Étiquette : fascisme

  • Solidarité avec le MLPD

    Solidarité avec le MLPD

    Dernièrement, le MLPD et ses membres ont été victimes d’agressions de la part de militants fascistes. En voulant protester, le MLPD a été attaqué par la police Allemande, causant plusieurs blessés et blessées, y compris parmi ses cadres dirigeants. Nous affirmons notre solidarité envers nos camarades d’outre-Rhin.

     Au MLPD et aux antifascistes en lutte contre les attaques fascistes en Allemagne

    Chères et chers camarades,

    Nous vous adressons notre solidarité pleine et entière face aux attaques fascistes que vous avez subit au cours de votre lutte. Les fascistes sortent de leurs trous et osent à nouveau manifester régulièrement dans plusieurs villes en Allemagne, dans la région Ruhr, dans plusieurs villes en allemagne de l’Est. 

    Ils osent s’attaquer à vous et commettent depuis un certain temps – et actuellement à nouveau contre vos camarades Aja Lenz et Dirk Willing – des attentats menaçant la santé et la vie ! Il s’agit d’une menace lourde que nous ne pouvons ignorer. Nous condamnons fermement ces actes. Cette situation se généralise malheureusement, y compris en France, ou les groupes fascistes sont là pour réaliser les basses oeuvres de la bourgeoisie.

    L’activité fasciste en Allemagne -tout comme ici- ne serait pas possible sans la tolérance et la protection active de l’appareil d’Etat et le soutien, politique et financier, de la part des branches les plus réactionnaires de la bourgeoisie. A plusieurs reprises, vous avez dévoilé l’unité entre fascistes et des parties de l’appareil d’État. Vous faites connaître que la police cible et attaque les antifascistes et les communistes quand vous essayez de protester et de faire connaître parmi la population ces évènements. 

    Cette attitude les démasque et montre une fois de plus que les braises du fascisme ne seront jamais éteintes tant que le capitalisme existe.Le capitalisme en crise fait appel à ses « chiens de garde » pour maintenir sa domination avec brutalité quand les masses cherchent et se battent pour une société alternative.

    Les fascistes s’en prennent à votre organisation car ils savent reconnaître leur ennemi le plus redoutable : l’organisation révolutionnaire qui veut mettre fin au capitalisme et à son ordre pourrissant. En s’en prenant à vous, camarades, ils vous tressent une couronne de lauriers. Leur obsession de vous nuire est le reflet de la peur que vous leur infligez. 

    Un de vos camarades antifascistes et attaqué par la police dit à juste titre : « La plupart des gens ici est contre les fascistes et s’indignent. Il faut qu’ils apprennent à les combattre. » Nous ne pouvons que souscrire à cela ! Dans ce sens, intensifions nos efforts communs. 

    Combattons le fascisme ! Combattons la dictature du capital financier sous toutes ses formes ! Avançons sur le chemin de la révolution socialiste en construisons nos Partis révolutionnaires et notre unité internationaliste ! 

    Camarades, vous n’êtes pas seuls !

    Prolétaires et opprimés de tous les pays, unissez-vous !

    Nos salutations antifascistes et révolutionnaires !

    25/12/2019, UPML et UCL- France

  • Attaque fasciste à Lyon : le néant en action.

    Attaque fasciste à Lyon : le néant en action.

    Dans la nuit du 19 au 20 décembre 2019, un groupe de fascistes ont attaqué un bar des pentes de Croix-Rousse. Casqués et armés, ils s’en sont pris à la façade, aux clients et clientes, pour ensuite, une fois leur raid accompli, s’enfuir. Le bar, la Pinte Douce, donnant sur la place Colbert, a été saccagé.

    Ce raid n’est pas un acte isolé, mais s’inscrit dans une stratégie d’attaques menées par les fascistes dans le quartier. Ces attaques ont pour but d’instiller un climat de peur sur la colline qui était, auparavant, vu comme un sanctuaire. Par le passé, plusieurs attaques ont eu lieu, avec des configurations différentes. La Plume Noire, local de la CNT à Lyon, mais aussi le local du PCF du 4e arrondissement de Lyon. Le plus souvent, cependant, ces opérations coup de poing avaient lieu tard dans la soirée, lorsque les fascistes, éméchés et cocaïnés, cherchaient quelques traînards ou quelques traînardes à agresser. Les pages de gloire de ces apprentis croisés s’écrivent ces soirs-là.

    Dans leur communiqué, publié sur Ouest-Casual, les fascistes s’exclament : « Encore une fois, la jeunesse lyonnaise prouve que l’antifascisme n’est qu’un ramassis de mouilles, à peine bon à impressionner l’étudiante en socio pendant leur manif ou à parader en pleine nuit tel des blattes. Jamais rien de concert (sic.) dans la rue. »

    Il est amusant de voir que, alors que la très large majorité des actions et des événements politiques de la part des progressistes et des révolutionnaires sont publics, ouverts à toutes et tous, et annoncés librement, les fascistes n’agissent qu’en catimini. Leurs diffusions de tract sont des exploits, et lorsqu’ils écrivent que Croix-Rousse est « ce quartier bourgeois où l’extrême-gauche a ses habitudes. », ils avouent quelque chose. Eux-mêmes se permettent de se balader dans le 5e ou à Croix-Rousse justement parce que ce sont ces « quartiers bourgeois ». Les quartiers populaires, où nous pouvons aller sans problème, sont pour eux des terres inconnues.

    Ces attaques, d’ailleurs, échouent à atteindre cependant leur objectif. Certes, profitant de l’attitude conciliante de la mairie, de la police ou de la justice, il leur est possible de mener leurs actions, mais ils ne sont nulle part en mesure de s’imposer comme des forces hégémoniques. Dans le 5e comme ailleurs, ils sont vus comme des agresseurs ou comme une force occupante. Nulle part la population ne se rallie à eux. Ils sont des corps étrangers dans une ville qui les rejette.

    L’attaque organisé par les fascistes à Croix-Rousse est révélatrice du vide complet et de l’inutilité de ses auteurs. Tandis que tout le monde lutte et se bat contre la destruction de l’environnement, contre la casse des droits sociaux, contre les politiques réactionnaires, une poignée de « croisés » trouve sa lutte ici.

    Désespérés d’exister autrement que pour attirer l’attention, leur pinacle de l’efficacité est résumée là : casser des vitrines de bars.

    Lors des dernières dégradations commises contre le local du PCF, les auteurs ont été appréhendés. Devant les juges, ces fils de bonne famille ont tombé le masque du soldat de la légion de damnés. Ils ont revêtu alors celui de la pleurnicherie, demandant la clémence du tribunal, priant pour qu’une condamnation d’entâche pas leur avenir.

    Dans le même ordre d’idée, les courageux guerriers qui, un soir de la Saint-Valentin de 2014, ont poignardé plusieurs jeunes dans les rues de Saint-Jean, n’ont eu de cesse de se balancer les uns des autres. Courageux dans l’écrasement, larmoyant devant la justice. Il serait tout aussi aisé de parler de Fiorina Lignier éborgnée par un tir de flash-ball, qui, auparavant, priait devant des croix-gammée et qui n’assume pas aujourd’hui son nazisme en public.

    Ou un « Damien Rieux », « prolétaire » de la banque, qui s’en prend à ceux qui fuient la guerre depuis un hélicoptère loué à grands frais. Un Alain Bonnet de Soral, nobliaud protégé par le parquet de Paris, n’est qu’un mercanti, un boutiquier, un petit commerçant.

    Ces portraits, pour reprendre la formule d’Eugen Kogon, rescapé de Buchenwald, « se ressemblent comme un fruit pourri en ressemble à un autre ». Bourgeois ou nobliauds, petits seigneurs, petits princes, vomissant leur xénophobie et leur racisme.

    Leur origine de classe les trahit bien souvent et trahit leur rapport à la politique marquée par le manque de sincérité. Tout comme les anciens du GUD ou d’Occident, ils ont une jeunesse de pseudo-rebellion, avant de trouver leur place dans la bonne bourgeoisie ou dans les organisations « modérées » comme LR. De ce point de vue là, nous retrouvons également des éléments de ce type dans la frange la plus radicale du gauchisme. Un Cohn-Bendit n’est que la version « de gauche » d’un Devedjan ou d’un Longuet.

    Quant à leurs actions en tant que groupe, elles révèlent leur vraie nature de classe.

    A Strasbourg, l’Action Française est venue débloquer les lycées et attaquer les blocages. Dans le mouvement des Gilets Jaunes, les fascistes ont systématiquement entravé et saboté toutes les tentatives d’organisation autonome de ceux qui luttaient. Ils ont continuellement œuvré pour détourner la colère populaire dans des impasses : contre le « pacte de Marrakech », mentant pour en aggraver le contenu. L’UPR ou d’autres organisations réactionnaires ont nié la responsabilité du capitalisme et de la bourgeoisie de France pour ne pointer qu’une hypothétique responsabilité de l’Union Européenne.

    Au Mans, un groupe équipé avec “des casques, des masques, des gants coqués, des matraques télescopiques et des foulards royalistes” s’en est pris à tous les bars gay-friendly du centre ville. Revendiquée par leur page Ouest-Casual, cette page de gloire montre les priorités de leur mouvement : s’en prendre aux minorités, qu’elles soient culturelles, sexuelles ou ethniques. Les questions sociales ne les intéresse pas. Et pour cause, ils sont socialement du côté de la bourgeoisie. L’élue LREM Agnès Cerighelli, qui partage le même fond que ces gens, ou le RN Messiha l’illustrent pleinement quant à leur position vis-à-vis de la grève. Devant le refus de la part des syndicats et des mobilisé·e·s de céder aux injonctions hypocrites sur Noël, ces sinistres agents de la calomnie proposent une explication complètement aberrante. Leur explication de la lutte sociale, d’une lutte menée pour défendre pied-à-pied les droits sociaux, frise la conspiration : Ce serait l’islamisation de la CGT qui, du coup, ourdirait un complot pour saboter le Noël des Français.

    Aujourd’hui, le Rassemblement National a montré qu’il n’était pas capable de prendre position d’une manière simple. Quand la question lui est posée directement sur savoir si l’organisation soutient la grève, les seules réponses furent des bafouillements honteux. Coincé entre la base anti-communiste, anti-sociale du RN et la volonté de se placer comme le « premier parti ouvrier », celui-ci fait dans la demi-mesure. Ce moyen terme les a toujours suivis, comme vis-à-vis de la question du SMIC ou par rapport aux violences policières. Ce moyen terme bloque d’ailleurs la possibilité d’évolution du RN et les condamne a n’être qu’une organisation de boutiquier, de parasites, dominés par une dynastie qui vit de rentes et de la traite des vaches à lait que sont les adhérents et adhérentes.

    Anecdotique, mais significatif, l’attitude ambivalente de la part des fascistes avec leurs homologues islamistes de Daesh. Idéologiquement, ils sont les deux faces d’une seule et même pièce. Ce n’est pas un hasard si ce sont des fascistes comme Hermant qui vendirent des armes aux terroristes de Charlie Hebdo, tout comme qui ont négocié pour le compte de Lafarge avec Daesh. Entre obscurantistes et réactionnaires, il est possible de s’entendre sans problème.

    Dans le fond, derrière les étiquettes différentes et variées, on retrouve un même contenu. En dépit de leurs prétentions d’être du côté du peuple, ils agissent toujours, systématiquement, contre ses intérêts. En instillant la défiance entre les origines, entre les croyances, entre les syndiqués et non-syndiqués.

    Les fascistes n’ont aucune place dans les luttes. Ce n’est pas qu’une déclaration de principe, c’est un fait. Ce ne sont que des agents de la division, des alliés objectifs de Macron. Leur discours patriotique, nationaliste, sonne creux.

    En fait de patriotisme, de nationalisme, ce sont des traîtres dont la seule et unique visée est de livrer pied et point liés les travailleurs et les travailleuses à leurs premiers bourreaux : la grande bourgeoisie française, les Dassaut, les Arnault, les Pinault. En réalité, ces groupes jouent un double jeu. Ils rêvent d’un peuple enrégimenté. D’un peuple asservi, dévoué, fanatique dans la défense d’un hypocrite intérêt national, qui n’est en réalité que l’intérêt des mêmes parasites sociaux.

