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  • ORBAN VEUT PRENDRE LES PLEINS POUVOIRS EN HONGRIE

    ORBAN VEUT PRENDRE LES PLEINS POUVOIRS EN HONGRIE

    Petit événement dont personne ne parle, ou si peu. Mais quelque chose de grave, auquel il serait temps de prêter attention. Cela se passe en Europe, ça nous interroge donc sur ce qu’il se passe ici, et cela illustre le fait que même le virus passé, il n’y aura sans doute jamais de retour « à la normale » (c’est à dire au statu quo ante, auquel par définition on ne revient jamais) :

    La Hongrie

    La situation là-bas est si grave, que même en ces temps où l’anormalité devient la norme, franchement, je ne comprends pas que les choses soient si peu remarquées.

    Viktor Orban, premier ministre d’extrême droite, est en train de profiter du virus pour prendre les pleins pouvoirs, lui permettant de légiférer par décrets, en passant outre le parlement. Prolongation illimitée.

    D’après ce que je comprends, la loi est une extension d’une loi déjà proposée et qui a échoué à obtenir le soutien de l’opposition. Cette fois-ci elle se fait sans le soutien de l’opposition, mais uniquement de la majorité d’extrême droite :

    • elle est associée à l’état d’urgence sanitaire.
    • elle ne supprime pas formellement le contrôle du parlement sur le premier ministre. Cependant, ce contrôle parlementaire risque d’être complètement théorique. Par ailleurs Orban n’a pas grand chose à craindre d’un parlement qui lui est globalement acquis, et qui semble décidé à se dessaisir de son propre pouvoir.

    Cependant :

    • elle permet au premier ministre de légiférer dans tous les domaines uniquement par décrets.
    • elle n’est pas limitée dans le temps, mais illimitée.
    • et elle contient même une clause qui permet à Orban d’AJOURNER le calendrier électoral s’il le désire

    Autrement dit, la Hongrie, en plus d’un gouvernement d’extrême droite, est au bord de basculer complètement dans le fascisme.

    Pour l’instant le président du Parlement Européen (qui n’a d’ailleurs pas réellement de pouvoir) a émis une vague protestation. Le silence médiatique à ce sujet est lui-même éloquent sur l’absence de réaction des classes dirigeantes en France, par exemple, aux évolutions hongroises.

    La grande question est : qu’Orban ait pu jusqu’ici aller assez loin avec le soutien de l’Union Européenne (malgré des protestations de pure forme) auparavant, c’était assez visible.
    Mais pourquoi et comment peut-il aller loin A CE POINT en pensant que les pays de l’UE vont le laisser franchir cette limite ?

    Il semble convaincu que ça va passer.

    Et surtout, il est frappant de constater qu’il fait cela alors qu’il n’en a pas fondamentalement besoin. Sa position au pouvoir était bien assurée. Pourquoi alors ne pas maintenir quelques apparences démocratiques ?
    Est-ce qu’il pense que la crise économique et politique qui va suivre le confinement va être si grave que l’UE va s’effondrer?


    Auquel cas, le fait de détenir les pleins pouvoirs lui permettra de traverser la tempête et de faire ce qu’il veut sans avoir à prendre le risque de fâcher les pays européens.

    Il sait que les pays européens n’ont rien contre le fascisme.
    Imaginez : le parti de Viktor Orban siège au parlement européen dans le même groupe parlementaire que la CDU allemande, du LR français ou de la Forza Italia italienne. Ils siègent ensemble. Orban a donc bien profité des avantages que lui procurait l’Union Européenne.
    D’autres gouvernements d’extrême droite sévissent également dans des pays comme la Pologne, les Pays Baltes, la Croatie, sans que cela ne semble poser le moindre problème aux instances européennes.

    Simplement les gouvernants européens ne veulent pas qu’une politique de type fasciste se remarque trop. Or, ce qui se passe en Hongrie est bien trop gros pour être digéré aussi facilement. Même le tyran Erdogan, en Turquie, n’a pas les pleins pouvoirs, et maintient, pour la forme, quelques apparences démocratiques.

    Mais maintenant, Orban est en train de dire, non, c’est fini. Moi je vais faire mon truc chez moi, maintenant.
    Il demande des pouvoirs lui permettant carrément d’ajourner le calendrier électoral, ce qui n’a clairement aucun rapport avec le coronavirus.

    Cette crise va durablement changer les choses, créer les conditions d’une crise existentielle majeure et prolongée du capitalisme mondial. Les peuples européens vont peut-être se réveiller et retrouver la raison, mais les gouvernements eux, ont perdu la maîtrise de la situation. Cette histoire de Hongrie en est la preuve.
    Orban est finalement en train de dire : ok, j’ai bien profité d’être sous la couverture respectable de l’UE pour avancer mes pions dans le pays. Maintenant c’est fini, je suis maître chez moi, et je fais ce que je veux.
    L’hypothèse qui me semble la plus vraisemblable pour expliquer ce revirement est que Viktor Orban estime que l’UE ne sera plus opérationnelle à court moyen terme et ne lui est donc plus d’aucune utilité. Un effondrement du château de cartes européen, donc.

    En catimini, sans que personne ne le remarque, la poussée, visible dans les dix dernières années, de l’extrême droite sur le continent est en train de se transformer en renaissance du fascisme proprement dit. Car une politique d’extrême droite n’est pas encore entièrement suffisante pour former un véritable régime fasciste, conçu comme « dictature terroriste ouverte de la fraction la plus réactionnaire, la plus chauvine et la plus impérialiste du capital financier ». Par exemple, il a fallu 4 ans à Mussolini, après la « marche sur Rome » pour faire adopter les « lois fascistissimes » qui lui ont permis de réaliser pleinement son projet politique. Maintenant, alors que le monde capitaliste est en plein bond dans l’inconnu, le monstre est en train de réapparaître pour de bon sous son vrai visage.

    Vous aussi vous vous demandez comment une chose pareille est devenue possible dans un pays comme la Hongrie ?

    La Hongrie est un pays qui a une histoire très riche. Cette histoire est à la fois révolutionnaire et contre-révolutionnaire, avec, malheureusement, une longue histoire avec le fascisme.

    Du côté de son histoire révolutionnaire, on pourra évoquer notamment le soulèvement national et progressiste de 1848 contre la tyrannie de l’Empire Autrichien (soulèvement mis en musique par Franz Liszt dans ses magnifiques Préludes), dont les suites ont poussé la dynastie des Habsbourg, après 15 ans de lutte acharnée, à mettre en oeuvre une véritable démocratisation de leur Empire, donnant accès à des libertés nationales et démocratiques importantes à l’ensemble des nationalités, et dans lequel les hongrois ont bénéficié d’un statut tout à fait avantageux.
    En 1918-19, après les épreuves de la Première Guerre Mondiale, et l’effondrement de l’Empire Austro-hongrois, la classe ouvrière prend le pouvoir à Budapest, mettant en œuvre sur le modèle de la Révolution d’Octobre en Russie, une expérience de révolution radicale. Celle-ci a tenu pendant un an et demi sous les assauts de tous les impérialistes (notamment franco-britanniques) coalisés aux forces réactionnaires des pays voisins, avant d’être écrasée. On retiendra parmi les dirigeants de ce mouvement révolutionnaire, tous issus du quartier juif de Budapest, l’aventurier opportuniste Bela Kun, dont les erreurs ont coûté cher à la révolution, mais aussi des dirigeants comme Matyas Rakosi et Ernö Gerö, qui se sont avérés plus solides, et enfin le grand intellectuel marxiste George Lukàcs.

