du festival gardent le silence. Ils savent qu’ils ne risquent rien : tout le monde continuera à venir à leur festival même s’il y a des agresseurs sur scène.

    Plusieurs personnes sont étonnées, dégoûtées même, que la Fête de l’Huma s’abaisse à ce niveau. Que la Fête de l’Huma ne réagisse pas n’est pas étonnant, après tout, elle n’est que l’émanation d’un parti ayant l’habitude de protéger des agresseurs. La Fête de l’Huma n’est qu’un festival comme un autre, c’est-à-dire une entreprise qui doit faire des bénéfices. Mais, il est tout de même affligeant que la Fête de l’Huma soit indiscernable du Hellfest.

    La Fête de l’Humanité 2025, censée être le rendez-vous annuel de la gauche militante et progressiste, a mis en lumière un problème structurel que nous dénonçons depuis longtemps : la tolérance implicite envers les agresseurs dans nos espaces culturels et politiques. Sur le terrain, aucune mobilisation collective et visible n’est venue contester leur présence. Le débat est resté confiné aux réseaux sociaux. À notre connaissance, il n’y a eu aucune action de propagande sur la fête (diffusion de tracts, affichage de pancartes, blocage, etc.). Encore une fois, la lutte contre les violences sexuelles est reléguée derrière d’autres « priorités ».

    La même polémique a eu lieu l’année dernière. Cela n’a eu aucune conséquence : les clients de gauche continuent d’affluer, les organisations de gauche et féministes continuent de venir.

    Ce silence et cette inertie révèlent une double logique : d’une part, pour le festival « politique », la priorité donnée aux bénéfices (au spectacle, à la notoriété des artistes et à l’attractivité médiatique du festival) ; d’autre part, pour les organisations présentes, une incapacité ou une réticence à placer la lutte contre le patriarcat et les violences sexuelles au centre de leur pratique. Les collectifs féministes ont alerté, mais leurs interventions sont restées majoritairement numériques, avec peu d’impact sur le déroulé concret du festival.

    Le collectif féministe Nous toutes, qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles, a dénoncé sur les réseaux sociaux la programmation d’agresseurs à la Fête de l’Huma. Mais, ce même collectif refuse de considérer sa présence comme un « signe de caution ». Pourtant, Nous toutes, ainsi que les autres organisations et personnalités féministes, continuent de venir au festival et sont de fait une caution féministe pour le festival. Il ne s’agit pas ici de critiquer gratuitement Nous toutes, bien au contraire, puisque c’est l’un des très rares collectifs à avoir dénoncé la venue des agresseurs au festival. Mais, il faut regarder la réalité en face : la Fête de l’Huma garde une image de festival de gauche, dont les valeurs seraient « meilleures » que celles des autres festivals, parce que la présence des organisations de l’ensemble du spectre progressiste lui permet de maintenir cette image.

    Comment se fait-il qu’un évènement où convergent syndicats, associations féministes et militants et militantes de gauche permette que des agresseurs connus se produisent sur scène à côté d’elles et eux ?

    Les organisations politiques, syndicales et associatives ne peuvent pas se permettre de rater l’un des évènements les plus importants de l’année. Participer à la Fête de l’Huma leur permet de gagner en visibilité, de faire des conférences, de vendre leurs livres et leurs goodies, de gagner de l’argent et de recruter. Cette année, il y avait 610 000 visiteurs et visiteuses : mener des actions contre la Fête de l’Huma revient à prendre le risque de ne plus y être les bienvenus, donc de se priver de son large public.

    Mais, comment expliquer que tout cela puisse se produire ? La raison principale, c’est que tout le monde s’en fout des femmes ! Ici, d’un point de vue communiste, ce n’est pas seulement la Fête de l’Huma qui pose problème (c’est un festival comme un autre), ni le PCF (c’est un parti réformiste bourgeois comme un autre), ce sont principalement les organisations communistes qui n’assument pas leur rôle d’avant garde. Leur inaction est une déclaration envers les femmes : on s’en fout de vous ! C’est bien ça le problème, l’indifférence.

    Pour comprendre cette indifférence, il faut revenir à la source. De quoi se rendent coupables Vicelow, Kalash, TIF et Zamdane ?

    D’avoir frappé, menacé, touché, pénétré, etc., une femme contre sa volonté, c’est à dire, de s’être approprié une femme comme on s’approprie un objet, d’avoir nié son individualité, son existence en tant que sujet. Ces hommes ont considéré ces femmes pour ce qu’elles sont dans leur rôle social, celui d’objets dominés pouvant être possédés par les hommes. Pour ces hommes, ce n’est pas normal que des féministes leur reprochent de s’être comportés en accord avec leur propre rôle social, celui de sujets dominants pouvant posséder les femmes.

    Pour la Fête de l’Huma, et pour les organisations de gauche présentes, il est impensable que l’on puisse leur reprocher leur inaction, c’est-à-dire que l’on puisse leur reprocher de ne pas avoir traité les agresseurs pour ce qu’ils sont : des hommes s’appropriant des femmes. Si c’est impensable, c’est parce que leur niveau théorique, politique et idéologique est trop arriéré.

    Si ces artistes avaient agressé des hommes, ces organisations auraient réagi différemment. Si ces organisations considéraient les femmes de la même manière que les hommes, alors, la situation leur serait insupportable.

    La plupart des organisations présentes à la Fête de l’Huma déclarent lutter contre les VSS (violences sexistes et sexuelles). Nous pouvons d’ailleurs les croiser les 25 novembre lors des manifestations pour la Journée internationale pour l’élimination de la violence envers des femmes. Mais, il y a la théorie et la pratique. Dans la pratique, plusieurs de ces organisations et partis ont par le passé pris la défense d’agresseurs en leur sein, le PCF en tête, mais aussi Révolution permanente (RP), la Ligue de la jeunesse révolutionnaire (LJR), etc. Ici, nous sommes face à une situation encore plus complexe que celle de la lutte contre les agresseurs au sein même d’une organisation ou d’un parti. Ici, il s’agit de pouvoir agir contre la représentation d’artistes agresseurs lors d’un festival.

    Lors d’un festival où se produisent des artistes agresseurs, si une organisation communiste présente ne fait rien pour agir contre cette démonstration misogyne, alors elle démontre que sa ligne politique est celle du soutien silencieux au patriarcat. Ne rien faire contre une démonstration de misogynie, ce n’est pas qu’être lâche, c’est soutenir le patriarcat dans les faits.

    Nous n’affirmons pas que ces organisations auraient dû trouver le moyen de monter sur scène pour affronter physiquement les agresseurs (même si cela aurait été la meilleure option). Ce que nous affirmons, c’est qu’il était parfaitement possible d’agir, même de manière minimale, de mener des actions au moins symboliques en faisant preuve d’un peu de créativité : par exemple, diffuser une propagande sur place à travers des tracts, des prises de parole au mégaphone, des débats publics, etc. Les organisations communistes ont choisi de ne pas combattre et n’ont même pas apporté leur soutien aux femmes qui, elles, s’opposaient à ces agresseurs.

    Aujourd’hui, des agresseurs peuvent se produire devant des centaines de milliers de personnes à un festival « politique », ils peuvent porter plainte contre les féministes qui les dénoncent, et les organisations « révolutionnaires » ne font et ne disent rien. On peut se demander, alors, pourquoi ces organisations viennent-elles aux évènements féministes, pourquoi forment-elles des collectifs de femmes ?

    Le message envoyé aux femmes est clair : vous êtes seules. « On ne luttera pas pour vous, on ne fera pas d’effort pour vous, sauf au moment où cela servira directement nos intérêts d’appareil ».

    Parmi les causes de l’inaction des organisations et individus communistes, la domination patriarcale est la principale. Mais, à cela s’ajoutent d’autres raisons. Déjà, il est clair que la communication tardive des organisations féministes a eu pour conséquence que de nombreuses personnes n’étaient pas alertées de la situation, ou alors, l’ont appris trop tardivement pour planifier des actions. Nous pouvons aussi parler du phénomène d’apathie que l’on retrouve dans la gestion de toutes les situations de VSS, ou même, plus généralement, à la source de l’absence d’engagement révolutionnaire.

    La majorité de la population française vit dans un grand confort, elle n’est pas opposée à sa bourgeoisie, mais bien au contraire alliée à elle. Les privilèges des prolétaires de notre pays font d’elles et eux l’aristocratie ouvrière mondiale. Dans ce contexte, il est clair qu’une petite partie de la population seulement a intérêt à changer le monde. Cela a pour conséquence que l’engagement révolutionnaire reste marginal et celui de marginaux.

    De plus, l’aliénation est poussée à son paroxysme. Les individus sont isolés, seules et seuls. Il est très difficile de mettre le collectif avant soi et de risquer la perte du peu de personnes proches que l’on peut avoir.

    Peu de personnes s’engagent dans les organisations communistes, et la plupart le font pour quelques années seulement. Chaque camarade est une ressource rare que l’on ne peut se permettre de perdre. Ainsi, lorsqu’un cadre d’une organisation se révèle être un violeur, il est difficile d’agir contre lui, difficile de s’en priver, alors qu’il est facile de fermer les yeux, ou de trouver un moyen pour minimiser la gravité de l’agression.

    C’est ce qu’il s’est passé dans Jeunes révolutionnaires (JR) lorsque le fondateur de la section lyonnaise fut accusé de viol par son ex-conjointe, en 2021. Ce fut le déclencheur d’une scission au sein du mouvement, et donc de la création de la LJR. La victime, ainsi que la cadre qui a défendu la victime, furent réduites au silence. Des militantes et militants de JR communiquèrent leur colère sur les réseaux sociaux, mais JR ne fit aucune critique publique. Le Comité féminin populaire (CFP), lancé dans la foulée par la LJR, ne fit aucune autocritique publique non plus. Aujourd’hui, JR et LJR refusionnent sans qu’aucune autocritique n’ait été adressée au mouvement révolutionnaire. Le cadre en question, Camille Hostin, a quitté l’engagement révolutionnaire peu de temps après la scission et est aujourd’hui journaliste et multipropriétaire foncier.

    4 ans plus tard, plus personne ne parle de cette histoire, tout comme ce fut le cas après le viol d’une de nos camarades, en 2015, par un membre du Parti communiste maoïste (PCM) — dont JR est issu.

    Nous n’évoquons pas ces évènements passés pour attaquer gratuitement JR et LJR, qui sont aujourd’hui des organisations bien différentes de ce qu’elles étaient à l’époque de ceux-ci. Ces organisations, comme la plupart des organisations de jeunesse, connaissent un tel turnover que la grande majorité de leurs militantes et militants n’ont pas connaissance des faits qui remontent à plus de quelques années. Nous parlons de ces évènements passés parce que nous les avons connus de près, nous en connaissons les protagonistes, nous comprenons quels ont été les mécanismes qui ont amené des militantes et militants à protéger un violeur.

    Ces évènements se répètent constamment au sein du mouvement communiste et progressiste. Les victimes n’ont que peu d’espace pour s’exprimer, et même lorsque des procédures existent, elles ne sont pas toujours respectées, ou qu’à moitié. C’est ce qu’il s’est passé récemment au sein de la Jeunesse communiste (JC) indépendante1. Le 12 octobre 2025, les comptes Instagram et Twitter de la JC indépendante ont annoncé que la Jeunesse communiste des Bouches-du-Rhône (JC13) ne faisait plus partie de leur coordination nationale. La raison est simple : un membre de la JC13 faisait l’objet d’une enquête suite à des accusations de VSS, et la JC13 a refusé de le suspendre (c’est-à-dire de respecter la procédure nationale). Une section entière a préféré s’isoler des autres JC plutôt que de suspendre l’un de leurs membres. Une coordination entière a préféré exclure une section plutôt que de tolérer une telle défense du patriarcat.

    Nous pourrions continuer à décrire d’autres faits de VSS connus au sein du mouvement communiste et progressiste en France, mais nous voulons revenir à l’essentiel. Nous sommes bel et bien dans une guerre au cœur de nos propres rangs. Ce sont nos camarades femmes qui sont constamment attaquées, qui sont niées matériellement et idéologiquement dans leur individualité.

    On ne peut pas prétendre lutter contre les violeurs, mais ne rien faire lorsqu’on a l’occasion de lutter contre certains d’entre eux. Il faut être clair : lutter est facile, même à faible intensité, pour les choses auxquelles on croit. C’est facile d’agir lorsqu’on croit en ce qu’on fait. Comme pour beaucoup de choses, ce qui manque à l’action c’est l’envie d’agir. Ici on parle d’un festival qui réunit toute la gauche française, molle comme radicale, et pourtant il ne se passe rien.

    Les organisations communistes doivent être prêtes à faire des sacrifices afin de réussir à lutter dans cette situation concrète. Elles doivent être prêtes à exercer un pouvoir féministe sans craindre d’être « extrémistes ». Elles doivent redouter de ne pas en faire assez plus que d’en faire trop. Elles doivent assumer ce qu’exige concrètement le combat contre le patriarcat. Etc.

    À chaque fois qu’une femme est agressée par un homme, ce sont toutes les femmes qui sont agressées. Chaque acte isolé fait partie d’un phénomène de masse mondial de négation des femmes. Ces actes sont des actes violents, employés contre n’importe quelle femme, afin de maintenir la domination de tous les hommes sur toutes les femmes, c’est-à-dire afin de maintenir un pouvoir politique sur les femmes. Peu importe que les agresseurs en soient conscients ou non, ces actes sont bel et bien des actes terroristes, employés dans le cadre d’une guerre menée sur des millénaires.

    Dans le cas des agresseurs à la Fête de l’Huma, nous devons considérer leurs actes pour ce qu’ils sont : des actes terroristes. Les organisations sur place n’ont pas réagi parce qu’elles ne considèrent pas ces actes comme réellement terroristes. Elles ferment les yeux face à cette guerre, elles choisissent la facilité, elles choisissent de ne pas voir ce qui est devant leurs yeux.

    II. Le pouvoir féministe

    Nous avons besoin de tracer une ligne de démarcation claire entre nous et celles et ceux qui défendent le patriarcat.

    Cette ligne doit se réaliser dans la pratique et implique des mesures concrètes : une mobilisation visible lors des évènements culturels et politiques, des espaces dédiés pour les victimes d’agression (du même type que ceux qui furent mis en place par des collectifs féministes lors de la Fête de l’Huma), et une lutte contre la faiblesse idéologique qui mène à la défense de facto des agresseurs (par des compromis et même la réduction au silence des victimes et des féministes).

    La gauche radicale doit cesser de se contenter de débats numériques et de déclarations performatives : il faut des actions publiques et contraignantes. Des pancartes, des prises de parole sur scène, des blocages, des stands de dénonciation — toutes ces formes d’action sont nécessaires pour que la lutte féministe ait un impact sur le réel.

    Les VSS sont reléguées à la sphère privée, comme si elles n’avaient rien à voir avec la sphère publique. Or, lutter contre les VSS, c’est précisément briser cette frontière invisible entre le privé et le collectif, entre l’intime et le politique. C’est ce qui rend ce combat si difficile et si inconfortable pour nombre de militantes et de militants. Combattre les VSS, c’est accepter de mettre les mains dans le cambouis, de se confronter à nos propres contradictions pour mieux construire. C’est aussi interroger les rapports entre les individus, au sein de nos cercles proches comme dans nos organisations. Lutter contre les VSS, c’est comprendre et briser les mécanismes d’objectification et d’appropriation des femmes, à l’échelle individuelle et collective.

    Il nous faut le pouvoir féministe !

    Nous devons revenir sur la notion de pouvoir féministe. Le pouvoir féministe n’est pas un pouvoir féminin fantasmé. C’est un pouvoir concret, qui se construit, qui se gagne, au fur et à mesure de la lutte contre le patriarcat.

    Le pouvoir féministe est le pouvoir qui permet de soumettre le patriarcat. Ainsi, gagner le pouvoir féministe au sein d’une organisation communiste revient à soumettre le patriarcat au sein de cette organisation, et donc, soumettre les membres qui commettent des actes patriarcaux.

    Le pouvoir féministe est le pouvoir qui permet de faire grandir les femmes. Ainsi, gagner le pouvoir féministe au sein d’une organisation communiste revient à former des cadres femmes. Nous ne devons pas avoir une majorité de cadres femmes par soucis de mixité, ou parce que les femmes seraient par essence meilleures que les hommes, mais parce que nous aurons si bien formé les cadres femmes, en théorie et en pratique, politiquement et idéologiquement, qu’elles seront meilleures que la plupart des hommes — elles seront l’avant-garde de l’avant-garde.

    Cela demande à dépasser la première barrière que nous rencontrons chez la plupart des femmes : le sentiment d’illégitimité. Combien de fois avons-nous entendu des femmes nous dire qu’elles ne se sentaient pas assez formées, pas assez « bien », pour militer dans une organisation communiste ? Ce n’est pas un hasard. Ce sentiment n’est pas individuel : il est produit, entretenu, nourri par des structures militantes dominées par des comportements masculins, par un langage politique façonné par et pour les hommes. On peut parler de manque de formation, de manque de modèles féminins, mais la vérité c’est que tout est fait pour maintenir les femmes à distance, pour leur faire croire qu’elles n’ont pas leur place dans le mouvement communiste. Le milieu militant reproduit les mêmes rapports de domination que ceux qu’il prétend combattre.

    Mais, ce que nous devons changer est l’élément principal de la contradiction Homme-Femme : la Femme. Les femmes ne se sentent pas légitimes parce qu’elles sont des femmes : apprendre à être une femme c’est apprendre à accepter la domination, apprendre à se soumettre, apprendre à croire qu’on est moins bien que les hommes ! Les femmes sont toujours perçues et se perçoivent comme moins intelligentes, moins fortes, moins fiables, etc., que les hommes.

    Nous devons alors aborder la question du conditionnement continu des femmes depuis l’enfance qui continue tout au long de leur vie2. Nous parlons de généralité et de moyenne, non de cas spécifiques3.

    Les petites filles apprennent à prendre soin des autres. Leur sphère d’action se limite très vite au foyer, leur rapport aux autres se limite très vite à la servitude envers l’autre (relation à sens unique). Leurs jeux et sports sont limités dans l’espace (marelle, danse, etc.). Leur temps est limité, leur espace, contrôlé. Elles ne sont pas encouragées à avoir de « vraies passions », mais à s’objectifier (maquillage, vêtements, etc.). Les petites filles apprennent à être des poupées sages, des princesses enfermées dans leur château, etc., sans aucun pouvoir d’action sur le monde.

    Les petits garçons apprennent la coopération et le conflit. Leur sphère d’action est dans l’espace public, leur rapport aux autres est fait de relations à double sens (que ce soit dans l’agression ou la collaboration). Leurs jeux et sports sont dans de grands espaces (foot, basket, etc.). Leur temps disponible est long, leur espace, peu contrôlé. Ils sont encouragés à développer des passions et à être des sujets. Les petits garçons apprennent à être des entrepreneurs audacieux, des chevaliers héroïques, etc., avec un pouvoir d’action sur le monde.

    À l’âge adulte, ce conditionnement continu. Les femmes sont des objets appropriés collectivement (par la société) et individuellement (par la famille et les amis). Elles sont confinées dans l’espace et dans leurs comportements, que ce soit par leur manière de se tenir (jambes serrées, posture de repli, etc.) ou de parler (faible niveau sonore, interventions courtes, etc.). La transformation de leur corps accapare un temps et une énergie considérable (épilation, maquillage, régime, etc.). Les femmes ne s’autorisent pas de temps pour elles, et ne sont pas autorisées à en avoir. Les femmes développent une solidarité avec certaines femmes, mais pas de sororité générale. Elles ont une présence limitée dans l’espace public, ce qui rend plus difficiles les rencontres et l’organisation collective.

    Les hommes sont des sujets individuels et libres. Ils sont acteurs au sein de l’espace public. Ils prennent de l’espace, ils parlent fort, longtemps. Ils sont autorisés à prendre peu soin d’eux, et sont considérés comme étant naturellement beaux (pilosité, visage non maquillé, rides, etc.). Les hommes disposent de beaucoup de temps, donc ils ont des passions et peuvent exceller dans des domaines peu productifs (pratique du skateboard, soutien fanatique d’un club de football, fabrication de figurines, apprentissage du lore d’œuvres de fictions, exercice dans un groupe de musique amateur, etc.). Ils développent très facilement une coopération entre hommes, ou une conflictualité. Ils agissent sur le monde.

    Quel impact vis-à-vis de l’engagement communiste ?

    Les femmes pensent qu’elles n’ont pas de pouvoir d’action sur le monde. Elles n’ont de toute façon pas le temps de s’engager dans des activités risquant de leur être de peu d’utilité, et ne peuvent pas développer de passion pour la théorie communiste (pas comme le font les hommes). Passé 25 ans, les femmes n’ont pas le temps de militer, d’autant plus lorsqu’elles ont des enfants (ou un homme) à charge. Les femmes ne sont pas habituées à prendre de la place, à s’exprimer longtemps et fort. Lorsqu’elles militent elles restent souvent confinées à des rôles organisationnels et « maternels » peu valorisés par le collectif. Elles sont exclues de tout un pan de la camaraderie masculine (qui passe beaucoup par les contacts physiques répétés), et ne savent pas développer une sororité. Elles n’ont pas accès à la violence, ne veulent pas y avoir accès, et ne veulent pas prendre le pouvoir. Sans développement d’une sororité les femmes sont seules.

    Les hommes, eux, sont persuadés d’avoir un pouvoir d’action sur le monde. Ils ont le temps et l’énergie de militer, peu importe le succès ou l’échec de l’entreprise, et peuvent développer facilement une passion obsessionnelle pour la théorie communiste. La plupart d’entre eux quittent le militantisme passé 25 ou 30 ans, bien que ce ne soit pas par manque de temps, mais par lassitude ou fatigue. Les hommes ont l’habitude d’imposer leur présence, de maîtriser le conflit (généralement via la concurrence verbale), de prendre la parole longtemps et fort, de faire du bruit lors des moments collectifs. Lorsqu’ils militent, ils prennent des rôles de porte-parole, de théoricien, etc., valorisés par le collectif. Lorsqu’ils prennent des tâches « féminines », ils sont alors davantage valorisés par le collectif que ne le sont les femmes. Ils construisent rapidement une camaraderie forte (bien qu’elle soit sentimentalement superficielle) et créent un climat viriliste via leurs comportements entre eux (comme dit précédemment par le contact physique rapproché et répété) et envers les femmes (exclusion d’un pan de la camaraderie). Ils ont accès à la violence et veulent prendre le pouvoir (dans l’organisation, dans le mouvement communiste, dans la société). Les hommes considèrent les femmes comme « différentes » dans le sens où elles ne sont pas le général (la masculinité), et donc pas totalement des camarades. Les hommes isolent les femmes.

