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  • Appel du CPI(ML) Red Star à la gauche révolutionnaire et aux forces en lutte en Inde

    Appel du CPI(ML) Red Star à la gauche révolutionnaire et aux forces en lutte en Inde

    Organiser le mouvement des agriculteurs dans chaque État avec des revendications communes !

    Lancer la campagne « Vaincre le BJP, vaincre le fascisme » dans les élections de l’UP-Uttarakhand !

    Poursuivant le travail effectué lors du webinaire sur le sujet « Signification de l’organisation des agriculteurs au niveau de l’État » (en soulevant des demandes telles que la formation partout de Comités du marché des produits agricoles, et un prix de soutien minimum pour tous les principaux produits agricoles dans chaque État, etc.) ; en lançant la campagne « Vaincre le Bharatiya Janata Party » (Parti Indien du peuple, parti d’extrême droite du président Modi, NdT.) dans les élections de l’UP-Uttarakhand ; en joignant les mains avec toutes les forces de même esprit, dans lequel, représentant le CPI(ML) Red Star, les camarades KNR et le secrétaire d’État camarade Baburam Sharma ont présenté l’appel du parti, les camarades Shivaji Rao, O. P. Sinha, Sanjeev Mathur et Chathuranan Ojha, représentant différentes oranisations, ont participé et expliqué leurs positions, soutenant la proposition du CPI(ML) Red Star. Un appel est lancé à toutes les forces de même sensibilité pour se joindre à une réunion conjointe à Lucknow pour tracer le programme de la campagne. Le SKM a déjà annoncé une campagne « Pas de vote pour le BJP » dans ces deux États, à laquelle participeront tous les leaders des paysans.

    Démolition de Khori Busti : La résistance à la démolition exige un mouvement pour le droit au logement des habitants des bidonvilles à l’échelle de l’État et du pays !

    À Khori Busti dans la ville de Faridabad, Haryana, alors que la démolition de près de 8000 maisons arrive à terme, trois activistes de IMK, DSU, Bigul et deux résidents du Busti (Munni et Kavita) ont été arrêtés à Khori Gaon vers 9 heures le 15 juillet et emmenés à la station de police de Surajkund. Après que la campagne de démolition de la veille ait été arrêtée en raison de fortes pluies, les habitants ont occupé les voies d’entrée des bulldozers à Khori le 15 juillet au matin pour sauver leur village. Suite à cela, la police est arrivée et a chargé les personnes rassemblées avec des matraques, arrêtant ces camarades.

    Ce qui se passe à Khori Busti est barbare, comme nous l’avons déjà expliqué dans notre précédente déclaration. Le gouvernement Modi dans la capitale et Khatter dans l’Haryana sont très soucieux de satisfaire les élites brahmaniques qui règnent sur la Cour Suprême en démolissant des milliers de maisons, jetant dehors les personnes qui y habitaient depuis 3-4 décennies avant le 19 juillet. Cela se fait au nom de l’élimination des empiétements sur les terres forestières, alors que dans la même municipalité, des centaines de maisons en pisé et un hôtel cinq étoiles ont été construits près de Khori, mais n’ont pas été touchés. La Cour suprême ne s’inquiète que lorsque les pauvres travailleurs migrants de l’Uttar Pradesh, du Bihar et de nombreux autres États ont construit des structures temporaires et y vivent. Elle ne se préoccupe pas de ramener les amis de Modi qui ont escroqué des sommes énormes aux banques et se sont enfuis dans des paradis internationaux. La Cour suprême ordonne la démolition des maisons des pauvres sans proposer d’alternative, au nom de la « protection des forêts contre les empiètements », alors que chaque jour, des dizaines de milliers d’hectares de jungle sont détruits pour des projets miniers ou autres des entreprises. Si l’ordre de la Cour Suprême qui ne mentionne pas la fourniture d’abris alternatifs avant la démolition est une parodie de loi, la façon dont le gouvernement BJP procède est des plus odieuses. Toutes les forces démocratiques devraient le condamner sévèrement.

    Avec d’autres forces en lutte qui s’opposent à la démolition des bidonvilles, le CPI(ML) Red Star a lancé un appel à tous les citoyens et à toutes les forces démocratiques et épris de justice pour qu’ils s’opposent aux actes brutaux du gouvernement de Khattar dans l’Haryana et qu’ils exigent la libération des camarades détenus, qu’ils fournissent d’urgence des abris temporaires à près d’un lakh de résidents du Busti, des rations gratuites et une compensation pour leurs pertes et qu’ils assurent une réhabilitation dans le temps.

    Dès que la nouvelle de la charge au lathi, de l’arrestation des camarades et de la façon dont la démolition est menée brutalement pour remettre les terres aux entreprises, le camarade Tuhin, membre PB du Parti et le camarade Sidhant de l’IFTU (Sarvahara) se sont rendus sur le site pour faire libérer les camarades arrêtés et pour exprimer leur solidarité avec les gens qui ont été jetés dans les rues par le gouvernement de Khattar avec les bénédictions de Modi.

    Ce qui se passe actuellement à Khori Busti souligne une fois de plus l’importance de rassembler tous les habitants des bidonvilles, au moins dans une ville et dans les zones voisines, afin de lutter contre les démolitions. Le juge de la Cour suprême qui a ordonné la démolition au nom de l’expulsion des empiétements de 1700 acres de terres forestières s’est entendu dire qu’il s’agissait d’une énorme zone de carrière développée par de puissantes mafias dans les années 1980 avec la complicité d’agents du fisc de l’Haryana, puis vendue sous forme de petites parcelles à des travailleurs migrants ; sur ces soi-disant terres forestières proches de Khori Busti se trouvent des complexes d’habitation et même un hôtel cinq étoiles ; les autorités municipales veulent expressément transférer ces terres à de nombreux autres hôtels cinq étoiles et complexes d’habitation.

    Dans cette situation, seul un puissant mouvement uni des habitants des bidonvilles pouvait s’opposer à la démolition. Les gens avaient un faible espoir lorsque l’un des leaders du mouvement des agriculteurs, Gurnam Singh Chironi, s’est adressé à une réunion de milliers d’habitants des bidonvilles le 30 juin et leur a assuré son soutien, et plus tard lorsque le porte-parole du Congrès, Udit Raj, a mené des marches répétées d’habitants des bidonvilles jusqu’à Jantar Mantar et leur a assuré son soutien. Mais tous deux les ont abandonnés. Bientôt, les micro-groupes sectaires de gauche qui avaient des contacts sur place ont commencé à rivaliser les uns avec les autres pour leur hégémonie, ce qui a éloigné les masses et affaibli le mouvement anti-démolition. Ainsi, lorsque la démolition a commencé à battre son plein, la résistance était très faible. Le 15 juillet, la police a chargé au lathi et dispersé par la force quelques centaines de manifestants et a poursuivi la démolition avec 9 JCD. Neuf personnes, dont trois militants de ces groupes, ont été arrêtées, emmenées au tribunal du district de Faridabad et envoyées en prison, accusées de nombreux délits.

    Plus d’un million de personnes vivant dans des maisons et des établissements commerciaux dans la zone depuis plus de trente ans se retrouvent sans abri et jetées à la rue, obligées de mettre des bâches sur les restes de leurs maisons et de passer des jours et des nuits avec leurs enfants jusqu’à ce qu’elles trouvent une alternative ou qu’elles soient expulsées de la zone par l’administration. Cela se passe juste à l’extérieur de Delhi, dans la municipalité de Faridabad sous le gouvernement BJP !

