Étiquette : Etat Islamique

  • Samuel Paty.

    Samuel Paty.

    A la suite de cet attentat particulièrement brutal, nous avons voulu nous accorder un délais de réflexion avant de nous exprimer. L’emportement et la précipitation entraînent (comme on l’a vu avec Mélenchon) des propos inconsidérés, lesquels peuvent s’avérer contre productifs.

    Nous exprimons nos condoléances envers les proches, les amis, la famille et les collègues de Samuel Paty. Cela nous semble être le point fondamental préalable à tout propos.

    Nous condamnons cet acte terroriste sans réserve. Nous le condamnons pour son caractère horrible et sa brutalité. Décapiter de sang-froid un individu, un inconnu, après l’avoir traqué, est un acte propre à frapper d’effroi, un cauchemar éveillé.

    Nous le condamnons également pour les conséquences qu’il aura à plus ou moins court terme. Il est un acte intégralement négatif, dont les répercussions frapperont tant les musulmans – que le terroriste prétendait défendre –, les mouvements démocratiques et sociaux, que les enseignants eux-mêmes.

    Suite à cet assassinat, de nombreux rassemblements ont été appelés. Parfois le fruit de syndicats enseignants, mais également parfois spontanés. La réaction de rejet populaire, général et massif du terrorisme est à saluer. Elle est importante dans le processus de guérison et de résilience. En dépit de la situation sanitaire qui se dégrade de jours en jours, cette mobilisation a été large et très suivie. Il est notable qu’il n’y ait pas eu d’incidents au cours de ceux-ci, aucun acte de haine à l’encontre des musulmans ou des musulmanes venus aussi témoigner de leur horreur.

    Si la mobilisation a été importante et positive, elle a également attiré une cohorte d’opportunistes et d’agents de la haine et de la division. Dans ces grands rassemblements, la question se pose : quelle classe, quel courant politique, aura l’hégémonie ?

    Car, si ici les voix étaient celles de l’apaisement et de l’union, ailleurs, sur les plateaux télévisés, celles de la division et de la haine ont dominés. Des individus, des courants politiques, qui auparavant vouaient seulement du mépris aux enseignants et aux enseignantes, se sont emparés de Samuel Paty. Ils en ont fait leur étendard. Nous pouvons affirmer sans trop prendre de risques que ce professeur incarnait, socialement et idéologiquement, l’inverse total des Morano, des Zemmour et des Valls.

    L’occasion est trop belle : Les réactionnaires sont prêts à assassiner une seconde fois Samuel Paty pour nourrir leurs projets politiques racistes.

    « Expliquer, c’est justifier ». (Valls)

    Nous ne voulons pas minimiser l’existence d’un risque terroriste. Nous ne faisons pas d’angélisme. La société capitaliste, en particulier en période de crise, est violente, cruelle, impitoyable. Elle fragmente les individus, les jetant dans la misère, dans le désespoir et la violence.

    Manuel Valls avait dit, en 2015, que « expliquer c’est justifier ». C’est superficiellement vrai. Essayer de comprendre la trajectoire de radicalisation d’un individu fait qu’on ne peut plus le rejeter dans la catégorie des « monstres » et des anomalies. Le terroriste, le radicalisé, l’assassin, le criminel ne nous apparaît plus comme un « autre », mais comme un reflet de nous même.

    Manuel Valls pense, comme d’autre, qu’il n’y a pas besoin de comprendre pour lutter contre. Mais c’est aussi parce que M. Valls ne se donne pas d’autres objectifs que de gérer le risque terroriste (et de l’utiliser comme argument pour justifier son existence politique). Nous, en revanche, nous voulons y mettre un terme de manière définitive et radical.

    D’autres prétendent le faire. Mais en réalité, ils placent implicitement une élimination physique de certaines catégories de la population comme condition nécessaires à leurs projets. Nous non. Nous pensons qu’il faut connaître les racines profondes de ce mal, de ce ressentiment, de cette colère qui finit par exploser, engloutissant des innocents. Au « Expliquer, c’est justifier », nous répondons « expliquer, c’est comprendre, comprendre c’est pouvoir agir. »

    L’agresseur ayant été abattu par la police, il n’y aura pas de procès qui puisse permettre de comprendre plus en détail, d’analyser, d’étudier, le cheminement d’un jeune tchétchène de 18 ans vers un acte aussi brutal. Nous ne pensons pas, comme Mélenchon l’avait mentionné, que cela soit lié à son ethnie comme nous ne pensons pas non plus que cela soit profondément lié à l’Islam, contrairement à ce que l’on veut faire croire.

    L’islamophobie nourrit l’islamisme le plus réactionnaire.

    Si l’islamisme, contrairement aux fantasmes de la part d’une grande partie du monde politique, est lié à l’extrême-droite, il possède une différence importante dans leur point de départ. Les chemins qui amènent des Anders Brievik ou des Brendon Tarrant à commettre des tueries sont ceux de dominants qui sont terrifiés de perdre leur position dans la société. Ils estiment que leur mode de vie, que leur civilisation, que leur ethnie est encerclée, menacée d’extinction. Chez les musulmans, c’est l’idée d’un combat pour la survie d’une minorité, pour se défendre contre l’anéantissement. Si l’un part d’ « en haut » et l’autre d’ « en bas », les deux se rejoignent, et se répondent.

    Si on se pose la question du « qui de la poule ou de l’œuf », la réponse est relativement aisée : les fascistes, les suprémacistes, les xénophobes possèdent une mainmise sur l’appareil d’État, sur les institutions, sur les forces de répression et sur la justice. Ils « jouent à domicile » et possèdent un avantage écrasant par leur classe sociale.