    Nous exprimons notre solidarité envers tous ceux et toutes celles qui ont subit la violence fasciste. Nous exprimons à nouveau notre solidarité envers ceux qui ont pu subir la violence des fascistes, organisés ou non.

    Nous pensons que les conceptions différentes de l’antifascisme qui peuvent exister, dans le monde, en France comme à Lyon, ne sont pas antagoniques, mais sont complémentaires. Nous appelons à l’unité la plus large, sur la base d’une autonomie de classe, sur la question de l’antifascisme. Nous n’acceptons pas que ceux et celles qui ont joué sur leur terrain confisquent l’expression de l’antifascisme populaire.

    Ensemble, unissons nos forces et ripostons aux fascistes sur tous les plans. Intellectuel comme organisationnel. Chassons-les de nos luttes, chassons-les de nos quartiers, chassons-les de nos vies !

  • La bourgeoisie, l’écologie et l’Islam

    La bourgeoisie, l’écologie et l’Islam

    Comment la bourgeoisie instrumentalise les questions politiques.

    Nous sommes à la mi-mandat de LREM et de Macron. La pression progressive des échéances électorales commence à se faire sentir. Les municipales sont au printemps 2020, c’est-à-dire demain électoralement parlant.

    Macron et sa clique ont été employés par la grande bourgeoisie comme un missile à usage unique. Son travail est de liquider la totalité des conquêtes sociales, arrachées par la lutte et par le rapport de force. Seulement, deux facteurs entrent en ligne de compte.

    LREM a bouleversé les rapports de forces traditionnels, entre LR et PS. L’approche de la fin du mandat signifie donc une élection d’une très grande importance dans une configuration impossible à prévoir.

    De même, la clique de Macron a pris goût aux mandats, à la sinécure payée par l’État, aux bureaux et aux fauteuils confortables. D’ailleurs ce confort ne s’accompagne pas d’une contrepartie particulièrement exigeante. Rarement un gouvernement à autant mis en avant l’incompétence et la médiocrité, en même temps que le mépris le plus affiché. Pour ces deux raisons, LREM essaie de s’adapter et de survivre aux prochaines échéances. Comment inscrire dans la durée une organisation conçue pour un one shot ?

    Également, sur quel cheval va miser la bourgeoisie aux élections prochaines, si jamais son poulain est grillé aux yeux des masses ?

    Deux possibilités : Une branche de gauche et une branche de droite.

    La possibilité « de gauche » est de renaître en vampirisant les luttes écologistes et en les mariant avec l’écologie libérale.

    L’écologie libérale est un créneau particulièrement intéressant pour la bourgeoisie. Bien que se basant sur une lutte juste, sur des aspirations sincères, elle permet d’obtenir exactement la même chose, dans un sens, que de crier au loup sur l’Islam et l’immigration : obtenir des voix d’individus effrayés. Et, sur la base de cet effroi, de pouvoir maintenir et légitimer l’exploitation.

    Il faut faire des concessions, il faut accepter des contraintes supplémentaires, politiques, économiques, sociales, pour servir une cause transcendantale. Cette cause peut être la race, la nation, la liberté bourgeoise, ou la planète. Mais dans les faits, il s’agit simplement d’accepter la soumission aux intérêts de la bourgeoisie.

    L’ouverture du marché de l’électricité aux énergies vertes, par exemple, a été rendue possible par une hausse de 25 % du prix de l’électricité. L’aspect premier n’est pas écologiste, mais bien de pouvoir libéraliser et privatiser une partie de la production de celle-ci. De même quel sens cela a-t-il de manger des kiwis bio s’ils sont produits en Nouvelle-Zélande et arrivent sur-emballés ? De payer une taxe écologique sur les produits achetés, ce qui fait assumer directement de coût des déchets pas les consommateurs, alors que ce sont les grands capitalistes qui imposent ce que nous consommons ?

    La bourgeoisie est passée maître dans l’art de surfer sur les revendications populaires pour en faire des produits marketing. Elle s’empare donc du désir de manger mieux, d’avoir une atmosphère plus saine, de protéger la planète.. elle s’en sert comme argument de vente hypocrite, prétendant que ses produits sont éthiques et équitables, alors qu’en réalité ils aggravent les choses.

    Elle est également capable de pouvoir retourner contre les masses leurs propres revendication. Cela s’est vu par exemple dans « Le Grand débat », où Macron a tenté d’utiliser le désir démocratique des masses pour faire adouber ses propres projets. Dans le cas de l’écologie, cela permet d’extorquer plus d’argent, de faire monter les prix, de faire accepter des sacrifices aux masses, alors que les plus grands pollueurs sont les bourgeois.

    Par ailleurs, les fascistes se sont immiscés dans de débat. En revanche, ils ont tordu le bâton dans l’autre sens. Ils font leur beurre sur l’hypocrite injonction écologiste libérale. Mais ils le font en niant le problème, en mentant sur la réalité de la catastrophe qui vient, en déclarant que la question du climat est une manœuvre d’une sordide conspiration. Ils ont fait de Greta Thunberg une cible, en s’attaquant à elle sur par l’ad hominem, en se moquant de son physique, de son mental…etc. En somme, par pur opportunisme, ils se sont placés à l’autre bout de l’échiquier politique, en espérant tabler sur le ras-de-bol d’une partie des masses populaires face à l’hypocrisie officielle. Cependant, cela les maintient dans un rôle d’outsiders, allant à contre-courant, préservant ainsi un électorat, mais étant incapable de devenir une force hégémonique.

    La bourgeoisie peut donc compter sur cette possibilité. LREM peut très bien absorber une partie des revendications du mouvement écologiste, en insistant sur le fait qu’elle met en place une transition d’importance.

    Europe Écologie Les Verts pourrait, également, servir de nouveau porte drapeau à la bourgeoisie. Le mouvement a déjà partagé le pouvoir avec le Parti Socialiste. Il est composé d’un grand nombre d’opportunisme, dont l’exemple type est Jean-Vincent Placé. Cette expérience du pouvoir lui a permis de montrer qu’il n’avait aucune vergogne à appliquer un programme antisocial, réactionnaire, ou de justifier les interventions impérialistes, au nom de l’humanitaire. Pour la bourgeoisie, cela serait une sortie « par le haut » de la crise de régime qui vient.

    Seconde possibilité : la sortie par la droite.

    Cela fait maintenant plusieurs années que les questions relatives aux migrants et les questions relatives à l’Islam occupent le devant de la scène. Après la crise de 2008, elles ont pris une propension invraisemblable, aidée par le Débat sur l’Identité Nationale, initié en 2009 par le transfuge du PS Eric Besson.

    Aujourd’hui, cette question a contaminé l’intégralité des organisations politiques, avec des réactions variées. Quelles que soient les opinions sur ce sujet, chaque groupe politique est forcément polarisé par cette question. Elle a mené à des tensions internes importantes dans certains mouvements, allant jusqu’à une scission dans le cas de LFI. Plusieurs acteurs, sans la moindre vergogne, s’emparent de cette question comme un fonds de commerce, dans l’espoir de pouvoir gagner des voix sur la thématique.

    Il s’agit d’un calcul cynique qui ne tient absolument pas compte des réalités sociales, du vécu des individus, qui amalgame allégrement les Français et françaises issues d’une immigration d’il y a 50 ans et les migrants et migrantes. Qui amalgame dans un seul creuset la question de l’Islam et du terrorisme.

    Dernièrement, la campagne islamophobe s’est encore accrue. La convention de la droite, animée par Marion Maréchal Le Pen, réunissant le gratin de l’immonde, a ainsi donné naissance à des discours plus virulents les uns que les autres. Eric Zemmour, ainsi, est allé jusqu’à dire que nous vivons une campagne d’extermination de l’homme blanc hétérosexuel. En dépit d’un certain tollé autour de ces discours, bien peu l’ont réellement condamné sur le fond. Il faut dire qu’il trouve des relais puissants, y compris dans les déclarations de la présidence de la République. Macron a ainsi évoqué « l’hydre islamiste » et la nécessité de le combattre.

    La situation est suffisamment en plein dérapage pour que des phénomènes invraisemblables se produisent. Jean-Michel Apathie a ainsi été traité de collabo par Zineb El-Rhazoui. Il demandait que Eric Zemmour soit, comme Dieudonné pour son antisémitisme, censuré, puisque condamné pour incitation à la haine raciale. À ce genre de propos se rajoutent une campagne savamment orchestrée sur les réseaux sociaux, faisant feu de tout bois : rumeurs sur des réseaux « pédo-satanistes » ; légendes sur les incendies industriels ; mensonges sur des conspirations islamistes ; inversion des rapports de pouvoir entre les États impérialistes et les pétromonarchies…

    La division des masses populaires et la fragmentation par la peur est une méthode classique des réactionnaires et des bourgeois pour parvenir à leur fin. Qu’importent, finalement, les explications sur la radicalisation de nombreux individus. Manuel Valls, en 2015, déclarait que « expliquer, c’est justifier », refusant qu’on puisse chercher à comprendre pourquoi des individus sans histoire se tournent vers le terrorisme. Il s’agit d’employer les événements dramatiques à des fins électoralistes.

    La terreur et « l’alliance sacrée » contre le terrorisme permet de tout justifier, y compris des hausses du coût des assurances. Elle est moins avantageuse qu’une unité contre un adversaire abstrait, mais elle est tout à fait envisageable comme solution pour conjurer provisoirement la crise de régime. Il n’est absolument pas impossible que les partis sociaux-démocraties ou libéraux puissent intégrer, pour essayer de devenir les poulains de la bourgeoisie, des pans entiers du programme ultra-réactionnaire.

    Sauf que les voix, le plus souvent, se portent sur l’original plus que la copie. Les campagnes réactionnaires, même reprises par des sociaux-démocrates, nourrissent, en dernière instance les réactionnaires d’origine. Le PS, LR, LREM, en alimentant la paranoïa, ne font qu’adouber les discours fascistes.

    Il existe une écologie prolétarienne. Une écologie révolutionnaire. Celle-ci ne se contente pas de parler de normes de pollution (qui ne sont pas respectées), de simples logos, de discours creux. Elle pose la question d’une manière on-ne-peut-plus pragmatique : Puisque la source du mal n’est pas dans la consommation, mais dans la production, puisque cette production n’est pas compatible avec la survie de la planète, nous devons la contrôler.

    On ne vote pas sur les moyens de production. On ne vote pas sur l’extraction de l’uranium, sur le pétrole, sur les ressources stratégiques de l’État et des capitalistes monopolistiques. Il s’agit de sujets trop importants pour qu’il puisse être même envisagé de le discuter dans les chambres d’enregistrement que sont les Parlements. C’est cela que nous devons cibler : le contrôle populaire, un « absolutisme populaire » pour reprendre l’expression de Marc Ferro. Cela ne veut pas dire que les initiatives individuelles, le 0 déchet, l’écologie locale soit à dénigrer, comme certains le font. Non, ils sont des portes d’entrées vers une compréhension plus grande et plus profonde de la question écologiste. Nous les saluons.

    Nous n’avons pas d’opinion sur Extinction Rébellion, nous attendons de voir. Nous pensons cependant que ce mouvement contribue à poser publiquement la question de l’écologie. Mais la transformation de cette énergie en mouvement révolutionnaire ne dépend pas d’elle-même, elle ne dépend que des communistes.

    La seule et unique voie qui permet également de lutter contre le terrorisme et contre l’influence obscurantiste demande aussi des transformations. Dans les pays dominés, c’est l’occupation militaire et l’exploitation impérialiste qui forment la base du terrorisme. C’est également la guerre qui pousse à la fuite, au fait de rechercher l’asile dans des endroits plus sûrs, où pour sortir d’une misère sans fond. Nous sommes pour la liberté de circulation, de visite, d’installation. Cependant, cette « liberté » n’en est pas une pour ceux et celles qui fuient leur pays. Elle est une condition de survie. La plupart quittent leur terroir, leurs familles la mort dans l’âme.

