Étiquette : Extrême-droite

  • L’extrême droite haineuse et violente défile en toute impunité à Lyon. Fermons les locaux fascistes !

    L’extrême droite haineuse et violente défile en toute impunité à Lyon. Fermons les locaux fascistes !

    Vendredi 21 octobre 2022, une centaine de membres de l’extrême-droite radicale a pu organiser, sans réponse immédiate des pouvoirs publics, un rassemblement et une manifestation en soirée en plein centre-ville de Lyon, scandant des slogans tels que « immigrés assassins », des appels au meurtre comme « les gauchistes à mort » et le cri de ralliement néonazi « Europe, jeunesse, révolution » ! Ce débordement coïncide avec la soirée des 10 ans organisée à la Traboule, siège de l’ex-organisation Génération identitaire dissoute pour provocation à la haine et discrimination.

    Les Lyonnais·e·s avaient déjà dû subir un rassemblement de catholiques intégristes et de divers groupes d’extrême droite devant le palais de justice de Lyon mercredi 19/10, puis un rassemblement de zemmouriens et autres racistes le lendemain au même endroit. Les charognards politiques sont présents partout pour faire un maximum de récupération à travers leur idéologie raciste et xénophobe, et attiser la haine suite à l’horrible meurtre de la jeune Lola. Depuis l’ouverture de ces locaux il y a 10 ans, les Lyonnais·e·s attendent des actions de la Mairie et de la Préfecture. En ce début de semaine, la Mairie a enfin réagi par un courrier interpellant le Président de la République, afin de demander la fermeture des locaux fascistes et la dissolution des Remparts (voir note en bas). La Préfecture a saisi le Procureur de la République en réaction aux propos scandés lors de la manifestation. Ces paroles doivent très rapidement être suivies d’actes concrets permettant la fermeture de ces locaux. Nous suivrons avec attention les suites de ces prises de position du Maire de Lyon et du Préfet du Rhône. De notre côté, nous n’attendrons pas un·e mort·e pour qu’enfin la Traboule et l’Agogé soient fermés ! Nos organisations vont continuer leur travail de vigilance, d’information et de riposte face à l’extrême droite, pour la fermeture des locaux fascistes sur le territoire. Signataires :

    Alternatiba, CNT 69, Ensemble MAGES !, LFI 69, FSU 69, Jeune Garde, LYEC, NPA, PCF, PG 69, Solidaires 69, UC, UCL Lyon

    Plus d’informations sur le contexte lyonnais : Comment expliquer qu’une telle manifestation ait pu avoir lieu ce vendredi ?

    Plusieurs éléments montrent un laisser-faire total de la part des autorités :

    • Alors que Génération Identitaire est dissoute, son local, bar et salle de réunion La Traboule et sa salle de boxe dite identitaire L’Agogé continuent de fonctionner sous couvert d’une autre appellation, Les Remparts. Dissoudre une organisation ne suffit plus, il faut réellement mener le travail de fermeture des locaux fascistes, et interdire les associations satellites qui leur permettent de continuer à utiliser ces locaux librement.
    • Ce vendredi 21 octobre était organisé dans cette même Traboule une soirée annoncée publiquement (sur les réseaux sociaux) comme la célébration anniversaire des locauxdu groupe dissout… La Traboule est un bar qui ne peut légalement accueillir que 88 personnes maximum mais cette jauge est régulièrement dépassée. De plus, il contribue aux expéditions violentes dans les quartiers du Vieux Lyon et de Croix-Rousse. Ce local permet en effet aux militant·e·s fascistes de s’organiser pour mener ces attaques : ce schéma est connu et nous alertons depuis trop longtemps sur le sujet.
    • Étaient donc attendu·e·s à la Traboule pour cette soirée anniversaire un certain nombre de fascistes et autres néo-nazi·e·s, venu·e·s de plusieurs villes de France et d’Europe, qui pratiquent l’intimidation, les slogans racistes, les appels au meurtre et de multiples incitations à la violence. Nombre d’entre elles et eux y ont été reconnu·e·s et sont membres d’organisations interdites ! Cela ressemble fortement à une reconstitution de ligue dissoute.

    Alors que tous les groupuscules et partis d’extrême-droite essaient de récupérer le meurtre de Lola pour en faire un argument raciste contre les personnes non blanches, comment les autorités n’ont-elles pas anticipé cette action pourtant bien prévisible ?

  • Le Conspirationnisme – brochure.

    Le Conspirationnisme – brochure.

    Après un travail de plusieurs mois, nous publions cette brochure. Elle est, il nous semble, importante, car elle traite d’un sujet omniprésent : le conspirationnisme.

    La croyance dans des complots n’est pas quelque chose de nouveau. Les légendes urbaines, les rumeurs, sont nées en même temps que les sociétés et que les civilisations. Elles participent à la création de mythes, de superstitions, d’un corpus religieux. Elles contribuent également à des épisodes de violence paroxysmique, dans lesquels ces rumeurs, ces canulars et ces mythes servent d’exutoire aux peurs et aux tensions. Il ne faut pas les sous-estimer. Cependant, le développement progressif des moyens de communication, puis l’immense boom du développement des sociétés de l’information, ont donné un allant sans précédent à ces interprétations du monde. Il a existé des complots et des conspirations, c’est indéniable. Mais le conspirationnisme, l’analyse du monde qui fait du complot le moteur de l’histoire, est quelque chose de substantiellement différent.

    Dans ce travail, nous proposons une analyse du conspirationnisme. Depuis ses origines biologiques et sa présence naturelle dans la société jusqu’à son utilisation politique consciente ou inconsciente. Utilisation toujours dangereuse, toujours tendanciellement réactionnaire. L’extrême droite en a fait son épée, mais ces raisonnements contaminent. Nous, notre camp, notre courant politique, n’en sommes absolument pas exempts. Beaucoup piochent dans un inconscient conspirationniste dans lequel les adversaires et les ennemis sont décrits sous des traits bien connus : ceux qui diable chrétien. Séducteurs, déloyaux, menteurs, diaboliques dans leurs intentions comme dans leurs moyens. Une vision du monde manichéenne et caricaturale, laquelle nous prive de comprendre en profondeur notre monde.

    Nous avons fait le choix de traiter longuement non seulement notre propre contamination que les effets que celle-ci a pu avoir par le passé. Ainsi, nous clôturons notre travail par un point sur l’influence du conspirationnisme et des raisonnements paranoïdes dans les expériences socialistes et, en premier lieu, dans l’URSS de la période stalinienne. Si nous n’épargnons pas d’autres courants, nous ne nous épargnons surtout pas nous même : nous avons un long travail à réaliser pour être meilleurs et pour expurger le conspirationnisme de nos raisonnements. C’est ainsi qu’il sera possible de l’expurger de la société par la suite.

  • Papacito et le fascisme internet. (1/2)

    Papacito et le fascisme internet. (1/2)

    Dans une vidéo Youtube, depuis retirée, le youtubeur d’extrême-droite « Papacito » et Code Reinho, un fanatique d’armes, se sont mis en scène. Dans une parodie d’exécution, ils ont tiré sur un mannequin vêtu d’un T-shirt avec des inscriptions telles que « Je suis communiste » ou « Dhimmi ».

    Cette vidéo n’est en soit qu’une élucubration de plus. Si elle va un peu plus loin dans la décomplexion de la violence, elle n’en est pas moins une simple vidéo de plus. Elle n’est pas la première opération du provocateur « Papacito », qui s’est fait contraire pour plusieurs appels à la violence. On peut ainsi se rappeler de son #monteuneéquipe qui appelait à organiser des agressions contre les militantes et militants d’extrême-gauche.

    Il y a deux choses dans cette vidéo : d’une part, la bouffonnerie, de l’autre le sérieux.

    • Ugo Gil Jimenez, alias Papacito, est un bouffon au sens premier du terme. C’est un producteur de divertissement réactionnaire. Il a beau porter « le même treillis que mettaient les types qui allaient faire des crimes de guerre dans les villages vietnamiens », il n’en demeure pas moins que nous savons très bien qui a remporté cette guerre. Et les siens se sont rendus.
    • Cette culture Youtube, cette mise en scène virile, guerrière, est effectivement porteuse pour un certain public désœuvré, frustré, perdu devant un monde qui semble dénué de repères et de sens. Car le public auquel s’adresse cette rhétorique n’est guère le surhomme Nietzschéen.
    • Il ne produit pas des discours particulièrement construits, particulièrement intelligents, mais sa bouffonnerie contribue à alimenter un espace culturel. Et cet espace culturel, nébuleux, prend de l’importance. Elle draine inlassablement de nouvelles personnes vers les réseaux d’extrême-droite, notamment en jouant sur quelque chose que la très grande majorité de la gauche ne sait pas faire. Le « franc-parler », gouailleur, de l’extrême-droite est quelque chose qui reste sa chasse gardée.
    • Il n’y a pas de mystère à cela : les organisations de gauche proposent des modèles théoriques et des déclinaisons idéologiques de celui-ci, tandis que la droite se contente d’une weltanschauung, une vision du monde. Elle n’a pas besoin d’être cohérente, elle n’a pas besoin d’être logique, mais elle a besoin d’être vendeuse. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si des champions du marketing, comme le Dr. Franz Alfred Six, Brigadeführer-SS et chef du marketing de Porsche. Offrir à un public vulnérable, esseulé, ce qu’il veut entendre, un discours calibré pour l’individualisme et la vengeance, est une grande spécialité de la droite radicale.
    • Le format Youtube et les vidéos aux montage hachuré, les argumentaires mille-feuille, sont des supports qui correspondent parfaitement aux moyens et aux fins des fascistes : ils ne sont pas dans l’explication de fond, mais sont dans une agitation/propagande basique, énergique, mobilisatrice. D’ailleurs, l’importance de ces médias n’a pas échappé aux cercles du pouvoir. Le concours d’anecdote de Mcfly et Carlito et le concert d’Ultravomit dans le jardin de l’Élysée rentre dans ce cadre une apothéose du spectacle politicien, basé uniquement sur l’image, et niant totalement le fond politique.
    • Il faut prendre avec sérieux l’influence croissante et la capacité de diffusion des idées de personnage aussi ridicules que le boutiquier Soral ou que le clown Papacito. La sous-estimation de leur portée est un véritable danger. Ils le sont, car, contrairement à ce que leur posture de dissident ou d’outsider laisse supposer, ils bénéficient d’une complaisance et d’une complicité tacite de la part des autorités et des institutions. Même le gratin des intellectuels et des philosophes français (Onfray, Finkielkraut, Enthoven) est derrière eux. Ils adoubent ce programme de « régénération » du pays. Ce n’est pas qu’ils soient particulièrement intelligents, bien au contraire, c’est qu’ils représentent des options qui pourraient être utiles si jamais une crise de régime s’installaient.