    Avant, ils parlaient de race, aujourd’hui, ils ont appris à contourner le racisme en parlant de religion. Mais le fond reste le même. Ils considèrent qu’une partie de la population de France est inassimilable, incompatible, et donc à liquider.

    Ces institutions paraissent hostiles ou indifférentes. Personne n’est venu représenter le gouvernement devant les mosquées brûlées de Lyon, tandis que Darmanin s’est déplacé pour une Église à Rillieux-la-Pape. Quand un acte anti-musulman ou raciste est mené, il faut discuter sans fin pour en comprendre les tenants et les aboutissants par une longue enquête. Cela convainc les musulmans (mais aussi d’une manière générale les minorités présentes en France) qu’ils sont des individus de seconde zone, auxquels ont peut s’en prendre impunément, qu’on peut tuer au détour d’une ruelle, lors d’un contrôle qui « tourne mal ».

    Dans le même temps, les prédicateurs islamistes tiennent exactement le même discours. Ils considèrent que ces politiques montrent que l’occident les rejette, qu’ils sont incompatibles avec ses « valeurs », et qu’il faut soit arracher par la force des zones « libérées », soit partir.

    La prophétie auto-réalisatrice se crée.

    L’école.

    De gauchistes fainéants, gavés de vacances, les enseignants sont subitement devenus des remparts contre l’islamisme. Le 27 août, Emmanuel Macron refusait l’embauche de nouveaux professeurs, déclarant que « C’est le genre de créations d’emplois qui vont aggraver le déficit et qui ne servent pas à redresser le pays ».

    Le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, s’est ainsi adressé aux enseignants en des termes inhabituels. Après avoir nié tout malaise dans les lycées, nié toute contamination COVID19, conspué les « enseignants décrocheurs », il s’est montré en façade bienveillant et conciliant.

    S’ouvre d’ailleurs aujourd’hui, 22 octobre, un expéditif Grenelle de l’Éducation, qui doit permettre de réaliser une rentrée ad hoc le 2 novembre. Encore un bel effet d’annonce. Peut-être se traduira-t-il par quelques effets cosmétiques, qui servent à convaincre que le gouvernement fait quelque chose. Mais que va il en sortir d’utile ? Blanquer a été nommé pour aligner progressivement l’Éducation Nationale sur le modèle managérial de l’entreprise privé. Il a contribué à transformer les enseignants et enseignantes en prestataires de service qui doivent être rentabilisé.

    Le ministre promet un « recadrage pédagogique » à la rentrée. Nul ne sait ce que cela signifie pour le moment, mais il est certain que cela ne répondra en rien au problème de fond : le fait que l’école cristallise les tensions présentes dans la société. Elle est le reflet de la confrontation entre les classes – bien que la bourgeoisie ait ses propres lieux ailleurs –, de la confrontation entre les groupes sociaux, de l’affrontement aussi entre l’État et la population. De ce point de vue là, nulle mesure ne peut changer cela.

    La situation de l’école est paradoxale. Elle est supposée former des citoyens français, acquis aux valeurs de la République et à un certain mythe consacrant la France comme la championne des droits de l’homme. La rencontre avec la réalité brise ce discours. Expliquer que la police protège à des enfants qui ont été témoins de violences policières ; que la justice est équitable face aux affaires Sarkozy, Balkany… ; que la France est la patrie des droits de l’Homme alors qu’elle entretient des relations néo-coloniales avec de nombreux pays… La confrontation entre l’imaginaire et le concret ne peut que déboucher sur une fragmentation de la confiance entre les élèves et l’institution.

    D’autant que les arguments sont hypocrites. La liberté de pensée et d’expression est constamment entravée par l’Etat. Sacralité du président de la République, omerta sur les crimes policiers et sur les génocides commis par la France. En revanche, la liberté des propagandistes racistes, elle, est garantie.

    De même, la lutte contre la radicalisation, construite uniquement comme une charge contre les musulmans (en interprétée par ceux-ci comme tel !) est, dès le départ, incapable de pouvoir remplir son but. Elle ne laisse pas d’espace d’élaboration commune, de construction d’un vécu commun, elle ne permet pas l’apparition d’un sentiment d’appartenance à une même communauté. En ne comprenant pas les contacts qu’il y a entre l’extérieur et l’intérieur des établissements, en oubliant que des Zemmour et des Morano existent, l’Éducation Nationale ne peut pas permettre de créer cette espace commun d’échange pour résoudre réellement les problèmes. La critique et la discussion deviennent alors des vexations et des stigmatisations dans l’esprit de ceux qui les subissent.

    Le pire est que la colère contre l’État, contre les inégalités, contre les institutions, se reportent justement sur ces enseignants, seuls, isolés. Lâchés par une administration qui ne veut pas reconnaître de problèmes, par un ministre qui pense que tout est affaire de rentabilisation. C’est ce qui rend ce crime encore plus terrible, c’est qu’il est un coup porté contre quelqu’un qui, à la mesure de ses moyens, essayait d’enrayer la marche vers la brutalisation de la société.

    Demain.

    Ce meurtre est arrivé comme un déclencheur dans un pays où le climat est à la crise et à la violence. La pandémie n’a pas été gérée convenablement. La crise économique menace. Aujourd’hui est plus incertain qu’hier, demain est une énigme. Dans ce contexte, dans cette tension, il est extrêmement aisé de jouer la carte de la provocation. Il faut regarder avec lucidité la situation. Nous devons nous interroger sur l’état de la société française. Une société dans laquelle la tension est telle, la pression est tellement intense, que des caricatures puissent pousser au crime.

