Étiquette : Enver Hoxha

  • Critique de l’article « Le Centre Maïakovski, Hoxha et le Maoïsme »

    Commentaire critique de l’article du NEM publié sur le site de Nouvelle Époque à cette adresse :

    https://www.nouvelleepoque.fr/noyau-detude-marxiste-le-centre-maiakovski-hoxha-et-le-maoisme/

    Le 26/01/2023 a été publié cet article du Noyau d’étude marxiste (NEM) par Nouvelle Époque. Ils y sont données des critiques très justes de l’hoxhaïsme, tout comme sont faites des erreurs de base allant jusqu’à des mécompréhensions fondamentales de principes de base du marxisme. Ci-dessous, une critique « pour participer au débat d’idées dont le mouvement révolutionnaire a besoin ».

    « Le Centre Maïakovski se revendique “pro-albanais”, c’est-à-dire anti-maoïste. Cela ne peut être différent, car ceux qui se réclament de la pensée d’Enver Hoxha [1] ne peuvent exister que contre le Maoïsme, c’est leur seule raison d’être. Pour cela ils tentent, de manière souvent très maladroite, de faire du Maoïsme un révisionnisme. »

    Premier problème, l’accusation ici faite est creuse. L’on peut définir toute idéologie par celle à laquelle elle s’oppose, on ne l’a pas pour autant qualifiée. Le marxisme-léninisme est un anti-trotskysme, le capitalisme un anti-communisme, l’anarchisme un anti-marxisme, etc. Aucune de ces définitions ne sont fausse, pour autant, on n’a rien dit ni sur le marxisme-léninisme, le capitalisme ou l’anarchisme : elles ne se réduisent pas à ce qu’elles ne sont pas, même si la construction s’est faite par opposition à une référence négative (par exemple, dans le cas du trotskysme, le « stalinisme »).

    Qu’est-ce qu’il transparaît cependant ? Une compréhension du monde, sinon binaire, simpliste, entre le bon (nous) et le mal (eux) : s’ils ne sont pas « nous », alors ils ne sont pas « bon », donc ils sont « mal ». Car le NEM ne voit l’hoxhaïsme qu’en ce qu’il s’oppose à lui, il le réduit à cette opposition et n’essaie pas de le comprendre, se contentant très satisfait de ses manichéismes, il écrit que leur rejet du maoïsme est « leur seule raison d’être », ce qui est faux. Sans nier l’importance de la rupture sino-albanaise dans la construction idéologique de l’hoxhaïsme (car toute idéologie est le produit de son histoire, et donc de la généalogie des « schismes » qui l’a vu naître), ce n’est pas plus vrai de dire cela que de dire que le maoïsme ne serait qu’un anti-hoxhaïsme et que ce serait là sa seule raison d’être.

    Le second problème est quant au fond du reproche : les hoxhaïstes seraient tous des anti-maoïstes. Il est vrai que c’est le cas de nombre d’hoxhaïste (sinon une majorité), dont le centre Maïkovski et notamment ceux membres de l’ICMLPO (dont le Parti communiste des ouvriers de France). L’hoxhaïsme se caractérise en général comme assez sectaire et dogmatique, notamment envers les maoïstes. Mais cette accusation générale n’est pas exacte : il existe aussi nombre de « pro-albanais » qui ne se reconnaissent pas dans ces déviations. C’est le cas du Parti communiste marxiste-léniniste de Turquie/Kurdistan (MLKP), qui rejette explicitement le sectarisme et le dogmatisme de l’ICMLPO et qui est engagé dans ses activités de lutte armée avec des organisations d’obédience maoïstes dans le Mouvement révolutionnaire uni des peuples (HBDH). L’on peut aussi citer le TIKB qui est comme le MLKP engagé dans l’ICOR (qui rassemble à ce propos des organisations aux orientations diverses).

    « Ils confondent l’œuvre du Président Mao, la Chine Populaire d’avant le coup d’État révisionniste de 1976 et le Maoïsme, troisième et supérieure étape du Marxisme. Il faut savoir que les critiques faites par Hoxha contre le Président Mao datent de 1978, quand les révisionnistes chinois autour de Deng Xiaoping étaient en pleine liquidation de la Révolution et de l’œuvre du Président Mao. Jusqu’en 1976, le Président était vu comme un grand Marxiste-Léniniste par les Albanais. Il faudrait que les pro-albanais creusent cette question, car il y a déjà des réponses très claires à trouver dans ce fait même, qu’ils n’ont jamais abordé. »

    Il est vrai que la rupture sino-albanaise date de 1976 et que L’impérialisme et la révolution de Enver Hoxha (où il attaque Mao et le qualifie de révisionniste) date de 1978. Mais l’éloignement sino-albanais date lui de 1966, c’est-à-dire du début de la révolution culturelle, et s’était déjà intensifié avec la rencontre Nixon-Mao de 1972 et la formulation en 1973-1974 de la théorie des 3 mondes par la Chine populaire. De plus, l’Albanie et la Chine avaient déjà connu des premiers désaccords importants dès 1956, concernant le cas de la Yougoslavie et du révisionnisme de Tito.

    « Le Grand Lénine nous a toujours enseigné qui fallait de la pédagogie pour régler les contradictions, la coercition ne peut venir qu’en dernier recours et il faut l’éviter, c’est exactement ce qu’a fait le Président Mao. Les pro-Hoxha semblent d’ailleurs accepter la Nouvelle Politique Économique de l’URSS (NEP), qui a permis de régler les contradictions principales à un moment donné, et ils n’ont jamais dit que Lénine était un révisionniste. »

    C’est tout à fait exact.

    « Le Camarade Staline, pour sa part, a lutté 13 ans contre les opportunistes et les différentes lignes réactionnaires “gauchistes” et droitières, tout l’inverse d’un quelconque règlement bureaucratique. »

    Voilà qui contredit la critique maoïste du bilan de Staline, tel que développé par Mao dans À propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat (1956)1, où il y critique précisément les méthodes bureaucratiques et le manque de compréhension de la superstructure de Staline. Mao a évoqué cette même critique également dans Sur Les problèmes économiques du socialisme en URSS (1958)2 et Critique de Les problèmes économiques du socialisme en URSS de Staline (1961)3, où il reproche à Staline de ne parler nulle part de la superstructure. C’est très exactement le manque de « pédagogie pour régler les contradictions » que Mao a reproché à Staline — que l’on considère cette critique comme justifiée ou non.

    L’on peut considérer de plusieurs manières la ligne de Staline de rupture radicale avec la NEP, par opposition au programme de transition progressive de Trotsky et de l’Opposition de gauche, sur la base de l’adhésion spontanée à la collectivisation par l’incitation économique (impôt et subvention). Soit elle était en soi supérieure, malgré ses erreurs, car actant le rejet de la tolérance de la NEP et l’entrée dans une phase active (sinon « agressive ») de construction du socialisme par la mobilisation de masse ; soit ses maladresses et ses manquements se justifiaient par l’urgence de la situation internationale de rattraper les pays capitalistes (puis au milieu des années 30, de préparer la guerre prévisible à venir) et la hâte subséquente de la direction soviétique. Mais, quel que soit notre rapport à la campagne menée par Staline, on ne peut pas louer son absence de bureaucratisme tout en affirmant que les critiques de Mao sont parfaitement justes : si la collectivisation stalinienne a été sans bureaucratisme, alors Mao avait tort, et si Mao avait raison, alors la collectivisation stalinienne n’a pas été sans bureaucratisme.

    De plus, du point de vue historique, cette critique de Mao se justifie vis-à-vis de l’expérience de la collectivisation et de la dékoulakisation dans les années 30. Staline lui-même critiquera les excès et les erreurs de la méthode bureaucratique dans Les vertiges du succès (1930)4, rappelant que la collectivisation devait rester volontaire. Or, si Staline était déjà un Mao (selon le NEM), alors qu’est ce qu’a critiqué Staline dans son propre bilan ? Et qu’est ce qu’a critiqué Mao chez Staline ?

    Du point de vue historique, toujours, si cette collectivisation et dékoulakisation soviétique était déjà parfaite, révélée pure et nue, alors pourquoi Mao n’a-t-il pas appliqué la même méthode en Chine ? Pourquoi s’est-il plutôt tourné vers la mobilisation de masse par opposition au procédé soviétique (avec son propre lot de réussite et d’échec) ? Et pourquoi la dékoulakisation et la collectivisation étaient-elles partielles et se sont-elles faites au prix d’une désorganisation de l’économie (malgré ses réussites tant pour le développement des forces productives que des rapports de production communiste) ?