    En 1920, cette expérience révolutionnaire tout à fait exceptionnelle (et qui n’alla pas sans de nombreux excès et erreurs de toutes sortes), fut matée dans un bain de sang. Les troupes roumaines étant entrées dans Budapest installèrent au pouvoir un régime militaire dirigé par Miklos Horthy, appuyé par la hiérarchie de l’Eglise et les milieux nationalistes, non sans avoir entre temps fait s’abattre une terreur blanche implacable et particulièrement antisémite. Horthy resta au pouvoir jusqu’en 1945. Ayant lui-même opté pour une forme locale de fascisme, il fut tout naturellement inscrit dans l’alliance des fascistes européens autour de l’Allemagne nazie.
    Après avoir opté pendant quelques temps pour l’apaisement envers les juifs hongrois, il décida, à la fin de la guerre (et alors que celle-ci était pratiquement perdue) de déporter d’un seul coup la totalité des juifs de Hongrie. 440 000 furent déportés en 3 semaines, parmi lesquels beaucoup moururent.

    Ces événements constituent le terreau sur lequel Viktor Orban prospère aujourd’hui.

    Après la libération du pays par l’armée rouge, la génération révolutionnaire de 1919 revint sur le devant de la scène. Pour recoller les morceaux, des élections furent organisées et un gouvernement antifasciste à forte participation communiste accéda au pouvoir. Devant l’émergence, au niveau international, de la Guerre Froide, et, en Hongrie, les tentatives de déstabilisation et de sabotage des forces réactionnaires, la Hongrie tenta d’évoluer vers le socialisme, avec, toujours présents, Matyas Rakosi, Ernö Gerö, et, dans le domaine intellectuel, George Lukàcs. Mais cela n’était pas si simple. L’implantation du parti communiste était plus faible que dans d’autres pays, la résistance des petits capitalistes agricoles, de l’Eglise, et des couches favorisées constituaient des obstacles majeurs, et enfin la direction révolutionnaire eut elle-même de nombreux excès.

    Les choses changèrent à partir de 1955-1956, lorsqu’un changement de ligne au sein du PC soviétique (et par voie de suite, du mouvement communiste international), favorisa l’éviction de Matyas Rakosi, Ernö Gerö et d’autres anciens de 1919 au sein du PC hongrois, au profit de dirigeants plus modérés, et, au fond, assez sociaux-démocrates. Constatant qu’un certain ras-le-bol existait dans la population, sans doute à juste titre, à la suite des erreurs commises dans la phase précédente de la révolution, ces derniers, prenant modèle sur des changements opérés au même moment en Pologne, tentèrent de mettre en place un régime fondé sur une sorte de compromis bancal avec l’Eglise et les forces réactionnaires. Or, ce fut l’explosion, le retour du refoulé. Malgré quelques mesures « de gauche » prises par le gouvernement, comme la mise en place d’une « autogestion » plus illusoire que réelle, a population qui se mobilisait ne fut pas encadrée par des forces révolutionnaires ou même progressistes, mais par des anciens fascistes, des nostalgiques du fascisme. Les idées fascistes et antisémites recommençaient à s’exprimer ouvertement dans le pays. Les communistes et leurs alliés étaient attaqués, souvent tués, et des affrontements armés commençaient ici et là. La direction du PC hongrois de l’époque, complètement dépassée, cherchait la conciliation : des anciens dignitaires du régime de Horthy opéraient leur retour en politique et furent nommés à des postes importants. Le gouvernement hongrois, ainsi que les nouvelles forces politiques nées dans le mouvement de 56 devinrent une véritable blanchisserie à anciens fascistes.

    Après avoir initialement décidé de laisser les évolutions politiques se faire d’elles-mêmes en Hongrie et en Pologne, le mouvement communiste international, de façon assez unanime (son aile révolutionnaire aussi bien que les dirigeants social-démocratisés), changèrent de position. Un distinction fut faite entre la Pologne et la Hongrie, car, la Pologne, n’ayant pas la même histoire que la Hongrie (la première fut envahie et occupée par des conditions terribles par Hitler, tandis que la seconde fut l’alliée des nazis jusqu’à la fin de la guerre), ne représentait pas à ce moment là de menace fasciste. Il fut donc décidé entre les principaux dirigeants du mouvement communiste que l’Armée rouge devait intervenir en Hongrie (mais pas en Pologne), pour soutenir les forces révolutionnaires encore actives dans le pays (essentiellement autour de différents dirigeants du PC hongrois et d’anciens membres de la police secrète ayant formé et encadré des milices ouvrières et paysannes pour résister aux attaques violentes menées par les fascistes).

    Le soulèvement contre-révolutionnaire hongrois de 1956 fut donc, comme on le sait, écrasé par l’armée rouge, à l’appui de ce qu’il restait de forces révolutionnaires en Hongrie. Mais le souffle, l’élan révolutionnaire étaient morts, brisés, dans ces événements tragiques. On arriva effectivement à une sorte de compromis bancal, social-démocrate, sous la férule du dirigeant Janos Kàdàr, qui resta au pouvoir pendant des décennies. Prêtres, anciens fascistes et petits entrepreneurs ne furent plus inquiétés. Les anciens de 1919 restés en poste (comme Ferenc Münnich) furent évincés définitivement, et, pour ne pas déplaire aux fascistes hongrois, formellement interdits mais toujours présents, il fut pris soin de mettre les juifs hongrois à l’écart de tout poste à responsabilités.
    Cependant, cette politique de compromis avait très certainement ses avantages. Les communistes n’étaient pas si impopulaires et les choses poursuivirent leur cours normal jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989. La « révolution de velours » dont on nous vante les mérites n’eut en fait rien d’une révolution. Le pouvoir ne changea pas de mains. Les dirigeants embourgeoisés de la Hongrie transformèrent le PC en parti social-démocrate, tournèrent sans heurts le dos à Moscou pour se tourner vers l’Europe occidentale. Preuve de la relative popularité de l’appareil dirigeant, ils furent facilement réélus après que des « élections libres » sur le modèle occidental furent organisées, et conservèrent le pouvoir pendant 20 ans.

    Un partout, balle au centre, donc, d’une certaine façon. Ces dirigeants ex-« communistes », embourgeoisés et social-démocratisés, représentaient donc une certaine continuité avec l’histoire révolutionnaire de la Hongrie, un compromis avec les secteurs les plus à droite de la société, et, dans le même temps, la perspective d’une adhésion à l’Union Européenne faisait miroiter à la population la perspective (on peut dire aujourd’hui, le mirage) d’accéder à la prospérité sur le modèle des pays occidentaux. L’adhésion de la Hongrie à l’UE fut officielle le 1er mai 2004. Et la déception fut grande. Le niveau de vie ne s’est pas amélioré en Hongrie, et les sociaux-démocrates locaux apparurent comme de vulgaires exécutants corrompus des maîtres de l’UE, situés à Bruxelles, Paris, Berlin, etc.

    C’est ainsi que l’histoire sembla se répéter. 50 ans après, le contentieux surgi du soulèvement de 1956 était en fait encore là : si beaucoup considéraient ce soulèvement comme contre-révolutionnaire, d’autres en faisaient une mythologie nationaliste et glorifiaient ce soulèvement.
    Alors qu’au élections d’avril 2006, la social démocratie conservait la majorité relative (à environ 43%) talonnée par la droite extrême de Viktor Orban (42%), la situation changea du tout au tout en septembre octobre de la même année.

