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  • 100 millions sinon rien – partie 9.  Le Grand Tournant

    100 millions sinon rien – partie 9. Le Grand Tournant

    La planification et le grand tournant, lancés en 1928 et 1929, n’ont pas d’équivalent dans l’histoire en termes de transformation profonde de l’économie et de la vie sociale. Cette étape dans la construction du socialisme a été critiquée avec véhémence par plusieurs commentateurs et par les oppositions. Boukharine la voyait comme prématurée, voir non nécessaire, ne comprenant pas les processus de concentration de la propriété foncière et de la terre entre les mains des Koulaks ; Trotski la voyait comme quelque chose d’impossible, d’irréalisable. Il aurait fallu se contenter d’un impôt spécial, mais ne pas toucher à la propriété de la terre. Ces critiques sont légitimes quand elles touchent à la forme, bien que les Soviétiques ont fait ce qu’ils pouvaient. Sur le fond de l’affaire, il n’existait pas d’autre possibilité de pouvoir transformer radicalement le fonctionnement de la production soviétique.

    Pour pouvoir passer d’une économie nationalisée (partiellement) à une économie socialiste, il fallait réussir un véritable tour de force. Il fallait être capable de recenser les ressources, le potentiel industriel, le potentiel humain. Mais réussir également à accorder les décisions économiques centralisées, qui relèvent de la planification et les décisions économiques courantes, lesquelles, elles, relèvent de la gestion économique courante.

    Or la planification est beaucoup plus profonde que la question de la simple gestion. Beaucoup voyaient dans le socialisme une simple économie « autogérée » ou nationalisée. Il ne s’agit pas que de produire sous le patronage de l’État, mais bien de transformer complètement les rapports de production au sein de la société, et de mettre fin aux échanges marchands de manière progressive.

    Or, passer d’un système où, même limitée, la sphère du marché existe, les rapports marchands forment la base principale des rapports économiques entre les individus, à un système planifié n’est pas une mince affaire. Même aujourd’hui, y compris dans un État possédant une base industrielle solide, même en incluant l’expérience soviétique, il serait particulièrement difficile de parvenir à réaliser sans à coups cette opération. Elle était d’ailleurs préparée de longue date. Le Gosplan, l’organisme qui était chargé de la mise en place de la planification, avait travaillé dès le début de l’URSS, dans le but de pouvoir identifier les ressources, faire l’inventaire des entreprises et des industries, tout comme des perspectives de développement économique. La tâche était immense.

    La planification était vue, dans le Parti, comme allant de soi. La collectivisation, quant à elle, faisait débat. Pourtant, comment faire pour, d’une part, parvenir à financer la construction d’une industrie, de l’autre parvenir à ne pas être sous la dépendance du bon vouloir de la paysannerie, et en particulier de la paysannerie riche ?

    Boukharine préconisait de simples impôts. Trotski, moins fixé sur cette question, avait oscillé entre cette position (au moment de l’opposition unifiée) et des expéditions punitives assorties de réquisitions. Ni l’une ni l’autre n’étaient viable. L’une parce qu’elle laissait libre cours au marché libre des denrées alimentaires, l’autre parce qu’elle rompait l’alliance entre ouvriers et paysans et exposait l’URSS à une guerre civile.

    La collectivisation suivait un but rationnel. Il fallait regrouper les propriétés paysannes entre elles, permettre ainsi la rationalisation de l’utilisation des machines. L’État achetait à un prix fixé les denrées produites par les exploitations collectives et les vendait dans les villes. Le profit généré servait à financer l’industrialisation. En échange, l’État produisait des SMT (Station de Machines de Travail) qui étaient alloués aux Kolkhozes. Le gain de productivité ainsi réalisé permettait d’augmenter la production progressivement et de créer un cercle vertueux. Il n’avait pas été tranché de manière précise la question du marché paysan et de la possibilité pour les agriculteurs de travailler une terre privée.

    La collectivisation s’est imposée comme la seule et unique possibilité. Mais comment la réaliser ? Ce n’était pas non plus une évidence. L’idée généralement admise était qu’il fallait convaincre les paysans des bienfaits de la collectivisation. Mais cette entreprise n’allait pas de soi. Elle a eu un coût terrible, regrettable, mais difficile à éviter.

    En 1929, au moment où elle est mise en œuvre, cette politique arrive à un moment où l’URSS se heurte à un mur invisible. D’une part le contexte international est davantage tendu que jamais. Déjà en 1927, il y eu une rupture des relations diplomatiques entre la Pologne et l’URSS. Une guerre semblait imminente, avec, derrière, l’intervention anglaise comme un risque réel. De plus, la paysannerie riche, en position de force, dicte sa loi. La récolte catastrophique de 1928 indique un changement d’attitude chez elle, laissant supposer qu’un conflit de classe est imminent.

    En décembre de la même année, la direction soviétique décide alors de lancer l’opération. Elle s’accompagne, contrairement aux récits maintes fois élaborés de toute pièce, d’un véritable mouvement de masse. Et pour cause, l’encadrement communiste est particulièrement faible dans les campagnes. Ce bouleversement est parfois nommé « révolution culturelle stalinienne » tant il est profond. Il forme un effet boule de neige qui entraîne les campagnes, et les enflamme parfois.

    Tandis que la récolte de 1928 avait entamé grandement les réserves de l’URSS, le temps des troubles de 1929-1930 accentue le problème. La situation ressemble, par certains aspects, à celle de la période du communisme de guerre. L’URSS doit faire un choix.

