Étiquette : Enseignement

  • Grève des enseignants et enseignantes !

    Grève des enseignants et enseignantes !

    Aujourd’hui, les enseignant et enseignantes, à l’appel de plusieurs syndicats, se sont mis en grève durant le premier jour de l’épreuve du baccalauréat.

    La mobilisation a été un succès en termes de grévistes, bien que le ministère essaie, à son habitude, de minorer les chiffres des participants et participantes. Au final, environ 30 % des enseignants et enseignantes semblent avoir participé à la grève. A Lyon, c’est un rassemblement et une assemblée générale d’entre 400 et 500 personnes qui s’est tenue.

    Une telle mobilisation, le premier jour des épreuves du bac, est un véritable succès. Le rectorat et les chefs d’établissement ont fait pression pour tenter de juguler le nombre de grévistes, ou ont fait des réquisitions des AED ou des personnels administratifs, mais dans l’ensemble, la journée est un succès. Succès qui en ouvre d’autres !

    Pour beaucoup d’élèves, cependant, l’épreuve du baccalauréat est devenue une étape vers le néant, tant la machinerie de Parcousup a bouché l’avenir. Plus que la grève, hypocritement érigée en action dirigée contre les élèves, ce qui les pénalise sont les réformes. Ainsi, Parcoursup s’est imposé comme un véritable hachoir à orientation.

    Pour mémoire, Parcoursup est la continuité de la gare de triage créer par Adminssion Post-Bac. Dans APB, cependant, les élèves pouvaient définir des vœux hiérarchisés, qui leur permettaient d’avoir une certaine prise sur leur avenir étudiant.

    Dans Parcousup, en revanche, c’est une « mise à disposition » de recruteurs et de recruteuses qui est opérée. Cette inversion fait que les établissements d’enseignement supérieur font « leur marché », recrutant les élèves mis à disposition en fonction de leur profil (et très souvent, de leur origine géographique – donc sociale, du fait de la ségrégation socio-spatiale -). Une fois que le nombre désiré est atteint, les autres sont envoyés au rebut. De plus cela s’attaque au concept même de l’orientation. Cela devient de la gestion de flux en fonction des intérêts du tissus industriel local.

    In fine, lorsque 400 000 lycéens et lycéennes se retrouvent sans affectation, ce n’est pas une erreur de Parcoursup, c’est au contraire qu’il a marché exactement comme prévu.

    La question du nouveau bac se pose aussi d’une manière brûlante :

    https://unitecommuniste.com/france/stoppons-parcoursup-le-nouveau-bac-la-selection/

    Deux lycéens ou lycéennes n’étaient, déjà, pas jugés à la même valeur, du fait de leur lycée d’origine, vont voir cet écart être accru. Les prétendues mesures d’égalité vont se heurter au prisme de la réalité.

    La libéralisation à toujours mené à la concentration des ressources, jamais à l’égalitarisme. Celle du système des options ne va pas échapper à cette règle. Comme il est absolument impossible pour tous les lycées de couvrir toutes les options, des choix vont devoir être faits. Au lieu d’avoir des filières par établissement, ce seront des établissement-filières qui apparaîtront.

    Les bacs à options vont accentuer une ségrégation spatiale, en fonction des options qui seront concentrées dans les différents établissements. Les options de prestige seront concentrées ans ceux bénéficiant déjà d’une attractivité, mais les lycées laissés pour compte verront leur situation se dégrader encore davantage.

    Par ailleurs, il est fondamental de rappeler que la lutte pour une défense du baccalauréat s’inscrit également dans la lutte pour la défense du contrat de travail. Un des objectifs de la liquidation du cadrage national des diplômes est de s’attaquer à leur valeur juridique. Il s’agit d’une manœuvre en sous-marin dans le but de frapper une des dispositions fondamentales du Code du Travail : les conventions collectives.

    Détruire les conventions collectives était au cœur des opérations massives menée par le gouvernement EELV – PRG – PS puis par le gouvernement LREM. Dans la loi El-Khomri et la loi travail, l’un des buts était de faire sauter ces éléments essentiels du rapport de force des travailleurs et travailleuses envers leurs exploiteurs et de les remplacer par des accords d’entreprises, nettement moins favorables.

    En transformant le bac national -déjà inégalitaire et peu reconnu- en bac d’établissement (ce qui est également valable pour les Licences et les Masters), cela rend impossible, à terme, leur reconnaissance juridique. Elle ne leur permet plus, par voie de conséquence, de trouver une reconnaissance dans le navire sombrant des conventions collectives.

    En somme, la nouvelle génération de bacheliers et de bachelières est vouée à être une génération sacrifiée, destinée à être surexploitée, et, surtout, à être mise en concurrence directe et brutale avec les générations précédentes. En dernière instance, ces néo-bachelier serviront de menace pour faire accepter des baisses de salaire, des conditions de travail plus rudes, à ceux et celles qui sont déjà en poste.

    Cette mesure de fragmentation des statuts inter-générationnels ne peut pas ne pas avoir de conséquences dramatiques sur les salaires et les conditions de travail.

    D’une manière générale, il est essentiel de rappeler que la réforme qui est concoctée par le gouvernement est cohérente et architecturée. Elle vise des objectifs extrêmement ambitieux, puisque ceci inclut le fait de changer complètement le fonctionnement des lycées.

    En les autonomisant d’un point de vue administratif, ce qui renforce les pouvoirs des chefs d’établissement, devenant de fait des équivalents, en termes de compétences, des présidents et présidentes d’université après l’application de la LRU. De fait, les proviseurs et chefs auront une autorité accrue. Les réformes renforcent le pouvoir administratif au détriment de la pédagogie. En fait de « confiance », c’est la perpétuation de la veille de l’opinion et du contrôle de la pensée sur les enseignants et enseignantes.

    Cette autonomie administrative se dédouble d’une autonomie de recrutement, les établissements pourront ainsi constituer eux-mêmes leurs équipes, sous des recrutements ressemblant à ceux pratiqués par les mairies. Ainsi, les CAPES et Agrégation seront ravalés au rang d’habilitation, mais ne seront plus de garanties de pouvoir bénéficier d’un poste. Il s’agissait d’une disposition prévue d’ores et déjà dans la masterisation des concours, qui devait créer une équivalence, in fine, entre M2 et Capes.

    Plusieurs établissements ont également dû accepter des privatisations et des externalisations (entretien, cantine), qui, non seulement ne permettent pas de bénéficier d’une qualité plus importante de service, mais sont également coûteuses. Ces marchés captifs sont des cadeaux, accordés selon des critères clientélistes.