    Le point culminant de ce changement eu lieu, précisément, à l’occasion du cinquantenaire de 1956. La commémoration officielle était réduite au strict minimum (malgré la présence de 56 délégations étrangères venues, avec leurs bons sentiments anticommunistes, complètement déconnectées de la réalité, assister à un « Déclaration de Liberté, 1956 »), bien évidemment, les sociaux-démocrates restant sur la ligne de compromis entre différentes lectures de l’histoire, laissant à chacun le soin de se faire son propre avis. Mais, en ce mois d’octobre 2006, la commémoration s’organisa dans la rue. Tous ceux qui y participaient n’étaient pas des fascistes : beaucoup considéraient simplement que l’intervention de l’armée rouge avait été une mauvaise chose. Mais les fascistes, après avoir connu une forte poussée électorale, y étaient la force la plus présente, la mieux organisée. Des mouvements ouvertement néonazis menaient la danse, tels Jobbik (Alliance des Jeunes de Droite) ou MHM (Mouvement pour Notre Patrie), puis, à partir de 2006 la Garde Hongroise, autant de mouvements encore plus à droite que Viktor Orban lui-même, mais qui constituent pour lui un point d’appui idéologique solide. La commémoration de 56 devint finalement une répétition de 56 lui-même. Le gouvernement social-démocrate envoya la police. Cela ne fit que galvaniser et radicaliser le mouvement de droite. Devant les délégations étrangères présentes, le premier ministre social-démocrate déclara : « En 1956, la rue était plus démocratique que le Parlement. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. »

    En réalité, la mort politique du gouvernement social-démocrate était dores et déjà devenue inévitable dès le mois de septembre de la même année (2006), lorsque la population avait découvert que celui-ci avait été élu en dissimulant à la population un plan d’austérité dicté par les capitalistes de l’UE… La commémoration de 56 ne fit que servir de catalyseur au mécontentement, qui a profité finalement à l’extrême droite. Perdant tout soutien aussi bien sur sa droite que sur sa gauche, la social-démocratie vivota jusqu’en 2009 avant de s’éclipser. Le champ était libre pour Viktor Orban et ses partisans.

    On peut dores et déjà en tirer la leçon suivante, hélas récurrente dans les pays d’Europe orientale : ce n’est pas le « communisme » qui a tué la gauche dans ce type de pays. Les gens y ont de nombreuses fois revoté sans problème pour des « ex-communistes ». Ce qui a tué la gauche, c’est la social-démocratisation de ces « ex-communistes », leur impuissance à proposer autre chose que de rentrer dans le rang du capitalisme international, et, finalement, la déception provoquée par ces derniers. C’est un élément fondamental pour comprendre pourquoi l’extrême droite prospère aussi facilement dans l’ensemble de ces pays.

    Il était important de revenir sur tout ceci, car l’histoire constitue un substrat, un ferment puissant pour l’établissement de ce pouvoir d’extrême droite. Il se nourrit de cette histoire. Il est significatif par exemple que le fait de qualifier 1956 de « soulèvement contre-révolutionnaire » position qui fut longtemps assez courante, surtout chez les plus anciens, est aujourd’hui puni de sanctions pénales dans ce pays sous la botte de Viktor Orban.

    La boucle est maintenant bouclée : jamais la Hongrie n’a été aussi proche de sombrer dans un régime fasciste en bonne et due forme depuis le soulèvement contre-révolutionnaire de 1956.
    Il y a 64 ans, l’armée rouge envoyait les chars soviétiques, et aujourd’hui, le parlement européen va se contenter d’écrire un vague texte pour dire « gnagnagna, la dictature en Hongrie, ce n’est pas gentil » et ne rien faire. On attend toujours les chars de l’Union Européenne.

    En cette période où un virus est en train de mettre à l’épreuve toutes les sociétés et tous les systèmes, qu’elle sert de révélateur, et que ce qui était sous-jacent jusqu’ici apparaît maintenant au grand jour, souvenons-nous, l’histoire est faite de tumultes, et l’histoire, ce n’est pas le passé, nous la vivons encore aujourd’hui. Par conséquent, il faut être prêt à tout. Dans le même temps, en temps de bouleversement, le champ des possibles à tendance à s’ouvrir : le pire comme le meilleur, est possible. Cela dépend de chacun de nous.

  • Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Partie 10

    Les auteurs eux-mêmes ne laissent pas grande place au mystère et à l’interprétation. Leur conclusion résume parfaitement les ambitions stratégiques de cette volée de réformes. Une nouvelle fois, ce qui revient est le fait qu’il faut responsabiliser les administrations dans leur rationalisation et dans la réduction de leurs prérogatives. Qu’il faut introduire la rentabilité comme un objectif premier et laisser les mains libres aux « managers » pour effectuer cette mission de liquidation.

    Il apparaît comme primordial le fait de compter justement sur l’avidité de ces personnages, en termes de primes et de récompenses, pour qu’ils exercent une pression maximale sur les fonctionnaires, mais également pour qu’ils entreprennent également des licenciement et des suppressions de postes.

    Sachant la pression qui va s’exercer sur ces employés auxquels ont met un revolver sur la tempe, les mauvais génies derrière ce texte ont inventé un terme fascinant : « donner du sens ».

    « Donner du sens : Faire connaître largement aux usagers, aux agents publics et à tous les acteurs concernés le sens et les objectifs de la transformation engagée ; »

    Donner du sens signifie diriger par la peur. Responsabiliser signifie menacer, accompagner signifie contraindre. Voilà le sens de cette Lingua Quintae Reipublicae pour reprendre l’expression d’Eric Hazan.

    Que ce soient l’éducation, la santé, le droit, la justice, les prisons, les administrations, les armées, le chômage… l’ensemble des secteurs est concerné par cette politique de grande envergure. Bien des gouvernements se sont essayés à cette transformation radicale du fonctionnement de l’Etat et de ses prérogatives. Beaucoup, qui fantasment sur l’Etat-Marché de Philip Bobbit, ont vulu le faire et n’y sont pas parvenus.

    Lancer cette offensive était contradictoire avec le fonctionnement habituel de la démocratie bourgeoise sous la Vème République. Le gouvernement qui aurait fait cette transformation aurait perdu les élections au profit de son opposition. Or, les vieux briscards et les vieux carriéristes ne veulent guère se mouiller.

    Le gouvernement LREM, quant à lui, est différent dans sa nature. Il est un missile balistique, un kamikaze à usage unique. Il ne fait pas de doute qu’il s’est aliéné une très large partie de la population. Mais il remplit sa mission, commanditée directement par la haute bourgeoisie, il la remplit avec un style typiquement royaliste dans le mode de fonctionnement, mettant fin aux débats parlementaires, supprimant le rôle de certaines institutions. Ce gouvernement est le premier qui peut assumer le fait de faire cette « thérapie de choc ». Nul doute qu’il essaiera.

    Nous devons nous préparer à cette lutte qui sera essentielle. Nous devons nous y préparer et comprendre qu’elle sera une lutte où la victoire est incertaine face à l’unité de volonté de la haute-bourgeoisie.

    Les luttes qui se déroulent et qui se dérouleront ces prochaines années sont d’une nature différente à celles qui ont pu avoir lieu avant la crise de 2008. Elles montrent aujourd’hui les limites de l’économisme au sens de limitation des revendication au questions du droit du travail, du salaire… etc. Elles montrent les limites des organisations syndicales, lesquelles font leur travail, mais se sont épuisés face à plus fort qu’elles, face à des gens qui sont prêts à tenir le bras de fer jusqu’au bout, puisque leur pertes financières sont virtuelles. Elles montrent l’inanité du mot d’ordre de grève générale économique, pour ces mêmes raisons. La bourgeoisie est prête à relever le gant du défi.

    Elles montrent les limites de la démocraties bourgeoise, de la sociale-démocratie qui collabore sans cesse avec la bourgeoisie, qui cherche des moyen-termes là où il n’y a que l’antagonisme.

    La lutte qui se prépare, tout comme la situation politique générale montre la nécessité d’une organisation politique de combat, d’une organisation communiste. Elle montre également la nécessité d’un front politique contre l’offensive de la bourgeoisie. D’un front politique qui puisse mener une lutte extra-parlementaire, dans tous les secteurs, dans tous les compartiments de la société. Qui pose la question de la dictature de la bourgeoisie, qui pose la question de la démocratie populaire et qui la revendique comme étant légitime.

    Informons-nous, formons-nous, organisons-nous et battons-nous !

  • 22 offensives pour 2022 : Le cadre général. Partie 2

    22 offensives pour 2022 : Le cadre général. Partie 2

    22 offensives pour 2022 : Le cadre général.