    C’est l’exclusion sociale et la misère qui pousse aussi ceux qui désespèrent à se tourner vers des idéologies ou des courants religieux réactionnaires. Nous pensons que c’est la lutte contre l’exploitation, la fragmentation de la société, l’orientation vers une issue révolutionnaire positive, qui permet de saper les bases de recrutement de réseaux réactionnaires. Ce ne sont pas les interdictions, les brimades, les vexations ou les lois qui peuvent avoir une incidence.

    Les contradictions sur la question des croyances est une contradiction au sein du peuple. Elle se résout par le débat. Il ne nous importe pas que les individus croient en Dieu, n’importe lequel. Cela n’est pas la question. Ce qui est déterminant est la question des pratiques sous-jacentes. Nous pensons qu’il faut lutter sans la moindre relâche contre la stigmatisation et l’instrumentalisation raciste. Qu’il faut soutenir les tendances de gauche, progressistes, partout où elles se trouvent. Et l’expérience a démontré qu’elles existaient largement.

    Ne nous laissons pas abuser. Combattons contre l’instrumentalisation de l’écologie, luttons contre les discours réactionnaires et racistes, maquillés en « lutte contre l’obscurantisme ». Surtout, construisons l’unité qui permet d’avancer et de remporter les victoires : l’unité des communistes, des révolutionnaires !

  • 23 août 1939, la décision terrible. 3/3

    23 août 1939, la décision terrible. 3/3

    Brochure complète :

    L’URSS et les voies alternatives.

    À la mi-1939, l’URSS était en face de trois choix possibles.

    • Première option : rechercher à tout prix l’alliance avec l’Occident.
    • Deuxième option : faire cavalier seul.
    • Troisième option : opter pour un renversement de front.

    Les premières et deuxièmes options, bien que séduisantes, étaient en réalité des impasses. L’Occident ne voulait pas d’une alliance contraignante envers l’URSS. De même, l’URSS ne pouvait se lancer seule contre l’Allemagne nazie.

    Supposons une autre histoire. Supposons que nous nous laissons entraîner par cette mode du what if si courante. Disons que, par exemple en 1936, l’URSS prenne les devants et attaque l’Allemagne nazie. L’URSS possédait alors une supériorité dans tous les domaines techniques (aviation supérieure en qualité, chars très nombreux et d’un niveau nettement meilleur que les Pz I ou II, artillerie excellente…). L’Allemagne, quant à elle, était quasiment nue militairement parlant. Le rapport de force était donc nettement plus favorable qu’en 1941. Oui, mais non. Pour plusieurs raisons, internes et externes. Internes (elles seront développées dans la partie sur les purges, laquelle sera publiée vers la rentrée E.V.), l’URSS est en plein lutte des classes internes. Les tensions sont à leur comble face à plusieurs oppositions. Quoiqu’on pense de la situation interne relative à l’armée, et de la personne de Tchoukaïtchevski, il est impensable qu’il n’existe pas des tendances bonapartistes chez les militaires, tendances qui ont existé dans toutes les armées, y compris d’ailleurs chez les nazis eux même. De plus, non seulement l’URSS aurait été seule, mais elle aurait certainement été poignardée dans le dos si elle avait été en position de force.

    Pourquoi donc ? Deux raisons à cela. La première est politique, la seconde est géopolitique.

    Politique : contrairement à ce que la doxa républicaine vend, la proximité idéologique était beaucoup plus forte entre le nazisme et les bourgeoisies occidentales et leurs gouvernements, y compris lorsque ceux « de gauche ». En 1939, celui qui apparaît comme le monstre hérétique n’est pas Adolf Hitler, mais bien Joseph Staline. Les nazis ne sont pas forcément en odeur de sainteté, mais leur politique ne touche pas à la propriété privée ni aux intérêts des cartels bancaires et industriels. L’illustre philosophe Georges Politzer en fournit une brillante explication dans Révolution et contre-révolution au XXe siècle, dans lequel il explique le fondement de la Révolution Nationale de Vichy.

    Géopolitique : Croire que l’objectif premier, principal, des démocraties était d’abattre l’Allemagne nazie, qui fait fi de la compréhension, en tout premier lieu, très géopolitique de la question de l’équilibre des puissances en Europe. Comme mentionné plus haut, idéologiquement parlant, ce qui est l’anomalie est l’alliance entre USA, Royaume-Uni et URSS, non une alliance entre les deux puissances impérialistes et le IIIe Reich. Ces questions géopolitiques ont cependant pris le pas sur la question idéologique. Le but fondamental de l’Angleterre, de la France, était surtout de maintenir un équilibre des puissances européennes, dans le but qu’aucune ne prenne l’ascendant d’une manière démesurée sur les autres. La France a été plus douce avec l’URSS et moins tolérante avec le réarmement allemand, uniquement du fait de sa proximité avec l’Allemagne et de sa conscience très aiguë de sa situation de faiblesse.

    Quel est le corollaire de ceci ? Cela signifiait que, dans l’esprit des Anglais, principalement, mais aussi des Américains, qui possédaient la même conception géostratégique, inspirée de Mahan et de Mackinder, il n’était pas tolérable, acceptable, que se forme un seul bloc sur le continent européen (d’où le Hitler first ! de Roosevelt après Pearl Harbor).

    Donc, si les Soviétiques étaient intervenus en 1936, comme certains stratèges de chambre l’annoncent, que se serait-il passé ? Deux exemples permettent de situer la réaction des « Alliés », le cas espagnol et le cas finlandais.

    En Espagne, fascistes et antifascistes se sont fait face. Malgré un prétendu soutien moral à la République, les Alliés se sont abstenus complètement de venir « sauver la démocratie ». Ils se sont placés en observateurs, attendant de voir ce qui en sortirait et comment ils pourraient en tirer avantage.Sur la Finlande, en 1939-1940, alors que les occidentaux ont laissé la Pologne se faire pulvériser sans rien faire, Français et Anglais échafaudent des plans ahurissants de complexité pour venir en aide à la Finlande fasciste de Mannerheim. Les Français envoient des armes et proposent l’expédition de bataillons de volontaires, tandis que les Anglais planifient des raids sur Bakou depuis le Levant. Les premiers envoient même certains de leurs précieux avions de guerre, qui feront cruellement défaut à partir du 10 mai 1941.

    Pour intervenir contre les nazis, les Soviétiques devaient, de plus, trouver un terrain d’opération. Il n’existait que la Pologne, du fait de sa configuration, qui puisse être employée. Or, la Pologne, que ce soit par hystérie anticommuniste ou par russophobie (justifiable au vu de son histoire cependant), s’est refusée à cela. Dès lors, la traversée de la Pologne, même encouragée par la France et l’Angleterre, aurait formée un casus belli qui aurait justifié : soit que les Alliés restent neutres, hypothèse espagnole, et laissent s’entre-tuer les deux armées, soit qu’elle intervienne contre l’URSS, d’emblée ou si elle était sur le point de gagner.

    Dans tous les cas, les Occidentaux ne voulaient pas s’engager, mais au contraire conserver leurs options libres dans le but de pouvoir intervenir comme arbitres de l’inévitable conflit européen. C’est également pour cela que, malgré les cris d’horreur face à la déferlante contre la Pologne, ni la France ni l’Angleterre n’ont esquissé le moindre geste d’aide et se sont contentés d’un wait and see.

    Le bout de la piste.

    Contrairement à ce qui a pu être raconté, les Soviétiques n’ont pas bondi de joie à l’idée de signer ce pacte. Il n’y eut pas de toast à Hitler, ni de fioritures. Les uns et les autres avaient bien trop conscience du caractère étrange de la situation pour s’embarrasser d’un protocole. Au contraire, Staline même plaisanta, en levant un toast à « L’URSS, le nouveau membre du pacte anti-Komintern » (Fitzpatrick, 2018), laissant les Allemands pantois et stupéfaits. Hitler, en revanche, à bondi de joie, s’exclamant « Je les ai eus, je les ai eus ! » (Beevor, 2007).

    Malgré le fait que le pacte ait été singé il y a 80 ans, il existe des questions. L’existence de l’appendice secret, par exemple, a été nié jusqu’à la fin de sa vie par Molotov, lequel insistait sur le fait que le document présenté était un faux, signé « W. Molotow » en alphabet latin. D’après celui-ci, les lignes de démarcations ont été négociées au rapport de force après coup, et chacun, conscient de l’hostilité à terme de l’autre, est allé le plus loin possible.

    De même, contrairement à ce qui aurait pu être attendu, si le traité a été un tremblement de terre pour le mouvement communiste international, la direction du PC(b)US n’a pas poussé à un alignement complet. Le PCC et le KMT ont continué à lutter contre le Japon, l’agitation antifasciste n’a pas été condamnée. Les communistes français partis combattre dans contre l’Allemagne à la déclaration de la guerre n’ont pas été non plus condamnés par l’Union soviétique. Même si, par rapport à la conception du Komintern, ils étaient en tort, l’avenir leur a donné raison, et la direction de l’URSS en a tenu compte. La résistance communiste n’a d’ailleurs absolument pas attendu le 22 juin 1941 pour s’en prendre aux nazis et à l’armée d’occupation.

    Au sein de l’URSS même, les publications contre l’Allemagne hitlérienne ont été mises en pause. Certains Soviétiques ont cru que l’antisémitisme était devenu légal, et un tombereau d’injures ont été déversées par courrier contre Kaganovitch, considéré comme le juif de l’équipe. Cependant, dès 1940, les journaux soviétiques traitent le conflit sur un pied d’égalité, puis sous un angle plutôt favorable à l’Angleterre, en particulier durant la bataille aérienne qui l’oppose à la Luftwaffe. La seule chose qui était condamnée était l’idée de créer une provocation qui permette à l’Allemagne de justifier une intervention.

    En dépit de la situation complexe, il n’est pas possible de considérer l’URSS comme un cobelligérant et un allié de l’Allemagne nazie. Il existe un commerce entre eux, tout comme avec les autres pays neutres de l’époque, USA compris. Mais il existe également des canaux de communication entre URSS et pays alliés, notamment par la Suède, où l’incontournable Alexandra Kollontaï est ambassadrice pour l’Union soviétique.

    Pourquoi Hitler a-t-il proposé ce traité si contradictoire avec sa position politique de champion de l’anticommunisme ? La direction de l’Allemagne nazie n’en était pas moins dotée d’un certains réalismes, notamment en ce qui concernait les projets de l’Occident.

    Hitler, en tant que dirigeant d’une puissance impérialiste qui cherchait à s’imposer face à des puissances écrasantes et qui ne lui laisseraient pas se faire « une place au soleil » dans le monde plein de l’ère impérialiste. Il lui fallait donc ruser pour parvenir à s’imposer. L’Angleterre, qui voyait d’un mauvais œil la France être la puissance principale du continent, a été un allié temporaire, mais précieux. Seulement les désirs hitlériens dépassaient la simple parité. Ils visaient la suprématie.

    À terme, la conflagration avec l’URSS était logiquement inévitable du fait des objectifs même du nazisme. Cependant, la question des étapes était primordiale. Pour éviter une guerre sur deux fronts, un modus vivendi était nécessaire. Pour sécuriser l’étape de l’écrasement de la Pologne et éviter une internationalisation du conflit, le traité a été proposé. Il était facile de proposer quelque chose qui convienne à l’exigeante diplomatie soviétique, notamment, car les plus grands compromis étaient vus comme fictifs, car temporaire. À la fin, l’Allemagne raflerait l’ensemble de la mise. Il laissait l’Allemagne régler son contentieux, mais la mettait au contact de sa Némésis.

    Si la France et l’Angleterre n’étaient pas entrées en guerre, qui sait si l’URSS aurait été ciblée directement. L’étape France était peut-être nécessaire, mais pas celle de l’Angleterre, avec laquelle Hitler pensait pouvoir s’entendre.

