Étiquette : Corée du Sud

  • Rencontre Trump / Kim Jong Un, un espoir de paix ?

    Rencontre Trump / Kim Jong Un, un espoir de paix ?

    Rencontre Trump / Kim Jong Un, un espoir de paix ?

    L’improbable rencontre a eu lieu. Le 13 juin, le président des USA et celui de la RPDC se sont rencontrés à Singapour. Après une série de tensions importantes, de menaces d’intervention militaire, de provocations liées à l’arme nucléaire, les deux Etats se sont concertés en “terrain neutre.”

    A la suite de 12h de conférence, les deux dirigeants ont signé l’un et l’autre une déclaration commune. Celle-ci est extrêmement succincte  :

     

    • « Les Etats-Unis et la RPDC s’engagent à établir de nouvelles relations entre les Etats-Unis et la RPDC en accord avec les désirs de paix et de prospérité de leurs peuples. »
    • « Les Etats-Unis et la RPDC joindront leurs efforts pour établir une paix durable et stable dans la péninsule coréenne. »
    • « Réaffirmant la Déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, la RPDC s’engage à œuvrer pour la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne. »
    • « Les Etats-Unis et la RPDC s’engagent à récupérer les restes de militaires des Etats-Unis, [morts ou disparus durant la guerre de Corée]  à commencer par le rapatriement immédiat de ceux déjà identifiés. »

     

    La déclaration est plus que symbolique. Seul le dernier point est concret, le reste demeure marqué par le flou, marqué par le vague. Ce n’est pas une feuille de route sur la suppression des armes nucléaires, ce n’est pas un bouleversement géopolitique, ce n’est pas la fin de la présence US en Corée du Sud non plus. Pas de signature d’un traité de paix, qui justifie cette présence militaire, les deux Etats étant, juridiquement parlant, toujours en guerre.

    Pourtant il existe des choses à analyser : d’un point de vue d’image, Kim Jong Un est le grand gagnant. Non pas en ayant gagné un ascendant sur Donald Trump, mais en ayant pu parler “à sa hauteur”, en étant apparu comme un dirigeant d’envergure équivalente. Le fait que, dans l’appréciation générale de la situation, les USA et la RPDC ont été jugés à égalité est, en réalité, une immense victoire pour la diplomatie coréenne. La direction de la RPDC est donc ainsi légitimée aux yeux du monde.

    Les exercices militaires communs entre la Corée du Sud et les USA sont également suspendus. Ces exercices ont régulièrement été dénoncés par la RPDC comme des provocations et comme des pressions exercées contre elle. L’arrêt de ces exercices militaires est donc perçu comme un soulagement pour l’ensemble de la péninsule, nord comme sud, dont la population aurait payé un lourd tribut en cas de guerre. Il est d’ailleurs notable que 2 millions de civils sont morts lors de la guerre de Corée, principalement victimes des bombardements sur les zones urbaines opérées par l’US Air Force et les alliés. Civils coréens du sud et du nord sont donc certainement hostiles à l’idée de se retrouver de nouveau sous les bombes.

    La destitution de Park Geun-hye, ancienne présidente de la Corée du Sud, fille du dictateur Park Chung-hee, marionnette d’une secte anticommuniste, avait créé une situation de tension importante. L’irruption d’un parti favorable à l’apaisement des tensions dans la péninsule avait poussé les USA à envenimer à dessein la situation. Pour ne pas perdre leur bastion en Corée, leur flanc-garde contre les intérêts chinois et russes, les USA ne pouvaient tolérer ni élections libres, ni diplomatie indépendante de la part de Séoul.

    Le modus vivendi de Singapour est donc une surprise positive pour le camp de la paix. La promesse de dénucléarisation est une promesse, certes, mais une promesse qui demeure positive.

    Dans la situation incertaine et instable que nous vivons actuellement, où les provocations et les tensions sont en constante inflation, cette rencontre et cette déclaration commune, tout en n’étant qu’un bout de papier, sont néanmoins de bonnes nouvelles pour la planète entière.