    Les musulmans et les musulmanes n’ont pas plus, ni moins, de sens de l’humour que les autres. Ils n’ont pas plus, ni moins, de tolérance quant à leur religion. Toutes les religions, tous les groupes sociaux, ne sont cependant pas égaux en France. Après avoir été l’ennemi racial, ils sont devenus les inassimilables. Ils sont passés de gens qui ne « veulent pas s’intégrer » à des individus qui sont incompatibles avec la société.

    Les discours se sont lâchés. Il n’existe plus de frein. Un consensus se fait à la droite du PS : celui que les peines de prison, l’État de droit, la bienveillance, sont d’un autre temps. Le temps de la détention de sûreté, le temps de la répression préventive est venue. Elle est déjà initiée par Darmanin, ayant arrêté des individus « sans rapport à l’affaire », mais « pour faire passer le message ». Derrière les discours qui indiquent que la « peur doit changer de camp », il y a une question : n’est-ce pas celle-ci qui pousse à la violence ? La peur qu’ont déjà certains musulmans, certaines musulmanes, pour leur vie, qui les jettent dans les bras des ultras de la réaction ?

    La campagne raciste et islamophobe produit des fruits vénéneux de part et d’autres comme nous l’avons systématiquement dénoncé. Elle nourrit les aspirations à la haine, à la destruction, à l’anéantissement physique de population et d’individus.

    Elle a réduit à néant l’espace de dialogue, de débat, d’échange entre les différentes communautés qui existent en France. Elle crée les conditions d’une montée aux extrêmes des tensions, à un point tel que celle-ci ne trouvent plus d’autres issues que la violence.

    Plus la tension monte dans la société, plus son entropie, sa tendance au chaos, se développe. Elle en devient intenable. La racine de ces crimes ne pourra être extirpée par la force brute, la criminalisation, les vexations et la haine.

    Se prépare la double offensive. L’union sacrée contre l’islamo-gauchisme, éternelle renaissance du judéo-bolchevisme est une union sacrée mêlant racisme et mise au pas des exploités. L’accusation, portée contre LFI, l’UNEF, Solidaires…etc a pour but de ressusciter de vieux fantasmes. Celui de l’ennemi intérieur, irréductible, inassimilable. Celui qui fragmente la belle harmonie de la société capitaliste, venant semer le désordre entre le patron et son employé, la femme et le mari, rompant la belle alliance nationale, construite pour porter au plus haut les couleurs de la France et l’intérêt de sa bourgeoisie.

    Au vu de la crise qui se profile, cela ne mange pas de pain que de frapper préventivement syndicats, partis politiques de gauche, organisations progressistes. Ce balayage préventif, pré-électoral, assure les coudées franches aux réactionnaires. Car le monde de demain, celui d’après la pandémie, celui d’après les élections, risque de ressembler au monde d’hier. Ou d’avant-hier. Un monde de défiance, de tensions, de brutalité et de menaces internationales. Un monde dans lequel la bourgeoisie renoncera à cette interface qu’elle nomme démocratie. Un monde dans lequel elle prendra les commandes directement, brusquement, pour assurer sa propre survie.

    Nous.

    Notre position est la suivante. Nous sommes hostiles aux réactionnaires quel qu’ils soient.

    Nous regardons les fascistes et les islamistes comme la même manifestation d’une idéologie anti-populaire, anti-révolutionnaire. Mais l’un est celui des dominants qui refusent de perdre leur place.

    L’autre est celui des opprimés, du ressentiment détourné de ses bourreaux vers une lutte fratricide et sororicide.

    Nous rejetons l’un comme l’autre. Nous rejetons ces réponses identitaires à des problèmes concrets.

    Nous considérons que le ferment de la misère, celle dont se nourrissent les fascistes de tous types, est l’exploitation capitaliste. Son abolition ne résoudra pas tout d’elle même, mais elle créera le cadre qui permettra de mettre fin aux expressions réactionnaires. Lorsque Marx parle de « l’opium du peuple », il n’en parlait pas comme d’une drogue dangereuse, mais comme d’un baume protecteur, qui permet d’oublier la souffrance de la misère, la souffrance concrète de la lutte des classes. Ce n’est pas en attaquant un « mauvais » remède qu’on supprime la maladie.

    Le fait que certains ou certaines soient croyante, dans un dieu ou un autre, ne nous importe peu. Ce n’est pas la foi qui compte, mais les actes et les pratiques sociales. Ce sont elles, lorsqu’elles sont réactionnaires, qu’il faut combattre. Cela demande aussi de savoir ce qui est du ressort du débat, de l’éducation, et ce qui est du ressort de la répression. Si nous étions au pouvoir, nous n’aurions aucune hésitation à frapper les agents de la haine et de la division. Mais nous ne sommes pas là.

    Aujourd’hui, le camp du peuple, au sens populaire du terme, est faible, éparpillé. Il fait face à un raz de marée réactionnaire, prêt à déferler, à diviser, à créer des diversions et à accroitre les conflits au lieu de les résoudre.

    Nous, membres de l’Unité Communiste, appelons toutes les forces politiques qui partagent le même projet que nous à se connaître, se reconnaître, travailler ensemble. Le temps joue contre nous. Les choix que nous faisons aujourd’hui seront les victoires, ou les défaites de demain.