    • Contrairement à la grossière caricature qui est faite, y compris dans La ferme des animaux de G. Orwell, elle réduit considérablement ses exportations. Ce choix est connu depuis peu, au travers des travaux de S. Wheatcroft et de M. Tauger. Il a placé l’URSS dans une situation difficile vis-à-vis de ses créanciers, d’autant qu’elle doit même importer. Le problème s’est partiellement résolu en liquidant la collection d’œuvre d’art de l’Hermitage, permettant de trouver des devises.
    • Si l’Union soviétique lâche complètement la bride à la campagne, et laisse faire la politique de sabotage de la part des franges anticommunistes de la paysannerie, elle expose les villes à la famine.
    • Si elle mène une politique de réquisition, elle s’aliène une partie importante de la campagne, comme à l’époque du communisme de guerre.

    Sommée de choisir, le gouvernement soviétique a dû revenir aux réquisitions, face auxquelles une partie de la paysannerie a réagi en accentuant le sabotage et en refusant d’effectuer les livraisons. Les régions agricoles majeures ont été logiquement les plus touchées, à commencer par l’Ukraine. Il n’en fallait pas moins pour que se déchaînent les passions sur un hypothétique génocide prémédité.

    Dans l’esprit des fossoyeurs de l’URSS

    Dans l’acceptation généralement admise en occident, la collectivisation et la planification étaient uniquement conçus pour briser la paysannerie et imposer « le totalitarisme », détruire la société traditionnelle paysanne, voire massacrer pour « imposer le pouvoir ». Un pouvoir fétichisé, le plus souvent sans contenu de classe, ni ambition politique claire. Au mieux, l’opération sert à « transformer l’URSS en grande puissance », au pire… on en arrive à l’Holodomor.

    Une certaine littérature, animée par l’extrême-droite, mais reprise, comme très souvent, par l’extrême-gauche anti-totalitaire, a travaillé avec ardeur pour faire de la collectivisation un génocide. L’Holodomor serait une punition collective infligée par le gouvernement soviétique à un peuple ukrainien rétif, qu’il faudrait discipliner. Le gouvernement ukrainien de la Révolution orange, inspiré par ces thèses, en a fait usage, quitte à tordre la réalité historique :

    « Ainsi en va-t-il de l’Holodomor en Ukraine : les famines de 1931-1933 ; littéralement Holodomor signifie « laisser mourir de faim ». Le Parlement ukrainien a voté en 2006 une loi qui reconnaissait l’Holodomor comme un génocide envers le peuple ukrainien et qui en condamnait la négation publique. Elle suscita immédiatement des controverses, avec pour enjeu le passé communiste et les objectifs de Staline. S’agissait-il, comme l’a affirmé le président Iouchtchenko, « d’anéantir la mémoire nationale », en sapant les fondements de « la spiritualité ukrainienne (la famille, la foi en Dieu, l’amour de la terre ») ? Finalement, la pénalisation de la négation ne fut pas retenue, non plus que le caractère spécifique du crime contre le peuple ukrainien. » (Hartog, 2013)

    L’impossibilité de caractériser juridiquement le crime contre la « spiritualité ukrainienne », mais également la levée de bouclier par les associations de victimes de la Shoah, heurtés par les tentatives de réhabilitation sous-jacentes de criminels nazis, ont mis fin à la tentative. En dépit de cette absence de fondement juridique, elle est constamment diffusée, notamment par le biais de l’Éducation Nationale. Elle est une héritière directe de l’influence toujours vive de la « querelle des historiens », mais aussi de la Guerre froide.

    Ce qui ressort des travaux des chercheurs, c’est que le phénomène de famine n’a pas été localisé exclusivement à l’Ukraine, illustrant une politique spécifique de la part de la direction soviétique, mais qu’il a été un phénomène diffus. Diffus dans le temps, car débutant avec la récolte de 1928 et se terminant aux alentours de 1932-1933, mais également diffus géographiquement, car concernant une grande zone géographique, allant de l’Ukraine au Kazakhstan.

    Le caractère exceptionnel de cette famine est également le fait d’un tour de passe-passe. Cette opération vise à comparer des situations incomparables dans le monde. En effet, les détracteurs de l’Union soviétique comparent implicitement ou explicitement l’URSS à des États occidentaux, montrant la famine comme un signe d’arriération moyenâgeux, évoquant dans les esprits l’image de la Grande peste ou de l’Ancien régime. Deux choses séparent fondamentalement pourtant ces pays de l’URSS :

    • L’accès au marché international des semences et des denrées agricoles avec une souplesse au niveau du crédit. Le plus généralement, l’Union soviétique est traitée comme un partenaire commercial qui doit payer immédiatement, ce qui demande des devises étrangères, des fonds de roulements…etc. Cela rigidifie grandement la possibilité de nouer des relations commerciales.
    • Le caractère impérialiste des autres pays. Ce point n’est pas à négliger. L’abondance de produits de consommation agricole dans les pays « développés » (en réalités dominants) n’est pas un tour de magie productiviste. C’est avant tout la possibilité de compter sur la surexploitation et les superprofits réalisés ailleurs. Parfois, les pays impérialistes ont tout simplement fait payer leurs colonies à leur place. La France, entre 1940 et 1948, a ainis imposé un régime de « ravitaillement » au protectorat du Maroc, obligeant celui-ci à livrer des denrées alimentaires. 200 000 sont morts de faim. La famine du Bengale, en 1943, qui a fait entre 2 et 4 millions de morts, a été provoquée par les choix économiques du gouvernement britannique. La seule réponse de Churchill a la situation fut de dire  « Alors pourquoi Gandhi n’est-il pas encore mort ? ». Les famines actuelles sont également le fruit de cette surexploitation avide et criminelle.

