Étiquette : fake news

  • Fake news et élections.

    Fake news et élections.

    Régulièrement, la notion de fake new vient sur le devant de la scène. Plus aucun événement, plus aucune catastrophe humaine ne se produit sans qu’un florilège d’interprétations douteuses ou farfelues affluent dans son sillage. 

    Interpréter de travers, commettre une erreur de bonne foi, même si celle-ci peut prêter le flanc à des thèses, cela forme un aspect de la question. Lorsque, sur une vidéo de l’incendie de Notre-Dame, un observateur zélé repère une silhouette qu’il juge suspecte, et en fait part, c’est une chose.

    Lorsqu’une personne, déjà convaincue par des thèses conspirationniste, retransmet cette vidéo avec des termes insidieux tels que « on nous cache des choses » ou « comme par hasard », cela reste dans la même gamme d’erreur. 

    Comme nous le mentionnions dans notre article sur Notre-Dame, nous sommes aisément vulnérables aux conceptions complotistes. Dans un article, Science et Avenir nous expose ainsi certaines raisons de cette vulnérabilité :

    4 raisons de la rupture entre opinion publique et faits scientifiques selon le Pr Bronner

    VIRALITE. La première condition pour convaincre, « c’est d’attirer l’attention ». Les contenus anxiogènes, surtout sur le thème de la santé, remplissent bien cet office.

    MOTIVATION. Le Pr Bronner souligne une « asymétrie de motivation » entre les adeptes de la théorie du complot, qui se sentent porteurs d’une croyance, et les rationnalistes. « Les croyances font partie de notre identité, contrairement aux non-croyances », explique le Pr Bronner. Les adeptes du complot, plus motivés, s’expriment beaucoup plus, se créant une visibilité « confondue par les indécis pour de la représentativité ».

    PRESSION CONCURRENTIELLE. Devant la masse d’informations à traiter, le principe de précaution est largement avantagé car nous n’avons pas le temps de tout vérifier.

    BIAIS DE CONFIRMATION. Ce biais cognitif désigne la tendance que nous avons tous à nous ouvrir plus facilement aux contenus qui trouvent déjà écho dans nos propres convictions qu’à ceux qui entraîneraient doutes et remise en question. Ce biais est amplifié d’une part par la masse d’informations disponibles, dans laquelle toute conviction peut trouver confirmation, ainsi que dans les algorithmes des sites internet qui nous proposent des contenus précisément basés sur ce qu’il a perçu de nos goûts.

    Ce sont donc des phénomènes qui peuvent arriver, qui sont relativement logiques, bien qu’il faille, là aussi les combattre.

    Mais, lorsque de fausses preuves sont créées de A à Z, dans un but politique conscient, affirmé, pour générer des mensonges, des troubles, des perturbations, là, un autre stade est atteint. Il s’agit du stade de la falsification. 

    Créer des faux documents, de fausses informations, générer des preuves mensongères pour appuyer un discours politique existe de longue date. Cependant, avec le développement d’internet, les légendes urbaines, les rumeurs, les canulars ont pris une ampleur démesurée. La possibilité d’invention de faits, de fabrication de preuves, de diffusion de celles-ci, explique que les fake news soient désormais omniprésentes. Omniprésentes et chaque jour plus ardues à déceler. 

    Les nouvelles technologies, notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle à la place de la simple retouche d’image, rend la question de la véracité des images, des vidéos et des sons davantage sujette à question.
    Les deepfakes constituent désormais une véritable menace. Elles donnent la possibilité, d’une manière crédible, de faire dire un discours inventé à une personne qui ne l’a jamais prononcé. Si une analyse de la vidéo permet de voir le montage, les plus crédules ou ceux qui voient ce qu’ils voudraient voir peuvent s’y laisser prendre. Demain, les perfectionnements rendront même la différence entre l’invention et la réalité indiscernable. 

    Ces possibilités nouvelles rendent la bataille pour la vérité toujours plus féroce. 

    À la suite de l’élection de Donald Trump, fin 2016, nous avions publié un court dossier nommé La guérilla informationnelle, le nouveau brouillard de guerre. Dans ce document, nous revenions sur les buts et sur les moyens de cette guérilla. Les fake news profitent invariablement aux réactionnaires et aux fractions les plus réactionnaires des bourgeois. Leurs conceptions idéologiques, leurs « grands principes », entrent en contradiction avec la réalité.

    Ils ne peuvent prouver la réalité de leurs dires sur l’exploitation, alors ils mentent. Ils ne peuvent justifier leurs attaques contre les droits sociaux, alors ils mentent. Ils ne peuvent défendre scientifiquement leurs thèses sur l’immigration, sur le « grand remplacement », alors ils inventent des faits. 

    Ces mensonges sont orientés, la grande majorité du temps, pour semer la division et la colère entre les parties des masses populaires. Mais il arrive qu’une autre faction de la bourgeoisie, que son pouvoir, soit pris pour cible par des challengers. Alors la bourgeoisie fait appel à l’Etat pour statuer.

    L’Etat, dans cette lutte, s’est lui-même placé comme arbitre. Des lois contre les fake news ont été votées par le Parlement. Ainsi, entrée en application en avril de cette année, la loi contre la « manipulation de l’information ». Elle permet, trois mois avant des élections, au juge des référés de suspendre la diffusion d’une information, et ce, en moins de 48h.

    De quoi rassurer ? Pas tellement. 

    Premièrement, l’Etat n’est pas neutre dans son appréciation de la réalité. L’Etat, émanation de la lutte des classes, n’est pas un objet flottant, au-dessus des luttes sociales et politiques dans la société, mais est, au contraire, un outil qui les appuie dans un certain sens. Il est l’outil de la bourgeoisie pour maintenir et raffermir son ordre injuste.

    En second lieu, l’Etat, lui-même, est historiquement un grand pourvoyeur, ou un grand relayeur, de fake news. Pour justifier la politique qu’il mène pour le compte de la bourgeoisie. Pour justifier ses guerres. Pour justifier la répression. La vérité est, elle aussi, une question tactique pour l’Etat bourgeois. Au-dessus de l’importance des faits se trouve, d’une manière primordiale, la question de l’intérêt d’Etat. Et cet intérêt d’Etat est, en dernière instance, l’intérêt de la clique bourgeoise au pouvoir.

    Alors que nous approchons du 50e anniversaire du décès d’Ho Chi Minh, comment ne pas penser au bombardement du port d’Haiphong, le 23 novembre 1946, qui fut le point de départ de la guerre d’Indochine. Le gouvernement français avait alors menti pour justifier la guerre.
    Récemment, dans la répression contre les mouvements sociaux, l’Etat a menti à propos des manifestants entrés dans la Pitié-Salpêtrière. Aujourd’hui, le déni des violences policières ne peut être caractérisé autrement que comme un mensonge d’Etat. 

    Nous devrions donc leur faire confiance pour déterminer le vrai du faux et trancher ?

    Discerner le vrai du faux, sans parler de l’interprétation frauduleuse de véritables résultats, rejoint une lutte pour l’éducation. Donner le plus largement possible les clés qui permettent de déterminer ce qui est vraisemblable et ce qui est invraisemblable est fondamental. Croiser les sources, vérifier les informations, développer un esprit critique est un combat. L’Etat le fait-il ? Non.

    Marx écrivait :

    « Absolument à rejeter, c’est une « éducation populaire par l’Etat ». Déterminer par une loi générale les ressources des écoles primaires, la qualification du personnel enseignant, les disciplines enseignées, ect., et – comme cela se fait aux Etats-Unis – faire surveiller par des inspecteurs d’Etat l’exécution de ces prescriptions légales, voilà qui est tout à fait autre chose que de faire de l’Etat l’éducateur du peuple ! Bien au contraire, il faut, au même titre, refuser au gouvernement et à l’Eglise toute influence sur l’école. […] c’est, au contraire, l’Etat qui a besoin d’une éducation bien rude, administrée par le peuple. »

    Cela ne vise pas à jeter l’opprobre sur le corps des enseignants, qui, dans la très grande majorité des cas, tente comme il peut de fournir des clés d’analyse aux élèves, mais bien sur l’institution d’une manière générale, sur ses buts et sur ses moyens. L’Éducation Nationale n’est pas encore mise au pas, sa capacité de lutte interne fait qu’elle n’est pas un rouage docile, mais que ceux qui la constituent essaient avec sincérité de travailler à dispenser de véritables outils d’analyse. 

    Pour autant, l’utilisation de l’Éducation Nationale comme outil de propagande et d’endoctrinement n’est plus à démontrer. L’utilisation de l’enseignement de l’Histoire comme outil pour justifier les politiques actuelles l’illustre. Elle sert également, sans d’ailleurs lésiner sur les raccourcis, les escamotages ou les inventions, à dénigrer le mouvement anti-impérialiste, le mouvement ouvrier ou révolutionnaire. Depuis 2015, le retour de la « morale » dans l’enseignement illustre le fait que les gouvernements successifs bataillent pour accroître leur influence directe.

    De même, la mise en place de la loi sur « l’école de la confiance » va également dans cette voie : l’indépendance pédagogique et la liberté de critique des enseignants, concédée à une époque où les rapports de force étaient plus favorables aux masses populaires, sont en passe d’être réduite à néant. 

    Nous pensons que nous ne pouvons pas nous fier à l’Etat bourgeois pour défendre une éducation critique et populaire. Nous pensons que nous ne pouvons pas nous fier aux institutions et à leurs ordres pour permettre d’acquérir les véritables clés de compréhension du monde actuel.

    Nous soutenons les enseignants et les enseignantes qui le font, à leur échelle. Mais nous pensons que nous avons également un rôle à jouer dans la diffusion d’analyses, d’approches historiographiques, de moyens méthodologiques pour permettre que la jeunesse ne voie pas son esprit critique asséché, drainé, par les offensives réactionnaires organisées par les gouvernements successifs. 

