Étiquette : De Gaulle

  • FISC et lutte des classes – Partie IV – La bourgeoisie contre – attaque.

    FISC et lutte des classes – Partie IV – La bourgeoisie contre – attaque.

    La bourgeoisie contre-attaque

    Dès 1954, le principe de la T.V.A. est décidé. Cet impôt est payé sur la consommation, par les clients finaux. Il se monte, en général, à 20% du prix. Une impression d’unité règne, ainsi que d’égalité. Pour un peu, nous voilà devant l’impôt Vauban, capitulaire, payé par tous au même taux.

    Mais, dès que le vernis se fendille, apparaît une bien maussade réalité. La  T.V.A. est, en vérité, l’impôt injuste par excellence. Un pauvre, un prolétaire, dans l’optique des capitalistes, doit réinjecter tout son argent dans la consommation. La thésaurisation est bien malvenue, car elle signifie de la masse monétaire ne circulant pas. Même en épargnant un peu, les membres des classes populaires vont utiliser 99% de leur argent à consommer. Sur ces 99%, 20% reviennent dans les caisses de l’Etat. 19.8% sont donc recaptés.

    Les riches, les bourgeois, n’utilisent pas l’intégralité de leur argent à consommer. Ils et elles investissent. Pour peu que le bourgeois ou la bourgeoise injecte 40% de ses revenus dans l’investissement -ce taux étant de plus en plus fort au fur et à mesure de l’ascension sociale- et 60% dans la consommation, 20% de 60% ne font que 12%. L’égalité, même de principe, n’est plus là.

    Fondamentalement, la bourgeoisie a réussi une opération qui lui est favorable. L’impôt ne frappe pas le capital, et est épongé en grande partie par les travailleurs et travailleuses. Cerise sur le gâteau, il paie le coût des guerres coloniales, pour le compte de l’impérialisme. En revanche, pour les masses populaires, cet impôt se traduit par une hausse terrible du coût de la vie, par une inflation effrayante.

    La T.V.A. demeure un impôt qui fait consensus chez les bourgeois et les bourgeoises. Il est le seul qui n’est pas attaqué fondamentalement. La bourgeoisie est contre les impôts qui touchent les riches, mais en revanche, elle est toujours favorable à une hausse de la taille et de la gabelle. La France fait preuve d’une grande inventivité, devenant le premier Etat au monde à créer cet impôt, repris par quasiment l’ensemble de la communauté internationale par la suite.

    Le principe est donc choisi en 1954, mais l’application ne commence qu’avec le retour de de Gaulle et l’irruption de la Vème République, soit en 1958.

    La IVème République est une République fragile, de coalition, de consensus. Il est difficile, dans son fonctionnement instable, de tenter des grandes opérations qui pourraient froisser tel ou tel soutien. C’est une République marquée de modération et de centrisme. Ce régime est d’ailleurs incapable de faire face à la question coloniale et s’embourbe systématiquement. Pour la bourgeoisie, l’outil, né à l’heure du compromis, est devenu impuissant.

    En revanche, avec le passage au système de la Vème République, le ton change. Elle est extrêmement verticale dans son fonctionnement. Elle est articulée autour d’une technostructure réactive, obéissante, efficace et ne laisse plus de place au consensus. De Gaulle, il faut le lui reconnaître, à mis en place un outil particulièrement efficace et compétent, autour de hauts fonctionnaires, pour transformer le pays aux ordres de la bourgeoisie. Mettre en place la T.V.A. est un chantier immense, titanesque. Or, l’Etat gaullien parvient à surmonter les obstacles.

    Aujourd’hui, la T.V.A. rapporte 135 milliards d’€par an. Deux fois plus que l’impôt sur le revenu.

    De Gaulle passe, dans de nombreux milieux, même aujourd’hui, pour quelqu’un qui attachait une grande importance aux questions sociales. Au final, derrière l’image d’Epinal de père de la Nation, se trame plutôt quelqu’un qui écrasa les masses populaires. Une des particularités est le fait qu’il soit fasciné par le modèle que représente le système de cogestion à l’Allemande.

    Nous sommes au début des bases de l’Union Européenne, avec la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, puis le traité de Rome. Une des choses désirées dans ces traités, est le fait de pouvoir mettre en place une intégration des syndicats et du patronat dans un ensemble de discussion et de dialogue. En clair, l’idée est d’intégrer les syndicats dans l’appareil d’Etat, et de briser leur indépendance.

    L’idée est de créer des instances paritaires, notamment une, qui va servir à attaquer la Sécurité Sociale. En créant une gestion paritaire, de Gaulle parvient à faire rentrer un cheval de Troie des intérêts de la bourgeoisie dans quelque chose qui était un bastion de l’auto-organisation ouvrière. Désormais, elle est gérée administrativement au travers de l’URSAAF, ainsi que par la cogestion patrons / syndicats. Cette cogestion entraîne une division artificielle du financement : une division entre charges patronales et charges salariales, lesquelles sont une hérésie, car tout est issu du salaire élargi.