    Toujours sur la question des méthodes bureaucratiques, quoi de plus bureaucratique que la purge comme mode de régulation interne du Parti communiste ? Certes, celles-ci n’étaient pas conçues exclusivement comme des instruments de lutte politique, et ne furent mobilisées ainsi qu’à l’encontre des dissidents de l’opposition de gauche passés dans la lutte ouverte contre le Parti et non plus dans celui-ci, puis contre les membres accusés en 1937 par le comité central du PCUS(b) de conspiration. Mais c’était bien avec pour but de régler les dysfonctionnements internes du Parti (dont ceux qui mèneront à la crise politique de 36-37) qu’il y eut des campagnes successives de purge lors des années 30, c’est-à-dire un mode de résolution bureaucratique de ce que l’on sait aujourd’hui être des contradictions au sein du Parti et entre le Parti et la société soviétique.

    Chanter les louanges de Staline pour ce qu’il n’a pas fait et oublier les critiques que lui a adressées Mao, voilà une drôle de manière de faire du maoïsme la 3e étape incontestable et incontestablement supérieure du marxisme.

    « Si nous sommes Marxistes, nous savons que tout est en mouvement ; que quelque chose qui était juste, ou principal, dans un certain contexte ou époque, peut ne plus l’être dans un autre. Mais c’est bien cela qui caractérise Hoxha et ses disciples : leur incompréhension de la dialectique, du mouvement : les choses deviennent mécaniques et donc incomprises dans leur substance, et doivent être réglées de manière bureaucratique. »

    C’est une critique tout à fait juste de l’hoxhaïsme : la méthode bureaucratique et une mauvaise compréhension et résolution des contradictions. Ainsi, les hoxhaïstes, tenant d’un marxisme-léninisme orthodoxe, se condamnent à faire les mêmes erreurs que Staline avant eux. Cependant, cette critique va être développée en un sens qui n’a plus rien de marxiste.

    « La base du révisionnisme albanais, c’est la négation des contradictions, qui sont pourtant moteur de toute chose. C’est donc notamment la négation du fait que le Parti Communiste soit lui aussi une contradiction, car la bourgeoisie existe dans le Parti sous forme d’idées, de comportements, de positions, de lignes ; car le Parti est le reflet de la société, il est constitué d’Hommes qui sont eux-mêmes le reflet du monde matériel. »

    Puis :

    « Il suffirait, donc, de supprimer la propriété privée pour avoir une société socialiste. L’Albanie est pourtant l’exemple parfait pour montrer que tout cela n’est pas vrai, nous y reviendrons. Dans leurs analyses, nulle part n’est prise en compte le facteur des idées, les Hommes changeraient par magie du jour au lendemain, une fois la collectivisation mise en place. »

    « En Chine, donc, la bourgeoisie nationale avait perdu son pouvoir politique (1949), mais elle continuait à exister, car l’instauration du socialisme dans un pays semi-colonial est un processus plus ou moins long. De fait, la bourgeoisie nationale a perdu avec le temps son pouvoiréconomique, reflet du développement de la Révolution Socialiste. Ce qui était important, c’était de ne pas créer des ennemis farouches dans le pays qui s’opposeraient par tous les moyens au socialisme et, surtout, de transformer l’Humain. »

    « Le Président Mao a compris que la bourgeoisie ne pouvait se reconstituer comme force politique que dans le Parti et non en dehors : c’était matériellement impossible, car le régime de dictature du prolétariat l’empêchait fermement et qu’économiquement elle avait disparu comme classe. »

    « C’est là où le leader de la Chine Populaire a totalement saisi le Marxisme, car une classe sociale n’a pas seulement un contenu économique, elle a aussi un contenu idéologique et politique. Si vous éliminez l’économie (vous collectivisez ses industries), et la politique (elle n’a plus le droit de s’organiser politiquement et de prendre part aux affaires de l’État), la classe existe idéologiquement, comme conception dans la tête des gens, pendant un moment, et peut donc se reconstituer politiquement si elle subsiste idéologiquement. C’est de là que vient le danger dans tout Parti Communiste, c’est de ça que naît le révisionnisme. C’est-à-dire que le cœur de la Politique, l’enjeu de toute chose, ce n’est pas tant la base économique à un moment donné, mais qui dirige le Parti. Le Parti est-il dirigé par le prolétariat ou la bourgeoisie ? Voilà la seule question importante. Quand nous disons prolétariat, nous parlons de sa conception du monde, de son idéologie. Il y a des ouvriers complètement réactionnaires et traîtres à la classe, comme il peut y avoir des individus issus de la bourgeoisie qui sont aussi des traîtres à leur classe. »

    Il est tout à fait vrai d’affirmer l’importance de l’aspect idéologique de la transformation de la société, ainsi que du rôle de la superstructure dans la révolution communiste. Cependant une erreur fondamentale est commise ici.

    D’abord, il est dit que la propriété privée a été abolie en URSS et en Chine : la bourgeoisie y aurait disparu en tant que classe, les rapports économiques d’exploitation y auraient disparu.

    Ensuite, à partir de cette analyse, il est dit que les classes se perpétuent idéologiquement et que la bourgeoisie peut renaître à partir de l’inertie de son idéologie dans la société et dans le Parti. Ce serait là, la reproduction idéologique, l’origine du révisionnisme. Autrement dit, les idées réactionnaires recréeraient une classe bourgeoise : donc, les idées produiraient des rapports de production.

    Le NEM va jusqu’à affirmer qu’une classe qui n’existe plus peut prendre le pouvoir dans le Parti communiste et mener une contre-révolution, en même temps qu’elle réapparaîtrait comme classe à partir de ses subsistances idéologiques. Il pourrait y avoir révolution bourgeoise sans bourgeoisie et restauration du capitalisme sans capitaliste. Ce serait ensuite ces rapports politiques et idéologiques qui produiraient des rapports économiques.

    Oui, une classe existe aussi comme contenu idéologique, dans la superstructure sociale. Mais premièrement, cette superstructure est déterminée par la base matérielle de la société : les rapports sociaux d’exploitation créent les idées bourgeoises réactionnaires et ces dernières dépendent des rapports sociaux dont elles sont la conséquence (l’existence matérielle détermine la conscience). Et deuxièmement, les idées ne peuvent pas ni restaurer une classe, c’est-à-dire transformer la base matérielle de la société — son mode de production — ni mener une contre-révolution.

    Lorsqu’il est dit que le prolétariat se définit comme contenu idéologique, qu’est-ce qui est dit ? Que ce ne sont pas les rapports aux moyens de production — au capital — qui font l’essence d’une classe, mais ses idées. Pourquoi une telle confusion ? Car le NEM semble ne pas comprendre que la conscience de classe et que la vraie-conscience historique d’une classe révolutionnaire n’apparaissent pas mécaniquement mais seulement médiatisées par une superstructure en contradiction. La conscience communiste n’est pas transparente au cœur de chaque prolétaire, c’est une conclusion qui se révèle à lui dans la pratique sociale de la lutte des classes. Cette conscience naît elle-même à travers la superstructure sociale, c’est-à-dire en lutte avec l’idéologie dominante et les idées fausses. Ce n’est pas une vérité révélée, immanente et immédiate, elle est découverte dans la pratique et médiatisée par la structure idéologique de l’époque et du lieu d’une société.

    Un exploiteur deviendrait-il un prolétaire car ses idées seraient communistes ? À ce titre Engels était-il un prolétaire ? Non, un ouvrier peut être réactionnaire, il reste un prolétaire, et un bourgeois peut être communiste, il reste un capitaliste.

    Il est tout à fait juste de dire que ce qui importe en dernière analyse quant à la direction du Parti communiste, c’est sa ligne de classe : prolétarienne, c’est-à-dire communiste. Mais l’on ne peut pas dire pour autant que la classe se définit idéologiquement (même si une idéologie lui correspond). L’on ne peut pas non plus séparer la composition du Parti des lignes qui existent en son sein, une ligne bourgeoise peut-être portée par des prolétaires, certes, mais sans bourgeois pas de ligne bourgeoise capable de se constituer comme tel autour d’intérêts capitalistes, puis de conquérir une hégémonie. De la même manière, le Parti communiste doit être composé de prolétaire pour pouvoir avoir une ligne prolétarienne, c’est-à-dire connectée et conforme à la réalité de celui-ci, connaissant et défendant ses intérêts, donc, communiste.

