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  • La fin d’un été de 30 ans.

    La fin d’un été de 30 ans.

    La fin de l’été approche.

    Cette fin approche, tant du point de vue du calendrier, avec l’arrivée de septembre, avec l’arrivée de l’automne, les retours de vacances, la reprise du travail…ect. Mais pas uniquement. Il existe aussi un autre été. Un été civilisationnel, un plateau de plus de trente années de stabilité.

    Nous arrivons à la fin d’un été qui aura duré plus de trente années.

    Il est un peu comme ceux de l’enfance, ces longs étés qui paraissaient durer éternellement, dans lesquels le temps était aboli, dans lequel les jours se mélangent pour ne former plus qu’un continuum. Une temporalité différente. Une temporalité dans laquelle la lourde chaleur d’une fin de mois d’août nous écrase, nous enveloppe, rendant tout cotonneux.

    Cela ne veut pas dire que des événements importants, structurels, n’ont pas eu lieu. Ils ont d’ailleurs été annoncés comme étant historiques, transformants, catastrophiques ou autre… Mais demain arrivait quand même, certes plus dur, mais toujours vivable. Alors l’enivrement narcotique de cet été sans fin reprenait. Que signifiait « historique » ? Un slogan, tout au plus. L’histoire s’était évaporée devant un présent sans fin. Le futur, l’avenir, restait à venir. Abstrait.

    Pourtant, insensiblement, les jours sont devenus plus courts, les nuits plus fraîches. Cette insensibilité à permis de s’y adapter progressivement, de faire œuvre de résilience. La vie est devenue plus dure, le futur plus anxiogène, mais le présent restait. Puisque demain existait, à quoi bon parler d’après-demain ?

    Des colères, des révoltes ont éclaté, parfois. Mais elles étaient le plus souvent des colères pour d’autres, des solidarités, de l’humanitarisme. Ou elles s’intéressaient à combattre des faits abstraits : les réformes des retraites, par exemple. Ces luttes perçues comme donquichottesques ont mobilisé, mais peu. A quoi bon ?

    Même des faits inéluctables comme le réchauffement climatique sont eux aussi des abstractions. Certes, cela ira mal, mais pour le moment ça va. Et quand ça ira mal, nous verrons bien. Notre cerveau, qui n’aime que la régularité, s’en contentait bien, même si le climat a sa propre temporalité et ses propres mécaniques1. Le déni et la distanciation reste une règle : c’est une toile d’araignée dans un coin sombre de notre esprit, mais nous le traitons comme s’il s’agissait d’un deuil d’une personne éloignée. Déni, colère, marchandage, dépression, et finalement acceptation, car les choses ne changeront pas tant que ça. Demain sera là. Après, on verra.

    L’enivrement de l’empire.

    Dans ce nuage cotonneux, il y a plusieurs choses. D’une part, il y a l’opium de l’impérialisme, de la richesse extorquée par le vol, par la surexploitation et par le crime. Cet opium anesthésiant provient de souffrances qui nous paraissent lointaines, dans une autre temporalité, et autour desquelles nous forgeons un consensus hypocrite : notre paix vaut bien cela. Dans tous les débats, dans toutes les discussions qui vont avoir lieu pour les élections, voilà l’absent : la structure centrale, vitale, de notre économie, son échange inégal avec toute une partie du monde.

    Cette bulle masque toute une partie de la réalité économique et sociale. La pauvreté et la misère existent en France comme dans les pays développés. Elle est impitoyable et cruelle. Mais elle est sans commune mesure celle qui a cours dans la partie immergée de l’iceberg économique. Il existe un mur intangible entre ces deux réalités. L’été de notre monde est l’hiver des autres.

    Le présentisme, ou la maladie de l’histoire.

    De l’autre, il y aussi l’illusion de la fin de l’histoire, de l’été permanent d’un présent qui n’en finit jamais d’être.

    Claude Levi-Strauss parlait ainsi des sociétés chaudes, historiques, avançant dans les pas de l’histoire, et des sociétés froides (improprement présentées par des détracteurs comme des sociétés sans histoire) dans lesquelles l’histoire était distanciée et n’avait pas de prise sur la vie.

    Le positivisme, l’idée que l’histoire a un sens (auquel les marxistes ont involontairement contribué d’ailleurs), nous donne l’impression que nous arrivons sur un plateau : celui de la stabilité. Quant à la culture de l’immédiateté, elle accentue la rupture entre passé et présent. La prise de Kaboul date du 15 août, elle est déjà un passé terminé, historicisé, séparé d’une réalité qui ne s’y intéressera presque plus dans une nouvelle semaine.

    François Hartog, dans Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, décrivait des « Régimes » qui structurent la manière dont on comprend le temps et l’histoire. « Un « régime d’historicité » n’est pas uniquement l’expression d’un ordre dominant du temps. Tissé de différents régimes de temporalité, il est une façon de traduire et d’ordonner des expériences du temps, des manières d’articuler passé, présent et futur et de leur donner un sens. » (Bertrand Lessault). Le notre, marqué par un présent continuel, est aussi celui de la stagnation.

    Derrière cette définition peu accessible se trouve une réalité concrète, discernable, « historisante » elle aussi :

    La fin de la guerre froide et l’annonce de la fin de l’histoire par Francis Fukuyama ont contribué à ce refroidissement de nos sociétés. Après 1991 et la fin de la séparation du monde en deux, ils ont annoncé le triomphe total et définitif de la démocratie libérale à l’occidentale. Le temps était venu de la fin du temps, du moins pour notre aire civilisationnelle : celle des riches pays impérialiste que rien ne vient menacer. En 1967, Guy Debord écrivait :

    « Les sociétés froides sont celle qui ont ralenti à l’extrême leur part d’histoire ; qui ont maintenu dans un équilibre constant leur opposition à l’environnement naturel et humain, et leurs oppositions internes. Si l’extrême diversité des institutions établies à cette fin témoigne de la plasticité de l’auto-création de la nature humaine, ce témoignage n’apparaît évidemment que pour l’observateur extérieur, pour l’ethnologue revenu du temps historique. Dans chacune de ces sociétés, une structure définitive a exclu le changement. Le conformisme absolu des pratiques sociales existantes, auxquelles se trouvent à jamais identifiées toutes les possibilités humaines, n’a plus d’autre limite extérieure que la crainte de retomber dans l’animalité sans forme. Ici, pour rester dans l’humain, les hommes doivent rester les mêmes. »

    La conviction que notre système politique était le meilleur, qu’il est la synthèse des erreurs du passé, qu’il est devenu indépassable, contribue à nourrir le fait que nous devenions une société froide. Une société d’un été sans fin, trompeur.

    Alors, il reste des traces du passé, mais elles ne sont pas des traces d’histoire. Elles sont des traces de mémoire. Sans cesse, nous avons l’injonction de nous rappeler de la mémoire. Une mémoire souvent victimaire, qui ramène ceux et celles qui se sont battus pour faire accoucher l’histoire à des victimes. Qui met aussi sur le même plans les victimes et les victimes des victimes, honorées de la même manière dans la grande amnistie du pardon moraliste. Nous jugeons du passé des autres en regard de notre présent, et, inversement, nous exorcisons notre propre passé (et le sang versé) en le remettant dans une histoire lointaine, passée, d’une erreur adolescente.

    Mais l’histoire, elle, est oubliée. Elle est la construction du monde d’aujourd’hui, de ses étapes. Elle structure, créé la tension entre le passé, le présent et l’avenir, et les replace dans une seule et même trajectoire, continue, sans frontières définies.

    Le passé n’éclaire plus le présent.