    Le camarade Sivaram, même lorsqu’il construisait le puissant Basti Suraksha Manch à Bhubaneswar, soulignait toujours l’importance d’un mouvement pour le droit au logement des habitants des bidonvilles à l’échelle de l’État et du pays, car sous le règne des entreprises néolibérales, des millions de familles sont expulsées ou forcées de migrer vers les villes. Ainsi, comme l’a décidé le CPI(ML) Red Star, il a travaillé dur et a réussi à unir les habitants des bidonvilles d’Odisha, ce qui a conduit à l’acceptation du droit au logement pour ces millions de personnes. Bien qu’un mouvement pour le droit au logement des habitants des bidonvilles ait été lancé dans toute l’Inde, il n’en est encore qu’à sa phase initiale. Des incidents douloureux comme la démolition de Khori Busti se déroulent sous l’égide d’un État criminel, et nous sommes forcés de rester impuissants à faire quoi que ce soit contre cela, la seule issue est de construire le mouvement de toute l’Inde dirigé par des cadres dont le parti affirme toujours que « les intérêts du peuple sont les intérêts du parti ». Nous devons travailler dur pour construire un tel parti et des cadres comme le camarade Sivaram en parlait toujours.

    Cuba n’est pas un pays socialiste, il est réduit à un pays dépendant.

    Comment évaluer le Cuba d’aujourd’hui où des manifestations d’un grand nombre de personnes protestent à la Havane et dans d’autres centres contre la pénurie alimentaire et d’autres problèmes, demandent de nombreux amis. Ils ont lu dans les médias que la hausse des prix et d’autres problèmes aggravés par la poursuite du blocus américain intensifié par Trump, et la pandémie de Covid 19, ont fait couver le mécontentement et la frustration, forçant un grand nombre de jeunes à sortir dans les rues pour protester. Partout, les dirigeants des partis révisionnistes tentent de condamner ces manifestations comme quelque chose d’entièrement instigué et propagé par les impérialistes américains et leurs laquais, à l’instar de ce qu’ils ont dit des troubles de la place Tien Anmen à Pékin il y a deux décennies.

    Nous sommes d’avis que des réponses aussi simplistes et mécaniques ne satisferont personne. Nous devons absolument condamner l’impérialisme américain qui qualifie Cuba d’État en faillite et s’en sert pour déclencher une offensive anticommuniste, en dissimulant sans vergogne son propre rôle important dans l’aggravation de la crise à Cuba par le biais de ses sanctions vieilles de cinq décennies. Bien que ce soit un fait, de telles justifications mécaniques ne feront qu’éloigner davantage de personnes de la voie marxiste. C’est un fait que Cuba, qui a joué et joue encore dans une certaine mesure un grand rôle dans le passage de l’Amérique latine de la condition d’arrière-cour de l’impérialisme américain à une zone importante de lutte contre l’impérialisme américain. Mais nous ne pouvons pas pour autant fermer les yeux sur la restauration capitaliste qui a lieu dans le cadre du capitalisme d’État dominant. Le problème de ces révisionnistes, qui ont eux-mêmes dégénéré en apologistes ou en exécutants des politiques de la classe dominante là où ils arrivent au pouvoir, est qu’ils soutiennent ceux qui sont actuellement au pouvoir dans ces pays, que ce soit en Chine ou à Cuba, comme des communistes, sans analyser la dynamique interne qui s’y déroule !

    C’est un fait que les communistes ont autrefois mené la révolution dans ces pays avec succès et ont initié la transition socialiste. Mais la question pertinente est de savoir si nous pouvons encore les appeler des pays socialistes. Les partis révisionnistes comme le CPI(M) refusent de voir leur propre dégénérescence vers la voie capitaliste, et attaquent les partis comme le TMC qui sont responsables des défaites massives au Bengale occidental où ils ont eu l’occasion pendant 34 ans de proposer une alternative à la voie capitaliste. Ils refusent de voir la dégénérescence de ces pays en capitalisme d’État, et sont devenus par la suite des dictatures bourgeoises bureaucratiques, puisqu’ils ont abandonné la transition socialiste à mi-chemin et ont dégénéré vers la voie capitaliste. En conséquence, la politique du « bol de riz en fer » qui garantissait la nourriture, le logement, les soins de santé, l’éducation et l’emploi pour tous comme en Chine et dans tous les pays où la révolution a eu lieu, a été abandonnée. Les gens sont contraints d’affronter les règles du mouvement capitaliste, son pillage et sa répression, tandis que la bannière communiste et le drapeau rouge servent encore à dissimuler leur dégénérescence. Au moment où la révolution cubaine a eu lieu en 1959, les révisionnistes avaient déjà usurpé le pouvoir par un coup d’État militaire et commencé à faire dévier l’Union soviétique vers la voie capitaliste. Rapidement, le grand débat entre les révisionnistes soviétiques et le PCC dirigé par Mao a éclaté au grand jour. Comme les dirigeants cubains pensaient que seul le soutien soviétique pouvait les sauver du blocus économique et des menaces d’agression de l’impérialisme américain, ils ont pris la décision pragmatique de se compromettre avec les révisionnistes soviétiques qui avaient déjà embrassé la « voie capitaliste au nom de la transition pacifique vers le socialisme ». En conséquence, bien que la direction cubaine ait adopté une position ferme contre l’impérialisme américain et ait soutenu toutes les forces qui luttent contre lui, son approche des politiques néolibérales, de l’acceptation de prêts et d’investissements des sociaux-impérialistes soviétiques et d’autres pays impérialistes était réformiste et compromettante.

    C’est cette politique qui a éloigné Che Guevera de Fidel Castro, le forçant à partir en Bolivie pour trouver une autre voie. En soutenant les révolutionnaires bolivariens du Venezuela et de la Bolivie contre les menaces américaines, les dirigeants cubains ont pu continuer à maintenir une image anti-impérialiste. Mais sous son capitalisme d’État dirigé par des bureaucrates, la crise économique a commencé à s’intensifier. Naturellement, le poids de cette crise a été transféré sur le dos du peuple. Parallèlement, les politiques de répression ont été poursuivies contre toute forme de dissidence sous le couvert de « sauver la révolution du blocus américain ». Il ne s’agit pas de minimiser le danger des subterfuges et des sabotages impérialistes contre Cuba. Nous sommes toujours fermement solidaires du peuple cubain et nous demandons aux impérialistes américains de mettre fin à leur blocus. Mais, tant que l’impérialisme restera une force mondiale, ses interventions et blocus se poursuivront toujours. Tous les anciens pays socialistes ont dégénéré vers la voie capitaliste, non pas en raison d’une agression impérialiste de l’extérieur, mais à cause du sabotage des routiers capitalistes de l’intérieur.

    L’expérience du système capitaliste d’État suivi par les pays socialistes montre qu’ils n’ont pas pu transcender les limites de la démocratie bourgeoise et avancer dans la direction de « tout le pouvoir au peuple », en construisant des structures démocratiques révolutionnaires appropriées et en les reliant à la construction d’une voie alternative de développement contre le système capitaliste. C’est-à-dire que jusqu’à présent, l’expérience montre que les communistes ne pouvaient pas gérer les problèmes de la construction d’une structure démocratique post-révolutionnaire correspondant à la transition socialiste. Cela n’est possible que si les partis communistes persistent dans la voie marxiste et développent sa théorie et sa pratique en fonction des conditions concrètes d’aujourd’hui. Parallèlement, ils doivent renforcer l’internationalisme prolétarien et l’unité des forces marxistes-léninistes au niveau international. Ce n’est qu’en poursuivant cette voie que l’on pourra résister aux attaques idéologiques de l’impérialisme sous toutes ses formes et de ses laquais, et que l’on pourra mobiliser les masses révolutionnaires sur la voie de la révolution. Au lieu de découvrir nos propres erreurs, blâmer les impérialistes et leurs laquais pour cette dégénérescence ne fera qu’éloigner davantage les masses de la voie du marxisme et de la révolution.