    Nous refusons que la Vérité absolue puisse être édictée par un appareil d’Etat, à la fois juge et partie dans les affaires politiques. Nous pensons que nous devons nous-même, auprès des masses et contre la propagande bourgeoise, mener la lutte. Car nous pensons que la vérité sur l’exploitation, l’aliénation, le capitalisme et l’impérialisme est révolutionnaire. 

    Nous, communistes, regardons le développement des fake news comme une menace réelle et concrète. Nous nous plaçons au service des masses populaires et du peuple. C’est l’analyse de la réalité et sa retranscription politique qui doivent guider nos actions. Devoir tromper le peuple sur sa situation indiquerait que nous aurions franchi une ligne rouge. Nos intérêts et les intérêts populaires ne font qu’un.

    Luttons par nos moyens contre le développement des rumeurs, par le fait de proposer des analyses justes et scientifiquement établies !
    Luttons contre l’immixtion de l’Etat dans la notion de vérité ! 
    Dénonçons les mensonges des bourgeois et des fascistes !

  • Quelle légalité en régime bourgeois ? Partie 2

    Quelle légalité en régime bourgeois ? Partie 2

    Privilèges, normes et discriminations en régime bourgeois.

    « Les idées de la classe dominante sont aussi à toutes les époques les idées dominantes ; autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose du même coup des moyens de la production intellectuelle, si bien que, l’un dans l’autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuelle sont soumises du même coup à cette classe dominante. Les idées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante ; autrement dit, ce sont les idées de sa domination. »

    Textes 1 (1845), Karl Marx (trad. R. Cartelle et G. Badia), éd. sociales, coll. « Classiques du marxisme », 1972, chap. La conception matérialiste de l’histoire, p. 109

                    La bourgeoisie s’affranchit sans le moindre complexe de sa propre loi, nous l’avons noté plus haut. Elle n’hésite pas à violer sa propre légalité pour accroître sa domination, la renforcer, pour détruire les menaces et les obstacles qu’elle peut rencontrer dans sa quête fébrile du profit.

                    La bourgeoisie ment. Les fascistes mentent. Il s’agit d’un point essentiel à garder à l’esprit. Si la vérité est gênante, ils l’occultent, la trahissent. A leurs yeux, les informations et la connaissance sont un moyen d’arriver à leur fins, rien d’autre. La question de la vérité est une question purement et simplement tactique. Elle est, en revanche, une question stratégique chez nous, car la vérité sur l’exploitation des masses, sur leur oppression, est toujours nécessaire à dire et à démontrer. La bourgeoisie ment constamment sur le mouvement ouvrier et sur le mouvement révolutionnaire. Elle occulte et révise sans cesse l’histoire. Elle ment également sur ses objectifs, tant de le but de camoufler ses buts réels que d’instiller la division et la haine au sein des masses populaires.

                    « Diviser pour mieux régner. » Voilà sa méthode. Un des exemples est le fait de clamer haut et fort que les immigrés ou certaines catégories de travailleurs sont des privilégiés. Elle cherche à transformer des contradictions au sein du peuple en plaies purulentes, en gangrène, pour mieux exploiter. Ainsi, les mensonges sur le statu des cheminots, paravent de la privatisation de la SNCF, ont réussit à faire leur chemin.              Et c’est là où la victoire idéologique est remportée : des travailleurs et des travailleuses, exploitées, vivant dans la misère, se liguent avec la bourgeoisie pour baisser le niveau de vie d’autres, sous prétexte, ironie suprême, d’égalité ! Pire, des précaires sans ressources, des réfugiés vivant sous les ponts sont taxés d’être des oies grasses, des profiteurs… Pendant ce temps, les violeurs et violeuses de lois, les accapareurs et accapareuses, les parasites sociaux engrangent encore davantage et davantage de ressources.

                    Alors que la logique la plus élémentaire voudrait que les désirs des exploités et exploitées soient d’être tous hissées au régime le plus favorable.  Mais l’individualisme tire et nivelle par le bas les statuts sociaux. Au lieu de hisser les normes de travail vers le sommet, vers le meilleur, il ne s’agit plus que de faire de la misère le standard. La fragmentation politique, l’opportunisme, l’individualisme créent cette situation où, privés de compréhension sur la stratégie du gouvernement, de la bourgeoisie, les masses ne voient que par le petit bout de la lorgnette les attaques de celle-ci. Elles les perçoivent en termes de ce qui les concerne, de ce avec quoi elles sont en accord et de ce avec quoi elles sont en désaccord, sans comprendre que tout cet ensemble est un plan d’attaque cohérent et visant à les frapper dans leur intégralité. Chaque affaiblissement du front de lutte contre la bourgeoisie est une brèche dangereuse.

                    La question des privilèges s’est également invitée, sous une autre forme, dans les débats autour de la question des contradictions au sein du peuple. La question des privilèges sociaux est une question qui mérite qu’on s’y attarde pour qu’elle ne soit pas traitée d’une manière simpliste.  Les inégalités de traitement des individus en fonction de certains critères sont de questions concrètes, réelles, qui ont un incidence sur la vie de tous les jours de centaine de millions d’individus sur la planète. Le racisme, le sexisme, l’homophobie, les oppressions que peuvent subir certains pans entiers de la population sont des questions qui ne s’écartent pas d’un revers de la main.

                    Les luttes qui s’organisent contre celles-ci sont légitimes, indéniablement. Elle suscitent cependant un débat lorsqu’elles évoquent ces questions sous la forme de privilèges : privilège blanc ; privilège homme ; privilège cisgenre ; privilège valide. Discriminations ou privilèges ? La question n’est pas anodine.

                    Considérer les choses sous la forme de privilège est considérer que la personne qui les possède est avantagée dans la société. Qu’elle bénéficie d’un traitement de faveur. Une personne qui n’est pas victime de sexisme, par exemple, est effectivement privilégiée relativement par rapport à une personne qui ne subit ni harcèlement, ni remarque sexiste. Pourquoi le relativement est important ? Parce qu’il est ce qui détermine la norme de fonctionnement de la société. C’est cette question de ce qui est la norme qui est également importante. Elle rejoint la question du droit, même bourgeois. Le fait qu’un policier ou une policière, un patron ou une patronne, n’ait pas le même respect des normes selon la personne induit une discrimination, plus qu’un privilège. Si un policier tutoie une personne du fait de son origine sociale, mais soit scrupuleusement respectueux du règlement en face d’une autre ne signifie pas que cette dernière soit, dans l’absolu, privilégiée. Juste qu’elle ne subit pas de discrimination. Elle est relativement privilégiée, mais absolument non-discriminée.

                    Dans les faits, pourquoi, hors jeu sémantique, cette conception est importante ? Parce que ce qui détermine le privilège absolu de classe, c’est le traitement au delà de la loi, au delà de la norme. L’impunité, les passe-droits, la possibilité d’être au dessus de la loi, là réside le privilège réel. Il réside d’ailleurs souvent dans le droit coutumier, dans les habitudes, dans les traditions réactionnaires, qui autorisent, sous les yeux bienveillant des autorités, les ratonnades, les agressions sexuelles, les crimes. Il réside dans la non application de la loi face aux criminels bourgeois.

                    Parler du traitement normal, au sens premier du terme, comme d’un privilège absolu, c’est ouvrir une brèche dangereuse entre ce qui doit être désiré comme traitement et ce qui constitue un viol manifeste et impuni de la légalité bourgeoise, ironiquement le fait de la bourgeoisie-elle même. Or, ériger la norme en privilège revient à considérer que son application est l’exception, non la règle. Elle revient, quelque part, à capituler dans le projet politique et à demeurer au stade du constat. Mettant l’individu, sa subjectivité, au sommet de tout, les conceptions postmoderne brisent la lutte des classes, et ne font que clamer que les dominés doivent combattre le fait qu’ils soient reconnus comme tels, qu’ils puissent s’épanouir dans leur situation, mais jamais la combattre.

                    Le but du mouvement communiste n’est pas de se limiter à faire une analyse clinique, scolaire, morte, un inventaire des contradictions, mais de comprendre les mécaniques qui les sous-tendent et de trouver la manière de les résoudre, de permettre aux individus non de vivre mieux leur situation, mais bien de la bouleverser. La vision postmoderne met tout sur le même plan : discriminations sociales comme ethniques, discriminations sexistes comme liées à la validité. Or, comprendre les raisons matérielles qui font qu’elles apparaissent ne signifie pas les nier, cela signifie chercher les moyens de les éradiquer. Pire encore, le postmodernisme encourage la perpétuation de la domination, en considérant qu’il ne faut pas combattre les mécanismes que la société capitaliste a ancré dans l’esprit de ses victimes, car cela serait « oppressif. » Cela implique de ne pas poser la question des actes réactionnaires y compris au sein des dominés et des opprimés. Ce n’est pas ce que recherche les communistes, qui mènent la lutte contre toutes les formes de réaction.

                    Les discriminations sont issues du caractère réactionnaire inhérent à la société capitaliste et inhérent aux idées de la classe dominante. Celles et ceux qui, au regard de la vision bourgeoise de la société, sont hors des normes, ne s’incluent pas dans le schéma de production de marchandises et de reproduction des forces de travail, sont traités comme ayant une valeur inférieure, comme étant des éléments anormaux, comme étant des parias. Car, au final, ces contradictions ne peuvent être isolées de la lutte des classe et de l’organisation économique de la société. Elles en sont les filles naturelles, inéluctables, et existeront tant que la source ne sera pas tarie. Même après cela, les vieilles habitudes, les vieux relents, les résidus de l’ancien monde continueront à les maintenir en vie un temps. Poussières de réactionnaires, elles doivent être balayées.