    Comment un Parti composé exclusivement de prolétaire affirmant une ligne communiste, correspondant à leur intérêt de classe révolutionnaire, saurait-il être victime d’un « coup d’État fasciste bourgeois » mené par la simple force des idées réactionnaires résiduelles ? Nous laissons au NEM cette formidable énigme qu’il nous pose et nous contenterons de rester marxistes.

    Pourquoi une telle distorsion des principes les plus élémentaires du matérialisme dialectique ? Si le NEM affirme d’abord qu’il n’y avait plus de bourgeoisie ni de capitalisme ni en URSS ni en Chine, alors comment peut-il expliquer la restauration du capitalisme et la contre-révolution qui s’y sont observées ? Il doit donc recourir à ce qui est ni plus ni moins qu’un idéalisme, au sens premier du terme : l’idée détermine le rapport matériel.

    Quel est l’apport de Mao sur la question de la question de la survie de la lutte des classes et de la reproduction de la bourgeoisie sous le développement du socialisme ? Staline a déjà affirmé que sous le développement du socialisme dans la dictature du prolétariat, même si la lutte des classes était mourante, elle continuait. Ce que Mao a compris, c’est que la lutte des classes ne s’amenuise pas, mais au contraire se développe avec le développement du socialisme. La bourgeoisie ne disparaît pas mais se renforce progressivement dans la lutte des classes continue vers le socialisme. Pourquoi ? Car la forme économique de la dictature du prolétariat est le capitalisme d’État (cf. le débat de Lénine contre Boukharine de 19185), et donc, avec le développement de son économie, c’est-à-dire pendant que celle-ci pose les bases de l’économie socialiste — son dépassement dans celle-ci — elle consiste aussi en un développement du capitalisme d’État. Cette extension du capitalisme d’État a pour corollaire nécessaire, et c’est là l’apport de Mao, la génération d’une nouvelle classe capitaliste (bureaucratique) dans le Parti et l’État.

    C’est celle-ci, la nouvelle bourgeoisie qui naît avec l’accouchement du socialisme, qui est la base sociale du révisionnisme (alliée avec les survivances de l’ancienne bourgeoisie). Effectivement, l’idéologie bourgeoise joue alors un rôle important, particulièrement dans le Parti, car elle sape la lutte des lignes contre les idées réactionnaires et maquille en rouge la contre-révolution. Mais ce ne sont pas ces idées qui re-créent une classe ou mènent une contre-révolution, mais bien la classe dont elles sont le produit : la bourgeoisie.

    À ce sujet, nous redirigeons vers la synthétique et éclairante brochure du TKP/ML Marxisme-Léninisme-Maoïsme contemporain (1998).6

    Ce que dit en substance le NEM, c’est que Staline avait raison et que Mao n’a rien rajouté : la bourgeoisie est mourante avec le développement du socialisme. Elle perd d’abord son pouvoir politique, puis son pouvoir économique, et ne survivrait que dans la superstructure par inertie. Où sont donc alors les apports du maoïsme (non seulement l’intensification, mais la croissance de la lutte des classes dans le développement du socialisme) ?

    Il y a de plus un problème fondamental à ne pas comprendre la relation entre pouvoir politique et économique comme deux aspects d’un tout. Oui, il faut d’abord réaliser les tâches politiques de la révolution pour ensuite mener les tâches économiques de celle-ci. Mais c’est bien du pouvoir économique que provient le pouvoir politique, c’est d’ailleurs pour cela que la bourgeoisie conserve du pouvoir tant que l’économie n’est pas totalement socialiste. Et, car la bourgeoisie renaît sous la dictature du prolétariat, sous une forme bureaucratique, elle aspire également à reconquérir pleinement son pouvoir politique. Et pour l’en empêcher, il y a alors nécessité d’une révolution culturelle. Or, si l’on nie que la bourgeoisie ne perd pas mais gagne du pouvoir économique sous le développement du socialisme, alors l’on nie aussi la nécessité de la révolution culturelle. L’on dit que Staline et Hoxha ont raison de penser que simplement purger les éléments réactionnaires, qui ne sont que des résidus des vieilles classes réactionnaires, suffit à garantir la survie du régime ouvrier et le bon progrès vers le socialisme, du point de vue interne de la question (à l’intérieur le pays concerné, cf. la distinction faite par Staline entre l’aspect interne et externe de la transition vers le socialisme).

    Il semblerait qu’involontairement ce soit la définition marxiste-léniniste elle-même du socialisme tel que développé par Staline, dans la théorie du socialisme dans un seul pays, qui est niée ici. En effet, le socialisme au sens où l’on qualifie l’URSS, la Chine ou l’Albanie, n’est comme nous venons de le voir pas la phase inférieure du communisme (une victoire achevée), mais la dictature du prolétariat qui tend vers celle-ci (un combat en cours). Donc, d’une part, les consciences sont encore incomplètement socialistes et les idées réactionnaires pèsent toujours (ce qui perdure dans la phase inférieure et consiste en ce que Lénine qualifie de « stigmate »), mais d’autre part, la bourgeoisie n’a pas perdu son pouvoir économique et elle tend à augmenter celui-ci (bureaucratiquement, en alliance avec la petite bourgeoisie et la bourgeoisie du capital privé).

    À titre de rappel, Staline donne deux arguments pour qualifier la dictature du prolétariat soviétique de « socialiste » (ce sont les mêmes que mobilise Mao concernant la Chine) :

    Premièrement, la classe au pouvoir (le prolétariat) et sa direction consciente et déterminée vers le socialisme, c’est-à-dire le régime ouvrier et la ligne communiste dans le Parti.

    Deuxièmement, l’œuvre au dépassement du capitalisme d’État dans une économie pleinement socialiste et l’abolition de la lutte des classes dans le cadre national (aspect interne de la victoire du socialisme). Ce second argument se décline lui-même en deux aspects :

    D’abord, la transition d’une production pour le profit à une production pour les besoins et le bien-être général des ouvriers.7 Cette dernière opère toujours dans le cadre du capitalisme d’État, mais elle est alors dite socialiste, même si elle obéit toujours aux lois économiques capitalistes. Ensuite, la tendance à l’abolition des rapports de production capitaliste (loi de la valeur, monnaie, propriété privée, marchandise, rareté), c’est-à-dire la création de rapports de productions socialistes à proprement parler.

    Revenons sur la question de la propriété privée. Le NEM accuse les hoxhaïstes de penser qu’« Il suffirait, donc, de supprimer la propriété privée pour avoir une société socialiste » et que « les Hommes changeraient par magie du jour au lendemain, une fois la collectivisation mise en place ». La seconde affirmation est fausse, même si comme nous venons de le voir, le NEM en conclut des fantaisies idéalistes. Cependant, le NEM donne raison à l’hoxhaïsme avec la première : oui, l’abolition totale de la propriété privée, c’est le socialisme. La propriété privée n’est pas qu’une relation juridique bourgeoise, c’est principalement une relation matérielle : la production capitaliste. La propriété privée (bourgeoise), c’est l’ensemble des rapports de production capitaliste, son existence ou son absence est donc tout ce qui fait la différence entre le mode de production capitaliste et le mode de production socialiste.

    C’est en partie l’inertie idéologique entre dictature du prolétariat, où perdure la lutte des classes, et phase inférieure du communisme (socialisme), qui fait de cette dernière une forme encore immature du communisme. Mais alors, déjà le mode de production est bel et bien socialiste et la lutte des classes est finie du point de vue interne (dans le pays en question). Oui, « Il suffirait, donc, de supprimer la propriété privée pour avoir une société socialiste », et cela n’est absolument pas incompatible avec la persistance d’une idéologie incomplètement communiste et d’idées plus ou moins réactionnaires. C’est tout le sens de la distinction entre phase inférieure et supérieure du communisme, c’est en partie pour cela que le socialisme n’est pas la phase supérieure du communisme.

    Il y a donc deux erreurs de définition :

    Premièrement, confondre deux sens donnés à « socialisme », la dictature du prolétariat en lutte vers son dépassement dans un seul pays en l’absence de révolution mondiale (tel que théorisé par Staline), et la phase inférieure du communisme. Deuxièmement croire que la phase inférieure du communisme n’est plus marquée par l’idéologie bourgeoise.

