Étiquette : Dictature du Prolétariat

  • La dictature du prolétariat, toujours la ligne de démarcation principale

    Ce document est la postface qui a été rédigée pour la réédition prochaine de Sur la dictature du prolétariat (2017).

    7 ans après la publication de Sur la dictature du prolétariat (2017), nous pensons que la dictature du prolétariat est toujours la ligne de démarcation principale dans le mouvement communiste en France.

    Ce qui fait de la dictature du prolétariat la ligne de démarcation principale, ce n’est pas sa reconnaissance en mot, mais sa reconnaissance en fait. L’on ne compte plus les organisations communistes déclarant la nécessité de la dictature du prolétariat mais agissant comme si celle-ci devait tomber du ciel, ou n’était qu’un problème scolastique. Or, le problème de la dictature du prolétariat ne vole pas haut dans le ciel, il est terre-à-terre, il n’est pas lointain, il est immédiat.

    La « dictature du prolétariat » n’est pas une figure de style, un slogan, une exagération, une profession de foi. La dictature du prolétariat est la formulation de notre stratégie pour la réalisation du communisme : c’est une solution concrète à un problème concret.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est la reconnaître dans sa stratégie. La dictature du prolétariat est une ligne de démarcation dans le discours, mais surtout dans l’action ! En effet, il y a une différence qualitative entre faire l’éloge de la dictature du prolétariat, d’une part, et se préparer à la réalisation de la dictature du prolétariat, d’autre part.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est affirmer que nous ne sommes rien sans le pouvoir politique : l’autorité. La stratégie de tous les communistes doit être dirigée toute entière vers la conquête effective des outils de la coercition et de la violence politique. Or, comment allons-nous inverser le rapport de force qui nous oppose à la bourgeoisie pour conquérir lesdits outils ? Autrement dit, comment allons-nous mener et gagner la guerre civile de classe contre la classe dominante ? Pour cette dernière, nous sommes une menace existentielle qui motivera toutes les extrémités.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est savoir que l’ennemi est organisé et armé, et que nous ne pourrons le vaincre qu’en étant plus organisés et plus armés que lui. Comment être plus armé que l’État bourgeois impérialiste ? L’Histoire a déjà répondu à cette question : avec les masses et par la guerre asymétrique — la guérilla. Les communistes du siècle dernier, qui furent victorieux, n’avaient pas peur de parler du problème concret — militaire — de la prise du pouvoir politique par les armes, et de s’y préparer. Les bolcheviques, par exemple, étaient forts de leur expérience de la clandestinité et de la guerre de partisan de 1905. Si ces derniers purent compter sur les soldats conscrits mutinés en Octobre 1917, cela ne fit pas la différence pour leurs camarades allemands en Novembre 1918.

    Le travail des communistes est donc — ni plus ni moins — de préparer la guerre civile de classe pour la gagner. Cela signifie bien sûr se préparer aux problèmes militaires de la conquête du pouvoir, mais surtout aux problèmes politiques et théoriques de la révolution : l’armée révolutionnaire doit être dirigée par un parti révolutionnaire, et un parti révolutionnaire doit être dirigé par une théorie révolutionnaire. Une armée sans la direction d’un Parti communiste est une armée inutile pour la révolution. Cependant, un Parti communiste sans armée à diriger est inutile aussi. Le Parti et l’armée ne sont pas deux choses séparées, qui pourraient être construites l’une après l’autre. L’armée est une partie du Parti communiste. Un Parti communiste sans armée n’est pas simplement temporairement embarrassé, le temps de s’en trouver une, mais un Parti communiste condamné par lui-même. Un Parti communiste qui n’a pas été construit avec son armée est un Parti communiste incapable de diriger une armée ! D’une part, sans pratique militaire, les problèmes de la guerre restent abstraits, la théorie militaire ne peut pas être réellement comprise et appliquée en temps voulu. D’autre part, un Parti sans pratique militaire est un Parti qui ne prend pas au sérieux la prise du pouvoir par la force, donc un Parti réformiste de facto.

    Quel sens y aurait-il à reconnaître la dictature du prolétariat, sans reconnaître le seul moyen possible pour réaliser la dictature du prolétariat ? Cela reviendrait à répondre à la question « comment transformer le capitalisme en communisme ? » sans répondre à la question « comment prendre le pouvoir avec lequel transformer le capitalisme en communisme ? » Cela serait absurde ! Pourtant, beaucoup de communistes en France se rendent coupables de cette absurdité. Les communistes qui imaginent un potentiel révolutionnaire dans la France contemporaine sont aussi souvent celles et ceux qui imaginent la révolution communiste comme une manifestation ou une grève hors de l’ordinaire — un Grand Soir.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est donc être conscient qu’il n’y a qu’un chemin vers la victoire politique : la guerre civile de classe. Or, la victoire politique que nous visons n’est pas simplement un nouveau gouvernement bourgeois, un nouveau régime bourgeois, mais le renversement d’une classe par une autre. En conséquence, il faut accepter à la fois qu’elle ne peut pas être réalisée par une organisation d’élite mais seulement par les masses, et qu’elle ne peut pas être réalisée spontanément mais seulement par une direction politique communiste. La reconnaissance de la dictature du prolétariat est donc la condamnation de tous les spontanéismes et économismes ! Cela exclut l’ensemble des organisations communistes dont la pratique de lutte et d’organisation politique est indistinguable de celle des partis bourgeois ou des syndicats, c’est-à-dire du réformisme respectivement électoraliste et syndicaliste ! Les organisations qui adhèrent au programme de transition trotskiste, qui est révolutionnaire en théorie (à défaut d’être une théorie révolutionnaire) et réformiste en pratique, le sont donc d’emblée. Idem pour l’anarchisme ou l’autonomisme. Le spontanéisme — parce qu’il soumet la conscience de classe à la conscience spontanée des masses — et l’économisme — parce qu’il soumet la lutte politique à la lutte économique — sont des tactiques réformistes qui nient la stratégie de la dictature du prolétariat. La nécessité de la dictature du prolétariat, c’est la nécessité de la prise du pouvoir politique par une classe consciente d’elle-même (animée par l’idéologie communiste). La lutte politique consciente (communiste) n’est ni spontanée ni créée spontanément par la lutte économique. La nécessité de la dictature du prolétariat est aussi la nécessité de la lutte politique consciente dans les masses : la conscientisation des luttes spontanées, et la politisation des luttes économiques.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est défendre le sens de celle-ci contre toutes celles et ceux qui cherchent à le vider ! « Dictature du prolétariat » signifie la dictature, c’est-à-dire l’exercice exclusif du pouvoir politique, du prolétariat, c’est-à-dire pour l’intérêt exclusif de cette classe. La dictature du prolétariat est un suprématisme de classe. La classe en question n’est pas n’importe laquelle, c’est la seule qui peut réaliser le communisme. Nous devons assumer que la classe ouvrière a besoin d’une dictature pour imposer ses intérêts sur toutes les autres classes, y compris le reste des masses populaires.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est renoncer à tous les fantasmes démocratistes, selon lesquels la démocratie serait une fin en soi. Les dictatures du prolétariat ont historiquement été plus démocratiques que les dictatures bourgeoises (même en ne considérant que leur métropole, sans leurs colonies !). Ceci dit, il est vain de projeter sur elles les utopies de démocratie directe — qui ne sont ni possibles ni souhaitables. L’objectif de la dictature du prolétariat n’est pas la démocratie, pas plus que la dictature. Elle est démocratique et dictatoriale selon l’intérêt de classe des ouvriers, tout comme la dictature bourgeoise est démocratique et dictatoriale selon l’intérêt de classe des capitalistes. L’objectif de la dictature du prolétariat, c’est l’intérêt de classe historique du prolétariat, le communisme : la dialectique entre dictature et démocratie, sous la dictature du prolétariat, n’existe que comme moyen à cette fin. La dictature du prolétariat est démocratique, elle a besoin d’être démocratique, mais elle ne trouve pas sa valeur politique dans sa qualité démocratique, pas plus que dans sa qualité dictatoriale.

    La dictature du prolétariat, si elle ne peut pas exister sans la plus complète démocratie prolétarienne, ne peut pas être une démocratie bourgeoise sans la bourgeoisie (comme l’État prolétarien n’est pas un État bourgeois sans la bourgeoisie). La république prolétarienne n’est pas une république bourgeoise « perfectionnée », qui aurait été délivrée du crétinisme parlementaire. Certes, la dictature du prolétariat est délivrée du crétinisme parlementaire, mais elle n’est pas alors un régime parlementaire guéri de son crétinisme ! La démocratie prolétarienne n’est pas le remède miracle aux problèmes de la démocratie sous le capitalisme, c’est le dépassement des problèmes de la démocratie bourgeoise. Cette négation n’est pas mécanique, mais dialectique : la démocratie prolétarienne est la solution aux problèmes de la démocratie bourgeoise, parce que ces problèmes ne se posent alors plus ! Voilà pourquoi il est vain de projeter sur la dictature du prolétariat ses espérances relatives aux frustrations de la démocratie représentative bourgeoise. Évidemment, d’autres problèmes se posent alors, mais ceux-ci ne peuvent pas être résolus par la panacée universelle d’une démocratie plus directe ou représentative, donc plus « parfaite », « idéale », « achevée ». Le démocratisme n’est pas plus la solution aux problèmes politiques de la lutte des classes sous le capitalisme que sous la transition socialiste. La dictature du prolétariat n’est pas la démocratie représentative bourgeoise, mais elle n’est pas non plus la démocratie directe bourgeoise. L’Histoire enseigne que les problèmes de la lutte des classes ne se résolvent que par la lutte de classe. Ne l’oublions jamais.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est la découvrir comme elle est, c’est-à-dire comme l’Histoire l’accouche, pas comme elle devrait être dans l’imagination des rêveurs et dans les discours des hypocrites. L’accepter, c’est l’accepter comme elle est, c’est-à-dire en tant que produit violent de la lutte des classes violente. En face de la Commune de Paris, Marx et Engels ont révisé leur théorie. Nous pensons qu’en face des expériences socialistes du XXe siècle, les communistes doivent la réviser de même. La théorie juste se trouve dans la pratique réelle : c’est dans la pratique de la dictature du prolétariat que nous devons trouver la théorie de la dictature du prolétariat. Tout comme Marx et Engels ont étudié la Commune de Paris pour comprendre sa défaite, et ainsi proposer une stratégie supérieure au prolétariat, nous devons étudier l’URSS et la Chine populaire — entre autres. La méthode scientifique découvre les lois objectives dans le réel, elle se corrige dans le réel — ce n’est pas le réel qui doit se « corriger » selon nos croyances subjectives. Pour transformer le réel, il faut d’abord le comprendre comme il est. Les expériences historiques qui n’ont pas retenu les leçons de la Commune ont connu le même destin. Elles n’ont pas compris cette expérience, donc elles l’ont reproduites. Les expériences historiques qui ne retiendront pas les leçons de l’URSS et de la Chine populaire connaîtront le même destin.

    Pour toutes ces raisons, nous pensons que la dictature du prolétariat est toujours la ligne de démarcation principale dans le mouvement communiste en France.

    7 ans plus tard, le fond politique de ce document est toujours celui de notre organisation.

    Cependant, nous voulons profiter de cette réédition pour y apporter des corrections et des précisions.

    Nous pouvons regretter une insuffisante clarification de la différence entre la dictature démocratique du peuple et la dictature du prolétariat, c’est-à-dire entre l’étape démocratique-populaire et l’étape communiste-prolétarienne de la révolution communiste continue par étape. Cependant, nous considérons que cette confusion ne gêne pas la compréhension d’ensemble de ce document, et laisse intact son fond politique.

    Nous rassemblons l’ensemble des stratégies d’alliance démocratique du prolétariat avec d’autres classes non prolétariennes sous le terme « dictature démocratique du peuple ». Cette dernière a été théorisée par Lénine dans Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique (1905) pour réaliser la révolution démocratique dans l’Empire russe, où les féodaux dominaient toujours mais où la bourgeoisie était déjà devenue impérialiste, donc réactionnaire. Selon Lénine, la réalisation des tâches historiques bourgeoises échoyait donc au prolétariat allié avec les masses populaires, principalement les paysans encore soumis à un régime semi-féodal. C’est selon cette stratégie que Lénine a formulé les Thèses d’avril (1917) puis les mots d’ordre qui animèrent Octobre 1917. Depuis, la stratégie de Lénine dans la révolution démocratique a fameusement été déclinée. Staline et Dimitrov ont établi la stratégie du front populaire antifasciste et de la démocratie populaire, dans la révolution démocratique contre le fascisme.1 Mao a établi la stratégie du front uni démocratique et de la nouvelle démocratie, dans la révolution démocratique contre le colonialisme et le semi-colonialisme semi-féodalisme.2

    L’expérience historique nous enseigne que les révolutions communistes possèdent toujours un aspect démocratique et que le prolétariat prend toujours le pouvoir allié avec les masses populaires — les classes dominées non prolétariennes. Ainsi, ce qui est affirmé au sujet de la dictature démocratique du peuple n’est pas faux au sujet de la dictature du prolétariat, même si la première n’est pas la seconde. Sous la dictature démocratique du peuple comme sous la dictature du prolétariat, le prolétariat n’a pas d’emblée l’exclusivité du pouvoir politique, mais les classes non prolétariennes doivent perdre progressivement leur pouvoir politique. Aucune dictature du prolétariat ne peut tout de suite être une dictature intégrale sur toutes les autres classes (la bourgeoisie comme les masses populaires). L’exclusivité prolétarienne du pouvoir politique est progressivement conquise. Il y a toujours une transition du partage populaire du pouvoir politique vers l’exclusivité prolétarienne du pouvoir politique. Ceci dit, il n’est jamais superflu de rappeler que le prolétariat, s’il doit toujours d’abord partager le pouvoir, doit toujours le contrôler, c’est-à-dire être hégémonique. De la dictature démocratique du peuple jusqu’à la dictature intégrale du prolétariat, le prolétariat dirige.

    La Commune de Paris, que Marx et Engels qualifièrent de première dictature du prolétariat de l’Histoire, est selon nous un exemple de ce que nous décrivons ci-dessus.

    « Au début, ce mouvement fut extrêmement mêlé et confus. Y adhéraient des patriotes qui espéraient que la Commune reprendrait la guerre contre les Allemands et la mènerait à bonne fin. Il était soutenu par les petits commerçants menacés de ruine si le paiement des traites et des loyers n’était pas suspendu (ce que le gouvernement leur avait refusé, mais que la Commune leur accorda). Enfin, au début, il bénéficia même en partie de la sympathie des républicains bourgeois qui craignaient que l’Assemblée nationale réactionnaire (les “ruraux”, les hobereaux sauvages) ne restaurât la monarchie. Mais dans ce mouvement, le rôle principal fut naturellement joué par les ouvriers (surtout par les artisans parisiens) parmi lesquels une active propagande socialiste avait été menée durant les dernières années du Second Empire et dont beaucoup appartenaient même à l’Internationale.

    Les ouvriers seuls restèrent fidèles jusqu’au bout à la Commune. Les républicains bourgeois et les petits bourgeois s’en détachèrent bientôt : les uns effrayés par le caractère prolétarien, socialiste et révolutionnaire du mouvement ; les autres lorsqu’ils le virent condamné à une défaite certaine. Seuls les prolétaires français soutinrent sans crainte et sans lassitude leur gouvernement ; seuls ils combattirent et moururent pour lui, c’est-à-dire pour l’émancipation de la classe ouvrière, pour un meilleur avenir de tous les travailleurs.

