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  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Comparer l’incomparable ?

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Comparer l’incomparable ?

    Comparer l’incomparable ?

    Vouloir entamer une approche comparative ne signifie pas diminuer l’horreur d’un crime ou d’un autre. La Shoah et l’extermination des Tziganes possède un caractère spécifique dans la guerre. Même les massacres massifs de citoyens et de citoyennes d’URSS, de Yougoslavie ou de Pologne n’ont pas cette portée. Si les massacres à l’Est avaient volonté de mettre en esclavage les peuples colonisés, en éliminant les élites et en imposant la terreur, les génocides avaient un but plus profond. Ils avaient vocation à exterminer complètement des peuples uniquement car leur existence était vue comme une menace. Les Allemands, leurs alliés, et leurs laquais ont mis en place une machine rationnelle, administrativement rodée, industrielle et rentable de la mort.

    Ce n’est pas la première tentative d’extermination d’un peuple. Le Canada avait mis en place une « solution finale indienne » 1 ; les Turcs celui des Arméniens ; les Allemands celui des Hereros et des Namas…). Mais aucun n’avait mis en œuvre un système aussi performant et « universel ». Il avait défini juridiquement la catégorie à abattre et traqué – avec l’aides des collaborationnistes, y compris des pays de « sous-hommes » – toutes les cibles. Cette traque et celle élimination, qui demandait des moyens logistiques énormes, ont détourné de précieuses ressources humaines et matérielles du front. Il y a matière à penser que, aux yeux de la direction de l’État Allemand, ce génocide était tout aussi important qu’une bataille d’anéantissement sur le front de l’Est.

    Ce caractère demeure unique. Mais il n’est pas le seul crime de la Seconde Guerre mondiale, et pas le seul crime contre l’humanité.

    Ceux de l’Axe sont bien connus. Le système concentrationnaire Allemand, au-delà de l’extermination, est bien connu et bien documenté. Il est régulièrement comparé à son homologue soviétique, le Goulag. Cela demande une brève explication.

    Goulag vs. KZ

    Le système concentrationnaire soviétique fait régulièrement la une. Il est un bon sujet, qui fait frémir d’horreur les lecteurs de magazines d’histoire sensationnalistes. Il est un sujet de fantasmes récurrents. Mais il est aussi également un des points d’orgue du comparatisme.

    Si les romans de Soljenitsyne, les souvenirs de Guinzbourg, ou d’autres témoignages poignants dépeignent une réalité terrible, celle-ci mérite d’être détaillée. Lorsqu’un individu était pris dans les rouages de la Gestapo, son destin devenait immédiatement Kafkaïen.

    Non seulement il était impossible de connaître les raisons de son arrestation, mais une simple irritation pouvait suffire. Eugen Kogon, dans l’État SS, parle ainsi d’un ancien du SPD venu chercher un certification de non-opposition au régime auprès de la Gestapo. Et qui, trop insistant, s’est fait emprisonner. Les détenus sont quasiment tous (excepté les droits communs) sous un régime de détention de sécurité. Ils n’ont pas été jugés. N’ont pas de durée de peine. En réalité, ils ne sortent jamais, ou « par la cheminée ».

    Le système n’a aucun but réhabilitant. Il est avant tout une ressource de main d’œuvre pour l’empire économique SS, mais également pour les cartels industriels nazis. Le taux de mortalité, avant et pendant la guerre, est effarant : 20 % par an. Cela n’empêche pas certains de traverser ces épreuves. Des militants du KPD vont ainsi passer toute la durée du IIIe Reich en détention.

    Le système carcéral soviétique, quant à lui, est construit d’une manière différente. Il n’est pas exempt de tragédies individuelles, de répression, de souffrance. Il est possible de consulter l’ouvrage de Anne Applebaum Goulag : une histoire, sur la vie dans ce système.