    Aujourd’hui, alors que des manifestations anti-pass parlent de totalitarisme ou de nazisme, qui peut croire réellement, en son for intérieur, qu’il est possible de voir un bouleversement de ce type arriver. Alors que l’armée française reconsidère sa structure, passant d’une armée de corps expéditionnaire colonial à une armée faite pour l’affrontement avec une autre armée, qui peut pour autant imaginer un conflit de ce type ? Le décalage entre l’âge d’aujourd’hui et ce passé entretient la même distance qu’avec la fiction. Cela explique d’ailleurs parfois le négationnisme : on ne « peut pas y croire », le fossé est trop grand.

    Regardons combien ne croient pas à la pandémie : elle ne s’inclut pas dans une lecture présentiste de l’histoire. Elle est improbable. Même des militants marxistes-léninistes chevronnés l’ont incluse dans une narration invraisemblable : elle est forcément une manœuvre politique politicienne, parce qu’elle ne peut pas être quelque chose qui dépasse l’espèce humaine.

    La mise à distance du passé permet aussi de se défausser de toute responsabilité.

    Autre exemple, il est possible pour quelqu’un comme Emmanuel Macron de parler de la colonisation ou des tests nucléaires dans le Pacifique et de reconnaître leur caractère criminel. Il s’en sent distancié : n’étant pas responsable, il ne se sent pas coupable. C’était la France du passé, une autre, par la sienne. En revanche, une personne comme Hubert Védrine, acteur du génocide du Rwanda, essaie d’empêcher cela pour un passé qui n’est pas assez distancié.

    Quant à la pensée de l’avenir, elle est redue trompeuse par l’espoir d’un long fleuve tranquille. La projection dans le futur se base sur une stabilité et sur une idée que demain est prévisible, discernable. Cela paraît aller de soi, mais songeons que seules les générations nées (et en France encore) après 1945 ont pu tabler sur cette continuité. C’est bien peu pour faire une norme d’une exception historique mineure. Elle joue pourtant sur les mentalités d’une manière considérable (après tout, la mentalité des générations du baby boom est celle de la libéralisation et de la confiance dans l’avenir, vu comme individualiste et mu par une croissance économique continue.)

    L’engagement militant estival.

    Cette anesthésie joue dans l’engagement militant, qui n’aurait pas de sens s’il n’était pas un engagement vers l’avenir. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, mais les plus précaires, les plus pauvres, les plus vulnérables sont souvent bien trop pris dans la lutte pour la survie et pour la défense d’intérêts économiques immédiats pour se projeter dans un militantisme vu comme chronophage et idéaliste. Les classes moyennes (aussi nébuleuse que cette définition soit), représentent la grande majorité de ceux qui ont le temps et l’énergie disponible pour se lancer dans ce combat. Mais leur situation intermédiaire joue aussi des tours.

    Il y a une certaine forme de dissonance cognitive dans l’engagement militant. Souvent, il consiste à courir deux lièvres à la fois : celui de la transformation du monde, celui d’un but historique positif, transformant, « chaud » au sens de Levi-Strauss. Mais aussi, il est confronté à la normalité du quotidien et de la projection dans une société « froide » : progresser dans sa carrière, avoir une maison, fonder une famille, profiter des joies de l’été qui tire en longueur.

    Dans la fougue et l’instabilité de la jeunesse et d’une adolescence rendue tardive par les longues études, le premier l’emporte très généralement sur le second. Mais il n’empêche pas qu’un poids normatif écrasant finit par s’imposer. Entre le nihilisme radical du « socialisme et barbarie » et les crédits à payer, il existe un gouffre qui se creuse et qui engloutit.

    D’ailleurs, cet engagement est souvent celui, comme nous l’avons dit plus haut, influencé par un humanisme moral. Il vise à rejeter la transformation apocalyptique du monde pour ne pas créer d’autres victimes à commémorer, y compris des victimes de victimes. Il met tout sur le même plan pour ne faire de peine à personne, sans poser la question de la manière de résoudre ces conflits et ces contradictions (la question centrale des fronts et des étapes). De plus, en regardant l’histoire comme une chose morte à commémorative, il pousse à ne pas proposer un programme, mais une simple Weltanschauung. Une vision ou une perception du monde, d’à quelles choses se référer, en piochant dans la mémoire, sans comprendre que l’histoire implique de prendre le bon avec le mauvais. Cette Weltanschauung finalement, limite à des postures morales superficielles et non pas à une perspective de transformation de l’avenir.

    Car c’est bien pour construire l’avenir que l’engagement existe. Et cet engagement ne peut pas faire l’économie de sa part d’ombre et de complexité. Il ne peut pas faire l’impasse sur la livre de chair à payer.

    Sortir du présentisme, c’est sortir aussi de l’injonction morale et moralisatrice. C’est retrouver les pas de l’avenir. C’est retrouver aussi la notion de l’effort commun en vue de construire un avenir qui ne soit pas cette lente trajectoire vers un hiver social, économique, environnemental. Il ne faut pas sous estimer cette importance du temps et cette importance de la trajectoire dans la construction de la pensée. L’Alltagsgeschichte (l’histoire de tous les jours) du nazisme, en occultait le caractère dictatorial et terroriste, au profit de la normalité du quotidien des Allemands aryens. À l’inverse, l’Alltagsgeschichte de l’URSS, en mettant de côté la dimension de monde naissant, des « palais du peuple en construction », de projet, sapait le lien qui existait entre peuple et gouvernement. Un consensus basé non pas sur la gestion du présent mais bien sur la construction d’un avenir radieux, d’un été réel2.

    Il ne s’agit pas de s’apitoyer sur un déclin civilisationnel, comme ne cesse de le clamer l’extrême-droite. Ce que nous observons dans la vie de tous les jours de notre « aire civilisationnelle », ou plutôt de notre promontoire de pays dominant, ce n’est pas la fin. Ce n’est pas la fin d’une aire, mais celle d’une ère.

    C’est plutôt un tout nouveau début. Un retour fracassant dans l’histoire. Cette fin de l’été ouvre une ère qui a souvent été décrite comme celles des troubles et des catastrophes. C’est une vérité que les temps de demain seront plus durs que l’anesthésie d’aujourd’hui. Mais ces temps seront ceux d’une nouvelle avancée de l’histoire. De nouveaux pas vers l’avenir.

    C’est là où la question de l’engagement mérite d’être renouvelée, d’être reconstruite et d’être repensée. C’est là où la question de l’histoire et de la continuité de l’histoire est elle aussi centrale : elle continue d’exister dans d’autres régimes d’historicité ailleurs elle continue de s’écrire ici aussi.

    La pandémie de COVID-19 est une des premières illustrations de cela. Elle est à la fois un memento mori (souviens toi que tu es mortel) mais aussi un Nos semper in historia (Nous sommes toujours dans l’histoire.)

    C’est avec cela en tête que nous pourrons à la fois comprendre la tension entre passé et présent, dont la victoire des Talibans n’est qu’un exemple, mais également celle entre présent et avenir. Celui-ci est le fils de nos choix actuels et de nos projets. Cette bataille pour l’histoire est aussi une bataille pour l’accouchement de l’histoire. Elle est une bataille pour sortir du marasme idéologique, du découpage en petite luttes et en petites mémoires concurrentes. Elle doit être la fin des injonctions morales, imposées pour le maintien de l’ordre établi.

    1 Notre cerveau, quelque part, est arithmétique, il fonctionne sur des calculs simples, faits de nombres rationnels. Quand nous imaginons le réchauffement climatique, nous avons tendance à le voir comme une addition de dixièmes de degrés en plus. Dans la réalité, le climat lui, est algébrique, il fonctionne avec des coefficients et des multiplicateurs.

