Étiquette : Covid

  • La fin d’un été de 30 ans.

    La fin d’un été de 30 ans.

    La fin de l’été approche.

    Cette fin approche, tant du point de vue du calendrier, avec l’arrivée de septembre, avec l’arrivée de l’automne, les retours de vacances, la reprise du travail…ect. Mais pas uniquement. Il existe aussi un autre été. Un été civilisationnel, un plateau de plus de trente années de stabilité.

    Nous arrivons à la fin d’un été qui aura duré plus de trente années.

    Il est un peu comme ceux de l’enfance, ces longs étés qui paraissaient durer éternellement, dans lesquels le temps était aboli, dans lequel les jours se mélangent pour ne former plus qu’un continuum. Une temporalité différente. Une temporalité dans laquelle la lourde chaleur d’une fin de mois d’août nous écrase, nous enveloppe, rendant tout cotonneux.

    Cela ne veut pas dire que des événements importants, structurels, n’ont pas eu lieu. Ils ont d’ailleurs été annoncés comme étant historiques, transformants, catastrophiques ou autre… Mais demain arrivait quand même, certes plus dur, mais toujours vivable. Alors l’enivrement narcotique de cet été sans fin reprenait. Que signifiait « historique » ? Un slogan, tout au plus. L’histoire s’était évaporée devant un présent sans fin. Le futur, l’avenir, restait à venir. Abstrait.

    Pourtant, insensiblement, les jours sont devenus plus courts, les nuits plus fraîches. Cette insensibilité à permis de s’y adapter progressivement, de faire œuvre de résilience. La vie est devenue plus dure, le futur plus anxiogène, mais le présent restait. Puisque demain existait, à quoi bon parler d’après-demain ?

    Des colères, des révoltes ont éclaté, parfois. Mais elles étaient le plus souvent des colères pour d’autres, des solidarités, de l’humanitarisme. Ou elles s’intéressaient à combattre des faits abstraits : les réformes des retraites, par exemple. Ces luttes perçues comme donquichottesques ont mobilisé, mais peu. A quoi bon ?

    Même des faits inéluctables comme le réchauffement climatique sont eux aussi des abstractions. Certes, cela ira mal, mais pour le moment ça va. Et quand ça ira mal, nous verrons bien. Notre cerveau, qui n’aime que la régularité, s’en contentait bien, même si le climat a sa propre temporalité et ses propres mécaniques1. Le déni et la distanciation reste une règle : c’est une toile d’araignée dans un coin sombre de notre esprit, mais nous le traitons comme s’il s’agissait d’un deuil d’une personne éloignée. Déni, colère, marchandage, dépression, et finalement acceptation, car les choses ne changeront pas tant que ça. Demain sera là. Après, on verra.

    L’enivrement de l’empire.

    Dans ce nuage cotonneux, il y a plusieurs choses. D’une part, il y a l’opium de l’impérialisme, de la richesse extorquée par le vol, par la surexploitation et par le crime. Cet opium anesthésiant provient de souffrances qui nous paraissent lointaines, dans une autre temporalité, et autour desquelles nous forgeons un consensus hypocrite : notre paix vaut bien cela. Dans tous les débats, dans toutes les discussions qui vont avoir lieu pour les élections, voilà l’absent : la structure centrale, vitale, de notre économie, son échange inégal avec toute une partie du monde.

    Cette bulle masque toute une partie de la réalité économique et sociale. La pauvreté et la misère existent en France comme dans les pays développés. Elle est impitoyable et cruelle. Mais elle est sans commune mesure celle qui a cours dans la partie immergée de l’iceberg économique. Il existe un mur intangible entre ces deux réalités. L’été de notre monde est l’hiver des autres.

    Le présentisme, ou la maladie de l’histoire.

    De l’autre, il y aussi l’illusion de la fin de l’histoire, de l’été permanent d’un présent qui n’en finit jamais d’être.

    Claude Levi-Strauss parlait ainsi des sociétés chaudes, historiques, avançant dans les pas de l’histoire, et des sociétés froides (improprement présentées par des détracteurs comme des sociétés sans histoire) dans lesquelles l’histoire était distanciée et n’avait pas de prise sur la vie.

    Le positivisme, l’idée que l’histoire a un sens (auquel les marxistes ont involontairement contribué d’ailleurs), nous donne l’impression que nous arrivons sur un plateau : celui de la stabilité. Quant à la culture de l’immédiateté, elle accentue la rupture entre passé et présent. La prise de Kaboul date du 15 août, elle est déjà un passé terminé, historicisé, séparé d’une réalité qui ne s’y intéressera presque plus dans une nouvelle semaine.

    François Hartog, dans Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, décrivait des « Régimes » qui structurent la manière dont on comprend le temps et l’histoire. « Un « régime d’historicité » n’est pas uniquement l’expression d’un ordre dominant du temps. Tissé de différents régimes de temporalité, il est une façon de traduire et d’ordonner des expériences du temps, des manières d’articuler passé, présent et futur et de leur donner un sens. » (Bertrand Lessault). Le notre, marqué par un présent continuel, est aussi celui de la stagnation.

    Derrière cette définition peu accessible se trouve une réalité concrète, discernable, « historisante » elle aussi :

    La fin de la guerre froide et l’annonce de la fin de l’histoire par Francis Fukuyama ont contribué à ce refroidissement de nos sociétés. Après 1991 et la fin de la séparation du monde en deux, ils ont annoncé le triomphe total et définitif de la démocratie libérale à l’occidentale. Le temps était venu de la fin du temps, du moins pour notre aire civilisationnelle : celle des riches pays impérialiste que rien ne vient menacer. En 1967, Guy Debord écrivait :

    « Les sociétés froides sont celle qui ont ralenti à l’extrême leur part d’histoire ; qui ont maintenu dans un équilibre constant leur opposition à l’environnement naturel et humain, et leurs oppositions internes. Si l’extrême diversité des institutions établies à cette fin témoigne de la plasticité de l’auto-création de la nature humaine, ce témoignage n’apparaît évidemment que pour l’observateur extérieur, pour l’ethnologue revenu du temps historique. Dans chacune de ces sociétés, une structure définitive a exclu le changement. Le conformisme absolu des pratiques sociales existantes, auxquelles se trouvent à jamais identifiées toutes les possibilités humaines, n’a plus d’autre limite extérieure que la crainte de retomber dans l’animalité sans forme. Ici, pour rester dans l’humain, les hommes doivent rester les mêmes. »

    La conviction que notre système politique était le meilleur, qu’il est la synthèse des erreurs du passé, qu’il est devenu indépassable, contribue à nourrir le fait que nous devenions une société froide. Une société d’un été sans fin, trompeur.

    Alors, il reste des traces du passé, mais elles ne sont pas des traces d’histoire. Elles sont des traces de mémoire. Sans cesse, nous avons l’injonction de nous rappeler de la mémoire. Une mémoire souvent victimaire, qui ramène ceux et celles qui se sont battus pour faire accoucher l’histoire à des victimes. Qui met aussi sur le même plans les victimes et les victimes des victimes, honorées de la même manière dans la grande amnistie du pardon moraliste. Nous jugeons du passé des autres en regard de notre présent, et, inversement, nous exorcisons notre propre passé (et le sang versé) en le remettant dans une histoire lointaine, passée, d’une erreur adolescente.

    Mais l’histoire, elle, est oubliée. Elle est la construction du monde d’aujourd’hui, de ses étapes. Elle structure, créé la tension entre le passé, le présent et l’avenir, et les replace dans une seule et même trajectoire, continue, sans frontières définies.

    Le passé n’éclaire plus le présent.

    Aujourd’hui, alors que des manifestations anti-pass parlent de totalitarisme ou de nazisme, qui peut croire réellement, en son for intérieur, qu’il est possible de voir un bouleversement de ce type arriver. Alors que l’armée française reconsidère sa structure, passant d’une armée de corps expéditionnaire colonial à une armée faite pour l’affrontement avec une autre armée, qui peut pour autant imaginer un conflit de ce type ? Le décalage entre l’âge d’aujourd’hui et ce passé entretient la même distance qu’avec la fiction. Cela explique d’ailleurs parfois le négationnisme : on ne « peut pas y croire », le fossé est trop grand.

    Regardons combien ne croient pas à la pandémie : elle ne s’inclut pas dans une lecture présentiste de l’histoire. Elle est improbable. Même des militants marxistes-léninistes chevronnés l’ont incluse dans une narration invraisemblable : elle est forcément une manœuvre politique politicienne, parce qu’elle ne peut pas être quelque chose qui dépasse l’espèce humaine.

    La mise à distance du passé permet aussi de se défausser de toute responsabilité.

    Autre exemple, il est possible pour quelqu’un comme Emmanuel Macron de parler de la colonisation ou des tests nucléaires dans le Pacifique et de reconnaître leur caractère criminel. Il s’en sent distancié : n’étant pas responsable, il ne se sent pas coupable. C’était la France du passé, une autre, par la sienne. En revanche, une personne comme Hubert Védrine, acteur du génocide du Rwanda, essaie d’empêcher cela pour un passé qui n’est pas assez distancié.

    Quant à la pensée de l’avenir, elle est redue trompeuse par l’espoir d’un long fleuve tranquille. La projection dans le futur se base sur une stabilité et sur une idée que demain est prévisible, discernable. Cela paraît aller de soi, mais songeons que seules les générations nées (et en France encore) après 1945 ont pu tabler sur cette continuité. C’est bien peu pour faire une norme d’une exception historique mineure. Elle joue pourtant sur les mentalités d’une manière considérable (après tout, la mentalité des générations du baby boom est celle de la libéralisation et de la confiance dans l’avenir, vu comme individualiste et mu par une croissance économique continue.)

    L’engagement militant estival.

    Cette anesthésie joue dans l’engagement militant, qui n’aurait pas de sens s’il n’était pas un engagement vers l’avenir. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, mais les plus précaires, les plus pauvres, les plus vulnérables sont souvent bien trop pris dans la lutte pour la survie et pour la défense d’intérêts économiques immédiats pour se projeter dans un militantisme vu comme chronophage et idéaliste. Les classes moyennes (aussi nébuleuse que cette définition soit), représentent la grande majorité de ceux qui ont le temps et l’énergie disponible pour se lancer dans ce combat. Mais leur situation intermédiaire joue aussi des tours.

    Il y a une certaine forme de dissonance cognitive dans l’engagement militant. Souvent, il consiste à courir deux lièvres à la fois : celui de la transformation du monde, celui d’un but historique positif, transformant, « chaud » au sens de Levi-Strauss. Mais aussi, il est confronté à la normalité du quotidien et de la projection dans une société « froide » : progresser dans sa carrière, avoir une maison, fonder une famille, profiter des joies de l’été qui tire en longueur.

    Dans la fougue et l’instabilité de la jeunesse et d’une adolescence rendue tardive par les longues études, le premier l’emporte très généralement sur le second. Mais il n’empêche pas qu’un poids normatif écrasant finit par s’imposer. Entre le nihilisme radical du « socialisme et barbarie » et les crédits à payer, il existe un gouffre qui se creuse et qui engloutit.

    D’ailleurs, cet engagement est souvent celui, comme nous l’avons dit plus haut, influencé par un humanisme moral. Il vise à rejeter la transformation apocalyptique du monde pour ne pas créer d’autres victimes à commémorer, y compris des victimes de victimes. Il met tout sur le même plan pour ne faire de peine à personne, sans poser la question de la manière de résoudre ces conflits et ces contradictions (la question centrale des fronts et des étapes). De plus, en regardant l’histoire comme une chose morte à commémorative, il pousse à ne pas proposer un programme, mais une simple Weltanschauung. Une vision ou une perception du monde, d’à quelles choses se référer, en piochant dans la mémoire, sans comprendre que l’histoire implique de prendre le bon avec le mauvais. Cette Weltanschauung finalement, limite à des postures morales superficielles et non pas à une perspective de transformation de l’avenir.

    Car c’est bien pour construire l’avenir que l’engagement existe. Et cet engagement ne peut pas faire l’économie de sa part d’ombre et de complexité. Il ne peut pas faire l’impasse sur la livre de chair à payer.