    Abandonnée par ses alliés de la veille et dépourvue de tout appui, la Commune devait inéluctablement essuyer une défaite. Toute la bourgeoisie de la France, tous les grands propriétaires fonciers, toute la Bourse, tous les fabricants, tous les voleurs grands et petits, tous les exploiteurs se liguèrent contre elle. Cette coalition bourgeoise soutenue par Bismarck (qui libéra 100 000 prisonniers français pour réduire Paris) réussit à dresser les paysans ignorants et la petite bourgeoisie provinciale contre le prolétariat parisien et à enfermer la moitié de Paris dans un cercle de fer (l’autre moitié étant investie par l’armée allemande).

    Dans certaines grandes villes de France (Marseille, Lyon, Saint-Étienne, Dijon et ailleurs), les ouvriers tentèrent également de s’emparer du pouvoir, de proclamer la Commune et d’aller secourir Paris, mais ces tentatives échouèrent rapidement. Et Paris, qui leva le premier le drapeau de l’insurrection prolétarienne, se trouva réduit à ses seules forces et voué à une perte certaine.

    Pour qu’une révolution sociale puisse triompher, deux conditions au moins sont nécessaires : des forces productives hautement développées et un prolétariat bien préparé. Mais en 1871 ces deux conditions faisaient défaut. Le capitalisme français était encore peu développé et la France était surtout un pays de petite bourgeoisie (artisans, paysans, boutiquiers, etc.). Par ailleurs, il n’existait pas de parti ouvrier ; la classe ouvrière n’avait ni préparation ni long entraînement et dans sa masse, elle n’avait même pas une idée très claire de ses tâches et des moyens de les réaliser. Il n’y avait ni sérieuse organisation politique du prolétariat, ni syndicats ou associations coopératives de masse… »3

    À côté du prolétariat, les masses populaires (la petite-bourgeoisie) exerçaient aussi le pouvoir. Les élus petits-bourgeois (boutiquiers, avocats, etc.) étaient « des représentants reconnus des ouvriers »4. L’importance des courants proudhoniens doit être expliquée par une arriération idéologique du prolétariat, mais aussi par une influence de classe petite-bourgeoise sur celui-ci.

    À côté des tâches communistes, le prolétariat a réalisé des tâches démocratiques : « des réformes, que la bourgeoisie républicaine avait négligées par pure lâcheté, mais qui constituaient pour la libre action de la classe ouvrière une base indispensable »5, c’est-à-dire les tâches révolutionnaires bourgeoises abandonnées par la bourgeoisie.

    De plus, les causes de la défaite de la Commune de Paris doivent être trouvées dans son échec à s’allier avec les masses populaires françaises, c’est-à-dire à les extraire de la direction de la bourgeoisie réactionnaire (isoler celle-ci).

    Selon Lénine :

    « [C]e qui mérite une attention particulière, c’est cette remarque très profonde de Marx que la destruction de la machine bureaucratique et militaire de l’État est “la condition première de toute révolution véritablement populaire”. Cette notion de révolution “populaire” paraît surprenante dans la bouche de Marx : et, en Russie, les adeptes de Plékhanov ainsi que les mencheviques, ces disciples de Strouvé qui désirent passer pour des marxistes, seraient bien capables de qualifier son expression de “lapsus”. Ils ont réduit le marxisme à une doctrine si platement libérale que, en dehors de l’antithèse : révolution bourgeoise et révolution prolétarienne, rien n’existe pour eux ; encore conçoivent-ils cette antithèse d’une manière on ne peut plus scolastique.

    Si l’on prend, à titre d’exemple, les révolutions du XXe siècle, force sera de reconnaître que, de toute évidence, les révolutions portugaise et turque sont bourgeoises. Mais ni l’une, ni l’autre ne sont “populaires”, puisque la masse du peuple, son immense majorité, n’intervient d’une façon visible, active, autonome, avec ses revendications économiques et politiques propres, ni dans l’une, ni dans l’autre de ces révolutions. Par contre, la révolution bourgeoise russe de 1905-1907, sans avoir remporté des succès aussi “éclatants” que ceux qui échurent de temps à autre aux révolutions portugaise et turque, a été sans conteste une révolution “véritablement populaire”. Car la masse du peuple, sa majorité, ses couches sociales “inférieures” les plus profondes, accablées par le joug et l’exploitation, se sont soulevées spontanément et ont laissé sur toute la marche de la révolution l’empreinte de leurs revendications, de leurs tentatives de construire à leur manière une société nouvelle à la place de l’ancienne en cours de destruction.

    En 1871, le prolétariat ne formait la majorité du peuple dans aucun pays du continent européen. La révolution ne pouvait être “populaire” et entraîner véritablement la majorité dans le mouvement qu’en englobant et le prolétariat et la paysannerie. Le “peuple” était justement formé de ces deux classes. Celles-ci sont unies par le fait que la “machine bureaucratique et militaire de l’État” les opprime, les écrase, les exploite. Briser cette machine, la démolir, tel est véritablement l’intérêt du “peuple”, de sa majorité, des ouvriers et de la majorité des paysans ; telle est la “condition première” de la libre alliance des paysans pauvres et des prolétaires ; et sans cette alliance, pas de démocratie solide, pas de transformation socialiste possible.

    C’est vers cette alliance, on le sait, que la Commune de Paris se frayait la voie. Elle n’atteignit pas son but pour diverses raisons d’ordre intérieur et extérieur.

    Ainsi donc, en parlant d’une “révolution véritablement populaire”, et sans oublier le moins du monde les traits particuliers de la petite bourgeoisie (dont il a beaucoup et souvent parlé), Marx tenait compte avec la plus grande rigueur des véritables rapports de classes dans la plupart des États continentaux d’Europe en 1871. D’autre part, il constatait que la “démolition” de la machine de l’État est dictée par les intérêts des ouvriers et des paysans, qu’elle les unit et leur assigne une tâche commune : la suppression de ce “parasite” et son remplacement par quelque chose de nouveau. »6

    La stratégie de l’alliance du prolétariat avec les masses populaires n’est pas la négation de la dictature du prolétariat, sa substitution, mais sa condition. La Commune de Paris, dont les tâches historiques étaient principalement prolétariennes, démontre que l’alliance populaire n’est pas circonscrite aux tâches historiques bourgeoises (que ce soit celles des révolutions bourgeoises classiques de l’époque du capitalisme ascendant ou des révolutions démocratiques nouvelles de l’époque impérialiste). L’alliance du prolétariat avec toutes les classes dominées est une stratégie universelle pour la réalisation de la dictature du prolétariat, dans les pays où existent des tâches bourgeoises principales (coloniaux, semi-coloniaux semi-féodaux ou fascistes) comme dans ceux où il n’y en a pas. Cela fait partie des enseignements universels de la Commune, tels que mis en évidence par Marx puis Lénine.

    Cependant, si la stratégie d’alliance est une nécessité, la direction politique de celle-ci par le prolétariat pour les tâches historiques prolétariennes en est une aussi. Ce qu’a aussi démontré la Commune de Paris, c’est que le prolétariat doit défendre, dans son alliance, son autonomie et son hégémonie politique de classe. Le prolétariat doit avoir des alliés pour prendre le pouvoir et établir sa dictature, mais ce faisant, il ne doit compromettre ni sa prise du pouvoir ni l’établissement de sa dictature. Si le prolétariat perd son autonomie et son hégémonie politique de classe, alors ce n’est plus son alliance qui le sert, mais lui qui sert son alliance ; ce ne sont plus les classes dominées qui sont ralliées à la dictature du prolétariat, mais le prolétariat qui est rallié à la dictature bourgeoise. Évidemment, l’autonomie et l’hégémonie politique ne sont jamais garanties dans une alliance, ce sont des luttes qui doivent être menées.

    « En se soulevant contre l’ancien régime, le prolétariat a assumé deux tâches, l’une nationale et l’autre de classe : la libération de la France de l’invasion allemande et l’émancipation socialiste des travailleurs du capitalisme. Cette union des deux tâches constitue une caractéristique unique de la Commune.

    La bourgeoisie avait formé un “gouvernement de défense nationale” et le prolétariat devait lutter pour l’indépendance nationale sous sa direction. En réalité, il s’agissait d’un gouvernement de “trahison nationale” qui se donnait pour mission de combattre le prolétariat parisien. Mais le prolétariat, aveuglé par les illusions patriotiques, ne l’a pas perçu. L’idée patriotique a son origine dans la Grande Révolution du XVIIIe siècle ; elle a influencé l’esprit des socialistes de la Commune ; et Blanqui, par exemple, révolutionnaire sansaucundoute et ardent partisan du socialisme, n’a pas trouvé de meilleur titre pour son journal que le cri bourgeois : “La patrie est en danger !”

    Combiner des tâches contradictoires — le patriotisme et le socialisme — fut l’erreur fatale des socialistes français. Dans le Manifeste de l’Internationale, publié en septembre 1870, Marx avait mis en garde le prolétariat français contre la tentation de se laisser égarer par une fausse idée nationale ; avec la Grande Révolution, les antagonismes de classe s’étaient aiguisés, et alors qu’à l’époque la lutte contre toute la réaction européenne unissait toute la nation révolutionnaire, désormais le prolétariat ne pouvait plus combiner ses intérêts avec les intérêts des autres classes qui lui étaient hostiles ; que la bourgeoisie porte la responsabilité de l’humiliation nationale — la tâche du prolétariat était de lutter pour l’émancipation socialiste du travail du joug de la bourgeoisie.

    Et en effet, la véritable nature du “patriotisme” bourgeois n’a pas tardé à se révéler. Après avoir conclu une paix ignominieuse avec les Prussiens, le gouvernement de Versailles s’est attelé à sa tâche immédiate : il a lancé une attaque pour arracher des mains du prolétariat parisien les armes qui le terrifiaient. Les ouvriers répliquent en proclamant la Commune et la guerre civile.

    […]

    [D]eux erreurs ont détruit les fruits de cette splendide victoire. Le prolétariat s’est arrêté à mi-chemin : au lieu de se mettre à “exproprier les expropriateurs”, il s’est laissé égarer par les rêves d’établir une justice supérieure dans le pays uni par une tâche nationale commune ; des institutions comme les banques, par exemple, n’ont pas été reprises, et les théories proudhonistes sur le “juste échange”, etc. ont encore prévalu chez les socialistes. La seconde erreur fut une magnanimité excessive de la part du prolétariat : au lieu de détruire ses ennemis, il chercha à exercer sur eux une influence morale ; il sous-estima la signification des opérations militaires directes dans la guerre civile, et au lieu de lancer contre Versailles une offensive résolue qui aurait couronné sa victoire à Paris, il s’attarda et donna au gouvernement de Versailles le temps de rassembler les forces obscures et de se préparer à la semaine de mai baignée de sang. »7

    Selon Lénine, l’erreur capitale des communards et communardes est d’avoir subordonné les tâches prolétariennes principales aux tâches démocratiques secondaires, et d’avoir ainsi tenté de s’allier avec la bourgeoisie. Or, en face des tâches prolétariennes, la bourgeoisie est devenue réactionnaire et a elle-même subordonné ses tâches démocratiques à l’écrasement du prolétariat révolutionnaire. Dans la France de 1871, les tâches prolétariennes étaient principales et la bourgeoisie ne pouvait donc pas être une alliée. Dans cette situation, la direction politique du prolétariat a failli. Du point de vue subjectif, ce qui a manqué aux communards et communardes était une conscience claire de la nécessité de la dictature du prolétariat — autant pour comprendre leurs tâches historiques que leurs impératifs politiques (la guerre civile).

    Pour le prolétariat, toute stratégie d’alliance est possible, tant que celle-ci ne nie pas la dictature du prolétariat ! Chaque situation concrète rend nécessaire une certaine alliance de classe, mais le prolétariat doit en toute situation lutter pour diriger celle-ci. Cela implique d’isoler et de neutraliser la direction politique des classes alliées du prolétariat, pour leur substituer la direction de ces dernières, c’est-à-dire de supprimer leur autonomie et de confisquer leur hégémonie politique de classe. Ainsi, dans les pays coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux ou dans les pays fascistes, l’alliance avec la bourgeoisie respectivement nationale ou progressiste signifie la direction politique prolétarienne de celle-ci, d’une part, et l’isolement et la neutralisation de la direction politique bourgeoise par la direction politique prolétarienne, d’autre part.

    Par exemple, en Chine populaire, il y a eu ainsi une révolution continue depuis le « bloc des 4 classes » avec la bourgeoisie nationale de la nouvelle démocratie, jusqu’à la dictature intégrale sur la bourgeoisie de la Révolution culturelle. Idem en Russie. La révolution d’Octobre a achevé la révolution démocratique, puis a débuté la révolution communiste. La fin de la révolution démocratique n’a pas été la fin de l’alliance ouvrière-paysanne (pourtant une alliance démocratique). Le pouvoir des soviets était un pouvoir « ouvrier-paysan », les soviets ne représentaient pas que les ouvriers, mais l’ensemble des masses populaires de l’Empire russe. « La paix, la terre et le pain » et « Tout le pouvoir aux soviets ! » n’étaient pas des mots d’ordre communistes-prolétariens, mais des mots d’ordre démocratiques-populaires ! Pourtant, ce sont avec ceux-ci que la révolution communiste d’Octobre a été menée et que la dictature du prolétariat soviétique a été instaurée.

    Nous devons combattre la déviation lassallienne chez les communistes, qui nie tout rôle progressiste aux classes non prolétariennes, et rejettent ainsi toute stratégie d’alliance du prolétariat avec les classes dominées.

    « “— L’affranchissement du travail doit être l’œuvre de la classe ouvrière, en face de laquelle toutes les autres classes NE forment QU’UNE MASSE RÉACTIONNAIRE.”

    […]

    [U]ne citation lassallienne de la plus belle eau “la classe ouvrière, en face de laquelle toutes les autres classes ne forment qu’une masse réactionnaire”.

    Dans le Manifeste communiste, il est dit : “De toutes les classes qui, à l’heure présente, s’opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie ; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique.”

    La bourgeoisie est ici considérée comme une classe révolutionnaire, — en tant qu’elle est l’agent de la grande industrie, — vis-à-vis des féodaux et des classes moyennes [la petite bourgeoisie et les paysans] résolus à maintenir toutes les positions sociales qui sont le produit de modes de production périmés. Féodaux et classes moyennes ne forment donc pas avec la bourgeoisie une même masse réactionnaire.

    D’autre part, le prolétariat est révolutionnaire vis-à-vis de la bourgeoisie parce que, issu lui-même de la grande industrie, il tend à dépouiller la production de son caractère capitaliste que la bourgeoisie cherche à perpétuer. Mais le Manifeste ajoute que “les classes moyennes… sont révolutionnaires… en considération de leur passage imminent au prolétariat”.

    De ce point de vue, c’est donc une absurdité de plus que de faire des classes moyennes, conjointement avec la bourgeoisie, et, par-dessus le marché, des féodaux “une même masse réactionnaire” en face de la classe ouvrière.

    Lors des dernières élections, a-t-on crié aux artisans, aux petits industriels, etc., et aux paysans : “Vis-à-vis de nous, vous ne formez, avec les bourgeois et les féodaux, qu’une seule masse réactionnaire” ?