    2 Selon l’histoire du « Futur radieux », les Soviétiques pouvaient être sûrs qu’il y aurait des récompenses en raison de leur connaissance des lois historiques, dérivées de Marx. Lors de la Révolution d’octobre 1917, le prolétariat, dirigé par par les bolcheviks, avait renversé les capitalistes exploiteurs, dont la concentration des richesses dans quelques mains avait laissé la majorité à la pauvreté et aux manques. Le socialisme était le résultat prédéterminé de la révolution prolétarienne. Cette prédiction s’est visiblement réalisée dans les années 30 avec l’industrialisation et l’élimination des petits capitalistes l’industrialisation et l’élimination de la petite entreprise capitaliste ont jeté les bases économiques du socialisme. En abolissant l’exploitation et les privilèges et l’augmentation de la production et de la productivité, le socialisme apporterait nécessairement l’abondance et augmenterait le niveau de vie de tous. Ainsi, un avenir radieux était assuré. Cette connaissance du futur avait des implications pour la compréhension du le présent. Une personne qui ne connaissait pas l’histoire pouvait regarder la vie soviétique et n’y voir que difficultés et misère, sans comprendre que des sacrifices temporaires étaient nécessaires. Et n’y voir que difficultés et misère, sans comprendre que des sacrifices temporaires doivent être faits pour construire le socialisme. Les écrivains et les artistes sont exhortés à de cultiver un sens du « réalisme socialiste » – voir la vie telle qu’elle devient, plutôt que la vie telle qu’elle était. Plutôt que la vie telle qu’elle était – plutôt qu’un réalisme littéral ou “naturaliste”. Mais le réalisme socialiste était une mentalité stalinienne, pas seulement un style artistique. Les citoyens ordinaires ont également développé la capacité de voir les choses telles qu’elles devenaient et devaient être plutôt que telles qu’elles étaient. Un fossé vide était un canal en devenir ; un terrain vague où de vieilles maisons ou une église avaient été démolies, jonché de détritus et de mauvaises herbes, était un futur parc. (Fitzpatrick, S. (2000). Everyday Stalinism : Ordinary life in extraordinary times ; Soviet Russia in the 1930’s. Oxford University Press. Trad. Personnelle.)

  • Cuba en crise

    Cuba en crise

    Depuis le 11 juillet a lieu un mouvement de manifestations à Cuba. La crise sanitaire, les pénuries en matière de denrées de première nécessité et de médicaments, ainsi que les fréquentes coupures de courant, ont généré chez les cubains une grogne qui s’est exprimées dans la rue.

    Aux manifestants qui dénoncent le parti communiste cubain comme responsable de cette situation, se sont opposés des contre-manifestants, défilant sous les drapeaux de Cuba, et à cris de « je suis Fidel ». Ces dernier dénoncent une entreprise de subversion menée par une « mafia cubano-américaine ». Washington, fidèle à sa tradition d’ingérence, a mis en garde le gouvernement de Miguel Diaz-Canel, contre toute violence à l’encontre des manifestants anti-communiste.

    La construction du socialisme à Cuba est, depuis la révolution, une épreuve de force, et cette question fait encore débat parmi les communistes.
    De part sa structure économique, nous ne pensons pas que Cuba soit socialiste, ni qu’elle soit en voie de le devenir. Ce petit pays ne possède malheureusement pas la masse critique permettant une parfaite maîtrise de son système de production, de A à Z. Néanmoins, le combat du PCC, celui qu’il a réussi à mener, avec tout son cortège d’épreuves, c’est d’avoir constitué un modèle autonome, cherchant sans cesse à s’affranchir de la tutelle américaine.

    Dans cette situation, nous considérons qu’il faille faire preuve de pragmatisme dans nos analyses, et de sagesse dans nos conclusions.

    Dès lors, Cuba doit être considérée, avant tout, de nos point de vue d’européens de l’ouest, pour ce qu’elle est ; une citadelle assiégée par l’impérialisme US depuis les années 1960.

    Depuis les années 1960, l’île vie au rythme des embargos américains, pour une seule et unique raison, Fidel Castro a eu l’arrogance de vouloir offrir à son peuple une voie de développement indépendante du bon vouloir des États-Unis, qui ont toujours considéré l’Amérique latine, et les Caraïbes, comme leur pré carré.

    Tenant au début une ligne plutôt réformiste, Castro et ses camarades ont réalisé que, pour permettre aux cubains de jouir des fruits de leur terre, dont 75% étaient détenues par des compagnies états-uniennes, que pour permettre le développement d’une industrie tournée vers les besoins du peuple, et non vers le profit d’une puissance étrangère, que pour lancer les différents chantiers permettant le développement harmonieux de l’île, il fallait bouter les capitaliste en dehors, il fallait passer par un rapport de force, d’où l’évolution de la ligne des révolutionnaire. Dès lors, le front dirigé par le mouvement du 26 juillet a mué vers la construction du parti communiste cubain.

    Assumer haut et fort la nature socialiste de la révolution cubaine était cependant un grand risque à prendre, étant donné la proximité des États-Unis. Dans l’urgence de la situation, Castro s’est tourné vers le premier allié qui s’est présenté, Moscou.

    Malgré cette situation périlleuse, la politique du PCC a permis à Cuba de se développer tout en assurant à chaque citoyen les moyens d’une vie digne, par sa politique de logement, d’emploi, d’éducation, et surtout, de santé.

    Le régime médical cubain est universel, solidaire, et performant, au point que même certains citoyens américains ont pu faire la traversée vers l’île afin d’accéder aux soins que le système d’assurances privées de leur pays leur interdisait.

    Depuis le début de la pandémie de Covid-19, Cuba a développé deux vaccins de manière autonome, et, fidèle à sa tradition, a envoyer des médecins jusque dans d’autres pays pour prêter mains fortes à leurs collègues d’Italie, d’Andorre, et de Martinique, là où l’État français était incapable de gérer la crise.

    Cuba est à ce jour le seul exemple de pays exportateur de médecins, là où les grands champions de la liberté individuelle n’ont su exporter que des capitaux, et bien souvent, des bombes.

    Malgré ces réussites, tout n’a pas toujours été merveilleux. Tout en composant avec le danger d’agression impérialiste, Castro n’aurait pu prédire que son alliance avec Khrouchtchev le mènerait à intégrer l’île dans le système de division internationale socialiste du travail, qui a intégré Cuba dans la sphère du social-impérialisme soviétique d’après 1956.

    La chute de l’URSS a dès lors laissé la Havane livrée à elle même, sans aucun allié, sans personne pour racheter à bon prix le sucre dont la production était sa spécialité, avec une économie qui peinait à se diversifier. Plus d’URSS, mais l’embargo américain, lui, est toujours là. Et ce sont les même qui, avec un cynisme nauséabond, étouffe cette île inoffensive tout en dénonçant les pénuries qu’elle subit.

    Ce sont ces pénuries qui ont fait récemment exploser la colère des cubains. Cette colère est compréhensible, surtout dans le contexte de pandémie que nous traversons. Néanmoins, qui est le plus responsable ? Le PCC qui depuis 70 ans cherche, parfois de manière très débattable, à maintenir l’île éloignée de la rapacité de Washington ? Ou Washington elle même, qui en maintenant l’embargo, empêche Cuba de se développer autrement qu’au ralenti aujourd’hui ?

    Nous entendons la colère, elle pointe du doigt de réelles défaillances, des promesses non tenues, « on a toujours raison de se révolter » tel que le disait le président Mao. Néanmoins, quelles solutions sont envisagées ? Quand la bourgeoisie parle de liberté, elle parle avant tout de la liberté économique, de la libre circulation des capitaux, et de leur libre domination. Cuba, pour retrouver grâce aux yeux du monde, devrait accepter de s’inclure dans un système de domination global ?

    En tant que communistes, notre devoir immédiat est de témoigner notre solidarité à ce peuple qui, depuis 70 ans, vie sous pression des impérialistes. Nous dénonçons TOUTES les formes d’ingérence, les destin de Cuba est entre les mains des cubains.