    La vidéo en tant que tel est à l’image de l’extrême-droite française : une exacerbation d’une virilité qui camoufle mal sa fragilité, son inquéitude devant un monde qu’elle ne comprend plus, qui lui échappe. Un monde dans lequel sa vision pétrifiée du passé, un passé inventé, fantasmé, ne trouve pas prise. Déjà, c’est cet univers sombre, de peur, d’anxiété, guidait les Akadamikern nazis. Aujourd’hui, les bas de plafond fascistes emboîtent le même pas : celui de la crainte de l’effacement. Rien de neuf sous le Soleil Noir en somme.

    Si nous devons déterminer qui est « le fragile », posons-la question ? Est-ce que ce sont ceux et celles qui mettent leur confiance dans la grande majorité de la population, qui mettent leur confiance dans la possibilité de s’émanciper autour d’un projet universel, de résoudre les maux, les problèmes, d’aller vers l’espace ? Ou est-ce que ce sont les nostalgiques des Wisigoths, qui veulent se replier sur leurs fiefs, leurs terres, leurs paroisses, en étant terrifiés d’un peu trop de mélanine ?

    Mais ce qui est par contre révélateur, c’est l’inégalité de traitement.

    Lorsque la police commet des crimes, lorsque des tueurs à gage sont embauchés pour liquider un syndicaliste, ou lorsque des clowns fascistes font ce genre de vidéos, les réactions sont ténues. Dès que l’extrême-droite organise une action brutale, tout est mis en œuvre pour minimiser les faits. Les mobiles politiques, idéologiques, racistes… sont systématiquement minimisés, la dimension individuelle, psychologique est exacerbée. Quant aux responsabilités extérieures, à l’encouragement de la part d’agitateurs et de provocateurs, elles ne débouchent sur rien.

    Imaginer l’inverse paraît fou. Imaginons le symétriques de ces actions et de ces discours, tenus par des minorités ou par l’extrême-gauche : cela serait un déferlement de haine et de brutalité.

    Un exemple : En 1972, la gauche propose un programme commun. C’est un programme réformiste assez basique et celui-ci est d’ailleurs une grande défaite stratégique pour le PCF. Pourtant, il condense certains espoirs dans la population, et la bourgeoisie, contrairement à l’élection de Hollande, n’a pas besoin de l’alternance. Elle initie un immense mouvement de fond au sein de la société pour lutter contre l’influence des idées de gauche dans la société. Cela se traduit pas un soutien sans failles à toutes les tendances anticommunistes, à tous les penseurs réactionnaires, pseudo-gauchistes, mais en réalité de droite. Si une élection suffit, qu’en sera t’il du jour où les révolutionnaires seraient en force.

    Pour le moment, que représente le mouvement gauchiste ?

    Que pèse le mouvement gauchiste en France ? Est-il une menace pour l’État ? Pour le moment non. La grande majorité des groupes politiques ont des audiences restreintes. Ceux qui ont su s’accroître restent dans le flou stratégique ou se divisent, comme le NPA, qui connaît une série de crise internes. Tactiquement, les groupes autonomes peuvent donner du fil à retordre à la police. Mais la menace gauchiste, le risque d’un nouveau 1871 est pour le moment assez faible.

    Nous pensons que cette vidéo est à la fois une insulte, mais aussi un miroir tendu vers nous-mêmes et vers l’image que renvoient la gauche parlementaire et extra-parlementaire. Cette image est déformée, brouillée par une grille de lecture abjecte, mais elle est néanmoins un miroir.

    Les « gauchistes seront démunis si quelque chose de pas prévu se passe dans les années prochaines» déclare « Papacito ». Il y a du vrai. Les mouvements révolutionnaires ne se sont pas forcément renforcés ces dernières années. Elle nous renvoie à nos propres faiblesses, notamment le fait de courber l’échine sous les injonctions morales exigées par la bourgeoisie. Injonctions qui ont été dictées au nom de l’anti-totalitarisme et de l’anti-communisme. Ce sont des injonctions à ne rien entreprendre de sérieux, de menaçant, à essayer d’être les gentils de l’histoire.

    Plus le temps passe, plus ces injonctions morales deviennent des poisons qui entravent le but des mouvements révolutionnaires : remporter la victoire définitive contre le capitalisme, l’impérialisme et les formes d’exploitation et de colonialisme.

  • Samuel Paty.

    Samuel Paty.

    A la suite de cet attentat particulièrement brutal, nous avons voulu nous accorder un délais de réflexion avant de nous exprimer. L’emportement et la précipitation entraînent (comme on l’a vu avec Mélenchon) des propos inconsidérés, lesquels peuvent s’avérer contre productifs.

    Nous exprimons nos condoléances envers les proches, les amis, la famille et les collègues de Samuel Paty. Cela nous semble être le point fondamental préalable à tout propos.

    Nous condamnons cet acte terroriste sans réserve. Nous le condamnons pour son caractère horrible et sa brutalité. Décapiter de sang-froid un individu, un inconnu, après l’avoir traqué, est un acte propre à frapper d’effroi, un cauchemar éveillé.

    Nous le condamnons également pour les conséquences qu’il aura à plus ou moins court terme. Il est un acte intégralement négatif, dont les répercussions frapperont tant les musulmans – que le terroriste prétendait défendre –, les mouvements démocratiques et sociaux, que les enseignants eux-mêmes.

    Suite à cet assassinat, de nombreux rassemblements ont été appelés. Parfois le fruit de syndicats enseignants, mais également parfois spontanés. La réaction de rejet populaire, général et massif du terrorisme est à saluer. Elle est importante dans le processus de guérison et de résilience. En dépit de la situation sanitaire qui se dégrade de jours en jours, cette mobilisation a été large et très suivie. Il est notable qu’il n’y ait pas eu d’incidents au cours de ceux-ci, aucun acte de haine à l’encontre des musulmans ou des musulmanes venus aussi témoigner de leur horreur.

    Si la mobilisation a été importante et positive, elle a également attiré une cohorte d’opportunistes et d’agents de la haine et de la division. Dans ces grands rassemblements, la question se pose : quelle classe, quel courant politique, aura l’hégémonie ?

    Car, si ici les voix étaient celles de l’apaisement et de l’union, ailleurs, sur les plateaux télévisés, celles de la division et de la haine ont dominés. Des individus, des courants politiques, qui auparavant vouaient seulement du mépris aux enseignants et aux enseignantes, se sont emparés de Samuel Paty. Ils en ont fait leur étendard. Nous pouvons affirmer sans trop prendre de risques que ce professeur incarnait, socialement et idéologiquement, l’inverse total des Morano, des Zemmour et des Valls.

    L’occasion est trop belle : Les réactionnaires sont prêts à assassiner une seconde fois Samuel Paty pour nourrir leurs projets politiques racistes.

    « Expliquer, c’est justifier ». (Valls)

    Nous ne voulons pas minimiser l’existence d’un risque terroriste. Nous ne faisons pas d’angélisme. La société capitaliste, en particulier en période de crise, est violente, cruelle, impitoyable. Elle fragmente les individus, les jetant dans la misère, dans le désespoir et la violence.

    Manuel Valls avait dit, en 2015, que « expliquer c’est justifier ». C’est superficiellement vrai. Essayer de comprendre la trajectoire de radicalisation d’un individu fait qu’on ne peut plus le rejeter dans la catégorie des « monstres » et des anomalies. Le terroriste, le radicalisé, l’assassin, le criminel ne nous apparaît plus comme un « autre », mais comme un reflet de nous même.

    Manuel Valls pense, comme d’autre, qu’il n’y a pas besoin de comprendre pour lutter contre. Mais c’est aussi parce que M. Valls ne se donne pas d’autres objectifs que de gérer le risque terroriste (et de l’utiliser comme argument pour justifier son existence politique). Nous, en revanche, nous voulons y mettre un terme de manière définitive et radical.

    D’autres prétendent le faire. Mais en réalité, ils placent implicitement une élimination physique de certaines catégories de la population comme condition nécessaires à leurs projets. Nous non. Nous pensons qu’il faut connaître les racines profondes de ce mal, de ce ressentiment, de cette colère qui finit par exploser, engloutissant des innocents. Au « Expliquer, c’est justifier », nous répondons « expliquer, c’est comprendre, comprendre c’est pouvoir agir. »

    L’agresseur ayant été abattu par la police, il n’y aura pas de procès qui puisse permettre de comprendre plus en détail, d’analyser, d’étudier, le cheminement d’un jeune tchétchène de 18 ans vers un acte aussi brutal. Nous ne pensons pas, comme Mélenchon l’avait mentionné, que cela soit lié à son ethnie comme nous ne pensons pas non plus que cela soit profondément lié à l’Islam, contrairement à ce que l’on veut faire croire.

    L’islamophobie nourrit l’islamisme le plus réactionnaire.

    Si l’islamisme, contrairement aux fantasmes de la part d’une grande partie du monde politique, est lié à l’extrême-droite, il possède une différence importante dans leur point de départ. Les chemins qui amènent des Anders Brievik ou des Brendon Tarrant à commettre des tueries sont ceux de dominants qui sont terrifiés de perdre leur position dans la société. Ils estiment que leur mode de vie, que leur civilisation, que leur ethnie est encerclée, menacée d’extinction. Chez les musulmans, c’est l’idée d’un combat pour la survie d’une minorité, pour se défendre contre l’anéantissement. Si l’un part d’ « en haut » et l’autre d’ « en bas », les deux se rejoignent, et se répondent.

    Si on se pose la question du « qui de la poule ou de l’œuf », la réponse est relativement aisée : les fascistes, les suprémacistes, les xénophobes possèdent une mainmise sur l’appareil d’État, sur les institutions, sur les forces de répression et sur la justice. Ils « jouent à domicile » et possèdent un avantage écrasant par leur classe sociale.