    Mais qu’en est-il réellement ?

    Nul ne conteste que la mortalité est montée en flèche durant la période. En revanche la paternité de cette hausse de mortalité, les raisons politiques ou techniques de son apparition, sont toujours débattues. Souvent, en revanche, l’attribution des causes est liée à une pétition de principe qui impute au gouvernement soviétique, voir à la personne même de Staline, l’alpha et l’oméga de l’intégralité des événements qui ont eu cours durant la période. Ces capacités surhumaines attribuées au gouvernement soviétique sont flatteuses, mais ne reflètent pas une réalité nettement moins avantageuse. Dès 1958, avec Smolensk under soviet rule, écrit par Merle Fainsod, démonstration est faite que, à cette période le gouvernement soviétique et le Parti communiste contrôlent assez peu la population. Les travaux ultérieurs sur les archives soviétiques, avec un corpus plus large, n’ont fait que confirmer cela. Parler d’un totalitarisme tentaculaire, bureaucratique et maître du territoire est un contre-sens historique. Cela a, bien sûr, été tenté par des politologues comme Brzezinski, dans l’unique but de s’attaquer au bilan de l’Union soviétique.

    L’échec de cette opération n’en a pas moins empêché la diffusion, notamment par le biais des manuels scolaires. Cette historiographie, qui fait de la collectivisation « un massacre de Koulaks » est avant tout une condamnation du socialisme. Elle ne se base sur aucune réalité.

    En dépit de l’imagerie habituelle, très rapidement, la direction soviétique prend conscience du fait que les choses ne se passent pas « comme prévu ». En mars 1930, Staline publie dans la Pravda un article appelé « les vertiges du succès » Il marque un coup d’arrêt à la collectivisation forcée, laquelle dure en tout est pour tout 3 mois. La collectivisation sera donc faite par le fait de convaincre la paysannerie, tandis que des lopins individuels sont conservés comme moyen terme.

    Finalement, le succès est progressif, mais réel. La paysannerie est majoritairement dans les kolkhozes. Mais l’opération s’est mal passée. Aux yeux de la direction, cela révèle la faiblesse de leur encadrement et la qualité assez basse des cadres communistes de rayon. Certains agissent en seigneurs féodaux, d’autres s’enivrent avec les Koulaks qu’ils sont censés liquider en tant que classe. Certains dirigeants de soviet locaux sont également des contre-révolutionnaires, propriétaires fonciers, parfois même copinant avec les bandits de grand chemin, qui existent toujours à cette période.

    Le Parti, qui s’est largement prolétarisé dans les années 1920, est devenu une organisation immense, avec plusieurs millions de membres 1 600 000 en 1930, 3 500 000 en 1933. Or, le niveau politique est souvent très bas, tandis que le fonctionnement, toujours inspiré par la clandestinité, renforce l’existence d’un blat quasiment omniprésent. Dans la période de tension des années 1929-1933, les purges visent surtout l’expression politique contre la collectivisation. Elles touchent 250 000 personnes, mais ne sont ni des déportations, ni des exécutions. En revanche, une vérification de fond en comble de l’appareil du Parti n’est pas possible dans la situation. Celle-ci à donc lieu à l’issue de l’épreuve de force, en 1933, à une vaste révision des cadres. Il s’agit d’une des premières grandes purges.

    Une lecture policière de l’histoire en a fait le premier acte d’une série visant à assurer une domination totale à Joseph Staline sur l’appareil d’État. Or cette reconstruction a posteriori des événements se marie mal avec les autres éléments dont il est possible de disposer, à commencer par une réintégration de certains opposants, à l’image de Préobrajenski.

    À l’issue de cette période, la politique soviétique entre dans une phase de calme relatif et de relâchement. Ces années, de 1930 à 1934 sont cependant une période de transformations importantes de la société soviétique, en particulier de son mode de vie.

  • Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Partie 9

    La dernière partie du dossier enfonce le clou. Elle insiste sur ce qui est le fondement de ce document, c’est à dire le fait de réduire au minimum l’apanage de l’Etat, de réduire au minimum son activité, et de livrer de nouveaux marchés aux capitalistes sans cesse avides de profits. Le dossier va dans leur sens, en laissant libre court à la rapacité de la bourgeoisie et en ôtant les barrières et les brides qui pouvaient la contraindre.

    La suppression des doublons, proposition importante du document, est ainsi un blanc-seing donné aux entreprises pour transgresser les règles. « Pour les contrôles auxquels les entreprises sont soumises, il faut rationaliser et mieux coordonner en mutualisant davantage et allant vers un guichet unique pour certains types de contrôles. La cohérence des contrôles, leur priorisation, leur pertinence, leur sécurisation et leur acceptation par les usagers seraient à l’évidence mieux assurées si une seule structure était chargée de leur coordination ; »

    In fine, ce qui en ressort, c’est le fait que les contrôles seront plus lâches, moins resserrés, et rationalisés à outrance, ce qui signifie, en langage de la RGPP, que le service sera saturé et incapable de faire face aux problématiques réelles du terrain. Mieux encore, les génies à l’œuvre derrière ce pamphlet pensent trouver une solution miracle en délégant au privé le contrôle, notamment sanitaire, mais également en inventant l’auto-contrôle sanitaire. Sachant l’énergie que les capitalistes mettent à respecter les lois et les normes, il ne fait de doute que l’intégralité des problèmes seront réglés, d’un coup de baguette magique.