                    Il ne faut pas les nier, ni nier l’importance qu’elles peuvent avoir dans le vécu des individus. Il ne faut pas nier qu’elles traversent les organisations politiques et les organisations communistes notamment, tout comme la lutte des classes. Les nier reviendrait à les accepter comme étant inéluctables. Clamer qu’elles divisent les travailleurs et les travailleuses est une manière stupide de voir les choses. Les luttes de libération nationales, les luttes féministes, les luttes antiracistes ou LGBT+ sont des luttes qui ne créent pas la division, mais qui, au contraire, bien traitées, renforcent la cohésion, la solidarité, la cohérence des opprimés et opprimées, des exploités et exploitées. Elles sont une force pour la lutte, non un frein.

                    Il existe un travail à faire pour lutter, au sein de nos organisations, dans nos rapports individuels, contre les tendances réactionnaires, contre les relents impérialistes, contre les pratiques oppressives. La lutte est complexe, car les attentes sont nombreuses, alors que les individus sortent d’un moule fait par la société bourgeoise. Il s’agit donc d’un travail de long terme, dans laquelle il peut être important de ne pas être buté sur les aspects tactiques qui servent à résoudre ces contradictions : organisation d’événements ou de réunions non-mixtes par exemples, qui peuvent effectivement permettre une meilleure prise en compte des situations spécifiques, sans pour autant perdre de vue que la résolution de ces contradictions de manière totale ne peut exister sans un changement de société complet.

                    Etant des contradictions au sein du peuple, elles sont le fruit de la lutte des classes et du système d’oppression généralisé par le capitalisme, par l’impérialisme et la société patriarcale. Elles ne sont pas de nature antagonique, elles peuvent se résoudre pacifiquement par l’éducation, par le débat, par l’explication, par la critique et l’autocritique. Cependant, elles peuvent prendre des tournures dramatiques, et peuvent devenir parfois des contradictions antagoniques. Contre les pogroms, contre les mouvements réactionnaires, contre l’enfermement -maquillé en tradition ou autre- des femmes, le débat n’a parfois plus sa place, et cela se transforme en épreuve de force.

                    Que des individus soient moins discriminés est un fait, mais détruire les privilèges bourgeois ne peut se faire que par des mouvements de défense et de promotion des droits démocratiques. Les privilèges de la bourgeoisie  -contrôle de l’économie, captation de la richesse, impunité et possibilité de transgresser sa propre loi tant qu’elle ne lèse pas ses pairs- sont les réels privilèges. Or, la bourgeoisie ne cédera pas d’un pouce sur ceux-ci. Face à un régime « démocratiquement élu », elle transgressera la loi. Face à une mobilisation importante, elle fera le choix de l’écrasement. Face à sa défaite dans un Etat, elle choisira la voie de la guerre.  C’est ce qui ressort de tous les regards portés sur l’Histoire de l’humanité. Les classes dominantes se débarrassent des cadres légaux lorsque leurs intérêts sont en jeu.

                    C’est pour cela que nous devons défendre la Dictature du Prolétariat comme moyen de pouvoir réaliser cette transformation de la société. Non par choix, non par fantasme de sang, de pouvoir, de carnage, mais parce qu’il s’agit de la seule voie possible.

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 5 – Retour à la Baltique et conclusion.

    La France et la trouée de Suwałki – partie 5 – Retour à la Baltique et conclusion.

    La France et la trouée de Suwałki – partie 5 – Retour à la Baltique et conclusion.

    Pourquoi les Etats Baltes ?

    Dans cette optique, les Etats Baltes sont une cible intéressante et cohérente avec les intérêts de la bourgeoisie russe.

    De nombreux aspects l’expliquent, certains purement contingents,  d’autres nettement plus politiques.

    Une forte composante de défense et de consolidation sous-tend cette pression sur les Etats Baltes. Même si la nature de l’Etat  a grandement changé depuis 1941, les dirigeants russes n’ont absolument pas oublié l’invasion germano-fasciste. Ils n’ont pas oublié que les Etats Baltes ont été l’autoroute de l’invasion. Ils n’ont pas oublié qu’il n’a fallu que deux mois pour atteindre Leningrad et l’encercler.  Eloigner la frontière des centres stratégiques à sous-tendu toute la diplomatie soviétique depuis la mi-1939. Elle explique la guerre avec la Finlande, pour quelques kilomètres salvateurs ; elle expliquait l’intervention en Bessarabie et dans les Etats Baltes.

    Aujourd’hui, les cent kilomètres qui séparent Narva, en Estonie, de Saint-Pétersbourg ne protégeraient guerre plus d’une journée d’une véritable offensive militaire de grande ampleur. Pour un Etat aussi méfiant vis-à-vis de sa situation géopolitique, une telle vulnérabilité est inacceptable. Cela explique également le verrouillage extrêmement ferme de Kaliningrad, véritable bastion sur la route du Nord.

    La question des populations Russes habitant dans les pays de la Baltique est également au centre des revendications de la Russie. L’immense masse d’individus ethniquement Russes est également un souci pour les Etats Baltes de culture germanique. Ils sont traités avec suspicion, comme une cinquième colonne, comme des traitres potentiels. Derrière cela, un fond de racisme anti-slave réside, avec une mise en avant des figures de la collaboration comme catalyseur. Citoyens de seconde zone, maltraités, ces russophones se tournent, par effet de miroir, vers la Russie, forment des organisations favorables à un rattachement, deviennent effectivement des agents de la Russie. Cette situation et cette trajectoire n’ont rien de novateurs, ils sont un phénomène qui s’est reproduit à plusieurs reprises dans l’Histoire.

    Il est difficile de déterminer quelle est la part de sincérité de la Russie vis-à-vis des minorités au sein des pays Baltes. Véritable souci ou paravent ? Difficile à déterminer, mais il est fort probable que la vérité se trouve quelque part entre les deux.

    Mais la Russie trouverait également des avantages éminents à pouvoir pressurer les pays Baltes, voir même les intégrer dans sa sphère d’influence par différentes méthodes d’intensité variables. Rompre l’isolement de Kaliningrad serait, pour Moscou, une grande avancée, lui permettant de mettre en valeur, de manière nettement plus efficace, son îlot gagné sur la Prusse-Orientale. Entouré de pays de l’OTAN, en face d’une mer hostile, l’enclave de Kaliningrad vit dans un climat de siège, dans un sentiment d’insularité.

    Autre aspect essentiel, la question des terminaux pétroliers et gaziers. Pendant la guerre, les soviétiques ont été confrontés au risque de se voir coupés des apports pétroliers du Caucase. Bakou, en Azerbaïdjan avait été la cible de la IV armée, en 1942-1943. Dans le cadre d’une politique de diversification des sources d’approvisionnements, les soviétiques ont ouvert Bakou II, dans le nord de l’Oural, au Timan-Péchora et dans la plaine de Sibérie occidentale. Cette région riche en gaz et en pétrole est désormais un des poumons économiques de la Russie.

     A l’époque, l’URSS, logiquement, avait choisi de construire ses infrastructures pour qu’elles soient les plus rationnelles. Ainsi, l’exportation du gaz ne passait pas par le golfe de Finlande, victime des glaces, mais bien par les terminaux portuaires de Ventspils, de Riga, de Liepaja en Lettonie et de Klaipeda en Lituanie. Ces villes étaient alors des villes soviétiques, dont l’immense avantage était d’être libres de glace pendant la plus grande partie de l’année.

    Aujourd’hui, ces villes dépendent de pays géopolitiquement hostiles. Faire pression sur les gouvernements inamicaux de ces Etats intéresse fortement la Russie, qui se verrait bien reprendre sa liberté d’exportation d’hydrocarbures. Une partie des lignes ont été remisées sur Saint-Pétersbourg, exigeant l’achat de gaziers de catégorie « glace », capable de fonctionner en hiver. Il s’agit d’un pis-aller dont la Russie se passerait bien, , d’autant que si un pétrolier est simplement un navire qu’on remplit de pétrole, un navire gazier exige des infrastructures extrêmement lourdes de liquéfaction du gaz.

    Mais assujettir ces régions serait également une manière de franchir le cercle d’acier qui entoure la Russie. Or, l’occident et l’ONU ont fait usage d’un certain nombre de procédés pour tenter de contrer l’influence grandissante de la Russie. Ces procédés ont fait long feu.

    D’une part car cette politique a renforcé, au final, le soutien au gouvernement, en accréditant la thèse d’une volonté occidentale d’encercler et de réduire la Russie.

    De l’autre car elle a poussé la Russie à changer ses orientations économiques.

    La Russie était un état rentier. Il exportait des armes, de la technologie -particulièrement militaire et spatiale- des denrées agricoles et minières, mais, surtout, du gaz et du pétrole. Un gaz et un pétrole dont les oligarques n’avaient qu’a ramasser les rentes, sans jamais investir dans le développement économique du pays. Les infrastructure et l’industrie du pays étaient en déliquescence plus ou moins complète.

    L’occident, en bloquant les exportations de la Russie, pensait la contraindre, l’étrangler. Or, les sanctions économiques n’ont pas eu l’effet escompté. La Russie à souffert un temps de cette perte. Mais le choc passé, les sanctions se sont avérées un boomerang.

    L’Histoire compte un bon nombre d’exemples d’échecs de ces systèmes. Privés de partenaires commerciaux chez qui ils pouvaient faire leurs achats de produits de haute technicité, ces pays ont du lancer des développements en interne, restructurer leur industrie industrialisante, recréer une base économique solide et autonome. En dernière instance, la Russie ressort renforcée de ce bras de fer. Elle a survécu au plus gros de la crise. S’il est trop tôt pour pouvoir déterminer quel est le résultat final de ces sanctions, il semble clair que la baisse du PIB enregistrée est temporaire. L’économie Russe se transforme, et s’oriente des échanges avec des partenaires privilégiés : Iran, Syrie loyaliste, Asie Centrale, Chine… en lieu et place de l’Europe. La place de la Russie, géopolitiquement, s’affermit.

    Un équilibre stratégique précaire.