    Partie 2

    Le cœur même de ces propositions est donc de faire des économies et de substituer le secteur privé au secteur public dans la plus grande majorité des cas de figures. Bien que défrayant quelque peu la chronique, l’affaire Benalla n’est pas, au stricto-sensu, une tentative de remplacement du public par le privé dans les forces de répression. Certaines pistes vont pourtant dans ce sens avec des opérateurs privés pour les radars de contrôle de vitesse sur les routes. Ce type de pistes ne semble donc pas totalement tabou.

    L’un des axes forts, mentionné d’entrée de jeu, est celui de la question de la prise de risque et de la « responsabilisation » budgétaire. La première proposition déclare ainsi vouloir mettre fin à un «  un pilotage budgétaire qui ne responsabilise pas les acteurs publics. » L’idée sous-jacent serait celle de pouvoir récompenser l’austérité d’un service par la possibilité de répercuter les gains sur l’année suivante. Cela pourrait passer pour une sympathique méthode permettant de faciliter le lancement de projet, mais dans les faits, ce qui transpire est le fait que les administrateurs les plus avares sont récompensés, poussant à l’être chaque fois d’avantage.

    Autre idée évoquée d’entrée de jeu, celle de « donner de la souplesse en matière de recrutement et de gestion des ressources humaines, en passant d’un pilotage des effectifs (plafond et schéma d’emploi) à un pilotage par la masse salariale ». Il s’agit là d’une transformation importante, puisqu’elle met fin de facto au statut de fonctionnaire pour les nouveaux recrutements. Elle introduit également une échelle des salaires calquée sur le privé « Cette évolution supposerait de ne plus recourir à des mesures générales de revalorisation ».En somme, les avancements sont faits au bon vouloir de l’administrateur ou de l’administratrice, sur des critères discrétionnaires.

    Pour accompagner cette transformation radicale du fonctionnement des administrations, plusieurs autres aspects sont proposés : « passer d’une logique de contrôles a priori à une logique de contrôles a posteriori recentrés et plus efficaces. » Changement allant de paire avec une « culture du risque » et de l’aventurisme -en particulier budgétaire. « sortir d’une culture de la norme encadrant toute décision, pour permettre aux agents de prendre des décisions adaptées au cas par cas. » En somme, passer d’une gestion passive à une initiative active. Mais vers quelles fins ?

    Le document cible cinq ministères particulièrement concernés par ces transformations : ministères économiques et financiers où « par exemple, le recouvrement de l’impôt et le contrôle, aujourd’hui exercés par la direction générale des finances publiques, le conseil aux entreprises exercé par la direction générale des entreprises, les statistiques ou les études économiques de l’Insee, les missions de la direction générale des douanes et des droits indirects » passeraient aux mains d’agences dont la nature ne peut être comprise que comme une intrusion du secteur privé.

    Ministère de la transition écologique et solidaire : « la régulation du trafic aérien, la mise en œuvre des mesures de contrôle et de répartition des produits et matières premières énergétiques ; la mise en œuvre de la politique d’aménagement sur le territoire…; »

    Ministère de l’enseignement supérieur : «  la stratégie nationale de recherche et la tutelle des organismes de recherche continueraient à être assurés par l’administration centrale alors que l’ensemble des autres missions seraient prises en charge par des agences ; » Dire que cela est vaste est un euphémisme.

    Culture : « refonte de l’organisation administrative des musées pour leur laisser davantage d’autonomie. Nous proposons de faciliter la gestion des établissements publics en leur confiant de nouvelles responsabilités (notamment en matière de gestion de leurs personnels), de donner de nouvelles perspectives aux musées nationaux constitués sous forme de service à compétence nationale (SCN), afin d’assurer leur autonomie et de centrer le rôle de l’administration centrale vers ses missions fondamentales de conception, de normalisation et de tutelle » En somme, il s’agit d’introduire des normes de rentabilité en catimini dans les musées.

    Sports : « dans le domaine des sports, nous proposons de créer une Agence nationale du sport, établissement public cogéré avec le mouvement sportif, en charge du sport de haut niveau et de la préparation sportive pour les grandes compétitions. (…) La création d’une telle agence pourra d’ailleurs conduire à s’interroger sur l’opportunité du maintien d’un ministère de plein exercice. »

    En somme : nombre d’administrations seront sabrées avec virulence, pour laisser intervenir de manière directe ou indirecte l’intérêt privé, la rentabilité, la privatisation. Mais ce n’est qu’un début !

    La seconde proposition concerne les statuts des fonctionnaires qui travaillent dans ces administrations, déjà effleuré dans la première partie.

    Mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui envisageraient de devenir fonctionnaire et de bénéficier d’une garantie de l’emploi, cela n’est pas à l’ordre du jour. En revanche le recrutement de contractuel est une piste davantage usitée, d’année en année. Le rapport regrette ainsi que « la prépondérance du statut de la fonction publique pour les embauches, le recours au contrat ne pouvant s’entendre que dans des cas spécifiques. » Il opte donc pour la proposition suivante :

    « offrir davantage d’agilité et de souplesse aux employeurs publics et leur donner des marges de manœuvre accrues dans leur politique de recrutement :

    assouplir le statut pour offrir la possibilité d’évolutions différenciées, notamment des rémunérations, entre les trois fonctions publiques ;

    élargir le recours au contrat de droit privé comme voie « normale » d’accès à certaines fonctions du service public. (…) Tout d’abord, il n’y a pas de spécificité telle du secteur public qui nécessiterait de créer un autre type de contrat à côté du statut. Ensuite, le contrat de droit privé est plus protecteur pour les agents. Enfin, l’État, générateur de normes en matière de droit du travail, doit s’appliquer les mêmes règles qu’il entend définir pour les autres ;

    recourir aux « pré-recrutements » en élargissant le recours aux apprentis (…)

    mettre en place une gestion active de l’emploi en accompagnant à la reconversion professionnelle et en prévoyant le cas échéant des plans de départ volontaire, en cas de restructuration de service ; »

    Pour accentuer cette proposition, les rédacteurs et rédactrices proposent également des modalités de négociation qui ne peuvent qu’évoquer ce qui se fait désormais dans le privé :

    «  donner la possibilité au management de négocier des accords dérogatoires au cadre de la fonction publique, sur l’ensemble des points du statut (rémunération, temps de travail, mobilité …) et de mettre en place des accords sociaux locaux, y compris d’intéressement collectif.

    donner la possibilité au management de recruter, faire évoluer et promouvoir les talents sans autres contraintes préalables que celles de droit commun… »

    En somme, il s’agit de fonctionner comme dans le secteur privé. Et dans ce domaine, l’Etat et ses managers n’ont pas à rougir de la comparaison avec les Ressources Humaines des secteurs privés.

    Les propositions 3 & 4 semblent innocentes, se basant uniquement sur une plus grande intégration du numérique dans les services publics. Pourtant elles ne le sont pas. Dans l’esprit des concepteurs de ce document, le numérique est un prétexte pour rationaliser et concentrer l’activité, tout en réduisant, au final, le contacte entre le service public et son usager.

    « La révolution numérique constitue une rupture majeure pour la transformation de l’action publique car, en l’utilisant à son plein potentiel, on peut sortir de la contradiction apparente entre deux objectifs majeurs : un meilleur service public et une diminution des dépenses de fonctionnement. Le numérique nous permet de remplir conjointement ces deux objectifs et c’est ce qui change, aujourd’hui, par rapport aux exercices précédents de réforme de l’action publique. »

    Le numérique est un moyen d’automatiser le maximum de tâches auparavant l’apanage de fonctionnaires.

    Dans un monde socialiste, cela serait une bonne nouvelle, elle libérerait de tâches fastidieuses des individus qui pourraient se consacrer à des activités autrement plus épanouissantes. Mais dans le monde dans lequel nous sommes, cela ne reste qu’a augmenter la rentabilité, quitte à ce que les fonctions premières d’un service soient impactés. Le suivi post-opératoire par SMS, pour les hôpitaux, fait partie de ces mesures qui peuvent avoir un caractère criminel. La télémédecine et la télésurveillance ne sont que des pis allers. Et quand le système connaît une défaillance ou une spécificité imprévue, les dégâts peuvent être terrifiants.