    La dévotion et l’engagement des femmes dans la lutte révolutionnaire sont difficiles à atteindre parce que cela implique la négation de tout le conditionnement social qu’elles ont vécu. Là où les hommes sont encouragés à avoir des passions, et ne subissent que peu de conséquences pour leurs actes, les femmes sont limitées dans leurs désirs et apprennent à n’être rien, à ne pas agir sur la réalité, à ne pas être une personne à part entière, à être un objet. Elles sont différentes de la norme, la norme étant l’Homme.

    Un homme aura des facilités à s’engager : le communisme est une passion, l’utilisation de la violence est apprise dès l’enfance (elle les définit en partie), et ils n’ont que partiellement conscience des conséquences de leurs actes. Une femme aura du mal à s’engager : le communisme est un monde de connaissances inaccessible, la violence est prohibée, exister leur est interdit.

    On entend souvent l’expression « se réapproprier son corps ». Mais, si on cherche à se réapproprier notre corps c’est parce qu’il y a appropriation en premier lieu. Il y a appropriation par un homme, par des hommes, par la société patriarcale, à travers les rapports sociaux. S’il y a objectification des femmes, cela implique qu’il y ait des sujets qui objectifient : les femmes elles-mêmes (intériorisation de la qualité d’objet, de non-être, de non-individu, d’être en dehors de la norme) et les hommes.

    Sans changements des rapports sociaux, impossible de sortir de l’objectification et impossible de se réapproprier son corps. Les femmes doivent travailler à combattre l’intériorisation de ces phénomènes, individuellement et collectivement. Cela passe par ne plus se montrer (dans l’apparence physique et le comportement) comme des objets. Cela veut dire que l’on doit s’imposer, s’affirmer, exister, décider.

    Les femmes comme les hommes doivent modifier leurs comportements, et c’est par la dévotion totale à la lutte pour la transformation du monde qu’elles et ils peuvent réussir à se transformer. Mais, les femmes doivent malheureusement parcourir un chemin plus long, plus ardu, que ce soit pendant leur engagement au sein de l’organisation, mais également (et surtout) avant leur engagement ! Il n’est pas possible de s’engager si l’on est paralysée par les éléments cités ci-dessus.

    La violence est l’un des outils pouvant jouer dans la désobjectification. Lorsque les femmes apprennent à utiliser et utilisent la violence, elles comprennent qu’elles peuvent agir sur le monde et qu’elles peuvent conquérir l’espace public ! Rien qu’en portant des armes sur elles (nous parlons ici d’outils simples tels que les gazeuses ou les matraques télescopiques), elles comprennent, ressentent, leur capacité à agir et à dominer.

    Lorsqu’une femme s’engage, c’est qu’elle a parcouru un chemin bien plus long qu’un homme. Quant à un homme, il a un travail de transformation plus long à parcourir lorsqu’il est dans l’organisation, afin de sortir du monde des apparences superficielles (le virilisme).

    Bien évidemment, les femmes et les hommes se transforment au sein de l’organisation. Mais, l’engagement des femmes est bien plus réfléchi et travaillé en amont que celui des hommes.

    Pour revenir au sujet initial de la lutte contre les VSS, nous devons regarder la réalité en face. Au sein de nos organisations, certains hommes vont nous trahir et vont trahir la cause communiste dans son ensemble. Pour lutter contre ces hommes au sein d’une organisation, il est nécessaire non seulement que tous les hommes et toutes les femmes soient formés aux théories féministes, mais surtout, que soit mise en place une organisation féministe forte. Cela consiste à avoir un espace où les femmes peuvent partager entre elles leurs observations, peuvent se soutenir les unes les autres, peuvent agir, peuvent instaurer une terreur féministe.

    Cette terreur féministe n’est pas un frein à la camaraderie entre hommes et femmes, bien au contraire ! C’est en reconnaissant l’existence du rapport de force entre hommes et femmes que nous pouvons lutter pour le renverser. C’est en créant une camaraderie forte entre femmes qu’il est possible de créer une camaraderie forte entre hommes et femmes. C’est en reconnaissant la mise à l’écart des femmes, par les hommes, de l’espace de camaraderie, qu’il devient possible de créer un réel espace de camaraderie commun.

    L’isolement des femmes par les hommes passe par des comportements quotidiens parfois difficiles à identifier puisque pris isolément les uns des autres. Ce sont des éléments de langage, des gestes, une manière de se tenir dans l’espace, de regarder l’autre, etc. Il est souvent difficile pour les femmes évoluant dans le mouvement communiste, isolées les unes des autres, d’analyser ces comportements pour les comprendre. Seul reste un sentiment vague de décalage avec le reste du groupe. Cette mise à l’écart collective des femmes est une forme de violence constante et généralisée. Non seulement elle est un facteur de désengagement, mais surtout, elle pose la base sur laquelle se reposent les autres formes de violence.

    Il n’est pas possible de créer des liens de camaraderie entre hommes et femmes tant que la domination des hommes sur les femmes est laissée intacte. Toutes les formes de domination masculine au sein de l’organisation doivent être combattues, peu importe leur niveau de gravité. Le niveau de gravité détermine seulement l’ampleur des moyens mis en œuvre dans cette lutte.

    Aujourd’hui, beaucoup de femmes abandonnent leur investissement révolutionnaire parce qu’elles sont épuisées par les comportements patriarcaux, les VSS en tête. Bien qu’il soit positif que les femmes prennent en main la répression contre les hommes, trop souvent ce sont elles qui doivent mettre en place des protocoles longs et contraignants pour elles-mêmes, puis, qui doivent prendre en charge le soutien aux victimes, et qui doivent encadrer la transformation des hommes. Au final, les agressions sexuelles sont tellement courantes dans le milieu militant, que certaines femmes ne font plus que travailler à la gestion des VSS. Nous perdons des femmes communistes à cause des hommes agresseurs, même lorsque ce ne sont pas elles qui sont agressées.

    Les femmes communistes doivent créer un espace de sororité qui ne soit pas superficiel. Cet espace doit permettre la création d’une camaraderie entre femmes, l’analyse des comportements des camarades masculins, la mise en place d’un espace de formation féministe et communiste, la mise en place d’une pratique féministe, etc. Cet espace est l’élément essentiel au développement de cadres femmes, et au développement de la camaraderie entre hommes et femmes de l’organisation communiste.

    Répétons-le, on ne peut pas transformer les rapports sociaux entre hommes et femmes sans changer les rapports sociaux du monde entier, et donc, sans prise du pouvoir du « camp » des femmes. Mais, on peut déjà agir sur les rapports sociaux au sein même de groupes réduits, tels que les organisations communistes. Bien que nécessairement imparfait, ce travail doit être mené, et considéré comme l’une des tâches les plus importantes de l’organisation.

    Conclusion

    Lorsqu’on parle des attaques envers les femmes, la réaction spontanée est une sous-réaction. Pourtant, chaque agression contre une femme est un acte terroriste faisant partie d’une guerre prolongée de plusieurs millénaires. Ne pas comprendre ça, c’est être aveugle à la réalité concrète de l’oppression patriarcale. Dans cette guerre, les révolutionnaires doivent agir selon leurs forces, mais l’inaction n’est pas une option.

    Cette problématique demande le développement d’une théorie et d’une pratique avancées. La situation particulière à la Fête de l’Huma est représentative d’une situation générale. Elle montre qu’il est nécessaire de mener à la fois une lutte de ligne au sein du mouvement communiste pour le féminisme, et une lutte de ligne au sein du mouvement féministe pour le communisme.

    La lutte de ligne au sein du mouvement communiste pour le féminisme est principale, parce que seul un mouvement communiste féministe fort pourra prendre la direction du mouvement féministe. C’est-à-dire que seul un mouvement communiste féministe fort pourra vaincre la direction bourgeoise, l’hégémonie bourgeoise, au sein du mouvement féministe.

    Pour nous, cet évènement est une énième démonstration que notre ligne est juste : impossible de lutter contre le patriarcat en refusant la radicalité. Nous avons besoin de la dictature féministe ! Nous avons besoin de femmes communistes et féministes !

    « Nous pouvons définir la “lutte des femmes” comme la lutte des femmes principalement prolétaires, secondairement femmes ; et le “féminisme” comme la lutte des femmes principalement femmes — les femmes en lutte contre les hommes. Nos camarades féministes sont communistes parce que pour se libérer du patriarcat, il faut se libérer du capitalisme. Assumer cette position nous met forcément en rupture avec le mouvement communiste, puisque même si nous savons que la contradiction principale dans la société française est celle entre Travail et Capital, nous défendons que les femmes doivent aussi lutter principalement pour la Femme. Nous pensons que cette position permet de faire avancer le mouvement communiste dans son ensemble, parce qu’elle permet d’aller dans le sens de l’Histoire, de sortir de la réaction, et parce qu’elle permet de renforcer l’engagement des femmes communistes. Les femmes féministes communistes s’engagent plus intensément dans la lutte des classes et dans leur développement en tant que cadres communistes que si elles restaient dans un rôle genré, soumises à la domination masculine. Notre ligne féministe répond à des besoins concrets mis en évidence par la pratique. Nous avons besoin de femmes formées et combatives pour construire le Parti, nous avons besoin que des femmes soient recrutées, qu’elles soient déterminées à lutter, qu’elles soient convaincues qu’elles se libéreront du Capital et du patriarcat, qu’elles mettent leur vie en jeu pour la libération de l’humanité entière, pour la transformation du monde4 ».

    1 Dans l’année 2025, plusieurs sections du Mouvement desjeunes communistes de France (MJCF) ont décidé de quitter le mouvement, et ont fondé leur propre coordination nationale, la Jeunesse communiste.

    2 La socialisation des femmes cisgenre dans l’enfance fait d’elles des femmes. Mais les femmes transgenres sont bien matériellement des femmes et sont elles aussi conditionnées à accepter la domination patriarcale. La lutte pour ne plus correspondre au rôle social de femme, rôle de soumission, doit être menée par toutes les femmes (cisgenres comme transgenres, en prenant en compte les contradictions particulières qu’elles vivent).

    3 Pour aller plus loin, nous conseillons la lecture de C. Guillaumin, « Le corps construit », Sexe, Race et Pratique du pouvoir — L’idée de Nature, 1992. À l’adresse :

    https://infokiosques.net/spip.php?page=lire&id_article=1618

    4 « Dictature féministe », Unité communiste, 25 novembre 2024.

  • Sortir de l’individu — les violences sexuelles

    Ce texte se concentre sur les pays du centre impérialiste, particulièrement sur la France.

    Aucune organisation communiste ne peut totalement éviter qu’un agresseur rejoigne ses rangs, ou qu’un de ses membres ne devienne un agresseur. Cependant, grâce aux progrès amenés par les luttes féministes, aucune organisation ne peut actuellement ignorer les agressions en son sein, ou au sein des autres organisations. Les victimes s’expriment et dénoncent. Elles sont toujours trop peu soutenues, mais suffisamment soutenues pour pouvoir parler. Les choses évoluent : des vidéastes et des stars de télévision sont dénoncés et écartés de certains milieux, l’Abbé Pierre est répudié à titre posthume, l’Académie des César annonce suspendre, voire exclure, tout membre mis en cause par la justice pour violences sexistes ou sexuelles, et l’histoire de Gisèle Pelicot a eu un impact mondial — les exemples montrant une évolution ne manquent pas. Les luttes spontanées des femmes ont permis de toucher les masses, qui n’acceptent plus certains comportements. Cette transformation se traduit également par une montée de l’agressivité du camp de la défense patriarcale — la contradiction Homme-Femme s’intensifie à mesure que la Femme gagne du terrain, le patriarcat se défend.

    Cependant, la plupart des organisations communistes se contentent d’être à l’arrière-garde de cette lutte, et payent leur faible niveau vis-à-vis de la théorie et de la pratique féministe en ne protégeant pas suffisamment les victimes, et en protégeant trop souvent les agresseurs. Actuellement, l’une des principales causes de crise interne des organisations communistes françaises est la mauvaise prise en charge d’une situation impliquant une violence patriarcale.

    Nous nous intéresserons ici aux organisations ayant échoué à lutter contre les violences sexuelles, et donc, ayant échoué à lutter contre l’une des pires expressions du patriarcat.

    Souvent le même schéma se met en place : l’agresseur nie les accusations de violence sexuelle et l’organisation réagit de la même manière que la justice bourgeoise, c’est à dire, en demandant des preuves à la victime. Pourtant, il est impossible de fournir des preuves de ce type de violences, puisqu’elles ont lieu dans un contexte privé, sans témoin et sans traces.

    La victime aurait-elle donc dû se tourner immédiatement vers les forces de police afin de subir un examen médical et un interrogatoire humiliants ? L’appel à la justice bourgeoise lui aurait été reproché en prétextant une mise en danger de l’organisation ou une infraction au principe du centralisme démocratique. Et c’est en effet le cas puisque, outre le fait que la justice bourgeoise soit incapable de traiter les cas de violences sexuelles, une enquête expose l’organisation à la répression policière.

    Il n’existe aucune manière de prouver un viol !

    La défense de l’agresseur passe souvent par des attaques envers la victime. Tout est fait pour briser son image, la faire passer pour une personne manipulatrice, ou une aguicheuse ayant un comportement de « salope ». Pire, elle, et les femmes qui la soutiennent, sont accusées d’être des féministes radicales cherchant à détruire toute l’organisation.

    La défense de l’agresseur peut aussi passer par une ligne superficiellement progressiste. C’est-à-dire que certaines organisations partent du principe qu’il y aura toujours des hommes agresseurs, et que ne pas les réhabiliter, qu’être trop radical avec eux, serait se couper d’une partie de la classe ouvrière. Cette ligne politique est un non-sens puisque tous les hommes ne sont pas des violeurs — tous les hommes ont des comportements patriarcaux mais cela ne veut pas dire qu’ils sont tous des agresseurs — et que la plupart des hommes communistes ne veulent pas défendre des violeurs. Également, ce serait oublier que la classe ouvrière est composée… de femmes. Est-ce que les femmes s’engageront dans des organisations communistes, généralement à majorité masculine, alors que ces organisations assument avoir des membres ayant commis des violences sexuelles ? Enfin, les masses qui expriment une colère légitime contre les agresseurs sexuels n’auront jamais confiance en une organisation communiste protégeant des agresseurs. La classe ouvrière des pays impérialistes elle-même ne souhaite pas la réhabilitation des agresseurs. Ces organisations se mettent à dos une partie du prolétariat en refusant d’agir avec force et justesse, en refusant de développer et d’appliquer leur pouvoir anti-patriarcal.

    Nous pourrions décrire d’autres exemples de défense systématique des agresseurs. Mais, ces organisations font également des erreurs par manque d’expérience et ces erreurs sont graves puisqu’elles détruisent des vies. Pourtant, ces organisations ont au moins l’occasion de pouvoir tirer des leçons de leurs échecs afin de mettre en place des mesures qui fonctionneront dans l’avenir. Mais souvent, même les organisations prétextant s’être autocritiquées sur cette question ont tendance à commettre à nouveau les mêmes erreurs.

    Lorsque les organisations communistes gèrent les affaires de violences sexuelles en ne se concentrant que sur l’agresseur, sur l’avenir de l’agresseur et non sur l’avenir de l’organisation, alors elles oublient leur rôle de construction du Parti et de formation de cadres communistes.

    De quoi a besoin l’organisation ? De quoi ont besoin les cadres communistes en formation ? De quoi a besoin le mouvement communiste ?

    Deux choses sont importantes : trouver la ligne politique juste et appliquer cette ligne ; former des cadres communistes et participer à la reconstruction du mouvement communiste.

    Concernant les violences sexuelles et toutes les violences patriarcales la ligne juste est celle du combat contre ces violences.

    Comment combattre ?

    D’abord, en préparant la lutte, c’est à dire en créant une camaraderie forte permettant l’expression et le soutien des victimes et en formant les camarades à lutter contre les violences patriarcales. Puis, en combattant les agresseurs.

    Comment former des cadres communistes et contribuer à la reconstruction du mouvement communiste ?

    En trouvant et appliquant la ligne féministe juste et en développant la théorie et la pratique féministe. Il s’agit donc de prendre au sérieux le problème en amont, c’est-à-dire de former les femmes et les hommes mais également de construire un espace de travail théorique et pratique sur cette question ! C’est d’ailleurs l’un des intérêts à construire une organisation féministe au sein d’une organisation communiste.

    Lorsqu’une victime dénonce un agresseur, l’organisation a pour tâche d’appliquer la théorie de la lutte contre la violence patriarcale. L’heure n’est donc pas à la bienveillance envers l’agresseur, mais à l’application du pouvoir anti-patriarcal.

    La pratique de la lutte contre les agresseurs s’arrête souvent à la simple exclusion. Certaines organisations se perdent dans des tentatives de réhabilitation. Elles ne retiennent de l’échec de la justice bourgeoise que l’échec de la répression. Nous pensons que les communistes des centres impérialistes sont lâches. La plupart sont enthousiastes lorsqu’ils voient les maoïstes indiens mettre à mort des violeurs, pourtant, ici, ils n’imaginent pas faire plus que d’exclure les agresseurs du milieu militant — milieu généralement déserté après quelques années d’engagement. Il n’y a aucun développement de la lutte féministe, il n’y a qu’une fuite du problème.

    Ces organisations communistes invoquent parfois la peur de la répression afin de justifier l’absence de l’utilisation de la violence anti-patriarcale. Pourtant, cette excuse de la peur de la répression policière ne tient pas dans le cas de la lutte antifasciste. Pourquoi ? En pratique, ces communistes montrent que pour eux, il est pire d’être dans un groupuscule fasciste que de trahir la cause communiste en détruisant une femme.

    Ces communistes sont lâches et fainéants. Ils ne veulent pas appliquer leur théorie révolutionnaire, parce qu’ils n’y croient pas. Ils sont pourris par la corruption capitaliste et patriarcale. Si ces « révolutionnaires » ont peur de casser les genoux d’hommes ayant fait autant de mal à des femmes, à des camarades, à l’organisation et à tout le mouvement communiste, alors, comment comptent-ils faire la guerre de classe ?

    Quoi qu’il en soit, dans tous les exemples cités, une chose saute aux yeux : ces organisations ne défendent qu’elles-mêmes et ne prennent en compte dans leur analyse que la survie immédiate de leur organisation et que certains individus (la victime, l’agresseur, l’entourage). Est-ce digne d’une organisation communiste ? Ce que ces organisations ne comprennent pas, c’est que leur existence n’a pas d’importance. Ce qui importe, c’est l’impact que l’organisation a sur le réel. Ce qui importe, c’est le collectif, c’est toute la classe, à travers le monde et l’Histoire.

    Lorsqu’une victime accuse une organisation d’avoir un agresseur sexuel dans ses rangs, alors l’organisation doit abandonner l’idée de se défendre, puisqu’elle doit appliquer une ligne politique qui défend la Femme, c’est à dire qui défend toutes les femmes. Pas uniquement les victimes, pas uniquement les femmes de l’organisation, mais toutes les femmes, ici, maintenant, partout, demain.

    La « vérité » subjective n’est pas importante, ce qui est important c’est de trouver et d’appliquer la ligne juste — et la ligne juste ne sera jamais celle qui ne prend en compte que le petit groupe, mais celle qui prend en compte l’humanité entière. Ce n’est pas important de défendre la « vérité » de l’agresseur toujours considéré comme un camarade, ce n’est pas important de défendre la « vérité » de l’organisation. Ce qui est important c’est de lutter contre le patriarcat et de montrer dans la pratique qu’on lutte contre le patriarcat.

    Il est normal que les individus de ces organisations se sentent « attaqués » par des accusations de violences sexuelles, qu’ils et qu’elles aient peur de la destruction de ce qu’ils et elles construisent, qu’ils et elles soient persuadés que les tentatives de défense des victimes sont une attaque contre eux et elles. Ces sentiments sont normaux et font partie de l’aliénation capitaliste.

    Mais, qu’est-ce qu’une vie devant l’Histoire ? Qu’est-ce qu’un individu devant l’ensemble de l’humanité ? Qu’est-ce qu’une organisation devant toutes les organisations et Partis qui existaient, qui existent et qui existeront ?

    La réaction de ces organisations est celle des individus qui la composent (généralement celle de la direction), c’est-à-dire celle d’individus aliénés. Le capitalisme est le mode de production où l’individu est complètement déconnecté du collectif et de la nature. Par exemple, Marx1 explique que dans la Rome antique l’être humain est lié à la commune, il a une terre parce qu’il appartient à la commune, et cette terre est vue par lui comme condition première de son travail, comme prolongement de son corps. Ce rapport de l’humain à la commune, à la nature et au travail est similaire à tous les modes de production précapitalistes de classe. Mais, au cours du processus historique de progression vers le capitalisme, du processus historique de dissolution des anciens modes de production, l’être humain s’individualise.

    « Dans la société bourgeoise le travailleur est purement sujet, sans objet ; mais la chose qui lui fait face est devenue la véritable communauté : il cherche à la dévorer, mais c’est elle qui le dévore. »

    Au sein des pays du centre impérialiste, le pourrissement de l’impérialisme va de pair avec une aliénation jamais égalée. Nos esprits sont tués, nous sommes coupés du collectif, même la famille nucléaire est brisée, même les amitiés sont brisées, les relations sont superficielles. C’est la totale solitude qui crée le manque total de sens. Le vide ronge les esprits, certaines et certains ne tiennent debout que grâce à la sérotonine artificielle — en France un cinquième des « jeunes » sont dépressifs — voire s’imaginent « incarner » ce vide.2

    L’une des tâches des communistes est de libérer les individus de l’individualisme. L’esprit clanique qui règne dans les organisations et le traitement des violences sexuelles qui ne prend en compte que les individus sont des expressions de l’aliénation individualiste.

    La ligne juste concernant les agressions sexuelles, c’est-à-dire celle qui sort du point de vue des individus et de l’organisation (du « clan »), est celle qui doit être appliquée à la plupart des problèmes auxquels sont confrontées les organisations communistes des pays du centre impérialiste. Sortir de l’individu sur les questions relevant de la lutte anti-patriarcale permet de travailler à atteindre un développement supérieur de l’organisation et des cadres, non seulement sur les questions féministes, mais en général.

    Que veut dire être communiste ?

    Être communiste c’est construire l’unité communiste, c’est lutter afin que le collectif, pas uniquement celui de l’organisation mais tout le collectif, soit fusionné, et soit plus important que l’individu. C’est se dissoudre dans le collectif, dans le feu de la lutte, et devenir un individu libéré de l’aliénation individualiste, libéré de la solitude. Jusqu’au jour où, dans le communisme, nous aurons une connexion supérieure à la nature et au collectif.

    1 K. Marx, Formes antérieures à la production capitaliste, 1858.

    2 Au-delà de ce chiffre : « La dépression est une maladie très répandue : elle touche environ 280 millions de personnes dans le monde et l’Inserm estime à 20 % la part de la population française qui souffre au moins une fois dans sa vie de cette affection. » (« Tout savoir sur la dépression », Fondation pour la recherche médicale.)