    Sortir du présentisme, c’est sortir aussi de l’injonction morale et moralisatrice. C’est retrouver les pas de l’avenir. C’est retrouver aussi la notion de l’effort commun en vue de construire un avenir qui ne soit pas cette lente trajectoire vers un hiver social, économique, environnemental. Il ne faut pas sous estimer cette importance du temps et cette importance de la trajectoire dans la construction de la pensée. L’Alltagsgeschichte (l’histoire de tous les jours) du nazisme, en occultait le caractère dictatorial et terroriste, au profit de la normalité du quotidien des Allemands aryens. À l’inverse, l’Alltagsgeschichte de l’URSS, en mettant de côté la dimension de monde naissant, des « palais du peuple en construction », de projet, sapait le lien qui existait entre peuple et gouvernement. Un consensus basé non pas sur la gestion du présent mais bien sur la construction d’un avenir radieux, d’un été réel2.

    Il ne s’agit pas de s’apitoyer sur un déclin civilisationnel, comme ne cesse de le clamer l’extrême-droite. Ce que nous observons dans la vie de tous les jours de notre « aire civilisationnelle », ou plutôt de notre promontoire de pays dominant, ce n’est pas la fin. Ce n’est pas la fin d’une aire, mais celle d’une ère.

    C’est plutôt un tout nouveau début. Un retour fracassant dans l’histoire. Cette fin de l’été ouvre une ère qui a souvent été décrite comme celles des troubles et des catastrophes. C’est une vérité que les temps de demain seront plus durs que l’anesthésie d’aujourd’hui. Mais ces temps seront ceux d’une nouvelle avancée de l’histoire. De nouveaux pas vers l’avenir.

    C’est là où la question de l’engagement mérite d’être renouvelée, d’être reconstruite et d’être repensée. C’est là où la question de l’histoire et de la continuité de l’histoire est elle aussi centrale : elle continue d’exister dans d’autres régimes d’historicité ailleurs elle continue de s’écrire ici aussi.

    La pandémie de COVID-19 est une des premières illustrations de cela. Elle est à la fois un memento mori (souviens toi que tu es mortel) mais aussi un Nos semper in historia (Nous sommes toujours dans l’histoire.)

    C’est avec cela en tête que nous pourrons à la fois comprendre la tension entre passé et présent, dont la victoire des Talibans n’est qu’un exemple, mais également celle entre présent et avenir. Celui-ci est le fils de nos choix actuels et de nos projets. Cette bataille pour l’histoire est aussi une bataille pour l’accouchement de l’histoire. Elle est une bataille pour sortir du marasme idéologique, du découpage en petite luttes et en petites mémoires concurrentes. Elle doit être la fin des injonctions morales, imposées pour le maintien de l’ordre établi.

    1 Notre cerveau, quelque part, est arithmétique, il fonctionne sur des calculs simples, faits de nombres rationnels. Quand nous imaginons le réchauffement climatique, nous avons tendance à le voir comme une addition de dixièmes de degrés en plus. Dans la réalité, le climat lui, est algébrique, il fonctionne avec des coefficients et des multiplicateurs.

    2 Selon l’histoire du « Futur radieux », les Soviétiques pouvaient être sûrs qu’il y aurait des récompenses en raison de leur connaissance des lois historiques, dérivées de Marx. Lors de la Révolution d’octobre 1917, le prolétariat, dirigé par par les bolcheviks, avait renversé les capitalistes exploiteurs, dont la concentration des richesses dans quelques mains avait laissé la majorité à la pauvreté et aux manques. Le socialisme était le résultat prédéterminé de la révolution prolétarienne. Cette prédiction s’est visiblement réalisée dans les années 30 avec l’industrialisation et l’élimination des petits capitalistes l’industrialisation et l’élimination de la petite entreprise capitaliste ont jeté les bases économiques du socialisme. En abolissant l’exploitation et les privilèges et l’augmentation de la production et de la productivité, le socialisme apporterait nécessairement l’abondance et augmenterait le niveau de vie de tous. Ainsi, un avenir radieux était assuré. Cette connaissance du futur avait des implications pour la compréhension du le présent. Une personne qui ne connaissait pas l’histoire pouvait regarder la vie soviétique et n’y voir que difficultés et misère, sans comprendre que des sacrifices temporaires étaient nécessaires. Et n’y voir que difficultés et misère, sans comprendre que des sacrifices temporaires doivent être faits pour construire le socialisme. Les écrivains et les artistes sont exhortés à de cultiver un sens du « réalisme socialiste » – voir la vie telle qu’elle devient, plutôt que la vie telle qu’elle était. Plutôt que la vie telle qu’elle était – plutôt qu’un réalisme littéral ou “naturaliste”. Mais le réalisme socialiste était une mentalité stalinienne, pas seulement un style artistique. Les citoyens ordinaires ont également développé la capacité de voir les choses telles qu’elles devenaient et devaient être plutôt que telles qu’elles étaient. Un fossé vide était un canal en devenir ; un terrain vague où de vieilles maisons ou une église avaient été démolies, jonché de détritus et de mauvaises herbes, était un futur parc. (Fitzpatrick, S. (2000). Everyday Stalinism : Ordinary life in extraordinary times ; Soviet Russia in the 1930’s. Oxford University Press. Trad. Personnelle.)

  • Pass Sanitaire, la défaite ?

    Pass Sanitaire, la défaite ?

    Nous avons hésité avant de rédiger ce document. Ce n’est pas la première fois que nous voulons prendre du recul avant de nous exprimer sur un sujet, en particulier lorsque celui-ci critique les prises de position d’organisations pour lesquelles nous pouvons avoir de l’estime. Cependant, nous pensons que s’il est important de saluer et de souligner le travail réalisé par les autres organisations qui participent à la nébuleuse de la gauche parlementaire, nous devons également critiques les positions fausses.

    Car le militantisme politique ne peut pas se nourrir uniquement de déclarations creuses et de silences gênés devant les sujets difficiles. Militer, c’est prendre aussi des décisions qui ont des conséquences pratiques, ces décisions impliquent des choix, mais aussi le fait de procéder à des affirmations : nous ne nous battons pas qu’autour d’antis, nous avons un projet, celui d’une société nouvelle. Il ne nous suffit pas de nous adosser au mur des postures de principes, nous devons aussi penser, en dépit de la faiblesse de notre mouvement, en tant que forces capable de proposer.

    Alors que la France repasse au dessus des 10 000 cas / jours, des manifestations anti-pass vaccinal se multiplient. Elles prennent une place centrale dans l’actualité. Pendant ce temps, les questions sociales sont remisées, réduites, oubliées. L’extrême-droite s’est ruée sur l’occasion, tandis qu’une partie de l’extrême-gauche tergiverse, ou minimise pudiquement cette bien étrange communauté de point de vues.

    Cela n’enlève rien au fait de regretter que le pass sanitaire, ce pis aller, soit la solution choisie par le gouvernement. Il s’agit d’une manière autoritaire de régler une question qui aurait pu être résolue autrement. Elle montre le désaveu général de la population envers ces méthodes de commandement qui sont antidémocratiques et méprisantes. Il existe aussi un certain nombre d’angles morts, notamment pour les femmes enceintes ou ayant projet de l’être, pour lequel les études font défaut.

    Car, bien sûr, nous pouvons et devons comprendre le ras-le-bol d’une population à qui le gouvernement à menti sans cesse. Une population qui a le sentiment d’être infantilisée et d’avoir à subir un contrôle social permanent. C’est quelque chose qui est un sentiment logique, une expression quasiment normale. Mais il existe alors deux voies possibles :
    • Celle de prendre appui sur ce sentiment sain, et celui de lui donner une issue positive. A savoir que si on veut déterminer quelles seront les libertés collectives en commun, il faut se doter du pouvoir politique. Celle aussi d’être capable d’interfacer les désirs : nous voulons être libres, oui, mais pour l’être nous devons passer par la fin de cette pandémie, voir même des campagnes d’éradication de ces maladies.
    • Celle de renforcer démagogiquement les positions réactionnaires et individualistes qui existent au sein des masses populaires. Les adouber, les légitimer dans leur forme plus que dans leur fond, et vouloir renforcer les tendances à l’atomisation des masses.

    Dans ce dilemme, ce qui revient est souvent la comparaison avec un précédent, celui des Gilets Jaunes.

    La comparaison avec les Gilets Jaunes est souvent amenée pour justifier ce que Nantes Révoltée nomme le caractère « protéiforme » du mouvement. En somme, le fait que l’extrême-droite soit présente dans les manifestations. Et qu’elle en prenne d’ailleurs la tête, comme à Paris. Nous pensons qu’il y a là une erreur manifeste d’analyse.

    Le mouvement des Gilets Jaunes, en dépit de ses revendications parfois décousues, était avant tout une colère contre la spoliation, le poids écrasant des impôts pour les classes populaires (dont le plus injuste, la TVA), contre la vie chère. Il s’est mué progressivement, au travers du constat de l’impasse démocratique-parlementaire, en une lutte pour un changement de régime. Cette lutte politique d’importance était fondamentalement progressiste car elle posait la question, même sous des termes qui étaient parfois maladroits, du contrôle populaire sur l’État.

    Dans le cas de ce mouvement, l’alibi de la lutte contre la casse des droits sociaux ne peut occulter une réalité : c’est la question du pass vaccinal et de l’obligation d’être vacciné qui est le point de ralliement central des colères.

    La réalité est que ce mouvement porte en lui un seul message de fond : la primauté d’une vision étroitement individualiste de la liberté, érigée en horizon indépassable et en projet de société. Une conception dans laquelle la responsabilité collective, l’effort commun, la prise en compte de la nécessité, est niée, remisée au placard.

    Le Grand Renoncement à changer le monde.

    Elle s’inscrit dans un Grand Renoncement. Renoncement à un projet d’une société nouvelle, et à la conscience des étapes qui permettent d’en tracer la route. Renoncement à un projet qui transcende l’individu, qui en fait un des « maillons de la chaîne de l’histoire ». Renoncement au fait que des efforts collectifs, des contraintes, des risques puissent être consentis pour avancer. Dans l’état actuel des choses, ce mouvement met en avant un souhait : celui de vivre de la manière la plus libre dans un monde dévoré par les flammes.

    Mais le fait que ce soit un mouvement de masse réactionnaire n’implique pas que sa nature puisse évoluer vers autre chose. Cela dépend de notre action politique et de notre capacité à pouvoir poser politiquement les questions, notamment en termes de démocratie populaire, mais aussi en termes de responsabilité dans la construction d’un monde commun.

    Il faut aussi le dire, les intérêts du gouvernement et ceux des masses populaires peuvent parfois coïncider. Cette coïncidence des intérêts ne signifie pas la communauté de buts. Ils sont diamétralement opposés. En l’occurrence, les exploiteurs veulent pouvoir remettre en marche l’économie le plus rapidement possible. Nous, nous voulons sortir de cette période de cauchemar et reprendre nos luttes… Pour cela, il faut tordre le cou à la pandémie.

    Or, cette difficulté de faire émerger une position dans laquelle on peut concevoir que le gouvernement ne soit pas un « mal absolu » mais un « mal relatif » oblige à sortir de la posture de principe et à réfléchir autrement.

    L’extrême-droite en position de force.

    Ces mouvements ont des conséquences. D’une part en termes de radicalisation d’une partie de la population fermement opposée à la vaccination et à toute contrainte, de l’autre en termes de passage à l’action de certains.

    Dans le Doubs, ainsi, une coupure de courant ciblée a frappé un centre de vaccination. Dans le Vercors, une croix gammée a été taguée sur un autre. A Urrugne, c’est même un incendie qui en a touché encore un autre. Trois centres ont été fermés dans le Béarn. A Toulouse, des tentatives de corruption ont été repérées dans le but d’obtenir un certificat de vaccination sans injection.

    Les comparaisons douteuses ont d’ailleurs fleuri. Comparaison avec l’avortement, sous l’argument du « mon corps, mon choix ». Comparaison avec l’apartheid ou avec la Shoah… Non seulement elles sont fausses, mais elles souillent ces questions avec des arguments libéraux et individualistes.

    Nous le rappelons, la vaccination est un acte solidaire et collectif, non une décision uniquement individuelle et qui n’engage que la personne qui fait ce choix. Si nous devons choisir une métaphore routière, elle ne serait pas le fait de porter sa ceinture ou non (après tout, qui n’a pas entendu l’argument que la ceinture pouvait aussi tuer?). Elle est plus celle de choisir de boire au volant et à faire courir le risque de percuter quelqu’un.

