Étiquette : Démocratie bourgeoise

  • Construire la démocratie populaire !

    Construire la démocratie populaire !

    Notre campagne : Construire la démocratie populaire !

    La démocratie populaire est au cœur de notre programme. Elle est une démocratie de classe, pour les exploités et exploitées, par eux et elles, et contre leurs bourreaux. Nous la voyons comme l’objectif politique premier de notre organisation : se doter des moyens d’exercer le pouvoir et d’en priver ceux qui s’en servent pour maintenir leur domination, leur exploitation.

    La démocratie actuelle n’en a que la forme.

    Nous vivons dans un régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par les exploiteurs. La démocratie, la possibilité de pouvoir porter au pouvoir une organisation politique, un candidat, un programme n’est qu’une apparence.

    La politique est une affaire de professionnels, elle est une carrière comme une autre, dans laquelle les convictions ne jouent qu’un rôle secondaire. Même s’il existe des exceptions, des personnes honnêtes, sincères, volontaires, la tendance est à l’opportunisme et à la corruption. Tout, dans la démocratie des exploiteurs, est fait pour transformer les idéalistes, les militantes et militants, en serviteurs et en servantes de leurs intérêts. La démocratie locale, villageoise, est elle aussi touchée par ces maux. Les notables imposent leurs désirs, et les mairies sont leurs chambres d’enregistrement.

    Les programmes, les promesses faites aux plus pauvres, aux plus précaires, ne sont jamais tenues. Elles n’engagent en rien ceux et celles qui les formulent : une fois élus, ceux qui sont supposés représenter le peuple font ce qu’ils veulent. Il n’existe ni contrôle, ni surveillance. En revanche, le cumul des mandats, les indemnités, assurent un confort matériel plus que motivant.

    Que pourraient ils, que pourraient elles faire ? Le programme réel, concret, appliqué, est dirigé étroitement, de manière dictatoriale, par les intérêts des exploiteurs, pudiquement nommés « compétitivité », « garantie de la croissance » ou par les intérêts impérialistes de domination de pans entiers de continents, euphémiquement qualifiés de « place de la France dans la monde ».

    La nature de l’État.

    L’école nous enseigne que l’État est un outil. Qu’il représente une chose neutre, au dessus des conflits, au dessus des classes sociales, et qu’il est chargé de réguler au mieux les conflits dans la société, voire d’oeuvrer au bien commun. Dans les faits, c’est historiquement faux. La construction de l’État moderne est étroitement reliée à la montée en puissance des capitalistes. Ils ont construit, architecturé, organisé un outil puissant, chargé de réguler la société pour que l’exploitation soit la plus pacifique et la plus efficace possible : en somme la plus rentable et la plus performante. Pour réaliser cette tâche, il s’est doté d’outils juridiques, militaires, policiers qui lui permettent au mieux d’assurer ce fonctionnement. L’État n’est pas un arbitre neutre, il est un outil puissant entre les mains de ses concepteurs. Il ne peut pas être conquis, il doit être mis à terre pour qu’une société nouvelle naisse.

    L’État n’est pas démocratique. Il est d’ailleurs doublé d’une technostructure qui lui permet d’agir. Cette technostructure (ministères, hauts fonctionnaires, préfets…) n’est pas élue, elle est cooptée ou nommée. La démocratie n’a aucun droit de regard dessus.

    Sans reprendre la théorie – souvent agitée par les conspirationnistes – de l’État profond, il faut cependant reconnaître que la démocratie actuelle reste superficielle. Certaines questions sont bien trop essentielles pour être soumises au vote. La fusion des intérêts des grands groupes industriels capitalistes avec l’État est totale. Celui-ci se fait, au nom de son rôle de garant de la croissance économique, le chargé d’affaire d’Orena, de Total, de Dassault… Il en résulte une politique intérieure, une politique extérieure, une diplomatie et une série d’opérations militaires qui sont là pour les servir.

    L’État n’est pas démocratique.

    Sur les contrats avec la monarchie absolue d’Arabie Saoudite, sur la mise en place de juntes génocidaires, sur les coups d’États orchestrés pour les intérêts de l’industrie française : il n’y a aucun vote. La Ve démocratie, née d’un coup d’État, est un outil extrêmement puissant et secret.

    Des lors, la démocratie sonne creux. Ses débats n’ont de prise que sur des sujets superficiels : la redistribution des miettes de l’exploitation et de la surexploitation, quelques investissements cosmétiques (réalisés avec les deniers publics), quelques atténuations ou quelques améliorations. Mais le fond, le fond est non-négociable. Discuter de la production, discuter de la propriété des richesses, revient à une déclaration de guerre. Oser opposer une autre conception, une autre vision, un autre discours revient à se heurter aux officines de propagande des possédantes : des médias à leur botte, qui répercutent des discours anti-populaires.

    Lorsque l’économie va au plus mal, comme dans la situation actuelle, la politique des exploiteurs recherche des diversions. Il faut soit expliquer les malheurs par la faute des autres (la concurrence internationale, les rivalités entre puissances…), soit monter les exploités et les exploitées les uns contre les autres. Instiller la colère, la division, le racisme, la xénophobie, l’intolérance. Rechercher le conflit entre civilisations, entre religions, entre origines ethniques…

    Pour certains, pour certaines, ce n’est qu’un jeu. Ce n’est qu’un slogan comme un autre, qui s’agite pour gagner des voix. Pour d’autres, c’est une vraie croyance, une croyance dans la nécessité d’épurer ethniquement ou politiquement la société française. Par opportunisme ou non, ces discours contribuent à instiller la haine, et amènent sur une bien dangereuse pente.