    Surtout, cela permet à la bourgeoisie et à son Etat de se mêler de ce qui ne la regarde pas.

    L’intégration n’est pas menée jusqu’au bout. L’idée finale était de faire éclater la chambre législative haute, le Sénat, et de la remplacer pour un conseil économique et social rassemblant patronat et syndicats. D’une certaine manière, le principe est de faire un bastion législatif non-éligible, axé autour du technocratisme et du corporatisme. En somme, l’idée ressemble terriblement au Deutsch Arbeit Front des fascistes, gérant l’économie d’une manière faussement démocratique, mais finalement uniquement au service des bourgeois. C’est l’échec de ce projet qui signe la fin du règne gaulliste.

    Au final, encenser de Gaulle est quelque chose de particulièrement douteux. Il incarne un chauvinisme mâtiné de social, qui fait rêver une droite et une gauche nationaliste et impérialiste. Le chauvin-social trouve des soutiens sociaux-chauvins.

    L’opposition à cela n’est pas simple. En 1958, le risque de dictature militaire était énorme, le pays est en plein milieu de la Guerre d’Algérie et les généraux putschistes viennent de lancer leur Comité de Salut Public. L’anticommunisme est à son comble, avec notamment une pression énorme provenant des USA pour lutter contre les partis communistes.

    Le PCF, aux élections législatives de 1959, à subit une terrible défaite, et subit de plus en plus la concurrence d’une force montante, anticommuniste, pro-USA. Une concurrence d’un outil parfait de la bourgeoisie, pour favoriser l’oppression contre les travailleurs : le Parti Socialiste.

    Quant à la cogestion et la gestion paritaire, elle anesthésie un mouvement syndical affaibli et divisé.

    La période est une période d’expansion du capitalisme, et le niveau de vie des masses augmentent. L’accès à la société de consommation, l’injection de capitaux US, la reconstruction n’y sont pas étrangers.

    Certains, notamment au sein du PCF, y voient une illustration du fait que la tendance à paupérisation relative et absolue, identifiée par Marx et Engles, serait fausse, et que, au final, le capitalisme pourrait apporter la prospérité à l’humanité entière et se muer de lui-même en socialisme. Une manière de voir les choses qui conduit à un renoncement total, marqué au fur et à mesure des congrès, à tout ce qui restait d’héritage léniniste.

     Cette période ascendante se traduit par un très grand nombre de luttes sociales, lesquelles atteignent leur apogée vers 1983. Comme les luttes sociales sont intenses, elles cherchent un débouché politique. Comme le PCF s’est désormais mué en parti social-démocrate en pleine déconfiture, ces luttes se tournent vers une issue politique autre : le Parti Socialiste et son candidat : Mitterrand.

  • FISC et lutte des classes. Partie III – 1945 – 1954 Victoires tactiques, problèmes stratégiques.

    FISC et lutte des classes. Partie III – 1945 – 1954 Victoires tactiques, problèmes stratégiques.

    1945 – 1954 Victoires tactiques, problèmes stratégiques.

    Le régime de Vichy, fondamentalement, ne change rien structurellement aux méthodes d’imposition. Il reste dans la droite ligne d’une IIIème République moribonde. En revanche, un choc se produit dès la libération, du fait du changement des rapports de forces.

    Bien que l’Histoire bourgeoise s’empresse d’occulter ce fait gênant, les trois-quarts de la Résistance dépendaient du Parti Communiste, devenu en 1943 le Parti Communiste Français. Première force de résistance, le PCF est armé, contrôle de manière effective le territoire, dispose de points d’appuis importants. De plus, fait essentiel, les chars soviétiques ne sont pas extrêmement loin. Entre Torgau, sur l’Elbe, là où Américains et Soviétiques se rencontrent, et Paris, il n’y a qu’un petit millier de kilomètres de plaine, sans obstacles majeurs autres que le Rhin. Rhin qui, comparé au Dniepr et au Dniestr, n’évoque qu’une petite rivière aux yeux des sapeurs soviétiques.

    Pour la parenthèse, Churchill, lançant une étude sur une guerre possible entre URSS et Alliés occidentaux, nommée opération Unthinkable, ne se faisait guerre d’illusions sur la possibilité de s’accrocher au continent européen.

    C’est dans ce contexte très particulier qu’apparaissent des changements structurels importants, impensables avant. Ces changements permettent des progrès dans chaque secteurs pour les travailleurs, même si l’essentiel, le pouvoir, n’est pas pris. Au seuil d’une possible accession au pouvoir, le PCF recule.