  • Dictature féministe

    Le slogan de notre dernier visuel, « Dictature féministe », défend un projet concret tout autant dans la continuité du marxisme — une étape de la résolution de la contradiction entre l’Homme et la Femme — que dans la rupture avec le mouvement communiste, et particulièrement avec la culture viriliste du milieu militant français. Dans ce texte, la contradiction entre l’Homme et la Femme doit être comprise comme étant synonyme de la domination patriarcale (chez les féministes), ou de la structure de la famille (chez Engels). Ce que nous désignons comme l’Homme et la Femme est une description de la construction sociale du genre.

    1. Continuité avec le marxisme

    A. Le féminisme est bourgeois

    L’une des raisons pour lesquelles les communistes ne se revendiquent pas du féminisme est que le féminisme est bourgeois — le féminisme défend toutes les femmes peu importe leur classe. Pourtant, qu’une lutte ou une idéologie soit bourgeoise ou non ne fait pas d’elle une lutte négligeable. Ceci est évident lorsqu’on parle des luttes de libération nationale1, mais ça l’est moins lorsqu’on parle de défendre les intérêts politiques des femmes, et donc, de s’attaquer aux privilèges des hommes (y compris des hommes prolétaires). Par exemple, dans le cas d’un pays colonial ou semi-colonial, et donc dans le cas des luttes de libération nationale, la contradiction principale est entre le peuple dominé et l’impérialisme, la contradiction entre prolétariat et bourgeoisie est secondaire. Pour pouvoir avoir une révolution prolétarienne, il faut d’abord une révolution démocratique, une phase de développement des tâches démocratiques, donc bourgeoises — c’est la révolution continue par étape de Lénine. Dans un pays du centre impérialiste, la contradiction principale est entre prolétariat et bourgeoisie, la contradiction entre l’Homme et la Femme est secondaire.

    Lorsqu’on dit qu’une contradiction est principale, il faut comprendre de quel phénomène on parle, parce qu’une contradiction principale est le principal déterminant d’un phénomène particulier. Une contradiction est principale dans un lieu et à un moment donné, une échelle temporelle et spatiale particulière.

    Dans les pays impérialistes la contradiction principale est entre Travail et Capital, donc pour les femmes des pays impérialistes la contradiction principale est entre Travail et Capital. Mais à des millions de moments dans la vie d’une femme, dans chacune de ses interactions avec les hommes, la contradiction principale qui détermine ces interactions hommes-femmes est la contradiction Homme-Femme. Lorsque nous parlons de la vie quotidienne d’une femme, nous changeons le lieu et la temporalité de notre analyse. Par exemple, lorsqu’une femme marche dans la rue et croise un groupe d’hommes, ce qui conditionne son avenir immédiat n’est pas sa classe, mais son genre. Lorsqu’une femme est agressée sexuellement par son patron sur son lieu de travail ce n’est pas à cause de sa classe mais de son genre. Ainsi, même si pour toutes les femmes, et pour une femme sur toute sa vie, la contradiction principale est toujours la contradiction Capital-Travail, dans sa vie quotidienne la contradiction principale est la contradiction Homme-Femme, le déterminant principal est la violence patriarcale.

    Nous parlons uniquement des femmes du centre impérialiste pour deux raisons. Premièrement, l’aristocratisation de la classe ouvrière des centres impérialistes atténue la violence ressentie de la contradiction Capital-Travail. Deuxièmement, dans les centres impérialistes l’avancée des droits démocratiques pour les femmes, l’égalité juridique, montrent que la violence du patriarcat est plus profonde que ce que croient les communistes. La violence des hommes sur les femmes a pour objectif de leur rappeler leur place dans les rapports de production : peu importe l’égalité juridique, les femmes sont toujours inférieures et exploitées pour leur travail reproductif domestique gratuit. De plus, cette égalité juridique rend la résistance de l’Homme encore plus violente : c’est l’émergence du mouvement masculiniste.

    Pour pouvoir participer à la lutte des classes, pour pouvoir militer dans une organisation communiste, une femme doit être féministe et communiste. Il n’est pas correct de voir les choses de manière unilatérale et de développer un aspect sans l’autre, de devenir communiste sans être féministe. L’unilatéralisme est toujours entre deux aspects d’une contradiction, nous parlons ici de la contradiction entre libération des femmes et libération du prolétariat. Une femme communiste qui n’est pas féministe finira par se faire rattraper par la contradiction Homme-Femme. Une femme féministe qui n’est pas communiste se fera rattraper par la contradiction de classe — et ne pourra pas changer le monde.

    Plus généralement, le féminisme sans lutte des classes est voué à l’échec puisque le capitalisme s’appuie sur le patriarcat. Les féministes bourgeoises finiront forcément par arriver à une limite où elles verront que les intérêts des femmes dans leur ensemble et du capitalisme ne sont pas compatibles. Ainsi, il n’est pas possible que les féministes se perdent dans la défense du capitalisme sans sacrifier le féminisme lui-même. Mais certaines le feront. Nous pouvons prendre un exemple extrême : celui du groupe « féministe » d’extrême droite Némésis. Leur propagande s’est faite sur la lutte contre l’immigration, en s’appuyant sur le féminisme, plus précisément en luttant contre le harcèlement de rue, les violences sexistes et sexuelles (VSS), le slut shaming, etc. Pourtant, elles défendent actuellement le devoir de procréation pour les femmes blanches, allant donc vers des lignes les plus réactionnaires qui soit pour les femmes, en les enchaînant à un rôle de procréatrices. Ces femmes d’extrême droite défendent leurs idées réactionnaires avant de défendre les femmes. Les mouvements féministes principalement bourgeois ne peuvent que finir de la même manière, en défendant la bourgeoisie avant les femmes.

    Les communistes se bornent à ne voir la libération de la femme que par la socialisation de la production, par l’accès des femmes à la participation à cette production et à la socialisation du travail domestique. Cette analyse est aujourd’hui arriérée — la lutte pour la libération de la femme doit être aussi une lutte politique — mais sans cette socialisation de la production, le patriarcat ne peut pas non plus être renversé. Le patriarcat est reproduit matériellement par le mode de production capitaliste. Si les femmes sont dépendantes économiquement des hommes, comment pourraient-elles lutter pour des droits politiques ? Le féminisme doit converger vers la lutte des classes, vers une ligne prolétarienne.

    Dans les pays impérialistes les droits démocratiques (juridiques et économiques) des femmes ont progressé. Aujourd’hui en France, presque la moitié des travailleurs sont des travailleuses, les femmes ont accès aux études, au vote, à l’indépendance financière, etc. Une division économique existe toujours, ainsi qu’une division dans le travail domestique. Mais les femmes ont accès à la production sociale, elles sont des prolétaires. Pourtant il est évident que cet accès à la production ne diminue pas la violence patriarcale : harcèlement de rue, harcèlement au travail, viol, féminicides, etc., ne sont que des rappels que la place de la Femme est au sein du foyer — de la sphère privée et non publique. Même sous les dictatures du prolétariat passées, l’avancée de l’égalité juridique et économique a permis une progression de la lutte des femmes, mais le patriarcat était toujours omniprésent.

    La lutte des classes ne peut se passer du féminisme. Tous les mouvements révolutionnaires communistes, ou proches des communistes, ont vu se développer des mouvements de femmes et une mobilisation des femmes. Que ce soit du point de vue militaire, civil, ou théorique. La lutte des classes nécessite la mobilisation du prolétariat, et surtout des femmes prolétaires. Les femmes prolétaires sont le cœur de la lutte des classes, ce sont elles qui organisent et qui pensent le collectif. Que ce soit pendant la révolution ou pendant la dictature du prolétariat, la mobilisation des femmes est une nécessité. L’un des exemples moderne frappant est bien évidemment celui de la lutte des femmes au Rojava, où les guérillas de femmes sont non seulement un avantage militaire, mais également politique, parce que le mouvement des femmes est celui qui est le plus progressiste — les femmes ont davantage intérêt à la transformation du monde.

    La lutte des classes a besoin de femmes révolutionnaires émancipées, formées, conscientes de la nécessité de changer le monde. Les femmes révolutionnaires ont besoin d’un espace de camaraderie sain, et donc de règles de discipline féministes imposées aux femmes et aux hommes.

    B. En quoi la dictature féministe est-elle fidèle à l’orthodoxie marxiste ?

    Lorsque nous voulons changer la société, il est important d’étudier toutes les contradictions qui la traversent, et non uniquement la contradiction principale. Ainsi, lorsqu’on est marxiste, on étudie non seulement la lutte des classes et son mouvement, mais également les autres contradictions. La contradiction entre l’Homme et la Femme est secondaire, mais c’est une contradiction importante, qui devient régulièrement principale dans la vie de tous les jours, et dans la vie des sectes communistes, comme nous l’avons vu dans la partie précédente.

    « Bien distinguer les contradictions principales des secondaires, dans chaque contexte, est essentiel, car sans analyse correcte du monde, pas de stratégie juste. Mais il ne faut ni se tromper sur le sens de “principal” et “secondaire”, ni en tirer des conclusions erronées quant à l’ordre du jour politique. Un déterminant n’est pas jugé principal ou secondaire en fonction de critères strictement quantitatifs, en faisant une somme des vécus pour calculer un “total” d’une mesure de l’exploitation, de la domination, de l’aliénation, de la violence, etc. Ce qui fait l’aspect principal est une question qualitative : quelle est le rôle de cette relation dans la société ? Rien n’est figé : dans l’Histoire, une contradiction principale peut devenir secondaire, et inversement. Pareillement, cette transformation peut s’opérer à l’échelle générale (mondiale) ou se circonscrire à une échelle particulière (une situation de crise, un pays, etc.). Il ne faut pas croire non plus que les contradictions principales seraient les premières, et qu’elles auraient produit ensuite les contradictions secondaires. Les contradictions ont toutes leur généalogie et leur autonomie propre (même si aucune n’est indépendante).

    Dire qu’une oppression est “secondaire” peut parfois être interprété comme une déconsidération des souffrances et traumatismes lui étant relative, et une relégation à un rang de moindre importance politique (une lutte secondaire). Il n’en est rien. Si nous disons qu’une contradiction est secondaire, nous disons qu’elle est plus déterminée que déterminante dans le système des contradictions — l’Histoire. Dans une société donnée, une contradiction sociale n’est pas jugée principale ou secondaire selon son impact sur les trajectoires individuelles (de la vie de chacun), mais sociales (de cette société). Au niveau microscopique (biographique, c’est-à-dire individuel), toutes les contradictions sociales se superposent et se vivent entremêlées, mais au niveau macroscopique (historique, c’est-à-dire social) des degrés d’importance et des relations non triviales se décèlent — l’évaluation du principal et du secondaire est une question de magnitude dans le temps et l’espace.

    […]

    Appliqué au problème de l’émancipation des femmes, que devons-nous déduire de ce raisonnement ? La contradiction Homme-Femme est, avec la contradiction Société-Nature, la plus vieille contradiction sociale de l’Histoire. D’une contradiction principale, elle est devenue secondaire avec l’apparition des classes — qu’elle a permise. La lutte contre le patriarcat est-elle donc une lutte secondaire ? Non, car la lutte pour la résolution de toutes les contradictions est à l’ordre du jour politique des communistes — nous sommes la force la plus progressiste possible. Le communisme est la société sans contradictions sociales historiques, et la tâche immédiate des communistes est donc d’arraisonner et de résoudre toutes les contradictions de l’Histoire. […] »2

    Cette contradiction doit être étudiée sérieusement, afin que l’on puisse trouver des solutions vers son dépassement. La résolution d’une contradiction ne se trouve pas dans l’affirmation d’un élément sur un autre — bien que le chemin vers son dépassement puisse temporairement nécessiter l’affirmation d’un élément sur l’autre — mais dans le dépassement de la contradiction, la négation de la négation. Par exemple le prolétariat doit prendre le pouvoir et l’exercer sur la bourgeoisie, c’est la dictature du prolétariat, dans le but d’anéantir les deux classes. Il en est de même pour l’Homme et la Femme, nous passerons par une phase de dictature féministe, où la Femme détruira la domination de l’Homme, afin de détruire l’Homme et la Femme, c’est-à-dire le genre. La dictature du prolétariat permettra la mise en place de la dictature féministe — et également de l’écologie totale dans le cadre de la résolution de la contradiction entre la Société et la Nature. Les différences sexuelles existeront toujours après l’abolition du genre, mais la distinction sociale Homme-Femme créée par la société humaine n’existera plus.

    Lorsque nous parlons de destruction du genre, nous sommes dans la continuité des lignes des camarades du TKP-ML qui forment les hommes cadres à « tuer l’Homme en eux ». Tuer le patriarcat en eux. Par ces mots, ils ne disent pas qu’il faudrait castrer tous les mâles communistes. Ils disent qu’il faut tuer l’Homme en tant qu’entité sociale. De la même manière, la dictature féministe tue autant l’Homme que la Femme. C’est-à-dire que nous devons tout autant détruire la domination des hommes que la soumission des femmes. Nous devons autant détruire la camaraderie viriliste, le prédateur sexuel, le petit chef, l’égoïste, etc., que nous devons tuer la concurrence féminine, la jalousie, la soumission, la mère, l’effacement de soi, la passivité, la proie, l’objet, etc. Les femmes tuent la Femme en elles, sans devenir l’Homme.

    Le dépassement dialectique de la contradiction Homme-Femme implique la création d’un nouvel humain, et donc de penser et de construire des bribes de ce nouvel humain dès maintenant. Nous serons toujours Homme et Femme tant que cette contradiction existera, les humains actuels sont forcément Homme et Femme. Mais cette fatalité n’empêche pas de trouver des éléments de transition qui nous feront avancer vers un meilleur fonctionnement, au moins interne aux organisations communistes. Nous pouvons travailler cette question dès maintenant de la même manière que nous travaillons la question de la transition socialiste sans être dans une dictature du prolétariat. Tuer l’Homme et la Femme, tuer le genre, veut dire que nous allons nous concentrer sur la création d’autre chose. Nous allons partir de l’étude de la contradiction Homme-Femme dans la société, l’Histoire, et dans nos organisations communistes. Nous allons parler et débattre de manière honnête de ce qu’il y a au fond de toutes et tous, sans craindre ce qu’il peut y avoir de plus laid. Nous allons regarder droit dans les yeux les monstres qui nous habitent, et nous les affronterons. Nous partons de la réalité afin de la transformer, comme nous le faisons avec d’autres contradictions.

    Nous ne parlons pas ici de la « déconstruction » des intersectionnels. L’intersectionnalité est une théorie postmoderne qui ne cherche qu’une négation mécanique de la contradiction Homme-Femme, et non une négation dialectique. C’est-à-dire que les courants postmodernes abandonnent la compréhension et la transformation du monde, ce sont donc des théories qui ne concentrent leur analyse et leur action que sur le changement individuel. L’intersectionnalité n’est pas révolutionnaire mais réformiste. Nous voulons la transformation individuelle par la transformation collective, et la transformation collective par la transformation individuelle — l’individu et le collectif sont des contraires, ils sont liés et identiques. Cette transformation ne sera totale que par la transformation du monde, c’est-à-dire par la transformation de la réalité dans laquelle les humains vivent, et dont ils sont le reflet.

    La mise en place de la dictature féministe se fera grâce à la mise en place de la dictature du prolétariat, c’est-à-dire grâce à la période de transition vers le socialisme puis le communisme, vers la fin des contradictions de l’Histoire. Les dictatures du prolétariat ayant été mises en place par le passé ont été des périodes de recherches, d’essais, de tentatives, et d’échecs. Des périodes où la lutte des classes s’est intensifiée, et a pris des formes inattendues, comme la restructuration de la bourgeoisie à partir de l’intérieur du Parti communiste. Les communistes ont sous-estimé la capacité de résilience du mode de production capitaliste à partir de l’intérieur. Nous devons nous attendre à prendre un chemin tout aussi complexe vis-à-vis de la dictature féministe, et ne devons pas sous-estimer la force et la résilience du patriarcat.

    Lorsque les communistes ont pris le pouvoir par le passé, elles et ils étaient « en avance » sur l’évolution de leurs modes de production et ont dû trouver des moyens afin d’avancer la transition sans brusquer l’économie ou la population (développer les forces productives tout en chamboulant les rapports de production). Elles et ils étaient également en avance vis-à-vis d’autres contradictions, particulièrement la contradiction Homme-Femme. Ainsi, en URSS et en République populaire de Chine, les femmes ont gagné des droits sans qu’il n’y ait eu de mouvement de femmes structuré, sans demande, sans lutte conséquente. Ces droits ont été donnés par le haut, par le Parti communiste qui voulait mobiliser les femmes prolétaires. Bien évidemment c’est principalement grâce aux combats des femmes communistes au sein du Parti, et à travers l’Histoire, que ces lignes ont pu gagner. Mais elles partaient de textes d’hommes : Engels pour la destruction de la famille, Lénine pour le soutien à la création d’organisations de femmes.

    Depuis l’origine du marxisme, les femmes sont présentes. Il est facile d’oublier Jenny, Jenny (fille), Laura et Eleanor Marx puisqu’elles ont été partiellement effacées de l’histoire marxiste, par les marxistes et par leur genre même (notamment leur rôle de mère, sauf pour Eleanor). Pourtant, les femmes Marx ont participé aux travaux de Karl et Friedrich Engels, que ce soit à travers les débats, les corrections, ou les recherches. Tout particulièrement Eleanor, qui a assisté son père au point où ce dernier disait : « elle est moi ». Elle s’est également battue pour que le marxisme gagne au sein de la Seconde Internationale. Elle est morte à cause d’un homme. Nous ne retenons de notre histoire que les grands noms parce que nous avons une vision bourgeoise de l’Histoire, faite par « les grands hommes ». Cette vision bourgeoise de l’Histoire et de la lutte communiste est entretenue aujourd’hui par le culte de la personnalité de certains théoriciens marxistes, mais également par l’ego et l’individualisme des auteurs actuels des organisations communistes. Nous croyons pourtant qu’une théorie est toujours développée collectivement, à partir d’une pratique collective. C’est d’ailleurs pourquoi nous n’avons pas d’auteur, uniquement des textes d’Unité communiste.

    L’histoire marxiste est le mouvement, le lien, de multiples individus qui résonnent à travers le temps et l’espace. Bien que ces individus soient principalement des hommes, les liens entre les hommes sont très souvent fait par les femmes, par les Eleanor. Les femmes sont au cœur du marxisme, au cœur de notre Histoire, et pourtant invisibles.

    C. Mais qu’est-ce que la dictature féministe ?

    Pour décrire la dictature féministe, nous partons du concept de dictature du prolétariat. La contradiction entre l’Homme et la Femme est bien évidemment différente de la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie, mais nous pouvons nous inspirer des travaux effectués dans le but de résoudre cette contradiction — détruire les classes — afin de trouver comment résoudre la contradiction Homme-Femme — détruire le genre. Dans une démocratie bourgeoise, la bourgeoisie impose son pouvoir aux autres classes, ce qui mène nécessairement à un renversement de son pouvoir par le prolétariat, et par une imposition du pouvoir de ce dernier sur les autres classes. La dictature du prolétariat est temporaire, transitoire, et vise à la destruction même du prolétariat — même si cette phase est courte à l’échelle de l’Histoire, elle est d’une durée de plusieurs décennies, si ce n’est plus. Le prolétariat n’a pas d’autre choix que de prendre le pouvoir par la violence, parce que la classe dominante impose son pouvoir par la violence. Il faut une violence encore plus grande pour pouvoir la briser. Le prolétariat n’a pas d’autre choix que de s’organiser et de se transformer afin d’être capable de prendre le pouvoir, et d’exercer le pouvoir.

    Dans le rapport de force entre l’Homme et la Femme, c’est l’Homme qui impose le niveau de violence, en détruisant la Femme physiquement et psychologiquement par tous les moyens possibles. La Femme n’a donc pas d’autre choix que de prendre le pouvoir par la force, de prendre le pouvoir pour briser le pouvoir de l’Homme. Cette force sera construite grâce à l’organisation et la transformation des femmes révolutionnaires.

    Tout comme pour la dictature du prolétariat, ce pouvoir sera celui qui représentera les intérêts de long terme de la Femme, et non les intérêts immédiats des individus femmes. Les intérêts de long terme de la Femme, tout comme les intérêts de long terme du prolétariat, sont les intérêts de long terme de l’humanité entière — libérée de la société de classe et du genre. Cette logique peut être également appliquée au concept d’écologie totale, une dictature de la préservation des écosystèmes et du vivant en général, correspondant à des intérêts de long terme.

    La lutte pour la dictature féministe doit avoir lieu dès maintenant. C’est en prenant du pouvoir maintenant dans les structures communistes, et donc en étant plus performantes que les camarades hommes, et en imposant des mesures de discriminations positives, que les femmes seront davantage à des postes de pouvoir lors de la révolution et lors de la dictature du prolétariat. En parallèle, les camarades hommes seront formés activement au féminisme communiste, et devront devenir de réels « alliés » de la lutte féministe, trahir leur genre jusqu’au plus profond d’eux-mêmes — tout comme les bourgeois communistes trahissent leur classe.

    Bien évidemment certains camarades, hommes comme femmes, résisteront à leur transformation profonde — les hommes bien plus que les femmes. C’est la réaction normale à tout processus transformateur — les fonctionnements cognitifs sont difficiles à changer — et à la prise de risque pour les femmes, et la perte de privilèges de domination pour les hommes. Pourtant cette transformation n’est pas différente de celle qui est demandée pour devenir cadre communiste, elle fait partie de la formation de cadre. Une militante ou un militant devient cadre communiste après plusieurs années — souvent décennies — de travail pratique, théorique et idéologique collectif. C’est-à-dire après des années de militantisme politique dans une ou des organisations. Les militantes et militants doivent apprendre à tuer l’Homme et la Femme, tout comme elles et ils doivent apprendre à accepter la transformation, l’étude, l’humilité, à penser collectivement, à servir le peuple, à mener une vie saine, etc. Les qualités des cadres ne sont pas innées, les cadres ne sont pas nés tels qu’elles et ils sont : les cadres sont des individus qui cherchent à atteindre le maximum de leur potentiel, parce qu’elles et ils sont dévoués à une cause supérieure — le communisme.

    Les féministes communistes mettront en place la dictature féministe lors de la dictature du prolétariat, en s’armant de tout ce que la dictature du prolétariat leur fournira. Premièrement, une accélération vers l’indépendance économique et la socialisation du travail domestique, entraînant de fait une baisse de la domination de l’Homme sur la Femme et une transformation des rapports et mentalités des hommes et des femmes. Deuxièmement, une force répressive étatique permettant une rééducation par la force des défenseurs de la domination de l’Homme, et permettant la mise en place de brigades féministes armées. Troisièmement une éducation féministe au sein du peuple et la mobilisation des masses.