    Avant, ils parlaient de race, aujourd’hui, ils ont appris à contourner le racisme en parlant de religion. Mais le fond reste le même. Ils considèrent qu’une partie de la population de France est inassimilable, incompatible, et donc à liquider.

    Ces institutions paraissent hostiles ou indifférentes. Personne n’est venu représenter le gouvernement devant les mosquées brûlées de Lyon, tandis que Darmanin s’est déplacé pour une Église à Rillieux-la-Pape. Quand un acte anti-musulman ou raciste est mené, il faut discuter sans fin pour en comprendre les tenants et les aboutissants par une longue enquête. Cela convainc les musulmans (mais aussi d’une manière générale les minorités présentes en France) qu’ils sont des individus de seconde zone, auxquels ont peut s’en prendre impunément, qu’on peut tuer au détour d’une ruelle, lors d’un contrôle qui « tourne mal ».

    Dans le même temps, les prédicateurs islamistes tiennent exactement le même discours. Ils considèrent que ces politiques montrent que l’occident les rejette, qu’ils sont incompatibles avec ses « valeurs », et qu’il faut soit arracher par la force des zones « libérées », soit partir.

    La prophétie auto-réalisatrice se crée.

    L’école.

    De gauchistes fainéants, gavés de vacances, les enseignants sont subitement devenus des remparts contre l’islamisme. Le 27 août, Emmanuel Macron refusait l’embauche de nouveaux professeurs, déclarant que « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ».

    Le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, s’est ainsi adressé aux enseignants en des termes inhabituels. Après avoir nié tout malaise dans les lycées, nié toute contamination COVID19, conspué les « enseignants décrocheurs », il s’est montré en façade bienveillant et conciliant.

    S’ouvre d’ailleurs aujourd’hui, 22 octobre, un expéditif Grenelle de l’Éducation, qui doit permettre de réaliser une rentrée ad hoc le 2 novembre. Encore un bel effet d’annonce. Peut-être se traduira-t-il par quelques effets cosmétiques, qui servent à convaincre que le gouvernement fait quelque chose. Mais que va il en sortir d’utile ? Blanquer a été nommé pour aligner progressivement l’Éducation Nationale sur le modèle managérial de l’entreprise privé. Il a contribué à transformer les enseignants et enseignantes en prestataires de service qui doivent être rentabilisé.

    Le ministre promet un « recadrage pédagogique » à la rentrée. Nul ne sait ce que cela signifie pour le moment, mais il est certain que cela ne répondra en rien au problème de fond : le fait que l’école cristallise les tensions présentes dans la société. Elle est le reflet de la confrontation entre les classes – bien que la bourgeoisie ait ses propres lieux ailleurs –, de la confrontation entre les groupes sociaux, de l’affrontement aussi entre l’État et la population. De ce point de vue là, nulle mesure ne peut changer cela.

    La situation de l’école est paradoxale. Elle est supposée former des citoyens français, acquis aux valeurs de la République et à un certain mythe consacrant la France comme la championne des droits de l’homme. La rencontre avec la réalité brise ce discours. Expliquer que la police protège à des enfants qui ont été témoins de violences policières ; que la justice est équitable face aux affaires Sarkozy, Balkany… ; que la France est la patrie des droits de l’Homme alors qu’elle entretient des relations néo-coloniales avec de nombreux pays… La confrontation entre l’imaginaire et le concret ne peut que déboucher sur une fragmentation de la confiance entre les élèves et l’institution.

    D’autant que les arguments sont hypocrites. La liberté de pensée et d’expression est constamment entravée par l’Etat. Sacralité du président de la République, omerta sur les crimes policiers et sur les génocides commis par la France. En revanche, la liberté des propagandistes racistes, elle, est garantie.

    De même, la lutte contre la radicalisation, construite uniquement comme une charge contre les musulmans (en interprétée par ceux-ci comme tel !) est, dès le départ, incapable de pouvoir remplir son but. Elle ne laisse pas d’espace d’élaboration commune, de construction d’un vécu commun, elle ne permet pas l’apparition d’un sentiment d’appartenance à une même communauté. En ne comprenant pas les contacts qu’il y a entre l’extérieur et l’intérieur des établissements, en oubliant que des Zemmour et des Morano existent, l’Éducation Nationale ne peut pas permettre de créer cette espace commun d’échange pour résoudre réellement les problèmes. La critique et la discussion deviennent alors des vexations et des stigmatisations dans l’esprit de ceux qui les subissent.

    Le pire est que la colère contre l’État, contre les inégalités, contre les institutions, se reportent justement sur ces enseignants, seuls, isolés. Lâchés par une administration qui ne veut pas reconnaître de problèmes, par un ministre qui pense que tout est affaire de rentabilisation. C’est ce qui rend ce crime encore plus terrible, c’est qu’il est un coup porté contre quelqu’un qui, à la mesure de ses moyens, essayait d’enrayer la marche vers la brutalisation de la société.

    Demain.

    Ce meurtre est arrivé comme un déclencheur dans un pays où le climat est à la crise et à la violence. La pandémie n’a pas été gérée convenablement. La crise économique menace. Aujourd’hui est plus incertain qu’hier, demain est une énigme. Dans ce contexte, dans cette tension, il est extrêmement aisé de jouer la carte de la provocation. Il faut regarder avec lucidité la situation. Nous devons nous interroger sur l’état de la société française. Une société dans laquelle la tension est telle, la pression est tellement intense, que des caricatures puissent pousser au crime.

    Les musulmans et les musulmanes n’ont pas plus, ni moins, de sens de l’humour que les autres. Ils n’ont pas plus, ni moins, de tolérance quant à leur religion. Toutes les religions, tous les groupes sociaux, ne sont cependant pas égaux en France. Après avoir été l’ennemi racial, ils sont devenus les inassimilables. Ils sont passés de gens qui ne « veulent pas s’intégrer » à des individus qui sont incompatibles avec la société.

    Les discours se sont lâchés. Il n’existe plus de frein. Un consensus se fait à la droite du PS : celui que les peines de prison, l’État de droit, la bienveillance, sont d’un autre temps. Le temps de la détention de sûreté, le temps de la répression préventive est venue. Elle est déjà initiée par Darmanin, ayant arrêté des individus « sans rapport à l’affaire », mais « pour faire passer le message ». Derrière les discours qui indiquent que la « peur doit changer de camp », il y a une question : n’est-ce pas celle-ci qui pousse à la violence ? La peur qu’ont déjà certains musulmans, certaines musulmanes, pour leur vie, qui les jettent dans les bras des ultras de la réaction ?

    La campagne raciste et islamophobe produit des fruits vénéneux de part et d’autres comme nous l’avons systématiquement dénoncé. Elle nourrit les aspirations à la haine, à la destruction, à l’anéantissement physique de population et d’individus.

    Elle a réduit à néant l’espace de dialogue, de débat, d’échange entre les différentes communautés qui existent en France. Elle crée les conditions d’une montée aux extrêmes des tensions, à un point tel que celle-ci ne trouvent plus d’autres issues que la violence.

    Plus la tension monte dans la société, plus son entropie, sa tendance au chaos, se développe. Elle en devient intenable. La racine de ces crimes ne pourra être extirpée par la force brute, la criminalisation, les vexations et la haine.

    Se prépare la double offensive. L’union sacrée contre l’islamo-gauchisme, éternelle renaissance du judéo-bolchevisme est une union sacrée mêlant racisme et mise au pas des exploités. L’accusation, portée contre LFI, l’UNEF, Solidaires…etc a pour but de ressusciter de vieux fantasmes. Celui de l’ennemi intérieur, irréductible, inassimilable. Celui qui fragmente la belle harmonie de la société capitaliste, venant semer le désordre entre le patron et son employé, la femme et le mari, rompant la belle alliance nationale, construite pour porter au plus haut les couleurs de la France et l’intérêt de sa bourgeoisie.

    Au vu de la crise qui se profile, cela ne mange pas de pain que de frapper préventivement syndicats, partis politiques de gauche, organisations progressistes. Ce balayage préventif, pré-électoral, assure les coudées franches aux réactionnaires. Car le monde de demain, celui d’après la pandémie, celui d’après les élections, risque de ressembler au monde d’hier. Ou d’avant-hier. Un monde de défiance, de tensions, de brutalité et de menaces internationales. Un monde dans lequel la bourgeoisie renoncera à cette interface qu’elle nomme démocratie. Un monde dans lequel elle prendra les commandes directement, brusquement, pour assurer sa propre survie.

    Nous.

    Notre position est la suivante. Nous sommes hostiles aux réactionnaires quel qu’ils soient.

    Nous regardons les fascistes et les islamistes comme la même manifestation d’une idéologie anti-populaire, anti-révolutionnaire. Mais l’un est celui des dominants qui refusent de perdre leur place.

    L’autre est celui des opprimés, du ressentiment détourné de ses bourreaux vers une lutte fratricide et sororicide.

    Nous rejetons l’un comme l’autre. Nous rejetons ces réponses identitaires à des problèmes concrets.

    Nous considérons que le ferment de la misère, celle dont se nourrissent les fascistes de tous types, est l’exploitation capitaliste. Son abolition ne résoudra pas tout d’elle même, mais elle créera le cadre qui permettra de mettre fin aux expressions réactionnaires. Lorsque Marx parle de « l’opium du peuple », il n’en parlait pas comme d’une drogue dangereuse, mais comme d’un baume protecteur, qui permet d’oublier la souffrance de la misère, la souffrance concrète de la lutte des classes. Ce n’est pas en attaquant un « mauvais » remède qu’on supprime la maladie.

    Le fait que certains ou certaines soient croyante, dans un dieu ou un autre, ne nous importe peu. Ce n’est pas la foi qui compte, mais les actes et les pratiques sociales. Ce sont elles, lorsqu’elles sont réactionnaires, qu’il faut combattre. Cela demande aussi de savoir ce qui est du ressort du débat, de l’éducation, et ce qui est du ressort de la répression. Si nous étions au pouvoir, nous n’aurions aucune hésitation à frapper les agents de la haine et de la division. Mais nous ne sommes pas là.

