Étiquette : Conspiration

  • Hold Up – Et si la vérité n’était pas là où on le croit ?

    Hold Up – Et si la vérité n’était pas là où on le croit ?

    La sortie du film Hold-Up est une événement important des dernières semaines, tandis que la pandémie recule – en France – avec une lenteur affreuse.

    Il a suscité des réactions très diverses et très variées. La passion des uns, et le rejet des autres. Il filme controversé aussi, du fait des personnes qui y interviennent et de l’argumentaire déployé. Un film intrigant enfin, par son succès – lié en partie au fait qu’il soit perçu comme censuré.

    Il ne s’agit pas de faire du debuking dessus ou d’essayer d’asséner des jugements. Il existe une réflexion à avoir sur qui intervient dedans, sur leur parcours, sur leur physionomie politique. D’autres l’ont fait et l’ont très bien fait. Mais ça n’est pas ce que nous voulons aborder. Nous savons, par expérience, que les coups de boutoir exercés contre les pensées, les adhésions, les croyances, ne font que rarement changer d’idée. Au contraire, ils ont tendance à susciter l’effet inverse. Nous voulons porter le débat ailleurs, au-delà de cela, et le porter sur une question fondamentale : qu’est ce que ce film révèle ? Pourquoi ce succès ?

    Au delà de ça, il y a une vérité qui est, nos yeux, centrale.

    L’illustre historien Fernand Braudel écrivait que l’histoire est fille de son temps. Elle est le reflet de son époque, de sa période, de sa culture et de ses angoisses. Il en est de même pour ce film. Quelque soit ce qui est mentionné dans ce film, cela ne tombe pas du ciel. Cela révèle la teneur de notre époque. Il est le fils d’un temps des troubles. Un temps que nous avions pu croire définitivement passé, mais qui revient à nouveau nous hanter.

    Ce film est un bac révélateur.

    Il révélateur d’une rupture de confiance entre la population et ses dirigeants. Il révèle l’absence de confiance dans les politiciens, dans les organisations politiques, dans le gouvernement, dans la justice, dans la recherche scientifique. Il est le miroir d’une succession constante de scandales qui ont irrémédiablement souillé ces institutions ou ces fonctions. Scandale Stavinsky, faux-électeurs, financements libyens… scandale du médiator, affaire du rainbow warrior… scandale de l’amiante, scandale des masques… violences policières, violences économiques… Sans compter l’impunité totale des responsables.

    Il est légitime de contester le discours des institutions. Il est légitime de vouloir aussi contester la réécriture constante de l’histoire. Il est tout aussi légitime d’être en colère devant la négation mensongère des faits les plus flagrants, ou encore devant l’absence totale de d’autocritique des dirigeants qui ont commis des erreurs pitoyables.

    Et oui, il faut le mentionner, les mensonges, les conjurations, les complots existent. Historiquement, il y en a eu. Mais ils ont impliqué un nombre restreint de personnes, et leur impact dans l’histoire reste anecdotique. Les forces sociales écrivent l’histoire, non les phénomènes périphériques.

    Expliquer tout en expliquant rien.

    Derrière le moindre événement, il est possible de trouver un sens caché. Notre cerveau nous y pousse. C’est un mécanisme de défense ancestral, qui privilégie la survie à tout prix sur la confiance. Mais, en expliquant tout par ce prisme, on finit par ne rien expliquer.

    S’il n’y a pas de confinement, c’est pour protéger les intérêts économiques, s’il y en a, c’est pour bâillonner la population.

    S’il n’y a pas de masque c’est de l’incompétence, s’il y en a c’est pour étrangler les gens.

    S’il n’y a pas de traitement, c’est pour laisser mourir les gens, quand il y en a c’est pour les empoisonner. Si le traitement est déployé en premier lieu en Afrique, c’est pour stériliser la population, si c’est en Europe, c’est pour la laisser mourir. Si les riches l’ont en premier c’est pour laisser crever les pauvres, si c’est l’inverse c’est pour les empoissonner… S’il est cher, c’est pour faire du profit, s’il ne l’est pas, c’est pour que tout le monde soit contaminé…

    En fin de compte, tout est possible. Tout est permis. Et l’esprit humain parvient à s’accommoder parfaitement de ces sauts de sens. Le seul point de repère est l’opposition intégrale aux autorités.

