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  • Le Brésil à la croisée des chemins. Partie 1

    Le Brésil à la croisée des chemins. Partie 1

    Le Brésil à la croisée des chemins.

    Partie 1

     

    Jair Bolsonaro a été élu. Le candidat d’extrême-droite, avec 56% des voix, accède aux fonctions suprêmes de la 9ème puissance mondiale et du 5ème Etat le plus peuplé du monde. Bolsonaro « Mito » -le Mythe- a désormais les coudées franches pour imposer son programme de terreur sur les masses populaires du Brésil.

    Cette élection était une formalité pour les fascistes. Le recours à la force avait été déjà envisagé -et annoncé publiquement- comme option en cas d’échec.

    Si, déjà en amont de l’élection, les partisans de Bolsonaro avaient commis des exactions, enivrés par l’hypothèse de la victoire, par les discours fiévreux et enflammés, dès l’annonce des résultats, une chape de plomb est tombée sur le Brésil.

    Les manifestations de colère et de dépit de la part des opposants au nouveau président ont été réprimés avec la plus grande virulence, tant par une police déchaînée que par des partisans du militaire, se muant en pogromistes de la pire espèce.

    Les seuls manifestants qui purent, au mépris de la loi, marcher dans les rues, furent les militaires eux-mêmes. A Niteroi, près de Rio, les militaires goguenards ont ainsi traversé la foule, juchés sur leurs camions, fusil d’assaut à la main.

    Aujourd’hui, les universités du Brésil sont sous tension. Leur nouveau ministre est un vieillard, militaire de carrière, ancien pilier de la dictature, à l’heure où ces lignes sont écrites, des professeurs sont interrogés par la police. Les favelas tremblent devant la certitude de voir des escadrons de la mort envahir les rues et semer les cadavres. Les femmes, les minorités sexuelles, les natifs, s’attendent à voir une pluie de lois réactionnaires et racistes tomber du ciel. Les progressistes, les révolutionnaires, les communistes se sont vus proposer un choix simple : la valise ou le cercueil. L’exil ou la tombe. Certains, certaines, qui, pourtant, sont en première ligne, ne se doutent de rien. Parmi la foule qui a applaudi l’élection se trouve une majorité de futures victimes.

    Le programme anti-populaire de Bolsonaro a pourtant séduit nombre de votants et de votantes. Logiquement, les milliardaires du football brésiliens, à qui il promet des taxes réduites, les marchés nationaux et internationaux, qui se ruent sur l’aubaine de pouvoir exploiter la main d’oeuvre du Brésil, dont le coût s’effondrera, et qui pourront faire la loi dans les entreprises.

    Et pour cause !

    Le plan économique de Bolsonaro repose sur trois piliers, qui ne sont jamais explicités dans le plan gouvernemental du candidat, mais indiquent la voie à suivre pour que « l’économie brésilienne soit gérée par le Brésil ».

    Les trois piliers sont la privatisation sans limites, la réduction des droits du travailleur (le portefeuille jaune), et l’indépendance de la Banque centrale du Brésil. Toutes ces politiques aggraveront la crise économique brésilienne, qui conduira au chaos dans les grandes villes et aura un impact négatif sur la vie des populations les plus vulnérables.

    En ce qui concerne les privatisations, elles reposent sur un néolibéralisme archaïque, il est envisagé de vendre toutes les participations de l’État brésilien dans des entreprises appartenant à l’État, notamment le système Eletrobras, Petrobras, etc. L’opinion qui prévaut est que la vente de participations dans des entreprises d’État suffira à atténuer considérablement le déficit budgétaire de l’État. Dans les faits, non seulement cette liquidation du patrimoine financier et des rentrées d’argents est une perte à moyen-terme, mais bien souvent, la gestion désastreuse qu’ont les capitalistes monopolistes de leurs entreprises oblige l’Etat à les porter à bout de bras.

    La liquidation est vendue comme une aubaine en termes de réductions de taxes et de transformation du salaire indirect en salaire direct, mais elle est -en vérité- une réduction salariale déguisée.

    En revanche, pour le capitalisme international cela est vu comme une occasion en or de conquérir de nouveaux marchés et de réaliser des investissements fructueux. Le Canada s’est ainsi réjouit de cette élection, tant elle ouvre des possibilités de développement dans le secteur des mines et du pétrole.

    Parmi les soutiens réactionnaires à Bolsonaro, nous retrouvons également les nostalgiques de la dictature militaire, les chauvins, les racistes, les « phobes » de tout poil et les misogynes…

    Mais d’autre part une grande partie des masses populaires s’est rallié à son panache. Il y a là matière à tirer des leçons importantes.

    Bolsorano, ou l’éternelle leçon d’histoire

    Chaque élection amenant un candidat ultra-réactionnaire au pouvoir entraîne systématiquement un torrent de réflexions oiseuses sur la « bêtise » des électeurs et des électrices. Avec condescendance, ceux qui ont glissé un bulletin fasciste dans l’urne sont vus comme des idiots, des imbéciles. Parfois ce sont des réflexions racistes qui sont ainsi avancées : Américains congénitalement dégénérés, Brésiliens incapables de comprendre la démocratie, Russes trop ignares ou manipulés….

    Chaque fois que nous nous sommes exprimés sur le sujet, nous avons essayé de tordre le coup à ces idées fausses et réactionnaires, elles aussi. Dans le cas du Brésil, il existe plusieurs facteurs qui expliquent cette trajectoire funeste.

    Bolsonaro n’est pas tombé du ciel. Ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel d’azur. Son élection est le fruit d’un processus de décantation étalé sur des années. Un processus qui se résume par la faillite de la sociale-démcoratie à faire face à la misère, à l’exploitation, à l’opression.

    D’autres paramètres existent : L’hystérie anticommuniste comme fond politique, hystérie nourrie par la quasi-intégralité des forces politiques, issue d’une longue tradition de lutte contre les révolutionnaires, laquelle a servi pour attaquer le PT. Dès 2016 et le coup d’Etat de Temer, un sourd Maccarthysme s’est installé, avec sa propagande, ses menaces, ses agressions.

    La situation au Venezuela a également été utilisée comme repoussoir et comme illustration de ce que le « communisme » pourrait donner. Nous reviendrons dessus pour que le tri soit fait entre le vrai et le faux.

    Les congrégations religieuses, notamment les évangélistes, très puissants, ont manoeuvré en faveur de Bolsonaro et de sa clique, dans le but d’obtenir des facilités fiscales, par conservatisme, par anticommunisme.

    Les milieux d’affaire ont offert une campagne dorée, étincellante, tandis que les réseaux sociaux, tout comme pour l’élection de Trump, ont été un point d’appui essentiel. En déversant des fakes news à tout va, en permettant de contacter chaque inscrit, ces biais ont été une arme redoutable.

    La mémoire de la dictature militaire de 1964-1985 est très faible chez les jeunes. L’historiographie dominante est, in fine, celle des militaires, qui parlent de « révolution démocratique » ou de « révolution rédemptrice » contre les maux que sont le communisme, l’athéisme, l’internationalisme. Cette « contre-révolution préventive » est murée dans le silence par la loi d’amnistie de 1979, laquelle a protégé une poignée d’opposants et l’intégralité des bourreaux.

    Tout comme le coup d’Etat de de Gaulle en 1958 pour la France, que celui de Krouchtchev en 1957, la dictature militaire a été effacée des mémoires populaires.

    Le point central demeure néanmoins la désespérance des masses populaires face à l’échec du réformisme, de la sociale-démocratie.

  • L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? Deuxième partie : L’impossible camaraderie avec les soutiens de Macron.

    L’Unité Communiste de Lyon est-elle réformiste ? Deuxième partie : L’impossible camaraderie avec les soutiens de Macron.

    L’impossible camaraderie avec les soutiens de Macron.

    Nous n’avons pas caché nos désaccords et notre rejet intégral des positions du « PCF(mlm) » quant à leur positionnement vis-à-vis de la police. Ce même cas de figure s’est reproduit lors des élections présidentielles. Fustigeant tout rejet des élections, tout rejet du parlementarisme, tout rejet du choix pourri de offert par la bourgeoisie, les « Matérialistes » ont appelé, sous couvert d’arguments terroristes, à voter pour Macron.

    Lorsque ces mêmes drôles ont appelé à voter pour le fossoyeur des droits sociaux, Emmanuel Macron, lorsqu’ils se sont exclamés que sa victoire était celle de l’antifascisme, nous les avons, là aussi attaqués.

    Mais plutôt que de fonctionner par la rumeur, nous allons citer nos amis :

    En effet, lorsqu’une organisation indiquent le 28 avril que « Le fascisme, c’est l’étouffement de la politique, l’asséchement de la société civile, la mort de la démocratie.

    Pour cette raison, il faut avoir un regard plus que critique sur les petits rassemblements qui se sont organisés sous le mot d’ordre « Ni Macron ni Le Pen », à Paris, Nantes, Lyon [Auquel nous avons bien sûr appelé], Toulouse, Dijon et Clermont-Ferrand, tant par des lycéens d’un côté que des anarchistes de l’autre.

    Il s’agit là, en effet, d’une démarche anti-politique, sur une ligne ultra qui a déjà existé durant la guerre d’Espagne ou le Front populaire et qui combattait l’antifascisme au nom de la « radicalité »  » que disent-elle en vérité ? « Vous devez voter Macron pour sauver la Terre. »  Le soutien à la bourgeoisie, voilà la ligne qu’indique, tout en camouflant ses angoisses derrière une phraséologie vide de sens, le « PCF(mlm). » Même leurs articles sur « Comment nous allons faire la révolution » vont dans ce sens. Pas de question du Parti, pas de question d’un « classe contre classe. »

    Non. Rien de cela. Qu’écrivent-t-ils ? « L’élan capitaliste a considérablement affaibli la démarche révolutionnaire, au point que l’idée même de révolution se soit totalement affadie. Quant à la classe ouvrière, elle n’hésite pas à se tourner vers le nationalisme, afin de ne pas être broyé matériellement par la pression de la compétition capitaliste tant en France que sur le plan de la concurrence internationale. (…) Les monopoles apparaissent toujours plus forts, les acquis s’amenuisent toujours plus, le régime devient toujours plus dur sur le plan de la répression. L’unité populaire se développe alors inéluctablement.

    Sous quelle forme va-t-elle se développer ? Sous une forme démocratique, ou tendant à une forme démocratique. »

    Grossièrement, les Matérialistes, lesquels nous attaquent en nous traitant de réformistes, ne proposent -en fait- pas de révolution. Ils proposent un bloc démocratique avec la bourgeoisie libérale, avec la social-démocratie. Ils proposent, derrière ce concept de « front uni », derrière cette pitoyable imitation de l’Espagne, de faire un front démocratique pour protéger les valeurs républicaines, pour défendre l’unité populaire incarnée -selon eux- par l’esprit Charlie. Ils jettent par dessus bords tout ce qui fait l’idéologie, tout ce qui est révolutionnaire, tout ce qui a trait au combat. Pour faire quoi ? Pour protéger les droits démocratiques, qu’ils considèrent menacés. Pour s’allier avec tout et n’importe quoi, contre un fascisme constitué des groupes d’extrême-droite et des « mafias » des cités.

    Nous citons ici quelques extraits d’un florilège du ridicule : « Le mouvement « Je suis Charlie » a été historiquement une vague progressiste de nature petit-bourgeoise, permettant de vrais débats, sans pouvoir aller jusqu’au fond des choses, mais tout de même. C’est pour cette raison que la fraction la plus conservatrice de la société a été totalement opposé à ce phénomène, tout comme par ailleurs l’extrême-gauche devenue ultra-gauche. En fait, le mouvement « Je suis Charlie » correspond à tout un pan de la société qui est l’allié objectif de toute bataille pour une démocratie populaire. » (9 janvier 2017)

    « Dans le film « Le dictateur », le discours fait par le sosie du dictateur Adenoïd Hynkel est d’une très grande beauté et d’une énorme signification. Dans ce film de 1940, Charlie Chaplin synthétise les valeurs de l’unité antifasciste.

    On aurait tort de ne pas rapprocher ce texte de l’« esprit Charlie ». On y retrouve une approche très similaire, à la fois volontaire et bon enfant, consciente des exigences de l’époque et candide, résolument progressiste et avec des exigences démocratiques essentielles… » (3 février 2016)

    C’est bien avec les « Je suis Charlie » que se fera le front antifasciste ! (7 janvier 2016)

    Tout ça parce qu’ils sont effrayés par les fascistes, perdent toute contenance devant eux, et se jettent dans les bras de la collaboration avec la police, avec les institutions, avec les partis bourgeois. Tout cela par peur et par inconséquence. Quitte à déformer la vérité.

    Mao, que le « PCF(mlm) » se garde bien de citer, écrivait le 25 décembre 1947 : « Nous devons bannir de nos rangs tout idéologie faite de faiblesse et d’impuissance. Tout point de vue qui surestime la force de l’ennemi et sous-estime la force du peuple est faux. »

    N’ayant aucune confiance dans les masses, la secte câline donc le candidat de la bourgeoisie et implore sa pitié, implore la protection de son bouclier. Et pendant ce temps, nous le martelons, nous sommes considérés comme les réformistes, dans l’affaire !

    Lors du dernier débat de l’élection présidentielle, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les Matérialistes furent les seuls à trouver qu’elle avait pris l’ascendant. Dans un article intitulé « Bloquer Marine Le Pen à tout prix, même avec Emmanuel Macron », leur première phrase était la suivante :  « C’est sorti ? ça va mieux ? c’est bien ! » : pour que Marine Le Pen soit en mesure de prendre de si haut Emmanuel Macron, de se moquer ouvertement de lui, cela en dit long sur les faiblesses très graves de ce dernier lors du débat télévisé hier soir à l’occasion du second tour des élections présidentielles de 2017. L’intégralité des médias et même les partisans du FN sont d’accord pour conclure que leur fuhrerin s’est faite écraser. Mais les Matérialistes désirent tant, désirent à tout prix que Macron soit faible, qu’il ai l’air faible, sans quoi leur stratégie serait invalide.

    Il faut donc déformer la réalité. « Emmanuel Macron n’a pas fait le poids face à l’anticapitalisme romantique de Marine Le Pen. disent-ils. Cela passe par le vote pour Emmanuel Macron et on sait que les arguments s’opposant à cela sont nombreux.

    Mais ils sont tous faux : dès que l’on en prend un, on s’aperçoit qu’il n’a pas de substance, qu’il ne tient qu’au ressentiment, à l’anticapitalisme romantique, à l’incompréhension de ce qu’est le fascisme. (…) [U]n score conséquent du Front National lui offrirait une belle dynamique pour les élections législatives de juin, lui permettant ainsi de former des cadres et d’avoir accès à une encore plus importante exposition médiatique. » Les événements ont démontré que tout cela était faux. Le FN n’a pas gagné, n’a pas pris le contrôle de l’Assemblée. Grâce aux Matérialistes ? Non.