    Nous regardons le risque de guerre dans l’Asie tout comme sur tous les autres continents, comme l’émanation des intérêts rapaces des capitalistes monopolistes. La situation conflictuelle en Corée est la porte d’entrée d’une situation conflictuelle sino-américaine ou russo-américaine. Il ne s’agit pas de dire qu’un impérialisme est plus moral, plus soutenable qu’un autre, à travers cela. Mais il s’agit de pointer du doigt le caractère particulièrement agressif et menaçant, dans cette partie du globe, de celui des USA.

     

  • Halte à la campagne de propagande de guerre contre la Corée du Nord.

    Halte à la campagne de propagande de guerre contre la Corée du Nord.

    Halte à la campagne de propagande de guerre contre la Corée du Nord.

    Quelle menace peut bien représenter la Corée du Nord pour la paix mondiale ? Il faudrait qu’elle soit pourtant immense pour justifier que chaque semaine, chaque jour, de nouveaux articles de presse, de nouveaux discours qui la ciblent comme l’ennemi à abattre.  Jours après jours les appels à attaquer ce pays se multiplient, tout comme nombre d’articles soulignant sa terrible dangerosité.

    Certes jours derniers, la Corée du Nord a notamment annoncé avoir procédé à un nouvel essai nucléaire, celui d’une bombe à hydrogène. Cet essaie entrainant une série de nouveaux appels à sanctions, notamment de la part du dirigeant US Donald Trump. Celui-ci, d’après les analystes de l’IRIS [Institut de Recherche et d’Initiative Stratégique] n’exclurait pas une utilisation de frappes « chirurgicales » et un recours à la force armée, option déjà envisagée à plusieurs reprises.

    Son dirigeant, son arsenal nucléaire, ses forces conventionnelles, ses hackers semblent autant d’épées de Damoclès au dessus d’un monde présenté comme en paix. Elle est régulièrement, dans les films (The interview) ; dans les jeux vidéos (Crysis) montrée comme un monstre agressif et criminel.

    Cette campagne pour attaquer la Corée du Nord serait, dans le fond, une croisade pour l’humanité, pour l’humanitaire, pour la démocratie, pour la paix et pour l’amour et la fraternité entre les peuples. Une croisade orchestrée au premier chef par des individus magnifiques, des paladins de la paix, tels Donald Trump et Emmanuel Macron.

    Et cela marche. Cela marche même particulièrement bien, puisque même des opposants virulents à ces cliques sont prêts à marcher en première ligne pour écraser -de nouveau- Pyongyang sous les bombes. Ils peignent d’ores et déjà Kim Jong-Un en nouvel Hitler et rêvent de le massacrer.

    Que les choses soient claires, il ne s’agit pas pour nous de porter aux nues le Juche, de clamer les grandeurs de la direction du Parti du Travail de Corée, ou encore de tresser des couronnes à son dirigeant. Ce n’est pas notre propos. Nous pensons que bien des éléments sont à critiquer sur la situation Nord Coréenne. Nous ne saurions pour autant en faire une critique point par point, car, une nouvelle fois, les éléments et la connaissance précises de la situation manquent.

    Par un paradoxe fascinant, la propagande contre la RPDC dispose d’une portée immense. Y compris dans les rangs des forces de gauche, parmi même un grand nombre de révolutionnaires déclarés. Celles et ceux qui, dans les déclarations des capitalistes, sont capables de voir ce qui relève de la propagande, ici, voient leur esprit si critique anesthésié quant le sujet vient à la Corée. Tout comme sur l’URSS, sur la Chine populaire ou sur l’Albanie, un deux poids deux mesures est fait. Ainsi, tout est cru, tant que cela frappe le pays.