    Nous appelons, lorsque cela est possible, à participer aux actions de défense des droits démocratiques et politiques. Nous appelons également à dénoncer toute tentative de l’extrême-droite d’avancer ses pions, y compris sous un maquillage « de gauche », ou « républicain ».

    Nous rappelons notre attachement au respect des victimes. Elles ne sont pas nous, nous ne sommes pas elles. Nous ne voulons pas prétendre parler en leur nom, à moins que nous puissions estimer partager la même parole. Nous n’avons que répugnance pour ceux qui s’en emparent, les assassinent à nouveau, et en font des marionnettes de leurs projets.

    Soyons soudés et avançons ensemble. Pour unifier les exploités et exploitées. Pour frapper nos bourreaux.

    En dessous : notre déclaration au lendemain de l’attentat.

    À la suite de l’assassinat particulièrement atroce qui a frappé Samuel Paty, nous voulons formuler la déclaration suivante. Celle-ci sera enrichie progressivement au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête de du déchiffrement du processus qui a conduit à ce meurtre. Nous tenons à rester prudent et prudentes dans notre analyse.

    Nous exprimons notre solidarité et nos condoléances envers sa famille et ses proches, ses amis et ses collègues. Cela nous apparaît comme étant primordial avant toute autre considération. De même nous considérons que ce crime est à condamner sans réserve.

    Nous le considérons, en revanche, comme terriblement révélateur du climat actuel. Comme illustrant une montée en tension extrêmement importante, nourrie par une cohorte de pompiers-pyromanes.

    Imaginer qu’on puisse mourir pour avoir projeté des caricatures, en particulier dans un lieu qui est supposé être celui du débat, de l’échange, de la discussion, est quelque chose qui paraît invraisemblable. Et pourtant cela a eu lieu.

    Un jeune homme de 18 ans, qui n’était nullement connu pour un quelconque fanatisme religieux, a jugé qu’un professeur d’histoire-géographie méritait la mort pour cela.

    C’est dire quel est l’état de la société française, quel est son degré de fragmentation, à quel point elle est proche d’un point de rupture.

    Cette rupture, cette tension, est due à un contexte anxiogène, à des absences de perspectives sociales, politiques, à la misère et à la précarité. Cela en forme le socle. Nombre d’individus se sentent menacés, dans leurs conditions d’existence, dans leur mode de vie, voir dans leur sécurité physique elle-même.

    Dans ce climat de peur, des agents de la discordes, de la haine, déversent leur venin. Ils se sont emparés de la liberté d’expression, valeur fondamentale, et s’en servent comme d’un maillet pour écraser leurs cibles.

    Polémistes racistes et prédicateurs haineux se tendent la main pour que ce conflit éclose.

    Cette tension s’accumule et finit par provoquer ces actes barbares. C’est la même main qui guidait le couteau de l’assassin, comme celle qui guidait les balles de Anders Brievik, ou d’autres assassins.

    Nous voulons que cette haine s’éteigne. Nous savons que nous avons bien plus en commun, notre souffrance, nos peurs, nos espoirs, que ce qui nous sépare. Nous savons que la très grande majorité des gens recherchent la même chose.

    Nous pensons que la climat actuel, les ambitions politiques, et l’angoisse privent l’école d’une de ses fonctions. Celle de créer le cadre apaisé, calme, d’un débat, d’une discussion, d’un lieu qui permette à la jeunesse d’exprimer ses sentiments…Et ses ressentiments. Et de créer les bases qui permettront à la nation, au sens populaire du terme, au sens de la communauté vivante qui constitue le peuple, d’élaborer en commun une société nouvelle. Une société dans laquelle il n’existera nulle exclusion, nulle haine, nulle discrimination.

    Nous sommes persuadés que c’est également le projet que défendait Samuel Paty. Qu’il s’agissait d’un projet émancipateur, unificateur.

    Hélas, que pèse la volonté d’un homme, d’une femme, face à la machine à broyer des déterminismes sociaux, face à la puissante machine de guerre politique qui cherche à contrer ses efforts. Face à un ministère qui a ôté tous les moyens et l’indépendance de l’école, tout en se réclamant son « ami », pour en faire un fer de lance de la reproduction des inégalités.

    Bien peu.

    Et tant que cela ne changera pas, il existera des actes de violence aveugle, de haine, qui frappent non pas les bourreaux, mais ceux qui essaient d’aider, ceux qui essaient de faire apprendre, de faire connaître, mais qu’on sacrifie dans la tourmente d’une société qui s’effondre.

  • Interview de  Salih Müslim (MLKP)  à propos du Kurdistan syrien

    Interview de Salih Müslim (MLKP) à propos du Kurdistan syrien

    « Nos seuls amis sont dans les rues du monde entier! »

    Salih Müslim a été coprésident du Parti de l’Union démocratique syrienne (PYD) de 2010 à 2017. Il est actuellement coordinateur adjoint du Comité national de coordination pour le changement démocratique. Le 26 octobre 2019, il a pris position par rapport à la guerre d’agression du régime turc fasciste sur la Fédération démocratique du nord-est de la Syrie.

    Salih Müslim a été invité pour prendre la parole lors de la manifestation du Parti communiste marxiste-léniniste de Turquie (MLKP) [Le MLKP est membre de l’ICOR] à Ludwigshafen/Allemagne le 26 octobre à l’occasion de son 25e anniversaire. En raison de la situation de guerre, Salih Muslim n’a pas pu entrer en Allemagne. Il a envoyé le message ci-dessous pour la discussion sur le podium via Skype. La Turquie demande l’extradition de Salih Müslim, car le démocrate convaincu est un terroriste à leurs yeux. Nous publions son message complet ici.

