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  • #SOSCOLOMBIA, Rassemblement de solidarité

    #SOSCOLOMBIA, Rassemblement de solidarité

    Aujourd’hui, à la place Bellecour avait lieu un rassemblement de soutien aux Colombiennes et Colombiens en lutte, et une commémoration à la mémoire de celles et ceux qui y ont perdu la vie. Depuis le 28 avril, se déroulent une mobilisation sociale massive et une grève générale contre les réformes fiscales du président Duque. Ces réformes visent à augmenter la TVA sur de nombreux produits essentiels, à réduire ou supprimer des aides sociales ainsi qu’à hausser les impôts de nombreux ménages, et cela dans le but de financer la lutte contre la pandémie du covid-19. La réponse du gouvernement à ces protestations a été une violente répression : on décompte des dizaines de mort·e·set des centaines de blessé·e·s.

    La communauté colombienne lyonnaise a organisé ce rassemblement pour appeler à la solidarité internationale et visibiliser leur cause, constatant la passivité des autres gouvernements. Des actions symboliques ont été menées pour rendre hommage aux victimes de la police colombienne, accompagnées par des moments plus joyeux de chants et de danses célébrant l’espoir de la population colombienne de transformer leurs conditions de vie.

    Nous avons pris la parole pour donner notre point de vue sur la situation, nous vous la retranscrivons :

    « Nous vous remercions d’avoir organisé ce rassemblement. La solidarité internationale est d’une importance majeure.

    Nous saluons la lutte du peuple colombien contre son gouvernement. C’est une importance capitale et il faut le souligner : oui, il y a la répression, mais elle existe parce que le peuple colombien s’est soulevé dans son ensemble. Trop longtemps, les colombiens et les colombiennes ont été l’otage de gouvernements réactionnaires, écrasé·e·s par la poigne des USA proches. Et il faut parler de la répression, oui, mais il faut aussi dire qu’elle existe, car les institutions, le gouvernement, tremble devant ceux et celles qui se soulèvent. La Colombie, en tant que terre d’enjeux, a toujours subi une pression particulière de la part de l’impérialisme. Et voir ces luttes se développer est essentiel !

    Nous trouvons terrible ce qui s’y passe. Et nous nous demandons ce qu’il nous faut faire.

    Il y a nous, qui regardons ce qui se passe là-bas, sans savoir quoi faire. Vous avez lancé une initiative de solidarité concrète et c’est extrêmement important. Nous ne pouvons pas que rester extérieur. La solidarité peut être sous des formes symboliques, artistiques, politiques ou financières. Mais c’est important qu’elle ne soit pas un vain mot, un mot creux.

    Nous ne pouvons pas oublier non plus que si il existe un océan physique qui nous éloigne de la Colombie, cela ne se passe pas sur une autre planète.
    Il n’existe pas d’océan entre les méthodes répressives qui sont appliquées là-bas et ici. Rien ne nous garantit qu’un jour, la répression des exploiteurs ne s’abatte pas sous la même forme ici même, avec la même violence. Rien ne nous prémunit contre cela

    Gardons à l’esprit que les luttes que mènent les Colombiens et les Colombiennes sont des luttes qui participent, comme les nôtres, à une lutte générale. Chaque victoire, où qu’elle soit, nous prémunit davantage contre l’écrasement. Nous sommes tous un seul front de lutte contre l’ensemble des impérialismes, du capitalisme et de l’exploitation. Chaque victoire où qu’elle soit contribue à affaiblir cet ennemi. Chaque fois qu’en Colombie, en Turquie, en France, des victoires arrivent, elles élargissent notre champ des possibles et contribuent à l’émancipation générale de l’humanité

    Soutenons les luttes et les organisations de lutte colombiennes !
    Vive la solidarité internationale ! À bas la répression et les régimes fascistes ! »

    Unité Communiste manifeste son soutien à tout·e·s ses frères, sœurs et adelphes Colombien·ne·s en lutte, ainsi qu’aux proches des victimes des violences policières. Nous saluons également nos camarades du Partido Comunista de Colombia – Maoista, membres de l’ICOR.

  • Le putsch en charentaises et les communistes.

    Le putsch en charentaises et les communistes.

    Une vingtaine de généraux ont lancé un appel au putsch. Publié dans le journal ultra-réactionnaire Valeurs Actuelles, cet appel ne tombe pas du ciel. Nous pensons qu’il mérite d’être évoqué, mais aussi les réponses à celui-ci, qui sont parfois tout aussi catastrophiques. Après réflexion, nous avons jugé qu’il était important pour nous de parler aussi de ces contre-appels, dont certains ont pu trouver mystérieusement grâce aux yeux de certaines organisations communistes, en l’occurrence le PRCF. Nous ne pouvons laisser ce genre de publications passer !

    Le choix de la date n’est pas anodin. Il fait référence à deux événements : d’une part le coup d’État des généraux à Alger, le 21 avril 1961 et l’accession pour la première fois du FN au second tour, le 21 avril 2002.

    Le contenu du texte passe par tous les lieux communs de l’anxiété réactionnaire : Islam, banlieues, capitalisme apatride, immigration… En fond, un appel à « retrouver l’honneur de la France ». A se demander où vont-ils le cherchent ? Dans les charniers de Sétif, dans les boues de Diên Biên Phu, ou dans les bordels de Bamako ? Mais nous digressons. Toujours est-il que la situation des hôpitaux, la situation sociale, le chômage, les luttes économiques et politiques sont au second plan : la préoccupation première est l’idée que la France est une pauvre hère dominée.

    Leur plan : exterminer. “Aussi, ceux qui dirigent notre pays doivent impérativement trouver le courage nécessaire à l’éradication de ces dangers. Pour cela, il suffit souvent d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà. N’oubliez pas que, comme nous, une grande majorité de nos concitoyens est excédée par vos louvoiements et vos silences coupables.” Au moins, ils ont un mérite : ils reconnaissent que nos lois sont déjà en mesure d’imposer une dictature complète. Après tout, la Ve République est née d’un coup de force.

    En soi, il s’inscrit dans la droite ligne d’une série d’appels insurrectionnels, lancés par des apprentis-putchistes. D’ailleurs, ceux-ci sont souvent des individus n’exerçant pas de rôle au sein de l’armée. BFM-TV note ainsi que « 30 généraux étaient dénombrés et 2500 militaires étaient au total recensés ce mardi à 17 heures. À ce stade, aucun militaire en activité n’aurait été recensé, selon le ministère des Armées. » Ce sont pour la plupart des généraux « en charentaises » pour reprendre les termes du même ministère. En soi, l’appel n’a rien d’exceptionnel ni de menaçant.

    Ce qui l’est plus est, d’une part, l’absence totale de réaction de la part du gouvernement. Le gouvernement, qui, pourtant, est toujours prompt à voir du séparatisme dès qu’une réunion non-mixte apparaît, ne semble pas avoir voulu réagir à la provocation. Cette inaction, qui confine presque à la bienveillance vis-à-vis de l’extrême-droite, a dû cesser. Mais les raisons sont cyniques : lorsque la gauche (incarnée en l’occurrence par Jean-Luc Mélenchon) a dénoncé le texte et fustigé l’absence de réponse ; puis lorsque Marine Le Pen et une partie des cliques fascistes ont apporté leur soutien au texte.

    C’est d’ailleurs le deuxième aspect inquiétant : l’approbation par une partie de l’échiquier politique. Marine le Pen, Philippe de Villiers, Eric Zemmour et d’autres ont souscrit à cet appel. Ce dernier a d’ailleurs déclaré au micro d’un Figaro plus que conciliant : «La tribune des généraux n’est pas un appel au putsch mais à la sécurité ». Cet appel révèle la précarité de la situation politique en France, et aussi l’ascendant terrible qui a été pris par les réactionnaires dans la confrontation sociale.

    « Le recensement est en cours et les sanctions tomberont » nous indique la ministre des armées. Nous l’espérons ! Nous sommes bien placés pour savoir que le corps des officiers de l’armée peut être parfois un nid de vipères réactionnaires.

    Les réponses sont-elles meilleures ?

    Pourquoi le PRCF republie l’extrême-droite ?

    Au sein de l’armée, des réactions ont eu lieu. Un contre-appel a été ainsi rédigé par une poignée d’autres généraux. Nous le mentionnons car il a été

    publié sur le site du PRCF1. Nous sommes obligés de le dire :

    Mais à quoi pensiez-vous camarades, en publiant ce texte ?

    Il mérite un instant qu’on se penche dessus, car, parfois, en fait d’un texte meilleur, nous dégringolons toujours plus profond dans l’abominable.

    Nous espérons sincèrement, avec une sincérité naïve et désarmante, que ceux qui l’ont republié ne l’ont pas lu. Car, même s’il est moins extrémiste que l’autre (il ne parle pas d’éradication, au moins !), il n’en est pas moins invraisemblablement réactionnaire, conspirationniste, antisémite…

    Antisémitisme, racisme, conspirationnisme :

    « C’est dans cette approche que réside notre désaccord car si nous partageons la définition de ces dangers ils nous apparaissent comme les simples symptômes d’un mal plus profond à la racine duquel il convient de s’attaquer si l’on veut que la France survive. »

    « Alors qu’il s’agisse d’immigration, de délitement de la nation et de la multiplication des zones de non-droit, de violence et de montée de la haine entre communautés, la classe politique aux manettes ne fait que suivre la feuille de route qui lui est dictée devant aboutir à la destruction de la nation très ancienne que nous sommes, obstacle symbolique au mondialisme montant qu’il convient de faire disparaître. »

    « Dans sa grande majorité la classe politique de notre pays servie par un système parlementaire plus que séculaire a été depuis des décennies dévoyée par la haute finance qui détient les cordons de la bourse et la maîtrise des grands médias et qui décide donc de qui sera ou non élu, servie en cela par toutes sortes de relais que sont parmi d’autres Bilderberg, Davos, le CRIF et les fratries. »

    « c’est tout simplement le libéralisme effréné qui est inscrit dans le marbre des traités dits européens se traduisant par la désindustrialisation du pays tout autant que par l’abaissement de notre langue, l’emploi du globish par les médias, la publicité envahissante … »

    « c’est enfin la mise en résidence surveillée de 66 millions de Français avec port obligatoire de la muselière. »

    Le fait que le PRCF se contente d’écrire : «Voici la réaction d’un certain nombre d’officiers républicains et patriotes à l’appel de 1000 militaires qu’a soutenu Mme Le Pen et qui défraie la chronique depuis quelques jours.

    Bien entendu, ces officiers de haut grade ne s’expriment pas comme le feraient les communistes internationalistes que nous sommes mais ils ont le double mérite :

    a) de distinguer entre les symptômes et les causes profondes du malaise français,

    b) d’appeler à une rupture de la France avec la domination du capital financier, avec la “construction” européenne qui détruit notre pays, avec la politique linguistique du “tout-anglais” et avec l’OTAN, qui nous asservit à l’impérialisme atlantique.» ne peut que nous laisser pantois et pantoises !

    Pour considérer cet appel comme « plus positif » que celui des putschistes, il faut un esprit démesurément large. Antisémite, conspirationniste, fasciste… L’appel n’a décidément pas grand-chose pour lui.

    Que faites vous donc, camarades ?

    Nous nous adressons donc à nos camarades du PRCF, qu’ils prennent acte de ce contenu répugnant. Qu’ils prennent acte de ces propos dangereux ! Nous espérons qu’ils comprendront que nous ne pouvons les cautionner. Ce n’est pas la première fois que nous trouvons qu’ils approchent dangereusement de personnages douteux, comme leur sympathie pour Kuzmanovic, ex-lieutenant de Mélenchon passé avec armes et bagages du côté du philosophe réactionnaire Onfray.

    Nous n’aimons pas polémiquer pour polémiquer, mais à un moment, nous pensons que, lorsqu’on approche à ce point de la limite avec un « coté obscur » que nous ne pouvons pas rester sans rien faire : arrêtons de dire et de faire n’importe quoi !

    Oui, la violence est partout. La société capitaliste est brutale. Mais les gens que vous appelez des militaires patriotes sont des partisans de l’expédition punitive, de l’écrasement de ceux et de celles qui souffrent, de la déportation des migrants, appelée pudiquement « remigration ». Ce sont des individus qui représentent une forme un peu plus policée du fascisme, comme Georg Strasser pouvait passer pour plus « à gauche » que Hitler !

    Est-ce avec ce type de personnes que vous envisagez votre « Frexit Franchement Progressiste » ?

