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  • Tenir la rue

    Tenir la rue

    I. État des lieux

    En quelques semaines, l’actualité française a été ponctuée de deux meurtres racistes, d’attaques de commandos fascistes, d’une marche néonazie, et de déclarations racistes par le ministre de l’Intérieur, qui a dans le même temps lancé la dissolution de l’un des plus importants collectifs antifascistes, la Jeune garde, ainsi que du collectif de solidarité Urgence Palestine. La France des fachos met en pratique sa doctrine idéologique.

    Mais revenons sur un fait qui a marqué l’actualité de la gauche il y a peu de temps, le défilé du C9M (Comité du 9 mai) qui s’est déroulé le samedi 10 mai 2025 à Paris.

    Ce défilé annuel en hommage à un militant d’extrême droite mort lors d’une fuite de la police il y a plusieurs années, a rassemblé environ 1 000 militants et militantes de ce que l’extrême droite fait de plus radical. Un mélange de pétainistes, de fascistes, de nationalistes révolutionnaires, des cathos intégristes ou des néonazis plus portés sur le paganisme, venant de toute la France, mais aussi de plusieurs pays européens.

    1 000 militants et militantes dans un défilé clairement néonazi, alors que l’année précédente ils étaient environ 800 selon les médias. Cela reste un chiffre très faible pour un événement majeur du milieu nationaliste. Si cette marche a impressionné, c’est n’est donc pas par son nombre de participants et participantes, mais par la discipline du défilé, et les références nazies arborées explicitement.

    Une multitude de drapeaux à croix celtiques, représentant la suprématie de la race blanche, symbole de ralliement de l’ultradroite mondialement reconnu, plus passe-partout que des croix gammées mais dont la portée politique est globalement la même, et d’autres références nazies bien visibles, comme des tambours en tête de la marche, identiques à ceux des jeunesses hitlériennes historiques. Mais surtout, des militants et militantes en rangs, marchant silencieusement et de manière coordonnée sur le rythme lugubre des tambours.

    Aucun doute possible sur le caractère de cette marche, ni sur les idées politiques de ses participants et participantes. « Participantes », car même si ce milieu est essentiellement masculin, de nombreuses femmes étaient présentes et bien mises en avant. Cette démonstration de force voulait envoyer un message à la France : « nous sommes de retour ».

    Les médias bourgeois, d’habitude si zélés pour chercher des signes d’extrémisme ou d’antisémitisme dans les manifestations de gauche, et dénoncer le climat d’ultraviolence, voire de guerre civile quand quelques adolescents ou adolescentes révoltés en marge des cortèges dégradent des vitrines de banques, n’ont rien trouvé à redire à un défilé nazi en plein Paris le lendemain des commémorations de la libération de la France. Les sionistes qui instrumentalisent l’antisémitisme pour diffamer tout et n’importe qui a rapport avec la cause palestinienne ou la gauche, sont restés bien silencieux et silencieuses face à 1 000 nazis défilant dans la capitale.

    Si cette marche a outré les passants et passantes parisiens et parisiennes, et si la majorité des commentaires sur internet relevaient d’une juste indignation, on ne peut qu’observer la naïveté et la mollesse que ce genre de réactions suscite. D’ailleurs, pour la grande majorité des réactions venant de la gauche, c’était un sacré but contre son camp de reprocher à ces nazis d’avoir défilé le visage masqué. Préserver son anonymat en défilant masqué est la base de la sécurité lorsque l’on veut éviter de se faire ficher trop facilement par nos ennemis politiques ou par l’État, mais les gens qui n’ont pas d’engagement politique subversif sont loin de comprendre de telles évidences. Une neutralité et un citoyennisme naïf, comme un gilet jaune avant sa première charge de flics.

    II. Quel danger ?

    Au-delà de cette quasi non-réaction du système politico-médiatique, démontrant une certaine complaisance, le phénomène le plus inquiétant a été les très nombreux commentaires de soutien à cette marche venant de comptes d’extrême droite, mais aussi de personnes de droite plus lambdas, non militantes. Tous ces profils qui se revendiquent du patriotisme afin de passer pour des modérés ont largement soutenu cette marche en sachant très bien qu’elle était nazie, jetant à la poubelle le peu de gloire de l’histoire de la France, lorsqu’elle était résistante.

    Les mêmes genres de profils qui s’offusquent de la présence de drapeaux palestiniens et de l’absence de drapeaux français dans les manifestations de gauche n’ont rien trouvé à redire devant l’omniprésence des drapeaux noirs fascistes de cette marche.

    Cela ne trompe plus personne, ces gens de la droite modérée ne supportent pas que la gauche affiche sa solidarité avec un peuple du Moyen-Orient, même à l’heure d’un génocide soutenu activement par la France et l’Occident à travers ses relations diplomatiques, commerciales et militaires avec Israël. Ces gens sont donc des supporters passifs d’un génocide contre une population qu’ils perçoivent comme arabo-musulmane. C’est la même logique que lorsque la droite et l’extrême droite avaient soutenu financièrement le policier qui avait exécuté le jeune Nahel. Les mêmes qui inondent internet de commentaires racistes, appelant au nettoyage ethnique des banlieues et au massacre des gauchistes par un pouvoir militaire.

    Même si la société française ne vire pas majoritairement dans le fanatisme d’extrême droite, et bien que les fachos soient nombreux dans les urnes et sur les réseaux, mais quasi inexistants dans les organisations activistes radicales, le phénomène reste suffisamment massif pour constituer à terme une menace directe non seulement pour la gauche, mais également pour toute personne ne faisant pas partie du projet de suprématie masculine blanche et de l’ordre bourgeois. Car c’est bien de cela dont il s’agit : une collaboration de classe, des travailleurs et travailleuses d’Occident suffisamment privilégiés qui soutiennent activement les politiciens bourgeois véreux du RN et les projets civilisationnels réactionnaires portés par des milliardaires, par intérêt personnel et égoïste. Accuser la collègue musulmane, le voisin au RSA ou la nièce féministe, plutôt que le Medef.

    Nous savons que la bourgeoisie se radicalise et fait progressivement tomber le masque démocratique. Partout sur la planète, l’extrême droite la plus violente a toujours été soutenue et grassement financée par les franges les plus réactionnaires de la bourgeoisie.

    Mais si l’esprit petit-bourgeois pacifié de beaucoup de Français et Françaises les empêche de prendre part activement à de l’activisme radical (qu’il soit d’extrême gauche ou d’extrême droite), il y a aussi toute une frange de la jeunesse blanche périurbaine ou rurale qui n’a pas connu de parcours universitaire et la culture des grandes villes qui va avec, provoquant un sentiment de déclassement identitaire.

    Face à un progressisme culturel qu’ils perçoivent comme un élitisme de la ville sur la campagne, ils choisissent de se réfugier dans une culture conservatrice mise en avant par des influenceurs et influenceuses d’extrême droite qui flattent un mode de vie beauf et machiste, qui constitue pour eux une résistance face à l’évolution de la société. Plutôt que de développer des cultures alternatives à la culture dominante comme cela se faisait autrefois, ces jeunes hommes choisissent de faire de la défense de la culture dominante une contre-culture face au progrès social. C’est comme ça que de jeunes hommes blancs à peine sortis de l’adolescence passent du rôle de frustré sexuel (parce que biberonnés aux pires normes patriarcales) à milicien criminel investi d’une mission décivilisatrice brutale. Du rejet de l’égalité sociale au masculinisme accompagné d’un racisme ordinaire, ces jeunes peuvent très vite se radicaliser en se forgeant une idéologie au gré des influenceurs et influenceuses de droite puis d’extrême droite, pour enfin finir dans les rangs des organisations nationalistes révolutionnaires avec une fascination pour le militarisme et les armes de guerre, ainsi que la pratique de la musculation, des sports de combat, et du maniement d’armes à feu.

    S’il n’y a que quelques milliers de militants et militantes nationalistes actifs et actives en France, il y a en revanche toute une partie de la population séduite par l’idée d’un renversement de la démocratie, d’une instauration d’un ordre militaire brutal et d’une épuration du pays. Il n’y a qu’à voir le succès qu’ont des influenceurs comme Papacito qui appellent à la guerre civile raciale en permanence, dans une France où des propagandistes sur les médias de la bourgeoisie peuvent faire l’apologie de crimes de guerre et du génocide envers les Palestiniens et Palestiniennes à longueur d’émissions sans aucune sanction. Pendant ce temps, la gauche est systématiquement décriée, caricaturée, et criminalisée pour la moindre prise de position, aussi réformiste et légale qu’elle soit, et la théorie du complot judéo-bolchevique est désormais réhabilitée et utilisée sous sa forme moderne — « l’islamo-gauchisme » — dans les plus hautes sphères de l’État.

    Le meurtre sauvage de l’imam Aboubakar Cissé dans sa mosquée, puis très récemment le meurtre par balle de Hichem Miraoui par un terroriste raciste et supporter du RN montrent une chose : tuer des arabes est devenu un acte de légitime défense pour la France raciste. Nous le voyons dans les milliers de commentaires sous les articles de presse qui traitent de ces meurtres, un nombre incalculable de Français et Françaises se réjouissent de cela, minimisent la gravité de l’acte, ou bien le justifient comme une réponse aux attentats islamistes ou aux meurtres de personnes blanches par des étrangers ou étrangères ou par des Français ou Françaises d’origine immigrée. La guerre raciale est actée depuis longtemps dans le logiciel idéologique de ces Français et Françaises radicalisés, armés, galvanisés par le modèle génocidaire israélien, se sentant soutenus par toute la classe politique et médiatique, et qui n’attendent qu’une chose : déclencher un nettoyage ethnique par des meurtres de masse contre les personnes non-Blanches et contre le camp politique progressiste, à l’instar du terroriste norvégien Anders Breivik.

    Oui, les nazis existent encore. Oui, ils et elles se développent. Oui, ils et elles ont pour but existentiel de prendre le pouvoir par tous les moyens pour mettre en pratique leurs idées.

    Nous voyons ce phénomène de long en large dans des enquêtes, depuis de nombreuses années, nous voyons chaque semaine des signaux alarmants, de nouveaux tabous tomber et des digues sauter. Quand le capitalisme est en crise il n’y a pas de remparts, la démocratie bourgeoise ne protège que la bourgeoisie.

    Alors, en tant que communistes et antifascistes, nous qui alertons depuis bien avant la mort de Clément Méric en 2013 lors d’un affrontement de rue avec des néonazis, cela nous fait rire jaune quand des gens découvrent cela seulement en 2025. Mais mieux vaut tard que jamais.

    Le peuple de gauche a régulièrement des sursauts de panique face aux affirmations réactionnaires de nos sociétés capitalistes pourrissantes, une petite frayeur, comme une dose d’adrénaline sortant les gens de leur léthargie. Les scores du RN, un milliardaire effectuant un salut nazi, une marche néofasciste dans Paris… mais une fois l’émotion redescendue au bout de deux ou trois jours de polémique dans les bulles des réseaux sociaux, les gens retournent vite à leur consommation quotidienne d’informations anxiogènes mais suffisamment lointaines pour ne rien chambouler dans leur vie.

    Les organisations antifascistes n’ont pas vu leur nombre de recrutements monter en flèche, les syndicats ne sont pas sortis de leur routine antipolitique et corporatiste, les habitants et habitantes issus de l’immigration dans les quartiers populaires ne se sont pas massivement auto-organisés politiquement face à la menace raciste pourtant bien réelle, même si, heureusement, les réactions instinctives peuvent se transformer en riposte immédiate et collective face à l’extrême droite1. Dans la France de Macron, la propagande fasciste des médias dominants tourne à plein régime.