    Les mensonges odieux sont ainsi repris et amplifiés. Les légendes sur la circulation de biographies racontant que Kim Il Sung savait composer des sonates à deux ans, le fait que les Coréens du nord croiraient dans des licornes ou dans des dragons… Toute logique s’efface quand les arguments anticommunistes apparaissent. Equipe de foot fusillées, exécutions au canon de 23mm, tout est permis, sans restriction.

    Cette propagande cherche à présenter la direction de la RPDC comme folle furieuse et inconséquente.

    Pyongyang rasée par les bombardiers US pendant la guerre de Corée.

    Sans soutenir positivement la Corée, nous ne doutons pas que les dirigeants de la Corée du Nord ne sont pas les enfants turbulents, les voyous, prêts à lancer leurs armes nucléaires pour assouvir une fictive volonté de domination mondiale. La guerre, le peuple coréen n’en connaît que trop bien le prix. Les dévastations de la guerre de Corée, fruit de la volonté de partition imposée par les USA, marque encore les esprits. Les bombardements, les armes bactériologiques, les viols commis par les troupes de l’ONU… 4 millions de morts en tout, causés uniquement pour faire barrage à la lame de fond révolutionnaire et anti-impérialiste, entre 1950 et 1953.

    Nul doute que le gouvernement nord-coréen n’est pas la seigneurie de la guerre qu’on nous présente. Nul doute que la politique de sanctuarisation du territoire, qui justifie l’arme atomique, répond à une menace, une pression extérieure. L’armée coréenne n’a pas la force de conquérir la péninsule. Elle n’est qu’une force de sauvegarde, donc le budget étrangle la population et entretient un pléthorique corps d’officiers.

    Un prix a payer pour ne pas être balayé, pour conserver une indépendance politique. Le régime Nord Coréen se débat dans une nasse qui lui a été très majoritairement imposée par un environnement extérieur hostile.

    Depuis les années 50 les pressions contre cet Etat pacifique n’ont pas cessé. La RPDC n’a de revendication territoriale qu’un fond marin, dont le tracé frontalier fut fait à son grand désavantage, elle ne mène pas d’invasion, de bombardements, d’annexion, n’occupe pas d’autres pays, ne pratique pas la politique de la sanction punitive contre les nations jugées turbulentes.

    Dans ce contexte, comment la blâmer de développer l’arme nucléaire ? Après tout, le monopole de la possession de cette arme par les « grands » est la garantie de leur dissuasion. Les « petits » devraient donc être vassalisés pour être protégés ? Est-ce là une leçon de justice, que de refuser les moyens de se protéger à l’agressé ?

    Pourtant, c’est précisément ce qui se déroule sous nos yeux. Et, pour s’être mal comportée, on inflige à sa population les carences, les embargos. On inflige le barrage à celles et ceux qui n’ont d’autres torts que de vouloir se protéger des menaces constantes.

    Certains arguent que les « libérer » du régime leur rendraient service. Que le régime est mauvais et néfaste. Bien que les sources de ces arguments soient partiales et -parfois- ridicules, là n’est, de toute manière, pas la question. Il n’est pas nécessaire d’être un amoureux du régime pour trouver curieux cette campagne. Il n’est pas nécessaire d’être un partisan du Juche pour flairer quelque chose de nauséabond dans cette affaire.

    Depuis quand, sous prétexte que le régime nous déplait, marchons-nous avec les fauteurs de guerre, avec les criminels, avec les éventreurs de villes et les violeurs ? Nous n’acceptons pas une seule bombe impérialiste.

    Combien d’abominables dictatures sanglantes et corrompues existent par delà le monde ? Combien d’entre-elles font passer la Corée du Nord pour un paradis ?

    Elles n’ont pas la faveur des médias un tant soit peu indépendants, elles sont parfois sermonnées par les dirigeants du « monde civilisé »… entre deux signatures de contrats. Elles ne souffrent d’aucunes menaces, d’aucune sanctions. Pourquoi cette incohérence ?