    Paradoxalement, Hitler a été plus critiqué que Staline, en occident, pour le pacte. Aux yeux de la bourgeoisie, c’était le nazi qui signait un pacte avec le Diable et non l’inverse. Il était aisé d’ironiser sur Staline, mais la « trahison hitlérienne » terrifia les grands capitalistes.

    Staline et Hitler.

    Lorsque, en novembre 1940, Molotov a rencontré le gratin du nazisme, les débats ne se sont absolument pas passés comme l’entendaient les Allemands. Hitler avait essayé d’orienter l’URSS vers l’Empire anglais, dans le but de prendre à revers les Britanniques. Il a fait miroiter aux Soviétiques l’idée d’un accès aux mers chaudes, au golfe Persique, à l’Inde. Il s’agissait d’un calcul logique et cohérent, celui-ci ne s’intéressait principalement qu’aux affaires européennes. Il n’a accordé, par la suite, qu’un soutien distrait et lointain aux opérations de l’Afrika Korps ou aux tentatives irakiennes de mettre en place un régime anti-anglais.

    Mais surtout, il a commis l’erreur de considérer l’URSS comme un rapace avide de conquêtes. En dépit des tentatives successives de susciter la convoitise des Soviétiques, l’affaire fit long feu. La rencontre a été l’occasion d’un des célèbres traits d’humour grinçant de Molotov, considéré à tort comme une personnalité fade et plate. Lorsque, après avoir interrompu deux fois la réunion sous prétexte de raids alliés sur la capitale, les Allemands revinrent à la charge sur le partage du monde, arguant que la guerre était presque gagnée, il leur rétorqua « si elle est gagnée, que faisons-nous dans un bunker anti-aérien ? ».

    Ce qui intéressait les Soviétiques, en réalité, était une chose fondamentale : la présence de militaires Allemands tant dans les États baltes qu’en Finlande ou en Roumanie, prélude à une invasion. Cette crispation importante est restée jusqu’au déclenchement de l’invasion.

    Même l’intervention soviétique en Pologne est restée parallèle à celle des Allemands. Il n’y a pas eu de coordination militaire ou d’État-major commun. La Pologne, victime de cet accord, doit également être regardée pour ce qu’elle était à l’époque. Certes, la manière dont les événements se sont déroulés, et les conséquences dramatiques de ceux-ci, notamment la question de Katyn, qui sera abordée dans un article subséquent, ne sont pas défendables comme des événements positifs. Ils sont le fruit d’une situation dramatique, dans laquelle l’URSS a agi comme elle pouvait. De plus, il ne faut pas oublier ce qu’était la Pologne de 1939. Il ne s’agissait pas d’un régime démocratique et idyllique, mais d’une dictature d’inspiration militaro-fasciste, construit et architecturé dans le but de servir d’État tampon entre Allemagne et URSS, au mépris d’ailleurs du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La Pologne réactionnaire née au détriment de l’Ukraine et de la Biélorussie, par le traité de Riga arraché aux Soviétiques, ne s’est d’ailleurs pas privée de participer à dépeçage de la Tchécoslovaquie. Certes, cela ne justifie pas positivement l’entrée des troupes soviétiques. Celle-ci n’en est pas moins le fruit d’événements sur lesquels elle n’avait pas de prise. En étant cynique même, il serait possible de demander si elle aurait dû laisser la Pologne toute entière être absorbée par l’Allemagne.

    Après le traité.

    En dépit du traité, l’URSS mène plusieurs opérations militaires hors Pologne. Ces opérations ont été considérées par un certain nombre d’observateurs comme une manifestation d’impérialisme. Cependant leur fonctionnement et la manière dont ils se sont produits sont révélateurs de leur vraie nature. Ainsi, le traité d’amitié et d’assistance mutuelle soviéto-mongol ne débouche pas sur une annexion ou une intégration dans l’Union soviétique. Pourquoi ? Parce que ce n’était pas l’objectif premier. La plus grande inquiétude de l’URSS était la protection de ses frontières et de sa partie la plus occidentale, concentrant les bassins industriels et les terres agricoles.

    D’une part, en prélude au conflit, les plans quinquennaux ont initié un déplacement des industries et des centres de production de matière première vers l’Oural, comme Magnitogorsk, mais, surtout comme la ville de Tcheliabinsk, immense ville usine, surnommée Tankograd.

    De l’autre, il fallait repousser le plus loin possible les frontières, pour pouvoir, selon le principe clausewitzien, échanger de l’espace contre du temps. L’une d’entre elle, celle qui courait à proximité de Leningrad, était particulièrement vulnérable. En effet, elle s’arrêtait à 10 km à peine du grand centre politique et économique. L’URSS a alors tenté de négocier avec le gouvernement finlandais, dirigé par le maréchal Mannerheim, un des champions de l’anticommunisme, pour obtenir une rectification de frontière et un bail sur la base navale de Vyborg, en échange d’une partie de la Carélie. Soutenu à la fois par les Occidentaux et par les Allemands, le régime finlandais refusa. Il s’en est suivi une guerre hivernale, dans laquelle l’Armée Rouge n’a pas brillé. La victoire est obtenue chèrement, mais contribue à sauver Leningrad en 1941-1944. En dépit de l’occupation soviétique, les conditions d’armistice sont extraordinairement clémentes. Elles l’ont tout autant été après la défaite de 1944, où, pourtant, l’URSS aurait pu sans problème imposer le gouvernement de son choix. Plusieurs des failles observées dans l’Armée Rouge sont également corrigées, ce qui contribue à la doter d’une meilleure capacité de résistance durant l’invasion allemande.

    L’occupation des États baltes et de la Bessarabie s’interprètent également de cette manière. La baltique est vue comme une zone d’influence allemande importante et comme un balcon pour une future invasion de l’URSS. Celle-ci, en contrevenant d’ailleurs aux dispositions du traité germano-soviétique, procède à un coup de force en imposant un traité à ces pays, puis en procédant à leur intégration. Cette opération est effectivement un « coup tordu », mais correspond à une realpolitik féroce. Aujourd’hui, encore, la présence russe à Kaliningrad est un verrou considéré comme hautement stratégique pour la protection de la Russie. Il en est de même pour la Bessarabie, d’autant que l’occasion de récupérer cette partie d’Ukraine est tentante. Ce révisionnisme au niveau des frontières est contestable, mais il est important de comprendre que, pour l’URSS et sa direction, à l’exception de la Finlande, ces territoires étaient considérés comme des morceaux d’URSS arrachés par le traité de Riga en 1921. Leur indépendance ou dépendance nouvelle avait à peine 20 ans lorsqu’elle s’est terminée. Dans tout autre contexte, elle aurait été condamnable et condamnée par le mouvement communiste international, mais dans un prélude à la guerre, elle était une obligation vitale. Chaque pays participant a eu son lot de coups tordus organisés pour sa sécurité. L’URSS, même mue par d’autres principes, ne pouvait sacrifier sa survie ou celle de son peuple à ces principes intangibles.

    Même des personnalités unanimement applaudies, telle le président de la Tchécoslovaquie Edvard Beneš, se sont mouillé dans des opérations secrètes par nécessité vitale. Il a ainsi contacté à plusieurs reprises le NKVD dans le but de pouvoir organiser un coup d’État anti-allemand en Yougoslavie. L’opération a fait cependant long feu du fait de l’absence de fiabilité des agents disponibles et des réticences de la direction soviétique. En revanche, Beneš n’a pas été abandonné par le NKVD, qui a payé son évacuation vers l’Angleterre.

    En France comme dans plusieurs pays, la signature du traité est l’occasion d’une campagne anticommuniste sans précédent. Dès le 26 août, le PC français est interdit et ses militants sont pourchassés. Ceux qui distribuent des tracts sont arrêtés et expédiés en prison ou dans les camps de concentration de la IIIe République, dont celui de Gurs. Ils y rejoignent les membres de Brigades Internationales, les Basques et les Juifs Allemands, tous livrés par Vichy aux nazis après la défaite. Après la signature, le 28 septembre, d’un traité germano-soviétique qui règle la question de la ligne de démarcation en Pologne, les dernières expressions du PC sont déclarées illégales.

    Le PC, en dépit de la complexité de la situation, suivait la ligne qui considérait cette guerre comme une guerre impérialiste comme les autres. Son caractère particulier n’est pas apparu directement et ne pouvait pas être prédit. Dès la défaite de la France les communistes sont entrés en résistance. Politzer lui-même tenta d’initier une défense populaire de Paris, à l’image de la Commune. Mais la ville a été abandonnée sans combat par un État-major dont la ligne de conduite était « plutôt Hitler que le Front populaire. »

    Pour en finir.

    Pour clôturer cet aspect essentiel de cette question brûlante, il faut rappeler une chose fondamentale : la guerre qu’a mené le régime nazi contre l’URSS n’a eu de commune mesure dans l’histoire, tant par la volonté exterminatrice que par le fanatisme politique. Même l’invasion japonaise de la Chine, avec ses actes de cruauté d’une ampleur invraisemblable, a plus causé de pertes humaines par un « simple » mépris de la vie des Chinois que par une volonté affirmée de chasser intégralement la population et de la priver de tout. Les 27 millions de citoyens et de citoyennes soviétiques qui ont payé de leur vie l’écrasement du IIIe Reich sont les otages involontaires d’un débat épouvantablement mené. Ceux qui sont prompts à voir dans cet océan de cadavres la marque du régime stalinien sont également les premiers à reprocher à l’URSS les mesures défensives qu’elle a prises pour éviter ce massacre. Entre les deux, un choix doit être fait. Certains, plus cyniques et vicieux encore, se sont servi de la politique extérieure soviétique pour justifier l’attitude du Reich. C’est le cas notamment des crypto-fascistes comme Ernst Nolte ou François Furet, pour qui le nazisme n’est que la réponse au bolchevisme, et que le péché originel de la Shoah est imputable à Lénine.

    Il n’est pas possible de dire que la politique extérieure de l’URSS, le 23 août 1939, a été un événement dont il est possible d’être particulièrement fier, tout comme la répression de Krondstadt, tout comme la paix de Brest-Litovsk, tout comme un grand nombre de compromis, de temporisations, de coups de forces, mais qui sont le reflet des enjeux immenses qui se déroulent. Les médias bourgeois et gauchistes, si prompt à condamner l’URSS pour ce traité, oublient-ils qui a encouragé Hitler, qui lui a donné les moyens de faire ce qu’il a fait, mais, également, qui l’a stoppé ? La diplomatie des années 1930 était une voie étroite, sur le fil du rasoir, où le moindre faux-pas aurait pu permettre à Hitler de concrétiser sa promesse d’un Reich de 1000 ans.

    Comment ne pas penser à cet extrait de Les mains sales de Sartre:

    « Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t’imagines qu’on peut gouverner innocemment ? »


  • 100 millions de morts ou rien. Partie 3

    100 millions de morts ou rien. Partie 3

    L’après-guerre et aujourd’hui :


    L’après-guerre est, pour l’URSS, ce que les historiens nomment le « seconde stalinisme » ou le « stalinisme achevé ». Pour M. Lecaussin, cela singifie le fait que le Goulag se remplisse à nouveau et que les prisonniers de guerre envoyés en Allemagne soient jugés avec une intense méfiance. Ce qui lui vient à l’esprit, ce sont les affaires du groupe de Leningrad, le complot des blouses blanches, la répression de 14 juin 1953, la Hongrie en 1956…

    Il en oublierait presque que dès la fin de la guerre, la France entend reprendre le contrôle de son Empire. Alors que l’épuration est faiblarde en métropole, la reconquête est faite tambour battant. Dès le 8 mai, les massacres commencent.