    Stratégiquement, cependant, la Russie n’est pas en mesure de se montrer un compétiteur. Elle ne dispose pas de la capacité de projection de force de l’OTAN. La Russie n’est pas prête d’être une puissance aéronavale rivalisant avec les USA. Ni son industrie, ni son expérience ne lui permet de se placer sur la même marche du podium. Qu’il y ait alliance avec la Chine ou non, il ne paraît pas envisageable de voir un concurrent naval à Washington avant plusieurs décennies, et ce malgré les nouveautés présentées au salon de l’armement de 2014. Celle-ci promettent un accroissement des capacités aéronavales russes.

    Le soft power est également nettement plus réduit que celui de ses concurrents. Certes, l’antiaméricanisme est de bon aloi en occident. Les USA sont raillés, moqués ou conspués. Mais pourtant, de manière quasiment atavique, la présence sécurisante de leur armée est réclamée. Une grande partie de la gauche elle-même est marquée par cette américanophilie en filigrane.

    Elle progresse, il faut le noter. La Russie à récupéré de l’expérience soviétique certaines méthodes particulièrement efficace pour déstabiliser l’adversaire. Dès la Grande Guerre patriotique, les soviétiques sont passés maîtres dans l’art de la Maskirovka, le camouflage, la tromperie, la déception -au sens étymologique du terme, à l’opposé de « perception ». Joukov, préparant la contre-offensive de Stalingrad, avait masqué l’ampleur des préparatif par des dispositifs extrêmement sophistiqués, des leurres, des faux ordres, des clairons sonnant l’offensive de manière constante, un usage de la musique comme camouflage, mais également comme moyen de démoralisation.

    Aujourd’hui, ce sont les agences de presse du Kremlin qui font ce travail. Russia Today et Sputnik, tout comme Russia Beyond the Headlines ou d’autres, sont tout autant d’agences de la Maskirovka. Il s’agit, pour les russes, de provoquer la division au sein des Etats qu’elle affronte, de susciter des tensions et des conflits, de surfer sur ceux qui existent.

    Ces agences jouent sur deux aspects : une russophilie nostalgique de l’époque soviétique, nostalgique de l’URSS -particulièrement brejnévienne- qui se retrouve chez les individus liés au PCF ou aux organisations qui en sont issu. Ceux-ci ont une sympathique plus ou moins inconsciente pour la Russie et pour son gouvernement, et son empreints d’un désir de revanche contre l’occident capitaliste. Ils ne comprennent pas le changement de nature progressif de l’URSS, entre 1956 et 1991 et ne parviennent pas à tirer un trait sur la fin de l’Union Soviétique.

    Les seconds sont situés à l’extrême-droite, ils sont des admirateurs de l’aspect dur, viril, ferme et traditionnaliste du pouvoir du Kremlin. L’homophobie, le repli autour de la famille, de la religion, autour de la race, tout cela leur plaît. Ils voient en Poutine un rempart contre la déliquescence de leurs valeurs, tout comme un rempart contre le « mondialisme ». Ces individus fantasment sur un rapprochement entre la France et les BRICS, dans une idée de coalition des dominés contre les dominants.

    Il n’existe pas de muraille de Chine, par ailleurs, entre les deux conceptions, lesquelles s’entremêlent parfois dans une bouillie informe, mais dont les aspects majoritaires et principaux demeurent des tendances réactionnaires, négatrices de l’impérialisme français tout comme de celui de la Russie.

    Sputnik, Russia Today, leur servent la soupe dont ils s’alimentent et dont ils alimentent leur propagande. Ce n’est pas un hasard, si le 20 décembre 2017, pour sa soirée de lancement, la chaîne Russia Today recevait un panel de personnalités allant de Djordje Kuzmanovic le lieutenant barbouze de Mélenchon jusqu’à Nicolas Dupont-Aignant ou François Asselineau. Ce joli monde se rassemble autour d’une même ligne : négation de l’impérialisme Russe et de celui de la France.

    Ces chaînes sont des machines à Fake News capable de pouvoir déclencher des crises importantes et de brouiller les cartes. Ainsi, Sputnik avait déclaré la présence d’un porte-avion Chinois en méditerranée, clamant le début d’une intervention de l’Empire du Milieu en Syrie. Rien n’était plus faux, mais rien n’était plus difficile à vérifier sur l’instant. Le reste du temps, les prises de position réactionnaires ou fascisantes de ces journaux servent la soupe à l’extrême-droite et aux partisans de la European Race War. Ce n’est pas un hasard si les banques Russes ont financé le Front National.

    Il ne fait désormais aucun doute sur l’influence qu’ont eu ces médias sur l’élection présidentielle et sur la défaite de la candidate démocrate Hilary Clinton. Donald Trump, cela sera certainement prouvé par les enquêtes et les interrogatoires, a été aidé par des agents et des hackers russes. Il a bénéficié d’un soutien logistique de la part de la Russie, laquelle a aidé à la montée au pouvoir de ce personnage particulièrement inefficace. Les USA ont fait et auraient fait de même, il s’agit là d’un juste retour des choses, mais qui révèle la puissance montante de la Russie.

    Mais cela ne fais pas tout. Les budgets militaires sont invraisemblablement disproportionnés: les pays de l’OTAN ont dépensé, en 2016, 866 milliards de $ pour les questions relatives à leur défense. L’ensemble des pays de l’Organisation de Coopération de Shanghai ont, quant à eux, utilisé 364 milliards, soit moitié moins. Cependant, dix ans auparavant, le ratio était de 10 : 1 (796,7 milliards contre 85). Il s’agit donc d’une perspective particulièrement intéressante à étudier, d’autant que le budget ne fait pas tout.

    Le matériel occidental est victime de la loi des rendements décroissants. Un F-15 des années 80 coûtait 31.1 millions de dollars. Un F-22 du début du XIXe siècle coûte 360 millions de dollars l’unité. Un F-35 – toujours non opérationnel – est annoncé à 299 millions de dollars l’unité, mais cette information est à prendre au conditionnel. Elle ne reflète pas non plus le coût du programme commun supérieur à 1 000 milliards de dollars. Cette hyperinflation des coûts se traduit par plusieurs choses :

    ·         Des avantages marginaux d’un point de vue opérationnel, malgré le fait que le F-35 soit considéré comme un « force multiplier », permettant d’accroître l’efficacité des forces combattantes dans le secteur.

    ·         Un vulnérabilité technologique plus élevée, induisant une usure prématurée, des pannes répétitives et une indisponibilité importante.

    ·         Un format militaire réduit, limitant la possibilité de manœuvre, la possibilité d’engagement dans la durée, de rotation du matérielle. Cette réduction du format rend également beaucoup plus difficilement acceptable les pertes.

    ·         Une perte de prestige importante en cas de destruction de l’engin pour son utilisateur, tout comme un victoire morale pour l’adversaire. L’exemple même est la destruction d’un F-117 furtif par les Serbes lors de la guerre du Kosovo.

    Le matériel occidental est conçu par rapport à des idées de contraintes budgétaires. Il est fait pour durer. Les B-52 datent de la guerre du Viêt-Nam. Les M1A1/A2 datent d’avant la guerre du Golfe. A l’inverse, le matériel Russe est conçu pour la casse. Un MIG-29 doit remplir sa mission. La survie est optionnelle et la réutilisation un luxe. Il en résulte une capacité d’engagement supérieure de la part des forces de l’Est. Pourtant, cette philosophie ne signifie absence de soucis pour la survivabilité. Pour la première fois depuis les IS-3 de 1945, une rupture technologique s’est faite dans les blindés. La mise en œuvre de protections passives et actives est central dans le nouveau char de Moscou, le T-14 Aramata. Entre les munitions tueuses de roquettes, les grenades fumigènes, la tourelle télé-opérée, l’équipement futur de l’Armée Russe laisse songeur.

    Il ne faut pas sur Cependant, il ne fait pas de doute quand au fait que la trajectoire des USA soit plutôt déclinante. Le poids de la dette, l’application de la loi d’Augustine sur les coûts exponentiels, la rupture d’un certain consensus post-onze septembre… de nombreux facteurs, évoqués dans  notre brochure Les USA et le monde ainsi que dans les divers articles que nous avons pu publier à la suite de l’élection de Trump permettent de s’en faire une idée.

    Si la Chine est certainement l’acteur géopolitique qui émerge le plus nettement comme un facteur de poids, à terme, la Russie lui emboîte le pas. Depuis la chute de l’URSS, sous une direction qui prend de l’assurance, elle vise à reprendre une place de poids dans les relations internationales. Le modèle qu’elle suit, en revanche, ne peut qu’évoquer une Russie tsariste, luttant contre le progressisme, luttant contre les idées d’égalité sociale, luttant contre les avancées démocratiques, plus qu’une URSS-bis, ce que certains s’obstinent à voir.

    Si le commerce international continue de passer par Suez ou par Panama, la route du pôle nord, ouverte par le réchauffement climatique, changera profondément les points de passage. Cette ouverture des côtes nord de la Russie est à la fois une aubaine pour elle, lui permettant de mettre en valeur cette région. L’accès au fond océanique est une source de conflits potentiels, en particulier avec le voisin d’en face, Canadien. Elle est aussi une menace, car la fonte des glaces entame une partie du front nord du Heartland, l’ouvrant aux possibilités de campagne militaire.

    Notre point de vue, contrairement à ce que certains navigateurs en solitaire du léninisme ont pu écrire, est celui du constat. Nous ne sommes pas des « kollabos » de l’impérialisme américain en indiquant que la Russie possède des projets géopolitiques, et que ces projets visent à assouvir certains intérêts de sa bourgeoisie, en particulier la plus agressive. La bourgeoisie russe à oscillé un temps entre être une bourgeoisie de compradores ou une bourgeoisie impérialiste. Si les investissements bancaires russes -visés par les sanctions, par ailleurs- n’en font pas une grande puissance économique, il ne fait nul doute qu’elle a l’ambition de la devenir, ainsi que la volonté politique.