    Quant à l’Apartheid et à la Shoah, il s’agissait individus qui n’avaient strictement aucun choix et aucune prise sur leur destin. Ils ont été placés dans une situation qui les ont conduits à la misère, l’exclusion ou la mort dès leur naissance. Personne n’est en passe d’être fusillé ou gazé pour son refus de la vaccination. Tout au plus, la personne qui assume cette posture sera donc cloisonnée à des lieux et des activités individuelles. C’est là aussi la récompense de l’individualisme.

    La réalité étant, une nouvelle fois, et il faut le marteler, qu’il ne s’agit pas uniquement d’un choix individuel. Le port du masque, le respect des gestes barrières, la vaccination… ont des conséquences qui dépassent largement celles de l’individu. Car il ne s’agit pas juste de ne « pas tomber malade », mais il s’agit aussi de contribuer à deux choses :
    • Limiter au maximum les chaînes de transmission et éviter que celles-ci se perpétuent indéfiniment.
    • Éviter au maximum les réplications du virus, ce qui pourrait permettre l’apparition de nouveaux variants plus agressifs, capables de s’affranchir des anticorps, naturels ou apparus par la vaccination.

    Car si les effets à long terme des vaccins sont extrêmement hypothétiques, ceux de la maladie commencent à être découverts : troubles neurologiques, problèmes psychologiques, Covid long… De plus, un nouveau confinement serait une catastrophe morale.
    C’est un choix qui n’engage pas que soi même, son cercle, ou même son pays, mais bien l’humanité entière. La participation à la transmission du virus et à la création de nouveaux variants ne se répercute pas que sur nos pays développés, bénéficiant de soins d’une qualité respectable, et surtout d’une sécurité sociale (gagnée, chèrement, par un effort collectif et sacrificiel). Elle se déverse sur l’ensemble de la planète. Aujourd’hui, la Tunisie est en pénurie d’oxygène médical, par exemple. C’est une illustration de la porosité des responsabilités.

    Mais si les conséquences sur la santé sont si importantes aux yeux de tant de monde, il nous faut poser la question dans des termes plus larges, notamment la dévastation de notre environnement et le besoin d’une écologie totale !

    Être vacciné pour pouvoir lutter.

    Nous faisons face à des offensives sans précédent de la part du gouvernement et du patronat. Tant que la crise sanitaire n’est pas conjurée, non seulement nous ne pouvons pas lutter collectivement dans des conditions idéales, mais le gouvernement peut révoquer nos droits. Il peut décréter tant qu’il veut les mesures qu’il veut. Non seulement cela impacte les manifestations, mais cela impacte surtout le travail d’organisation et de structuration des mouvements et des luttes. La dépendance technologique aux outils informatiques pour pallier au manque de rencontre physique augmente la vulnérabilité. Nous pouvons être isolés, surveillés, tandis que les tensions montent entre les individus.

    Lutter contre la pandémie, se faire vacciner, encourager et défendre la vaccination est à la fois un combat idéologique contre les conspirationnistes et les partisans de l’atomisation des individus (ce qui facilite leur radicalisation réactionnaire). Elle est aussi une responsabilité collective pour la défense de nos droits économiques et politiques, en particulier dans cette année d’élection. Lutter pour cette vaccination, c’est également remettre au centre l’action et la responsabilité collective.

    Nous pensons que nous devons défendre la vaccination massive et son importance primordiale pour sortir du chaos.
    Nous devons donner une issue de lutte à la défiance envers le gouvernement : sachons identifier les étapes pour sortir de cette crise et organiser une riposte.
    Défendons l’action collective, la solidarité et l’entraide concrète ! La vaccination, pour ensuite battre les patrons !

  • Macron a parlé

    Macron a parlé

    Le 12 juillet, Emmanuel Macron, dans ce rituel habituel, s’est adressés à ses administrés. Ses annonces sont en deux volets. Une partie sur la question de la crise sanitaire, une autre sur la question de l’offensive contre les droits sociaux. Il s’agissait de déclarations attendues et prévisibles. Mais ce qui est tragique, c’est le renversement total, aux yeux d’une partie conséquente de l’opinion publique de l’importance de l’une par rapport à l’autre.

    La première nous paraît la plus importante. Elle est le dévoilement du plan d’assaut contre les droits sociaux. Nous savons désormais que la pause dans les réformes, très relative, est terminée. Macron prévient : le monde de demain ressemblera donc à celui d’avant hier. A celui d’avant le programme du CNR et les conquêtes sociales. Le temps avant les élections présidentielles est compté, et il entend bien en tirer profit pour mener, tambour battant, une série de réformes scélérates. Nous voilà prévenus : il nous faudra rassembler les forces syndicales, politiques, sociales qui ont subit un an et demi de knock out technique, et prendre le chemin des luttes.

    Nous savons que celles-ci s’empêtrent souvent dans les calendriers électoraux : certes les organisations politiques présidentiables battront le pavé, mais avec un seul mot d’ordre. « Votez, et nous ferons le reste ». Or nous savons que ces promesses creuses n’engagent à rien, mais, aussi, sont souvent irréalisables. L’État n’est pas l’arbitre neutre de la lutte entre les intérêts dans la société : il est surtout une interface qui permet à la bourgeoisie de rendre la dictature des siens acceptable, en permettant certains aménagements, certaines concessions. Mais sans jamais renoncer à l’essentiel : ses intérêts priment.

    La réforme du chômage sera donc appliquée. Le RSA baissera. Les retraites sont en ligne de mire. Et pourtant, ce qui ressort dans les discours, c’est la lutte contre la pandémie. Alors que les premiers points concernent l’avenir et l’assombrissent terriblement, les yeux sont rivés sur la lutte sanitaire. Le reste est oubliée.

    Mais, même la mise sur un pied d’égalité de la lutte sanitaire est déjà une forme de défaite intellectuelle et militante. Le fait que certains groupes choisissent de qualifier les mesures prises par l’État de dictature sanitaire, de totalitarisme, montre le divorce complet entre ces groupes et la réalité concrète, matérielle, de ce que signifie cette épidémie.

    Nous ne considérons pas que la politique menée par l’État pour lutter contre la pandémie soit idéale ou parfaite. Nous l’avons largement critiquée à plusieurs reprises, en particulier pour sa stratégie du moindre mal. Celle-ci, pour des motivations économiques mais aussi démagogiques, a été coûteuse sur tous les plans. Tant sur le plan humain, moral, qu’économique. Si aujourd’hui, la situation paraît sous contrôle, plusieurs indicateurs laissent penser qu’elle peut repartir rapidement, notamment sous la pression d’un nouveau variant. Pendant ce temps, la campagne vaccinale s’est montrée poussive. Nous interprétons le discours de Macron, par rapport à ce point là, comme étant une manière de taper du poing sur la table, tout en offrant aussi des issues : il s’agit de passer d’une vaccination encouragement (à voyager, à sortir…) à une vaccination sanction basée sur des menaces et des restrictions spécifiquement appliquées à celles et ceux qui ne se vaccinent pas. C’est une politique qui se durcit. La question de cette vaccination obligatoire pour certaines professions (santé, pompiers…etc.) ainsi que le développement du pass vaccinal ou d’application de suivi ont causé une levée de boucliers.

    C’est une expression multiforme qu’il convient d’analyser rapidement : Elle est d’une part un sentiment populaire de méfiance et de rejet de tout ce qui est proposé par le gouvernement, traduisant une absence de confiance dans celui-ci, mais également plus profondément, dans l’ensemble de la société telle qu’elle est à l’heure actuelle. Et c’est là quelque chose de dramatique quant il est question de sujets tels que la science ou la santé publique.

    Mais cette expression est aussi celle d’un discours politique. D’une part l’extrême-droite tente d’employer ces peurs et ces angoisses pour alimenter sa propre rhétorique conspirationniste. De l’autre, il existe aussi ce conspirationnisme d’extrême-gauche, qui voit dans cette manière de gérer la pandémie l’expression de tendances totalitaires.

    Nous n’avons pas besoin de parler des fascistes et de l’extrême-droite, leurs intentions sont claires. Mais nous voulons parler à nos amis qui se trompent dans leur manière d’analyser les choses. Il est vrai que le gouvernement (ou plutôt les gouvernements successifs) ne rechignent pas quant il s’agit d’étendre le contrôle social et de détruire les droits économiques et politiques (ce qui est, nous le maintenons, l’aspect central du discours de Macron). En revanche, cette hostilité à l’ensemble des mesures contraignantes et de lutte contre la pandémie pose question : comment l’auraient-ils abordée ?

    Nous ne voulons pas nous poser les questions uniquement en étant dans une posture d’outsiders. Cette attitude qui consiste à se placer d’une manière diamétralement opposé à l’ensemble des discours de l’Etat, confortable, est aisée. Mais elle n’est pas sans travers : en supposant un plan préétabli, cohérent, dans l’ensemble des prises de décision politiques, en considérant l’État comme un diable cynique et mû par la méchanceté, ces discours piochent aussi dans un inconscient conspirationniste. Il est d’ailleurs hilarant de voir que cette hypothèse totalitaire se heurte à des écueils insurmontables. Par exemple, ceux et celles qui disaient que le gouvernement était en guerre contre la vie sociale, qu’il préparait 1984, comment expliquent-ils ce relâchement brutal dans le confinement ? Ils ne l’expliquent pas. Ils ont simplement cessé de le dire, et passés à autre chose, à d’autres hypothèses totalitaires.

    Dans chacune de nos prises de position, nous nous posons la question de « qu’aurions nous fait ». Et il est clair que si nous étions au pouvoir, dans cette situation de pandémie, nous aurions du, nous aussi, prendre des mesures extrêmement contraignantes pour tordre le coup à cette maladie. Nous aurions du, nous aussi, faire la promotion ou imposer la vaccination. Nous arions du, nous aussi, empêcher les rassemblement festifs et sanctionner les organisateurs et les organisatrices (pas avec les mêmes modes opératoires, certes). Pas par attrait pour l’autoritarisme, non, mais bien parce que nous plaçons la nécessité comme préalable à la liberté. Et parce qu’une épidémie, et a fortiori une pandémie, n’est pas un choix individuel. C’est une responsabilité collective qui transcende notre individualité. Elle n’est pas comme marcher sur le bord d’une falaise par grand vent, où seule la sécurité de l’individu qui le fait est en jeu, elle est comme rouler ivre-mort dans une rue. Cette mise en avant des intérêts étroitement individuels et personnels, finalement pas si éloignée des ultra-libéraux à la Bolsonaro et à la Trump, montre une faillite dans l’analyse de la société et dans la compréhension du rôle de militant et de militante.

    Cela ne signifie pas tout accepter, bien au contraire ! Mais cela signifie savoir reconnaître ce qui est nécessaire et vital et ce qui est à surveiller ou à combattre. En l’occurrence il nous faut lutter contre la pandémie de manière efficace. Nous ne marcherons pas avec les anti-masques, les anti-vaccins, ou ceux et celles qui n’agissent que pour leurs petits plaisirs, leurs petites jouissances de privilégiés individualistes. Nous ne nourrirons pas la machine à produire du conspirationnisme, qui non seulement nous éloigne de nos objectifs émancipateurs, mais qui menace aussi à tout moment de nous engloutir.

    En revanche, nous considérons qu’il est vital, de rester vigilants.
    Nous devons nous préparer à des temps difficiles, pris dans la tourmente d’une campagne électorale menée autour de thématiques réactionnaires et quasiment fascisantes. Nous devons nous préparer aux offensives sociales, sociétales, et politiques. Sans tordre le cou à cette pandémie, nous ne pourrons ni répondre, ni remporter de victoire.

    Pour se retrouver dans la rue, lutter, avancer, gagner, il faut être en bonne santé !

  • Un an de confinement (Partie 2) : les origines

    Un an de confinement (Partie 2) : les origines

    Retour sur les origines.

    Petite parenthèse ironique. Sur Netflix, la série En Bref présentait en septembre 2019 un documentaire intitulé La pandémie qui vient. Durant cet épisode, il était expliqué que nous courrions un risque immense de voir un jour arriver une pandémie. Le modèle-type était décrit : probablement une zoonose, c’est-à-dire un virus mutant transmis de l’animal à l’homme ; probablement dans une région dans laquelle on trouve des marchés « humides », c’est-à-dire où la viande est vendue sur pied et tuée à la demande ; probablement dans une région comme la Chine, où le SRAS était apparu de cette manière.