    Nous avons longuement traité cette question dans notre brochure : La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 3 & 4.

    https://unitecommuniste.com/histoire/la-guerre-ne-sest-pas-arretee-en-1945-partie-3/
    https://unitecommuniste.com/international/la-guerre-ne-sest-pas-arretee-en-1945-partie-4-oradour-malgache/

    Ainsi, en Algérie, dès le 8 mai 1945, tandis que l’occident en liesse célèbre l’écrasement de la vermine fasciste-nazie, les colonies font savoir que l’oppression n’est pas morte avec le Führer. Osant brandir le drapeau de leur nation, les Algériens se heurtent aux colons. Nous citons ce que nous avions écrit alors : 

    « L’apparition du drapeau national algérien met le feu aux poudres. La police et les colons ouvrent le feu sur les manifestants à Sétif. Bouzid Sâal, un jeune scout, est tué par la police à Sétif. A Guelma, la scène est similaire, et un jeune manifestant meurt des suites de ses blessures, tandis que le quartier colonial se couvre de mitrailleuses. Des suspects sont interpellés et torturés. A Kherrata, un massacre est organisé en tout discrétion par les Français, lesquelles, reprenant les mêmes méthodes que les Einsatzgruppen à Baby Yar, abattent et précipitent dans les ravins plusieurs centaines de suspects.

    Des émeutes éclatent alors en riposte. Des combats sporadiques ont lieu, ainsi que des vengeances, parfois aveugles, de rage, puis l’armée intervient brutalement. Si des morts ont été commises des deux côtés, leur disproportion illustrent la manière dont « l’ordre » a été rétabli.

    102 européens ont été tués, plus par rage, par vengeance, que dans une opération calculée de représailles. Le 11 mai 1945, le général de Gaulle ordonne à l’armée d’assurer « le maintien de l’ordre », en confiant au général Duval la conduite des opérations. Ces opérations sont des massacres et des exécutions sauvages, aveugles et terroristes. La France commet de nouveaux Oradour-sur-Glane. Pendant dix jours, le four crématoire de Lavie a tourné, sa flamme claire tranchant dans la nuit. Lorsque le 22 mai, la répression s’arrête officiellement. 900 morts le jour même, sous les balles de la police. [Au total entre] 20 000 et 45 000 sous le prétexte de liquider « …des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne, [qui] se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation de l’Allemagne nazie. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre et les autorités prennent toutes décisions utiles pour assurer la sécurité et réprimer les tentatives de désordre.» »

    L’ordre français est restauré. C’est là l’essentiel aux yeux des impérialistes.

    Lorsque le Japon militariste est écrasé, c’est au tour de l’Indochine, occupée par celui-ci, de passer de la résistance à l’occupation à la libération. Là encore, voilà comment les choses s’opèrent :

    « Le 2 septembre 1945, dans une atmosphère tendue, Ho Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam. Celle-ci ne peut cependant être réalisée que par le départ des français et des troupes d’occupation. La France, par ailleurs, négocie laborieusement pour que la Chine se replie, en échange d’un renoncement à toute prétention française sur celle-ci. Le général Leclerc, qui remonte de Saïgon, opte pour une ligne de conduite modérée, de négociation, avec les forces patriotiques. (…)

    Le remplacement des Chinois par les Français n’est pas entravé par les troupes d’Ho Chi Minh. Hanoï, la capitale du nord, est occupée sans un coup de fusil. Le PCI cherche alors une solution de compromis. Mais, dans le camp des Français, l’idée d’accepter de perdre cette partie de l’empire apparaît envisageable. Contre le diagnostic de Leclerc, la France se prépare à la guerre. Elle ne se sent plus si faible, se sent appuyée par le revirement géopolitique US, qui élabore progressivement sa doctrine du containement, et qui s’intéresse de plus en plus au maintien des bastions coloniaux comme bastions anticommunistes.

    L’anticommunisme et le colonialisme se mêlent et débouchent sur une conclusion partagée par la quasi-intégralité des partis politiques de la métropole, à l’exception du PCF : il ne faut pas céder. Le 23 novembre 1946, l’armée française choisit donc la voie de la guerre, en bombardant, par artillerie, le port de Haiphong, ouvrant ainsi le premier acte d’une guerre qui ne s’est terminée qu’en 1975. La France choisit, pour conserver son empire, le napalm, les massacres et la torture, plutôt que la paix. »

    La guerre d’Indochine (1945-1954) se traduit, en dernière instance, par 75 500 morts pour l’Union française et un décompte incertain pour l’Etat du Viêt Nam. Le Viêtnam nord paie le prix de 300 000 morts. 
    En 1947, c’est au tour de Madagascar de s’embraser.

    « Dès le début du mois d’avril, 18 000 militaires français débarquent. Ils sont plus de 30 000 par la suite. La méthode de répression est classique : torture, meurtres, razzias, viols… Elle se double d’une terreur psychologique dans les méthodes d’exécution : captifs jetés vivants depuis des avions. Malgré une longue guérilla organisée par les colonisés, qui connaissent le terrain, l’écrasement est rapide. En effet, les insurgés n’ont que des sagaies et des couteaux, face à des bombardiers A-26, des chars, des lance-flammes.

    89 000 morts côtés insurgés. 1 900 côté forces coloniales, ainsi que 850 européens dont 350 militaires. Voilà le bilan de l’opération de « pacification à la française ». Des procès sommaires et des exécutions de suspects eurent lieu tout au long de l’année 1948 contre les militaires malgaches accusés de nationalisme. »

    La même année, en métropole, encore sous un rationnement draconien, les grèves de 1947 sont durement réprimées. Les CRS, nouvellement constitués, sont envoyés avec l’armée pour briser celles-ci. En 1948, 5 ou 6 mineurs sont tués lors d’autres grèves. 

    En 1950, la France participe, aux côtés des forces de l’ONU, à la guerre de Corée. Cette guerre pour le maintien de la partition de la péninsule, pour continuer à ce que la dictature de Park perdure, se paie aussi d’entre 4 et 5 millions de civils morts, soit 1 habitant sur 6. En métropole, la manifestation de 1952 contre la venue du général Ridgway ‘la peste ‘, se traduit par l’ouverture du feu sur la foule, causant deux morts par balle. 

    À titre de comparaison, la répression de Berlin-Est, qui est difficilement imputable de manière directe à l’Union soviétique, tue 80 personnes. L’intervention en Hongrie coûte la vie à 2 500 personnes. En dernière partie de cet article, nous aurons l’occasion de les évoquer de nouveau.

    D’une manière très superficielle, ces évènements seuls, sans compter la guerre de Corée, amènent la France à un total de près de 500 000 morts entre 1945 et 1954. C’est sans compter la surmortalité liée à la malnutrition, aux violences, à l’absence d’infrastructure sanitaires.

    Après la période Stalinienne, la guerre d’Algérie double ce score d’un seul coup. 152 863 membres du FLN tués, 25 600 soldats français, 50 000 harkis et 250 000 morts civils pour l’estimation la plus basse. Cette guerre ramène donc à nouveau une charretée de 500 000 corps à mettre au compte de la patrie de Voltaire et de Montesquieu. 
    Durant les indépendances, la France participe à des assassinats qui visent à maintenir dans son giron les pays formellement indépendants. En 1963, elle commet l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier président élu du Togo. L’année d’après elle écrase au Gabon une tentative de coup militaire anti-impérialiste. En 1965, elle enlève Ben Barka. Toujours la même année, la France assassine Ossendé Afana, dirigeant de l’Union Patriotique du Cameroun. En 1971, elle fait exécuter publiquement Ernest Ouandié, leader de la même organisation….la liste est longue. En 1978, ses mercenaires organisent avec les Sud-africains un coup d’Etat aux Comores, pour remplacer la République populaire des Comores par un régime ultra-réactionnaire…Même après la Guerre froide, les actions continuent. En 1994, la France coopère dans le génocide au Rwanda, qui sert ses intérêts. 

    Elle poursuit, au travers de la Francophonie, de son maintien d’une monnaie coloniale, de ses actions criminelles la domination d’une grande partie d’un continent. En 2011, elle participe à la déstabilisation de la Syrie, de la Libye, de la Côte d’Ivoire… Elle détient donc, d’un point de vue purement de bilan humain, une responsabilité importante dans des millions de morts. 

    Si nous employions les mêmes méthodes douteuses que le livre noir, nous pourrions sans grand problème atteindre, entre 1901 et 2001, les 500 millions de victimes pour le capitalisme, le colonialisme et l’impérialisme. Mais cela ne serait guère satisfaisant. Certains avancent un chiffre de 20 millions de morts par an pour le capitalisme. 
    Ces compatibilités sont difficiles à expliquer et difficile à défendre. Mais elles donnent un ordre d’idée : le camp du crime n’est pas celui qu’on croit. Voilà donc le bilan que M. Lecaussin doit endosser avant de pouvoir s’exprimer sur le nôtre. 

  • Bastion social n’est plus.

    Bastion social n’est plus.

    Bastion Social n’est plus. Les dirigeants locaux du groupe issu du GUD ont reçu, le 13 mars, une lettre indiquant la dissolution de leur organisation. Le délai maximal pour faire appel étant le 21 mars, la dissolution sera donc actée par le Conseil des ministres. 
    Cette dissolution avait été annoncée par Emmanuel Macron à la suite de plusieurs actes antisémites et racistes commis par des membres de l’extrême-droite. Mais, cette dissolution, tout comme d’une manière générale les fermetures administratives des locaux fascistes, ne font que sanctionner le fait que ces groupes sont considérés comme ayant dépassé certaines bornes, mais jamais une condamnation sur le fond de leur activité et de leur discours idéologique.

    À Lyon, comme dans d’autres villes, les luttes contre l’implantation des Bastion Sociaux ont pesé dans la balance. Elles ont contribué à démasquer aux yeux de tous et toutes la collusion entre les autorités locales, municipale ou préfectorales, avec l’extrême-droite. L’Unité Communiste de Lyon considère que ce travail, sans pour autant être forcément la raison première de la dissolution de Bastion Social, a permis de limiter ses capacités à s’implanter et ont contraint les mairies à opérer des fermetures administratives. Mais il n’y a jamais eu de condamnation explicite formulée par les pouvoirs publics. Cette absence de condamnation est le vernis de la collusion.
    Celle-ci s’est également manifestée dans les larges facilités avec lesquelles les groupes fascistes ont pu mener des opérations contre les milieux progressistes et révolutionnaires, en témoigne ainsi, pour mémoire, l’affrontement du Pont Lafayette, en février dernier. 

    Lyon a été une illustration de la manière dont les notables considèrent les fascistes. Certes, il existe des franges qui sont sincèrement choquées de leur existence, de leur présence, de leur implantation, mais, dans l’ensemble, les autorités se sont montrées conciliantes et n’ont jamais rien organisé pour entraver leur développement.
    Au contraire, les discours de la bourgeoisie contribuent à avaliser les thèses réactionnaires défendues par les fascistes. Ce n’est pas accidentel, par ailleurs, cela correspond à une stratégie de la part de la bourgeoisie de répondre à la situation de crise et aux troubles sociaux par l’emploi de méthodes chaque fois plus musclées. 

    Bastion Social, pris isolément, est un point insignifiant. Ceux qui le constituaient étaient des apprentis Sturmabteilungen ne possédant que des conceptions politiques d’un niveau extrêmement bas. Cependant, Bastion Social n’est pas un point isolé. Il représente un des aspects de l’enchevêtrement des réseaux et des liens réactionnaires, au même titre que les autres groupes du même type. 
    Bastion Social est nourri, alimenté et protégé par certaines franges de la bourgeoisie le plus réactionnaire, qui voit dans ces groupes la possibilité de répondre à un besoin pour elle : celui de nervis et de bas exécutants.
    Bastion Social représente une des faces d’une construction naissante, qui porte les mêmes positions politiques, celle d’une droite élargie, appelée par les vœux de nombreux ténors de la politique. Un élargissement qui entremêlerait les réseaux de notables de LR, les orateurs du RN et les bras des groupes fascistes. 

    Étant donné la situation sociale -et par voie de conséquence politique- dans laquelle se trouvent les masses populaires ; étant donné la situation géopolitique et géoéconomique dans laquelle nous nous trouvons, il est clair que le capital recherche une issue politique qui lui permette de se maintenir face aux troubles, de briser les mobilisations sociales, qui seront davantage explosives au fur et à mesure de l’aggravation économique ; mais aussi de pouvoir mobiliser en soutien à l’impérialisme français.