    Aujourd’hui, le camp du peuple, au sens populaire du terme, est faible, éparpillé. Il fait face à un raz de marée réactionnaire, prêt à déferler, à diviser, à créer des diversions et à accroitre les conflits au lieu de les résoudre.

    Nous, membres de l’Unité Communiste, appelons toutes les forces politiques qui partagent le même projet que nous à se connaître, se reconnaître, travailler ensemble. Le temps joue contre nous. Les choix que nous faisons aujourd’hui seront les victoires, ou les défaites de demain.

    Nous appelons, lorsque cela est possible, à participer aux actions de défense des droits démocratiques et politiques. Nous appelons également à dénoncer toute tentative de l’extrême-droite d’avancer ses pions, y compris sous un maquillage « de gauche », ou « républicain ».

    Nous rappelons notre attachement au respect des victimes. Elles ne sont pas nous, nous ne sommes pas elles. Nous ne voulons pas prétendre parler en leur nom, à moins que nous puissions estimer partager la même parole. Nous n’avons que répugnance pour ceux qui s’en emparent, les assassinent à nouveau, et en font des marionnettes de leurs projets.

    Soyons soudés et avançons ensemble. Pour unifier les exploités et exploitées. Pour frapper nos bourreaux.

    En dessous : notre déclaration au lendemain de l’attentat.

    À la suite de l’assassinat particulièrement atroce qui a frappé Samuel Paty, nous voulons formuler la déclaration suivante. Celle-ci sera enrichie progressivement au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête de du déchiffrement du processus qui a conduit à ce meurtre. Nous tenons à rester prudent et prudentes dans notre analyse.

    Nous exprimons notre solidarité et nos condoléances envers sa famille et ses proches, ses amis et ses collègues. Cela nous apparaît comme étant primordial avant toute autre considération. De même nous considérons que ce crime est à condamner sans réserve.

    Nous le considérons, en revanche, comme terriblement révélateur du climat actuel. Comme illustrant une montée en tension extrêmement importante, nourrie par une cohorte de pompiers-pyromanes.

    Imaginer qu’on puisse mourir pour avoir projeté des caricatures, en particulier dans un lieu qui est supposé être celui du débat, de l’échange, de la discussion, est quelque chose qui paraît invraisemblable. Et pourtant cela a eu lieu.

    Un jeune homme de 18 ans, qui n’était nullement connu pour un quelconque fanatisme religieux, a jugé qu’un professeur d’histoire-géographie méritait la mort pour cela.

    C’est dire quel est l’état de la société française, quel est son degré de fragmentation, à quel point elle est proche d’un point de rupture.

    Cette rupture, cette tension, est due à un contexte anxiogène, à des absences de perspectives sociales, politiques, à la misère et à la précarité. Cela en forme le socle. Nombre d’individus se sentent menacés, dans leurs conditions d’existence, dans leur mode de vie, voir dans leur sécurité physique elle-même.

    Dans ce climat de peur, des agents de la discordes, de la haine, déversent leur venin. Ils se sont emparés de la liberté d’expression, valeur fondamentale, et s’en servent comme d’un maillet pour écraser leurs cibles.

    Polémistes racistes et prédicateurs haineux se tendent la main pour que ce conflit éclose.

    Cette tension s’accumule et finit par provoquer ces actes barbares. C’est la même main qui guidait le couteau de l’assassin, comme celle qui guidait les balles de Anders Brievik, ou d’autres assassins.

    Nous voulons que cette haine s’éteigne. Nous savons que nous avons bien plus en commun, notre souffrance, nos peurs, nos espoirs, que ce qui nous sépare. Nous savons que la très grande majorité des gens recherchent la même chose.

    Nous pensons que la climat actuel, les ambitions politiques, et l’angoisse privent l’école d’une de ses fonctions. Celle de créer le cadre apaisé, calme, d’un débat, d’une discussion, d’un lieu qui permette à la jeunesse d’exprimer ses sentiments…Et ses ressentiments. Et de créer les bases qui permettront à la nation, au sens populaire du terme, au sens de la communauté vivante qui constitue le peuple, d’élaborer en commun une société nouvelle. Une société dans laquelle il n’existera nulle exclusion, nulle haine, nulle discrimination.

    Nous sommes persuadés que c’est également le projet que défendait Samuel Paty. Qu’il s’agissait d’un projet émancipateur, unificateur.

    Hélas, que pèse la volonté d’un homme, d’une femme, face à la machine à broyer des déterminismes sociaux, face à la puissante machine de guerre politique qui cherche à contrer ses efforts. Face à un ministère qui a ôté tous les moyens et l’indépendance de l’école, tout en se réclamant son « ami », pour en faire un fer de lance de la reproduction des inégalités.

    Bien peu.

    Et tant que cela ne changera pas, il existera des actes de violence aveugle, de haine, qui frappent non pas les bourreaux, mais ceux qui essaient d’aider, ceux qui essaient de faire apprendre, de faire connaître, mais qu’on sacrifie dans la tourmente d’une société qui s’effondre.

  • Les complications du procès Charlie Hebdo

    Les complications du procès Charlie Hebdo

    Le procès Charlie Hebdo débute. Il a pour vocation de juger les personnes liées à l’attentat commis le 7 janvier 2015, qui avait causé la mort de 12 personnes et blessé 11. Si les principaux acteurs de l’opération sont morts à la suite de l’assaut de Dammartin-en-Goële deux jours plus tard, d’autres passent devant les magistrats. Des individus accusés d’avoir aidé à préparer l’attentat, de l’avoir financé, de s’être associé aux terroristes. Certains sont absents physiquement, telle la compagne de Coulibaly, probablement en Syrie, mais aussi le fasciste Claude Hermant, fournisseur d’arme de l’opération…et indicateur de police. Les pistolets Tokarev des terroristes provenant de son réseau. Jugé pour trafic d’arme en Belgique, il a écopé d’une peine de 8 ans de prison ferme en dépit de sa défense, basée sur le fait qu’il assurait un « travail d’infiltration ».

    Ce procès, cinq ans après les faits, rappelle que, quoiqu’on puisse penser de Charlie Hebdo, de ses dessinateurs ou des terroristes, il existe un avant et un après. L’année 2015 a, par la suite, été marquée à nouveau par des attaques, celles-ci culminant avec l’attaque contre le Bataclan, le 13 novembre.

    L’ère de l’esprit Charlie devait marquer une étape nouvelle, une communauté soudée, une union nationale pour les droits de l’homme, pour la liberté d’expression, pour le droit au blasphème… Esprit Charlie ou non, cette période a été surtout celle d’un accroissement des mesures répressives, notamment l’intégration de l’État d’urgence dans la Constitution, mais également par le développement d’une campagne islamophobe et raciste, se nourrissant de la peur panique des individus. Cette campagne n’a pas cessé depuis.

    Nous n’avons pas communiqué à cette époque, pour cause, nous n’existions pas. Mais, individuellement, nous avions posé des analyses sur ce que cela signifiait. Or, nous en sommes parvenus à la conclusion que :

    1) Nous condamnions cet attentat. 2) nous ne partagions pas l’analyse de Charlie Hebdo et que nous considérions qu’ils avaient commis des fautes politiques. 3) que nous considérions que les hommages étaient hypocrites. 4) que nous n’avions aucune raison d’accepter l’injonction morale d’être « Charlie ».

    Nous condamnons sans réserve cet attentat.

    Les individus qui ont commis cet attentat étaient des fanatiques réactionnaires, associés à l’hydre fasciste Daesh. Contrairement à Al-Qaïda, qui opéraient dans une idée de chasser la présence étrangère au Moyen-Orient, Daesh a mené activement une campagne pour favoriser les interventions militaires, pour que l’occident envoie un maximum de troupe, dans le but de les pousser à l’affrontement. Pour nourrir ses bataillons, Daesh a également sciemment fait en sorte que la situation devienne toujours plus complexe pour les musulmans en occident, dans le but de les attirer dans ses filets. Objectivement, ils étaient les alliés des fascistes ici, poursuivant les mêmes objectifs. Les fascistes essaient de rendre la vie impossible aux musulmans, en les déclarant incompatibles avec la « civilisation européenne », favorisant le séparatisme. Daesh a repris ces arguments en disant « regardez, vous n’avez pas de place dans ces pays, rejoignez-nous. » L’un et l’autre on nourrit une prophétie autoréalisatrice. Par ailleurs, nous ne manquerons pas de signaler à nouveau que le programme de Daesh et celui de l’extrême-droite est littéralement le même sur le fond.

    De leur côté, les instances musulmanes en France ont considéré que Charlie Hebdo les avait attaqué par la plume, et qu’il faudrait répondre par la plume. Elles ont essayé de calmer le plus rapidement possible le jeu. Seulement, pour répondre par la plume, faut-il qu’elle soit accessible et que son message soit audible. Les musulmans et musulmanes de France, le plus souvent, sont traités comme un sujet d’actualité. Mais ont-il l’occasion de s’exprimer ? Rarement. Le plus souvent on s’exprime à leur place ou contre eux. Il en résulte un ressentiment, une frustration, une colère larvée qui s’est exprimée contre les symboles les plus visibles de ce climat, dont Charlie Hebdo. Dans un monde parfait, idéal, un tel ressentiment n’aurait pas de raison d’être. Mais nous ne sommes ni dans un monde parfait ou égalitaire. Pour beaucoup, les caricatures de Charlie Hebdo se sont adjointes à une longue pluie de vexations, de moqueries, d’injures. Pourtant, nous récusons le fait que la direction de Charlie Hebdo ait agit par malice ou par islamophobie consciente.

    Crier avec les loups ?

    La physionomie politique de l’équipe de Charlie Hebdo soulève des questions importantes. Dans les faits, ses publications possédaient, dans le contexte de leur publication, un caractère islamophobe, raciste, et contribuant à une campagne établissant un climat pogromiste anti-arabe en France. Mais contribuer ne veut pas dire en être à l’initiative, ni en être pleinement conscient.