    La dictature féministe ne sera pas possible sans mobilisation des masses, particulièrement des femmes, parce que la contradiction Homme-Femme touche au domaine de la vie privée, de l’intime. La dictature féministe ne sera pas possible tant que les femmes accepteront leur sort de soumise, et ne lutteront pas activement contre « leurs » hommes.

    La mobilisation des femmes dans leur ensemble permet de basculer réellement le rapport de force là où il est le plus grave, là où il est le plus inatteignable pour les communistes. La dictature féministe vivra des périodes de recul si elle n’atteint pas suffisamment les femmes, l’intime, bien que l’intime et le public soient liés. Les mouvements de masse de la Femme font basculer le rapport de force dans l’intime, le basculement du rapport de force dans l’intime permet l’intensification du mouvement de masse, un mouvement de masse supérieur. Avoir des millions de personnes dans la rue, organisées, permet d’intensifier la lutte pour le pouvoir des femmes contre les hommes au sein de la famille et des espaces de domination patriarcale. Attaquer cette domination patriarcale au quotidien permet de s’investir dans le rapport de force collectif, le mouvement de masse. Les mouvements de masse résolvent ainsi la contradiction entre l’intime et le public, ce qui permet d’avancer vers la résolution de la contradiction Homme-Femme.

    D. Y a-t-il eu des éléments de dictature féministe dans l’histoire du mouvement communiste ?

    On peut voir des éléments et des bribes de dictature féministe dans la pratique et la théorie communiste, dans le sens où des mesures ont été prises par différents Partis communistes afin d’avancer vers la résolution de la contradiction Homme-Femme, et non en réponse aux revendications spontanées des femmes.

    Tout d’abord, Engels parla très tôt de la nécessité de la destruction de la famille — destruction de la famille comme ce que nous appelons aujourd’hui destruction du patriarcat.

    « Le mariage conjugal n’entre donc point dans l’histoire comme la réconciliation de l’homme et de la femme, et bien moins encore comme la forme suprême du mariage. Au contraire : il apparaît comme l’assujettissement d’un sexe par l’autre, comme la proclamation d’un conflit des deux sexes, inconnu jusque-là dans toute la préhistoire. Dans un vieux manuscrit inédit3, composé par Marx et moi-même en 1846, je trouve ces lignes : “La première division du travail est celle entre l’homme et la femme pour la procréation.” Et je puis ajouter maintenant : La première opposition de classe qui se manifeste dans l’histoire coïncide avec le développement de l’antagonisme entre l’homme et la femme dans le mariage conjugal, et la première oppression de classe, avec l’oppression du sexe féminin par le sexe masculin. Le mariage conjugal fut un grand progrès historique, mais en même temps il ouvre, à côté de l’esclavage et de la propriété privée, cette époque qui se prolonge jusqu’à nos jours et dans laquelle chaque progrès est en même temps un pas en arrière relatif, puisque le bien-être et le développement des uns sont obtenus par la souffrance et le refoulement des autres. Le mariage conjugal est la forme-cellule de la société civilisée, forme sur laquelle nous pouvons déjà étudier la nature des antagonismes et des contradictions qui s’y développent pleinement. »4

    Ici, Engels explique que la première division du travail est la division du travail « pour la procréation » entre mâle et femelle5. Pour lui, la contradiction Homme-Femme apparaît en même temps que la première division de classe.

    « Dans la famille, l’homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du Prolétariat. Mais dans le monde industriel, le caractère spécifique de l’oppression économique qui pèse sur le prolétariat ne se manifeste dans toute sa rigueur qu’après que tous les privilèges légaux de la classe capitaliste ont été supprimés et que l’entière égalité juridique des deux classes a été établie ; la république démocratique ne supprime pas l’antagonisme entre les deux classes, au contraire : c’est elle qui, la première, fournit le terrain sur lequel leur combat va se décider. Et de même, le caractère particulier de la prédominance de l’homme sur la femme dans la famille moderne, ainsi que la nécessité et la manière d’établir une véritable égalité sociale des deux sexes, ne se montreront en pleine lumière qu’une fois que l’homme et la femme auront juridiquement des droits absolument égaux. On verra alors que l’affranchissement de la femme a pour condition première la rentrée de tout le sexe féminin dans l’industrie publique et que cette condition exige à son tour la suppression de la famille conjugale en tant qu’unité économique de la société. »6

    Tout comme l’égalité juridique dans la république démocratique entre prolétaire et bourgeois intensifie la lutte des classes et montre la nécessité de la socialisation de la production, l’égalité juridique de l’Homme et de la Femme met en lumière la nécessité que la Femme entre dans la production sociale. Pour que la Femme entre dans la production il faut que le patriarcat comme unité économique de la société soit éliminé.

    « La différence entre riches et pauvres s’établit à côté de la différence entre hommes libres et esclaves : nouvelle scission de la société en classes qui accompagne la nouvelle division du travail. Les différences de propriété entre les chefs de famille individuels font éclater l’ancienne communauté domestique communiste partout où elle s’était maintenue jusqu’alors et, avec elle, la culture en commun de la terre pour le compte de cette communauté. Les terres arables sont attribuées aux familles conjugales afin qu’elles les exploitent, d’abord à temps, plus tard une fois pour toutes ; le passage à la complète propriété privée s’accomplit peu à peu, parallèlement au passage du mariage apparié à la monogamie. La famille conjugale commence à devenir l’unité économique dans la société. »7

    D’après Engels, l’apparition de la société de classe nécessite que l’unité économique de la société soit basée sur le patriarcat.

    La question de l’origine de la domination de l’Homme sur la Femme sera développée dans un article ultérieur.

    Dans les sociétés de classe les femmes sont exclues de la production sociale et confinées au travail reproductif domestique. L’exploitation du travail reproductif domestique gratuit y est une nécessité économique. L’exploitation de la Femme perdure dans le mode de production capitaliste, via le travail reproductif domestique gratuit qui permet une plus grande exploitation de la force de travail des ouvriers, et via la procréation qui permet un renouvellement de la population prolétaire. Dans les pays semi-féodaux, les femmes sont exclues du travail productif social et sont confinées au travail reproductif domestique. Dans les pays capitalistes, les femmes sont intégrées dans le travail productif social, mais elles sont les franges les plus exploitées du prolétariat et réalisent toujours le travail reproductif domestique.

    L’oppression de la Femme est maintenue tant qu’elle ne fait pas pleinement partie de la production sociale, à égalité avec l’Homme, et tant que le travail reproductif domestique n’est pas pris en charge par toute la société — c’est-à-dire tant que nous ne sommes pas dans une société socialiste. La structure de la famille, le patriarcat, entretient le capitalisme et la société de classe, tout comme le capitalisme entretient le patriarcat. L’un ne peut être aboli sans l’autre et inversement. Le patriarcat a besoin de l’exploitation capitaliste et l’exploitation capitaliste a besoin du patriarcat.

    Nous l’avons dit plus tôt, Engels considère que tout comme la république démocratique accentue la contradiction de classe, l’égalité juridique des femmes fournira « le terrain sur lequel leur combat va se décider ». Il parle ici de la lutte des femmes pour l’accès à la production sociale. Mais Engels ne pensait pas que les capitalistes accepteraient que les femmes aient accès à la production sociale ainsi qu’à une quasi-égalité juridique, comme c’est le cas aujourd’hui en France. Le capitalisme possède une qualité permettant à la Femme de rentrer dans la production : dans le mode de production capitaliste le travail est un travail général abstrait, il n’y a donc plus de « travail d’homme » et de « travail de femme » mais uniquement des équivalents généraux. Cette expérience nous montre qu’Engels avait raison, mais non comme il l’avait prédit. Aujourd’hui, les femmes sont exploitées dans la sphère privée, mais elles participent à la production sociale, la sphère publique. La domination patriarcale en est accentuée, de l’expression dans la sphère privée elle passe également à la sphère publique : le harcèlement et les agressions sexuelles dans les lieux publics (la rue et le travail) ne sont que des rappels pour les femmes que leur place est dans la sphère domestique. La violence de l’Homme s’accentue, elle est partout, elle est visible. L’avancée des droits démocratiques des femmes montre qu’il faut une libération politique pour que la libération juridique et matérielle soit réellement complète.

    Dans les colonies et semi-colonies qui sont semi-féodales, les communistes entretiennent cette erreur d’Engels en croyant que l’émancipation juridique et matérielle des femmes serait possible sans lutte politique spécifique des femmes (le féminisme). Dans ces pays, les droits démocratiques des femmes sont arriérés, il est donc compréhensible que ces communistes ne comprennent pas ce que nous vivons dans notre pratique en France.

    Lors de la transition de la société de classes à la société sans classe, la contradiction Homme-Femme passera à certains moments de contradiction secondaire à principale. Il est alors évident que les communistes doivent tout faire pour lutter pour la résolution de cette contradiction et pour l’abolition de la famille — du genre. Engels pose les bases sur lesquelles les différents groupes et Partis communistes ont développé le féminisme marxiste, ou leurs programmes de révolution des femmes. Mais, comme dit précédemment, ces groupes et Partis n’ont pas suffisamment étudié les avancées féministes, particulièrement les travaux effectués au cours de l’évolution du statut juridique des femmes — de plus en plus égales aux hommes en théorie mais non en pratique — et de leur accès au travail productif social dans les pays du centre impérialiste. Oui, le patriarcat et le capitalisme se nourrissent l’un l’autre, mais le patriarcat, la contradiction Homme-Femme doit être étudiée dans tous les domaines. Ainsi, même en URSS, l’avancée des droits juridiques des femmes et leur intégration à la production sociale n’a pas réussi à abolir cette contradiction, au contraire certains aspects étaient encore plus visibles.

    Nous devons étudier les expériences communistes concrètes dans les dictatures du prolétariat. Dès le début de l’URSS des mesures visant à l’émancipation des femmes ont été mises en place, des organisations et congrès de femmes ont eu lieu, impulsées par le haut, c’est-à-dire par le Parti communiste — pourtant composé à majorité d’hommes. Ici des éléments de dictature féministe étaient mis en place pendant la dictature du prolétariat. Ces mesures peuvent paraître normales aujourd’hui, un siècle plus tard, pourtant elles étaient incroyablement en avance sur leur temps, et ont même participé à l’émancipation des femmes à travers le monde en encourageant le développement de luttes de femmes, et en étant une concurrence pour les pays capitalistes dans le développement des forces productives — l’URSS possédait deux fois plus de bras et de cerveaux que les pays capitalistes.

    « Pendant une bonne partie du XXsiècle, les pays capitalistes occidentaux se sont par ailleurs efforcés de surpasser les pays de l’Est en matière de droits des femmes, ce qui a constitué un levier de progrès social. Dans un premier temps, le socialisme d’État a tellement bien réussi à offrir aux femmes des opportunités économiques hors de leur foyer que pendant environ vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le travail salarié des femmes était considéré comme l’un des méfaits du communisme. Dans l’American way of life, l’homme ramenait un salaire à la maison et la femme veillait sur le foyer. Mais peu à peu, le plaidoyer socialiste en faveur de l’émancipation des femmes a fini par entamer l’idéal du foyer américain célébré par les séries des années 1950. Le lancement de Spoutnik, le premier satellite artificiel de la Terre, en 1957, a incité les dirigeants américains à réfléchir au coût du maintien des rôles traditionnels. Les pays socialistes n’étaient-ils pas avantagés en matière de développement technologique, parce qu’ils pouvaient compter sur deux fois plus de cerveaux ? Les Russes ouvraient en effet l’université aux femmes et mettaient les meilleures au service de la recherche scientifique. (Elaine Tyler May, Homeward Bound: American Families in the Cold War Era, New York, Basic Books, 2008 [1988].) […] Frappé par les exploits du socialisme d’État dans le domaine scientifique, le gouvernement américain finança une étude à grande échelle intitulée “Women in the Soviet Economy” (Les femmes dans l’économie soviétique). Le responsable de l’étude se rendit en URSS à plusieurs reprises, en 1955, 1962 et 1965, afin d’observer les politiques soviétiques d’intégration des femmes à la force de travail, considérées comme un modèle pour les législateurs américains. Son rapport de 1966 commençait ainsi : “L’inquiétude manifestée ces dernières années à propos du gâchis de talents et de potentiel de travail des femmes a conduit à la mise en place de la Commission présidentielle sur le statut des femmes, qui a produit une série de rapports sur divers problèmes affectant les femmes et leur participation à la vie économique, politique et sociale. Afin de définir des politiques garantissant un meilleur usage de la force de travail des femmes, il importe de s’instruire de l’expérience d’autres nations en matière d’utilisation des capacités des femmes. Pour cette raison notamment, l’expérience soviétique est ici particulièrement intéressante.” »8

    Ici, Kristen Ghodsee explique que la concurrence entre les pays capitalistes et socialistes a participé à faire avancer les droits démocratiques des femmes des pays capitalistes.

    « Conscients des exigences de la biologie reproductive, les gouvernants de ces pays se sont également efforcés de collectiviser le travail domestique et la prise en charge des enfants, en mettant en place un réseau de garderies, de laveries et de cantines publiques. L’existence de congés maternité conséquents, avec l’assurance pour les femmes de retrouver leur emploi ensuite, ainsi que l’instauration d’allocations familiales permettaient aux femmes de trouver un meilleur équilibre entre leur travail et leur famille. Avec l’avènement de régimes socialistes au XXsiècle, les conditions de vie de millions de femmes ont connu une amélioration incontestable : la mortalité maternelle et infantile a diminué, l’espérance de vie a augmenté et l’analphabétisme a quasiment disparu. Pour ne prendre qu’un exemple, avant l’instauration du socialisme en 1945, la majorité des femmes albanaises étaient illettrées. À peine dix ans plus tard, tous les moins de 40 ans savaient lire et écrire et, dans les années 1980, la moitié de la population étudiante albanaise était composée de femmes. (Inès Armand, citée dans Barbara Evans Clements, Bolshevik Feminist: The Life of Aleksandra Kollontai, Bloomington, University of Indiana Press, 1979, p. 155; Fatos Tarifa “Disappearing from Politics (Albania)”, dans Marilyn Rueschemeyer (dir.), Women in the Politics of Postcommunist Eastern Europe, Armonk (NY), M.E. Sharpe, 1998, p. 269.) […] S’ils n’adoptaient pas tous les mêmes politiques, les gouvernements socialistes ont réduit de façon générale la dépendance économique des femmes vis-à-vis des hommes en s’assurant que tous les citoyens soient également bénéficiaires des services garantis par l’État. Ces politiques ont favorisé le découplage entre, d’un côté, l’amour et l’intimité, et de l’autre, les considérations économiques. Lorsque les femmes gagnent leur vie et lorsque l’État garantit une protection sociale aux personnes âgées, aux malades et aux handicapés, les femmes n’ont plus besoin d’entretenir des relations abusives, insatisfaisantes ou autrement nocives. Dans des pays comme la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Bulgarie, la Yougoslavie et l’Allemagne de l’Est, l’indépendance économique des femmes s’est traduite par le développement d’une culture où les relations personnelles étaient émancipées de l’influence du marché. Les femmes n’étaient pas obligées de se marier pour l’argent. (Katherine Verdery, What Was Communism and What Comes Next?, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1996; Josie McLellan, Love in the Time of Communism: Intimacy and Sexuality in the GDR, Cambridge, Cambridge University Press, 2011.) »9

    L’URSS a travaillé à socialiser le travail domestique, et à avancer vers l’égalité économique entre hommes et femmes. Ainsi les femmes ont pu se libérer partiellement de la domination masculine économique au sein de la famille.

    « Les statistiques officielles de l’Organisation internationale du travail (OIT) révèlent le gouffre qui s’est creusé entre les économies socialistes et libérales en matière d’emploi des femmes. En 1950, les femmes représentaient 51,8 % de la population active en Union soviétique et 40,9 % en Europe de l’Est, contre 28,3 % en Amérique du Nord et 29,6 % en Europe de l’Ouest. En 1975, proclamée Année internationale de la femme par les Nations Unies, les femmes représentaient 49,7 % de la population active soviétique et 43,7 % de celle du bloc de l’Est, contre 37,4 % en Amérique du Nord et 32,7 % en Europe de l’Ouest. Selon l’OIT, les données sur la participation féminine à l’activité économique en URSS et dans les pays socialistes d’Europe montrent que les hommes et les femmes jouissent de droits égaux dans tous les domaines de la vie économique, politique et sociale. L’exercice de ces droits est garanti par des opportunités égales dans l’accès à l’éducation, à la formation professionnelle et au travail. (OIT et Institut international de recherche et de formation des Nations Unies pour la promotion de la femme (INSTRAW), “Women in Economic Activity: A Global Statistical Survey (1950–2000)”, 1985.) »10

    En URSS, les femmes avaient quasiment les mêmes droits démocratiques que les hommes.

    « Les socialistes ont compris depuis longtemps que, pour assurer l’équité entre les hommes et les femmes malgré leurs différences biologiques, il fallait mettre en place des structures collectives d’aide à l’éducation des enfants. Dès le milieu du xixsiècle, alors que les femmes rejoignent en nombre les rangs de la classe ouvrière en Europe, les socialistes défendent l’idée qu’il ne serait pas possible de construire un mouvement ouvrier puissant sans elles. Dès 1897, la féministe allemande Lily Braun prône l’instauration d’une assurance maternité financée par l’État. […] alors que Zetkin estime que le travail domestique et l’éducation des enfants doivent être pris en charge par l’État. […] Le quatrième point du programme socialiste de 1910 pose les fondements de toutes les politiques socialistes qui suivront concernant les responsabilités de l’État à l’égard des femmes qui travaillent. […] Sept ans plus tard, Kollontaï tentera de mettre en œuvre une partie de ces dispositions en Union soviétique, après la Révolution bolchevique. Pour éviter aux femmes d’avoir à assumer les travaux domestiques et l’éducation des enfants en plus de leur contribution à l’industrie, le jeune État soviétique projettera de construire des garderies, des jardins et des foyers d’enfants, ainsi que des cafétérias et des lavoirs publics. Ainsi, en 1919, le Huitième Congrès du Parti communiste chargera Kollontaï de prolonger son travail pour les femmes soviétiques, et l’État s’engagera à financer la construction d’un vaste réseau de services sociaux. La même année, on créera l’organisation Genotdel ou Section des femmes, avec pour mission de superviser la mise en œuvre d’un programme radical de réformes sociales destiné à permettre la complète émancipation des femmes. (Richard Stites, The Women’s Liberation Movement in Russia: Feminism, Nihilism, and Bolshevism, 1860–1930, Princeton (N), Princeton University Press, 1978; Gail Warshofsky Lapidus, Women in Soviet Society: Equality, Development, and Social Change, Berkeley, University of California Press, 1978; Beatrice Brodsky Farnsworth, “Bolshevism, the Woman Question, and Aleksandra Kollontai”, The American Historical Review, vol. 81, n2, avril 1976, p, 296 ; Elizabeth A. Wood, The Baba and the Comrade: Gender and Politics in Revolutionary Russia, Bloomington, Indiana University Press, 1997.) Mais l’enthousiasme soviétique pour l’émancipation des femmes va se dissiper rapidement sous la pression de préoccupations démographiques, économiques et politiques plus urgentes. […] Aux États-Unis, par contre, il faudra attendre 1978 pour que soit promulguée une loi interdisant la discrimination à l’égard des femmes enceintes, et ce n’est qu’à partir de 1993 que les femmes pourront bénéficier d’une loi fédérale instituant un congé sans solde avec une clause de protection de l’emploi. À l’heure qu’il est, il n’existe toujours pas aux États-Unis de congé maternité rémunéré obligatoire (mais il est vrai que nous n’avons pas non plus de congé maladie obligatoire). »11

    La socialisation du travail domestique s’est pourtant confrontée à la réalité des difficultés rencontrée par l’URSS. Malgré tout, les pays capitalistes étaient toujours gravement en retard sur la transformation des rapports au sein de la famille, et sur la prise en charge d’une partie du travail domestique par la société.

    « Le décret de 1973 du Politburo bulgare évoque aussi la nécessité de rééduquer les hommes pour qu’ils fassent davantage de choses à la maison : La réduction et l’allègement du travail domestique des femmes dépend en grande partie de la participation commune des deux époux à l’organisation de la vie de famille. Il est par conséquent impératif : a) de combattre les opinions, les habitudes et les attitudes archaïques concernant la répartition du travail au sein de la famille ; b) de préparer les jeunes hommes à accomplir des tâches ménagères dès l’enfance et l’adolescence, et ce, tant à l’école et dans la société que dans la famille. (Parti communiste bulgare, Enhancing the Role of Women in the Building of a Developed Socialist Society: Decision of the Politburo of the Central Committee of the Bulgarian Communist Party of March 6, 1973, Sofia, Sofia Press, 1974, p. 10.) »12

    Cet exemple nous montre que certaines mesures étaient prises par le haut, par l’État, afin de lutter contre l’inégalité dans le travail domestique. C’est l’acceptation de la nécessité de transformation de l’Homme pour dépasser la contradiction Homme-Femme.

    « Au-delà de ces exemples notoires de la détermination des États socialistes à défendre les droits des femmes, ceux-ci n’ont pas tenu toutes leurs promesses. Au cours des 10  heures d’entretiens femmes, que j’ai réalisé entre 2010 et 2017 avec l’octogénaire Elena Lagadinova, la présidente du Comité du mouvement des femmes bulgares, cette dernière m’a confié ses déceptions. D’après elle, les pays d’Europe de l’Est n’ont pas eu le temps d’abolir l’idée séculaire selon laquelle les dirigeants doivent être des hommes. Non seulement les hommes ne voulaient pas de femmes au pouvoir, mais les femmes elles-mêmes n’étaient pas à l’aise avec le pouvoir, tant et si bien qu’elles ne soutenaient pas leurs camarades féminines et ne convoitaient pas les hautes sphères, leur préférant les coulisses. La haute politique, en Europe de l’Est comme ailleurs, était un lieu dangereux et semé d’embûches et de trahisons. Selon Lagadinova, les femmes n’étaient pas enclines à se prêter aux divers calculs et subterfuges nécessaires pour s’y imposer. Son organisation a bien essayé de promouvoir certaines candidatures féminines, mais la culture patriarcale des Balkans, doublée de l’autoritarisme d’un État dirigé par le même homme durant trente-cinq ans, dissuadait les femmes de se lancer. »13

    Ici Kristen Ghodsee nous montre que l’inégalité politique entre les hommes et les femmes persistait malgré la socialisation du travail des femmes, l’égalité juridique, et la participation à la production sociale des femmes. La pratique en URSS démontre que la lutte contre la domination patriarcale doit être supérieure aux demandes économiques. Les demandes économiques doivent être dépassées. La lutte de la Femme doit être une lutte pour le pouvoir.