    Quelle alternative ?

    Nous ne pensons pas qu’une alternative puisse émerger dans un système truqué. Même une organisation qui respecte les règles du jeu, comme LFI, subit campagnes de calomnie sur campagnes de calomnie dès qu’elle prend de l’ampleur. Les candidatures alternatives (LO, NPA) voire le PCF sont systématiquement exclues de l’accès aux médias. Ceux-ci donnent le ton de la campagne. Or, dans tous les pays capitalistes et en France particulièrement, ils sont la propriété de grands cartels industriels. Ils répercutent – parfois malgré eux – la voix de leurs maîtres.

    Par le passé, une candidature comme celle de François Mitterrand avait pu cristalliser les espoirs, faire naître l’idée d’un changement profond de société. Cette candidature n’était pas révolutionnaire. Elle ne promettait que quelques changements superficiels. Pourtant, elle a déclenché la colère la plus profonde des exploiteurs, des capitalistes et de leurs chiens de garde. Une campagne immense a été menée, accusant le PS de vouloir instaurer le totalitarisme, et portant sur le devant de la scène tous les philosophes réactionnaires d’aujourd’hui, (BHL, Finkielkraut, François Furet…). Pourtant, le Parti Socialiste n’a pas révolutionné le monde. Il a soutenu les entreprises pendant la crise, avant de les privatiser à nouveau.

    Si jamais une organisation populaire conséquente parvenait à l’emporter, elle serait privée de tous les moyens de mettre en place sa politique, soit par le « mur de l’argent », soit par une coup d’État, comme l’ont connu le Frente Popular en Espagne ou Salvador Allende au Chili. La réponse au changement de société est donc différente.

    Notre démocratie.

    Notre vision de la démocratie n’est pas celle-ci. Elle est une vision stratégique. Ceux qui produisent la réalité des richesses, par leur travail, par leur génie, par leur sueur, doivent décider de leur emploi. Elle est une démocratie inquisitrice, qui dans laquelle le peuple travailleur exerce une souveraineté réelle, pleine, entière. Une souveraineté populaire absolue, dans laquelle le peuple seul, unique force créatrice – avec la nature – des richesses du monde, décide de tout, avec l’intégralité des leviers du pouvoir.

    Une démocratie qui puisse poser toutes les questions nécessaires et vitales. Celle de l’organisation du travail, celle de ce que nous produisons, celle des limites du renouvellement de la nature et de la possibilité pour l’humanité d’avancer. Une démocratie qui puisse subordonner l’ensemble de l’activité économique à la satisfaction des besoins matériels et culturels de l’humanité.

    Une démocratie vigilante.

    Elle est une démocratie vigilante : elle se doit de lutter contre les tentatives de corruption, de détournement, de restauration. Une démocratie dans laquelle les profiteurs, les exploiteurs, les capitalistes, les marchands de haine n’ont pas droit de cité. Même dépossédé du pouvoir, ces individus, ces catégories sociales, ne sont pas moins agressives. Elles possèdent des compétences, une connaissance de l’administration, de la gestion, de l’art militaire, de la technique qui les rend difficilement remplaçables dans l’immédiat. De plus, elle possède un capital, des liens, des relations entre ses membres, mais également à l’étranger, qui font qu’elles présente une menace constante pour la liberté.

    Depuis plusieurs décennies, les organisations qui veulent changer le monde sont sur la défensive. Les années 1990 ont anéanti l’idée d’utopie, d’espoir. Pourtant un monde meilleur est possible. Il est même a portée de main. Ce monde ne demande qu’à naître : c’est là notre objectif.

    Pour nous, les germes de cette démocratie existent.

    Elle est dans les assemblées générales, dans les usines, dans les lieux d’éducation, dans les quartiers populaires.

    Elle est dans les assemblées générales telles que celles lancées par les Gilets Jaunes. Des assemblées ayant vocation à se doter de leur propre légalité, de leurs outils de contrôle, de leur capacité à non seulement discuter, mais entreprendre, construire. Une démocratie dont chaque portion des masses populaires, des exploités et exploitées, des petits producteurs peut se saisir.

    Une démocratie qui rejette la démagogie. Au lieu de réaliser une somme des égoïsmes et des intérêts particuliers, des mesquineries, elle fait émerger un intérêt populaire, suprême, celui d’un monde dans lequel l’exploitation, la répression, seront abolies, dans lequel l’économie sera définie par les possibilités de la Terre, et non par la recherche effrénée, coûteuse, gaspillante, du profit.

    Elle est dans la construction progressive d’une opposition extra-parlementaire : une coalition qui rejette les cadres étriqués de la démocratie capitaliste. Une coalition qui considère que le jeu truqué des urnes n’investit les représentants du peuple d’aucun pouvoir réel. Qui considère donc que la légitimité provient du contact avec les masses populaires, et qui réclame une fraction du pouvoir réel.

    Chaque assemblée, chaque lieu de décision qui surimpose sa légitimité à celle du pouvoir central, du pouvoir des exploiteurs, est une fraction de cette démocratie. La lutte est de faire grandir cette légitimité, cette légalité nouvelle, pour qu’elle devienne la légitimité première, principale, hégémonique.

    S’organiser pour gagner.

    Ceux et celles qui détiennent la réalité du pouvoir, les capitalistes, les exploiteurs, sont parfaitement organisés. Ils défendent leurs intérêts avec une rigueur implacable et avec une efficacité qu’on se doit de reconnaître. Ils ne sont pas neutres au changement, ils y sont résolument hostiles. Un développement en « tâche d’huile », petit à petit, se heurtera à leur réaction la plus féroce. Nous avons donc besoin d’être nous aussi organisés, mais également de nous protéger nous même.