    En dépit du parti pris néo-conservateur de l’auteure, ce qu’elle raconte n’est en rien comparable. Le Goulag est un système dans lequel il existe une porte d’entrée, mais également une sortie. La très grande majorité des peines prononcées, au cours d’un jugement – parfois sommaire, mais qui fournit une base légale – est relativement courte. J. Arch Getty, dans ses travaux sur la répression, mentionne que 96 % font moins de 5 ans. La très grande majorité des peines prononcées sont des interdictions de séjour dans une ville ou des exils administratifs dans une région. Les peines de « camp » en tant que tel, sont relativement rares et plutôt courtes.

    Le but principal, tel que défini par Anton Makarenko, est de réhabiliter les individus. Ils sont nommés « camarades » par les gardiens, jusqu’en 1937. Cette date marque un tournant dans la perception des détenus, avec l’arrivée de la dénomination d’« ennemi du peuple » pour certaines catégories de détenus. Ils sont alors nommés citoyens.

    Les relégués et ceux dans les colonies fermées peuvent avoir une vie de famille et touchent un salaire (la création de « monnaies de camp » jour d’ailleurs un rôle dans la régénération de rapports capitalistes)… Surtout les ex-détenus peuvent reprendre une vie normale après leur peine. La mortalité, si elle fait un spectaculaire bond pendant la première année de guerre, n’atteint jamais les pourcentages des camps Allemands, ou même des bagnes de l’occident.2 A la même période, dans les camps de concentration de la IIIe République, avant même la guerre, les juifs Allemands réfugiés meurent de faim. Hannah Ardent est ainsi internée dans le camp de Gurs.3

    Les autres :

    L’Italie, est souvent une oubliée des crimes de guerre. Le régime fasciste passe parfois même pour un modéré. Si l’OVRA (Organisation de Vigilance et de Répression de l’Antifascisme) n’a pas la réputation de cruauté de la Gestapo, ni les même moyens, les troupes italiennes s’en donnent parfois à cœur joie dans les massacres. Lors de la conquête de l’Éthiopie, peu s’étaient émus de l’utilisation du gaz moutarde par les bombardiers. Bien peu, non plus, connaissent également les massacres en Slovénie, en Yougoslavie, en Albanie et en Grèce.

    Ceux du Japon sont mieux documentés. Entre 1931 et 1945, les troupes du Mikado se sont illustrés par leur répression féroce de la résistance chinoise. Le sac de Nankin, en 1937, est le lieu d’un massacre immense, au sabre, de la population civile, uniquement dans un but punitif. Les Japonais, en Corée, en Chine et dans le Pacifique, pratiquèrent des enlèvements de femmes dans l’objectif d’alimenter les bordels de campagne. Dans les camps de prisonniers, les mauvais traitement et les expérimentations sur des cobayes Chinois, Soviétiques ou Américains ont été légion.

    S’il y eut des procès, comme ceux de Tokyo, l’expertise japonaise dans la traque aux communistes et aux partisans a été rapidement mise à profit par les Occidentaux. Ce deal entre une protection judiciaire contre un emploi est un des points qui explique l’amnésie japonaise à ce sujet. Le négationnisme demeure encore aujourd’hui un point de discorde important.

    Il reste aussi le cas des cobelligérants. La Hongrie a ainsi livré la quasi-intégralité de ses Juifs aux nazis, en faisant sa petite Shoah maison. Les fonctionnaires de l’Amiral Horty, qui dirigeait le pays et un nombre important d’acteurs de cette période ont retrouvé une place dans le gouvernement à la suite de 1956.

    C’est là le compromis qui a été trouvé. Ils ont entretenu une tradition de la négation qui se poursuit encore avec Orban. Celui-ci, comme les Polonais, veut faire interdire toute évocation de la collaboration, donc tout regard sur les pratiques du pouvoir à l’époque.

    Les crimes des Alliés.

    Dire que l’Axe a commis des crimes revient à enfoncer une porte ouverte. Nul besoin de diaboliser les participants à la guerre, ils l’ont fait eux-mêmes. En revanche, il faut être juste : chez les Alliés également, des questions se posent.