    Mais à part quelques organisations antifascistes ou antiracistes qui tiennent grâce à la dévotion de leurs militants et militantes, il n’y a pas d’engagement massif à la hauteur du climat politique actuel. Tout au plus quelques milliers d’étudiants et étudiantes ont rejoint les manifestations des grandes villes, chantant des slogans pendant quelques heures.

    « Siamo tuti antifascisti ! » est un beau slogan, mais malheureusement nous sommes très loin d’être tous et toutes des antifascistes conséquents et conséquentes. Des plus, ce slogan n’est pas une incantation magique faisant fuir les fascistes.

    « No Pasaran ! », mais si les fascistes décident de passer, qui va les arrêter ? La police qui vote RN ? La préfecture et ses laissez-passer pour les nazis ? Les gauchistes des beaux salons, et leurs petits bras, entre deux happy hour ?

    L’agression au couteau sur un camarade de la CGT lors de l’attaque du local des travailleurs et travailleuses kurdes à Paris, le 16 février 2025, est une piqûre de rappel sur le but premier des milices fascistes : casser du rouge, ainsi que tout ce qui leur est apparenté de près ou de loin. Clément Méric était le premier camarade tombé dans le combat antinazi d’aujourd’hui en France, il y en aura d’autres.

    Alors, actons que les nazis sont là, et qu’ils veulent vous détruire.

    Ils le disent, ils l’écrivent, et ils le font dès qu’ils en ont la possibilité et l’occasion. Personne ne sera épargné. Pour autant, adopter une posture de petit lapin aveuglé par les phares d’une voiture qui lui arrive dessus n’est ni digne, ni glorieux, ni une bonne stratégie de survie.

    S’il y a bien une chose que l’histoire ancienne nous a apprise, mais également l’actualité pour qui suit les activités de la lutte antifasciste, c’est que les plus virils et agressifs des hooligans nazis peuvent très facilement se transformer en vulgaires sacs de viande froide gisant sur le trottoir. Avec de la volonté, de l’organisation, un peu de préparation physique et mentale, des personnes ordinaires peuvent anéantir des fascistes.

    III. Agir en conséquence

    On nous dit que le fascisme arrive à longueur de tweets et de réels Instagram, qu’il est même déjà là, mais alors pourquoi la gauche n’entre pas en résistance de toutes ses forces si une menace de mort aussi sérieuse est réelle ? Évidemment, tout le monde sait très bien que le fascisme n’est pas encore là, car le dire signifierait se faire arrêter et torturer dans l’heure. Pour autant, nous constatons chaque jour que la société est poussée par une frange de la bourgeoisie pour virer à l’extrême droite et se vautrer dans le nationalisme et le militarisme. Nous ne pouvons pas prédire à quel moment sera le point de non-retour, ni si un événement particulier peut faire précipiter les choses : un nouvel attentat d’ampleur, une déclaration de guerre nous impliquant directement, ou alors une érosion progressive des droits démocratiques sous les multiples crises, et une division raciale du prolétariat de plus en plus antagonique ? Tout ce que l’on sait, c’est que même sans menace révolutionnaire crédible, la tendance à la réaction des États se renforce, et que le capitalisme ne peut que choisir l’extrême droite pour gouverner dans cette période de crise.

    Face à la progression des fachos et à leurs attaques régulières, la gauche rabâche sans cesse ses appels à l’unité de notre camp, à rejoindre les syndicats et les associations de solidarité, incite à voter massivement contre l’extrême droite, mais évite soigneusement la question de l’autodéfense du camp progressiste et de l’affrontement de rue. Rassemblements de soutien après rassemblements de soutien, le nombre de militant et militantes n’augmente pas, les services d’ordre dignes de ce nom n’existent toujours pas, et on compte sur la présence d’antifascistes bagarreurs ou de la police pour protéger les événements. Des slogans, toujours des slogans, mais aucune force de frappe.

    Nous savons qu’actuellement, l’extrême droite peut mobiliser une vingtaine de militants violents pour des villes de taille moyenne, et que ce chiffre peut monter jusqu’à 80 ou 100 militants pour de grandes occasions dans les métropoles. Le seul paramètre qui entrave le développement des fachos dans la rue, c’est la pression physique permanente exercée par les groupes antifascistes sérieux et organisés. Cela se traduit concrètement par des parties de chasse en ville, des attaques ciblées sur des événements d’extrême droite, et du cassage de bouches systématique à chaque rencontre avec un facho, instaurant un sentiment d’insécurité pour l’extrême droite dès qu’elle sort dans la rue. Le revers de cette stratégie, c’est que les militants et militantes antifascistes s’exposent en retour à la violence fasciste en permanence, d’autant plus une fois qu’ils et elles ont été fichés, et surtout, ils et elles s’exposent à de très gros risques judiciaires pour chaque sortie qui finit en affrontement.

    Mais quand les antifascistes ne sont pas là pour faire le travail, c’est open bar pour les néonazis locaux qui peuvent harceler et agresser à leur guise.

    Alors posez-vous la question : votre organisation peut-elle affronter 10 fascistes ? 20 fascistes ? 50 fascistes ?

    En tant que communistes, nous devons être à l’avant-garde de la lutte démocratique antifasciste, cela veut dire que nous devons être en première ligne quand les fascistes lancent une attaque.

    Le bar de gauche de votre ville s’est fait attaquer par un commando de nazillons ? Le premier acte de solidarité est de lancer une expédition punitive sur les fascistes et de leur faire manger le trottoir. C’est le minimum syndical pour sauver l’honneur.

    Notre rôle n’est pas seulement de défendre nos organisations ou nos événements, mais de défendre toute notre classe sociale. Et cette défense ne consiste pas seulement à repousser des attaques de fascistes, mais d’être à l’initiative et de frapper préventivement pour instaurer la peur dans la chair de l’ennemi, par la douleur et les dégâts physiques.

    Dans un premier temps, cela refroidira les ardeurs viriles des fachos les moins convaincus, et les fera abandonner. Et pour les plus virulents, ils sauront que leurs prochaines aventures pourront leur coûter cher. Il faut donc entretenir en permanence la dissuasion par la démonstration de force et la punition corporelle.

    Des collectifs antifascistes, et notamment la Jeune garde, ont montré la formule à appliquer pour constituer une première ligne de défense : discipline, obéissance à la hiérarchie, hygiène de vie, préparation physique, entraînements collectifs à l’affrontement, élaboration de tactiques efficaces et d’initiatives audacieuses directement contre les fascistes, et développement d’une mentalité pour obtenir la victoire et ne pas flancher au moindre coup dur. Le tout en développant des relations de confiance avec les organisations politiques et les associations locales, ainsi qu’avec les syndicats.

    Depuis toujours, la solution réside dans les organisations bien cadrées où les individus s’engagent sincèrement et se soumettent au collectif. Les caprices individualistes, la lâcheté et la fébrilité petite-bourgeoise n’y ont donc pas leur place, offrant ainsi un cadre politique sain et efficace.

    Il faut ce renouveau salvateur pour enterrer définitivement cette gauche liquéfiée dans le libéralisme soixante-huitard2. Il faut retrouver les réflexes militaires et spartiates des organisations du siècle passé. Une gauche où le combat est d’abord un acte et pas seulement un mot dénué de sens dans un slogan nostalgique.

    Ce renouveau doit se voir au premier coup d’œil, aussi bien dans la tenue vestimentaire des militants et militantes que dans le regard assuré et la posture physique droite, reflétant une hygiène de vie saine et des convictions idéologiques fortes et assumées. Les clowneries que l’on aperçoit dans les manifestations n’auraient jamais dû être tolérées, mais puisque la gauche est actuellement au fond du trou, une nouvelle génération de communistes doit se lever et faire le grand nettoyage.

    Maintenant, chaque communiste doit imprimer ce code de conduite :

    • Renforcer ses capacités mentales : affronter nos ennemis demande une force psychologique élevée, délivrée des entraves du virilisme. Nous refusons de tolérer les machistes pensant que parler de ses émotions ou aller soigner ses névroses chez le psy serait synonyme de faiblesse. La force mentale passe par le travail, l’humilité et le collectif. On renforce notre esprit autant que notre corps pour le bien du collectif.
    • Ne tolérer aucun affaiblissement de l’organisation ou des individus : interdire la consommation collective et individuelle d’alcool et de drogues. Le mode de vie straight edge est ici un très bon exemple à suivre. Mais également, faire en sorte que l’organisation ne devienne pas un lieu de drague et/ou de prédation sexuelle. La promiscuité sexuelle entre militants et militantes doit être interdite, et les relations amoureuses sérieuses doivent pouvoir se réaliser uniquement dans des conditions qui ne nuisent pas à l’organisation.
    • Revoir à la hausse les capacités physiques : il n’est plus question de prêter attention aux gémissements de gauchistes fébriles pour qui l’injonction aux sports de combat et à l’hygiène de vie serait « de droite ». Tous les militants et militantes en capacité de le faire se doivent d’augmenter leur force physique, d’entretenir leur cardio, et d’avoir une alimentation leur permettant d’augmenter leur masse musculaire. Dans un monde dominé par le virilisme réactionnaire, et lorsqu’en face vous avez des hooligans néonazis sous stéroïdes et des CRS en armure, même si vous êtes d’un gabarit moyen, il est toujours préférable de gagner du muscle et passer de 60 à 70 kg, de 70 à 80 kg, etc., et ce pour les hommes comme pour les femmes.
    • Renforcer la camaraderie, le collectif et l’entraide : l’organisation communiste doit être un lieu d’honnêteté et de confiance, et cela doit être mis en pratique structurellement. La critique doit se faire systématiquement, avec fermeté, tout en restant dans la justesse et la bienveillance (lire et relire Contre le libéralisme de Mao).
    • Ne plus confondre SO et AG : le service d’ordre est un outil, et bien qu’il soit soumis aux décisions démocratiques des organisations, ce n’est pas une instance politique. Donc, les quotas d’inclusivité ou de diversité des profils n’y ont pas leur place, et les accusations de soi-disant virilisme n’ont aucun sens, car seules les capacités physiques et mentales, ainsi que la discipline et l’obéissance, comptent. Ce sont par défaut les hommes qui assument cette tâche, mais les femmes y ont toute leur place, encore faut-il que l’organisation leur en donne les moyens et qu’elles veuillent s’emparer de la violence. Le but premier d’un service d’ordre est d’être visuellement dissuasif (c’est pour cela que les membres du service d’ordre portent une tenue vestimentaire uniforme et robuste) pour qu’aucune force réactionnaire n’ose s’y frotter. Mais si jamais c’est le cas, le service d’ordre doit pouvoir encaisser la charge, puis contre-attaquer pour blesser et faire fuir l’ennemi.
    • Se préparer à toutes les situations :
      • savoir se procurer et apprendre à manier tout objet permettant de détruire efficacement un fasciste, mais également pratiquer toute discipline sportive aidant à neutraliser des fascistes à main nue ;
      • apprendre les techniques de combat de rue aussi bien collectives qu’individuelles ;
      • s’entraîner à planifier des actions illégales, et mener systématiquement des actions punitives sur les fascistes lorsqu’ils sortent ;
      • reconnaître le danger potentiel, le voir mais ne plus le fuir ;
      • assumer la violence, pouvoir l’infliger et l’encaisser.
    • Mettre tout en œuvre pour vaincre, en une phrase : tenir la rue.