    Nous ne pouvons pas penser qu’elle soit consciemment islamophobe. Certes, il y avait dans leur équipe des éléments qui, comme Zineb El Rhazaoui, des fanatiques islamophobes, allant jusqu’à s’acoquiner avec les pires fascistes et à réclamer que la police tire à « balles réelles » sur les délinquants. Mais, dans l’ensemble, les membres de cette équipe rédactionnelle étaient des individus d’un autre temps, d’une autre époque, qui ne comprenaient pas les enjeux actuels et le fait qu’ils contribuaient à attiser un climat de haine. Une génération issue de l’esprit libertaire, antiautoritaire et antitotalitaire, marquée par le gauchisme mal décanté, et qui réclamait un droit de se moquer de tout, tout le temps. Ce positionnement « de principe », ne prenait pas en compte un autre facteur : la réalité du vécu de ceux et celles qui étaient la cible des quolibets et des moqueries.

    Quelque part, on y retrouve un peu un schéma similaire au racisme anti-blanc. Personne n’aime être traité de « sale noir, blanc, arabe… ». Mais si ces injures sont détestables, leurs conséquences ne sont pas les mêmes et le vécu n’est pas le même. Être traité de sale blanc est désagréable, mais cela n’a pas d’incidence sur l’emploi, le logement, la carrière professionnelle, les rapports avec la police… Il en est de même pour les publics ciblés par Charlie Hebdo. Se moquer de la religion catholique, qui, malgré tout, est toujours puissante, hégémonique, ne lui est qu’un coup d’épingle. En revanche, contribuer à une campagne raciste de grande ampleur n’a pas le même impact.1

    Republier les caricatures de Mahomet, issue de journaux d’extrême-droite, dans le but de défendre la liberté d’expression, admettons. Mais dans quelle mesure les musulmans l’entravent-ils ? En quoi la publication dans un journal français de celles-ci fournissait-elle une aide à la lutte démocratique dans les pays qui subissent réellement une chape de plomb religieuse ? Finalement, sous prétexte d’égalité de traitement, c’est un piédestal qui a été donné aux racistes et aux fascistes.

    Cependant, nous ne pensons pas que les membres tués de la rédaction, que les survivants seraient particulièrement heureux de voir comment se passe la campagne de solidarité avec leur journal. Le fait de savoir que Nadine Morano, qu’Eric Zemmour, que Marine Le Pen soient « Charlie » ne devrait guère leur correspondre. Après avoir été tués par les terroristes, ils sont assassinés à nouveau. Assassinés par rapport aux valeurs qu’ils estimaient – malgré leurs erreurs – défendre. De journal irrévérencieux, libertaire, anticlérical, ils sont maintenant devenus un fer supplémentaire aux lances des réactionnaires les plus vicieux, les plus putrides et les plus agressifs.

    Ces réactionnaires, non seulement se sont emparés des corps des victimes, mais ils en ont fait des promontoires pour clamer leur haine et leur détestation raciste. Ils ont réussi le tour de force de poser une injonction morale : celle d’être Charlie. Durant l’année 2015, mais également par la suite, être Charlie est devenu une condition sine qua non. Oser porter une voix dissidente était devenue une trahison. Il a été imposé aux élèves des lycées et collèges de l’être, avec une remontée d’information sur ceux et celles qui ne l’étaient pas. On l’a exigé de chaque composante politique. C’est devenu, nous pesons nos mots, un de ces moments totalitaires dont Hannah Arendt faisait l’analyse dans ses écrits. Mais à la limite, pourquoi pas ? Seulement cette injonction était hypocrite.

    L’injonction morale : le piège.

    Il existe une injonction morale à être Charlie. Cette injonction morale est dirigée vers une partie de la gauche. L’extrême-droite n’a eu aucun problème à se dire « Charlie », à l’exception de celle qui tente de draguer l’Islam politique. Cela n’avait aucun coût pour elle et cela lui permettait d’encaisser des bénéfices maximum.

    La bourgeoisie possède une morale bien à elle. Hypocrite, que ce soit consciemment ou non. Elle impose des lois qui lui sont favorables, mais triche constamment avec les règles qu’elle a elle même fixées. Elle ment, invente des faits, réécrit l’histoire pour qu’elle légitime son ordre, s’approprie les efforts des autres et les victoires sociales comme étant des cadeaux qu’elle a accordé. Sa presse transmet ses valeurs, son idéologie, son analyse des choses. Tout en clamant que chacun peut s’exprimer, elle ne crée absolument pas les conditions permettant que cela soit réalisable. Elle gave d’argent public ses sbires, sa presse, sa propagande.

    Elle a son État, sa police, sa justice, son armée, ses services secrets et spéciaux. Elle n’hésite pas à museler, menacer, assassiner lorsque le besoin s’en fait cruellement sentir. Quant à elle, la loi ne s’applique qu’avec des précautions immenses, que lorsque ce sont des bourgeois et des bourgeoises et leurs clans eux même qui ont été lésés. Ses enfants ont des réseaux d’éducation qui leur sont propres, avec des chemins détournés, qui permettent même aux plus inutiles d’entre eux de faire carrière.

    A l’inverse, elle exige de ses adversaires qu’ils renoncent à tout. Qu’ils doivent se conformer à une éthique, à une morale, à des formes démocratiques, respectueuses des droits, à tout un fatras de choses qui ne servent qu’à rendre impossible tout changement. Même lorsqu’il s’agissait de choses aussi minimes que de gagner des élections pour porter un programme réformiste (ou écologiste libéral aujourd’hui), le joker du totalitarisme a été immédiatement brandi.

    Et cela fonctionne très bien. La rhétorique de la gauche devant défendre à tout prix la liberté d’expression, les droits de l’homme, devant renoncer à faire usage de la violence, est porteuse et influence énormément la manière dont les organisations fonctionnent. Elles renoncent ainsi à porter un projet de transformation radicale de la société et de se doter des moyens organisationnels et techniques de le réaliser. Il en résulte une mentalité servile, défaitiste.

    Dans l’affaire Charlie et dans l’injonction à avoir l’esprit Charlie, les réactionnaires poursuivent cette politique. Ils poussent, au nom de grands principes intangibles, à ce que les progressistes fassent front commun avec leurs bourreaux, avec les patrons, les fascistes, les réactionnaires.

    Critiquer, oui. Mais progresser surtout !

    Oui, il faut critiquer les travers réactionnaires de chaque religion, mais pas dans un rapport abstrait à cela, dans un rapport concret. C’est-à-dire que, jusqu’à preuve du contraire, l’obstacle à la réalisation du programme communiste – lequel intègre la liquidation des pratiques réactionnaires, n’est pas incarné par ceux et celles qui pratiquent l’islam. Ceux qui représentent l’obstacle à l’évolution de la société, c’est la bourgeoisie de France – la France étant un pays impérialisme, non une colonie. C’est par l’accès aux leviers du pouvoir et par l’implantation dans les masses qu’il est possible de pouvoir, par la suite, combattre les expressions réactionnaires des religions.

    La caricature est utile pour faire avancer les consciences. Elle possède la même valeur que tout discours politique ou toute propagande. Elle peut porter un message progressiste, utile, ou un message réactionnaire. Dans le cas de Charlie Hebdo, une analyse basique de document, du niveau de celui appris au collège, nous renseigne rapidement. Les caricatures de Mahomet ou représentant des africaines violées par Boko Haram sont des caricatures à destination d’un lectorat majoritairement peu concerné par ces problématiques-là Elles ne sont ni destinée aux africaines, ni aux musulmans. Quant à leur message, lequel est il ? Fait-il avancer la conscience de personnes influencées par les idées réactionnaires ? Non. Il vise à faire ricaner sur leur sort, à se moquer. Il s’agit d’un message politique blessant, sans plus, qui vient s’ajouter à la longue litanie de vexations, de brimades, dirigées contre des minorités ethniques, religieuses, culturelles.

    Qu’attendre du procès ?

    Le procès des auteurs de l’attentat, dans le climat actuel, risque d’être transformé en procès des musulmans et des musulmanes de France. Et, ce, contre l’opinion même des victimes, devenues les jouets d’une machinerie de propagande inarrêtable. Renouveler l’injonction morale, qui soudait police et population, qui anesthésiait les voix dissidentes, est complexe. Pourtant, le gouvernement, la bourgeoisie, les réactionnaires, non seulement tablent dessus, mais en ont besoin pour affronter la tempête sociale et épidémiologique qui s’annonce.

    Les esprits progromistes s’échauffent toujours plus. La division de ceux et celles qui subissent l’exploitation est un enjeu, chaque année, plus grand. Plus grand pour les réactionnaires, pour éviter une colère d’ampleur. Plus grand pour nous, les révolutionnaires, pour créer l’unité populaire qui nous manque, et qui nous permettra de mettre fin à l’exploitation, à la misère, mais également à la présence des idées réactionnaires dans la société. Nous observons attentivement le développement de ce procès et ses retombées, mais l’omniprésence réactionnaire nous sidère. Et pour cause. Ce procès risque d’être, en fin de compte, la troisième mort des victimes et une victoire sur tous les tableaux pour leurs bourreaux.

    1On peut arguer que nous confondons ici Islam et origine ethnique. A un moment, il faut être sérieux et arrêter de se voiler la face (sans jeu de mot). La campagne islamophobe est une campagne raciste déguisée en débat sur la religion.

  • Mosquée de Bron : la main de l’extrême-droite ?

    Mosquée de Bron : la main de l’extrême-droite ?

    A Bron (69), hier, la mosquée Omar a été gravement endommagée par des incendies. Deux départs de feu ont ravagé 100m² du rez-de-chaussée. Les enquêteurs privilégient, dans l’état actuel de leurs recherches, la piste criminelle. Un rassemblement de solidarité est prévu à 14h00 devant les ruines de la mosquée.

    Cet incendie probablement criminel semble s’inscrire dans la continuité d’une série d’actes commis par l’extrême-droite lyonnaise. Agressions individuelles, attaques contre les locaux du PCF ou la Plume Noire, raid contre « les tontons burger » dans le 9e arrondissement, tags racistes contre l’hôtel de Trévoux (01)…

    Ces agressions continuelles sont rendues possibles par la permissivité de la part de la police, de la justice, mais également des pouvoirs publics en général. Les fascistes lyonnais ne sont pas des prolétaires, bien souvent des enfants de bonne famille, protégés par leurs réseaux, à l’exemple d’Olivier Marin-Lafleche, condamné pour avoir poignardé plusieurs mineurs en 20141.

    Des agitateurs de bonne famille.