    Également, de plus en plus d’établissements demandent aux professeurs de faire des heures supplémentaires sur la base du volontariat, mais avec l’idée, exprimée dans Cap 2022, d’en faire une norme. Cela vise à réduire dont le nombre de postes en saturant les enseignants et enseignantes avec des classes surchargées et des heures plus nombreuses.

    Lorsque ce ne sont pas ces exigences qui sont formulées, c’est l’incitation au bénévolat. Or, le bénévolat est une réduction de salaire déguisée, puisqu’elle implique un plus long temps de travail pour un salaire identique.

    Toutes ces agressions ne visent qu’a mettre au pas le système éducatif et à le rendre « rentable », avant qu’il ne soit purement et simplement privatisé.

    Les projets du gouvernement sont littéralement les même que ceux qui étaient proposés, il y a 15 ans, par François Fillon : autonomie des établissements, mise en place du contrôle continu, changement dans les hiérarchies…

    Les luttes ont permis de pouvoir stopper ce projet pendant ces quinze années. L’offensive d’aujourd’hui est donc le match retour d’hier. Seulement, le contexte politique est davantage défavorable. Macron est tenu par ses commanditaires, il exécute servilement leurs ordres, dans le but d’ouvrir le marché de l’éducation a la privatisation et de réduire les dépenses publiques.

    Aujourd’hui, après l’expérience du mouvement des Gilets Jaunes, il est possible de se douter que le gouvernement ne reculera pas sans essayer au maximum de forcer les choses.

    En dépit du courage, de la mobilisation, de l’abnégation de ceux et celles qui luttent, la question se pose : face au refus obstiné, les luttes réformistes et économiques ne peuvent s’imposer. Comment faire pour qu’elles soient plus puissantes et plus efficaces ?

    Nous pensons que les luttes sociales sont indispensables, mais qu’elles doivent également se projeter sur le terrain politique. L’aspect central du mouvement des Gilets Jaunes est ainsi celui-ci : la politisation de la lutte est ce qui a permis son expansion et le fait qu’elle ne reste pas sectorielle.

    Nous n’avons pas le choix, nous devons poser également la question du pouvoir.

    https://unitecommuniste.com/france/nayons-pas-peur-parlons-du-pouvoir-tract-de-lunite-communiste-de-lyon/

    La question, de la démocratie truquée, mais aussi la question de la démocratie que nous voulons, dans laquelle il sera possible de battre jusqu’au bout les tentatives de destructions des droits sociaux que les luttes précédentes ont arraché.

    L’assemblée générale des enseignants a appelé à poursuivre la lutte. Soutenons-la ! Défendons pied à pied le système éducatif !

  • Une nouvelle année de lutte dans les universités !

    Une nouvelle année de lutte dans les universités !

    Une nouvelle année de lutte !

    L’an passé a été sous le signe de la lutte contre les réformes du secondaires et du supérieur.

    La machine infernale Parcoursup, loin de connaître des ratés, a fonctionné au delà des rêves de ses créateurs ! Elle a fourni un contingent d’élèves à recruter pour les écoles et les université. Le reste, l’immense reste, n’a pas été jugé nécessaire. Il est donc rejeté.

    La nouvelle organisation du bac est un coup mortel donné aux lycées et à la valeur des diplômes qu’ils délivrent.

    Dans les universités, la fin des compensations annuelles, la mise en place de modalités d’examen, la réduction des effectifs placent les étudiants et les étudiantes, principalement les plus vulnérables et les plus précaires, dans des situations intenables.

    La privatisation progressive de l’université en menace son fondement même, tandis que les investisseurs privés vont pouvoir régner en maîtres, au travers de présidents d’universités dotés des pleins pouvoirs.

    D’où viennent les privatisations ?

    Les accords de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) demandent aux signataires d’ouvrir à la concurrence le marché de l’éducation. Cette ouverture intéresse beaucoup d’investisseurs de d’entreprises, qui sont intéressés par plusieurs choses :

    Mettre sous tutelle la recherche -TOTAL ou Areva finançant ainsi la recherche sur leur nouveaux moyens de détection des gisements, mais également les études sur l’impact écologique de celles-ci, par exemple.

    Faire des étudiants une main d’oeuvre correspondant à leurs besoins en terme de recrutement, qui, de plus, paie elle-même sa formation. Les investisseurs ne sont pas stupides, ils réfléchissent en termes de retours sur investissements. Une filière non rentable est liquidée

    Mais ce n’est pas tout !

    Les annonces du Cap 2022 vont aggraver encore les choses.

    Les lycées et les universités seront en autonomie budgétaire, avec comme objectif le maximum d’économies. Les proviseurs et présidents d’universités seront même récompensés s’ils sont avares. De la copie d’examen au voyage scolaire, tout sera rationalisé à outrance.

    Les frais d’inscriptions sont laissé au choix de la président. Aujourd’hui, 90€ en moyenne est payé comme « contribution à la vie étudiante », demain ce chiffre pourra être multiplié par dix, par cent. Bienvenue dans l’université à 9000€ l’année.

    Les services de la vie étudiante et lycéenne seront externalisés : cela signifie poliment « privatisés ». Ce sont des marchés captifs, dans lesquels Sodexo ou Elior se tailleront des monopoles. Serrez-vous la ceinture !

    Les bourses du CROUS, déjà faibles, doivent être remplacées par des prêts bancaires. Cela créé du PIB et permet aux généreux prêteurs de s’assurer des rentes sur le dos des étudiants et étudiantes. La fac à l’américaine arrive, avec une entrée dans la vie active à -100 000 €.

    Le Benchmarking des universités : tout comme les hôpitaux, les universités seront notés. Des agences de notation évalueront la valeur de leurs services. Une licence, un master n’aura juridiquement plus la même valeur selon les universités.

    Le danger est général:

    Les diplômes décernés par ces futures université seront des diplômes qui ne seront plus qualifiants mais basés sur des compétences. Cela signifie qu’ils ne donneront pas le droit à un statut garanti par la loi ou par les conventions collectives. Un étudiant sortant de Master 2 demain pourra être embauché avec le salaire d’un personnel non-qualifié. Non seulement cela tire les salaires vers le bas pour cette future génération, mais également pour ceux qui sont sortis avant, mis en concurrence avec une main d’oeuvre servile -la loi Travail le permet. Il s’agit d’une attaque voilée contre les salaires qui frappera tout le monde sans exception.

    Se battre !