    Salih Muslim :
    « Depuis le 9 octobre, Rojava a été attaqué non seulement par la Turquie, mais également par des bandes terroristes islamistes. Le 17 octobre, un cessez-le-feu est intervenu. Nous sommes prêts à discuter, mais l’autre côté ne nous a pas respectés. L’accord, et avec les Russes et avec les États-Unis, nous ne les acceptons pas. Nous n’acceptons que la trêve. En outre, il n’existe pas de véritable cessez-le-feu, les attaques se poursuivent et la population civile est attaquée.

    Pas le choix mais la résistance par tous les moyens
    Tout le monde est uni et ces pouvoirs n’écoutent personne. Cela vaut en particulier pour l’AKP et le MHP (parti fasciste en Turquie, qui forme le gouvernement avec l’AKP d’Erdoğans, note de l’éditeur). Nous n’avons d’autre choix que de résister par tous les moyens. 300 000 personnes ont déjà pris la fuite. Beaucoup d’entre eux sont seuls, la plupart doivent dormir en plein air n’ayant pas d’abri. À Kobanê ou à Hasaka, ils viennent essayer de s’occuper d’eux, mais dans bien d’autres endroits, ils n’ont personne pour s’occuper d’eux.

    Les organisations d’aide des organismes internationaux n’apportent aucune aide en matière de médicaments. Il y a de moins en moins d’hôpitaux en fonction. Du Kurdistan du Sud¹, nous recevons des marchandises, mais elles sont complètement insuffisantes. L’infrastructure est perturbée – les routes entre les villes ont été fermées.

    L’espace aérien doit être bloqué
    Nous ne sommes plus confrontés seulement à Daesh. Des drones et des avions de chasse des fascistes turcs menacent également nos vies. L’espace aérien doit être bloqué! Depuis plus de deux ans, la Turquie entretient de bonnes relations avec Daesh. Ils avaient occupé les puits de pétrole pendant une période à l’Est, développé un commerce de pétrole dynamique et la famille Erdoğans avait également gagné beaucoup d’argent grâce au gaz naturel.


    La résistance de Kobanê est un signal énergique
    La bataille de Kobanê a commencé alors que Daesh et les membres de gangs devaient se trouver à la frontière. Maintenant, ils se préparent à une nouvelle attaque. Ces gangs assassinent, détruisent et mutilent les gens.

    Il y avait des rassemblements internationaux et des accords contre nous. L’ONU, les États-Unis et la Russie se sont rencontrés trois fois. C’est un ignoble plan, ils se sont tous mis d’accord contre les Kurdes. Nous connaissons le génocide des Arméniens, il s’agit en définitive d’un génocide des Kurdes. Surtout, l’attaque vise le système démocratique, les droits des femmes, l’autonomie gouvernementale et la coexistence pacifique multiethnique. Ils veulent détruire ça !
    Nos seuls amis sont dans les rues du monde entier! Ils devraient le savoir: nous résisterons jusqu’au bout. Nous ne nous sentons pas seuls parce que vous existez! Nous nous défendrons jusqu’au bout – et le but c’est la victoire. Cette victoire profitera à toutes les forces progressistes du monde. Nous n’avons jamais été séparés de vous ces dernières années. Et c’est pourquoi la victoire ne sera pas seulement la nôtre, elle sera aussi la vôtre. »

  • 21 jours. Afrin tient toujours ! – communiqué de l’Unité Communiste de Lyon

    21 jours. Afrin tient toujours ! – communiqué de l’Unité Communiste de Lyon

    L’ignoble opération lancée par le gouvernement Turc, appuyée par ses mercenaires djihadistes de la prétendue Armée Syrienne Libre, fait long feu. Cette agression, nommée par pure provocation « rameau d’olivier » dure depuis maintenant trois semaine et semble s’enliser complètement.

    Pourtant la Turquie ne lésine pas sur les moyens. Bombardiers F-16, chars Allemands, artillerie Française sont utilisés pour écraser l’enclave contrôlée par les forces combattantes révolutionnaire Kurdes, sous l’égide des YPG (Unités de protection du peuple), aidés d’alliés turcs et internationaux, motivés par la solidarité internationale.

    La Turquie, dans ce conflit, cherche a annexer le Rojava à sont Etat, a fragmenter la Syrie. Elle négocie avec la Russie et avec le régime Syrien le partage de celle-ci, en échange de l’arrêt de l’aide aux Djihadistes et aux fascistes. Moscou espère certainement un rapprochement géopolitique avec la Turquie en échange de ce marché.

    Malgré les bombes, les obus, malgré les massacres d’enfants, de vieillards, Afrin résiste.

    Hommes et femmes capable de porter les armes combattent la tentative d’annexion du régime fasciste turc. Ils et elles se battent héroïquement. Entre 8 000 et 10 000 combattants et combattantes font face à la seconde armée de l’OTAN et à entre 10 et 25 000 mercenaires de l’ASL.

    Pourtant, les chars Leopard-2 éclatent toujours sous les roquettes des YPG.

    Après la terrible bataille de Kobané, les forces révolutionnaires et le peuple en arme démontrent une fois de plus qu’on ne peut les broyer sans subir la morsure du fer et la brûlure du feu !

    Comment ne pas penser, en ce début d’année 2018, à la bataille de Stalingrad, il y a 75 ans, où les soldats soviétiques ont battu les fascistes, malgré leur infériorité numérique initiale, et les ont raccompagnés jusqu’à Berlin, jusqu’au tombeau d’Hitler.