    « ► faire réaliser, au-delà de ce qui se pratique déjà, certains contrôles par des opérateurs privés. Aujourd’hui des organismes à vocation sanitaire (OVS) reçoivent délégation par le préfet pour procéder à l’exercice de contrôles pour le compte de l’État. On pourrait étendre les délégations à des opérateurs privés à d’autres contrôles, y compris dans le domaine de la concurrence et de la protection du consommateur et de la répression des fraudes. On pourrait également développer les démarches d’auto-contrôle par les structures faisant l’objet d’inspections, à partir de référentiels d’auto-diagnostic reconnus. »

    Dans les cartons, également, le projet de mettre fin à plusieurs aides de l’État, au prétexte qu’il faille « Mettre un terme à toutes les interventions publiques dont l’efficacité n’est pas démontrée » « La France dépense 2,2 points de plus que ses voisins en interventions sectorielles (aides à des entreprises ou des secteurs divers). Ces aides – directes ou sous forme de niches sociales et fiscales – peuvent avoir un effet positif sur l’économie, mais il faut s’en assurer, d’autant qu’elles peuvent atteindre des montants conséquents (une quarantaine de milliards d’euros environ). Or, elles ne font pas l’objet d’une évaluation systématique et perdurent sans que leur efficacité soit avérée. Elles sont par ailleurs peu lisibles pour les entreprises et fortement consommatrices de moyens humains (environ 15 000 ETP, dont près de 1 500 dans 110 agences). »

    Il est vrai que le caractère bureaucratique de certaines formes de gestion du capitalisme est lui même générateur d’un parasitisme. Mais derrière cette idée de rationalisation et de concentration, c’est surtout le moyen pour l’Etat d’avoir la haute main sur l’intégralité des dépenses qui est visé. Donc, de fait, d’accroître la capacité d’initiative de la part des servants zélés du capitalisme.

    Autre exemple, le soutien à la transition énergétique du fait de sa non-rentabilité et de l’inefficacité constatée des résultats des initiatives précédentes selon les critères de la RGPP serait liquidée. « Pour le soutien à la transition énergétique, le montant de l’ensemble des dépenses de la politique nationale de l’énergie, y compris les versements aux opérateurs, s’élève à 16,8 Md€. Le coût pour la collectivité est donc très significatif. Pourtant, les choix dans ce domaine sont malaisés parce qu’il n’est pas évident de déterminer quelle technologie soutenir. En effet, il n’y a pas de consensus sur le coût de revient futur de ces énergies. »

    Cette politique de gestion des questions énergétiques ne peut effectivement ne déboucher que sur des déconvenue étant donné la manière dont elle est menée. Dans des secteurs aussi lourds que les investissements dans les infrastructures de production d’énergie, la rentabilité n’est qu’une lointaine lumière. C’est d’ailleurs pour cela que la très grande majorité des frais de développement et de construction étaient assumés par les contribuables. C’est pour cela également que la bourgeoisie elle-même n’a pas tant bronché lorsque les nationalisations ont été mise en œuvre en 1944-1945 et après le choc pétrolier, car cela lui permettait de faire assumer le coût faramineux de ces évolutions par la plus grande partie de la population tandis qu’elle récupérerait les fruits de celui-ci quand le seuil de rentabilité serait atteint.

    Des phrases cryptiques qui pourraient laisser un brin d’espoir telles que celles qui suivent, ne sont, en réalité, que des proclamation de la fin de cette politique de transition vers les énergies renouvelables.

    « aider les collectivités territoriales à s’assurer que leurs projets de soutien aux énergies renouvelables sont techniquement réalistes et rentables. Cette rentabilité doit être évaluée d’un point de vue économique mais également social. »

    Aider les collectivités à s’assurer ne signifie pas les aider financièrement à soutenir des projets, mais bien les aider à diagnostiquer la rentabilité de ces projets. En somme, il s’agit de faire intervenir une inquisition comptable chargée de pourchasser la dépense.

    A cela s’ajoute d’autres projets tout aussi gênants pour la réductions des dégâts causés sur l’environnement notamment le fait de supprimer les incitations à la rénovation thermique.

    « supprimer le taux réduit de TVA sur les travaux de rénovation thermique et le faire passer au taux intermédiaire »…

    Nul doute que l’opportuniste François de Rugy se fera sans la moindre vergogne le réalisateur de ces réformes.

    D’une manière générale, cette fin de l’intervention dans certains secteurs signe la fin d’une certaine forme d’égalisation du développement des infrastructures. Comme mentionné plus haut, les projets du gouvernement actuel mènent à une reconcentration des moyens et à une métropolisation accrue. Une des infrastructure concernée par les réformes prévues est celle des aéroports locaux, qui, à l’heure actuelle, bénéficient d’une péréquation avec leurs homologues internationaux.

    « Dans le domaine du transport aérien, il existe un très grand nombre de petits aéroports qui ont besoin de subventions d’exploitation pour être pérennes économiquement. On peut s’interroger sur la nécessité de maintenir les niveaux actuels de soutien pour l’ensemble de ces petits aéroports. »

    « supprimer la péréquation de la taxe d’aéroports, sauf pour les aéroports dont la desserte est nécessaire à l’aménagement du territoire ; »

    Pour ces aéroports, cela signifie donc le fait d’être étranglés financièrement et de devoir, comme les universités au final, augmenter leurs frais internes pour rester à flot. Cela signifie de fait des réductions de personnels ou des fermetures.