    Appel du CPI(ML) Red Star : Démasquer les routiers capitalistes au pouvoir en Chine

    Les « routiers capitalistes au pouvoir » en Chine, dirigés par Xi Jinpiang, ont lancé une vaste campagne pour défendre les vertus de leur régime social-impérialiste sous le nom de « socialisme aux caractéristiques chinoises » à l’occasion du centenaire de la fondation du Parti communiste chinois le 1ᵉʳ juillet 1921. Non seulement le courant révisionniste du CPI, du CPI(M) et de leurs semblables qui ont soutenu la marque de révisionnisme Khrouchtcheviste et dégénéré vers la voie sociale-démocrate, ceux qui ont abandonné la voie du marxisme-léninisme-pensée de Mao dans la pratique ont déclenché une campagne révisionniste ardente justifiant la ligne de Xi. Tous soutiennent la Chine actuelle comme étant socialiste sous une forme ou une autre, comme ils ont soutenu l’Union soviétique sous les routiers capitalistes de 1956, lorsque les révisionnistes sont sortis ouvertement avec leur ligne de collaboration de classe, jusqu’en 1991, lorsque ce SU a été désintégré en morceaux sous les forces capitalistes ouvertes, comme étant socialiste.

    Comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises, la Chine actuelle est une superpuissance social-impérialiste qui lutte pour l’hégémonie mondiale avec l’impérialisme américain et ses alliés. Cela est corroboré par les faits. C’est dans ce contexte qu’un article de camarade KN a été publié dans le numéro de juin de Red Star sur la façon d’évaluer les contributions de Mao au mouvement communiste et la façon dont il a lutté contre les routiers capitalistes en Chine à l’époque. Une déclaration au nom du parti a été publiée pour expliquer la position du parti sur cette question. Com. PJ James a écrit un article intitulé « La célébration par la Chine de sa propre marque d’impérialisme sous le couvert du « socialisme aux caractéristiques chinoises », qui sera publié dans le numéro d’août de Red Star.

    Dans le cadre de cette campagne, nous lançons une offensive en ligne avec un webinaire central en anglais et en hindi le 13 juillet de 18h00 à 20h30 sur le thème « Exposer l’observation par la Chine du centenaire du PCC pour propager son impérialisme social sous le nom de « socialisme aux caractéristiques chinoises » », dans lequel la présentation du sujet sera faite par le camarade KN Ramachandran, et les intervenants seront les camarades Alik et PJ James. Les comités d’état sont appelés à prendre en charge cette campagne en organisant des webinaires dans différentes langues et par toutes les autres méthodes possibles dès que possible.

    CPI(ML) Red Star, août 2021



  • Cuba en crise

    Cuba en crise

    Depuis le 11 juillet a lieu un mouvement de manifestations à Cuba. La crise sanitaire, les pénuries en matière de denrées de première nécessité et de médicaments, ainsi que les fréquentes coupures de courant, ont généré chez les cubains une grogne qui s’est exprimées dans la rue.

    Aux manifestants qui dénoncent le parti communiste cubain comme responsable de cette situation, se sont opposés des contre-manifestants, défilant sous les drapeaux de Cuba, et à cris de « je suis Fidel ». Ces dernier dénoncent une entreprise de subversion menée par une « mafia cubano-américaine ». Washington, fidèle à sa tradition d’ingérence, a mis en garde le gouvernement de Miguel Diaz-Canel, contre toute violence à l’encontre des manifestants anti-communiste.

    La construction du socialisme à Cuba est, depuis la révolution, une épreuve de force, et cette question fait encore débat parmi les communistes.
    De part sa structure économique, nous ne pensons pas que Cuba soit socialiste, ni qu’elle soit en voie de le devenir. Ce petit pays ne possède malheureusement pas la masse critique permettant une parfaite maîtrise de son système de production, de A à Z. Néanmoins, le combat du PCC, celui qu’il a réussi à mener, avec tout son cortège d’épreuves, c’est d’avoir constitué un modèle autonome, cherchant sans cesse à s’affranchir de la tutelle américaine.

    Dans cette situation, nous considérons qu’il faille faire preuve de pragmatisme dans nos analyses, et de sagesse dans nos conclusions.

    Dès lors, Cuba doit être considérée, avant tout, de nos point de vue d’européens de l’ouest, pour ce qu’elle est ; une citadelle assiégée par l’impérialisme US depuis les années 1960.

    Depuis les années 1960, l’île vie au rythme des embargos américains, pour une seule et unique raison, Fidel Castro a eu l’arrogance de vouloir offrir à son peuple une voie de développement indépendante du bon vouloir des États-Unis, qui ont toujours considéré l’Amérique latine, et les Caraïbes, comme leur pré carré.

    Tenant au début une ligne plutôt réformiste, Castro et ses camarades ont réalisé que, pour permettre aux cubains de jouir des fruits de leur terre, dont 75% étaient détenues par des compagnies états-uniennes, que pour permettre le développement d’une industrie tournée vers les besoins du peuple, et non vers le profit d’une puissance étrangère, que pour lancer les différents chantiers permettant le développement harmonieux de l’île, il fallait bouter les capitaliste en dehors, il fallait passer par un rapport de force, d’où l’évolution de la ligne des révolutionnaire. Dès lors, le front dirigé par le mouvement du 26 juillet a mué vers la construction du parti communiste cubain.

    Assumer haut et fort la nature socialiste de la révolution cubaine était cependant un grand risque à prendre, étant donné la proximité des États-Unis. Dans l’urgence de la situation, Castro s’est tourné vers le premier allié qui s’est présenté, Moscou.

    Malgré cette situation périlleuse, la politique du PCC a permis à Cuba de se développer tout en assurant à chaque citoyen les moyens d’une vie digne, par sa politique de logement, d’emploi, d’éducation, et surtout, de santé.

    Le régime médical cubain est universel, solidaire, et performant, au point que même certains citoyens américains ont pu faire la traversée vers l’île afin d’accéder aux soins que le système d’assurances privées de leur pays leur interdisait.

    Depuis le début de la pandémie de Covid-19, Cuba a développé deux vaccins de manière autonome, et, fidèle à sa tradition, a envoyer des médecins jusque dans d’autres pays pour prêter mains fortes à leurs collègues d’Italie, d’Andorre, et de Martinique, là où l’État français était incapable de gérer la crise.

    Cuba est à ce jour le seul exemple de pays exportateur de médecins, là où les grands champions de la liberté individuelle n’ont su exporter que des capitaux, et bien souvent, des bombes.

    Malgré ces réussites, tout n’a pas toujours été merveilleux. Tout en composant avec le danger d’agression impérialiste, Castro n’aurait pu prédire que son alliance avec Khrouchtchev le mènerait à intégrer l’île dans le système de division internationale socialiste du travail, qui a intégré Cuba dans la sphère du social-impérialisme soviétique d’après 1956.

    La chute de l’URSS a dès lors laissé la Havane livrée à elle même, sans aucun allié, sans personne pour racheter à bon prix le sucre dont la production était sa spécialité, avec une économie qui peinait à se diversifier. Plus d’URSS, mais l’embargo américain, lui, est toujours là. Et ce sont les même qui, avec un cynisme nauséabond, étouffe cette île inoffensive tout en dénonçant les pénuries qu’elle subit.

    Ce sont ces pénuries qui ont fait récemment exploser la colère des cubains. Cette colère est compréhensible, surtout dans le contexte de pandémie que nous traversons. Néanmoins, qui est le plus responsable ? Le PCC qui depuis 70 ans cherche, parfois de manière très débattable, à maintenir l’île éloignée de la rapacité de Washington ? Ou Washington elle même, qui en maintenant l’embargo, empêche Cuba de se développer autrement qu’au ralenti aujourd’hui ?