    La France d’aujourd’hui n’est pas celle de 1944-1947. Elle n’est ni envahie, ni dominée, ni menacée de l’être. Au contraire ! C’est une puissance impérialiste qui étend ses tentacules sur toute une partie du Continent Africain. Elle en choisit les dirigeants, la valeur de la monnaie, la forme des institutions, elle en exploite les sols et les peuples. Elle étend par la violence, par le crime, par l’oppression un ordre obscurantiste. Aujourd’hui, se fantasmer dans la peau d’un Thorez, se croire dans une espèce de Vichy constant, vouloir s’allier à tout « patriote », c’est se tromper lourdement. Cela pouvait avoir un sens à une époque où les USA et l’Angleterre avaient leurs armées sur notre sol, et encore !

    Oui, dans le cadre étroit – mais nullement monolithique – de l’Union Européenne, l’Allemagne apparaît comme plus puissante. Mais limiter son regard à cet espace n’a aucun sens. La sphère d’influence Allemande est principalement centrée sur l’Europe, notamment vers l’ex-mitteleuropa, vers l’Espagne et vers la Turquie. Mais la France possède elle aussi une primauté : Pologne, Roumanie…Et son complexe bancaire, en réalité, est bien plus puissant que l’Allemagne : la BNP Paribas écrase la DeutschBank, a telle point qu’elle a tenté de la racheter. Chose bloquée par le Parlement Allemand

    Les fantasmes sur la disparition programmée des nations sont uniquement des actes de foi. Ils ont indémontrables car ils reposent sur une confusion entre les discours et les réalités. Oui, dans l’Europe, il existe des partisans d’une Union Européenne formée d’Eurorégions, et permettant ainsi de réaliser une Europe unifiée. Mais le fait qu’il y ait des partisans ne signifie pas que ce soit réel, ni applicable. Dans les faits l’Europe fédérale est un échec intégral.

    Lénine avait déjà prévu cette impossibilité dans « Du mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe » :

    les capitalistes peuvent nouer des alliances dans le but de contrer d’autres impérialistes, mais les cliques de capitalistes nationaux ne fusionnent pas. Derrière les fusions-acquisitions de petits secteurs, il existe une réalité que la bourgeoisie ne connaît que trop bien : Qui dévore qui ?

    De plus, quel est l’intérêt ? Au profit de qui ? De la bourgeoisie Allemande ou d’un « capitalisme apatride » fictionnel ? Même en 1940, alors que le patronat acceptait l’occupation Allemande, il avait gardé entre ses mains l’essentiel : les colonies. Et Vichy les a défendues contre l’ennemi d’alors : les Alliés. Drôle de conspiration que de croire que Thalès, Orena, Dassault, vont se vendre ! D’ailleurs il n’existe aucune vraie « multinationale » apatride. EADS, par exemple, est un consortium : une alliance d’entreprises nationalement teintés qui se partagent les marchés au rapport de force. Avec des fois des conflits importants !

    De plus, le capitalisme a tout intérêt à mettre en place des systèmes juridiques différents, avec des lois et des règles différentes. C’est tout l’intérêt du néocolonialisme par rapport au colonialisme traditionnel. Les États ne sont pas les amis des peuples, ce sont surtout des prisons dessinées sur-mesure.

    Les traités européens ne sont pas contraignants au stricto-sensu. Là aussi, il faut cesser les fantasmes.

    Premièrement : dans sa structure, l’UE ressemble plus à une confédération qu’à une fédération. D’ailleurs, on impute une grande partie des problèmes à l’UE. Abusivement. Par exemple dans l’article 345 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, il est précisé que l’UE est neutre dans le choix des formes sociales des entreprises pour le marché intérieur. En somme, c’est un choix politique intérieur qui détermine la politique de privatisation pas « l’Europe ».

    Deuxièmement : le rapport de force dicte le partage. La France et l’Allemagne sont les deux pôles dominants. Alliés et concurrents en même temps. Ils dictent aux autres leurs normes de production, leurs structures économiques, leurs réformes budgétaires. Mais elles-mêmes, si elles s’appliquent les directives européennes, ce n’est pas par contrainte : c’est parce qu’elles les éditent. L’UE n’est pas une alliance impérialiste, mais bien une alliance d’impérialismes. Les bouts de papiers et les chiffons ne contraignent pas les bourgeoisies puissantes.

    Nous pensons que ces exemples montrent quelque chose de terrible : c’est l’hégémonie de conceptions réactionnaires et conspiratrices qui rendent illisibles la lutte des classes et la lutte internationaliste.

    Nous n’avons pas peur de parler de la Nation. Nous ne sommes pas des nihilistes nationaux. Mais quand nous parlons de la Nation, il ne faut pas non plus raconter n’importe quoi. La Nation-Populaire et la Nation-Etatique sont deux choses différentes. Nous, nous croyons en cet esprit populaire, cet esprit de lutte, d’émulation, de libération, de construction commune. La Nation possède un sens de classe : elle est le peuple travailleur (et privé d’emploi) dans son ensemble. La Nation-Etatique étant cette fiction d’unité crée par la bourgeoisie autour de ses intérêts et autour de la « place de la France dans le monde ». Cette alliance réactionnaire, nous voulons la briser.

    Vous les appelez « patriotes », mais ils n’en sont pas ! Si on aime sincèrement son peuple, si on veut servir le peuple, on ne répand pas des mensonges qui le détournent de ses vrais ennemis. On ne s’échine pas à le servir pieds et poings liés à ses bourreaux. Nous, nous aimons notre peuple, ses luttes, ses victoires, sa créativité, sa diversité. Et cet amour du peuple nous pousse à refuser les dérivatifs, les mensonges, les diversions. L’ennemi est chez nous. Il est de chez nous. Il est notre bourgeoisie avant tout !

    L’alliance réactionnaire, nous la briserons !

    Mais pas en publiant des tribunes de fascistes en charentaises qui répondent à d’autres fascistes en charentaises. Pas en considérant que les problèmes de la société française, violence, précarité, manque de services publics, sont liés à une quelconque conspiration d’un capitalisme apatride. Pas en piochant dans un inconscient antisémite, anti-allemand. On se croirait revenu a une période pré-Dreyfus ! Nous y répondrons en désignant les véritables ennemis du peuple : Les milliardaires, les millionnaires, les capitalistes de France, l’impérialisme et sa machine de guerre.

    Macron est l’ami de la bourgeoisie Française, non son ennemi.

    L’UE, alliance réactionnaire concoctée dans le but de résister aux autres impérialismes, s’effondrera en même temps que le capitalisme en France. Faire l’inverse, croire que c’est la sortie de l’UE qui prépare le terrain à une révolution, c’est croire que l’impérialisme français se dépouillera de lui-même de son marché, de son terrain d’action. Unir les « forces patriotiques » d’un pays impérialiste, c’est choisir de servir les portions les plus réactionnaires de celui-ci !

    À partir du moment ou on considère que l’impérialisme français existe, sa faiblesse est une bonne nouvelle, non une mauvaise !

    Dans la situation actuelle, catastrophique, les exploités et exploitées ont besoin des communistes. Ceux qui souffrent sous le joug infâme du capitalisme ou de l’impérialisme ont besoin d’une analyse de la situation, de perspective, d’organisation. Il est important de partir, oui, de leurs attentes, de leurs inquiétudes, de leurs espoirs.

    Mais là, est-ce là le rôle des communistes ? D’avaliser, parmi elles, les angoisses xénophobes, les attentes fascisantes, les espoirs pogromistes ? Il aurait été plus utile de tenir une vraie position communiste, il aurait été plus utile de dire des mots venant de soi, que de reprendre les mots de l’ennemi. Ou peut être de ne rien dire !

    Qu’importe que l’impérialisme français soit « déclinant », c’est au contraire une chose positive !

    Qu’importe qu’il chancelle sous les coups des autres, ce n’est pas notre affaire, c’est notre ennemi.

    Méfions-nous de l’intoxication réactionnaire !

    Nos publications sur la question :

    https://unitecommuniste.com/analyses/lhistoire-statufiee/
    https://unitecommuniste.com/france/le-mouvement-des-gilets-jaunes-les-desirs-de-lextreme-droite/
    https://unitecommuniste.com/analyses/la-bataille-de-lhistoire/
    https://unitecommuniste.com/france/le-service-national-universel/
    https://unitecommuniste.com/france/wagenknecht-kuzmanovic-la-mutation-reactionnaire/
    https://unitecommuniste.com/analyses/la-republique-fracturee/
    https://unitecommuniste.com/lyon/andrea-kotarac-comme-un-coup-de-tonnerre-dans-un-ciel-dete/
    https://unitecommuniste.com/analyses/3402/

    1Le PRCF ou Pôle de Reconstruction du Communisme en France est une organisation politique se revendiquant du Marxisme-Léninisme. Elle possède le journal Intervention Communiste et est proche des éditions Delga. Nous reconnaissons sans peine que cette maison d’édition joue un rôle extrêmement positif dans la redécouverte d’études sur l’URSS et l’expérience socialiste, et qu’elle contribue à des débats importants. Nous en parlons dans cet article : https://unitecommuniste.com/analyses/3402/

  • Communiqué de presse du Collectif Fermons les locaux fascistes

    Communiqué de presse du Collectif Fermons les locaux fascistes

    Samedi 20 mars 2021, en début d’après-midi, plus d’une quarantaine de militants d’extrême droite ont attaqué, cagoulés et armés de barres de fer, la Plume Noire, une librairie militante, dans le quartier des pentes de la Croix-Rousse.

    Au même moment, se tenait à l’intérieur une permanence de l’association PESE qui récolte et distribue des produits de première nécessité destinés aux personnes sans-abri. Heureusement, aucun blessé n’est à déplorer, mais les vitrines ont été complètement saccagées. Ce n’est pas la première fois que les groupuscules fascistes s’en prennent à des personnes, à des locaux associatifs, culturels et militants dans ce quartier.

    Il y a 3 mois, le 12 décembre 2020, 2 bénévoles d’une association d’entraide se sont déjà faits agresser par ce même genre d’individus, également un samedi après-midi, à l’issue d’une collecte de jouets pour les fêtes de fin d’année organisée dans cette librairie.

    La Plume Noire et Radio Canut avaient déjà été la cible de telles attaques en 2016. Le local syndical de la CNT, à quelques minutes de marche, avait connu le même traitement en 2018. De même, le local du PCF, situé quelques rues plus loin, a aussi été attaqué à plusieurs reprises. Ces lieux, inscrits dans la vie du quartier des pentes de la Croix Rousse, se veulent des espaces de solidarité et du « vivre ensemble », à l’opposé des idées nationalistes et racistes des fascistes : voilà pourquoi ils s’en prennent à ces locaux.

    Depuis plus de 10 ans la violence d’extrême droite s’est banalisée. Faut-il rappeler les courantes agressions politiques, racistes, homophobes ? Les coups de couteaux assénés à des militants en 2014. L’attaque d’un rassemblement LGBTi pour la PMA le 30 janvier 2021. Ces faits montrent le vrai visage de l’extrême-droite, celui de la haine et de la barbarie. Comme en témoigne le lien entretenu par le terroriste de Christchurch, qui a assassiné 51 personnes devant une mosquée en 2019, « membre bienfaiteur » de Génération identitaire !

    Dans une ambiance nauséabonde qui voit les idées d’extrême droite se banaliser tous les jours un peu plus, aidée par la politique du gouvernement, il est urgent de faire face à la menace des groupuscules fascistes en commençant par faire fermer leurs locaux : la Traboule et l’Agogé situés dans le Vieux-Lyon.

    Il est de la responsabilité de la mairie centrale de Lyon de réagir au plus vite et d’activer tous les leviers à sa disposition. Le silence de la préfecture est pesant et significatif. Nous sommes une nouvelle fois étonné·e·s de la facilité avec laquelle 50 fascistes cagoulés et armés peuvent traverser plusieurs quartiers de la ville et attaquer une librairie à 14h sans être inquiétés par les autorités.

    Nous espérons que cette fois ci la plainte déposée aura des suites. Le Collectif Fermons les locaux fascistes continuera pour sa part d’informer et de mobiliser la population contre le danger fasciste et en appelle pour cela à l’ensemble des organisations démocratiques et progressistes qui ne participeraient pas encore à rejoindre la mobilisation.

    FASCISTES HORS DE NOS QUARTIER,
    FASCISTES HORS DE NOS VIES
    NO PASARAN

    Premiers signataires : CNT, Ensemble, FI, FSU, Jeune Garde Lyon, NPA, PCF, PG, Planning Familial, Ras l’Front, Solidaires Rhône, Solidaires Etudiant.e.s, Union Communiste Libertaire, Unité Communiste.

  • A fronts renversés.

    A fronts renversés.