    Le projet avance, tissant sa toile. La réaction vive qui a suivi l’attaque, dans la nuit du 27-28 mars, de l’école de Marion Maréchal Le Pen, a montré les relais importants dont dispose l’ex-députée du Vaucluse. Elle peut se permettre, désormais, dans ses communiqués, de se présenter, sans que cela choque, comme un rempart contre la violence : « L’extrême gauche montre un visage, une fois de plus, violent, totalitaire et sectaire qui doit indigner tous les défenseurs de la liberté. » Le tout en choisissant comme parrain de promotion le général antisémite Georges Loustaunau-Lacau, suffisamment controversé pour que Saint-Cyr, qui l’avait choisi également, soit obligé de rebaptiser sa promotion.

    Du côté de la droite « traditionnelle », les actes trahissent les pensées profondes sur le désir d’évolution politique. Ainsi, il n’est pas possible d’isoler cela du fait que, également, des individus comme Nicolas Sarkozy et Eric Zemmour aillent soutenir Viktor Orbàn alors que son parti est sous le coup de sanctions de la part de son propre camp ! Sarkozy a ainsi déclaré : « Quelqu’un qui est capable de gagner les élections trois fois de suite, dans une époque aussi instable et difficile, pour moi ça force le respect, a déclaré l’ex-président à propos de Viktor Orban.Tu as fait ce que je n’ai pas été capable de faire.C’est peut-être ça qu’on te reproche, d’avoir gagné.Mais moi j’aime bien avoir des amis qui gagnent.Je ne veux pas avoir que des amis qui perdent. », tandis que Zemmour pris la parole sur le « grand remplacement ».

    Mais aussi que Laurent Wauquiez, ténor des Républicains, puisse adjoindre dans son projet de programme des points qui feraient pâlir d’envie les plus réactionnaire. Aux côtés de François-Xavier Bellamy, qualifié de Steeve Bannon français « C’est donc un programme contenant pas moins 75 propositions qui a été présenté.Frontières, civilisation, immigration constituent les priorités du parti.Il s’agit de « lutter contre l’immigration illégale » mais aussi d’ »arrêter l’immigration de masse ».

    Il faudrait que :

    traiter les demandes d’asiles « en dehors de la France »

    Ramener les « bateaux de migrants sur les côtes africaines »

    « Multiplier les vols groupés organisés par Frontex pour expulser les immigrés illégaux »

    « Dénoncer le pacte de Marrakech » qui « encourage l’immigration et promeut le multiculturalisme » »

    Cette sémantique n’est donc plus l’apanage unique des fascistes, mais devient celui d’une droite « classique ». Son programme aussi.

    Ces rapprochements programmatiques entre différentes factions de droite et d’extrême-droite laissent planer la possibilité que ces forces n’en forment qu’une au moment des élections de 2022, lesquelles feront date, par la configuration exceptionnelle qu’elle proposeront. Un centre anéanti, une gauche knock-out, et une pression sociale immense.

    En dernière analyse, la question du Bastion Social n’est pas insécable de celle d’une situation générale, dans laquelle il joue un rôle visible, de surface, mais néanmoins intimement lié aux choix stratégiques du grand capital. La dissolution du Bastion Social est une victoire limitée, mais une victoire qui doit servir d’appui pour accroître la capacité à couper les tentacules des officines de recrutement de l’extrême-droite. 

    L’Unité Communiste de Lyon appelle au rassemblement et à la coopération entre les forces qui luttent contre le capitalisme et le fascisme. Elle appelle à la participation aux mouvements de lutte, dans un esprit combatif et d’élévation du niveau politique. Elle appelle également au fait de renforcer la lutte antifasciste dans le but de former une véritable réponse politique correspondante à la situation dans laquelle nous nous trouvons. 

  • Projection débat : Quelle frontière entre la démocratie et le fascisme ?

    Projection débat : Quelle frontière entre la démocratie et le fascisme ?

    L’Unité Communiste Lyon invite ceux et celles qui le désirent à une projection du film de Peter Watkins : Punishment Park, puis à débattre autour de la question de la répression, de la démocratie, du fascisme…

    USA, 1971.

    Dans une Amérique de fiction -terriblement réaliste- la loi McCarren (loi qui a réellement existé) est mise en œuvre. Face à l’enlisement de la guerre du Vietnam, du mouvement des droits civiques, des mobilisations anti-guerre, l’état d’urgence est déclaré. Il permet de placer en détention « toute personne susceptible de porter atteinte à la sécurité intérieure ». Les condamnés ont deux options : la prison ou le Punishment Park.

    3 jours, 40km de désert. Ni eau, ni nourriture. Seul objectif : un drapeau américain. Celui qui l’atteint est gracié. Mais, aux trousses des condamnés, les forces spéciales sont lancées, armées et motorisées.

    Ce documentaire-fiction de Peter Watkins a causé un scandale tel, à sa sortie, qu’aucune salle des USA n’a voulu le diffuser. Il pose la question cruciale :où finit la démocratie et où commence le fascisme.

    France, 2019.

    L’état d’urgence est rentré dans la constitution en septembre 2017. Il est désormais permanent. L’administration peut prendre des mesures sans aval de la justice. Les lois sur la presse et sur les manifestations étranglent l’expression démocratique. La répression policière, la propagande, les provocations ont été indénombrables ces derniers temps.

    En pleine lutte sociale, dans un Etat qui mène une guerre contre son peuple, voyons-nous arriver des « mesures préparatoires » au fascisme, pour reprendre la formule du bulgare Georges Dimitrov ?

    Sommes-nous au crépuscule de la démocratie et à l’aube d’un nouveau régime ?

    L’Unité Communiste de Lyon vous invite le 5 mars 2019, à 18h, au centre culturel Mésopotamie, à venir assister à la projection de Punishment Park et à venir discuter et débattre : « Quelle frontière existe entre la démocratie et le fascisme ?

  • Toutes et tous unis contre les exploiteurs

    Toutes et tous unis contre les exploiteurs

    Toutes et tous unis contre les exploiteurs


    Nous sommes pour l’unité la plus large contre les attaques du gouvernement, contre sa répression et sa violence, contre ce régime despotique au service des exploiteurs capitalistes.

    Notre unité s’est faite dans la lutte, dans le fait de marcher ensemble, de subir ensemble les tirs de Flash-balls, les bombardements de lacrymogènes, les lancers de grenades. C’est une unité qui a été scellée dans le sang. Nous étions des étrangers les uns pour les autres, des inconnus. Désormais tous ceux qui portent le gilets jaunes sont devenus des frères et sœurs de combat.

    Halte aux diviseurs et aux provocateurs racistes

    Seulement certains veulent briser cette unité. Ils décrètent que des camarades gilets jaunes, parce qu’ils sont nés avec une autre couleur de peau, parce qu’ils aiment d’autres personnes, parce qu’ils pratiquent d’autres religions, sont indignes de vivre et doivent être liquidés. Voilà ce que pensent ces agresseurs lâches. Ils instillent la haine et fracturent nos cortèges pour imposer leurs mots d’ordres.

    Le samedi 26 janvier, à Lyon, une bande de 80 militants fascistes ont formé une colonne pour attaquer des gilets jaunes jugés «gauche» ou des d’origine immigrée. Ce n’était pas le premier incident de ce type. Des groupes fascistes organisés, essentiellement du «Bastion social», identitaires ou Action Française, ont entrepris à plusieurs reprises d’infiltrer les cortèges de gilets jaunes pour commettre ce type de forfaits. Et les choses s’aggravent semaine après semaine.

    Le racisme, le sexisme, l’homophobie, l’antisémitisme… C’est cela qui créé la division ! Les dénoncer et les chasser nous rend plus fort, plus unis, plus sincèrement liés dans un combat commun. D’autant que ce combat commun, ils s’en moquent !

    Ne laissons pas les gilets jaunes être les otages de traîtres !

    Nous savons qu’il existe des positions différentes dans le mouvement, que chacun porte son opinion. C’est très bien ainsi. Mais nous dénonçons les manœuvres de ces traîtres à la cause ! Ils ont commis un acte d’une gravité extrême en prenant en otage les cortèges de gilets jaunes pour imposer leurs mots d’ordres de diversion, pour éloigner le combat de ses revendications !

    Ils diffusent de fausses informations, des rumeurs, des mensonges conspiratifs car ils ne veulent pas de revendications sociales ! Ils sont contre ce pour quoi les gilets jaunes se battent. Ils ne sont ni pour l’augmentation du SMIC, ni pour la justice fiscale. Ils ne combattent pas le capital financier et ne son pas pour une démocratie du peuple. Eux ne sont que pour un Etat policier dont ils seraient les maîtres absolus !

    Jamais ils n’ont été dans la rue pour défendre le code du travail, pour défendre l’école, pour défendre les hôpitaux, pour défendre les opprimés et les exploités. Au contraire ! ils ont toujours voté pour les lois qui écrasent le peuple, tout ce qui alourdit son fardeau. Ces mercenaires au service des capitalistes attaquaient les manifestations. Ils servaient d’auxiliaires zélés de police, toujours prêts à servir d’indicateurs, de mouchards.

    Les fascistes poignardent dans le dos les Gilets Jaunes

    Hier, le rassemblement national s’est prononcé contre la hausse du SMIC. Demain il votera la loi anti-gilets jaunes, traîtreusement nommée loi « anti-casseurs », car elle correspond à son programme anti-populaire et anti-social.

    Jamais le « bastion social » ne parle des revendications populaires. Jamais il ne parle du RIC. Il ne fait que diffuser ses mensonges haineux. Et quand ils disent « nos SDF d’abord » c’est uniquement pour diviser entre français et immigrés. Mais chaque fois que des mairies deviennent d’extrême-droite, voire des pays, les premières lois passées ont été contre ceux qui n’ont rien, pour aggraver leur misère, voir les mettre en esclavage. C’est ce que fait l’Italie, c’est ce que fait la Hongrie.

    En France, le RN/FN est le 1er parti en termes d’élus mis en examen. Les fascistes sont les élus les plus corrompus de France. Ils sont dans tous les coups tordus, dès qu’il y a des profits à en tirer.

    Dehors les agents des exploiteurs !

    Ils se disent « patriotes » mais ce sont eux qui négociaient des contrats avec Daech pour la société Lafarge. Ce sont eux qui ont vendu les armes qui ont servi à faire les attentats en France. En fait de « patriotes », leur seul travail est d’anesthésier ceux qui souffrent, ceux qui se révoltent, et de les vendre pieds et poings liés à leurs premiers bourreaux : les banquiers et les grands patrons français. Leurs discours pleurnichant ont le même fond : qu’ils disent défendre la race, la patrie, la nation, dans le fond ils ne défendent que les intérêts d’impitoyables exploiteurs.

    Nous ne voulons pas d’un Führer, d’un Roi, d’un dictateur aux ordres des cartels de la bourgeoisie. Nous voulons remettre le pouvoir entre les mains du peuple, créer la démocratie populaire, unir tous les exploités et les opprimés dans leur combat contre nos bourreaux.

    Eux, leur seul rêve est d’être appelés au pouvoir pour réprimer de toutes leurs forces ceux qui ne veulent plus être écrasés sous les chaînes de l’exploitation, ceux qui veulent mettre fin à l’oppression et à la misère.

    Ce sont des traîtres à la lutte, des ennemis du peuple, les sbires des exploiteurs !

    Ils n’ont pas leur place dans les manifestations, dans les cortèges ! Chassons-les !

  • Communiqué du Comité de soutien au Rojava, Lyon

    Communiqué du Comité de soutien au Rojava, Lyon

    Ce communiqué à été écrit dans le cadre d’un comité de soutien au Rojava à Lyon, auquel participe plusieurs organisations progressistes et révolutionnaires. Il a été diffusé en tract au cours d’un rassemblement de soutien au combat de la politicienne Kurde Leyla Güven à Lyon, le vendredi 25 Janvier 2019.