    Elle indiquait également que les canaux de la mondialisation pourraient transmettre ces virus avec une célérité ahurissante, et rapidement atteindre le monde entier. Mais elle indiquait aussi, tristement, que les gouvernements traînent des pieds à mettre en place des systèmes préventifs et des stocks stratégiques en case de pandémie : cela est coûteux, et face à une menace incertaine, aléatoire, il est toujours facile de remettre à demain les mesures à prendre. A la suite du déclenchement de la pandémie, l’équipe a produit une nouvelle version, détaillant aussi la course au vaccin. Elle mérite d’être vue.

    Il faut dire qu’ils ont vu juste. A moins d’une surprise colossale – ce dont rêvent les conspirationnistes – il est pratiquement certain que la pandémie est surtout terriblement banale. Un pathogène qui se transmet d’un animal réservoir à l’homme, et qui se répand par la suite. La peste, la syphilis, le VIH, la grippe porcine, aviaire, espagnole, le SRAS, le MERS… sont toutes des maladies qui ont suivi ce tracé là.

    Dans le cas de la grippe espagnole, il est même possible de remonter jusqu’aux origines : le Kansas. Pendant la Première Guerre mondiale, un fermier porteur de la grippe humaine et un poulet porteur de la grippe aviaire sont dans le même espace : une grande basse-cour. Ils ne peuvent se contaminer mutuellement. En revanche, ils peuvent contaminer un porc. Dans les cellules de celui-ci, les deux virus transmettent leur ARN, ce qui leur permet de faire de celles-ci des usines à copie. Sauf que les deux le font en même temps, fusionnant leurs ARN pour en créer un nouveau. C’est quelque chose qui n’est pas exceptionnel. En revanche, dans la grande majorité des cas, les virus mutants sont moins efficaces, bancals, stériles. Dans quelques cas, cela créé une nouvelle souche. Dans le cas du Kansas, cette souche va se répandre comme une traînée de poudre, profitant de l’envoi d’un corps expéditionnaire américain en Europe. Il en résulte plusieurs millions de morts.

    Dans celui du VIH, c’est le déboisement de la forêt congolaise, la consommation de « viande de brousse » et le contact avec des espèces tropicales qui ont provoqué la rupture des barrières entre espèces. L’épidémie est restée discrète jusqu’aux années 1970, date à laquelle le développement de la mondialisation et du transport mondial lui a permis de s’implanter aux USA.

    Le virus qui provoque la Covid suit très certainement ce même schéma, très bien anticipé par En Bref. Il est tristement banal, et tristement classique. Mais il bénéficie lui aussi de l’incroyable accélérateur du transport mondial, de la densité de population, de la mauvaise application de mesures prophylactiques (lavage des mains, masques en cas de maladie…).

    Comme dans toute période d’angoisse, la politique s’en mêle également, et avec elle un lot de fantasmes.

    Un virus « chinois »?

    Il est clair que la Chine n’a pas fait preuve d’une grande volonté de transparence quant à cette pandémie. Elle a agi avec la prudence d’une puissance montante, laquelle tient à cacher secrète toutes ses faiblesses, pour qu’elles ne soient pas exploitées par ses potentiels – ou réels – adversaires. Ce silence a joué un rôle dans le fait que la pandémie ait plus se disséminer davantage, mais il ne s’agit pas d’un acte volontaire. Il est indéniable qu’elle a mis en œuvre tous les moyens possibles pour juguler celle-ci. L’impressionnant confinement de la ville de Wuhan a été parfois utilisé en exemple d’un totalitarisme chinois.

    Cependant, les accusations qui ont eu pour but de démontrer le fait qu’il s’agisse d’une expérimentation ou d’un produit préparé n’ont été étayée que par des preuves douteuses, fictives, ou mal interprétées. Elles sont allées de la simple confusion avec les autres types de coronavirus jusqu’à des inventions pures et simple. Surtout, elles ont procédé d’une manière non scientifique : soit par la pétition de principe soit par l’inversion de la causalité. Lorsque nous détaillerons les logiques conspirationnistes, nous aurons l’occasion de détailler cela plus précisément, mais dans l’intervalle, nous pensons qu’il est important d’expliciter ces deux principes.

    Dans la pétition de principe, les « chercheurs de vérité » ont procédé ainsi : ils sont partis du principe qu’il y avait une influence humaine et une action humaine à l’origine de cette pandémie, et sont donc partis à la recherche de signes, plus que de preuves. Or, dans une ville de la taille de Wuhan et dans un pays continent comme la Chine, il est aisé d’en trouver.

    Wuhan, avec ses 11 081 000 habitants et habitantes en 2018, n’est pas une bourgade. De la taille de Paris et de sa banlieue, la ville est une vraie métropole. Elle possède donc des installations universitaires et de recherche qui sont à la hauteur de sa taille. Parmi celles-ci, il existe effectivement un laboratoire P4, dédié aux maladies infectieuses. Mais il existe 1 356 laboratoires d’études sur les virus dans le monde. Si deux sont classés P4 en Chine, ce n’est pas du fait de la dangerosité des coronavirus, mais plus d’autres maladies nettement plus fatales. Pour le moment, il n’existe aucune preuve qu’il s’agisse d’un virus échappé d’un laboratoire, et encore moins d’un virus construit par l’homme.

    Il est vrai qu’il existe des expérimentations pour créer des virus chimères. Il n’est pas exclu non plus qu’il existe des armes virales ou bactériologiques. Cependant les probabilités sont minces. Dans un cas comme dans l’autre, nous ne pouvons que constater certaines choses. Pour un virus supposé bricolé, il possède un comportement qui est tout à fait banal. Rien ne le rend exceptionnel. Ni dans ses mutations, ni dans ses effets – encore qu’ils ne soient pas complètement élucidés.

    Pour un virus militaire, en particulier si celui-ci devrait servir à réduire la population terrestre, c’est un bien piètre outil. Il est incontrôlable – ce qui est le travers de toute armes biologique – et il n’est guère létal. D’une manière générale, c’est là un travers des armes biologiques : elles ne sont pas discriminantes.

    Un virus américain ?

    L’autre branche de la tenaille conspirationniste s’est nourrie d’un « à qui profite le crime ». Or, là encore, il s’agit d’une faille de raisonnement. Il inverse les principes de causalité, et il fait de la capacité de résilience, d’adaptation, une preuve d’intention. En soi, dans la plupart des situations, bonne ou mauvaise, des opportunités nouvelles ou des possibilités d’adaptation existent. Certains, certaines, sont plus efficace que d’autres à savoir saisir la balle au bond, et à utiliser des situations à leur avantage. Ainsi, la pandémie à fait naître, par exemple, des perspectives pour l’Asie, qui s’est libérée rapidement des entraves liées au Covid. Les milliardaires en ont tracé d’autres, en dépit de la récession, pour s’emparer de parts de marché détenues par leurs concurrents et par la petite bourgeoisie… Pourtant ils n’ont pas intérêt en soi à provoquer cette crise : elle aurait été un double saut périlleux dans le vide.

    Tirer profit, cela ne signifie pas être à l’origine de cette pandémie.

    Ainsi, tandis que beaucoup accusaient la Chine, d’autres ont accusé les USA, l’Europe, ou, même les Juifs. En partant d’un affrontement – réel – entre capitalistes, ils ont limité leur champ d’investigation aux relations géopolitiques ou à une grille de lecture purement militaire, oubliant ainsi totalement deux acteurs : la Nature et le hasard.

    Arguments sans preuve, se répondant sur la base de supposition biaisées, nourries de preuves bancales… Les théories du « grand reset », de l’arme de guerre ou d’autres buts de ce type paraissent bien naïves. Sans preuves tangibles d’un caractère exceptionnel

    En revanche, leurs effets ont été très concrets. Dans ceux qui « profitent du crime » il existe une cohorte de racistes et de xénophobes qui s’en sont servis pour alimenter la haine. Le racisme anti-asiatique connaît depuis, surtout aux USA, des sommets. Ainsi, il y a quelques jours, une tuerie à Atlanta a visé plusieurs salons de massage asiatiques, causant 11 morts. Le mobile raciste semble être au centre de cet acte.

    La peur panique et les mensonges ont aussi un autre effet : cela pousse les personnes vulnérables à s’isoler ou à se recroqueviller sur des communautés sectaires qui s’unissent autour des mêmes croyances. Une explication des événements, donc rassurante. L’hostilité provoquée envers les mesures gouvernementales, prophylactiques ou de soin (masques, vaccins, confinements…) représente un aspect criminel de ces pratiques.

    Nous pensons que nous pouvons qualifier ce virus de tristement banal et de tristement prévisible. Il a été le révélateur des faiblesses des uns et des autres, en en particulier a provoqué un coup dur au prestige du système de santé occidental.

  • Un an de confinement (Partie 1) : le bilan

    Un an de confinement (Partie 1) : le bilan

    Un an après le début du confinement, nous voulons tirer un petit bilan de cette période.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, l’incertitude demeure. Rien ne permet de savoir de quel côté la balance épidémiologique peut pencher. Les choix opérés par le gouvernement français depuis septembre ont été marqués par l’atermoiement, le moyen-terme, l’indécision. Si il n’existe pas – pour le moment – d’explosion nouvelle, de troisième vague ravageuse, nous restons sur le fil du rasoir.

    La politique gouvernementale a été marquée par une série de tergiversation, d’hésitations, de compromis. Tandis que, durant 2020, le Comité Scientifique a été l’acteur principal, son rôle s’est éteint progressivement, pour être escamoté au profit du gouvernement. Il y a de quoi s’interroger.

    Ce comité a été fortement critiqué pour des motifs tout à fait recevables. Il avait été composé par une cooptation gouvernementale, il n’avait pas de comptes à rendre à l’Assemblée…En somme il concrétisait parfaitement la vision gaullienne de la transformation de l’État : une techno-structure régnante, capable, au nom d’une hypothétique objectivité scientifique, de décider à la place des interfaces démocratiques.

    En dépit de cela, ce comité a été réduit progressivement au silence. Pourquoi ? Tout simplement car les décisions gouvernementales commençaient à s’en écarter, pour en diverger ensuite fortement. Le gouvernement, en effet, à choisi le hasard face à la fermeté, renonçant à des confinement, pour s’orienter vers une gestion plus souple de la crise.

    Ainsi, à l’origine, les contaminations devaient passer en dessous des 5 000 par jour pour que le confinement soit levé. Cependant, il l’a été, en dépit d’un maintien aux alentours des 20 000. Le fait qu’il n’y ait pas eu d’explosion immédiate a été célébré comme une « victoire de Macron sur les sachant » par ses thuriféraires. Elle a révélé que Macron n’est pas seulement une personne qui célèbre occasionnellement Pétain, il en a aussi adopté la marotte de 1917. Tandis que Pétain voulait « attendre les Américains et les chars », Macron lui propose de gérer l’épidémie en attendant les effets de la vaccination. Pour le moment, le pari tient… en apparence.

    Cependant, cette victoire est incertaine, coûteuse, précaire.

    La pensée qui sous-tend le raisonnement de Macron est simpliste et mathématique. « Les contaminations sont stables, dont l’épidémie est gérée. » Le gouvernement oublie en cela plusieurs paramètres essentiels.

    Le temps de latence : entre la contamination et les symptômes, puis entre les symptômes et le test, plusieurs jours se passent. Entre le test et le résultat, un délai supplémentaire s’adjoint. Entre les remontées des tests et leur publication, un autre s’adjoint encore. Il en est de même quant au temps qui s’écoule du déclenchement de la maladie à l’hospitalisation. En réalité, le gouvernement conduit une politique avec des informations déjà périmées.

    La dynamique interne : les chiffres n’ont pas de sens s’il n’est pas pris en compte une dynamique interne. Une contamination n’a pas le même sens en fonction de son lieu et de son cadre. Le remplacement des virus type 1 par de nouveau type peut laisser penser une chose : les contaminations peuvent très vite passer d’une suite arithmétique (1 contamination + 1 contamination…) à une suite logarithmique (1 personne contamine 2 personnes qui en contaminent 4…) en fonction de la contagiosité du variant. Cette absence de prise en compte des bonds qualitatifs (même si la qualité, en l’occurrence, est plutôt désagréable!) montre l’impact d’une pensée bureaucratique et comptable.