    Avoir des idées politiques révolutionnaires, c’est avant tout pouvoir les porter et les défendre matériellement. Si vous n’êtes pas en mesure de détruire, voire simplement de résister à un groupe fasciste par vous-même, sans aide de l’État, alors vous pourrez abandonner toute prétention révolutionnaire lorsque les temps se durciront. Le retard accumulé toutes ces années, et surtout la progression quantitative et qualitative du milieu nationaliste, ne doit pas être une excuse pour un nivellement par le bas et un abandon de ce domaine de la lutte politique. La gauche radicale peut aisément rattraper ce retard si nous développons collectivement une culture du combat, et si nous l’imposons dès aujourd’hui.

    1 Comme lors du débarquement de 100 fascistes venus provoquer et en découdre dans un quartier populaire de Romans-sur-Isère, à la suite du meurtre du jeune Thomas lors d’une rixe ultraviolente pendant une fête dans un village proche. Les jeunes du quartier ont pu lancer une chasse aux fachos après que ceux-ci aient été mis en difficulté par les policiers qui sont intervenus. Cela a donné de belles séquences de tabassage et d’humiliations des nazis. On notera que par la suite, ces militants néonazis laissés sur le carreau ont ému certains médias qui se sont empressés de les faire passer pour « de jeunes manifestants victimes d’un lynchage »

    2 Mai 68 a bien été un moment où la gauche a montré qu’elle savait s’organiser pour attaquer et se défendre, mais c’est aussi à partir de lui que le pacifisme est devenu dominant dans celle-ci. La génération militante qui a fait Mai 68 est aussi celle qui a abandonné la rue, avec la radicalité politique, dans les décennies qui ont suivi. L’héritage de Mai 68 dans notre mouvement est aujourd’hui beaucoup plus le réformisme dégénéré que l’autodéfense de classe.

  • Appel international de l’ICSPWI

    Nouvelle semaine d’action internationale et internationaliste du 7 au 12 avril. Vers une campagne d’un an pour soutenir la guerre populaire en Inde et le Parti communiste d’Inde (maoïste).

    La campagne mondiale contre l’opération Kagaar, en cours, a dénoncé et impacté les impérialistes et le gouvernement de Modi qui s’était fixé comme objectif d’anéantir les mouvements démocratiques, populaires et révolutionnaires indiens et la guerre populaire menée par le CPI(maoïste), qui constituent la véritable alternative politique pour les prolétaires et le peuple d’Inde.

    Toutes les campagnes du régime fasciste de Modi développées ces dernières années, depuis « Green Hunt » [2009], ont échouées à atteindre l’objectif que le régime s’était fixé.

    Aujourd’hui, Modi affirme qu’il anéantira la guerre populaire, le mouvement révolutionnaire et le CPI(M) d’ici mars 2026. Le Comité international de soutien à la guerre populaire en Inde (ICSPWI) appelle tous les partis et organisations communistes marxistes-léninistes-maoïstes, les partis révolutionnaires, les forces anti-impérialistes, à relever le défi lancé par le gouvernement de Modi avec une campagne d’un an, d’avril 2025 à mars 2026.

    C’est à une année de mobilisation et de soutien à la révolution indienne que l’ICSPWI appelle. Elle débutera par une semaine d’action internationale et internationaliste du 7 au 12 avril.

    Le CPI(maoïste) et les masses populaires résistent et rejettent la campagne Kagaar avec détermination et héroïsme. Dans tous les secteurs de l’économie, le régime de Modi se décharge sur les masses de la crise provoquée par l’impérialisme, ses laquais et les politiques au service des grands capitalistes, comme Adani, Ambani, etc., et les propriétaires terriens d’Inde.

    Modi a été le premier chef d’État au monde à aller rencontrer et rendre hommage au nouveau chef de l’impérialisme américain, Trump. Ils se sont rencontrés le 12 février pour réaffirmer l’importance de leurs relations dans le cadre des alliances du système impérialiste mondial, notamment dans les secteurs de l’énergie et de la défense.

    Dans le secteur de l’énergie, Trump demande à l’Inde d’être de plus en plus le principal client du secteur pétrolier américain, qui, dans le passé récent, a également été affaibli par l’invasion russe de l’Ukraine. Modi s’est engagé auprès de Trump à atteindre l’objectif de faire passer les échanges entre les deux pays de 15 à 25 milliards de dollars dans le secteur de l’énergie sur une période de cinq ans.

    Dans le secteur de la défense, l’Inde est le principal importateur mondial d’armes, achetées également à la Russie et à divers pays du monde. Lors de la rencontre citée, Modi s’est ouvert à de nouveaux achats auprès des États-Unis et Trump a proposé de vendre des F35 à l’Inde.

    Enfin, dans le cadre du contrôle stratégique des routes commerciales, la grande nouveauté de la réunion a été la décision de relancer le projet de « corridor Inde-Med-Est-Europe », c’est-à-dire un corridor pour les marchandises, les données et l’énergie d’Inde vers Israël, l’Italie, jusqu’aux États-Unis. Ce projet existait déjà, mais l’attaque de la résistance palestinienne et les contradictions qu’elle provoquait entre l’État d’Israël et les pays arabes l’avaient bloqué. Avec cette rencontre, Trump et Modi relancent ce projet.

    Cette rencontre Trump/Modi devrait faire comprendre à tous le lien indissoluble qui existe entre l’impérialisme américain et ses serviteurs et le régime indien.

    Le régime indien est l’un des principaux soutiens de Netanyahu et de sa campagne génocidaire en Palestine. Pour cette raison, l’ICSPWI appelle, pendant cette semaine d’action, à l’union de la solidarité internationale avec la résistance du peuple palestinien et de la campagne internationale contre le régime de Modi et l’impérialisme.

    L’ICSPWI appelle à intensifier la mobilisation contre l’opération Kagaar, faite de massacres, de déportations forcées, d’assassinats de villageois et de leaders des masses tribales, de militants sociaux et de leaders révolutionnaires, ainsi que de persécution des journalistes et des militants des droits de l’homme qui s’y opposent.

    L’ICSPWI répond fermement à l’appel des camarades indiens à soutenir les habitants de Maad qui s’opposent résolument à la décision d’utiliser leurs terres et leurs forêts pour les manœuvres de l’armée, dans le cadre de la participation croissante de l’armée à la guerre génocidaire contre les peuples sous le nom d’opération Kagaar.

    Soutenir la guerre populaire en Inde et le Parti communiste d’Inde (maoïste) est l’une des tâches fondamentales des mouvements communistes révolutionnaires, antifascistes et anti-impérialistes du monde.

    Le Parti communiste d’Inde (maoïste) mène une guerre populaire pour réaliser la révolution de nouvelle démocratie, pour libérer le pays et les masses travailleuses de l’exploitation et de l’oppression et, uni aux prolétaires et aux masses populaires du monde, marcher vers la révolution prolétarienne et socialiste dans le monde.

    C’est pourquoi il est de notre devoir à tous et toutes d’arrêter l’impérialisme, le régime de Modi et sa main génocidaire, dans le cadre de la lutte mondiale contre l’impérialisme, qui mène aux guerres, au fascisme, à la pauvreté et à l’oppression des peuples.

    L’ICSPWI appelle tous et toutes à se joindre à la semaine internationale d’action, du 7 au 12 avril, en décidant des initiatives et des formes de lutte en fonction des conditions concrètes.

    Pour sa part, l’ICSPWI appelle à :

    • une grande journée de mobilisation en faveur des travailleurs, dans les usines et sur les lieux de travail ;
    • des manifestations publiques de toutes sortes vers les ambassades et les consulats ;
    • des réunions de soutien au CPI(maoïste) et à l’étude de ses documents comme le « Message pour le 20e anniversaire de la fondation du CPI (maoïste) ».

    ARRÊTER L’OPÉRATION KAGAAR !

    CONTRE LA RÉPRESSION DU RÉGIME POUR LA LIBÉRATION DE TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES EN INDE !

    LUTTONS CONTRE LA GUERRE IMPÉRIALISTE ET EN SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE PALESTINIEN !

    AVEC LA GUERRE DU PEUPLE ET LE CPI(MAOÏSTE) JUSQU’À LA VICTOIRE !

    VIVE L’INTERNATIONALISME PROLÉTARIEN !

    Comité international de soutien à la guerre populaire en Inde

    https://icspwindia.site/

    csgpindia@gmail.com

  • ADGB : Liberté pour Ecevit Piroğlu !

    Unité communiste exprime sa pleine solidarité avec Ecevit Piroğlu pour le 132e jour de sa grève de la faim et republie le communiqué de la l’ADGB du 20 juin 2024, à l’occasion de l’envoie de sa délégation en Serbie.

    L’Union des forces démocratiques en Europe (ADGB) se rend en Serbie avec une délégation le vendredi 21 juin 2024. Ecevit Piroğlu en est au 130e jour de sa deuxième grève de la faim. Le socialiste Ecevit Piroğlu, impliqué dans la lutte socialiste en Turquie depuis sa jeunesse, a joué un rôle actif dans les manifestations de Gezi en 2013 contre la dictature d’Erdoğan.

    Il a ensuite rejoint la lutte contre les gangs de l’État islamique au Rojava. Ecevit Piroğlu faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par l’État turc pour « terrorisme ». En 2021, il a été arrêté à l’aéroport en Serbie au motif qu’il était recherché par Interpol avec une « notice rouge ». La Turquie a alors demandé l’extradition de Piroğlu de Serbie. Ce n’est un secret pour personne qu’en cas d’extradition, la torture des interrogatoires et l’emprisonnement à vie l’attendent.

    Après de longues luttes et des appels, la Cour suprême serbe a décidé qu’Ecevit Piroğlu ne pouvait pas être extradé vers la Turquie et a ordonné sa libération. Cependant, après sa libération le 12 janvier 2024, il a été de nouveau arrêté par la police serbe et placé au centre de détention de Padinska Skela. Ce centre fonctionne en fait comme un centre d’extradition.

    Ecevit Piroğlu a entamé une grève de la faim le 12 février pour protester contre cette situation. Pendant cette période, il a perdu beaucoup de poids : mesurant 1,82 mètre, Piroğlu ne pèse plus que 44,6 kg. Il ne peut plus marcher et n’est pas en mesure de satisfaire ses besoins fondamentaux. Plusieurs de ses organes sont menacés de défaillance. Il est conscient mais a du mal à parler. Il est actuellement hospitalisé mais il y a toujours un policier dans sa chambre.

    Ecevit Piroğlu demande :

    • L’application du jugement du tribunal et de ne pas être extradé vers la Turquie.
    • Être libéré pour se rendre dans le pays de son choix et ne pas être empêché de voyager.
    • Ou que l’État serbe lui reconnaisse le statut de réfugié politique et lui accorde le droit de rester dans le pays.

    Le gouvernement serbe n’a toujours pas répondu aux demandes d’Ecevit Piroğlu, qui est au bord de la mort, et continue d’être indifférent.

    En tant qu’ADGB, nous ne pouvons accepter cette situation. Notre délégation a pour objectif de faire pression sur les autorités serbes et, en même temps, de jouer un rôle de médiateur. Nous voulons également montrer à notre camarade qu’il n’est pas seul et que nous sommes très solidaires avec lui. Nous voulons également informer le public de manière exhaustive à l’occasion de cette visite.

    Nous n’avons pas beaucoup de temps !