    Contre l’agression impérialiste au Proche-Orient, soutenons le Rojava !

    La défaite de l’organisation fasciste obscurantiste Daesh est presque consommée, grâce notamment à la lutte héroïque des combattants et combattantes des YPG, YPJ, et de toutes les autres forces unies au sein des Forces Démocratiques Syriennes. La paix n’est cependant pas à l’ordre du jour, le régime fasciste turc ayant affirmé sa volonté de lancer une offensive meurtrière sur le Rojava, avec la bénédiction du gouvernement américain. Ne nous y trompons pas, le départ des forces américaine s’inscrit dans une stratégie plus globale de domination du Proche Orient. L’état Turc écrasera les peuples au nord de la Syrie, offrant une marge de manoeuvre pour leurs opérations futures des Impérialistes.

    Si les États-Unis opèrent un retrait tactique, ce n’est que pour pousser leurs alliés (français et allemands notamment) à avancer. Le conflit a atteint un degré nouveau, qui se traduit par un changement du mode opératoire. Les affrontements par milices interposées, permis par une exacerbation des conflits au sein du peuple (ethniques, religieux, entre hommes et femmes…), sont dépassés. Maintenant, les grandes puissances impérialistes se préparent à intervenir directement avec leurs forces armées. Chacun se prépare, veut sa sphère d’influence, veut écraser, diviser, dominer, et c’est pour cette raison que le projet révolutionnaire au Kurdistan Syrien (Rojava) représente un obstacle.

    Le Rojava est l’épine dans le pied des impérialistes, l’épine qui , à terme, va détruire leur projet de division, et de domination. Le projet mis en place au Rojava par le mouvement de libération Kurde permet aujourd’hui la cohabitation de tous les peuples, sans distinctions d’ethnies, de religions, de genres, ou de sexualités. Un danger réel, quand on sait que ces différences ont permis depuis toujours aux impérialistes de dominer le Proche-Orient.

    C’est notamment pour cette raison que le leader Öcalan est aujourd’hui incarcéré en isolement total par l’État turc, avec la bénédiction des puissances occidentales. Un isolement qui en dit long sur les intentions de ces grandes puissances ; toutes les interventions publiques auxquelles Abdullah Öcalan a eu droit ont en effet été vectrices d’apaisement dans la région. Une grève de la faim, soutenue dans plusieurs villes d’Europe, a lieu en ce moment même, pour exiger le droit à la parole pour le dirigeant kurde. Certains participant-e-s à cette grève, notamment Leyla Güven, sont dans un état de santé critique après deux mois de désobéissance civile. Leur lutte pour le droits des prisonniers politiques en Turquie ne doit pas être laissé sous silence !

    Nous devons toutes et tous protester !
    Contre l’agression impérialiste !
    Contre les despotes !
    Pour la libération des prisonniers politiques !
    Pour la paix et la liberté des peuples du Proche-Orient !
  • Le mouvement des Gilets Jaunes : Les désirs de l’extrême-droite. -Partie 3-

    Le mouvement des Gilets Jaunes : Les désirs de l’extrême-droite. -Partie 3-

    Les désirs de l’extrême-droite.

    Partie 3

    La présence de l’extrême-droite dans le mouvement des gilets jaunes remonte à très tôt. Dès les premières annonces de mobilisation sur les réseaux sociaux, de nombreuses pages douteuses ou conspirationnistes ont relayé les appels. Il s’agit d’un modus operandi classique de l’extrême-droite, laquelle n’aime guère les mobilisations traditionnelles où elle ne trouve pas de place pour s’exprimer.

    En revanche, elle se nourrit d’appels informes, de rumeurs, de canulars. Les « jours de colère », les retraits des enfants de l’école…Etc. Les exemples récents ne manquent pas. Et ils ont, jusqu’à présent, toujours été des échecs considérables.

    Dans le cas des « Gilets Jaunes », les fascistes ont eu un flair certain. Il est important de leur reconnaître cela, leur intervention était nettement plus efficace que celle des forces progressistes. Celles-ci -nous y compris- avaient sous-estimés la possibilité de succès de la journée du 7 novembre. Seul Mélenchon et LFI avaient pris une position mi-soutien mi-critique, qui laissait en fait toute latéralité d’action à ses militants et militantes.

    Cette présence de l’extrême-droite, Jeunesse Identitaire, Bastion Social, Rassemblement National…etc. a eu un effet de repoussoir important sur bon nombre de militants et militantes progressistes et révolutionnaires. Cependant, il est notable que les cartes étaient déjà sur table avant l’irruption des réactionnaires. Cette présence n’a été utilisée que pour confirmer une position pré-établie.

    Il est vrai qu’il existe -ou a existé- une certaine primauté politico-culturelle imposée par l’extrême-droite. Celle-ci est le miroir de sa percée dans l’imaginaire populaire. L’image du rebelle, du dissident, du révolté a été captée par les réactionnaires et les fascistes. La révolte contre le monde moderne, contre les élites mondialisées ou d’autres sornettes qui ne résistent pas à un examen sérieux. Mais elles impactent durablement l’imaginaire collectif.

    Cependant, avant toute chose, il importe de clarifier des points essentiels. Nous, militants, politisés, marqués par une tradition anti-impérialiste, antifasciste, nous n’avons pas la même perception des symboles que la très large majorité des individus. Voir les Gilets Jaunes chanter la Marseillaise et brandir le drapeau français peut être perçu comme négatif, comme réactionnaire, par rapport à notre propre référentiel culturel. Pourtant, cela ne signifie pas que la personne qui le chante ou qui brandit ce drapeau se perçoit lui-même comme un fasciste, comme un impérialiste ou autre. Ne pas comprendre cela revient à s’exposer à un isolement complet et à rester dans « notre marginalité » pour reprendre la formulation de l’article de Rebellyon.

    Face à ces pratiques, pourquoi se positionner ? Nous considérons que le drapeau français n’est pas un symbole de ralliement, tout comme la Marseillaise. Se sont les symboles de la République bourgeoise et impérialiste. Les empoigner reviendrait à les considérer comme étant légitimes, comme pouvant représenter quelque chose de positif. Cela reviendrait à conforter l’association qui existe dans l’esprit d’une très grande partie de la population entre les intérêts de l’Etat (ceux de la bourgeoisie) et les intérêts du peuple (lutter contre celle-ci).

    C’est pour cela que nous avons nos drapeaux et nos chants. C’est pour cela que nous avons nos hymnes et nos références. Pour tracer une ligne de démarcation et pour rallier autour de celle-ci.

    Comment se positionner ? Le rejet, on l’a vu plus haut, est exclu. Traiter des contradictions au sein du peuple sous l’angle de l’antagonisme, c’est se disqualifier soi-même.

    Certains, et c’est la position de Mélenchon, considèrent qu’il faut adopter nous-mêmes ces symboles et ces références. En agissant ainsi, les militants et militantes ont renoncé à faire avancer les positions politiques erronées de ceux qui les emploient. Eux ont fait le choix de sauter à pied joint dans l’association entre ce qui est du domaine du national-étatique (les intérêts de la « France ») et le national-populaire (les intérêts de la nation au sens des masses populaires qui vivent dans le territoire tenu par l’Etat français). Cette confusion entre deux conceptions antagoniques de la nation explique les positions étranges retrouvées dans les écrits de Mélenchon, où toute séparation dans la société disparaît magiquement dès que surgit la question internationale. C’est une position suiviste.

    Notre position est de défendre nos symboles et de faire le travail pour explquer pourquoi nous embrassons ceux-ci et non pas ceux de la bourgeoisie. Parce que nos intérêts de classe sont plus fort que notre prétendue unité nationale. Considérer toute personne intoxiquée par la propagande bourgeoise et réactionnaire comme perdu, c’est s’avouer déjà vaincu. Non seulement il est possible de rallier, mais il est essentiel de le faire. Le fait d’être influencé par les idées fascistes ne change pas instantanément en SS.

    Les post-modernistes croient qu’une « culture » tombant du ciel comme un faucon, ou présente dans les tréfonds de la personne, la définit du tout au tout. Ainsi,  à gauche , déjà précité, prétendument maoïste, évoque « la culture beauf » des masses. Une belle injure qui est censée caractériser une « culture » indépassable, contre laquelle ils se déclarent impuissants.

    Peu après l’élection de Macron, nous écrivions ceci :

    Un ouvrier sexiste, [politiquement] retardé, xénophobe, est le reflet des positions de son milieu, de celles de l’influence de l’idéologie bourgeoise. Cela remet-il en cause le fait qu’un travailleur, une travailleuse, n’a pas objectivement intérêt à détruire l’exploitation, à détruire la division genrée du travail, à anéantir la mise en concurrence des travailleurs ? Pour le postmoderne, oui. Il ou elle est définitivement passée dans un «côté obscur» tout aussi métaphysique que celui de l’univers de fiction dont ce concept est issu. Il ou elle est déjà un ennemi qu’il est contre productif de rallier. En refusant cela, le postmodernisme laisse le champ libre à la réaction, qui, elle, se fait un plaisir d’opérer un travail de recrutement et d’explication, sur la base de ses positions réactionnaires.

    Pour les marxistes, ces positions sont le reflet de la faiblesse de l’organisation de la classe ouvrière, de la faiblesse de l’influence des organisations communistes dans la société. Traiter un bourgeois qui tient des propos et des attitudes réactionnaires et un ouvrier qui fait de même est faux. L’un exerce objectivement une idéologie qui correspond à ses intérêts de classe, l’autre est intoxiqué.

    Soit il nous faut acter cette intoxication comme inéluctable et renoncer. Soit la combattre. Nous combattons et nous parlons à tous. Même une partie de la petite bourgeoisie en proie au déclassement se rebelle contre l’écrasement. A elle aussi, il faut parler. Nous y reviendrons.

    Il est indéniable que l’extrême-droite à su avancer ses têtes de ponts. Elle a réussi à imposer, un certain ordre du jour, un certain porte-parolat, une certaine communication. Cette influence s’est retrouvée dans des actes racistes, sexistes, homophobes… en somme dans une grande partie de l’expression du mouvement des Gilets Jaunes. A Lyon, notamment, le Bastion Social a pris la tête de certaines manifestations en tentant, derrière des slogans tels que « à bas les voleurs », d’amalgamer l’immigration avec la grande-bourgeoisie et de faire naître un « bloc national » des travailleurs avec une partie de leurs exploiteurs. Le poujadisme et le boulangisme ne sont pas encore totalement morts.

    Cependant, on ne peut que noter que la très grande prudence avec laquelle ils avancent leurs mots d’ordres réactionnaires, avec laquelle ils les camouflent, reflète le fait que leur influence n’est pas ancrée profondément. L’extrême droite procède pas insinuation, par instillation. Elle ne peut déployer ses ailes directement, car la nature du mouvement ne correspond pas à sa vision idéaliste du monde. Comment défendre la race devant un parterre métissé ? Car le mouvement des Gilets Jaunes comprend une part importante d’individus issus de l’immigration ou même d’immigrés. L’ATIK (confédération des travailleurs de Turquie en Europe) a été une des premières organisations à prendre parti pour ce mouvement. L’extrême-droite dispose de promontoires, mais ils sont fragiles !

    Nous pouvons briser cette hégémonie !

    Le dirigeant du Komintern, Dimitrov, écrivait en 1935 :

    « La décomposition très avancée du capitalisme pénètre jusqu’au cœur même de son idéologie et de sa culture, et la situation désespérée des grandes masses populaires rend certaines de leurs couches sujettes à la contagion des déchets idéologiques de cette décomposition.

    Cette force de contagion idéologique que possède le fascisme nous ne devons en aucun cas la sous-estimer.