    Une nouvelle fois, ceux des soviétiques sont tout aussi montés en exergue que ceux des nazis, surtout depuis la querelle des historiens. Elles existent. Elles sont injustifiables en tant que telles, mais elles sont également compréhensibles au regard du contexte dans lequel elles ont eu lieu. L’historiographie actuelle, basée sur la victimisation, tend à mettre sur un plan strictement équivalent les victimes de violence et les victimes des victimes de la violence. Cette écriture permet, par exemple, de rejeter dos à dos le colonisateur et le FLN, de policier qui défend l’État et le « casseur », mais aussi le Nazi et le soldat, ou la soldate, de l’Armée Rouge.

    Il existe des crimes en soi, qui sont indéniable, comme le massacre de Katyn. Il est toujours nié par certains historiens, mais les preuves dans les archives tendent à attester de son existence. Katyn, comme la « Grande Terreur », sont, en très grande partie des phénomènes de névrose de l’encerclement. Ce massacre s’est déroulé dans le cadre d’une avancée à pas de géant en direction d’une guerre dont il était possible de savoir à l’avance qu’elle serait impitoyable et sans merci.

    Inexcusable, il n’a pas a être excusé. Mais à être compris pour ce qu’il est : non une élimination de l’intelligentsia Polonaise (qui n’a pas été touchée), mais une destruction du potentiel combatif. Etant donné l’histoire récente, les soviétiques étaient persuadés que la Pologne nobiliaire prendrait parti pour l’Allemagne contre l’URSS, même occupée. Roosevelt, en acquiesçant l’idée de fusiller 100 000 officiers Allemands et en voulant faire de l’Allemagne un pays pastoral, dont les hommes auraient été castrés, allait bien plus loin.

    Les déplacement de populations « coupables », les Tatars de Crimée, les Allemands de la Volga, les Tchétchènes dépendent également de cette grille de lecture. Les soviétiques sous-estimaient plus qu’il ne surestimaient, leur influence dans la société. A leurs yeux, les élites traditionnelles et réactionnaires, qui étaient sous une chape de plomb jusqu’alors, n’attendaient qu’une chose : se réveiller et combattre. Les occidentaux n’ont d’ailleurs pas réagit autrement, voir bien plus durement quant on songe à la répression des mouvements nationalistes indien ou Irakien, mais aussi à la déportation systématique des citoyens Américains d’origine Japonaise. Encore que les USA avaient l’infranchie barrière des océans pour se tenir à l’écart de la guerre terrestre.

    En revanche, contrairement à une idée reçue, laquelle surfe souvent sur ce comparatisme raciste entre l’Armée Rouge et les hordes de Gengis Khan, le gouvernement soviétique a fait condamner les violences contre les civils Allemands. A plusieurs reprises, les troupes du NKVD ont eut à se heurter aux soldats (et aux soldates également) qui se livraient à des viols. C’est paradoxalement ce qui permet d’avoir une idée de l’étendue du problème. Les procès verbaux et les rapports réalisés par la police politique, en répression de ces actes, ont été employés pour en faire un argument antisoviétique.

    La soif de vengeance soviétique avait été nourrie par les argumentaires et la propagande. Elle ne manquait pas de matière. Chaque village, chaque ville reprise par les troupes soviétiques était dans un état de ravage complet. Il faut rappeler que 25 % de la population de la RSS du Belarus avait été tuée. Les Soviétiques découvrent d’ailleurs les camps de la mort et ouvrent des camps de prisonniers dans lesquels ils retrouvent les cadavres de leurs compatriotes. Les auteurs, les journalistes, les poètes… ont travaillé à produire des écrits stimulant la combativité.

    Pourtant, ce qui frappe est le revirement extrêmement brusque de la ligne politique du gouvernement, et ce, dès l’entrée en Prusse-Orientale. En dépit de la haine et des crimes subits, le gouvernement soviétique stoppe la « ligne Ehrenbourgh », du nom d’un des écrivains les plus influents de la période. Celui-ci réclame la mise à mort de l’Allemagne et des Allemands.