    Notre délégation rendra visite à Ecevit Piroğlu à l’hôpital et nous avons déjà envoyé nos demandes de rendez-vous aux autorités serbes afin de rencontrer les autorités compétentes et de négocier des solutions concrètes. Nous espérons que l’État serbe répondra positivement à notre demande de rencontre. Bien entendu, nous sommes conscients qu’en coulisses, l’État turc exerce une forte pression sur la Serbie.

    La délégation comprendra des représentants des organisations composant l’ADGB, l’ADHK et l’ATIK, et de divers groupes tels que l’AVEG-KON, l’ADDKI et le TSP. Un représentant du Conseil bavarois pour les réfugiés sera également présent. Un des avocats d’Ecevit Piroğlu accompagnera la délégation en Serbie.

    Union des forces démocratiques en Europe (ADGB)

  • Suède – France : destins croisés ?

    Suède – France : destins croisés ?

    Une série de manifestations et d’émeutes ont lieu en Suède depuis plusieurs jours. En cause : les actions d’une organisation fasciste nommée Ligne Dure.

    Le mouvement Ligne Dure (Stram Kurs) a lancé une série d’opérations de provocation. Ligne Dure est une mouvement danois de la mouvence ethno-nationaliste et identitaire. Fondé en 2017, il est parvenu à acquérir une certaine notoriété par ses actions d’éclat et leur diffusion sur internet. Leur méthode d’action est de s’appuyer sur la très libérale conception scandinave de la liberté d’expression pour essayer de provoquer des incidents. En 2018, cela s’est concrétisé par des caricatures, en 2019 par des jets de Coran à Copenhague – qui provoquèrent des émeutes. À partir de 2020, ils ont initié des tournées en Suède dans lesquelles les militants de l’organisation brûlent des Corans. Leur but avoué est de « brûler un Coran dans chaque ville ». Fort logiquement, ces provocations ont donné lieu à des tensions importantes dans chaque ville.

    Leur but est d’instrumentaliser les réactions pour passer pour des victimes de la censure auprès de leurs adhérents et soutiens, tout en créant des réactions vives qui provoquent des affrontements avec les autorités. Cela permet également de cibler les musulmans de Suède et de les faire accuser d’être des dangers pour la population. À la date du 18 avril, 40 personnes ont été blessés, dont 26 policiers et 14 manifestants et manifestantes. Cependant les chiffres ne reflètent que partiellement la réalité : plusieurs blessés parmi les civils l’ont été par balles ou par éclats provoqués par les balles. 26 personnes ont été arrêtées. Il semble que ces manifestations aient permis à des agents provocateurs de s’infiltrer et de semer un chaos toujours plus grand, soit pour des motifs crapuleux, soit consciemment pour créer des débordements supplémentaires et accroître la répression. En dernière instance, ce sont les musulmans et le mouvement antifasciste suédois qui paient les conséquences de ces actes.

    Rasmus Paludan s’est vu comme le leader d’une espèce d’officine internationale de la provocation raciste. Ainsi, il a été ciblé par la police française pour avoir planifié le projet d’incendier des Corans sous l’Arc de Triomphe le 11 novembre. Ces ambitions et cette capacité de « projection » de haine sont inquiétantes.

    En France, si la situation ne peut pas être considérée comme aussi catastrophique, elle n’en est pas moins préoccupante. Pour le moment, les élections laissent entrevoir un second mandat de Macron assorti d’une ligne politique qui essaie de faire la synthèse entre les deux électorats les plus mobilisés de la présidence : le centre et l’extrême-droite.

    Cependant, il existe toujours une part d’imprévisible. Des provocations peuvent éclater, à l’image de la Suède, et nous ne sommes pas à l’abri d’un scénario à la Trump, voire pire, d’un scénario à la « incendie du Reichstag ». Une grande partie de la population française, travaillée depuis de longues années, échaudée par deux ans de pandémie, pourrait être victime d’un « moment totalitaire » à la suite d’un événement grave. Elle pourrait accorder sa bénédiction à un pouvoir autoritaire. D’autant que les agents provocateurs ne manquent pas. Les extrêmes droites, qu’elles soient racistes ou religieuses, n’hésitent pas à recourir à la prophétise auto-réalisatrice lorsque les choses ne se passent pas comme elles le désirent. Elles pourraient chercher à polariser encore davantage la société.

    La coordination entre les élections présidentielles et les élections législatives, voulue par Chirac pour renforcer le pouvoir présidentiel et lui laisser les mains libres, rendent ces années cruciales. Même si nous pensons que les élections ne font pas tout et que les décisions ne sont pas libres, elles indiquent des tendances dans la population et elles indiquent quelle sera la ligne que « l’interface démocratique de la dictature de la bourgeoisie » appliquera. Elles donnent également des signaux forts envers la société, envers ce qui est permis ou non. Les apprentis-sorciers du racisme et de la haine ont une responsabilité morale dans les attentats d’Oslo, d’Utøya ou de Christchurch. Ceux qui pourraient arriver au pouvoir à la présidentielle ou en force à la législative en auraient également une quant aux déferlements d’agressions qui en résulteraient.

    Cela impose donc de garder la tête froide et de prendre aussi ses responsabilités. La dégradation de la situation politique ne peut pas être compensée par des pratiques d’un temps de « paix ». Beaucoup de forces positives et courageuses sont encore dispersées, soit par un manque de liens, soit parfois même pour des questions de conflits personnels érigés abusivement en controverse entre organisations. Pourtant, nos espaces d’expression politiques se réduisent progressivement. Ils sont le reflet de la dégradation économique et sociale dans notre pays.

    L’exemple de la Suède montre que les fasciste sont capable d’ingéniosité pour faire parler d’eux et pour créer des effets levier qui décuplent leur influence. À ce jeu là, nous ne pouvons être gagnants car la division ne nous apporte rien. Un travail acharné nous attend, serons-nous capables de le mener à bien ?

  • Solidarité avec la GALE contre la dissolution

    Solidarité avec la GALE contre la dissolution

    Nous affirmons notre solidarité avec le Groupe Antifasciste de Lyon et Environs. Darmanin a décidé de lancer une procédure de dissolution contre le Groupe Antifasciste de Lyon et Environs. Le Groupe a déclaré :

    « Darmanin a indiqué vouloir dissoudre le groupe, après avoir fait un signalement au ministère de la Justice, et demandé aux services du ministère de l’Intérieur d’entamer des investigations ».

    C’est la poursuite d’une stratégie d’anéantissement de ce groupe, opéré depuis plusieurs années. Il s’inscrit dans une stratégie dont nous avons pu voir les effets récemment, avec notamment la dissolution du Collectif Palestine Vaincra. Face à la gauche, Darmanin montre les dents. La répression touche depuis longtemps les militants et les militantes de cette organisation. Mais les choses se sont accélérées.

    Déja en 2019, des arrestations ciblées, des procédures d’intimidation, la destruction du matériel militant – y compris des possessions sans rapport, uniquement dans le but de briser la détermination et de faire étalage de l’impunité policière.

    Fin 2021, nous avions pu voir plusieurs militants de la GALE se retrouver dans un engrenage kafkaïen pour un affrontement contre des intégristes. Pas de plainte, mais un parquet ravi de trouver l’occasion de faire là un exemple. La détention préventive a été utilisée, contre son sens premier, qui est de permettre des compléments d’enquête. Elle a été utilisée dans un sens punitif : pour casser ces militants.

    La même année, une pression importante a été exercée sur le Lyon Antifa Fest pour qu’il soit impossible qu’il se tienne. Le président de la région, Laurent Wauquiez, avait alors menacé le lieu dans lequel se tenait habituellement ce festival, le CCO de Villeurbanne, en menaçant de lui supprimer une partie de ses subventions. La raison : des slogans anti-police dans une chanson. On sait déjà, d’expérience, que chanter Hécatombe peut coûter parfois cher. Ces slogans sont au centre de la procédure de dissolution, ainsi que le fait d’avoir partagé l’appel à « assiéger Bayer-Monsanto » le 5 mars. La GALE vient donc rejoindre la longue liste d’organisations dissoutes. En dernière instance, on retiendra la chose suivante : devenir influent, trop gêner le pouvoir, même dans des moyens d’expression et d’action qui ne transgressent pas la loi en tant que tel, c’est trop. La démocratie, que la France se targue constamment de défendre, est à géométrie décidément bien variable.

    Pendant ce temps, nous avons pu le voir, les délinquants fascistes peuvent se pavaner. Lorsqu’ils tuent, ils sont systématiquement dédouanés de leur responsabilité : on en fait des actes isolés, sans lien avec une idéologie qui voit l’existence comme une lutte à mort entre races. Pendant ce temps, un condamné pour incitation à la haine est un des candidats les plus médiatisés. Pendant ce temps, une longue montée en pression se poursuit. Un « ensauvagement » tel que dépeint par Aimé Césaire : face aux difficultés actuelles, surtout économique, on brutalise, on abrutit au sens premier du terme, on décivilise. Quant aux petites tapes sur les mains des fascistes, qui servaient à montrer prétendument la neutralité de l’État, elles n’ont été que des prétextes pour intégrer ces membres aux groupes du RN ou de Zemmour. Elles ont été des professionnalisations.

    Cette contamination se voit, elle produit ses effets. Comme l’écrivait la spécialiste de la Russie Anna Colin Lebedev :

    « La logique de la goutte de poison nous fait dire que l’armée ukrainienne entière aurait été contaminée par le néo-nazisme promu par quelques membres. Que doit-on dire alors de nos propres forces de l’ordre qui votent volontiers pour l’extrême droite ? »

    Oseront-il la dissoudre ?

    Nous déclarons notre solidarité avec les membres de cette organisation. Nous ne doutons pas que cette opération échouera et ne fera que contribuer à renforcer leur détermination et à bâtir quelque chose d’encore plus grand.

  • Le Conspirationnisme – brochure.

    Le Conspirationnisme – brochure.

    Après un travail de plusieurs mois, nous publions cette brochure. Elle est, il nous semble, importante, car elle traite d’un sujet omniprésent : le conspirationnisme.

    La croyance dans des complots n’est pas quelque chose de nouveau. Les légendes urbaines, les rumeurs, sont nées en même temps que les sociétés et que les civilisations. Elles participent à la création de mythes, de superstitions, d’un corpus religieux. Elles contribuent également à des épisodes de violence paroxysmique, dans lesquels ces rumeurs, ces canulars et ces mythes servent d’exutoire aux peurs et aux tensions. Il ne faut pas les sous-estimer. Cependant, le développement progressif des moyens de communication, puis l’immense boom du développement des sociétés de l’information, ont donné un allant sans précédent à ces interprétations du monde. Il a existé des complots et des conspirations, c’est indéniable. Mais le conspirationnisme, l’analyse du monde qui fait du complot le moteur de l’histoire, est quelque chose de substantiellement différent.

    Dans ce travail, nous proposons une analyse du conspirationnisme. Depuis ses origines biologiques et sa présence naturelle dans la société jusqu’à son utilisation politique consciente ou inconsciente. Utilisation toujours dangereuse, toujours tendanciellement réactionnaire. L’extrême droite en a fait son épée, mais ces raisonnements contaminent. Nous, notre camp, notre courant politique, n’en sommes absolument pas exempts. Beaucoup piochent dans un inconscient conspirationniste dans lequel les adversaires et les ennemis sont décrits sous des traits bien connus : ceux qui diable chrétien. Séducteurs, déloyaux, menteurs, diaboliques dans leurs intentions comme dans leurs moyens. Une vision du monde manichéenne et caricaturale, laquelle nous prive de comprendre en profondeur notre monde.