    Lassalle savait par cœur le Manifeste communiste, de même que ses fidèles savent les saints écrits dont il est l’auteur. S’il le falsifiait aussi grossièrement, ce n’était que pour farder son alliance avec les adversaires absolutistes et féodaux contre la bourgeoisie. »8

    Dans la contradiction entre le populaire et le prolétarien, le prolétarien est principal (c’est l’aspect « nouveau »), mais dans la résolution de cette contradiction, l’aspect secondaire populaire devient temporairement principal — d’où la nécessité de la réalisation des tâches démocratiques. Là où les tâches démocratiques sont principales (comme dans les pays fascistes, coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux), c’est la démocratie populaire (et le front populaire) ou la nouvelle démocratie (et le front uni démocratique) ; là où les tâches démocratiques sont secondaires (comme dans les pays capitalistes impérialistes), nous pensons que c’est l’alliance populaire. Dans le premier cas, la révolution communiste est continue par étape (avec une première phase de révolution démocratique), dans le second cas, la révolution communiste est simple (avec une seule phase). Mais même là où le pouvoir révolutionnaire doit être directement une dictature du prolétariat, celle-ci aura des aspects de dictature démocratique du peuple.

    Il est important de ne pas négliger que la révolution dans un pays comme la France ne sera pas exclusivement communiste et prolétarienne. Mais il est important de bien retenir que la révolution dans un pays comme la France ne sera pas principalement démocratique et populaire, comme dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux où la stratégie de la guerre populaire prolongée s’applique, mais principalement communiste et prolétarienne.

    Dans ce document, nous citions la stratégie de la guerre populaire prolongée comme « théorie qui synthétise les apports de la lutte révolutionnaire dans toute l’Histoire. » Nous le pensons toujours. Cependant, il convient de distinguer le particulier du général, c’est-à-dire ce qui dans cette théorie est particulier à la révolution de nouvelle démocratie dans les pays coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux, et ce qui est universel à la guerre révolutionnaire du prolétariat à l’époque du capitalisme impérialiste.

    À ce titre, nous écrivions que la révolution communiste en France devrait traverser « grossièrement, trois étapes » : la défensive, l’équilibre et l’offensive stratégique. Nous ne pensons pas que ces trois étapes, qui s’appliquent dans les pays coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux, se transposent tels quels dans un pays comme la France (elles ne doivent pas être prises au pied de la lettre). En revanche, ce qu’il faut retenir, c’est que l’expérience historique nous enseigne que la conquête du pouvoir politique est longue. Idem, elle est la conquête d’un territoire par une guerre de mouvement qui engage toutes les masses populaires ! Par exemple, dans l’Empire russe, le pouvoir a été conquis par 3 ans de guerre civile, et la révolution prolétarienne a été gagnée par les masses populaires (l’alliance ouvrière-paysanne). Nous ne savons pas encore quelles seront les étapes de la conquête du pouvoir dans un pays capitaliste et impérialiste comme le nôtre. Cependant, nous savons déjà que celle-ci ne sera pas un coup de force décisif mené uniquement par le prolétariat, mais une lutte armée prolongée à la tête d’une alliance populaire.

    Si la guerre populaire prolongée reste une stratégie de révolution démocratique restreinte aux pays coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux, les enseignements politiques et militaires de la guerre populaire prolongée, eux, ne s’y restreignent pas ! Nous sommes toujours convaincus que les travaux de Mao sur la guerre populaire prolongée sont un trésor théorique où trouver des réponses universelles sur la stratégie politique et militaire de prise du pouvoir du prolétariat. L’œuvre conséquente de T. Derbent, Clausewitz et la guerre populaire (2004), récemment publiée par Foreign Languages Press dans une version enrichie (2024), nous apparaît comme une ressource de premier ordre dans cette entreprise, et vient confirmer notre conviction initiale. Une théorie créée pour un problème particulier n’est jamais qu’une théorie particulière. Si la perspective de la création de bases rouges qui encercleraient les villes, où s’exercerait le double pouvoir populaire et par lesquelles se construiraient le Parti, l’armée et le front uni, nous paraît plus qu’improbable en France, la perspective d’une insurrection urbaine « de type léniniste » ne nous paraît pas moins improbable.

    Une chose est sûre, la question militaire n’a pas de réponse simple, toute faite, absolument universelle et définitive ! Dans les pays impérialistes, au XXIsiècle, c’est à nous de lui trouver une réponse.

    Les premières révolutions prolétariennes de l’Histoire furent toutes entraînées par la guerre, et dans ce contexte purent toute s’appuyer sur les masses en armes : le rôle de la Garde nationale pendant la Commune de Paris de 1871 est là encore l’exemple type que reproduisirent la révolution d’Octobre 1917 et de Novembre 1918 (dont la révolte spartakiste de Berlin), et la République des conseils de Bavière et de Hongrie de 1919, qui furent initiées par des soldats. Cependant, 1 siècle plus tard, force est de constater que le cas russe est le seul exemple réussi de prise du pouvoir appuyée par des masses de soldats conscrits mutinés. Après le lendemain de la 1re Guerre mondiale, ce type d’opportunité révolutionnaire ne se reproduisit plus.

    De plus, la vague révolutionnaire européenne de 1917-1923 a connu une impasse cuisante : l’insurrection de janvier 1918 en Finlande ; le bienno rosso (les « deux années rouges ») de 1919-1920 en Italie ; le mouvement des soviets de 1919-1923 en Irlande ; le soulèvement de la Ruhr de 1920, la Märzaktion de 1921 et la tentative d’insurrection d’Octobre 1923 en Allemagne ; et l’insurrection du 23 septembre 1923 en Bulgarie. Cela démontre, d’une part, que faire reposer l’action révolutionnaire sur la mobilisation de soldats conscrits mutinés signifie se condamner à l’inaction en leur absence, et d’autre part, qu’une organisation qui ne s’est pas préparée militairement, politiquement, théoriquement et idéologiquement à la lutte armée ne peut pas l’improviser.

    Ultérieurement, la défaite du Frente popular en 1939 et la capitulation du Parti communiste français en 1945 (rendre les armes et participer au gouvernement bourgeois) sont d’autres démonstrations que la question militaire est une question politique, théorique et idéologique qui ne se limite pas à une question organisationnelle ou technique : le problème de l’armée révolutionnaire, ce n’est pas simplement de trouver des armes et des militants pour les manier. Les problèmes de la lutte armée sont contenus dans les problèmes de la théorie et de l’idéologie révolutionnaire. Une armée sans état-major préparé politiquement, théoriquement et idéologiquement n’est rien. La guerre révolutionnaire a besoin d’une stratégie qui n’oublie ni le politique ni le militaire, et d’une direction (un état-major) pour appliquer celle-ci. Pour les révolutionnaires, le politique est toujours politico-militaire. Le Parti communiste, parce qu’il doit être un centre politique, doit aussi être un centre militaire.

    Depuis l’épuisement de la vague révolutionnaire européenne de 1917-1923, il apparaît que la quasi-totalité des situations révolutionnaires fut des situations où les tâches bourgeoises étaient principales, et ce même dans les pays impérialistes. C’est le cas de la guerre d’Espagne de 1936-1939 et de la libération nationale de la France de 1944-1945, qui furent antifascistes.

    Également, il apparaît que la totalité des victoires révolutionnaires prolétariennes de l’Histoire (prendre et conserver le pouvoir) fut des révolutions communistes continues par étape, c’est-à-dire avec une étape démocratique (où les tâches bourgeoises étaient principales). À ce titre, c’est l’URSS qui apparaît comme la norme historique, et la Commune de Paris comme l’exception. Par exemple, la révolution de démocratie populaire en Albanie et en Yougoslavie (la libération nationale de l’occupation fasciste italienne et allemande en 1944-1945), la révolution de nouvelle démocratie en Chine (la libération nationale de l’occupation colonialiste japonaise en 1945) et au Vietnam (la libération nationale de l’occupation colonialiste française puis américaine en 1946-1976), ou encore la Révolution cubaine. Toutes ces révolutions furent antifascistes ou anticoloniales et antiféodales, c’est-à-dire démocratiques, et sous la direction du prolétariat.

    Nous n’affirmons pas que les révolutions communistes simples, c’est-à-dire sans étape démocratique (où les tâches prolétariennes sont principales), sont circonscrites à l’époque révolue du capitalisme ascendant et de l’impérialisme naissant (lorsque les conditions objectives étaient encore révolutionnaires dans les pays impérialistes). Cependant, selon l’expérience historique, celles-ci sont minoritaires.

    Nous n’affirmons pas non plus que les situations révolutionnaires appuyées par des masses de soldats conscrits mutinés sont désormais impossibles. Cependant, selon l’expérience historique, les communistes ne peuvent pas laisser reposer leur stratégie sur celles-ci. Premièrement parce que ces opportunités sont rares, et deuxièmement parce qu’elles ne peuvent pas compenser ou substituer le manque de préparation politico-militaire, c’est-à-dire lorsque la question militaire n’est pas posée en même temps que la question politique de la prise du pouvoir.

    Pour conclure, nous devons revenir sur une affirmation concernant les Grandes Purges soviétiques de 1937. Nous écrivions :

    « Le seul véritable reproche qui peut être fait à cette campagne fut son caractère dirigé du haut vers le bas et institué d’une manière bureaucratique. Les masses soviétiques ont observé l’opération d’épuration, sans en être réellement actrices. »

    Grâce aux travaux historiques de J. Arch Getty et de D. Priestland, nous savons aujourd’hui que cette affirmation est fausse. Les Grandes Purges ont été une véritable campagne de mobilisation populaire menée par la direction soviétique. Dans celle-ci, les masses ont non seulement eu une participation active, mais elles ont été des actrices autonomes de l’État soviétique. Il s’est pratiqué ce que Getty a baptisé « l’absolutisme populaire ».

    Il est vrai que l’aspect bureaucratique du Grand Tournant ou des Grandes Purges était beaucoup plus important que dans les politiques de mobilisation qui se sont pratiquées en Chine maoïste : Grand Bond en avant, Cent Fleurs et Grande Révolution culturelle prolétarienne, pour ne citer que les plus importantes. Cependant, les masses soviétiques ont à plusieurs reprises dépassé le rôle que la direction soviétique leur attribuait, elles ne s’y sont pas restreintes. Le mouvement stakhanoviste, qui provenait des masses et était porté par les masses, est le meilleur exemple. Il ne faut pas voir seulement ce que la direction soviétique déclarait sans voir ce que les masses soviétiques faisaient indépendamment de celle-ci.

    Les Grandes Purges et la Grande Révolution culturelle prolétarienne sont des expériences historiques qui partagent beaucoup plus de similitudes que ce qu’il a été cru par les maoïstes jusqu’à récemment. Surestimer la rupture entre l’URSS et la Chine populaire, entre Staline et Mao, et sous-estimer leur continuité est une erreur héritée de l’historiographie maoïste classique9. Cette erreur était très compréhensible avant les années 80, quand l’historiographie totalitaire dominait l’histoire bourgeoise de l’URSS, mais elle n’est plus tolérable aujourd’hui. Nous devons intégrer les productions historiques bourgeoises sur l’URSS pour dépasser les historiographies communistes (dont maoïste) dans une historiographie communiste supérieure.

    1 Cf. G. Dimitrov, L’offensive du fascisme et les tâches de l’Internationale communiste dans la lutte pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme, 1935 ; La lutte pour la paix, 1935 ; et La démocratie populaire, 1948.

    2 Cf. Mao Z., De la nouvelle démocratie, 1940.

    3 V. I. Lénine, À la mémoire de la Commune, 1911.

    4 F. Engels, Introduction à La guerre civile en France, 1891.

    5 Ibidem.

    6 V. I. Lénine, « Chapitre III : l’État et la révolution. L’expérience de la Commune de Paris (1871). Analyse de Marx », L’État et la révolution, 1917.

    7 V. I. Lénine, Leçons de la Commune, 1908.

    8 K. Marx, Critique du programme de Gotha, 1875.

    9 Par exemple, À propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat (1956) et Encore une fois à propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat (1957) publié par le Renmin Ribao.

  • Construire la démocratie populaire !

    Construire la démocratie populaire !

    Notre campagne : Construire la démocratie populaire !

    La démocratie populaire est au cœur de notre programme. Elle est une démocratie de classe, pour les exploités et exploitées, par eux et elles, et contre leurs bourreaux. Nous la voyons comme l’objectif politique premier de notre organisation : se doter des moyens d’exercer le pouvoir et d’en priver ceux qui s’en servent pour maintenir leur domination, leur exploitation.

    La démocratie actuelle n’en a que la forme.

    Nous vivons dans un régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par les exploiteurs. La démocratie, la possibilité de pouvoir porter au pouvoir une organisation politique, un candidat, un programme n’est qu’une apparence.

    La politique est une affaire de professionnels, elle est une carrière comme une autre, dans laquelle les convictions ne jouent qu’un rôle secondaire. Même s’il existe des exceptions, des personnes honnêtes, sincères, volontaires, la tendance est à l’opportunisme et à la corruption. Tout, dans la démocratie des exploiteurs, est fait pour transformer les idéalistes, les militantes et militants, en serviteurs et en servantes de leurs intérêts. La démocratie locale, villageoise, est elle aussi touchée par ces maux. Les notables imposent leurs désirs, et les mairies sont leurs chambres d’enregistrement.

    Les programmes, les promesses faites aux plus pauvres, aux plus précaires, ne sont jamais tenues. Elles n’engagent en rien ceux et celles qui les formulent : une fois élus, ceux qui sont supposés représenter le peuple font ce qu’ils veulent. Il n’existe ni contrôle, ni surveillance. En revanche, le cumul des mandats, les indemnités, assurent un confort matériel plus que motivant.

    Que pourraient ils, que pourraient elles faire ? Le programme réel, concret, appliqué, est dirigé étroitement, de manière dictatoriale, par les intérêts des exploiteurs, pudiquement nommés « compétitivité », « garantie de la croissance » ou par les intérêts impérialistes de domination de pans entiers de continents, euphémiquement qualifiés de « place de la France dans la monde ».

    La nature de l’État.

    L’école nous enseigne que l’État est un outil. Qu’il représente une chose neutre, au dessus des conflits, au dessus des classes sociales, et qu’il est chargé de réguler au mieux les conflits dans la société, voire d’oeuvrer au bien commun. Dans les faits, c’est historiquement faux. La construction de l’État moderne est étroitement reliée à la montée en puissance des capitalistes. Ils ont construit, architecturé, organisé un outil puissant, chargé de réguler la société pour que l’exploitation soit la plus pacifique et la plus efficace possible : en somme la plus rentable et la plus performante. Pour réaliser cette tâche, il s’est doté d’outils juridiques, militaires, policiers qui lui permettent au mieux d’assurer ce fonctionnement. L’État n’est pas un arbitre neutre, il est un outil puissant entre les mains de ses concepteurs. Il ne peut pas être conquis, il doit être mis à terre pour qu’une société nouvelle naisse.

    L’État n’est pas démocratique. Il est d’ailleurs doublé d’une technostructure qui lui permet d’agir. Cette technostructure (ministères, hauts fonctionnaires, préfets…) n’est pas élue, elle est cooptée ou nommée. La démocratie n’a aucun droit de regard dessus.