    Communistes, nous sommes hostiles aux provocations militaires de l’occident contre la Russie, tout comme nous sommes hostiles à toute provocation militaire en général. Mais nous ne pouvons tracer une équivalence URSS – Russie, alors que, déjà, nous ne traçons pas une équivalence entre URSS jusqu’à 1956 et URSS de 1956 à 1991.

  • L’ère du post-réel et la guérilla informationnelle. Partie 5: Apprendre de l’ennemi

    Apprendre de nos ennemis

    En 1932, Dimitrov, dirigeant la IIIe internationale, écrivait, dans Pour l'unité de la classe ouvrière contre le fascisme:

    « Il faut tenir compte du fait que l’assimilation de nos décisions par les grandes masses est impossible si nous n’apprenons pas à parler une langue intelligible aux masses. Nous ne savons pas toujours, loin de là, parler simplement, concrètement, en nous servant des images familières et compréhensibles aux masses. Nous ne savons pas encore renoncer aux formules abstraites et apprises par cœur.
     Regardez de plus près nos tracts, nos journaux, nos résolutions et nos thèses et vous verrez qu’ils sont souvent rédigés en un langage tellement lourd que même nos militants ont de la peine à les comprendre et, à plus forte raison, les simples ouvriers. Si l’on songe que les ouvriers qui diffusent et lisent ces tracts, surtout dans les pays fascistes, risquent leur vie, on se rend mieux compte encore de la nécessité d’écrire pour les masses en une langue qui leur soit compréhensible, pour qu’ainsi les sacrifices consentis ne le soient pas en pure perte.

    Cette remarque ne s’applique pas à un moindre degré à notre agitation et à notre propagande orales. A cet égard, il faut reconnaître en toute sincérité que les fascistes sont souvent plus habiles et plus souples que beaucoup de nos camarades.

    Je me souviens, par exemple, d’une réunion de chômeurs tenue à Berlin avant l’arrivée de Hitler au pouvoir. C’était pendant le procès des fameux accapareurs et spéculateurs, les frères Sklarek, procès qui durait depuis plusieurs mois. L’orateur national-socialiste qui parla à cette réunion, utilisa ce procès pour ses buts démagogiques. Il cita les spéculations, les affaires de corruption et les autres crimes commis par les frères Sklarek ; il souligna que le procès intenté contre eux traînait depuis des mois ; il calcula combien de centaines de milliers de marks ce procès avait déjà coûté au peuple allemand et, aux vifs applaudissements des assistants, il déclara qu’il fallait, sans tarder, fusiller des bandits comme les Sklarek et verser au profit des chômeurs l’argent dépensé pour le procès.

    Un communiste se lève et demande la parole. Le président refuse d’abord ; mais, sous la pression des assistants qui voulaient entendre le communiste, celui-ci obtient enfin la parole. Lorsque le communiste monta à la tribune, tous les assistants dressèrent l’oreille dans l’attente de ce qu’il allait dire. Eh bien, que dit-il : Camarades, déclare-t-il d’une voix ferme et puissante, l’assemblée plénière de l’Internationale communiste vient de terminer ses travaux. Elle a indiqué la voie du salut pour la classe ouvrière. La tâche essentielle qu’elle pose devant vous, c’est, camarades, la « conquête de la majorité de la classe ouvrière ». L’assemblée plénière a indiqué qu’il est nécessaire de « politiser » le mouvement des chômeurs. L’assemblée plénière vous invite à élever ce mouvement à un degré supérieur.

    Et l’orateur continua à parler dans le même sens, convaincu apparemment qu’il « expliquait » les décisions authentiques de l’assemblée plénière. Un tel discours pouvait-il émouvoir les chômeurs ?

    Pouvaient-ils être satisfaits qu’on s’apprêtât d’abord à les politiser, puis à les révolutionnariser et ensuite à les mobiliser pour élever leur mouvement à un degré supérieur ?

    Assis dans un coin, j’observais avec amertume comment les chômeurs présents, qui avaient tant voulu entendre le communiste pour apprendre de lui ce qu’il leur fallait faire concrètement, se mettaient à bâiller et à manifester une déception bien claire. Et je ne fus pas du tout étonné qu’à la fin, le président retirât brutalement la parole à notre orateur sans aucune protestation dans les rangs de l’assemblée… »

    La voie du mensonge nous est fermée. La voie de la calomnie également. Ces voies desserviraient notre cause. Pour autant, la capacité d’initiative, le sens pratique dont ont fait preuve les alt-right, de même que leur maîtrise parfaite des nouveaux moyens de communications, sont autant d’aspects que nous devons étudier. Etant capable de frapper partout, d’être présent et d’occuper tout l’espace, les fascistes réussissent à mener une guérilla contre les médias mainstream et à la gagner.

    Cette capacité à identifier des points faibles dans la cuirasse ennemie doit nous servir. Les fascistes ont appliqué une ligne de masse réactionnaire, mais efficace, or c’est précisément ce qui manque à de nombreuses organisations communistes à l’heure actuelle, qui pêchent ou par leur niveau politique trop bas, ou par leur difficulté a transcrire leurs analyses justes en mot d’ordre compréhensibles.
    C’est également une maîtrise à conquérir, celle de l’espace numérique et des moyens de l’occuper.

    La démonstration de force qui vient d’avoir lieu doit nous donner matière a réfléchir, et matière à penser. La prédominance des idées réactionnaires sur Internet risque d’être une défaite terrible pour les forces progressistes, et, de fait, une défaite terrible pour l’Humanité.

  • L’ère du post-réel et la guérilla informationnelle. Partie 4: Les 10 commandements de guérilla informationelle

    La guérilla subversive menée par les alt-right.

    L’incroyable infiltration de la part des activités alt-right de la sphère Internet a été un incroyable succès.

    Elle n’a pourtant nullement tablé sur la logique, sur la propagande au sens premier du terme, mais elle a joué le rôle d’une véritable guerre de guérilla contre les médias et la parole des opposants. Cette démonstration est un cas d’école des principes de la lutte subversive contre la capacité d’influence de Clinton.

    Dans les faits, la nébuleuse a intuitivement repris tous les aspects militaires d’une idéologique qu’ils exècrent. Ils ont appliqué point par point tous les aspects de la guérilla telle que définie par Mao Zedong, Võ Nguyên Giáp et Hô Chi Minh. Ils ne s’en sont certainement pas rendu compte, mais, encore une fois, ils ont démontré le caractère universel de ce mode de combat lors d’un affrontement asymétrique.

    Résultats de recherche d'images pour « guerilla mao »

     

    1. La capacité d’agir sans entraves

    Les activistes pro-Trump ont agi sans utiliser de structure lourde, uniquement en se basant sur une activité personnelle ou de groupe léger, souvent sans organisation et sans coordination préalable. Chose essentielle, ils ont toujours, systématiquement gardé une capacité de maîtrise tactique et de leur ordre du jour.

    Cela se base sur leur ethos particulier, étant donné qu’une grande partie de ces individus n’étaient pas des militants de terrain, mais bien souvent des trolls d’Internet, ou des individus désocialisés, atomisés, et plutôt influencés par les idées individualistes et réactionnaires. En bref, un fond politique plutôt fasciste ou fascisant.
    Ce volontarisme personnel a pour autant trouvé des structures primitives, des pools comme la section /pol/ — politcaly incorrect — du site internet 4chan, dans lesquelles pouvaient être désignées les cibles et où le matériel d'agitation — memes, articles, images, caricatures — pouvait être mutualisés. En sommes, ces activistes right-wing ont eu un fonctionnement plus anarchiste que les anarchistes eux-mêmes.

    De facto, il était impossible, étant donné la nature même de leur mode de coopération, de pouvoir les stopper. Leur infrastructure était bien trop légère pour que sa neutralisation — même temporaire — puisse être pénalisante.

    Ces activistes avaient donc les mains libres pour pouvoir mener leurs attaques.

     

    2. Mobilité contre lourdeur

    Les médias traditionnels, tout comme n’importe quel militant sain d’esprit, cherchent la rationalité dans leur raisonnement — dans une certaine mesure —. Cela demande des explications, des explicitations,  un travail de recherche et de construction d’un argumentaire complexe pour expliquer une réalité tout aussi complexe.  Cela est valable quelque soit l’idéologie défendue.

    Or, la grande force de ces attaquants a été le fait qu’ils ont tout misé dans l'offensive. Leurs argumentaires n’ont jamais particulièrement cherché à démontrer de manière explicative, de manière théorisée, la supériorité de leur idéologie par rapport à celle de leurs adversaires. Cela n’aurait pas résisté à un examen un tant soit peu rigoureux. Au contraire, ils ont constamment attaqué sur tous les plans possibles leur adversaire, en passant par tous les moyens argumentaires de base. Du ad hominem à attaque sur le programme, attaques de gauche comme de droite, en bref tout ce qui pouvait présenter potentiellement une faille dans le discours de leur adversaire.

    Résultat, le temps que les partisans de Clinton ou que même les médias empreints d’objectivité soit en mesure de répondre de manière argumentée, l’attaque était déjà terminée, et un autre terrain d’action était ouvert, rendant la réponse inaudible, noyée déjà dans les sirènes d’alerte des autres attaques. La difficulté de répondre du tac-au-tac a permis aux opposants de Clinton de toujours disposer d’un coup d’avance.

     

    3. Occuper au maximum  l’espace

    Où que ce soit, quelque soit le support, les opposants à Clinton ont toujours répondu.

    Dans les commentaires, sur les vidéos, les articles, les réseaux sociaux, les groupes partisans ou non, à chaque fois, ils ont répondu et attaqué. Cette méthode est typiquement une manœuvre pour occuper tout l’espace disponible. Elle vise à cce que chaque pointe lancée par leur adversaire pour développer un sujet soit immédiatement au contact avec une force hostile. Chaque pas fait dans une direction par les partisans de Clinton, qu'importe le terrain, rencontrait immédiatement une contre-offensive, même symbolique, de la part des pro-Trump.