    Nous émettons également de vives critiques à l’égard des positions qui ont pu s’exprimer, jusque dans la gauche se voulant révolutionnaire en France, attaquant la « dictature » cubaine. Dans le contexte actuel de menace impérialiste, il s’agit d’une grave erreur, c’est hurler avec les loups ; c’est également la conclusion d’une vision libérale, et petite bourgeoise, de la politique, niant la nature de classe de tout régime, et une vision « jusqu’au boutiste » qui passe à la trappe la solidarité internationaliste contre l’impérialisme.

    Il y a 30 ans de cela, les mêmes qui appellent aujourd’hui de leurs vœux l’effondrement du castrisme, étaient ceux qui sabraient le champagne à la chute de l’URSS, en y voyant l’avènement de la « vraie révolution ». C’est probablement le contre-coup de leur déception qui les a poussé à s’intégrer dans les partis de la gauche bourgeoise, tel que le PS ; nous comprenons cette démarche de reconstruction personnelle.

    Camarades, ne vous trompez pas d’ennemi ! Certes, le système cubain est perfectible ; oui, il faut plus de démocratie au sein du peuple ; mais l’effondrement signifiera le retour de Cuba à ce qu’elle était, le bordel des États-Unis ; les accomplissements, et l’autonomie chèrement payés, ne doivent pas être balayés d’un revers de mains. Surtout dans le contexte actuel de fortes contradictions inter-impérialistes.

    Avec la crise actuelle, sanitaire certes, mais aussi économique, nous pouvons craindre que le capital financier international n’entre dans une phase plus agressive. Il n’est pas un jour sans que tel, ou tel média ne se fende d’un article sur l’émergence du dragon chinois, sur les tensions entre la Russie et l’occident. D’ici 2023, l’armée française lancera un vaste exercice mobilisant 10 000 soldats. Dans cette atmosphère, nous devons identifier nos alliés, et nos ennemis. Nos ennemis, c’est la bourgeoisie impérialiste et ses laquais ; nos alliés, ce sont les millions de prolétaires, des villes et des campagnes, qui subissent l’exploitation à travers le monde, ce sont les peuples dominés par l’impérialisme et le néo-colonialisme.

    Tous ensemble, unis dans un front anti-impérialiste, nous devons faire bloc !

  • Construire la solidarité populaire avant que la crise ne frappe !

    Construire la solidarité populaire avant que la crise ne frappe !

    Avec l’organisation de lutte Drapeau Rouge, nous avons initié des tables de solidarité depuis plusieurs semaines. Ces tables ont vocation à permettre de distribuer des produits de première nécessité, mais également à en collecter auprès de ceux et celles qui peuvent en donner. Au travers de ces tables, nous essayons de développer une politique de solidarité. Elles ont été accueillies chaleureusement par les habitants et habitants du quartier. Cela nous a également donné la possibilité d’échanger avec les habitants et les habitantes du quartier de Vaise, dans l’agglomération lyonnaise.

    Nous avons également commencé à réaliser des distributions auprès des étudiantes et des étudiants, qui, bien souvent, sont en face de problèmes considérables pour boucler leurs fins de mois.

    Nous ne sommes pas les seuls à faire ce travail, et nous n’avons de prétention à quoique ce soit. Nous saluons d’ailleurs l’intégralité des initiatives de solidarité populaire qui ont été lancées1. Leur travail est exemplaire. Nous voulons apporter nous aussi notre contribution, jouer notre rôle, couvrir une plus grande surface de terrain. Nous voulons, en somme, que le slogan « servir le peuple » se concrétise.

    Nous appelons d’ailleurs à multiplier ces actions et à les renforcer. Nous espérons qu’il sera possible de les centraliser davantage, d’éviter les doublons, de ne pas laisser de déserts, et de travailler en bonne entente.

    Car, hélas, le climat social et politique ne va pas en s’arrangeant. De sombres nuages s’accumulent à l’horizon.

    Nous sommes dans l’œil du cyclone.

    Depuis des décennies une profonde crise économique couve. L’économie peine depuis longtemps déjà. La crise du Covid amplifie simplement le phénomène.

    Nous n’en voyons que les prémices.

    Pour le moment, le gouvernement maintient un grand nombre d’entreprises sous perfusion. Les aides « Covid » maintiennent un semblant de niveau de vie. Si certaines entreprises se gavent de cet argent public, se gavent de dette, elles permettent aussi de faire échapper bon nombre à la misère. Mais elles ne les endureront pas éternellement. Le gouvernement réfléchit à l’après-pandémie. L’arrêt des aides signifiera probablement une contraction de l’économie et la fermeture d’un nombre encore plus grands d’entreprises vulnérables. Ce darwinisme économique profitera aux plus forts, aux plus puissants, et contribuera encore davantage à polariser la société et à concentrer le capital.

    Contrairement à une idée reçue, la dette n’est absolument pas un problème. Il n’y a ni urgence à l’annuler, ni à la rembourser. Les taux d’emprunts sont extrêmement bas, négatifs parfois, ce qui fait que certains paient pour prêter aux États. Mais ce poids est dangereux lorsqu’il est utilisé politiquement pour justifier une politique de liquidation des droits sociaux. Au nom du fétiche de « l’économie saine », une offensive nouvelle se prépare vers les droits sociaux. Alors qu’ils sont précisément ce qui – y compris dans une perspective non révolutionnaire — est ce qui peut permettre de surmonter la crise. La sécurité sociale, les aides pour les chômeurs et les retraites sont les enfants de la misère de 1945-1947. Ils sont précisément ceux qui ont permis l’expansion économique des années suivantes.

    Mais les capitalistes, les banquiers, les rentiers et les parasites ne pensent pas ainsi : ils sont des ravageurs, qui ne voient pas d’autre chose que la rentabilité à court terme, que l’accroissement de leurs rentes, de leurs bénéfices. Leurs actions ne sont d’aucune stratégie : après eux, le déluge ! Pour échapper à la misère, à la précarité, nous ne pourrons compter que sur nous même. La seule véritable solution est une économie dirigée vers la satisfaction des besoins culturels et matériels de l’humanité. C’est là, uniquement là, qui réside une économie saine, sans dettes et sans crises.

    Tant que l’économie sera axée sur la recherche du profit maximal, sur l’exploitation sans vergogne, il y aura des crises constantes.

    Notre solidarité contre leur charité.

    Paniers repas, bons d’achats, réductions… les opérations commerciales menées par les grandes surfaces ont été nombreuses. Quelles que soient leurs formes, elles partagent un trait commun : elles sont un bon investissement plus qu’un sacrifice. Premièrement, les opérations commerciales sont un bon moyen de fidéliser la clientèle et de réaliser une campagne de communication positive qui améliore l’image de la marque.

    Deuxièmement, il s’agit parfois d’une affaire bien rentable. Au moment où Notre-Dame était ravagée par les flammes, nous écrivions :

    « Un don est défiscalisé à 60 %. Les entreprises paient un impôt, donc, mais vers le secteur de leur choix. Et elles ne le paient qu’a 40 %, le reste étant, donc, à la charge des contribuables. Cela fait donc que ces derniers paient pour les choix d’image de l’entreprise, à hauteur de 60 %. Ainsi, en 2016, 369 millions d’euros ont été réellement versés par les entreprises, tandis que l’État a dû abonder de 990 millions d’euros. (selon les rapports de la Cour des comptes.) LVMH fait figure de grand pionnier, pompant à elle seule 61 600 000 € en 2018, loin devant les 8 suivantes, qui ne représentent que, cumulée, 21 000 000 €. Une manière de faire un bel effet levier sur les ambitions du peloton de tête des fortunes.