    Pour économiser, les auteurs proposent également de « développer les lieux d’accueil uniques.

    Il s’agit de mettre en place un seul lieu pour tous les services publics offerts aussi bien par l’État, les collectivités territoriales et les opérateurs, afin que l’usager n’ait plus à se déplacer plusieurs fois. C’est la traduction physique du principe « Dites-le nous une fois » en quelque sorte. Il faut améliorer le maillage territorial actuel, sur le principe d’une grande modularité pour s’adapter aux spécificités des territoires. Le guichet de premier niveau doit pouvoir apporter une assistance pour l’ensemble des services publics. L’axe de développement pour ces structures mutualisées repose principalement sur l’enrichissement du niveau d’information et d’accompagnement des usagers. Cela passe par plusieurs leviers complémentaires : polyvalence des agents, mise en place de référents uniques, utilisation d’agents conversationnels (ou chatbot), y compris sous la forme de robots physiques, pour assurer une partie de l’accueil de premier niveau, sur des plages horaires plus étendues. »

    Remplacer les services par un guichet unique, avec des interlocuteurs robotisés. Cela n’oriente effectivement pas vers une idée d’améliorer les services, autrement que sur le plan comptable.

    Ce premier set de propositions confirme les objectifs de ce rapport : liquider une partie des administrations, remplacées par des agences. Introduction de normes basées sur la rentabilité et l’économie au delà du service rendu, mais également concentration des pouvoirs entre les mains de chefs et de cheffes qui ont la haute main sur les initiatives et sur la masse salariale.

    Le recours aux recrutements de contractuels s’érige également en norme, permettant une gestion différentes des agents, tant individuellement que collectivement. En somme, ce rapport est l’application de la Loi Travail au futur-ex-secteur public. Dans les secteurs qui ont déjà connu ce bouleversement, les résultants ont été désastreux tant au niveau de la qualité du travail que la qualité de vie au travail.

    Après ce cadre général, le rapport débouche sur un certain nombre de propositions concrètes, toutes plus glaçantes les unes que les autres.

  • Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

    Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

    Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

    L’Unité Communiste de Lyon dénonce l’attitude de l’Etat face aux méfaits de ses collaborateurs, agents provocateurs, agresseurs, nervis fascisants !

    Les époques changent, et avec elles les mœurs. Auparavant, comme avec Giscard d’Estaing, les collaborateurs du Président de la République partaient avec lui faire des safaris en Afrique. Aujourd’hui, ce genre d’activité est mal vue du public. Elle est désormais réservée à l’armée française, qui continue sa « mission civilisationnelle » par les crimes de guerre.

    Aujourd’hui, avec l’affaire Benalla, il est possible de savoir que l’activité favorite de certains collaborateurs de l’Élysée s’est redirigée vers celle de l’agression brutale et gratuite de manifestants. Benalla se passionne ainsi pour le fait de se déguiser en policier. Dans cet accoutrement, il s’est illustré, le premier mai, pour avoir roué de coups un manifestant, agressé une manifestante, pendant que son ami Vincent Crase faisait de même. Une vidéo publiée ce matin par le Huffington post  le montre en train de traîner sa victime, la jeune femme, à l’écart, pour l’agresser loin des regards. Enivré par l’impunité que lui confère l’uniforme, il s’est déchaîné pour satisfaire ses pulsions personnelles. Événement anecdotique ? Non.

    David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police Nationale, au micro de France Info, déclarait ainsi le juillet : « Alexandre Benalla est très connu dans le milieu policier », il est « régulièrement sur des dispositifs opérationnels, il pilote différentes choses, sans qu’on sache qui l’a mandaté pour ça. » En l’occurence, il a bénéficié d’une autorisation écrire du directeur de cabinet du chef de l’État, Patrick Strzoda.

    En somme, monsieur Benella, accompagné de son ami réserviste Vincent Crase, profite de sa position influente et de son autorité, conférée par sa proximité avec les cercles du pouvoir, pour se livrer à des agressions.

    Informés des faits, le ministère de l’intérieur -dirigé par l’hémiplégique ministre de l’intérieur Gérard Collomb, qui semble oublier tout ce qui se trouve à son extrême-droite- et le cabinet du chef d’État se retrouvent dans l’embarras. Plutôt que d’agir par les voies légales, la décision est prise d’étouffer l’affaire. 15 jours de mise à pied sans salaire, une tape sur les doigts, et les affaires reprennent leur court. Problème réglé dans l’entre-soi de la bourgeoisie au pouvoir et de ses larbins les plus zélés. Du moins le pensaient-ils.

    L’ennui, c’est que celles-ci ont été filmées et que le drôle a été reconnu par les journalistes de « Le Monde ». Dès lors, il n’est plus possible de taire l’affaire.

    Et c’est la pelote de laine : les révélations s’enchaînent. Les mémoires se rafraîchissent. Journalistes agressés, militants et militantes menacées… Alexandre Benalla semble avoir eu maille à partir avec plus d’un individu. Même Jean-Luc Mélenchon reconnaît en lui l’homme qui l’a évincé de la marche blanche en mémoire de Mireille Knoll, assassinée le 23 mars.

    Des informations se recoupent également. Dès le lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, le site d’information Wikileaks publiait une série de documents concernant ne nombreux aspects de la campagne. Parmi ces révélations, le fait que des commandes de pistolets « gomme-cogne », de « flashballs » de matériel anti-émeute ait été fait par LREM. La commande, bloquée au dernier moment, était signée de la main de Vincent Crase, collaborateur et ami de Alexandre Benalla. Cependant, il est estimé que c’est ce dernier, fanatique des armes, qui aurait tenté, par ce biais, de constituer un noyau de milice en catimini. Une milice équipée d’armes « à létalité modérée », certes, terriblement révélatrice d’un désir de certains de ressusciter des espèces de « corps francs » ou de se voir petits « seigneurs de la guerre ».

    Il serait tentant de voir dans Alexandre Benalla un milicien d’extrême-droite, un de ces barbouzes revenu des charniers de la Françafrique. Mais pourtant, l’homme a fait ses armes auprès du Parti Socialiste, dans son service d’ordre. Entré à 19 ans dans les rangs de sa sécurité, il passait pour une personne sympathique. Discret et efficace, il gravit les échelons d’une manière foudroyante. A 21 ans, il intègre le Service de Protection des Hautes Personnalités de Arnaud Montebourg. Arrivé haut, il se montre abusif. « Chez Montebourg, il est devenu incontrôlable, il a abusé de sa position. Et je pense que c’est la même chose qui s’est passée là, il s’est senti poussé des ailes… »  affirme Christian Werner, ancien responsable du SO du PS. Pourtant, il n’y reste qu’une semaine, après avoir provoqué un accident de la route et avoir voulu s’enfuir.

    Durant cette traversée du désert, il travaille dans le privé avec plus ou moins de succès, et passe un M2 en droit. Il créé également, avec Vincent Crase, son compère, une fédération de la sécurité privée.

    Le 5 décembre 2016 il intègre l’équipe d’Emmanuel Macron, toujours avec M. Crase. Durant la campagne, il suit constamment le candidat, assure sa sécurité, et se permet quelques petits à côtés, comme l’exfiltration brutale d’un militant du PCF, ou des violences sur un journaliste, pourtant accrédité. Depuis l’arrivée au pouvoir du paillasson le plus servile de la haute bourgeoisie, il s’est hissé, lui aussi, à ses côtés, dans de hautes sphères, conservant son rôle de responsable à la sécurité du président, poste qu’il occupe toujours. Il était, par exemple, présent dans le bus des joueurs de football de l’équipe de France.