    Pour les administrations, la chasse aux économies conduit les rédacteurs à sortir du chapeau une chimère constante : l’externalisation. « Mutualiser davantage l’achat public et développer les externalisations »

    « Les administrations doivent s’assurer qu’elles ne peuvent pas remplir leur mission à moindre coût, en mutualisant leurs achats, en externalisant une partie des leurs tâches, en achetant sur étagère, etc …

    Ce principe sera plus facile à appliquer dans un contexte où les managers auront plus d’autonomie et seront intéressés aux économies : en effet, si ceux-ci peuvent profiter des économies qu’ils génèrent, ils intégreront plus volontiers des démarches d’optimisation des coûts. »

    Nous ne savons pas si la phrase que nous soulignons signifie une récompense financière ou une récompense en terme de carrière, mais toujours est-il qu’elle mérite d’être pointée du doigt pour illustrer le rôle de garde-chiourme et de contremaître que ces managers vont être amenés à jouer, en plus d’être des parasites au sein des administrations.

    La croyance dans une prétendue vertu de la gestion privée, au nom du fait que la concurrence tirerait les prix vers le bas et la qualité vers le haut atteint ici le pinacle de l’absurde. Que cet argument soit utilisé dans des secteurs où il peut exister plusieurs offres, admettons. Et encore, car la tendance à la création d’ententes, de trusts, de cartels, de monopoles est inscrite dans les gènes du capitalisme.

    Mais lorsque cet argument est employé pour des questions telles que l’externalisation des cantines ou la privatisation des autoroutes, le ridicule saute aux yeux. Jamais deux sociétés autoroutières ne construirons côte-à-côte deux autoroutes. Jamais, dans un collège, il n’y aura de concurrence entre deux cafétérias. Les coûts en terme infrastructure sont hors de proportion avec les bénéfices escomptés par les investisseurs et les actionnaires. C’est d’ailleurs pour cela que ces derniers se font une joie immense de voir que ces frais sont endossés par les contribuables, tandis que l’exploitation leur a été concédée à vil prix.

    « dans le domaine du transport routier, en plus de la décentralisation prévue (voir proposition n° 18), mettre à l’étude le transfert dans les concessions autoroutières existantes d’un peu plus d’une quinzaine de tronçons, représentant environ 150 km, pour lesquels cela semble cohérent et qui ont été identifiés par le ministère en charge des transports Plus largement, on pourrait développer l’externalisation du réseau routier des collectivités et de l’État selon un découpage territorial pertinent (par axes ou par territoires), au-delà de ce qui est déjà pratiqué »

    Voici une exemple de ce type d’offrandes à la bourgeoisie. En fait de marchés concurrentiels, ce sont des marchés captifs qui sont offerts. Des marchés sur lesquels les immenses corporations que sont Bouygues ; Sodexo ; Vivendi… peuvent pratiquer les tarifs qui leur conviennent -les plus élevés possibles donc- pour s’assurer des marges colossales, tout en prenant en otage -la bourgeoisie ne se prive pas d’employer ce terme, pourquoi ne le ferions-nous pas?- les usagers.

    Ce qui devient amusant, c’est que ce système d’externalisation sera appliqué également aux armées.

    ► externaliser davantage la fonction d’habillement, de restauration et d’entretien courant de l’immobilier pour le ministère des Armées. L’habillement est déjà en partie externalisé. Il s’agirait donc d’étendre les marchés pour des économies d’échelle plus importantes. Pour l’alimentation et l’entretien du parc immobilier, ces prestations sont déjà réalisées dans le secteur privé pour d’autres entreprises ou ministères et l’externalisation permettrait d’offrir des coûts plus compétitifs ;

    « ► dans le domaine de la défense, rechercher systématiquement à satisfaire le besoin opérationnel en réalisant une acquisition « sur étagère » (déjà existante) plutôt que de lancer le développement d’une solution qui serait créée spécifiquement pour l’armée française et donc peut-être plus coûteuse ; »

    Cette phrase illustre incompréhension et la naïveté dont font preuve les rédacteurs du texte, lesquels ne sont, au final que des exécutants. Croire que l’immense complexe militaro-industriel saura se satisfaire de commandes aussi peu profitables revient à se bercer d’illusion. Si les industries comme Dassault ou comme Thalès insistent autant pour que la loi d’Augustine -la loi de l’inflation logarithmique des coûts militaires- se concrétise, c’est parce qu’ils en tirent d’immenses profits. Comme ces entreprises n’ont pas de concurrents, il leur est possible de pratiquer des tarifs hors du commun, faisant du matériel français un des plus onéreux au monde. 78 Millions d’€ l’unité pour un Rafale contre 15 pour un MiG-29 ou 60 pour un Su-35; 15,9 M€ pour un char Leclerc contre 6,1 pour un Abrams et 3 pour un T-90… Cela explique le fait que le matériel français ne se retrouve que dans des marchés protégés, cloisonnés, parfois même d’ailleurs de manière contradictoire avec l’efficacité militaire.

    Il s’agit d’une divertissante contradiction par ailleurs qui illustre celles que connaît la bourgeoisie, du fait de sa nature de classe et de sa courte vue. D’une part, il existe une volonté de réduire le format des armées et les coûts pour diminuer les impôts, de l’autre la volonté de vendre au prix le plus fort le matériel militaire. Cette conjonction commune fait que l’armée français est dans une situation fort déplaisante, avec une poignée de matériel de pointe, mais qui n’a qu’un format de « poing blindé » ou de corps expéditionnaire, incapable de pouvoir remplir les tâches de contrôle du territoire que lui impose l’impérialisme français, devant se baser sur des supplétifs locaux et low cost. Ironiquement, l’impérialisme lui même nourrit sa défaite par son caractère putréfié.