    Nous devons, au contraire pour notre part, déployer une ample lutte idéologique sur la base d’une argumentation claire, populaire et d’une attitude juste et bien réfléchie à l’égard de la psychologie nationale particulière des masses populaires. »

    Le fascisme est une maladie. Une maladie contagieuse. Un virus. Un virus qui, comme son modèle biologique, n’est qu’une information parasitaire qui se nourrit de son hôte pour se répliquer et se répandre. Il fait travailler la cellule infectée à son propre anéantissement. Il infecte un matériel préexistant dans la cellule pour la forcer à répliquer ses germes.

    Le fascisme fonctionne exactement de la même manière. Il utilise tout ce qu’il peut dans l’imaginaire, dans l’histoire, dans la mémoire des populations pour se greffer dessus. Il escamote des pans entiers de l’histoire pour la détourner.

    Dimitrov écrivait, encore :

    « Les fascistes fouillent dans toute l’histoire de chaque peuple pour se présenter comme les héritiers et les continuateurs de tout ce qu`il y a eu de sublime et d’héroïque dans son passé, tout ce qu’il y a eu d’humiliant et d’injurieux pour les sentiments nationaux du peuple, ils s’en servent comme d’une arme contre les ennemis du fascisme. »

    Ainsi, ils font naître, avec l’aide « d’historiens » comme Deutsch, Bern, Courtois, Buisson…des mythes faux, un roman national réactionnaire, mais qui marque les masses populaires. Ce roman national possède un tel pignon sur rue qu’il infecte largement les esprits.

    Mais surtout, les fascistes jouent sur la carte de l’amour que les masses portent à leur peuple, à leurs frères et leurs sœurs. Ils l’infectent, le détournent, et en font un nationalisme bourgeois, au service des réactionnaires, des impérialistes, des exploiteurs de la planète.

    Or, là, encore, deux positions fausses sont apparues à gauche. Celle qui a tenté de rivaliser avec les fascistes sur l’ultra-nationalisme bourgeois, comme les Kuzmanovic, accompagnant et amplifiant le mouvement. L’autre est celle qu’on retrouve chez les émules français des antideutsch.

    Autant les premiers sont transparents, autant les seconds sont parfois plus énigmatiques. Le mouvement antideutsch se base sur un nihilisme national, sur une volonté de détruire toute nation et tout esprit national. Partant d’une crainte justifiée des déviations nationalistes-réactionnaires, ces militants et militantes foncent dans une négation de la question de la nation, une haine de celle-ci.

    Pourtant, indépendamment de notre volonté, les nations existent. Elles existent autour de références culturelles, de pratique culturelles, d’histoires et d’Histoire communes. Elles existent de manière matérielle et psychologique.

    Mais le fait qu’elles existent ne signifie pas, d’une part, que le droit à la séparation et à l’indépendance soit contradictoire. Comme tout, les unités se forment et se rompent. Au sein des régions sous le contrôle de l’Etat français, il existe de facto une unité, y compris dans les dominions. Cette unité correspond à un certain stade de l’affirmation de la lutte des classes tout comme des aspirations nationales sous-jacentes, contenues derrière l’impression d’unité.

    Elle n’est ni métaphysique, comme le pensent les post-modernistes, ni transcendant tout, comme le pensent les rouges-bruns.

    Comme Dimitrov l’écrivait : Les communistes, qui estiment que tout cela n’intéresse pas la cause de la classe ouvrière, qui ne font rien pour éclairer de façon juste, au point de vue historique, dans le véritable sens marxiste, léniniste-marxiste, léniniste-staliniste, les masses travailleuses sur le passé de leur propre peuple, pour rattacher sa lutte actuelle à ses traditions et à son passé révolutionnaire, ces communistes abandonnent volontairement aux falsificateurs fascistes tout ce qu’il y a de précieux dans le passé historique de la nation, pour berner les masses populaires.

    Réglons nos comptes avec les « nationalistes » et les chauvins.

    Nous ne sommes pas des nihilistes nationaux. Nous aimons notre peuple. Nous aimons nos frères et nos sœurs. Nous ne supportons pas leur misère, nous ne supportons pas leur destin d’esclave que leur réserve le capitalisme.

    Les fascistes, également, prétendent être rempli du même amour. Ils disent entendre la colère des exploités, des opprimés, et vouloir les libérer de leurs chaînes. Les fascistes se prétendent du côté du peuple et vouloir le défendre.

    Mais qui désignent-ils comme ennemi ? De pauvres hères sans le sou. Des réfugiés fuyant les guerres, la misère et la mort. D’autres bourgeoisies, d’autres impérialismes. L’OTAN, l’UE…toutes ces choses qui asserviraient notre peuple. Ils visent tout, sauf les véritables responsables des misères de celui-ci !

    Nous, nous sommes rationnels. Nous ciblons en premier lieu le premier bourreau de notre peuple, le premier à causer ses misères. Et celui-ci n’est pas à Washington, à Rabat, à Moscou, il est ici même. Celui qui baisse les salaires, qui casse les droits sociaux, qui exploite la sueur et le sang de nos frères et sœur. C’est notre propre bourgeoisie, notre propre impérialisme et ses chefs « bien de chez nous », issu de notre terroir. Ce sont eux les ennemis du peuple.

    En réalité, les fascistes ne veulent que souder la Nation autour de sa bourgeoisie, de son impérialisme, la livrant aux sacrifices, sur l’autel de la grandeur « du pays ». En réalité, ce qu’ils désirent, c’est livrer la guerre, livrer l’agression, pour plaire à leurs maîtres.

    Ils anesthésient les masses populaires pour leur faire croire que l’ennemi premier, le bourreau, est l’autre. Ils les livrent pieds et poing liés à leurs oppresseurs, prêts à les muer en chair à canon. Ce ne sont pas des « patriotes », ce sont des ennemis. Ce ne sont pas des « nationalistes », ce sont des esclavagistes !

    Nous sommes internationalistes d’une part par solidarité humaine, de l’autre parce que contre ces bourreaux qui saignent la planète, nous sommes plus fort ensemble. Toutes les masses populaires du monde unies contre leurs ennemis de classe, contre leurs oppresseurs.

    La seule clé de notre libération à chacun, à chacune, est au travers de la libération de toutes et tous !

    En plaisantant, nous pourrions dire que nous sommes plus « nationalistes » qu’eux. Car ils ne travaillent jamais pour rassembler les masses populaires dans le combat contre leurs bourreaux, au contraire. Ce sont eux qui brisent l’unité populaire, en instillant la division.

    Malgré le fait qu’ils possèdent encore des bribes d’hégémonie, à l’heure actuelle, il est tout à fait possible de combattre leurs discours et leurs positions. En particulier si nous créons le cadre du débat de fond, car elles sont fondamentalement anti-populaires et anti-ouvrières. Il faut se faire à l’idée que, comme dans les années 30, l’extrême-droite puisse tenter d’intervenir dans les mouvements de masses et de contester la direction aux organisations politiques et syndicales progressistes, prenant appui sur la propagande bourgeoise. Il est important, là, de savoir comment les combattre, non seulement dans la rue mais également dans l’expression politique envers les masses. Renoncer à mener cette lutte contre les idées réactionnaires est une capitulation en rase campagne.

    Les rêves humides de l’extrême-droite ne se concrétiseront pas de sitôt. Au Brésil, Bolsonaro s’était fait connaître pour son opposition véhémente à certaines taxes frappant les classes populaires. C’est ainsi qu’il a gagné une base d’appui parmi ceux et celles qui souffriront pourtant de sa politique. Le mouvement des 5 étoiles en Italie ou les populistes ont également surfé sur le rejet du « système » pour avancer leurs positions. Mais ce n’est pas le point central de la bataille du pouvoir.

    L’extrême-droite ne gagne pas le pouvoir, elle y est appelée. Elle y est appelée pour écraser les mobilisations et les luttes. Pour les détourner et les engouffrer dans des impasses. Lorsque les fascistes soufflent sur les braises de la contestation et de la colère, c’est uniquement dans le but d’être ceux qui soumettront cette colère à une chape de plomb, ou qui la déverseront vers des boucs émissaires.

    Mussolini, nommé pour liquider les grèves. Hitler, pour exterminer le KPD. Franco, contre la République…Toujours, les fascistes se sont hissés sur des mouvements populaires pour ensuite enfermer les masses et les écraser.

    Aujourd’hui, l’extrême-droite se sent quelque peu dépassée par l’ampleur que prend le mouvement. Elle est prisonnière de sa position de conciliation entre le populisme et sa défense de la bourgeoisie, sous prétexte de priorité nationale. Sa solution est dans le mensonge pour rallier autour d’une prétendue nation transcendant la lutte des classes.

    La signature d’un « pacte » à Marrakech est leur nouveau flambeau. D’après les fascistes, la France passerait sous contrôle de l’ONU et serait sommée d’ouvrir ses frontières à un déferlement de migrants. D’un ennemi du peuple au sens social du terme, les fascistes veulent parvenir à tordre la réalité pour que Macron devienne un ennemi au sens racial.

    Pourtant le document, une fois examiné, paraît bien anodin, bien inoffensif. Il n’est pas contraignant juridiquement, il ne remet en cause aucunement la souveraineté. Macron peut encore laisser se noyer dans la mer ceux qui fuient le chaos que ses bombes causent. Notons que ce fantasme se retrouve dans de nombreuses publications -y compris chez des « communistes », sous la forme de la domination Américaine, de la liquidation des Etats au profit des Eurorégions…etc.

    Pourtant, elle « lutte », peut-on dire. Est-ce contradictoire avec sa fonction d’ennemi du peuple ? Non.

    Dimitrov donne encore une réponse :

    « Camarades, on ne saurait se faire de l’arrivée du fascisme au pouvoir l’idée simpliste et unie qu’un comité quelconque du capital financier déciderait d’instaurer à telle date la dictature fasciste.

    En réalité, le fascisme arrive ordinairement au pouvoir dans une lutte réciproque, parfois aiguë, avec les vieux partis bourgeois ou une portion déterminée d’entre eux, dans une lutte qui se mène même à l’intérieur du camp fasciste et qui en arrive parfois à des collisions armées, comme nous l’avons vu en Allemagne, en Autriche, et dans d’autres pays.

    Tout cela sans affaiblir cependant l’importance du fait qu’avant l’instauration de la dictature fasciste, les gouvernements bourgeois passent ordinairement par une série d’étapes préparatoires et prennent une série de mesures réactionnaires contribuant à l’avènement direct du fascisme.

    Quiconque ne lutte pas, au cours de ces étapes préparatoires, contre les mesures réactionnaires de la bourgeoisie et le fascisme grandissant, n’est pas en état d’entraver la victoire du fascisme, mais au contraire la facilite. »

    Les fascistes rêvent du chaos pour être appelés eux-mêmes à résoudre ce même chaos. Ils affrontent les forces de la bourgeoisie dans un challenge pour devenir celles-ci et servir mieux leurs maîtres. Ils se parent des oriflammes de la rébellion pour porter la réaction.

    Cela signifie t’il qu’il faudra alors lutter aux côtés des policiers de la bourgeoisie pour les combattre ? Non. Chaque division tactique de la bourgeoisie est une lance dirigée sur le cœur des exploités. Il ne s’agit pas de choisir entre fascisme et bourgeoisie, mais de battre les deux et de faire grandir notre camp, celui de la révolution.

    Les antifascistes jouent -ou doivent jouer- un rôle de premier plan dans cette lutte. Certains l’ont compris et se sont lancés dans la bataille. D’autres pas encore. Non seulement les organisations antifascistes ont comme rôle de défendre contre les attaques et les provocations fascistes, mais ils ont le devoir de lutte contre les conceptions fascistes. Non sous l’angle humanitaire, mais principalement sous l’angle du rôle des fascistes comme ennemis des mouvements. Comme ennemi des luttes.

    Chaque fois que les fascistes ont gagné un centimètre, ce sont les masses populaires qui l’ont payé. Chaque fois que les fascistes ont prétendu apporter un bien-être supplémentaire pour les masses, elles l’ont payé de leur chair, de leur sang, de leur vie.

    Aujourd’hui, les fascistes interviennent dans les mouvements sociaux. A nous de montrer que nous pouvons les vaincre idéologiquement !