    Les prétendus-maoïstes se sont simplement prêtés à la farce de croire qu’ils avaient une influence quelconque sur les masses, en devenant les larbins de Macron, tout en se décrédibilisant auprès de leur auditoire.  Afin de préserver l’avenir, le progrès possible, donc contre le fascisme et la guerre ! concluent-ils. Comme si ce paravent nous protégerait d’un fascisme hypothétique, lequel n’aura pas besoin du FN pour se mettre en œuvre, si besoin est.

    Mais la victoire de Macron, en revanche, a donné naissance à des clameurs de joie et de chaleur de leur part. Présidentielles 2017 : « Marine Le Pen s’est brisée sur l’antifascisme

    Emmanuel Macron a reçu 65,8% des voix et c’est un succès de l’antifascisme. Avec 34,3% des voix, Marine Le Pen a clairement perdu : elle n’a pas réussi à rendre hégémonique un courant populiste et réactionnaire. » Heureusement, ils n’ont pas poussé le mauvais goût pour aller jusqu’à mettre une image de la prise du Reichstag, ornée du drapeau de l’Armée Rouge.

    Pour poursuivre : Et c’est pourquoi aussi ce succès repose sur la mobilisation massive des masses de culture socialiste et communiste, qui sont il est vrai orientées vers le réformisme, mais qui savent ce que signifie le fascisme. Jusqu’à aller, comble du réformisme-troskiste sur lequel est basé la pensée « PCF(mlm) », à déclarer : Si la Gauche ne parvient pas à se modifier de fond en comble, alors, malgré cette défaite de Marine Le Pen, elle disparaîtra simplement. De là à rejoindre le PS et les frondeurs, un petit pas reste à effectuer.

    La perle, le summum de la production de nos détracteurs est le suivant : un programme de dix points que le « PCF(mlm) » souhaite faire adopter. C’est dans ces dix points que le décalage intégral entre les prétendus matérialistes et la réalité se dévoile comme étant un divorce complet :

    1) il a été juste de mobiliser contre le fascisme et d’appeler à voter Emmanuel Macron le 7 mai 2017 ;

    2) le mouvement « Je suis Charlie », totalement oublié à Gauche, doit voir un musée lui être consacré Place de la République à Paris ;

    3) la France est née au XVIe siècle seulement avec François Ier et a été défini par le classicisme ;

    4) l’humanisme et les Lumières ont été des démarches progressistes universelles ;

    5) les huit guerres de religion contre le calvinisme doivent particulièrement être prises en compte ;

    6) il n’est pas acceptable que l’État rémunère les professeurs de l’école privée ;

    7) la destruction de l’environnement doit être analysée comme une catastrophe morale et comme expression du caractère erroné de l’anthropocentrisme ;

    8) le véganisme doit être entièrement respecté comme démarche progressiste, et soutenu ;

    9) les grands monopoles doivent être présentés comme l’ennemi principal et la base du fascisme et de la tendance à la guerre ;

    10) le but d’une société utopique doit être défendue.

    Il ne reste plus qu’a faire adopter ce programme de « transition » à la gauche et la révolution poindra à l’horizon. Le délire est total.

    Voilà ce qui justifie que nous parlions parfois, que nous évoquions cette secte, pour dénoncer sa ligne catastrophique, sa ligne sectaire, sa ligne pseudo-gauchiste, mais fondamentalement réformiste et droitière.

    Tous les arguments sont jetés dans la bataille pour justifier ce positionnement. Ceux et celles qui sont sur une ligne du rejet des élections ne sont, pour le « PCFmlm » que des gauchistes qui ne comprennent pas dans quelle nouvelle guerre d’Espagne nous sommes. Qui ne voient pas le danger du fascisme et le besoin d’une jonction Antifa-Macron. Qui sont, forcément, eux aussi, des agents du fascisme.

    Où alors est utilisé, en second couteau, le fait que les observateurs et les commentateurs ne font que rester dans leurs quartiers, dans leurs secteurs. Qu’ils n’embrassent pas de leur regard l’ensemble de la situation catastrophique.

    C’est aller bien vite en besogne, et oublier que, même au sein de notre jeune organisation, certains ont milité pendant des années dans des secteurs difficiles, dans des petites villes et des zones périurbaines où la norme était au fascisme. Et que pourtant, ils n’ont pas fait ce choix de devenir des Républicains. Non, ils ont lutté auprès des masses, avec les organisations de la classe ouvrière, avec la jeunesse populaire, avec la CGT.

    Mais la PCF(mlm) ne peut que rejeter cela ! Il exècre toute lutte de terrain, sous prétexte de demeurer dans une « offensive culturelle ». Au final il prend même position contre la mobilisation du 12 septembre.

    Car à leurs yeux, cela n’est pas assez pur, cela n’est pas assez authentique. Donc, « rien n’est à sauver. »

    La suite demain.

  • Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Gagner les élections, une victoire ?

    Le fait de gagner une élection est une chose. Le fait de mettre en place la politique désirée en est une autre. Détenir le sésame présidentiel, détenir la majorité à l’Assemblée ne signifie pas l’instauration du socialisme.

    Après avoir bravé les obstacles pour se présenter ; après avoir franchi les fossés et les pièges mis en place par l’appareil d’Etat, par la propagande anticommuniste, même après avoir -légalement- rempli toutes les conditions, la bataille ne ferait que commencer.

    La bourgeoisie, une nouvelle fois, ne joue pas à la lutte des classes, elle mène une lutte sans merci contre ceux et celles qui voudraient amoindrir et saper sa position sociale, ses intérêts économiques, à celles et ceux qui voudraient apporter la négation de son pouvoir.

    Pour elle, la constitution d’une force politique visant à s’opposer à ses intérêts représente quelque chose qu’elle traite sérieusement. Il a déjà été évoqué les entraves qu’elle met en œuvre pour éviter cela. Mais l’accession au pouvoir, même purement formel, d’un organisation ennemie de ses intérêts ne signifie qu’une chose : une déclaration de guerre. Si jamais les choses s’envenimaient, il serait certain que la classe des exploiteurs et des exploiteuses ne s’embarrasserait nullement de démocratisme pour régler le problème. Cependant, explorer les différents verrous dont elle dispose est intéressant.

    Premier écueil : le poids de la dette et la voix des créanciers.

    L’Etat français est endetté de manière très importante. Cette dette est à la fois détenue par des individus privés, sous forme de bons du trésor, mais également par des banques. Les emprunts d’Etat ne sont pas forcément extraordinairement rentables, mais ils ont ce mérite d’être -en règle générale- d’une grande stabilité. Les Etats en faillite sont une grande gêne, à la fois pour ceux qui y vivent, à la fois pour les autres Etats, lesquels craignent le développement de troubles importants.

    Cependant, les créanciers ont, de facto, voix au chapitre, en tant que possédants d’une partie de la dette de l’Etat. Leur faire avaler le programme économique -anticapitaliste- du gagnant, ceci est une difficulté majeure.

    Lors de l’accession au pouvoir du Front Populaire, ce n’est que par un mouvement de masse puissant, imposant, une lame de fond, que cette obstacle a pu être franchi. Et encore, la Banque de France, à l’époque, fit constamment pression pour maintenir au minimum l’application du programme, menaçant sans cesse d’en couper les vivres. Le programme du Front Populaire, dont de nombreux courants politiques aiment se revendiquer, était pourtant à cent lieues d’un programme bolchevik. Sa mise en œuvre répondait à une ligne défensive contre le fascisme et contre la bourgeoisie la plus réactionnaire.

    Cet accès au pouvoir n’avait rien en commun avec une révolution prolétarienne.

    Dépasser l’écueil du refus obstiné des créancier est, en soi, une lutte à mort. L’obstacle n’est pas infime, c’est déjà un casus belli pour la bourgeoisie. Dans le cas de François Hollande, élu en 2012, son programme réformiste bas de gamme n’a pas même pu être appliqué. La pression de la dette, la pression des lobbys et du MEDEF ont rendu inapplicable celui-ci. La lâcheté intrinsèque au réformisme n’explique pas tout.

    Sous-estimer ce problème est particulièrement dangereux. Cette questions des finances n’est nullement à prendre à la légère. Une banqueroute du système économique, une monnaie qui se déprécie fortement, une crise économique peut avoir des répercutions très fortes, créer une situation de faiblesse, favoriser la montée d’acteurs paraétatiques et de mafias, voire de seigneurie de la guerre. L’armée et la police peuvent très bien choisir de se mutiner, se vendre au plus offrant, se muer en mercenaires.

    Ce type de questions échappe totalement aux réformistes, lesquelles croient en une constance et une inviolabilité de la légalité bourgeoise. Les utopistes, eux aussi, butent sur ce type d’écueil, dans le sens où ce type d’obstacle leur est pleinement étranger. Souvent, le fétichisme du « pouvoir » ne se double pas d’une réflexion profonde sur la signification de ce que cela représente, sur les méthodes à mettre en œuvre pour parvenir à la société communiste. Les ZAD par exemple, sont des zones où l’autorité de l’Etat cède temporairement le pas à une autorité exercée par les militants. Cependant, leur capacité d’expansion, selon le modèle actuel, est extrêmement limitée : toute menace sur le pouvoir de la bourgeoisie entrainerait une répression qui ne se contenterait pas de lacrymogènes et de matraques. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question plus loin.

    Mais, après tout, supposons que le budget soit débloqué, que le pouvoir étatique puisse fonctionner sous la direction -en régime bourgeois- d’un parti « réformiste-radical. » Celui-ci devrait, logiquement, mettre en œuvre son programme.

    Seulement, entre le pouvoir formel et l’exercice du pouvoir réel, se trouve un océan terrible.

    Deuxième écueil : La fin de non recevoir de la part de la bourgeoisie.

    En supposant que le budget puisse être débloqué, que la bourgeoisie concède, sous le pression, l’argent nécessaire au fonctionnement de l’Etat, seule une infime partie du chemin est franchi. Il reste à appliquer le programme. Or, un coup d’œil sur les programmes proposés en 2017 est illustratif : l’ambition de certains candidats à l’élections présidentielle est importante. Pour mémoire, celui de Philippe Poutou est le suivant :

     1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    3-Donner le contrôle à celles et ceux qui font tourner la société.

    Premier point :1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    Appliquer ce type de programme ne pourrait se faire sans franchir les chausse-trappes de l’organisation du pouvoir bourgeois. Celles et ceux qui, naïvement, croient qu’il est possible de faire éclater ce barrage, se bercent d’illusion. Mais mettons de côté ces « petits détails. »

    L’Assemblée, si tant est que la majorité soit entre les mains des apprentis sorciers de la révolution, légifère ainsi les lois du candidat Poutou.. Le conseil constitutionnel les valident, l’exécutif les applique . Le SMIC monte ainsi à 1700€ par mois, nets d’impôts. Le candidat trotskiste peut exulter.

    Mais, dans le fond, cette idée est révélatrice d’une compréhension ultra-superficielle de l’économie. Au même titre que le revenu universel, ce genre de promesse est un miroir aux alouettes. Un SMIC augmenté ne veut pas dire une augmentation de la richesse.

    La bourgeoisie recherche le profit maximal. Elle calque ses prix sur la capacité d’achat de la population. Si le SMIC est, comme à l’heure actuelle, de 1480.27€ par mois en brut et de 1149.07 net, la bourgeoisie aligne ses prix en conséquence. Augmenter le SMIC se traduirait par une inflation des prix. Donc l’augmentation du pouvoir d’achat promise n’aurait pas lieu. En revanche, la baisse de valeur de la monnaie, induite de fait, pourrait éventuellement avoir un effet bénéfique sur le remboursement des emprunts, puisque la valeur de ceux-ci diminuerait. Cependant, cela n’est pas le but premier mis en avant par les trotskistes du NPA.

    Quant au revenu universel, celui-ci revient à allouer une somme d’argent -faible- à chaque individu, charge à lui de faire face à l’ensemble des aléas de l’existence en comptant sur celui-ci. En Finlande, par exemple, la mise en œuvre de ce revenu s’est traduite par une suppression des aides sociales et des allocations. D’une part ce revenu fournit un argent de poche inutile aux bourgeois, de l’autre elle institutionnalise un entretien de la misère. Dans un cas comme dans l’autre, elle n’agit pas sur l’exploitation, sur le fait que la plus-value est produite par les travailleurs et que les bourgeois s’en emparent.

    Ces rengaines, régulièrement ânonnées par les économistes les plus plats, sont des vœux pieux. Bien souvent l’idée qui se trame en arrière-plan est l’idée d’augmenter la part reversée aux ouvriers, aux travailleurs, aux travailleuses. Elle est de réduire leur taux d’exploitation. Seulement, cela ne fonctionne pas si simplement. Annoncer 1700€ net, cela ne mange pas de pain, cela rallie les suffrages, bien que les résultats ne furent pas au rendez-vous. Un discours simple, clair, limpide. Mais faux. Une impasse.

    En promettant plus que ce qui est possible d’être fait, ce qui est présenté comme une manière de rallier les suffrages se mue en piège : une promesse non tenue, la première d’une longue série.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    Incapable de pouvoir réduire le taux d’exploitation, cette candidature désire pourtant frapper fort : réquisitionner les banques. Planifier l’économie -pour éviter la catastrophe écologique. Un nouveau vœu pieux.

    Le NPA ne promet ni plus ni moins que le socialisme sans la révolution. Autrement dit, la réforme. Cependant, là n’est pas la question. Admettons que le pouvoir soit entre les mains de Philippe Poutou.

    Celui-ci déclare donc la réquisition des banques, des grandes entreprises, en conformité avec son programme. Cela en se basant uniquement sur la légalité bourgeoise.

    Mettons nous un instant dans la peau du patronat. Celui-ci a suivi la campagne du candidat du NPA avec un haussement de sourcil. Tant que celui-ci s’agite et ne propose que des réformes cosmétiques, le patronat peut bien le tolérer. Une inflation importante de la monnaie, par l’augmentation du SMIC, peut même être bénéfique pour certains patrons.

    Mais toucher à la propriété privée….

    Le pouvoir se caractérise de la manière suivante : il s’agit de la possibilité de prendre des décisions et de les appliquer. Or, le patronat, qui transgresse régulièrement ses propres règles, s’inclinerait t’il devant un hurluberlu qui réclame le contrôle sur les banques, sur les grandes entreprises, sur un grand pan de l’économie capitaliste ?

    Les usines se lock-outent sans problème en cas de tentative de réquisition par la force, au pire des cas se sabotent. Quant à l’argent, au capital, il offre sans problème les services de sécurités privées, voire de Sociétés Militaires Privées, de groupes fascistes, contre lesquels un pouvoir qui se refuse à faire usage de la coercition ne peut pas grand chose.