    Sans reprendre la théorie – souvent agitée par les conspirationnistes – de l’État profond, il faut cependant reconnaître que la démocratie actuelle reste superficielle. Certaines questions sont bien trop essentielles pour être soumises au vote. La fusion des intérêts des grands groupes industriels capitalistes avec l’État est totale. Celui-ci se fait, au nom de son rôle de garant de la croissance économique, le chargé d’affaire d’Orena, de Total, de Dassault… Il en résulte une politique intérieure, une politique extérieure, une diplomatie et une série d’opérations militaires qui sont là pour les servir.

    L’État n’est pas démocratique.

    Sur les contrats avec la monarchie absolue d’Arabie Saoudite, sur la mise en place de juntes génocidaires, sur les coups d’États orchestrés pour les intérêts de l’industrie française : il n’y a aucun vote. La Ve démocratie, née d’un coup d’État, est un outil extrêmement puissant et secret.

    Des lors, la démocratie sonne creux. Ses débats n’ont de prise que sur des sujets superficiels : la redistribution des miettes de l’exploitation et de la surexploitation, quelques investissements cosmétiques (réalisés avec les deniers publics), quelques atténuations ou quelques améliorations. Mais le fond, le fond est non-négociable. Discuter de la production, discuter de la propriété des richesses, revient à une déclaration de guerre. Oser opposer une autre conception, une autre vision, un autre discours revient à se heurter aux officines de propagande des possédantes : des médias à leur botte, qui répercutent des discours anti-populaires.

    Lorsque l’économie va au plus mal, comme dans la situation actuelle, la politique des exploiteurs recherche des diversions. Il faut soit expliquer les malheurs par la faute des autres (la concurrence internationale, les rivalités entre puissances…), soit monter les exploités et les exploitées les uns contre les autres. Instiller la colère, la division, le racisme, la xénophobie, l’intolérance. Rechercher le conflit entre civilisations, entre religions, entre origines ethniques…

    Pour certains, pour certaines, ce n’est qu’un jeu. Ce n’est qu’un slogan comme un autre, qui s’agite pour gagner des voix. Pour d’autres, c’est une vraie croyance, une croyance dans la nécessité d’épurer ethniquement ou politiquement la société française. Par opportunisme ou non, ces discours contribuent à instiller la haine, et amènent sur une bien dangereuse pente.

    Quelle alternative ?

    Nous ne pensons pas qu’une alternative puisse émerger dans un système truqué. Même une organisation qui respecte les règles du jeu, comme LFI, subit campagnes de calomnie sur campagnes de calomnie dès qu’elle prend de l’ampleur. Les candidatures alternatives (LO, NPA) voire le PCF sont systématiquement exclues de l’accès aux médias. Ceux-ci donnent le ton de la campagne. Or, dans tous les pays capitalistes et en France particulièrement, ils sont la propriété de grands cartels industriels. Ils répercutent – parfois malgré eux – la voix de leurs maîtres.

    Par le passé, une candidature comme celle de François Mitterrand avait pu cristalliser les espoirs, faire naître l’idée d’un changement profond de société. Cette candidature n’était pas révolutionnaire. Elle ne promettait que quelques changements superficiels. Pourtant, elle a déclenché la colère la plus profonde des exploiteurs, des capitalistes et de leurs chiens de garde. Une campagne immense a été menée, accusant le PS de vouloir instaurer le totalitarisme, et portant sur le devant de la scène tous les philosophes réactionnaires d’aujourd’hui, (BHL, Finkielkraut, François Furet…). Pourtant, le Parti Socialiste n’a pas révolutionné le monde. Il a soutenu les entreprises pendant la crise, avant de les privatiser à nouveau.

    Si jamais une organisation populaire conséquente parvenait à l’emporter, elle serait privée de tous les moyens de mettre en place sa politique, soit par le « mur de l’argent », soit par une coup d’État, comme l’ont connu le Frente Popular en Espagne ou Salvador Allende au Chili. La réponse au changement de société est donc différente.

    Notre démocratie.

    Notre vision de la démocratie n’est pas celle-ci. Elle est une vision stratégique. Ceux qui produisent la réalité des richesses, par leur travail, par leur génie, par leur sueur, doivent décider de leur emploi. Elle est une démocratie inquisitrice, qui dans laquelle le peuple travailleur exerce une souveraineté réelle, pleine, entière. Une souveraineté populaire absolue, dans laquelle le peuple seul, unique force créatrice – avec la nature – des richesses du monde, décide de tout, avec l’intégralité des leviers du pouvoir.

    Une démocratie qui puisse poser toutes les questions nécessaires et vitales. Celle de l’organisation du travail, celle de ce que nous produisons, celle des limites du renouvellement de la nature et de la possibilité pour l’humanité d’avancer. Une démocratie qui puisse subordonner l’ensemble de l’activité économique à la satisfaction des besoins matériels et culturels de l’humanité.

    Une démocratie vigilante.

    Elle est une démocratie vigilante : elle se doit de lutter contre les tentatives de corruption, de détournement, de restauration. Une démocratie dans laquelle les profiteurs, les exploiteurs, les capitalistes, les marchands de haine n’ont pas droit de cité. Même dépossédé du pouvoir, ces individus, ces catégories sociales, ne sont pas moins agressives. Elles possèdent des compétences, une connaissance de l’administration, de la gestion, de l’art militaire, de la technique qui les rend difficilement remplaçables dans l’immédiat. De plus, elle possède un capital, des liens, des relations entre ses membres, mais également à l’étranger, qui font qu’elles présente une menace constante pour la liberté.

    Depuis plusieurs décennies, les organisations qui veulent changer le monde sont sur la défensive. Les années 1990 ont anéanti l’idée d’utopie, d’espoir. Pourtant un monde meilleur est possible. Il est même a portée de main. Ce monde ne demande qu’à naître : c’est là notre objectif.

    Pour nous, les germes de cette démocratie existent.

    Elle est dans les assemblées générales, dans les usines, dans les lieux d’éducation, dans les quartiers populaires.

    Elle est dans les assemblées générales telles que celles lancées par les Gilets Jaunes. Des assemblées ayant vocation à se doter de leur propre légalité, de leurs outils de contrôle, de leur capacité à non seulement discuter, mais entreprendre, construire. Une démocratie dont chaque portion des masses populaires, des exploités et exploitées, des petits producteurs peut se saisir.

    Une démocratie qui rejette la démagogie. Au lieu de réaliser une somme des égoïsmes et des intérêts particuliers, des mesquineries, elle fait émerger un intérêt populaire, suprême, celui d’un monde dans lequel l’exploitation, la répression, seront abolies, dans lequel l’économie sera définie par les possibilités de la Terre, et non par la recherche effrénée, coûteuse, gaspillante, du profit.

    Elle est dans la construction progressive d’une opposition extra-parlementaire : une coalition qui rejette les cadres étriqués de la démocratie capitaliste. Une coalition qui considère que le jeu truqué des urnes n’investit les représentants du peuple d’aucun pouvoir réel. Qui considère donc que la légitimité provient du contact avec les masses populaires, et qui réclame une fraction du pouvoir réel.

    Chaque assemblée, chaque lieu de décision qui surimpose sa légitimité à celle du pouvoir central, du pouvoir des exploiteurs, est une fraction de cette démocratie. La lutte est de faire grandir cette légitimité, cette légalité nouvelle, pour qu’elle devienne la légitimité première, principale, hégémonique.

    S’organiser pour gagner.

    Ceux et celles qui détiennent la réalité du pouvoir, les capitalistes, les exploiteurs, sont parfaitement organisés. Ils défendent leurs intérêts avec une rigueur implacable et avec une efficacité qu’on se doit de reconnaître. Ils ne sont pas neutres au changement, ils y sont résolument hostiles. Un développement en « tâche d’huile », petit à petit, se heurtera à leur réaction la plus féroce. Nous avons donc besoin d’être nous aussi organisés, mais également de nous protéger nous même.

    Nous voulons construire quelque chose de grand : le parti des communistes et des sans-partis.

    Nous avons besoin d’un outil capable de réunir, de former, d’organiser les exploités et les exploitées. Cet outil, l’UC désire, avec d’autres, le construire. Un outil démocratique dans les débats, unifié dans l’action. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, dès qu’elles partagent comme but l’unification du peuple contre ses bourreaux et la volonté de construire la démocratie populaire.

    Nous voulons unir internationalement nos forces, pour gagner.

    Nous ne voyons pas notre engagement comme de l’humanitaire. Nous voulons la libération mondiale, de la servitude, du colonialisme, de l’impérialisme. Chaque lutte, chaque victoire, contribue à l’avancée de la libération générale des exploités et exploitées. Nous nous inscrivons dans une logique internationaliste : au sein de l’Alliance Internationale Antifasciste et Anti-impérialiste et de la Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires. Rejoindre UC, c’est participer à la création d’une nouvelle internationale de lutte, capable de gagner des victoires.

  • Quelle légalité en régime bourgeois ? Partie finale

    Quelle légalité en régime bourgeois ? Partie finale

    Leur légalité et la notre.

                    La bourgeoisie joue une jeu hypocrite. Elle se targue de présenter un modèle neutre, équitable, juste et démocratique. Elle se targue de mettre en avant des valeurs universelles, de traiter d’une manière égale en poids chaque individu. « Les faits sont têtus » écrivait Lénine. Et les faits illustrent chaque jour l’étendue de ce mensonge. La société capitaliste est une implacable machinerie à inégalité et à discrimination. Non seulement elle les reproduit, dans l’école « républicaine », mais elle les accentue. Elle creuse le fossé immense entre le prolétariat et la bourgeoisie, elle le rend insondable. La captation sans cesse croissante des richesse, la spoliation toujours plus forte, tout ceci contribue à concrétiser la tendance à la paupérisation, non seulement relative, mais également absolue. La bourgeoisie est toujours plus riche, tandis que le prolétariat est s’appauvri, en particulier dans les pays dominés par l’impérialisme.

                    La bourgeoisie dit que le jeu fonctionne ainsi, que les courageux et les courageuses, les entreprenants et entreprenantes, sont récompensés. Elle clame que chacun reçoit son dû, que les dés ne sont pas pipés. Elle clame également que le prolétariat, si il parvient à gagner les élections, pourra faire le monde comme il le souhaite. En somme, elle se prétend fair play. Pourtant rien n’est plus faux.

                    La bourgeoisie n’est pas stupide. Elle a conçu l’Etat bourgeois comme un outil au service de sa domination, au service de son ordre, au service de ses intérêts de classe. La loi est avec elle, la force est avec elle. Elle en détient le monopole, tout en prétendant que ce n’est pas le cas. Dans les faits, croire naïvement que la bourgeoisie peut se laisser retirer ses privilèges sans se lancer dans la guerre est une illusion terrible. La bourgeoisie se moque de la présomption d’innocence. Elle se moque de la rétroactivité des lois. Elle se moque des vices de procédure et des nullités. Elle applique intégralement l’adage du si vis pacem, para bellum pour défendre ses intérêts supérieurs de classe. L’Histoire illustre que le sang coule quand les masses se révoltent. Ceux et celles qui pensent que cet Etat se conquiert de l’intérieur, par la réforme, sont condamnés à échouer ou a trahir.

    Lénine écrivait : « Nous » disons donc à la bourgeoisie: Vous, exploiteurs et hypocrites, vous parlez de démocratie alors qu’à chaque pas vous dressez des milliers d’obstacles pour empêcher les classes opprimées de participer à la vie politique. Nous vous prenons au mot, et afin de préparer les masses à la révolution, pour vous renverser, vous autres exploiteurs, nous demandons, dans l’intérêt de ces masses, que votre démocratie bourgeoise soit élargie.

    Et si vous, exploiteurs, tentez de résister à notre révolution prolétarienne, nous vous réprimerons impitoyablement, nous vous enlèverons vos droits politiques; bien plus nous vous refuserons le pain, car dans notre république prolétarienne, les exploiteurs n’auront pas de droits, ils seront privés d’eau et de feu, car nous sommes des socialistes pour de bon. »

                    Nous ne sommes pas des hypocrites. Nous actons le fait que la lutte des classes est le moteur de l’histoire. Les institutions ne sont pas neutres, les lois, les systèmes de pouvoir non plus. Nous actons que l’Etat a un contenu de classe. Nous actons également que la bourgeoisie se rebellera, frappera, tuera. Notre légalité n’est pas une neutralité fausse, mais une légalité de lutte des classes aigüe. La légalité de la dictature du prolétariat est une légalité complexe. Elle n’est pas celle d’une forteresse coupée du monde, fonctionnant en autarcie complète, hors de tout danger, comme le présentent les « historiens » du Livre Noir. Elle est une légalité qui doit être adaptée à la situation de lutte des classes forte et accrue au sein de l’Etat prolétarien, mais également en situation de guerre avec l’impérialisme mondial et avec les bourgeoisies dans leur ensemble.

                    Les rapports ont parfois été pacifiques, parfois brutaux entre les Etats prolétariens et leurs bourgeoisies. Mais à chaque pas que franchit la construction et l’affirmation du socialisme, les différentes fractions de la bourgeoisie ont senti progressivement le sol se dérober sous leurs pieds. Leur rôle social, lié à leur maîtrise de certaines fonctions, de certaines expertises, de certains savoirs, s’est peu à peu effrité, avec l’élévation générale du degré de formation des masses. Contrairement à ce que pensaient une grande partie des marxistes, cela n’a pas contribué à assagir ces cliques, mais à les jeter, au contraire, dans la lutte à corps perdu.

                    L’histoire bourgeoise, là encore, triche. Elle représente les opposants au pouvoir socialiste comme des démocrates défendant les droits de l’Homme, comme de sympathiques individus ayant foi dans une voie meilleure, plus juste, plus humaine. Chez l’intégralité des forces anticommunistes, de « gauche », comme de droite, il réside un consensus sur cette question. Surfant sur la sympathie spontanée qu’il est possible d’avoir pour les opprimés, la bourgeoisie a réussi à faire passer des fascistes, des théocrates, des bourgeois pour des victimes innocentes. Il n’est pas rare de trouver des ouvrages d’extrême-droite sur l’URSS ou la Chine dans les librairies libertaires. Pourtant, c’est mal comprendre les buts que se fixaient ces opposants -restauration du tsarisme, du capitalisme, instauration du fascisme…- et les moyens qu’ils et qu’elles mettaient en œuvre :  assassinats et terrorisme.

                    Lorsque plusieurs personnages centraux de l’URSS étaient assassinés, empoisonnés, avaient des accidents étranges, quand des mines de charbon explosent ou que des barrages menacent de s’effondrer, quand les opposants font front avec les Japonais pour ravager la Chine, le temps n’est plus à la discussion.

                    Les Etats socialistes ont eu à faire face à cette véritable guerre secrète menée par la bourgeoisie et ses alliés et tout était à découvrir. Les partis communistes et les masses ont expérimenté différentes manières de faire, d’avancer pour résoudre ces conflits, pour mettre fin aux tentatives de restauration faites par les vieilles classes possédantes, tout comme en avançant pour saper les bases matérielles de l’apparition de nouvelles classes bourgeoises. Les « historiens » présentent cela comme une société en guerre ouverte et constante.