    Seule la lutte paie ! : les réformes d’aujourd’hui ne sont pas nouvelles. Elles sont dans les cartons depuis plusieurs dizaines d’années (2005 pour l’autonomie des lycées par exemple). Si elles n’ont pas été appliquées plus tôt, c’est uniquement grâce à la mobilisation, la lutte, les grèves des enseignants et enseignantes, des personnels et des étudiants et étudiantes ! Aujourd’hui, le gouvernement kamikaze de Macron veut attaquer de nouveau. Il faut se défendre !

    Partout en France, des assemblées générales on lieu. Elles rassemblent de plus en plus d’étudiants, d’étudiantes, mais aussi de membres de la communauté pédagogique et de membres du personnel. Ces assemblées générales sont le ferment de la lutte !

    Les enseignants du secondaire, que cela soit le général et le professionnel, se mobilisent pour défendre l’avenir des lycéens et des lycéennes, qui sont en première ligne dans ces réformes.

    Que faire ?

    L’Unité Communiste de Lyon appelle les étudiants et les étudiantes à rejoindre et soutenir les syndicats de lutte présents dans l’université. Non seulement ils luttent contre les réformes qui menacent vos droits, mais ils ne se limitent pas à des actions d’éclat. Leur travail tout au long de l’année est essentiel pour aider à recenser les problèmes, à les régler et à faire respecter les droits.

    Les Assemblées Générales sont des instances d’informations, de mobilisation, mais surtout sont des instances démocratiques de la lutte. Elles les lieux de débat tant sur le contenu des réformes que les lieux de décision de la forme et des modalités de la lutte. L’Unité Communiste de Lyon appelle à rejoindre celles organisées par les syndicats de lutte.

    Ici, à Lyon, la lutte doit prendre corps !

    L’université ou le lycée d’hier ne sont pas parfaits. Ces établissements sont des machines qui reproduisent les inégalités sociales. Etudiant ou étudiante salariée, issus de milieux populaires, en difficulté… Les chances sont loin d’être les même pour tous ! Mais il ne faut pas céder d’un pied, car chaque réforme aggrave cette situation.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que la lutte syndicale est nécessaire et vitale en tant que lutte défensive. Mais elle considère aussi que seul l’organisation politique peut permettre de porter le combat plus loin.

    Seul l’organisation politique peut forger l’outil nécessaire, un outil révolutionnaire, pour mettre fin de manière plein et entière à l’inégalité dans l’éducation comme dans toute la société. Que seul cette lutte révolutionnaire peut mettre fin à une société basée, sur l’exploitation capitaliste, l’aliénation du travail, sur l’oppression.

    Pour une éducation Gratuite, Critique et Populaire !

  • Cap Catastrophe 2022 – Le Supérieur en berne. Partie 6

    Cap Catastrophe 2022 – Le Supérieur en berne. Partie 6

    Cap Catastrophe 2022 – Le Supérieur en berne.

    Partie 6

    L’an 2000 a vu apparaître un mini baby-boom. Malgré le fait que 18 ans se soient écoulés depuis celui-ci, les différents gouvernements ont toujours agi en prenant un air stupéfait face à l’arrivée de cette génération dans le système scolaire. Mais cet air stupéfait et cet argument de l’impréparation sert surtout à faire passer des réformes prévues, elles, de longue date.

    Petit retour en arrière : Jusqu’en 2009, l’accès à l’université est garanti par la loi, et chaque potentiel étudiant dispose d’une place dans n’importe quelle filière de son choix. L’incertitude dans le nombre d’inscrit fait que les universités doivent pouvoir faire face à tout afflux subit d’élèves, et donc disposer des moyens ad hoc pour les accueillir. Dans les faits, les conditions d’étude ne sont pas toujours d’une qualité incroyable, mais sur le principe, tout bachelier peut s’inscrire.

    A partir de 2009, Admission Post-Bac est mis en place, ce système permet d’aiguiller en amont les élèves vers des filières, permettant aux universités de se préparer à leur arrivée. Cela pourrait passer pour un raisonnement sain, mais, dans les faits, il sert surtout à réduire les dépenses, à limiter les moyens, et donc à fermer l’accès à certaines filières, devenant de facto sélectives. Comme, dans le même temps, la Loi sur la Responsabilité des Université se met en place. Celle-ci accroît l’indépendance de l’université par rapport à l’État et augmente de manière particulièrement importante les pouvoirs du Président d’Université. Celui-ci peut, et doit, intégrer des partenaires privés dans le financement de l’université pour faire face à l’hémorragie budgétaire. Or, l’entrée de partenaires privés dans le budget de l’université se traduit également par la présence de « personnalités extérieures » au sein de son conseil d’administration. D’autant que les capitalistes investissent dans le but d’obtenir des retours sur investissement. Ces retours sont sous la forme d’une modulation des maquettes des licences ou des master, dans le but que ceux-ci correspondent aux intérêts de l’investisseur. Dès lors, l’université module son offre en fonction des désirs de ses bienfaiteurs. Il n’est plus question d’offre générale ouverte à tous, mais de répondre à des commandes. Formellement, les places à l’université sont toujours garanties, mais plus dans la filière du choix de l’étudiant.

    A APB succède, cette année, Parcoursup. Parcoursup prolonge l’idée de APB jusqu’à son paroxysme. Dans Post-Bac, les candidats émettent des vœux hiérarchisés, dans le nouveau système, ils se mettent à disposition des recruteurs du privés. L’élève n’a même plus son mot à dire. Cette étape nouvelle de la sélection pour le supérieur a dépassé toutes les attentes de ses concepteurs, avec plus de 60 000 élèves surnuméraires par rapport aux désirs des recruteurs, donc jugés inutiles. 60 000 élèves qui, par ailleurs, sont issus d’origines géo-sociales bien précises, puisque les recruteurs peuvent intégrer des codes « maison » dans l’algorithme, refusant par exemple que les élèves de certains lycées jugés « peu sûrs » soient acceptés. Mais cela n’est qu’un début dans la privatisation rampante de l’éducation supérieure. Bien d’autres fronts existent.

    Dans le texte programmatique prévu par les liquidateurs, la marée humaine prévue est exploitée au maximum pour justifier une amplification du mouvement de transformation de l’E.S.

