L’été 2019 a été un été de tous les records et de tous les dangers.
Un record de 46.0 °C enregistré en France le 28 juin 2019 ; un mois de juillet 2019 considéré comme le mois le plus chaud jamais enregistré dans le monde ; des températures mortelles en Inde ou en Iran… A cela s’ajoute des records de formation d’algues vertes en Bretagne, de consommation d’énergie (59 715 mégawatts le 24 juillet à 12h45 pour la France)…
Records
de fonte de la calotte polaire et des inlandsis, notamment en Alaska
et au Groenland.
Surtout,
ce sont les invraisemblables incendies qui ont ravagé les grandes
forêts, que celles-ci soient en Sibérie, en Afrique subsaharienne
ou l’Amazonie.
La
situation empire. Aujourd’hui, plus personne ne peut porter
un regard serein vers demain sans que ne se posent des questions
brûlantes. L’enjeu écologique, les luttes sociales, les tensions
géopolitiques forment une épée de Damoclès sur l’ensemble des
espoirs d’avenir. La situation se dégrade avec une rapidité telle
qu’elle en est parfaitement discernable en quelques étés.
Il
n’est plus possible de nier la réalité concrète et manifeste de
cette question, qui n’impacte pas uniquement le confort de vie,
mais commence à menacer la possibilité de celle-ci. Les origines en
sont multiples, mais leur racine est commune : le système de
production et de consommation. Celui-ci ruine progressivement les
ressources naturelles, que ce soit dans l’exploitation minière ou
de la biomasse. L’impact est flagrant. « Les humains
représentent 60 millions de tonnes de carbone, le bétail pèse 100
millions de tonnes, les mammifères sauvages 7 millions de tonnes,
les poissons 700 millions de tonnes, les oiseaux sauvages 2 millions
de tonnes. » (Olivier Monod, 2018)
98 %
des mammifères sont soit des humaines soit des animaux d’élevage.
Cette inconcevable déséquilibre produit logiquement un effet sur la
capacité qu’a la Terre à se régénérer.
Nous
ne sommes pas égaux face à la pollution et à la destruction de
l’environnement. Entre pays dominés et dominants, les flux de
matière premières et de déchets décrivent l’inégalité des
échanges. Les suds sont étouffés sous les déchets, se noient dans
la pollution. De plus les infrastructures de ces pays ne sont pas
capables de supporter les transformations liées au réchauffement
climatique. La ville de Jakarta, en Indonésie, s’enfonce
inexorablement dans la mer. Les institutions et les quartiers riches
déménagent, tandis que les pauvres restent sur place.
Dans
les pays développés, malgré une certaine amélioration par rapport
à l’époque du Grand Smog de Londres, qui a tué 12 000 personnes
en 1952, les problèmes restent. Si les activités les plus
polluantes ont été transférées ailleurs, il n’en demeure pas
moins que l’exposition aux substances nocives n’en est pas moins
le reflet des inégalités sociales. Les agriculteurs sont exposés
aux pesticides, qui contiennent notamment des produits tératogènes
(attaquant le patrimoine génétique), tandis que les quartiers
populaires sont le plus souvent à l’est des villes, dans le flux
d’air pollué. Ce n’est pas un hasard si les quartiers riches
sont à l’ouest de Paris ou de Lyon.
Pour
beaucoup, enrayer cette spirale infernale passe par une modification
des habitudes, des pratiques de consommation. C’est quelque chose
de respectable. Nous regardons l’ensemble des initiatives
personnelles qui peuvent être faites comme étant positives. Il est
aisé de balayer d’un revers de la main le fait de limiter sa
consommation de viande, de vouloir tendre vers le zéro déchet, de
vouloir faire des économies d’énergies…Nous pensons qu’il
faut, au contraire, encourager cet effort personnel, le rendre
collectif. Il est positif à une petite échelle et il contribue à
une prise de conscience.
Mais
la sphère individuelle est la face émergée d’un iceberg. La plus
grande part de la pollution et de dévastation de l’environnement
est issue du secteur de la production et du transport, secteur sur
lequel les citoyens et citoyennes, même des États les plus
démocratiques du monde, n’ont pas leur mot à dire. Même les
élus, les députés, les sénateurs et sénatrices ne sont pas
consultés sur les décisions les plus stratégiques de l’économie.