                    La vérité est que la bourgeoisie profite de chaque interstice pour pouvoir avancer ses pions et briser les tentatives du prolétariat pour se libérer de l’exploitation. Chaque relâchement, chaque ralentissement de la lutte a des conséquences terribles. Lorsque, en URSS, à l’approche de la guerre, le Parti Communiste a voulu tempérer la lutte des classes aigüe pour faire bloc contre la menaces fasciste, la bourgeoisie, les droitiers, les défaitistes, les liquidateurs ont saisi l’opportunité pour frapper. Djerzinski (1917-1926) et Menjinski (1926-1934) avaient, en tant que dirigeants de la sûreté, agi avec discernement et efficacité, leurs successeurs, choisis parmi les modérés, se sont avérés des dangers complets : Iadoga (1934-1936) et Iéjov (1936-1938) . Cette modération fut justement leur faiblesse la plus grande. Elle les a rendu vulnérables à deux maux terribles : la compromission et le traitement bureaucratique des questions. Les deux se sont rendus coupables de collusion avec certaines franges de la bourgeoisie, tandis que le dernier appliqua mécaniquement une répression imbécile, avec une politique de quotas. Ils le payèrent de leur vie l’un et l’autre.

                    A la suite de cette période, il y eu une oscillation dans l’autre sens, rendue nécessaire par l’intenable situation dans laquelle l’URSS s’était retrouvée, du fait des activités de ces agents doubles. Elle vit l’arrivée de Béria (1938-1953), lequel était un individu d’une fiabilité douteuse, mais étant l’opposé complet des précédents. Issu d’un milieu d’une pauvreté affreuse, aventurier détestant la bureaucratie -au début- il a été le fer de lance, avec Vychinski, d’une réponse radicale aux menaces intérieures. La militarisation progressive du NKVD, le commissariat du peuple aux affaires de l’intérieur, notamment avec la création du SMERSH sous la férule de Abakoumov, illustra une nouvelle dérive, laquelle joua un rôle dans l’arrivée au pouvoir de la droite du PC(b)US en 1956, devenant même un outil de répression contre les Léninistes.

                    Ayant observé cette situation, les proches de Mao ont essayé une voie autre, jouant principalement sur la mobilisation des masses contre les dérives et contre les abus qui pouvaient avoir lieu, se fiant à elles pour déceler et détruire les menaces intérieures. Cette voie a culminé avec la Grande Révolution Culturelle, laquelle devait balayer la poussière de l’ancien monde. Ce mouvement de masse représentait une autre expérimentation, avec des caractéristiques de démocratie jamais vues avant dans le traitement des questions politiques, avec une prise directe des masses populaires sur la question du pouvoir et de la direction politique. Seulement, cette expérimentation n’était pas parfaite non plus, et des faiblesses sont apparues : augmentation du pouvoir de l’armée, déstructuration du Parti Communiste Chinois, épuisement de l’énergie populaire sur le long terme… Si les jugements populaires et les Dazibaos ont été des avancées incontournable dans la démocratie au sein des masses, ils n’étaient pas parfaits non plus.

            Pourtant. Pourtant l’intégralité des systèmes socialistes ont misé sur le fait de réhabiliter, de réintégrer celles et ceux qui avaient pris le chemin de la lutte contre le socialisme. Hormis dans les moments de crise, où la justice d’exception s’est appliquée, le choix fut celui de laisser une possibilité de s’amender et de progresser, y compris aux vielles classes possédantes. Les régimes socialistes ne sont pas le régime nazi, où la seule porte de sortie est la mort. Nombre d’individus ayant commis des fautes ont purgé une peine, ont travaillé puis ont été libérés et ont réintégré la société. Le but de la répression est invariablement resté leur neutralisation, tandis que le but du système carcéral est resté invariablement la réhabilitation par un travail en commun, utile et productif. Mais pour la bourgeoisie, le fait de travailler de ses mains, d’être au service du peuple, de passer 6 mois dans une commune populaire, rien n’est plus insupportable.

                    Il n’existe pas de solution idéale. Nombre de courants politiques buttent sur cette question, préférant ne rien dire, ne rien faire, plutôt que de prendre le risque de faire quelque chose qui ne soit pas la perfection incarnée. Ils rejettent intégralement les expériences socialistes sur la base  de questions de principe, sans comprendre à quoi ils et elles seront confrontés lorsque la révolution sera autre chose qu’une idée.

                    Nous ne sommes pas aveuglés par les mensonges de la bourgeoisie. Sa démocratie est une démocratie confinée, qui maquille misérablement une dictature de classe, injuste, impitoyable, sanguinaire. Deux mondes se côtoient, l’un celui des exploiteurs, l’autre celui des exploités. Il n’existe nul consensus possible de l’un vers l’autre, nulle loi commune. Il n’existe que la lutte.

                    Gagner cette lutte passe par le fait d’acter que des justices d’exception, des justices de guerre sont inévitable. Mais que cette étape, ce chemin difficile, est la voie unique vers l’abolition des inégalités de classe, vers la réalisation d’une société dont la guerre aura été extirpée. Une société juste. Une société communiste.   

  • Quelle légalité en régime bourgeois ? – partie 3

    Quelle légalité en régime bourgeois ? – partie 3

    Notre réponse : la démocratie prolétarienne et la dictature du prolétariat.

    La Dictature du Prolétariat, l’épée et le bouclier.

                    La dictature du prolétariat est un sujet important, crucial même. Aux yeux de l’Unité Communiste de Lyon elle est la ligne de démarcation de notre période de construction politique. Plusieurs documents ont été édités à ce sujet par l’Unité, principalement autour de la brochure dédiée à cette question –La Dictature du Prolétariat– mais également dans les textes du premier congrès tout comme au sein des brochures sur les bases du communisme et sur le socialisme. Le fait de défendre cette thèse comme n’étant pas une déformation de l’idéologie communiste, mais bien comme étant son noyau dur n’est pas le fruit d’une illumination subite ou d’un désir de pouvoir idéaliste. Les marxistes ne procèdent pas ainsi. Lorsque Marx et Engels ont théorisé cette conception particulière du pouvoir, ce n’était pas en fantasmant sur des fleuves de sang, mais bien en tirant des constats de l’expérience concrète de la lutte des exploités et des exploitées.

                    Pour les militants et militantes qui constituent la grande majorité des organisations communistes -au sens idéologique du terme- cela est également le fruit d’un cheminement et non d’un désir inné pour l’autoritarisme. Les individus qui sont sur cette tendance ne trouvent pas leur place dans les rangs des organisations de combat.

                    Comment ne pourrions-nous pas comprendre les réticences qui accompagnent l’évocation de cette question politique ? Elles sont nombreuses et sont parfois révélatrices de questions pertinentes. L’éducation bourgeoise, les idées dominantes -imposées par les classes également dominantes, l’historiographie anticommuniste, la charge constante et fulgurante contre les expériences socialistes… tout concourt à faire de la dictature du prolétariat un tabou total, un crime en puissance, une hérésie. Elle sert de repoussoir envers les progressistes, envers les masses.

                    Il est logique que la bourgeoisie cherche à faire ainsi. Qu’elle cherche à attaquer sans cesse les systèmes politiques qui la menacent.  Comme écrit en introduction, cela marche très bien. L’attachement atavique à la démocratie bourgeoise pousse certains, certaines, à préférer Thatcher à Staline, à choisir l’illusion démocratique bourgeoise à la construction du socialisme.

                    Certains positions sont logiques. Il existe une peur des cadres formels et contraignants, notamment chez les libertaires. La petite structure horizontale rassure, paraît porter en elle les valeurs de démocratie et de confiance. Cependant, nous l’affirmons : il n’existe aucune garantie structurelle contre la déviation. Aucune forme d’organisation ne prémunit contre les risque de dégénérescence. La seule chose qui peut former une défense contre ce risque est la lutte politique, la lutte de ligne au sein des organisations et des structures. Or, c’est là où le bât blesse. Les structures informelles, sans centralisme démocratique -le débat le plus démocratique dans les instances décisionnelles mais l’application la plus stricte des décisions une fois prises-, sans exercice rigoureux et contrôlé des mandats, sans application rigoureuse et contrôlée des décisions, est le théâtre idéal de la déviation droitière. Le flou, l’informel, le doute profite systématiquement aux tendances les plus modérées, aux partisans de la conciliation, aux éléments vacillants, aux portes d’entrées des tendances idéologiques bourgeoises.

                    Les tendances, les fractions, le libéralisme au sein des organisations politiques -et au sein des formes d’exercice du pouvoir- nuisent à l’efficacité, à l’unité d’action, à la possibilité de poser les débats et les questions concrètes. Elles sont une maladie au sein des organisations. Elles sont mortelles lorsque les enjeux sont importants et vitaux.

                    Contrairement à ce que peuvent clamer les libertaires, nous ne sommes pas partisans du centralisme démocratique par antidémocratisme, mais bien parce que celui-ci est bel et bien la forme de démocratie populaire la plus aboutie. Nous nie nions pas les luttes internes, les lignes qui peuvent s’affronter -expression de la lutte des classes dans les organisations- mais au contraire nous les actons pour pouvoir avoir une prise dessus. Les organisations que ne le font pas, qui entravent la reconnaissance de cet état de fait, se contentent en vérité d’un démocratisme de surface.

                    La dictature du prolétariat porte en elle deux exigences qui se doivent d’être obligatoirement respectées : la démocratie la plus large pour les masses ainsi que leur défense la plus efficace contre les menées de la bourgeoisie pour conserver ou reprendre le pouvoir. Le problème étant que l’interaction entre ces différentes exigences entraine fatalement des contradictions, des difficultés, des conflits parfois.

                    La démocratie prolétarienne n’est pas un vain mot. Contrairement à ce que peuvent prétendre les anticommunistes, la vie en URSS ou en Chine maoïste n’était pas une vie de caserne, une vie carcérale. La bourgeoisie essaie de fausser la vision qu’il est possible d’en avoir en niant toute la vie politique, la vie culturelle, la vie intellectuelle, tous les loisirs, tous progrès sociaux que peuvent avoir apporté le socialisme.

                    La suppression du gaspillage, le fait de passer progressivement d’une économie anarchique à une planification, sous la houlette du Gosplan, permet de progressivement répondre aux besoin de la société, tout en essayant, au travers du développement harmonieux, de respecter l’environnement. Les chiffres parlent d’eux même. Partie de très bas, l’URSS, en 1939, juste avant la déclaration de la guerre, dépasse la France en terme de PIB par habitant en Parité de Pouvoir d’Achat, sans disposer de colonies, sans surexploitation pour gonfler artificiellement celui-ci.

                    La bourgeoisie caricature l’abolition de la propriété privée des moyens de production. Elle en fait une absence totale de biens de consommation pour les masses. Elle en fait une imagerie de pauvreté. Mais dans les pays bourgeois, la propriété de biens est abolie pour 90% de la population. Location, crédit, dettes, tout cela est une illusion de propriété. En URSS, le plafonnement des loyers à 10% des revenus, la gratuité de la très large majorité des services, tout cela concourait au fait que les masses pouvaient se permettre, pour la première fois de leur vie, de dépenser leur argent non pour survivre, mais bien pour vivre.

                    Les masses populaires, avant écrasées par l’obscurantisme de la religion, par le racisme, par l’antisémitisme, par un patriarcat redoutablement puissant, se libèrent. Elles découvrent l’exercice réel du pouvoir, au travers des Soviets. Alors que le régime capitaliste ne considère les masses populaires que comme une force de travail, que comme une marchandise, sous la Dictature du Prolétariat, elles découvrent la possibilité de disposer d’une liberté inconnue. Le livre d’André Gide, Retour d’URSS, considéré comme une critique acerbe, révèle pourtant une URSS bon enfant, avec ses fêtes ouvrières, ses cours du soir, ses pièces de théâtre en pleine rue.

                    Une lutte existe, même dans la démocratie populaire, entre les conceptions arriérées et les conceptions avancées, entre réactionnaires et progressistes. Elles ne sont pas sanctionnées par la répression, mais au sein du débat démocratique entre les masses, dans lequel le Parti Communiste soutient les positions avancées. Car contrairement à l’imagerie véhiculée par l’Education Nationale et par les pamphlétaires de l’anticommunisme, le Parti Communiste, que cela soit en URSS, en Chine, en Albanie, au Vietnam … ne contrôle pas toute la société. Les archives de Smolensk, volées par les nazis, ont révélé que, au final, les militants du PC(b)US n’évoluaient pas dans une société ordonnée, totalitaire, mais bien dans une société bouillonnante, vivante, et dans laquelle ils n’avaient pas un contrôle total de l’intégralité des aspects politiques..

                    La lutte contre certaines conceptions, racistes, antisémites, sexistes, a connu des moments aigus, du fait de l’écart entre le Parti et les masses, dans certaines régions. Paradoxalement, la réforme de 1935, qui laissait à la société civile une plus grande place, s’est traduite par des reculs sur un certain nombre de positions, notamment sur l’avortement et l’homosexualité. Non du fait de la décision du Parti, mais bien d’une expression démocratique -mais réactionnaires- des masses populaires, en particulier des Républiques du sud. Pourquoi cela à eu lieu ? Car il y avait urgence à faire bloc, en prévision de la guerre. Faire bloc en prévision de celle-ci, quitte à concéder -temporairement – parut judicieux. L’était-ce ? La question reste en suspens. Mais jeter toute l’expérience sur la base de cette faille serait imbécile. N’oublions pas que, à ce moment tout était expérimental.

                    L’URSS a traité ces questions d’une manière perfectible, principalement par une impulsion du haut vers le bas. La Révolution Culturelle a tenté de le faire du bas vers le haut. La Révolutionnarisation Albanais l’a fait d’une manière décrétiste… chacune à cherché sa voie pour résoudre les contradictions et poursuivre la lutte des classes.

                    Rien n’est parfait. Mais l’exigence préalable de la perfection sert fondamentalement à botter en touche. Attendre un réveil spontané des masses populaires, un mouvement révolutionnaire qui ne soit pas le fruit du travail de longue haleine d’une organisation politique, cela revient à capituler devant le poids de l’idéologie bourgeoisie, devant la force des habitudes, des idées et des conceptions réactionnaires. Considérer que la question du pouvoir ne soit qu’un rapport entre majorité et minorité, cela revient à rester sur des conceptions réformistes de la société. Nous ne sommes pas en faveur d’un Parti d’avant-garde par mépris pour les masses, mais bien parce qu’il est illusoire de croire que la bourgeoisie laissera un mouvement de masse de ce type se développer sans faire appel à toutes les armes que lui autorisent non pas sa légalité, mais ses moyens intégraux.

                    Dans Le renégat Kautsky et la Révolution Prolétarienne, Lénine écrivait : « Dès lors, supposer que dans une révolution un peu sérieuse et profonde, c’est simplement le rapport entre la majorité et la minorité qui décide, c’est faire preuve d’une prodigieuse stupidité; c’est s’en tenir à un préjugé archi-naïf digne d’un vulgaire libéral; c’est tromper les masses, leur cacher une évidente vérité historique. Vérité selon laquelle il est de règle que dans toute révolution profonde les exploiteurs conservant durant des années de gros avantages réels sur les exploités, opposent une résistance prolongée, opiniâtre, désespérée. Jamais, si ce n’est dans l’imagination doucereuse du doucereux benêt Kautsky, les exploiteurs ne se soumettront à la volonté de la majorité des exploités, sans avoir fait jouer dans une bataille suprême, désespérée, dans une série de batailles à leur avantage. »

                    Non seulement, la bourgeoisie supprimera les moyens permettant à la « majorité » de devenir consciente de ses intérêts, mais elle entravera surtout les possibilités pour elle de s’organiser. Et si le pouvoir est pris, de se développer  et de construire une société où la résolution des contradictions de classe est possible. La bourgeoisie promet. Elle promet le respect de garanties démocratiques, promet la souveraineté pour le peuple, promet que le jeu de la République n’est pas truqué, que chacun à sa chance et que le meilleur gagne. Or, dans les faits, de petites grèves, de petits troubles entrainent déjà un déchainement de haine de la part des classes dominantes, au travers de leurs agence de presse, de leurs agences de propagande, mais également de la part de leur forces de répression. Déjà, pour si peu, la légalité est transgressée. Imaginer qu’elle ne le serait pas lorsque la question posée n’est plus économique, mais bien politique, serait se nourrir d’illusions. Pire encore, cela reviendrait à tendre le cou au bourreau.