    Comment ne pas penser aux 50 ans de l’offensive du Têt, au Vietnam, où les forces de l’armée nord Vietnamienne et la résistance Vietminh brisaient la capacité des USA à poursuivre leur intervention.

    Comment ne pas penser qu’il y a 100 ans, les hommes et les femmes de la Russie Tsariste mourante se levaient et battaient toutes les armées coalisées lancés contre eux et elles.

    Chaque fois, les armées populaires ont triomphé, car elles ne s’appuient pas sur des mercenaires, elles ne s’appuient pas sur des bouchers et sur des valets. Elles s’appuient sur les aspirations justes à défendre son foyer, à protéger les siens, à défendre la construction d’un monde meilleur, libre et égalitaire.

    Même si elles subissent parfois des revers, ces armées du peuple renaissent sans cesse tant que leur lutte n’est pas menée jusqu’au bout.

    Les Hitler, les Erdogan, les fascistes vont et viennent, mais le peuple est toujours là !

    La Turquie se venge, la communauté internationale collabore !

    Face à la résistance exemplaire des combattantes et des combattants d’Afrin, Erdogan s’emplit de fureur.

    De rage, la Turquie fasciste se venge. Elle commet des crimes de guerre, bombardant les villes et les villages, elle assassine les prisonniers -au mépris de toutes les conventions. Elle mutile les corps des combattants et, surtout, des combattantes. Elle se comporte comme tout colonialiste, rempli de colère par le fait qu’on ose lui résister.

    Elle en profite pour raser les sites archéologiques des civilisations anciennes présentes. Le temple d’Ain Dara, datant de 1400 avant J.-C. a été rasé. La Turquie se sert de l’effacement des traces archéologiques pour dénier toute légitimité aux populations quant à leurs revendications d’indépendance. Elle veut annihiler leur passé pour leur interdire un avenir.

    Dans l’Etat truc, des voix se sont levées pour condamner l’agression perfide. Le PKK, parti frère du PYD de Syrie, le TKP/ML, le MLKP…etc. se sont mobilisés. La réponse du pouvoir Turc fut invariablement la répression et l’enfermement.

    Pas après pas, le régime s’enfonce dans le fascisme le plus débridé.

    La communauté internationale a appelé Erdogan à la « modération. » Cela signifie qu’il peut tuer, massacrer, piller, violer, mais avec « retenue. » Cette attitude revient à autoriser l’agression, à l’adouber.

    La France, qui exploite les travailleurs turcs dans les usines de Renault -actuellement en lutte sociale- qui vend des canons et des armes de par le monde, qui est toujours prompte à soutenir les dictateurs et les terroristes qui font son sale boulot, que fait-elle ? Elle déclare qu’il existe un risque terroriste au Rojava, pour justifier l’occupation turque.

    Encensés un temps par l’occident pour leur succès face à Daesh, aidés par les forces spéciales US dans les combats contre l’ogre obscurantiste, les FDS sont désormais lâchés, abandonnés, traités comme des agents jetables. Loin de l’alliance stratégique avec l’occident que certains voulaient essayer de leur faire endosser, les Kurdes des FDS sont de nouveau seuls, avec comme aide notre solidarité, notre soutient financier et politique, nos camardes partis les rejoindre.

    Aujourd’hui, l’occident sacrifie les kurdes et leur cause. Elle ne l’intéresse plus.

    La Russie et le régime de Bachar Al-Assad, quant à eux, ont proposé un marché de dupe. Certains rêveraient de voir l’armée Russe comme les champions de la liberté. La vérité est que la Russie ne proposait que l’annexion du Rojava à la Syrie en échange de la protection de son armée. Une manière de révéler les intentions des impérialistes : le Rojava est un lot à se partager.

    Mais malgré ces répugnantes tractations Mais malgré ces répugnantes tractations, malgré ces tentatives pour broyer les forces combattantes du peuple, cette bataille ne fait que creuser un peu plus le tombeau de l’impérialisme et du capitalisme.

    Le Moyen-Orient souffre de la guerre depuis trop longtemps. Mais cette guerre se retourne contre ses auteurs. Du chaos, du sang, de la souffrance naissent les forces qui instaurent, qui construisent, qui défendent le monde nouveau : le monde socialiste !

  • La France et la trouée de Suwałki – partie 3 – Printemps arabes

    La France et la trouée de Suwałki – partie 3 – Printemps arabes

    Printemps Arabes

    Parti de Tunisie en  2011, le « printemps Arabe » s’est répandu comme une traînée de poudre à travers le proche et le Moyen-Orient. Ce mouvement s’est finalement heurté à deux types de régimes.

                    Des régimes fantoches, comme celui de Ben Ali et de Moubarak, l’un et l’autre étant des marionnettes sans grand soutien populaire, rapidement tombés de leurs piédestaux.

                    Des régimes autoritaires, mais disposant d’une assises sociale ou clanique, dans lesquels les tentatives de coups de force ont fait long feu et se sont transformés dans leurs nature, du fait de l’intrusion étrangère, pour devenir des leviers d’un bouleversement géopolitique.

    Les deux cas de figure dans lesquels la situation s’est éternisée sont la Lybie et la Syrie. Dans les deux cas, les Russes avaient des intérêts forts dans le secteur.