    Troisième aspect, le gonflement des dons en nature et le mécénat « de compétences ». Pour le premier, il s’agit de faire des dons qui sont défiscalisés, mais en ne prenant régulièrement pas comme base le prix de revient du produit donné, mais son prix de vente final, accompagné de la marge du distributeur. De plus, lorsque Auchan, Carrefour, Casino donnent des produits alimentaires, il arrive régulièrement que ceux-ci soient inexploitables (trop proches de la fin de la Date Limite d’Utilisation), et donc auraient été perdus. Il s’agit donc d’une manière de valoriser les pertes et de faire des dons qui peuvent même rapporter.

    Le mécénat de compétence, quant à lui, consiste à fournir de la main d’œuvre pour des travaux. Une manière d’ajuster l’activité de l’entreprise. En temps normal, la prestation est facturée uniquement du coût du salaire, mais des entreprises en profitent pour saler l’addition, sachant qu’elle est couverte par l’État. De plus, les « Établissements Administratifs Publics » peuvent offrir des prestations en nature à titre de dédommagement. Une nouvelle manière de rentrer dans les frais de l’entreprise. »2

    En dernière instance, les capitalistes ne parlent pas la langue de la solidarité. Aux mieux, ils prodiguent la charité philanthropique, celle qui soulage la peine temporairement, sans jamais s’attaquer au fond du problème.

    Il en est de même chez ceux et celles qui, au nom d’une « solidarité » hypocrite, sont là pour avancer des positions réactionnaires et antipopulaire. Les obscurantistes voient dans la misère un terrain de recrutement et de diffusion de leurs idées. D’autres, comme Bastion Social, y voient une occasion de diffuser la haine raciale et de fragmenter les exploités et exploitées. En dernière instance, la misère est un terrain comme un autre pour eux. Leur but est de l’utiliser, non d’y mettre un terme.

    Une voie différente.

    Notre solidarité est différente dans son fondement. Nous voulons mettre fin à ce cycle infernal de souffrances, d’exploitation, de misère. Nous ne nous réjouissons d’aucun malheur. De celui de l’ouvrier qui sait son poste condamnée, de l’artiste qui peine à se nourrir, de l’étudiant isolé dans son 9 m². Nous ne nous réjouissons pas plus de celui de la petite bourgeoisie commerçante, endettée, étrillée par les loyers, les traites, les impôts. Leur intérêt objectif est de mettre fin à la dictature de l’exploitation, à la dictature du capital, à la concentration toujours croissante des richesses dans des mains toujours moins nombreuses.

    Nous savons que tout ne se réglera pas par quelques tables et un peu d’entraide. Le problème est plus profond. Le problème est structurel. Il concerne l’ensemble de structure économique, le capitalisme comme mode économique dominant. Cette société d’inégalité se maintient par la force et par la propagande. Par une force sans cesse plus omniprésente, brutal. Par une propagande qui fait croire à l’égalité des chances, à la méritocratie, au « que le meilleur gagne », alors que les dés sont truqués.

    Pour nous, l’économie, la production de richesses culturelle et matérielles doit servir les intérêts de la population, doit permettre à l’humanité de poursuivre sa route, sans ravager la planète. Mais nous ne pouvons faire confiance qu’à nous même, qu’à un contrôle absolu sur l’économie, pour y parvenir. Nous avons besoin d’une nouvelle démocratie, d’un nouveau système.

    Nous pouvons faire mieux !

    Nous avons un monde à gagner. Un nouveau monde à construire. Face aux défis de la crise climatique, des menaces de guerres, de la misère et de l’obscurantisme, il n’existe pas une infinité de solutions. Soit rester prisonniers, écrasés par l’étau de l’exploitation, intoxiqués par les mensonges racistes, enfermés par une société pourrissante, soit perdre nos chaînes et faire front. Ensemble, solidaires, unitaires, nous pouvons être le changement révolutionnaire !

    1. Nous pourrions cependant ajouter un bémol à cela : l’organisation néo-fasciste Bastion Social prétend à une « solidarité populaire ». Dans les faits, elle se limite à des actions d’instrumentalisation de la misère sur des critères raciaux/ethniques. De fait, ces actions sont plus du domaine du prosélytisme et de la charité hypocrite que de la réelle solidarité populaire. A notre sens, celle-ci doit se doubler d’une volonté d’unifier les classes populaires dans le but de changer également le fond de notre société.
    2. Notre-Dame de Paris, une charité bien ordonnée

  • Communiqué de l’UCL sur le 11 mai.

    Communiqué de l’UCL sur le 11 mai.

    Comme l’ensemble de la population, nous avons pris note de la déclaration d’Emmanuel Macron relative au déconfinement.

    Nous considérons que nous sommes hostiles, dans l’état actuel des choses, à ce que l’activité des écoles et d’un grand nombre de lieux de travail reprennent le 11 mai.

    Nous considérons que, à l’heure actuelle, il n’existe aucune des conditions qui puisse permettre à cette reprise d’avoir lieu dans des conditions de sécurité suffisantes.

    A l’heure actuelle, les études sur l’immunité acquise contre le virus donnent des résultats plutôt déprimant.

    • A Wuhan, seul 2 à 3 % du personnel médical, pourtant très exposé, a développé des anticorps.
    • Il y a eu des cas de recontamination (il y a eu plusieurs cas recensés en Corée du Sud), ce qui laisse supposer une caractère cyclique de l’épidémie, notamment du fait des mutations du virus.
    • Certaines études laissent supposer que les réactions immunitaires, plus fortes après la première exposition, pourraient en réalité aggraver l’état de santé des patients. L’une des causes des décès étant une surréaction immunitaire.

    Donc il n’y a pas, de très loin, d’immunité de masse, ni en Chine, ni en France.

    • Les test sont particulièrement faibles, la France est un des pays qui a le moins dépisté : 5000 dépistages par million. C’est 5 fois moins que la Suisse, 4 fois moins que l’Allemagne.
    • Il n’y a toujours pas de matériels qui permettent une protection suffisante de la population, et donc de pouvoir faire passer le taux de contamination en dessous de 1.
    • Le système hospitalier, sans être complètement saturé, reste sous une tension forte, avec un personnel, un matériel, qui s’épuise. Il a besoin de pouvoir souffler.

    Aussi terrifiant que cela puisse paraître, il faut envisager que la sortie réelle, définitive, peut potentiellement arriver uniquement après la mise en œuvre d’un vaccin définitif.

    Nous jugeons que la réouverture des lieux d’éducations, sous un prétexte cynique (le risque de décrochage et d’accroissement des inégalités), n’a vocation qu’à décharger les parents pour qu’ils retourner travailler. Elle fait courir des risques immenses tant à la communauté éducative qu’aux élèves, et, par voie de conséquence, à leur parents et leurs proches…

    Ce sont uniquement des impératifs économiques qui dictent cette reprise prématurée. Dans son rapport du 7 avril, l’OIT estime que 2,7 milliards de travailleurs et de travailleuses sont touchés par le confinement, soit 81 % de la main d’œuvre mondiale. La productivité mondiale a diminué de 6,7 %, ce qui correspond à 195 millions d’emplois à plein temps.

    1,25 milliards de personnes (soit 38 % de la main d’œuvre mondiale) est menacée soit dans son salaire, soit dans son temps de travail. Le commerce de détail, l’hôtellerie, la restauration, l’activité manufacturière sont les plus touchés par la crise économico-sanitaire.

    Les femmes, en particulier dans l’aide à la personne et les tâches domestiques, et les populations des pays dominés (dans lesquels le secteur informel représente une part immense de l’économie) sont les plus touchés.

    L’effondrement du secteur informel ailleurs aura d’ailleurs des répercutions sur l’économie ici-même, accentuant par là même la crise économique mondiale.

    C’est donc devant cette situation que la bourgeoisie envisage de passer les morts en perte et profit.