    Cela amène d’ailleurs des situations cocasses. Des communistes, comme nous, nous ont attaqué pour notre acceptation du confinement. Ils en arrivent à vouloir, au nom de la liberté et de la lutte, à défendre les mêmes positions que les ultras-libéraux : le vivre et laisser mourir. Heureusement, ils n’ont aucun impact sur les événements et demeurent des particules subatomiques.

    Mais revenons sur cette opposition :

    Le gouvernement sert les intérêts des capitalistes. C’est un fait. On ne peut pas avoir confiance en lui. Mais alors en qui ?

    En des boutiquiers qui nous vendent des remèdes miracles, des onguents, des pierres, des plantes en disant que c’est sain et naturel ? En des médecins hallucinés qui ont été souvent déchus de leur titres ? En des politiciens véreux, qui ont flairé le bon filon ? En des militaires, qui souhaitent imposer leur ordre ?

    Et que faire ? Rester à dénoncer derrière les réseaux sociaux, tout en continuant sa petite vie ? Dénoncer ou énoncer un modèle de société différent ? Meilleur.

    Voter ?

    Certains pensent qu’il faut voter. Mais qui ? Voter Dupont-Aignan ? Le président d’un parti frère de celui de Erdogan ? D’un parti frère de celui du PiS en Pologne ?

    Voter pour la dynastie Le Pen, dont les élus sont parmi les plus condamnés pour corruption, pour abus d’argent public ?

    Demander aux militaire de nous sauver ? Comme si les aristocrates à la De Villiers étaient le remèdes à la démocratie, sachant que les maux de la Ve République sont bel et bien ceux d’un coup d’État militaire.

    Voter, voter quoi ? PS pour être trahi à nouveau ?

    Et dans quel ordre, quelle société ?

    Soyons cohérents. Notre Etat n’est pas démocratique. Nous le savons. Historiquement il est conçu, organisé, architecturé pour être celui de nos exploiteurs, pas le nôtre. Nous ne votons pas sur ces enjeux les plus stratégiques : les opérations militaires à l’extérieur, les ventes d’armes, la diplomatie. Le système néo-colonial, ce véritable État profond, est au-delà de la démocratie. Trop précieux, trop important. Même l’occupation Allemande n’a pas osé y toucher. C’était la condition de la reddition de l’armée.

    Cet État, confondu avec les grands cartels économiques, est au dessus des lois. Il est La Loi suprême : celle de l’intérêt de la France dans le monde. Un intérêt glaçant de domination. Quelque soit les votes, toucher à ce saint des saints, c’est se placer soi même le revolver sur la tempe.

    Mais alors, que faire ? Qui croire ?

    Qui est un vrai allié ou une vrai alliée ?

    En qui avoir confiance ? Regardez autour de vous. Regardez qui trime comme vous. Qui est exploité ou exploitée comme vous. Qui partage votre fardeau, vos salaires, vos aigreurs contre des managers, des petits chefs, des patrons, des créanciers… Ce sont eux et elles, dans la diversité de leurs noms, de leurs origines, de leurs croyances, de leurs genres ou de leurs goûts. Qu’importe qu’ils se nomment Aïcha, Jean-Luc, Sophie, Liu, Klaus, ou Rachel. Si comme vous ils souffrent, c’est qu’ils sont vos amis, vos frères et vos sœurs de souffrance. Et vos frères et vos sœurs de rêve aussi, qui partagent l’envie de justice, l’envie de liberté, l’envie d’équité et d’honneur. L’envie de pouvoir vivre dignement de son travail, et que celui-ci soit utile.

    Avec eux, avec elles, vous pouvez avancer. Défendre vos droits économiques, vos salaires, vos conditions de travail, vos conditions de vie. C’est une étape ! Mais vers quoi ?

    Il faut acter une chose : aucune garantie n’existe. Aucun pouvoir n’est parfait. Aucun gouvernement n’est immunisé contre la trahison. Seule la mobilisation vigilante de ceux et de celles qui n’ont à perdre que leurs chaînes peut empêcher que le cycle infernal ne recommence. Certains voudraient voir l’armée, un roi, une dictature. Mais de qui sur qui ? C’est vrai que la démocratie est en panne, qu’elle est truquée, corrompue, pourrie jusqu’à l’os. Mais remettre les mêmes vampires, les mêmes détritus, sous une forme nouvelle – voire pire ! – au pouvoir ne changera rien ! Au contraire. Ceux qui n’apportent rien à la société, qui s’en repaissent, qui la vident de toute substance, ceux là n’ont pas droit de cité.