    Pour ce qui est de compenser les gouffres dans la trésorerie des administrations et des services publics, les auteurs ont eu un éclair de génie :

    « Faire payer directement l’usager de certains services publics »

    Application directe du libéralisme, cette conception qui veut que l’utilisateur soit le payeur fait son chemin. Ainsi, cela veut s’appliquer à la SNCF nouvellement privatisée.

    ► transports. Les déplacements des individus et des marchandises créent des coûts pour les pouvoirs publics : entretien des infrastructures de transport, investissement pour augmenter les capacités d’accueil (nouvelles rames de train, par exemple)… Ces déplacements engendrent également des coûts cachés notamment du fait de la pollution. Aujourd’hui, on dispose de plusieurs choix pour ses déplacements, qui peuvent limiter ces coûts cachés. Par exemple, on peut choisir le covoiturage plus aisément qu’auparavant. Il n’est donc pas anormal de demander à ceux qui ne font pas le choix de réduire les coûts qu’ils engendrent pour la société d’en prendre une plus grande partie à leur charge ; [C’est nous qui le soulignons]

    En somme, celui qui ne prend pas le train ne cotise pas au fonctionnement du chemin de fer. A l’utilisateur de payer plein tarif. Logique. Sauf que, ironie de la chose, les RFF (réseaux ferrés de France) restent entre les mains de l’Etat et donc sont financés par le contribuable. Or, les rails ne rapportent pas grand chose et coûtent cher. Le bénéfice se fait sur le matériel roulant, propriété privée. Donc, dans l’équation truquée, non seulement tout le monde paie de sa poche l’entretient des voies, mais l’utilisateur paie les bénéfices à l’exploitant.

    Quant à l’invocation du covoiturage, elle est savoureuse. Finalement, pour compenser la baisse de leur niveau de vie et la hausse des coûts, les utilisateurs se doivent de mettre en commun leur propriété privée. Cela ne peut que rappeler le Manifeste lorsque les auteurs s’expriment ainsi : « Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu’à la condition que l’immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien ce que nous voulons. »

    A cela, les auteurs rajoutent une petite nouveauté sous couvert d’écologie :

    « favoriser la mise en œuvre d’un péage urbain dans les principales métropoles. Un tel péage, qui existe dans de nombreuses métropoles (Londres, Stockholm…) vise à limiter la congestion et la pollution dans les centres urbains et à inciter l’utilisation des transports en commun. Il rend visible le coût pour la société d’une utilisation de la voiture pour les déplacements en ville. Ce péage peut être modulé en fonction du niveau de pollution de la voiture (gratuité pour les véhicules électriques par exemple) »

    Sur le principe, l’idée peut paraître sympathique. Mais dans l’application, ce péage est un péage sur critères sociaux déguisés. Les voitures électriques demeurant l’apanage de certaines catégories sociales. A l’inverse les véhicules les plus polluants ne sont pas forcément les grosses cylindrées, mais bien souvent les vieux tacots. Certes la mesure rend visible le coût de la pollution, mais la sanction économique frappe particulièrement ceux et celles qui n’ont pas le choix, laissant les rues des grandes villes aux bourgeoisie qui paient l’obole.

    Ce qui ressort de cette dernière partie, avant d’aborder une conclusion, c’est le caractère particulièrement avare des mesures mises en place. Avare envers les usagers, envers les plus précaires, envers les plus pauvres, mais, en revanche, d’une générosité sans bornes envers les commanditaires de ces réformes : la grande bourgeoisie et particulièrement celle des métropoles. Cependant, on ne peut retirer le caractère fondamentalement irréaliste, même en régime bourgeois, de certaines propositions, qui lèsent les grands trusts du complexe militaro-industriel. Croire que les dépenses publiques vont se tarir, dans un secteurs aussi important pour ces grands bourgeois, c’est sombrer dans l’idéalisme le plus béat.

  • Macron au Burkina-Faso – La Franceafrique toujours vivante.

    Macron au Burkina-Faso – La Franceafrique toujours vivante.

    Macron au Burkina-Faso – La Franceafrique toujours vivante.

    Lundi 27 novembre aura lieu la visite d’Emmanuel Macron au Burkina Faso. Le séjour de l’agent exécuteur de la bourgeoisie impérialiste française durera deux jours, et sera le premier déplacement en Afrique du jeune président. Plusieurs organisations de la société civile burkinabé ont appelé à manifester sur le trajet de Macron, en dénonçant le pillage des ressources naturelles par les entreprises françaises, la présence de l’armée française et le maintien du franc CFA.

    Pour sa première visite en Afrique, le choix du Burkina Faso par le président français, patrie de Thomas Sankara, assassiné par les agents de l’impérialisme, est lourd de sens.

    C’est le 4 août 1983 qu’au sein de cette ancienne colonie française, alors connue sous le nom de république de Haute-Volta, le capitaine Thomas Sankara renversa le régime compradore du médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Pendant une brève période, les rapports de force au sein de l’armée avaient permis à Sankara de participer au gouvernement de Ouédraogo, mais ses positions ouvertement anti-impérialistes lui valurent d’être limogé. Nul doute que l’État français ne soit pas étranger à cette décision. Les positions de Sankara se résument en une déclaration : « Lorsque le peuple se met debout, l’impérialisme tremble. L’impérialisme qui nous regarde est inquiet. Il tremble. L’impérialisme se demande comment il pourra rompre le lien qui existe entre le CSP [le gouvernement] et le peuple. L’impérialisme tremble. Il tremble parce qu’ici à Ouagadougou, nous allons l’enterrer ».