    • D’une part, il y a l’avidité et l’appât du gain, la contraction de près de 10 % du PIB effraie les exploiteurs.
    • Il y a la peur panique qu’une fraction de la bourgeoisie puisse tirer profit de la situation mieux qu’elle, et capter les intérêts des investisseurs.
    • Surtout, une inquiétude immense les étreint : le premier pays qui lâchera le confinement sera probablement bien placé pour occuper les vides dans le commerce international, et donc prendre l’ascendant sur les autres.

    Cette panique doit les empêcher de dormir, sachant que la Chine est économiquement sur le pied de guerre, alors que l’Europe et les USA sont au point mort. Une grande partie de la bourgeoisie se converti alors progressivement à une ligne que nous pourrions qualifier de Raoult-Trumpienne. Cette ligne est répercutée massivement dans les journaux bourgeois, tels que le Figaro.

    • Elle appelle à un déconfinement le plus rapide possible.
    • Elle considère qu’il faut « prendre des risques », risques que la bourgeoisie est prête à faire assumer aux classes populaires.
    • Elle offre, en échange, un élixir de longue vie, une promesse de soin, le fameux traitement à la chloroquine. Ce traitement, qui a suscité des espoirs immenses, est devenu un enjeu plus politique que médical. L’étude d’impact de ce produit a d’ailleurs été maquillée grossièrement pour permettre d’être élogieuse. Voir ici

    Elle s’accompagne donc d’une intense propagande de défiance envers le confinement et envers une politique d’État jugée trop timorée. Même le poulain des exploiteurs, Macron, a du mal à prendre une posture aussi radicale, qui le mettrait dans une position très inconfortable. Sa rencontre avec Raoult ne peut être cependant comprise que comme un premier pas vers un déconfinement.

    Nous redoutons que celui-ci prenne la forme d’un déconfinement « à la hongroise », c’est à dire d’une possibilité de sortie qui se limite au travail et qui remette à d’autres lendemain la possibilité d’exercer les droits démocratiques, notamment celui de manifester.

    L’Unité Communiste de Lyon s’inquiète également du caractère hégémonique des théories conspirationnistes.

    L’inquiétude face à la situation, le sentiment d’impuissance nourrissent ces théories. A cela s’ajoute une peur panique devant le sentiment d’être le jouet de la nature et des éléments, cette peur panique pousse à chercher des boucs-émissaires et des explications « rassurantes », « rassurantes » car faisant intervenir des acteurs humains, identifiables.

    Elles place des biais d’intentionnalité dans chacune des actions qui ont pu donner naissance au virus et le disséminer. Ainsi, il y a eu des controverses sur l’origine du virus, sur son « utilité » ou sur l’attitude des autorités par rapport à la crise. Or, nous remarquons des similitudes frappantes et classiques :

    • Un biais d’intentionnalité : il existe un « but » à ce qui se passe.
    • Des acteurs nébuleux et monolithiques.
    • Une aggravation volontaire de la situation par les autorités.

    Elles ont été souvent diffusées et soutenues par des acteurs en mal de reconnaissance, à l’exemple du très controversé Dr Luc Montagnier, qui préconisait la papaye pour guérir le VIH ; ou encore par les groupes fascisants, pour semer les germes de la terreur et de la discorde.

    En revanche, ce qui devient inquiétant, c’est sa diffusion larvée par des médias « mainstream », comme le Nouvel Obs ou le Point, qui mettent en avant des titres racoleurs et répugnants.1 Elle est reprise également au niveau des directions politiques, telle Trump ou même Macron2. A noter que le Figaro, qui défend une ligne libérale, s’est empressé de démonter l’argumentaire. L’idée d’un virus de longue durée, du type VIH, ne fait effectivement pas les affaires de la politique anti-confinement.

    • Nous dénonçons cette campagne de désinformation propre à stimuler l’inquiétude et à anesthésier toute analyse rationnelle de la situation.
    • Nous soutenons que les processus d’apparition des virus et des zoonoses sont suffisamment maîtrisés pour qu’une origine naturelle et une diffusion par les canaux de la mondialisation soit la théorie centrale.
    • Nous constatons que les États ont agi de manière différentes, et que des contradictions très importantes sont apparues dans les gouvernements, montrant qu’il n’y a pas de plan unique et que les États ont souvent réagi dans la panique et la précipitation.
    • Que, selon l’adage de « à quelque chose malheur est bon », certaines cliques de la bourgeoisie utilisent cette catastrophe sanitaire. Les investisseurs, d’ailleurs, sans vergogne, se sont reconvertis vers les secteurs sanitaires. Cela ne signifie pas qu’elles l’aient provoquée.
    • Nous considérons que la politique de lutte contre les Fake News, menée par Facebook, est faite sous une forme contre-productive. En permettant de créer un sentiment de persécution, elle donne un caractère de prophétie autoréalisatrice aux théoriciens du complot.
    • Nous dénonçons également la préparation mentale à une ère de dureté.

    D’autant qu’il y aura des tensions extrêmement fortes à l’issue de ce confinement. Des tensions économiques, sociales, et donc, par voie de conséquence, politiques. Si le spectre du chômage est une peur constante, quotidienne, il s’ajoute à cela d’autres phénomènes. Notamment, l’effondrement d’une partie de la petite bourgeoisie commerçante, petite-manufacturière, sous-traitante (notamment dans l’automobile) pose des questions inquiétantes. L’attitude de 3 000 000 d’artisans et d’artisanes, ruinés, peut créer une situation d’instabilité politique majeure, voire de crise de régime.

    L’Unité Communiste de Lyon, ainsi que l’UPML en France, mais aussi les coordinations mondiales de l’ICOR et de l’ILPS appellent à préparer une solidarité active et à construire un mouvement pour défendre les intérêts des travailleuses et des travailleurs.

    Nous appelons :

    • A ne faire aucun sacrifice pour les intérêts de la bourgeoisie et de militer pour un report du déconfinement dans les secteurs à risque.
    • A la construction de front uni locaux, avec l’ensemble des forces progressistes, anticapitalistes et populaires.
    • A la coordination des organisations politiques pour préparer un premier mai offensif, malgré la situation.
    • A la réunion et la coordination des organisations communistes dans le but de faire entendre une position politique claire et à construire un mouvement de masse.
    • A une diffusion la plus large possible d’explications scientifiques et rationnelles sur la pandémie, permettant de lutter tant que le conspirationnisme, mais également d’être armé politiquement pour affronter la situation future.

    1https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200417.OBS27646/comment-est-apparu-le-coronavirus-la-pression-monte-sur-pekin-qui-se-defend-de-toute-desinformation.html

    2https://www.atlantico.fr/pepite/3588872/gestion-du-virus-en-chine–emmanuel-macron-estime-qu-il-y-a-des-choses-qui-se-sont-passees-et-qu-on-ne-sait-pas-

  • La guerre virale et le grand confinement.

    La guerre virale et le grand confinement.

    La France entre désormais, conjointement avec d’autres États européens, dans un régime de confinement et de quarantaine. Demain, 17 mars, à 12h00, toutes les activités non vitales et les contacts sociaux seront stoppés pour une durée indéterminée.

    Père de la Nation, Macron a grondé ceux et celles qui ont bravé l’interdit du confinement. Il ne s’agit pas de soutenir ces actions, mais de les comprendre : la confiance dans la qualité du système de santé français et dans l’invulnérabilité de notre pays face aux phénomènes catastrophiques, ainsi que le sentiment que les épidémies sont d’un autre temps et d’autres lieux ont joué. De plus, les chiffres des dépistages paraissent si dérisoires qu’ils n’aident pas à prendre conscience de l’ampleur du problème. Les 5 500 cas ne sont que ceux qui sont certifiés, et il est impossible de savoir combien d’autres existent.

    Désormais, le monde extérieur apparaît bien lointain.