    Pourquoi un régime égalitaire comme la RPDC est il ciblé, tandis que les monarchies obscurantistes du Golfe vivent en paix, tandis les birmans génocident allègrement, avec la complicité du « prix nobel de la paix » Aung San Suu Kyi, soutenue par les agents impérialistes et notamment ceux de la firme Total?

    Les bonnes dictatures collaborent économiquement avec les impérialistes. Certes, certaines font tâche et les exactions commises sont parfois gênantes. Mais tant qu’elles livrent l’or noir, leurs ressources souterraines, tant qu’elles luttent contre les mouvements de libération nationale, elles sont des amies des différents blocs impérialistes. Gare à eux, cependant, de ne pas commettre l’outrecuidance de se croire indépendants !

    La Côte d’Ivroire de Gbagbo était un parangon de vertu pour la France, jusqu’à ce que son gouvernement se décide à signer des contrats avec les chinois. Même chose pour un Kadhafi, invité d’honneur de Sarkozy, à l’époque, par la suite éliminé après avoir ouvert Benghazi aux navires russes. Même chose encore concernant la famille Assad, amie de la France jusqu’à l’alignement sur l’orbite moscovite.

    L’avis sur ces régimes s’est radicalement mué en un temps record, lorsque les laquais n’ont plus aussi bien obéi. Or, l’un des reproches, si ce n’est le plus fondamental fait à la Corée du Nord, c’est bel et bien de laisser son marché intérieur hors de la mondialisation, hors des appétits sournois, c’est bel et bien d’être hors-jeu. Mais c’est bel et bien, et ce, malgré elle, le fait d’être aussi un pivot géopolitique.

    Car, que cherchent les USA à provoquer ainsi l’escalade ?

    1) Effrayer la Chine.

    Fondamentalement, la pression sur la Corée du Nord est une manière de s’attaquer à plus faible que soi, de faire une démonstration de force. Une démonstration de force dirigée indirectement contre la puissance montante de la région, contre le nouvel acteur incontournable : la Chine.

    Trump ne tarit pas d’éloges envers Poutine -pour le moment- mais ne manque pas d’invectiver l’Empire du milieu. Elle est de plus en plus perçue comme une menace stratégique pour la primauté des USA dans le Pacifique, d’autant que près de 90% du commerce mondial circulera dans cet océan d’ici quelques décennies.

    Or la Chine ne restera pas cloîtrée sur son territoire, elle cherche à s’étendre, à investir, à acheter, à vendre. Fatalement, se pose la question des lignes de communication et de leur sécurité. Fatalement se pose la question de la projection de force -à laquelle la Chine tente de répondre par ses commandes de porte-avions. Fatalement, se pose la question de la rivalité, dans un monde plein, entre USA et Chine.

    2) Discipliner la Corée du Sud.

    La chute du régime de Park Chung-Hye et l’élection de Moon Jae-In ne laissent pas les USA indifférents. Ces événements ont suscité très rapidement l’envoi de navires de guerre vers les eaux coréennes. Le passage d’un régime farouchement anti-RPDC à une ligne ouverte au dialogue est loin de faire les affaires des américains.

    La Corée est un des secteurs stratégiques dans la pensée géopolitique américaine. Elle est un des points à tenir coûte que coûte. Cela expliquât notamment l’engagement militaire de la guerre de Corée. Dans l’esprit US, la paix et la réunification de la Corée sont exclus. Ils donneraient naissance à une péninsule trop faible pour jouer un rôle géopolitique fort, entre les deux puissances : Japon et Chine. Dès lors, la Corée serait immanquablement intégrée dans une orbite.

    Celle du Japon est exclue, tant la colère et le ressentiment des coréens contre l’occupation japonaise est vivace. Tant les crimes et les massacres, jamais reconnus, marquent les mémoires.

    Une Corée unifiée deviendrait partie intégrante du dispositif chinois et ferait peser une insupportable menace sur le Japon.