    Nous avons fait le choix de traiter longuement non seulement notre propre contamination que les effets que celle-ci a pu avoir par le passé. Ainsi, nous clôturons notre travail par un point sur l’influence du conspirationnisme et des raisonnements paranoïdes dans les expériences socialistes et, en premier lieu, dans l’URSS de la période stalinienne. Si nous n’épargnons pas d’autres courants, nous ne nous épargnons surtout pas nous même : nous avons un long travail à réaliser pour être meilleurs et pour expurger le conspirationnisme de nos raisonnements. C’est ainsi qu’il sera possible de l’expurger de la société par la suite.

  • Radicalisation cumulative.

    Radicalisation cumulative.

    La proximité de l’élection présidentielle donne un formidable coup d’accélérateur aux discours réactionnaires. Ce n’est pas une nouveauté. Depuis que la fin de la Guerre Froide a laissé l’Occident sans adversaire contre lequel se cimenter, sans épouvantail, il a fallu trouver de nouvelles thématiques.

    Or, à ce titre, tous les problèmes ne sont pas égaux. Régler la misère demande une remise en cause des écarts de richesses, alors que frapper les quartiers populaires par des expéditions punitives ne demande que quelques brigades. Depuis 2001, l’insécurité et le terrorisme sont devenus un duo récurent, duo auquel s’est rajouté la question des migrations.

    France Inter, en mai 2021, écrivait : La campagne pour l’élection présidentielle de 2022 n’a pas encore commencé, mais on entend déjà fuser des expressions telles que « un été Orange Mécanique » dans la bouche de Xavier Bertrand, « ensauvagement » dans les discours de Gérald Darmanin, « barbarie ordinaire » chez Bruno Retailleau, ou « un été meurtrier » et une « véritable barbarie » dans les déclarations de Marine Le Pen.

    « Le problème, c’est la généralisation à tort des faits divers”, estime le sociologue Laurent Mucchielli. « Les hommes politiques profitent de ça pour faire leur mise en scène , sur un thème très ancien. Le message est toujours le même au fond : « c’est le désordre, votez pour moi, je vais rétablir l’ordre’ ».

    Qu’importe si la réalité dit le contraire, l’essentiel est le sentiment. Et les sentiments sont l’enjeu d’un mouvement spéculatif puissant, qui balaie progressivement les inhibitions. Au fur et à mesure du temps, les rédactions des médias sont gagnées par des thèses plus agressives, plus réactionnaires. Il suffit de voir ce que publie Marianne ou Charlie Hebdo pour se rendre compte de la progression des concepts réactionnaires.

    L’Europe devant son hypocrisie.

    Exemple important en date : Julien Odoul, en parlant des migrants coincés entre la frontière du Bélarus et de la Pologne, dit simplement qu’il fallait les « laisser mourir de froid ».

    Le Bélarus, il faut le reconnaître, a su jouer une carte aussi cynique qu’intelligente. Le gouvernement de Loukachenko a mis l’Europe en face de ses responsabilités. Plus encore, il l’a tout simplement placé devant le miroir de son hypocrisie. Les migrants qui fuient la guerre et la déstabilisation causée par l’impérialisme ne sont pas aujourd’hui en perdition au milieu d’une mer devenue une fosse commune. Ils sont physiquement là, sous les yeux des caméras, coincés par des rangées de policiers anti-émeutes.

    On peut s’esclaffer du tour joué par Minsk, qui ramène à l’Europe les enfants de ses guerres. Mais, nous, nous nous désolons surtout de l’utilisation de la détresse, de questions de vie ou de mort, comme d’un moyen. Et c’est là une question inquiétante : cette réification, cette chosification des individus, qui permet à certains de dire « oui, bien sûr » il faut qu’ils meurent de froid.

    Nous pensons qu’il y a deux aspects conjoints qui concourent à ces discours :

    1. La tendance générale à la droitisation : du fait de la crise économique et sanitaire, qui devient une crise politique voire une crise de régime, il y a un besoin pour les marchés financiers et les exploiteurs. Ce besoin est simple : trouver l’agent de la stabilité, du maintien et de l’accroissement de l’exploitation. Trouver celui qui saura être le César de la bourgeoisie.
    2. Une tendance à la radicalisation des discours lié à la forme même de la course au pouvoir. La Ve République, cette monarchie républicaine née du coup d’État gaulliste, s’articule toute entière autour de la figure de l’homme providentiel, du sauveur et du chef charismatique. La croisade nihiliste initiée par le RN puis catalysée par Eric Zemmour oblige tous les candidats à s’aligner. Ceux qui veulent être audibles doivent se positionner sur les mêmes créneaux : sécuritaire, immigration, terrorisme. Ces trois points formant les extrémités d’un triangle des Bermudes de la politique. Ceux qui s’y aventurent n’en ressortent pas indemnes. Il suffit de voir les mésaventures d’un Montebourg, tentant de jouer cette carte là.

    La course à devenir l’homme providentiel1, passe par la pratique de la surenchère. Une surenchère qui sélectionne et amplifie les éléments les plus radicaux du programme, dans le but de se démarquer, d’exister médiatiquement et politiquement. Ce darwinisme programmatique est encore davantage amplifié par le fait que les médias français sont hautement concentrés entre les mains de peu d’acteurs. Ces acteurs économiques ont leur propre ordre du jour, et, pour obtenir la possibilité d’être répercutés par eux, il faut nager dans leur sens et faire du sensationnel2.

    LR en pleine radicalisation.

    Ainsi, hier s’est tenu la primaire de la droite. De cet affrontement de personnalités LR, il faut retenir deux choses :

    1. Le partage du temps. 0 % sur l’écologie ; 5 % sur la pandémie. Plus de la moitie du temps a été consacrée à deux thématiques, la sécurité et l’immigration. C’est une donnée statistique révélatrice des priorités des républicains. Lorsque d’autres sujets ont été évoqués, ils le sont sous des angles tout aussi réactionnaires. Ainsi, on se souvient d’un Xavier Bertrand qui veut rapprocher « le salaire net du brut » : c’est à dire supprimer une partie de celui-ci, formé par les cotisations sociales.
    2. La prestation de Eric Ciotti, aventurier nihiliste de cette primaire, mais néanmoins centre de gravité du débat. Libération note ainsi la promesse d’un «quoi qu’il en coûte sécuritaire» ; l’évocation de la notion de «Français de papiers»3 ; la dénonciation d’une «immigration massive, essentiellement d’une culture arabo-musulmane, [qui] remet en cause notre héritage» ou encore la suggestion d’employer l’armée dans les «500 zones de non-droit» du pays. C’est là un vocabulaire de l’extrême-droite qui illustre une radicalisation cumulative : c’est à dire une sélection des éléments les plus négatifs et les plus extrêmes et leur amplification par la surenchère.

    La radicalisation cumulative : un simple discours.

    Cette radicalisation cumulative a été décryptée par les analystes du IIIe Reich. Il ne s’agit pas de faire une équivalence plate et insipide ou un point Godwin, mais bien de souligner le processus à l’œuvre4 : « La sélection des éléments idéologiques (Weltanschauung) négatifs qui eut lieu pendant le processus de prise du pouvoir et au cours de l’évolution postérieure du Troisième Reich (eux seuls furent mis en pratique) signifiait en même temps une radicalisation, un perfectionnement et une institutionnalisation de l’inhumanité et de la persécution. Les utopies positives continuèrent à n’être que des objectifs lointains et à relever de la propagande.5 » Incapable de pouvoir solutionner les questions les plus brûlantes de notre actualité, les candidats à l’élection se recentrent alors sur un contenu répressif.

    On pourrait se rassurer en se disant « ce ne sont que des métaphores idéologiques , qu’il ne s’agit que d’une « fascisation du langage » et que jamais ces programmes ultra-réactionnaires ne seront mis en action. Ils ne correspondent qu’a de la publicité de bas étage. » C’est en effet une possibilité, mais elle est précaire. En temps de crise, l’autorité de l’homme providentiel, cette autorité charismatique, faite de discours et d’imprécation, doit être suivie d’actes. Max Weber le notait : « La durée de l’autorité charismatique est dans son essence spécifiquement instable : le détenteur peut perdre son charisme (…). Il doit accomplir des miracles s’il veut être un prophète, des exploits s’il veut devenir un chef militaire.6 »

    De plus, il existe une influence importante de ces discours dans la pratique sociale de la part de la population, dans la définition de normes de comportement et dans la construction d’un imaginaire social et politique. Répétés depuis des années, ces discours laissent des traces, des séquelles. Ils programment pour une radicalisation pratique.

    Ainsi, nous pouvons noter la radicalisation progressive des discours. Nous sommes passés de discours critiquant la mauvaise intégration des étrangers et de leurs enfants à des discours exigeant de leur part une assimilation (donc l’abandon de leurs pratiques culturelles). Puis nous sommes passés à des discours soulignant le fait que celle-ci était impossible du fait d’une incompatibilité civilisationnelle. Le fait est que, aujourd’hui, c’est ce caractère inassimilable qui est mis en avant par une extrême-droite toujours plus influente, au nom du fait que « le premier droit des peuples européens est de rester eux-mêmes » (Julien Odoul).

    Radicalisation des problèmes, radicalisation des solutions.

    A cette radicalisation du « problème » s’adjoint une radicalisation des solutions. Il ne s’agit plus tant de « faire des français » et d’intégrer dans la Nation que d’ethniciser et d’ « identitariser » la question de la Nation française. C’est le résultat des débats sur l’identité nationale, par exemple. Rendus incompatibles avec cette nouvelle vision de la nation, les étrangers, leurs enfants et les migrants doivent donc être chassés du territoire. Derrière le vocable policé de remigration se trouve la notion bien connue de déportation.

    Mais aussi derrière la perception de la question des migrants, là aussi, se trouve une nouvelle gradation. Nous passons de l’idée qu’il ne faut pas venir en aide aux migrants à l’idée qu’il faille les empêcher d’arriver (ou les brimer sadiquement, comme les expéditions punitives dans les camps de réfugiés). Aujourd’hui, Julien Odoul a franchi timidement une nouvelle étape : celle du laisser mourir. Demain, cela sera probablement, discrètement, celle du « faire mourir ».

    Nous, militants et militantes, qui nous opposons à ces processus, qui assistons à ce naufrage, sommes souvent bien pris au dépourvu. L’approche de l’élection présidentielle restreint encore davantage notre espace d’expression et la possibilité d’aller à contre-courant du discours dominant. Les stratégies qui sont prévues pour la période des élection (boycott, participation « citoyenne », soutien à un candidat…) ne peuvent pas décemment nous suffire. Nous savons au fond de nous que ces stratégies ne pourront pas avoir une influence sur les événements.

    Deux choses nous paraissent importantes : celle de progresser sur le chemin de l’unité des communistes et celle de progresser aussi sur le chemin de l’alliance des forces révolutionnaires et antifascistes. Ces deux chantiers sont d’une importance capitale, et l’urgence de la situation les rend chaque jour plus nécessaire.