    Avant-hier, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la présidente du Rassemblement National, Marine Le Pen, ont débattu. Un débat entre droite et extrême-droite en somme. Sauf que les distinctions entre les deux paraissent de plus en plus floues, de plus en plus indiscernables.

    Il paraît loin, le débat de 2017, classique, simple, entre droite libérale et droite fasciste. Le débat Darmanin – Le Pen préfigure une nouvelle phase politique pour la France.

    C’est une bataille à front renversés.

    La droite élargie contre la boutique.

    Deux trajectoires divergentes se rencontrent.

    D’une part un RN qui, finalement, peine pour trouver la stratégie gagnante. La boutique familiale, qui s’est nourrie de son rôle d’outsider, d’opposition grognante, ne parvient toujours pas à passer pour un parti d’État, capable de gouverner. Il atteint le sommet de sa formule et ne progresse plus que marginalement. Pour gagner encore quelques voix, il se dédiabolise à tout va, tout en espérant ne pas perdre son identité, pour ne pas se couper de sa base historique : les déçus, les déclassés, les perdus, les isolés… ceux qui peuvent être happés par son discours qui monte les uns contre les autres.

    A l’inverse, Darmanin incarne le rêve secret d’une partie de la droite : celui de la droite élargie, d’un nouveau Parti de l’Ordre, hégémonique du centre à l’extrême-droite, massif, immense…et sans vergogne. A l’image de celui qui l’a présenté dans ce débat.

    Cette droite, Darmanin en est le parfait avatar. A t’il la moindre idée personnelle ? La moindre conviction ? Difficile à dire. Le député Charles De Courson l’avait décrit ainsi : « c’est un opportuniste, au sens étymologique du terme. Il s’adapte aux circonstances, sans grande convictions ». Plus explicite, Christiane Taubira l’avait frappé de sa verve proverbiale : “Lorsqu’une personne est à ce point pauvre, indigente moralement, politiquement, culturellement, lorsqu’une personne est à ce point indifférente aux dégâts considérables qu’il peut produire par ses paroles qui sont des insultes, qui sont surtout des déchets même de la pensée humaine, je n’en attends rien”.

    Dans son rapport avec les autres, en particulier avec les femmes, il a tout du prédateur opportuniste. Il flaire la faiblesse, il sait l’exploiter sans la moindre once de vergogne, tout en en tirant, on ose le supposer, une fierté dominatrice.

    Dans le débat, il ne s’est pas gêné pour aller plus loin, pour être plus agressif, plus brutal dans ses propos que le RN. Le visage de Marine Le Pen, au cours de ce débat, dit tout : elle est ébahie de voir un adversaire « centriste » plus agressif et plus brutal qu’elle. Au lieu de parler du salafisme, au lieu de parler du fondamentalisme, de la radicalisation, Darmanin cible directement l’Islam, les musulmans, les musulmanes. Comparativement, Le Pen est passée pour une démocrate bon teint.

    Il n’en pense probablement pas grand-chose. Mais il sait flairer l’occasion. Il sait que ses arguments, sans cesse martelés depuis plus de vingt ans, trouvent un auditoire. Il ouvre même grand les vannes de la haine : lui, ministre de l’intérieur d’un gouvernement centriste, il avalise la haine la plus crasse, l’intolérance. Il la légitime. Il pousse tous les autres à se polariser autour d’elle.

    Et tous ceux, toutes celles, qui seront entraînés dans son sillage seront éclaboussés, pataugeront dans la même boue infâme. Telle Marie-Georges Buffet, du PCF, qui se retrouve a poser des amendements pour que les résultats d’une enquête sur les «dispenses de piscine de complaisance »… pour demander à ce que les résultats soient publics.

    La triste présidentielle :

    L’avenir se décide bientôt. Que nous le voulions ou non, la présidentielle qui se prépare sera cruciale. Son centre de gravité se dessine aujourd’hui : il sera la question musulmane. Et, autour de celle-ci, s’adjoint son compagnon d’infortune, qui lui est artificiellement amalgamé : le débat sur la sécurité.

    En dernière instance, nous pourrions même écrire que c’est l’islamo-gauchisme qui est le cœur de la prochaine présidentielle. L’islam comme paravent, mais, dans le fond, l’étranglement des classes dangereuses, l’écrasement de ceux qui veulent un avenir meilleur. Plus la crise économique s’approfondit, plus la crise politique couve.

    Finalement, le « barrage » contre le RN est devenu une synthèse. Le fait que le programme économique, politique, social de l’extrême-droite soit déjà au pouvoir montre une chose : ce qui est déterminant, ce sont les intérêts des exploiteurs. Ils donnent le ton, dictent leur loi. Le durcissement de la politique est simplement une manière de le faire accepter à une population qui n’en peut plus, qui n’en veut plus.

    Même la gauche réformiste, inoffensive, est absente. Elle ne parvient pas à imposer sa présence sur les plateaux de télévision et dans les médias. Et quand elle parvient à le faire, elle est quasiment inaudible. Elle ne parvient pas à marquer de points notables.

    Le spectre du communisme.

    Dans ce débat, au lieu d’être le spectre, l’esprit frappeur, mentionné par Marx, le communisme est un bien fade fantôme. La situation actuelle est pourtant prévisible. Dès avant 2017, nous déclarions que la victoire au centre obligerait à un affrontement brutal lors des prochaines élections. Aujourd’hui, nous voilà dans l’antichambre de la catastrophe. Le quatre années qui viennent de s’écouler ont permis un relatif développement des organisations communistes. Mais l’étape supérieure, celle qui permet un vrai bond qualitatif, qui réunisse les forces qui veulent se battre, n’a pas été franchie.

    L’année qui s’écoule doit être sous le signe du travail commun, de l’unité, de la volonté d’unification. Nous en faisons notre Delenda Carthago1, notre mantra, notre obsession. Nous sommes en face de nos responsabilités, en tant que communistes, en tant qu’antifascistes, en tant que militantes et militants. Nous ne pouvons nous en défausser sur d’autres. Notre faiblesse est de notre faute, intégralement.

    Ne laissons pas notre pays devenir une terre fasciste, que ce soit sous la férule d’un RN ou d’un candidat d’une coalition répugnante. A nous de faire porter le débat ailleurs. A nous de sortir de jeux truqués, qui ne visent qu’à choisir qui sera l’administrateur de la dictature des exploiteurs.

    Nous avons la possibilité de réclamer la notre fraction du pouvoir réel. Nous l’avons vu dans les AG de Gilets Jaunes. Ces embryons de démocratie populaire existent. A eux de devenir le véritable pouvoir ! A eux d’être l’opposition extra-parlementaire !

    1Delenda Carthago est une locution latine traditionnellement attribuée à Caton l’Ancien, mort en 149 av. J.-C., qui signifie « Il faut détruire Carthage ! ». Selon la tradition, Caton l’Ancien prononçait cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat romain, quel qu’en fût le sujet. (Source, Wikipédia)

  • 105ᵉ anniversaire du génocide des Araméens, des Arméniens et des Grecs Pontiques

    105ᵉ anniversaire du génocide des Araméens, des Arméniens et des Grecs Pontiques

    Communiqué du Conseil populaire des Araméens d’Europe, que soutiennent les Araméens communistes de Mésopotamie (membre de l’ICOR), 15 juin 2020

    Le 15 juin marque le 105ᵉ anniversaire du génocide des Araméens, des Arméniens et des Grecs Pontiques, qui a été commis par l’Empire ottoman en 1915.

    Deux mois plus tôt, les « Jeunes Turcs », partisans d’un parti nationaliste ottoman, avaient expulsé des intellectuels arméniens de Constantinople, aujourd’hui Istanbul.

    Un mois plus tard, la « loi sur la « réinstallation de la population ». Talat Pacha, alors ministre de l’Intérieur par intérim, a ordonné une « réinstallation massive », qui s’appliquait à tous les Araméens, Arméniens et Grecs Pontiques vivant dans l’Empire ottoman.

    Les réinstallations massives se sont transformées en marches de la mort, des centaines de milliers d’Araméens ont erré sans but dans le désert mésopotamien et y sont morts. Les soldats ottomans ont exécuté des Araméens au bord de la route. En désespoir de cause, les femmes araméennes jetèrent leurs bébés dans le Tigre.

    Les femmes enceintes qui se sont défendues ont été tuées vivantes. Les enfants ont été éventrés. Les filles araméennes étaient violées et gardées dans des harems turcs ou kurdes. Les enfants étaient arrachés à leur famille et enlevés. Pour survivre, certains se sont convertis à l’Islam.

    Le génocide a coûté la vie à 500 000 Araméens, 1,5 million d’Arméniens et 300 000 Grecs Pontiques, soit un total de plus de 2,3 millions de personnes.

    Les faits historiques à ce sujet sont toujours niés en Turquie, les livres d’histoire restent falsifiés et quiconque mentionne le génocide en tant que journaliste, par exemple, s’expose à de graves représailles.

    Le 19 janvier 2007, le journaliste arménien Hrant Dink, qui a fait un reportage sur le génocide, a été abattu par un fasciste turc à Istanbul. Les responsables de cette tentative d’assassinat au sein de l’appareil d’État turc n’ont toujours pas été appelés à rendre des comptes.

    Les biens et les terres des Araméens et des autres minorités chrétiennes ont été confisqués par les gouvernements ottoman et turc. Les biens confisqués de la minorité non musulmane constituaient la base économique de la République turque.

    L’appropriation et le pillage des richesses araméennes, arméniennes et grecques, mais aussi juives, ont également servi de base à la création d’une nouvelle bourgeoisie turque.

    De nombreux individus et entreprises turques, dont les grandes familles d’industriels Sabancı et Koç, ont bénéficié directement ou indirectement de l’expulsion et de l’élimination des Araméens et de la confiscation de leurs biens.

    L’exécution de l’oligarque Özdemir Sabanci à Istanbul en 1996 par le « Front populaire révolutionnaire de libération » (DHKP-C) a fait sensation sur la scène internationale.

    Le DHKP-C a justifié cette exécution en disant qu’il s’agissait de représailles pour les peuples opprimés et massacrés en Mésopotamie, ainsi que pour la classe ouvrière exploitée par la famille Sabanci en Turquie.

    Tous les registres fonciers ont reçu l’instruction en 1983 et 2000 : Quiconque s’enquiert d’une propriété de 1915 ne reçoit aucune information et ses données personnelles doivent être communiquées au gouvernement.

    En 2005, le Conseil national de sécurité de Turquie a en outre décidé que toutes les questions concernant la propriété des terres par les chrétiens relèvent de la sécurité nationale. Aujourd’hui, en Turquie, les inscriptions au cadastre sont donc devenues une question de sécurité nationale.

    La Turquie et l’Allemagne étaient alliées pendant la Première Guerre mondiale. Au moment du génocide, de nombreux Allemands se trouvaient en Turquie et sont devenus des témoins oculaires ou des témoignages. Ils sont également devenus des auteurs de crimes. En voici quelques exemples :

    Les plans de déportation des Arméniens et des Araméens ont été élaborés par Colmar Feiherr von der Goltz, qui était actif comme instructeur et organisateur militaire dans l’Empire ottoman depuis 1883, où, en tant que maréchal turc, il ne s’appelait que « Golz-Pascha ».

    En 1913, sous le commandement du général Liman, quelque 800 officiers allemands se sont rendus à Istanbul pour armer militairement le futur allié. Certains de ces officiers ont participé à la planification et à l’exécution des déportations.

    Le général allemand Fritz Bronsart von Schellendorf, le chef d’état-major général de l’armée ottomane à Istanbul, a justifié ses actions criminelles contre les Arméniens même après la guerre et a écrit en 1919

    « L’Arménien, comme le Juif, est un parasite hors de sa patrie, absorbant la santé de l’autre pays où il s’est installé. C’est de là que vient la haine qui, à l’époque médiévale, s’est déchaînée contre eux en tant que peuple indésirable et a conduit à leur assassinat ».

    En revanche, les grands philosophes Karl Marx et Friedrich Engels ont décrit la situation des chrétiens dans l’Empire ottoman dès 1853 dans les termes suivants

    « Seuls les Turcs appartiennent « à la religion et à la nation privilégiées » et auraient « le droit de porter des armes, et le chrétien le plus haut placé doit donner au musulman le plus bas un chemin clair s’il le rencontre ».

    Le député communiste Karl Liebknecht déclare en janvier 1916 au Reichstag :

    « Le gouvernement turc a causé un terrible massacre parmi les Arméniens ; le monde entier est au courant – et le monde entier blâme l’Allemagne parce qu’à Constantinople, les officiers allemands commandent le gouvernement. Il n’y a qu’en Allemagne qu’ils ne savent rien, parce que la presse est bâillonnée ».