    En 2011, il ne fait pas de doute que Nicolas Sarkozy n’a pas oublié l’incartade avec Poutine, pourtant jugé encore faible. Cela joue probablement un rôle dans le fait que la France soit en tête d’opérations visant à soutenir les rebelles anti-Kadhafi en Libye. Kadhafi, accueilli en grande pompe en France en 2007, comme un ami par le président français, est vu comme un ennemi mortel en 2011. Celui qui servait de barrière anti-migrant a commis le crime de lèse-majesté d’octroyer une base navale aux Russes à Benghazi. Surfant alors sur le printemps Arabe, les Français, soutenus par les USA -et non l’inverse !- font tomber son régime, pour le remplacer par le chaos.

    Fait intéressant, l’Italie et l’Allemagne s’opposent ou s’abstiennent lors des votes à l’ONU concernant ces sujets. L’Allemagne était alors engagée dans la construction du projet de pipeline sous-marin Nord Stream 1, dont l’administrateur n’était autre de l’ancien chancelier Gerhard Schroeder. Celui-ci devait permettre de contourner les Etats Baltes et la Pologne [ainsi que le Belarus, au grand dam de celui-ci] pour délivrer le précieux gaz, provenant de Bakou II, à l’Europe occidentale. 2011, d’autre part, c’est l’accident du Fukushima, à la suite duquel l’Allemagne stoppe ses centrales nucléaires, augmentant d’autant sa dépendance énergétique. Ce projet à fini par capoter à la suite de questions de découpage des fonds marins, mais a été remplacé par un second projet, lequel n’est pas concerné par les sanctions contre la Russie.

     L’Italie, quant à elle, était en discussion sur la construction d’un autre pipeline, South Stream, permettant, quant à lui, de contourner l’Ukraine, la Turquie, la Roumanie. Ce projet, en concurrence avec celui des USA, nommé Nabucco, aurait arrosé directement la Bulgarie, la Serbie, puis l’Italie. Celui-ci a été abandonné le 1er Décembre 2014, d’une part du fait des entraves mises en place par l’UE, de l’autre comme mesure de rétorsion de la part de la Russie, qui a diminué l’approvisionnement en gaz de l’Europe.

    Syrie.

    A Lattaquié, l’armée Russe a pris ses quartiers, construisant une base aérienne, à quelques pas à peine de la frontière avec la Turquie. A Tartous, le long de la mer méditerranée, ils avaient installé une base navale. Celle-ci est essentielle à la stratégie Russe de débordement du cercle de fer qui l’entoure.

    La Syrie était une cliente de longue date de la Russie et la France. La première pour des liens géopolitiques datant de l’époque de l’URSS, la seconde pour le mandat donné par la S.D.N. après la Première Guerre mondiale.

    La France s’est toujours prévalue d’être la protectrice tutélaire des Chrétiens d’Orient, ce qui lui octroyait un informel mais très concret droit de regard sur les affaires au Levant. Les liens de clientèle avec le Liban et avec la Syrie ont néanmoins perduré, sous des formes également mafieuses.

    La concurrence de la part de la Russie a, en revanche, toujours été regardée comme une intrusion malvenue. L’accroissement de cette présence a joué un rôle certain dans l’appui de notre Etat à l’opposition contre Bachar Al-Assad. Comme en Côte d’Ivoire, la France, déçue par son laquais, choisit d’en placer un autre. Gbagbo contre Ouattara, Bachar Al-Assad contre l’ASL. A cette plaie s’est surajouté, comme une surinfection, la question de la base Russe, qui aiguillonne tous les acteurs géopolitiques. Avec la question Turque, la question Kurde, la question confessionnelle et la présence d’un Etat en faillite, l’Irak, la région est un bocal de nitroglycérine. 

    Au lieu d’une permutation propre et nette, l’affaire a cafouillé dans les grandes largeurs. Depuis 2011, la Syrie s’enfonce dans le chaos, dans un billard à quatre bandes, entre Loyalistes, ASL, Forces Démocratiques Syriennes, que nous soutenons au travers, notamment, de la participation à la campagne sur le Bataillons International] et Etat Islamique.

    Le passage d’une contestation pacifique et basée sur des revendications démocratique a un guerre civile est délicat à retranscrire. Les responsabilités sont floues et confuses. Il ne fait pas de doute que le régime a cherché à étouffer la contestation, cependant la présence d’agents provocateurs hostiles au régime, tirant aveuglément dans la foule, est attestée par plusieurs témoins.

    D’une manière générale, cette brochure n’a pas vocation à trancher cette épineuse question. Toujours est-il qu’un soutien logistique et des moyens technologiques ont été fournis aux rebelles, leur permettant de se montrer particulièrement efficaces contre l’armée loyaliste.

    La Russie a fait de même de son côté, le 15 septembre 2015, Vladimir Poutine déclare « Nous soutenons le gouvernement de Syrie. Nous fournissons, et nous continuerons à [lui] fournir aide et assistance technique et militaire  ». Mais là où elle a réussit à œuvrer particulièrement intelligemment, c’est dans le fait de saisir la balle au bond. L’irruption du terrorisme de l’Etat Islamique en France et en occident ont permis de transgresser les barrières de l’engagement militaire.

    Si l’occident est resté d ans une politique du drone strike et des opérations limitées, la Russie a fait preuve d’un investissement très important dans le conflit. Surtout, elle l’a fait de manière efficace. Au lieu d’actions sporadiques, elle a utilisé ses troupes en appui tactique des forces loyalistes. A partir du 30 septembre 2015, celle-ci ne reculent plus.