    Bien que le régime de Moon Jae-In soit particulièrement intéressé par les ressources minières et la main d’œuvre de la Corée du Nord, bien qu’il s’agisse là d’appétits économiques voraces, cette volonté de paix est le reflet d’un sincère désire et d’un sentiment qui existe dans la population sud-coréenne. Elle est positive en ce sens là. l’affaiblissement de la chape de plomb dictatoriale délivre le pays.  Même les rumeurs des tabloïds pitoyables, inventant mensonges sur mensonges sur la RPDC ne suffisent pas à créer un sentiment belliqueux chez eux.

    La présence militaire US s’est renforcée, et les essais nucléaires coréens servent de justification à ce renforcement. Les USA, cependant, s’en servent pour maintenir une domination et une occupation sur la péninsule, dans le but de la rattacher de force à leur orbite géopolitique.

    3) Restaurer la domination dans le Pacifique

    Avec le relatif affaiblissement US, le Pacifique menace de ne plus valoir son nom. Le recul de l’influence étasunienne fait émerger des régimes qui ne s’alignent plus avec l’unique polarité possible dans la région depuis 1945.

    Le régime de Duterte, aux Philippines, à ainsi rompu un certains nombre d’accords commerciaux avec les USA, notamment sur le plan militaire. Pourtant, depuis sa conquête en 1898-1899 par les USA, prise aux Espagnols, les Philippines étaient vues comme un des flanc-garde de l’océan Pacifique, véritable oceanus nostrum des USA.

    Même la fidèle Taiwan montre parfois des oscillations inquiétantes, tandis que l’île est un verrou essentiel dans le dispositif de containement américain, toujours actif.

    Le Japon, lui aussi, réarme et se rééquipe. Il se rééquipe face à la montée de la Chine, pour épauler les USA. Mais cette montée en puissance contrôlée et appuyée n’est pas sans évoquer celle du Japon de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, lorsque l’Angleterre le soutint contre la Russie. Pourtant, cela n’a nullement empêché les deux alliés de se retrouver aux prises l’un contre l’autre, lorsque les circonstances changèrent.

    La montée en puissance, militairement, des différents acteurs facilite ces escalades, lesquelles peuvent parfois être aussi explosives qu’un baril de poudre.

    Les communistes n’applaudissent pas les bombardiers impérialistes.

    Dans ce contexte de montée des tensions, les doivent combattre la propagande de guerre impérialiste. Il n’existe nulle raison valable de porter la mort, de porter le feu sur la RPDC. Cette possible escalade doit être combattue. D’autant que si jamais l’Etat français s’invite dans l’affaire, cela ne sera nullement par humanisme, mais bien par un vorace appétit de marchés.

    Nous sommes pour la paix entre les peuples et entre les nations. Les invasions, les guerres de rapines, les annexions et les déstabilisations n’entraînent que mort de dévastation, pour le profit des grands capitalistes, payés pas le sang des masses.

    Nous sommes pour la révolution prolétarienne et la solidarité internationale. Nous sommes hostiles à toute action militaire contre le régime nord-coréen. Nous considérons que son opposition à l’ingérence étrangère et à l’impérialisme américain est juste.

    Même au sein des dictatures réactionnaires, et nous ne caractérisons pas la RPDC ainsi, la voie du changement ne peut passer qu’au travers de l’action des masses de ces mêmes états. Celles et ceux qui applaudissent les bombardements en prétextant que ceux-ci vont améliorer la situation apportent, de fait, un soutien aux agresseurs impérialistes.

    Même un opposant complet au régime de Kim Jong-Un se doit de comprendre cela.

    Les bombardements et les invasions n’apportent que le malheur, la misère et la domination impérialiste.

    Halte à l’escalade contre la République Populaire et Démocratique de Corée ! Halte au jeu dangereux des agresseurs.

    Paix entre les peuples ! Guerre entre les classes !

  • Moon Jae-In est devenu président de la République de Corée.

    Moon Jae-In est devenu président de la République de Corée.