    La communiste Rosa Luxemburg parle spécifiquement des intérêts allemands impériaux en Turquie asiatique :

    Il s’agirait de maintenir ensemble ce « tas de décombres pourris et désintégrés » de ce despotisme oriental des Turcs en tant que « petite minorité » d’une « caste de conquérants au pouvoir » avec ses multiples « questions nationales qui ont brisé l’État turc » : arménien, kurde, araméen, arabe, grec ».

    Les persécutions, les crucifixions, les décapitations et la destruction des biens culturels font à nouveau partie de la vie quotidienne des Araméens au Moyen-Orient. Les crimes de l’Empire ottoman contre les chrétiens se répètent aujourd’hui par la persécution et l’oppression persistantes et constantes des Araméens par l’État fasciste turc.

    En turc, les Araméens chrétiens sont appelés “Süryaniler” (de aram. Suryoye). Les Araméens ne sont pas reconnus en Turquie comme un peuple indépendant avec une langue, une histoire et une culture.

    Par exemple, l’acquisition de biens immobiliers, la construction ou l’entretien des édifices religieux sont associés à des difficultés, la formation de la prochaine génération de prêtres et l’enseignement officiel de la langue araméenne sont interdits.

    Les Araméens sont dénigrés dans les manuels scolaires turcs comme étant des traîtres à leur pays. Les champs araméens sont régulièrement incendiés par l’armée turque sous prétexte de combattre le PKK.

    En juin 2017, l’État turc, dans le cadre d’une opération d’expropriation, a confisqué au moins 50 églises, monastères et cimetières chrétiens anciens, de vastes terres ainsi que des monuments, et a transféré les églises en tant que « lieux de culte » à l’autorité religieuse sunnite d’État, la Diyanet.

    L’expropriation des propriétés remonte à 2008, lorsqu’un tribunal a exproprié le monastère de Mor Gabriel, fondé en 397, ainsi que de nombreux autres monastères, églises et maisons privées.

    Avec la récurrence de l’occupation de la Turquie par le droit international dans le nord de la Syrie et le soutien des milices terroristes fascistes djihadistes comme la soi-disant « armée nationale syrienne » ou « l’État islamique », la Turquie commet un nouveau génocide contre le peuple araméen en Syrie et en Irak.

    Les massacres et les génocides sont caractérisés par les cent ans de coopération militaire, économique et politique de l’impérialisme allemand avec le gouvernement de l’État fasciste de Turquie.

    Et parce que le premier génocide a été nié et n’a pas été traité, le deuxième génocide est entré dans l’histoire du monde.

    Ainsi, quelques jours avant l’invasion allemande de la Pologne, le fasciste Adolf Hitler a demandé lors d’une réunion, dans laquelle il a, entre autres, exprimé sa désapprobation de l’action dure des unités SS à tête de mort contre la population civile :

    « Qui parle encore d’exterminer les Arméniens ? »

    C’est une citation remarquable, qui montre que le génocide arménien et araméen était déjà largement connu à l’époque et a servi de modèle à des nationalistes fanatiques comme Hitler.

    C’est également ainsi que les armes chimiques du massacre à Dersim de dizaines de milliers d’Alévis et de Zazas dans le Reich allemand fasciste ont été produites et livrées à la Turquie.

    Lors de la destruction des villages araméens et kurdes dans les années 1990, l’armée turque a principalement utilisé des armes fournies à la Turquie par le gouvernement allemand.

    Et actuellement, ce sont des armes allemandes qui sont utilisées par la Turquie dans l’occupation de la Syrie du Nord et qui terrorisent les chrétiens ainsi que les Yidis.

    Les meurtriers de 1915 ont largement échappé aux procès d’Istanbul immédiatement après la Première Guerre mondiale. Dans ce contexte également, l’Allemagne s’est distinguée en accueillant des meurtriers recherchés. Par exemple, Talaat Pasa, qui vivait à Berlin en 1921 en tant que citoyen respecté.

    Il a ensuite été abattu par l’étudiant patriote arménien Solomon Teilirian, dont la famille a été victime du génocide.

    Aujourd’hui, l’impérialisme allemand poursuit sa politique de défense des intérêts avec et pour le gouvernement fasciste de l’État turc, et il criminalise et traque les révolutionnaires araméens en Allemagne.

    Neuf militants du mouvement populaire araméen Revolutionary Suryoye doivent être jugés en Bavière en raison de leurs activités en faveur du peuple araméen.

    Le principal accusé dans ce procès est Sami Grigo Baydar. Ce jeune homme de 28 ans est théologien de l’Église orthodoxe syrienne d’Antioche. En tant que militant politique de gauche, il défend les droits des Araméens en Turquie.

    Le ministère public fédéral de Karlsruhe a également entamé une procédure d’examen contre Baydar. Il accuse le théologien d’avoir « formé une organisation criminelle et terroriste à l’étranger », selon le paragraphe 129b du Code Pénal Allemand.

    Le « Conseil populaire des Araméens d’Europe » demande des comptes aux peuples d’Anatolie, de Mésopotamie et du Moyen-Orient qui sont devenus les victimes de cette politique impérialiste allemande d’intérêts avec le gouvernement d’État fasciste de Turquie

    Le « Conseil populaire des Araméens d’Europe » demande des comptes aux peuples d’Anatolie, de Mésopotamie et du Proche-Orient qui sont devenus victimes de cette politique impérialiste allemande d’intérêts avec le gouvernement d’État fasciste de Turquie et la fin des poursuites contre les membres du Suryoye révolutionnaire.

    Ce n’est que lorsque le règne de l’impérialisme sera brisé dans le monde entier, lorsque la dictature du capital sera enfin abolie, que les victimes de ce massacre se verront accorder le droit et la justice.

    La solution au problème des minorités populaires est une lutte anti-impérialiste et anti-oligarchique pour une révolution populaire socialiste.

    Conseil populaire des Araméens d’Europe

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Les nazis après 1945.

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Les nazis après 1945.

    Le nazisme après le nazisme.

    L’Allemagne nazie s’effondre rapidement. L’illusion de la victoire basées sur la supériorité raciale tombe en pièce. Malgré les désirs de Himmler et de Hitler, il n’y a pas de werewolf, ce fantasme de réseaux de combattants souterrains, qui se forme massivement et qui puisse être équivalente à la résistance dans les pays occupés. Si en 1945 les Allemands soutiennent massivement le régime, il semble qu’en 1946, tout soit effacé. Ce n’est pourtant pas si simple.

    L’atrocité particulière de la guerre, la découverte des chambres à gaz, l’anéantissement par les balles, par les gaz, par la faim, pousse à une réponse judiciaire. Ce sont les procès de Nuremberg et de Tokyo. Ils font passer en jugement les responsables politiques (Göring, Ribbentropp, Hess…) , et ceux de l’armée (Tojo, Dönitz…)… A l’Est, une nouvelle administration naît sur la base de l’antifascisme, intégrant d’ailleurs les généraux capturés à Stalingrad.

    La Stasi, par exemple, en dépit de sa sinistre réputation actuelle, était presque exclusivement constituée par ceux qui étaient les plus à gauche. Elle a d’ailleurs eu systématiquement une action plus progressiste que le gouvernement est-Allemand dans les questions internationales. La NVA, Nationale Volksarme, Armée populaire nationale, élimine le personnel compromis et les références réactionnaires, elles les remplace par celles de la lutte anti-Napoléon : Scharnhörst, Gneiseneau, Clausewitz… En revanche, elle autorise les généraux à rester organisés dans un parti : Le Parti National Démocratique.

    Par rapport à la population, l’effet est plus contrasté. Les Allemands de l’Est ne sont pas spécialement culpabilisés. Les Soviétiques et le SED (Parti Socialiste Unifié, qui naît de la fusion entre SPD et KPD) leur disent qu’ils et elles ont été abusés par les nazis, trompés, manipulés. Et que maintenant ils sont dans « le bon camp ». Paradoxalement, cette posture explique partiellement le succès des nazis à l’Est aujourd’hui. La question de la Shoah leur paraît nettement moins fondamentale que l’Ouest.

    A l’Ouest , rien de nouveau.

    A l’Ouest, si un sentiment de culpabilité est apparu, il est tardif. A la sortie de la guerre, en dehors des procès, l’épuration s’arrête là. La sanction s’abat sur les dirigeants, point final. L’ « État profond », qui a organisé les choses, reste. Dans certaines poches, comme la Police, la Justice et les Services Secrets, le personnel s’est maintenu presque intégralement, ainsi que ses traditions. La Bundeswehr Cela marque encore l’Allemagne et ses rapports avec les groupes fascistes, qui sont au mieux de la tolérance, au pire de la collusion.

    Ce n’est que à partir de 1963 que des premiers procès ont pu avoir lieu pour évoquer le cas des anciens de la SS Totenkopf, qui assuraient la garde des camps de la mort. Et encore, ceux-ci sont fait d’une telle manière qu’ils limitent leur action à éliminer les « monstres ». Les rouages internes de l’État sont restés inchangés jusqu’au départ en retraite de ceux qui occupaient ces postes.

    Pourquoi ? Dans l’Allemagne occupée par l’Occident, la situation est chaotique. L’Occident court deux lièvres stratégiques en même temps : d’une part rechercher et condamner les responsables des atrocités commises contre leurs ressortissants, de l’autre préparer la nouvelle géopolitique. C’est ce qui explique une politique double, qui bascule considérablement après 1947.

    Les services de renseignement sont souvent marqués par un amateurisme terrible1, et par une méfiance redoutable les uns envers les autres. Par exemple les américains refusent de collaborer avec le 2e Bureau français, car il le pense noyauté par le PCF. Cela créé une dépendance par rapport aux agents ex-nazis capturés, lesquels se mettent tout volontiers à travailler pour d’autres. Klaus Barbie, par exemple, devient indicateur, « balance », chargé de retrouver certains SS.

    Mais ces agents mènent aussi leur propre politique d’influence, ce qui leur permet de se protéger, de protéger les autres, et de les rendre indispensables. Ils vont pousser leur propre agenda : faire en sorte que le danger communiste soit très largement surestimé. La très large majorité des anciens nazis confirment la même histoire : un coup de force rouge se prépare. Ils jouent ainsi un rôle considérable dans le durcissement de la politique occidentale et dans la préparation de la construction de la RFA.

    Cette surestimation est leur bouée de sauvetage. A partir de 1947, ce sont les communistes qui deviennent les cibles prioritaires. Les occidentaux acceptent que soit constitué un service, nommé Organisation Gehlen2, qui coordonne à la fois l’activité anticommuniste, mais également le transfert d’armes dans les régions qui se battent toujours contre l’URSS. Ils vont également appuyer très largement la tentative de coup de Budapest, en 1956.

    Quand à ceux qui ne sont pas directement impliqués dans les atrocités, ils vont néanmoins poursuivre aussi cette lutte. Ainsi, ils vont collaborer à la construction d’une histoire officielle de la guerre, comme l’ancien cher d’État-major de Hitler, Franz Halder. Celui-ci, qui travaille pour la division d’histoire de l’US-Army, va présenter une historiographique qui exonère de tout crime la Werhmacht et justifier l’agression contre l’URSS sous la forme d’une mesure d’auto-défense. Ces écrits, qui vont être très largement diffusés, jouent un rôle important dans la manière dont les opinions publiques ont été modelées.

    La fuite.

    Ceux qui, malgré tout, sont trop compromis pour être protégés, vont choisir la fuite. Par une ironie terrible de l’histoire, les émigrés nazis, passent parfois par les mêmes filières et les mêmes réseaux que les Juifs fuyant l’Europe. On cite l’exemple d’un hôtel à la frontière italo-autrichienne, dans lequel un étage était occupé par les rescapés de la Shoah, l’autre par leurs ex-bourreaux. C’est notamment par ce type d’endroit que Barbie va transiter. La Croix-Rouge et le Vatican les aident. Ils sont vus comme les combattants comme l’athéisme bolchevique. La plupart partent en Amérique du Sud. Là bas, ils ont formé des relais pour le trafic d’armes (Allemand puis Américain), mais aussi des points d’appui pour l’installation des dictatures anticommunistes. Il n’est pas étonnant que la Colonie Dignidad, au Chili, qui sert de camp de « rééducation » pendant la dictature de Pinochet, soit dirigée par un ancien-nazi, Paul Schäfer.3

    Ces hommes ont fait, le plus souvent, une brillante carrière comme tortionnaires et conseillers. Certains ont pu revenir même en Allemagne. Ce n’est qu’avec la fin de la guerre froide qu’ils sont « lâchés » par leurs maîtres. A partir de ce moment là, personnages inutiles et gênants, ils sont livrés à la vindicte populaire. Le fait que le procès de Barbie ait eu lieu en 1987 est illustratif. Mais la question des procès Touvier ou Papon est la même. Ce sont des vieillards qui ont épuisé leur potentiel.