    Nous voulons construire quelque chose de grand : le parti des communistes et des sans-partis.

    Nous avons besoin d’un outil capable de réunir, de former, d’organiser les exploités et les exploitées. Cet outil, l’UC désire, avec d’autres, le construire. Un outil démocratique dans les débats, unifié dans l’action. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, dès qu’elles partagent comme but l’unification du peuple contre ses bourreaux et la volonté de construire la démocratie populaire.

    Nous voulons unir internationalement nos forces, pour gagner.

    Nous ne voyons pas notre engagement comme de l’humanitaire. Nous voulons la libération mondiale, de la servitude, du colonialisme, de l’impérialisme. Chaque lutte, chaque victoire, contribue à l’avancée de la libération générale des exploités et exploitées. Nous nous inscrivons dans une logique internationaliste : au sein de l’Alliance Internationale Antifasciste et Anti-impérialiste et de la Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires. Rejoindre UC, c’est participer à la création d’une nouvelle internationale de lutte, capable de gagner des victoires.

  • Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Un regard à chaud sur les élections européennes.

    Les élections européennes viennent de se terminer. D’une manière générale, en Europe, elles ont été marquées par la progression de l’extrême-droite. Celle-ci s’octroie même la majorité absolue en Hongrie, ou le Fidesz a fait 52,3% des voix. Dans l’ensemble, entre 2014 et aujourd’hui, les partis de droite extrême passent de 155 à 172 sièges.

    La participation générale est à la hausse. Elle est à 50,95% pour l’UE. Elle s’étale de 22,74% en Slovaquie jusqu’à 89% en Belgique. Les résultats sont donc très variables en fonction des Etats, et nous aurons, aux côtés de nos camarades de l’ICOR Europe, l’occasion de commenter plus tard la situation dans l’UE. 


    En France, qu’en est-il ? 

    La participation est à peine au-dessus de la moyenne européenne (50,97%). Les électeurs et électrices se sont donc plus mobilisés pour celle-ci qu’en 2014, où elle était de 42,43%. Il semble que la période de mobilisation et de lutte intense se soit plus traduite par une mobilisation électorale que par le fait de bouder les urnes. Cependant, il est difficile de faire encore un tableau précis de la sociologie électorale. 
    Les sondages ont été remarquablement précis. Alors que certains pensaient que Macron s’effondrerait -nous l’avions-nous même cru un moment- les résultats révèlent que LREM dispose d’une base sociale stable. Elle s’est mobilisée : elle représente donc 22% des 50% de population. Ce sont les cadres supérieurs du privé et les CSP++. Ces 11% de la population en âge de voter paraissent énormes, hypertrophiés. Mais cette prévalence importante est logique : la France, en tant que pays impérialiste, concentre des fonctions supérieures et de commandement de sa sphère de domination. L’exploitation des pays dominés permet donc de redistribuer une partie du surplus aux agents de l’impérialisme, mais également à des fonctions parasitaires, comme les managers.

    L’électorat RN est socialement beaucoup plus complexe. Cependant, il est bien moins marqué par un caractère ouvrier que ce que les propagandistes méprisants expriment. Finalement, il s’agit d’un agrégat hétérogène, constitué d’individus partageant un même constat : l’implosion progressive du « système » (avec toutes les manières d’interpréter ce terme). Face à cela, le souhait des électeurs est de rétablir l’ordre, de revenir à un hypothétique « avant » meilleur. Les uns se dressent contre les immigrés, les autres contre « le mondialisme », les Juifs, les musulmans, ou, d’autres encore, contre les mouvements LGBT… En somme contre ceux et celles qu’ils considèrent responsable de la « perdition » de la France. Il n’y a donc pas un profil unique, mais celui-ci, en revanche, est stable électoralement. 

    Chez Les Républicains, cela a été un coup dur. « Tout est à reconstruire » selon Bellamy, tandis que Eric Woerth s’en prenait à Laurent Wauquiez « A sa place, je tirerais sans doute les conséquences de ça. […] C’est le pire score de notre histoire, alors que la droite est majoritaire en France ». Ce que cela révèle est surtout qu’il n’y a pas de place pour plus d’une liste d’extrême-droite. LR s’est placée sur le même créneau que le RN, pensant le vampiriser, avec, probablement, à termes, l’objectif de faire sauter les barrières qui les séparent. En réalité, faute d’espace, leur score est un pitoyable 8,5%. Ces 4,75% des individus en âge de voter sont donc des réactionnaires, comme le RN, mais avec du patrimoine, plus âgés, plus catholiques, mais aussi moins en rupture avec les institutions. La question du patrimoine est d’ailleurs ce qui sépare, in fine, de l’électeur RN.

    La stabilité joue aussi sur les échecs des listes réactionnaires : Dupont-Aignant, Asselineau ou Philippot, sans compter les quelques listes ultras, se partagent quelques miettes. Incapable de trouver un espace, ils n’apparaissent pas comme des alternatives. 

    Pourquoi ce score est-il stable ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’immense victoire fasciste ?

    Malgré ses tentatives, l’extrême-droite n’est pas parvenue à se greffer sur le mouvement des Gilets Jaunes. Elle ne parvient pas à se faire l’écho de la colère sociale, du fait de ses ambiguïtés constantes, sur la police, sur la justice, sur l’économie. La démagogie n’est pas parvenue à absorber les légitimes revendications sociales des classes populaires. L’extrême-droite végète donc, la formule faisant son succès relatif étant également celle qui l’empêche d’être victorieuse.
    Les classes populaires demeurent toujours les premières en termes d’abstention, aucune force politique ne s’est faite leur porte-parole de leurs intérêts. Même les inconséquentes listes des « Gilets Jaunes » ont échoué. Leur tentative de surfer sur la vague ont fait long feu. 