    Ce n’est que sous la pression du scandale que l’Elysée a entamé, en catastrophe, une procédure de licenciement. Aujourd’ hui, Alexandre Benalla a été placé en garde-à-vue pour les faits de « violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions », « usurpation de signes réservés à l’autorité publique » et « complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection ». Ce matin, trois policiers, dont deux commissaires, ont été suspendus car ils « sont soupçonnés d’avoir extrait des images des caméras de vidéo surveillance du plan de protection de la Ville de Paris, qui montrent la scène de violence place de la Contrescarpe sous un autre angle » et d’avoir « copié puis transmis la vidéo » à Alexandre Benalla.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que cette affaire est une fenêtre de premier ordre sur la manière dont le pouvoir de la haute bourgeoisie, appuyé sur des exécutants serviles et dévoués, fonctionne. Les responsables, à l’Elysée, ne pouvaient ignorer les frasques de leur lansquenet, de leur mercenaire. Mais ils ont préféré les taire. Macron, en déplacement à Périgueux, s’est retranché avec sa morgue constante et son arrogance, derrière le fait que la République serait « inaltérable », même devant les scandales. Le gouvernement est complice de ces actes de violence, et au premier chef, le Président de la République et le Ministre de l’Intérieur.

    La Police est complice par sa solidarité de fait avec l’agent provocateur et la brute qu’est Alexandre Benalla. Rien n’a été fait pour empêcher les actes de violence commis à l’encontre de manifestants. Rien n’a pu être fait par les manifestants eux-mêmes, trop conscients de l’impunité de la Police en France, conscient du fait que protéger contre la police -même en respect du droit bourgeois- revient à s’exposer immédiatement à la violence, à la garde-à-vue, aux sanctions pénales, et à payer de sa poche les policiers pour les « outrages » causés. De plus, les trois policiers ayant détournés les images vidéos sont trois exemples de porosité entre les institutions et les pouvoirs.

    Les Républicains, y compris les ultra-réactionnaires Wauquiez et Cioti, sont montés au créneau. La France Insoumise a déposé une motion de censure à l’encontre du gouvernement pour le sommer de s’expliquer.

    Pourtant, ce n’est pas tant le gouvernement que l’intégralité de la structure qui est pourrie jusqu’à l’os. Cette affaire n’est qu’un épiphénomène qui révèle un fond nettement plus abyssal. Il s’agit de l’inégalité de fait, devant la loi bourgeoise elle-même, de ceux qui habitent en France.

    L’Unité Communiste de Lyon réclame les sanctions les plus lourdes pour les auteurs et les complices de ces faits. A nos yeux, le ministre de l’intérieur doit démissionner. Mais nous ne saurions considérer que cela puisse suffire.

    Cela révèle, une nouvelle fois, que la bourgeoisie édicte des règles, des codes, des procédures, mais qu’elle n’entend les faire appliquer que pour les masses populaires, que pour maintenir avec rigueur et dureté la domination et l’exploitation. Elle édicte des règles qu’elle transgresse constamment, pour le profit, pour le pouvoir, pour le plaisir. Elle ne juge ses propres transgressions que dans ses instances propres, dans son entre-soi. Elle ne les condamne que lorsqu’elle y est contrainte et forcée par la tournure des événements.

    Ces délits, ces crimes, sont le propre du pouvoir de la bourgeoisie, de sa dictature. Débarrassons-nous en ! Chassons-les du pouvoir !

  • Pandémie d’Affluenza

    Pandémie d’Affluenza.

                    Affluenza est un mot-valise anglais, issu de la contraction de Affluence (richesse) et Influenza. (grippe) Ce terme a été forgé à la suite d’une affaire judiciaire américaine qui a défrayé la chronique. Pourtant, cette affaire est plus qu’éloquente sur le rapport entre la bourgeoisie et la justice, ainsi sur les discriminations sociales.

                    Ethan Couch, âgé alors de 16 ans en 2013, est déclaré coupable de meurtre. Fils d’une famille richissime, cet adolescent a été condamné pour, en état d’ébriété, avoir fauché plusieurs piétons, dont 4 sont morts. Seulement, il n’a été condamné qu’a 10 ans de mise à l’épreuve. 10 ans de mise à l’épreuve pour 4 morts, le terme de légèreté est quasiment un euphémisme.

                    La raison de cette candeur ? Les avocats de l’adolescent ont doctement expliqué qu’il n’était pas responsable de ses actes, du fait qu’il n’avait jamais connu de limites imposées dans sa vie. Il souffrirait donc d’affluenza, soit une rupture avec les réalités, avec la valeur de la vie humaine, qu’il serait dans l’incapacité d’appréhender. CNN a rapporté que les avocats d’Ethan Couch l’ont décrit comme un «gamin riche qui n’était pas coupable tout simplement parce que ses parents ne lui ont jamais donné de limite.»

                    Ethan a pourtant connu la prison. Alors qu’il était interdit de consommer de l’alcool, deux ans après, il est filmé en train de faire la fête et de consommer de l’alcool. Risquant la prison, il s’est enfui -avec sa mère- au Mexique. Ayant transgressé les limites imposées par sa période probatoire, il a été incarcéré pendant deux ans. Ce lundi, il est donc ressorti libre, sous la condition de ne plus boire d’alcool.

                    L’affaire a provoqué un tollé aux USA, qui traversent une crise en confiance envers les institutions. Deux ans de prison pour un quadruple meurtre du côté d’un gosse de riche, tandis que de l’autre côté, Stephon Clark, 22 ans, afro-américain, est abattu de 20 balles dans le jardin de sa grand-mère alors qu’il avait simplement un téléphone portable à la main.

                    L’inimaginable magnanimité avec laquelle la justice US a traité Ethan Couch est illustrative. L’affluezna, dans un système judiciaire où la jurisprudence est essentielle, créé un dangereux précédent. Elle signifie, en pratique, l’inaccessibilité de certaines catégories de la population à certaines peines, tout simplement parce qu’elles ne vivent pas dans un système de valeurs communes avec le reste de l’humanité.

                    Désormais, tout riche psychopathe US peut se retrancher derrière cet argument pour justifier ses méfaits, son mépris de la vie humaine, son cynisme et ses crimes. Pourtant comment ne pas avoir de gratitude envers ces avocats américains, qui viennent de donner un nom à cette pandémie qui concerne l’ensemble de la bourgeoise, cette pandémie d’affluenza.

                    La bourgeoisie, en particulier la haute-bourgeoisie, vit dans un monde qui est intégralement différent de celui des masses. Intégralement différent quant au niveau de vie ; quant à la culture ; quant aux pratiques ; quant à la langue même. Il s’agit d’une séparation si forte, si fondamentale, qu’elle brise toute idée d’une nation transcendante, telle que les réactionnaires et les fascistes la présentent. A cette culture distincte se rajoute un système de valeurs et de comportements tout aussi distinct.

                    Emmanuel Macron est une tragique victime de cet affluenza, ce qui transparait au travers de ses manières de s’exprimer : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre Tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. » à quelqu’un qui travaille depuis ses 16 ans ; « Pour qui cette réforme est-elle bonne ? Elle est bonne pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer dans les transports en commun parce que le train est trop cher. Donc quand on me dit, ‘les pauvres voyageront en autocar’, j’ai tendance à penser que c’est une caricature, mais les pauvres qui ne peuvent pas voyager voyageront plus facilement […] parce que l’autocar c’est 8 à 10 fois moins cher. » ; « Il y a dans cette société (Gad), une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées, pour beaucoup on leur explique : ‘Vous n’avez plus d’avenir à Gad ou aux alentours. Allez travailler à 50 ou 60 kilomètres !’ Ces gens-là n’ont pas le permis de conduire, on va leur dire quoi ? » … En voilà des exemples parlants.

    « Bien souvent, la vie d’un entrepreneur est bien plus dure que celle d’un salarié, il ne faut pas l’oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties. «  demeure la phrase la plus révélatrice. Elle est sincère. Emmanuel Macron, comme la bourgeoisie, le pensent réellement. Ils et elles sont intimement persuadés que sans leur action, il n’y aurait rien que la misère.