    C’est là un problème de fond. Mais à celui-ci s’ajoute un problème de forme.

    Car cette politique pose trois problèmes :

    Premièrement :

    Les hôpitaux fonctionnent en flux-tendu. Cela les oblige à ralentir l’attribution de moyens financiers et humains à d’autres services. Les soins non-Covid sont moins suivis, notamment pour les maladies chroniques ou les cancers. De fait, comme les personnes accèdent à des soins plus tardifs, elles arrivent dans un état plus grave. Cela se ressentira, lorsque les statistiques pourront être complétées, par une surmortalité non-Covid, mais liée à la pandémie.

    Le personnel hospitalier est soumis à une surcharge de travail immense depuis plus d’un an. Il est passé d’un climat de sprint à un marathon, et ce ne sont pas les applaudissements éphémères qui vont lui permettre de récupérer. Cette surcharge de travail se traduira également dans un taux de démissions, de contaminations, de burn-out, mais aussi d’épuisement et d’erreurs médicales sans cesse croissant.

    La marge de manœuvre des hôpitaux est extrêmement faible. C’est-à-dire qu’un nouveau pic contaminatoire peut provoquer dans un délai extrêmement bref une saturation complète des services. Cette saturation mettra à nouveau le personnel hospitalier dans l’obligation de faire des choix.

    Deuxièmement :

    En maintenant un haut niveau de circulation du virus, le gouvernement prend un risque extrêmement élevé : celui de voir des variants nouveaux prendre le pas sur le virus classique, ce qui est d’ores et déjà le cas pour le virus anglais. Surtout, il prend le risque inconsidéré de créer de nouveaux types de variants. Cette politique peut mettre en péril l’intégralité du programme de vaccination.

    Le profil des malades a évolué depuis le début de la pandémie. Les personnes âgées sont moins nombreuses, tandis que les contaminations chez les jeunes sont plus importantes. Or, si la mortalité est plus faible chez les plus jeunes, ce n’est pas le cas des séquelles. Des études ont démontré que les séquelles neurologiques (souvent consécutives aux pertes d’odorat) sont plus importantes chez les jeunes qui chez les personnes âgées (chez qui la forme la plus aiguë est pulmonaire.).

    De plus, il reste l’énigme du Covid-long, qui peut frapper toute personne, quelque soit son état de santé ou son âge. Plus le virus circule, plus il existera de personnes confrontées à ces dangers.

    Troisièmement :

    Cette pandémie n’est pas « gratuite », ni moralement, ni financièrement. La politique du moindre mal et du métro-boulot-dodo permet de sauver l’essentiel : le taux de profit des plus grands capitalistes. Ils ne sont donc pas en danger – sauf quand, par vanité, ils s’écrasent en hélicoptère. L’essentiel est sauf. Dans l’ensemble, le grand capital profite de la crise, car il est plus solide, plus résistant, et qu’il sait également capter les deniers publics. Son avenir est par ailleurs radieux : il pourra profiter des crises pour racheter à bas prix les concurrents à l’article de la mort.

    Mais pour les entreprises plus vulnérables, PME, TPE, artisanat, ou pour les travailleurs et les travailleuses plus précaires, une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de leur tête. L’endettement, le surendettement, les carnets de commande vide, les magasins fermés…1 Cette situation critique – dont les conséquences les plus profondes se manifesteront à la fin des aides d’État – créé une situation d’instabilité économique, et, par voie de conséquence, politique. Pour le gouvernement, ce n’est pas un but, mais bien une conséquence perverse d’une politique lâche. En maintenant le pays à moitié fermé, il rend impossible les conditions de sa réouverture. En dernière instance, les petits capitalistes et les plus précaires ont largement perdu plus dans cette période que au cours d’un confinement strict.

    Le coup moral devient de plus en plus lourd. Le confinement de mars, bien qu’ayant aussi sa part de dureté, était sidérant. Il s’agissait de quelque chose d’inconnu depuis la grippe espagnole. Il s’agissait d’une de ses situations d’urgence absolue, d’exception, qui tend à faire oublier le reste. Cependant, tout comme pour l’hôpital, lorsque le sprint devient une course de fond, un marathon, les choses changent. La stupéfaction, l’impression de tournis des événements a laissé la place à la laideur d’un quotidien bien commun, mais dont les divertissements ont été retirés. Aujourd’hui, le sentiment général est celui d’avoir été volé d’une année de nos vies. Si nous faisons la part des choses sur cette question-là2, nous ne pouvons nier que le prix à payer devient exorbitant.

    L’enfermement, les couvres-feu, la mise entre parenthèse de la vie sociale et affective se paie. Violences conjugales accentuées, agressivité, nervosité, dépression, désespoir… La jeunesse étudiante, notamment, enfermée dans ses 9m², à un âge dans lequel la vie sociale est primordiale, a payé un lourd tribut. Les femmes, comme nous l’avons mentionné dans notre communiqué du 8 mars, ont été en première ligne sur tous les fronts, et ont subis un harcèlement accru avec la levée du confinement.

    Ces trois raisons font que la politique du gouvernement est non seulement singulièrement contre-productive, mais même dangereuse. Elle est aussi le fruit de l’intervention du calendrier électoral. En cette période, il faut mieux des moyens termes qui déçoivent un peu tout le monde, qu’un choc qui en aliène certains. Quelques dizaines de milliers de morts valent bien cela.

    Nul doute que, à l’heure actuelle, le gouvernement prépare une réélection. Après avoir été le missile à tête chercheuse de la bourgeoisie la plus rapace, Macron et ses sbires ont pris goût à leurs fonctions. Il faut reconnaître, en toute objectivité, qu’ils possèdent un boulevard devant eux.

    Une conjonction favorable des astres leur assure une chance de gagner en 2022. La configuration est, il faut l’admettre, rêvée. La gauche institutionnelle ne s’est absolument pas montrée capable de pouvoir intervenir dans le débat politique. Elle s’est contentée de jouer les observatrices, tout en ayant perdu (mais c’est valable pour l’extrême-gauche aussi) une partie de son contact avec la population, notamment dans le cadre des luttes sociales.

    Le centre de gravité du débat est fermement arrimé entre droite et extrême-droite. Les lignes éditoriales des journaux, les débats télévisés, les débats politiques… sont intégralement noyés par une déferlante ultra-réactionnaire. La pandémie a accentué les peurs ancestrales. Peur des sorcières-féministes, peur des ennemis intérieurs, des espions, des saboteurs islamo-gauchistes, peur de l’extérieur, de la concurrence internationale, des conflits extérieurs.

    Tandis que la situation économique se dégrade, la situation politique plonge également. Des termes, qui n’avaient plus droit de cité depuis l’écrasement du Reich, sont de nouveau au centre du débat. Et l’extrême-gauche, le camp du peuple, n’est pas suffisamment forte pour imposer son ordre du jour.

    Avons-nous tiré les conclusions de cette période ? Sommes-nous prêts et prêtes à affronter un avenir complexe, inquiétant, anxiogène ? C’est une question ouverte. Cette brochure a vocation à apporter sa contribution à ce débat.

    1Nous sommes obligés de noter un fait : les charlatans de l’homéopathie ont pleuré sur l’absence de grippe, du fait du port du masque, ce qui a réduit leur recettes. Leur appellation : « marché du rhume et de la grippe » montre bien leur vraie nature. S’il existe une branche de l’industrie pharmaceutique à liquider en priorité, c’est bien celle-ci et celle des remèdes new-âge.

    2Notamment dans la conclusion de cette série d’articles.

  • Construire la solidarité populaire avant que la crise ne frappe !

    Construire la solidarité populaire avant que la crise ne frappe !

    Avec l’organisation de lutte Drapeau Rouge, nous avons initié des tables de solidarité depuis plusieurs semaines. Ces tables ont vocation à permettre de distribuer des produits de première nécessité, mais également à en collecter auprès de ceux et celles qui peuvent en donner. Au travers de ces tables, nous essayons de développer une politique de solidarité. Elles ont été accueillies chaleureusement par les habitants et habitants du quartier. Cela nous a également donné la possibilité d’échanger avec les habitants et les habitantes du quartier de Vaise, dans l’agglomération lyonnaise.

    Nous avons également commencé à réaliser des distributions auprès des étudiantes et des étudiants, qui, bien souvent, sont en face de problèmes considérables pour boucler leurs fins de mois.

    Nous ne sommes pas les seuls à faire ce travail, et nous n’avons de prétention à quoique ce soit. Nous saluons d’ailleurs l’intégralité des initiatives de solidarité populaire qui ont été lancées1. Leur travail est exemplaire. Nous voulons apporter nous aussi notre contribution, jouer notre rôle, couvrir une plus grande surface de terrain. Nous voulons, en somme, que le slogan « servir le peuple » se concrétise.

    Nous appelons d’ailleurs à multiplier ces actions et à les renforcer. Nous espérons qu’il sera possible de les centraliser davantage, d’éviter les doublons, de ne pas laisser de déserts, et de travailler en bonne entente.

    Car, hélas, le climat social et politique ne va pas en s’arrangeant. De sombres nuages s’accumulent à l’horizon.

    Nous sommes dans l’œil du cyclone.

    Depuis des décennies une profonde crise économique couve. L’économie peine depuis longtemps déjà. La crise du Covid amplifie simplement le phénomène.

    Nous n’en voyons que les prémices.

    Pour le moment, le gouvernement maintient un grand nombre d’entreprises sous perfusion. Les aides « Covid » maintiennent un semblant de niveau de vie. Si certaines entreprises se gavent de cet argent public, se gavent de dette, elles permettent aussi de faire échapper bon nombre à la misère. Mais elles ne les endureront pas éternellement. Le gouvernement réfléchit à l’après-pandémie. L’arrêt des aides signifiera probablement une contraction de l’économie et la fermeture d’un nombre encore plus grands d’entreprises vulnérables. Ce darwinisme économique profitera aux plus forts, aux plus puissants, et contribuera encore davantage à polariser la société et à concentrer le capital.

    Contrairement à une idée reçue, la dette n’est absolument pas un problème. Il n’y a ni urgence à l’annuler, ni à la rembourser. Les taux d’emprunts sont extrêmement bas, négatifs parfois, ce qui fait que certains paient pour prêter aux États. Mais ce poids est dangereux lorsqu’il est utilisé politiquement pour justifier une politique de liquidation des droits sociaux. Au nom du fétiche de « l’économie saine », une offensive nouvelle se prépare vers les droits sociaux. Alors qu’ils sont précisément ce qui – y compris dans une perspective non révolutionnaire — est ce qui peut permettre de surmonter la crise. La sécurité sociale, les aides pour les chômeurs et les retraites sont les enfants de la misère de 1945-1947. Ils sont précisément ceux qui ont permis l’expansion économique des années suivantes.

    Mais les capitalistes, les banquiers, les rentiers et les parasites ne pensent pas ainsi : ils sont des ravageurs, qui ne voient pas d’autre chose que la rentabilité à court terme, que l’accroissement de leurs rentes, de leurs bénéfices. Leurs actions ne sont d’aucune stratégie : après eux, le déluge ! Pour échapper à la misère, à la précarité, nous ne pourrons compter que sur nous même. La seule véritable solution est une économie dirigée vers la satisfaction des besoins culturels et matériels de l’humanité. C’est là, uniquement là, qui réside une économie saine, sans dettes et sans crises.

    Tant que l’économie sera axée sur la recherche du profit maximal, sur l’exploitation sans vergogne, il y aura des crises constantes.

    Notre solidarité contre leur charité.

    Paniers repas, bons d’achats, réductions… les opérations commerciales menées par les grandes surfaces ont été nombreuses. Quelles que soient leurs formes, elles partagent un trait commun : elles sont un bon investissement plus qu’un sacrifice. Premièrement, les opérations commerciales sont un bon moyen de fidéliser la clientèle et de réaliser une campagne de communication positive qui améliore l’image de la marque.