    La démocratie des uns n’est pas celle des autres !

    Nous, nous sommes pour une démocratie populaire. Une démocratie du peuple au sens de ce qui le compose réellement : ses forces vives, qui créent la richesse de la société, qui apportent ce que nous avons tous de précieux : la nourriture, les marchandises, les soins, l’éducation, la culture… Une démocratie qui soit faite par le peuple, pour organiser et diriger l’économie afin qu’elles réponde aux besoins et aux aspirations de ce peuple, en excluant les ennemis du peuple.

    Pour faire cela, il ne suffit pas de dénoncer – encore faut-il le faire sur une base juste ! – mais aussi d’énoncer : énoncer un projet de société, un projet de vie, un projet de futur. C’est ce à quoi nous voulons, nous, travailler. Unir les forces vives de notre société, les organiser, les structurer, leur permettre de pouvoir franchir chaque obstacle. Passer d’une populace, en colère, déçue, dépitée, usée par les mensonges, à un Peuple organisé, soudé dans sa diversité, capable de montre à l’assaut de ciel, et de faire naître l’utopie. Une utopie de justice, une utopie d’équilibre et d’harmonie avec la nature, une utopie d’honneur, de fierté de participer à la grande aventure de l’humanité.

  • La bataille de l’histoire. IV

    La bataille de l’histoire. IV

    Lutter contre la conspiration omniprésente.

    Ces travaux de recherche mettent fin au mythe conspirationniste d’une direction intégralement trustée par Staline, qui impose son agenda personnel. Elle replace la direction soviétique dans une situation nettement plus réaliste, son omniscience et sans forcément une maîtrise parfaite des événements. Les emballements existent, comme pendant la collectivisation, qui forme une véritable révolution culturelle. Des bataillons entiers de jeunes activistes bolcheviques sillonnent les campagnes. Ils appliquaient avec un zèle parfois féroce les directives du Parti, quitte à les outrepasser, au nom de la révolution. Getty, à nouveau, en parle ainsi :

    La révolution stalinienne a été une campagne enthousiaste, pas une politique. Les normes industrielles scientifiques et les calculs rationnels du potentiel agricole ont été mis de côté au profit d’une mobilisation enthousiaste. « Les bolcheviks peuvent prendre d’assaut n’importe quelle forteresse » est devenu le mot d’ordre de la nouvelle révolution ; la vitesse et la quantité plutôt que la précision et la qualité sont devenues les critères de succès. Des avertissements prudents furent dénoncés comme du sabotage ou du « naufrage capitaliste », et une analyse minutieuse fut suspectée. Personne ne pouvait rester à l’écart de la grande poussée de modernisation et de socialisme. Et peu le faisaient. La période du premier plan quinquennal (1928-32) fut une période d’exubérance et d’enthousiasme. Des millions d’ouvriers sont allés à l’école et sont passés à la direction. Des millions de jeunes paysans se sont échappés des villages et ont afflué vers de nouvelles vies dans la construction. Les jeunes se sont portés volontaires en grand nombre pour travailler à l’effort commun, pour aider à la collectivisation et pour améliorer leurs qualifications professionnelles. Pour les jeunes Nikita Khrouchtchev et Leonid Brejnev [au pluriel dans l’extrait de départ], ce fut le meilleur des temps. C’était la période d’optimisme et de dynamisme et l’époque qui a lancé leur carrière. La mobilité ascendante enthousiaste des plébéiens ressemblait beaucoup à l’aboutissement de la Révolution : les travailleurs prenaient le pouvoir et construisaient le socialisme.1

    Finalement, l’explosion de violence de 1937, souvent perçue comme l’aboutissement d’un long processus policier téléguidé par Staline, se montre sous son vrai jour : une conjonction de différents processus arrivés à maturité.