    Dès l’entrée en Prusse-Orientale, la nouvelle ligne est celle de considérer que le peuple Allemand a été abusé et trompé par les nazis, et qu’il faut se montrer compréhensif. Ce revirement part du principe que les Soviétiques font la guerre à l’impérialisme Allemand, non à un peuple.

    Également, il se pose la question de l’après-guerre et des futures relations entre la Nouvelle Allemagne et l’URSS. Cette ligne rencontre une inertie phénoménale et de très nombreuses exactions ont lieu. Les pertes extraordinairement élevées entretiennent également un climat nihiliste : comment penser à l’après guerre lorsque demain est incertain. En dépit de cela, il n’est pas possible de dire que l’État soviétique ait encouragé les exactions. Sa politique est d’ailleurs à l’opposée de celle de Roosevelt.

    L’Occident :

    Ceux de l’occident sont moins connus. Il y eut des crimes de guerre partout. Des Américains en France, des Français en Italie, des Anglais en Allemagne… Des soldats exécutés à la sauvette, des prisonniers maltraités et mutilés… etc. Une constante est notable : l’emploi du racisme.

    En Italie, les troupes françaises commettent des viols et des pillages. Les marocains sont les seuls condamnés. En France, les troupes US font de même, et seuls les noirs sont accusés. Lorsque les Néo-Zélandais exécutent des prisonniers de guerre Allemand, le général Clifton, capturé par Rommel, accuse les Maoris.

    Loin du Front, les troupes d’occupation ont eu également un comportement déplorable, en particulier quand se sont entremêlés l’impunité des soldats et l’exacerbation par le racisme. En Iran, ils transforment le pays en casino et en maison de repos pour les soldats. En Corée, à Okinawa, au Japon, en Iran, les soldats Alliés se sont taillés une réputation terrible. Mais l’un des plus grands débats concerne la question des bombardements stratégiques. Sont-ils un génocide venu du ciel ?

    1Rosa Amélia Plumelle-Uribe La férocité blanche : Des non blancs aux non-aryens, génocides occultés depuis 1492.

    2Vous pouvez retrouver l’étude faite sur la mortalité ici : https://www.persee.fr/docAsPDF/slave_0080-2557_1993_num_65_4_6134.pdf ; les tableaux synthétiques sont absents de la version française, mais peuvent être trouvés sur l’anglaise.

    3https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/gurs

  • 100 millions sinon rien. – Seconde partie.

    100 millions sinon rien. – Seconde partie.

    Remettons les pendules à l’heure.

     M. Lecaussin n’est guère courageux. C’est son droit de vomir le bilan des Etats socialistes, nous le lui concédons pleinement. Seulement, nous ne pensons pas qu’il soit possible de le faire depuis une position en surplomb, tel un sage de la montagne, vivant en ermite reclus.


    M. Lecaussin choisit de s’en prendre à la transformation du monde opérée par les révolutionnaires. Il la juge néfaste et mortifère. Soit. Mais que défend-il alors comme système alternatif, comme réponse ? À ce sujet, il n’en pipe mot. Il est vrai qu’il est aisé de se draper dans la pureté lorsque qu’on a aucun bilan à défendre. 
    Il s’agit d’un reproche que nous faisons régulièrement à nos détracteurs. Nous avons une histoire, un passé, donc un bilan.

     Ce bilan, charge à nous de le défendre. Seulement, ceux qui nous attaquent doivent également savoir qu’ils portent la même responsabilité. Soit ceux qui ne veulent rien faire portent la responsabilité des maux de la société actuelle, soit ceux qui en restent à une critique utopiste doivent porter la charge de n’avoir rien réussit à réaliser. 