    Les richesses peuvent se mettre en sûreté, notamment à l’étranger. Or, l’argent est le nerf de la guerre. Il paie les services de propagandistes, de prête-plumes capable de vomir la propagande anticommunistes la plus virulente. Au cours de l’Histoire, le patronat n’a eu de cesse de financer les inventeurs de grands mensonges, ceux-là même qui ont tant marqués les esprits que même un grand nombre de gauchistes les répètent et les répandent toujours. Cette année, pour les cent ans de la Révolution d’octobre, la bourgeoisie a choisi comme symbole d’éditer une version colorisée de Tintin au pays des Soviets, ce pamphlet anticommuniste, que même Hergé dénonça. De là à voir des rééditions spéciales de Soljenitsyne, de la Ferme des animaux, du Livre noir, il n’y a qu’un pas.

    De plus, la bourgeoisie, contrairement aux larges masses, possède certaines caractéristiques culturelles, notamment la culture du commandement, de l’organisation. Cela n’a pas de secret pour elle, car l’organisation de la société, pour son plus grand profit, est sa tâche première. Elle est sa fonction sociale.

    La bourgeoisie sait organiser, mais sait également désorganiser. Ses experts, ses spécialistes, ses rouages essentiels, si utiles au fait de faire fonctionner le régime capitaliste, désormais se retournent. Même si la bourgeoisie perd le contrôle formel de la société, elle est toujours présente. Les contradictions ne s’effacent pas du jour au lendemain.

    Un bourgeois n’est pas qu’un patron possédant la propriété formelle, qu’un rentier. La bourgeoisie est une classe qui ne s’efface pas d’un coup de baguette magique. Elle conserve des rôles, conserve des fonctions, conserve des tâches qui lui sont propre, et que seule la résolution progressive des contradictions entre travail manuel et intellectuel peut permettre d’annihiler.

    La vérité est que, dans l’esprit des réformistes radicaux, la question du pouvoir se pose comme une question platement démocratique, comme une question de rapport entre une minorité et une majorité. Les discours des candidats à l’élection présidentielle se plaçaient tous sous ce prisme : respect des institutions et du jeu démocratique – bourgeois, ainsi que du jeu parlementaire. Conquête, dans la légalité, d’une majorité électorale, puis victoire électorale.

    Mauvaise compréhension de la réalité.

    Lénine écrivait dans le renégat Kautsky et la révolution prolétarienne : « Dès lors, supposer que dans une révolution un peu sérieuse et profonde, c’est simplement le rapport entre la majorité et la minorité qui décide, c’est faire preuve d’une prodigieuse stupidité; c’est s’en tenir à un préjugé archi-naïf digne d’un vulgaire libéral; c’est tromper les masses, leur cacher une évidente vérité historique. Vérité selon laquelle il est de règle que dans toute révolution profonde les exploiteurs conservant durant des années de gros avantages réels sur les exploités, opposent une résistance prolongée, opiniâtre, désespérée. Jamais, si ce n’est dans l’imagination doucereuse du doucereux benêt Kautsky, les exploiteurs ne se soumettront à la volonté de la majorité des exploités, sans avoir fait jouer   dans une bataille suprême, désespérée, dans une série de batailles à  leur avantage. »

    Acculée au désespoir, la bourgeoisie choisira la guerre ; le fascisme ; la réaction la plus sinistre, plutôt que de laisser son pouvoir, son contrôle sur l’économie lui échapper. Lorsque confrontée à cette situation, en URSS, elle fit feu de tout bois, avec chaque arme possible.

    La bourgeoisie a beau être une classe en concurrence avec elle-même, elle n’en est pas moins aux aguets quant aux menaces qui pèsent sur ses intérêts. La fraternité qui unit les bourgeoisies dans leur lutte contre les révolutions socialistes n’est plus à démontrer. Une nouvelle fois, dans la RSSFR naissante, la bourgeoisie et les réactionnaires de l’Empire Russe ont bénéficié de l’intervention militaire directe de la part des autres bourgeoisies dans le but d’écraser dans l’œuf la révolution bolchevique.

    Au final, seule la contrainte et les pouvoirs spéciaux peuvent obliger la bourgeoisie à accepter la transformation de la société. D’une manière ou d’une autre, un conflit surgit, un conflit qui ne peut être gagné sans disposer d’une armée, d’une police de milices au service du peuple et des masses, par la dictature du prolétariat.

  • Sur la dictature du prolétariat – III – L’impasse du réformisme.

    Sur la dictature du prolétariat – III – L’impasse du réformisme.

    L’impasse du réformisme.

    Campagne contre plus fort que soi.

    Est-il possible de blâmer les réformistes ou les utopistes ? Oui et non.

    Oui, le sens où l’histoire à illustré à maintes reprises que la révolution ne pouvait être qu’un acte de « violence, par lequel une classe en remplace une autre. » Oui, dans le sens où le rejet de « l’autoritarisme » fait le lit de l’inaction. Oui dans le sens où la collaboration de classe n’amène qu’au compromis. Le compromis à la compromission. La compromission à la trahison.

    Non, dans le sens où l’idéologie communiste est tellement affaiblie, a été tellement diminuée et mutilée qu’elle a pratiquement perdu l’intégralité de son influence sur la population. Adhérer à l’idée révolutionnaire se fait comme une question de principe, plus comme le fait de comprendre celle-ci comme une nécessité vitale. Les communistes, aujourd’hui, de nouveau, doivent faire la démonstration de la nécessité de cette révolution.

    Or, qu’arriverait-il si les réformistes étaient en mesure d’être à l’orée du pouvoir ?

    Admettons, dans cette brochure, un cadre imaginaire, dans un pays qui peut évoquer l’Etat français. Au sein de ce pays, un grand mouvement naît, soutenu par une fraction importante des masses populaires. Ce mouvement n’a pas même besoin de menacer directement les intérêts de la bourgeoisie. Il peut même, sur certains plans, accompagner les projets des impérialistes français, à l’image de la France Insoumise.

    Or, il lui suffit de les écorner un tantinet, de leur déplaire, de vouloir les contraindre et les contrarier.

    En l’occurrence, le cas de figure s’est observé, dans la campagne de pour les présidentielles, dans l’hostilité grandissante de la part d’une partie de la bourgeoisie à la candidature du social-chauvin Mélenchon. Celui-ci, pourtant, n’est pas une menace stratégique majeure. Il n’a rien en commun avec l’irruption d’une cohorte de bolcheviks. Fondamentalement, il est un pur produit des organisations nationales-trotskistes -les lambertistes. Il a longuement été un membre de l’appareil du Parti Socialiste, sous l’étiquette duquel il fut ministre de l’enseignement professionnel. Aujourd’hui son programme prône une réorganisation de l’impérialisme français, un nouveau jeu d’alliance, mais pas une rupture. En revanche, ce qui gène la bourgeoisie est le fait qu’il demande des miettes plus importantes pour l’aristocratie ouvrière et la petite bourgeoisie, lesquelles forment la base sociale de son électorat.

    Malgré cela, les unes des journaux de la bourgeoisie se firent agressives : le Figaro, ainsi, titrait que Jean-Luc Mélenchon ruinera la France, qu’il la mènera au bord de la rupture, de l’explosion.

    Déjà, la machine de propagande se raidit, se dresse, durcit le ton et la voix.

    Les débats publics entre candidats ont été globalement dominés par les candidats présents sur les ailes. Les cas de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou ont été ainsi illustratifs.

    Malgré leur score faible, ces deux candidats ont été dérangeants. Ils ont été dérangeants car ils mettaient en péril l’ordre normal des choses. Pourtant, à aucun moment ils ne brisèrent la scène du théâtre électoral, en en dénonçant sa vraie nature.

    Malgré cela, leur discours formait, déjà, un casus belli pour la bourgeoisie. Elle a donc mobilisé son appareil médiatique pour les combattre. Accusations et insinuation ont plu contre eux.

    Pourtant, imaginons, dans notre exemple fictif, un candidat crédible, sérieux, sur un programme qui soit offensif et résolument anticapitaliste et anti-impérialiste. Que pourrait-il faire au sein de cette scène ? Il se heurterait à un grand nombre d’obstacles, dont certains forment de véritables fortifications anti-vote populaires.

    La bourgeoisie à beau se targuer d’être démocratique, il n’en est rien. Elle dresse à chaque pas des obstacles immenses pour empêcher les masses de participer à la vie politique, pour la réserver à des bourgeois et des bourgeoises, à des professionnels. La politique dans la démocratie représentative bourgeoise, est une affaire de spécialiste, non l’affaire des masses.

    D’une part, pour lancer une campagne, il est nécessaire de disposer d’un sésame absolu: les 500 signatures.

    Ces 500 signatures, à quémander auprès d’élus, sont une barrière qui permet de faire un premier tri. D’une part cela signifie qu’un parti sans élus, sans soutiens de l’institution, ne peut se présenter. Même une organisation massive et influente peut être bloquée par ce barrage. Disposer d’une base électorale forte, mais sans élus pour appuyer les candidatures signifie être éjecté du système électoral.

    Les candidatures appuyées sur une base locales sont également rejetées. Un candidat comme Oscar Temaru, sur lequel l’Unité Communiste de Lyon s’est exprimé, ne peut, malgré la base dont il dispose en Polynésie, malgré le soutien des indépendantistes Corses, Basques, Bretons, se présenter. Car les 500 signatures se doublent de l’impératif d’être réparties sur l’ensemble du territoire de l’Etat Français. En somme elle réservent le pouvoir et son exercice aux organisations ayant une assise partout dans l’Etat français.

    La question de l’argent se pose : une campagne coûter cher. Une campagne demande souvent des finances importantes. Même si certains coûts peuvent être compensés par une mobilisation importante, ceux-ci existent. Quels mécènes offriraient à leur ennemi les moyens financiers de parler contre eux ? Quelles banques accepteraient de financer ceux qui veulent les supprimer ? De nouveau, l’obstacle technique se double d’une composante politique : La bourgeoisie n’est pas stupide. Elle ne prête pas pour respecter la démocratie, mais comme un investissement ; et bien fou serait celui qui investirait dans quelqu’un voué à éliminer le pouvoir bourgeois.

    Un parti fasciste comme le FN, lui-même, a connu des difficultés à trouver des finances. Le FN s’est ainsi tourné vers les créanciers russes, lesquels se sont fait une joie de fournir à l’extrême-droite française l’argent qui lui manquait. Non par sympathie, mais bien dans l’idée que ce groupe politique deviendrait son agent docile et dévoué, le représentant de ses intérêts en Europe occidentale. L’argent est le nerf de la guerre.

    D’autant que la bourgeoisie est mobilisée, sur le pied de guerre. Le prolétariat, quant à lui, n’est pas en ordre de bataille, subit l’influence de l’idéologie bourgeoise..etc. De plus, tous les prolétaires n’ont pas le droit de vote.

    L’une des bases sociales du prolétariat de l’Etat français est formée d’individus n’ayant pas la citoyenneté requise pour s’exprimer politiquement. Ils et elles sont privés du droit de vote, alors qu’ils et elles travaillent, vivent, paient des taxes et des impôts -plus que la bourgeoisie- au sein de l’Etat français. Mais le droit de vote Niet! Les expatriés, eux, elles, souvent droitiers, en disposent. Cela accroît tout autant le déséquilibre des forces.

    D’une manière générale, la bourgeoisie emploie tous les mécanismes possibles pour creuser l’écart.

    Supposons ces obstacles franchis, comment croire que la bourgeoisie laisserait s’exprimer aisément les candidats du peuple ? Comment croire qu’elle ne lui mettrait pas des bâtons dans les roues ? Comment croire que cette organisation pourrait tenir des meetings, pourrait avoir pignon sur rue ?

    La pluralité de points de vue, dans la presse des états de démocratie bourgeoise, est une chose très relative. Si un certain panel de vue peut exister, dans les faits, celui-ci est étroitement borné par les limites de la légalité bourgeoise.

    De plus, la presse indépendante est un mythe. La très grande majorité des journaux dispose d’un maître qui impose sa ligne éditoriale. Humainement, de nombreux journalistes sont du côté du progrès et de la justice. Ici, leurs qualités personnelles ne sont pas mises en question. Cependant, leur travail n’est pas libre, il est dirigé par une ligne éditoriale, laquelle est résolument hostile à la révolution et au socialisme.

    Les magazines d’histoire, les journaux, y compris irrévérencieux, font le coup de feu avec la réaction et la bourgeoisie. Dans chaque mensuel, dans chaque édition de revues d’histoire, l’anticommunisme trouve sa place. En temps normal, un « bruit de fond » anticommuniste demeure. En temps d’élection, en temps de menace -même minime- ce « bruit de fond » se muera en déchainement de harpies.

    Elle se heurterait à l’hostilité de la bourgeoisie. Celle-ci le taxerait d’illuminé, de fou, d’apprenti-sorcier, se moquerait de lui. Si le moquerie ne suffisait pas, elle passerait aux menaces, aux pressions, aux coups bas. Si les coups bas ne suffisent pas, la violence deviendrait un recours possible.

    Les « accidents » arrivent également.

    Voilà quel serait le destin d’un candidat marxiste-léniniste par exemple. L’intégralité du « système » se liguerait contre lui, contre sa voix, contre sa candidature.

    Or que peut la voix du peuple, sans les moyens de la presse bourgeoise, sans les moyens de ses médias, sans les moyens de ses relais, sans les finances considérables que peut aligner le grand capital pour sa défense ? Peu de choses. D’autant que la bourgeoisie, elle, dispose de moyens de propagande hors de proportion.

    Ainsi, lors des élections Italiennes de 1946 et de 1948, les USA ont dépensé une fortune pour convaincre la diaspora italienne d’influencer le vote au pays. Les slogans anticommunistes se sont affichés sur tous les murs, sur tous les panneaux publicitaires, en somme partout où il était possible d’influencer le jeu pour stopper la progression du front populaire organisé par le PCI. Un appel à la terreur systématique s’est imposé, dans le but d’effrayer la population, de la dissocier des candidats qui défendaient pourtant ses intérêts. En fin de compte, le front subit une cuisante défaite électorale, ne ramenant que 20 puis 30% des voix.

    Dans ces conditions, croire qu’il est possible de rallier à la cause du communisme -ou de l’anarchisme- une majorité, est illusoire. La bourgeoisie n’est pas neutre, n’est pas passive, elle est résolument hostile à une expression démocratique du peuple qui ne corresponde pas à ses désirs.

    Pourtant, le socialisme est à portée de main. La socialisation du travail, l’industrialisation poussée massive, la possibilité d’automatisation poussée des métiers pénibles, tout pousse vers le socialisme. Tout, sauf les mentalités, maintenues en arrière par le poids de l’idéologie bourgeoise. Le monde tarde à accoucher du socialisme.