    Aujourd’hui encore, les attentats qui ont eu lieu en Allemagne portent la marque de cette complicité. Le scandale de la NSU (Nationalsozialistischer Untergrund, National-socialisme souterrain) l’illustre. Après une série de meurtre entre 2001 et 2006, lesquels ciblent des immigrés Turcs et Kurdes, deux des membres de ce groupe se suicident. Une autre se rend aux autorités. Commence alors un procès qui finit par mettre en cause le BfV (Bundesamt für Verfassungsschutz, Office de protection de la Constitution, service secret Allemand) pour sa complicité.

    Les meurtres, qui avaient été ostensiblement reliés au trafic de drogue, en excluant tout motif raciste, s’orientent désormais vers les opérations clandestines. Les cibles seraient désignées par les services secrets Allemands et Turcs. En remontant le fil, la contre-enquête se rend compte d’une destruction sans précédent de preuves et de documents qui auraient permis l’arrestation des suspects, de plus au moins un membre du BfV était présent au moment d’un des crimes. Finalement, après plusieurs démissions, l’affaire se tasse. Mais elle continue d’illustrer la collusion dans l’Allemagne. Mais ailleurs ?

    La perpétuation du racisme.

    La victoire contre le nazisme n’a ni signé la fin des régimes racistes, xénophobes, ségrégationnistes. Le 8 mai 1945 des colonisés n’est pas le même que celui des colons. Dès cette date, la France massacre. Elle extermine par les armes, par la torture, par la faim près d’un million de personnes jusqu’à la guerre d’Algérie. Elle continue les opérations secrètes encore à l’heure actuelle, pour maintenir sa place. L’Angleterre fait face à des insurrections communistes, en Grèce, en Malaisie, en Indonésie. Elle fait intervenir l’armée, y compris les bombardiers lourds.

    Pour la reconquête de leurs paradis perdus, les occidentaux ne reculent devant rien. La guerre du Vietnam mobilise des moyens considérables pour permettre au régime réactionnaire de tenir. Le Cambodge perd 750 000 civils sous les bombardements les plus intenses de l’histoire. Les campagnes sont ravagées, stérilisées. Les malformations et les cancers, liés à l’exposition aux produits défoliants, font encore des ravages.

    Les USA, qui s’étaient montrés anticolonialistes à la base, dans l’application de leur politique de la porte-ouverte, se reconvertissent. Mieux vaut une dictature coloniale qu’un régime qui s’alignerait sur Moscou. Après la guerre, le colonialisme, la ségrégation, les régimes racistes ont donc survécu. Mais la politique intérieur s’est elle aussi durcie. Le racisme institutionnel est devenu une garantie contre les revendication populaire. Ainsi, aux USA, la ségrégation raciale est restée plus de 20 ans en place après la guerre.

    L’Australie a poursuivi une politique nommée « Australie Blanche » jusqu’en 1970. interdisant l’immigration non-blanche. Elle est toujours un pays extrêmement marqué par l’inégalité raciale, avec une attitude discriminante envers les Aborigènes, lesquels possèdent des droits politiques limités. La Rhodésie conserve une même politique jusqu’en 1979. L’Afrique du Sud, avec le soutien de Israël et de la France, peut conserver l’Apartheid même après la chute du mur. Aujourd’hui, le Bhoutan, le Bhareïn, Israël, la Birmanie…maintiennent juridiquement des discriminations sociales.

    Mais l’effondrement de ces régimes ou les réformes qui permettent une égalité formelle ne signe pas la fin de la division raciste de la société. En France, les discriminations policières sont constantes. Celle à l’emploi, à l’accès aux lieux de loisir, à la location, sont toujours en place.

    Aux USA, encore aujourd’hui il existe des conventions discrètes, comme le « redlining » qui consiste à ne pas accorder de prêts aux noirs dans les quartiers blancs. Mais, de fait, la stratification sociale-raciale se maintient toujours. L’accumulation des richesses permise par la colonisation, par l’esclavage, empêche tout décollage du niveau de vie.

    Quand à la propagande raciste, en ces temps de crise, elle est constante, autour de Zemmour, de Morano, de Ménard…La machine à créer du racisme et à générer des pogroms est en place. Malgré cela, l’équivalent qui vient à l’esprit, quand on pense à la Seconde Guerre mondiale, est celle entre l’URSS et le IIIe Reich, plus qu’entre ce dernier et les « démocraties occidentales. »

    1A lire à ce titre : la biographie de Klaus Barbie par Peter Hammerschmidt ; Klaus Barbie, nom de code Adler.

    2https://fr.wikipedia.org/wiki/Reinhard_Gehlen

    3Le film Colonia, bien qu’un peu romancé, montre bien les liens avec le gouvernement « démocratique » de la RFA.

  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. Partie première : La triple guerre.

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe. Partie première : La triple guerre.

    75 ans auparavant, la Seconde Guerre mondiale prenait fin en Europe.

    La victoire soviétique à Berlin mettait fin au « Reich millénaire » de Adolf Hitler. Les troupes de toutes les Républiques soviétiques, commandées par les maréchaux Joukov, Koniev, Rokossovski et Tchouïkov brisaient la résistance autour des lieux stratégiques du pouvoir nazi. Le Führer était mort. Mussolini était mort. Les régimes cobelligérant et collaborationnistes étaient défaits. Seul le Japon se dressait encore comme un obstacle à la paix. L’Europe découvrait la réalité du génocide Juif, celle du génocide Tzigane. Elle découvrait aussi l’étendue des dévastations et des crimes de guerre.

    Les efforts combinés de la coalition anti-fasciste ont permis de mettre un terme au projet de partage du monde de l’Axe. Ils ont également stoppé le projet d’annihilation de populations entières. 75 ans après, il ne faut pas l’oublier ou en faire une exception du passé. La victoire contre le nazisme doit être célébrée et doit être commémorée. 40 millions d’Européens et d’européennes, de tout âge, de toutes confessions, de tout bord sont morts. A cela, il faut ajouter plus de 20 millions de victimes en Asie. La grande majorité de celles-ci sont des civils et des civiles, principalement des citoyens et des citoyennes de la Chine et de l’URSS.

    Ne les laissons pas tomber dans l’oubli, ne les laissons pas non plus être le marchepied de gens cyniques. Oui, il faut célébrer la victoire contre le fascisme, le nazisme et le militarisme japonais. Mais cette célébration, pour ne pas être creuse, doit être accompagnée d’un certain recul, d’un regard critique sur la manière dont doivent être considérée tant la guerre que la victoire finale. La Seconde Guerre mondiale est une guerre d’étape. Elle s’intercale dans un court XXe siècle (1914-1991) marqué par la Première Guerre mondiale, les révolutions, la montée des fascismes, la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre Froide. Elles n’est pas un événement isolé. Elle est donc dans un ensemble qui ne peut être découpé artificiellement en tranches, mais qui forme, au contraire un continuum. C’est ce qui explique la nature particulière, complexe, contradictoire, et le paroxysme de violence de son événement central.

    La Seconde Guerre mondiale est une guerre à la croisée des chemins.

    Elle est à la fois une guerre « classique » de repartage des sphères d’influence entre puissances ; à la fois une guerre coloniale et à la fois s’inscrit dans une croisade anti-communiste mondiale.

    C’est cette conjonction qui a servi de catalyseur.

    La guerre impérialiste.

    La Seconde Guerre mondiale s’inscrit donc dans une lutte entre les puissances impérialistes. Une lutte avec un camp formé par les puissances traditionnelles, France, Usa, Angleterre, possédant des empires coloniaux ou des sphères d’influences déjà bien délimitées, anciennes. De l’autre, le camp des outsiders : l’Allemagne, qui avait tout perdu après le traité de Versailles, l’Italie fasciste , à la victoire mutilée, le Japon militariste, qui ne parvient pas à venir à bout de la Chine.

    Dans un monde plein, partagé depuis 1885 entre les grandes puissances, le mouvement de l’un joue forcément sur les autres. Seule la Chine et l’URSS restent des espaces qui ne sont pas inclus dans ces jeux des puissances. L’une trop vaste, trop peuplée, trop chaotique pour être découpée en colonies. L’autre choisissant la voie du socialisme et de l’anti-impérialisme, s’érigeant elle-même en puissance économique et industrielle, se dotant des moyens de se défendre.

    Pour les trois oustsiders, il faut soit s’en prendre à ces espaces à conquérir, soit risquer la confrontation. Or, leurs concurrents, tout comme leurs proies, ne restent pas les bras ballant. Soit elles prennent la mesure de la menace, comme les USA avec le Japon, qui lui coupe progressivement les vivres, soit elles essaient de les exciter à la guerre pour servir leurs propres intérêts, comme l’Angleterre avec l’Allemagne. Il s’en suit une des pages les plus répugnante de l’histoire diplomatique, dans laquelle les puissances européennes jouent un jeu dangereux, nourrissant la bête nazie avec des compromis, tout cela en ayant l’espoir qu’elle saute à la gorge de l’URSS.

    La croisade antisoviétique.

    Pourquoi l’URSS ? Pour une raison double. D’une part, 1/6e du monde était hors de l’emprise des investissements étrangers, hors des griffes des bandits impérialistes. Et pour eux, il s’agissait d’un terrible supplice de Tantale. Un immense espace, des perspectives d’une dimension incroyable, tout cela excitait leur appétit. Le souvenir de la perte des investissements et des prêts concédés au Tsar aiguillait également les appétits féroces.

    De l’autre, il y avait l’importance primordiale de lutter contre le bastion de la Révolution, contre le bolchevisme, contre l’émergence d’un pôle libéré de la bourgeoisie et du capitalisme. Cette croisade a été le fil conducteur du XXe siècle. Elle s’est manifestée dès les premiers jours de la République des Soviet par l’envoi de troupes pour mater les révolutionnaires. Par la construction d’un cordon sanitaire, autour de pouvoir politiques dictatoriaux. Par les menaces de guerre, les tentatives d’isolement, les coups de force. Entre 1917 et 1941, l’Union soviétique a été plus d’une fois sur le pied de guerre. Elle était encerclée par des puissances hostiles, qui voulaient sa perte. Deux d’entre elles avaient déjà battu l’Empire Tsariste, le Japon entre 1904-1905, l’Allemagne entre 1914-1917. Hitler et ses sbires ont été dressés a traquer le bolchevisme. Ils ont d’ailleurs été encouragés par la politique complice de l’appeasement à se doter des moyens de le faire.

    L’Union soviétique menait une double politique, une politique de soutien aux communistes tout comme une realpolitik d’État. Avec l’approche toujours plus pressante de la guerre, cette dernière prenait le pas sur la première. Il n’en demeure pas moins que l’Union Soviétique était traitée comme une pestiférée par les autres puissances impérialistes. C’est ce qui explique le cynisme de leur diplomatie. Les pays impérialistes, d’ailleurs, ne parvenaient pas à trouver de consensus sur la manière dont venir à bout de l’URSS. Ils étaient en concurrence les uns avec les autres. C’est pour cela qu’ils ourdissaient plans sur plans, non seulement pour bien se positionner eux-mêmes, mais pour faire tirer les marrons du feu par les autres.

    D’où le rejet de la sécurité collective proposée par le gouvernement soviétique et défendue par Litvinov. A cela, ils ont répondu par le choix des jeux d’alliance. Des jeux d’alliances retors, pour faire se prendre à la gorge Allemagne et URSS. Des jeux retors qui se sont retournés, en dernière instance, contre eux. Leur avidité ayant causé leur perte.

    La guerre coloniale et raciste.

    Si les deux autres points sont souvent évoqués, il manque un dernier aspect, essentiel pourtant. Celui qui vient donner un caractère spécifique à la guerre. Elle est fanatiquement anticommuniste, raciste et colonialiste. D’ailleurs, il faut commencer par reconnaître une chose : Les nazis n’avaient pas le monopole des régimes racistes et génocidaires.

    Depuis la Guerre Froide, la tendance est à une comparaison cynique entre l’URSS sous la direction stalinienne et l’Allemagne nazie. Cette comparaison mérite d’être analysée. Tout comme toute analyse, elle demande un protocole scientifique. Si on isole complètement du reste du monde les deux régimes, on retrouve sans problème des similitudes dans la forme que pouvait prendre le pouvoir, notamment si on limite le champ d’étude à la période de la « Grande Terreur » ou a des épisodes dans lesquels la répression a été employée de manière parfois démesurée, comme dans la collectivisation forcée.