    Nous entendons la colère, elle pointe du doigt de réelles défaillances, des promesses non tenues, « on a toujours raison de se révolter » tel que le disait le président Mao. Néanmoins, quelles solutions sont envisagées ? Quand la bourgeoisie parle de liberté, elle parle avant tout de la liberté économique, de la libre circulation des capitaux, et de leur libre domination. Cuba, pour retrouver grâce aux yeux du monde, devrait accepter de s’inclure dans un système de domination global ?

    En tant que communistes, notre devoir immédiat est de témoigner notre solidarité à ce peuple qui, depuis 70 ans, vie sous pression des impérialistes. Nous dénonçons TOUTES les formes d’ingérence, les destin de Cuba est entre les mains des cubains.

    Nous émettons également de vives critiques à l’égard des positions qui ont pu s’exprimer, jusque dans la gauche se voulant révolutionnaire en France, attaquant la « dictature » cubaine. Dans le contexte actuel de menace impérialiste, il s’agit d’une grave erreur, c’est hurler avec les loups ; c’est également la conclusion d’une vision libérale, et petite bourgeoise, de la politique, niant la nature de classe de tout régime, et une vision « jusqu’au boutiste » qui passe à la trappe la solidarité internationaliste contre l’impérialisme.

    Il y a 30 ans de cela, les mêmes qui appellent aujourd’hui de leurs vœux l’effondrement du castrisme, étaient ceux qui sabraient le champagne à la chute de l’URSS, en y voyant l’avènement de la « vraie révolution ». C’est probablement le contre-coup de leur déception qui les a poussé à s’intégrer dans les partis de la gauche bourgeoise, tel que le PS ; nous comprenons cette démarche de reconstruction personnelle.

    Camarades, ne vous trompez pas d’ennemi ! Certes, le système cubain est perfectible ; oui, il faut plus de démocratie au sein du peuple ; mais l’effondrement signifiera le retour de Cuba à ce qu’elle était, le bordel des États-Unis ; les accomplissements, et l’autonomie chèrement payés, ne doivent pas être balayés d’un revers de mains. Surtout dans le contexte actuel de fortes contradictions inter-impérialistes.

    Avec la crise actuelle, sanitaire certes, mais aussi économique, nous pouvons craindre que le capital financier international n’entre dans une phase plus agressive. Il n’est pas un jour sans que tel, ou tel média ne se fende d’un article sur l’émergence du dragon chinois, sur les tensions entre la Russie et l’occident. D’ici 2023, l’armée française lancera un vaste exercice mobilisant 10 000 soldats. Dans cette atmosphère, nous devons identifier nos alliés, et nos ennemis. Nos ennemis, c’est la bourgeoisie impérialiste et ses laquais ; nos alliés, ce sont les millions de prolétaires, des villes et des campagnes, qui subissent l’exploitation à travers le monde, ce sont les peuples dominés par l’impérialisme et le néo-colonialisme.

    Tous ensemble, unis dans un front anti-impérialiste, nous devons faire bloc !

  • Hommage à Ernesto Che Guevara – Partie finale & Discours d’Alger (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – Partie finale & Discours d’Alger (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – Partie finale

    &

    Discours d’Alger (1965)

    Même si, chronologiquement parlant, le message à la tricontinentale est postérieur au discours d’Alger, nous avons choisi d’intégrer celui-ci à cette dernière partie. Le texte est un discours particulièrement illustratif, particulièrement enrichissant sur la pensée politique de Ernesto Che Guevara. 

     

    A la mort du Che, un curieux culte s’est développé. Des centaines de personnes sont venus voir son corps dans l’hôpital, où il est exposé.  Ainsi, l’attitude christique du corps, mêlé aux conceptions de la théologie de la libération, font que de nombreuses nonnes de l’hôpital coupent des mèches de cheveux, comme des reliques. Il se créé un culte fascinant, autour de légendes telles que  San Ernesto de La Higuera et El Cristo de Vallegrande, parlant d’un réveil de celui-ci, se relevant d’entre les morts.

    Ce curieux épilogue, faisant du Che un saint de certaines sectes catholiques, n’est pas sans évoquer ces curieuses icônes orthodoxes ou arméniennes, représentant Staline en saint auréolé.

    Si cela est révélateur d’une certaine perception du rôle de ces deux personnages, par une partie des masses, ces aspects nous intéressent moins que l’héritage idéologique et politique qu’ils peuvent laisser.

    Le Che a déclenché un engouement que nous avons déjà souligné en introduction de cet hommage. Il a illustré l’enthousiasme combatif, l’envie de combattre, l’abnégation, le don de soi. Ces qualités -très aisément intégrables à une imagerie chrétienne et romantique du martyr- ont fait et font toujours du Che un symbole de la jeunesse révoltée.

    Il reste l’image de l’homme d’action, l’image du vadrouilleur, de l’infatigable combattant  contre la misère. L’image, aussi, du médecin fidèle à son serment, qui, lorsque capturé, proposa de soigner les soldats blessés de l’ennemi. Celui qui écrivit, dans le Socialisme et l’Homme à Cuba « Tous les jours, il faut lutter pour que cet amour de l’humanité vivante se transforme en gestes concrets, en gestes qui servent d’exemple et qui mobilisent » .

    Mais la pensée politique du Che, qu’en est-il ?

    Trop souvent réduit à une imagerie, à un simple symbole, le Che a été victime de la foire d’empoigne qu’opèrent les opportunistes sur tout ce qu’ils peuvent capter, récupérer, intégrer à leur construction idéologique pourrie et instable. Une nouvelle fois, nous pensons aux anticommunistes, aux trotskistes, aux révisionnistes, chacun essayant de faire du Che « un d’entre eux. » Ironie de la chose, nul doute que Ernesto Guevara n’aurait pas hésité à en fusiller certains. Mais le flou bénéficie toujours à l’opportunisme.

    Or, le « guévarisme », si il est possible de parler ainsi, a été défini, notamment en collaboration avec le français Régis Debray, son compagnon de lutte en Bolivie, sous un concept : le foquisme. Ce foquisme est ce qui démarque, au final, la pensée guévariste du léninisme, idéologie pourtant à laquelle le Che se rattachait.

    Dans La guerre de guérilla, écrit en 1961, Che Guevara expose certaines bases de sa conception politico-militaire et se conception stratégique. Régis Debray, de son côté, synthétise son expérience dans Révolution dans la révolution en 1967. Il est difficile de faire, dans cet ouvrage, la part des choses entre ce qui est du domaine de la conception de Debray lui-même et ce qui provient du Che. Toujours est-il que des recoupements peuvent être faits.

    Contrairement à la thèse défendue par de nombreux anticommunistes, le Che ne s’est pas élevé contre un hypothétique Thermidor stalinien, mais s’inscrit dans la droite ligne de la pensée léniniste. Sa brouille avec l’URSS, qui sert souvent d’argument, est une brouille avec la ligne de l’URSS d’après 1956, sociale-impérialiste, restauratrice de l’économie de marché, liquidatrice de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat. Il lui est ainsi attribué la déclaration suivante : « Celui qui n’a pas lu les quatorze tomes des écrits de Staline ne peut pas se considérer comme tout à fait communiste. » (cité dans le N°720 du magazine Historia, 2006)

    Pourtant, il est hasardeux d’en faire un maoïste. Si sa pensée politique et sa compréhension de la situation internationale le rapproche de la Chine Populaire ; s’il ne fait nul doute que la Révolution Culturelle a certainement eu un écho favorable chez lui ; si la guérilla, comme pour Mao Zedong, est au centre de la question de la conquête du pouvoir, des différences inconciliables demeurent.