    Un mot sur l’amalgame qui est fait entre collectivisation et abolition de la propriété privée — l’économie socialiste : la collectivisation n’est qu’une forme de socialisation supérieure de l’économie, mais pas aboutie. Elle autorise la conservation de la loi de la valeur et du salariat (sous une forme partiellement dé-monétarisée seulement), donc, la propriété privée et l’économie marchande, c’est-à-dire le capitalisme. C’est une transition du capital privé vers le capital collectif intégré à la planification — en cela c’est un progrès vers la socialisation et la fin de l’anarchie de la production. La répartition des revenus dans les kolkhozes par le paiement en nature, ainsi que l’échange en nature entre ville et campagne, étaient également toujours une forme de répartition capitaliste, bien que représentant une étape et un progrès dans la tendance vers l’extinction de la monnaie (le troc des biens de consommation remplissant de manière moins optimale le rôle de la monnaie, donc celui de base d’accumulation du capital). Cependant, les rapports de production dans les fermes collectives (kolkhozes), et entre celles-ci et l’État, sont toujours petits bourgeois.

    Cela nous amène à poser une nouvelle question : y avait-il capitalisme en URSS avant 1956 et en Chine entre la fin de la démocratie nouvelle et 1976 ? Oui, l’on qualifie ces deux États de socialiste sur cette période, car ils étaient alors un régime de dictature du prolétariat sur les classes exploiteuses, alors engagées dans l’abolition du capitalisme et le développement de rapports économiques socialistes : le régime politique était prolétarien et l’économie était de transition, du capitalisme vers le socialisme. C’est-à-dire que du point de vue interne, la tendance était à la création du socialisme et à la fin du capitalisme (socialisation, production et répartition selon les besoins, et fin de la loi de la valeur, de l’économie marchande et de la monnaie). Non, du point de vue interne, le socialisme n’avait pas été atteint, l’économie était toujours capitaliste, mais la société était alors activement engagée vers son abolition car le pouvoir politique était possédé par le prolétariat, que sa direction d’avant-garde était assurée par le Parti communiste, et que la ligne communiste dominait le Parti communiste.

    Donc, il faut rappeler : oui, il existait en URSS et en Chine socialiste la propriété privée tant individuelle que collective, une petite bourgeoisie privée et une bourgeoisie (bureaucratique) d’État, ainsi que la persistance de la marchandise, du salariat et du profit, de la monnaie et de la loi de la valeur. Reconnaître cela (dans leurs mesures respectives) ne nous empêche nullement de qualifier ces régimes de dictature du prolétariat, exactement comme Engels a également à son époque qualifié la Commune de Paris de 1871 de dictature du prolétariat, alors même que les catégories économiques capitalistes y dominaient autrement plus et y étaient autrement moins consciemment combattues qu’en URSS, en Chine ou en Albanie.8

    Pour un très bref et très bienvenu éclaircissement sur cette question, nous redirigeons le NEM vers Réponse à Kushtysev (1928) 9, Réponse à la lettre de Ivanov (1938) 10 et Quelques questions de théorie (1939) 11 de Staline.

    « La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne (GRCP) est donc la solution pour contrer la restauration de la bourgeoisie dans le Parti. L’enjeu, du début à la fin de la Révolution Culturelle, n’est que la question de qui dirige le Parti. Car c’est le Parti Communiste qui dirige le processus de mouvement vers le Communisme. […] C’est un processus continu qui commence même avant la Révolution dans les rangs du Parti. C’est d’ailleurs pour cela que dès le début de la Révolution Prolétarienne, la Révolution Culturelle doit être centrale, et cela en permanence. C’est comme cela qu’on transforme les “âmes” des Hommes. C’est parce que le Président Mao a compris le poids de l’idéologie, comme Marx et Engels l’avaient saisi, qu’il est traité d’idéaliste par les révisionnistes qui n’acceptent pas le fait qu’il faut mettre toujours la politique aux commandes. »

    Bref commentaire : l’objet de la révolution culturelle (ou révolution dans la révolution) n’est pas tant de qui dirige le Parti, mais de qui dirige la dictature du prolétariat. En effet, la tradition marxiste-léniniste a pris pour habitude de considérer que le Parti et l’État sont une seule et même entité à cette époque, et historiquement cela s’est relativement vérifié. Mais il faut toujours se rappeler que le régime de parti unique fut un résultat non intentionnel de la guerre civile russe devant lequel les bolchéviques se retrouvèrent le fait accompli (cf. le processus d’évincement politique progressif des forces progressistes et le ralliement autour des bolchéviques tel que décrit par Marc Ferro dans Des soviets au communisme bureaucratique, 1980), que le régime de parti unique était censé être aboli par la constitution de 1936 promu par Staline (qui ne sera jamais appliqué), et qu’en Chine ce régime ne fut jamais instauré (même s’il devint un de facto politique). Cependant, si partout s’est observé un régime de parti unique, c’est parce qu’après la révolution, le parti devient la direction de l’État, car l’héritier direct de la révolution, dans lequel les masses ont mis leur confiance et qui seul à la capacité pratique et l’ambition correspondante de diriger. Donc, c’est là que se concentre le pouvoir politique de l’État et que convergent celles et ceux qui veulent l’exercer (y compris les réactionnaires). Donc, il faut se rappeler que ce qui est l’objet d’une lutte acharnée au moment de la révolution culturelle, c’est d’abord le contenu de la dictature du prolétariat, c’est-à-dire sa direction, et ensuite le contenu du Parti, par voie de conséquence. L’on peut imaginer une révolution culturelle dans le Parti mais aussi contre lui si ce dernier est au-delà de tout salut : qu’importe, car ce qui prime, c’est le contenu sur le contenant — nous enseigne le maoïsme.

    Il est tout à fait juste de noter le caractère idéologique de la révolution culturelle (par définition). Mais il est parfaitement occulté ici que cette dite révolution ne se fait pas que dans « les “âmes” des Hommes », mais aussi et surtout, car la politique — comme il est répété à raison — reste l’aspect principal du problème de la transition vers le communisme, est une révolution contre la bourgeoisie, menée par les masses. Cette révolution est bel et bien aussi un acte par lequel une classe en renverse une autre : les masses ouvrières et de la jeunesse, acquises au socialisme, et les franges communistes du Parti, contre la nouvelle bourgeoisie, et les franges réactionnaires du Parti. Cet aspect politique est principal, il prime tant sur l’aspect idéologique et sur l’aspect strictement économique de la révolution. La révolution culturelle se mène sur le front de l’idéologie (contre les idées réactionnaires), sur celui de la politique (contre les lignes bourgeoises dans la société et le Parti), mais surtout sur celui de la lutte des classes (empêcher une classe de prendre le pouvoir, ou la renverser si elle l’a déjà fait).

    « La vérité, c’est que la bourgeoisie s’était en fait reconstituée dans le PTA ; en fait elle n’a jamais vraiment disparu, car son représentant était le chef tout-puissant du pays des aigles. »

    Le problème n’est donc plus seulement les idées ? Et quid de la restauration de la bourgeoisie en URSS et en Chine, alors ?

    « Les “pro-albanais” sincères se rendront vite compte et les autres s’enfonceront toujours plus dans le révisionnisme et le dogmatisme. Il faut beaucoup de dogmatisme pour nier les faits qui sont éblouissants. »

    « Bien entendu, comme Marxistes, nous sommes prêts à mener la lutte des deux lignes avec tous ceux qui sont sincères dans leur démarche, car nous pensons que tout peut évoluer dans le bon sens, surtout dans cette période de recomposition ! Nous sommes donc prêts à vous aider à balayer vos vieilleries, pour que vous sortiez enfin du cadre bourgeois et assumiez le Communisme. »

    Voilà une dernière question à aborder. Il est dit ici la volonté « sincère » de mener la lutte des lignes et le débat entre communistes, ce qui est la plus louable des intentions. Mais d’autre part, le maoïsme, et plus précisément celui théorisé par le Parti communiste du Pérou (PCP) et Gonzalo, est avancé non pas comme une proposition défendue, mais comme une vérité révélée. Nous apprenons que :

    « le Maoïsme, et il faut vraiment le comprendre, ce n’est pas la Chine, tout comme le Marxisme-Léninisme ce n’est pas la Russie. Le Maoïsme, c’est un développement constant dont le cœur est l’œuvre du Président Mao définie par le Président Gonzalo. […]

    Si vous voulez comprendre le Maoïsme, encore faut-il le vouloir : il faut étudier les textes de base du Parti Communiste du Pérou (PCP). Le Petit Livre Rouge ne peut être compris sans une étude sérieuse de la définition claire réalisée par le Président Gonzalo. »

    Il est donc affirmé, et ce comme fait irréfutable, que le maoïsme c’est autant Mao que Gonzalo, l’expérience chinoise que péruvienne. Pourquoi ? Quelles sont ces formidables preuves que possède donc le NEM pour affirmer avec autant de confiance que le maoïsme est indistinguable de la synthèse qu’en a faite le PCP ? Donc — c’est ce qui est dit — que la majorité des maoïstes existant aujourd’hui, dont ceux menant les processus révolutionnaires les plus avancés du monde en Inde et aux Philippines, ne sont en fait pas vraiment maoïstes ? Une telle affirmation peut se défendre, mais elle doit avoir pour ce faire les moyens de ses ambitions. À ce propos, le NEM nous laisse sur notre faim.