    Les anarchistes pensent que le travail des révolutionnaires est d’accoucher les esprits, de faire naitre l’étincelle révolutionnaire dans les esprits de l’ensemble du prolétariat, ce qui, magiquement, donnera naissance au communisme. Plaçant cela comme préalable à toute offensive, ils se murent dans une attente tragique et stérile.

    La vérité est que la dialectique matérialiste joue contre les révolutionnaire. L’inertie des mentalités par rapport à la situation réelle fait qu’il est plus aisé de jouer une carte conservatrice que révolutionnaire. La force de l’habitude, le poids des idées réactionnaires, du réformisme, est fort, écrasant.

    Attendre que la majorité soit convaincue des idées révolutionnaire revient à attendre le retour du messie.

    En 1920, l’Internationale Communiste, alors naissante, mentionnait « Tant que le pouvoir gouvernemental n’est pas conquis par le prolétariat et tant que ce dernier n’a pas affermi, une fois pour toutes, sa domination et prévenu toute tentative de restauration bourgeoise, le Parti Communiste n’englobera dans ses rangs organisés qu’une minorité ouvrière. Jusqu’à la prise du pouvoir et dans l’époque de transition, le Parti Communiste peut, grâce à des circonstances favorables, exercer une influence idéologique et politique incontestable sur toutes les couches prolétariennes et à demi-prolétariennes de la population, mais il ne peut les réunir organisées, dans ses rangs. Ce n’est que lorsque la dictature prolétarienne aura privé la bourgeoisie de moyens d’action aussi puissants que la presse, l’école, le Parlement, l’Église, l’administration, etc., ce n’est que lorsque la défaite définitive du régime bourgeois sera devenue évidente aux yeux de tous, que tous les ouvriers, ou du moins la plupart, commenceront à entrer dans les rangs du Parti Communiste. » 

    Notre Etat est un état impérialiste. Cela lui permet, moyennent une pression plus importantes sur ses colonies et néocolonies, de disposer d’une certaine marge de manœuvre. La bourgeoisie impérialiste peut accorder quelques concessions, dans le but de corrompre une grande partie de la nébuleuse des classes moyennes.  Accorder des miettes plus importantes à ces classe vacillantes permet de les rallier. Dans une certaine mesure, les lois sociales, faites vers les classes populaires, sont également issues de la même idée : concéder temporairement pour anesthésier. Cela marche.

    Ces concessions ont été accordées du temps de l’URSS, du temps du Parti Communiste influent, dans le but d’entrainer une désescalade dans la lutte des classes. Ces concessions n’ayant plus de raison d’être, elles sont retirées. Si besoin est, elle peut revenir en arrière, donner de nouvelles miettes aux classes populaires de l’Etat français. Cela ne constitue pas la solution idéale pour elle, mais forme néanmoins un fusible.

    Le programme de Mélenchon aux présidentielles était par ailleurs d’exiger ces miettes de l’impérialisme, en échange d’un soutien aux politique d’agression et d’expansion. Ce n’est pas le programme des communistes, lesquelles ne veulent pas une modification de la redistribution d’une partie de la plus-value extorquée par les capitalistes, mais veulent abolir l’exploitation et détruire l’impérialisme.

    Toujours est-il que ces concessions serviront à détourner les voix des hypothétiques candidats léninistes, pour les ramener vers les magiciens de le redistribution : les sociaux démocrates et les sociaux chauvins.

    Si la bourgeoisie était sur le point de perdre les élections, dans notre hypothèse, elle les annulerait purement et simplement.

    Des situations de ce type ont eu lieu dans le passé, mais demeurent spécifiques à des cas précis. Elles ont eu lieu dans des situations où une bourgeoisie nationale s’opposait à une bourgeoisie compradore, cliente d’un impérialisme ou d’un colonisateur. Deux exemples : le Viêt-Nam, où les élections du sud furent remises aux calendes grecques ; la Corée, où les USA ont provoqué des élections séparées entre Nord et Sud pour acter la division, et permette aux partis issus de la colonisation de se présenter et d’avoir la majorité. Dans les deux cas, l’expression populaire s’est retrouvée bafouée de a à z.

    Pour se prémunir contre l’irruption de forces populaires, revendicatives, au niveau des assemblées bourgeoises, pour les museler, la bourgeoisie garde la haute main sur le découpage électoral, sur la forme que prennent les circonscriptions, pour permettre de se garantir une majorité stable, un pouvoir stable.

    Même le système bicaméral, avec son Sénat, avec son conseil constitutionnel, avec ses verrous et des chausse-trappes, est conçu comme un château-fort pour éviter tout basculement des institutions. Les institutions sont conçues avec leurs fusibles, leurs sécurités, leurs redondances.

    L’Etat est une excroissance de la bourgeoisie et de ses intérêts. Il n’est pas une institution neutre, quelque chose de flottant, volant au dessus de la société. L’Etat est architecturé pour correspondre à une mission : permettre l’exploitation la plus pacifique et la plus efficace possible des prolétaires et des semi-prolétaires par la bourgeoisie.

    L’Etat est là pour encadrer la société, pour réprimer les tentatives de renversement de la bourgeoisie par le prolétariat. Il est là également pour défendre et étendre les intérêts de la bourgeoisie, trompeusement nommés « intérêts nationaux », contre les menées des concurrents internationaux.

    Si on regarde l’Etat sous ce prisme là, sous celui de sa nature profonde, il devient nettement plus évident que celui-ci ne peut être conquis, puisque sa mission est intégralement contradictoire avec les intérêts du prolétariat.

    Cependant, cette brochure à l’esprit large et peut accepter quelques concessions avec la réalité, à des fins de démonstration.

    Admettons que celui-ci ; ou celle-ci, gagne. Pourrait-elle clamer victoire immédiatement, déclarer que le capitalisme est fini, que la bourgeoisie, dans le respect des institutions, pourrait donner le pouvoir et les moyens de production aux masses populaires ? Non. Même un accès au pouvoir formel ne signifie nullement une victoire.

  • Fin de partie – X – Quelles tâches pour les communistes ?

    Fin de partie – X – Quelles tâches pour les communistes ?

    -Brochure complète ici-

    Quelles tâches pour les communistes ?

    Un travail fantastique est à effectuer de la part des organisations communistes.

    Nous l’avons développé dans plusieurs brochures, notamment du réformisme à l’opposition extra-parlementaire, au sein de mener la bataille idéologique, tout comme dans d’autres articles sur le sujet.

    Nous avons cinq ans devant nous.

    Non pas du fait de l’agenda arbitraire des élections, mais bien du fait que certains processus arriveront à maturité. Ces processus, mêlés au poids de la crise, font que la situation politique et économique au sein de l’Etat français sera explosive.

    Il est de la responsabilité du mouvement communiste et des forces progressistes d’être prêts à faire face, en pleine connaissance de cause, à la déferlante réactionnaire qui s’annonce.

    Plusieurs étapes et plusieurs mouvements sont à opérer pour qu’aboutisse la reconstruction d’un camp communiste, pour qu’il soit influant, capable de rassembler, d’être un centre de gravité. Ce camp doit être un camp indépendant, en termes de classe. Les organisations-croupion de la bourgeoisie, consciemment ou non, sabotent toute avancée politique, toute avancée de lutte, en se cloitrant dans des slogans creux et faux.

    Lorsque Jean-Luc Mélenchon, en prévision des législatives, parle de « bombe atomique » constituée par le bulletin de vote, il ment consciemment. Lorsque le NPA lui rétorque que la grève est l’arme principale des travailleurs, cette organisation pêche par économisme plat et par apolitisme.

    Cette incapacité à comprendre le caractère politique de la lutte et la nécessité de rompre avec le réformisme sont tout autant de préalables pour que renaisse l’influence de l’idéologie communiste.

    A l’heure actuelle, il est compréhensible que les organisations communistes existantes suivent chacune une voie qui leur est propre, qui est l’application de leur stratégie. Difficile de les en blâmer. Souhaiter, du jour au lendemain, que  tous et toutes oublient complètement les contradictions, les différents, les conflits est illusoire. Ceci se comprend aisément.

    Seulement, il n’est pas impossible de poser les bases de cette unité dès maintenant. Elles sont d’autant plus essentielles que le temps ne joue pas particulièrement en faveur des forces progressistes. L’entropie, la tendance au chaos propre aux Etats capitalistes et impérialistes, pousse à une conflictualité plus grande, plus aigüe.

    Cependant cette tendance à l’entropie n’épargne pas les organisations communistes les unes par rapport aux autres, tout comme en leur sein. Sans lieux de débat, sans lien les unissant et permettant de poser un cadre formel aux problématiques des rapports entre les différents courants, entre les différentes organisations, entre les différentes conceptions, il n’est pas possible d’avancer.

    Tant que n’émerge pas une structure, même basique, permettant de lutter contre cette montée aux extrêmes dans les rapports entre les organisations, l’unification peinera. Cela n’empêche nullement les rapprochements bilatéraux, les unifications ou les fusions entre organisations qui le souhaitent. Cependant, il est important que les organisations communistes au sein de l’Etat français, de même que les organisations luttant contre l’impérialisme français dans les régions dominées, ne s’ignorent pas, puissent disposer de liens, d’échanges, de débats et de discussions. Tout ce qui permet une meilleure unité d’action et une influence plus importante sur la société est positif et nécessaire.

    Mutualiser est essentiel. L’accès aux sources, aux classiques, aux analyses, aux travaux, reste généralement restreint. Le débat autour de ces travaux reste généralement du domaine de l’échange confidentiel, non de la déclaration publique sur laquelle chacun peut se positionner, formuler une critique, permettre l’avancée idéologique.

    L’Unité Communiste de Lyon n’est pas une organisation massive, disposant de moyens immenses. Cependant, elle tient à faire sa part dans ce domaine, en numérisant et en mettant à disposition le plus grand nombre possible de travaux, de documents, de brochures, permettant à tous et toutes d’avoir accès à celles-ci.

    A travers plusieurs projets, l’Unité veut poser les bases d’un pool de documents, permettre de créer un cadre de travail permettant le rassemblement, le traitement, la traduction des documents, et leur publication. Ce centre de travail sera ouvert à toutes les bonnes volontés.

    Un des points fondamentaux de l’unification idéologique passe par le débat de fond. Dans l’état actuel des choses, il paraît important qu’un unique média de débat émerge, comme lieu de discussion sur les questions relatives aux bases minimales de l’unification. Ce cadre de débat doit être en mesure de répondre au traitement positif des conflits et des désaccords, en somme de créer un environnement propice aux rapprochements et au traitement des clivages idéologiques.

    L’Unité Communiste de Lyon s’inclut dans un processus d’unification, l’Unité des Cercles Communiste. Cette unification ne se fait pas sur des présupposés, sur des injonctions, sur l’adhésion à des thèses non maîtrisées, à des lignes de démarcations lancées de manière incantatoire, sans démonstration. Elle se base sur une adhésion minimale, mais surtout sur la volonté d’avancer ensemble, de progresser ensemble en recherchant la voie la plus juste.

    Marx s’exprimait ainsi : « L’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle est capable de résoudre. » D’une certaine manière, de nombreuses organisations communistes posent en préalable des questions abstraites, absconses, et qui n’ont pas d’incidence immédiate dans l’état actuelle de la lutte des classes et de la lutte politique au sein de l’Etat français. Ainsi, le fait de trancher à l’emporte-pièce la question de la Guerre Populaire Prolongée, comme une ligne de démarcation, sans démontrer quoique ce soit autour, est une illustration parfaite de l’inconséquence et de l’intellectualisme qui grèvent certaines organisations.

    Même si ce travail d’unification est long et fastidieux, il est nécessaire. Si ce travail de débat, de reconstruction idéologique paraît terriblement pénible, il n’en est pas moins essentiel.

    Qu’autant qu’il ne se limite pas qu’aux seuls communistes, qu’il ne se limite pas qu’à ceux et celles qui adoptent la révolution et la dictature du prolétariat. Il existe tout une sphère politique, militante, syndicale, qui rejette le système capitaliste, mais dont l’idéologie ne permet pas de tracer un chemin vers une société sans classes ni Etat. Les communistes doivent travailler vis-à-vis de ceux et celles qui restent prisonnier d’un réformisme radical, faute de débouchés politiques.

    L’existence de cette nébuleuse est à l’image de celles existant dans l’espace. Nuages de gaz sans consistance, ces nébuleuses existent comme des pouponnières d’étoiles, qui n’attendent qu’une gravité suffisante pour s’agréger et se rassembler, jusqu’à atteindre la masse critique qui leur permette de briller. Le même schéma se reproduit, figurativement, ici. Ce centre de gravité est l’organisation communiste.

    Par le travail unitaire, le travail de front, mais également en produisant un débat de fond, l’idéologie la plus juste émergera.

    Dans les masses, il existe un immense engouement pour la lutte, une immense aspiration à la Liberté et à l’Egalité. Cette immense aspiration est vampirisée par les réactionnaires, par les opportunistes, par les sociaux chauvins, par les obscurantistes. Elle est vampirisée car, là aussi, les organisations communistes sont faibles.

    Il n’existe aucun remède miracle permettant de mettre fin à cette faiblesse, ou de s’attendre à ce que, spontanément, ceux et celles qui ne sont pas communistes se mettent à en adopter les points de vue. Cet apport provient de l’extérieur, de la rencontre entre l’idéologie scientifique et le mouvement spontané.

    Dans l’état actuel des choses, dans l’état actuel du mouvement et de l’avancée idéologique, l’Unité Communiste de Lyon porte le mot d’ordre de construction d’une opposition extra-parlementaire.

    D’une part pour faire front, en rassemblant les exploités, les opprimés, les opposants au capitalisme, dans un cadre permettant d’être indépendant des institutions de la bourgeoisie, de ses jeux truqués, de ses pièges et de sa corruption.

    Pour permettre d’être un point central de la contestation, d’être un centre politique pouvant rivaliser, en termes d’influence, avec les organisations de la bourgeoisie, nourries de subventions, de dons, d’argent provenant de l’exploitation.

    Pour avancer politiquement, pour agir politiquement d’une manière visible et publique, d’une manière -certes minimale- mais réelle. Pour poser les bases de la démocratie populaire, permettre à de nouveaux cadres issus des masses de naître, de se former, de s’exercer.

    Pour, in fine, qu’un darwinisme des idées, au sein de ce front, apparaisse et fasse émerger la ligne la plus juste, la plus révolutionnaire.