                    Jamais un mouvement de « révolution citoyenne » ou de « révolution par les urnes » n’a triomphé dans toute l’histoire de l’humanité. Et pour cause ! Chaque fois que les organisations populaires ont approché de l’exercice réel du pouvoir, la réaction s’est mise en route pour les juguler. Le Front Populaire par les fascistes, le Frente Popular de 1936 par les franquistes, celui de 1973 -au Chili- par Pinochet…etc. Lorsque « la gauche » arrive au pouvoir, comme Mitterrand, comme Hollande, mais également comme le SPD en Allemagne après 1918, ils sont traités comme des laquais serviles par la bourgeoisie. Vacillant, hésitants, lâches, ils sont parmi les plus fidèles et les plus brutaux des agents de la bourgeoisie.

                    Aujourd’hui, l’exemple de la question de l’indépendance de la Catalogne est à l’avenant : respect de la souveraineté populaire, respect de la question du rapport entre majorité et minorité… ect. La réaction est celle de l’enfermement, de la mise sous tutelle, de la traque et de l’emprisonnement de celles et ceux qui sont à l’origine de ce mouvement. Il ne fait pas de doute que toute tentative sérieuse  de réaliser l’indépendance se heurtera à toute la virulence d’une bourgeoisie madrilène réactionnaire, prête à tout pour conserver son dû. Et encore, ce n’est pas une révolution socialiste !

                    Contre Octobre, les capitalistes et les impérialistes ont fait feu de tout bois pour écraser dans le sang la Révolution. Guerre civile, blocus, embargo, interventions, terrorisme, sabotage, assassinats, corruption, espionnage… tous les moyens furent bon pour liquider la jeune Union. Contre la Révolution Spartakiste, l’intégralité des organisations bourgeoises, du SPD au DAP ont fait front derrière les Frei Korps pour égorger celles et ceux qui voulaient libérer les masses de l’exploitation. Contre les révolutionnaires de Chine, de Corée, de Cuba, du Vietnam, des pays d’Afrique, partout, la bourgeoisie, les réactionnaires, les fascistes ont usé de tous les moyens possibles et envisageable pour mettre fin aux menaces sur leur ordre.

                    La bourgeoisie clame que le socialisme de marche pas. Pourtant, elle ne lésine pas sur les moyens pour l’écraser. Elle a ainsi soutenu les plus grandes monstruosités de l’histoire, les a nourris, les a doté des moyens de répandre le sang. Mussolini contre les grèves de 1922 en Italie. Hitler contre la menace du KPD, les obscurantistes de tout poils aujourd’hui contre les tentatives de faire émerger de nouvelles républiques populaires.

                    La bourgeoisie a soutenu les timorés, les défaitistes, les bonapartistes, partout où elle pouvait en trouver, pour caresser dans le sens du poil leurs désirs et leurs craintes. Les droitiers autour de Boukharine, les Trotskistes, les partisans de Lili-San, de Lin Piao, sont devenus des agents doubles, travaillant dans l’ombre, sabotant, assassinant, espionnant au profit des ennemis de la révolution. Ceux et celles qui ont été effrayés des succès et des avancées du socialisme, ceux qui n’y croyaient qu’a moitié, ceux qui avaient peur se sont réfugiés dans les jupes du SD Allemand, du Kenpeitai Japonais, de la CIA, de l’OSS, du Second Bureau ou du MI5.

                    Les experts, terriblement nécessaires, en particulier dans un pays arriéré, les chefs militaires, dans un pays menacé, ont chèrement et durement monnayé leur ralliement. Exigeants, rêvant du paradis perdu, voulant se constituer des royaumes intérieurs, ils et elles ont œuvré à l’affaiblissement de la dictature du prolétariat, en se retranchant derrière une conception bourgeoise et réactionnaire de la liberté.

                    Leur victoire, leur restauration du pouvoir, obtenue avec la déstalinisation en URSS, avec l’arrivée de Teng Xiaoping en Chine, n’était pas le fait des excès de la dictature du prolétariat, mais bien de sa trop faible prise. Les compromis, nécessaires, mais couteux, avaient donné une force immense à ces restaurateurs des inégalités sociales, à ceux qui voulaient entraver l’avancée et l’approfondissement du socialisme.

                    La question de la nécessité de la dictature du prolétariat est une question qui n’est pas « de principe », mais bien de vie ou de mort. Elle est une question qui ne peut être balayée d’un revers de la main, mais qui, au contraire, est centrale. Elle détermine la physionomie politique de l’Etat prolétarien, elle détermine l’objectif stratégique n°1 de la Révolution, son objectif politique.

                    Si la légalité, ou la violation de la légalité, par la bourgeoisie a d’ores et déjà été évoquée, reste à évoquer la conception de la légalité du régime populaire et prolétarien.

  • La dictature du prolétariat : La ligne de démarcation principale.

    La dictature du prolétariat : La ligne de démarcation principale.

    La dictature du prolétariat

    La ligne de démarcation principale.

    Pour aller plus loin : 

    L’Unité Communiste de Lyon est une organisation se revendiquant du communisme. Elle est une organisation s’inscrivant dans une tradition et dans un héritage. Non pas un héritage mort et fétichisé, mais un héritage vivant et dynamique. Elle se revendique, fondamentalement, de l’intégralité de l’histoire du mouvement révolutionnaire et du mouvement ouvrier.

    Elle se revendique de la synthèse de l’expérience du mouvement ouvrier et révolutionnaire. D’une synthèse critique, capable de distiller les éléments justes de cette expérience. Cette synthèse est plus large que la seule existence des organisations communistes, que leur seul rôle. Elle doit embrasser l’ensemble de l’expérience, y compris celles qui ont été avortées, inachevées, perdues.

    Selon nous, cette synthèse de l’expérience ne se limite pas à tracer la physionomie d’une organisation à coup de citations, de galeries de portraits, de folklore et de mythes. Bien souvent, il nous est adressé la question de savoir si nous nous revendiquons de Staline, de Mao ou de Hoxha. Ce type de question est révélateur d’un certain état d’esprit qui prend les questions à l’envers. Se revendiquer d’un individu est, à notre sens, caduc et inintéressant dans la situation actuelle. Ces individus ont fait partie de l’histoire du mouvement révolutionnaire, du mouvement ouvrier. Nier leur existence ou n’embrasser que leur figure n’aurait pas plus de sens l’un que l’autre. Analyser leurs apports, en intégrer les aspects justes, en ôter les aspects faux, voilà comment nous comptons procéder pour avancer idéologiquement.

    D’autant que certains butent sur ces questions. La bourgeoisie à bien fait son travail, elle aiguille sciemment, au travers de sa propagande, au travers de l’Education Nationale, vers des formes stratégiquement inoffensives de contestation. L’importance de l’anarchisme et du trotskisme comme  mouvements dans les pays impérialistes est révélateur de cela. Cependant, bien souvent, la sympathie pour Trotski ne signifie pas une adhésion à ses thèses ni a ses pratiques. A l’inverse, combien de marxistes-léninistes autoproclamés orthodoxes se usent de l’entrisme, du fractionnisme, du liquidationnisme ?

    Il de s’agit pas de faire pour autant de l’éclectisme, et de brasser large pour se diluer idéologiquement, pour faire du centrisme, pour concilier l’inconciliable. Au contraire, il s’agit de progresser sans laisser la moindre zone d’ombre, sans laisser la moindre trace de poussière. Cacher l’inconsistance politique en se réfugiant dans une case, en se réfugiant sous une étiquette dont le contenu n’est pas maîtrisé n’est pas permis.

    L’adhésion n’est pas sur un branding d’image et de tableaux, mais bien sur une adhésion au contenu politique. Ce contenu politique que nous définissons comme ligne de démarcation principale, à l’heure actuelle, dans la poursuite de la construction d’un Parti Communiste Révolutionnaire efficace, est la dictature du prolétariat. Dans la situation actuelle, nous considérons que cette ligne est celle qui correspond à l’état actuel du militantisme au sein de notre Etat, mais également qu’elle est une question politique accessible aux plus larges masses, tout en étant profonde et complète.

    Pourquoi la dictature du prolétariat comme ligne de démarcation ?

    Le choix de la dictature du prolétariat comme ligne de démarcation est lié à un constat. Trop souvent, les organisations se revendiquant du communisme dressent une liste de points préalables sans fin à l’adhésion et au travail commun, ou à l’inverse évitent soigneusement cette question. Bien souvent, ces lignes de démarcations sont tracées dans le désert, et ne correspondent pas à des modalités pratiques ou politiques. Elles sont érigées en fétiches. Admirables ou non, justes ou non, elles n’en sont pas moins tout autant de barrières absconses car n’ayant pas de transcriptions concrètes dans la réalité ou dans la pratique, hors de l’iconographie.

    Nous avons voulu choisir une autre voie que celle de l’amoncellement de barrières qui ne font que recroqueviller les organisations autour d’un cristal de pure vérité autoproclamée, mais qui les privent de l’espace, de la marge de manœuvre permettant de débattre de la véracité de ce cristal, de le forger au fer de la critique, de la heurter au prisme de la science. Cette attitude sectaire de repli sur une vérité affirmée mais indémontrée, nous l’avons eue nous même, nous l’avons expérimentée et nous en avons, par le passé, éprouvé les limites.

    Nous voulons expérimenter une autre voie, plutôt que celle de la lame de rasoir, affûtée mais fragile, maniée d’une main incertaine, nous optons pour celle du creuset, de l’instance centrale de débat, dans lequel les diverses organisations doivent se fondre pour que naisse, par le travail et l’effort commun une organisation communiste pouvant déboucher sur un parti communiste. Tout n’a pas besoin d’être préalablement aplani avant d’avancer ainsi. De toute manière la dialectique et la vie font surgir chaque jour de nouvelles questions, de nouvelles luttes de ligne.

    Jamais le PC(b)US soviétique, jamais le PCC chinois, jamais le PTA albanais n’ont été monolithiques. Ces organisations ont certes tendu vers toujours plus d’unité, toujours plus d’efficacité, mais n’ont jamais été des blocs homogènes à 100%. Elles ont toujours connu une lutte de ligne intérieure. Nous considérons que l’unification n’est pas équivalente à la résolution immédiate de la lutte de ligne. La résolution de la lutte de ligne ne saurait être préalable au fait d’avancer, cela reviendrait à emplir un tonneau percé. Une base minimale simple, claire, et suffisante doit être dessinée comme préalable. Le reste des questions peut et doit se traiter dans le cadre du débat commun.

    Nous mêmes, faisons le choix d’avancer en commun.

    L’Unité Communiste de Lyon est une organisation qui rassemble des communistes ayant une perception différente de leur idéologie. Certains sont marxistes, d’autres se perçoivent léninistes, d’autres maoïstes. Nous pensons que les questions idéologiques sur ces distinctions sont légitimes. Elles sont légitimes et doivent faire l’objet d’un débat scientifiquement argumenté. Seulement, l’Unité Communiste de Lyon considère que ces questions peuvent être résolues au sein d’une organisation unique. Leur résolution n’est pas un préalable au travail commun et à l’unification. Leur résolution en est même une conséquence, puisqu’elle créé le cadre scientifique qui permet de faire la démonstration claire et nette de la supériorité de telle thèse sur telle autre thèse. Elle permettra de rejeter les conceptions arriérées et périmées et de systématiser celles qui sont justes.

    Dans l’état actuel des choses, certaines questions ne sont pas non plus un préalable à l’adhésion. Bien souvent, la maîtrise du matérialisme-dialectique, du matérialisme-historique, de l’ensemble des facettes de l’idéologie a été placée comme une nécessité pour devenir adhérent. Comme l’exigence était trop élevée par rapport à ce que des néo-adhérents, des statuts intermédiaires artificiels étaient mis en œuvre. Des stagiaires ad vidam eternam, parfois, qui attendaient d’être considérés comme digne de devenirs des égaux.

    Bien souvent, du fait de l’organisation en sectes, refermées autour d’une vérité autoproclamée, la progression vers le centre de ces organisations cloisonnées ne se faisait pas en fonction de la progression dans la maîtrise de la théorie et de l’idéologie, mais bien uniquement en fonction du degré de mimétisme des positions du centre. Dans ces conditions là, la dégénérescence ne pouvait que se manifester tôt ou tard, la présomption et le procès d’intention remplaçant l’analyse, l’attaque et l’agression le débat, l’assénement de dogmes la démonstration de la justesse des thèses défendues.

    Nous voulons une progression en commun, vivante, critique et encourageant l’autocritique.

    Nous pensons que la question de la dictature du prolétariat est suffisante et constitue une ligne de démarcation suffisante pour adhérer. Elle n’a pas besoin d’être même formulée selon cette expression consacrée. Le fait de vouloir la constitution d’un pouvoir populaire où le prolétariat et ses alliés dirigent l’Etat contre les exploiteurs, est suffisant.

    Pourquoi est-il suffisant ? Parce qu’elle est la condensation de l’objectif politique stratégique du mouvement communiste à l’heure actuelle. Elle conditionne tout et est la condition de tout.

    La question de la dictature du prolétariat est le nœud gordien de la lutte. L’atteindre impacte la forme de l’organisation et la question des rapports qui se nouent en son sein. Elle explique le fait qu’une organisation politique communiste ne peut atteindre cet objectif que sous la forme d’un parti de type nouveau, tel que défini par Lénine. Elle conditionne le fonctionnement interne, la nécessité d’avoir un centralisme démocratique, le fait de devoir lutter contre le fractionnisme, contre l’entrisme. Elle conditionne le fait qu’un Parti Communiste n’est pas une clique, une bande, une coterie, mais une organisation conçue, organisée, architecturée pour renverser le pouvoir de la bourgeoisie et créer l’Etat prolétarien. Elle explique que les organisations de ce type ne sont pas des salons de discussion, ni de plaisant clubs, mais des outils conçu pour la plus grande efficacité.

    Sommes-nous pour de meilleurs salaires, pour de meilleurs horaires de travail, pour une meilleure couverture santé, pour une défense des droits des chômeurs ? , oui, nous le sommes. Mais limiter là notre revendication politique revient, au final, à demeurer au niveau de l’économisme. Il s’agit du travail des organisations syndicales, du travail des organisation de masse, de défense des masses populaires et de ses intérêts.

    La question de la dictature du prolétariat politise la question. Elle pose la question du pouvoir de la bourgeoisie, de la nature de son Etat, de la nature de ses institution, de la nature du rapport que peuvent avoir les exploités avec celle-ci. Vouloir défendre ce projet, c’est comprendre le fait que l’Etat n’est pas amendable, qu’il n’est pas possible de négocier sa forme, de se contenter du cadre étriqué de sa prétendue démocratie. La question de la dictature du prolétariat pose de manière concrète la question de la révolution. Elle le pose d’une manière non-abstraite, non comme un but final, non dans une perspective messianique, millénariste, mais comme un moyen concret. Un moyen concret de disposer des outils pour ériger et construire le socialisme puis le communisme. Elle redonne ainsi au marxisme sont caractère fondamental de guide pour l’action, et non d’un fétiche.