    Cette proximité sociale avec la bourgeoisie de l’ouest lyonnais leur assure une protection importante. La clique Collomb & consort avait d’ailleurs trouvé des trésors de tendresse et de bienveillance envers des agitateurs, privilégiant la répression contre les groupes de gauche. Les fermetures des locaux fascistes n’ont été le résultat que de la mobilisation visible et populaire. Cependant, il demeure la présence de bubons répugnants, la Traboule, l’Agogé2…De quoi se plaignent, en réalité, les fascistes ? Dans le fond, hormis des différences cosmétiques, rien ne sépare fondamentalement leur programme politique, réactionnaire, xénophobe, chauvin, anticommuniste, antiouvrier, antiféministe, de celui des Talibans ou de Daesh. Ils ont d’ailleurs à plusieurs reprise été des interlocuteurs, que ce soit dans la vente d’armes ou dans la signatures de contrats.

    Les fascistes sont dans une situation paradoxale. Ils n’opèrent que dans l’ombre, leurs apparition au grand jour étant mises en scène et en exergue. Ils sont considérés comme une force d’occupation dans le quartier du Vieux-Lyon, et demeurent des éléments socialement étrangers. Cependant, il est indéniable que leurs thèses ont le vent en poupe.

    L’incendie : un révélateur d’un climat dangereux.

    Certaines franges de la droite traditionnelle, voire certains renégats de la gauche, reprennent leurs thèses et leurs publications. Une partie de l’extrême-gauche, elle même, autour d’un courant communiste-conservateur, s’est mise en tête de chasser sur les terres de l’extrême-droite, soit disant pour ne pas lui laisser certains terrains. Mais, au lieu de produire une analyse progressistes, ils se contentent de démagogie réactionnaire. Loin de réduire leur influence, ces récupérations légitiment la parole des racistes.

    Dans la situation de crise actuelle, le discours raciste, xénophobe, islamophobe est un outil précieux. Il permet de maintenir la division entre les exploités et exploitées et de faciliter le travail des exploiteurs. Cette agitation réactionnaire ne se limite pas à des violences localisées, elle prépare une ambiance de « nuit de cristal », un climat pogromiste et d’épuration ethnique. C’est ce qui se cache derrière les discours sur l’incompatibilité des civilisations, sur le grand remplacement, sur la remigration. Ce sont des mots nouveaux pour parler de déportation, de camps de concentration – qui existent déjà, sous la forme des CRA – et d’élimination. Ceux qui ne condamnent pas ces mots d’ordres, ou, pire, les répandent, possèdent une responsabilité morale dans le climat dangereux d’aujourd’hui.

    L’Etat n’arbitre pas, il accompagne la droitisation.

    L’État, aujourd’hui, est d’ailleurs à l’offensive. Les lois contre le communautarisme sont, au contraire, des outils faits pour stigmatiser et polariser. En fait de lutte contre la fragmentation des classes populaires, en fait de moyen pour trouver des espaces communs d’élaboration d’une société nouvelle, d’une véritable synthèse populaire, ce sont des outils de la division. Ils renforcent l’influence des fascistes, qui peuvent clamer qu’il faut rejeter les musulmans – ce qui reste d’ailleurs une appellation camouflage pour dire « arabes et noirs ». Ils renforcent l’influence des imams réactionnaires, qui peuvent prêcher que la société occidentale les exclut et les rejettent. Ces moyens entretiennent une prophétie auto-réalisatrice : celle d’une fracturation des classes populaire en groupes hostiles.

    Il n’existe rien à attendre ou à espérer de la part de l’État, de la part des institutions, de la part des élus. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas les mettre pour autant en face de leurs contradictions ! Mais la seule garantie qui peut exister face à la réaction, d’où qu’elle vienne, est celle de l’unité populaire, de l’unité politique des organisations progressistes & révolutionnaires. La solidarité est un bouclier et l’organisation une épée !

    Aucune place pour les fascistes et leurs thèses !

    1Il est impossible ne de pas relier ce patronyme à celui du « petit prince de l’hôtellerie lyonnaise » Yves Marin-Laflèche, assassiné par le « milieu » en 1974.

    2Les références à Sparte ont toujours une saveur particulière. Surfant sur l’iconographie de 300 pour se positionner en défenseur de l’Europe contre l’Asie métissée, ils oublient la réalité historique : à savoir que Sparte a accepté l’argent des Perses pour lutter contre l’hégémonie d’Athènes. Comme quoi…

  • Tract UCL  – Extrême-droite, le couteau de la bourgeoisie.

    Tract UCL – Extrême-droite, le couteau de la bourgeoisie.

    Les formes diverses de l’extrême droite ont le vent en poupe. Elles profitent de la crise pour se développer. Dans notre région, l’extrême-droite s’est fortement implantée. Il est de notoriété publique que les fascistes ont pignon sur rue, possèdent des locaux, des réseaux, et surtout de solides lignes de crédit.

    Cela ne signifie pas que la partie soit gagnée pour eux.

    Partout où ils se sont installés, ils sont haïs par les habitants. Leur intolérance, leur brutalité, les maintiennent dans un état de corps étranger. La greffe ne prend pas.

    Cependant, elle se renforce et devient plus menaçante chaque jour. Dans certains pays, elle se renforce, dans d’autres, elle est aux portes du pouvoir. Aux USA, en Inde, au Myanmar, en Russie, en Pologne, en Ukraine, en Hongrie ou en Italie, elle tient déjà les rênes du pouvoir.

    Ailleurs, l’extrême-droite tue.

    Elle a fait d’ailleurs du terrorisme son arme de prédilection. En Norvège, en Nouvelle-Zélande, en Syrie, en Irak, en Afghanistan, elle commet ses crimes.

    En Allemagne, elle s’est faite l’agente des services secrets Allemands et Turcs.

    Pourquoi ont-ils un tel succès ?

    Les fascistes jouent sur des angoisses réellement existantes dans la société.

    Des angoisses d’isolement, de déclassement, d’un avenir sombre, de dépossession du pouvoir politique au profit de la bourgeoisie. Ils surfent sur la violence sociale, sur la violence économique, sur la violence politique causée par l’exploitation.

    Ils s’appuient sur la destruction des repères traditionnels (et très souvent rétrogrades), tels que la famille, la communauté, la religion.

    En somme, ils utilisent le fait que les individus soient davantage seuls pour instiller leur poison. Les fascistes désignent des cibles comme les responsables de ces maux : le féminisme, la libération sexuelle, les mouvements LGBTI, les migrations… pour faire diversion. Pour ne pas fournir d’explication sur les raisons de ces maux, ces mouvements s’appuient sur les thèses conspirationnistes : ils brouillent les esprits.

    Leur réponse à ces maux est dans le retour à un passé glorieux qui n’a jamais existé :

    Un âge d’or fantasmé, fictif, dans lequel la « nation » vivait en harmonie. Derrière cela, il y a des fantasmes sur le régime de Vichy, sur le Travail-Famille-Patrie, mais aussi sur l’Ancien Régime et sa société « harmonieuse » d’Ordres.

    De faux amis du peuple, de vrais agents de l’exploitation.

    En fait de nationalistes, ce sont des esclavagistes. Au nom de la grandeur de la « nation », ils livrent les travailleurs et les travailleuses à leurs premiers bourreaux, leurs premiers exploiteurs : le patronat et la bourgeoisie de France.

    C’est elle qui impose le 49,3 pour ses lois, qui impose la destruction des droits sociaux, qui impose un carcan antidémocratique. Ce n’est ni Berlin, ni Washington, ni Bruxelles : c’est Paris, c’est Neuilly-sur-Seine, c’est la Défense.

    Ces ennemis-là, les fascistes ne les ciblent jamais ! Au contraire, ils les défendent : ils exécutent leurs ordres. Leurs origines sociales parlent pour eux : combien de noms à particule, combien de grands bourgeois ? Quand ils osent se dire anticapitalistes, c’est pour proposer une société pire encore : une société de corporation, de soumission, d’écrasement.

    Les fascismes prennent différentes formes. Mais rien ne sépare Daesh des suprémacistes blancs. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Les uns et les autres entretiennent des liens, des échanges, se renforcent mutuellement. Ils organisent la défiance générale et la fragmentation des exploités, leur dispersion, leur impuissance.

    Au profit de qui ? Des bourgeoises et des bourgeois.

    La bourgeoisie se sert de ces fanatiques comme d’une arme ultime contre les mouvements sociaux, contre les mouvements révolutionnaires et progressistes. Dans l’histoire, les fascistes ont toujours servi à liquider les mouvements ouvriers, à écraser les menaces communistes. Chaque fois qu’ils ont eu le pouvoir, ils ont détruit le niveau de vie des travailleurs et des travailleuses. Ils ont engraissé les bourgeois et les bourgeoises.

    Nous, communistes, ne voulons pas de cet avenir cauchemardesque. Au lieu du retour au passé, à un monde d’apartheid, à un monde de domination patriarcale, nous voulons aller vers l’avenir.

    La violence et l’insécurité trouvent leurs racines dans l’exploitation économique. C’est en annihilant celle-ci qu’il est possible de mettre fin à la peur. C’est en créant une société riche, riche d’interactions sociales, riche d’entraide, riche d’avoir mis fin au parasitisme bourgeois, qu’il est possible d’éteindre les maux. La censure anticommuniste exercée par la bourgeoisie contribue à éteindre l’espoir parmi ceux et celles qui sont exploités et exploitées. Ce n’est pas un hasard. La bourgeoisie redoute que son ordre injuste soit dévoilé. En revanche, elle n’a aucune peur devant les laquais fascistes.

    Chassons les fascistes.

    Chassons leurs maîtres : les exploiteurs et les exploiteuses !

  • Déclaration à propos des attentats racistes d’Allemagne.

    Déclaration à propos des attentats racistes d’Allemagne.