    Le vide populaire se fait d’autant plus sentir lorsqu’on analyse ce qui s’est produit à gauche de l’échiquier politique. Seul 30% des suffrages sont allés de l’autre côté de LREM.

    Finalement, la force qui a le plus recueilli de suffrages est constituée par EELV. C’est le produit de la mobilisation de la petite bourgeoisie progressiste urbaine, laquelle s’est déplacée pour voter « à gauche ». La nature de cette mobilisation se ressent. L’ancienne coalition de Hollande (PS-EELV-Génération-s) récolte 20% des voix. Cette résurrection de la « gauche-qui-trahit » est plus que déplorable. Ces organisations sont durablement associées à la casse sociale, à la loi El-Khomri, à la naissance de Macron. Elles captent pourtant toujours assez de voix pour empêcher qu’une autre « gauche » apparaisse comme un pôle. 

    La petite bourgeoisie des centres urbains est retournée chez elle. Ce n’est pas étonnant. Le social-libéralisme, même maquillé en vert, bénéficie toujours d’un espace possible d’existence dans la puissance impérialiste qu’est la France. 20%, cependant, soit 10% des individus possédant le droit de vote, est une « victoire » précaire.

    La gauche non-Hollande, PCF, LFI, LO (soutenue par le NPA) n’ont pas plus mobilisé les classes populaires.Les groupes trotskistes, tout en se parant des oriflammes de la révolution et en portant un discours de syndicat, ont obtenu 0,7% des voix.Le PCF, rompant avec la stratégie du Front de Gauche, a tenté sa chance seul.La tentative est louable, mais ne pouvait que tomber à plat.Entre une image trop lisse pour attirer les parties les plus radicalisées de la population et l’anticommunisme atavique de la petite bourgeoisie, il est tombé dans un entre deux coûteux.L’abstention lui a ôté les voix qu’il voulait intégrer.Il est talonné par le « parti animaliste.» Nous avons une position sur le PCF qui fait que nous ne partageons ni le fond, ni la forme de ce que ce parti est devenu.Cependant, cette contre-performance ne nous réjouit pas.Elle contribue encore davantage à invisibiliser la place du communisme dans le débat politique et réduit l’espace idéologique ouvert aux idées marxistes.

    La France Insoumise, quant à elle, est en pleine décrue.Elle se retrouve même a égalité avec le Parti Socialiste, malgré tout ce que celui-ci a fait de néfaste.Elle n’est pas parvenue à rassembler autour d’un programme un minimum progressiste.Prise au piège de sa propre stratégie, tabler sur le populisme, elle se confronte aujourd’hui a ses limites.

    L’agressivité dont elle a pu faire preuve, notamment pour se placer par rapport au PCF et à la CGT, a donné un flot très fort, mais un reflux tout aussi puissant.En cause, notamment, les contours flous, les contradictions internes, les affaires Kotarac et Kuzmanovic.L’espace que laisse la décrue de LFI n’a pas été récupéré par le PCF, il a été vampirisé, finalement, par le PS-EELV, sur un programme libéral au possible.

    Les gauches réformistes ont échoué.Le concept, confronté à la crise du capitalisme, est à bout de souffle, même pour ceux et celles qui peuvent encore y croire. La gauche révolutionnaire, extra-parlementaire, a un boulevard devant elle.Elle a une opportunité qu’elle doit saisir.

    Elle est toujours émiettée, toujours fragmentée en groupuscules, en sectes, en petits clans.Elle n’est pas parvenue à une visibilité à l’échelle du pays, ni à jouer le rôle qu’elle doit jouer.Il ne tient en revanche qu’à elle de sortir de cette situation.

    C’est ce à quoi, avec d’autres, nous appelons et nous appellerons d’une manière beaucoup plus précis prochainement.

    La situation décatie que nous voyons aujourd’hui ne peut qu’évoquer ce qu’écrivait Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à naître, et dans ce clair-obscur surgissent des monstres »

  • Le grand débat : l’effet levier de la réaction. (I)

    Le grand débat : l’effet levier de la réaction. (I)

    Partie I

    Le Grand Débat est terminé. Les conclusions de celui-ci vont être rendues dans les jours prochains. Après près de 80 jours de réunions publiques -ou de shows de stand up selon les points de vue, de collecte de questionnaires et d’envois libres, les résultats vont être annoncés.

    L’Etat a tenté de présenter cet exercice comme étant le nec plus ultra de la démocratie délibérative, capable de pouvoir aplanir tous les maux, toutes les contradictions au sein de la population. L’idée finale étant de « restaurer l’unité de la nation », alors que le conflit social et politique n’a jamais été aussi profond. Mais, loin de satisfaire, ce Grand Débat a échoué dans son objectif affiché de calmer la situation. 

    79 % des Français, selon l’institut de sondage ELABE, considèrent que le grand débat n’a pas convaincu. « Pour 79% des Français, le « grand débat national » ne résoudra pas la crise politique que traverse le pays (+9 points par rapport au mois de mars), 68% que les points de vue exprimés lors de celui-ci ne seront pas pris en compte (+5 points) et 62% que le « grand débat national » permettra d’améliorer la participation des citoyens aux décisions (+7 points).»