    Nous savons qu’un long chemin nous sépare de la construction de cette alliance : sectarisme, hostilité, ignorance mutuelle, habitudes de travail en petit groupe, mais aussi des incompatibilités idéologiques. Cependant, l’importance de la lutte et la nécessité de pouvoir se hisser à la hauteur de ses enjeux demande un travail important, essentiel. Nous avons fait le choix de le commencer internationalement au travers de l’ICOR et d’alliances internationales. Mais cela ne suffira pas. Nous devons faire plus que ça : parvenir à une alliance des forces qui luttent ici, à la fin des conflits et des rivalités, et à l’émergence d’un véritable pôle de résistance. Un pôle capable d’analyser scientifiquement la situation, mais aussi de mobiliser, au-delà d’un milieu militant étriqué, l’ensemble de ceux et de celles qui ont intérêt à résister à cette transformation réactionnaire du monde, et qui ont intérêt à faire naître un nouveau monde.

    1Il ne faut pas y voir là un sexisme quelconque de l’auteur, mais bien une analyse. Les femmes ont été court-circuitées dans cette montée en tension virile.

    2Parmi les signes inquiétants que nous pouvons observer : l’identité entre les unes du Figaro et le programme de Zemmour.

    3https://unitecommuniste.com/france/francaise-de-papier-decrypter-nadine-morano/

    4Processus qu’on retrouve d’ailleurs dans des régimes intégralement opposés au nazisme, comme dans l’URSS.

    5Martin Broszat. « Soziale Motivation und Führerbindung ». Op. cit., p. 405. Egalement, der Staat Hitlers. « Der rein negativ ». Op. cit., pp. 433-434. Hans Mommsen. « national Socialism: Continuity and Change » in Walter Laqueur (éd.) Fascim. Op. cit., p. 199.

    6Max Weber. Grundriss der Sozialökonomik. III. Abteilung Wirtschaft und Gesellschaft. Tübingen, 1925, p. 755. Sur la routinisation et la bureaucratie, p. 753.

  • Harry Potter comme utopie sociale-impérialiste. (1/3)

    Harry Potter comme utopie sociale-impérialiste. (1/3)

    Feuilleton d’une fin d’été, partie 1.

    L’été est en général une période de komkommertijd, ou, en anglais de « cucumber time », c’est à dire une période de creux dans les actualités. Elle se traduit, dans les médias par des histoires de temps creux et des scandales d’été. Un exemple très français : le retour du burkini dans les journaux. Cette année, l’été n’a pas été de tout repos. Incendies, rapport du GIEC, pandémie, pass sanitaire, Afghanistan… Nous même n’avons pas chômé. Mais nous profitons de certains temps morts pour produire aussi quelque chose qui sorte un peu de l’ordinaire.

    A l’origine, cet article était une note de bas de page d’un autre. Mais il a été victime d’une spirale inflationniste : en effet, pour éviter des assertions sans fondement, il fallait argumenter et fournir des preuves. De plus il formait un challenge intéressant en soi, celui de traiter un univers fictif. A ce titre, nous ne faisons pas preuve d’originalité. Bon nombre l’ont fait, avec parfois des résultats intéressants et éclairant certains processus à l’œuvre dans notre monde. Aujourd’hui, nous nous intéresseront à celui de Harry Potter.

    Tout le monde connaît, au moins de nom, Harry Potter1. Beaucoup apprécient l’univers créé par J.K. Rowling, même le gouvernement Nord Coréen2. Cet univers a fait rêver des millions de jeunes et de moins jeunes. Et ce, en dépit de prises de positions parfois douteuses de son autrice, particulièrement sur la question trans, tout comme du fait que son univers pioche parfois dans un inconscient antisémite (ce sur quoi nous allons revenir).

    L’obsession de certains pour l’univers de Harry Potter a parfois débouché sur une réaction de rejet épidermique.

    Indépendamment de cela, l’ensemble de l’œuvre forme tant à la fois un univers merveilleux qu’une parabole intéressante sur la montée du fascisme/nazisme. Parabole d’autant plus intéressante qu’elle ne tombe pas dans les travers habituels des coups d’état, qui, le plus souvent, ne sont traités que comme des conspirations. Dans le cas de Harry Potter, l’appareil d’État est progressivement retourné par la montée en puissance des agents de Voldemort, mais le corps des fonctionnaires reste globalement en place, poursuivant son action presque comme si de rien n’était. Un des exemples et la tant haïe Dolorès Ombrage, laquelle passe de négation radicale de la menace à une acceptation totale des conséquences de celle-ci.

    Le merveilleux dans le monde de Harry Potter et l’interaction Moldus / Sorciers pose aussi certaines questions sous-jacentes. Un monde trop merveilleux pour être honnête ? Si l’univers est intéressant, son système économique et social n’a absolument aucun sens. Sauf si on le replace dans une dimension différente, en le considérant comme une excroissance d’un système économique plus large, englobant l’ensemble des mondes. Nous allons nous y intéresser sous une approche marxiste : Harry Potter comme utopie sociale-impérialiste.

    Définition : qu’est ce que le social-impérialisme.

    Lénine définit le social-impérialisme dans l’État et la Révolution (1916) comme étant la position d’individus ou de mouvements qui sont « socialistes dans les mots, impérialistes dans les actions ». Pendant la Première Guerre mondiale, le terme a été utilisé pour caractériser la position des partis de la Deuxième Internationale, laquelle avait sacrifié les mots d’ordre de révolution et de défaitisme révolutionnaire au profit d’un soutien à leurs puissances respectives. Après la déstalinisation, le terme réapparaît chez les maoïstes pour qualifier la politique menée par Nikita Khrouchtchev dans le « bloc est ». L’organisation économique de celui-ci ponctionnant les démocraties populaires au profit de l’URSS (et de la Moscovie principalement). Il est également repris par les partisans de Enver Hoxha et les Maoïstes pour caractériser l’attitude de la Chine après la prise du pouvoir par Deng Xiaoping en 1978.

    Ce terme est également employé par des spécialistes du nazisme et de l’approche comparée des régimes dit-totalitaires. Ian Kershaw l’emploie notamment pour expliquer l’adhésion des masses populaires à la politique expansionniste nazie. Ce régime avait d’ailleurs cherché à maintenir un niveau de vie élevé pour préserver ce consensus jusqu’en 1943. Avant, le pillage systématique de l’Europe et le maintient de la fabrication des biens de consommation permettait de conserver l’illusion d’une hausse du niveau de vie. Samir Amin décrit aussi ainsi le fonctionnement de Rome et d’Athènes, dans lesquels la domination sur d’autres systèmes économiques et l’esclavage étaient de qui permettait les surplus et surprofits. Il s’agissait de formations périphériques parasitaires d’autres formations économiques. Le cas ici aussi, ou le monde des sorciers est une formation économique périphérique de l’Angleterre, mais aussi de la sphère économique anglaise en général.

    Ces surprofits et l’existence d’un consensus permettaient l’existence de droits politiques pour les citoyens. Un exemple actuel serait aussi la Suisse. En France, sans parler de social-impérialisme, on ne peut nier qu’il existe une dimension d’impérialisme social : le niveau de vie et les droits économiques sont aussi le fruit du parasitage.

    L’économie et les classes dans Harry Potter.

    Note : sauf précision, les citations et extraits proviennent du Wiki Harry Potter3

    Combien sont-ils ?

    La question est difficile à trancher. Il semble que selon les estimations basées sur l’école Poudlard, on oscille entre 280 et 800 élèves. Pour une cité scolaire, c’est modeste. En considérant que cela veut dire entre 40 et 100 enfants par année, en supposant que la scolarité soit obligatoire et centralisée, cela signifie pas plus de 10 000 sorciers et sorcières en Angleterre. C’est très peu. Pourtant la société est variée, bien que des fonctions soient clairement hypertrophiées, telle que la bureaucratie ou la police politique (les Aurors).

    Comme nous l’avons mentionné en amont, le système économique de Harry Potter n’a absolument aucun sens si on ne lui adjoint pas d’autres éléments. Nous savons qu’il existe une monnaie et des échanges monétaires. Que cet argent confère aussi une certaine forme de statut social, avec d’ailleurs des tensions. Par exemple, entre les Malefoy et le Weasley. Les premiers étant richissimes (Le très sérieux journal Forbes évalue le patriarche comme la douzième personnalité fictive la plus riche, avec 1,3 milliards de dollars en 2006.), les seconds vivant dans une relative indigence. Il existe aussi des métiers variés. Ainsi, nous trouvons des cafetiers, des aubergistes, des commerçants, un grand nombre de bureaucrates, des enseignants… ou des outsiders parfois inquiétants. Mais nous ne trouvons aucun producteur au sens strict du terme. Ni ouvriers et ouvrières, ni paysans ou paysannes, ni constructeurs ou constructrices…4 Pourtant les aliments ne sont pas produits magiquement. Dans la liste des interdits ou des limites de la magie, l’un des wiki de fans indique la chose suivante.

    « La nourriture est l’un de ceux-là : sorcières ou sorciers peuvent cuisiner et préparer des aliments en utilisant la magie, mais pas le créer à partir de rien. Sur les cinq exceptions près, il n’y a que la nourriture qui est explicitement mentionnée, bien que la spéculation a proposé de nombreuses autres possibilités. Il y a une forte possibilité que l’argent est (sic.) une autre exception, car si les sorciers ne pouvaient tout simplement matérialiser l’argent à partir de rien le système économique du monde de la sorcellerie serait gravement perturbé. »

    Une partie des bâtiments, comme le 12, square Grimmaurd, siège de la Maison Black, ou le manoir Malefoy sont clairement des bâtiments issus du monde des Moldus. En revanche, les anomalies architecturales telles que la maison des Lovegood ou des Weasley semble indiquer un amateurisme important. Il n’est pas précisé comment fonctionne la construction d’une maison ou l’accès aux matériaux de construction. A l’inverse, Azkaban, la prison, a été « trouvée » mais n’a pas été, semble-t-il, construite.

    Nous avons donc un système économique incomplet, caractérisé par une prédominance totale du secteur tertiaire. De plus, étant donné le niveau de sous-développement des forces industrielles et bancaires dans le monde des sorciers, il n’est pas impossible qu’il soit un système rentier, vivant de ce que Lénine appelle « la tonte des coupons ».

    Une utopie sociale ?

    S’il existe des pauvres et des biens de consommation considérés comme chers (les livres, le textile, les baguettes…), il faut cependant relativiser les choses. L’éducation est gratuite, tout comme l’accès aux soins. En dehors des outsiders qui hantent les mauvaises ruelles, il ne semble pas qu’il y ait de situation de mal logement ou de grande détresse. Il existe un système de redistribution, et, si certains biens de consommations semblent hors de portée des bourses les plus modestes, le welfare state magique ne peut qu’évoquer des situations de pays richissimes comme la Suisse ou le Luxembourg.

    Mais pour que ce Welfare state existe, il faut bien qu’il tire ses ressources de quelque part. Nous avons une petite explication de la pauvreté relative, mais quelle est l’origine de la richesse ?

    Nous connaissons les raisons de la richesse de deux familles : celles de Potter et celle des Malefoy. Ce sont des richesses avec de grands écarts. La famille Potter tire sa richesse de la vente de potions magiques par un ancêtre, génial inventeur d’une potion de guérison.

    « La réponse se trouve il y a plusieurs générations, à Linfred de Stinchcombe, surnommé le potier (le Potier) et plus tard connu sous le nom de Potter. Il se mit à aider les autres en offrant des potions et des remèdes médicinaux. Il avait tellement de succès auprès des magiciens et des Moldus qu’il a réussi à amasser une grande fortune.5 »

    Potter est assis sur 303 750$ environ.6 Une fortune finalement assez modeste comparativement à l’autre. Une illustration de la relative faiblesse des revenus commerciaux. Ceux de la famille Malefoy ne sont pas du même volume ni de la même origine. Ainsi, la première mention « historique » de la famille Malefoy est la suivant :

    « Au cours du xie siècle, Armand Malefoy arrive en Angleterre avec Guillaume le Conquérant lors des invasions normandes. Il obtient de belles terres dans le Wiltshire en guise de récompense pour les divers services qu’il a rendu à Guillaume Ier d’Angleterre.