     

    4. Harceler en continu et ne jamais laisser de répit

    Ce harcèlement permanent a pour ambition de porter la contradiction partout avec l’adversaire, mais également de l’user et de l’épuiser nerveusement. En permanence en train de crouler sous une avalanche de commentaires et de posts hostiles, les militants finissent par ne plus répliquer et finissent par abandonner l’idée qu’ils puissent se constituer une zone de calme et de répit. Cela mène à lâcher du terrain et a abandonner certains débats trop épuisant à mener. C’est pourtant quelque chose d’essentiel, car, à partir de ce moment, l’initiative pouvait passer dans les mains des alt-right.

     

    5. Prendre le contrôle de l’ordre du jour de l’adversaire.

    L'adversaire, dans le cas de ces cyber-harceleurs, semble facile à ignorer. Mais le harcèlement continu finit par porter ses fruits. Imposer à l'autre de répondre aux trolls, cela forme déja une victoire en soi. Le but est de finir par imposer l'ordre du jour de l'agresseur à l'agressé, et de le pousser à la bataille dans les conditions les plus défavorables possibles. Cet objectif n'a pas été complètement atteint, la campagne de Hillary Clinton n'a pas été déasarticulée, mais en revanche les médias classiques on été dans l'obligation de communiquer sur les attaques de l'extrême-droite US, y compris par le biais de memes, et donc ont popularisé leur existence.

    Ils ont été adoubés comme hate signs, au même titre que la croix gammée, que le drapeau sudiste. En voulant contre-attaquer sur ce même terrain, en voulant combattre ces moyens d’expressions qu’ils ne comprenaient pas, les médias traditionnels ont amplifié le mouvement et son influence.

     

    6. Établir son double pouvoir

    Le but de la guérilla marxiste était de former des zones libérées dans lesquelles l’autorité n’était plus assurée par le pouvoir légal, mais passait aux mains des révolutionnaires. En l’occurrence, les anti-Clinton ont fait de même. Ils ont constitué leurs sanctuaires informationnels, zones où seuls les nouvelles qu’eux même créaient circulaient. Ceci a été facilité en très grande partie par les algorithmes qu’utilisent les médias sociaux. Ces systèmes de proposition de contenu adapté fournissent ce que -supposément- veut voir l'internaute. Si un individu cherche des vidéos liées à l'extrême-droite, d'autres lui sont proposées. Une sphère opaque finit par se dresser autour de celui-ci. Cela tend à la création de biais de confirmation énormes, car l'idividu développe le sentiment que beaucoup pensent comme lui, et que ce qui lui est proposé comme contenu est véridique.

     

    7. Pousser l’adversaire à se couper des masses.

    Lorsque Clinton parle des électeurs de Trump comme des « despicable » ou comme des « deplorable », elle perd du terrain. L’un des biais les plus importants de la guérilla marxiste était le fait que celle-ci servait le peuple, qu’elle était au sein de celui-ci comme un poisson dans l’eau. Les alt-right, eux, ont surfé sur le populisme pour se doter d’une certain soutien populaire. Cependant, face à un ennemi protéiforme, la riposte contre-insurrectionnelle ou antisubversive tend à jeter les masses dans les bras des guérilléros plus que dans les bras du gouvernement légal.

    Lorsque face au FNL, au FLN, à l’APL, les villages étaient rasés, cela renforçait l’influence de la guérilla et la haine contre le gouvernement ou l’occupant.

    Lorsque Hilary Clinton ou les médias traditionnels attaquent sans discrimination, par l’insulte, les supporters de Trump, cela renforce leur influence et durci leur unité.

    La méfiance traditionnelle des étatsuniens pour les élites et leur orgueil ont fait beaucoup: Le sentiment d’être méprisé par une intelligentsia et une élite urbaine, démocrate, en col blanc, a trouvé un écho dans beaucoup des représentant des classes populaires, cols bleus, de la rust belt.

    Les alliés de Clinton, ainsi que les progressistes qui la soutiennent soutenir, se sont laissés prendre au piège de ce jeu du mépris social, et sont tombés dans le traquenard des atl-right. Mal maîtrisé, leur discours s’est avéré contre-productif. Répondant à la provocation par la provocation ou la colère, ceux-ci ont nourri la bête au lieu de l’isoler et de l’affamer. Face à cela, toute clémence du candidat Trump — souhaitant un bon rétablissement à une Hilary Clinton manifestement malade — apparaissait comme le geste fair-play d’un grand seigneur, renforçant son influence.

     

    8. Utiliser les forces avec parcimonie et efficacité

    Un des aspects qui a permis la victoire des partisans de Trump est le fait qu’il ne se sont pas épuisés, et qu’ils ont utilisé leurs forces avec parcimonie et intelligence. Basé sur le volontarisme, sur l’attaque tambour battant, sur une agressivité redoublée, leur méthode leur permettait, par un certain coté sadique, de jubiler du désarroi qu’ils pouvaient causer. Au lieu de consommer leur l’énergie, ces attaques leur en donnaient, tandis que de sont côté leurs adversaires devaient panser leurs plaies et répliquer énergiquement. À chaque attaque, chaque raid, ils ressortaient renforcés.

     

    9. Disperser ses forces lors de la défensive, les concentrer lors de l’offensive

    N’ayant rien à défendre, pas d’énergie à consacrer pour démontrer la véracité d’attaque basées sur le mensonge, les attaquants n’avaient qu’à abandonner une voie bouchée par la contre-attaque, la laisser pourrir sur place, et attaquer ailleurs sur un nouveau sujet.

    Cette méthode clairement typique de la guérilla, qui consiste à se disperser continuellement et à ne se concentrer que pour attaquer, s’est retrouvée ici. Dans ce cas de figure, les raids acharnés, dès qu’un sujet se présentait — état de santé de Hillary Clinton, engagement des femmes dans le contingent d’appelés militaires, mails leakés, etc. —, tous les participants à la campagne, soutient directs ou non, se ruaient sur le sujet. Cela donnait une concentration de force et de puissance médiatique d’une efficacité redoutable. Et dès que le buzz était passé, un nouveau front pouvait s’ouvrir ailleurs.

     

    10. Ne pas chercher la victoire militaire mais politique

    Cette campagne n’a jamais menacé l’intégrité des médias américains. Elle n’a jamais menacé de causer un effondrement des empires des magnats de la presse, ni d’empêcher la publication de leurs informations. Elle ne le pouvait pas et ce n’était pas son but. Tout comme les Viêtminh, le FLN ou d’autres ne pouvaient détruire les armées en face d’eux, les activistes alt-right n’avaient pas les moyens de se substituer aux médias mainstream.

    Mais, à travers leur campagne, ils ont réussit à les déborder, à gagner politiquement l’électorat américain, en bref à gagner la partie politique. Bien que anti-establishment, ils ont formé un nouvel establishment autour de leurs mots d’ordres, de leurs conceptions nébuleuses xénophobes et réactionnaires. C’est un aspect qui est fondamental, c’est là où ils ont été victorieux.

  • L’ère du post-réel et la guérilla informationnelle. Partie 3: Pourquoi nous ne l’utilisons pas ?

    Pourquoi cette voie nous est fermée ?

    Un point essentiel, si ce n’est le plus important pour comprendre l’idéologie fasciste, dans toute sa variété, est d’intégrer une différence fondamentale avec toutes les idéologies progressistes et y compris avec le libéralisme, le royalisme, ou les autres idéologies constituées: C’est l’absence totale de recherche de la cohérence. Il est essentiel de comprendre le rapport très particulier qui unit les fascistes et leur propagande à la réalité. Dans Mein Kampf Hitler s’exprime ainsi: « Que dirait-on d’une affiche destinée à vanter un nouveau savon et qui dirait qu’il y a aussi d’autres bons savons ? On secouerait la tête. Il en est exactement de même en ce qui concerne la réclame politique » (Mein Kampf, édition allemande de 1935, page 200). De même, Rosenberg, l’idéologue du Parti Nazi, déclarait sans vergogne: « Il y a une conception catholique et une conception protestante de l’histoire. À côté des conceptions religieuses de l’Histoire apparaissent les conceptions nationalement teintées Nous croyons qu’il est temps d’annoncer une façon allemande de considérer l’Histoire. »

    Pour les fascistes la vérité est une chose qui se subordonne à leurs objectifs politiques. Il n’est pas nécessaire que les choses soient vraies pour qu’elles soient annoncées comme véridiques par leurs médias.

    La fachosphère se caractérise, dans son ensemble par deux choses : L’adhésion à la théorie du complot d’une manière générale, et la déformation, l’invention de faits. Les debunkers ainsi recensent une quantité astronomiques de faits inventés par les fascistes. On ne compte plus les centaines et les centaines de fausses nouvelles, de rumeurs, de complots annoncés par les Dreuz, les La gauche m’a tuer, les Sputniks, ou toutes autres officines d’extrême-droite.

    Sans rentrer dans les détails, le but de ces manœuvres est d’instiller, d’une part, un climat de peur et un sentiment d’encerclement, d’autre part de saboter tout point de repère dans la société. Les adhérents à la théorie du complot on ceci en commun qu’ils tendent vers l’atomisation, le sentiment d’impuissance, l’impression d’être dans la caverne de Platon. Cela pour les pousser à se raccrocher comme seul repère aux pseudo-lanceurs d’alertes fascistes. Sans qu’elle soient forcément issues de l’extrême-droite, toutes les théories du complot renforcent leur influence.

    L’extrême droite instille, emploie les « ils » énigmatiques, implante des germes d’idées réactionnaires partout, mais ne recherche pas la cohérence ni le développement d’idées complexes. Il est aisé pour eux de le faire, dans le sens où, même sans être concentriques ou convergentes, toutes les poussées réactionnaires vont dans leur sens. À chacun d’y voir ce qui lui plaît.