    Soit. Mais il reste un autre problème : comment d’une part dire « nous voulons débattre et atteindre dans la lutte idéologique des conclusions qualitativement supérieures » et d’autre part « nous avons déjà raison, il ne vous reste qu’à vous rallier à notre vérité révélée » ? Et d’autant plus, quand la vérité révélée a si peu d’argument pour elle. Il est une fort bonne idée de rallier les hoxhaïstes sincèrement révolutionnaire à un projet d’unité révolutionnaire, c’est à dire produit d’une lutte idéologique franche pour atteindre une base de ralliement révolutionnaire reconnue commune. Mais ce n’est que dans la forme que le NEM affirme ces velléités louables, car dans le fond, il n’est pas intéressé par autre chose qu’une simple absorption par le procédé sine qua non annoncé a priori d’une capitulation sans condition : nous sommes très loin de la méthode de la lutte idéologique. Comment le NEM espère il ainsi, premièrement, réellement rallier les hoxhaïstes (ou même les maoïstes divergents avec eux) grâce au débat entre communistes, et deuxièmement, qu’un tel dialogue (dans l’hypothèse où qui que ce soit serait intéressé par un dialogue annoncé sourd à l’avance) produise une synthèse et une unité supérieure ?

    Mystère. Le NEM se rend coupable de ce qu’il accuse (souvent à raison) l’hoxhaïsme de faire : rendre antagonique une contradiction non antagonique. C’est la seule résultante possible de ce non-débat d’idée qui n’est qu’un monologue pour soi-même sur le ton de l’excommunication.

    En parlant d’une compréhension profonde et fine du maoïsme comme 3e étape, l’article du NEM nous présente une étrange contradiction. Son rapport à la figure de Staline et au bilan de l’URSS, tant vis-à-vis de la méthode bureaucratique de la direction soviétique que du développement d’une nouvelle bourgeoisie (bureaucratique) avec celui du socialisme, n’est pas un rapport maoïste. Ce que dit le NEM, se rapproche en réalité plus d’un rapport hoxhaïste à la question : Staline et la direction soviétique avaient la bonne méthode — elle n’était pas trop bureaucratique — et la bourgeoisie perd progressivement son pouvoir économique, elle est mourante, dans le développement du socialisme — il n’y a pas celui d’une nouvelle bourgeoisie avec celui-ci. Et étant donné que la méthode de Staline n’était pas trop bureaucratique et que la lutte des classes n’est pas croissante sous la construction du socialisme, alors la révolution culturelle n’est pas nécessaire, nul besoin de renverser une classe qui n’existe déjà plus (ou qui est déjà mourante), et il suffirait alors de transformer les consciences — de mener une lutte strictement idéologico-culturelle. Sur ces trois points (méthode bureaucratique, lutte des classes sous le socialisme et nécessite de la révolution dans la révolution), l’article du NEM est bien plus hoxhaïste que maoïste. C’est fort surprenant de la part des tenants les plus ardents du maoïsme comme 3e étape supérieure du marxisme, et défenseurs d’une compréhension intense de celle-ci qui ne saurait se trouver que dans les écrits du PCP. Il faudrait considérer comprendre le maoïsme de Mao avant de déclarer celui de Gonzalo 3e étape universelle.

    Il faut cependant noter des choses très justes qui sont écrites dans cet article par le NEM, mais qui ouvrent alors à d’autres interrogations.

    « … il est impossible que les consciences des cadres du Parti et des masses étaient socialistes jusqu’en 1985 (mort de Hoxha), et puis après le néant. Il faut un sacré dogmatisme et des œillères pour nier les faits. Les pro-albanais expriment une position de classe claire avec cette négation de la réalité, ils sont au fond des idéalistes. »

    « Il nous semble que pour les disciples d’Hoxha, le plus important à l’heure actuelle serait de sortir une critique sérieuse, donc sincère, sur l’échec de l’Albanie “socialiste”. Cela devrait même être le préalable pour construire sur du solide. L’Albanie a cette particularité d’être le seul exemple où le leader historique a vécu durant toute la séquence, de la Démocratie Populaire à l’effondrement. Il y a donc un sacré problème dans la base idéologique de ceux qui soutiennent Hoxha. La question est de savoir ce qu’il s’est passé, et nous ne voyons que deux possibilités : soit il y a eu un acte magique qui a fait que du jour au lendemain, les plus grands Marxistes-Léninistes sont devenus des porcs de capitalistes liquidant d’un trait de plume tout le système, soit tout était déjà pourri sous Hoxha, et ça depuis longtemps. Comme Marxistes, nous ne croyons pas à la magie, donc tout devait être pourri. Sachant que le dirigeant synthétise tout le Parti, il devait y avoir un problème dans la personne même d’Hoxha ; sinon, on croirait à la théorie de “l’Homme bon, mais au mauvais endroit et au mauvais moment” comme ce que racontent les réactionnaires sur Louis XVI. »

    Voilà qui est très juste et très pertinent dans la lutte idéologique à mener avec et contre les hoxhaïstes.

    Il est impossible de séparer une théorie, un parti ou un dirigeant de l’expérience historique dans laquelle il a vécu. Nous sommes des socialistes scientifiques, donc, nous devons appliquer notre méthode à la compréhension du monde pour croire en ce qu’il y a de plus exact et rejeter l’erronée, c’est à dire, trouver les idées justes dans la pratique. Ainsi, nous devons être capables de faire des bilans honnêtes sur notre passé, nos réussites autant que nos échecs. Autrement, nous sommes condamnés à croire en des dogmes coupés de la réalité, et nous ne sommes alors plus en rien marxistes, et donc, condamnés à l’impuissance.

    Avant de se proclamer 3e étape du marxisme et seul représentant légitime du maoïsme, il serait à propos d’être capable en pratique de faire la démonstration de ses affirmations, en commençant par aller plus loin que les autres continuations du maoïsme, que le marxisme-léninisme, ou même seulement que le marxisme de Lénine (le léninisme). La direction du mouvement communiste international ne se revendique pas en se proclamant vraie ad nauseam, mais là aussi et toujours dans la pratique, en se démontrant vrai et en ralliant ainsi à soit les communistes sous sa direction idéologique. Où est l’intérêt d’adhérer à une 3e étape incapable de se démontrer comme telle ? Nous sommes marxistes, les idées fausses nous sont inutiles et les idées justes se vérifient dans la pratique.

    Quant à l’échec de l’expérience albanaise elle-même, l’article du NEM pose des problématiques brûlantes, mais l’on peut lui reprocher de se focaliser quasi exclusivement dans celle-ci sur l’aspect strictement interne de la construction du socialisme, et en l’occurrence, de la restauration du capitalisme. Or, il ne faut jamais négliger l’aspect ni interne ni externe de ce problème : il ne suffit pas d’avoir aboli le capital et les classes dans un pays, c’est-à-dire que celui-ci possède une économie pleinement socialiste, pour que le socialisme soit pour autant victorieux définitivement (et ce non pas parce que les classes peuvent se régénérer à partir de l’idéologie). L’échec de l’Albanie socialiste ne pose pas seulement le problème de la reproduction et restauration du capitalisme dans un pays à l’époque de la dictature du prolétariat. Il pose aussi celui des limites de la possibilité de la construction du socialisme dans un seul pays en l’absence de révolution mondiale, et surtout de l’impossibilité de garantir cette victoire nationale sans victoire internationale du prolétariat. Le NEM a raison de dire qu’il y a beaucoup à étudier et de réponse à trouver, mais il ne faudra oublier aucune des échelles ni aucun des aspects de la question si nous voulons une « nouvelle synthèse » digne de ce nom.