    « L’arrivée massive d’étudiants dès la rentrée 2018 constitue un risque important sur la qualité de leur accueil dans l’enseignement supérieur, d’autant plus que les moyens prévus paraissent très en deçà des besoins estimés. »

    Or, la voie la plus logique, celle d’augmenter la capacité d’accueil et de recruter le personnel permettant d’améliorer la déficiente pédagogie universitaire, est bloquée par la volonté de réduire au maximum les dépenses. Pourtant, les auteurs reconnaissent que les étudiants français sont moins onéreux que la moyenne de l’OCDE. La logique, donc, serait donc d’accroître les moyens accordés à ceux-ci pour faire face à leurs études. Mais les rédacteurs et rédactrices ne sont pas là pour résoudre les problèmes des étudiants et des étudiantes, mais pour rogner les budgets. Il est donc nécessaire d’optimiser le supérieur.

    « Elle [La dépense par étudiant et étudiante] pourrait être optimisée par une réduction de l’échec, liée à une meilleure orientation et par une modernisation des méthodes pédagogiques. »

    Optimiser est une obsession constante chez les grands bourgeois. Mais la signification de l’optimisation, dans leur esprit, est celle d’une intégration grandissante entre l’enseignement public et le marché de l’emploi, voir une inféodation intégrale du premier au second.

    Les étudiants et étudiantes doivent, pour être plus utiles, être ventilés géographiquement pour correspondre aux besoins des bassins d’emplois locaux.

    « élargir les possibilités de mobilité géographique des bacheliers lors de l’affectation des étudiants. Cela pourrait permettre une allocation plus pertinente des moyens. Les tensions ne sont pas homogènes sur l’ensemble du territoire et développer la mobilité pourrait donc être une voie pour mieux utiliser les places disponibles. Des études visant à mesurer le niveau d’incitation nécessaire ainsi que les freins à la mobilité devraient être engagées rapidement, notamment pour ce qui concerne la vie étudiante et les œuvres universitaires. »

    Quelque part, cela paraît bien innocent, si ce n’est l’impasse du rapport sur les questions sociales propres aux étudiants et étudiantes, notamment les bourses et le logement. Depuis le rapport Goulard, rédigé en 2007, il apparaît que la volonté générale est de faire appel davantage aux prêts bancaires et au parc immobilier privé en place et lieu des bourses sur critères sociaux et des résidences étudiantes. En revanche, la question centrale des frais d’inscription n’est pas oubliée :

    « lancer une réflexion sur les autres ressources propres susceptibles d’être utilisées, y compris les droits d’inscription à l’université »

    Le départ du domicile familial étant de plus en plus tardif et complexe et les moyens de pouvoir le réaliser étant de plus en plus ténus, il ne fait pas de doute que la réponse préconisée sera sous la forme de l’endettement étudiant, endettement qui, notamment aux USA, prend la forme d’une bombe à retardement.

    Cette mobilité imposée fait écho au projet de réorganiser géographiquement les universités. Là encore, une évolution s’est produite au cours du temps.

    Dans les années 1980, les lois sur la décentralisation impulsent la fondation d’universités de proximité, permettant un accès au supérieur sans avoir à aller vers les métropoles. Ce mouvement de « démocratisation » relative était certes limité, mais néanmoins positif.

    Avec l’arrivée de la RGPP, précédemment évoquée, le mouvement s’inverse. Il s’agit de reconcentrer les universités dans des pôles nommés PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur), fusionnant les universités, rationalisant leur activité, dans le but de réaliser des économies d’échelle et limiter les doublons (par exemple des filières de droit à Lyon II et Lyon III). Du fait du très fort corporatisme des enseignants du supérieur, l’affaire n’a pas particulièrement réussi, et, bien souvent, les fusions ont conduit au fait qu’une université phagocyte le budget de l’autre.

    Aujourd’hui, ce que préconise le rapport est un hybride entre les deux. Il s’agit de conserver des universités locales à « haute valeur ajoutée », tandis que les « grosses universités » prennent de plus en plus la forme d’un « lycée ++ », avec des enseignements généralistes notamment du fait de l’intégration dans le projet « Bac -3 ; Bac + 3 » permettant de créer un réservoir de main-d’œuvre. Les moyens et les « cerveaux » sont ainsi concentrés dans de petites unités, tandis que le niveau général des universités est nivelé par le bas du fait de la baisse des budgets.

    Car la recherche n’est pas épargnée par les plans des rédacteurs et des rédactrices. Il faut la motiver, la stimuler. Quoi de mieux pour cela que de la benchmarker ?

    « Enfin, le système actuel de subventions de la recherche et de l’enseignement supérieur n’est pas suffisamment incitatif. En effet, les subventions publiques constituent aujourd’hui trois quarts des ressources des universités et des organismes de recherche. Or, l’attribution de ces subventions n’est pas conditionnée à la performance, à l’atteinte d’objectifs ou de résultats. »

    Manque la question de la définition des critères, qui, du fait de la toute puissance du président d’université et de la majorité dont disposent les « personnalités extérieures » au Conseil d’Administration, ne manqueront pas d’être des critères correspondant aux intérêts des investisseurs.

    En somme, l’idée est d’avoir des sites d’excellence s’occupant de la recherche fondamentale, non directement rentable, donc portée par les finances publiques, tandis que les autres pôles s’occupent de recherche appliquée, selon les modalités définies par les représentants du patronat local. Cela se voit notamment dans les propositions de réforme de la gestion du budget, qui permet au CA de financer ce qui est rentable et de liquider les filières qui ne le sont pas.

    «  rendre l’organisation du ministère cohérente avec son rôle de pilote de la politique publique. Renforcer l’autonomie des établissements suppose que les ressources soient placées au sein des établissements et non dans les directions d’administration centrale. Le ministère devrait donc conserver uniquement des fonctions stratégiques et de pilotage de sites, et une expertise transversale sur la formation et la recherche, la mise en œuvre étant faite par des opérateurs »

    Par ailleurs, la gestion du personnel et des enseignants-chercheurs se libéralise.

    « assouplir la gestion des ressources humaines des chercheurs et des enseignants-chercheurs. Il est indispensable d’offrir une flexibilité accrue aux chercheurs et enseignants-chercheurs pour qu’ils puissent bénéficier de carrières dynamiques et envisager des mobilités y compris vers le secteur privé, en valorisant leur implication dans l’enseignement, dans la recherche, dans la diffusion des connaissances et la valorisation des recherches. Cet assouplissement serait aussi bienvenu pour permettre une gestion plus agile des établissements et des organismes de recherche qui pourraient ainsi gagner les marges de manœuvre nécessaires pour appliquer le projet qui convient à leur situation et à leur stratégie »

    Le « flexibilité accrue aux chercheurs et enseignants-chercheurs pour qu’ils puissent bénéficier de carrières dynamiques et envisager des mobilités y compris vers le secteur privé, en valorisant leur implication dans l’enseignement, dans la recherche, dans la diffusion des connaissances et la valorisation des recherches. » traduit parfaitement les rêves des rédacteurs et des rédactrices : une fusion entre le privé et l’enseignement supérieur, y compris dans une gestion souple de leur « masse salariale ».