    Lorsque nous, communistes, fournissons une explication du Monde, à travers le matérialisme dialectique et à travers le matérialisme historique, nous nous attaquons à un grand chantier : casser l’idéalisme, le positivisme, le mysticisme. Parfois, les mécanismes sont même contre-intuitifs, demandent des préalables idéologiques et culturels, en bref, demandent aux individus de se dépasser eux-mêmes, leur demandent un travail ardu en terme d'acquisition de notions. Le "bon sens" populaire ne suffit pas.

    Rien de tout cela n’existe chez les fascistes, qui, eux, jouent sur des biais intuitifs, cognitifs. Le cerveau est quasiment programmé pour adhérer aux théories du complot, en cherchant des causalités là où il n’existe que des coïncidences, en s’attachant à trouver un sens cohérent et logique à tout. Or, cela, ajouté à la subjectivité, créé le terreau du complotisme et de la confusion.

    La bouillie fasciste est également facile à avaler et à digérer, elle ne demande aucune subtilité, et les fascistes entre eux ne cherchent pas à se prendre à revers, à tester leurs connaissances. Peu leur importe les « détails ». C’est une différentiation culturelle, là aussi, entre nous. La rumeur et le canular ne nous serviraient à rien, car nous avons besoin d’informations justes et fiables pour pouvoir transformer la réalité. Nous devons connaître le Monde parfaitement pour en saisir les rouages. De même, nous n’avons pas besoin de mentir. Il n’existe pas plus gros scandale que l’exploitation capitaliste. Inutile d’inventer de faux faits. La vérité est déjà révolutionnaire.

  • L’ère du post-réel et la guérilla informationnelle. Partie 2: Les acteurs de la désinformation

    Qui sont les acteurs de ces campagnes?

    Nous pouvons identifier 4 acteurs principaux pour ces campagnes: 

    1. Les transmetteurs

    Les transmetteurs n’ont qu’un rôle relativement passif, mais pourtant essentiel: ils diffusent les fausses nouvelles, les rumeurs, les canulars partout, y adhèrent et contaminent d’autres individus, rendant efficace la manœuvre. S’ils n’adhérent parfois pas à 100%, parfois même pas du tout aux valeurs et à l’idéologie des créateurs de ces fausses nouvelles, ils en sont les agents involontaires. 

    2. Les individus

    Le volontarisme est une base essentielle de la campagne de canulars sur Internet comme ailleurs. Beaucoup de ces individus, ceux qui, sur les imageboards américains, ont donné un élan considérable à la campagne de Trump, ont un profil relativement similaire.

    Beaucoup de ces sites sont anonymes. Pour autant, grâce aux sondages que font eux-mêmes les contibuteurs, il est possible de dresser un portrait sommaire. Ils sont d’une manière générale assez jeunes, entre 15 et 35 ans,  caucasiens "blancs" de classe moyenne, des suburbs. s’ils [le ratio hommes/femmes est très disproportionné] ont un niveau d’étude au dessus du lycée, ils sont composé en grande partie de drop-out, de gens ayant abandonné l’université avant d’être diplômés.

    Beaucoup sont des parasaito shinguru, de leur propre aveu. Des célibataires parasites qui vivent toujours chez leurs parents malgré un âge avancé, avec une tendance à la désocialisation, une prévalence importante des troubles psychologiques. Idéologiquement, le nihilisme teinté de darwinisme sociale, ainsi que l’influence des idées suprématistes blanche sont très importantes.
    En somme, ce groupe d’individu représente une part de la petite-bourgeoise étatsunienne en déclassement complet, en décomposition rapide. La frayeur de devenir des white trash, dans ce monde en crise, les pousse souvent à pointer du doigt les immigrés, les noirs, les musulmans etc.

    Pour autant, s’ils sont influencés, c’est aussi grâce à l’effet de distanciation lié à l’écran. Seuls, atomisés, ils se laissent facilement prendre au jeu, d’autant que les initiateurs leur ressemblent, ou du moins, au minimum, le prétendent. Beaucoup créent, publient, participent à des raids sans conscience politique théorisée, souvent pour s’amuser. Lors de l’élection de Trump, beaucoup l’ont interprété comme une revanche sur la vie, comme la possibilité de participer à quelque chose de grand. Ce sont pourtant ces individus qui forment une masse importante de l’armée de publication de rumeurs et de campagnes racistes.

    3. Les militants et organisations

    Le Parti Républicain en tant que tel s’est relativement peu mouillé dans l’affaire. Il est resté sur une ligne traditionnel d’affrontement partisan, de « guerre classique », sans suivre la tactique qui s’est développée autour de Trump. Fox News, ainsi, pourtant alliée traditionnel des réactionnaires et des néoconservateurs, s’est attirée les foudres des pro-Trump, en restant trop timorée.

    Les Tea-parties eux-même, pourtant très virulents à l’égard de Barack Obama et de Clinton, ont été, eux aussi, débordés par des éléments plus radicaux et plus agressifs. Ce sont justement ces derniers qui ont fait pencher la balance: les alt-rights.

    (source de l'image: Ben Garrison)

    Le caricaturiste d’extrême-droite Ben Garisson, connu pour ses dessins racistes, souligne ce débordement : Trump résistant aux néoconservateurs, aux Social Justice Warriors et aux Mainstream Medias. Au final, un front uni s’est formé derrière Trump, composé de nombreux activistes réactionnaires radicaux, organisés en associations ou non, mais également d’officines comme le Ku Klux Klan tout comme des organisations plus petites comme le Parti Nazi Américain, lequel titrait, sous la plume de son président:  "I wrote from the beginning of Trump’s campaign, you can look it up in the Archives of these ANPReports, that Trump would WIN — White America was ANGRY and READY to support a politician who dared speak as Trump did, whether he sincerely MEANT what he said or not. The system’s controlled MEDIA went overboard in ridiculing me in their to-be-expected hit pieces. THEY knew BETTER…lol. In all honesty, there OUGHT to be a LOT of job vacancies within the World of Zog – and that goes for ALL “sides” of the supposed “political spectrum” — Democrud AND Republirat."  Sans rentrer dans les détails du style particulier d’écriture, deux aspects reviennent de manière importante: L’Amérique Blanche se soulève face aux médias accusés de sionisme militant. Rengaine classique, mais qui explique le fait que beaucoup d’organisations se sont basées sur leurs propres réseaux plutôt que sur une communication à travers les médias traditionnels.

    Les microchaînes comme Infowars, dirigée par Alex Jones, ont eu un impact très important dans ce cadre là. Véritable mercenaire de l’information — son site abritant d’ailleurs une bien étrange boutique de produits de santé — cet acteur a pris un poids de plus en plus prépondérant. D’abord moqué pour son style caricatural et ses hurlement, il s’est doté d’un auditoire de plus en plus large et varié, augmentant son influence, également par le truchement des réseaux sociaux. Pourtant, le traitement de l’information y est indéniablement faussé, et ce de manière caricaturale. Sur la situation au sein de L’État Français, nous pouvons ainsi trouver un article du 6 Août 2016 mentionnant une attaque de bus, incendié aux cris de « Allahou Akbar », tandis que la source de l’article indique un simple acte de vandalisme, commenté en ces termes: « Cet acte de vandalisme, prémédité et gratuit et dont les conséquences auraient pu être dramatiques fait suite à une tentative d’homicide sur un ouvrier par un jet de cocktail Molotov vendredi 22 juillet, et au saccage de des parties communes d’immeuble du bailleur Plaine Commune habitat » rappelle le maire (PC) Didier Paillard. Nous sommes loin de la guerre des races. La encore, la désinformation, l'interprétation règne.

    4. Les États

    Un appui colossal à été donné aux forces réactionnaires américaines — mais aussi dans l’Etat Français — par certains États, au premier chef desquels la Russie de Vladimir Poutine. La Russie, qui cherche à reprendre une place importante au point de vue international et géopolitique, a lancé récemment une gigantesque campagne de déstabilisation des États Européens.

    La pensée géopolitique de celle-ci est cohérente et efficace. Elle s’articule autour du concept de la Maskirovka, le camouflage opérationnel. Consciente de son infériorité en terme de puissance face à ses concurrents, la Russie utilise une ruse élaborée. Il s’agit de brouiller les cartes de l’adversaire, de ne pas permettre de déterminer le vrai du faux, de répandre un brouillard de guerre épais et impénétrable. L’expérience démontre que les services de renseignement peuvent facilement trouver un signal au milieu du désert informationnel. En revanche, il est quasiment impossible pour eux de se repérer lorsque ce signal unique est caché au milieu de centaines d’autres signaux contradictoires, occupant tout l’espace. Plutôt que de cacher, brouiller en sur-émettant. Au lieu de retenir les informations, les noyer au sein d’autres informations non-pertinentes.

    En se dotant d’agence-presse telles que Russia Today, Sputnik, Russia  beyond the headlines, auxquels collaborent les extrême-droites locales, le Kremlin s’est doté de relais efficaces dans la désinformation. Ainsi, en pleine crise Syrienne, Sputnik a prétendu que la Chine avait envoyé son porte-avion en mer Méditerranée pour aider le régime de Bachar Al-Assad, avant de se rétracter sans faire de vagues. Il reste des traces de cette nouvelle sur la fachosphère, l’envoi restant présenté comme un fait, alors que le Liaonning était à ce moment précis en entretient.

    (Source de l'image: Breizh Attao)

    Les hackers russes ont également joué un rôle prépondérant dans l’élection de Donald Trump, en faisant fuiter plusieurs milliers de mails de Hilary Clinton, par l’intermédiaire de Wikileaks, dont ils ont très bien compris l’utilité. Bien qu’il soit quasiment sûr que ces mails soient authentiques, leur relâchement, à cette période là, est probablement une des plus audacieuses campagne de déstabilisation d’une élection par un autre État.

  • L’ère du post-réel et la guérilla informationnelle. Partie 1: Internet contre la vérité.

    Grand débat d’actualité à la suite de l’élection de Donald Trump, la question de la véracité des informations partagées par les médias sociaux dévient de plus en plus brûlante.