                    La bourgeoisie et une grande partie des politiciens vivent dans une apartheid social. Pour preuve, le ridicule dont ces derniers -et ces dernières- se couvrent lorsqu’est évoqué le quotidien des masses populaires.  Jacques Séguéla déclarant qu’un SDF peut mettre 1500€ de côté, Gérard Collomb au bord de la pauvreté avec 9 000€ par mois , pain au chocolat à 15 centime d’Euros ou ticket de métro à 4€… les exemples sont légion. L’incapacité de comprendre le vécu de la très large majorité de la population se double d’un souverain mépris pour celle-ci. Les chômeurs, les chômeuses ou ceux qui touchent le RSA rouleraient en BMW ; les SMICards et SMICardes saignent les patrons et les patronnes, les cheminots et cheminotes, tout comme la fonction publique, ne travaillent jamais… Ce mépris de la vie humaine se retrouve dans de nombreuses rapports : rapport consuméristes, rapports aux femmes, rapports aux autres. Les grandes écoles de la bourgeoisie sont des lieux où le bizutage, où les discriminations, ou les viols -érigés en traditions pour certains cas !- L’affaire Nicolas David, où cet étudiant en médecine à drogué et violé une autre étudiante, a connu une défense, faite par Maître Gilbert Collard, sous l’angle de « la tradition de l’apéritif carabin » mélangeant -à l’insu de la victime- drogues et alcool. Dans le même ordre d’idée, les affaires impliquant des individus exerçant une subordination sur leurs victimes, Weinstein, Allen, Polanski…etc, illustrent le fait que, pour ces individus, il n’existe que des proies. Hélas, cette manière de penser s’étend sur une très large partie de la société, au delà, bien au delà, des limites de la bourgeosie !

                    A ce mépris s’ajoute un détachement de la part des questions qui touchent la vie des masses.

                    La bourgeoisie est une classe sociale en concurrence avec elle-même, et en lutte constante avec elle même. C’est une classe en guerre constante, guerre contre les masses, guerre contre les autres fractions de la bourgeoisie, guerre contre les bourgeoisies étrangères. Dans cette situation, la bourgeoisie agit toujours comme si elle était aux abois, étranglée, menacée. Elle agit donc avec un mélange de brutalité et de cynisme constant.

                    Les désirs légitimes des masses ne suscitent qu’irritation et colère chez la bourgeoisie, qui ne voit en eux que des poux, des parasites, qui veulent rogner les marges, qui veulent gagner plus d’argent, qui ne sont pas capable de comprendre la terrible lutte contre la baisse tendancielle du taux de profit, la terrible lutte contre le concurrent, le danger qu’il y a à voir les investisseurs et investisseuses aller ailleurs, à les voir déserter. A leurs yeux, il faut être ferme, il est essentiel d’être dur, car sinon, la ruine guette.                Même la présence de l’Etat, l’immixtion dans le secret des affaires, l’immixtion dans les revenus des capitalistes est vécue comme une intrusion intolérable. L’impôt sur le revenu est encore présenté comme confiscatoire par la bourgeoisie, car il serait le fruit d’une injustice, d’une privation de richesse, que lui, le patron, le preneur de risque, génère.

                    D’imposer face à la concurrence, s’imposer sur des marchés, imposer la terreur dans l’entreprise, cela demande un état d’esprit particulier.  Une étude faite sur 261 patrons dans le secteur de la gestion de la chaîne logistique, par la psychologue Nathan Brookes et les chercheurs et chercheuses Katarina Fritzon (Université de Bond) et Simon Croom (Université de San Diego) ont démontré que 21% d’entre eux souffraient de psychopathie, tandis que la prévalence générale est de l’ordre de 1/4% dans le reste de la société. Incapable d’empathie, de remords et de comportements humains, ces patrons et patronnes, dont l’adulé -mais cynique- Steeve Jobs, sont de véritables chefs de guerre, capable d’aller installer des usines dans les pires endroits de la Terre, d’écraser les luttes sociales des ouvriers et ouvrières, et de se pavaner cependant, tout sourire, devant les caméras.

                    Alors, lorsque le prolétariat tente de mettre fin à l’exploitation, à la surexploitation, à la prédation, le serpent frappe. Les morsures de la bourgeoisie sont empoisonnées et implacables. Un taux de profit en baisse peut jeter à la rue les travailleurs et les travailleuses. Une grève, les conduire au black-listing. Trop de colère, à la prison. Une révolution, à l’échafaud. Ne l’oublions jamais.

                    Oui, une pandémie d’affluenza frappe le monde, semant les pires méfaits. La misère, le fascisme, la guerre, les génocides, sont les fils et les filles de la domination de la bourgeoisie sur le monde. D’une domination impitoyable, méprisante, cynique. Fondamentalement, le dialogue, la synthèse, entre les deux conceptions du monde : celle de l’exploiteur, celle de l’exploité, sont impossible. Cette épidémie d’affluenza peut pourtant connaître une fin.

                    Tout comme le disent les paroles de la chanson en l’honneur de Norman Béthune, médecin canadien communiste ayant lutté aux côtés de la Révolution Chinoise :

    « Norman Bethune, médecin du peuple

    Cherchait la cause de la maladie

    Il l’a trouvée, c’est le capitalisme !

    Bethune est devenu communiste ! »

    Il existe un remède à cette pandémie : la Révolution Prolétarienne. Il existe un sens à la phrase de Macron : « Une gare, c’est un lieu où vous croisez des gens qui réussissent et d’autres qui ne sont rien.  » La réponse est dans l’Internationale : « Nous ne sommes rien. Soyons tout ! »

  • Nouvelles brochures numérisées : F. Engels – Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme – V. Lénine – De l’Etat.

    Nouvelles brochures numérisées : F. Engels – Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme – V. Lénine – De l’Etat.

     

    Nous publions ces deux brochures, représentant deux textes importants de l’histoire du mouvement communiste.

    La première est une brochure de F. Engels, rédigée alors que la théorie de l’évolution de Darwin venait d’être émise. Elle est une pierre essentielle dans l’avancée de la compréhension de la dialectique appliquée aux espèces, mais également forme une intéressante approche des questions sur le lien entre l’Homme et la nature, première base fondamentale de l’écologie.

    La seconde est une courte brochure faite par Lénine sur la question de l’Etat. Elle est essentielle quant à la question de la révolution, du réformisme et de la nature de l’Etat bourgeois. Elle fait partie du corpus de textes de base, que chaque communiste se doit de maîtriser.

    Nous vous souhaitons bonne lecture.

  • Sur la dictature du prolétariat – VIII – La fin de la dictature et de l’Etat.

    Sur la dictature du prolétariat – VIII – La fin de la dictature et de l’Etat.

    La fin de la dictature et de l’Etat

     Le dictature du prolétariat demeure un pouvoir temporaire.

    Les communistes ne recherchent pas la dictature comme la bourgeoisie recherche le capital. Cette dictature est et demeure un mal nécessaire, comme le sont les purges, comme l’est la lutte contre la trahison, contre la restauration du capitalisme.

    Si la lutte des classes devient à chaque pas plus aiguë, plus forte, plus intense, au fur et à mesure que la bourgeoisie sent le sol se dérober sous ses pieds, si elle est tactiquement plus intense, elle tend stratégiquement à se conclure.

    Stratégiquement, car, à chaque pas, l’avancée du socialisme brise et broie les possibilités de restauration, broie la base sociale du capitalisme.

    La transformation des rapports de production ne se fait pas du jour au lendemain. Elle est le fruit d’une longue avancée, d’une concentration de la production, d’une élévation du niveau général de compétence technique des masses, d’une suppression progressive de la propriété privée pour la muer en propriété du peuple tout entier.

    Lorsque la lutte des classes aura été poussée jusqu’à son achèvement, l’Etat ne sera plus nécessaire. Lorsque l’Etat ne sera plus nécessaire, la dictature du prolétariat s’éteindra.