    Un des paradoxes de cette partie est qu’il traduit pleinement la vision court-termiste de la bourgeoisie. La grande bourgeoisie a besoin d’une avance scientifique importante pour pouvoir maintenir son niveau ou l’accroître en face des bourgeoisies concurrentes. Mais dans le même temps, et particulièrement en France, sa volonté de maximiser son taux de profit se traduit par un rejet des dépenses et par une attitude de rentier. Or, cette situation ne favorise pas l’initiative et le développement technologique, mais, au contraire, le freine. Pris dans ce paradoxe, la grande-bourgeoisie ou se fait menacer, ou doit trouver des manières de faire assumer les coûts aux autres classes sociales en puisant dans leurs fonds propres : impôts (auquel elle échappe), endettement… In fine, la politique de raclage jusqu’à l’os et de rationalisation à outrance joue même contre la bourgeoisie. Mais pris dans le maelström de son autoconcurrence, elle s’enferre elle-même.

  • Cap catastrophe, l’éducation en solde et la liquidation du corps professoral.

    Cap catastrophe, l’éducation en solde et la liquidation du corps professoral.

    Cap catastrophe, l’éducation en solde et la liquidation du corps professoral.

    Partie 5

    La question de l’enseignement n’est pas négligée par les gouvernements successifs. Depuis le milieu des années 1990, le processus qui s’engage est celui d’une privatisation partielle ou déguisée et d’une autonomisation des établissement. Depuis plus de 15 ans, les lycées et les universités sont dans le collimateur de ceux et celles qui rêvent d’en faire des lieux de formation servant à produire une main-d’œuvre adaptée aux besoins tactiques du tissus économique local, tandis que des établissements d’élite se concentrent sur les questions d’ordre stratégique. Pour la grande bourgeoisie monopoliste, tout ceci est extrêmement bénéfique, la formation étant aux frais de l’Etat (donc du contribuable) ou de la poche même de ceux et celles qui veulent bénéficier de celles-ci, pour forger les outils que les grandes entreprises n’ont plus qu’à mettre à son service.

    De plus, l’éducation et ses lieux sont des marchés lucratifs. Externalisation des cantines, implantation de lieux marchands (photocopies, restauration, loisirs…) il existe un grands nombres de marchés captifs qui excitent les convoitises.

    Les stages eux-mêmes sont des affaires en or, de la main d’œuvre corvéable à merci. Par des réseaux clientélistes, certains grands consommateurs de stagiaires peuvent ainsi réduire leur masse salariale.

    La question de la « masses salariale » est d’ailleurs une question qui revient inlassablement. Mettre au pas le corps professoral, briser son statut -qui est par ailleurs un des moins favorable de l’ensemble des pays de l’OCDE- et faire en sorte que son recrutement soit assuré au niveau de l’établissement, voilà un objectif stratégique que souhaitent atteindre les rédacteurs et les rédactrices de ce pamphlet.

    Ce pamphlet, justement, s’intéresse dans deux propositions à la question de l’éducation, dans la proposition 8 au Secondaire, et dans la 9 au supérieur.

    Voilà comment cette question est introduite :

    « [l’enseignement] doit répondre à de nouveaux enjeux : donner aux enfants puis aux jeunes les connaissances et les compétences nécessaires pour trouver leur place dans la société et aborder sereinement le marché du travail, dans un monde connaissant de fortes mutations (révolution numérique, mondialisation de plus en plus complexe, évolution du cadre de vie, etc.). »

    Loin d’être un point de détail, la question des connaissances et des compétences, est en réalité centrale. Centrale, car elle fait l’impasse sur une dimension de qualification, dimension reconnue juridiquement et intégrée dans les conventions collectives, donnant droit à un statut, à un salaire…etc. Ce qui n’est ni le cas des compétences, ni des connaissances. D’entrée de jeu, les rédacteurs et des rédactrices montrent leurs cartes : inféoder le système éducatifs aux désirs du patronat. Rendons à César ce qui revient à César et reconnaissons que, en revanche, ceux qui ont créé ce plan d’attaque sont lucides sur un point crucial :

    « Face à ces enjeux, les constats sur les performances de notre système éducatif sont décevants : au sein de l’OCDE, la France est le pays où la situation sociale des parents détermine le plus les résultats scolaires de leurs enfants. »

    Soit. Mais quelle réponse ?

    Pas d’argent, déjà, puisque la ligne finale de la proposition 8 est « Cela ne passe pas par l’attribution de ressources supplémentaires – le Comité ayant d’ailleurs identifié 300 M€ d’économies dans ce domaine. » mais, au contraire, « restaurer la confiance des parents dans le système éducatif français et de répondre de manière plus adaptée aux besoins des territoires. »

    Mettons de côté le premier élément. Il est pourtant, en tant que tel, déjà gênant, car il ravale la communauté pédagogique au rang de prestataire de service devant combler les désirs et répondre aux inquiétudes des parents. D’autant que le déficit de confiance est le fruit pourri d’une campagne de dénigrement orchestrée de longue date par les gouvernements successifs, tandis que les réels problèmes proviennent de l’absence de moyens et de la situation catastrophique qui en découle.

    L’aspect central, dans cette phrase, ce sont les « besoins des territoires », or, qu’est ce que ce « besoin », si ce ne sont les désirs en termes de main d’œuvre du bassin d’emploi local ? En somme, il s’agit de poursuivre dans le fait de faire de l’école une division tactique du recrutement pour les patrons, et de l’inféoder aux besoins des exploiteurs. C’est d’ailleurs dans cette optique que se conçoit le nouveau bac et le plan éducatif « Bac – 3 ; Bac + 3 » qui vise, en somme, à aiguiller les élèves dès l’entrée au lycée sur des voies professionnelles sans passerelles internes et sans possibilité de réorientation.

    Pour combler le déficit des vocations dans l’enseignement secondaire, le rapport préconise de faire un certains nombres de démarches « revalorisant le métier d’enseignant pour lui rendre son attractivité, avec une nouvelle vision de la carrière et du rôle dans l’équipe pédagogique ». Derrière cette platitude avec laquelle il est impossible d’être en désaccord, quelles perspectives ?

    Premièrement, appliquer la RGPP [Révision Générale des Politiques Publiques] à l’enseignement. En gros, évaluer, créer des systèmes de notations, et individualiser les réponses en fonction de cela. Cela passe par le fait de concentrer les pouvoirs décisionnels entre les mains du ou de la chef d’établissement.