    Il ne s’agit donc pas d’un succès de ce point de vue là pour Emmanuel Macron et pour la classe sociale qu’il sert. Cependant, sans être une sortie de crise, le Grand Débat contribue à agir négativement contre les luttes. Miroir aux alouettes dans lequel certains ont pu être pris, procédé décourageant, méthode dilatoire… Le Grand Débat s’est surtout voué à occuper le terrain mental et moral, et à tenter de remettre entre les mains du pouvoir et de la grande bourgeoisie monopoliste les leviers de l’expression. Ces « débats » accaparent la légitimité, dans le but de la dénier aux Assemblées Populaires, dont la fédération progresse.

    Il s’agit d’une des branches de la tenaille contre les mouvements sociaux, l’autre étant constituée de la répression policière, judiciaire, des injures constantes lancées par les tribuns de la presse bourgeoise et réactionnaire, à laquelle s’adjoint, sans s’en rendre parfois compte, des liquidateurs qui pensent qu’il faut solder le mouvement au profit de leur clique, leur groupe, leur organisation.

    Le Grand Débat n’échoue pas, finalement, par son contenu, mais dès sa conception, il a été architecturé comme une manœuvre devant permettre que LREM puisse faire sa publicité pour les élections européennes -autour de leur campagne réactionnaire-catastrophiste nommée « renaissance »- mais également de faire un effet levier pour légitimer leur action politique.

    Sa méthodologie a été conçue uniquement dans ce but, en employant une interprétation de la démocratie, étriquée et tronquée, pour écraser celle qui est réelle et concrète : la démocratie populaire.
    L’utilisation de la « démocratie délibérative » correspond à cet objectif. Cette pseudo-démocratie consiste dans le fait de soumettre des questions à un auditoire, sans préparation ni discussion sur le contenu, et de noter à la volée leurs réactions pour en faire, sans contrôle, une synthèse. 
    Dans le cas du Grand Débat, des votes ont été faits sur l’importance de certaines thématiques imposées. En l’occurrence, les questions étaient déjà orientées pour faire émerger les réponses. Mais, en sus, la manière d’interpréter les résultats est largement soumise à caution. 
    Dans des questionnements à choix multiples, 10 % d’individus trouvant qu’un sujet et important peuvent permettre de justifier que celui-ci soit retenu. En revanche, 49,99% s’opposant à quelque chose ne représentent pas la majorité. D’une manière générale, ce procédé ouvre la porte à toutes les manipulations. 

    Dans ce genre de débats, qui détermine ce qui est écarté ou ce qui est retenu ? En théorie, un arbitre neutre. Dans les faits, l’arbitre neutre, ici, est précisément l’organisation mise en place par la bourgeoisie pour exécuter ses ordres : l’Etat.
    Le bourreau premier des classes populaires serait donc le garant d’une expression de celles-ci ? 

    Le contenu du Grand Débat : 

    Le contenu du Grand Débat a été dicté en amont par les stratèges de LREM dans l’unique but de fournir un soutien à leur politique, voir même de pouvoir appuyer des percées plus profonde dans la mise au pas du pays.
    Le choix de cette carte de la démocratie n’a donc comme buts que de tenter, d’une part, de ressouder un pays divisé profondément par le caractère aigu de la lutte des classes actuelle, mais également de faire un effet levier pour appuyer sa transformation dans le cadre des choix stratégiques de la grande bourgeoisie.

    Au sein des Grand Débat, plusieurs sujets ont été abordés, dont certains particulièrement candides et naïfs. La question de l’écologie, par exemple, fait partie de celles qui ne sont payées -au mieux- que de mots. Le gouvernement à ainsi déclaré : « C’est un très grand défi que nous adressent les Français, avec de très grandes attentes et de très grandes exigences, il nous appartiendra d’être à la hauteur de ces attentes. » Le journal 20 minutes avait résumé ça dans sa Une, pleine de saveur : « Grand débat : Le teasing sans annonce d’Edouard Philippe, tout un art. » Nous ne saurions leur donner tort. Edouard Philippe a prévenu qu’Emmanuel Macron fera des annonces « puissantes et concrètes ». De quoi trembler d’avance.

    Des propositions sur la «vie publique moralisée » sont également de celles qui se paient de mots. « Lutter contre l’action des lobbies » est typique. La démocratie bourgeoise n’est pas une démocratie malade de l’action des lobbies. Elle est une dictature, au travers d’une interface plus ou moins démocratique, de la grande bourgeoisie monopoliste. Les lobbies ne sont que, in fine, des remous de surface et une expression de contradiction entre différentes cliques de bourgeois. Mais dans les faits, le système politique est déjà dans sa nature profonde un outil de la domination sociale. « Lutter contre l’action des lobbies. » est de ces genres de propositions qui n’ont aucun fondement.
    « Rendre obligatoire un casier judiciaire vierge pour être élu. » Le système démocratique bourgeois organise la corruption, organise le népotisme, organise l’apparition de chefferies. Dans les faits, au lieu de condamnations symboliques, ces élus ne seront juste, simplement, plus condamnés. 
    « Organiser des débats citoyens ». Un débat est une chose positive. Mais les débats citoyens ont surtout démontré qu’ils étaient creux et vides. Ils ne servent que de moyen de faire diversion.

    En dernière analyse, les propositions sonnent creux, sauf celles qui facilitent le travail de sape des droits sociaux. Là, elles sont prises au sérieux. Et, là encore la méthode interpelle.