    La question de la dictature du prolétariat pose également la question du programme. De construire le socialisme dès qu’une zone est sous le contrôle du pouvoir populaire. La question de la dictature du prolétariat pose également celle de la démocratie populaire. La dictature du prolétariat implique deux aspects insécables : celui de la démocratie pour les masses, celui de la dictature contre les ennemis du peuple.

    En elle, elle pose la question des soviets, du contrôle populaire sur l’économie, de l’organisation démocratique de celle-ci. Elle pose la question de l’économie politique, de la planification, de la question du rapport avec la nature et avec l’écologie. Elle pose la question d’une économie non plus au service du profit d’une poignée de parasites, mais bien pour répondre à des besoins.

    La dictature du prolétariat pose également la question de la difficile gestion de la question des experts, de la bureaucratie d’Etat, du besoin de spécialistes. Elle pose la question de la liquidation en tant que classe de la bourgeoisie, par le fait d’éliminer le besoin social de ces catégories de population.

    Elle pose la question de la contrainte ou de la répression contre celles et ceux qui y sont hostiles et qui veulent s’organiser contre le pouvoir populaire. A la fois contre les irréductibles ennemis du peuple, mais également contre les menées intérieures qui peuvent être faites par certains individus, voire par des corps sociaux entiers comme ceux des experts bourgeois, qui peuvent tenter de se constituer leurs royaumes personnels au sein de l’Etat prolétarien, et, de ce fait, le ronger peu à peu. Elle pose la question de l’éducation des masses, de l’accès à la culture et au savoir, pour résoudre la dépendance vis-à-vis de ces experts, pour avancer vers la résolution de la contradiction entre travail manuel et intellectuel.

     Elle pose la question de la capacité à rallier les larges masses populaires, à les convaincre du bienfondé de l’Etat populaire par la mise en œuvre d’une politique qui donne des résultats. Elle pose la question de comment se met en œuvre ce ralliement, qui ne peut se faire -et ne s’est pas fait- par la contrainte, mais bien par un lent travail d’éducation des masses sur ce que signifiait cette étape du socialisme, y compris après la conquête du pouvoir par les bolcheviks ou par les organisations révolutionnaires. Elle pose la question des cadres du débat démocratique au sein d’une république soviétique.

    Elle pose la question de son affermissement, de la résolution des contradictions non-antagoniques par le débat, le dialogue, l’explication ou la conviction. Elle pose les bases de la résolution de la question de la structure patriarcale de la société, du sexisme, du racisme, des maux qui sont tout autant  de fléau dans la société pourrissante dans laquelle nous vivons.

    Elle pose la question de la défense et des relations internationales, de la volonté de soutien aux opprimés croulant sous le joug d’autres Etats capitalistes, de l’impérialisme, du colonialisme…

    Elle ouvre la voie vers une société sans classe ni Etat, vers une société communiste.

    A l’inverse la dictature du prolétariat démarque les communistes du réformisme, du révolutionnarisme romantique, de l’opportunisme. Elle est ce qui démarque des partis qui ne comprennent pas la nature de classe de l’Etat, son caractère profond de force d’oppression d’une classe contre une autre. Elle est ce qui démarque, fondamentalement de celles et ceux qui sont inconséquents, qui rêvent d’un grand soir sans en assumer les implication. Elle est ce qui forme une démarcation entre le messianisme, l’utopisme, l’idéalisme et la volonté d’avancer de manière cohérente, construite, organisée, structurée et efficace. Elle est la distinction entre le vœux pieux et la victoire.

    La question de la dictature du prolétariat porte chacun de ses aspects en son sein. Comme dans la création d’un dictionnaire, nous considérons qu’elle est une réponse nécessaire et suffisante, simple et accessible à tous et à toutes à la question de quelle est notre ligne de démarcation.

  • Communiqué commun de l’UPML et d’ l’UCL. Meeting de l’ICOR – 100 ans de la Révolution d’Octobre.

    Communiqué commun de l’UPML et d’ l’UCL. Meeting de l’ICOR – 100 ans de la Révolution d’Octobre.

    Communiqué de l’Unité Communiste de Lyon et de l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste

     sur le séminaire de l’ICOR célébrant les 100 ans de la Révolution socialiste d’Octobre

    L’UPML et l’UCL étaient présentes au séminaire de l’ICOR des 25-26-27 octobre 2017, à Bottrop [Allemagne]. Étant les seules organisations françaises présentes nous avons choisi de nous exprimer d’une seule voix.

    En premier lieu, nous remercions l’ensemble des organisateurs et des organisatrices, tout comme nous remercions chaleureusement les sympathisants qui nous ont hébergés. Nous saluons également les plus de 1000 participants du séminaire dont les membres des 60 organisations participantes à ce séminaire, en cette année symbolique du centenaire de la révolution.

    Pour rappel, l’organisation qui a pris en charge ce séminaire, l’ICOR, est une association de 50 partis et organisations communistes, révolutionnaires de différents courants correspondants à l’éclatement du mouvement communiste aujourd’hui. Son objectif est de s’opposer au système impérialiste mondial en coordonnant le travail de différents partis à travers le monde et d’œuvrer pour la révolution socialiste internationale et l’instauration de la dictature du prolétariat.

    Le mouvement révolutionnaire est bien vivant

    Nous considérons que la tenue de ce séminaire est un succès et un symbole important. Sa tenue est une illustration du fait que, cent ans après la Révolution d’Octobre, les organisations révolutionnaires n’ont pas été balayées. Elles n’ont pas été anéanties par les tentatives de la bourgeoisie de stopper la roue de l’histoire. La tenue de ce séminaire est également une preuve que l’internationalisme prolétarien vit toujours, que le cœur de la lutte et de la volonté révolutionnaire bat toujours !

    Stephan Engel, membre historique du MLPD – Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands, a introduit cette conférence en faisant un retour sur la situation en Allemagne. Au sein de cet État, les élections ont accordé, en effet, un pan important des voix à l’extrême droite, sous l’étiquette d’AfD (Alternative für Deutschland). Cette percée historique de l’extrême-droite au sein de l’Allemagne a poussé l’ancien dirigeant du MLPD à s’exprimer sur la lutte antifasciste. Il a très justement rappelé que celle-ci ne saurait exister de manière efficace sans être en lien directe avec la lutte des classes, sans être en rapport avec la situation des larges masses populaires, sans être en rupture avec la bourgeoisie. Bourgeoisie qui prend, cette année, le prétexte du centenaire de la Révolution d’Octobre, de la défaite bourgeoise face au peuple en armes, pour lancer une offensive contre le communisme. Offensive par la droite, avec le traditionnel discours des 100 millions de morts, avec les attaques contre l’idée même de socialisme et de communisme. Mais également offensive par la « gauche », flattant l’ultra-gauche, les anarchistes, les trotskistes, les rejoignant dans leur croisade anti-bolchevique.

    Le socialisme vainqueur avec la Révolution Bolchevique

    Le camarade Engel a ensuite fait un bref rappel des indéniables conquêtes de la Révolution Bolchevique, première révolution de ce type, tirant ses sources de l’expérience de la dictature du prolétariat issue de la Commune de Paris de 1871.

    La bourgeoisie et les croisés de l’anticommunisme ont beau s’échiner, comme le disait Lénine : « les faits sont têtus » : La révolution et la construction du socialisme ont apporté aux masses populaires du jeune État soviétique des avancées qu’aucun autre régime n’a pu leur accorder. Aucun ne l’aurait, non plus, voulu, car l’ancien monde, celui que la Révolution détruisit, était bâti autour de piliers tels que l’exploitation, l’obscurantisme, la domination d’une classe bourgeoise parasitaire, et même – au sein de l’Empire Russe – le servage.

    De ses ruines, naquit un monde où les maîtres mots sont égalité, justice et pouvoir populaire. Cela n’est pas resté que des mots jetés en l’air, comme de la poudre aux yeux, mais c’était bien une nouvelle étape dans l’avancée de l’humanité.

    En permettant au prolétariat et aux larges masses populaires de se saisir des leviers de commandement qui leur revenait légitimement, la révolution leur a permis de se saisir des problématiques qui les concernaient directement ; en prenant le pouvoir, les masses ont su imposer la politique qui allait dans leur intérêt, et non dans l’intérêt d’une minorité d’exploiteurs. En sont ressorties des conquêtes sociales que nul n’aurait pu envisager. Socialisation des moyens de production et collectivisation des terres permettant d’orienter la production non plus vers le profit, mais vers la satisfaction des besoins primordiaux, l’éducation gratuite, et obligatoire -l’analphabétisme qui dépassait les 90 % en Russie tsariste avait été quasiment éradiqué à la mort de Staline-, couverture sociale universelle -l’espérance de vie a été multipliée par deux entre 1924 et 1953-, et surtout, reconnaissance de l’égalité entre les hommes et les femmes. En effet, alors que dans les pays « démocratiques », la femme n’avait pas le droit de vote, et ne pouvait travailler, ni avoir de compte bancaire sans l’autorisation de son époux, la jeune URSS fut le premier pays au monde à compter une femme parmi ses figures politiques: Alexandra Kollontaï fut ainsi la première femme au monde à avoir été membre d’un gouvernement (commissaire du peuple à l’assistance publique), et à avoir tenu le poste d’ambassadrice à l’étranger, la camarade Kollontaï ayant été envoyée en ambassade au Mexique (1926-1927), en Norvège (1927-1930), puis en Suède (1930-1945), notamment au moment où cet Etat était l’épicentre de toute la diplomatie mondiale.
    Bien qu’indéniablement, une critique soit à faire sur les erreurs de la République des Soviets, celle-ci ne peut-être faite que constructivement, pour corriger les manques, non pour remettre en question l’ensemble du combat pour la construction du Socialisme. Ces conquêtes sans précédent n’auraient pu avoir lieu sans la révolution, une chose que ses détracteurs ne reconnaîtront jamais.

    Le marxisme – une science vivante !

    Tout au long du séminaire, il a été rappelé par quasiment tous les intervenants (à commencer par Stephan Engel dans son introduction), que contrairement à celles et ceux qui défendent une application mécanique et dogmatique du marxisme, ni Lénine, ni le Parti, ni la révolution en tant que telle n’ont suivi un schéma préétabli. La Révolution d’Octobre fut le fruit du caractère vivant du marxisme, de son caractère de guide pour l’action, non de dogme sclérosé. La Révolution d’Octobre s’est nourrie de l’expérimentation, sur un canevas dessiné par le marxisme. Ce qui a rendu la victoire possible, ce n’est pas l’adaptation scolaire de la théorie de Marx et Engels par Lénine et les bolcheviques, mais l’adaptation de celle-ci aux conditions matérielles du vieil empire tsariste. Le camarade Lénine a su donner vie au marxisme, dans la théorie et dans la pratique, une méthode de travail scientifique qui doit nécessairement inspirer tous les communistes à travers le monde.

    Cette nécessité de s’inspirer de l’exemple de Lénine est d’autant plus criante que la situation internationale actuelle présente des similitudes mais aussi des différences avec celle à laquelle étaient confrontés les bolcheviques. Les rivalités inter-impérialistes, les menaces de conflits et les conflits ouverts ne sont pas sans rappeler les situations d’avant-guerres du 20e siècle. Si actuellement une guerre mondiale n’est pas dans l’intérêt des impérialistes, le nombre de conflits et de guerres régionaux et la menace générale d’une guerre mondiale augmentent.
    Hier, la grande majorité de l’humanité vivait dans les colonies ou semi-colonies. Aujourd’hui, la plupart des quelques 200 pays existants sont principalement capitalistes, même si certains sont encore dépendant. Par ailleurs, une grande partie de la population mondiale vit dans des pays impérialistes. De nouveaux pays impérialistes se sont formés, comme la Chine, l’Inde, la Russie et d’autres progressent pour participer au partage des marchés et du monde. Toutes questions actuellement en discussion. Le séminaire a discuté des dangers, mais aussi des potentialités de cette évolution de manière controversée et passionnée.

    Impérialisme et social-chauvinisme sont nos ennemis !

    Si la première partie du séminaire a essentiellement tourné autour de la question de l’impérialisme, les intervenants sont revenus sur un problème auquel nous sommes également confrontés en France, y compris dans certains milieux prétendus « communistes », celui du chauvinisme. Il a été rappelé très justement que la social-démocratie, au sein des pays impérialistes, dès lors qu’elle n’est pas internationaliste, dégénère ainsi vers le social-chauvinisme, terreau de la réaction la plus crasse. L’exemple de la France insoumise est à cet égard parlant. Nous savons que nombre d’adhérents à La France insoumise défendent et se positionnent comme anti-capitalistes. Mais les positions de JL Mélenchon, obsédé par ce qu’il appelle « la place de la France dans le monde », reviennent à soutenir l’impérialisme français. Mélenchon ne cache pas sa sympathie pour Vladimir Poutine, à la tête d’un régime réactionnaire et impérialiste. Selon le leader de la FI, la Russie aurait le mérite de s’opposer au seul « vrai » impérialisme, l’impérialisme américain, face auquel tous les autres ne sont, à ses yeux, que des mouvements de résistances. Évidemment, cette publicité mensongère n’a pour but que de faire passer un discours nationaliste et anti-communiste, et finalement réduit les peuples à n’être que de la chair à canon au profit de bourgeoisies concurrentes. Ainsi, une conclusion s’impose : la lutte anti-impérialiste ne consiste pas dans le fait de se mettre sous l’aile d’une bourgeoisie contre une autre, mais elle doit être étroitement mise en parallèle avec la lutte des classes, avec la lutte des opprimés contre leurs oppresseurs. Les communistes n’ont qu’un seul camp, celui des intérêts du peuple.

    Révolution, centralisme démocratique et culture prolétarienne de débat

    La Révolution d’Octobre, et la critique de la social-démocratie, mène à une prise de position commune et évidente : la révolution ne peut pas, bien évidemment, passer par les urnes. Si, dans la stratégie et la tactique marxiste-léniniste, les communistes usent de tous les moyens mis à leur disposition, légaux comme illégaux, on ne doit jamais oublier que notre stratégie repose sur la révolution par les armes, et la dictature du prolétariat comme moyen pour bâtir la société socialiste. Une telle stratégie ne peut être mise en place qu’avec l’appui d’une discipline de fer, qui ne peut fonctionner que si les décisions centrales et les débats et expériences de la base fusionnent au plus près. C’est ainsi que fonctionne le centralisme démocratique, indispensable au bon fonctionnement de toute organisation communiste.

    A ce propos, nous ne pouvons que saluer la façon dont s’est tenu le séminaire, très respectueuse de la culture du débat prolétarienne. Les camarades présents ont pu s’exprimer librement, à égalité avec les autres partis et organisations, dans un cadre qui a permis la prise de parole de tous, que l’on soit ou non d’accord. Une critique est à faire cependant, la limite trop courte des interventions, rendant compliqué le développement de certaines idées.

    Cette discipline de parti vient directement s’opposer à ce que la nouvelle présidente du MLPD, Gabi Fechtner, qualifie très justement de révolutionnarisme petit-bourgeois, propre aux anarchistes, cultivant le spontanéisme, la paresse intellectuelle, et multipliant les actions sans stratégie, juste utiles à épuiser nos forces.