    « mettre en place l’évaluation des établissements pour les responsabiliser, valoriser leurs initiatives et engager l’ensemble de la « communauté éducative » – chefs d’établissement, équipes pédagogiques, personnels administratifs, collectivités territoriales, parents, élèves – dans une démarche d’amélioration. Les évaluations porteraient sur un ensemble large de critères : résultats des élèves, conditions d’étude, sécurité et bien-être des élèves et des personnels, implication et animation des équipes, conditions matérielles, etc. »

    Évaluer pour responsabiliser, mais autour de quels critères ? Dans les faits, cette « marge de manoeuvre » revient à libéraliser l’organisation de l’enseignement à l’échelle nationale. Non qu’il n’y ait pas de terribles inégalités entre les établissements à l’heure actuelle ! Entre, dans la région lyonnaise, un lycée à Décines et le lycée International, deux mondes existent, avec un océan entre les deux. Mais ce changement conduit à avaliser la fin de la prétendue « égalité républicaine ».

    « responsabiliser davantage les chefs d’établissement notamment en leur donnant plus de marges de manœuvre pour constituer leur équipe pédagogique et élargir les postes dits « à profil » »

    Les chefs d’établissement pourront assurer eux-mêmes les recrutements de leur propre équipe pédagogique. Cela libéralise le recrutement, et entraînera de manière mécanique une aggravation de la tendance au fait que les enseignants « d’élite » aillent vers les lycées «d’élite », creusant l’inégalité entre ces mondes séparés, lesquels se mueront en univers distincts et hermétiquement cloisonnés. Par ailleurs, l’échelon étatique est mis au rencard, pour être remplacé par une direction académique, amplifiant de facto, les écarts entre académies, du fait des inégalités territoriales et budgétaires.

    « faire de l’académie l’échelon de décision stratégique pour la mise en œuvre de la politique éducative. Par ailleurs, le périmètre des académies serait revu pour se rapprocher de la carte des services de l’Etat sur le format des nouvelles régions»

    Dans cette nouvelle organisation de l’éducation, des échelons inférieurs prennent une importance grandissante, notamment avec l’ambition de « renforcer le rôle de l’échelon départemental pour qu’il décline à son niveau les orientations régionales (stratégie d’animation pédagogique, accompagnement des établissements…) et mettre en place une gestion des carrières des enseignants ;

    développer une fonction ressources humaines, mise en œuvre jusqu’au niveau départemental, pour accompagner les personnels des établissements. Cela permettrait notamment d’accompagner les personnels avant que les difficultés ne surgissent mais également d’ouvrir les enseignants vers d’autres environnements professionnels, etc. ; »

    Dans cette nouvelle configuration, les projets sont développés au niveau du département, donc au niveau de la « réalité du tissu économique », tandis que les carrières des enseignants peuvent être évaluées à l’aune de leur capacité à développer l’intégration de l’établissement dans celui ci. L’ouverture des enseignants aux «autres environnements professionnels » ne peut être comprise que ou comme une volonté d’intégrer l’économie extérieure dans l’établissement ou comme une volonté d’intégrer les enseignants dans l’espace économique local, comme une forme de nouvelle perspective de carrière.

    Par ailleurs, les rédacteurs du pamphlet rétro-pédalent sur l’intégralité du projet mis en place par Sarkozy, celui de la masterisation des concours. En fait de Master 2 pour les recrutement, le projet semble être de revenir à la licence comme base.

    « Revoir la formation des enseignants afin qu’elle favorise l’exercice du métier mais aussi les mobilités professionnelles et la diversité des carrières :

    la formation initiale doit être revue selon plusieurs modalités : tout d’abord le moment du concours pourrait intervenir dès la fin du cycle de licence, afin de consacrer les deux années de master à une formation en alternance dans laquelle la pratique mais aussi la réflexion autour des pratiques pédagogiques occupent une place de choix »

    Cela pourrait être vu comme un succès, cependant l’énigme de la « formation en alternance » en lieu et place du stage pose des questions importantes. Surtout, cette proposition ne s’inscrit pas dans une logique de retour au système précédent, mais bien de bond en avant dans la liquidation du corps enseignant sous son statut actuel. Le fond de l’affaire concernant la situation des enseignant, le voici :

    « augmenter le temps d’enseignement des enseignants du secondaire actuels avec un recours à deux heures supplémentaires, ce qui conduira à améliorer leurs rémunérations, et créer pour cela un nouveau corps d’enseignants qui pourrait se substituer progressivement à celui de professeur certifié. Pour ce nouveau corps, que les enseignants pourraient rejoindre sur la base du volontariat, le temps d’enseignement serait supérieur à celui des professeurs certifiés mais la rémunération serait également supérieure. Par ailleurs, on pourrait leur proposer des dynamiques de carrière plus intéressantes. Ce corps serait soumis à des obligations supplémentaires (bivalence, annualisation d’une partie du temps d’enseignement, obligation de remplacement dans l’intérêt du service) qui offriraient plus de souplesse aux chefs d’établissement. »

    En somme, un corps spécial, qu’il est possible de rejoindre sur la base du volontariat, mais qui se substituerait à terme aux enseignants « classiques » naîtrait. Il est notable de voir que la notion de volontariat n’a pas ici son sens classique.

    Ce corps spécial serait donc constitué de tâcherons effectuant plus d’heures, devant enseigner plusieurs matières, aux heures modulables et servant d’ailleurs de variables d’ajustement aux chefs d’établissement. En somme il s’agit de l’institutionnalisation de la précarité dans l’enseignement.

    Dans les faits, ce qui se profile est un pouvoir du chef d’établissement -qui devient un dieu tout puissant- dans la gestion d’une masse salariale qui se composera de plus en plus de contractuels, et qui tarira progressivement les recrutements faits selon la modalité de la certification. Des recrutements qui pourront appâter le candidat ou la candidate en faisant miroiter des carrières florissantes et une échelle des salaires plus souples, mais qui œuvrent surtout à creuser le fossé immense qui existe déjà dans les établissement. Fossé, qui, par ailleurs, sera acté d’une manière fracassante avec l’arrivée du contrôle continu qui se substitue en partie aux épreuves du bac.

    Libéralisation et dérégulation des conditions d’examen entraînent fatalement une variation de la valeur des baccalauréats passés dans les lycées, ce qui, avec le scandaleux Parcoursup, pulvérise la valeur du baccalauréat et sclérose encore les inégalités sociales.