    Deuxièmement, il s’agit parfois d’une affaire bien rentable. Au moment où Notre-Dame était ravagée par les flammes, nous écrivions :

    « Un don est défiscalisé à 60 %. Les entreprises paient un impôt, donc, mais vers le secteur de leur choix. Et elles ne le paient qu’a 40 %, le reste étant, donc, à la charge des contribuables. Cela fait donc que ces derniers paient pour les choix d’image de l’entreprise, à hauteur de 60 %. Ainsi, en 2016, 369 millions d’euros ont été réellement versés par les entreprises, tandis que l’État a dû abonder de 990 millions d’euros. (selon les rapports de la Cour des comptes.) LVMH fait figure de grand pionnier, pompant à elle seule 61 600 000 € en 2018, loin devant les 8 suivantes, qui ne représentent que, cumulée, 21 000 000 €. Une manière de faire un bel effet levier sur les ambitions du peloton de tête des fortunes.

    Troisième aspect, le gonflement des dons en nature et le mécénat « de compétences ». Pour le premier, il s’agit de faire des dons qui sont défiscalisés, mais en ne prenant régulièrement pas comme base le prix de revient du produit donné, mais son prix de vente final, accompagné de la marge du distributeur. De plus, lorsque Auchan, Carrefour, Casino donnent des produits alimentaires, il arrive régulièrement que ceux-ci soient inexploitables (trop proches de la fin de la Date Limite d’Utilisation), et donc auraient été perdus. Il s’agit donc d’une manière de valoriser les pertes et de faire des dons qui peuvent même rapporter.

    Le mécénat de compétence, quant à lui, consiste à fournir de la main d’œuvre pour des travaux. Une manière d’ajuster l’activité de l’entreprise. En temps normal, la prestation est facturée uniquement du coût du salaire, mais des entreprises en profitent pour saler l’addition, sachant qu’elle est couverte par l’État. De plus, les « Établissements Administratifs Publics » peuvent offrir des prestations en nature à titre de dédommagement. Une nouvelle manière de rentrer dans les frais de l’entreprise. »2

    En dernière instance, les capitalistes ne parlent pas la langue de la solidarité. Aux mieux, ils prodiguent la charité philanthropique, celle qui soulage la peine temporairement, sans jamais s’attaquer au fond du problème.

    Il en est de même chez ceux et celles qui, au nom d’une « solidarité » hypocrite, sont là pour avancer des positions réactionnaires et antipopulaire. Les obscurantistes voient dans la misère un terrain de recrutement et de diffusion de leurs idées. D’autres, comme Bastion Social, y voient une occasion de diffuser la haine raciale et de fragmenter les exploités et exploitées. En dernière instance, la misère est un terrain comme un autre pour eux. Leur but est de l’utiliser, non d’y mettre un terme.

    Une voie différente.

    Notre solidarité est différente dans son fondement. Nous voulons mettre fin à ce cycle infernal de souffrances, d’exploitation, de misère. Nous ne nous réjouissons d’aucun malheur. De celui de l’ouvrier qui sait son poste condamnée, de l’artiste qui peine à se nourrir, de l’étudiant isolé dans son 9 m². Nous ne nous réjouissons pas plus de celui de la petite bourgeoisie commerçante, endettée, étrillée par les loyers, les traites, les impôts. Leur intérêt objectif est de mettre fin à la dictature de l’exploitation, à la dictature du capital, à la concentration toujours croissante des richesses dans des mains toujours moins nombreuses.

    Nous savons que tout ne se réglera pas par quelques tables et un peu d’entraide. Le problème est plus profond. Le problème est structurel. Il concerne l’ensemble de structure économique, le capitalisme comme mode économique dominant. Cette société d’inégalité se maintient par la force et par la propagande. Par une force sans cesse plus omniprésente, brutal. Par une propagande qui fait croire à l’égalité des chances, à la méritocratie, au « que le meilleur gagne », alors que les dés sont truqués.

    Pour nous, l’économie, la production de richesses culturelle et matérielles doit servir les intérêts de la population, doit permettre à l’humanité de poursuivre sa route, sans ravager la planète. Mais nous ne pouvons faire confiance qu’à nous même, qu’à un contrôle absolu sur l’économie, pour y parvenir. Nous avons besoin d’une nouvelle démocratie, d’un nouveau système.

    Nous pouvons faire mieux !

    Nous avons un monde à gagner. Un nouveau monde à construire. Face aux défis de la crise climatique, des menaces de guerres, de la misère et de l’obscurantisme, il n’existe pas une infinité de solutions. Soit rester prisonniers, écrasés par l’étau de l’exploitation, intoxiqués par les mensonges racistes, enfermés par une société pourrissante, soit perdre nos chaînes et faire front. Ensemble, solidaires, unitaires, nous pouvons être le changement révolutionnaire !

    1. Nous pourrions cependant ajouter un bémol à cela : l’organisation néo-fasciste Bastion Social prétend à une « solidarité populaire ». Dans les faits, elle se limite à des actions d’instrumentalisation de la misère sur des critères raciaux/ethniques. De fait, ces actions sont plus du domaine du prosélytisme et de la charité hypocrite que de la réelle solidarité populaire. A notre sens, celle-ci doit se doubler d’une volonté d’unifier les classes populaires dans le but de changer également le fond de notre société.
    2. Notre-Dame de Paris, une charité bien ordonnée

  • Les vaccins appartiennent à l’humanité – pas aux groupes pharmaceutiques !

    Les vaccins appartiennent à l’humanité – pas aux groupes pharmaceutiques !

    Résolution de l’ICOR

    C’est une grande réussite que, grâce aux recherches de beaucoup de personnes, plusieurs vaccins soient déjà proches de l’approbation ou soient actuellement administrés un an  seulement après les premières infections à Covid-19. C’est un succès, même si un contrôle strict et une évaluation scientifique de leur efficacité et de leur tolérabilité doivent se  poursuivre. Le succès, l’étendue des vaccins, la qualité et la sécurité pourraient être bien  plus importants si cette recherche sur les vaccins ne se trouvait pas aussi sous le signe de  la rivalité des groupes pharmaceutiques dans l’intérêt de la concurrence impérialiste. La  Russie, par exemple, utilise son vaccin Spoutnik V sur le marché latino-américain pour  prendre l’avantage sur ses rivaux capitalistes des États-Unis, de l’Allemagne, de la France  et du Japon. La société chinoise Sinovac a signé des contrats de tests et de fabrication de  son vaccin avec de nombreux pays. La production de vaccins à ARNm a également permis  d’obtenir un nouveau type de vaccin. En raison notamment de sa structure simple, plusieurs millions de doses de vaccin peuvent être produites en quelques semaines. Le vaccin et le traitement médical nécessaire doivent être accessibles à tous les pays et à  toutes les personnes, en particulier aux pauvres. Mais plus l’approbation des vaccins par  les grandes sociétés pharmaceutiques Pfizer/Biontech, Moderna et AstraZeneca se  rapproche, plus il devient clair que les impérialistes ont l’intention de s’en assurer la  majeure partie. Par exemple, selon Oxfam, seuls quelques pays, qui ne représentent que  13 % de la population mondiale, se sont déjà assuré plus de la moitié de toutes les doses  de vaccin. Pour le Pérou, l’un des pays où le taux de mortalité par habitant est le plus élevé  dans la pandémie, les livraisons de vaccins ne sont annoncées que pour le mois d’août de  l’année prochaine. 

    La Covax-Facility (Covid-19 Vaccines Global Access), créée en 2020 par l’Organisation  mondiale de la santé, est censée assurer une distribution équitable du vaccin. Mais il y a  peu d’engagements financiers pour les objectifs qu’elle s’est elle-même fixés. Et la  distribution envisagée par Covax est tout sauf équitable : les pays qui peuvent payer leurs  propres doses de vaccin doivent avoir la priorité sur ceux qui dépendent de l’argent de  l’aide. Nous rejetons cette politique impérialiste inhumaine en matière de santé dans les  termes les plus forts possibles ! 

    Même dans les pays impérialistes, nous critiquons la politique de vaccination. Elle s’appuie  unilatéralement sur de grands centres de vaccination au lieu de se concentrer sur les soins  des médecins de famille à proximité du domicile. Et là aussi, la pandémie de Covid-19 est  une maladie de la pauvreté.  

    Nous exigeons : L’ordre de vaccination doit être basé sur des critères strictement  médicaux et infectieux – partout dans le monde, quelles que soient les possibilités  financières des pays et des individus ! En particulier, il faut tenir compte aussi de la  

    logistique nécessaire : Les pays qui ont des possibilités limitées pour la réfrigération  nécessaire des vaccins doivent notamment recevoir les vaccins d’AstraZeneca et de  Moderna et similaires, dont la réfrigération est moins compliquée. À l’heure actuelle, la  vaccination devrait être volontaire ; il ne faut pas introduire la vaccination obligatoire par la  porte de derrière au moyen de certains droits spéciaux pour les personnes qui ont été  vaccinées. 

    Les vaccinations sont des acquis de l’évolution de l’humanité à laquelle tous les  gens ont droit ! Au lieu de cela, dans le capitalisme/impérialisme, les vaccins qui  peuvent décider de la vie et de la mort servent à réaliser des profits ! Mettre fin au droit de brevet sur les vaccins ! 

    En avant vers le socialisme – pour une société dans laquelle les acquis de  l’humanité profitent également à tous ! 

    Signataires (en date du 17/12 2020, d’autres signataires sont possibles):

    1. PCPCI Parti Communiste Prolétarien de Côte d’Ivoire 

    2. UPC-Manidem Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie 

    3. MMLPL Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine) 

    4. CPSA (ML) Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes)) 

    5. PCT Parti Comuniste du Togo 

    6. PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie 

    7. MLOA Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan) 

    8. CPB Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)

    9. CPI (ML) Red Star Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge) 

    10.NCP (Mashal) Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal)) 

    11.PPRF Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal) 

    12.NDMLP New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka 

    13.CPA/ML Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste)) 

    14.БКП Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)

    15.БРП(к) Българска Работническа Партия (комунисти) (Parti ouvrier de Bulgarie (Communistes)) 

    16.PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine)

    17.MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne) 

    18.UC Unité Communiste, France 

    19.UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France 

    20.KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg) 

    21.RM Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas 

    22.UMLP União Marxista-Leninista Portuguesa () 

    23.MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse) 

    24.MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan) 

    25.KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine 

    26.PCC-M Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste) 

    27.NPCH (ML) Nouveau Parti Communiste Haϊtien (Marxiste-Léniniste)

    28.PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant)) 

    29.BDP Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou

    30.PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine 

    31.PCR-U Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay) 

  • Rentrée Blanquer : entre faux départs et dérapages.

    Rentrée Blanquer : entre faux départs et dérapages.

    L’Unité Communiste considère que cette rentrée s’est placée sous le signe de l’amertume et de la déception. Cette amertume possède un grand nombre de raisons.

    Le protocole sanitaire : une farce de mauvais goût.

    Le nouveau protocole sanitaire décidé par le ministère de l’Éducation Nationale s’est avéré une pure et simple copie des propositions faites pour préparer le déconfinement. Or, si ces propositions n’ont pas pu être mises en pratique en juin, ce n’est pas par manque de volonté de la part des équipes pédagogiques, mais bien parce qu’elles se sont heurtées à des problèmes insolubles. Le nouveau protocole, qui se contente de répéter ces mêmes injonctions intenables, adjoint cependant une vraie nouveauté : le « dans la mesure du possible ».

    Illustration de l’inconséquence ministérielle, cette sortie, épinglée par « Le café pédagogique » :

    « S’exprimant sur France Inter le 2 novembre, JM Blanquer a été interrogé sur le nouveau protocole sanitaire. « Chacun doit comprendre qu’en période de crise sanitaire on doit s’adapter au dernier moment », a dit le ministre. Il défend le maintien des élèves dans les établissements. « Ce qui compte c’est que les enfants ne perdent pas le fil de l’école ». La fermeture des lycées « n’est pas à l’ordre du jour.. On veut que les lycéens aient cours. Il y a la possibilité de faire des demi groupes. Mais je ne l’encourage pas ». »

    Cela renvoie la responsabilité de la mise en œuvre du protocole à l’échelon local, qui doit faire avec, composer avec des moyens défaillant, avec des classes surchargées ou avec des lieux inadaptés. Il en résulte des transcriptions locales tragicomiques, qui placent les surveillants et surveillantes en position de police, chargés de traquer les élèves n’ayant pas leur masque. Les menaces de sanction, allant jusqu’à l’exclusion pour 3 jours, sont supposées dissuasives. Elles sont en réalité inutilisables. De plus, les gains réalisés à l’intérieur des bâtiments et des salles de classe sont perdus sur le parvis des établissements.