    Bien évidemment, ces progrès se sont confrontés à la résistance des hommes comme des femmes, que ce soit dans les soviets ou dans le Parti, contre l’organisation des femmes mais surtout contre la prise de pouvoir des femmes. Les hommes défendent toujours leur domination, et les femmes peinent à sortir de leur rôle, à tuer la Femme en elles. Nous retrouvons ici le danger du manque de sororité, et du manque de volonté des femmes à prendre le pouvoir. La chute du bloc soviétique a fait reculer les droits des femmes, et du prolétariat en général, pour les remplacer par un capitalisme brutal. Les pays de l’Est sont devenus une plaque tournante de la traite des femmes, la Russie est devenue un État ultra patriarcal, où les luttes féministes sont interdites et où la plupart des communistes défendent des idées patriarcales.14

    Actuellement nous pouvons étudier les cas de Guerres révolutionnaires menées par le Parti communiste d’Inde (maoïste) (PCI (maoïste)), le Parti communiste des Philippines (PCP), et le Parti communiste de Turquie — marxiste-léniniste (TKP-ML). Le PCI (maoïste), très peu communicatif parce qu’en clandestinité, a tout de même rendu public des mises à mort de violeurs, y compris de membres hauts gradés de leur armée rouge. C’est un exemple de violence anti-patriarcale radicale concrète, qui met en évidence le besoin de développer une forme de lutte offensive contre la violence masculine avant la révolution. Le TKP-ML, comme beaucoup d’autres Partis de Turquie et du Rojava depuis la révolution des femmes, a sa propre structure de femmes qui participe à la lutte armée. Dans toute la région, la constitution de groupes armés de femmes a permis d’accélérer l’avancée des droits des femmes. C’est la preuve dans la pratique que l’organisation et la violence des femmes a permis de faire pencher le rapport de force vers la Femme. Le PCP a mis en place un Bureau des femmes dès sa création en 1969, et a lui aussi des structures de femmes, et une large proportion de femmes engagées dans la guérilla. Les Partis les plus avancés dans le monde actuellement ont développé des structures de femmes, qui s’occupent de former théoriquement et militairement les femmes, les rendant indispensables pour ces mêmes Partis. Cette formation, en plus de la mise en place de quotas au sein des Partis, et d’une propagande en direction du recrutement des femmes, permet d’avancer vers la résolution de la contradiction Homme-Femme sans la remettre à plus tard. C’est une lutte actuelle, vivante, une reconnaissance de la nécessité de révolution des femmes.

    Notre concept de dictature féministe n’est pas si éloigné du concept de révolution des femmes et de lutte contre l’hétéro-patriarcat théorisé par nos camarades du KKB (Union des femmes communistes) dans le TKP-ML : une lutte intense et violente doit être menée contre la violence de l’Homme.

    2. Rupture avec le mouvement communiste

    Pourquoi rompre avec le mouvement communiste sur la question du féminisme ?

    Cette question renvoie directement à l’histoire complexe de notre organisation, à notre expérience concrète, ainsi qu’à celles de nos camarades femmes au cours des précédentes décennies.15 C’est-à-dire que nous constatons que le milieu militant français est une machine à broyer les femmes. Pourquoi ?

    Premièrement, les hommes sont largement majoritaires dans les sectes françaises, ils bénéficient de l’avantage du nombre, en plus de bénéficier de leurs avantages patriarcaux — l’accumulation de certains types de savoir et la maîtrise des débats, de la conflictualité, de la violence, de la fraternité viriliste, etc. Les sectes sont composées majoritairement d’hommes, et ont donc une culture interne viriliste. Ce sont les hommes qui sont aux postes de direction politique, qui possèdent le pouvoir, et font tout pour le maintenir et pour garder un espace de « camaraderie » basé sur la masculinité (agréable pour eux mais repoussant pour les femmes). De fait, les revendications des femmes sont vues par ces derniers comme irritantes et perturbant leur confort, perturbant le bien-être du groupe, et donc de l’organisation entière. Les féministes « cassent l’ambiance en soirée » comme en Assemblée générale.

    Deuxièmement, parce que les femmes sont peu nombreuses, elles prennent l’habitude d’être dans des groupes d’hommes. Ainsi, elles ne voient plus les problèmes qu’entraîne le virilisme dans leur organisation, parce qu’elles en ont fait une norme, et qu’elles cherchent l’approbation de leurs camarades hommes en validant et copiant les comportements virilistes. Elles ont appris à s’effacer toute leur vie, et par leur éducation et leur misogynie intériorisées, elles sont dans le déni du rapport de force entre hommes et femmes dans leur vie courante, dans leur famille, et dans leur organisation. La concurrence entre femmes est alors amplifiée, et malgré les discours féministes il n’y a pas de défense collective des femmes, même lors d’évènements graves. La sororité n’existe pas, la conflictualité entre femmes est démultipliée par rapport au reste de la population. Le haut niveau d’engagement politique et de recherche de sororité va de pair avec un manque de sororité supérieur à la normale.

    Troisièmement, les femmes vont naturellement vers les domaines où elles sont meilleures que les hommes : les tâches organisationnelles. Elles négligent le travail théorico-politique et ne prennent pas le temps ni l’énergie d’étudier et de participer aux débats politiques. Il serait facile de ne voir qu’un aspect de cette situation, c’est-à-dire le manque d’espace accordé aux femmes pour mener à bien ce développement théorique, sans voir l’aspect le plus important. Le changement ne peut venir que de l’intérieur : les femmes doivent faire du développement théorico-politique une priorité, prendre leur place et transformer la structure de l’organisation sans attendre que l’organisation change d’elle-même.

    Comme nous l’avons vu, il est simpliste de penser que les organisations communistes sont nocives pour les femmes uniquement parce qu’elles sont des nids à violeurs dominés par des hommes, et de ne pas voir le plus gros problème auquel tous les groupes communistes font face lorsqu’il s’agit d’aborder la contradiction Homme-Femme : les femmes communistes ne sont pas féministes, elles ne veulent pas être féministes, et elles ne veulent pas réellement se battre pour les droits politiques des femmes. Nous ne disons pas qu’il n’y a pas de féministes dans les organisations communistes, nous parlons d’une généralité, d’une moyenne. Nous ne disons pas que les comportements masculins violents ne sont pas un problème, nous disons que le problème est le manque d’intensité de la lutte contre ces comportements, lié au manque d’analyse correcte du rapport de force entre hommes et femmes, et au manque d’engagement des femmes. Les femmes ne peuvent transformer les hommes de leurs organisations que marginalement, mais elles ont le pouvoir de s’organiser entre femmes, elles ont le pouvoir de travailler à prendre le pouvoir. Avant de transformer les hommes, elles doivent se transformer, individuellement et collectivement.

    A. L’antiféminisme des communistes

    Dans le mouvement communiste international, la revendication du féminisme est extrêmement minoritaire. Cette position est cependant plus compréhensible dans les pays dominés semi-féodaux semi-coloniaux, parce qu’elle a une dimension anti-impérialiste, c’est-à-dire que les communistes des pays dominés rejettent le féminisme occidental. Les hommes et femmes des groupes communistes se battent généralement contre le féminisme, et ne défendent qu’une ligne vague de « lutte des femmes ».16 Cependant, lorsque les organisations et Partis des pays dominés parlent de lutte des femmes, c’est par anti-impérialisme. Lorsque les organisations des pays impérialistes parlent de lutte des femmes, c’est parce qu’elles sont réactionnaires et antiféministes. Ainsi les organisations communistes des pays dominés ne correspondent pas entièrement à notre critique, parce que ces organisations luttent aussi pour des droits politiques, en plus des droits économiques : elles luttent contre la domination patriarcale au sein de leurs organisations tout comme dans la société. Certaines de ces organisations parlent également de réaliser une révolution des femmes. Cependant, même les organisations des pays dominés rejettent l’étude des apports féministes et sont donc limitées dans leur analyse du patriarcat. C’est particulièrement le cas vis-à-vis de la nature de l’origine de la contradiction Homme-Femme, comme nous l’avons vu précédemment.

    Dans le meilleur des cas, les groupes communistes des centres impérialistes se revendiquent du féminisme marxiste, courant qui néglige les apports des travaux des autres courants féministes et leurs avancées scientifiques, pour se concentrer sur des revendications démocratiques et économiques. Les revendications économiques et démocratiques, par exemple la lutte pour l’égalité des salaires, pour l’aide aux mères célibataires, etc., sont bien évidemment importantes. Mais elles ne sont pas suffisantes. Ces revendications sont des revendications spontanées des femmes pour des gains immédiats. Or, l’un des principes du léninisme est de politiser les revendications économiques et de conscientiser les revendications spontanées. Pour les communistes, le refus du féminisme est spontanéiste et économiste. Le refus du féminisme implique de se limiter à des revendications qui ne sont pas révolutionnaires, de refuser de s’attaquer à la résolution de la contradiction Homme-Femme, à la transformation totale du monde, pour les gains de long terme de l’humanité. Lorsque cette contradiction est jetée sous le tapis, qu’elle est ignorée, alors la classe est divisée. Les femmes prolétaires subissent la domination des hommes prolétaires : « l’homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du prolétariat ».

    Les communistes des centres impérialistes ne font pas que se tromper, ils montrent surtout qu’ils ne s’intéressent pas à la résolution de la contradiction Homme-Femme. Il s’agit donc de leur imposer la lutte contre le patriarcat via la prise du pouvoir par la Femme. Les féministes doivent être à l’avant-garde de la révolution communiste, mais en même temps, elles doivent utiliser la révolution communiste pour la révolution féministe. La révolution démocratique est une nécessité pour la révolution communiste, mais elle n’est pas la révolution communiste, et la révolution communiste est une nécessité pour la révolution féministe, mais elle n’est pas la révolution féministe.

    Le terme de « lutte des femmes » et le rejet du féminisme se traduisent dans les faits quasi exclusivement par une défense des droits économiques et un abandon de la lutte politique. C’est ainsi que nous arrivons au fond du problème vis-à-vis des groupes communistes en France de ces dernières décennies : les communistes ne peuvent pas défendre uniquement des droits économiques pour les femmes. Les femmes devraient selon eux attendre pour pouvoir lutter pour leur libération de la domination patriarcale, pour leurs revendications politiques, elles ne devraient pas combattre dès maintenant, et surtout, elles ne devraient jamais utiliser la violence, elles ne devraient pas diviser la lutte.

    Pourtant, les travaux des féministes au cours du siècle dernier, particulièrement des féministes radicales matérialistes et socialistes, ont mis en évidence l’ampleur de la domination masculine par la violence dans toutes les sphères de la société, surtout dans l’intimité — la famille. Ces apports de la science bourgeoise sont bien évidemment critiquables et doivent être analysés via le matérialisme dialectique. Mais, en dehors de l’exploitation de leur force de travail, les femmes n’ont aujourd’hui de valeur que par leur qualité d’objets sexuels et de reproduction. Toute leur vie, leur éducation, leurs relations, les amènent à l’effacement d’elles-mêmes. Andrea Dworkin, dans Les femmes de droite, analyse la domination masculine via deux modèles : le bordel (la prostitution, les femmes comme objets sexuels) et la ferme (la maternité et le travail domestique). Ces modèles, et les conséquences qu’ils ont sur la vie des femmes, sur leur intimité, sur tout leur être, sont difficiles à admettre, parce qu’ils remettent en question toute notre vie. Les hommes sont mis à nus dans leur vraie nature17, les femmes comprennent qu’elles sont cernées par des « monstres ». Les communistes rejettent ce type d’analyses parce qu’elles ne sont pas superficielles et vont jusqu’au bout de l’analyse de la contradiction Homme-Femme. Pourtant, les hommes communistes comprennent parfois que les féministes radicales ont raison vis-à-vis de leur violence et de leurs privilèges. Ils défendent leurs intérêts d’hommes avant leur devoir communiste — avancer vers la fin des contradictions, dont la contradiction entre l’Homme et la Femme.

    Les hommes, peu importe leur classe, race, orientation sexuelle, etc., ont l’habitude de l’exercice du pouvoir contre les femmes. Ils connaissent la violence, physique et psychologique, à la source de ce pouvoir. Elle les habite constamment, régit leurs relations aux autres humains, et parasite leurs désirs les plus profonds. Ils en sont maîtres et esclaves à la fois. En tant qu’acteurs de la violence, ils en comprennent l’intensité, ce qui leur permet donc de savoir qu’elle ne pourra pas être renversée sans violence, et que cette autre violence ne peut pas vaincre sans une intensité supérieure. Les hommes sont conscients du rapport de force existant entre hommes et femmes, ils en sont les dominants, et non seulement ils ne comptent pas perdre cette place, mais surtout ils comprennent l’ampleur de la tâche qui attend les femmes dans leur lutte.

    Ainsi, il est plus facile pour les hommes communistes, majoritaires dans les organisations communistes, de comprendre quelle violence les femmes doivent exercer, mais surtout l’inévitabilité de cette dernière. Les hommes communistes ont peur du féminisme, tout autant que les mouvements masculinistes. Ce constat pousse de nombreux hommes et organisations communistes à se positionner contre le féminisme, sous couvert d’orthodoxie marxiste, par opportunisme. Ils savent ce qu’il coûterait de renverser leur pouvoir et leur domination, ils trouvent donc de bonnes raisons afin de justifier leur opportunisme, en appelant à l’unité entre camarades hommes et femmes, en dénonçant une déviation idéologique, en expliquant que la lutte féministe nie que la lutte des classes est la contradiction principale sous le capitalisme, etc. Ce faisant, ils font ce qu’ils accusent les féministes de faire : ils divisent les hommes et les femmes.

    Ce refus de soutenir les luttes des femmes et les féministes au siècle dernier a provoqué un divorce au sein du mouvement ouvrier. Les communistes ont échoué dans leur devoir d’avant-garde en étant de facto du côté de la réaction, en restant figés plutôt que d’aller dans le sens de l’Histoire. La lutte pour le dépassement de la contradiction Homme-Femme est une nécessité qui n’attendra pas que les hommes et organisations communistes luttent pour ce dépassement. Des mouvements de masse et des organisations structurées émergeront et combattront pour ce dépassement, combattant au passage tout mouvement réactionnaire. La nécessité de la lutte pour le dépassement de cette contradiction s’étend aux autres contradictions telle que la contradiction entre la Société et la Nature — la lutte écologiste, aujourd’hui internationale, massive, offensive, pour laquelle le mouvement communiste est là aussi en retard. Le mouvement communiste actuellement en décomposition n’est pas à la hauteur de son devoir historique, sa science est atrophiée, sa force insuffisante.

    Nous pouvons définir la « lutte des femmes » comme la lutte des femmes principalement prolétaires, secondairement femmes ; et le « féminisme » comme la lutte des femmes principalement femmes — les femmes en lutte contre les hommes. Nos camarades féministes sont communistes parce que pour se libérer du patriarcat, il faut se libérer du capitalisme. Assumer cette position nous met forcément en rupture avec le mouvement communiste, puisque même si nous savons que la contradiction principale dans la société française est celle entre Travail et Capital, nous défendons que les femmes doivent aussi lutter principalement pour la Femme. Nous pensons que cette position permet de faire avancer le mouvement communiste dans son ensemble, parce qu’elle permet d’aller dans le sens de l’Histoire, de sortir de la réaction, et parce qu’elle permet de renforcer l’engagement des femmes communistes. Les femmes féministes communistes s’engagent plus intensément dans la lutte des classes et dans leur développement en tant que cadres communistes que si elles restaient dans un rôle genré, soumises à la domination masculine. Notre ligne féministe répond à des besoins concrets mis en évidence par la pratique. Nous avons besoin de femmes formées et combatives pour construire le Parti, nous avons besoin que des femmes soient recrutées, qu’elles soient déterminées à lutter, qu’elles soient convaincues qu’elles se libéreront du Capital et du patriarcat, qu’elles mettent leur vie en jeu pour la libération de l’humanité entière, pour la transformation du monde.

    Pour avoir ces femmes formées, nous mettons en place une ligne politique capable de lutter contre les poisons patriarcaux répandus chez les hommes et chez les femmes. Une ligne politique capable de lutter contre la violence des hommes, mais aussi contre la stagnation et la passivité des femmes.

    B. En quoi les comportements patriarcaux sont un poison pour la lutte révolutionnaire ?

    L’éducation patriarcale de l’Homme renforce les comportements nocifs pour les autres, et donc pour la lutte révolutionnaire. Outre les violences sexistes et sexuelles, ces défauts sont : l’individualisme, l’indiscipline, la vantardise, la création d’une hiérarchie masculine basée sur la force et le charisme, etc. Le patriarcat engendre des comportements libéraux tout autant que la culture petite-bourgeoise des centres impérialistes. Ainsi, le virilisme entretient la médiocrité du mouvement communiste français, et la stagnation et la médiocrité du mouvement communiste français renforcent sa culture viriliste.

    Le virilisme des hommes communistes rend leur pratique performative, et surtout esthétique. Quand le virilisme rend la pratique performative, les actions sont pensées pour montrer sa force aux autres groupes d’hommes — y compris les actions en non-mixité femme qui reprennent les mêmes codes —, la stratégie de la propagande est viriliste, esthétique et mouvementiste. Les actions de propagande ne sont pas réfléchies, elles manquent de discipline, elles manquent de réflexion vis-à-vis de la balance entre bénéfices et risques. Les tactiques de recrutement se font envers les hommes. Au final, c’est la tactique viriliste qui devient stratégie. Le virilisme entretient le manque de sens de la pratique communiste dans les centres impérialistes. Nos esprits sont parasités par un univers communiste entièrement masculin, la pratique l’est donc également. La pratique, c’est-à-dire l’application de la théorie dans le réel, ne peut pas être miraculeusement déconnectée de la manière dont nous voyons le monde — à travers un filtre patriarcal. La pratique des hommes et des femmes communistes est une pratique entachée par le virilisme — virilisme qu’il faut combattre, comme le font nos camarades du TKP-ML lorsqu’ils disent qu’il faut « tuer l’Homme en soi ».

    Les comportements patriarcaux créent un antagonisme entre hommes et femmes prolétaires. La contradiction Homme-Femme possède des aspects antagoniques et non antagoniques, comme toutes les contradictions. Il ne faut pas considérer une contradiction non antagonique comme étant antagonique. Cependant, refuser de voir qu’une contradiction est antagonique ne peut que renforcer l’antagonisme de celle-ci. Pour résoudre la contradiction Homme-Femme de manière non antagonique, il faut d’abord résoudre son antagonisme de manière antagonique. Ce ne sont pas les féministes qui créent une relation antagonique entre hommes et femmes, ce sont les hommes et femmes défendant les comportements patriarcaux, refusant de combattre leur propre misogynie, qui renforcent la contradiction Homme-Femme, et la rendent antagonique. Les féministes luttent pour que les problèmes soient abordés, et que des solutions soient trouvées. C’est-à-dire qu’elles imposent que la lutte des lignes soit visible, que la critique et l’autocritique se fassent, et que des solutions concrètes soient trouvées. Ce n’est que par l’acceptation de la réalité de la lutte entre l’Homme et la Femme, de la nécessité des positions radicales en faveur de la Femme, que l’antagonisme sera réellement combattu, et que la lutte révolutionnaire sera efficace.

    Ainsi, pour une lutte des lignes saine au sein de l’organisation, pour une progression collective saine, des cadres femmes féministes communistes doivent être formées.

    C. La formation des cadres femmes

    Les organisations communistes doivent aujourd’hui avoir pour priorité de former des cadres communistes, comme nous l’avons développé dans Notes sur la situation et la stratégie en France (2024). Pour développer ces cadres, nous transformons les individus en partant de ce qu’elles et ils sont maintenant. C’est-à-dire que nous trouvons l’étincelle révolutionnaire en elles et eux, et nous la transformons en feu. Le féminisme, la colère des femmes contre les hommes, est une étincelle à nourrir, un potentiel révolutionnaire non négligeable. Les groupes communistes ont peur que cette colère se transforme en misandrie vide de conscience politique, et qu’elle détruise leur organisation. Pourtant, c’est bien l’absence de lutte féministe au sein des organisations communistes qui est le plus souvent source de scission. C’est l’absence de cadres politiques femmes, et la détention des pouvoirs par une élite d’intellectuels hommes, qui pose problème dans les organisations. Nier l’importance de la contradiction entre l’Homme et la Femme dans la vie de tous les jours, et donc dans les organisations elles-mêmes, c’est renforcer cette contradiction, aller vers des crises, et être démuni lors du déclenchement de ces crises.

    Partir de la colère des femmes pour les transformer en cadres formées politiquement ne peut qu’aller dans le sens du développement d’une ligne juste, parce que la formation politique et idéologique permettra d’éviter les erreurs — la misandrie et le manque de sororité — tout en développant réellement le pouvoir concret des femmes au sein des organisations. Une absence de théorie marxiste et féministe va de pair avec une misandrie chaotique et dangereuse ; alors que le développement de la théorie marxiste et féministe, l’acceptation de la réalité du rapport de force entre l’Homme et la Femme, et la création d’une sororité forte, permettent le développement d’une camaraderie réellement saine entre hommes et femmes, et permettent une meilleure formation de cadres (hommes et femmes).

    Le développement de ces cadres femmes communistes féministes se fait en même temps que la mise en place d’éléments de dictature féministe, de « discrimination positive », avec le consentement des camarades hommes, qui prennent la décision éclairée et non contrainte de lutter contre leur propre domination. Pourquoi ? Parce que les communistes se battent pour les intérêts historiques de l’humanité entière. Les hommes communistes travaillent à abandonner leurs intérêts patriarcaux de court terme afin de se battre pour les intérêts de l’humanité de long terme — dont la fin de la contradiction entre l’Homme et la Femme. Ainsi, un camarade homme qui veut se transformer afin de devenir cadre communiste doit se former au féminisme, et se soumettre à l’autorité de ses cadres communistes féministes. Les cadres femmes et hommes travaillent ensemble à la transformation collective, et en même temps luttent les unes et les uns contre les autres. Cette lutte renforce l’unité, et permet une transformation collective supérieure.

    Mais que veut dire devenir cadre aujourd’hui en France ?

    Devenir cadre communiste c’est faire le choix, aujourd’hui, de dédier sa vie au communisme, de tout faire pour se transformer et transformer les autres. Devenir cadre c’est se dédier à une cause supérieure, qui relie les communistes du monde entier entre eux, à travers le temps. Plus concrètement les cadres se forment constamment théoriquement et idéologiquement avec leurs camarades. La formation est collective, parce que le savoir est toujours collectif, l’évolution est toujours collective. Les camarades apprennent des expériences concrètes, des débats, des unes des autres. Être cadre c’est mettre en pratique la théorie. Nous pouvons résumer de manière schématique que la ligne juste se trouve collectivement en analysant la réalité concrète, puis les cadres trouvent comment appliquer cette ligne, passent à la pratique, avec succès et échecs, permettant au collectif d’apprendre des erreurs, et ainsi de suite. Bien évidemment, dans la situation actuelle d’absence de Parti, dans l’état sectaire du mouvement communiste, il n’existe pas de « vrais » cadres.