    Mais ce comparatisme isolé nous prive de regarder ce qui se passait ailleurs au même moment. Si nous comparons l’Allemagne nazie avec la France et l’Angleterre « démocratique », effectivement la répression telle qu’elle est employée en Allemagne ne trouvera pas un répondant aussi fort dans ces pays. Et ce même si la IIIe République avait ses camps de concentration et n’avait pas forcément d’hésitation à faire tirer sur la foule. Pour les USA, on retrouve par contre les lynchages de noirs, l’inégalité juridique consacrée, le suprémacisme raciste exalté.

    Allons plus loin. Qu’est ce qui constitue la France et l’Angleterre à cette époque ? La métropole, malgré ses grandes zones de misère, n’en est pas moins alimentée, sous perfusion, par le système colonial. C’est ce système colonial qu’on ôte de toute logique comparative, hypocritement. Or, il est le fondement de la puissance des deux pays libéraux, il est d’ailleurs ce qui lui permet d’être libéral. Un regard même simpliste, même superficiel, vers les colonies permet de replacer les choses à leur juste place. C’est dans le système colonial, la déshumanisation, le racisme exacerbé, justifié, que se trouvent les racines du nazisme, que se trouvent les fondements qui ont permis de pousser jusqu’à l’extermination de peuples.

    Le but premier de l’Allemagne n’était pas tant la conquête du monde dans son ensemble, que l’établissement d’une zone coloniale sur le continent Européen. L’Empire colonial Allemand de la fin du XIXe, construit tardivement dans des zones éloignées, a été isolé en un tour de main par les puissantes flottes anglaises, françaises et japonaises.

    Pour ne pas revivre la même situation, le blocus, la vulnérabilité, la faim, l’Allemagne nazie à repris le drang nach Osten. La Marche vers l’est. Elle s’est défini comme objectif de construire cet empire sur les espaces occupés par les peuples slaves.

    Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le nazisme a appliqué sur ces régions les mêmes méthodes et les même moyens que l’Europe démocratique et civilisée avait employé en Afrique ou en Asie, ou que le Japon employait en Chine. Ses soudards, enivrés de leurs droits seigneuriaux, conférés par leur prétendue supériorité raciale, se sont comportés avec la même morgue et le même mépris de la vie humaine que les occidentaux quelques années auparavant.

    Quand Tocqueville anticipe le nazisme.

    Rappelons les écrits de Tocqueville en 1841 : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux.

    […]

    Je dirai aussi que les grandes expéditions me paraissent de loin en loin néces­saires :

    1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ;

    2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd-el-Kader. »

    Tocqueville, par ailleurs, se rend bien compte de quel type d’hommes le colonialisme accouche :

    « On ne peut se dissimuler que l’officier qui une fois a adopté l’Afrique, et en a fait son théâtre, n’y contracte bientôt des habitudes, des façons de penser et d’agir très dangereuses partout, mais surtout dans un pays libre. Il y prend l’usage et le goût d’un gouvernement dur, violent, arbitraire et grossier. C’est là une éducation que je ne me soucie pas de généraliser et de répandre. Sous le point de vue militaire, j’admire ces hommes ; mais je confesse qu’ils me font peur et que je me demande ce que nous ferions d’un grand nombre d’hommes semblables, s’ils rentraient parmi nous. »

    Lorsque l’Allemagne envahit la France, la Belgique, la Hollande… elle impose un ordre d’occupation criminel, appuyé sur les collaborationnistes (souvent motivés par l’anticommunisme et le racisme eux-aussi.) Mais la guerre à l’est se dote d’une dimension supplémentaire : il faut éradique la civilisation, la culture, les élites. Il faut réduire en esclavage l’intégralité de la population. Même ceux qui regardaient d’un bon œil l’arrivée des nazis ont déchanté.

    Derrière les méthodes de Tocqueville point déjà le kommissarbefehl et les Einsatzgruppen. Encore que Tocqueville ne recherchait que le contrôle et la domination, pas encore l’espace vide d’hommes prêt à être colonisé par les européens. Il est d’ailleurs difficile de ne pas souligner la continuité qui existe entre cette guerre et les suivantes. Notamment le fait que, au moment même ou l’armistice est signée en Europe, la France entame le massacre des Algériens.

    C’est la conjugaison de ces trois facteurs, guerre impérialiste, guerre anticommuniste, guerre coloniale qui donne son contenu à la Seconde Guerre mondiale, à la Shoah, aux villes éventrées, aux millions et aux millions de morts et de mortes. A « l’ensauvagement » d’un continent.

  • 75 ans de la victoire sur le fascisme

    75 ans de la victoire sur le fascisme

    Le 8 mai 1945, la Seconde Guerre mondiale prit fin en Europe. L’Armée rouge de l’Union soviétique socialiste vainquit le « Troisième Reich » fasciste et fut la force motrice pour la libération de millions de personnes dans les pays occupés, les camps de concentration et les prisons. Elle rendit possible la libération de peuples entiers et la construction de démocraties populaires en Europe de l’Est.

    Le 8 mai 1945, le fascisme hitlérien allemand capitula. Pendant six ans, la Seconde Guerre mondiale avait fait des ravages sur tous les continents et plus de 60 millions de victimes, entraînant dans son sillage, encore des années après sa fin, des souffrances et des morts incommensurables. Mais le résultat de cette lutte héroïque et de la victoire sur le fascisme fut que les peuples des pays sous domination capitaliste renforcèrent leur lutte de libération nationale contre l’impérialisme, et dans les pays de démocratie populaire les peuples intensifièrent la lutte pour la construction du socialisme. Ainsi, un tiers de l’humanité fut libéré de l’impérialisme et du capitalisme – des démocraties populaires et le socialisme furent construits   

    Les Alliés occidentaux capitalistes avaient longtemps hésité à entrer dans cette guerre contre Hitler pour des raisons anticommunistes, car ils voulaient parvenir autant que possible à ce que l’impérialisme allemand agressif combatte et fasse échouer la construction du socialisme en Union soviétique et chez ses alliés parmi les travailleurs et les larges masses dans le monde entier. Ils n’y étaient pas parvenus avec la guerre d’intervention de 1918 à 1920 en soutien à la Terreur blanche. Ils avaient de nouveau fait le calcul sans la classe ouvrière et les larges masses en Union soviétique. Celles-ci ont combattu et gagné ensemble avec la résistance héroïque des communistes et des partisans des pays européens contre Hitler avec la ferme conviction de l’édification du socialisme dans leur propre pays. 

    Le fascisme est l’ennemi mortel de la classe ouvrière et des peuples du monde, du socialisme et du communisme et de ses organisations. L’impérialisme et le colonialisme sont le ventre duquel le fascisme surgit constamment. Dans le sillage de la crise actuelle du Coronavirus, des gouvernements fascistes ou fascisants comme ceux de Hongrie, de Brésil, d’Israël, d’Inde et de Turquie tentent aussi d’organiser la transition vers le fascisme ou ont mis en place un système fasciste. Aussi dans d’autres pays impérialistes tels que les États-Unis, l’Allemagne, la France ou la Grande-Bretagne, le développement des gouvernements vers la droite se poursuit. Cette droitisation a également abouti dans certaines parties de la population, à l’acceptation d’idées fascistes. Au sommet de tout cela se trouve l’impérialisme américain.

    Dans différentes parties du monde, le fascisme a progressé sous le couvert de la crise du Coronavirus. 

    Les 8/9 mai, le 6 août (Hiroshima) et le 1er septembre (début de la Seconde Guerre mondiale), sont la journée internationale de lutte contre le fascisme et la guerre pour l’ICOR. 

    « Chaque nation peut célébrer cette journée à sa manière. Mais l’essence reste la même : à bas le fascisme ! À bas les guerres capitalistes ! » (extrait d’un appel du KSRD d‘Ukraine) 

    L’ICOR, en tant qu’organisation mondiale révolutionnaire, encourage la révolution socialiste et la construction du socialisme, la démocratie et la liberté dans le monde entier. Célébrer 75 ans de victoire sur le fascisme et en tirer les leçons aujourd’hui signifie de tout faire pour renforcer le mouvement révolutionnaire dans le monde, comme il est dit dans sa Résolution de fondation : « Les aspirations et la recherche d’une société libérée de l’exploitation et de l’oppression doivent devenir une force transformant la société, une force qui surmonte les maux fondamentaux du système impérialiste mondial. » (Documents, 6/10/2010)

    Poursuivons la construction du Front uni anti-impérialiste et antifasciste !

    En avant dans la construction de partis et organisation forts et révolutionnaires au niveau mondial !

    En avant dans la construction de l’ICOR !

    En avant vers la démocratie, la liberté et le socialisme !

    Signataires (en date du 07/5 2020, d’autres signataires sont possibles):

    1. PCPCI   Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire (Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire)
    2. ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    3. UPC-Manidem   Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie, Cameroun
    4. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    5. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    6. PCT   Parti Comuniste du Togo Togo
    7. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    8. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    9. Ranjbaran   Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
    10. PPRF   Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
    11. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    12. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine), Bosnie et Herzégovine
    13. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    14. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    15. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    16. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
    17. MIKSZ   Magyar Ifjúság Közösségi Szervezete (Organisation de la Communauté de la Jeunesse Hongroise)
    18. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    19. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    20. VZDOR   VZDOR – strana práce (Résistance – parti du travail), Slovaquie
    21. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    22. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    23. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    24. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    25. PPP   Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)
    26. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    27. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
    28. CPA/ML   Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
  • Confinement : toujours plus de violences policières.

    Confinement : toujours plus de violences policières.

    Véritable marqueur des tensions sociales, les violences policières ne se sont pas taries avec le confinement. Au contraire, elles se sont épanouies, comme des fleurs vénéneuses. Depuis le début de la pandémie, il est difficile de faire le compte des personnes brutalisées, des personnes blessées, parfois très grièvement, mais également des morts discrètes, qu’on ne compte pas.

    Une jambe arrachée ici, un policier tirant sur son voisin là-bas, un tabassage digne de la Guerre d’Algérie… Les cas ne manquent pas. Ils s’accumulent, nourrissant une colère sourde. Plusieurs pages, comme quarantine watch, se sont donné comme mission de recenser les cas de violence, pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli. Sur la base des opérations policières, il est possible de faire quelques constats sur leur origine, sur les réactions politiques, mais également sur leur instrumentalisation.

    • Un critère de classe fondamental. Il explique notamment la différence de traitement entre les quartiers populaires et les infractions massives au confinement et à la distanciation sociale qui ont eu cours dans le Paris bourgeois. La messe intégriste de la secte qui occupe l’Église de Saint Nicolas du Chardonnet ou le bal improvisé n’ont pas entraîné de vives réactions. En revanche, un grand nombre d’agressions massives et brutales ont été constatées dès que la composition sociale du quartier change. Quand cela se déroule de l’autre côté du périphérique, c’est même un traitement quasiment colonial qui s’est imposé.
    • Un critère qu’on ne pourrait qualifier autrement que comme racial. Dans les propos tenus par les policiers qui ont été filmés, cet aspect est revenu constamment. Nous ne pouvons pas oublier qu’il y a qu’il y a quelques années, le membre de Unité SGP-Police – Force Ouvrière Luc Poignant, déclarait que dire « bamboula » était convenable. Ces méthodes de traitement montrent aussi un héritage, une tradition issue de la colonisation, avec notamment un maintien de l’ordre par la terreur et une exacerbation des comportements racistes.
    • Une exacerbation par la pandémie mais aussi par l’impunité permise du fait des rues désertes. La pandémie apporte à cela la peur de la contamination, la peur du contact et de la proximité. Elle fait que les rapports sont d’autant plus violents qu’ils sont anxiogènes. Cette anxiété (certainement partagée) trouve son exutoire brutal d’autant plus facilement que les rues sont désertes. Dans le vide du confinement, personne ne vous entend crier et personne ne peut venir vous aider.

    Nous regardons ces images avec un grand effroi.

    Il y a certainement, parmi les policiers et les policières des individus qui sont sincèrement choqués de la manière dont les choses se passent, des propos, des actes, et de l’absence de déontologie honteuse. Il existe des individus qui pensent pouvoir réussir à transformer le cadre de la police pour en faire une institution garante de la sécurité de tous et respectueuse des lois. Mais ces voix sont noyées dans la masse, elles sont écrasées. Pourquoi ? Parce que l’institution en elle-même est construite pour réprimer les classes populaires, pour maintenir un ordre basé sur l’injustice et sur l’inégalité sociale. Elle est un cadre normatif qui broie les individus et les trie pour en sélectionner les plus féroces et les plus corrompus. Pour les idéalistes présent et présentes dans la police, il n’existe que trois chemins. Se normaliser et accepter, partir dans une lutte donquichottesque contre l’institution, ou la sortie par la démission ou le suicide.