    La question du Parti forme cette barrière, et derrière elle, la question de la stratégie générale.

    Dans sa conception des choses, la guérilla armée est l’alpha de la lutte. Autour de focos, des foyers, la lutte armée est l’outil qui agrège les forces. Contrairement à l’expérience chinoise, qui s’est appuyée sur la paysannerie pauvre par nécessité et pour être loin des citadelles de l’impérialisme, tout en maintenant la classe ouvrière au centre de son projet, les focos basent leur stratégie sur les campagnes.

    La satisfaction des revendications de la paysannerie pauvre et des campagnes devient le stimulant principal de la lutte. Elle doit permettre à la guérilla de s’assurer un soutien, de développer des foyers [d’où son nom] de combat les plus nombreux possibles, pour forcer l’ennemi à se disperser. L’idée est de faire tâche d’huile et d’engranger des forces pour passer de la petite guérilla à la grande guérilla, puis de celle-ci à l’offensive victorieuse.

    Dans les faits, des failles terribles condamnaient l’expérience.

    La principale faiblesse de la pensée du Che est d’avoir sous-estimé la nécessité de l’organisation, du besoin du parti, de son rôle d’Etat-major de la classe ouvrière ainsi que des classes opprimées.

    D’une part car, dans le combat, le Parti Communiste ne fait pas que des tâches liées à la guerre contre les forces de l’impérialisme. Il mène un travail légal ou illégal, clandestin ou affiché, au travers de ses relais ou directement, dans le but de mobiliser et d’organiser les masses. Il mène une lutte sur plusieurs fronts. En se limitant au seul secteur de la guerre, les foquistes n’ont pas marché sur leurs deux jambes.

    D’autre part car le Parti Communiste est un roc, un bastion, une forteresse. Il est cette digue qui permet de résister au reflux du mouvement de masse, de survivre aux défaites, de tenir face à l’adversité. La guérilla du Che se basait sur un volontarisme certes louable, mais terriblement vulnérable. Lorsque, face aux difficultés, les soutiens se sont taris, les portes se sont fermées, les groupes guévaristes et foquistes se sont étiolés, se sont disloqués. Cette faiblesse ne s’est pas avérée trop criante dans la conduite des opérations, car, alors, les USA ne donnaient qu’un appui modéré au régime de Batista. Elle ne s’est pas avéré trop visible dans un cadre où le mouvement communiste international était au zénith. Après la déstalinisation, après la rupture sino-soviétique, dans un contexte où les USA imposaient une pression terrible sur l’Amérique du Sud, les chances de succès se sont avérés moindres et, pour finir, nulles.

    La question du Parti Communiste à Cuba s’est elle aussi montrée problématique, mais d’une manière peu visible. La construction du socialisme s’est émaillée de difficultés lorsque le Che géra le portefeuille de l’économie, difficultés reflétant les questions terribles et cruciales de « comment construire le socialisme dans une île en sous-développement » . Après son départ de ce poste, elle ne fut plus réellement posée. De fait, l’URSS dictait le développement économique de celle-ci, pour l’inclure dans la satellisation social-impérialiste.

    Il ne fait pas de doute que Che Guevara ait voulu développer le socialisme, il ne fait pas de doute quant à sa sincérité. Cette satellisation est ce qui signa l’arrêt de mort du développement plein et entier du socialisme à Cuba.

    Le Che s’est montré d’une hostilité complète envers les théories économiques de la direction Khrouchtchévienne et de ses successeurs Brejneviens, de même qu’envers leur politique de coexistence pacifique avec l’impérialisme et la bourgeoisie. Seulement, dans le schisme entre révisionnisme et léninisme, entre URSS, Chine et Albanie, Cuba avait-elle les moyens de choisir ? Encerclée, l’île dépendait de l’aide de l’Union Soviétique. Entre choisir celle-ci et se lancer aux côtés de la Chine, le pragmatisme avait primé.

    Toujours est-il que l’absence de véritable débat idéologique a précipité cette issue. Elle a permis aux lignes les plus droitières de triompher de manière quasiment systématique. Au final, le Che s’est retrouvé acculé au départ, car devenant gênant pour la direction du Parti Unifié de la Révolution Socialiste Cubaine (PURSC) fondé en 1962. Ce dernier ne prend le nom de PCC que lorsque les dès furent déjà joués. L’île resterait fidèle à Moscou.

    Malgré cela, Cuba a vécu et, malgré sa situation, Cuba présente une face de succès.

    Malgré ses échecs à la fin de sa vie, le Che est demeuré le symbole de la révolution cubaine, de la volonté de libération des peuples opprimés, et il a laissé derrière lui un héritage qui marque encore profondément la société de Cuba. Celui-ci disait que « la société doit devenir une grande école ». Une déclaration qui trouve encore aujourd’hui son application concrète, avec l’un des meilleurs systèmes éducatifs du monde. Le Che condamnait l’individualisme, chaque individu devant participer collectivement à la construction de la société socialiste. Il montrait lui même l’exemple par une vie sobre, et par sa participation hebdomadaire au travail volontaire dans les usines.

    Cet esprit existe encore aujourd’hui dans le cœur des cubains, dont le travail bénévole a permis de grandement limiter les dégâts laissés, récemment, par l’ouragan Irma. Un Hors de ses frontières, Cuba est le seul exportateur de médecins du monde, que le secrétaire général aux Nations Unies Ban Ki Moon décrivait ainsi : « ce sont toujours les premiers arrivés et ce sont les derniers à partir. Ils restent sur place après les crises. Cuba peut montrer au monde entier son système de santé, un modèle pour beaucoup de pays ».

    Aujourd’hui, nous rendons hommage à un homme qui, guidé par la théorie marxiste-léniniste, a voué sa vie à la cause révolutionnaire. Son altruisme, son courage, son sens du sacrifice et son désir de justice doivent être pour nous une source d’inspiration !

    Ernesto Che Guevara fait partie aujourd’hui du panthéon des martyrs de la révolution.

    Che Guevara reste aussi une icône, une icône qui contient une part de réussite, une part d’échecs et d’insuffisances.

    Il serait aisé de ne garder que les dernières par désir de pulvériser un « mythe » de plus. C’est là être faire preuve d’une bien piètre camaraderie et transformer la critique en entreprise de démolition.

    Ce n’est nullement notre vocation. Nous considérons qu’il est important de critiquer les insuffisances théoriques, politiques, pratiques et humaines, mais qu’il est tout aussi essentiel d’être capable de tirer des enseignements de ces expériences. Nous nous nourrissons autant des succès que des échecs de notre histoire et de notre mouvement.

    C’est en cela que les mythes doivent tomber, non pour démolir, mais bien pour dégager la vérité et les éléments pertinents d’une existence.

    Dans ce cadre, Che Guevara était un camarade. Il fut un soldat de le révolution prolétarienne. Ni un saint, ni un démon, mais bien juste un homme.

    Cet homme est mort sous les balles de l’ennemi.

    Mais l’œuvre, l’œuvre vit toujours et existera tant qu’elle sera étudiée. Elle n’appartient plus au Che seul, elle appartient à l’humanité.

    « Le présent est fait de lutte ; l’avenir nous appartient ».

  • Hommage à Ernesto Che Guevara – partie III & Message à la tricontinentale (1967)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – partie III & Message à la tricontinentale (1967)

    Hommage à Ernesto Che Guevara.

    Nous avons décidé, comme document accompagnant cette partie, de fournir le Message à la Tricontinentale, document particulièrement illustratif sur les positionnements politiques du Che et sur sa critique de la politique de coexistence pacifique défendue par l’URSS et par les partis révisionnistes. En espérant que cette lecture soit instructive.