    « Le Maoïsme ne sera validé que par la pratique, c’est ce que nous dit le Marxisme. »

    Voilà donc un sage juge entre les mains duquel nous invitons le NEM à se remettre, lui et ses vérités révélées. Sûrement que la pratique a des choses à nous enseigner sur l’expérience de la révolution péruvienne et les conclusions à en tirer.

    En conclusion, nous invitons le NEM et toutes celles et ceux intéressés par une critique de l’hoxhaïsme et un exposé du maoïsme à consulter la brochure du RCP-USA Riposter à l’offensive dogmato-révisionniste sur la pensée Mao Tsé-toung (1979).12 Ce texte ayant été publié avant la mort de Hoxha, il ne fait pas le bilan de l’expérience du socialisme en Albanie et de son échec, mais il s’attaque aux thèses de L’impérialisme et la révolution, qui forment l’ossature de la critique hoxhaïste du maoïsme. Bien qu’il aborde lui aussi de manière antagonique la relation entre « pro albanais » et « pro chinois », il dénote par sa rigueur et la qualité de son argumentation.

    À toutes celles et ceux qui cherchent à se former sur ce que le maoïsme a à dire sur les rapports de production socialistes et capitalistes (dont le capitalisme d’État) dans la transition socialiste, sur la nature non-sociale de la propriété d’État socialiste, sur la nature petite bourgeoise de la propriété collective (les kolkhozes soviétiques et les communes populaires chinoises), sur le rôle réel de la superstructure (la culture et l’idéologie) dans la restauration capitaliste, et sur la nouvelle bourgeoisie bureaucratique dans la dictature du prolétariat, nous redirigeons à nouveau vers l’excellente introduction qu’est Marxisme-Léninisme-Maoïsme contemporain (TKP/ML, 1998).

    1 https://www.marxists.org/history/international/comintern/sino-soviet-split/cpc/hedp.htm
    https://www.marxists.org/history/international/comintern/sino-soviet-split/cpc/mhedp.htm

    2 https://www.marxists.org/reference/archive/mao/selected-works/volume-8/mswv8_65.htm

    3 https://www.marxists.org/reference/archive/mao/selected-works/volume-8/mswv8_66.htm

    4 https://www.marxists.org/reference/archive/stalin/works/1930/03/02.htm

    5 https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1918/apr/29.htm#sec2

    6 https://bannedthought.net/Turkey/TKP-ML/1990s/ContemporaryMLM-1998.pdf

    7 https://www.marxists.org/reference/archive/stalin/works/1925/12/18.htm

    8 https://www.marxists.org/archive/marx/works/1871/civil-war-france/postscript.htm

    9 https://www.marxists.org/reference/archive/stalin/works/1928/12/28.htm

    10 https://www.marxists.org/reference/archive/stalin/works/1938/01/18.htm

    11 https://www.marxists.org/reference/archive/stalin/works/1939/03/10.htm

    12 https://www.marxists.org/history/erol/ncm-5/rcp-hoxha/index.htm

  • 70e anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine.

    70e anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine.

    L’anniversaire du 70e anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine est une date importante.

    Cet anniversaire possède un sens double. D’une part il est à célébrer, car il marquait une victoire révolutionnaire. Il est l’incarnation d’une victoire contre l’impérialisme, contre la réaction, pour la construction d’une société meilleure.

    De l’autre, il est également l’aboutissement d’un cheminement à étudier, celui de 22 ans de guerre civile chinoise, mais également le point de départ de la construction d’un nouveau monde, durant près de 30 ans. Cette lutte pour le pouvoir populaire, tout comme ce que ce pouvoir populaire a fait, forment une somme immense d’expérience, qui doit nous servir pour les combats de demain. Nous ne devons pas les oublier.

    Aujourd’hui, honorons les héros de la lutte révolutionnaire !

    La lutte pour la révolution en Chine a été une lutte sur de nombreux fronts. Contre les colonisateurs tout d’abord, qui s’étaient découpés l’Empire du Milieu en parts, se réservant des zones d’influence à coups de canonnières. Ces colonisateurs, s’ils n’avaient pas formellement pris possession du pays, détenaient la réalité du pouvoir, appuyés sur des seigneurs de la guerre à leur service. Ils réduisaient à l’état d’esclaves les masses populaires chinoises.

    Depuis la première République de Chine, proclamée en 1911 par le Dr. Sun Yat Sen, et la République Populaire de Chine, 38 ans de combats constants. Combats contre les impérialistes et leurs laquais seigneurs de la guerre, pour libérer la Chine. Combats contre la droite du Kuomintang, qui voulait faire de la Chine une dictature militaire et écraser la juste lutte populaire. Combats pour construire le Parti Communiste, seul à même de pouvoir réaliser les mots d’ordre de Sun : Les « Trois Principes du Peuple » : Démocratie, Socialisme et Nationalisme anti-impérialiste.

    Enfin, a partir de 1927, la longue guerre civile. Une guerre civile qui a transformé chacun des camps. Les Kuomins, de nationalistes anti-impérialistes, sont devenus les agents de facto des Japonais, puis des impérialistes américains, préférant lutter contre le PCC que de défendre les idéaux du Dr. Sun. Chang Kaï Check, le dictateur du Komintang, a ainsi donné la Mandchourie aux agresseurs japonais, en 1931.

    Cette guerre civile a transformé aussi le PCC. L’anabase de la Longue Marche, cette traversée de la Chine, en a changé l’encadrement. Les dirigeants d’avant, formés par le Komintern, sincères dans leur engagement, mais incapables de percevoir la réalité de la Chine, sont progressivement écartés. Dans les grottes de loess de Yennan, le PCC est devenu le parti de la victoire. Il s’est lié aux masses, principalement paysannes dans la région. La direction du PCC, dans laquelle Mao est devenu le personnage central, a partagé la vie des masses populaires, leur misère, mais également leurs aspirations à une vie meilleure. Cette liaison avec les masses, cette relation fusionnelle, la ligne de masse, est devenu le ferment de la victoire. La naît la conception de la Guerre Populaire Prolongée.

    Durant la longue guerre anti-japonaise, de 1937 à 1945, pendant laquelle entre 20 et 60 millions de Chinois perdent la vie le Kuomintang se montre incapable de défendre le pays. Il se marginalise, se coupe des masses populaires, devient intégralement dépendant des USA et des occidentaux. De plus, il ne respecte pas la trêve avec le PCC.

    À l’inverse, celui-ci perfectionne la guérilla, en liaison avec les masses, comme « un poisson dans l’eau ». Lorsque l’armée Showa évacue progressivement, le PCC est désormais en position de force. Lorsque la guerre civile reprend, dès 1946, la situation n’est plus celle d’avant-guerre. Les kuomins sont chassés, refoulés, et doivent évacuer à Formose, où ils bâtissent un régime de terreur.

    Le premier octobre 1949, Mao Zedong, a Beijing, proclame la République Populaire de Chine. Cette accession au pouvoir est faite à l’inverse du système bolchevique. En URSS, la proclamation du pouvoir est le préalable à sa conquête effective, par la Guerre civile. En Chine, c’est le contrôle territorial et l’administration du territoire qui est le préalable à la proclamation de la RPC.

    Elle est un choc pour le monde entier. Le pays le plus peuplé du monde est passé du côté de la révolution prolétarienne. Près de la moitié de la population mondiale est désormais sous le drapeau rouge. La réaction du monde « libre » sera d’ailleurs féroce : tenter à tout prix de contenir l’expansion du communisme, en instaurant un réseau de dictatures d’extrême-droite : Taïwan, Thaïlande, Vietnam-Sud, Corée du Sud… Ce cordon sanitaire justifie tout, y compris les massacres, comme en Indonésie, ou les guerres les plus brutales, comme celle de Corée.