    Alors que les habitants de l’Etat français avaient les yeux fixés sur l’élection présidentielle, de l’autre côté du globe se déroulait un événement majeur: celles de la Corée du Sud. Importantes à la fois politiquement mais également géopolitiquement, étant donné les lignes défendues par les différents acteurs.

    A la suite de la destitution de la « princesse » Park Geun-Hye, fille de Park Chung-Hye, ex-dictateur, une élection anticipée dut être organisée. L’ancienne présidente fut la digne héritière de l’idéologie de son père : autoritarisme, contenu anti-ouvrier, mais également liaisons étroites avec les sectes anticommunistes et réactionnaires. La corruption entrainée par ces liens fut le casus belli d’un mouvement de protestation massif, lequel déboucha une procédure de destitution.

    Dépités par le parti au pouvoir, de nombreux sud-coréens ont tournés leurs suffrages vers le candidat de l’alternance : Moon Jae-In, du Parti Démocrate. Ce parti est une formation politique de centre-gauche, marquée par un contenu social-libéral. 41.4% des voix plébiscitent celui qui s’était illustré comme une des figures de proue de la défense des droits de l’homme et dans la lutte contre la corruption. Là où la situation devient géopolitiquement intéressante, c’est que l’organisation qui accède au pouvoir est partisane d’une désescalade vis-à-vis du voisin du Nord.

    Moon Jae-In est un ancien avocat qui s’est fait un nom et une réputation dans la défense des droits de l’homme, des syndicalistes, des droits sociaux. Sa lutte contre le despotisme lui valut même un séjour en prison et une interdiction d’exercer. Il émerge comme étant aux antipodes de Park Geun-Hye, « princesse » issu des élites, descendante de généraux… En effet, lui-même est issu des classes populaires de la Corée, il est marqué par des prises de position progressistes, hostiles à la présence américaine, favorable à un renouement du dialogue. Ce sont deux conceptions de la Corée du Sud qui se rencontrent et s’affrontent.

    Cette campagne s’est faite sous des torrents d’accusation. Hong Jun-Pyo, le candidat à la succession de Park, à ainsi insisté sur ces points : Moon Jae-In serait un agent de Pyongyang, un terrible bolchevique…Or, son élection n’est pas une révolution prolétarienne, n’est même pas une hypothétique « révolution citoyenne par les urnes. » Elle reste dans des cadres institutionnels, dans le jeu de la démocratie bourgeoise -étroite certes- de la Corée du Sud.

    En revanche, elle s’attire l’ire des grands truts, les chaebols¸ car sa ligne insuffle un vent de libéralisation, dans un marché clos et dominé par ces immenses conglomérats industriels. Elle joue également sur la carte d’une hausse des salaires, d’une autorisation des syndicats – considérés comme une Vème colonne du nord et donc réprimés fortement.

    Dans cette société extrêmement caporalisée, digne d’une caserne, cette prise de position est déjà un séisme. La Corée du Sud, dans sa marche forcée vers l’industrialisation, s’est hissé parmi les pays du Nord au détriment des droits sociaux, syndicaux, démocratiques, dans une atmosphère d’occupation militaire -par les USA- et de paranoïa entretenue par les gouvernements successifs.

    La Corée n’est pas n’importe quelle région du globe.

    Elle est un des éléments clé du dispositif de sécurité US, l’un des piliers de son front Pacifique contre les deux adversaires géopolitiques : Chine et Russie. Elle est perçue comme un verrou devant être maintenu fermé à tout prix. D’où l’organisation, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, d’un sabotage constant des tentatives de réunification ; d’où la guerre de Corée ; d’où le stationnement de 29 000 soldats US de la USKF [United States Korea Forces] au Sud. Ces troupes d’occupation ont été, par le passé, impliquées dans des affaires de prostitution, d’exactions, de trafic d’êtres humains. Les relations entre ces troupes et la population sont complexes et tendues. Elles sont une épée de Damoclès au dessus des gouvernements dissidents de la ligne imposée par Washington.