    Les élections, qui se sont tenues dans des conditions extrêmement précaires, sont désormais gelées. Il n’y aura pas de second tour dans l’immédiat.

    Les frontières entre l’UE et le reste du monde sont coupées pour 30 jours. Cette bunkérisation de l’Europe peut réjouir certainement l’extrême-droite, qui y voit une « protection ». En réalité, nous sommes la menace. Cette fermeture nous désole d’un point de vue symbolique, mais nous espérons surtout qu’elle puisse limiter le risque de propagation de la pandémie vers des pays au système de santé défaillant. Les 7 % de mortalité que connaît l’Italie seront une goutte d’eau comparé au risque d’une contamination de l’Afrique subsaharienne ou de l’Inde.

    Nous regardons le choix de l’Angleterre ou de certains États avec une stupeur mêlée d’effroi. Si la question de l’immunité est, à terme, la seule solution viable, son irruption soudaine et la saturation des systèmes de soins entraînera fatalement une surmortalité.

    Plusieurs mesures sont de l’ordre du bon sens, il faut le souligner. Les aides mises en place pour permettre aux soignants et aux soignantes de travailler le plus efficacement possible, le fait de leur permettre de se reposer à proximité, la réquisition des taxis… Ce système contribue à soulager leur tâche immense, dans lequel ils sont et elles sont héroïques. Nous appelons d’ailleurs à participer au dispositif enpremiereligne.fr pour aider les soignants et soignantes.

    Cela ne compense pas, cependant, des années d’oubli, de liquidation, de destruction du système de santé. Cependant, il faut reconnaître que l’État bourgeois joue le jeu. Cependant, il reste le problème immense des emplois vitaux pour le fonctionnement du pays ou des emplois manuels invisibles, qui ne peuvent être remplacés par le télétravail. Si certaines activités sont arrêtées, cette situation est loin d’être générale, et fait peser sur le prolétariat les plus grands risques.

    A ce titre, nous rentrons dans une économie de guerre. Cette économie de guerre a pour but de gagner contre le virus, mais de limiter également la casse au niveau de l’économie. Il faut reconnaître à la bourgeoisie qu’elle a l’intelligence de savoir quand faire des concessions et quand temporiser. Durant toute la période qui s’ouvre, l’État joue un rôle immense. Un comble pour un modèle soit-disant libéral.

    300 milliards d’Euros sont mis sur la table pour tenter de maintenir dans une parenthèse le pays. Des promesses mirobolantes ont été faites, reste à voir si elles se concrétiseront. Cela représente du jamais vu.

    Cependant, cette dette se paiera. Elle sera payée chèrement en sortie de crise. Il n’y a pas que la « guerre » qui compte, mais également la manière dont on sort de celle-ci. Et l’issue de cette lutte contre l’ennemi viral sera une autre épreuve de force : qui paiera l’addition ?

    Servira t-elle de prétexte à racler jusqu’à l’os les droits sociaux, les droits des travailleurs et des travailleuses ? Il faudra bien relancer l’économie, après tout. Macron l’a lui-même dit : il faut faire des sacrifices. Et certains plus que d’autres, beaucoup plus que d’autres.

    La bourgeoisie elle même sera t-elle obligée de faire des concessions durables ? Après la Première Guerre mondiale, la France était ruinée. Elle voulait faire payer ses dettes par l’Allemagne, en l’essorant à mort. Or, elle n’est pas parvenu à le faire, notamment devant la résistance ouvrière. La bourgeoisie a du alors accepter qu’un impôt sur le revenu progressif soit mis en place. Une autre raison était l’apparition de la SFIC, futur PC, qui jouait un rôle de premier plan dans les luttes ouvrières.

    Nous appelons à respecter les mesures de sécurité, a mettre tout en œuvre pour limiter les contaminations. Nous appelons à penser en priorité aux plus précaires et aux plus fragiles. Le confinement est une phase pénible dans une lutte que nous pouvons et devons gagner. Nous avons conscience que cette période de stress est propice a une explosion des violences conjugales ou au sein de la famille, ainsi qu’aux violences sexuelles. Nous rappelons que le confinement ne doit pas être un piège mortel, et que le coronavirus tue moins que les féminicides. Quand la situation se dégrade, les femmes subissent toujours davantage.

    Nous appelons à la solidarité et à l’effort commun. Nous appelons à dénoncer les fake news et les théories conspirationnistes.

    Nous appelons également à mettre à profit cette période pénible pour renforcer la connaissance et la maîtrise de la théorie révolutionnaire. Car une grande lutte se préparera à l’issue de cette crise : elle sera cruciale !

  • Communiqué commun UPML/UCL

    Communiqué commun UPML/UCL

    Avançons ensemble !

    L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste se sont réunies durant l’été. Nos deux organisations ont pu débattre de la situation nationale et internationale, des pratiques de lutte et des perspectives de celles-ci.

    Nous considérons que cette rencontre est un succès sur plusieurs points :

    Plusieurs questions ont été abordées traitant les questions sur le fond, en utilisant une culture du débat prolétarien. Venant d’horizons divers, nous portons des analyses sous des angles différents. Mais ces différences de point de vue qui peuvent parfois apparaître ne forment pas des obstacles à la construction commune. Elles n’ont pas à être aplanies en amont de ce rapprochement. Au contraire, seul un cadre débat unique permet que celles-ci puissent évoluer en profondeur et qu’une position unitaire apparaisse. Nous ne voulons pas d’un débat entre sectes, nous voulons construire une organisation communiste.

    Nous portons un constat commun sur la conjoncture future. La crise du capitalisme et de l’impérialisme n’est pas terminée. Elle s’approfondit, au contraire. Les relations internationales sont soumises à une tension croissante, que ce soit dans le domaine du commerce ou dans les rapports géopolitiques. Cela n’empêche pas l’existence de tendances importantes à l’intégration entre les capitaux et les entreprises, à l’exemple du conglomérat Chrysler-Fiat-Renault.

    Les luttes de l’an passé, quel que soit le domaine, ont montré que les masses populaires recherchent des solutions en dehors du cadre de société capitaliste. L’ensemble des luttes, qu’elle soit celle de Gilets jaunes, celle des écologistes, celle des travailleurs et des travailleuses ou des migrantes et des migrants ont montré que ce système ne parvient plus à apporter autre chose que misère et répression.

    La tendance qu’ont les gouvernements du monde entier à restreindre chaque fois davantage les droits politiques et économiques des masses populaires n’illustre pas la force du capitalisme. Elle illustre, au contraire, la fragilité d’institutions à bout de souffle, qui ne parviennent plus à camoufler leur corruption et leur assujettissement aux désirs des capitalistes. La tromperie ne fonctionnant plus, ils recourent à la force.

    Une année de combat s’ouvre, l’UPML et l’UCL joueront, ensemble, leur rôle.

    Nous avons également abordé, dans ce cadre, l’articulation de la lutte politique et de la lutte économique, notamment par le travail en sein des syndicats, la défense de la syndicalisation, du syndicalisme de lutte et la promotion du rassemblement vers un syndicalisme unique et combatif.

    La manière dont nos organisations conçoivent l’application de la ligne de masse, du travail au sein des luttes, notamment dans celles des Gilets Jaunes, qui a été le centre de gravité des combats de l’année. La nécessité d’agir en tant que militants communistes révolutionnaires, et de donner libre cours au plein potentiel de nos organisations dans les prochaines luttes a été soulignée.

    Nous ne pensons pas que nos rencontres doivent se limiter à une déclaration de principe généraux. Elles n’auraient aucun objet. Elles doivent servir à faire progresser l’unité idéologique et organisationnelle tant de nos groupes respectifs que de l’ensemble du mouvement communiste, ici, en France, dans les régions dominées par celle-ci, en Europe ou internationalement. L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste s’accordent sur la nécessité impérieuse de cadres ad hoc permettant le travail commun.