    Dès lors, la ligne politique de Sankara s’axa sur une stratégie simple : briser le lien de subordination entre la France impérialiste et ses anciennes colonies, et permettre aux peuples d’Afrique de gagner leur indépendance politique et économique. C’est autour de cette stratégie qu’il agrège les forces qui lui permettent d’accéder au pouvoir en 1983. Il devint ainsi le président du nouveau Conseil National de la Révolution, organe suprême de la république, renommée Burkina Faso.

    Deux aspects résument la politique déterminée par ce conseil : la lutte anti-impérialiste et la construction d’un Etat démocratique, promouvant le développement national.

    Le nouveau régime se plaçait en rupture avec le néo-colonialisme, et notamment avec sa transcription française, la françafrique. L’impérialisme français, provoqué, ne se privait d’ailleurs pas de riposter en lançant nombre d’opérations contre la république burkinabé, au travers de ses pions Maliens et Ivoiriens.

    Le second objectif se transcrivit dans la mise en place d’une forme de démocratie populaire au sein de laquelle les masses populaires participaient aux instances décisionnelles au travers des Comités de Défense de la Révolution (CDR), organes locaux liés au CNR. Ces CDR visaient notamment à faciliter l’application au niveau local des politiques de lutte contre la malnutrition, pour l’accès à l’eau potable, pour l’éducation et la santé.

    Thomas Sankara ne voulait pas seulement une indépendance nationale, il souhaitait rendre la richesse de l’Afrique à ses peuples, à les libérer du joug des nations impérialistes, un projet avec lequel Paris ne pouvait guère trouver d’affinités. Que le gouvernement français d’alors fut socialiste ne changea pas le fond de l’affaire, la France ne pouvait accepter cette opposition.

     A ce titre, le président d’alors, François Mitterrand, déclara « C’est un homme dérangeant, le capitaine Sankara. […] Il ne vous laisse pas la conscience tranquille ». Tout au long de sa brève période de direction, Sankara s’est opposé frontalement à la politique de Paris en Afrique. Cela n’est pas resté que du domaine des déclarations d’intention, mais bien par un soutien réel. Quand, au Tchad, l’État français soutient son pion Hussein Habré, le Burkina Faso soutient le Gouvernement d’Union nationale de transition (GUNT), le mouvement d’opposition armée au régime compradore. Sankara dénonça, également, ouvertement le soutien de Paris au régime d’apartheid sud-africain, à travers une lettre à Mitterrand attaquant une « complaisance coupable ». Il s’agit, en effet, d’un moment où les armements français trouvent preneur auprès de régimes aussi sympathiques que celui de Vijoen ou de Botha, mais également auprès d’Israël.

    Des exemples parmi tant d’autres démontrant que pour la bourgeoisie française, Sankara était un ennemi essentiel, central, dans le tableau africain. Sa politique anti-impérialiste et sa vision panafricaniste en faisait l’ennemi numéro un dans la sphère d’intérêt des capitalistes français. Cela suffisait à justifier son élimination.

    Ainsi, le 15 octobre 1987, le président du CNR est assassiné lors d’un coup d’État dirigé par Blaise Compaoré, l’un de ses anciens soutiens. Les putschistes ont bénéficié de l’aide du Mali, de la Côte d’Ivoire, avec l’Etat français tirant les ficelles -élément toujours officiellement nié. A la tête du Burkina Faso jusqu’à la révolte populaire de 2014 qui l’en chassa, Compaoré replaça immédiatement le pays dans l’orbite économique de la françafrique, et replongea son peuple dans la misère.

    La misère, fille de l’impérialisme, est maintenue par des moyens d’oppression puissants. L’un d’entre eux, si ce n’est le plus important, est le franc CFA. Cette monnaie exceptionnelle mérite un détour pour comprendre la détresse des burkinabés et de l’ensemble des africains.

    En 1945, l’État français recouvrant sa souveraineté, encore alors dirigé par le gouvernement provisoire du général De Gaulle, met en place le franc des colonies françaises d’Afrique. Si l’idée date de 1939, en plein âge d’or du colonialisme, l’application est faite le 26 décembre 1945. Il est alors clairement une monnaie d’occupation.

    Malgré le processus de « décolonisation », 70 ans plus tard, quinze pays d’Afrique l’utilisent toujours. Ils sont répartis en deux zones : la zone franc d’Afrique centrale, ou le franc CFA devient le franc de la coopération financière d’Afrique centrale ; la zone franc d’Afrique de l’ouest, où il devient le franc de la communauté financière d’Afrique.

    Chaque zone est censée être régie de manière autonome par une banque centrale : la banque des Etats d’Afrique centrale pour le centre et la banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest, pour la zone ouest. Néanmoins, un troisième acteur, finalement, joue un rôle-sanction par son droit de veto, la Banque de France. Celle-ci fixe le prix du franc CFA sur l’euro et garantit sa libre convertibilité, tandis que sa planche à billets se trouve en Auvergne. Le franc CFA, étant imprimé en France, ne permet pas au Etats africain de produire les devises qui correspondent à leurs besoins, ralentissant grandement le développement de l’Afrique.