    Ainsi, Engels dans Anti-Dühring,  au sein de la partie Monsieur E. Dühring bouleverse la science, donne une explication de l’extinction de l’Etat de la manière suivante : « Le prolétariat s’empare du pouvoir d’Etat et transforme les moyens de production d’abord en propriété d’Etat. Mais par là, il se supprime lui-même en tant que prolétariat, il supprime toues les différences de classes et oppositions de classes et également en tant qu’Etat. La société antérieure, évoluant dans des oppositions de classes, avait besoin de l’Etat, c’est-a dire, dans chaque cas, d’une organisation de la classe exploiteuse pour maintenir ses conditions de production extérieures, donc surtout pour maintenir par la force la classe exploitée dans les conditions d’oppression données par le mode de production existant (esclavage, servage, salariat).

    L’Etat était le représentant officiel de toute la société, sa synthèse en un corps visible, mais cela, il ne l’était que dans la mesure où il était l’Etat de la classe qui, pour son temps, représentait elle-même toute la société: dans l’antiquité, Etat des citoyens propriétaires d’esclaves; au moyen âge, de la noblesse féodale; à notre époque, de la bourgeoisie. Quand il finit par devenir effectivement le représentant de toute la société, il se rend lui-même superflu.

    Dès qu’il n’y a plus de classe sociale à tenir dans l’oppression; dès que, avec la domination de classe et la lutte pour l’existence individuelle motivée par l’anarchie antérieure de la production, sont éliminés également les collisions et les excès qui en résultent, il n’y a plus rien à réprimer qui rende nécessaire un pouvoir de répression, un Etat.

    Le premier acte dans lequel l’Etat apparaît réellement comme représentant de toute la société,- la prise de possession des moyens de production au nom de la société,-est en même temps son dernier acte propre en tant qu’Etat. L’intervention d’un pouvoir d’Etat dans des rapports sociaux devient superflue dans un domaine après l’autre, et entre alors naturellement en sommeil. Le gouvernement des personnes fait place à l’administration des choses et à la direction des opérations de production. L’Etat n’est pas « aboli », il s’éteint. » (Engels 1878)

    Au plus le développement du socialisme avance, au plus les contradictions antagoniques sont résolues. Elles le sont par le fait de la dictature contre la bourgeoisie. Elles le sont aussi par la résolution des contradictions internes qui permettent l’apparition de la bourgeoisie : suppression de la petite production, collectivisation des terres et des moyens de production, mise entre les mains du peuple tout entier des usines, des mines, des sols.

    Résolution de la contradiction entre le travail intellectuel et le travail manuel, entre les villes et les campagnes, fin de la division genrée du travail…

    Ce n’est nullement pas un coup de baguette magique que ces contradictions seront résolues. Si des solutions miracle existaient, elles seraient d’ores et déjà appliquées.

    Dans notre brochure sur Les bases du communisme, nous indiquions l’objectif final suivant, le communisme :

    « Phase finale, supérieure, de la société humaine, le communisme ne peut arriver que dans un état de développement économique particulier.

    Le développement des forces productives, de manière supérieure aux besoins, rend l’argent inutile de facto.

    Tant que les besoins ne sont pas satisfaits, des écarts existent en fonction des postes, des salaires, en fonction des statuts. Cependant, avec la satisfaction complète des besoins, avec une productivité qui réponde à tous ces besoins, chacun donne de son travail en fonction de ses capacités, de ses talents, de ses compétences, et reçoit en fonction de ses besoins. Il n’est plus, donc, question de salaire, d’argent.

    L’intégration poussée de l’économie dans le secteur public supprime les échanges marchands.

    La hausse générale du niveau d’éducation, du niveau de maîtrise technique et culturelle, supprime la nécessité d’une séparation des tâches entrainant une séparation en classes.

    Les contradictions antagoniques ayant été supprimées, l’Etat n’a plus de raison d’être, en tant qu’outil d’oppression. La lutte des classe est exécutée jusqu’au bout. Désormais libérée du parasitisme, chaque avancée de la société est répercutée sur le niveau de vie, de culture, d’accès aux loisirs de l’ensemble de la société. » (UCL. 2017)

    S’il était possible de passer par un chemin qui soit plus doux, plus souriant, plus facile, cela serait fantastique. Les communistes ne choisissent pas la guerre par volonté. Dans nos rangs, nous ne tolérons pas les bouchers assoiffés de sang, les petits dictateurs d’opérette tout comme ceux qui ne luttent que pour satisfaire leurs ambitions personnelles. Si certains existent dans nos rangs, ils seront démasqués et chassés.

    Ce n’est pas par choix que nous annonçons ceci : la dictature du prolétariat est vitale et centrale. Ce n’est ni par choix, ni par joie.

    La bourgeoisie mène une guerre implacable contre les masses populaires. Elle ne recule devant aucun stratagème pour asseoir sa domination, son ordre, sa dictature. Elle prétend, dans de nombreux états, poser un cadre démocratique au sein duquel il est possible de s’exprimer. Ce cadre de démocratie bourgeoise paraît satisfaisant à certains, pourtant il n’en est rien. Il ne permet que de maquiller l’effroyable machine à broyer qui se camoufle derrière elle.

    Lors des élections de 2017, combien sont venus clamer que la victoire était à portée de main. Combien ont prétendu pouvoir placer des révolutionnaires au pouvoir, à l’Assemblée, à l’Elysée ? Combien ont pu clamer que leur candidat révolutionnaire allait tout changer ?

    Ceux-là ont axé toute leur stratégie sur ce saut périlleux en l’air. Qu’ont-ils gagné ? Rien si ce n’est l’humiliation devant les masses, lesquelles ont massivement boycotté les élections.

    S’ils présentaient une menace, ils auraient été broyés, balayés, écrasés par une bourgeoisie qui ne tolère pas la concurrence. S’ils avaient massivement gagné, ils auraient eu la guerre, larvée ou ouverte.

    Car la bourgeoisie ne tolère pas qu’on mette en danger son pouvoir.

    L’expérience entière de l’humanité illustre le besoin de révolution socialiste. Elle illustre le besoin d’une révolution qui brise le carcan de l’Etat bourgeois, qui le fracasse, pour que naisse l’Etat prolétarien.

    L’expérience entière de l’humanité appelle de ses vœux la dictature du prolétariat, pour mettre fin à l’exploitation, à l’aliénation, à la destruction des ressources naturelles.

    L’humanité d’aujourd’hui n’a qu’un seul désir, conscient ou non, celui du communisme.

    Un très long chemin de restauration idéologique, organisationnelle, politique reste à franchir.

    Une longue lutte pour défendre, revendiquer, partager cette conception essentielle qu’est la dualité insécable entre la dictature du prolétariat et la révolution. Une lutte contre les conceptions anarchistes, libérales, réformistes, lesquelles ou alors nient la nécessité révolutionnaire, ou alors refusent d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Pourtant, un regard sincère sur l’Histoire amène à une conclusion sans appel : le besoin d’une organisation forte, puissante ; d’un cœur révolutionnaire organisé, centralisé, conçu pour la prise du pouvoir.

    D’un pouvoir qui lutte pied à pied contre la bourgeoisie, contre les exploiteurs et l’opportunisme. D’un pouvoir lié aux masses, à leurs besoins, qui est à leur écoute, mais qui ne sombre pas dans la démagogie et le démocratisme plat. Construire l’organisation du prolétariat ne peut se faire sur des mots d’ordres flous, sur des slogans creux, sur une analyse superficielle de la réalité et de l’idéologie.

    Les communistes, en cette période politique charnière, ne peuvent rester sur un libéralisme, sur une tendance à sous-estimer les obstacles qui seront rencontrés. Il nous faudra être exigeants envers nous même pour surmonter la crise de l’encadrement. Il nous faudra être courageux et efficaces pour rallier les masses, pour être capable de faire renaître le Parti des Communistes et des sans-partis, le parti du peuple, le parti de la révolution prolétarienne.