    Pour eux, la division coréenne permet de la maintenir dans leur sphère, dans leur orbite. Très marquée par un sentiment antijaponais, la péninsule réunifiée ne manquerait pas de se tourner alors vers des liens avec son voisin chinois, lui fournissant ainsi un promontoire capable de gêner militairement le Japon, second poste clé de la géopolitique US. Une Corée divisée est essentielle pour maintenir la Chine encerclée. Cependant, en Corée du Sud, la population est globalement lasse de ce climat, d’autant qu’à force de crier au loup en permanence, la menace du méchant voisin du nord perd de son effet.

    Lorsque le candidat gagnant propose d’ouvrir des discussions, de reprendre les liens diplomatiques et, même, de visiter le voisin du nord, cela ne peut susciter que de vives inquiétudes. Inquiétudes de la part d’une bourgeoisie hostile à toute idée marxiste et de la part des américains, résolument hostiles à tout rapprochement.

    Cela explique la campagne de calomnies, mais également la décision de Trump de mettre en œuvre du bouclier antimissile Thaad, près du village frontalier de Soseong. Le président US a également informé de l’envoi d’une flotte de guerre vers la péninsule. Fake news, de la part du président, le groupe aéronaval faisant route vers l’Australie.

    Ironiquement, cette pression inamicale, de la part de l’allié gênant, a certainement penché dans la balance électorale. D’autant que, cerise sur le gâteau, le malhabile dirigeant de la première puissance mondiale a annoncé que la Corée du Sud assurerait l’intégralité des frais du déploiement. Un geste de politique intérieure qui, pour son grand malheur, fut très bien entendu à l’extérieur.

    Même la municipalité de Séoul, marquée très à droite, s’est offusquée de ces déclaration et de cette « prise d’otage » de la part des Etats-Unis.

    Le score électoral du programme de « détente » de Moon Jae-In révèle la lassitude du peuple sud-coréen. La diatribe martiale de l’ancienne administration, l’inflexibilité vis à vis de Pyongyang, encouragée par la maison blanche, s’émoussent. Le sud semble vouloir s’orienter vers la normalisation des relations, préalable à la paix.

    Dans une certaine mesure, Moon se place sur une position semblable à celle du membre du SPD Willy Brandt, chancelier de RFA entre 1969 et 1974, connu pour son Ostpolitik, permettant une reconnaissance mutuelle des deux Allemagne. Il est possible qu’il cherche ainsi à atteindre deux objectifs : Créer une division du travail entre les deux Corée, mais également pousser le régime nord-coréen à s’ouvrir au pluralisme, et à se libéraliser économiquement.

    Moon représente une position de bourgeoisie nationale progressiste, au niveau de son pays, mais néanmoins solidement pourvue en appétits propres sur son étranger proche.

    Cependant, ce programme social-libéral suffit à attirer des foudres terribles. La réorientation géopolitique qu’il induit pousse à l’agressivité les fractions les plus réactionnaires de sa bourgeoisie, les chaebols, les sectes anticommunistes ainsi que les USA en perte de vitesse face à la Chine.

    La Corée du Sud est vulnérable à un coup de force, à une déstabilisation visant à lui faire regagner sa place de verrou. La capacité de Moon à faire appliquer son programme est une des inconnues qui rentre en ligne de compte. L’hostilité de la part des réactionnaires et des impérialistes en est une autre.

    En tant qu’organisation communiste, nous regardons les bourgeoisies nationales avec un œil circonspect. Si cette élection propulse, certes, un candidat progressiste, elle n’est nullement une garantie de paix ou une garantie d’avancée.

    Les bourgeoisies nationalistes sont vives à trahir leurs mandats, vives à se coucher. Nous savons que la seule issue réellement positive provient du prolétariat coréen, de ses organisations de masses et de ses partis. La lutte du peuple de Corée avance, soutenons-la !