    Conçue depuis sa naissance comme un outil d’ordre social, elle ne peut avoir d’autre nature. Et, par voie de conséquence, d’autre comportement.

    Face à cela, face à ces images et ces propos ignobles, des lignes de défense se sont dressées. Elles ne font que déshonorer ceux et celles qui les emploient.

    Il est dit que les quartiers populaires ne respectent pas le confinement. C’est partiellement vrai, puisqu’il a été possible de voir que le Paris bourgeois ne se privait pas de certaines libertés. C’est partiellement vrai, mais aussi compréhensible. L’aspect romantique et bohème du confinement demeure un grand privilège de classe. Dans les quartiers populaires, la grande majorité des emplois sont d’une nature qui ne les rend pas adaptable au télétravail. Le trajet métro-boulot-confinement est nettement plus dur à vivre, en dernière instance, qu’un confinement constant avec une adaptation de l’activité professionnelle.

    Il se déroule aussi dans des conditions de promiscuité et d’espace urbain qui ne permettent pas le même confort de vie. Si les quartiers de centre-ville permettent des sorties respectant le 1h & 1km, ce n’est pas le cas des grandes cités. Ce n’est pas un hasard si, à Lyon, les contrôles massifs ont eu lieu dans des points de jonction entre le centre et la périphérie populaire, comme à la station Vaux-en-Velin la Soie. Ils ont débouché sur un très grand nombre de procès verbaux et d’amendes. Celles-ci, conçues pour être dissuasives, sont extrêmement inégalitaires.

    Les violences ont aussi été mises dos à dos. C’est souvent la spécialité des réformistes, lesquels ne veulent pas jeter l’opprobre sur la police tout en ne se coupant pas d’un rêve de conquérir le réservoir électoral potentiel que sont les quartiers populaires. Cette manière d’appeler au calme sans comprendre, sans expliquer, sans donner un sens à la colère, est une manière également de renforcer l’impunité. Cette incapacité à pouvoir dénoncer les abus particuliers des policiers, mais surtout le caractère systémique de la violence est une constante. Même si des individus comme François Ruffin sont des personnalités sympathiques, il est toujours édifiant de se dire qu’ils peuvent sortir des énormités invraisemblables. Au début de l’affaire Benalla, il avait ainsi déclaré que l’attitude de la brute macronienne était distinguable de celle de la Police, qui « ne se comporte par comme ça ». Certes, entre temps les Gilets Jaunes ont eu lieu, et les lignes ont bougé. Mais il reste toujours nombre de démocrates pour expliquer comment ils mettront en place une répression « de gauche » une fois au pouvoir.

    Plus loin dans le spectre droitier, il existe l’immense nébuleuse de charognards. Ceux et celles qui font des quartiers populaires des zones de non-droit, qu’il faudrait pacifier par la force. Ceux et celles qui en font une affaire « religieuse » ou « culturelle », autant de cache-sexes pour ne pas dire ce qu’ils pensent profondément. Car la loi, même bourgeoise, sanctionne le fond de leur pensée raciste, pogromiste et génocidaire. Ceux-ci non seulement n’expliquent pas la tension, mais ils la désirent. Ils désirent plus de sang, plus d’intolérance et plus de violence.

    Alors ils salissent les victimes, en retournant les culpabilités. Ils nient les évidences en demandant qu’elles soient remises dans un contexte, contexte construit par le mensonge. Alors ils inventent des conspirations, des complots, des collusions entre l’État et un pseudo islam tentaculaire, apatride et antipatriotique. Un pseudo islam qui fait écho à l’invention qui avait été faite le siècle dernier, autour de l’antisémitisme et du judéo-bolchevisme.

    Quelque soient les formes que peuvent prendre les négations, elles nourrissent toutes la même politique : asservir ceux et celles qui souffrent.

    Durant le mouvement des Gilets Jaunes, une réelle unité est née, notamment contre les violences policières. Elle s’est basée sur la confrontation avec le mépris policier, avec l’impunité et les déferlement de haine. Cette solidarité à toujours été attaquée par les fascistes, lesquels ne peuvent s’empêcher de désirer plus d’ordre et plus de répression. Ils n’ont jamais voulu condamner ouvertement l’attitude de la police ni la dénoncer pour ce qu’elle est. Et pour cause, ils ne souhaitent que la rendre plus féroce. Ainsi, la jeunesse des quartiers populaires est souvent pointée du doigt comme bénéficiant d’une tolérance importante de la part des autorités ou de la police. C’est un comble ignoble.

    Le confinement nous isole, nous rendant vulnérables à la manipulation mentale. Celle-ci est d’ailleurs accrue par les algorithmes des réseaux sociaux, qui enferment les individus dans des bulles mentales. Ce type de terrain est connu pour être le champ d’opération favori de l’extrême-droite la plus perverse. Elle essaie de créer un environnement angoissant, hostile, démoralisant, en lançant théories fumeuses sur théories fumeuses et en essayant de fragmenter les solidarités.

    Tous les faisceaux lancés par ces groupes n’ont qu’un but : mettre fin au déconfinement pour relancer l’économie, sous prétexte d’un intérêt suprême de la nation. Derrière cet « intérêt suprême », en réalité, c’est celui d’une bourgeoisie exploiteuse et impitoyable. Cette même bourgeoisie qui impose la misère dans les quartiers populaires, chez les Gilets Jaunes, chez les ouvriers et ouvrières, chez les employés et employées, chez les paysans et les paysannes.

    Face à ces manœuvres, nous affirmons la nécessité de l’unité populaire, d’un front commun de tous ceux et de toutes celles qui courbent l’échine sous les matraques, sous les dettes, sous l’exploitation. La violence contre les uns est le prélude à la violence contre les autres.

    Nous n’acceptons pas la brutalité.

    Nous n’acceptons pas le racisme.

    Nous n’acceptons pas le mépris de classe.

    Nous n’acceptons pas l’impunité !

  • ORBAN VEUT PRENDRE LES PLEINS POUVOIRS EN HONGRIE

    ORBAN VEUT PRENDRE LES PLEINS POUVOIRS EN HONGRIE

    Petit événement dont personne ne parle, ou si peu. Mais quelque chose de grave, auquel il serait temps de prêter attention. Cela se passe en Europe, ça nous interroge donc sur ce qu’il se passe ici, et cela illustre le fait que même le virus passé, il n’y aura sans doute jamais de retour « à la normale » (c’est à dire au statu quo ante, auquel par définition on ne revient jamais) :

    La Hongrie

    La situation là-bas est si grave, que même en ces temps où l’anormalité devient la norme, franchement, je ne comprends pas que les choses soient si peu remarquées.

    Viktor Orban, premier ministre d’extrême droite, est en train de profiter du virus pour prendre les pleins pouvoirs, lui permettant de légiférer par décrets, en passant outre le parlement. Prolongation illimitée.

    D’après ce que je comprends, la loi est une extension d’une loi déjà proposée et qui a échoué à obtenir le soutien de l’opposition. Cette fois-ci elle se fait sans le soutien de l’opposition, mais uniquement de la majorité d’extrême droite :

    • elle est associée à l’état d’urgence sanitaire.
    • elle ne supprime pas formellement le contrôle du parlement sur le premier ministre. Cependant, ce contrôle parlementaire risque d’être complètement théorique. Par ailleurs Orban n’a pas grand chose à craindre d’un parlement qui lui est globalement acquis, et qui semble décidé à se dessaisir de son propre pouvoir.

    Cependant :

    • elle permet au premier ministre de légiférer dans tous les domaines uniquement par décrets.
    • elle n’est pas limitée dans le temps, mais illimitée.
    • et elle contient même une clause qui permet à Orban d’AJOURNER le calendrier électoral s’il le désire

    Autrement dit, la Hongrie, en plus d’un gouvernement d’extrême droite, est au bord de basculer complètement dans le fascisme.

    Pour l’instant le président du Parlement Européen (qui n’a d’ailleurs pas réellement de pouvoir) a émis une vague protestation. Le silence médiatique à ce sujet est lui-même éloquent sur l’absence de réaction des classes dirigeantes en France, par exemple, aux évolutions hongroises.

    La grande question est : qu’Orban ait pu jusqu’ici aller assez loin avec le soutien de l’Union Européenne (malgré des protestations de pure forme) auparavant, c’était assez visible.
    Mais pourquoi et comment peut-il aller loin A CE POINT en pensant que les pays de l’UE vont le laisser franchir cette limite ?

    Il semble convaincu que ça va passer.

    Et surtout, il est frappant de constater qu’il fait cela alors qu’il n’en a pas fondamentalement besoin. Sa position au pouvoir était bien assurée. Pourquoi alors ne pas maintenir quelques apparences démocratiques ?
    Est-ce qu’il pense que la crise économique et politique qui va suivre le confinement va être si grave que l’UE va s’effondrer?


    Auquel cas, le fait de détenir les pleins pouvoirs lui permettra de traverser la tempête et de faire ce qu’il veut sans avoir à prendre le risque de fâcher les pays européens.

    Il sait que les pays européens n’ont rien contre le fascisme.
    Imaginez : le parti de Viktor Orban siège au parlement européen dans le même groupe parlementaire que la CDU allemande, du LR français ou de la Forza Italia italienne. Ils siègent ensemble. Orban a donc bien profité des avantages que lui procurait l’Union Européenne.
    D’autres gouvernements d’extrême droite sévissent également dans des pays comme la Pologne, les Pays Baltes, la Croatie, sans que cela ne semble poser le moindre problème aux instances européennes.

    Simplement les gouvernants européens ne veulent pas qu’une politique de type fasciste se remarque trop. Or, ce qui se passe en Hongrie est bien trop gros pour être digéré aussi facilement. Même le tyran Erdogan, en Turquie, n’a pas les pleins pouvoirs, et maintient, pour la forme, quelques apparences démocratiques.

    Mais maintenant, Orban est en train de dire, non, c’est fini. Moi je vais faire mon truc chez moi, maintenant.
    Il demande des pouvoirs lui permettant carrément d’ajourner le calendrier électoral, ce qui n’a clairement aucun rapport avec le coronavirus.

    Cette crise va durablement changer les choses, créer les conditions d’une crise existentielle majeure et prolongée du capitalisme mondial. Les peuples européens vont peut-être se réveiller et retrouver la raison, mais les gouvernements eux, ont perdu la maîtrise de la situation. Cette histoire de Hongrie en est la preuve.
    Orban est finalement en train de dire : ok, j’ai bien profité d’être sous la couverture respectable de l’UE pour avancer mes pions dans le pays. Maintenant c’est fini, je suis maître chez moi, et je fais ce que je veux.
    L’hypothèse qui me semble la plus vraisemblable pour expliquer ce revirement est que Viktor Orban estime que l’UE ne sera plus opérationnelle à court moyen terme et ne lui est donc plus d’aucune utilité. Un effondrement du château de cartes européen, donc.

    En catimini, sans que personne ne le remarque, la poussée, visible dans les dix dernières années, de l’extrême droite sur le continent est en train de se transformer en renaissance du fascisme proprement dit. Car une politique d’extrême droite n’est pas encore entièrement suffisante pour former un véritable régime fasciste, conçu comme « dictature terroriste ouverte de la fraction la plus réactionnaire, la plus chauvine et la plus impérialiste du capital financier ». Par exemple, il a fallu 4 ans à Mussolini, après la « marche sur Rome » pour faire adopter les « lois fascistissimes » qui lui ont permis de réaliser pleinement son projet politique. Maintenant, alors que le monde capitaliste est en plein bond dans l’inconnu, le monstre est en train de réapparaître pour de bon sous son vrai visage.

    Vous aussi vous vous demandez comment une chose pareille est devenue possible dans un pays comme la Hongrie ?

    La Hongrie est un pays qui a une histoire très riche. Cette histoire est à la fois révolutionnaire et contre-révolutionnaire, avec, malheureusement, une longue histoire avec le fascisme.