    Quant à l’espoir de voir des moyens nouveaux arriver, ils sont immédiatement liquidés par le fait que l’intégralité de ce projet est architecturé autour de l’idée d’économiser des sommes considérables. Une nouvelle fois, la bourgeoisie, elle, s’en moque. Ses enfants, même les plus médiocres, ont leurs écoles, leurs réseaux, leurs pistons, leurs moyens de se reproduire socialement.

  • Parcoursup – Nouveau Bac – Deux arnaques !

    Parcoursup – Nouveau Bac – Deux arnaques !

    Parcoursup – Nouveau Bac – Deux arnaques !

    L’idée d’aller plus loin qu’Admission Post-Bac ne date probablement pas d’hier. Les dispositions qui sont au sein de Parcoursup étaient déjà inscrites dans le patrimoine génétique de cette machine à dispatcher les élèves. Ce centre de triage permet donc d’inverser les rôles : ce sont les écoles qui se servent en fonction des élèves qui les intéressent. Les autres auront, peut-être, une place dans une filière à l’université. En revanche, la nouvelle forme du Bac n’a pas échappé à nos analystes, lesquels ont replacé celle-ci dans son contexte de bataille contre le code du travail.  Vous pouvez retrouver cette analyse particulière ici.

    Un autre avantage de ce nouveau système sera de pouvoir rationaliser à outrance le fonctionnement des filières. Il sera possible de créer une division géographique des options, faisant que les lycées, au lieu de proposer un éventail de choix, seront des lycées « S »; « ES »; « L »; « STMG »…etc. L’idée derrière cela est de rationaliser la masse salariale, qui pourra être ventilée en fonction des besoin, grâce à l’autonomie des lycées. Cela veut dire des lycées à vitesse différentes, des lycées avec une équipe enseignante usée et épuisée par le fait qu’elles soit exploitée au maximum. En somme, cela veut dire que les lycées destinés aux classes populaires ne feront plus que de la gestion de flux, tandis que les lycées de l’élite capterons une part sans cesse plus importante des budgets. 

    L’Unité Communiste de Lyon a rédigé ce tract à destination des lycéens, des lycéennes, du corps enseignant et des parents d’élève pour les avertir du danger qui court !

    Le gouvernement prépare la fin du droit d’accès aux études supérieures.

    APB l’avait préparée, Parcoursup la poursuit. L’attaque contre le droit à l’accès démocratique aux études supérieures est plus que jamais menacé.

    Sous prétexte de vouloir rationaliser l’Enseignement Supérieur, l’Etat et les gouvernements successifs attaquent, fondamentalement, le droit aux études. Alors que les Universités sont censées garantir un accès aux études supérieures, déjà mis à mal par leur coût, par leur caractère élitiste, l’Etat cherche à briser ce droit.

    Tirant prétexte des difficultés d’organisation du baccalauréat et des faillites d’APB, le gouvernement manœuvre pour attaquer les universités et la valeur du baccalauréat.

    Post-Bac a représenté une première phase d’un travail de sape. Auparavant, les universités devaient garantir dans chaque filière une place pour les néo-bacheliers. En installant cet outil, les universités ont pu commencer à instiller des systèmes de gestion de flux, distribuant les élèves en fonction des désirs du conseil d’administration de la faculté.

    Les universités préparent en sous-main la sélection. D’ores et déjà certaines mettent en place des systèmes de purges pour exclure les étudiants qui connaissent des difficultés.

    Le fait que les enseignants doivent maintenant donner un avis sur l’orientation vers l’université est tout sauf anodin ! Cela signifie que l’accès à celles-ci ne sera plus un droit qu’elles doivent automatiquement respecter, mais qu’il sera soumis à condition.

    Ces conditions peuvent être une « remise à niveau d’un an ». Belle manière de pouvoir créer des écoles et des structures de remise à niveau, belle manière donc de soutirer encore de l’argent aux étudiants ou à leur famille – tandis que les bourses sont réduites à peau de chagrin . Les écoles ne s’en priveront pas, car elles représentent une année supplémentaire à payer.

    La suppression de la hiérarchisation fait que l’élève n’est plus maître de son choix. Parcourup ne permet plus de formuler des vœux, il créé un pool dans lesquels les écoles et l’enseignement supérieur privé viennent se servir sans vergogne. Il n’y a plus de prise sur les choix, il s’agit juste de se rendre disponible avant d’être aiguillé.

    Mais ce n’est pas tout !…

    La fin du Bac.

    Un baccalauréat unique, par un examen spécifique, représente une garantie -déjà maigre- d’égalité de valeur. En revanche, le bac que prépare le gouvernement, par l’intrusion du contrôle continu, sera estampillé en fonction de l’établissement d’origine. Les bacs n’auront donc plus la même valeur selon le prestige de l’établissement.

    Cela ouvre la voie à des établissements d’élite, chers, réservés aux nantis, aux riches, avec des bacs portant leur sceau, mais purgeant sans merci à la moindre faille. Pour avoir un bac prestigieux, il faudra passer par le tiroir-caisse.

    A l’inverse, les élèves des classes populaires, déjà stigmatisés sur le marché du travail, le seront d’autant plus en fonction de la réputation de leur établissement. Cela ouvre la voie à tout un univers de suspicion envers l’établissement. Un bac obtenu de justesse dans un lycée difficile sera synonyme de mauvais élève, mais un bac obtenu haut la main jettera le doute sur la probité des enseignants. D’ores et déjà, APB et ses appréciations posaient ces problèmes, le nouveau Bac et Parcoursup les multiplieront au centuple !

    Surtout, les Bacs seront distordus, déformés, faits pour ne pas être reconnus sur le marché du travail. Le Bac ne sera plus une garantie d’un statut, d’un salaire. Il ne sera plus qu’un coûteux chiffon.

    Macron et ses sbires veulent privatiser le plus largement possible le système éducatif.

    Le marché de l’éducation est gigantesque ! Et pour le moment il échappe en grande partie aux investisseurs, aux patrons et aux patronnes. C’est intolérable à leurs yeux !

    Qu’importe la qualité de l’enseignement, qu’importe la qualité des cours, ce qu’ils veulent c’est former une main d’œuvre exploitable, servile et jetable. Qu’importe s’il faut payer pour se faire exploiter après, cela est même un bénéfice secondaire ! Stages non-payés, formations couteuses, tout est bon pour gagner sur les deux tableaux.

    Ce n’est pas une fatalité ! Refusons ce piège !

    Enseignants et enseignantes ! Refusez de remplir les avis concernant les universités !