    Finalement, face à la situation, il n’est pas crédible que le pseudo-confinement puisse donner des résultats. La politique du « moindre mal », en dernière instance, contribue à faire enfler encore démesurément l’addition finale, tant en termes de mort qu’en impact économique.

    Samuel Paty : en pertes et profits.

    L’hommage a Samuel Paty a été passé en perte et profit. Après deux semaines de promesses, de déclarations pompeuses, finalement, peu de résultats concrets. Les enseignants et enseignantes, passés subitement de laquais de l’islamo-gauchisme à héros de la nation, semblent bien en passe de retrouver ce statut.

    L’idée de créer un événement solennel, central, incluant l’ensemble de la communauté pédagogique, a été passée en pertes et profits. Le temps de préparation, préalable logique à tout adresse aux élèves, a été également supprimé. Les aménagements permettant cette mise en place concertée ont été laissés à la libre initiative de direction d’établissement parfois paniquées par la situation. Cela a fait que, une nouvelle fois, les enseignants et les enseignantes ont du se débrouiller avec leur équipe ou seuls.

    Le révisionnisme Blanquer

    De plus, la demande d’employer une lettre de Jean Jaurès, dite ‘aux instituteurs et aux institutrices’, a été l’occasion d’un nouveau cafouillage honteux. Les versions mise à disposition des enseignants avaient été falsifiées et tronquées. Elles remplaçaient ainsi le terme « fierté » par « fermeté », mais, surtout, escamotaient tout un passage qui critiquait avec insistance la multiplication des examens. Un comble, au moment où la loi Blanquer transforme le lycée en bachotage constant. Ce révisionnisme outrancier a contribué encore davantage à faire de cet hommage une humiliation. Le syndical SUD-Education en a fait une critique en bonne et due forme.

    Nous passons d’ailleurs sur l’instrumentalisation des figures historiques, laquelle ne peut qu’évoquer les pratiques imbéciles de Sarkozy avec Guy Môquet, ou avec son « parrainage d’un enfant déporté ». Il existe aussi une savoureuse ironie liée à Jaurès, pacifiste et assassiné pour cela. Si nous partons du principe qu’il aurait maintenu ces mêmes positons après le déclenchement de la guerre, il aurait été fustigé et emprisonné pour son opposition à celle-ci. L’exemple de Karl Liebknecht le montre.

    Blanquer s’est montré à l’offensive idéologiquement. Il s’en prend à tout ce qui lui déplaît. Et un grand nombre de choses lui déplaisent, notamment les universités, notamment l’écriture inclusive, notamment l’intersectionnalité. Il a ainsi déclaré, le 3 novembre :  «Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines et des thèses intersectionnelles, qui veulent essentialiser les communautés et les identités, aux antipodes de notre modèle républicain qui, lui, postule l’égalité entre les êtres humains, indépendamment de leurs caractéristiques d’origine, de sexe, de religion. C’est le terreau d’une fragmentation de notre société et d’une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes. Cette réalité a gangrené notamment une partie non négligeable des sciences sociales françaises.»

    Le problème c’est que cette conception combat justement l’essentialisation des communautés, au contraire du discours « civilisationnel » promu par le Premier ministre, Jean Castex.

    Castex et l’offensive idéologique.

    Par ailleurs, comment ne pas songer aux propos de Jean Castex, tenus le dimanche premier novembre. Dans cette interview, il affirmait, reprenant ainsi à nouveau des thèses de l’extrême-droite, appelant à une France « unie et fière de nos racines, de notre identité, de notre République, de notre liberté« . Cela s’accompagnant d’un corollaire : « Je veux ici dénoncer toutes les compromissions qu’il y a eues pendant trop d’années, les justifications à cet islamisme radical : nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore« .

    Il nous faut souligner le mauvais timing : le 1er novembre étant considéré comme la date anniversaire du début de la guerre d’Algérie, marquée par la « Toussaint rouge » de 1954. Il nous faut également souligner que Macron lui-même parlait de la colonisation comme d’un crime contre l’humanité. Il serait donc de bon aloi que la majorité présidentielle se positionne : la négation de crime contre l’humanité est-elle applicable ici ?

    Au-delà de brocarder Jean Castex, il est important de voir que cette prise de position s’insère dans la lignée d’une droitisation du discours historique. Elle rejoint la répudiation progressive du discours de Chirac en 1995 sur la responsabilité de l’État français dans la Shoah, initiée par Gérald Darmanin.

    Cette vision mythifiée de l’histoire, dans laquelle on considère que la réécriture est acceptable, au nom de construire cette France « unie et fière de nos racines, de notre identité, de notre République, de notre liberté » est à nos yeux impossible. D’une part, elle prend en otage le débat, en rejetant toute discussion sur le contenu et la signification de ces termes.

    Nous considérons que cette exigence de l’adhésion possède un certain parfum totalitaire. Avant que le terme soit dévoyé par les politologues américains Friedrich et Brzezinski, pour en fait une arme de la guerre froide, il possédait une définition qui s’appliquait également aux régimes se targuant d’être démocratiques. Hannah Arendt considérait que le Maccarthysme et l’Union Sacrée en possédaient les caractéristiques. En l’occurrence, Jean Castex ouvre une brèche dangereuse, en considérant que toute critique sur l’histoire de la France prête le flanc à l’islamisme radical.

    Réécrire l’histoire ou l’écrire ensemble ?

    Cette vision est même contre-productive. La négation des crimes passés de la France est une mesure de diversion. Elle illustre la peur de la part d’une partie de l’État de voir les choses leur échapper. Il faut donc durcir l’attitude, encore et encore, pour imposer une adhésion – même de pure forme – à des « valeurs » supposées civilisationnelles. Or, ces mêmes valeurs sont constamment bafouées, trahies, par les exploiteurs et les exploiteuses. La France les a piétinées et les piétine toujours, tant dans le monde que chez elle. Elles n’ont d’ailleurs rien de civilisationnelles, ce qui est probablement un des concepts les plus réactionnaires qui soient. La civilisation qui a contribué aux Lumières est celle de l’armée tirant sur les grévistes, du Rif gazé et du bagne de Poulo Condor. Celle de l’Aufklarüng, de Kant, de Goethe, a été celle des chambres à gaz. Celle de la Magna carta et de l’Habeas corpus est celle de la famine d’Irlande et du Bengale, ainsi que des raids de terreur.

    Nous voyons l’éducation comme quelque chose de magnifique. Non pas comme un lieu où on exige l’adhésion à des valeurs bafouées, mais bien comme celle qui peut être le creuset de demain. Nous croyons fermement en la jeunesse. Nous la croyons capable de pouvoir construire le monde de demain. Mais cela demanderait d’aborder le passé avec honnêteté et sincérité. De reconnaître les crimes du passé et leur motivations. De comprendre pourquoi ils sont apparus et quelle forces sociales étaient à l’œuvre derrière ceux-ci. Nous pensons que cet examen permettrait d’aplanir les rancœurs, les souffrances du passé. Faire de l’école un espace de contrôle social ne fait que les maintenir enfermées, sans qu’elles puissent, jamais se libérer. Sans qu’elles puissent être confrontés à la science de l’analyse historique.

    Nous la voyons aussi comme la possibilité de dissocier les deux pans de la nation. La nation-étatique, qui est celle des bourgeois. La France et ses intérêts sont en somme ceux de sa bourgeoisie. Sa place dans le monde est sa domination. Son histoire est celle de ses guerres, de ses crimes, de ses génocides.

    À l’inverse, nous croyons fermement à la nation-populaire : l’histoire du peuple, de ses luttes, de ses avancées, de sa solidarité, de son génie créatif. Souvent la bourgeoisie essaie de s’approprier cette histoire, d’amalgamer ses crimes et les réalisations du peuple. Elle vole Marie Curie, elle vole Jean Jaurès, elle vole Guy Moquêt. Elle prétend avoir été la pointe des droits humains dans le monde, alors qu’elle soutenait l’Apartheid, les Talibans ou qu’elle soutient le régime Saoudien.

    Nous pensons que c’est en séparant ces histoires, en redonnant la place au peuple, à sa capacité à synthétiser les cultures, à être le creuset de la nation-populaire, que nous pouvons ressouder ses fragments, et éviter la guerre fratricide, sororicide, adelphicide entre exploités.

    Cela, nul gouvernement bourgeois ne peut le faire : il n’est là que pour une chose. Perpétuer l’exploitation, et la rendre la plus optimale possible, quitte à ce que cela passe par le fascisme, si nécessaire.

  • Couvre feu.

    Couvre feu.

    Emmanuel Macron a annoncé, hier, la mise en place d’un couvre feu dans les villes classées comme étant en situation d’alerte maximale. Cette décision était attendue et était déjà connue des services de presse en amont de l’intervention. 19 millions de citoyens et de citoyennes sont ainsi concernés par cette mesure. Elle interdit les déplacements entre 21h et 6h du matin.

    https://www.leparisien.fr/resizer/PDfggmEIqMLoQ8fjEWCzqCJejBA=/1278x1280/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/leparisien/BRA2HO2LHRXUT2ETW5XXMA73LA.jpg

    L’intervention de Macron s’est déroulée dans un exercice de style très régalien. Cette obsession du formel, de la mise en scène, est – en soi – déjà critiquable. Dans une situation d’urgence, attendre que le président-roi s’exprime était-il utile ?

    Le point central de l’intervention a été donc la décision de mettre en œuvre un couvre-feu. La sémantique militaire à permis encore aux journalistes encenser un Macron, chef de guerre, faisant face avec calme et sérieux à la pandémie. Mais qu’en est-il en réalité ?

    Le choix du couvre-feu est un pis-aller. Il est une demi-mesure, qui ne vise qu’a faire tenir l’économie le temps que les choses se passent, en espérant que le taux de perte humaine reste tolérable.

    Un choix difficile… pour ne pas se mettre à dos les capitalistes.

    Pourtant, il ne faut pas croire que le fait de mettre en danger les bars, les discothèques, les restaurants soit pris de gaieté de cœur. Il en est de même pour la vente d’alcool ou d’autres restrictions qui rapportent aux caisses de l’État et contribuent à générer de précieux revenus. C’est donc un choix cornélien qui est opéré. Il découle d’un calcul simple :

    Comment parvenir à ralentir la progression du virus sans toucher aux sacro-saints revenus des grands capitalistes. Si Macron peut se permettre d’avoir les restaurateurs à dos, voire une partie de la petite bourgeoisie commerçante, il est obligé, c’est son rôle, de satisfaire ses maîtres.

    Les mesures d’aides accordées à ces entreprises représentent un coût. Mais ce coût est toujours plus faible que celui de financer l’hôpital au niveau de ses besoins, de désengorger les transports en commun, de permettre aux lieux d’enseignement ne ne pas être des cluster bombs.

    Pour les soignants, rien de nouveau.

    Au titre des soignants et soignantes, Libération indiquait ce matin : « De fait, le manque de soignants n’est pas près de se résorber. Un document présenté fin septembre à la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, que Libération s’est procuré, le confirme. Malgré le recrutement cet été de 1 371 infirmières tout juste sorties d’école, le niveau de l’emploi infirmier n’atteint même pas celui de septembre 2019. Sur les 950 postes ouverts et budgétés, 450 sont toujours officiellement vacants, faute de candidats. La pénurie touche particulièrement les infirmières de bloc opératoires, premières à être sollicitées en cas de crise sanitaire : sur 480 postes ouverts, 50 n’ont pas trouvé preneurs… » La crise sanitaire masque la crise hospitalière.

    Il est donc rationnel, du point de vue du gouvernement, du point de vue des capitalistes, de réduire la vie sociale à un métro-boulot-dodo. Qu’importe si la société, qu’importe si les individus, en souffrent. Si cela satisfait la grande bourgeoisie, tout va bien. Les autres oublieront. Même l’action en justice, intentée par l’association Victimes COVID, risque d’être un pétard mouillé. Les perquisitions qui viennent d’avoir lieu, auprès des membres et ex-membres du gouvernement, pourra t-elle aboutir ? Cela est douteux.