    Partie III

    L’international à la vie, à la mort.

    Après la crises des missiles de Cuba, le Che poursuit ses voyages. Charismatique, orateur de talent, il est l’envoyé idéal pour nourrir les relations nouvelles que Cuba souhaite établir avec le reste du monde en lutte. Ainsi, en 1963 il est en Algérie, pour une visite de quatre jours qui, finalement, dure trois semaines. Là, il noue des liens, et entame un travail avec l’aile gauche du F.L.N., incarnée par Ben Barka.

    En 1964, il fait un discours à l’ONU dans lequel il explique la situation de Cuba et fustige la politique étrangère des USA. Il y revendiqué le fait d’avoir fusillé et fait fusillé des ennemis « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort. »

    Par la suite, il reprend ses voyages. Chine -où il vient sans prévenir Fidel Castro, déclenchant son ire- Egypte, Algérie, Ghana, Guinée, Mali, Bénin, Congo, Corée du Nord… il traverse le tiers-monde. En chemin, il fait étape en France et en Irlande.

    Sa pensée politique évolue et se rapproche des conceptions chinoises. Pour la direction politique cubaine, un fossé se creuse. Dans son discours d’Alger, prononcé au début de 1965, le Che cible même l’URSS, en termes voilés certes, mais attaque ses manquements aux grands principes communistes. «  Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest. Le fait que le commerce est actuellement réduit ne signifie rien. »

    Si le discours est reproduit dans les journaux cubains, la visite en Chine est passée, elle, sous silence. Elle formait, il faut le dire, un terrible crime de lèse-majesté envers l’URSS, laquelle le considère désormais comme un agent de la Chine. Lui même montre des singes d’adhésion progressive aux conceptions défendues par Mao Zedong, quant à la nature sociale-impérialiste de l’Union Soviétique.

    A Cuba, les tensions avec Castro et avec les représentants soviétiques sont fortes. Ernesto Guevara disparaît du devant de scène. Démoralisé par la situation, rongé par l’inaction et par le travail de bureau, brûlant de réaliser son affirmation, construire «  deux, trois, plein de Viêt-Nam « , Che part pour le Congo, pour tenter d’apporter un soutien militaire à la lutte contre l’impérialisme.

    Après 7 mois de combat contre les troupes de Mobutu, l’opération est un échec critique, les pertes sont lourdes tant en termes d’hommes que de prestige. Il passe près de deux ans dans la clandestinité, ne voulant pas rentrer à Cuba.

    Hésitant entre retourner combattre dans son pays et lutter en Bolivie contre le gouvernement fasciste, le Che finit ultimement par choisir de rejoindre les rangs de l’Armée de Libération Nationale de Bolivie. Là où il trouva la mort. C’est dans la jungle, en 1967, que le Che rédige son message à la tricontinentale. Ce message consacre une divergence de vue avec la direction soviétique et son ralliement net à la ligne de Mao Zedong.

    Pendant cet exil plus ou moins imposé, un des plans de Che Guevara, dont Ben Barka fut l’architecte principal, voit le jour. L’idée de la tricontinentale, ou Organización de Solidaridad de los Pueblos de África, Asia y América pour son nom complet, est relativement simple. Elle est conçue dans l’esprit d’une entraide technique, politique et militaire entre les différents états subissant l’impérialisme. Elle se caractérisa par ce slogan : « trois continents, une révolution. »

    S’inscrivant dans une idée de moyen terme entre Chine et URSS, cette conférence faite du 3 au 15 janvier 1966 définissait les objectifs suivants :

    ·         Lutter contre l’impérialisme et le colonialisme. Assurer l’émancipation des peuples dominés et opprimés.

    ·         Relier et unifier les mouvements de lutte, issus de la conférence de Bandung, et travailler en commun avec la Chine et l’URSS, malgré leur situation de rupture.

    ·         Rejoindre la lutte pour une révolution à l’échelle mondiale.

    ·         Lutter contre les régimes d’Apartheid.

    ·         Lutter contre la menace de l’arme nucléaire.

    Malgré une situation peu évidente, du fait des tensions internationales de l’époque, 82 Etats y participent.  Ben Barka, enlevé par la France, ne peut s’y rendre. En soi, la conférence est un succès, mais un succès éphémère. Pourtant, elle posait des bases saines, lesquelles méritaient d’être étudiées et diffusées, encore à l’heure actuelle.

    Comme tous les personnages importants de l’Histoire, bien des théories entourent de limbes la mort du Che. La tentation du complot, du règlement de compte, à longtemps circulé. Si le désaccord avec Fidel Castro et l’URSS était marqué, si la rupture était consommée -le Che fit, par ailleurs, un testament politique avant son départ de Cuba- il n’existe pas de preuve d’une complicité entre la CIA et les forces pro-soviétiques. Si Cuba ne fit rien pour aider Ernesto et sa poignée de guérilléros, l’île ne fit rien non plus pour envenimer les choses.

    D’une manière générale, les raisons de la défaite du Che et de ses troupes résident dans plusieurs choses : le climat politique n’était plus le même que 8 ans auparavant. Les USA sont extrêmement méfiants quant à la situation internationale. Le relatif laisser-faire rencontré face à Batista n’a plus court. L’opération est mal menée, avec des forces faibles et peu fiables. Surtout, la guérilla peine à obtenir le soutien des masses.

    Autre facteur, les conceptions militaires se sont nourries de l’expérience du Viêt-Nam et de la Guerre d’Algérie. Les dispositifs de COIN [Contre-insurrection] sont pleinement opérationnels. Le Che est tombé contre plus fort que lui.

    Les raisons de son exécution restent débattues. Toujours est-il qu’un procès public aurait été certainement nuisible, comme le fut le procès de Georges Dimitrov par les nazis à Leipzig, ou comme le fut, plus tardivement, la tentative de juger Honecker. Bien souvent, les tribunaux de la bourgeoisie se retournent contre elle.

    Toujours est-il que le 9 octobre 1967, à 13h10, Che Guevara mourait sous les balles. Selon Mario Terà, qui affirme être celui qui l’a tué, dans une interview de 1977 à Paris Match, ses derniers mots furent  « Soyez serein et visez bien ! Vous n’allez tuer qu’un homme ! »

    Ainsi mourrait un Homme.

    Mais, comme tous les martyrs, en l’assassinant, les criminels le rendirent immortel. Car les idées et l’héritage politique du Che ne mourut pas.

  • Hommage à Ernesto Che Guevara – partie II & Le socialisme et l’Homme à Cuba (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – partie II & Le socialisme et l’Homme à Cuba (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – partie II & Le socialisme et l’Homme à Cuba (1965)

    Nous joignons à cette partie II un texte important de Che Guevara, que nous citons, par ailleurs, dans cet hommage. Il s’agit de la brochure : Le socialisme et l’Homme à Cuba écrite en 1965 et faisant écho à de nombreuses questions relatives au développement du socialisme sur l’île et à des questionnements interessants sur de nombreux aspects.

    La campagne de Cuba et la construction du socialisme.

    Au sein de la lutte pour la révolution à Cuba, le Che s’est illustré comme un dirigeant de terrain hors pair, comme un guérilléro lui-même, comme quelqu’un étant capable de transformer des petits détachements armés en une organisation fonctionnelle, efficace et redoutable.

    Cela exigeait une connaissance des principes de commandement, des principes de la guérilla, mais également de comment elle s’inscrit dans une lutte politique. Certains, certaines, tentent de cibler sa dureté dans cette lutte comme une illustration d’un autoritarisme sans bornes. Il convient de rappeler que les discussions de salon et le démocratisme doivent, dans l’action, céder le pas à l’unité de volonté, à l’unité de corps, à une discipline de fer qui se marie mal avec les désirs personnels.