    La construction du socialisme en Chine bénéficie de l’apport de l’URSS, qui, malgré ses plaies béantes, tente de faire son possible pour aider au décollage économique de son pays-frère. De même, contrairement à l’URSS, le PCC était déjà une organisation avec une solide expérience en termes d’administration des régions libérées. En dépit du caractère particulièrement primitif des forces productives, il paraît possible de passer rapidement à une économie planifiée et d’industrialiser le pays. La vie des masses change rapidement. Les femmes, horriblement opprimées, connaissent l’égalité. La situation de servage de facto des paysans est abolie. L’éducation entre dans les campagnes, avec les soins et la culture.

    Les biens de consommation étaient rares dans la Chine féodale. Ils se répandent progressivement, bien que l’abondance ne soit pas encore là. La Chine connaît la dernière famine de son histoire. Surtout, le paysan et la paysanne chinoise avant n’avaient pas d’espoir de connaître une vie meilleure. Ils peuvent désormais faire des études, quitter la campagne, espérer une vie meilleure, voir un autre destin. Des ouvriers et ouvrières, des paysans et des paysannes deviennent des élus, des cadres dirigeants.

    Seulement, tout ne fonctionne pas toujours comme prévu. Une conjonction de phénomènes négatifs impacte très fortement cette tentative de faire un « Grand bond en avant ». Sécheresse, rupture avec l’URSS, départ des ingénieurs soviétiques, surestimation des possibilités. En somme, l’effort demandé est simplement trop important et la base industrielle prévue n’est pas obtenue. Mais elle existe. Dans le même temps, les cent fleurs sont lancés, en 1957, pour permettre qu’une émulation socialiste, critique, puisse s’épanouir. De nombreux réactionnaires, théocrates, féodaux, tentent d’en profiter pour lancer attaque sur attaques contre le gouvernement socialiste. Ils sont réprimés, notamment, car le contexte de la période est particulièrement difficile.

    Durant cette période, en effet, un schisme se produit entre URSS et RPC. Souvent, il est mentionné que Staline et Mao ne s’entendaient pas. Cela n’est pas vrai. Les informations qu’avaient Staline sur la révolution chinoise provenaient d’agents et d’intermédiaires du PCC en poste à Moscou. Or, il s’agissait précisément de militants et de cadres que la direction du PCC jugeait trop peu fiables pour les maintenir sur le terrain. Ce biais a joué dans la perception de Staline de la Révolution. Il a reconnu d’ailleurs publiquement son erreur.

    La véritable raison de la discorde n’est pas dans la question du leadership entre URSS et Chine, mais elle est dans la déstalinisation. Le PCC était d’accord pour critiquer Staline, en 1956. Mais la manière dont cette critique a été faite, mettant tout le monde devant le fait accompli, et le fond de l’affaire, changer la ligne politique du PCUS, ont poussé à la rupture. Khrouchtchev, derrière la déstalinisation, préparait la satellisation de l’Europe de l’Est, l’intégration dans une hypocrite division internationale socialiste du travail. Surtout, il capitulait devant l’occident sur l’idée d’une révolution, jugeant que l’heure était venue pour un monde coupé en sphère d’influences.

    Le Parti du Travail d’Albanie et le PCC ont fait front contre le révisionnisme khrouchtchevien. Quand il est apparu que Moscou ne changerait pas de ligne, la rupture fut consommée. Deux camps socialistes, l’un révolutionnaire, l’autre révisionniste, sont apparus. Ceux qui rejetaient la capitulation, voulaient soutenir les mouvements révolutionnaires et libérer les pays dominés ont été chassés des Partis Communistes révisionnistes. Ils ont monté leurs propres organisations. Par moquerie, ils ont été appelés maoïstes. Le nom est resté.

    Les rapports avec l’URSS prennent une tournure parfois conflictuelle. Elle soutient l’Inde contre la Chine dans le conflit du début des années 1960, tout comme elle multiplie les accidents de frontière au nord. Cette tension continuelle pousse la Chine à, finalement, prendre une position équidistante internationalement, et à la juger sur le même plan que les USA.

    En Chine même, l’échec du Grand Bond en Avant fragilise la position de Mao dans le PCC. Une nouvelle équipe dirigeante, animée par Liu Shaoqi et Deng Xiaoping dirigent la Chine dans une espèce de NEP-bis. La bride est laissée aux cadres locaux du PCC, qui se comportent parfois en potentats locaux, se fondent des petits royaumes. La planification elle-même est en péril, tandis que les écarts sociaux se creusent. Une crise se profile.

    Celle-ci arrive à maturité en 1966. Un immense mouvement de masse, la Révolution Culturelle, créé une révolution dans la révolution. Partis des centres urbains, les Gardes Rouges, ouvriers, ouvrières, étudiants et étudiantes, s’en prennent aux cadres corrompus, aux révisionnistes, aux seigneurs locaux. Elle bouleverse l’ordre établi, cible le confucianisme, réactionnaire. Au mot d’ordre de « feu sur le commandement général », les Gardes Rouges soumettent à la critique et à l’autocritique tous les dirigeants. Liu Shaoqi est fusillé, Deng est envoyé en prison. Mao Zedong, Zhou Enlai, redeviennent les points focaux du régime. La réorganisation du Parti fait que l’Armée Populaire de Libération joue un rôle structurant. Seulement sa direction elle-même est tiraillée par la lutte des classes : Lin Piao est un relais des Soviétiques dans le pays, il représente une menace bonapartiste. Il s’enfuit vers l’URSS et est abattu en vol.

    La révolution culturelle connaît des soubresauts, mais finit par se calmer quelques années après. La Chine est cependant désorganisée et doit se reconstruire. La production a chuté du fait des troubles.

    L’influence de la Révolution Culturelle est immense et international. Elle marque les étudiants et les étudiantes de mai 1968 en France, tout bourgeois qu’ils pouvaient être. Elle marque le mouvement des droits civiques aux USA. Surtout la Chine est un symbole des pays dominés. Elle est le fer de lance de la libération des peuples colonisés. Elle attire. Intellectuels progressistes, militants et militantes révolutionnaires, travailleurs et travailleuses en lutte voient en elle un nouveau phare, surtout avec le pâlissement de l’URSS.

    La période est paradoxale, la Chine cherche à s’ouvrir et à quitter le cordon sanitaire qui a été dressé autour d’elle. Du fait de l’attitude de l’URSS, elle accepte les offres d’ouverture des USA, menant à la rencontre Mao-Nixon, grand choc international. Elle parvient cependant à rentrer à l’ONU et a prendre la place de Taïwan.

    En termes de politique intérieure, l’équipe dirigeante est vieillissante. Les nouveaux cadres sont souvent compétents, mais idéologiquement peu sûrs. La porte du révisionnisme est restée ouverte. Finalement, ceux qui ont gagné en influence ne sont pas les plus fervents militants, mais ceux qui ont été le plus capable de passer pour cela. Elle ne comprend pas le besoin de rigueur politique, d’une économie parfaitement maîtrisée, de la lutte idéologique.

    Le décès de Mao et de Zhou Enlaï, en 1976, cause une vacance de la direction. Celle-ci est occupée par des conciliateurs, des modérés, qui non seulement libèrent les inculpés de la Révolution Culturelle, mais leur ouvre la voie vers le pouvoir.

    Très rapidement, dès 1977, Deng Xiaoping revient sur le devant de la scène. Il met en place, sous le nom de « modernisation » une politique capitaliste. Surtout, il va semer une confusion terrible avec la « théorie des trois mondes ». Mao avait déjà employé cette formule, avec un contenu autre. Chez Deng, celle-ci justifie tout : alliances avec l’Afrique du Sud de l’Apartheid, travail avec la RFA…Etc. Tout ce qui peut affaiblir les « superpuissances » est jugé comme positif. Elle va contribuer à désorganiser le mouvement maoïste, qui ne voit pas forcément le changement d’équipe comme un point de non-retour. Certains, comme Hoxha, vont analyser cela téléologiquement. Seul allié de la Chine, il considère que si elle n’est pas parvenue au socialisme, c’est que sa direction a fait intégralement fausse route. Il la rejette en bloc, déniant toute qualité à Mao.

    Après Deng, la Chine se dirige irrémédiablement vers une économie de marché, une intégration dans les échanges inégaux de la mondialisation. S’il est indéniable qu’elle a développé économiquement le pays, il n’en demeure pas moins que la RPC n’est plus une puissance socialiste, mais qu’elle est capitaliste et impérialiste.