    Dit plus vulgairement, être cadre communiste aujourd’hui c’est trouver le moyen de transformer des individus libéraux en militantes et militants communistes.

    Les organisations communistes ont besoin de former le plus de cadres possible, parce que ce sont les cadres qui appliquent les lignes de l’organisation, qui agissent sur le réel. Ces cadres doivent être d’un haut niveau de qualité et doivent constamment progresser. À partir de ce constat, il est clair que l’absence de recrutement et de formation des femmes est un handicap important pour les organisations communistes — la moitié de la population n’est pas recrutable, les femmes des organisations ne sont pas formées —, alors elles passent à côté du recrutement et de la formation de cadres potentiels. Il est donc grave que les femmes communistes, particulièrement des centres impérialistes, stagnent dans des rôles organisationnels. La formation politique des femmes est une priorité.

    Dans les centres impérialistes les femmes ne s’engagent que dans les luttes féministes, elles ne s’engageront pas en nombre dans les organisations communistes si ces organisations ne démontrent pas dans la théorie et dans la pratique leur volonté de s’attaquer à l’abolition de la domination de l’Homme sur la Femme.

    Mais comment une femme peut-elle devenir cadre ? Comment une femme peut-elle trouver sa place dans le mouvement communiste aujourd’hui en France ?

    Devenir cadre communiste est plus difficile pour les femmes que pour les hommes. Les femmes sont moins nombreuses, ont plus de tâches à accomplir dans leurs vies privée et militante, elles sont confrontées à des situations émotionnellement plus difficiles (notamment la gestion des violences sexuelles), leur autorité est constamment remise en question, et surtout elles doivent davantage se transformer que leurs camarades hommes. Pourquoi doivent-elles davantage se transformer ? Parce que les femmes, même celles qui s’engagent dans le communisme, sont généralement soumises et passives. Elles ont été conditionnées à l’être. Elles font tout pour être invisibles, pour combler les besoins des autres avant les leurs, pour transformer les autres avant elles-mêmes. Elles doivent apprendre à être là, à prendre de la place. Elles doivent apprendre à vouloir le pouvoir (sans copier les méthodes virilistes des hommes), elles doivent apprendre et transmettre le savoir, etc. En plus de se transformer, elles doivent transformer les autres femmes, et installer une base sur laquelle construire une sororité solide. Elles doivent prendre de la place pour elles et pour les autres femmes. Elles doivent combattre la volonté des autres femmes d’être des « mères » (remplir des rôles maternels dans les organisations et avec leurs camarades hommes).

    Une femme peut devenir cadre communiste à la condition qu’elle décide de se battre pour elle et pour toutes les femmes dès maintenant. C’est la tâche des femmes communistes de construire le féminisme communiste, de recruter et former d’autres femmes, et ceci en étant dans une organisation communiste mixte, en grandissant et en se transformant avec les camarades hommes.

    Mais comment recruter des femmes ?

    Lorsqu’on est une femme en France aujourd’hui, la contradiction principale dans la vie de tous les jours est la contradiction entre l’Homme et la Femme, comme nous l’avons vu précédemment : « à des millions de moments dans la vie d’une femme, dans chacune de ses interactions avec les hommes, la contradiction principale qui détermine ces interactions hommes-femmes est la contradiction Homme-Femme ». Il semble donc logique que la plupart des femmes aient pour premier réflexe de s’engager dans des organisations féministes, et non dans des organisations communistes. Les communistes payent le prix fort de leur retard concernant le féminisme : les femmes ne s’engagent pas dans leurs organisations puisqu’elles n’y ont aucun intérêt immédiat visible. Pourquoi s’engager dans des organisations qui ne luttent pas dès maintenant pour les femmes ? Pourquoi s’engager dans des organisations qui traitent les femmes de la même manière qu’elles sont traitées dans le reste de la société ? Pourquoi s’engager dans une structure où la seule perspective est d’être ce qu’on est déjà dans la vie de tous les jours ? En posant ces questions, il devient également évident que le profil des femmes s’engageant dans les organisations féministes est atypique — ce ne sont pas nos meilleures représentantes.

    Nous faisons plusieurs constats de la situation actuelle quant au recrutement de femmes dans les organisations communistes. Déjà, il est normal qu’au stade de développement sectaire les organisations soient en majorité masculines — tout comme il est normal qu’elles soient en minorité prolétaires. Nous devons donc développer le féminisme communiste avec peu de femmes, travailler à faire de la place pour des femmes qui ne sont pas encore là. Nous devons faire des efforts dans le recrutement de femmes, tout en sachant qu’elles auront moins tendance à s’engager dans nos organisations. Plusieurs solutions idéalistes nous ont déjà été proposées, comme celle de mettre en place des quotas. Ce genre de solution signifie la mort pour une secte, l’impossibilité de se développer. Les organisations communistes doivent toujours partir de leur situation concrète pour trouver des solutions concrètes. Le problème du recrutement des femmes dépend principalement de facteurs que nous ne contrôlons pas (les conditions de vie dans un centre impérialiste), mais il dépend dans une moindre mesure d’un facteur sur lequel nous avons un pouvoir : la qualité théorique. En parlant de féminisme, en travaillant la théorie féministe, en formant théoriquement des cadres communistes femmes, nous pourrons attirer des femmes déterminées.

    Conclusion

    « “Ce qu’ils ne peuvent et ne veulent pas voir, c’est que les soucis moraux sont une maladie au même titre que n’importe quelle affection physique.”

    L’hystérie des femmes, c’est le résultat de cette impasse qui rend folle, la volonté et l’impossibilité d’en sortir :

    “Je n’arrive pas à étouffer mon désir de tenter quelque chose”.

    Elles disent l’attente éternelle des femmes — “attendre indéfiniment”, gémit Eleanor — qui ne disposent ni de leur temps ni de leur vie. Le socialisme les invite à la lutte des classes… mais à la patience dans leurs revendications féministes. Nouvelles Pénélopes dont I’Ulysse est la Révolution qui jamais ne vient. »18

    La moitié de l’humanité est engagée dans une lutte contre l’autre moitié. Cette lutte nous unit toutes à travers les mêmes émotions, la plus intense étant la colère. La colère de ne rien pouvoir avoir, d’être confrontées aux mêmes murs, d’être invisibles dans un monde d’hommes. Cette colère ne doit pas rester isolée, sans but, sauvage. Elle doit être canalisée dans l’organisation et la lutte communiste, dans la transformation du monde.

    Les organisations et Partis communistes évoluent lentement, mais nous sommes persuadés que lorsque le mouvement communiste sera de nouveau plus avancé sur la voie de son développement, le féminisme communiste le sera également.

    Aujourd’hui, les communistes sont majoritairement des hommes, qui fantasment sur une histoire prolétarienne viriliste. Les femmes ne sont pas représentées, elles ne sont de toute façon pas la cible des recrutements. Pourtant, les femmes comme Eleanor Marx ont posé les premières pierres qui nous permettent aujourd’hui d’aller plus loin, d’avoir comme objectif la prise du pouvoir. Les fantômes invisibles de notre passé nous ont appris ce qui nous attend si nous ne comprenons pas la nécessité de ce combat, si nous demandons moins que la dictature féministe.

    Devant ces sacrifices, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui, que font toutes les camarades femmes, nous ne pouvons pas reculer. Nous ne cesserons jamais de demander plus, nous ne cesserons jamais d’avancer, parce que nous n’arriverons pas à « étouffer [notre] désir de tenter quelque chose ».

    En tant que communistes notre objectif est de changer le monde. De changer l’humanité entière. Notre ambition est colossale. Elle ne peut que l’être tout autant vis-à-vis du féminisme. À la guerre de l’Homme contre la Femme, nous répondons par la guerre de la Femme contre l’Homme.

    1 Pour plus de développement sur cette question, voir « Pourquoi défendre la libération nationale ? », Unité communiste, 4 juillet 2024.

    2 Unité communiste, Sur Unité communiste, 2023.

    3 K. Marx et F. Engels, L’idéologie allemande, 1846.

    4 F. Engels, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, 1884.

    5 Nous parlons ici de la contradiction précédent le patriarcat, entre mâle et femelle. La contradiction Homme-Femme est ce qu’Engels appelle la famille, ou ce que l’on peut appeler le patriarcat.

    6 Ibidem.

    7 Ibidem.

    8 K. Ghodsee, Pourquoi les femmes ont une meilleure vie sexuelle sous le socialisme, 2018.

    9 Ibidem.

    10 Ibidem.

    11 Ibidem.

    12 Ibidem.

    13 Ibidem.

    14 Nous nous basons sur le témoignage de nos camarades féministes de l’Union maoïste de l’Oural.

    15 La création de notre organisation est directement liée à une attaque misogyne contre l’une de nos camarades, d’un viol, et de la défense du violeur par le Parti communiste maoïste. Bien qu’une autocritique ait été effectuée par cette organisation, notre ligne féministe en fut marquée de manière indélébile. Nous avons vécu de près ce qui arrive dans la majorité des organisations : des femmes détruites par des hommes.

    16 Par exemple, lors de la scission (déclenchée par une affaire de viol) des Jeunes révolutionnaires, et donc de la création de la Ligue de la jeunesse révolutionnaire, l’un des premiers textes écrits par ces derniers était antiféministe. Les mêmes femmes qui avaient défendu le violeur se sont concentrées sur le lancement d’un groupe défendant la « lutte des femmes », ne revendiquant que des droits économiques.

    17 « Vraie nature » au sens de l’Homme comme socialement construit, non l’humain mâle.

    18 M. Perrot, « Introduction », Les filles de Karl Marx, 1979.

  • Tous les hommes

    En ce moment a lieu le procès des viols de Mazan, où Dominique Pelicot est accusé d’avoir drogué et fait violer Giselle Pelicot par au moins 83 hommes. Ce procès met en lumière l’ampleur de la culture du viol : les avocats de la défense tentent de blâmer la victime malgré les preuves et la violence des crimes ; la plupart des violeurs nient avoir violé et ceux qui avouent avoir violé nient avoir eu conscience qu’ils violaient — démontrant ainsi l’absence d’empathie qu’ils avaient pour la victime. Ce procès montre la vision que les hommes, et la société entière, ont des femmes : des objets sexuels consommables. Bien évidemment les hommes peuvent avoir de l’empathie pour les femmes, et comprennent que ce sont des humains. Mais, tous vivent des moments où le prédateur prend le dessus et où ils ne voient plus l’humaine en face d’eux, ils ne voient que l’objet à posséder.

    Ces moments où le prédateur domine brisent la vie des femmes, brisent une partie d’elles. Chaque année les groupes féministes diffusent les chiffres accablants des violences sexistes et sexuelles, du harcèlement de rue, des agressions, viols, féminicides. Ces chiffres montrent concrètement la violence terroriste patriarcale et son omniprésence dans nos intimités. Les organisations révolutionnaires n’échappent pas à ces violences. Les violences sexistes et sexuelles sont très courantes dans le milieu militant, et sont souvent source de scissions de débats, de lutte entre différents groupes. Ces violences sont de mieux en mieux traitées, les agresseurs sont de plus en plus ostracisés et les victimes de mieux en mieux protégées. Mais, malgré ces progrès, le milieu militant est encore loin d’atteindre le niveau nécessaire pour que les femmes puissent militer en sécurité : manque de communication entre organisations, manque de formation féministe auprès des hommes comme des femmes, manque d’action, banalisation des relations sexuelles en tant que consommation de l’autre, manque d’analyse des outils de domination des hommes (via la classe, l’âge, le niveau hiérarchique), etc. En attendant certaines femmes gardent des cicatrices à vie parce qu’elles ont subi la violence d’un homme qu’elles appelaient camarade, et que leur organisation n’a pas su les protéger. Certaines femmes cessent de militer parce qu’elles ne supportent plus la dangerosité du milieu militant, d’autres ne s’y engagent pas, pour les mêmes raisons.

    Dans notre organisation nous n’avons pour l’instant jamais eu à traiter de cas de violence sexuelle. Mais nous avons déjà eu à débattre du cas d’un homme demandant à rentrer dans notre organisation, alors qu’il était un agresseur sexuel — nous avons refusé son recrutement. Lors des débats, l’un de nos camarades a déclaré qu’il ne fallait pas que les femmes de notre organisation ne se sentent pas en sécurité à cause de la présence de prédateurs sexuels, que l’on devrait refuser ces admissions pour que les femmes se sentent en sécurité. Ce camarade avait tort. Le problème dans ce cas là n’est pas la peur. Nous, les femmes, n’avons pas peur que des agresseurs sexuels connus, c’est-à-dire déjà exposés publiquement, nous agressent. Nous sommes en colère, et nous sommes dégoûtées par eux. Ce qui nous fait réellement peur est ce que l’on pourrait découvrir sur les hommes n’ayant pas été exposés, nous avons peur des « monstres » cachés, des prédateurs en puissance, nous avons peur de la trahison. Nous avons peur de militer avec des violeurs sans le savoir.

    Le camarade ayant parlé de sécurité réagissait avec bienveillance, mais il nous démontre que malgré nos discours féministes, nous sommes toujours vues comme des victimes. Les femmes féministes communistes de notre organisation ne sont pas vues comme pouvant faire preuve de violence, comme pouvant exercer le pouvoir sur ces agresseurs. Elles sont vues comme subissant la violence, comme n’ayant pas de pouvoir. Pourtant nos lignes politiques prétendent le contraire, nous sommes formées à la violence, nous sommes armées. Alors pourquoi ne sommes-nous pas vues comme une menace pour ces agresseurs ? Pourquoi sommes-nous toujours des victimes ? Parce que nous sommes des femmes. Les féministes, particulièrement le courant des féministes radicales, ont su démontrer brillamment comment, dans la contradiction entre l’Homme et la Femme1, l’Homme est le prédateur, le dominant, la Femme la victime, la soumise, et comment l’Homme a le pouvoir, et la Femme, les féministes, n’en n’ont pas. Ceci est une réalité, dire que nous visons le pouvoir, que nous voulons utiliser la violence, ne va pas rendre concrets ces derniers. Nous sommes encore les victimes, et nous devons trouver comment prendre le pouvoir. Nous devons passer de l’idée au concret.

    « Faire face à la vraie nature du système de classes de sexe signifie en bout de ligne que l’on doit détruire ce système ou s’y plier. Faire face à la vraie nature du pouvoir masculin sur les femmes signifie également que l’on doit détruire ce pouvoir ou s’y plier. Les féministes, parce qu’elles n’ont aucun pouvoir, veulent détruire ce pouvoir ; les femmes de droite, parce qu’elles n’ont aucun pouvoir elles non plus, s’y plient parce qu’elles ne voient tout simplement aucune façon de s’en dégager. Ceux qui ont le pouvoir ne les aideront pas ; celles qui, comme elles, n’ont pas de pouvoir en semblent incapables. Quant aux féministes, après les nombreuses défaites de mouvements précédents et face à ce qui apparaît comme une nouvelle désintégration (la défaite de l’Equal Rights Amendment aux États-Unis et le risque que soient adoptés le Family Protection Act, le Human Life Amendment ou Statute et d’autres initiatives sociales, politiques et juridiques prônant la subordination des femmes*), il est temps qu’elles affrontent les vraies questions. [* Des féministes partout dans le monde signalent des ressacs semblables.] » (A. Dworkin, Les femmes de droite, 1983.)

    La réaction de soumission au patriarcat est courante lorsque des hommes dans des organisations politiques sont accusés de violences sexuelles : l’empathie et la répulsion de devoir admettre l’éventualité que les autres hommes puissent être aussi coupables des mêmes crimes. Les femmes de ces organisations ressentent le malaise de ne pas savoir quoi faire, de voir la banalité, mais de ne la comprendre que par le regard de victimes, alors que leurs camarades hommes la comprennent par le regard de dominant, de prédateur. L’empathie de ces camarades hommes envers les agresseurs n’est pas qu’envers l’humain, mais aussi envers leur frère prédateur. Cette empathie prend souvent la forme de la réhabilitation, de l’encadrement des agresseurs afin qu’ils se transforment, afin qu’ils ne puissent plus jamais blesser des femmes. Mais il est trop facile de se rassurer en se disant qu’il vaudrait mieux rééduquer ces hommes plutôt qu’ils soient seuls, sans poser le problème évident de qui prend cette décision. Qui prend la décision de croire en la transformation de ces agresseurs et pourquoi ?

    Dans ce type de situation, nous devons nous demander quelle décision nous fait avancer vis-à-vis de la résolution de la contradiction entre l’Homme et la Femme. La décision juste est celle qui fait grandir le pouvoir de la Femme, et brise la domination de l’Homme. Mais comment l’appliquer dans les cas concrets ?

    Le procès des viols de Mazan provoque une prise de conscience dans une partie de la société et nous l’espérons, dans une partie du milieu militant. Chaque jour nous constatons que la défense des « monstres » est exactement la même que celles des « petits monstres », qu’il n’y a pas de limite entre les différents degrés de gravité d’agressions sexuelles, il n’y a que la banalité de la domination masculine, que l’absence d’humanisation des femmes dans leur ensemble. Il n’y a que la violence, que la crasse, que la souffrance. Il n’y a que la continuité entre les agressions banales et les agressions spectaculaires.

    Aujourd’hui il ne nous reste que la colère. La colère de voir les femmes subir toujours plus de violence, la colère de voir les femmes s’effacer, la colère de voir tout le monde oublier. Nous vivons dans la dissonance cognitive constante, incapables de gérer la violence de nos relations intimes hommes/femmes, incapables d’accepter que ce que l’on croyait qu’était l’amour puisse à ce point être lié à la déshumanisation, à l’horreur.

    Dans tous les cas de violences sexuelles que nous avons pu voir dans le milieu militant nous avons observé les mêmes mécanismes  : domination, emprise, violence, possession, virilisme, perte de contrôle, alcool et drogues. Peu importe les réactions de ces agresseurs, des organisations, nous observons toujours les mêmes conséquences : mise à l’écart des victimes, absence d’action préventive, absence de formation, absence de conséquences graves dans la vie de l’agresseur. Les agresseurs sont traités comme des monstres atypiques — les autres hommes seraient de parfaits alliés — ou comme des hommes normaux — leurs actes ne sont pas si graves puisque banals.

    Si les hommes en général veulent réellement ne pas être des agresseurs, ils doivent d’abord reconnaître qu’ils le sont en potentiel, qu’ils manquent d’empathie envers les femmes, qu’ils les déshumanisent régulièrement. Sans accepter ce constat, il est impossible pour eux de se transformer, impossible de lutter contre le « monstre » en eux. Le constat que tous les hommes sont des prédateurs ne doit jamais servir à banaliser les actes de violence. Il doit servir à ce que les hommes tuent l’Homme en eux. Quant aux femmes, nous devons accepter le même constat, afin de pouvoir accepter la tâche qui nous incombe : combattre. Combattre autant la soumission féminine que la domination masculine. Nous, féministes communistes, devons nous organiser pour imposer notre domination sur nos camarades hommes. Nous devons tout faire pour que lorsque des hommes ayant été accusé de VSS nous approchent, le réflexe de nos camarades ne soient pas de nous protéger, mais d’avoir confiance en nous, en notre force.

    « Nous sommes toutes censées partager et tenir pour acquis les lieux communs de l’équité sociale et civique ; pourtant, ces lieux communs sont basés sur notre silence. Ce qui passe pour normal dans la vie est basé sur ce même silence. Le genre lui-même — ce que sont les hommes, ce que sont les femmes — est fondé sur le silence imposé aux femmes ; et les opinions au sujet de la collectivité — ce qu’est une collectivité, ce qu’une collectivité devrait être — sont basées sur ce silence. Les sociétés ont été organisées de façon à maintenir le silence des femmes — ce qui laisse entendre que nous ne pouvons briser ce profond silence sans changer les façons dont les sociétés sont organisées. Nous avons commencé à briser ce profond silence. Nous avons nommé comme telle la force utilisée contre nous, qui a longtemps été appelée autrement. C’était, par exemple, un droit légal conféré aux hommes dans le mariage. Ils pouvaient forcer leurs épouses au coït et on n’appelait pas cela de la force ou du viol ; on appelait cela du désir ou de l’amour. Nous avons contesté la vieille idéologie qui faisait de la conquête sexuelle un jeu “naturel” où les femmes sont des cibles et les hommes des héros conquérants. Nous avons dit que ce modèle était lui-même prédateur et que ceux qui en actualisent les impératifs agressifs sont des prédateurs, pas des amants. Nous avons dit cela. Nous avons identifié le viol ; nous avons identifié l’inceste ; nous avons identifié la violence conjugale ; nous avons identifié la prostitution ; nous avons identifié la pornographie — comme autant de crimes contre les femmes, de façons d’exploiter les femmes, de façons de faire souffrir les femmes qui sont systématiques et soutenues par les pratiques des sociétés où nous vivons. Nous avons identifié l’exploitation sexuelle comme une forme de violence. Nous avons identifié l’objectification des femmes et leur transformation en produits marchands comme des pratiques déshumanisantes, profondément déshumanisantes. Nous avons identifié l’objectification et l’exploitation sexuelle comme des mécanismes servant à créer de l’infériorité, de l’infériorité réelle : pas un concept abstrait mais une vie vécue en tant que personne inférieure dans une société civile. Nous avons identifié les modèles de violence qui se produisent dans les rapports intimes. Nous savons que la plupart des viols ne sont pas commis par l’étranger dangereux et prédateur mais par le copain, l’amant, l’ami, le mari ou le voisin dangereux et prédateur, par l’homme dont nous sommes le plus proches et non le plus éloignées. Et nous avons appris plus de choses à propos de l’étranger, aussi. Nous avons appris à mieux connaître les façons qu’ont de nous cibler et de nous pourchasser des hommes que nous ne connaissons pas. Nous avons refusé d’accepter l’a priori de cette société qui tient la victime responsable de la violence qu’elle vit. Nous avons refusé d’accepter qu’elle ait provoqué cette violence, qu’elle l’ait souhaitée, qu’elle l’ait aimée. […]

    Que reste-t-il à faire ? Penser à aider une victime de viol est une chose ; penser à mettre fin au viol en est une autre. Nous devons mettre fin à la violence conjugale. Nous devons mettre fin à l’inceste. Nous devons mettre fin à la violence des maris. Nous devons mettre fin à la prostitution et nous devons mettre fin à la pornographie. Cela veut dire que nous devons refuser d’accepter l’idée qu’il s’agit de phénomènes naturels qui se produisent simplement parce qu’un type a une journée difficile. […]

    Pour moi, il nous faut insister sur les auteurs des crimes commis contre les femmes au lieu de nous poser sans cesse les questions : “Pourquoi est-ce arrivé à elle ? Qu’est-ce qu’elle a d’anormal ? Pourquoi l’a-t-il choisie, elle ?” Mais pourquoi devrait-il frapper ou blesser qui que ce soit ? Qu’est-ce qu’il a d’anormal ? La question, c’est lui. Le problème, c’est lui. C’est sa violence à lui que nous nous retrouvons à fuir, dont nous nous cachons et dont nous souffrons. Le mouvement des femmes doit être prêt à nommer l’agresseur, à nommer l’oppresseur. Le mouvement des femmes doit refuser d’exiler les femmes qui portent la puanteur de l’agression sexuelle, son odeur, son stigmate, sa marque. […]

    Nous sommes celles qui devons dire — en paroles, en actions, en politiques sociales, en droit — non, les hommes ne sont pas propriétaires des femmes. Pour y arriver, il nous faut de la discipline politique. Il nous faut prendre au sérieux les conséquences de la violence sexuelle pour nous, les femmes. Il nous faut comprendre les effets qu’a eus sur nous la violence sexuelle — pourquoi est-ce si terriblement difficile de nous organiser politiquement ? Il nous faut comprendre que la violence sexuelle nous a brisées en un million de morceaux et que nous portons en nous tous ces morceaux qui s’entrechoquent : nous sommes fracassées de l’intérieur ; un chaos ; apeurées et hésitantes quand nous ne sommes pas gelées et engourdies. Nous sommes des héroïnes pour ce qui est d’endurer mais, jusqu’à maintenant, des lâches pour ce qui est de résister. […]

    Pourquoi des femmes sont-elles vendues au coin des rues et torturées chez elles dans des sociétés qui se prétendent basées sur la liberté et la justice ? Quelles actions faut-il poser ? Que nous en coûtera-t-il et pourquoi avons-nous trop peur de payer ce prix ? Les femmes qui ont tiré quelques avantages du mouvement des femmes ont-elles peur que la résistance ou la rébellion ou même le fait de poser des questions politiques leur coûte le peu qu’elles ont obtenu ? Pourquoi négocions-nous encore une par une des compromis avec les hommes au lieu de réclamer collectivement ce qu’il nous faut ? […]

    Enfin, je sais que, dans cette pièce, certaines d’entre vous sont ces femmes dont j’ai parlé. Je le sais. Les gens autour de vous ne le savent peut-être pas. Je vais vous demander d’utiliser chacune des choses dont vous pouvez vous souvenir sur ce qui vous a été fait — comment, où, par qui, quand et, si vous le savez, pourquoi — afin de commencer à tailler en pièces la domination masculine, à la démanteler, la vandaliser, la déstabiliser, la brouiller, l’entraver, la saccager. Je dois vous demander de résister, de ne pas céder — de détruire le pouvoir qu’exercent les hommes sur les femmes, de refuser de l’accepter, de l’avoir en horreur et de faire tout ce qu’il faudra, quoi qu’il vous en coûte, pour l’abolir. » (A. Dworkin, Souvenez-vous, résistez, ne cédez pas : Anthologie, 2017.)