Elles sont trop importantes pour être posées sous la forme de
question. Elles rejoignent l’existence d’une sphère qui est
celle du capitalisme monopolistique d’État. Elle est l’État
profond, là où il n’existe pas de vote, pas d’élection. Les
invasions du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Tchad ne sont pas des
sujets qui sont soumis aux votes de députés. Elles sont trop
importantes, trop stratégiques pour être discutées, même devant
des laquais et des exécutants serviles des désirs des
impérialistes. Les contrats des grandes entreprises de l’armement
ou de l’industrie sont directement des affaires d’État.
C’est
ce que certains appellent l’intérêt de la France dans le monde,
intérêt qui fait consensus au sein de l’ensemble des partis qui
prétendent au pouvoir sous un régime capitaliste. Dans le fond,
nous n’avons pas notre voix au chapitre pour exiger que les
marchandises soient produites différemment. Nous n’avons pas de
droit de regard sur l’eau que nous buvons, sur l’air que nous
respirons, sur les produits néfastes que nous ingurgitons. Ils
représentent des marchés trop précieux pour être discutés.
Sans
remise en cause du capitalisme, il n’est tout simplement pas
possible d’obtenir une transformation radicale du mode de
production et de consommation. Les capitalistes ne sont pas pour
autant subjectivement des assoiffés de destruction. Cependant, ils
voient bien que s’ils réduisent leur rentabilité pour quelque
raison que ce soit, s’ils renoncent à ravager une forêt, s’ils
perdent un marché, ils seront dépassés par d’autres et broyés.
Car tel est le jeu du capitalisme et de la concurrence entre
monopoles. Il faut donc brûler les forêts, éventrer les sols et
assécher les marais, car « si ce n’est pas moi, ce sera mon
voisin qui en profitera » et « après moi le déluge ».
Cette
spirale infernale rend objectivement les capitalistes rapaces,
assassins et écocides.
Les
seules fois où des normes sont évoquées, elles ne le sont que dans
la mesure où elles permettent à ces monopoles de conserver leurs
marges et leurs marchés, voir de les agrandir en mettant à l’amende
les entreprises ou les cartels les plus faibles. C’est le sens des
normes européennes. Elles sont le produit des rapports de forces
entre les cartels. D’ailleurs, elles ne s’appliquent qu’aux
plus faibles, les entreprises françaises de l’agro-alimentaire
rejetant celles sur les pesticides par exemple.
Nous
ne pouvons décemment pas faire confiance dans les dirigeants et
dirigeantes pour régler cette question. Lorsqu’ils parlent
d’écologie, comme l’a fait Macron, avec des trémolos dans la
voix, c’est uniquement si
cela leur sert de point d’appui pour avancer leur propre agenda.
Ainsi, Macron s’en est pris
à Bolsonaro uniquement dans un but de se faire valoir lui-même et
de se démarquer du fasciste. Les attaques rendaient impossible pour
le Brésil de pouvoir accepter l’aide extérieure sans être
humilié d’une manière très colonialiste. Aide extérieure
d’autant plus minable qu’elle se résumait à un pourboire. 20
millions de $, quand le musée des Confluences à Lyon, par exemple,
en a coûté 380 000 000. Cette aumône ridicule illustre le mépris
envers l’Amazonie et la biosphère de la part des grands dirigeants
de ce monde.
Conscients que la question est un enjeu important pour les
élections, chaque camp se prépare à sortir son arsenal de
mesurette, pour promettre un avenir plus vert, plus doux, plus
écologiste. Ainsi, Édouard Philippe fait sa rentée à Roubaix sur
le terme du zéro déchet. Mais cela reste de l’esbroufe, tout
comme la montée de EELV, qui se couchera devant les libéraux dès
le moment venu.
Dans
tous les cas, l’écologie bourgeoise et réactionnaire ne propose
que deux voies :
Celle
d’un libéralisme vert, d’un greenwashing de l’économie
capitaliste, dans le seul et uniquement but de lui donner un souffle
nouveau et d’exploiter des ressources différentes. Au mieux, elle
est un label publicitaire, au pire, elle est même une écologie
impérialiste, déclenchant des guerres pour les terres rares, pour
l’or bleu, pour les ressources.