    C’est l’un des buts recherché par nos organisations, au travers de la lettre ouverte envoyée aux organisations communistes présentes en France, pour constituer une alliance des révolutionnaires.

    Au travers de la construction progressive d’un Comité ICOR France, permettant aux organisations et individus membres de la coordination ou qui s’intéressent à ses activités de travailler ensemble.

    C’est également le fondement de notre travail au sein de l’ICOR et à la participation aux campagnes et aux journées d’action impulsées par celle-ci. Cela passe également par la promotion du Front Uni International Antifasciste et Anti-impérialiste, porté tant par l’ICOR que par l’International League of People Struggle (ILPS).

    Ultimement, il s’agit de la raison qui motive nos organisations à se rapprocher et à avancer sur le chemin d’une unification.

    Nos organisations sont porteuses de plusieurs projets de campagnes et de formations communes. À la fois dans le but de répercuter les campagnes de l’ICOR, mais également dans le fait de développer nos propres projets. Nous considérons que l’approche du 150e anniversaire de la Commune de Paris doit être l’occasion de faire de cette étape historique un point de focale pour les révolutionnaires du monde entier, dans le but d’en tirer les conclusions, mais également de créer le point de départ pour que l’histoire du mouvement révolutionnaire aille de l’avant, vers la victoire, vers le communisme.

  • Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 4

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 4

    Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche »

    partie 4

    L’amour de la bourgeoisie pour le populisme.

    La bourgeoisie apprécie-t-elle le populisme ou non ? Il s’agit d’un d’une question qui mérite d’être creusée. Dans un sens, les revendications populistes sont contradictoires avec le libéralisme officiellement défendu par la bourgeoisie monopoliste. Le chauvinisme, l’antilibéralisme, la « partriotisme économique » s’opposent au libre-échangisme, au libéralisme, à la dérégulation. Dans les faits, la réalité est plus complexe. Au libéralisme triomphant du XIXe siècle a succédé rapidement la saturation et le monopole. Quelques soient les discours officiels, quelques soient les conférences internationales, les GATT, les OMC, le libéralisme « réel » est moribond. En fait de concurrence, ce sont les négociations entre trusts, en fait de libéralisme et d’indépendance entre les entreprises et l’Etat, voir même conflit entre les deux, il y a une véritable fusion entre Etat en grands trusts. Le capitalisme monopolistique est un capitalisme monopolistique d’Etat. Il en vit, il en use, il en dépend même ! Les commandes d’Etat et la politique d’Etat sont faits pour servir au mieux les intérêts des grands trusts. Les difficultés de ceux-ci sont une affaire d’Etat et leur survie peut faire appel aux deniers publics, dont à des prélèvements sur salaires pour maintenir ou augmenter les bénéfices des capitalistes. La géopolitique du pays est décidée par les intérêts de ces immenses conglomérats Malgré l’image d’une France de PME, la quasi intégralité du tissus industriel est relié d’une manière ou d’une autre à ces grandes entreprises dominantes. Combien de sous-traitants, combien d’exécutants ? Les branches les moins rentables sont externalisées, formant ainsi des petits groupes qui vivotent, des petits bourgeois qui vivent dans l’endettement et peinent à garder la tête hors de l’eau, mercenaires de grands groupes.

    Comprendre cela permet de se poser la question différemment. La grande bourgeoisie peut user sans le moindre problème de tactiques différentes, y compris en appliquant une partie du programme des populistes. Dans le fond, les réclamations de la part des certaines organisations, de droite ou de « gauche », peuvent très bien faire les affaires de la grande bourgeoisie. L’hostilité envers un autre impérialisme, jugé opposés aux intérêts du « peuple » français, est quelque chose qui est potentiellement exploitable. Le « produire français » porte ce relent douteux. Car il ne signifie par « produire « éthique » » contre la mondialisation, il signifie simplement « produire dans le cadre de l’espace économique dominé par l’impérialisme ». Admettons que le programme économique du FN ou de la FI soit appliqué, sans qu’il soit question de mettre l’un et l’autre sur un pied d’égalité, cela signifie-t-il une remise en cause du capitalisme ou de l’impérialisme français ? Non.

    Dans l’exemple actuel, et si on s’intéresse aux États qui ont opté pour un pouvoir populiste, on observe que la grande bourgeoisie s’est montrée plus que conciliante vis-à-vis d’organisations et de programmes censés aller contre ses intérêts. Ils ont une particularité, qui est d’être dans l’orbite Allemande, et d’avoir été les réceptacles d’investissements de la part de l’Allemagne. Investissements et prêts qui ont été particulièrement risqués, et qui se paient aujourd’hui. A l’heure actuelle, un risque de faillite de la Deutsch Bank n’est pas inenvisageable. Cette faillite aurait des répercutions terribles sur l’ensemble de l’Europe, jetant dans la misère un nombre considérable de prolétaires. Cette faillite est pour le moment contrée par une forte activité de la BCE, dans le but de tresser un coussin de plumes pour amortir le choc. De fait, la planche à billets tourne à grande vitesse, pour éponger les dettes. Cette planche à billet est d’ailleurs un phénomène fascinant sur la nature de l’euro, qui est une « fausse monnaie unique. » Les États peuvent produire des euros avec un contrôle relativement faible de la BCE, ce qui explique l’existence de casa de papel dans de les États membres de l’UE. Les grands capitalistes d’Allemagne sont d’ailleurs parmi les plus méfiants vis-à-vis de l’euro, du fait de la situation économique. Savoir, en revanche, quand cela tombera est du domaine de la prestidigitation tant les paramètres sont nombreux.

    Dans ce marasme économique, les partis populistes préparent les masses populaires à la misère et à la caporalisation de la société, parfois même contre leur volonté à l’origine. Du fait de leur base sociale, ils sont condamnés à jouer ce rôle. De fait, cette base est petite-bourgeoise. Dans les États dominés par l’impérialisme, par exemple le populisme sud-américain, cette petite-bourgeoisie, cette bourgeoisie nationale, s’est appuyée sur les masses pour, parfois, réaliser un pas en avant vers le progrès -chasser l’occupation étrangère, repousser les tentacules de l’impérialisme- sans pour autant pouvoir mener les choses à un autre terme qu’a la poursuite d’un système d’exploitation. Dans les pays impérialiste, le postulat de départ est d’ores et déjà réactionnaire. Au final, ils mobilisent les masses populaires dans l’intérêt de la bourgeoisie, et gouvernent pour celle-ci. Ils ne servent qu’à une chose, c’est d’interface pour la dictature bourgeoise, se parant des oriflammes du discours populaire, du discours sur la nation, du discours sur le peuple. Même si ce gouvernement peut donner l’impression de combattre la bourgeoisie, ce combat n’est rien d’autre que cosmétique. Les seuls reproches que font les populistes aux grands capitalistes sont sur leur gestion, sur leur morale, sur le fait qu’ils « ne servent pas bien les intérêts de la nation », mais jamais sur leur existence sociale, ou uniquement de manière invocatoire et idéaliste, de l’ordre de la moralisation de la bourgeoisie.

    Les partis populistes ne sont donc pas en mesure de mettre en place leur programme, ne sont que des charlatans. Ils ne sont absolument pas en mesure de pouvoir stopper la crise. En revanche, ils l’accompagnent et accompagnent le plongement dans la misère, en le détournant de sa voie de résolution finale, la révolution, pour l’entraîner sur une voie de garage : la soumission absolue aux franges les plus réactionnaires de la société. Les populistes, in fine, livrent à la bourgeoisie les masses, pieds et poings liés. Ils proposent comme sortie de crise, le parant de vertus, le fait de se sacrifier, de se serrer la ceinture, le fait, également, de se préparer et d’accepter un repartage du marché mondial, par le conflit, par la guerre.