    A l’issue du séminaire, deux résolutions ont été votées par les organisations présentes. La première résolution concernait les dix camarades du TKP/ML (parti communiste de Turquie/marxiste-léniniste); il a été décidé par l’ensemble des camarades présents d’exiger leur libération, en tant qu’ICOR. La seconde résolution concerne plus généralement le résultat du séminaire, les participants s’étant accordés à la quasi-unanimité sur l’importance d’une telle initiative, sur son impact indéniablement positif, tant aux niveaux politique, historique que moral, et sur la nécessité de multiplier ces occasions.

    La position de L’Unité Communiste Lyon, que nous partageons avec l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste est la suivante :

    L’importance que nous, communistes de France, de toutes les organisations, devons accorder à l’ICOR est capitale. L’ICOR a réalisé l’exploit de rassembler 60 organisations/partis internationaux afin d’échanger et travailler ensemble.

    Le travail avec l’ICOR ou avec les Amis de l’ICOR est nécessaire à la propagande large de la perspective du socialisme à l’international comme en France. Gangrené par le sectarisme, l’opportunisme, les travers sociaux-chauvins, le militantisme français a un travail d’unification immense et profond à faire.

    Nous ne pensons pas que ce travail se fait au sein de sectes, mais dans un combat d’ensemble. Nous pensons que le travail au sein de l’ICOR peut poser les bases du cadre dans lequel se réalise cette unité.

    L’expérience communiste rend d’autant plus nécessaire l’ICOR sous forme d’une coordination des organisations révolutionnaires, allant vers une nouvelle internationale ; la diffusion des idées marxistes léninistes, la coopération pratique et le soutien mutuel sont essentiels à l’évolution du mouvement ouvrier.

    L’ICOR, à l’heure actuelle, est une organisation importante et dynamique pour occuper l’espace laissé par l’effondrement des tentatives de reconstitution d’une internationale communiste. Il lui reste bien des étapes à franchir pour parvenir à remplir les tâches exigées pour devenir un véritable centre à l’échelle mondiale. Ces étapes sont, certes, imposantes, mais sont inévitables pour que renaisse une force communiste cohérente.

    En tant qu’organisations marxistes-léninistes en France, nous nous sommes exprimés communément sur deux questions fondamentales: l’étude et la diffusion du marxisme-léninisme au sein de la classe ouvrière et des masses populaires ainsi que la nécessité de sortir des logiques de groupuscules, et de construire un parti communiste révolutionnaire étroitement lié à la lutte des classes en France.

    Nous voulons élever notre niveau de compréhension de la science marxiste, mais non par fétichisme, non par intellectualisme, non par amour des livres pour les livres, mais bien pour redonner à notre sa place : celle d’un guide pour l’action consciente et organisée des masses.

    L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste veulent, dans la mesure de leurs forces, s’engager dans cette construction essentielle, vitale, pour que le mouvement communiste international renaisse et soit de nouveau en mesure de vaincre le système capitaliste et impérialiste.

    En avant pour l’unité des communistes révolutionnaires dans la construction du Parti en France !

    En avant pour la révolution socialiste internationale !

    Unité Communiste de Lyon – Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste

  • Le souverain mépris de Macron.

    Le souverain mépris de Macron.

    Le souverain mépris de Macron.

    Qui sont les fainéants ? Qui sont les cyniques ? Qui sont les extrémistes ?

    Dans son discours à Athènes, le Président de la République s’est fendu d’une attaque brutale contre la mobilisation naissante. Accompagné du souriant social-traître Tsipras, de SYRIZA, le nouveau maître du pouvoir s’est ainsi exprimé sur les réformes : «Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes.» Tout comme à Forbach, où il s’en est pris aux intellectuels et aux journalistes («Les journalistes ne m’intéressent pas (…) [Ils] ont un problème. Ils s’intéressent trop à eux-mêmes et pas assez au pays». «Des esprits tristes englués dans l’invective permanente»), le discours d’Athènes laisse un goût étrange en bouche.

    Voilà donc comment la bourgeoisie perçoit celles et ceux qui veulent lutter contre son pouvoir, contre ces réformes. Elle trépigne, s’énerve, ne comprend pas que les travailleurs, les travailleuses, ne veulent pas se saigner à blanc pour sauver « le pays ». Par « pays », il est bien évident que Macron veut dire « la bourgeoisie de l’Etat français. »

    Certains s’en sont emparés -on ne les blâmera pas de l’avoir fait. Ainsi, Mélenchon tweetait « Abrutis, cyniques, fainéants, tous dans la rue les 12 et 23 septembre ! » Montrant par là même un infléchissement dans sa tentative de faire cavalier seul.

    Certains se sont brodés, sur la base de ces insultes, un bel étendard, digne de la campagne de Coluche.

    Mais, derrière les slogans, derrière les mots, il est nécessaire d’aller un peu plus loin. Creusons quelque peu l’insulte, l’injure, lancée par le Président.

    Car nous ne sommes ni les fainéants, ni les cyniques, ni même les extrémistes de l’histoire.

    Qui, entre la bourgeoisie et les classes populaires, sont les fainéants ?

    Est-ce celui ou celle qui sème, qui produit, qui construit, qui soude, qui boulonne, qui pioche, qui soigne, qui éduque ?

    Est-ce celle ou celui qui, sur le travail des autres, sur leur sueur, sur leur sang, amassent des millions, des milliards ?

    La bourgeoisie, en particulier la grande bourgeoisie, ne produit aucune richesse, aucune marchandise, aucune nourriture, elle ne produit rien. Elle n’est qu’un exploiteur, un parasite -un fainéant au sens premier du terme : fait-néant.  Elle ne fait rien d’utile, rien de nécessaire. Elle est une nuisance, un frein au développement économique et social.

    Certes, la vie d’un bourgeois comporte du stress et de la tension. Elle n’est pas de tout repos. Mais non pour les raisons que connaît un travailleur. Pour la bourgeois, la vie est un stress car elle est un jeu -qui parfois se mue en guerre- entre membres de cette classe sociale. Tout comme un grand joueur de poker prend des risques et subit un stress. Tout comme le joueur de poker, cette douleur et ce stress est superflu, inutile, volontairement subi. Les bourgeois se tressent des couronnes d’épines et de douleur.

    Quand un bourgeois se targue de « prendre des risques », il s’agit pour lui de conquérir des marchés, de prendre à ses concurrents, de les écraser, de les ruiner. En rien, il ne s’agit de mieux répondre aux besoins des masses. En rien il ne s’agit de risques pris pour améliorer le sort de l’humanité. D’une manière général, les risques sont par ailleurs assumés aux plus bas échelons, par ceux qui réalisent ces commandes, menacés sans cesse par le chômage, la précarité, ou même les aventures militaires.

    Ces risques sont futiles, sont superflus, ne sont le fait que du jeu de concurrence des bourgeoisies entre-elles. Ils n’ont aucun raison d’être. Une production planifiée et organisée y mettrait fin.

    Quand un bourgeois ou un de ses laquais dit travailler dur, il ment. Il joue, il joue et parie sur la vie et le destin d’autrui.

    Car les bourgeois sont les fainéants.

    Qui sont les cyniques ?

    Dans la bouche du valet Macron, les cyniques sont ceux qui voudraient  capitaliser sur la grogne sociale pour avancer leurs positions.

    Certes, il en existe, il existe de vrais cyniques, de vrais opportunistes, de vrais gourous qui rêvent de chair fraiche dans les mouvements, de votes, de postes et de places. Ils ont régulièrement leur place dans nos colonnes.  Inutile de parler d’eux ici.

    Mais en revanche, Macron, n’attaque pas ces carriéristes. Il les applaudit même, car il sait, en bon requin, que leur soif de postes, de places, d’estrades les amèneront tôt ou tard à lui manger dans la main. En réalité, il s’en prend à la CGT, aux organisations combatives, aux syndicats de lutte, aux organisations politiques prônant l’antiparlementarisme et la révolution. Dans une rhétorique digne de l’ultra-gauche la plus infantile, il brocarde les salauds qui tenteraient d’organiser les travailleurs et des les mener au combat. Un jour, peut-être même s’exprimera t’il sur la nécessité d’auto-organiser la production contre les syndicats et contre les codes contraignants et liberticides.

    Mais qui sont, en vérité, les cyniques ? Dans une brochure intitulée Tout est marché, nous prenions certains exemples.

    Vendeurs de sang, vendeurs de chair, vendeurs d’organes, vendeurs de morts, promoteurs véreux, chefs d’entreprise sans scrupules, politiciens corrompus… Les voilà nos cyniques ! Tel Martin Shkreli, qui, pour ses profits personnels, multiplie le prix de vente d’un médicament contre le VIH par 3500%. Il n’est pas un cas isolé, il est le digne fils de sa classe.

    Tel François Fillon, des corrompus, des opportunistes, des profiteurs. Qu’importe si l’argent détourné aurait pu financer une école, un hopital.

    Seuls les profits les animent, seul la soif de rendements, la soif de taux d’exploitation, le goût du luxe, leur soif de niveau de vie plus élevée, d’écrasement des faibles et des exploités les animent.

    Les voilà, les vrais cyniques, ce sont les bourgeois !

    Qui sont les extrémistes ?

    Sommes-nous des extrémistes ? Dans l’échiquier politique, c’est un fait, nous sommes sur une des ailes. Dans l’Assemblée, nous n’avons aucune place, aucun espace. Nous sommes politiquement hors de clous.

    Pour Macron, ce terme revoit, pêle-mêle dans une seule nébuleuse, tout ce qui peut coller au vocable « extrémiste » : Fasciste, nazi, gauchiste, taliban, « féminazi », écolo-radical, autonome, maoïste…

    L’idée est d’associer un sentiment de répulsion à cela, un sentiment de dégoût, un sentiment d‘a-normal, d’hors de la norme.

    Si nous sommes, relativement au centre, à l’extrême-gauche, cette question est biaisée. Elle est liée à une difficulté de trouver un référentiel correct. Dans l’absolu, qui sont les extrémistes ?

    Est-ce extrémiste que de défendre le fait de vouloir mettre fin à l’oppression, à la domination, à l’exploitation, de vouloir liquider le sous-développement, l’inégalité d’accès à l’éducation, d’offrir des soins, des logements décents et en nombre suffisant, l’accès à la culture et aux loisirs ? Est-ce extrémiste ?

    L’entêtement de la bourgeoisie à s’accrocher à son mode périmé d’accaparation des ressources, à ses privilèges de classe, là réside l’extrémisme. Maintenir les masses la tête sous l’eau, dans l’exploitation, dans la misère, dans le sous développement, dans la mort par la faim, par la maladie, par la guerre, voilà leur moyen de dégager du profit. Là réside le crime.

    Certes, nous ne reculons pas devant des moyens durs pour la lutte, mais ils ne sont que le miroir de la résistance obsessionnelle de la bourgeoisie. Nazisme, fascisme, obscurantisme, violence policières, terrorisme d’Etat, guerre civile… elle utilise tous les moyens pour maintenir dans un carcan les exploités.

    Certes nous défendons le principe de la dictature du prolétariat, mais elle est le bouclier contre les méfaits des assassins, des bandits, des conspirateurs et des restaurateurs du pouvoir bourgeois.

    Nous agissons de manière logique, cohérente, sans débordement, sans soif de sang. Nous agissons avec des moyens à la mesure de la tâche que nous nous fixons :  celle de faire choir notre bourreau : la bourgeoisie et en premier lieu la bourgeoisie de l’Etat français, celle qu’incarne Macron.

    Car la bourgeoisie, voilà la véritable extrémiste.

    Voilà qui sont donc les fainéants, les cyniques, les extrémistes. Nous rejoignons alors Macron. Nous ne les laisserons pas se mettre en travers de notre route ni de celle de la lutte !

    Nous n’oublions pas les injures. Nous n’oublions pas le mépris. Nous n’oublions pas les crimes de la bourgeoisie.

  • Nouvelle brochure numérisée : Pensées à propos des Racines de Classe de la Contre-Révolution dans le Territoire de l’Union soviétique – Alexei Danko

    Nouvelle brochure numérisée : Pensées à propos des Racines de Classe de la Contre-Révolution dans le Territoire de l’Union soviétique – Alexei Danko

    Pensées à propos des Racines de Classe de la Contre-Révolution dans le Territoire de l’Union soviétique

    Alexei Danko

    Cet article d’Alexei Danko, traduit par le Dr. Adélard Paquin, apporte un intéressant éclairage sur la lutte des classes en URSS et sur le combat de la bourgeoisie pour obtenir la restauration du capitalisme. Ces pensées corroborent les thèses que nous développions sommairement au sein de notre brochure sur le 9 mai 1945 quant au lien entre la guerre et l’affaiblissement du PC(b)US.
    Ainsi, Alexei Danko déclare :

    « La guerre et les conséquences militaires sévères ont infligé des pertes énormes à l’Union soviétique non seulement d’un point de vue de classe, d’un point de vue matériel et en termes de population, mais ont aussi renforcé un certain nombre de tendances dangereuses pour la dictature du prolétariat. »

    Mais, loin de s’arrêter à cet aspect, Alexei Danko effectue un état des lieux sans concession sur les rapports de classes au sein de l’URSS et sur les insuffisances de la direction politique précédente.

    La lecture de cette brochure ne peut qu’être encouragée pour tout militant ou toute militante. Elle est une fenêtre supplémentaire sur les questions relatives au délitement idéologique et politique de l’Union Soviétique.

  • Trois brochures numérisées.

    Trois brochures numérisées.

    Multiple mise à jour dans nos brochures.

      

    Trois ouvrages de tailles et de contenu différents : un extrait des mémoires de Sam Darcy, communiste américain, notamment connu pour son rôle dirigeant dans la grande grève générale de 1934, à San Francisco. Ce militant syndical et politique méconnu dans l’Etat français nous illustre, ici, le fonctionnement de la jeune démocratie soviétique et de son système d’élection.

    Le second est un texte écrit par Lénine pour le premier congrès de la III ème Internationale. Les Thèses de sur la démocratie bourgeoise et la dictature prolétarienne, comme l’indique leur nom, traitent de la lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie, et fournissent un apport nourri par trois ans d’expérience pratique au sein de la future URSS.

    Le dernier est un article sur Joseph Staline, soulignant les apports théoriques et pratiques faits par ce dirigeant au marxisme-léninisme. Ce document, rédigé lors du soixante-dixième anniversaire de Staline, doit être mis, bien évidemment, en perspective avec les critiques postérieures au décès du secrétaire général du PC(b)US, cependant, des aspects importants et essentiels se retrouvent dans un document qui tente de synthétiser une vie de lutte.

    Nous vous souhaitons bonne lecture.

  • Nouvelles brochures numérisées : F. Engels – Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme – V. Lénine – De l’Etat.

    Nouvelles brochures numérisées : F. Engels – Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme – V. Lénine – De l’Etat.

     

    Nous publions ces deux brochures, représentant deux textes importants de l’histoire du mouvement communiste.

    La première est une brochure de F. Engels, rédigée alors que la théorie de l’évolution de Darwin venait d’être émise. Elle est une pierre essentielle dans l’avancée de la compréhension de la dialectique appliquée aux espèces, mais également forme une intéressante approche des questions sur le lien entre l’Homme et la nature, première base fondamentale de l’écologie.

    La seconde est une courte brochure faite par Lénine sur la question de l’Etat. Elle est essentielle quant à la question de la révolution, du réformisme et de la nature de l’Etat bourgeois. Elle fait partie du corpus de textes de base, que chaque communiste se doit de maîtriser.

    Nous vous souhaitons bonne lecture.