    • Des difficultés internes au parti : Frustration des échelons inférieurs du Parti face à la main-mise d’un certain nombre de potentats locaux. Méfiance de ces potentats face à ces subordonnés et subordonnées. Énervement de la direction face à l’immobilisme et au manque de réactivité des mandarins. Tentatives de ces mandarins de dévier l’énervement de la direction contre des boucs émissaires.
    • Des problèmes économiques : Stagnation économique et accroissement des écarts de niveau de vie, produits par la complexification de l’économie. Refus des kolkhozes d’honorer leurs versements, ce qui s’est traduit pas l’impossibilité pour les stations de travail de payer le carburant et les pièces pour les tracteurs, entraînant des baisses dans les rendements agricoles…
    • Conflit entre les planificateurs et les stakhanovistes, ce qui désorganisait la production et entraînait des dénonciations, lesquelles contribuaient à désorganiser la production à leur tour…
    • Des conflits de société, dans lesquels démasquer l’ennemi servait également à régler son compte à des affaires personnelles.
    • Vampirisation des ressources par le budget militaire (le premier du monde) et méfiance grandissante envers la menace bonapartiste et fasciste.
    • Des guerres internes et obscures entre factions au sein du Parti…

    Quel rôle pour les procès de Moscou dans cette équation ? La question demeure ouverte. Mais à minima, certaines choses sont claires. Trotski essayait de créer les conditions de son retour en URSS, quitte pour cela à passer les accords et les compromis les plus douteux. Il est cependant improbable que ses alliés et appuis, qui ne partageaient pas ses thèses, lui auraient laissé la moindre chance de revenir. Le compte rendu fait par l’agent du NKVD, Mark Zborovski, compagnon de beuverie du fils de Trotski, montre le peu de confiance qu’avait celui-ci dans ses chances de succès.

    Boukharine, Rykov, Tomski ou d’autres ont probablement agi en fonction de leurs opinions, en étant effrayés par la collectivisation et la planification, et ont certainement essayé de trouver les moyens d’arrêter les frais. Mais il n’est pas exclu non plus qu’une certaine prophétie auto réalisatrice se soit opérée : Boukharine sentant le sol se dérober sous ses pieds, essayant de trouver des issues illégales, ce qui confirmait les soupçons de ses persécuteurs…

    Il existe également, dans le choix de la mise en scène et du caractère public de ces procès, une dimension de « prophylaxie sociale », pour reprendre les termes de Annie Kriegel. Cette prophylaxie servait à démontrer que quiconque, quelle que soit sa place dans la hiérarchie du Parti, pouvait chuter s’il transgressait les lois.

    Quant à l’armée, le travail sur les purges militaires permet de les restituer dans leurs justes dimensions, soit 6/7 % de militaires démis de leurs fonctions de manière définitive.2 Quant à Toukhatchevski lui-même, la fermeture des archives sur cette question la rend, pour le moment, insoluble. Cela n’enlève rien au fait que, politiquement parlant, le maréchal avait le « profil parfait » pour être un équivalent à Bonaparte.

    Or, si le détricotage des processus de la répression en général, et de la iejovchina en particulier, plus compréhensible, elle la rend aussi nettement moins acceptable que dans la doxa totalitaire inversée.Cette doxa exige qu’elle soit jugée comme un « mal nécessaire ». Aujourd’hui, elle ne peut ni être vue comme une opération téléguidée pour « sauver le Parti », ni comme une opération pour l’inféoder à l’ogre stalinien. Elle est ce qu’elle est : une singularité de violence, à la croisée d’une multitude de chemins.

    L’une comme l’autre survivent cependant. Chez les anticommunistes, la même rengaine est répétée. Dans nos rangs, inlassablement, nous entendons aussi les mêmes histoires. Elles sont celles qui sont les plus diffusées. Ainsi dans Staline: Histoire et critique d’une légende noire, Domenico Lorduso, a produit un immense mémoire en défense de Staline et du stalinisme. C’est quelque chose qui peut tout à fait se comprendre. Nous sommes un grand nombre à vouloir laver les affronts. Certains sont essayés à écrire de véritables actes de réhabilitation de Staline. Le grand problème de ce travail, au demeurant quasiment introuvable, est qu’il s’agit, là encore, d’un ouvrage bâti sur une histoire totalitaire inversée. D’une part, la pétition de principe est inversée (gentil au lieu de méchant), d’autre part, le contrôle totalitaire sur la société est maintenu, avec un Parti efficace et parfaitement rodé, avec des ennemis intérieurs qu’il faut liquider…Etc. En défendant Staline par Staline, ou par des contemporains, Lorduso pèche par les sources.