    Il existe un art de l’ambiguïté dans le fait d’interroger les inquiétudes populaires. Cet art de l’ambiguïté permet de partir de cette inquiétude légitime, mais d’en tirer des conséquences complètement contradictoires.
    Macron a érigé cet art sous la forme d’un credo, le fameux « en même temps ». 

    Ainsi, le Parisien le résume ainsi : 

    Lors du grand meeting du 17 avril 2017 à Paris-Bercy, il s’amusait de sa formule, retournant à son avantage ce qui est d’ordinaire considéré comme une faiblesse linguistique. « Excusez-moi, vous avez dû le noter, j’ai dit en même temps. Il paraît les amis que c’est un tic de langage », lançait le futur chef d’État alors que les militants se mettaient à scander cette rhétorique macronienne. Et, dans une promesse de campagne (qui sera respectée) d’annoncer : « Je continuerai de le dire dans mes phrases et dans ma pensée, car ça signifie que l’on prend en compte des principes qui paraissaient opposés. »1

    Cette conception est résumée par Michel Séac’h : « les « en même temps » du président renvoient à « une résolution des contradictions » et « seraient représentatifs d’un mode de gouvernement ». « Ils font le lien entre la thèse et l’antithèse, c’est une sorte de synthèse ».

    Une synthèse à l’exclusif avantage de la classe sociale pour laquelle œuvre Macron. Ainsi, Edouard Philippe notait que l’inquiétude quant aux menaces sur le niveau de vie des travailleurs et des travailleuses devait se traduire par un « choc fiscal » de baisse des dépenses immédiates et de liquidation des taxes et impôts. 
    Donc, derrière cela, un coup d’accélérateur à la campagne de liquidation des services publics et à la privatisation de tout ce qui peut être considéré comme un « poste dépensier ». Nous rappellerons que le projet de LREM va jusqu’à envisager la privatisation de certaines routes nationales. 

    « En même temps », cette interprétation des résultats permet aussi de justifier que les « dépenses sociales » soient placées sous l’angle de la responsabilisation. Voici ce qui en est retenu : 

    « Pour financer les dépenses sociales, 52% des participants estiment qu’il faut instaurer des contreparties aux différentes allocations de solidarité, augmenter le temps de travail (24%) et reculer l’âge de départ à la retraite (22%). Pour réduire le déficit, il faudrait réduire la dépense publique, estiment 75% des répondants, et notamment les dépenses de l’Etat (56%). »

    Toute ressemblance avec le programme réactionnaire de LREM ne serait qu’une amusante coïncidence. Donc, en partant d’une réelle et cruciale demande, Emmanuel Macron provoque une aggravation de la situation sociale et prépare le terrain à une nouvelle offensive contre la retraite, contre les salaires, contre les minimas sociaux. Mais, il pourra prétexter qu’elle est adoubée par les masses populaires. 

    Nous avons mentionné à plusieurs reprise le sens sournois de cette responsabilisation. Face à la détresse de ceux qui n’ont rien, le pouvoir bourgeois répond en aggravant encore leur situation.

    Et, derrière cela, se niche également une réforme parlementaire d’ampleur : Un possible passage vers un système à la proportionnelle et une réduction du nombre de parlementaires.

    Pourquoi un tel choix ?

    1http://www.leparisien.fr/societe/tics-de-langage-en-meme-temps-le-peche-mignon-de-macron-21-04-2018-7676160.php

  • Rejetons la politique des exploiteurs ! Tract de l’UCL

    Rejetons la politique des exploiteurs ! Tract de l’UCL

    Rejetons la politique des exploiteurs !

    Depuis son apparition, le mouvement des Gilets Jaunes s’est déclaré apolitique et apartisans. Cela a fait grincer des dents certains requins de la politique, qui pensaient pouvoir l’instrumentaliser pour nourrir leurs projets électoraux.

    Nous-mêmes, nous sommes des militants politiques. Nous ne voulons pas le cacher car nous ne sommes pas des sous-marins qui se camouflent dans les luttes en mentant sur notre identité.

    Pourtant nous ne pouvons que comprendre le fait que les Gilets Jaunes rejettent la « politique » telle qu’elle est faite.

    Nous partageons le même dégoût de celle-ci. Elle nous répugne au plus haut point.

    La « politique » politicienne n’est qu’une fraude. Elle n’est qu’une réclame publicitaire. Ces promoteurs sont une clique de charognards qui ne recherchent les voix des électeurs qu’avec l’idée d’occuper un fauteuil confortable pour nourrir leur clientèle et servir les intérêts des exploiteurs. Tout au plus offrent-ils quelques nuances dans la manière dont ils exécutent les ordres qui leur sont donnés.

    En tout premier lieu, l’État sert le cartel des grandes entreprises et des grandes banques de France. Il décide de la politique qui sera appliquée.Même Hollande, élu avec un tout autre programme, a appliqué celui qui lui a été dicté.

    Ce cartel d’intérêts mène une diplomatie et une politique sur laquelle il est interdit à la population d’avoir un avis. Les guerres que lance la France, en Libye, en Syrie, au Mali, en Côte-d’Ivoire, en Guinée… Sont un domaine sur lequel aucun vote n’est fait, ni aucun débat. Les contrats que passe la France avec de sanglantes dictatures sont plus importants que les votes.

    L’Ecole nous a vendu la Démocratie et la République comme la perfection absolue. Mais cette perfection vole en éclat sous les tirs des flashballs, elle est réduite en pièce par les éclats de grenades.

    Comment ne pas être écœuré d’entendre parler des politiciens et des politiciennes déconnectés de la réalité, qui vomissent leur mépris du peuple, tandis qu’eux -et elles- n’ont jamais travaillé de leur existence ?