    Nous considérons que cette ligne est la ligne à suivre. A l’heure actuelle, la situation interne à l’Etat français et la situation internationale restent stables. Ce temps de respiration doit être employé au maximum pour permettre de poser les bases de l’arme offensive que sera ce lien entre toutes les organisations communistes ; de poser les bases du bouclier formé par le front uni entre les forces anticapitalistes et anti-impérialistes; de poursuivre et d’accroître l’influence de chacune des organisations communistes au sein de l’Etat français.

    L’exposé de la situation et de son évolution impose des mesures énergiques. Des mesures de lutte interne contre les tendances déviationnistes postmodernistes, relativistes, contre leur anticommunisme primaire. Contre l’influence du réformisme et de l’opportunisme petit-bourgeois. Contre le sectarisme dont sont souvent victimes les organisations, les cercles, les clans.

    Une nouvelle fois, les tâches du mouvement communiste sont immenses. Elles ne s’abaisseront jamais à son niveau actuel. Le mouvement communiste doit grandir, se battre, se montrer exigeant idéologiquement, politiquement, organisationnellement, envers lui-même.

    La lutte doit se mener sur chaque front. Sur chaque secteur. Mais elle doit surtout se mener pour faire émerger un saut qualitatif, lequel est une nécessité vitale pour que naisse un véritable parti communiste révolutionnaire ; pour que naisse une idéologie capable de synthétiser la somme de l’expérience du mouvement révolutionnaire et ouvrier.

  • Fin de partie -IX- Un sombre avenir.

    Fin de partie -IX- Un sombre avenir.

    Un sombre avenir

    Les législatives approchent à grand pas, avec leur lot de surprises.

    Emmanuel Macron a donc présenté un gouvernement largement ouvert du côté de l’organisation Les Républicains, au grand dam de ceux et celles qui croyaient, dur comme fer, à son esprit de synthèse. Cette déception était prévisible. Emmanuel Macron a assuré qu’il poursuivrait les objectifs définis au cours de sa campagne : éradiquer les obstacles à l’exploitation.

    Mais cette composition temporaire d’un gouvernement n’est pas innocente. Elle s’inscrit dans une disposition tactique en prévision de la nouvelle échéance électorale.

    Les législatives approchent, lesquelles peuvent -et vont potentiellement- pousser à un remaniement ministériel pour permettre d’épouser les formes de la nouvelle majorité. Ni le PS, ni l’alliance éclatée entre le PCF et la FI ne présentent une menace réelle pour une hégémonie macronienne. Reste Les Républicains.

    Or, en ouvrant largement la porte aux membres de ce parti d’opportunistes sans cohérence interne, Emmanuel Macron peut jouer un coup de poker, en tiraillant Les Républicains, en faisant mine de les accepter largement, pour susciter des remous au sein du parti de droite. Grâce à cela, il peut potentiellement neutraliser -au moins en partie- son principal concurrent, lui faire miroiter des postes, des places.

     Seulement, une fois les élections passées, aucune garantie ne permet aux ralliés d’être sûrs d’obtenir ce que leur cœur -et leur portefeuille- désire.

    Macron et son équipe, dont les appuis organisationnels restent faibles, pourrait réussir à tirer son épingle du jeu en manœuvrant sur ses lignes intérieures. Si cette opération réussit, elle sera un véritable exemple de maîtrise tactique.

    Par ailleurs, les Républicains entament une campagne d’un style particulier, basée, notamment dans le Rhône, sur la défense « de leurs valeurs. » Cette ligne politique, teintée d’un style résolument réactionnaire, est une illustration de la situation tactique dans laquelle se trouve ce parti. Difficile, face au choc libéral, de tracer une ligne de démarcation claire et nette vis-à-vis d’une organisation qui cherche délibérément à faire exploser la droite traditionnelle.

    Or, ces « valeurs » qui démarquent les Républicains de En Marche ! ne peuvent se trouver dans le libéralisme, partagé entre les deux ; ne peuvent se trouver dans l’europhilie ; ne peuvent se trouver dans la volonté de durcir le dialogue social.

    Elles ne peuvent alors se trouver que dans la réaction la plus profonde, dans le traditionalisme, dans un affrontement centenaire entre la bourgeoisie du « Parti Radical » et la bourgeoisie catholique.

    La première est incarnée par Gérard Collomb : laïque, relativement progressiste sur les sujets de société, plutôt marquée par la franc-maçonnerie. Elle est une bourgeoisie de centre-gauche, opportuniste, ayant « le cœur à gauche et le portefeuille à droite. »

    La seconde est celle de Fillon, elle est celle qui s’oppose au mariage pour tous, celle qui est l’héritière de la vision de la société gaulliste : rigueur, caporalisation, austérité.

    Quelle ironie que ses « valeurs » se marient si bien avec la corruption, la prise d’intérêt, le népotisme et l’emploi fictif.

    Dans la région lyonnaise, cet affrontement est particulièrement visible, donne sa physionomie politique à une ville anesthésiée par le centrisme, cernée par la réaction.

    La rupture entre le PCF et la FI semble actée. L’hostilité entre ces deux forces grandit au fur-et-à-mesure que les jours passent. Comme mentionné au début de la brochure, les deux forces ont une stratégie non seulement concurrente mais hostile l’une à l’autre. L’une se bat pour maintenir en vie son suzerain, pour conserver ses bastions, l’autre pour occuper le vide laissé par l’effondrement du Parti Socialiste.

    Reste le Front National, dont la situation interne est périlleuse.

    Le concept du Front National semble avoir atteint ses limites objectives, en termes de capacité à accroître sa base électorale, à gagner en influence, à devenir un parti présidentiel.

    L’illustration pleine et entière de ceci est la manière dont Marine Le Pen a échoué  dans le débat du second tour contre Emmanuel Macron, scellant définitivement l’issue de la présidentielle.

    Dans l’analyse sur le débat des présidentielles, nous présentions la situation ainsi: « de l’autre côté, Marine Le Pen, avocate n’ayant jamais plaidé grand-chose, dont l’alpha et l’oméga est son intégration dans le FN, sous l’aile de son père. Jean-Marie Le Pen a en effet construit un poste ad hoc pour sa fille. Elle est une représentante du népotisme tout comme Macron est celui du libéralisme. L’une est arrivée par la naissance, par les liens claniques, sans jamais avoir fait preuve de quelque talent que ce soit ; l’autre est un survivant du maelstrom libéral, qui a écrasé et évincé bien des concurrents, qui sait s’entourer de conseillers efficaces… il s’agit de quelqu’un qui -il faut le reconnaitre- maîtrise ses dossiers sur le bout des doigts. « 

    Une grogne profonde existe au sein du FN vis-à-vis de l’incompétence de la direction et du fonctionnement clanique de l’organisation. De plus, son inflation l’emmène au bord de la rupture interne.

    Le Front National devenant une force centrale dans la vie politique, cela cause des contraintes terribles, des dissensions internes. L’outil n’est plus adapté à la tâche. Le Front National est victime de son succès.

    Tant qu’il était une puissance montante, arc-boutée à l’opposition, à porter la contradiction, à attaquer de toutes ses forces, les problématiques liées à sa cohérence interne restaient secondaires. Un palier a été franchi cette année et, avec lui, se posent des débats stratégiques importants.

    De plus, la possibilité d’alliance avec d’autres forces, dont Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan, sort le FN de son isolement politique.

    Trois lignes émergent :

    Celle de Florian Philippot, celle des nouveaux arrivés, celles et ceux qui ne sont pas des membres de longue date du Front National, qui ne tolèrent pas forcément la primauté « génétique » du clan Le Pen et de ses vassaux. Ceux-ci s’alignent sur une position d’alliance, de coalition, avec les autres forces de la droite « forte » mais « propre. » Cette ligne place le professionnalisme avant tout, place l’idée de devenir un parti présidentiable, non plus une simple force d’opposition.

    Cette ligne est probablement celle qui poussera le plus rapidement à l’éclatement du Front National pour rompre avec son histoire, son passé, ses affaires. Les informations dont nous disposons à l’heure actuelle laissent entendre que Florian Philippot l’axera autour d’une charte rejetant « le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie « , tout en recherchant à faire bloc avec les forces quittant Les Républicains, si ceux-ci ne survivent pas aux législatives en tant que force constituée.

    A l’opposé, la ligne « gauchiste » de Marion Maréchal-Le Pen, héritière idéologique des provocations de Jean-Marie. Elle représente le rejet de la « dédiabolisation », le rejet du lissage. Elle joue, au contraire, sur un lien maintenu avec les fascistes, les néofascistes et autres groupuscules agressifs. Contrairement aux autres, la conquête de places fortes, de députés, reste un aspect secondaire. Dans leur esprit, la question de l’accès au pouvoir ne passe pas forcément par la conquête de l’appareil d’Etat, mais par la mise en œuvre de mouvements de masse réactionnaires, de mouvements d’action.

    Cette ligne est celle dans laquelle l’idée de révolution nationale, l’idée de prise du pouvoir, est la plus forte. Elle est une ligne radicale qui n’accepte plus le style de direction « petit-bourgeois » de Marine Le Pen, son caractère boutiquier et son absence d’ambition.

    Si les premiers veulent lisser leur image pour devenir présidentiables, ceux-ci sont dans l’optique d’une opposition frontale avec le pouvoir d’Etat, jusqu’à ce qu’il les appelle à restaurer l’ordre. L’éclipse de Marion Maréchal-Le Pen, se retirant « définitivement, pour le moment » de la vie politique, est illustrative : rupture avec la ligne majoritaire, le temps de rallier des forces nouvelles, d’unifier les courants dispersés du fascisme, pour revenir en force, dans cinq ans, et prendre le contrôle de l’appareil.

    La dernière est celle de Marine Le Pen. Elle se caractérise par un esprit boutiquier, petit-commerçant, petit gestionnaire. Elle est une ligne du confort, des rentrées d’argent par le triangle institutions – Riwal – Bleu Marine. Le clan autour de Marine Le Pen, les Lousteau, les Chatillon, les petites mafias, ne peuvent qu’entretenir des rapports complexes, brutaux, au sein de l’organisation. L’incompétence, fruit du népotisme, grève cette ligne et l’empêche de faire de substantiels progrès.

    Si elle est cramponnée autour de l’appareil, ce clan, ce groupe interne n’en est pas moins menacé. L’approche du congrès du Front National, dans le courant de l’année, risque de se muer en nuit des longs couteaux.

    Dans un sens, un éclatement du Front National est une chose positive. Elle neutraliserait provisoirement cette organisation, la forcerait à se recomposer.

    Cependant, la dialectique veut que chaque chose, chaque transformation, ait des caractéristiques positives et négatives. Un Front National new style serait probablement en mesure de pouvoir gagner une influence nouvelle, d’avoir une base élargie, car ayant rompu avec la réputation de l’ancienne structure.

    D’une manière générale, la plupart des processus qui se lancent à l’heure actuelle seront matures dans cinq ans, lors des prochaines élections.

    Pour le moment, la trajectoire est glaçante.

    Cinq ans sont devant nous.

    La bourgeoisie, dans l’ensemble, est restée insatisfaite par le gouvernement du Parti Socialiste. Malgré le fait qu’il ait appliqué avec zèle les directives du MEDEF et de la grande bourgeoisie, cela n’a pas suffit. Les réformes -bien que dévastatrices pour les travailleurs- n’ont pas été considérées comme répondant aux désirs et aux besoins des classes exploiteuses.

    Ironiquement, le PS était pourtant nettement plus libre que l’UMP d’alors pour appliquer ce programme. L’opposition étant majoritairement contrôlée par les courroies de transmissions de ce parti, il lui était possible d’agir comme aurait voulu le faire Sarkozy.

    Sauf que, par opportunisme, les Républicains, voulant se démarquer du PS, ont joué la carte de l’opposition. Non pas par désaccord, mais uniquement pour justifier leur existence, pour se doter de la possibilité d’incarner une alternance.

    Incapable de se doter alors d’une majorité, le gouvernement s’est retrouvé à dépendre d’accord avec les « frondeurs », qui, malgré leurs « motions de censure » pitoyables, ont négocié leur ralliement en échange de quelques amendements pompeusement présentés comme des victoires.

    La bourgeoisie ne saurait se satisfaire de cela pour le quinquennat qui vient.

    Elle a tout misé sur une grande coalition de ses laquais, pour neutraliser l’opposition. Juppé et Macron étaient les deux seuls acteurs capables de pouvoir réaliser cette coalition. Le premier, lors des primaires, a chuté au profit de François Fillon, rapidement mis hors-jeu par ses affaires.

    D’une manière générale, ni Sarkozy ni Fillon ne comprenaient cette logique. Ils restaient centrés sur leur famille, sur leur base électorale. Leur vision hégémonique ne se limitait qu’à leur petit royaume, non à un large front bourgeois.

    Macron est le seigneur de cette grande coalition, celle que la bourgeoisie désirait plus que tout. D’autant que les astres lui sont favorables.

    La poursuite de l’Etat d’urgence jusqu’au 1er novembre 2017 lui permet de disposer d’un confortable délai pour mener l’offensive. Comme dans les pires années de l’histoire, le 21 juin, au lieu d’être l’arrivée du calme de l’été, coïncidera avec une grande offensive. Réforme-liquidation du code du travail ; réforme-privatisation de la Sécurité Sociale, de l’assurance chômage. Le tout appuyé par une répression savamment orchestrée par Gérard Collomb, opportuniste en chef.

    Les législatives vont probablement accentuer l’éclatement du PS et des Républicains.

    Le premier avantagera Mélenchon, mais offre également aux révolutionnaires une opportunité  qu’ils peuvent saisir : le réformisme en action a montré sa faillite la plus totale. Il ne cause plus que du dégout et de la répugnance parmi les masses.

    L’éclatement des Républicains, quant à lui, pose les même problématiques, mais à l’échelle de l’extrême-droite et des fascistes.

    Ceci, combiné avec l’élimination de Marine Le Pen lors du prochain congrès du FN, permettrait l’émergence d’une droite forte et dure, d’un grand pôle réactionnaire.

    La stratégie de Macron est celle d’un kamikaze politique : des réformes profondes, des saignées hémorragiques, lesquelles vont faire grandir la colère, la misère, la souffrance au sein des masses. Agent de la bourgeoisie, Macron n’en est pas moins un kleenex. Son travail à marche forcée -sans jeu de mots- satisfera ses commanditaires, au prix de son existence politique.

    En Marche ! est une organisation one shot, qui ne survivra pas.

    Le danger réside ici. La société de l’avenir, telle que vue par Macron, est une société explosive -ingouvernable- Elle créé une situation potentiellement conflictuelle au plus haut degré, d’autant que la paupérisation et la misère se répandra.

    Cette situation peut, potentiellement, amener à ce que désirent les fascistes : être appelés au pouvoir pour restaurer l’ordre.

    A ce moment là, il sera possible de parler de menace fasciste.