    Nous jugeons le communisme, comme idéologie, supérieure aux autres – sans quoi nous n’y adhérerions pas. Nous jugeons que la construction du socialisme était un projet dur à mettre en œuvre, mais néanmoins infiniment supérieur aux résultats du capitalisme et de l’impérialisme. Nous ne mettons donc pas l’un sur le même plan que l’autre. Cependant, nous allons démontrer que, pendant que l’auteur de ces lignes reste fixé sur le bilan de l’URSS, il omet sciemment que son propre pays a causé nettement plus de morts, pour des raisons uniquement crapuleuses. Dans ce cours article, nous parlerons uniquement de l’Union soviétique, car nous disposons d’une partie de ses archives. Nous pourrions parler de la Chine, mais le manque de documents fait que nous ne désirons-nous appuyer également sur les sources universitaires employées à l’heure actuelle, et non pas spéculer face aux spéculations des autres.
    Cela pose aussi une question de méthode. Qu’est-ce que la France réellement, durant la période de 1917 à 1991 (ou plutôt celle de 1917 à 1956, pour parler de la Russie révolutionnaire et de l’URSS socialiste.) ? 
    Ce n’est pas la métropole, cela serait se focaliser sur la partie la plus riche, la plus spoliatrice, de l’iceberg. Ce n’est même pas la métropole et l’Empire colonial. La France, que M. Lecaussin compare favorablement à l’URSS, est à la fois la métropole, l’Empire, mais aussi les tentacules économiques qu’elle noue, son réseau de clientèle, son réseau d’obligés, de laquais, de bas exécutants. 

    La France, même dans la période sur laquelle nous allons nous focaliser, est déjà le fruit de l’exploitation coloniale et impérialiste. Le relatif confort de certaines parties de la métropole était nourri par la spoliation et le crime. Il est indéniable que l’esclavage, la Guerre de l’opium, la conquête de l’Algérie et de l’Indochine, la ruée vers l’Afrique ont joué un rôle considérable dans la capacité pour la France à réaliser son accumulation primitive du capital. 

    Il n’est pas possible, non plus, ne faire l’impasse sur ce fait particulièrement significatif : il est régulièrement mentionné que les colonies étaient un mauvais deal. Elles étaient déficitaires en termes d’investissement public. En effet, il fallait, pour les exploiter, développer des infrastructures immenses, payées par les deniers publics, réalisés par le travail forcé. Mais l’accaparation des richesses issues de ces travaux n’allait pas dans les caisses de l’Etat. Il allait chez les grands bourgeois, les grands spéculateurs. Rarement dans le développement économique et industriel d’une métropole in fine singulièrement arriérée, même par rapport à l’Allemagne. En dernière analyse, le prolétariat français payait pour que la bourgeoisie puisse s’enrichir sur le sang des travailleurs et des travailleuses des colonies. Mais laissons cette période de côté.

    Contentons-nous du score, puisque de tout ce que le communisme et les communistes ont apporté, M. Lecuassin ne retient que ceci. Regardons, au moment où chaque événement jugé criminel se déroule en URSS, que se passe t’il en France ?

    La Révolution bolchevique est née de la Grande Guerre. Tandis que les révolutionnaires, dans l’esprit de la conférence de Zimmerwald, mettent tout en œuvre pour tenter de liquider ce conflit et d’en sortir, la France et les autres belligérants prennent une position diamétralement opposée.
    La Première Guerre mondiale est particulièrement éloignée de l’idée de la « guerre juste ». Les impérialistes dominants (France, Royaume-Uni…) se heurtent à une coalition de puissances décaties (Autriche-Hongrie, Empire Ottoman) ou a des nouveaux concurrents comme, l’Empire Allemand. 
    Le repartage des cartes du monde, nées de la conférence de Berlin, en 1885, est la raison fondamentale du conflit. La seconde est la question du fer et du charbon de la région frontalière entre la France et l’Allemagne. La France possède le fer, l’Allemagne, le charbon. L’un comme l’autre veut les deux.
    Pour réaliser ce repartage, 39 millions de morts. Plus du double de blessés et de mutilés. À la suite de celle-ci, le déclenchement de la pandémie de grippe espagnole, facilitée par la misère et la désorganisation sociale, rajoute 50 à 100 millions de morts selon les estimations (5% de la population mondiale).