    Par la suite, on note : « Au xive siècle, Nicholas Malefoy aurait profité de la peste noire pour se débarrasser discrètement d’un grand nombre de ses métayers moldus les plus difficiles. ».

    Cet élément nous donne donc la source de la richesse : la possession foncière, exploitée par des non-magiciens, au profit des magiciens. Ce système de rente foncière est tout à fait crédible pour expliquer les transferts d’argent d’un univers vers l’autre. L’aristocratie anglaise, contrairement à la française, s’est particulièrement bien convertie au capitalisme. Il serait tout à fait crédible d’imaginer que plusieurs personnalités soient également investies dans le monde des affaires, et que la City possède son équivalent magique, ou tout du moins, une interpénétration des capitaux entre les deux mondes. D’ailleurs, cet échange est explicitement validé par l’autrice, indiquant que la banque Gringotts s’arrange pour remettre en circulation l’argent moldu qu’elle récupère7. Cependant, on note que le système bancaire est intégralement séparé du reste de la société, notamment autour d’une division socio-raciale8.

    Un anticapitalisme réactionnaire ?

    Le système bancaire des sorciers est détenu intégralement par les Gobelins. Ils sont en charge de la caisse des dépôts des monnaies et des biens précieux. La forme de ces richesses et leur mode d’échange (par des métaux précieux) laisse supposer que les prêts usuriers et l’endettement sont rares. Il s’agirait donc d’une société précapitalistes dans son fonctionnement interne, ce qui n’empêche pas qu’elle puisse l’être dans son fonctionnement vis à vis de l’extérieur. En somme, elle est un marché fermé et contrôlé.

    La situation des Gobelins est intéressante. Leur rôle est un des points les plus critiqués dans l’univers de Harry Potter. Ils sont considérés comme des êtres à part, utiles, mais qui suscitent la méfiance et la réprobation. Ils évoquent métaphoriquement les communautés juives dans les sociétés médiévales occidentales. Ils sont dans une situation de domination sous le règne des sorciers, qui leur nient le droit de porter une baguette, et se sont révoltés par le passé pour leurs droits.

    Si cette métaphore est intelligente, malheureusement, l’autrice a rajouté des éléments piochés dans un inconscient (accordons-lui le bénéfice du doute) clairement

    Harry Potter : 13 personnages qui ont changé d'acteurs !: Gripsec le  gobelin - AlloCiné
    Les Gobelins, une caricature antisémite involontaire ?

    antisémite. Il est intéressant de voir d’ailleurs qu’ils sont particulièrement essentialisés. Des personnages comme Gripsec n’hésitent pas à trahir les héros ou à se monter sanguinaires et racistes. Ils ne bénéficient d’ailleurs d’aucune réhabilitation, contrairement à d’autres antagonistes : ainsi Gripsec est tué, victime de son avarice. La réprobation face à la fonction de banquier se traduit finalement par ce que Marx appelait « l’anticapitalisme des imbéciles » : l’antisémitisme.

    1Personnellement, j’ai vu les films et lu les livres alors que j’avais plus de 25 ans. J’ai donc plus le regard du jeune adulte que celui de l’enfant ou de l’adolescent sur cette univers. Bien sûr, si vous ne connaissez absolument pas l’univers, cela rendra la lecture plus compliquée.

    2https://www.businessinsider.fr/us/north-korea-harry-potter-is-a-good-example-for-kids-2020-6

    3https://harrypotter.fandom.com/fr/wiki/Wiki_Harry_Potter

    4Hagrid possède un potager, mais il est lui-même un outsider. Il existe aussi les Elfes de maison, dont le rôle est celui d’un prolétariat domestique réduit en esclavage. D’ailleurs, leur existence peut permettre de tracer des parallèles avec les sans-papiers à la merci de leurs patrons ou les semi-esclaves des pétromonarchies.

    5https://jeuxpourtous.org/j-k-rowling-explique-pourquoi-harry-potter-etait-riche-et-combien-dargent-il-avait/

    6https://jeuxpourtous.org/j-k-rowling-explique-pourquoi-harry-potter-etait-riche-et-combien-dargent-il-avait/

    7https://www.cesnur.org/2001/potter/march_03.htm

    8Plus que de séparation entre espèces, plus qu’il existe des hybrides comme Filius Flitwick.

  • Papacito et le fascisme internet. (2/2)

    Papacito et le fascisme internet. (2/2)

    Mais cette faiblesse est apparente !

    Les fascistes en sont conscients. D’où cette curieuse dissonance cognitive quand ils parlent de l’extrême-gauche. D’un côté, ils soulignent sa faiblesse, son apathie, sa supposée fragilité. De l’autre, ils piochent allègrement dans le répertoire de la Guerre Froide pour souligner sa nature supposément criminelle, totalitaire, dictatoriale. Cette dissonance renforce d’ailleurs l’impression d’un discours pleurnichard de leur part, dans lequel les surhommes semblent bien embêtés par cette poignée de gauchistes.

    Mais cette dissonance est aussi un reflet intéressant : celle de l’imbrication entre tactique et stratégie, mais aussi entre court terme et temps long. Pour le moment, pour les fascistes, le mouvement de gauche extra-parlementaire n’est pas forcément en mesure de les entraver dans l’immédiat. Mais sur le long terme, et dans la stratégie d’ensemble, elle est la grande menace pour eux, notamment car elle veut bouleverser la société, tandis que les fascistes s’arc-boutent vers le passé.

    D’ailleurs, ce constat est partagé par la bourgeoisie. C’est en pleine conscience de ces faits qu’elle réagit. Elle a tiré elle même ses conclusions des mouvements révolutionnaires, et s’y adapte. La campagne de persécution contre l’islamo-gauchisme ressemble à s’y méprendre à une attaque à la fois de diversion, mais aussi à un travail préventif.

    • Une diversion dans le sens où les gouvernements réactionnaires ont toujours tiré un très grand bénéfice de l’inégalité de traitement et de la division de ceux qui subissent l’exploitation. En appuyant des campagnes racistes, mais aussi en les initiant (nous n’oublions pas qu’un provocateur comme Hortefeux avait organisé un débat sur l’identité nationale… à Vichy!), les exploiteurs peuvent jouer les uns contre les autres. Et faire ainsi perdre tout le monde.
    • Une prévention dans le sens où rien n’est réellement figé. Si, à l’heure actuelle, la gauche extra-parlementaire est fragile et divisée, il n’en reste pas moins qu’elle possède, dans l’ensemble, une volonté de faire ce que personne d’autre ne peut faire : défendre l’intérêt politique des exploités et des exploitées. Plus le temps passe, plus la situation économique est délétère, donc plus les possibilités que les discours de ce type (Révolution, Commune, Démocratie Populaire) fraient leur chemin sont grandes.
    • Il est clair que des luttes importantes vont naître ces prochaines années, et qu’elles seront bien plus féroces et bien plus politiques que celles qui ont existé avant. Dans ce cadre, s’en prendre aux « gauchistes » est une bonne manière de pouvoir stériliser un terrain dangereux, et détourner les luttes sociales vers des issues sociales-chauvines ou sociales-impérialistes : c’est à dire vers l’accompagnement de la bourgeoisie dans ses projets impérialistes, en espérant en tirer des miettes.
    • On retrouve alors une pratique à plusieurs niveaux :
      • Se moquer ou dénigrer les mouvements révolutionnaires (notamment par le matraquage anti-communiste). Dans le même temps intégrer leurs réalisations dans une narration républicaine-libérale (comme le PS avec la Commune de Paris).
      • Limiter les possibilités d’expression de ces courants dans les médias.
      • Utiliser la corruption et intégrer dans le jeu républicain les éléments les plus influents pour les affaiblir.
      • Utiliser la répression et l’intimidation au dessus de cela lorsque les choses prennent une tournure moins favorable… etc.
      • En fin de compte, faire appel à une répression extra-judiciaire et extra-légale : c’est le rôle des fascistes.

    La bourgeoisie ne fait pas cela parce qu’elle est méchante, mais bien parce qu’elle a des intérêts, qu’elle en est très consciente, et qu’elle se mobilise pour les défendre.

    Il est clair que les fascistes sentent, flairent, que le vent souffle en leur faveur.

    Nous ne pouvons pas écarter que des risques existent, et qu’ils faut les prendre au sérieux. L’extrême-droite est décomplexée. Elle a raison de l’être : c’est elle qui dicte les mots d’ordre de la campagne présidentielle et législative : sécurité, immigration, terrorisme… Elle est parvenue à glisser sa présence tentaculaire dans l’ensemble des compartiments de la société et à polariser l’ensemble de l’échiquier politique.

    En somme, elle est parvenue à imposer une certaine hégémonie au sens où Gramsci l’entend. Ainsi, des partis comme le PCF, qui n’ont pas la capacité de proposer eux-même un projet de société, se positionnement par rapport aux mots d’ordres de l’extrême-droite, en leur accordant un certain bien-fondé du même coup.

    Elle se heurte aussi à un phénomène : celui de la longue transition libérale. Cette longue transition est l’aboutissement d’un processus entamé avec les Lumières et 1789, qui vise à établir une égalité juridique entre les citoyens et les citoyennes d’un même pays. Dans les faits, les mouvements LGBT+, les mouvements féministes, antiracistes… s’inscrivent dans ce processus d’instauration de l’égalité juridique. Ils ne sont pas révolutionnaires en soi, ils sont des processus démocratiques.

    Mais ces processus démocratiques mettent en exergue des limites : le lien entre discrimination raciale et sociale, le lien entre féminisme et patriarcat, le poids de la tradition, du passé, de la culture du viol…etc. Et s’en est déjà trop pour certains, notamment pour les fascistes, qui exigent deux choses :

    • Le retour à une société d’avant les lumières : c’est à dire le rejet des principes d’universalité de l’Homme en tant qu’espèce, les principes d’égalité juridique… etc. Ils s’opposent donc au projet universel dans lequel s’inscrit un large spectre allant des libéraux aux anarchistes, et lui opposent des particularisme : raciaux, identitaires, traditionnels… qui doivent servir à cloisonner les peuples entre eux, et à sanctionner, au nom de leur identité, leur droit à la domination.
    • Le retour à une société organique, d’ordre, dans laquelle la communauté est placée au dessus de tout, et dans laquelle les rapports sociaux sont noués autour de ce principe premier. Mais par communauté, par cette conception étroite de la Nation, les réactionnaires n’entendent rien d’autre que l’intérêt suprême de la bourgeoisie.

    Et c’est leur seul projet : un projet d’enfermement, d’incarcération de la population. Un projet de soumettre et d’écraser la population pour la mouler dans un rôle : celui de laquais de la bourgeoisie.

    Se regarder en face :

    Il y a un contre-discours à construire et à développer, un contre-discours qui soit capable d’expliquer les évolutions du monde. Non pour les défendre, mais bien pour tracer des perspectives de succès. Si la gauche parlementaire s’est réfugiée toujours plus dans les compromis et dans la soumission au contrat républicain avec la bourgeoisie, la gauche extra-parlementaire subit aussi des influences néfastes. Il ne faut pas écarte un certain conspirationnisme de gauche, qui s’est affirmé cette dernière année, notamment en réaction aux politiques confuses de lutte contre la pandémie.