    Certaines forces, dont les inénarrables « matérialistes » ont ainsi crié à la menace imminente, ont appelé au premier tour à voter pour Emmanuel Macron, à faire un barrage pour sauver la République.

    Ce « front » sans consistance est revenu à se soumettre aux décisions de la bourgeoisie, à son agenda, à le fortifier et à répercuter ses mots d’ordre vers les masses.

    A l’heure actuelle, les communistes doivent travailler conjointement pour former une force autonome de la bourgeoisie. Cet objectif doit être le n°1. Il est celui qui conditionne tout succès futur.

    Faire front, y compris avec la bourgeoisie, est une question qui pourra, dans l’avenir, se poser avec une urgence, avec nécessité. Mais faire passer cela avant la construction du camp du peuple, du camp communiste, revient à anticiper cette nécessité, à se soumettre intégralement à la dictature de la bourgeoisie.

  • Fin de partie – VIII – Nous payons cher.

    Fin de partie – VIII – Nous payons cher.

    Nous payons cher.

    Nous payons, aujourd’hui, chèrement, une lourde addition.

    Cette addition est le fruit d’un cumul d’erreurs, de manques étalés sur une longue période. Elle est le fruit maudit d’une conjonction de facteurs, de responsabilités, de failles, de déviations, d’abandons et de trahisons.

    Elle est ce qui explique la faiblesse des idées communistes, la faiblesse des organisations, des fronts, des luttes.

    Il existe, d’une part, des facteurs extérieurs, liés à la victoire de la contre-révolution en URSS, en Chine, en Albanie. Ces facteurs jouent un rôle considérable à l’échelle mondiale. Seulement ils n’expliquent pas tout.

    Il existe une responsabilité interne, intérieure, propre au mouvement communiste de l’Etat français. Une responsabilité que partage chaque militant ou militante communiste.

    S’en dédouaner, rejeter la faute sur la bourgeoisie, sur les fascistes, sur les trotskistes, sur les idées petites bourgeoises revient à pratiquer une politique de l’autruche. Nombreux sont ceux et celles qui pratiquent cela, avec un art consommé. Faire peser la faute sur des boucs-émissaires est une tendance qui existe. Elle doit être combattue.

    Les léninistes sont particulièrement bien placés pour comprendre l’inanité de cette position : ils subissent avec une régularité d’horloge les sempiternelles attaques des anarchistes et des trotskistes, les accusant d’avoir fait échouer leurs révolutions.

    Sur ce plan là, trotskistes, boukhariniens, anarchistes s’entendent à merveille. Accuser les autres forces, nier leur responsabilité et leur bilan.

    Cela, les communistes doivent le balayer. Mordre à cet hameçon reviendrait à s’aveugler.

    Comment reprocher à la bourgeoisie d’agir en fonction de ses intérêts ? La bourgeoisie agit dans son intérêt, dans un jeu qui lui est propre. Transgresser ses propres lois, agir en propagandiste anticommunistes, être aux aguets face à toute contestation, tout ceci est logique et cohérent.

    Comment reprocher à des forces politiques et idéologiques contraires d’agir en fonction de leur stratégie ? Impossible. Tout autant, cela n’a pas de sens de reprocher, fondamentalement, à des forces non-communistes de ne pas agir en communistes.

    L’application des conceptions politiques, pourtant, de peut être en négation de la loi fondamentale du darwinisme : la survie du plus adapté.

    Prenons l’exemple de Kronstadt. Indépendamment des causes de l’insurrection en tant que tel, le reproche des anarchistes est le suivant : « vous avez écrasé l’insurrection. » C’est un fait. L’insurrection, dirigé contre le pouvoir soviétique, a été écrasée par celui-ci. Le gouvernement soviétique agissait en fonction d’une logique qui lui était propre et à laquelle les insurgés étaient opposés. En cela, le conflit était inévitable.

    En revanche, si l’insurrection a échoué, cela est du fait de sa propre et intégrale responsabilité. Elle ne peut blâmer la force de l’ennemi. Sa faille première est sa propre faiblesse.

    Le premier reproche que devraient faire les anarchistes serait le suivant : « où notre stratégie fut-elle mauvaise ? » et non « l’ennemi s’est comporté en ennemi. » L’environnement politique, social, économique est quelque chose sur lequel il n’est possible que d’avoir une prise indirecte.

    Il est, certes, transformable par la dialectique, par l’action consciente, mais il n’en représente pas moins une toile de fond avec laquelle il est nécessaire de composer. Si une insurrection lancée à Lyon échoue car elle n’est pas soutenue, la raison principale n’est pas « les individus n’ont pas soutenu », elle est « nous avons échoué dans nos tâches de mobilisation, d’organisation, de structuration. »

    Lorsque les trotskistes accusent les « staliniens », ils nient le fait que leur ligne est pourrie. Lorsque les anarchistes accusent les communistes, ils oublient de s’accuser eux-mêmes de leurs fautes. A l’inverse, lorsque nous avons connu des échecs, nous avons, avec justesse, critiqué -en premier lieu- nos manques.

    Lorsque les révisionnistes font surgir la chute de l’URSS de derrière les fagots et qu’ils nient le long cheminement et le long pourrissement, ils agissent en parfaits imbéciles.

    Lorsque nous analysons 1991, nous y voyons la marque de 1956 et du XXe Congrès. Lorsque nous regardons ce congrès, nous n’y voyons pas la main seule de Nikita Khrouchtchev, mais bien l’aboutissement, une première étape, dans un processus de restauration du pouvoir de la bourgeoisie. Cette restauration n’est pas le fruit d’agents malins, de mauvais génies, elle est le fruit d’erreurs dans notre propre camp, chez nos camarades, chez ceux chez qui nous puisons nos sources.

    C’est l’analyse sans concession, l’autocritique sans pitié qui peut nous permettre d’avancer efficacement, plus solidement.

    Aujourd’hui, nos propres faiblesses pèsent pour beaucoup. Notre faiblesse en tant que force d’opposition à la bourgeoisie est le reflet de notre faiblesse en tant qu’organisations divisées, qui, elle-même est le reflet de notre faiblesse dans la manière dont nous traitons la question de l’unité et dont nous traitons les questions idéologiques.

    Qui, aujourd’hui, lit Marx ? Qui lit Engels ? Qui lit Lénine, Staline, Mao, Hoxha, Ho Chi-Minh, Dimitrov, Kaypakkaya, Gonzalo, Gramsci ?

    Personne ou presque.

    D’une part car les sources sont difficiles à trouver, qu’elles demandent de la recherche. D’autre part parce que quand des livres sont lus, ce ne sont pas des sources primaires mais des exégètes. « La pensée de Lénine » vue par tel ou tel auteur, « Comprendre Marx », par un sociologue universitaire, Trotski dépeignant Staline…

    Comment ne pas penser directement à cette citation de J. Staline, dans les Cinq Conversations avec des Économistes Soviétiques, (1941-1952).

    « Il est nécessaire que nos cadres aient une connaissance approfondie de la théorie économique Marxiste.

    La première vieille génération de Bolcheviks était très solide théoriquement. Nous avons appris le Capital par cœur, fait des tableaux synoptiques, tenu des discussions et évalué chacun notre compréhension. C’était notre force et cela nous a aidé beaucoup.

    La deuxième génération a été moins préparée. Ils étaient occupés par des questions pratiques et la construction. Ils ont étudié le Marxisme avec des livrets.

    La troisième génération a été élevée sur des articles satiriques et de presse. Ils n’ont aucune compréhension profonde. Ils doivent être pourvus avec une alimentation qui est facilement digestible. La majorité a été élevée non en étudiant Marx et Lénine mais avec des citations.

    Si la chose continue plus loin de cette façon les gens dégénéreront bientôt. »

    Cette lutte pour l’idéologie est une lutte que nous devons gagner pour remonter la pente. Sa perte est ce qui a fait accepter la dégénérescence du Parti Communiste, ce qui a permis de justifier l’intégralité des reculs idéologiques de celui-ci. Le plus souvent, les opportunistes se camouflèrent derrière une connaissance des textes supérieure, qu’ils camouflèrent en maîtrise idéologique, des arguments d’autorité, des démonstrations creuses.

    Cette perte de maîtrise idéologique se fait ressentir avec un mordant terrible. Elle explique la résurgence d’idées écrasées, battues, anéanties. Des conceptions, par ailleurs, non pas balyées par la violence physique, mais par la démonstration, par la dialectique, par l’expérience. Supprimer les traces de l’expérience a infligé une terrible amnésie au militants et militants, aux communistes et aux progressistes sincères.

    Elle a entraîné la renaissance des modes de pensée idéalistes et basées sur une analyse petite-bourgeoise de l’économie : l’anarchisme. La renaissance de ces conceptions et de ces méthodes d’analyse fait renaître toutes sortes de perversions de l’esprit telles que le post-modernisme.

    Elle a entrainé la renaissance et la survie des conceptions mencheviks, dont le trotskisme. Lequel se caractérise par une phraséologie de gauche mais un bloc systématique avec les positions sociale-démocrates, réformistes.

    Au sein des léninistes, elle a semé la confusion et le trouble. Cette privation idéologique explique l’attachement fétichiste des militants et des militantes à une structure -le PCF- plus qu’à une idéologie. La destruction de la verticalité léniniste : Théorie > idéologie > programme > structure > ligne se traduit par une inversion des priorités.

    Mettre la structure comme chapeau, comme sommet, de l’application de la théorie léniniste, est une fausseté terrible, qui condamnent ses tenants à l’inaction, à la soumission, à la lutte de tranchée dans des conditions telles que le succès est impossible. Le PCF, agissant comme une version miniature de l’Etat bourgeois, est régi par les mêmes règles : inamendable, impossible à conquérir, verrouillé, prêt à la violence et à l’exclusion. Prétendre le contraire reviendrait à avaliser les thèses réformistes ou trotskistes sur l’Etat.

    Même parmi ceux et celles qui rejettent les thèses idéalistes, réformistes, trotskistes -ou crypto-trotskistes- et révisionnistes, le plus grand désaccord règne. Nous le comprenons dans un sens. Nombre d’organisations portent un héritage important, portent une tradition et une histoire. Elles sont nées à une époque où choisir la ligne pro-albanaise ou prochinoise avait une implication concrète, directe, réelle.

    Ces décisions suivaient une logique, fille du temps d’alors.

    Aujourd’hui, nous considérons que -même si elles ont un sens- ces questions n’ont pas le caractère d’urgence qu’elles pouvaient avoir auparavant. Nous considérons que considérer le traitement de celles-ci comme des préalables à toute unification est une fausse route. Nous pensons qu’elles ne peuvent trouver, au contraire, une issue positive uniquement à travers le débat dans un cadre unique et non par l’invective et le rejet.

    Du fait de ce traitement sectaire, fétichiste, et nullement fait en direction des masses, le travail d’unification, de construction du parti, végète.

    Combien maîtrisent réellement le marxisme ? le léninisme ? le maoïsme ? une poignée sinon moins.

    Une tâche s’ouvre, pour les communistes de l’Etat français : celle d’avancer. D’avancer sur le terrain de l’idéologie, dans la lutte contre le sectarisme.

    Un grand nombre de processus d’unification ont été menés jusqu’à présent. Il est essentiel d’en tirer un bilan critique et de saisir quelles sont les erreurs, les fautes commises.

  • Fin de Partie – IV – L’anticommunisme, terreau du populisme.

    Fin de Partie – IV – L’anticommunisme, terreau du populisme.

    L’anticommunisme, terreau du populisme.

    « Champagne », s’exclamait Gérard Filoche en 1991, apprenant la dissolution de l’Union Soviétique. Ce trotskiste passé au PS, comme tant d’autre, est une illustration parfaite de l’hégémonie anticommuniste. Le XXe siècle possède ce fil rouge, celui de l’opposition frontale entre les idées révolutionnaires et celles qui -consciemment ou non- étaient hostiles à la révolution socialiste.

    Par la critique de droite ou par la critique « de gauche », les voies vers le socialisme ont été consciencieusement barricadées. Elles l’ont été par une opposition frontale : le « vive le capitalisme » de la bourgeoisie, maquillé en « vive la liberté [d’exploiter] » et « vive les droits de l’homme [du bourgeois] » ; par une offensive de falsification, de mensonges éhontés contre les conceptions philosophiques, idéologiques, politiques, économiques du communisme ; par une campagne honteuse à travers les programmes scolaires, ne servant qu’à alimenter le faux parallèle entre Hitler et Staline… Chaque fois qu’une voie, un créneau s’ouvre, les anticommunistes s’en sont saisit, avec, admettons-le, un talent rare.

    Comment blâmer la bourgeoisie de s’attaquer à son pire ennemi ? Impossible. Elle agit en fonction de ses intérêts. Elle mène une lutte pour sa survie, en tant que classe sociale, contre un adversaire qui désire en finir avec elle.

    Elle n’est pas seule. D’autres lui ont emboîté le pas. Les sociaux-démocrates, en premier lieu, lesquels, dès la fin du XIXe siècle, ont révisé le marxisme, lui ont ôté toute idée de révolution, toute conception de la dictature du prolétariat. La social-démocratie se complaît dans le respect des règles édictées par la bourgeoisie, d’un jeu truqué, encadré.

    Leurs héritiers ont poursuivi cette ligne, faite de concessions, de compromis. Lorsque les événements les ont conduit au pouvoir, les ont conduit à faire face aux communistes, ces laquais de la bourgeoisie n’ont pas eu la main tremblante. La répression « de gauche » n’a rien à envier à celle organisée par l’extrême-droite.

    Le PCF, par sa transformation en parti réformiste, fut loin d’être en reste. Cette organisation est passée par les mêmes stades que la SFIO, que le SPD. La différence est que ces organisations ne se prétendent plus marxiste. Elles ne se réfèrent, désormais, plus aux classiques du socialisme scientifique, excepté de manière incantatoire, ponctuelle, opportuniste.

    Le PCF, lui, se complaît dans le fait de se réclamer d’un héritage politique. Se clamant toujours marxiste -parfois même léniniste !- il n’en escamote pas moins, consciencieusement, chacun des aspects gênants, ou les scandent sans la moindre considération pour le contexte. Les prises de position des « authentiques marxistes » du PCF sont ainsi en complet décalage avec la réalité.

    Clamer des « nationalisations démocratiques », mot d’ordre du KKE ou du PCF de 1946, dans l’Etat français impérialiste, est un non-sens. Clamer que cet Etat est dominé par les USA, est manipulée par une UE germanique ou encore qu’elle est une pauvre courroie de transmission de l’OTAN, sont tout autant de mots d’ordre faux. Faux et dangereux, car sous entendant que la ligne à tenir serait celle d’une libération nationale, d’une indépendance à conquérir. En somme, c’est faire le lit du chauvinisme et du nationalisme-impérialiste.