    En dépit des efforts faits par le PCC pour ne pas connaître le même sort que le PCUS, le révisionnisme a triomphé. Le PCC n’a pourtant pas lésiné sur les moyens pour essayer de contourner les difficultés. Maintien d’une démocratie interne vivante au sein du Parti, où les luttes de ligne étaient faites de manière ouverte, autour d’une culture de débat. Appel constant aux masses pour juger de la qualité de l’action du Parti et de ses membres. Le PCC mettait également au premier plan, au-dessus de l’importance du Parti même, la question de la lutte idéologique, primant sur la discipline du Parti. C’est là un des fondements de la Révolution Culturelle.

    Nous avons beaucoup à retenir de cet anniversaire.

    L’héritage de cette révolution est toujours vivant. Il doit le rester à plus d’un titre.

    D’une part comme la mémoire d’évènements, de succès, de réalisations faites par les masses populaires, sous la direction d’un Parti Communiste qui mérite ce qualificatif. La bourgeoisie essaie de nous enlever cette mémoire en la salissant, en répandant des calomnies sur son compte, en mentant à son sujet. Lorsque cette histoire ne présente plus d’intérêt, elle la fait oublier. Sur plus d’un thème, sur plus qu’une période, il existe un vide de connaissances, de savoir. Elle a été effacée. Nous avons un travail à réaliser pour lui redonner vie.

    Mais l’histoire ne suffit pas. Elle n’est qu’une chose morte si elle n’est pas reliée à la politique et à la lutte actuelle.

    Dans cet héritage, nous retrouvons des questions fondamentales, tant philosophique, sur la compréhension de la dialectique, du « un se divise en deux », que des aspects politiques ou pratiques. La stratégie de la Guerre Populaire Prolongée est ainsi un des apports, tranchant avec les théories insurrectionnelles. Elle pose la question de l’accession révolutionnaire au pouvoir comme le fruit d’un processus, non d’une seule épreuve de force. De même, la démocratie nouvelle est un élément fondamental pour l’alliance entre les classes populaires.

    Dans la pratique, l’enquête, la lutte de ligne, la ligne de masse, le débat franc et ouvert sont des principes qui préexistaient auparavant dans les écrits d’autres, mais que Mao et le PCC avaient systématisés.

    Dans le monde entier, toutes les organisations qui combattent pied à pied l’impérialisme et le capitalisme sont inspirées par l’exemple chinois. Ceux qui ont rejeté cet héritage ont généralement rejeté, en même temps, l’idée de la lutte révolutionnaire et du combat contre les forces capitalistes et impérialistes. Le drapeau rouge de la révolution, dans les pays dominés et exploités, s’est nourri de cette expérience.

    Dans les pays impérialistes même, cette influence se fait sentir, même si parfois, elle a servi à esquiver la question incontournable de Staline et de l’URSS. Aux USA comme en Allemagne, des organisations se sont montées, construites, et se sont démarquées du révisionnisme sous l’emblème du Marxisme-Léninisme-Maoïsme. En France l’omniprésence du PCF et l’échec du mouvement maoïste des années 1970-1980 ont limité sa diffusion. Mais celle-ci existe néanmoins. Nous même ne pouvons renier notre inspiration et notre intégration dans l’héritage de la Révolution chinoise.

    Pourquoi ne sommes-nous pas une organisation maoïste ?

    A lire sur notre site.

    L’UCL est une organisation qui a été fondée par des militants maoïstes. Dans un sens elle est une organisation maoïste, dans un autre sens elle ne l’est pas.

    Elle l’est dans son intégration du bilan de l’expérience du combat révolutionnaire en Chine. Elle l’est dans le sens où elle intègre la lutte de ligne au sein de l’organisation, la lutte de masse, la nécessité du combat révolutionnaire et d’une stratégie révolutionnaire.

    Elle l’est dans sa politique non sectaire d’unité, dans sa volonté de travailler conjointement, entre communistes, mais aussi auprès des masses populaires, dans les organisations de masse, dans les émanations de la résistance ouvrière. Elle est ce qui explique notamment notre investissement dans les Assemblées Générales de Gilets Jaunes, à Lyon.

    Elle ne l’est pas dans le sens où notre organisation n’a pas vocation à réunir uniquement et exclusivement sur la base du maoïsme, ni de faire l’unité sur cette base unique et étriquée. À nos yeux, le maoïsme est une forme particulièrement poussée de la compréhension du léninisme, du communisme, du matérialisme-dialectique. Le placer en préalable nécessaire pour adhérer à une organisation n’a pas de sens. Le but d’une organisation communiste, a fortiori d’un parti, est de permettre d’organiser l’avant-garde de la classe ouvrière et du prolétariat. Pour nous, l’adhésion a un parti politique est sur une base politique, celle de l’accord avec le programme, même minimal. Nous pensons que toute personne qui se revendique du communisme, qui veut travailler à construire un parti révolutionnaire, qui veut construire le socialisme et la démocratie populaire a sa place dans nos rangs. Le respect des principes de fonctionnement démocratique, la volonté de pratiquer le débat prolétarien, d’avancer idéologiquement et politiquement est la base. De plus, nous, jeunes militants, n’avons pas la prétention de dire que nous maîtrisons complètement ce qu’est le maoïsme, du moins suffisamment pour arbitrer qui, objectivement, l’est, et qui ne l’est pas. Nous pensons, de plus, qu’il ne suffit de clamer être maoïste pour l’être.

    En dernière instance, c’est la pratique qui fait le maoïsme, pas l’identité.

    Nous avons une confiance inébranlable dans le fait que les apports de la révolution chinoise sont positifs. Nous n’avons pas à redouter d’en faire la démonstration et de convaincre que le bilan de cette révolution peut servir d’exemple.

    Nous pensons que l’enseignement de la Chine démontre que les masses peuvent être organisées largement, participer au Parti Communiste et aux tâches les plus poussées de la révolution. Ce n’est pas le verrouillage qui garantit la « pureté idéologique » de l’organisation, mais la lutte de ligne interne. Or, ce n’est pas l’adhésion au concept de la lutte de ligne ou au concept de la ligne de masse qui fait le maoïste, mais sa pratique concrète, au sein des luttes. Le rejet du sectarisme, la capacité à comprendre le point de vue des masses populaires, des travailleurs et des travailleuses, à rallier les plus avancés, à isoler et faire isoler les positions les plus retardées.

    Pour le moment, personne n’a pu trouver de recette miracle contre la déviation opportuniste et le révisionnisme. Ni Hoxha, dont le régime ne survit pas à sa mort, ni Mao Zedong, ni aucune organisation qui s’en inspire. Il ne peut y avoir que des pistes de réflexion, des conseils, des pratiques qui ont permis de lutter contre celui-ci. Mais ni les organisations puristes et concentriques, ni les organisations souples et ouvertes n’ont réussi à trouver une solution miracle. Elle n’existe pas, surtout, elle n’est pas dans les verrous bureaucratiques.

    Nous pensons que seule la liaison constante, humble, avec les masses, peut permettre de lutter contre ces tendances à la présomption, à l’aventurisme ou, au contraire, au libéralisme.

    Nous pensons que si Mao ou n’importe quel autre grand dirigeant communiste était en vie actuellement, il jugerait avec sévérité le travail réalisé en France. Il nous conseillerait certainement de jeter le folklore par-dessus bord et de travailler vers les masses, de nous mettre à leur école, au lieu de superposer des conceptions mal maîtrisées, coupées de la réalité de la lutte des classes.

    Nous pensons qu’il faut nous rappeler que ce sont les masses populaires, les ouvriers et ouvrières, les prolétaires qui font la révolution en pratique, qui effectuent la transformation des rapports de production et des rapports sociaux. L’organisation est là pour servir le peuple, non fétichiser des grands dogmes. Les masses sont les véritables héros, écrivait Mao.

    Les masses sont les véritables héros, alors que nous-mêmes, nous sommes souvent d’une naïveté ridicule. Faute de comprendre cela, il nous sera impossible d acquérir les connaissances même les plus élémentaires. «Préface et postface aux Enquêtes à la campagne» (Mars et avril 1941)

    C’est pour cela que nous invitons largement à travailler ensemble, conjointement, à l’élaboration du futur parti communiste révolutionnaire, synthèse des expériences du mouvement ouvrier, synthèse des expériences du mouvement révolutionnaire international. Nous voulons qu’il soit le creuset dans lequel le meilleur de ces expériences pourra servir à forger l’outil de la victoire.