    Le CFA évoluant avec l’euro, les pays membres de la zone souffrent de leur monnaie forte, ce qui se ressent sur leurs exportations, plus difficiles ; en d’autre termes, les pays membres ne peuvent mener leurs échanges extérieurs en toute indépendance. Seule les investisseurs étrangers profitent de cette parité fixe, soumettant, au final, l’Afrique aux capitalistes des pays développés. Ainsi, le franc CFA demeure la dernière monnaie coloniale encore en activité.

    C’est contre cette soumission, tant économique – franc CFA – que politique – occupation armée – que le peuple burkinabé compte manifester le 27 novembre. Nous, communistes, apportons notre soutien total aux peuples africains soumis au néo-colonialisme et à tous les peuples dominés par l’impérialisme. Nous soutenons les luttes pour leur émancipation, car la lutte contre l’impérialisme est une lutte qui s’inclut dans la grande lutte révolutionnaire que mène le prolétariat du monde entier.

    Nous dénonçons la bourgeoisie compradore burkinabé, premier ennemi de son peuple, dont le représentant vis à vis de l’étranger, Alpha Barry, a déclaré : « On doit oublier les intérêts partisans et penser à l’intérêt supérieur de la Nation. Imaginez un seul instant l’honneur que le Burkina Faso a eu d’accueillir un chef d’Etat et qu’on dise qu’il a été mal accueilli. Cela ne répond à aucune de nos valeurs ; cela ne répond à aucune de nos références culturelles ». Encore une fois, « l’intérêt supérieur de la nation » sert à justifier les politiques réactionnaires, impérialiste, et antipopulaires.

    Mais les peuples ne sont pas dupes ! Ce jeu hypocrite ne prend plus. Couper les tentacules de l’hydre français en Afrique signifiera une fracture dans le système impérialiste français. Peuples d’Afrique et prolétariat de France sont liés, courbant l’échine sous les mêmes bourreaux.

    N’en déplaise à celles et ceux qui nient l’impérialisme français, qui ne voient que dans ces occupations les manifestations de la bonté et de la mission civilisationelle française.

    N’en déplaise à celles et ceux, qui, corrompus, se nourrissent des miettes de l’impérialisme. Ils refusent de toucher à leur niveau de vie, et font corps avec les pires réactionnaires.

    N’en déplaise à tous celles et ceux qui appuient, par leurs arguments hypocrites, la domination d’un continent entier. Ils pleurent que la Chine arrive, que les USA sont là, et qu’il faut protéger leur trésor.

    N’en déplaise à toutes ces vermines, l’Afrique et les anti-impérialistes le clament, l’impérialisme français doit être détruit, écrasé, battu, anéanti.

    Ensemble, nous abattrons notre ennemi commun : la bourgeoisie impérialiste française.

    Les rapports inégaux, esclavagistes, de pillage et de razzias doivent être brisés.

    Lorsque les exploiteurs seront battus, là pourra naître une sincère coopération mutuelle, et égalitaire, non plus pour le profit d’une poignée de parasites, mais pour assurer l’émancipation, l’indépendance et la prospérité de toutes et tous !

    En Afrique, dans l’État français, comme partout ailleurs, à bas l’impérialisme et ses chiens de garde ! Vive la révolution ! Vive le socialisme !

  • Le Caractère Capitaliste des Rapports de Production en Union soviétique

    Le Caractère Capitaliste des Rapports de Production en Union soviétique

    Le Caractère Capitaliste des Rapports de Production en Union soviétique

    La question de la restauration du capitalisme en URSS demeure une question cruciale pour comprendre les manques et les erreurs qu’a pu connaître le mouvement communiste et ses animateurs on pu commettre.
    Les documents que nous produisons aujourd’hui n’ont pas le même panache, dans leur critique, que les attaques romanesques et romancées de Trotski sur l’URSS. Elles ne sont pas de vibrantes batailles d’égo. Elles recherchent la vérité en scientifique, dans l’étude et dans l’analyse.
    La question de l’économie politique et des rapports de productions en URSS n’est pas une question attrayante de prime abord. Pourtant, elle apporte un éclairage plus qu’essentiel.

    Il s’agit d’une question idéologique cruciale, qu’il ne faut nullement négliger. Car, dans la dictature du prolétariat, il faut « balayer sous chaque meuble », car c’est là où la poussière se niche que se nichent également les germes de la restauration.

  • Nouvelle brochure : Staline et la Création de l’Économie Politique du Socialisme –  Vijay Singh

    Nouvelle brochure : Staline et la Création de l’Économie Politique du Socialisme – Vijay Singh

    Staline et la Création de l’Économie Politique du Socialisme

    Vijay Singh

    Cette brochure ouvre une parenthèse, laquelle sera complétée par un certain nombre d’autres publications ayant trait à l’économie.
    La question de l’économie, de la loi de la valeur, de l’échange marchand, demeure une question souvent méconnue. Bien généralement, dans l’esprit de nombreux militants et militantes, la question de l’économie demeure quelque chose d’obscur, de nébuleux.
    Beaucoup l’écartent, pour ne conserver que le « politique », lequel est, bien souvent, hélas, vidé de son sens.
    Aujourd’hui nous publions cette brochure de Vijay Singh, laquelle s’intéresse à la manière dont Staline a travaillé sur cette question et, au sein de laquelle, il a lutté contre les vues d’économistes bourgeois, pour défendre le contenu économique marxiste-léniniste.
    Cette brochure s’intéresse également au changement de ton survenu à la suite du XXe congrès du PCUS.
    Souffrant d’une traduction approximative, nous avons essayé de corriger les erreurs les plus flagrantes, pour en conserver le sens général au mieux. Si certains ou certains possèdent les sources primaires, nous serons ravis de les consulter pour améliorer notre travail.