    Bref retour en arrière : L’élection du sulfureux milliardaire a été la conclusion d'une campagne qui, aussi étonnant que cela puisse paraître, a été menée du faible contre le fort. Pourtant, grande majorité des médias traditionnels se montraient plutôt hostiles au candidat républicain. Elle a été un modèle de probité, alors qu'en général, les campagnes électorales américaines favorisent la dépense de sommes colossales.En somme, elle a été le rêve de l'investisseur: un rendement élevé pour des dépenses minimes.

    Que s’est-il passé ? Les analystes qui prédisaient la victoire — logique — de Clinton ont fait un travail de sous-estimation constant des moyens de communication et des méthodes de communication de celui-ci.

    Les petites chaînes d’information par le web, comme Infowars, dirigé par Alex Jones ont joué un rôle. De même, la sous-culture internet, l'utilisation et la maîtrise particulièrement aiguë de la mémétique ont permis une diffusion très large, et un discours calibré pour les public-cibles. Comptant sur le volontarisme des supporteurs, sur des méthodes qui sortent des sentiers battus, ces moyens ont assuré un audimat fort.

    La raison ? Les fausses informations, les déformations, l’aspect satyrique ou parodique de la politique, en bref, le caractère fondamentalement peu sérieux de la méthode employée.

    Pour autant, la bourgeoisie a, dans ce cas de figure, beau se défausser sur les fascistes, elle possède une responsabilité énorme dans cette abolition de la réalité comme paradigme.
    Que les États et les médias mentent, parfois, cela va sans dire, cela arrive. C’est une politique de diplomatie, de communication, une manière de faire passer les pilules amères et de se sortir d’un mauvais pas. Mais pour autant jusqu’à présent, une certaine confiance pouvait être accordée à un certain niveau d’expertise ou de compétence. Dans le domaine scientifique, par exemple, la norme restait d’attribuer un indice élevé de confiance dans les recherches et publications.

    Pourtant, de nombreux scandales montrant l’imbrication de la science avec les intérêts bassement économiques ont contribué à saper toute confiance. Que cela fusse le fait que le Canada — grand pays exportateur d’amiante — en plein scandale, produise des études montrant l’innocuité de cette matière ; les études sur l’obésité ôtant toute responsabilité à l’alimentation, financées par la société Mars; le scandale récent d’une campagne de fond du « lobby du sucre » pour imputer les problèmes de santé aux graisses saturées et s’exempter de tout rôle, les exemples ne manquent décidément pas. L’intrusion de l’intérêt privé dans la recherche, la subordination de celle-ci aux intérêts patronaux, tout ceci révèle bien le caractère fondamentalement pourrissant du capitalisme. Son caractère de chape de plomb sur le développement des forces productives et sur l’entrave qu’il présente dans la recherche.

    De même, les émissions de télévision abrutissantes et mensongères, avançant des thèses sur les « crânes de cristal », les soirées de l’étrange, etc., tout comme les reportages sur de prétendus inventeurs miracle ayant réussi à contourner les lois de la thermodynamique, non décidément, la bourgeoisie a bel et bien enterré à son tour la vérité, tout comme l’obscurantisme religieux avant elle.

    Une diffusion puissance mille

    La forme que prend la diffusion de l’information, à l’heure actuelle, rend très aisément les plus larges masses vulnérables aux canulars, aux hoaxs, à la désinformation, au mensonge et aux théories du complot.

    Les légendes urbaines répandues par les fascistes, les agitateurs d’extrême-droite ou d’agents réactionnaires, ont quelque part toujours existés, entre les progroms des cent-noirs, le procès des sorcières de Salem, ou les juifs empoisonneurs de puits pendant la peste,les racontars d’ampleur ne datent pas d'hier. Pour autant, contrairement à cette époque, nous disposons maintenant de la possibilité, dans une grande partie des cas, de pouvoir vérifier, croiser les sources, trier les informations et faire éclater la vérité. Pour autant possibilité ne signifie pas que cela se fasse systématiquement.

    Internet et le ratio bruit/signal 

    Le développement d’Internet a donné un coup de fouet titanesque à la production de données et d’informations, et à la possibilité de pouvoir les diffuser. Cela s’est accéléré d’autant plus avec l’arrivée du Web 2.0, du web collaboratif, des réseaux sociaux. L’idéologie bourgeoise est dominante sur Internet, ainsi que l’anticommunisme, ceci n’est nullement une panacée qui révolutionne le Monde, contrairement à ce que certains naïfs peuvent croire. Le Monde du partage du savoir n’entraîne pas celui des richesses et des moyens de production.

    Mais Internet a été, pour nous communistes, le moyen de redécouvrir également notre histoire, de faire renaître, grâce à ceux qui ont numérisé tous les classiques, notre idéologie. Nous en avons bénéficié, il est vrai.

    Pourtant, les grands gagnants sont pour autant les fascistes et l’extrême-droite. Ils sont ceux qui ont qui ont intégré cet outil avec la plus grande efficacité et ont pris un poids prépondérant sur la toile. N’étant nullement à la recherche de cohérence idéologique, les fascistes instillent leur idéologie partout où la parole leur est donnée. Or, Internet a transformé les pratiques culturelles ainsi que le rapport à l’information et aux médias.

    Sans faire un fétichisme du livre, avant les années 2000 et la démocratisation d'internet, le papier formait le support principal d'expression de l'idéologie.

    Les tubes, Dailymotion, Youtube, ou d’autres plus spécifiques, ont créé un nouveau format : le clip politique. Cette manière de communiquer a eu deux effets concomitants :

    Le premier est que les séries de vidéos pouvaient désormais suffire, pour leurs partisans, à former un fond idéologique cohérent et complet. Beaucoup plus aisément que par les fastidieuses lectures, beaucoup plus que par un travail intellectuel. Un amateur comme Alain Soral pouvait ainsi mettre en place une véritable nébuleuse hypnotisante et devenir le gourou de sa petite secte.
    La valeur de ces entretients, sans sources, sans fond scientifique et historique est maintenant mis sur le même plan que les travaux des véritables chercheurs. La vidéo d’Alain Soral sur les chambres à gaz a entraîné une réponse du site PHND — Pratiques de l’Histoire et Dévoiements Négationistes —, réponse détaillée et argumentée, mais dont la portée en terme de lectorat, son audimat, est incomparablement plus faible.

    C’est le deuxième aspect, l’immédiateté de l’accès à l’information entraîne une boulimie incontrôlée de celle-ci. Si nous avons des reproches à faire à Guy Debord, il est difficile de nier que la société du spectacle met le doigt sur des aspects justes. La politique-spectacle, faite de punchlines, de couleurs, facile d’accès et facile à digérer a entraîné, par effet mécanique, des effets sur la recherche de l'information. Aux livres se substituent les articles de blog, à ceux-ci les vidéos Youtube. De plus en plus, le titre même de la vidéo finit par devenir un argument en soi. La présomption du contenu dépasse maintenant le contenu.

    C’est un raz-de-marée titanesque, à tel point que Ici Radio Canada déclare, appuyé par Buzzfeed et d’autres médias, que les fausses nouvelles ont désormais dépassé les vraies en terme de partage.

    (Source de l'image: Buzzfeed)

    Plusieurs journaux, dont le site parodique Nordpresse ont tenté des expérimentations, démontrant que ceux qui partageaient les liens n’allaient pas plus loin que la première ligne. Celle-ci servait de caution à leurs arguments, sans considération aucune pour le contenu réel, souvent en contradiction avec la headline. Dans le même ordre d’idée, il existe des milliers de vidéos Youtube d’extrême-droite sous des titres aguicheurs tels que « F. Philippot détruit un musulman », mais dont le contenu, pourtant, est plus que décevant et sans commune mesure avec le titre. Des vidéos comme celle-ci, des milliers existent.

    (source de l'image: Youtube)

    Or, cette vidéo est — à la limite— une interprétation des faits; désormais certains documents se basent même sur de l’invention complète. Nous n’allons pas aborder ici les reportages anti-communistes donnant des sources qui n’existent pas, qui sont romancés, marqués idéologiquement, ou tronqués, nous resterons sur l’actualité.

    Si les faux existent depuis longtemps, entre l’accusation de Philippe le Bel contre les Templiers, lesquels seraient au service de Baphomet, le protocole des sages de Sion et les « Mosquées souterraines de Orly », leur diffusion est devenue logarithmique.

    Entre les théories du complot et les fausses rumeurs, le but est de créer un sentiment d’encerclement et d’État de siège, dans lequel la direction de L’État est déjà aux mains de l’ennemi, et où toute personne est suspecte de participer à cette manœuvre. Cela atomise les individus, leur empêche de comprendre leur situation, rabaisse leur niveau d’appréhension de la réalité à la subjectivité la plus totale et la plus paranoïaque, en un mot, les brisent.

    Chaque nouvelle non vérifiée ou non vérifiable augmente tendanciellement l’influence de ces groupes et de ces organisations sur la société. C’est un devoir militant de les dénoncer et de les chasser. Dans notre activité de militants progressistes et révolutionnaires, il est essentiel d’avancer prudemment des conceptions et de ne jamais se laisser guider par l’appât de la fausse nouvelle.

    Ironie de la chose, parfois les lignes se brouillent tellement qu’un retour de flamme s’opère: l’État Islamique compte beaucoup sur cette propagande, sur le complot des croisés contre le monde musulman. Or, en rendant poreux l’esprit de ses cibles, cet acteur a également rendu ceux-ci réceptifs à la conception selon laquelle l’ÉI serait une création américano-israelienne, et donc un ennemi des peuples du Moyen-Orient. 

    Source: http://www.debunkersdehoax.org/syrie-15-5-intoxs-de-l-extreme-droite-sur-les-refugies-breizh-infos-valeurs-actuelles-et-autres [Que nous vous invitons vivement à soutenir politiquement et financièrement, ils-elles font un travail fantastique.]