    La guérilla, et l’appui d’une partie de la bourgeoisie nationale cubaine, triompha du régime pourri de Batista. Le premier janvier 1959, la révolution cubaine triomphe.

    Fondamentalement, les USA n’étaient pas hostiles à une expulsion de Batista. Ils l’ont soutenu avec une mollesse rare, et se sont contentés de rester dans l’expectative. Dans leur conception, le nouveau gouvernement, forcément plus populaire que la dictature, serait bien obligé de trouver un compromis avec la superpuissance, située à 200 km de ses côtes. Les USA disposaient de certains relais et d’agents au sein du M-22-7, notamment les éléments droitiers, timorés…

    Dans Le socialisme et l’Homme à Cuba, Ernesto Guevara revient sur ce passage : « En janvier 1959, le gouvernement révolutionnaire s’est constitué avec la participation de divers membres de la bourgeoisie traître. Facteur de force fondamental, la présence de l’Armée rebelle était la garantie du pouvoir. De sérieuses contradictions se sont aussitôt développées. Elles ont été en partie surmontées lorsqu’en février 1959, Fidel Castro a assumé la direction du gouvernement en tant que premier ministre. »

    L’ennui, pour les américains, étant que la ligne qui triompha au sein du M-22-7 était sur une base d’indépendance et de développement économique de l’île, contradictoire avec les intérêts économiques et géopolitiques des USA. La ligne du Che, mais aussi de Fidel Castro, était une ligne qui ne tolérait pas la tutelle d’une autre puissance, ni le maintient de liens d’ordre coloniaux. Le moyen terme trouvé fut autour du maintien de la concession de Guantanamo à l’US Navy. Les USA se sont empressés alors, dans un plan mal conçu, décousu, raté, de faire débarquer un commando de contre-révolutionnaires. Ce débarquement, dit de la Baie des Cochons, fut un fiasco monumental. Un fiasco qui créa un fossé immense entre La Havane et Washington. Une hostilité qui s’est maintenue durant l’intégralité de la guerre froide, avec des sommets de tension, comme lors de la crise des missiles.

    Crise des missiles au sein de laquelle le Che eût une position qui fit écho à celle de la Chine, et qui reflète sa compréhension de l’espace : Cuba est un des fronts de la lutte mondiale contre l’impérialisme et contre l’impérialisme américain, qui formait à l’époque le plus vindicatif. Cuba, pour le Che, doit assumer donc sa position dans cette lutte mondiale et accepter de courir des risques. C’est le prix à payer pour tenir un pistolet sur le cœur des USA.

    D’autant que Kennedy, fondamentalement, jouait à un jeu de poker, jeu bien compris par la Chine, mais nullement par l’URSS, qui voyait sa stratégie de développement comme un jeu d’échec.

    Au sein de Cuba, Che fut missionné pour s’occuper du développement de l’industrie. Bien que l’île soit sous perfusion de la part de l’URSS, aspect qui fut par la suite cher payé, le Che tente de mettre en place une politique de développement planifiée, avec une réforme agraire et un début de mise en place d’industrie. Dans un sens, le modèle de développement économique pourrait s’apparenter à celui du Grand Bond en Avant. Une tentative de franchir les étapes par le volontarisme, par l’effort collectif. Cette campagne s’est faite en employant les stimulants politiques, en faisant appel aux masses, en tentant, par leur mobilisation, de triompher de tous les obstacles.

    Probable que l’ambition fut trop grande. Probable également que l’URSS, qui souhaite inclure Cuba dans la « Division Internationale Socialiste du Travail » n’ait pas été particulièrement empressée de doter l’île de moyens pour développer une industrie industrialisante. Nul doute que ces aspects là, le Che en a une certaine conscience.

    Il le note en 1965 : « Cependant, l’État se trompe quelquefois. Quand une de ces erreurs se produit, le manque d’enthousiasme collectif se traduit par la diminution quantitative de chacun des éléments qui composent les masses. Le travail se paralyse jusqu’à en être réduit à des dimensions insignifiantes. C’est le moment de rectifier. C’est ce qui est arrivé en mars 1962, face à la politique sectaire imposée au parti par Aníbal Escalante. »

    Si la lutte contre cette tendance à une intégration à l’espace économique soviétique s’est illustrée par la purge de Aníbal Escalante (1962), agent des intérêts de l’URSS au sein de la direction du PSP, l’URSS triompha pourtant. Dans la situation de Cuba, en 1962, l’URSS avait plus à offrir en termes d’armes, d’équipement, de ressources et de crédits que la Chine Populaire, indépendamment de la ligne.

    Le pragmatisme de cette prise de position se justifie, dans un sens tactique, mais stratégiquement, il fut funeste à Cuba. Il illustre pleinement les problématiques auxquelles nous serons, nous aussi, confrontés dans une situation similaire, et où des concessions justifiables à un instant T nous enferrent dans une impasse à un instant T ‘.

    Il est possible de critiquer la pensée politique du Che, il est possible d’y voir des erreurs, mais en revanche, il n’est pas possible de parler, ici, de trahison. Il y avait une volonté sincère de construire le socialisme et d’apporter l’éducation, la santé, la culture aux masses de Cuba. Dans une certaine mesure, et sur ces secteurs, Cuba tint ses promesse. Mais sur le noyau dur de l’économie, en revanche, l’affaire capota. La critique de la loi de la valeur et des méthodes de Khrouchtchev dans l’économie politique fait écho au débat qui eut cours entre les années 30 et 50 en URSS.

    On retrouve là une vue similaire entre la conception de l’économie politique défendue par Staline et les membres de son équipe, contre une vision prétendument apolitique, en fait libérale, défendue par les économistes soviétiques des années 50. C’est cette vision qui devint hégémonique après 1956, entrainant l’URSS, et Cuba, dans son sillage funeste.

    Si le Che à joué un rôle important au sein de Cuba, il s’est montré, également, un incontournable acteur de la scène internationale, en travaillant à monter un projet d’union anti-impérialiste, à l’échelle mondiale : la tricontinentale.

  • Hommage à Ernesto Che Guevara, partie 1

    Hommage à Ernesto Che Guevara, partie 1

    Hommage à Che Guevara.

    Partie 1

    Il y a 50 ans, Ernesto Che Guevara mourait, assassiné.

    Après de nombreuses années consacrées à la lutte pour la lutte contre l’emprise de l’impérialisme US, pour la révolution et le socialisme, il était assassiné par les forces paramilitaires de l’État bolivien, pilotées par la CIA. Klaus Barbie, alors en « cavale », se serait vanté de l’avoir torturé lui-même, pour le compte du régime de La Paz.

    Che, son image, ses portraits, ses citations, forment autant d’icônes pour le mouvement révolutionnaire international. Sa jeunesse, son charisme, l’allant, l’entrain révolutionnaire qui l’accompagne en font un symbole. Le Che, quoiqu’il en soit, demeure pour beaucoup, en particulier dans la jeunesse, une porte d’entrée vers la lutte, une porte d’entrée vers la combativité. Il incarne un romantisme révolutionnaire qui, s’il ne se suffit à lui seul, s’il n’est pas ce qui apportera la victoire, permet à de nombreux et nombreuses camarades d’entrer dans le combat contre l’impérialisme et la bourgeoisie.

    A être omniprésente, cette image en ressort, hélas, bien souvent délavée, édulcorée, vidée de son sens et de son contenu.

    Les capitalistes, en quête de profits, ne se sont pas privés, après l’avoir tué, de vendre sa peau et son image. Des millions de produits à son effigie sont ainsi mis dans le commerce chaque année, générant des revenus considérables. Ironie que le Che puisse créer du PIB chez les impérialistes, sur des T-shirts produits par le tiers-monde.