    Mais il y a aussi cet insupportable renoncement à regarder la réalité en face, à rester dans un sentiment d’irréalité. Mise au défi de tracer des perspectives, l’extrême-gauche ne parvient pas à s’imposer. Elle est prisonnière de sa faiblesse, de ses divisions, de ses luttes de chefferie. C’est là un obstacle que chacun connaît, mais que, par peur, personne ne veut traiter sérieusement. Même nous, nous avons ces germes entre nous. Même nous, nous avons aussi peur. Mais il nous faut accepter cela: avancer ou bien accepter de disparaître.

    Zemmour a apporté son soutien à Papacito, tout comme toute une partie de l’extrême-droite. Mais les fascistes ont beau fantasmer sur les muscles puissants, les armes, les « helicopter rides »… Il n’en reste pas moins que nous avons quatre choses à leur dire :

    1. S’il est vrai que le gauchisme ne protège pas des balles, les balles n’assassinent pas la mémoire. Tandis que les nôtres sont morts au mont Valérien et vivent toujours dans les luttes, les leurs sont tombés sous les balles des cours martiales d’après guerre, et leur nom n’inspire plus que la réprobation.
    2. S’il est vrai aussi que l’extrême-gauche n’est pas islamophobe, elle contribue à lutter contre les pratiques réactionnaires dans l’ensemble de la société, y compris dans les quartiers populaires. En revanche, on ne peut que noter que les fascistes ont le même programme que Daech en terme de société. Ils sont peut-être simplement jaloux ?
    3. Il est assez amusant de voir que, en dehors de twitter et des réseaux sociaux, leur action se limite à des ratonnades et à des agressions de bas étage. Et tandis que nous avons des camarades, des connaissances, des amis qui sont tombés dans les batailles illustres du Rojava, eux sont ceux qui signaient des contrats pour Lafarge, ou qui vendaient des armes aux terroristes.
    4. Leurs régimes, fascistes ou d’inspiration fascistes, sont tous tombés. Et ils ne sont même pas toujours tombés du fait de l’action populaire, même si elle joue un rôle plus que central dans l’effondrement de certains d’entre eux. Ils sont aussi tombés car ils étaient devenus inutiles, et que leurs frasques dispendieuses n’étaient plus nécessaires pour stabiliser les marchés et pour satisfaire la bourgeoisie.

    « La bataille de l’Internet, on est en train de la gagner, peut-être la bataille électorale, regardez Zemmour (…), nous sommes la nouvelle hype ». C’est vrai, ils sont une mode. Une mode temporaire, un bouche trou, un fusible pour restaurer un ordre exploiteur. Mais même leur succès cause leur propre perte. Car, pour l’ordre capitaliste, la gauche extra-parlementaire est une menace stratégique. A l’inverse, pour nous, les fascistes sont plus une division tactique des réactionnaires, une branche de la tenaille capitaliste, mais ils restent des marionnettes et des outils des exploiteurs. Quand ils sont parvenus à leurs fins, alors, la bourgeoisie les a tout simplement congédiés. Les jetant comme de vulgaires kleenex. Car telle est aussi la dure conclusion de leur existence, en tant que paillasson des exploiteurs.

  • Papacito et le fascisme internet. (1/2)

    Papacito et le fascisme internet. (1/2)

    Dans une vidéo Youtube, depuis retirée, le youtubeur d’extrême-droite « Papacito » et Code Reinho, un fanatique d’armes, se sont mis en scène. Dans une parodie d’exécution, ils ont tiré sur un mannequin vêtu d’un T-shirt avec des inscriptions telles que « Je suis communiste » ou « Dhimmi ».

    Cette vidéo n’est en soit qu’une élucubration de plus. Si elle va un peu plus loin dans la décomplexion de la violence, elle n’en est pas moins une simple vidéo de plus. Elle n’est pas la première opération du provocateur « Papacito », qui s’est fait contraire pour plusieurs appels à la violence. On peut ainsi se rappeler de son #monteuneéquipe qui appelait à organiser des agressions contre les militantes et militants d’extrême-gauche.

    Il y a deux choses dans cette vidéo : d’une part, la bouffonnerie, de l’autre le sérieux.

    • Ugo Gil Jimenez, alias Papacito, est un bouffon au sens premier du terme. C’est un producteur de divertissement réactionnaire. Il a beau porter « le même treillis que mettaient les types qui allaient faire des crimes de guerre dans les villages vietnamiens », il n’en demeure pas moins que nous savons très bien qui a remporté cette guerre. Et les siens se sont rendus.
    • Cette culture Youtube, cette mise en scène virile, guerrière, est effectivement porteuse pour un certain public désœuvré, frustré, perdu devant un monde qui semble dénué de repères et de sens. Car le public auquel s’adresse cette rhétorique n’est guère le surhomme Nietzschéen.
    • Il ne produit pas des discours particulièrement construits, particulièrement intelligents, mais sa bouffonnerie contribue à alimenter un espace culturel. Et cet espace culturel, nébuleux, prend de l’importance. Elle draine inlassablement de nouvelles personnes vers les réseaux d’extrême-droite, notamment en jouant sur quelque chose que la très grande majorité de la gauche ne sait pas faire. Le « franc-parler », gouailleur, de l’extrême-droite est quelque chose qui reste sa chasse gardée.
    • Il n’y a pas de mystère à cela : les organisations de gauche proposent des modèles théoriques et des déclinaisons idéologiques de celui-ci, tandis que la droite se contente d’une weltanschauung, une vision du monde. Elle n’a pas besoin d’être cohérente, elle n’a pas besoin d’être logique, mais elle a besoin d’être vendeuse. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si des champions du marketing, comme le Dr. Franz Alfred Six, Brigadeführer-SS et chef du marketing de Porsche. Offrir à un public vulnérable, esseulé, ce qu’il veut entendre, un discours calibré pour l’individualisme et la vengeance, est une grande spécialité de la droite radicale.
    • Le format Youtube et les vidéos aux montage hachuré, les argumentaires mille-feuille, sont des supports qui correspondent parfaitement aux moyens et aux fins des fascistes : ils ne sont pas dans l’explication de fond, mais sont dans une agitation/propagande basique, énergique, mobilisatrice. D’ailleurs, l’importance de ces médias n’a pas échappé aux cercles du pouvoir. Le concours d’anecdote de Mcfly et Carlito et le concert d’Ultravomit dans le jardin de l’Élysée rentre dans ce cadre une apothéose du spectacle politicien, basé uniquement sur l’image, et niant totalement le fond politique.
    • Il faut prendre avec sérieux l’influence croissante et la capacité de diffusion des idées de personnage aussi ridicules que le boutiquier Soral ou que le clown Papacito. La sous-estimation de leur portée est un véritable danger. Ils le sont, car, contrairement à ce que leur posture de dissident ou d’outsider laisse supposer, ils bénéficient d’une complaisance et d’une complicité tacite de la part des autorités et des institutions. Même le gratin des intellectuels et des philosophes français (Onfray, Finkielkraut, Enthoven) est derrière eux. Ils adoubent ce programme de « régénération » du pays. Ce n’est pas qu’ils soient particulièrement intelligents, bien au contraire, c’est qu’ils représentent des options qui pourraient être utiles si jamais une crise de régime s’installaient.

    La vidéo en tant que tel est à l’image de l’extrême-droite française : une exacerbation d’une virilité qui camoufle mal sa fragilité, son inquéitude devant un monde qu’elle ne comprend plus, qui lui échappe. Un monde dans lequel sa vision pétrifiée du passé, un passé inventé, fantasmé, ne trouve pas prise. Déjà, c’est cet univers sombre, de peur, d’anxiété, guidait les Akadamikern nazis. Aujourd’hui, les bas de plafond fascistes emboîtent le même pas : celui de la crainte de l’effacement. Rien de neuf sous le Soleil Noir en somme.

    Si nous devons déterminer qui est « le fragile », posons-la question ? Est-ce que ce sont ceux et celles qui mettent leur confiance dans la grande majorité de la population, qui mettent leur confiance dans la possibilité de s’émanciper autour d’un projet universel, de résoudre les maux, les problèmes, d’aller vers l’espace ? Ou est-ce que ce sont les nostalgiques des Wisigoths, qui veulent se replier sur leurs fiefs, leurs terres, leurs paroisses, en étant terrifiés d’un peu trop de mélanine ?

    Mais ce qui est par contre révélateur, c’est l’inégalité de traitement.

    Lorsque la police commet des crimes, lorsque des tueurs à gage sont embauchés pour liquider un syndicaliste, ou lorsque des clowns fascistes font ce genre de vidéos, les réactions sont ténues. Dès que l’extrême-droite organise une action brutale, tout est mis en œuvre pour minimiser les faits. Les mobiles politiques, idéologiques, racistes… sont systématiquement minimisés, la dimension individuelle, psychologique est exacerbée. Quant aux responsabilités extérieures, à l’encouragement de la part d’agitateurs et de provocateurs, elles ne débouchent sur rien.

    Imaginer l’inverse paraît fou. Imaginons le symétriques de ces actions et de ces discours, tenus par des minorités ou par l’extrême-gauche : cela serait un déferlement de haine et de brutalité.

    Un exemple : En 1972, la gauche propose un programme commun. C’est un programme réformiste assez basique et celui-ci est d’ailleurs une grande défaite stratégique pour le PCF. Pourtant, il condense certains espoirs dans la population, et la bourgeoisie, contrairement à l’élection de Hollande, n’a pas besoin de l’alternance. Elle initie un immense mouvement de fond au sein de la société pour lutter contre l’influence des idées de gauche dans la société. Cela se traduit pas un soutien sans failles à toutes les tendances anticommunistes, à tous les penseurs réactionnaires, pseudo-gauchistes, mais en réalité de droite. Si une élection suffit, qu’en sera t’il du jour où les révolutionnaires seraient en force.

    Pour le moment, que représente le mouvement gauchiste ?

    Que pèse le mouvement gauchiste en France ? Est-il une menace pour l’État ? Pour le moment non. La grande majorité des groupes politiques ont des audiences restreintes. Ceux qui ont su s’accroître restent dans le flou stratégique ou se divisent, comme le NPA, qui connaît une série de crise internes. Tactiquement, les groupes autonomes peuvent donner du fil à retordre à la police. Mais la menace gauchiste, le risque d’un nouveau 1871 est pour le moment assez faible.

    Nous pensons que cette vidéo est à la fois une insulte, mais aussi un miroir tendu vers nous-mêmes et vers l’image que renvoient la gauche parlementaire et extra-parlementaire. Cette image est déformée, brouillée par une grille de lecture abjecte, mais elle est néanmoins un miroir.

    Les « gauchistes seront démunis si quelque chose de pas prévu se passe dans les années prochaines» déclare « Papacito ». Il y a du vrai. Les mouvements révolutionnaires ne se sont pas forcément renforcés ces dernières années. Elle nous renvoie à nos propres faiblesses, notamment le fait de courber l’échine sous les injonctions morales exigées par la bourgeoisie. Injonctions qui ont été dictées au nom de l’anti-totalitarisme et de l’anti-communisme. Ce sont des injonctions à ne rien entreprendre de sérieux, de menaçant, à essayer d’être les gentils de l’histoire.

    Plus le temps passe, plus ces injonctions morales deviennent des poisons qui entravent le but des mouvements révolutionnaires : remporter la victoire définitive contre le capitalisme, l’impérialisme et les formes d’exploitation et de colonialisme.