    Les luttes féministes qui nous précèdent ont obtenu de grandes avancées pour les droits des femmes, et pour la reconnaissance de la culture du viol, particulièrement depuis Me too. Mais nous voyons que le mouvement féministe ne s’est pas plus structuré, et en est toujours au stade de la dénonciation des violences. Nous voyons dans le procès des viols de Mazan que les institutions, avocates et avocats, élus, et une partie de la population, défendent toujours la culture du viol, défendent les agresseurs, laissent faire l’humiliation de la victime. Nous savons que les plaintes pour viol n’aboutissent pas et que les victimes sont seules. Nous savons que même dans le milieu militant les hommes expriment toujours leur misogynie, souvent derrière un masque, et que les agresseurs sont à peine combattus — ils ne risquent au pire que l’exclusion de leur organisation. Les luttes légalistes et pacifistes ont montré leur limite.

    L’étape supérieure, d’organisation des femmes et de lutte concrète et massive contre le patriarcat stagne. Nous faisons le lien direct avec la décomposition du mouvement communiste, ce dernier n’a pas su évoluer, n’a pas su continuer à être à l’avant-garde de la science, de l’analyse du réel. Ainsi, il n’a pas étudié les différents apports des féministes, il n’a pas continué à développer le féminisme communiste. Pourtant, le communisme vise la fin de toutes les contradictions sociales de l’Histoire, et donc de la contradiction entre l’Homme et la Femme. Nous voulons la fin de l’oppression de toutes les femmes, le dépassement de la contradiction, la fin du genre. Le mouvement communiste est pourtant le seul à pouvoir organiser et former les femmes, à pouvoir combattre le capitalisme et le patriarcat. Le capitalisme s’appuie sur le patriarcat pour se développer, les communistes sont obligés de combattre le patriarcat en même temps que le capitalisme, et les féministes sont obligées de combattre le capitalisme en même temps que le patriarcat. Le divorce entre le mouvement féministe et le mouvement communiste doit prendre fin, afin que le mouvement féministe puisse passer à un nouveau stade d’organisation, et prendre le pouvoir — instaurer la dictature féministe, tout comme la dictature du prolétariat. Nous devons développer dès aujourd’hui des cadres féministes communistes, nous devons construire une organisation où le pouvoir est déjà celui de la Femme, et non celui de l’Homme. C’est le seul moyen pour les femmes d’évoluer, d’endurer, de résister, de combattre.

    « Nous sommes des héroïnes pour ce qui est d’endurer mais, jusqu’à maintenant, des lâches pour ce qui est de résister. » Nous allons aller plus loin que la résistance, nous irons jusqu’au pouvoir, nous écraserons les défenseurs et défenseuses de la domination masculine sur notre passage. Nous serons pire que les agresseurs, parce que leur violence ne pourra pas être dépassée par une violence inférieure à la leur. Nous instaurerons un terrorisme féministe pour combattre le terrorisme patriarcal. Et lorsque nous aurons concrètement le pouvoir, nous pourrons imposer l’égalité. Le pouvoir de l’Homme n’est pas immatériel, le pouvoir de la Femme ne peut pas passer uniquement par la parole, il doit passer par le concret. Les femmes communistes doivent se transformer afin que la peur change réellement de camp. Nous ne pouvons attendre que les hommes cessent d’agresser, ou qu’ils se transforment. Nos alliés hommes communistes sincères suivront volontiers la ligne juste, mais ce sont les femmes qui mènent cette lutte, qui est bien concrète, et englobe tous les aspects de la vie.

    Le patriarcat se défend autant que le capitalisme. Il faut cesser de croire que le combat qui nous attend se fera en douceur, naturellement. Nous, communistes, hommes comme femmes, devons nous préparer à la violence que nous devrons infliger — comme toute violence révolutionnaire. Nous devons nous préparer aux sacrifices à venir. Plus vite nous comprenons l’ampleur du combat à venir et la nécessité de l’organisation féministe, de la dictature féministe, plus nous réussirons à construire la camaraderie entre toutes et tous les camarades, nécessaire à la construction du Parti. L’unité ne se fera que dans l’acceptation de la réalité du rapport de force entre la Femme et l’Homme, l’acceptation de la nécessité de l’exercice du pouvoir de la Femme.

    1 Homme et Femme en tant que construction sociale, non en tant que mâle et femelle.

  • Le Parti Maoïste de Russie appelle à une journée d’action le 22 mai 2022 sous le slogan « Le féminisme n’est pas toxique »

    Le Parti Maoïste de Russie appelle à une journée d’action le 22 mai 2022 sous le slogan « Le féminisme n’est pas toxique »

    Nous publions cet appel du Parti Maoïste de Russie à une journée d’action en faveur du féminisme le 22 mai. En effet, en Russie, le pouvoir promeut une vision traditionnaliste et rétrograde de la société. Considérés comme des idées occidentales « extrémistes », les mouvements féministes et LGBT sont accusés de saper les bases de la société russe. Avec la guerre, une fracture encore plus grande s’est formée entre Russie et Occident. Cela accentue la pression sur celles et ceux qui veulent connaître une évolution des mœurs et des rapports sociaux et familiaux. Il ne faut pas oublier que, en 2016, le gouvernement Russe avait déjà dépénalisé les violences conjugales. Nos camarades du RPM sont en première ligne face à la répression : leur travail est irremplaçable ! Soutenons les et soutenons l’ICOR !

    Contre la censure anti-féministe et la répression en russie!

    Après la chute du capitalisme bureaucratique en 1991, le mouvement des femmes de masse de la Russie a commencé à se développer progressivement. Cette évolution a été facilitée par la disparition de la pression du révisionnisme soviétique et par un fort échange culturel avec les pays occidentaux. Mais la base la plus importante du développement du féminisme russe a été les réformes néolibérales du gouvernement, qui ont gravement affecté la position des femmes dans la société. Le nombre d’emplois féminins a diminué en raison de l’effondrement de secteurs entiers de l’économie. Les revenus des femmes ont été touchés par la baisse générale du niveau de vie. Le nombre de femmes impliquées dans la prostitution a augmenté et les femmes ont été activement exportées à l’étranger. Dans les années 1990, la situation criminelle ne s’est pas améliorée en raison du niveau élevé de banditisme et de la grande consommation d’alcool. Tout cela a conduit à un niveau élevé et constant de violence à l’égard des femmes. Toutefois, le gouvernement Eltsine n’a pas mené une politique antiféministe active.

    Une nouvelle étape dans le développement du mouvement de femmes massif a commencé avec la montée en puissance du Nouvel Impérialisme en Russie et l’accession au pouvoir de Poutine. Comme dans tout pays néo-impérialiste, la Russie a vu à la fois la progression des mouvements de libération et une croissance réciproque du fascisme de régime et des transformations réactionnaires de la société. Depuis la fin des années 2000, le gouvernement russe, de plus en plus clérical et antidémocratique, s’est mis à prôner systématiquement la restriction de l’avortement dans le pays (« semaine de silence », consultations d’un psychologue et d’un prêtre, interdiction soudaine de l’avortement pendant une semaine dans certaines régions du pays, discours sur la nécessité d’adopter l’expérience allemande des articles 218-219 du code pénal allemand). En 2013, une loi homophobe et lesbophobe contre la « propagande de l’homosexualité » a été adoptée, suivie d’une répression contre la communauté LGBT. En 2017, les violences domestiques ont été légalisées en Russie.

    Parallèlement, la rhétorique de la maternité imposée (dans le contexte d’un programme d’incitation à la fécondité assorti de récompenses en espèces pour avoir de nombreux enfants) et de l’anti-féminisme par les représentants du parti au pouvoir Russie Unie (« Единая Россия »), ainsi que par l’opposition de poche de Poutine représentée par le CPRF, le LDPR et Russie Juste (« Справедливая Россия »), s’est renforcée. Dans le même temps, le mouvement des femmes russes se développait activement. Alors qu’au début des années 2010, le féminisme russe empruntait beaucoup aux tendances occidentales du mouvement des femmes et s’appuyait sur le soutien de fondations occidentales pour ses activités, dans la seconde moitié des années 2010, le féminisme russe s’est massivement orienté vers des positions féministes radicales, qui disposaient d’une base de masse plus solide. Le début de l’année 2019-2020 a vu les premières grandes manifestations de rue des féministes, alors que la Douma d’État de la Fédération de Russie examinait une loi contre les violences domestiques (qui n’a finalement pas été adoptée). Le mouvement des femmes russes connaît également une croissance rapide sur les médias sociaux. Mais malheureusement, le mouvement est encore décentralisé. Toutes les tentatives de créer une organisation féministe/un parti féministe pan-russe ont jusqu’à présent échoué. Les féministes sont dispersées dans les villes. Dans certaines villes, il existe 2 ou 3 organisations féministes qui sont en désaccord les unes avec les autres.

    En mai-juin 2021, plusieurs députés de Russie Unie (Inga Yumasheva, députée à la Douma d’État et membre du Comité de la famille, des femmes et des enfants ; Vitaly Milonov, député à la Douma d’État et politicien homophobe bien connu en Russie) et Gennady Zyuganov, chef du Parti communiste de la Fédération de Russie, se sont prononcés en faveur de l’interdiction du féminisme radical en Russie. Milonov a appelé à assimiler les féministes russes aux terroristes et aux néo-nazis. Le 29 septembre 2021, Andrey Tsyganov, président de la commission pour la protection des enfants contre les contenus destructeurs sous l’égide de Roskomnadzor, a suggéré que le mouvement LGBT, les féministes radicales et le mouvement Child Free (c’est-à-dire les personnes qui ne veulent pas avoir d’enfants) soient déclarés extrémistes (c’est-à-dire terroristes et interdits en Russie).

    Enfin, le 29 janvier 2022, Vladimir Poutine a demandé au chef de cabinet adjoint Sergey Kirienko, lors du Conseil russe des droits de l’homme, d’envisager la création d’un registre des « contenus toxiques » d’ici le 1er juin. Par « contenu toxique », l’ordre de Poutine inclut le féminisme radical, les LGBT et la liberté des enfants, mis sur un pied d’égalité avec la violence, la zoophilie et l’anti-vaccination, d’une part. Il est également important de noter que les officiels comprennent le féminisme radical comme n’importe quel type de féminisme, car ils ne sont pas au courant des tendances. Pour eux, tout ce qui nécessite un changement dans la position des femmes en Russie est radical. Cette dernière initiative, si elle est couronnée de succès, aura un impact sérieux sur les droits des femmes et des personnes LGBT en Russie, ce sur quoi compte la bourgeoisie monopolistique, qui la promeut par le biais de ses politiciens réactionnaires.

    Le féminisme russe reste fragmenté pour l’instant. Le mouvement des femmes en Russie a également été durement touché par la vague d’émigration massive de militants démocratiques du pays après le déclenchement de la guerre d’agression contre l’Ukraine. Le mouvement LGBT a été sévèrement étouffé par la répression ces dernières années. La guerre impérialiste avec l’Ukraine est une excuse commode pour imposer le fascisme et les réformes réactionnaires. Le régime de Poutine évolue rapidement vers une dictature fasciste, une censure totale et une répression de masse.

    Le parti maoïste russe prépare activement une protestation contre l’initiative anti-femmes de la bourgeoisie russe. Nous avons programmé les premières manifestations panrusses pour le 22 mai. Nous essayons d’unir le mouvement féministe dans le pays, nous mettons en place un comité de résistance, nous renforçons l’initiative sur le terrain. Nous essayons d’impliquer dans la lutte toutes les forces démocratiques, de femmes et de jeunes qui seront affectées par l’initiative de répression et de censure des autorités russes.

    Nous appelons nos camarades d’ICOR des autres pays à faire preuve de solidarité internationale et à organiser des actions de solidarité avec notre lutte pour la liberté des femmes en Russie, la lutte pour la démocratie et le socialisme réel le 22 mai 2022.

  • Solidarité avec les femmes d’Afghanistan

    Solidarité avec les femmes d’Afghanistan

    Conférence Mondiale des femmes des milieux populaires
    Vous n’êtes pas seules – le jour viendra…

    Les femmes de la planète entière protestent dans les termes les plus forts contre les politiques impérialistes hypocrites menées sous le couvert de la libération des femmes en Afghanistan.

    En quelques jours, l’Afghanistan est sous la coupe des talibans islamo-fascistes. À un rythme effréné, les « guerriers de Dieu » ont pu s’emparer de lieux centraux du pays, de bureaux gouvernementaux d’importance stratégique et de stations de radio et de télévision, sans rencontrer de résistance significative de la part de l’armée afghane.

    Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans, annonce lors de la première conférence de presse à Kaboul : « Nous voulons aussi que les femmes travaillent : Dans la police, dans le secteur de la santé et dans d’autres domaines, nous avons besoin des femmes car elles font partie de notre société. Ils pourront reprendre leur travail au nom de la loi islamique. »

    Le fait que les talibans doivent faire semblant d’être favorables aux femmes est une réaction à la conscience éveillée des femmes et au mouvement des femmes coordonné au niveau international qui gagne en force dans le monde entier. Mais les mots ne nous trompent pas ! Les Talibans représentent un fascisme basé sur l’Islam. Leur objectif déclaré est l’établissement d’un « émirat islamique », le seul pouvoir de décision de la charia par les hommes. Il s’agit de l’intensification extrême de l’oppression spéciale des femmes, inhérente au système. Leur absence totale de droits : « … nous sommes une société islamique,… donc les femmes doivent se conformer à la loi islamique. Si elles portent le voile, le droit à l’éducation et au travail leur est également garanti. »

    Les femmes de la Conférence Mondiale font entendre leurs voix avec et pour les femmes d’Afghanistan.

    Combattons le fascisme !

    Nous condamnons toute tentative de présenter les talibans comme favorables aux femmes, comme l’a fait le professeur Niaz Shah : « Je vois ici des talibans complètement nouveaux qui sont devenus plus sages. Et ce qu’ils promettent, je suppose qu’ils le tiennent. Ils sont plus susceptibles de tenir leurs promesses que les gouvernements élus démocratiquement. » L’utilisation de la religion comme arme de l’impérialisme mène à la barbarie.

    Nous dénonçons la politique impérialiste en Afghanistan :

    Les États-Unis ont autrefois érigé les talibans et Al-Qaida au Pakistan en force contre la lutte de libération des peuples de cette région. Ce sont des disciples de la CIA.

    Les États-Unis et leurs alliés, comme l’Allemagne ou la France, ont envahi l’Afghanistan à partir de 2001 et ont mené une guerre pendant 20 ans sous le prétexte de libérer le pays des talibans. La libération des femmes était leur objectif déclaré. Et en 2020, les États-Unis et les talibans ont conclu un accord à Doha sur les moyens de « parvenir à la paix ». C’est la vérité !

    De nombreux soldats ordinaires, hommes et femmes, sont également morts dans cette guerre, gravement traumatisés, tandis que les responsables des gouvernements négociaient avec les talibans fascistes !

    La vérité est que la situation de la population en Afghanistan est catastrophique. Selon le secrétaire général de l’ONG Welthungerhilfe (Aide contre la faim dans le monde), Mathias Mogge, treize millions de personnes en Afghanistan ne mangent pas à leur faim. À eux seuls, trois millions d’enfants souffrent de malnutrition. Plus de 1,1 million de personnes ont contracté le Covid 19, et environ 7000 en sont mortes. Depuis le début de l’année 2021, 270 000 personnes ont fui les talibans.

    Dans cette situation, une nouvelle résistance se forme, dans la vallée isolée de Punjir. La libération des femmes ne peut être réalisée que par le mouvement des femmes en unité avec le mouvement ouvrier, le mouvement populaire et les mouvements internationaux.

    Nous, les femmes de la Conférence mondiale des femmes des milieux populaires, n’abandonnerons pas le peuple afghan, en particulier les femmes d’Afghanistan. Nous augmenterons nos efforts de coordination et de coopération du mouvement mondial des femmes.

    Vive le mouvement combatif international des femmes !

    19 août 2021

    Halinka Augustin/Pays-Bas

    Susanne Bader/Allemagne

    Adjointe : Zaman Masudi/Allemagne

    Coordinatrices européennes

  • ICOR: Nous sommes aux côtés des femmes qui défendent la Convention d’Istanbul !

    ICOR: Nous sommes aux côtés des femmes qui défendent la Convention d’Istanbul !

    « Nous n’allons pas nous taire – nous n’allons pas céder »

    Depuis des années, la lutte pour la libération des femmes ainsi que la lutte contre contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression millénaires que subissent les masses féminines ne cessent de croître dans le monde entier. Les moyens de cette lutte sont de plus en plus diversifiés et les masses qui descendent dans la rue contre les violences faites aux femmes et aux LGBTI+, contre les inégalités salariales, les interdictions du droit à l’avortement deviennent de plus en plus nombreuses. La nature globale de l’exploitation et de l’oppression de la femme par l’ordre de l’État et de la famille féodal, fasciste et bourgeois devient de plus en plus visible, ce qui fait augmenter considérablement la conscience des masses sur l’oppression sexiste et ses causes. En conséquence, l’ordre social capitaliste dans son ensemble est de plus en plus remis en question et la recherche d’une alternative de la femme libérée dans une société libérée se développe clairement. Les mouvements de masse des femmes contre la violence à l’égard des femmes, des ouvrières comme par exemple les ouvrières du textile, la lutte contre l’oppression et le viol terroristes et contre-révolutionnaires des combattantes et des femmes révolutionnaires sont parmi les mouvements de masse les plus forts du monde.

    Les dirigeants s’y opposent de toutes leurs forces, ils s’attaquant aux droits combattus par les femmes et répondent par une réaction patriarcale aux revendications légitimes de liberté, d’égalité et de justice. Ainsi, la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe, un accord d’États bourgeois qui établit des normes juridiques pour la protection des femmes contre la violence avec un effet contraignant, est devenue un important enjeu de lutte des femmes. En juillet 2020, il a été annoncé que la Pologne se retirerait de la Convention d’Istanbul. La Turquie, premier signataire de la Convention d’Istanbul, s’est retirée de l’accord international du jour au lendemain, le 20 mars 2021, par décret d’Erdoğan.

    Dans ces deux pays, les femmes se mobilisent depuis des années résolument pour leurs droits, opposant une énorme résistance aux attaques patriarcales, réactionnaires, fascisants et fascistes et à la répression de leurs États. En Pologne, par exemple, les femmes luttent contre les politiques anti-femmes du parti PiS au pouvoir qui, outre le droit à l’avortement, s’attaque aussi aux droits fondamentaux des femmes afin de protéger l’ordre familial bourgeois. Aussi sous Erdoğan, l’actuel représentant de l’État fasciste, les femmes en Turquie sont toujours repoussées dans le rôle traditionnel au sein de la famille. La violence contre les femmes et la maltraitance des enfants sont encouragées par une politique d’impunité. Les LGBTI+ sont particulièrement visés par une nouvelle vague de répressions. Sans aucun doute, la Convention d’Istanbul est aussi un acquis démocratico-bourgeois de la lutte inlassable des femmes pour l’égalité en droits et l’autodétermination. La résistance des femmes en Pologne comme en Turquie est un signal important pour toutes les femmes de ce monde. Car seule une lutte déterminée et unie permettra de repousser les attaques des dirigeants et d’obtenir de nouveaux droits. Leurs actions montrent clairement que la lutte pour la libération de la femme est une partie indispensable et une échelle des luttes révolutionnaires.

    En tant qu’ICOR, nous sommes solidaires de toutes les femmes qui luttent pour que la Convention d’Istanbul reste en vigueur, et soit appliquée dans leurs pays, et nous appelons à exprimer cette solidarité par toutes formes d’action et de protestation sur tous les continents jusqu’au 1er juillet. Nous exigeons également que les États qui n’ont pas encore signé la Convention d’Istanbul la signent ou à la ratifient (par exemple la Russie, la Bielorussie, l’Ukraine). Cet appel est là non pas pour une lutte pour un bout de papier signé, mais comme lutte contre la violence à l’égard des femmes, pour une vie d’autodétermination et de dignité et un avenir sans exploitation ni oppression, et pour renforcer les formes d’organisation des femmes. Nous soutenons les femmes en Turquie qui appellent à arrêter la vie sociale et à se battre pour leurs revendications. Nous saluons les femmes du monde entier qui résistent et nous crions : Les femmes qui luttent sont des femmes qui vivent !