    La Russie révolutionnaire est sortie de la guerre, au nom des revendications populaires (le pain, la paix, la terre), mais également au nom de l’internationalisme prolétarien. Au prix d’une humiliante paix de compromis, le traité de Brest-Litovsk, la direction du gouvernement bolchevique obtient ce miracle.

    Quelle est la réaction, alors, des grandes démocraties ? Elle refuse de reconnaître le gouvernement et lui fait également la guerre. 
    La Révolution a fait peu de victimes. Tout au plus quelques gardes blancs. Mais la guerre civile, nourrie et alimentée par les ex-Alliés, elle, en produit plusieurs millions, par la guerre elle-même, par la désorganisation des transports et du ravitaillement, enfin, par la famine terrible. Ces millions de morts, que M. Lecaussin veut faire endosser au régime soviétique, sont le fruit des siens, de son camp, de ceux qu’il défend.
    Monsieur Lecaussin parle de la dictature. Il indique sa férocité, en se basant sur les « travaux » à charge de pseudo-historiens. Nous y répondrons. Mais tient-il compte, là aussi, de ce qui se passait dans son propre pays, républicain et démocratique ?

    Dans la France au sens étroit du terme, les grèves sont réprimées par la force militaire durant toute la Troizième République et la Quatrième. Les morts au cours de manifestations sont une chose courante. Jusqu’en 1961, l’ouverture du feu sur les manifestations fait partie de la procédure normale. 

    M. Lecaussin peut parler de la misère en Union soviétique. La vie y était dure, car tout était à construire, sous la pression constante d’un cercle d’acier formé par les pays capitalistes et impérialistes. Et cette construction, contrairement à l’industrialisation de la France, ne pouvait se faire sur la base de la surexploitation coloniale, de l’esclavage, du pillage. Elle devait se faire par le sacrifice, par l’abnégation, par la mobilisation politique. Elle ne pouvait se faire que dans un grand mouvement d’ensemble. 

    La France n’en était pas moins, même pour sa métropole, un pays à la Zola. Une population majoritairement agricole, miséreuse. Une population urbaine s’entassant dans des taudis crasseux, pauvre, n’ayant que de quoi survivre jusqu’au lendemain. Une population sans loisirs, sans vacances, à la merci d’un patronat tout-puissant. Les droits sociaux, arrachés, le sont au prix du sang.
    Les opposants politiques connaissent la prison, le bataillon d’Afrique ou le bagne de Cayenne.

    Peut-on oublier que, après la guerre de pillage et de brigandage qu’était la Première Guerre mondiale, la France a voulu vampiriser l’Allemagne ? D’une part en faisant payer à la population les réparations immenses d’une guerre dont elle n’était pas plus responsable que les autres, de l’autre, en l’envahissant purement et simplement. En 1923, les troupes françaises occupent militairement la Ruhr, sous les cris de la SDN. Cette occupation-pillage, oubliée, tue, n’en est pas moins réelle. Elle a d’ailleurs servi d’argumentaire aux nazis, par la suite, pour justifier leur politique de réarmement. 

    Même en Europe, la France n’est pas cette exceptionnelle championne des droits de l’Homme. 

    Mais cela apparaît encore comme un paradis comparativement aux colonies.

    Il est aisé de porter un regard dissocié sur l’histoire comparée. Nous jugeons très souvent avec les yeux d’aujourd’hui l’Union soviétique et son bilan, en nous référant à notre situation très avantageuse d’habitant d’un pays impérialiste dominant. 

    En revanche, dès que les yeux se posent sur l’histoire coloniale, la distance temporelle et géographique paraît immense. Sans parler de la conquête coloniale, laquelle, en cinquante ans, aurait fait entre 50 et 60 millions de morts, qu’en est-il de l’exploitation ? Pendant qu’on accuse les bolcheviques de commettre des crimes, que fait la France ? 