Celle
d’une écologie fasciste, basée sur l’exigence de sacrifices
pour les masses, sur le maintien de la misère et de l’arriération
pour des régions entières du monde, pour les prolétaires et les
sous-prolétaires, tandis que les bourgeois et les bourgeoises
peuvent continuer à rouler dans l’opulence et la richesse.
Nous avons besoin d’une écologie révolutionnaire.
Les
rapports établis par les scientifiques sont formels quant à la
menace sur notre environnement, voire sur les possibilités pour
l’espèce humaine d’habiter encore dans certaines des parties les
plus chaudes de la planète. Les
scientifiques sont unanimes, même s’ils ne le prononcent pas sous
ces termes-là : L’économie
de marché n’est pas compatible avec la survie de l’espèce
humaine.
Nous
sommes confrontés à une situation dans laquelle, à terme, la
dégradation de l’environnement conduit à la catastrophe. La
démocratie, en régime capitaliste, ne permet que de moduler le
temps qui nous sépare de cette situation, mais ne permet absolument
pas de pouvoir éviter celle-ci. Quant
aux dégâts sur les biotopes, ils sont d’ores et déjà, pour
certains, irréversibles.
Nous
sommes au pied du mur. Si nous voulons même survivre en tant
qu’espèce, nous devons prendre les choses en main en tant que
classe sociale ! Face
à la puissance des intérêts des grands monopoles capitalistes,
nous avons besoin de nos propres institutions, populaires et
démocratiques. La rentabilité est le critère premier, suprême, de
la production. Celui-ci doit
devenir le fait de fournir une réponse aux besoins matériels et
culturels de l’Humanité, dans le respect des capacités de
production et de régénération de la Terre. Pour réaliser cela,
nous avons besoin du pouvoir. Nous avons besoin d’être organisés
largement, politiquement.
Seul
le contrôle réel du pouvoir, par les masses populaires, contre
l’ordre de la bourgeoisie et des exploiteurs peut permettre
d’atteindre l’objectif de mettre en place une économie
planifiée. Une économie qui
élimine le concept de concurrence et de rentabilité.
Une économie basée sur la réponse aux besoins.
Une économie qui prend en compte des cycles naturels de la Terre.
Une
économie démocratique.
Les
régimes socialistes n’ont pas toujours su poser avec discernement
la question de l’écologie, prisonniers qu’ils étaient entre des
clés de compréhension primitives des écosystèmes et d’un
impératif de tenir le rythme imposé par les agresseurs
capitalistes.
Cela
n’enlève en rien le fait qu’ils ont été les premiers à poser
la question de la biosphère et d’un développement harmonieux de
l’économie par rapport à la nature. Celle-ci n’était plus
considérée comme une marchandise, mais comme une source de
richesses, dont la vie était la plus précieuse.
En
dépit des failles qu’on put connaître ces régimes pionniers ils
forment la « voie étroite vers la survie ». Une
véritable économie de guerre contre l’écocide et la dévastation
de l’environnement.
Soyons
unitaires sur cette question en dépit de nos divergences :
Il
existe une quantité de questions sur la production industrielle,
alimentaire, sur les perspectives pour l’ensemble de l’espèce
humaine et de la planète. Les perceptions diffèrent en fonction des
individus, des groupes politiques et sociaux, des idéologies. Nous
ne pensons pas que notre organisation doit, de manière autoritaire,
imposer un point de vue sur cette question, qui relève de la
démocratie populaire.
Ces questions sont importantes et ont droit de cité. Mais leur
résolution, dans le cadre d’un débat démocratique, ne peut avoir
lieu qu’uniquement dans le cadre de la démocratie populaire. Elle
doit être construite.
A l’heure actuelle, il n’existe pas de grand Parti
révolutionnaire pouvant fédérer les forces qui veulent combattre
le capitalisme et mobiliser les masses populaires. Ce Parti doit
naître. Nous travaillons à cela, avec d’autres forces, ici comme
à l’international.
Cette lutte, vitale, est essentielle pour que l’Humanité ne soit
pas balayée d’un revers de la main par l’histoire, qu’elle ne
rentre pas dans la longue liste des espèces qu’elle a fait – de
sa propre action – disparaître.
Unifions nos forces, battons les exploiteurs, construisons la seule
société écologiste : la société communiste.