    Les pertes sont modiques (26 hommes, deux hélicoptères et un bombardier détruit par la Turquie) alors que les résultats sont immenses. Deux effets sont notables : le premier est une démonstration de force et de capacité d’intervention qui stupéfie les observateurs. La Russie use, parfois sans grand discernement, de ses armes de pointe. Dès le premier jour, elle met en scène un lancer de missiles 3M-54 Kalibr, dont nous avons parlé plus tôt. Cela ne se justifie pas techniquement, pas plus que l’emploi de Tu-22M pour bombarder au jugé. Mais l’occasion est trop belle pour ne pas tenter d’en étal.

    La seconde est politique : elle dore un blason fort terni. Les campistes se pâment et portent aux nues la moindre avancée comme si elle était le fait de l’Armée Rouge ; les fascistes saluent Poutine et Bachar comme des remparts à l’Islamisme ; la droite fait de même. Finalement, seul le PS, les trotskistes et certains anarchistes restent solidaires de l’ASL. Le camp pro-occidental s’étiole.

    Dans un sens, la guerre de Syrie est une nouvelle guerre d’Espagne, d’un point de vue géopolitique. Chaque camp s’y jauge, jauge ses adversaire, fait preuve se sa capacité opérationnelle à soutenir telle ou telle force. La différence est que le camp du progrès, incarné par les FDS, est nettement moins puissant et nettement moins soutenu.

    Ce conflit est l’occasion d’une rencontre entre deux acteurs géopolitiques opposés.

    La Turquie soutient l’ASL et, en sous-main, fourni une assistance à l’Etat Islamique. Son objectif stratégique est de conquérir le nord de la Syrie, de rafler les régions riches de ce secteur et de détruire les bases arrières de la guérilla du PKK. Elle a donc des visées antagoniques à celles de la Russie, sur la question de l’intégrité territoriale de la Syrie, mais également vis-à-vis de ses alliés de l’OTAN, qui soutiennent de manière croissante la très efficace armée des FDS, notamment l’YPG. Le brouillard de guerre est total.

    Le 24 novembre 2015, la Turquie abat un Su-24M Russe, qui avait franchi son espace aérien. Un pilote est tué. Un froid s’installe, avec des sanctions prises. Elle met un an a se dénouer.

    Son dénouement, en revanche, est incroyable. La Russie et la Turquie se rapprochent et concluent un accord. Cela permet de terminer la bataille d’Alep-est, la Turquie donnant l’ordre à l’ASL de se retirer et de remonter frapper les arrières des forces Kurdes. Elle illustre une capacité de la Russie à pouvoir trouver des modus vivendi entre forces antagoniques, au prix de la vie des progressistes sincères.

    Aujourd’hui, ce conflit est en passe de se régler. l’EI est en déroute. Le temps du partage, pour la Russie, est venu. Elle a proposé aux YPG et aux combattants du Rojava de réintégrer la Syrie et de se mettre sous sa protection, en échange de la perte de l’indépendance. Face au refus de ceux-ci, elle se contente de regarder la Turquie tenter d’écraser la poche d’Afrin.

    Le régime d’Erdogan, pourtant membre de l’OTAN, vacille sur son alignement. C’est un signe. Erdogan  flaire que son engagement au côté de l’UE est un jeu de dupe. Malgré ces liens économiques avec l’Allemagne, malgré que l’Europe le soutienne, l’entrée dans l’Union se heurte à une fin de non recevoir constante. Il est l’allié gênant, le larbin faisant le sale boulot, tandis que ses maîtres gardent les mains propres. Persona non grata en occident, il s’ouvre au chant des sirènes moscovites.

    Le 21 novembre 2016, nous écrivions dans La Turquie fait les yeux doux à l’organisation de  Shanghai : « Cherchant sa place dans un échiquier géopolitique au sein duquel elle voudrait exister en tant que puissance régionale, pas seulement en tant que zone d’opération, logiquement, elle monnaie.

    Elle a monnayé sa politique sur les migrants auprès de l’UE, acceptant subsides et investissements, mais n’obtenant pas ce qu’elle souhaite, une reprise des discussion sur son adhésion. Critiqué -mais pas condamné- par l’Union Européenne et l’ONU à la suite de la vague de répression qui s’est abattue sur le pays depuis Juillet, ciblant principalement les progressistes de HDP et les kurdes, le président de l’Etat Turc a donc répondu par une pique.

    Erdogan a donc déclaré: « Certains pourraient me critiquer mais je fais part de mes opinions. Par exemple, je me demande pourquoi la Turquie ne rejoindrait-elle pas l’Organisation de Shanghai? » De même, il menace d’un référendum sur le processus d’adhésion à l’UE avant la fin de l’année si celle-ci ne reprend pas les négociations.

    Bonne marchande, elle monnaie son allégeance à l’autre coté, pour flairer si l’Organisation de Shanghai lui offre mieux. Quant à savoir si il s’agit d’un virage complet ou d’un bluff pour faire monter les enchères, difficile à dire.

    Pour autant cela est révélateur de la situation particulière dans laquelle se trouve l’équilibre militaire: La Turquie, depuis son apparition, à la partition de l’Empire Ottoman, a été l’objet de toutes les attentions, pour bloquer l’URSS naissante, pour verrouiller ses détroits, à l’inverse, de pressions de l’URSS pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour qu’elle intervienne; mais également bastion de l’OTAN et de la réaction pendant la guerre froide. »

    Les alliances sont instables et sont souvent empreintes d’esprit de girouette. Mais elles sont révélatrices des rapports de forces internationaux. Aujourd’hui, des Etats opportunistes peuvent déclarer leur souhait de se lier à la Russie, non par amour, mais bien parce qu’elle semble apporter un nouveau souffle impérialiste, un nouveau partage du monde, dans lequel certains aimeraient se voir jouer le rôle de gagnants.