    Le 20 février 2020, un tueur xénophobe a assassiné 9 personnes et blessé plusieurs dizaines d’autres à Hanau. Il a frappé deux bars à chicha avant de se donner la mort. À Halle, un potentiel terroriste a été arrêté. Il prévoyait de frapper des synagogues. En juin 2019, le préfet conservateur de la CDU est abattu d’une balle dans la tête. Le principal inculpé est un proche du NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands), parti néo-nazi Allemand. Dans le même laps de temps, un éphémère accord FDP (libéraux) – CDU (conservateurs) – AfD (extrême-droite) s’est produit. Cet accord en Thuringe – conçu pour chasser die Linke, le part de gauche réformiste -a été rapidement dénoncé comme la poignée de main de la honte. Mais cela forme un précédent: il est désormais envisageable que des accords existent.1

    Ces situations révèlent à la fois la percée parlementaire et extra-parlementaire de l’extrême-droite. Elle va de pair avec une légitimation de son discours. Cette maladie n’est pas spécifique à l’Allemagne, mais il est inquiétant qu’elle s’exprime aussi dans ce pays. Cela tant du fait du passé que du poids immense que représente cet État dans l’Union Européenne.

    L’ensemble des États connaît cette situation : elle est le reflet d’une tendance lourde. Une tendance nourrie par la dégradation de la situation économique, par la rapacité des bourgeois et des bourgeoises. Cette dégradation se traduit invariablement politiquement. Une destruction progressive des droits démocratiques, des tensions explosives chez les exploités et exploitées… en somme, la pression monte. La lutte constante contre les idées révolutionnaires progressistes font que les expressions politiques de cette colère peuvent se tourner vers la réaction la plus violente. La bourgeoisie s’en réjouit.

    Le climat raciste et toxique s’est orné d’une façade démocratique et légale en se cantonnant officiellement à la critique de l’Islam et de ses tendances réactionnaires. Mais dès que ceux qui le défendent s’emportent, ce qui ressurgit immédiatement est la racine raciste et xénophobe. C’est son fondement premier, sa nature première.

    Souvent, ces assassins sont présentés comme opérant seul, comme des loups solitaires. C’est partiellement vrai. Le plus souvent ce sont des tueurs isolés comme Brievik, ou des petits groupes. Mais derrière cela, il existe un soutien logistique, un travail mental porté par une communauté, et une responsabilité qui va bien au-delà des groupes fascistes. Cette responsabilité partagée est sur plusieurs niveaux.

    • Une complicité morale de la part d’agitateurs et d’agitatrices réactionnaires. Ces individus cherchent à attiser et à provoquer une « guerre des races ». Ils agissent ainsi soit par opportunisme électoraliste, soit par réelle conviction.
    • Une complicité pratique, de la part de l’appareil d’État. Les réseaux néo-nazis ou fascistes bénéficient de la tolérance de la part de la police, des services de renseignement ou de la justice. Le scandale de la NSU en 2011 a révélé une imbrication profonde entre les assassins nazis, les services secrets allemands et turcs, et l’État allemand.
    • Un silence médiatique, dans lequel des formules éludant le caractère politique du crime sont employées.
    • Un appui stratégique : la grande bourgeoisie réactionnaire voit dans l’existence de ces groupes et l’influence de leur idéologie une contre-assurance en cas de défaillance des interfaces démocratiques. Cette « guerre des races » est une excellente manière de prévenir toute velléité d’union entre les classes populaires.

    Nous condamnons ces attentats, nous condamnons également les complices directs et indirects de ceux-ci. Nous pensons qu’il faut également dénoncer le contenu du discours fasciste et chauvin : il s’agit d’une entourloupe.

    Dans les pays impérialistes que sont la France ou l’Allemagne, une grande partie de ceux qui tombent dans son piège sont des personnes qui se sentent isolées, vulnérables, démunies face aux tensions toujours plus grandes dans la société. Ils se rattachent donc à des courants politiques qui leur promettent l’abolition de la lutte des classes, l’unité nationale, la défense de la grandeur de leur civilisation.

    En réalité, ceux qui promeuvent ces discours mentent. Ils ne sont même pas des nationalistes, ils ne défendent pas la nation au sens populaire du terme. Au contraire, ils fragmentent en éclats ennemis ceux qui la composent : travailleurs et travailleuses, masses populaires présentes dans le pays, qui le font vivre et produisent les richesses. Ils ne font que la livrer, ligotée, bâillonnée, à leurs premiers bourreaux : la bourgeoisie impérialiste.

    Les seuls qui défendent réellement, fondamentalement les intérêts du peuple, les intérêts des exploités et exploitées, des opprimés et opprimées, ce sont ceux qui luttent contre la bourgeoisie. Ceux qui luttent pour l’unité populaire contre l’oppression et l’exploitation. Ceux qui luttent contre les maux que sont le racisme, le sexisme, les discriminations. Car ces maux sont des fêlures dans l’alliance de tous ceux qui sont victimes du système d’asservissement qu’est le capitalisme-impérialisme.

    Nos pensées vont vers les victimes de ces attentats odieux. Ces attentats sont d’autant plus odieux que les proches des victimes et les survivants et survivants obtiennent rarement justice.

    Lorsque les fascistes et xénophobes n’hésitent pas à dire que la responsabilité première provient de l’immigration ; lorsque les médias imposent un silence complice ; lorsque la justice prononce des peines ridicules, les victimes sont assassinées à nouveau.

    Donnons-leur de la voix. Dénonçons le fascisme et la complicité de la bourgeoisie et de son État !

    1En France, en 1998, une situation similaire s’est produite : Charles Millon, député UDF (centre) a été élu de manière contestée avec les voix de l’extrême-droite. La situation a déclenché un tollé a l’époque. Aujourd’hui, elle ne poserait plus de problème.

  • Article du Rote Fahne-News : les nazis de retour en Allemagne.

    Article du Rote Fahne-News : les nazis de retour en Allemagne.

    Deal électoral entre Partis bourgeois traditionnels et le Alternative für Deutschland/AfD fascisant: La crise politique à Berlin et à Erfurt s’aggrave   .

    Le 06/02 en Thuringe, a été élu le nouveau Premier ministre du Parlement du Lande nouvellement composé après les élections. Ce qui s’est passé ce jour-là a déclenché une crise politique au niveau fédéral en Allemagne.
    Bodo Ramelow, du Parti de Gauche, n’ayant pas obtenu la majorité absolue lors des deux premiers tours de scrutin, le FDP (Parti des démocrates libre) a présenté Thomas Kemmerich comme candidat. Au troisième tour de scrutin, pour lequel une majorité simple était suffisante, il a obtenu exactement une voix de plus que Ramelow avec 45 voix.
    Son élection commune avec les voix de la CDU, du FDP et de l’AfD ultra-réactionnaire et fasciste était tout sauf « spontané ». Même la candidature de Kemmerich n’a de sens que sur la base d’un accord correspondant – ouvert ou secret. Cela est également démontré par le fait que le candidat du AfD, le politicien « indépendant » et maire Christoph Kindervater, n’a reçu aucun vote lors du troisième tour de scrutin.


    Le scandale amène à une crise ouvere à Berlin

    Lundi 10 février, la présidente du parti CDU (Union chrétienne-démocrate ; au gouvernement avec les social-démocrates du SPD) Kramp-Karrenbauer a annoncé sa démission. La crise des partis de la CDU a éclaté ouvertement cinq jours après le déclenchement de la crise politique en Thuringe.
     Alors que la CDU s’est effondrée d’environ la moitié en Thuringe, les contradictions au sein du parti explosent. Kramp-Karrenbauer n’a pas pu maîtriser ce développement.
    Contrairement à la recommandation de Kramp-Karrenbauer, les membres du parlement de Thuringe de la CDU ont voté avec l’AfD ultra-réactionnaire et fasciste pour le candidat du FDP Thomas Kemmerich. Ils n’ont pas non plus suivi leur proposition de nouvelles élections. La crainte d’un nouvel effondrement du vote est trop grande.


    Merkel essaie de sauver ce qui peut être sauvé.

    Selon la propagande anticommuniste «droite égale gauche», Kramp-Karrenbauer s’est distancié de toute coopération avec l’AfD et avec le Parti de Gauche. « La tolérance zéro contre l’AfD », d’autre part, est exigé dans les manifestations un peu partout en Allemagne avec le MLPD au milieu.
    La chancelière Angela Merkel a tenté de sauver ce qui peut être sauvé et a forcé la démission du commissaire du gouvernement fédéral pour l’Est, Christian Hirte, et sa révocation en tant que secrétaire d’État aux Affaires économiques. Il avait envoyé à Kemmerich un tweet de félicitations à son choix.
    Dans la CDU, le différend de direction s’intensifie entre la méthode gouvernementale de Merkel du et la transition vers un cours encore plus réactionnaire.


    L’offensive contre l’anticommunisme fait son effet.

    De plus en plus de politiciens bourgeois jusqu’au CDU, qualifie l’AfD expressément de «fascistoïde» et son président du Land de Thuringe Björn Höcke de «fasciste». Ce sont le MLPD et l’Alliance Internationaliste, candidats aux dernières élections,  qui se sont battus en pleine campagne électorale dans le land devant le tribunal administratif pour que Höcke puisse être qualifié de « fasciste » – avec du succès ! Que la thèse ineffable « gauche égale droite » perde son efficacité en même temps qu’il est certainement aussi le résultat de l’offensive du MLPD contre l’anticommunisme ainsi que des divers débats et progrès de la connaissance dans le changement progressif de l’opinion.
    Pas étonnant que la satisfaction initiale de l’AfD pour son résultat électoral se soit évaporée après son accord électoral en Thuringe. Alice Weidel / AfD était furieuse à la télévision au sujet de « ineffable » dire la vérité sur Höcke. L’indignation et les protestations de dizaines de milliers de personnes après la dernière débâcle électorale au parlement du Land de Thuringe ne l’arrangent non plus.
    La confusion dans la CDU est parfaite: il sera intéressant de voir comment elle tente de maîtriser à nouveau la crise ouverte du parti.
    Dans la grande coalition au pouvoir, les contradictions entre la CDU et le SPD s’approfondissent, dont le coprésident Norbert Walter Borjans décrit la situation de la CDU comme « inquiétante » afin de louer le SPD comme un « garant » de la stabilité gouvernementale. Si quelque chose est garantie, tôt ou tard la prochaine crise ouverte éclatera au SPD.

    Du temps pour de nouvelles élections!