    Les trotskistes, les anarchistes, les révisionnistes ont tenté de l’accaparer. Le NPA de Besancenot se revendique ainsi de lui et de Léon Trotski -lequel passe nettement moins auprès des jeunes, malgré les louanges qu’en chante l’Education Nationale. Les anarchistes le rêvent en libertaires camouflés, qui s’ignore. L’un et l’autre le rêvent en anti-stalinien, en anti-soviétique, en –in fine– anticommuniste.

    Dans un sens, ils n’ont pas tort sur un point, et le Che, en cela, fait la nique aux révisionnistes. Tout communiste qu’il était, le révolutionnaire ne s’est pas comporté en laquais de Moscou et s’est élevé contre le tournant Khrouchtchevien. Cela lui permit de déclarer « C’est dans ce que l’on a appelé les erreurs de Staline que réside la différence entre un comportement révolutionnaire et un comportement révisionniste. Il (Staline) comprend le danger des rapports (de marché) mercantilistes et essaie d’en sortir progressivement en brisant l’opposition. La nouvelle direction (Khrouchtchev) par contre cède aux impulsions de la superstructure et place l’accent sur l’activité mercantile. »

    Sa critique du manuel révisionniste d’économie politique resta, ainsi, jusqu’en 2006 dans un classeur fermé.

    A trop en faire une icône consensuelle, on finit par tuer une nouvelle fois l’homme et sa pensée. Parfois, et l’ironie est grande, ce sont chez ces ennemis que sonnent les plus sincères hommages. La bourgeoisie et les fascistes, à vouloir attaquer le contenu politique de ce que défendait le Che sont parfois les seuls à en parler, à ne pas remiser ces faits « gênants » au placard, à savoir que le Che n’était pas un plat démocrate, pas un gentil réformiste, pas une icône, mais un soldat de la révolution prolétarienne mondiale, sous l’étendard du bolchevisme.

    C’est à cela que nous voulons rendre hommage.

    Né en 1928 Argentine, Ernesto Guevara n’est pas d’une famille prolétaire, bien qu’elle fut progressiste. Issu de l’union de membres de la haute bourgeoisie et de la noblesse -il descend du vice-roi espagnol du Pérou- il fait partie de ceux qui devinrent des traitres à leur classe, à l’image de Marx, d’Engels, de Lénine pour ne citer qu’eux, et qui choisirent les rangs du peuple.

    Brillant étudiant, athlète de qualité, il poursuit des études de médecine. Avec son ami Alberto Granado, ils décident d’interrompre celles-ci pour prendre une année sabbatique et voyager. Ce voyage fut, pour lui, l’occasion de découvrir deux choses essentielles.

    La première, la réalité du capitalisme, de la misère, de l’exploitation, de l’inégalité, d’une incroyable brutalité au sein des républiques bananières d’Amérique latine, dont les dirigeants répondaient tous aux compagnies américaines et, par effet de rebond, à Washington.

    La seconde était cruciale dans sa  conception politique et stratégique : celle de concevoir l’Amérique Latine non comme un ensemble d’Etats à l’Européenne, mais comme un espace de manœuvre unifié, comme un espace de lutte où les frontières ne sont pas étanches. Le fait d’appréhender l’espace de cette manière fut un des fondements de sa manière de penser le combat contre l’impérialisme.

    Le premier voyage du Che : 1952 – 1953

    Car l’impérialisme pèse lourd, en Amérique Latine. Les USA sont une chape de plomb terrible. A son retour, après avoir obtenu ses examens en juin 1953 -ce que certains anticommunistes comme Pierre Rigoulot, co-auteur du Livre noir le contestent, par pure acharnement- il participe au Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, avant de rompre avec eux du fait de leurs positions racistes.

    Déçu, il repart et arrive au Guatemala. Où qu’il aille, il retrouve cette misère noire et une répression impitoyable. Dans ces Etats asservis économiquement aux entreprises américaines, les revendications des sociaux-démocrates les plus modérés étaient alors vus comme un casus belli. Le fait de s’opposer à l’ordre colonial relevant de la peine de mort. Les mots « réforme agraire », « instruction gratuite », ou « politique d’emploi » étaient synonyme de danger révolutionnaire, et justifiaient les menaces, les pressions, les sabotages, les meurtres ou les coup d’Etat.

    Mais, en Amérique du Sud comme dans sur la plus grande partie de la planète, le vent d’est soufflait plus fort que le vent d’ouest. La révolte grondait, et Ernesto Guevara entendait ne pas reste à l’écart de celle-ci. Au Guatemala, alors qu’il aide la population, en s’appuyant sur sa formation médicale, il retombe sur de vieilles connaissances, les représentants du Mouvement du 26 juillet [ M-26-7], dirigé par quelqu’un qui devint inséparable de Guevara, Fidel Castro.

    Le deuxième voyage du Che : 1954 – 1956

    Il fait une rencontre nouvelle, également, dans ces cruciales années 1953-1954 : la Guerre Froide. Alors que l’URSS, par le truchement de la Tchécoslovaquie, soutient le gouvernement progressiste de Arbenz, nouvellement élu, en lui transmettant des armes, la CIA organise un coup d’Etat pour juguler les aspirations démocratiques de la population, tout en liquidant la menace de contagion communiste. Cette rencontre indique à Ernesto, affublé du sobriquet de « Che », une chose essentielle : le pouvoir ne se gagne pas, il se conquiert. Il ne tombe pas avec aisance dans la main des masses, il exige un combat.

    Après le coup d’Etat, sa route croise celle de deux frères : Fidel et Raoul Castro. Leur mouvement n’est pas un inconnu pour Ernesto Guevara, mais il n’en avait pas rencontré les dirigeants. Au Mexique, où ils sont réfugiés, les trois hommes se rencontrent. Ils devisent sur un grand nombre de choses. Le Che est séduit, semble t-il, par la volonté de combat des frères et décide de rejoindre me M-26-7.

    Originellement, le Che est un médecin de terrain. Il est embarqué à ce titre dans l’expédition du Granma, un petit navire chargé de troupes, destiné à faire débarquer un Etat-major dans l’île de Cuba. Cuba, à cette époque, est le bordel de l’Amérique. L’île est dévouée à la prostitution, au jeu, au activités mafieuses. Son dirigeant, Fulgencia Batista, est une marionnette entre les mains des USA et des mafieux. Malgré cela, les USA n’apprécient guère ses services et se méfient de lui. Il n’a pas la poigne de ses compères du continent, et, sous sa direction, Cuba est en roue libre.

    Le débarquement échoue lamentablement. Mal préparé, avec une logistique désastreuse, doublée d’une probable trahison, le groupe subit de lourdes pertes. La vingtaine de survivants rejoint les collines de la Sierra. Dans une région montagneuse, rurale, agricole, difficile de compter sur les forces de la classe ouvrière. Coupés des régions industrialisées, les forces révolutionnaires se nouent avec les masses rurales, se mettent à leur école… en somme passent par la même transformation que celle qu’a pu connaître le PCC, en Chine, après son éviction des côtes par la campagne d’extermination menée par les nationalistes.

    Cela marche. La révolution, par les foyers ou focos, fonctionne et chasse le régime pourri de Batista. Cette victoire, malheureusement, se traduit par une compréhension erronée de la question du Parti, considérant que les focos s’y suppléent parfaitement et le rendent non nécessaire. La systématisation de ce concept, base du guévarisme, représente un malheureux travers gauchiste.

    Le 1er janvier 1959 incarne la dernière révolution réussie, victorieuse, par les armes. Les autres ont malheureusement fait long feu depuis, ou, dans le cas du Népal, se sont enlisée dans une inextricable situation.