    Du côté de son histoire révolutionnaire, on pourra évoquer notamment le soulèvement national et progressiste de 1848 contre la tyrannie de l’Empire Autrichien (soulèvement mis en musique par Franz Liszt dans ses magnifiques Préludes), dont les suites ont poussé la dynastie des Habsbourg, après 15 ans de lutte acharnée, à mettre en oeuvre une véritable démocratisation de leur Empire, donnant accès à des libertés nationales et démocratiques importantes à l’ensemble des nationalités, et dans lequel les hongrois ont bénéficié d’un statut tout à fait avantageux.
    En 1918-19, après les épreuves de la Première Guerre Mondiale, et l’effondrement de l’Empire Austro-hongrois, la classe ouvrière prend le pouvoir à Budapest, mettant en œuvre sur le modèle de la Révolution d’Octobre en Russie, une expérience de révolution radicale. Celle-ci a tenu pendant un an et demi sous les assauts de tous les impérialistes (notamment franco-britanniques) coalisés aux forces réactionnaires des pays voisins, avant d’être écrasée. On retiendra parmi les dirigeants de ce mouvement révolutionnaire, tous issus du quartier juif de Budapest, l’aventurier opportuniste Bela Kun, dont les erreurs ont coûté cher à la révolution, mais aussi des dirigeants comme Matyas Rakosi et Ernö Gerö, qui se sont avérés plus solides, et enfin le grand intellectuel marxiste George Lukàcs.

    En 1920, cette expérience révolutionnaire tout à fait exceptionnelle (et qui n’alla pas sans de nombreux excès et erreurs de toutes sortes), fut matée dans un bain de sang. Les troupes roumaines étant entrées dans Budapest installèrent au pouvoir un régime militaire dirigé par Miklos Horthy, appuyé par la hiérarchie de l’Eglise et les milieux nationalistes, non sans avoir entre temps fait s’abattre une terreur blanche implacable et particulièrement antisémite. Horthy resta au pouvoir jusqu’en 1945. Ayant lui-même opté pour une forme locale de fascisme, il fut tout naturellement inscrit dans l’alliance des fascistes européens autour de l’Allemagne nazie.
    Après avoir opté pendant quelques temps pour l’apaisement envers les juifs hongrois, il décida, à la fin de la guerre (et alors que celle-ci était pratiquement perdue) de déporter d’un seul coup la totalité des juifs de Hongrie. 440 000 furent déportés en 3 semaines, parmi lesquels beaucoup moururent.

    Ces événements constituent le terreau sur lequel Viktor Orban prospère aujourd’hui.

    Après la libération du pays par l’armée rouge, la génération révolutionnaire de 1919 revint sur le devant de la scène. Pour recoller les morceaux, des élections furent organisées et un gouvernement antifasciste à forte participation communiste accéda au pouvoir. Devant l’émergence, au niveau international, de la Guerre Froide, et, en Hongrie, les tentatives de déstabilisation et de sabotage des forces réactionnaires, la Hongrie tenta d’évoluer vers le socialisme, avec, toujours présents, Matyas Rakosi, Ernö Gerö, et, dans le domaine intellectuel, George Lukàcs. Mais cela n’était pas si simple. L’implantation du parti communiste était plus faible que dans d’autres pays, la résistance des petits capitalistes agricoles, de l’Eglise, et des couches favorisées constituaient des obstacles majeurs, et enfin la direction révolutionnaire eut elle-même de nombreux excès.

    Les choses changèrent à partir de 1955-1956, lorsqu’un changement de ligne au sein du PC soviétique (et par voie de suite, du mouvement communiste international), favorisa l’éviction de Matyas Rakosi, Ernö Gerö et d’autres anciens de 1919 au sein du PC hongrois, au profit de dirigeants plus modérés, et, au fond, assez sociaux-démocrates. Constatant qu’un certain ras-le-bol existait dans la population, sans doute à juste titre, à la suite des erreurs commises dans la phase précédente de la révolution, ces derniers, prenant modèle sur des changements opérés au même moment en Pologne, tentèrent de mettre en place un régime fondé sur une sorte de compromis bancal avec l’Eglise et les forces réactionnaires. Or, ce fut l’explosion, le retour du refoulé. Malgré quelques mesures « de gauche » prises par le gouvernement, comme la mise en place d’une « autogestion » plus illusoire que réelle, a population qui se mobilisait ne fut pas encadrée par des forces révolutionnaires ou même progressistes, mais par des anciens fascistes, des nostalgiques du fascisme. Les idées fascistes et antisémites recommençaient à s’exprimer ouvertement dans le pays. Les communistes et leurs alliés étaient attaqués, souvent tués, et des affrontements armés commençaient ici et là. La direction du PC hongrois de l’époque, complètement dépassée, cherchait la conciliation : des anciens dignitaires du régime de Horthy opéraient leur retour en politique et furent nommés à des postes importants. Le gouvernement hongrois, ainsi que les nouvelles forces politiques nées dans le mouvement de 56 devinrent une véritable blanchisserie à anciens fascistes.

    Après avoir initialement décidé de laisser les évolutions politiques se faire d’elles-mêmes en Hongrie et en Pologne, le mouvement communiste international, de façon assez unanime (son aile révolutionnaire aussi bien que les dirigeants social-démocratisés), changèrent de position. Un distinction fut faite entre la Pologne et la Hongrie, car, la Pologne, n’ayant pas la même histoire que la Hongrie (la première fut envahie et occupée par des conditions terribles par Hitler, tandis que la seconde fut l’alliée des nazis jusqu’à la fin de la guerre), ne représentait pas à ce moment là de menace fasciste. Il fut donc décidé entre les principaux dirigeants du mouvement communiste que l’Armée rouge devait intervenir en Hongrie (mais pas en Pologne), pour soutenir les forces révolutionnaires encore actives dans le pays (essentiellement autour de différents dirigeants du PC hongrois et d’anciens membres de la police secrète ayant formé et encadré des milices ouvrières et paysannes pour résister aux attaques violentes menées par les fascistes).

    Le soulèvement contre-révolutionnaire hongrois de 1956 fut donc, comme on le sait, écrasé par l’armée rouge, à l’appui de ce qu’il restait de forces révolutionnaires en Hongrie. Mais le souffle, l’élan révolutionnaire étaient morts, brisés, dans ces événements tragiques. On arriva effectivement à une sorte de compromis bancal, social-démocrate, sous la férule du dirigeant Janos Kàdàr, qui resta au pouvoir pendant des décennies. Prêtres, anciens fascistes et petits entrepreneurs ne furent plus inquiétés. Les anciens de 1919 restés en poste (comme Ferenc Münnich) furent évincés définitivement, et, pour ne pas déplaire aux fascistes hongrois, formellement interdits mais toujours présents, il fut pris soin de mettre les juifs hongrois à l’écart de tout poste à responsabilités.
    Cependant, cette politique de compromis avait très certainement ses avantages. Les communistes n’étaient pas si impopulaires et les choses poursuivirent leur cours normal jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989. La « révolution de velours » dont on nous vante les mérites n’eut en fait rien d’une révolution. Le pouvoir ne changea pas de mains. Les dirigeants embourgeoisés de la Hongrie transformèrent le PC en parti social-démocrate, tournèrent sans heurts le dos à Moscou pour se tourner vers l’Europe occidentale. Preuve de la relative popularité de l’appareil dirigeant, ils furent facilement réélus après que des « élections libres » sur le modèle occidental furent organisées, et conservèrent le pouvoir pendant 20 ans.

    Un partout, balle au centre, donc, d’une certaine façon. Ces dirigeants ex-« communistes », embourgeoisés et social-démocratisés, représentaient donc une certaine continuité avec l’histoire révolutionnaire de la Hongrie, un compromis avec les secteurs les plus à droite de la société, et, dans le même temps, la perspective d’une adhésion à l’Union Européenne faisait miroiter à la population la perspective (on peut dire aujourd’hui, le mirage) d’accéder à la prospérité sur le modèle des pays occidentaux. L’adhésion de la Hongrie à l’UE fut officielle le 1er mai 2004. Et la déception fut grande. Le niveau de vie ne s’est pas amélioré en Hongrie, et les sociaux-démocrates locaux apparurent comme de vulgaires exécutants corrompus des maîtres de l’UE, situés à Bruxelles, Paris, Berlin, etc.

    C’est ainsi que l’histoire sembla se répéter. 50 ans après, le contentieux surgi du soulèvement de 1956 était en fait encore là : si beaucoup considéraient ce soulèvement comme contre-révolutionnaire, d’autres en faisaient une mythologie nationaliste et glorifiaient ce soulèvement.
    Alors qu’au élections d’avril 2006, la social démocratie conservait la majorité relative (à environ 43%) talonnée par la droite extrême de Viktor Orban (42%), la situation changea du tout au tout en septembre octobre de la même année.

    Le point culminant de ce changement eu lieu, précisément, à l’occasion du cinquantenaire de 1956. La commémoration officielle était réduite au strict minimum (malgré la présence de 56 délégations étrangères venues, avec leurs bons sentiments anticommunistes, complètement déconnectées de la réalité, assister à un « Déclaration de Liberté, 1956 »), bien évidemment, les sociaux-démocrates restant sur la ligne de compromis entre différentes lectures de l’histoire, laissant à chacun le soin de se faire son propre avis. Mais, en ce mois d’octobre 2006, la commémoration s’organisa dans la rue. Tous ceux qui y participaient n’étaient pas des fascistes : beaucoup considéraient simplement que l’intervention de l’armée rouge avait été une mauvaise chose. Mais les fascistes, après avoir connu une forte poussée électorale, y étaient la force la plus présente, la mieux organisée. Des mouvements ouvertement néonazis menaient la danse, tels Jobbik (Alliance des Jeunes de Droite) ou MHM (Mouvement pour Notre Patrie), puis, à partir de 2006 la Garde Hongroise, autant de mouvements encore plus à droite que Viktor Orban lui-même, mais qui constituent pour lui un point d’appui idéologique solide. La commémoration de 56 devint finalement une répétition de 56 lui-même. Le gouvernement social-démocrate envoya la police. Cela ne fit que galvaniser et radicaliser le mouvement de droite. Devant les délégations étrangères présentes, le premier ministre social-démocrate déclara : « En 1956, la rue était plus démocratique que le Parlement. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. »

    En réalité, la mort politique du gouvernement social-démocrate était dores et déjà devenue inévitable dès le mois de septembre de la même année (2006), lorsque la population avait découvert que celui-ci avait été élu en dissimulant à la population un plan d’austérité dicté par les capitalistes de l’UE… La commémoration de 56 ne fit que servir de catalyseur au mécontentement, qui a profité finalement à l’extrême droite. Perdant tout soutien aussi bien sur sa droite que sur sa gauche, la social-démocratie vivota jusqu’en 2009 avant de s’éclipser. Le champ était libre pour Viktor Orban et ses partisans.

    On peut dores et déjà en tirer la leçon suivante, hélas récurrente dans les pays d’Europe orientale : ce n’est pas le « communisme » qui a tué la gauche dans ce type de pays. Les gens y ont de nombreuses fois revoté sans problème pour des « ex-communistes ». Ce qui a tué la gauche, c’est la social-démocratisation de ces « ex-communistes », leur impuissance à proposer autre chose que de rentrer dans le rang du capitalisme international, et, finalement, la déception provoquée par ces derniers. C’est un élément fondamental pour comprendre pourquoi l’extrême droite prospère aussi facilement dans l’ensemble de ces pays.

    Il était important de revenir sur tout ceci, car l’histoire constitue un substrat, un ferment puissant pour l’établissement de ce pouvoir d’extrême droite. Il se nourrit de cette histoire. Il est significatif par exemple que le fait de qualifier 1956 de « soulèvement contre-révolutionnaire » position qui fut longtemps assez courante, surtout chez les plus anciens, est aujourd’hui puni de sanctions pénales dans ce pays sous la botte de Viktor Orban.

    La boucle est maintenant bouclée : jamais la Hongrie n’a été aussi proche de sombrer dans un régime fasciste en bonne et due forme depuis le soulèvement contre-révolutionnaire de 1956.
    Il y a 64 ans, l’armée rouge envoyait les chars soviétiques, et aujourd’hui, le parlement européen va se contenter d’écrire un vague texte pour dire « gnagnagna, la dictature en Hongrie, ce n’est pas gentil » et ne rien faire. On attend toujours les chars de l’Union Européenne.

    En cette période où un virus est en train de mettre à l’épreuve toutes les sociétés et tous les systèmes, qu’elle sert de révélateur, et que ce qui était sous-jacent jusqu’ici apparaît maintenant au grand jour, souvenons-nous, l’histoire est faite de tumultes, et l’histoire, ce n’est pas le passé, nous la vivons encore aujourd’hui. Par conséquent, il faut être prêt à tout. Dans le même temps, en temps de bouleversement, le champ des possibles à tendance à s’ouvrir : le pire comme le meilleur, est possible. Cela dépend de chacun de nous.