    Une des mesures les plus importantes, car structurelle, est la création de la Sécurité Sociale. Pourquoi ce point là ? Car il s’agit d’une mesure quasiment socialiste, qui s’inclut, pour son financement dans un ensemble formé par le salaire indirect. Cette mesure donne naissance donc à la Caisse d’Allocations Familiales, à la Sécurité Sociale ainsi qu’à la caisse des retraites. Ces réformes sont mises en place par un ouvrier devenu ministre : Ambroise Croizat.

     Elle impact les rapports de production même. Elle est payée entièrement par des cotisations sociales, non par des impôts. Ainsi, elle est payée au détriment des gains du patron, car elle correspond à un supplément ajouté au salaire net. Elle forme un véritable salaire socialisé, géré, à l’époque, intégralement par les syndicats. les élections les patrons sont minoritaires, déterminent ce qui se passe. Les élections, qui permettent de mettre en place son comité directeur, ont comme issue un patronat constamment en minorité.

    Les mutuelles et les entraides ouvrières, qui existent depuis fort longtemps, sont donc remplacées par ce système unique de Sécurité Sociale, dans lequel les besoins sont satisfaits par des cotisations variables. Il ne s’agit pas de budgets, mais de prélèvements. Dans ce fonctionnement, le « trou de la sécu » est une hypothèse inenvisageable. Les besoins augmentent, les cotisations aussi. Les besoins baissent et les cotisations suivent le même chemin.

    Il est difficile, pour nous qui vivons en France, de s’imaginer ce que signifie profondément qu’un monde sans Sécurité Sociale. Pour le comprendre, il faut se pencher sur les séries d’outre-Atlantique : Dr House, Scrubs ou Breaking Bad pour comprendre les problématiques liées aux financement des soins. Une mutuelle ne garantit pas de soins, elle cherche toujours à trouver la faille pour ne pas payer et conserver l’argent placé en son sein. Une Sécurité Sociale est un droit.

    A cette époque, la Sécurité Sociale est donc une organisation 100% ouvrière. Ca paraît invraisemblable aujourd’hui. Mais la situation est, nous le rappelons, particulière. La situation est celle d’un double-pouvoir, du fait de la présence de milices armées.

    La bourgeoisie fait donc des concessions structurelles importantes pour obtenir la paix, et obtenir que ne se déclenche pas une explosion sociale. Elle accepte une mise en place d’un semi-salaire socialisé pour payer un deal historique. Un deal qui, nous le rappelons, entraine la mise en place d’un système qui échappe à la bourgeoisie, et qui est n’est ni financé par l’impôt, ni par le salaire directe, mais bien pas une cotisation sociale.

    Il s’agit d’un aspect fondamental.

    Mais dès sa mise en œuvre, le système est attaqué. Il s’agit d’une constante devant laquelle la bourgeoisie ne recule pas. D’autant que le rapport de force glisse progressivement en sa faveur.

    L’autre acteur du deal, le PCF, a accepté une offre de bien piètre qualité. Sa stratégie, en accord partiel avec Moscou, par ailleurs, est de dissoudre les milices -sans rendre les armes- et de tenter d’infiltrer l’armée pour la noyauter ainsi que les services de police et de renseignement. Il est notable de constater que les Alliés en ont conscience, et les Américains refuseront de remettre plusieurs dignitaires nazis à la France, considérant ses services de renseignement comme à la botte de Moscou. Le PCF, dans une posture qui satisfait les plus droitiers en son sein, essaie d’avoir le beurre et l’argent du beurre, c’est à dire d’accéder au pouvoir sans entrainer de casus belli. Cette illusion réformiste fut un piège terrible.

    Dès que la bourgeoisie le peut, elle attaque. La IVème République est faite de gouvernements fragiles, variables, qui chutent sans cesse. Elle possède pourtant une constante : ses gouvernements sont tous extrêmement pro-USA. Au final, les plus pro-US de tous sont les sociaux-démocrates, lesquels sont prêts à tout pour casser l’influence du PCF sur la société. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, dans une ville comme Marseille, ils s’appuient sur la mafia pour contrer la CGT dans les docks.

    La situation est particulièrement tendue. Quand le général Rigway, dit « la peste » -du fait de son usage d’armes bactériologiques en Corée- vient à Paris en 1953, le PCF organise une manifestation, elle se traduit par 800 arrestations. Le climat est celui d’une hystérie anticommuniste d’autant que les guerres coloniales font rage. En 1954, la France est battue à Dien Bien Phu tandis que l’Algérie s’embrase. Ces guerres coûtent cher. Le principe est de les financer par la levée d’un autre impôt, cet impôt naissant est la Taxe sur la Valeur Ajoutée, ou TVA, l’impôt le plus injuste et, pourtant, celui qui rapporte le plus.