    Comment comprendre que les destinées d’ouvriers, de paysans, d’employés, de précaires, de chômeurs, soient entre les mains d’individus qui n’ont jamais fait autre chose que d’être des carriéristes au sein de leurs organisations ?

    Les scandales a répétition qui concernent des hautes personnalités ne font que montrer, les rares fois où des enquêtes ont lieu, la corruption généralisée qui gangrène l’État. Pour un Benalla repéré, combien sont encore tapis dans l’ombre, à poursuivre leurs exactions.

    Et quand la justice condamne, les peines sont si ridicules qu’elles la déshonorent. Même condamnés à de la prison ferme, les politiciens n’y mettent jamais les pieds.

    Les députés absents et les sénateurs et sénatrices assoupies, les ministres narquois et méprisants… En effet, comment ne pas être horrifiés ?

    Nous rejetons cette « politique », nous aussi. Nous pensons qu’elle est une mascarade.

    En rejetant cette politique politicienne, les Gilets Jaunes sont devenus le mouvement le plus politique qu’il y ait eu en France, depuis des années !

    Les Gilets Jaunes, le mouvement le plus politique depuis des décennies.

    Les Gilets Jaunes donnent, en vérité, une leçon de politique et une leçon de démocratie à la France entière. Ils ont démontré aux yeux de tous que l’État écrasait ceux et celles qui remettent en cause son ordre.

    Le mouvement des Gilets Jaunes a été un rappel vibrant du véritable sens du pouvoir. Le fait de « pouvoir faire ». Si la démocratie se limite, comme le disent nos exploiteurs, à la liberté de parole, elle n’est qu’un mot creux. Sans possibilité de réaliser ce que nous disons, notre liberté ne vaut rien.

    En s’organisant, en débattant, en mettant en œuvre une véritable démocratie populaire, les Gilets Jaunes restaurent le véritable sens du mot liberté, du mot démocratie, du mot pouvoir. C’est pour cela que le gouvernement les hait. C’est pour cela que les partis politiques électoralistes les sabotent.

    Parce que la colère populaire se dirige aujourd’hui contre le régime, contre la manière dont la démocratie a été usurpée. Elle remet en cause le fait que, contre vents et marées, le pouvoir continue à exécuter le travail qui lui a été donné par ses maîtres, les milliardaires de France, les banquiers, les exploiteurs.

    Nous ne voulons pas faire « de la politique », nous voulons remettre le pouvoir entre les mains du peuple.

    Notre démocratie n’est pas la leur. La leur est celle des élections qui ne changent rien, des intimidations, de la corruption, des Benalla au-dessus des lois. Elle est celle des négociations secrètes, des réunions d’alcôves où les droits du peuple sont bradés en échange de privilèges et de postes.

    Notre démocratie est celle de ceux, de celles, qui apportent au monde toutes les richesses de leur travail. De celui qui cultive la terre à celle qui travaille dans les usines. Notre démocratie est celle du débat sur comment répondre aux besoins immenses du peuple, non de savoir comment augmenter les taux de profit des grands patrons du CAC40. Notre démocratie est celle qui se dresse contre eux, contre leurs plans de partage du monde, contre leurs projets d’asservissement de nos frères et sœurs, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.

    Notre démocratie, les grands cartels d’exploiteurs, de banquiers, d’exploiteurs et de profiteurs l’appelleront dictature. Parce qu’il seront privés de leur droit le plus précieux, le plus fondamental : celui de vivre du travail d’autrui, de voler les richesses produites.

    Ils l’appelleront dictature et la haïront de toutes leur forces, parce qu’elle les forcera à devoir travailler de manière honnête pour vivre. Ils feront tout pour la détruire, pour restaurer leur ordre injuste et criminel.

    Mais ils échouerons, car notre unité sera plus fort, plus sincère, plus puissante que leurs manœuvres. Ces profiteurs pensent que nous ne sommes rien. Soyons tout !

    Devenons le centre politique du pays !

  • Le grand débat ou la farce de la démocratie participative. Partie 1

    Le grand débat ou la farce de la démocratie participative. Partie 1

    Le grand débat ou la farce de la démocratie participative.

    Emmanuel Macron a annoncé le lancement du Grand Débat. Il a annoncé qu’il enverrait une lettre à tous les Français et toutes les Françaises pour leur en expliquer les tenants et les aboutissants. Le but est de débloquer une situation qui demeure toujours congestionnée.

    La lutte des Gilets Jaunes se poursuit inlassablement. Or, la stratégie de l’ignorance et du pourrissement choisie par le gouvernement tend à se retourner contre ses promoteurs. Le temps entame certes les forces mobilisées, mais il a surtout poussé à l’amorce d’une décantation politique de la mobilisation.

    Le mépris, la surdité, la négation de la légitimité du mouvement a nourri en retour une négation de celle du régime politique actuel. Le rejet de l’État, des institutions, de la démocratie bourgeoise devient une norme dans le mouvement. Et cela déplaît.

    Cela déplaît tant au gouvernement, qui veut certes écraser les masses, mais les maintenir dans le giron d’une démocratie truquée et pacifiée, mais également aux électoralistes, pour qui le rejet de la démocratie bourgeoise est tout aussi détestable, car il est ce qui fait vivre leur business. In fine, il existe une alliance sacrée contre l’extra-parlementarisme, qui se base sur les attaques contre le mouvement des Gilets Jaunes, contre leurs assemblées, contre leurs revendications. Elle se base aussi sur un soutien à cette idée de « Grand débat démocratique » dans le but de calmer les esprits et de mettre un point finale à la brouille intense, qui pourrait nuire à l’élection d’euro-députés PS, LR, LREM ou autres encore dans les mois à venir. La pression grandissante des élections européenne poussera les organisations politiques à se démasquer.