    Tout d’abord, elle vit au rythme de l’Apartheid. Les colonisés n’ont pas les mêmes droits, pas les mêmes lois, par le même statut que les colonisateurs, juridiquement parlant. Les deux mondes se croisent sans se voir, dans des villes géographiquement clivées. 

    En deuxième lieu, la colonisation se base sur le travail forcé, la marche à la mort pour la construction des infrastructures d’exportation et l’extraction des matières premières. Le développement économique, promu hypocritement par certains, ne résiste pas à une analyse. Ces négationnistes du crime colonial osent déclarer que le colonisateur à industrialisé le pays, qu’il lui a doté d’équipement, d’écoles…

    Les infrastructures sont construites par la main d’œuvre forcée, pour une utilisation à l’usage exclusif du colonisateur. André Gide, que les anticommunistes aiment citer pour Retour d’URSS, a écrit également Voyage au Congo. Son récit est à glacer d’effroi sur la répression qui tombe sur les populations colonisées. Que les ouvriers renâclent, et ils sont châtiés, allant du sadisme de caserne jusqu’au massacre. La construction du chemin de fer Congo-Océan, par exemple, se paie d’un mort par travée de bois posée. 

    Le travail harassant, est là uniquement pour nourrir la colonie en matières premières, qui, en retour, vend au prix fort les produits manufacturés. Les banques investissent, prêtent, avec des rendements immenses, tant la main d’œuvre, moyen d’extraire la plus-value, est employée à vil prix. 
    L’Empire est sacré. Il est hors d’atteinte des votes, il est au-delà des droits démocratiques. Il est le cœur battant de l’économie de la grande bourgeoisie. Lorsque l’Allemagne met à genoux la France, en 1940, il s’agit du seul point non-négociable dans le wagon de Rethondes. Celui-ci et la flotte de guerre qui lui permet d’en assurer la sécurité. Le reste, les droits démocratiques, les libertés, sont accessoires.

    Ceux qui s’opposent alors à l’Empire, Parti Communiste en tête, ainsi que les mouvements anti-impérialistes, font face à des dangers extrêmes. La France possède ses bagnes pour les siens. Elle en possède aussi pour les colonisés. Poulo Condor, par exemple, pour les Vietnamiens. Malgré les conditions de détention abominables, ces bagnes sont réservés au VIP. Ceux qu’on ne peut faire disparaître.

    La France coloniale, c’est la guerre. Dans les années 30, alors que M. Lecaussin regarde l’Ukraine et les purges, il oublie la guerre du Rif. Il oublie les bombardements de l’Annam, où les travailleurs et travailleuses, à demi-morts de faim, sont écrasés sous les bombes. Il oublie ceci, car cela ne sert pas sa chapelle.

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les massacres coloniaux ne s’arrêtent pas pour autant. Peut-être pourrait-il se défausser en s’exclamant « Vichy n’est pas la France ! » Non seulement cela est faux, d’une part, mais de l’autre, ces massacres sont commis par la France Libre. En 1943, le 25 juillet, l’armée massacre à Philippeville, en Algérie. « Les officiers français, mécontents de l’accueil qu’ils avaient trouvé en Tunisie, humiliés devant les officiers américains et anglais, retournèrent leur hargne contre les Algériens et poussèrent les soldats noirs à l’émeute. » déclarait ainsi Ferrat Abbas. 

    Dans l’avant-guerre et dans la guerre, la France commet des crimes terribles. M. Lecaussin pourrait se défausser une nouvelle fois. Il pourrait dire que ces faits sont prescrits. Seulement, la Seconde Guerre mondiale ne les stoppe pas

  • Appel à un Newroz de solidarité internationale !

    Appel à un Newroz de solidarité !

    Depuis maintenant deux mois, l’opération militaire déclenchée par l’Etat turc se poursuit. La seconde armée de l’OTAN et ses supplétifs djihadistes ont encerclé la ville de Afrîne, dans le Rojava -Kurdistan Syrien. Deux mois de terreur continuelle pour la population civile et pour celles et ceux qui résistent.