    Reste la critique de « gauche », puriste, idéaliste, métaphysique, celle de ceux qui ont les mains immaculées, qui n’applaudissent que les chevaliers de la pureté révolutionnaire en armure étincelante.

    L’utilisation de cette « critique de gauche » par la bourgeoisie a une histoire sur laquelle il est intéressant de revenir brièvement. Pour la résumer, nous citons ici, en avant première, une brochure prochaine sur la dictature du prolétariat.

    « La bourgeoisie a l’intelligence de favoriser la « critique de gauche » du communisme. Ce communisme « pur », de « papier », qui n’aurait jamais été essayé. Par le passé, la ligne des bourgeois fut celle d’une critique « de droite. » Staline était, jusque dans les années 30, présenté comme l’héritier de Lénine, comme un communiste intégral, comme son fer de lance. Ce n’était pas Staline lui-même qui était visé par la bourgeoisie, mais le communisme. Les discours étaient donc axés autour d’argumentaires tels que « le communisme cause la misère, il cause la souffrance…Etc. »

    Le problème de cette ligne était qu’elle n’ouvrait qu’un unique front d’attaque. Celle-ci ne permettait pas de détacher les ouvriers, la jeunesse, de leur sympathie pour l’URSS et pour son équipe de direction. 

    L’opposition « de gauche » au sein de l’URSS, lorsqu’elle fut chassée, s’est très bien acoquinée avec la bourgeoisie la plus réactionnaire. L’une et l’autre partageaient la même haine contre l’Union Soviétique, contre le léninisme. L’une et l’autre ont fait longuement cause commune, y compris à travers les alliances les plus répugnantes.

    Surtout, elle offrait un nouvel angle d’attaque : désormais, le communisme n’était -à part dans la presse la plus réactionnaire- plus vraiment l’ennemi, il était devenu une cause louable, mais trahie. Le trotskisme est devenu, rejoint en cela par l’anarchisme, une division de l’offensive contre le communisme, attaquant par la gauche tandis que les réactionnaires attaquaient par la droite.

    Lénine et Trotski, d’opposés, sont devenus les meilleurs amis du monde dans les romans de la bourgeoisie. Les léninistes furent rebaptisés « staliniens » -les révisionnistes firent de même avec le maoïsme. Ces thèses se répandent toujours, s’aggravement même, les réformes des programmes scolaires présentant maintenant sur le même pied communisme et nazisme.

    Cette propagande donne naissance à d’intéressantes contorsions mentales. Nombre de militants et militantes des milieux alternatifs concèdent que la bourgeoisie use et abuse de propagande. Qu’elle déforme, ment, viole sa propre légalité. Cela est une vérité bien acceptée. En revanche, il est hautement intéressant de voir que les mensonges sur l’URSS -mais également les racontars sur la Corée du Nord, Cuba, ou d’autres que pourtant nous ne soutenons pas de manière positive- sont acceptés sans broncher. Dire « Makhno était un pogromiste » entraine des hurlements sans fin ; clamer que Staline l’était n’entraine que des hochements de contentement et d’acceptation.

    Cette propagande entraine un reflexe de rejet pavlovien, que la fainéantise intellectuelle et la difficulté de trouver des documents fiables viennent parfaire. Les citations fausses, sans la moindre origine, sont légion ; tandis que les textes, les sources issues directes ne sont pas disponibles. Quant elles le sont, elles ne sont pas lues. »

    Cette critique forme l’enclume sur laquelle la bourgeoisie prend appui pour tenter d’écraser l’idéologie révolutionnaire. Conceptions basées sur de simples survols, sur une analyse superficielle, infondée, alimentée par les ouvrages scolaires, par les journaux et articles de la bourgeoisie, par les mensonges trotskistes, elle est une force réelle, toujours à l’heure actuelle.

    Le fait qu’elle n’aie jamais débouché sur quoique ce soit ne semble pas, outre mesure, décourager ses zélateurs Le fait qu’elle se marie régulièrement au réformisme non plus. Le fait qu’elle remette toujours à demain, à d’autres lieu, d’autres moments, d’autres conditions le démarrage de sa révolution, en revanche, contribue clairement à créer un découragement profond parmi les masses.

    La lutte contre l’idéologie révolutionnaire a été, nous devons l’admettre, couronnée de succès. La colère légitime des masses s’est détournée, par voie de conséquence, de cette voie. Or, cette colère, comme, le trop plein de pression d’un volcan, cherche spontanément des issues. L’insupportable accroissement de l’exploitation, l’insupportable injustice, ne peuvent que mener à des explosions de colère.

    Spontanément, les masses recherchent des moyens de juguler cette souffrance, de juguler cette exploitation criminelle. Incapables de pouvoir proposer quoique ce soit aux masses exploitées, hormis des châteaux en Espagne, des constructions de l’esprit, les croisés de l’antibolchevisme n’ont nullement capté ni l’attention, ni le soutien des masses.

    Bien au contraire, ces aventurier des abysses de l’idéologie, ont contribué à détourner les masses des voies justes. Les promesses de Révolution mondiale, d’autogestion, de révolution sociale et libertaires sont belles. Elles sont magnifiques, entourées de fleurs aux senteurs paradisiaques, à mille lieues de la guerre populaire. Mais elles ne sont que des songes.

    Dans l’immédiat, les tenants de ces lignes ne proposent guère d’autres choses que l’attente, l’inaction, le vote utile, le soutien critique aux ténors et aux tribuns.

    La terre promise d’un côté, le populisme et la colère de l’autre. Entre les promesse de changement immédiat, même réactionnaire, et les constructions de l’esprit, la rationalité fait pencher, bien souvent, plus pour le premier que pour le dernier.

    En attaquant le marxisme-léninisme, en attaquant la révolution socialiste, les réformistes, les révisionnistes, la gauche « radicale » ont sapé la voie révolutionnaire.

  • Fin de Partie -III- Le choix de la bourgeoisie.

    Fin de Partie -III- Le choix de la bourgeoisie.

    Le choix de la bourgeoisie.

    Entre 1991 -chute de l’URSS- et aujourd’hui, des étapes ont été franchies.

    La période d’enthousiasme magnifié, de sentiment de victoire pour la bourgeoisie et pour la démocratie bourgeoise, a duré un temps. Les diverses bourgeoisies des pays dominantes ont tiré un grand profit du vide qui venait de s’ouvrir. Elles ont également commencé à tâter le terrain des droits sociaux, dans l’espoir de rogner sur les concessions qui lui avaient été arrachées à la sortie de la guerre.

    A ce moment, la bourgeoisie cherchait à accroitre son taux de profit, à accroitre l’exploitation et ses bénéfices. Elle s’offrait, à elle-même, de somptueux cadeaux. Ses attaques étaient la manifestation d’un appétit dévorant, d’une rapacité sans bornes.

    En 2008, la crise des subprimes est venue clôturer durablement cet optimisme. Elle met la bourgeoisie de l’Etat français en difficulté. Celle-ci ne se bat plus tant pour accroître son taux de profit, elle se bat pour maintenir ses positions, pour ne pas glisser et déraper. Elle se montre agressive tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de ses frontières. En somme, elle a durci le ton, plus seulement par amour des rentes avantageuses, mais avec un soupçon d’effroi.

    Des questions se posent sur ce qu’aurait été l’agenda de la bourgeoisie si cette crise n’avait pas eu lieu. Il est probable que des offensives auraient été menées, mais à un rythme moins effréné.

    Le président d’alors, Nicolas Sarkozy, s’est montré un bien piètre agent de son conseil d’administration. Il a bataillé pour ses commanditaires, nous ne saurions lui retirer cela, mais sur une base difficile. Le Parti Socialiste et les forces progressistes ont opposé une vive résistance. Que les motifs soient opportunistes, électoralistes ou non, le résultat est là : l’action de la bourgeoisie s’est retrouvée entravée.

    Quoi de mieux que, en 2012, de neutraliser cette opposition : en appuyant la candidature de François Hollande, la bourgeoisie opérait une manœuvre intelligente. Pari risqué, pour certains, mais pari gagné. En cinq ans, le président « socialiste » a œuvré avec un zèle fantastique pour les intérêts de la bourgeoisie française, pour son impérialisme, contre les organisations politiques et syndicales du mouvement ouvrier.

    La difficulté résultante de cette positions est qu’un alternance devenait complexe. Le PS s’est gravement affaibli dans cette opération, s’est grandement empêtré. La droite reste marquée par les affres de ce qu’elle a fait subir. Seule solution, opérer un renversement tactique, jouer la carte non plus de l’affrontement droite-gauche, mais d’une ligne de démarcation passant entre la démocratie et le fascisme.

    De fait, le centre de gravité du débat politique a quitté la jonction entre la gauche et la droite. Elle est passé entre le « bloc Macron » et le « bloc patriote ».

    La figure rassembleuse de Macron, en butte à la figure répulsive de Le Pen, sert donc cet objectif : anesthésier l’opposition, la museler, et rassembler autour d’un faux dilemme : démocratie libérale ou fascisme protectionniste.

    La question qui se pose, cependant, est celle de l’évolution à l’issue d’un mandat qui va entrainer une paupérisation accrue, une colère sociale profonde et puissante, et dans laquelle l’alternance ne sera pas une possibilité directe. Ou le rassembleur jouera la carte de la réaction et de la coercition, ou il cédera sa place à quelqu’un capable de le faire.

    Le Front National n’est pas mécaniquement l’issue idéale de la bourgeoisie. Mieux vaut une union nationale pour les intérêts sacrés de la patrie que quelqu’un portant le clivage. Cependant, cette organisation est une carte maîtresse dans les mains d’une bourgeoisie sans scrupules.

    Le FN est un jouet de longue date. Ce n’est pas la première fois qu’il est utilisé comme moyen de pression ou de division. Sa parole à été, de ce fait, adoubée comme faisant partie de l’échiquier politique.

    Elle l’a été pour plusieurs raisons. D’une part pour des raisons tactiques, comme sous François Mitterrand, pour permettre de créer une césure au sein de l’opposition, pour manœuvrer habilement et permettre de rester majoritaire. Le Front National a divisé la droite -principalement entre gaullistes et partisans de l’Algérie, formant deux blocs distincts, hostiles et opposés.

    Dans le même temps, l’hostilité viscérale d’une part de la population envers le FN est un moyen de rassembler. Le Parti Socialiste s’est arrogé le contrôle absolu sur SOS Racisme, de Julien Dray et Harlem Désir, en faisant une docile courroie de transmission. Clamer la nécessité de voter utile pour ne pas faire le jeu du FN est -parfois- le dernier argument qui reste. Après des années de compromis, de soumissions évidente et éhontées aux intérêts de la bourgeoisie, aux intérêts des impérialistes et des rentiers de l’Etat Français, la social-démocratie et ses agents ont eu à avoir recours à ce subterfuge pour ne pas être simplement effacés.

    La seconde raison est celle de l’opportunisme politique, de la tendance au populisme, à la démagogie, au fait de chercher à rallier le plus à droite possible les électeurs, au lieu de combattre idéologiquement les positions fausses.

    Du Redshift au Blueshift.

    Deux périodes se succèdent. La première s’ouvre avec la fin du Second Empire et se poursuit jusqu’à 1991. Elle est une période qu’il est possible de caractériser, en reprenant un terme d’optique, par une période de redshift ou de « décalage vers le rouge ».

    Tout comme les ondes sonores, les ondes lumineuses subissent l’effet doppler. C’est ce qui fait qu’un objet qui s’éloigne ou qui s’approche voit -sensiblement ou non- sa luminosité changer et se décaler ou vers le rouge redshift, ou vers le bleu blueshift. C’est également, d’une manière qu’il est possible de constater dans la vie courante, le phénomène qui fait qu’un véhicule arrivant vers un observateur possède une sonorité plus aigüe que lorsqu’il s’en éloigne.

    Dans un sens, dans la période contemporaine, les idées progressistes ont, peu à peu, écrasé les idées réactionnaires, les conceptions rétrogrades. Ainsi, à la fin Second Empire, les monarchistes et les bonapartistes étaient une force politique indéniable. Le Parti Radical, en revanche, apparaissait comme une organisation -d’où son nom- radicale. Sa place sur l’échiquier politique était ainsi nettement plus « à gauche » qu’aujourd’hui.

    Au fur et à mesure de l’avancée du développement socio-économique et de son impact sur les conceptions politiques, de nouvelles forces sont apparues à sa gauche, et celui-ci fut inexorablement poussé vers la droite. Des thématiques « extrémistes » [congés payés, droit de vote des femmes…] se sont finalement imposées, progressivement, à la fois dans la société, à la fois au sein du discours de la large majorité des organisations politiques, comme une nouvelle norme.

    Hier, l’apocalypse était promise à celles et ceux qui accorderaient la journée de 10 h aux enfants. Désormais, parler du travail des enfants serait considéré comme une véritable folie.

    Ce redshift était le reflet, la conséquence directe, d’une lutte menée, idéologiquement, politiquement, culturellement, non seulement contre les positions arriérées et rétrogrades, mais bien contre les dogmes de la bourgeoisie.

    Même lorsque celles-ci ne remettaient pas en cause le capitalisme, l’impérialisme, ces luttes ont apporté des progrès indéniables dans l’amélioration des conditions de travail, dans l’amélioration des conditions de vie, dans la lutte contre la tendance à la paupérisation relative et absolue, laquelle est une des tendances inhérentes au capitalisme.

    Seulement, même si elles sont positives, ces victoires, tant qu’elles ne forment pas un coup fatal, restent temporaires. Tant que la lutte des classes n’est pas menée à son terme, les retours arrières sont possibles. Tant que l’ennemi n’est pas réduit à néant, il peut se relever et combattre. Un regard sur l’expérience de l’URSS, de la Chine, de l’Albanie, permet de s’en convaincre.

    A partir des années 70, après l’irruption du choc pétrolier, la bourgeoisie raidit le ton. Elle le fait pour plusieurs raisons : d’une part la pression de la crise l’aiguillonne, la  place sur la défensive. Elle craint pour elle-même. Un autre facteur est le fait que la menace communiste est -en pratique- conjurée. Les déviations idéologiques du P.C.F. en font désormais un parti social-chauvin, un parti faisant corps avec la cause de l’impérialisme français, acheté, corrompu, vendu. Son alignement sur la ligne de Nikita Khrouchtchev, après 1956, a sonné l’heure de la liquidation de toute volonté révolutionnaire en son sein. D’autant que le PCF fut rarement un bon élève, dès 1947, déjà, Andreï  Jdanov pointait du doigt le danger de sa compromission, danger qui s’est progressivement mué en réalité.

    Déjà marqué par des atermoiements, par des oscillations, notamment sur la question algérienne, le PCF s’est confortablement aligné sur la position d’un Moscou révisionniste, lui permettant de justifier chacune de ses errances idéologiques.