    Plus complexe est la situation de Grover Furr3. Furr possède des sources nombreuses et variées. Il a réalisé aussi un vrai travail de fond sur les archives, notamment celles de Trotski, dans lesquelles il a pu trouver un certain nombre de mensonges et d’amalgames. De ce point de vue là, il apporte des éclairages sur la propagande anti-communiste et sur le pont qui s’est formé entre l’anticommunisme de droite et celui « de gauche ». Trotski, a son corps défendant, a été utilisé par la droite et l’extrême-droite dans leur croisade.

    En ce qui concerne les purges et la iejovchina, il analyse parfois très justement les choses : il reprend de J. Arch Getty la question de la résistance des potentats locaux à la démocratisation. Il apporte des éléments convaincants sur l’exagération de la répression par ces échelons intermédiaires, dans le double but de remplir et de dépasser les plafonds d’arrestation maximum autorisés, mais également de rendre la répression inefficace en accusant et contre-accusant tout ce qui bouge. Cependant, il fait de Iejov un conspirateur qui œuvrait dans le but de protéger l’appareil tout en discréditant la direction soviétique. En somme, un champion de la bureaucratie.

    Ce portrait de Iejov est totalement contradictoire avec l’ensemble des travaux réalisés sur sa personne. Ouvrier, « vieux bolchevique », Iejov était plus connu pour sa détestation de la bureaucratie que pour sa propension à la défendre. Dans les débats au sein du Politburo, il était un partisan constant du « démasquage » des ennemis de la révolution. Boris A. Starkov et John Arch Getty ont d’ailleurs proposé deux approches de la question dans Stalinist terror, new perspectives. Dans les deux cas, Iejov apparaît comme une personne sincèrement convaincue qu’il existe des conspirations anti-soviétiques dirigées par des cadres de l’industrie, ce qui fait écho à son parcours d’ouvrier personnel et à son inimité pour cette catégorie sociale.

    En retirant la possibilité de l’erreur de bonne foi, Furr appuye une hypothèse conspirationniste, hypothèse qu’il étaye en empruntant certains éléments à la méthode hypercritique : il joue sur le sens des mots(extorquer des aveux = faire avouer), récuse certaines sources ou certaines témoignages sur la base d’un sophisme génétique, mais procède également par la pétition de principe (qu’il dénonce quand elle ne va pas dans son sens). Or, cette méthode ne permet pas de comprendre les faits, ni de pouvoir les défendre.

    Paradoxalement, les travaux de Marc Ferro, de Alain Blum, de Nicolas Werth, ou d’historiens et d’historiennes anglo-saxons (Fitzpatrick, Arch Getty, Carr, Wheatcroft) sont plus utiles que ceux faisant une défense rigide. Ils peuvent parfaitement être employés conjointement avec les classiques pour permettre de retrouver véritablement le sens de ceux-ci.

    Seul ce travail conjoint permet de comprendre l’intérêt de textes staliniens tels que le vertige du succès, ou encore pour une formation bolchevique. Ils révèlent des difficultés extraordinaires à mettre en œuvre la construction du socialisme. Ils contribuent aussi à rendre plus réaliste les portraits des acteurs : les choix de ceux-ci, parfois hasardeux, font écho à ceux qui sont faits à l’heure actuelle dans le milieu militant, ainsi que l’existence de réseaux, de conflits, de luttes souterraines où l’idéologie passe au second plan.

    Quelque part, ne pas prendre en compte tous ces aspects revient à n’utiliser que la physique classique et la logique déductive pour comprendre le monde. Or, il existe aussi des phénomènes quantiques, contradictoires, qui brouillent l’analyse. À une certaine échelle, ils peuvent devenir primordiaux. C’est là où une compréhension profonde du marxisme est vitale.