    Bombardements aériens, frappes d’artillerie, gaz de combat…l’immense horde fasciste ne recule devant rien pour écraser la résistance du YPG – YPJ et de ses alliés.

    Erdogan prétend qu’il ne touchera pas aux civils. Dans une guerre comme celle-ci, que mène un occupant contre un peuple, il n’y a ni civils, ni militaires. Il n’y a que l’oppression générale. Ces propos ont été démentis par la réalité : hôpitaux éventrés, civils assassinés…

    Les massacres ne font pas peur à l’armée Turque. Les colonialistes et les impérialistes n’ont jamais, dans toute l’histoire, agi autrement.

    Celui qui débute se produit dans le silence, dans l’opacité. Les yeux du monde sont bandés par la censure, par l’intimidation, par la répression.

    Le seul tort le celles et ceux qui résistent stoïquement est d’avoir voulu conquérir leur indépendance et leur liberté. D’avoir voulu créer un monde plus juste. Le Rojava expérimente un modèle de progressisme, de volonté d’aller vers plus de Justice, une plus grande égalité, la fin de l’oppression sur les femmes, sur les minorités, sur les religions. Surtout, le Rojava est un espace qui se constitue contre les impérialisme, une zone où ce ne sont pas les intérêts des grandes puissances dominantes qui sont dictés.

    Là réside leur crime : celui d’oser exister.

    Le débat politique est une chose constante, mais l’Unité Communiste de Lyon s’horrifie de voir que certains et certaines cherchent tous les prétextes pour renier leur solidarité. A nos yeux, tout s’efface devant le déferlement de bandits sanguinaires sur Afrîne. Il ne peut y avoir qu’un seul cri, celui de la solidarité totale. Les moyens de la réaliser concrètement sont divers et variés, mais tous comptent !

    Certains et certains sont allés physiquement aider les combattants et les combattantes kurdes. Nous les saluons, nous rendons hommage à celles et ceux qui ont fait ce choix courageux et qui ont donné leur vie pour que le Kurdistan vive ! Ils et elles ne seront jamais oubliés. Les barbares ne tuent pas les résistants et les résistantes, ils les rendent immortelles !

    Clamons notre solidarité en ce jour de l’an Kurde ! Que celui-ci devienne le point de départ de l’an 1 d’un Kurdistan libre !

    En cette journée du Newroz, le nouvel an Kurde, nous clamons toutes et tous notre solidarité avec celles et ceux qui souffrent sous le joug des fascistes, des obscurantistes, des impérialistes. Nous clamons notre solidarité avec ceux et celles qui se dressent pour la Liberté, pour l’Egalité, pour la dignité du plus grand peuple sans Etat du monde.

    En cette journée, nous pointons du doigt la responsabilité écrasante et totale des impérialistes étrangers, des « démocraties défenderesses des droits de l’homme », qui ont agi en apprentis sorciers, en jouant avec les flammes de la réaction de du fascisme, pour satisfaire des ambitions géopolitiques et commerciales. Nous pointons du doigt le fait que dans les villes d’Europe, la répression grandit. Les manifestations sont attaquées, les drapeaux sont confisqués, les organisateurs sont intimidés. Les grandes puissances ne sont pas neutres : elles sont complices !

    A travers cette solidarité, nous clamons notre soutien à toutes celles et tous ceux, qui, dans une nuit qui s’éternise, subissent la faim, la misère, les privations, les coups et les violences du capitalisme et de l’impérialisme.

    L’Unité Communiste de Lyon relaie l’appel de l’ICOR [Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires] à une journée de solidarité envers le peuple Kurde, envers les combattants et les combattantes d’Afrîne !

    Vive la solidarité internationale des peuples !

    Les flambeaux du Newroz sont les flambeaux de la liberté !

    Rendez vous le 20 mars, à 19h00, place Bellecour.