    L’ancien leader du SPD, Sigmar Gabriel, soupçonne déjà: « Il ne faudra pas longtemps avant de nouvelles élections. » Le MLPD et l’Alliance internationaliste réclament depuis longtemps de nouvelles élections. Non pas, bien sûr, pour sortir les partis bourgeois de leur crise, mais pour ancrer davantage l’alternative révolutionnaire et socialiste et pour gagner de nombreuses forces.
    *article paru sur rote fahne-news, quotidien internet du MLPD

  • Attaque fasciste à Lyon : le néant en action.

    Attaque fasciste à Lyon : le néant en action.

    Dans la nuit du 19 au 20 décembre 2019, un groupe de fascistes ont attaqué un bar des pentes de Croix-Rousse. Casqués et armés, ils s’en sont pris à la façade, aux clients et clientes, pour ensuite, une fois leur raid accompli, s’enfuir. Le bar, la Pinte Douce, donnant sur la place Colbert, a été saccagé.

    Ce raid n’est pas un acte isolé, mais s’inscrit dans une stratégie d’attaques menées par les fascistes dans le quartier. Ces attaques ont pour but d’instiller un climat de peur sur la colline qui était, auparavant, vu comme un sanctuaire. Par le passé, plusieurs attaques ont eu lieu, avec des configurations différentes. La Plume Noire, local de la CNT à Lyon, mais aussi le local du PCF du 4e arrondissement de Lyon. Le plus souvent, cependant, ces opérations coup de poing avaient lieu tard dans la soirée, lorsque les fascistes, éméchés et cocaïnés, cherchaient quelques traînards ou quelques traînardes à agresser. Les pages de gloire de ces apprentis croisés s’écrivent ces soirs-là.

    Dans leur communiqué, publié sur Ouest-Casual, les fascistes s’exclament : « Encore une fois, la jeunesse lyonnaise prouve que l’antifascisme n’est qu’un ramassis de mouilles, à peine bon à impressionner l’étudiante en socio pendant leur manif ou à parader en pleine nuit tel des blattes. Jamais rien de concert (sic.) dans la rue. »

    Il est amusant de voir que, alors que la très large majorité des actions et des événements politiques de la part des progressistes et des révolutionnaires sont publics, ouverts à toutes et tous, et annoncés librement, les fascistes n’agissent qu’en catimini. Leurs diffusions de tract sont des exploits, et lorsqu’ils écrivent que Croix-Rousse est « ce quartier bourgeois où l’extrême-gauche a ses habitudes. », ils avouent quelque chose. Eux-mêmes se permettent de se balader dans le 5e ou à Croix-Rousse justement parce que ce sont ces « quartiers bourgeois ». Les quartiers populaires, où nous pouvons aller sans problème, sont pour eux des terres inconnues.

    Ces attaques, d’ailleurs, échouent à atteindre cependant leur objectif. Certes, profitant de l’attitude conciliante de la mairie, de la police ou de la justice, il leur est possible de mener leurs actions, mais ils ne sont nulle part en mesure de s’imposer comme des forces hégémoniques. Dans le 5e comme ailleurs, ils sont vus comme des agresseurs ou comme une force occupante. Nulle part la population ne se rallie à eux. Ils sont des corps étrangers dans une ville qui les rejette.

    L’attaque organisé par les fascistes à Croix-Rousse est révélatrice du vide complet et de l’inutilité de ses auteurs. Tandis que tout le monde lutte et se bat contre la destruction de l’environnement, contre la casse des droits sociaux, contre les politiques réactionnaires, une poignée de « croisés » trouve sa lutte ici.

    Désespérés d’exister autrement que pour attirer l’attention, leur pinacle de l’efficacité est résumée là : casser des vitrines de bars.

    Lors des dernières dégradations commises contre le local du PCF, les auteurs ont été appréhendés. Devant les juges, ces fils de bonne famille ont tombé le masque du soldat de la légion de damnés. Ils ont revêtu alors celui de la pleurnicherie, demandant la clémence du tribunal, priant pour qu’une condamnation d’entâche pas leur avenir.

    Dans le même ordre d’idée, les courageux guerriers qui, un soir de la Saint-Valentin de 2014, ont poignardé plusieurs jeunes dans les rues de Saint-Jean, n’ont eu de cesse de se balancer les uns des autres. Courageux dans l’écrasement, larmoyant devant la justice. Il serait tout aussi aisé de parler de Fiorina Lignier éborgnée par un tir de flash-ball, qui, auparavant, priait devant des croix-gammée et qui n’assume pas aujourd’hui son nazisme en public.

    Ou un « Damien Rieux », « prolétaire » de la banque, qui s’en prend à ceux qui fuient la guerre depuis un hélicoptère loué à grands frais. Un Alain Bonnet de Soral, nobliaud protégé par le parquet de Paris, n’est qu’un mercanti, un boutiquier, un petit commerçant.

    Ces portraits, pour reprendre la formule d’Eugen Kogon, rescapé de Buchenwald, « se ressemblent comme un fruit pourri en ressemble à un autre ». Bourgeois ou nobliauds, petits seigneurs, petits princes, vomissant leur xénophobie et leur racisme.

    Leur origine de classe les trahit bien souvent et trahit leur rapport à la politique marquée par le manque de sincérité. Tout comme les anciens du GUD ou d’Occident, ils ont une jeunesse de pseudo-rebellion, avant de trouver leur place dans la bonne bourgeoisie ou dans les organisations « modérées » comme LR. De ce point de vue là, nous retrouvons également des éléments de ce type dans la frange la plus radicale du gauchisme. Un Cohn-Bendit n’est que la version « de gauche » d’un Devedjan ou d’un Longuet.

    Quant à leurs actions en tant que groupe, elles révèlent leur vraie nature de classe.

    A Strasbourg, l’Action Française est venue débloquer les lycées et attaquer les blocages. Dans le mouvement des Gilets Jaunes, les fascistes ont systématiquement entravé et saboté toutes les tentatives d’organisation autonome de ceux qui luttaient. Ils ont continuellement œuvré pour détourner la colère populaire dans des impasses : contre le « pacte de Marrakech », mentant pour en aggraver le contenu. L’UPR ou d’autres organisations réactionnaires ont nié la responsabilité du capitalisme et de la bourgeoisie de France pour ne pointer qu’une hypothétique responsabilité de l’Union Européenne.

    Au Mans, un groupe équipé avec “des casques, des masques, des gants coqués, des matraques télescopiques et des foulards royalistes” s’en est pris à tous les bars gay-friendly du centre ville. Revendiquée par leur page Ouest-Casual, cette page de gloire montre les priorités de leur mouvement : s’en prendre aux minorités, qu’elles soient culturelles, sexuelles ou ethniques. Les questions sociales ne les intéresse pas. Et pour cause, ils sont socialement du côté de la bourgeoisie. L’élue LREM Agnès Cerighelli, qui partage le même fond que ces gens, ou le RN Messiha l’illustrent pleinement quant à leur position vis-à-vis de la grève. Devant le refus de la part des syndicats et des mobilisé·e·s de céder aux injonctions hypocrites sur Noël, ces sinistres agents de la calomnie proposent une explication complètement aberrante. Leur explication de la lutte sociale, d’une lutte menée pour défendre pied-à-pied les droits sociaux, frise la conspiration : Ce serait l’islamisation de la CGT qui, du coup, ourdirait un complot pour saboter le Noël des Français.

    Aujourd’hui, le Rassemblement National a montré qu’il n’était pas capable de prendre position d’une manière simple. Quand la question lui est posée directement sur savoir si l’organisation soutient la grève, les seules réponses furent des bafouillements honteux. Coincé entre la base anti-communiste, anti-sociale du RN et la volonté de se placer comme le « premier parti ouvrier », celui-ci fait dans la demi-mesure. Ce moyen terme les a toujours suivis, comme vis-à-vis de la question du SMIC ou par rapport aux violences policières. Ce moyen terme bloque d’ailleurs la possibilité d’évolution du RN et les condamne a n’être qu’une organisation de boutiquier, de parasites, dominés par une dynastie qui vit de rentes et de la traite des vaches à lait que sont les adhérents et adhérentes.

    Anecdotique, mais significatif, l’attitude ambivalente de la part des fascistes avec leurs homologues islamistes de Daesh. Idéologiquement, ils sont les deux faces d’une seule et même pièce. Ce n’est pas un hasard si ce sont des fascistes comme Hermant qui vendirent des armes aux terroristes de Charlie Hebdo, tout comme qui ont négocié pour le compte de Lafarge avec Daesh. Entre obscurantistes et réactionnaires, il est possible de s’entendre sans problème.

    Dans le fond, derrière les étiquettes différentes et variées, on retrouve un même contenu. En dépit de leurs prétentions d’être du côté du peuple, ils agissent toujours, systématiquement, contre ses intérêts. En instillant la défiance entre les origines, entre les croyances, entre les syndiqués et non-syndiqués.

    Les fascistes n’ont aucune place dans les luttes. Ce n’est pas qu’une déclaration de principe, c’est un fait. Ce ne sont que des agents de la division, des alliés objectifs de Macron. Leur discours patriotique, nationaliste, sonne creux.

    En fait de patriotisme, de nationalisme, ce sont des traîtres dont la seule et unique visée est de livrer pied et point liés les travailleurs et les travailleuses à leurs premiers bourreaux : la grande bourgeoisie française, les Dassaut, les Arnault, les Pinault. En réalité, ces groupes jouent un double jeu. Ils rêvent d’un peuple enrégimenté. D’un peuple asservi, dévoué, fanatique dans la défense d’un hypocrite intérêt national, qui n’est en réalité que l’intérêt des mêmes parasites sociaux.

    Nous exprimons notre solidarité envers tous ceux et toutes celles qui ont subit la violence fasciste. Nous exprimons à nouveau notre solidarité envers ceux qui ont pu subir la violence des fascistes, organisés ou non.

    Nous pensons que les conceptions différentes de l’antifascisme qui peuvent exister, dans le monde, en France comme à Lyon, ne sont pas antagoniques, mais sont complémentaires. Nous appelons à l’unité la plus large, sur la base d’une autonomie de classe, sur la question de l’antifascisme. Nous n’acceptons pas que ceux et celles qui ont joué sur leur terrain confisquent l’expression de l’antifascisme populaire.

    Ensemble, unissons nos forces et ripostons aux fascistes sur tous les plans. Intellectuel comme organisationnel. Chassons-les de nos luttes, chassons-les de nos quartiers, chassons-les de nos vies !