    Elèves ! Mobilisez-vous contre cette arnaque qui attaque vos droits !

    Parents d’élèves ! Exigez la fin de cette mesure ! Protégez l’accès au savoir pour tous !

  • Appel de 314 enseignantes et enseignants francophones à supprimer la règle du « masculin l’emporte sur le féminin. »

    Appel de 314 enseignantes et enseignants francophones à supprimer la règle du « masculin l’emporte sur le féminin. »

    L’Unité Communiste de Lyon déclare soutenir l’appel suivant, signée par 314 membres du corps enseignant francophone. De tous niveaux confondus, de toutes matières, elles et ils ont lancé cet appel à supprimer la règle absurde du « masculin l’emporte sur le féminin. »


    Sans être une révolution sociale, sans remettre fondamentalement en cause le caractère patriarcal et sexiste de la société actuelle, cet appel n’en apporte pas moins une réflexion intéressante et justifiée sur la question de la langue française, dans laquelle, sans raison linguistique, le masculin l’emporte sur le féminin. La pratique de la langue, cependant, revêt certaines implications et contribue à façonner la manière dont les rapports sociaux se font. Nous comptons, depuis un certain temps, produire un document s’attachant à, notamment, relier certains usages de la langue à des pratiques politiques douteuses. Si, souvent, les classes populaires sont accusés de martyriser la langue, alors qu’elles en font un usage vivant et inventif, au final, les vrais bourreaux sont ceux qui cherchent à vider de sens les mots, et à remplacer l’explication par l’insinuation.

    Les réactionnaires sont ainsi des adeptes des mots-valises, lesquels jouent sur tout un jeu d’implicite pour transmettre un contenu politique sans jamais l’expliquer. « Gauchiasse », « journalope », « médiacrate » ou d’autres termes, dont l’extrême-droite n’a pas seulement l’apanage, malheureusement, sont tout autant de termes qui n’expliquent rien, qui ne fournissent aucune étude, aucun contenu scientifique, mais qui servent à entretenir un flou dangereux, lequel profit systématiquement aux factions les plus droitières. L’insinuation est l’ennemi de l’explication, et l’explication est le premier pas vers la compréhension. La compréhension mène à la maîtrise de la vérité, laquelle, en elle-même, est déjà révolutionnaire. 

    En revanche, là où la langue est brutalisée, les hommes et les femmes le seront.

    D’ores et déjà, des réactionnaires de tout poil se sont empressés d’attaquer, sous tous les prétextes possibles, cette déclaration, l’assimilant à une volonté de détruire la langue française, à une volonté de la castrer, de la déviriliser. L’Unité Communiste de Lyon regarde avec mépris ces discours, qui ne révèlent qu’une crispation autour de traditions -pas si anciennes- et une peur de classes pourrissantes face à au changement.

    Nous ne mettrons qu’un seul exemple, mais il est illustratif.


    Nous, enseignantes et enseignants du primaire, du secondaire, du supérieur et du français langue étrangère, déclarons avoir cessé ou nous apprêter à cesser d’enseigner la règle de grammaire résumée par la formule «Le masculin l’emporte sur le féminin».

    Trois raisons fondent notre décision: 

    La première est que cette règle est récente dans l’histoire de la langue française, et qu’elle n’est pas nécessaire. Elle a été mise au point au XVIIe siècle. Auparavant, les accords se faisaient au gré de chacun·e, comme c’était le cas en latin et comme c’est encore souvent le cas dans les autres langues romanes.

    Bien souvent, on pratiquait l’accord «de proximité», venu du latin, qui consiste à accorder le ou les mots se rapportant à plusieurs substantifs avec celui qui leur est le plus proche. Par exemple : «afin que ta cause et la mienne soit connue de tous» (Ronsard, épître à la Response aux injures et calomnies…, 1563).

    La nouvelle règle a d’ailleurs dû attendre la généralisation de l’école primaire obligatoire pour être appliquée massivement: «On peut aller sur le lac [d’Évian], en bateaux à vapeur ou petits-bateaux, et visiter les coteaux et montagnes voisines, à pied ou en voiture» (DrLinarix, Guide pratique de la Savoie et Haute-Savoie médicale et pittoresque, 1896).

    La seconde raison est que l’objectif des promoteurs de la nouvelle règle n’était pas linguistique, mais politique: «Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif.» (Dupleix, Liberté de la langue françoise, 1651) ; «Le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle» (Beauzée, Grammaire générale…1767).

    Si l’école de la République a préféré abandonner cette formule au profit de celle qu’on connaît, c’est en reconduisant l’ordre de valeur qui est à son fondement. Un ordre que les classes politiques maintenaient parallèlement, en refusant aux femmes les droits politiques jusqu’en 1944, et en refusant plus longtemps encore de leur ouvrir les grandes écoles ou d’abroger les dernières dispositions du «Code Napoléon».

    La troisième raison est que la répétition de cette formule aux enfants, dans les lieux mêmes qui dispensent le savoir et symbolisent l’émancipation par la connaissance, induit des représentations mentales qui conduisent femmes et hommes à accepter la domination d’un sexe sur l’autre, de même que toutes les formes de minorisation sociale et politique des femmes.

    Pourquoi n’accepteraient-elles pas de gagner moins que leurs collègues, ou d’accomplir des corvées dont leurs compagnons se dispensent, ou de supporter leurs coups, s’il est admis au plus haut niveau que «le masculin l’emporte sur le féminin»? La lutte contre les stéréotypes de genre, qui est essentielle au progrès de l’égalité réelle des femmes et des hommes, ne peut être efficacement menée si cette maxime n’est pas mise au ban de l’école.

    D’autres mesures travaillant à l’expression d’une plus grande égalité dans la langue sont nécessaires, mais le plus urgent est de cesser de diffuser cette formule qui résume la nécessaire subordination du féminin au masculin.

    En conséquence:

    • Nous déclarons enseigner désormais la règle de proximité, ou l’accord de majorité, ou l’accord au choix ;

    • – Nous appelons les enseignantes et les enseignants de français, partout dans le monde, à renouer avec ces usages;

    • – Nous les appelons à ne pas sanctionner les énoncés s’éloignant de la règle enseignée jusqu’à présent;

    • – Nous appelons le Ministère de l’Éducation nationale à donner à ses personnels et à ceux des établissements sous sa tutelle des instructions précises allant dans le même sens;

    • – Nous appelons les professionnelles et les professionnels de la presse et de l’édition, les correcteurs et correctrices, les écrivaines et les écrivains à en faire autant;

    • – Nous appelons les citoyennes et les citoyens francophones à en faire autant.