    Une déstabilisation annoncée.

    En revanche les effets économiques et sur la structure sociale échappent aux désirs de l’État. Une petite bourgeoisie en péril, vacillante, est une menace pour la stabilité du régime. Elle pourrait conduire à une crise profonde de régime, d’ici le temps des élections. Historiquement, ces catégories sociales, mettent en avant l’individualisme, le sens des affaires, la peur de solutions collectives. Elles pourraient très bien propulser au pouvoir une extrême-droite qui n’avancerait plus masquée, et qui aurait les coudées franches pour imposer son programme : liquider définitivement les droits sociaux et mettre au pas le pays.

    Lorsque la situation économique se dégrade, que les droits économiques sont attaqués, les droits politiques suivent. Le choix d’axer les élections sur l’islamophobie, la xénophobie, le racisme n’est pas un hasard. Il se double aussi d’une campagne cynique contre les mesures sanitaires, les députés PS & LR ayant, par exemple, fait voter le Sénat sur une réouverture des restaurants, des bars, des discothèques. Si la mesure fera certainement long feu, face à l’oukase présidentielle, elle n’en est pas moins significative : pour exister électoralement, certaines organisations sont prêtes à toutes les compromissions.

    Pour les plus précaires : circulez, rien à voir !

    Si la bourgeoisie bénéficie de la générosité de l’État, la question des minimas sociaux a été soulevée. Elle a, quant à elle, entraîné une réponse directe du président. Celui-ci a considéré que revaloriser les indemnités chômages, revaloriser le RSA, n’encouragerait pas à « retrouver du travail ». En bon banquier, Emmanuel Macron ne prête qu’aux riches.

    Cette conception, qui considère le fait d’être privé d’emploi comme une illustration de la fainéantise, de l’assistanat, est profondément ancrée dans l’esprit des réactionnaires. Pourtant elle est démentie par les études sérieuses sur le sujet. Une hausse des minimas sociaux, vue comme de l’argent lancé par les fenêtres, serait pourtant à la base d’une relance typiquement keynésienne de l’économie. Donner l’argent aux riches, c’est le voir capté, tomber dans des trappes à liquidités, et finalement ne jamais ‘ruisseler’.

    L’occident en difficulté.

    Sans faire de la psychologie sociale de comptoir, d’une manière générale, les pays d’Europe et les USA échouent à enrayer la pandémie pour un certain nombre de raisons. L’une d’entre elle étant les conséquences de la constante, l’omniprésente, campagne de dénigrement contre tout effort collectif, contre tout esprit unitaire dans la population. Toute idée d’effort commun contraignant et impératif (comme dans des sujets aussi vitaux que l’écologie, l’égalité des droits entre hommes et femmes…) est taxé de totalitaire et constamment dénigré par les propagandistes du libéralisme.

    Le capitalisme est pétri d’incohérences et de contradictions. Il porte comme valeur suprême la liberté individuelle, l’égoïsme. Dans le même temps, il n’offre que l’aliénation du travail, l’angoisse de la précarité, qu’il maquille derrière un illusoire confort matériel.

    Les aspirations à la liberté, à l’indépendance individuelle, qui ne sont pas réalisées en dépit des promesses, se reportent alors contre des frustrations du quotidien. En temps de crise, elles se font sentir de plus en plus fortement. Le contrôle étatique sur les rares moment de libertés, de sociabilité choisie, ne peut que rencontrer une résistance, ne peut que générer frustration et colère.

    Détruire ce qui nous détruit.

    Nous pensons, quant à nous, que la liberté est avant tout la conscience de la nécessité. La liberté est donc l’ensemble de ce qui reste une fois que le nécessaire est réalisé. Or, la première nécessité est de juguler cette crise pandémique, dans le sens où elle ne concerne pas que des individus, que leur propre vulnérabilité, mais bien l’ensemble de la société, laquelle doit prendre en compte les plus fragiles, les plus vulnérables, mais aussi les plus précaires. Se protéger, c’est protéger les autres. Protéger les autres, c’est également, à terme, se protéger soi-même.

    La deuxième nécessité est de détruire ce qui nous détruit. Cette crise n’a pas été une perte pour tout le monde. Les capitalistes les plus féroces se sont enrichis dans des proportions incroyables. Ils se sont gavés de bénéfices. Les faillites en série qui s’annoncent leur permettront de concentrer toujours plus de capitaux entre leurs mains.

    Ce sont eux qui portent une part immense dans la situation actuelle. Leur refus de mettre en œuvre les mesures adéquates. Leur tergiversations pour ne pas nuire à leurs profits. Leur absence totale de solidarité dans le financement des services publics, leur recherche constante, prédatrice, du profit… Et leur dispersion, internationalement, criminelle aussi, des efforts de recherche médicale.

    La liberté, réelle, ne pourra émerger que lorsque ces nécessités auront été remplies. Que lorsque l’économie, la recherche, la santé,… en somme la création de richesses, la possibilité de pouvoir vivre sainement et de profiter de la vie, seront entre les mains de ceux qui la créent, qui en donnent les moyens. Et non plus entre les mains de ceux qui la parasitent.

    Cette pandémie est un prélude à une crise plus grande, plus profonde. Nous appelons à nous à la vigilance, à l’organisation, à la structuration de ceux et celles qui veulent lutter pour un pouvoir populaire, démocratique, libéré de la domination des exploiteurs.

  • Combien de confinements ?

    Combien de confinements ?

    Après bientôt une quarantaine de jours de confinement, la question qui est légitimement dans tous les esprits est : comment en sortir ? Or, la réponse n’est absolument pas évidente.

    Ces dernières semaine, la mortalité a été extrêmement fortes. Plus de 21 000 morts, principalement des personnes âgées. Mais le bilan est loin d’être encore réellement réalisé. Il a déjà été annoncé que la mortalité anormale avait largement dépassé celle de la canicule de 2003 tout comme celle de la plupart des épidémies de grippe saisonnières. Et l’épidémie n’est pas encore terminée. Nous adressons nos condoléances les plus sincères à toutes celles et ceux qui ont perdu un être cher. Nos pensées vont vers eux et elles.

    Malgré ces terribles deuils, il est important de reconnaître que le confinement a permis un aplanissement de la courbe des infections. En dépit de toutes les inégalités, en dépit des violences policières innombrables et cruelles, en dépit des violences conjugales et familiales, le confinement à contribué à éviter une destruction complète du tissus hospitalier.

    Mais quelque part, il est aussi victime de son succès. Avec un taux d’infection de 5,7 % (estimé) de la population, le confinement a fonctionné. Mais il laisse aussi un sentiment amer et inquiétant : celui d’une pandémie qui est loin d’être terminée. Il n’est pas non plus rassurant de penser qu’il y a eu une saturation des services de santé avec un taux d’infection qui est demeuré, malgré tout, très bas.

    Cela signifie qu’il reste donc, au minimum, un potentiel de 94,3 % de la population qui court le risque d’être touchée, en partant du principe d’une immunité acquise à 100 %. Principe qui d’ailleurs n’est pas encore avéré et qui est, en dernière instance un problème insurmontable.

    La question qui se pose est de savoir quels sont les projets du gouvernement, projets qui ont tendance à avoir l’air pris au jour le jour, avec des ordres, des contre-ordres, des revirements brutaux…Une partie de ce qui suit est donc du domaine de la spéculation. Spéculation cependant alimentée par des principes de rationalité qui sous-tendent tout raisonnement.

    En somme, nous pouvons penser que les objectifs du gouvernement sont les suivant :

    • Tenter de juguler au plus vite et avec le moins de casse possible la crise pandémique. En réalité il n’y a pas d’intérêt au fait de causer des morts.
    • Tenter de limiter la pression au maximum sur le cœur de l’économie à la fois pour éviter de nuire aux intérêts de la grande bourgeoisie, mais également pour tenter de limiter le délitement du tissus économique du pays.
    • Tenter de ménager une certaine stabilité politique dans le pays pour éviter une crise politique majeure.
    • Ne pas se laisser enterrer par les États qui peuvent se permettre une politique de remise en route beaucoup plus rapide et brutale.

    Mais ces objectifs sont extraordinairement difficiles à atteindre sans que cela ne dépasse les limites de l’acceptable pour la population, déjà largement échaudée par l’incompétence du gouvernement et par les tensions sociales préexistantes. Il existe des points de ruptures qui sont déjà dépassés, notamment dans les quartiers populaires, dans lesquels 40 jours d’isolement n’ont absolument rien de romantique ou de reposant, bien au contraire. Plus les discriminations sociales étaient fortes avant le confinement, plus elles ont eu tendance à s’accentuer, avec d’ailleurs le rôle de catalyseur, voire de détonateur, de la police.

    L’idée d’une reprise progressive le 11 mai, puis d’un retour en classe le 18 mai, est probablement une remise en route temporaire. Il serait tout à fait envisageable et rationnel pour le gouvernement, et conforme aux intérêts de la bourgeoisie, que de tenter au maximum de faire coïncider une nouvelle étape pandémique avec la prise des congés payées.

    • D’une part cela éliminerait le besoin d’une législation spéciale sur la réduction de celles-ci, ce qui serait mal perçu et pourrait accentuer encore davantage les tensions.
    • De l’autre, le secteur du travail saisonnier (hors agriculture) risque, quelque soient les scénarios, de demeurer fermé.

    Nous nous dirigeons donc vers une possible série de confinements, suivis de sas de décompression, pendant lesquels la maladie se répand à nouveau, puis avec de nouveaux confinements. Ces espaces permettraient des contaminations « contrôlées » et adaptées à la dimension du système hospitalier.

    Mais, d’une part cette solution va se heurter au poids de plus en plus grand de l’endettement et de la concurrence internationale toujours plus aiguë. La baisse de la consommation intoxique aussi l’espoir d’une reprise rapide de l’économie. Et ceux et celles qui, sous la sidération, ont accepté des mesures d’autorité, les accepteront-ils à nouveau, la deuxième ou la troisième fois ? La lassitude pourrait très bien faire triompher des lignes hostiles au confinement, lignes soutenues par les franges des exploiteurs les plus radicales et les plus déterminées à sacrifier des vies humaines.

    Pour relancer l’économie et éponger rapidement la dette, il n’est d’ailleurs pas exclu que soit mis en marche la menace de taxer l’épargne. Cette taxe, non seulement frapperait les plus petits épargnants, mais pousserait à sortir l’argent des comptes pour le dépenser. Cette mesure est extrêmement inéquitable, puisqu’elle ne touche pas aux investissements, aux placements, à l’immobilier, ce qui représente le patrimoine des plus aisés.

    Pour faire accepter cette stratégie, maintenir le pays sous contrôle, pressurer le plus vulnérables, gérer le chaos de la perte de plusieurs millions d’emploi, des mesures politiques seront certainement mises en œuvre. Il n’est pas dit que la notion de liberté démocratique ne change pas de sens rapidement, sur l’autel de la gestion de crise.

    Quelque choix les stratégies employées par le gouvernement, il n’en reste pas moins que la réponse reste la même : préparer les luttes à venir, quelques soient leurs formes. Mais surtout, préparer également une réponse politique à la hauteur des enjeux de la période. Une réponse politique qui ose poser la question de la nature du régime, de la nature du pouvoir et de quels intérêts sert l’État.

    Cette crise, la crise économique et la crise écologique doivent mettre à l’ordre du jour l’idée d’un pouvoir populaire, seul à même de mettre fin à la dictature des rendements financiers, à la dictature de l’argent.

    Cette pandémie, est, en réalité, non pas un événement isolé, mais bien un symptôme de la déstabilisation des écosystèmes. Il est vital que cette déstabilisation s’arrête.

    La philanthropie, la charité, ne seront pas les réponses efficaces à ces maux. La seule réponse est par une gestion démocratique et populaire de l’ensemble des moyens de production des richesses et par l’exercice du pouvoir politique par celles et ceux qui les produise.

    Elle passe aussi par le fait de chasser du pouvoir les pantins des exploiteurs. Cela demande donc d’être organisés et organisées.

    Nous sommes dans le purgatoire du confinement. Ce temps peut, et doit, être mis à profit pour avancer sur cela, pour se préparer à affronter la sortie.

    Confinement I, confinement II, ou pas, organisons-nous pour ne plus revivre cela !