    En tant que femmes, ensemble avec les ouvriers, les jeunes, les écologistes, les défenseurs des droits de l’homme, nous allons bouleverser le système de manière révolutionnaire !

    Femmes signataires initiales – femmes de partis de l’ICOR et d’organisations de masse des femmes liées à elles :

    • Afrique du Sud: Gloria Mgaju et Margaret Tini, Abanqobi Women Together.
    • Australie:Alice M., Vice-chairperson, CPA (M-L) – Parti Communiste d’Australie (marxiste-léniniste), Louisa L., Vice-chairperson, CPA (M-L) – Parti Communiste d’Australie (marxiste-léniniste)
    • Allemagne : Gabi Fechtner, Présidente du MLPD – Parti Marxiste-Léniniste d’Allemagne
    • Inde : Camarade Pramila, Présidente de AIRWO – All India Revolutionary Women’s Organisation.
    • Maroc : Meriam Chhaibi et Btissam – MMLPL – Marxistes-Léninistes Marocains – Ligne Prolétarienne
    • Népal: Camarade. Durga Paudel et la camarade Mina Pun, présidente de l’ANWA, All Nepal Women’s Association
    • Portugal : Ana Vomhof, femme combative de UMLP – Union Marxiste-Léniniste Portugaise
    • Tunisie : Comité des femmes Latifa Taamalah, PPDS – Parti Patriotique Démocratique Socialiste de Tunisie – Nesrine Gharbi, membre du Bureau Politique et responsable des femmes, Amira Dallech responsable de la coordination au plan mondial et avec la Coordination Européenne des femmes et pour le procès de la prochaine Conférence mondiale des femmes en Tunisie
    • Ukraine : Alina et les femmes de KSRD – Conseil de coordination du mouvement ouvrier
    • Uruguay : Front des femmes du PCR-U – Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay

    Signataires (en date du 29/6 2021, d’autres signataires sont possibles):

    1. CPK Communist Party of Kenya (Parti communiste de Kenya)
    2. MMLPL Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    3. CPSA (ML) Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    4. PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    5. MLOA Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)
    6. CPB Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    7. CPI (ML) Red Star Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    8. Ranjbaran Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    9. NCP (Mashal) Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    10. PPRF Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
    11. NDMLP New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka
    12. CPA/ML Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
    13. PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine)
    14. MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    15. UC Unité Communiste, France
    16. UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    17. BP (NK-T) Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    18. KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    19. RM Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    20. UMLP União Marxista-Leninista Portuguesa (Union marxiste-léniniste portugaise)
    21. RMP Российская маоистская партия (Rossijskaya maoistskaya partiya) (Parti maoïste russe)
    22. MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    23. TKP-ML Türkiye Komünist Partisi – Marksist-Leninist (Parti communiste de Turquie – marxiste-léniniste)
    24. MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    25. KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    26. UoC Union of Cypriots (Union des Chypriotes), Chypre
    27. PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    28. BDP Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
    29. PPP Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)
    30. PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    31. PCR-U Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)

  • Résolution ICOR – un 8 mars sous le signe de la Commune !

    Résolution ICOR – un 8 mars sous le signe de la Commune !

    Résolution sur la Journée internationale de lutte pour la libération des femmes 2021

    Il y a 150 ans, en mars 1871, le prolétariat parisien renversa pour la première fois l’ancien pouvoir et établit un nouveau pouvoir, le premier État des travailleurs. La Commune de Paris était « le glorieux fourrier d’une nouvelle société ». Les femmes étaient des atouts, elles étaient parmi les plus courageuses des combattantes aux barricades ! La Commune a jeté les premières graines d’une véritable libération des femmes, a créé des emplois en usine pour leur indépendance financière, des écoles professionnelles industrielles pour les filles, une loi sur le divorce, a traité les enfants légitimes et illégitimes sur un pied d’égalité. Elle a publié un décret pour l’égalité des femmes. L’organisation de femmes indépendante « Union des femmes » était membre de l’Internationale. Jusqu’à ce jour, la Commune de Paris trace la voie des grandes révolutions socialistes ultérieures et de la lutte pour la libération des femmes.

    Les femmes travailleuses sont doublement opprimées et doublement exploitées dans ce système capitaliste parce qu’elles sont des travailleuses et parce que ce sont elles qui sont responsables des travaux ménagers, des soins à leurs enfants, à leur partenaire et aux personnes à leur charge – tout ce que l’on subsume sous « travaux ménagers » non rémunérés. En réalité, rien de tout cela n’est une affaire privée pour les femmes ! Ce sont des tâches pour la société dans son ensemble ! Elles doivent être résolues et organisées en conséquence. Là aussi, la Commune de Paris a ouvert la voie ! Dans ce système, en revanche, leur corps devient une marchandise, comme par l’exploitation à des fins sexuelles et la traite des êtres humains. Chaque jour, partout dans le monde, des femmes sont violées, mutilées, violantées dans la rue, dans leur maison, assassinées simplement parce qu’elles sont des femmes. En bref, ce système est basé sur des relations familiales et sociales patriarcales qui trouvent leur origine dans la propriété privée. Une politique particulièrement misogyne est menée par la réaction islamiste.

    L’ICOR encourage la lutte pour la libération des femmes en liaison avec la lutte pour la libération nationale, la révolution prolétarienne, la véritable démocratie et le socialisme aussi bien dans les pays impérialistes que dans les pays dépendant de l’impérialisme. Elle promeut le rôle des femmes dans les mouvements politiques et les partis révolutionnaires ! Elle invite donc les organisations internationales de femmes à participer à la construction du Front uni anti-impérialiste international contre le fascisme et la guerre.

    Dans la pandémie de Coronavirus, en interaction avec la crise économique et financière mondiale, l’impérialisme montre son vrai visage. L’économie du profit est incompatible avec une protection durable de la santé de la masse de la population. Sur le fond de la crise de Coronavirus qui s’étend de façon incalculable, de millions de personnes affamées, de systèmes de santé qui ne fonctionnent pas, de la destruction massive d’emplois, de la pauvreté généralisée, une tendance accélérée vers une crise sociale globale du système impérialiste mondial se développe avec des mouvements de masse, des grèves, des protestations dans lesquelles les femmes jouent un rôle important. Les forces s’accroissent et se renforcent qui poursuivent la voie commencée par la Commune de Paris et emboîtent le pas des femmes combattantes courageuses.

    D’autant plus il est temps aujourd’hui de faire connaître et d’ancrer la Commune de Paris et ses enseignements auprès de la masse des femmes : Que ce soit en Inde où neuf grèves générales ont eu lieu pendant un an, la dernière avec 250 millions de participants. Où des paysans de tout le pays se rebellent avec mépris de la mort contre les lois du gouvernement fasciste Modi. Et les femmes qui travaillent dans le secteurs de la santé, de la garde d’enfants et comme cuisinières s’y joignent. Les paysannes luttent également contre leur manque de droits, car elles peuvent travailler la terre mais ne pas la posséder. Comme au Bangladesh où les ouvrières du textile se battent depuis des mois pour des salaires non payés et contre les licenciements. Ou en Afrique du Sud où 59 % des jeunes sont au chômage et où une grève générale contre la corruption, répercutant le fardeau de la crise sur les travailleurs, et contre la violence sexiste, a été largement suivie par les masses. En France, où les luttes de masse s’opposent au président Macron quand il pousse à la fascisation de l’appareil d’État, et est incapable de lutter contre la pandémie de Corona, et où les femmes révolutionnaires s’apprêtent à célébrer les 150 ans de la Commune de Paris. Ou dans des pays comme le Pérou, l’Équateur, le Brésil – où, parfois, les morts du coronavirus ne sont même plus enterrés et où les femmes prennent en charge l’aide sociale et l’assistance mutuelle au mieux de leurs capacités et font partie de la lutte contre le gouvernement.

    Il est d’une importance stratégique que le mouvement combatif international des femmes devienne l’allié du prolétariat mondial et que les femmes dans les partis révolutionnaires jouent leur rôle avec confiance. Toutes les contradictions du système capitaliste-impérialiste s’aggravent par la crise économique et financière internationale, s’exacerbant par la pandémie de Covid 19. La contradiction entre les forces productives internationalisées et les rapports capitalistes de production appelle une solution. Ce que la Commune de Paris a commencé, ce que la révolution d’Octobre socialiste et la révolution socialiste dans la Chine de Mao Zedong en lutte contre l’oppression féodale, arriérée ont continué, ce que les pays à l’époque socialistes ont essayé et réalisé – tout cela est aujourd’hui sur l’agenda de l’histoire mondiale : la libération des femmes dans des pays libérés, démocratiques et socialistes.

    Luttons au niveau transnational et ensemble, femmes et hommes, au sein de l’ICOR et du Front uni pour la libération des femmes, la liberté, la démocratie et le socialisme !

    Signataires (en date du 23/2 2021, d’autres signataires sont possibles):

    1. UPC-Manidem Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie
    2. CPK Communist Party of Kenya (Parti communiste de Kenya)
    3. MMLPL Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    4. CPSA (ML) Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    5. PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    6. MLOA Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)
    7. CPB Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    8. CPI (ML) Red Star Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    9. Ranjbaran Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    10. NCP (Mashal) Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    11. PPRF Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
    12. NDMLP New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka
    13. CPA/ML Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
    14. БКП Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    15. БРП(к) Българска Работническа Партия (комунисти) (Parti ouvrier de Bulgarie (Communistes))
    16. PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine)
    17. MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    18. UC Unité Communiste, France
    19. UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    20. KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    21. RM Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    22. UMLP União Marxista-Leninista Portuguesa (Union marxiste-léniniste portugaise)
    23. MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    24. VZDOR VZDOR – strana práce (Résistance – parti du travail), Slovaquie
    25. TKP-ML Türkiye Komünist Partisi – Marksist-Leninist (Parti communiste de Turquie – marxiste-léniniste)
    26. MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    27. KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    28. UoC Union of Cypriots (Union des Chypriotes), Chypre
    29. PCC-M Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    30. PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    31. BDP Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
    32. PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    33. PCR-U Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
  • Communiqué ICOR – 8 mars

    Communiqué ICOR – 8 mars

    Appel de l’ICOR à la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes

    La Journée internationale de lutte pour les droits des femmes est une journée de lutte commune. Elle rassemble les mouvements combatifs et révolutionnaires internationaux des femmes et ouvrier et ouvrières ! L’appel des femmes socialistes, il y a 110 ans, à Copenhague, a réuni largement. Cet appel a unifié les ouvrières, les paysannes, la masse des femmes dans la lutte contre le bellicisme impérialiste, contre la faim et la misère. Il a été soutenu par les partis révolutionnaires du monde. L’ICOR (Coordination internationale de partis et organisations révolutionnaires) porte fièrement le drapeau de cet idéal communiste de liberté de la libération des femmes dans ses pays et ses partis sous la ligne directrice : « Celui qui opprime les autres ne peut pas être libre lui-même ! »

    Cette année, l’ICOR appelle :

    Le 8 mars toutes et tous dans la rue – dans l’esprit de Clara Zetkin et de toutes les pionnières !

    NOus, organisations de l’ICOR – cette année, le 8 mars, encourageons particulièrement les organisations de femmes du monde entier à rejoindre le Front uni anti-impérialiste et antifasciste. L’appel par l’ICOR et l’ILPS – et donc par environ 500 organisations du monde entier – a été lancé le 1er janvier 2020. 

    L’idée fondamentale du Front uni est la suivante:  

    Construisons le front uni anti-impérialiste international contre le pillage impérialiste, le terrorisme d’État, la fascisation, le fascisme, l’intervention militaire étrangère, la subversion et les guerres d’agression! Pour la libération nationale et sociale, la démocratie et le socialisme ! 

    En ce qui concerne les femmes du monde, l’appel souligne :

    Des milliards de femmes particulièrement opprimées doivent combiner leur lutte pour l’égalité des droits, contre l’empreinte patriarcale-féodale des sociétés, pour la libération des femmes avec la lutte anti-impérialiste et le mouvement ouvrier et révolutionnaire.

    Ce 8 mars, invitons les organisations des femmes à se déclarer et s’enregistrent en tant que participantes à ce mouvement mondial ! La coopération mondiale est nécessaire.

    Le mouvement des femmes fait face à des défis historiques !

    Dans le monde entier, la conscience des femmes s’est développée à un niveau supérieur au cours de l’année passée. Les femmes jouent un rôle renforcé et assuré dans le développement mondial des luttes de masse et des mouvements insurrectionnels. En Iran, en Irak, au Liban ou au Chili, elles sont dans la rue. Dans de nombreux pays d’Asie, du Moyen-Orient, d’Amérique et d’Asie, les femmes luttent contre l’oppression du fondamentalisme religieux.  En Amérique latine, des centaines de milliers de femmes du Chili, d’Argentine, du Mexique, de Colombie et d’autres pays ont participé à des manifestations de protestation contre la violence faite aux femmes et pour l’autodétermination de leur corps et de leur vie. 

    Avec le mouvement « Fridays for Future », un mouvement international de jeunes sous la devise « System change not climate change » a vu le jour et est fortement marqué par les jeunes femmes et les jeunes filles. Lors des soulèvements en Iran contre le régime des mollahs, les femmes se tiennent aux côtés des travailleurs, et ont développé des protestations indépendantes contre le voile. En Irak, les manifestations conjointes de femmes et d’hommes ont été interdites, mais ont été rapidement imposées : « Ne me touchez pas, ne me menacez pas ! »

    En Europe, les femmes et les jeunes filles s’engagent dans les Gilets Jaunes en France, dans les manifestations en Europe de l’Est, les femmes sont particulièrement actives dans le secteur des soins et de l’éducation. La grève des femmes a envoyé un signal fort avec un demi-million de femmes y participant en Suisse. 

    Les ouvrières du textile au Bangladesh sont un moteur des changements sociaux dans le pays avec leurs luttes et leur confiance en soi accrue en tant que femmes.Très courageuse et significative est la protestation des femmes de Delhi à Shaheen Bagh contre la nouvelle loi anti-musulmane sur la citoyenneté. Leur protestation a atteint des proportions historiques, elles bloquent une autoroute depuis deux mois et combinent leur lutte avec des revendications pour les droits des travailleurs et des travailleuses, la sécurité des femmes et les questions sociales.

    En Afrique, les femmes se trouvent en première ligne dans les luttes contre les gouvernements corrompus, pour les droits démocratiques et pour assurer la nourriture et les biens de première nécessité.

    Tout cela est aussi absolument nécessaire ! Parce que le renforcement mondial des partis ou des gouvernements fascisants, fascistes et racistes est toujours lié à une attaque frontale contre les droits des femmes. Avec le sexisme, la propagande misogyne ou le harcèlement anticommuniste, les femmes actives sont dénigrées, voire criminalisées.

    L’ICOR défend le fait que la véritable libération des femmes ne peut devenir réalité que dans une société socialiste!

    Vive la Journée internationale des femmes! Poursuivez la lutte pour la libération des femmes dans une société libérée!

    Signataires (en date du 5/3 2020, d’autres signataires sont possibles):

    1. CPK   Communist Party of Kenya (Parti communiste de Kenya)
    2. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    3. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    4. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    5. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    6. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    7. Ranjbaran   Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    8. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    9. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    10. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine
    11. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    12. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    13. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    14. BP (NK-T)   Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    15. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    16. MIKSZ   Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    17. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    18. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    19. TIKB   Türkiye İhtilalci Komünistler Birliği (Union de communistes révolutionnaires de Turquie)
    20. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    21. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    22. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    23. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    24. BDP   Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
    25. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    26. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
    27. CPA/ML   Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
  • Communiqué UCL sur le 8 mars, jour de lutte.

    Communiqué UCL sur le 8 mars, jour de lutte.

    Ce 8 mars est pour nous l’occasion de rappeler que la lutte de libération des femmes n’est pas séparable de la lutte de libération des travailleurs et travailleuses. Elles sont imbriquées et inéluctablement liées dans leur objectif commun d’émancipation. Ainsi il est du devoir de tout·e communiste de prendre part à l’entreprise de déracinement du patriarcat hors des consciences et des pratiques, en vue de son abolition définitive. L’unité de la lutte féministe et prolétarienne est historique. Nécessaire à tout projet d’achèvement du socialisme. L’oublier, c’est oublier l’histoire de notre mouvement, négliger ce que nous devons hier et toujours aujourd’hui aux femmes révoltés contre leurs conditions, et finalement abandonner les tenants de notre but, le communisme.

    C’est aussi l’occasion de nous rappeler qu’en tant qu’organisation très majoritairement masculine, il faut connaître notre rôle. Nous devons faire reculer avec le plus d’énergie possible les forces réactionnaires partout où elles se présentent, sans usurper ce combat.

    Ces dernières années, les mouvements de libération de la parole que sont #MeToo ou en France, #Balancetonporc ont durablement marqué les esprits. Son bilan provisoire c’est la fin du silence, la fin de l’indifférence et du tabou sur les crimes ordinaires du patriarcat. Le début de la réappropriation de la rue et des médias, avec récemment, la campagne nationale de « Collages féministes » qui imprime sur les murs les horreurs perpétrées par la domination masculine. Imposant aux yeux de tous cette image : notre société a le sang des femmes sur les mains. Les affiches marquent au fer rouge les consciences en dénonçant la honte que porte le monde patriarcal.

    Ce mouvement est le préambule d’un nouveau chapitre de la grande histoire du féminisme, il sera écrit par celles qui continuent et continueront de refuser le présent et l’avenir auquel le patriarcat et l’ordre capitaliste les condamne. Nous avons pu voir, lors de la dernière cérémonie des Césars, une page de plus s’écrire avec le départ de Adèle Haenel au cri de « La Honte ». Cette honte d’une impunité de plus, qui se complaît dans sa bienséance bourgeoise et étouffe les pires indécences. Nous ne pouvons pas non plus occulter le rôle de ces faux-amis et fausses-amies, qui se servent de la juste lutte émancipatrice comme d’une arme : instrumentalisant la lutte des femmes voilées pour attiser les haines et le racisme.

    Le capital peut s’accommoder de quelques progrès marginaux, mais il lui est insupportable de tolérer que les femmes ne restent plus à leurs « justes places », tant il a besoin de leur travail gratuit et de leur main-d’œuvre exploitable à bas coûts. Abolir la domination masculine, c’est attaquer tout l’ordre social capitaliste. C’est fissurer toutes les dominations. C’est reconnaître le droit à l’émancipation de tous et toutes comme raison légitime et suffisante pour remettre en cause le statu quo. Elles nous font la démonstration que nous avons tous et toute raison de nous révolter contre ce monde, et ce partout où c’est nécessaire, jusqu’à notre victoire.

    Comment imaginer un capitalisme où les femmes ne seraient pas les esclaves de la marchandisation implacable de leur image, de leur corps, de leur intimité ? Il n’y a pas de capitalisme qui puisse s’accommoder du féminisme comme il n’y a pas de féminisme qui puisse tolérer le capitalisme. Il est naturel à ce système de vendre une moitié de la population à l’autre : la souffrance des femmes est pour lui une marge d’ajustement marchande. Ce mouvement de libération n’est pas une vue de l’esprit, c’est un combat matériel contre toutes les normes sociales dans lesquelles nous évoluons. Utopiste, celui qui s’imaginera renverser la plus veille structure de domination de l’histoire sans faire quelques vagues. Et si ces vagues doivent nous incommoder, ou pire, nous déranger dans nos positions d’hommes et nous remettre en cause au sein de nos combats, nous ne devrons y constater que l’étendue de notre propre échec. Et être d’assez bons camarades pour soutenir celles qui mènent la lutte chaque instant de leur vie.

    Aujourd’hui la domination des hommes se combat en Inde et aux Philippines au bout du fusil et dans la rue au sein même des luttes contre le fascisme et pour la libération des travailleurs et travailleuses. Alors qu’aux États-Unis, au Brésil, au Chili, en Bolivie, en Équateur, etc, la réaction progresse, les femmes sont encore une fois les plus menacées. Mais ce sont aussi elles qui les premières se dressent contre l’oppression, comme c’était elles qui les premières marchaient sur la perspective Nevski en février 1917. Nous avons pu le constater en France où les femmes étaient à l’avant-garde du mouvement des Gilets jaunes en 2018-2019, tant sur le plan des revendications, de l’organisation que de la répression. Hier comme aujourd’hui, n’oublions pas qui se met en danger contre la loi de tous les dominants. Le féminisme est un mouvement vivant, un souffle vital qui ne doit pas reculer et ne reculera pas devant la nécrose réactionnaire qui gagne le capitalisme agonisant, laissant germer le fascisme en semant la misère. Ce seront les femmes qui seront encore une fois, les premières des premiers touchés par la dégénérescence du capitalisme globale, mobilisant tout son pouvoir face à sa propre gangrène.

    Si les femmes sont à l’avant-garde de la lutte, c’est parce qu’elles sont les premières victimes de l’état actuel de la société, des deux glaives du capital et du patriarcat, les avatars interdépendants d’un unique système d’une domination synergique. Très concrètement, cela signifie en France, précarité et insécurité dans tous les domaines, exploitation et aliénation sur le lieu de travail et au foyer, violences quotidiennes, meurtres silencieux, viols impunis. Voici la bête à abattre, voila comment elle se caractérise au cœur même d’un pays impérialiste. Le double système du capital et de la domination masculine n’épargne les travailleuses d’aucun pays, pas même celles des pays dominants du bloc impérialiste.

    Les femmes seront toujours les premières à refuser d’être écrasées par un quelconque ordre social : Drapées du blanc de Ala’a Salah guidant le renversement d’un régime ; du noir des émeutières de Mexico répondant au viol et au meurtre d’une de plus, d’une de trop ; des couleurs des YPJ, frappant l’état islamique au cœur et résistant héroïquement contre le fascisme turc ; ou du rouge du prolétariat triomphant.

    Le drapeau rouge, l’étendard d’un autre futur, du socialisme, qu’il faudra savoir porter haut et planter sur le cadavre de la bourgeoisie vaincu, est vif du sang des millions de femmes qui se sont révoltées, qui furent blessées, qui furent tuées, par le patriarcat durant toute son histoire. Souvenons-nous-en lorsque nous le dressons contre nos ennemis, et ce faisant n’oublions pas que les morts, les violences, l’esclavage persiste en ce moment même, soyons dignes des exigences de ce combat, soyons communistes, et déclarons :

    Vive le mouvement international de libération des femmes, vive le féminisme prolétarien et révolutionnaire !