    En 1975, le P.C.F. a accompli une première phase de sa mutation. Il est devenu une organisation social-démocrate, révisionniste, réformiste. Cette ligne chauvine légitime un discours réactionnaire, lui sert de marchepied, facilite la renaissance de l’extrême-droite. Les mots d’ordre tels que « produire français », tels que ce « patriotisme économique », ou encore la « question de l’immigration » évoquée par Georges Marchais.

    Ainsi, pour citer sa lettre de 1981 au recteur de la Mosquée de Paris, il s’exprimait ainsi :

    « Il faut résoudre d’importants problèmes posés dans la vie locale française par l’immigration […] se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […], la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d’ouvriers et d’employés. L’enseignement est incapable de faire face… »

    Quant au grand frère soviétique, lui-même est en perte de vitesse. Léonid Brejnev, malgré sa restauration cosmétique de l’image de Staline, dirige une URSS de neige et de rouille. Une URSS dont le social-impérialisme -dénoncé par Hoxha et Mao- s’est déjà illustré dans la répression du printemps de Prague et s’incarne désormais dans l’invasion de l’Afghanistan. Dans les esprits les plus avisés du camp occidental, elle n’est quasiment plus qu’une gêne géopolitique, un camp rival, et n’est plus l’implacable ennemi idéologique d’avant, ce camp ennemi irréductible. Certains groupes fascistes se plaisent même -un comble- à la louer, faire l’apologie de sa résistance face à une « putréfaction de l’occident », la voyant comme une force culturellement conservatrice.

    La bourgeoisie comprend, elle aussi, la dialectique. Ses kremlinologues devinent que l’URSS s’affaiblit, s’étiole. L’affaire Farewell lui en fournit la preuve matérielle. Cet agent double offrit sur un plateau à la DST un état des lieux de l’Union. Celui-ci est, pour l’occident, plus que réjouissant. L’Union Soviétique se meurt, dépend terriblement de son espionnage pour compenser son retard technique, elle croule sous les dettes, perd en influence idéologique et politique…

    L’arrivée de Gorbatchev est vue comme le chant du signe, mais les fruits pourrissaient auparavant. Le contre-choc pétrolier, Tchernobyl, l’achève. La Glasnost et la Perestroïka ouvrent le couvercle d’une marmite bouillante : l’URSS explose.

    Avec son affaiblissement et sa mort, vient l’agonie sans fin d’un PCF, lequel accroît sa vassalisation auprès du Parti Socialiste, se met à sa traine, en devient le fidèle sujet, le laquais. Même l’intermède Mitterrandien, les nationalisations, organisées par le Parti Socialiste, ne sont qu’un paravent. L’Etat fournit un parachute aux entreprises en difficulté, le temps que celle-ci se redressent, grâce aux deniers publics -donc en somme par une baisse du salaire réel des travailleurs de ces mêmes entreprises- jusqu’à ce qu’elles puissent être revendues ou restituées à leurs propriétaires.

    La fin de la Guerre Froide achève cet arc narratif.

    Dès lors, les concessions -vécues comme temporaires- de la part du patronat aux travailleurs et travailleuses, n’ont plus lieu d’être. Elles peuvent désormais être récupérées, et l’offensive libérale se met en œuvre. Désormais, le blueshift, le décalage vers la droite, devient la nouvelle norme. Il n’existe plus de garde-fou, même révisionniste, pour entraver l’action d’une bourgeoisie triomphante.

    Réforme des retraites, allongement du temps de cotisation, du temps de travail, réduction des remboursement de la sécurité sociale, défiscalisation des heures supplémentaires… Ces thèmes ne sont plus l’apanage de la droite, ils deviennent désormais une ligne défendable pour les anciens-sociaux démocrates.

    Surtout, il s’agit du grand retour de la paupérisation relative et absolue, de plein fouet. Les travailleurs non seulement s’appauvrissent relativement à leur patrons, l’écart social se creusant toujours ; mais ils le sont également en terme de valeur absolue. Plus le temps passe, plus le salaire réel, plus le pouvoir d’achat diminue, plus les travailleurs et travailleuses sont misérables.

    Par rapport à leurs parents, la nouvelle génération connaît des difficultés plus grandes à trouver un emploi, occupe des postes moins rémunérés, en somme s’appauvrit.

    Cette misère, couplée à une poursuite, par la bourgeoisie -mais aussi par la « gauche radicale »- de l’offensive anticommuniste, ne peut conduire qu’au populisme et à un cul-de-sac politique.

  • Fin de Partie – II- Un dilemme imposé.

    Fin de Partie – II- Un dilemme imposé.

    Un dilemme imposé.

    Si les résultats de cette élection étaient prévisibles, ils n’en ont pas moins suscité quelques sueurs froides. Notamment le fait que la finale se soit déroulée entre la ligne libérale et la ligne chauvine-protectionniste. Marine Le Pen contre Emmanuel Macron fut un duel perçu comme le match du fascisme contre la démocratie. C’est une exagération quelque peu abusive de la situation. Cependant, elle soulève quelque chose d’important, c’est le fait que ce dilemme fut la seule chose que les urnes eurent à proposer.

    Cette confrontation, pourtant, n’est pas tombée comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Preuve en est la très faible réaction -quasi inexistante à certains endroits- à l’annonce du résultat. Contrairement à 2002, pas de scène de choc, de stupeur, peu de manifestations spontanées, peu d’appels à sortir, peu de récits présentant la chose comme une fin du monde.

    Un désarroi, un dégoût -certes- mais nullement un engouement, un élan pour un front républicain devant défendre la République contre une hypothétique percée fasciste. La raison en est simple : cette configuration était attendue, prévisible. Elle n’est pas le résultat d’un blitz du FN, mais clôture un long processus, entamé depuis des années.

    24% pour Emmanuel Macron ; 21% pour Marine Le Pen au premier tour, 66.06% au second, contre 33.94 %, avec 25% d’abstention -un record. Une élection atypique, laquelle a porté des candidats en rupture par rapport à la tendance au bipartisme.

    Par ailleurs, cette campagne permet d’assister à l’essoufflement des partis traditionnels. Ceux-ci ne semblent pas avoir les faveurs des électeurs. Ils évoquent, chacun dans leur style particulier, les trahisons, les mensonges, les déceptions. Ils évoquent un concept passé de mode, archaïque, nébuleux.

    Une « mode » apparaît, celle du « mouvement ». Ainsi, En Marche !, la France Bleue Marine, la France Insoumise, ne sont pas des partis. Ils sont des organisations ad hoc, des mouvements, censés, dans l’imaginaire des électeurs, casser les clivages traditionnels, briser les oppositions. Surtout, ils apparaissent comme quelque chose de transparent, de clair. Comme découlant de l’autorité d’un chef, d’un dirigeant, entouré de son équipe.

    Ils sont à l’image de cette histoire de France romancée, cette histoire-bataille faite de grands hommes et de grandes femmes, faite d’actes d’héroïsme sous l’action d’un leader, d’un général -d’un maréchal pour certains. Elle nie le rôle des masses, le rôle des forces sociales, le rôle de l’idéologie.

    Cette conception basée sur un pouvoir incarné, sur le fait de placer la confiance dans un leader plus que dans une conception politique, est -par essence- une illustration de l’influence réactionnaire.

    Marine Le Pen ; Emmanuel Marcon ; Jean-Luc Mélenchon étaient suivis par des individus qui tenaient un discours contradictoire avec les positions de leur dirigeant, mais qui projetaient sur eux leurs propres désirs, leurs propres fantasmes.

    Il suffit de débattre avec les fanatiques de Mélenchon pour s’en convaincre : sur la question de l’impérialisme français, le tribun s’est toujours montré d’un chauvinisme assumé. Sur les rapports internationaux, il place la France en dominion de l’Allemagne et des USA. Pourtant, nombre de ses soutiens restent persuadés de son internationalisme, de son fond « rouge », et refusent d’accepter la réalité.

    L’entretien du flou devient un point de ralliement, le fait de donner des principes généraux dans lesquels chacun peut voir ce qu’il veut voir. Au final, comme sur la question de la colonisation pour la FI, le chef ne tranche pas tout, mais chacun peut se revendiquer de sa pensée. Cela permet de tenir des positions contradictoires sans pourtant, en apparence, perdre en cohérence. En somme, il s’agit d’une victoire du modèle d’organisation gaulliste.

    A l’inverse, chez les organisations communiste, la ligne de démarcation est un point fondamental, les débats se tranchent, parfois d’ailleurs avec une ardeur qui confine à la précipitation. Non pas par goût du totalitarisme, mais car la cohérence, l’unité d’action, l’unité de volonté, est la base du mouvement révolutionnaire.

    En revanche, quand l’objectif est de ratisser large, le flou peut dominer sans le moindre soucis.

    Et cela, pour Macron, a fonctionné à merveille.

    L’aventure en solo, tentée par Lecanuet, Rocard et d’autres, est, aujourd’hui, la première à être couronnée de succès. Une anomalie dans un système considéré comme favorisant grandement le bipartisme et la stabilité.

    De même, la place dans la « niche écologique » de la droite traditionnelle est prise par Marine Le Pen.

    Emmanuel Macron à manœuvré particulièrement habilement, en apparaissant comme une alternative crédible, comme un centre de gravité permettant aux rats, quittant les navires-fantômes, de le rejoindre. Portant la synthèse entre les positions opportunistes de la ligne Hollande et celles des libéraux, ce coup de poker s’est montré payant.

    Macron illustre à la perfection la conception gaulliste des organisations : un candidat, un front constitué de manière tactique, peu de programme. L’essentiel est l’arrivée au pouvoir, le reste se négocie par la suite.

    Il est possible, dans une certaine mesure, de trouver une analogie dans les tactiques militaires employées par le passé.

    Le leader de En Marche ! serait, ainsi,  un émule de Heinz Guderian et de ses divisions de Panzern : fracturant le front fixe de ses adversaires, coupant leurs voies de communication, s’infiltrant, contournant… A aucun moment il ne cherche l’anéantissement frontal de ses adversaires, mais uniquement à les encercler, à les forcer à la reddition. Même contre plus fort que soi, cette tactique peut s’avérer payante.

    Dans sa lutte contre deux forces massives, les Républicains et le PS, il est vrai que le nouveau venu a bénéficié d’augures favorables : un Fillion hors jeu et un PS décati. Cependant, rendons à César ce qui revient à César, son esprit tactique fut à la hauteur du challenge.

    A l’inverse, la lente montée en pression du Front National évoque celle d’un général de la Première Guerre mondiale. Elle correspond à une avancée effectuée face à une défense extrêmement puissante, qui balaie ses tentatives de gains territoriaux.

    Le FN envoie ses hordes réactionnaires à l’assaut et gagne peu. Mais ce que cette organisation gagne, elle le garde solidement. Son électorat est, en effet, fidèle. Ce ne sont pas les appels d’un Mélenchon qui lui feront changer d’avis. Ainsi, cette organisation, tranchée après tranchée, gagne peu à peu un espace qui demeure le sien.

    Dans les débats, ironie des ironies, sa méthode devient un Stalingrad fasciste. Une artillerie faite de rumeurs, de fake news, d’ « infaux » ; des débats dans la boue de son idéologie réactionnaire, dans une rhétorique fallacieuse digne d’un combat de rue oratoire. Le FN frappe et laisse des séquelles. Même lorsque la vérité éclate, il reste, dans l’esprit du public, les stigmates de l’attaque.

    Maîtres du chaos, les fascistes cherchent systématiquement à masquer leurs lignes. Attaques sur la gauche, attaques sur la droite… tout est permis tant que cela accroît l’influence de l’organisation, de ses relais, de son idéologie.

    Même si ses élus sont des champions de la corruption, même si leurs mairies sont des capharnaüms, le FN reste l’organisation capable de canaliser la colère, de canaliser les voix de nombreux sans-partis.

    L’échec face à Macron, lors du débat du second tour, ne doit pas masquer la réalité : le fait que celui-ci ait eu lieu est déjà, en soi, une illustration de l’avancée de ses positions au sein de la société. Et ce, malgré que les « courtes jambes » du FN, son incapacité à développer une stratégie cohérente, aient offert les lauriers de la victoire à Emmanuel Macron.

    Surtout, au fur et à mesure de son matraquage, celui-ci a réussi un tour de force impressionnant : il s’est placé au centre du débat idéologique. Ce sont désormais ses mots d’ordres qui dictent la position des autres organisations, sa vision du monde qui prend une place hégémonique.

    Cette incapacité à triompher de son adversaire est une défaite tactique, mais ne remet pas en cause le fait que le Front National devienne un acteur de l’opposition. De marginal, le Front National est devenu un point de bascule dans le débat. Les positions des organisations politiques tendent, de plus en plus, à se prendre relativement à la position du FN. Ses thèmes de campagne : la question des immigrés, la question de la domination par l’Europe, la question de la sécurité, sont devenus les enjeux centraux des débats.

    Ce succès n’est nullement celui d’une étoile filante, mais tout ceci est bel et bien le fruit d’un long processus. De nombreuses forces ont été les acteurs de cette progression, y compris -tristesse- dans le camp des progressistes.

    La bourgeoisie ne dépend pas des fascistes, à l’heure actuelle, pour assurer sa sauvegarde. Cependant une opposition formée par le FN est un bénéfice faramineux. Elle forme une contre-assurance idéale.

    La bourgeoisie n’a pas besoin, par ailleurs, du FN pour instaurer un régime caporalisé et durci. Comme nous le mentionnons dans notre analyse du débat du second tour : « Il n’existe pas de muraille de Chine, ni de dispositions légales protectrices, qui peuvent intégralement prémunir contre un passage de la démocratie bourgeoise à un système de type fasciste. Si certains esprits mécanistes considèrent que Le Pen est directement égale à « fascisme » et, à l’inverse, que Macron est directement et immuablement égal à « démocratie », politiquement ceci est une fausseté. Les facultés de résilience de la société civile peuvent tout à fait entraver les tentatives de Le Pen d’appliquer son programme à la lettre, tandis qu’elles peuvent être neutralisée par le centrisme apparent de Macron. Dans une situation difficile ou critique, un centriste peut très bien recevoir l’ordre d’appliquer un régime caporalisé. N’oublions pas que les fossoyeurs de la révolution Spartakiste d’Allemagne, que ceux qui tentèrent d’étrangler la révolution bolchevik, portaient l’un et l’autre la Rose du socialisme, étaient tout deux des gens « de gauche », progressistes et démocrates. »

    Toujours est-il que, à l’heure actuelle, Emmanuel Macron, le plus jeune président de la République, est le héraut parfait de la bourgeoisie. Mais cet adoubement est, là aussi, le fruit d’un long trajet.