    Emmanuel Macron a donc écrit une lettre aux français et aux françaises. Il faut bien poser les limites du débat. En démocratie bourgeoise, on ne débat pas de tout n’importe comment ! Entre deux insultes faites aux exploités et aux exploitées, mentionnant leur absence de goût pour l’effort, le fait qu’il y ait de la « déconn[ade] » avec les minimas sociaux, notre tribun trouve le temps de coucher une lettre d’amour sur le papier.

    Une belle lettre d’amour se cache derrière des formules propres à flatter l’amour-propre des Français et des Françaises, sur l’exceptionnalisme français, son caractère unique en termes de démocratie pure et parfaite, son histoire de moteur de l’avancée de la civilisation. « La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. »

    Nous voudrions interpeller le Président de la République pour savoir quels sont les « autres » qui sont cités ? Où l’exigence d’entraide et de solidarité est-elle moins forte ? « C’est pourquoi la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires. » Il est amusant de savoir que, si on se base sur le coefficient de GINI qui marque les écarts de richesses dans le pays, la France n’est pas particulièrement bien placée, et dégringole de plus en plus. Elle est derrière le Tadjikistan, l’Afghanistan, l’Ukraine, le Bélarus, l’Allemagne, et à peine devant le Bangladesh. Le Timor-Oriental pourrait donner des leçons.

    Les tentatives pitoyables de tordre l’histoire de France ne résistent pas à un examen un tant soit peu sérieux. Elles ne font illusion que dans la mesure ou elles sont servies par des années d’enseignement d’un roman national putréfié. La fraternité de la bourgeoisie, les Gilets Jaunes ont pu la voir aujourd’hui. Les habitants des quartiers défavorisées la vivent pleinement depuis des décennies. Les habitants des colonies et des néo-colonies la sentent toujours dans leur chair.

    La Liberté en France, même selon des critères libéraux, est faible. On est loin de l’apologie faite par Macron, qui la caractérise comme « une des [sociétés les] plus libres, puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d’opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie. » En réalité, au niveau des droits humains, la France se classe 31ème, et divorce jour après jours du podium. En cause : les violences policières, le monopole de la presse et des médias par une poignée de milliardaires, les infractions aux libertés religieuses… Un bilan peu reluisant. « Chaque citoyen a le droit de choisir celles et ceux qui porteront sa voix dans la conduite du pays, dans l’élaboration des lois, dans les grandes décisions à prendre. » Ce que Emmanuel Macron omet de mentionner, c’est que, par exemple, son élection n’a été possible que grâce aux largesses immenses de ses financeurs, qui lui ont permis (avec des rabais illégaux) de pouvoir faire sa campagne électorale. Dopé par les investisseurs, qui ont, avec clairvoyance vu en lui leur fer de lance, mais également par la médiocrité de ses concurrents, il n’a pas eu tant de difficultés que ça à s’imposer. Il en est toujours ainsi lorsqu’on reste dans la droite ligne des intérêts de la bourgeoisie.

    Le gouverneur de la Banque de France, représentant du cartel des banques, doit valider le budget de l’État pour permettre à celui-ci de pouvoir être financé. Pour peu que le programme ne plaise pas, il est retoqué. Chaque fois que des gouvernements ont voulu se heurter à cette émanation du capitalisme financier -à l’exception du Front populaire, un temps seulement, et grâce à une immense mobilisation populaire- les gouvernements ont cédé. Edouard Herriot président du Conseil, en 1924, s’est ainsi retrouvé sans le sou et à du céder. Même Vichy, qui avait voulu donner aux nazis l’or des réserves de la Banque de France, à reçu un niet ferme et indiscutable.

    Le MEDEF et les entreprises qui forment le capitalisme monopolistique d’État sont une deuxième barrière à la démocratie. Le pouvoir du patronat est immense, mais celui d’une partie d’une aristocratie d’État également. Les deux, de toute manière, sont si intimement imbriqués qu’ils forment un ensemble insécable. Après tout, le premier client et promoteur de Thalès, Dassault, Sagem, Matra, Alstom, Areva… c’est l’État.

    Dans les faits, le bulletin de vote à si peu de valeur face à l’énergie immense que mettent ces forces sociales à défendre leur intérêt qu’il ne sert qu’a choisi la couleur du laquais servile qui exécutera leurs commandes.

    Il est souvent point du doigt la propension qu’ont les Américains à avoir la conviction que leur pays est le n°1 en tout. Pour un peu, la lettre de Macron est tout aussi imbue d’une vision mythifiée de la France. L’une des expressions de cette autosatisfaction est celle-ci : « Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol. » Comprendre la référence est pénible. La France a le plus souvent entassé les persécutés d’ailleurs dans des camps de concentration qui ne disaient pas leur nom. Les Juifs fuyant le nazisme, les Espagnols le franquisme, ont été traité par la IIIème République avec une suspicion de chaque instant…avant d’être remis à leurs bourreaux, pour une grande partie d’entre eux. En revanche, elle s’est donné à cœur joie une mission de soutien aux régimes les plus corrompus, les plus réactionnaires, les plus obscurantistes. Elle-même s’est invitée largement sur près d’un quart de la planète, en enrichissant grandement l’histoire par une série de massacres commis sur les populations désarmées. Une série qu’elle s’évertue de poursuivre avec une assiduité sans faille.

    « Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ? »

    Belle question.