    1The Stalin Revolution was an enthusiastic campaign, not a policy. Scientific industrial norms and rational calculations of agricultural potential were cast aside in favor of enthusiastic mobilization. “Bolsheviks can storm any fortresses” became a watchword of the new revolution; speed and quantity rather than accuracy and quality became the criteria for success. Cautious warnings were denounced as sabotage or “capitalist wrecking,” and careful analysis was suspect. No one could stand aside in the great push for modernization and socialism. And few did. The period of the first Five Year Plan (1928-32) was one of exuberance and excitement. Millions of workers went to school and moved into management. Millions of young peasants escaped the villages and flocked to new lives in construction. Young people volunteered in large numbers to work for the common effort, to help with collectivization, and to improve their work qualifications. For the young Nikita Khrushchevs and Leonid Brezhnevs, this was the best of times. It was the period of optimism and dynamism and the era that launched their careers. The enthusiastic upward mobility for plebeians looked very much like the fruition of the Revolution: the workers were taking power and building socialism. (Getty, J. A., Naumov, O. V., & Sher, B. (2010). The road to terror : Stalin and the self-destruction of the Bolsheviks, 1932-1939 (Updated and abridged ed). Yale University Press., p. 29)

    2R. R. Reese, The Red Army and the Great Purges, in Getty, J. A. (1993). Stalinist Terror : New Perspectives. Cambridge University Press.

    3Auteur de Khrouchtchev a menti, de Les amalgames de Trotski, mais aussi de Iejov contre Staline.

  • La Bataille pour l’histoire. II

    La Bataille pour l’histoire. II

    Faire évoluer notre regard sur notre histoire.

    Du côté des léninistes, un problème similaire s’est posé : que faire de l’histoire ? Aujourd’hui, il est rarissime qu’un militant ou une militante rejette en bloc l’existence du Goulag, des purges, des famines. La publication d’expériences, réelles, de répression, a rendu impossible le fait de maintenir la ligne de défense des années 1920-1930.

    Dans le même temps, le courant anticommuniste totalitaire à pris une ampleur immense, appuyée par C.-J. Friedrich, Z. Brzezinski, R. Conquest, H. Carrère d’Encausse… Cette conception totalitaire s’est d’ailleurs appuyée sur les analyses de Léon Trotski, qui, parmi les premiers, avait commencé à employer ce terme. I. Deutscher, un des grands spécialistes de L. Trotski, indiquait ainsi que celui-ci écrivait, avant son élimination, un texte sur la question. « Le socialisme n’aurait aucune valeur s’il n’apportait non seulement l’inviolabilité juridique, mais aussi la pleine sauvegarde des intérêts de la personnalité humaine. Le genre humain ne tolérerait pas une abomination totalitaire sur le modèle du Kremlin. »1 Il est possible de retrouver notre analyse sur cette question dans les brochures précédemment rédigées.2.

    La domination presque sans partage du paradigme totalitaire, ainsi que la très grande difficulté pour trouver d’autres sources que celles pré-cité, a obligé à un revirement même chez les militants et militantes communistes. Ne pouvant ignorer les témoignages et les coups de boutoir de la part de la bourgeoisie, une nouvelle ligne de défense s’est construite : retourner l’histoire des trotskistes et des anticommunistes.

    Tous les événements mis en avant par les autres historiographies sont inversés. Staline, de méchant omniscient et omnipotent est placé comme une figure de pouvoir compétente, œuvrant inlassablement à la création du socialisme, manœuvrant avec génie pour changer la société. Il faut préciser que la responsabilité des militants et militantes communistes n’est pas totale. En faisant de Staline le maître déifié de l’URSS, les anticommunistes ont validé intégralement le culte de la personnalité. Il en est de même pour les révisionnistes khrouchtcheviens et pour les trotskistes. «  On se limite en substance à dénoncer, comme étant la cause de tous les maux, les défauts personnels de Staline. On reste dans le domaine du culte de la personnalité. Auparavant tout le bien était dû aux qualités positives, surhumaines, d’un homme. Actuellement, tous les maux sont dus aux défauts exceptionnels et même ahurissant de ce même homme », écrivait Togliatti.3

    Cette contre-histoire totalitaire se nourrit donc à la fois de bases similaires à celle des anticommunistes, notamment au niveau des processus de prise de décision et des rapports de pouvoir, mais en adjoignant à cela le fait de « tordre le bâton dans l’autre sens. » En somme, tout ce qui est dit, tout ce qui sert comme procédé d’accusation, est soit déformation anticommuniste, soit un mensonge.

    Sur ces fondations, l’histoire apologique de l’URSS devient une justification du récit totalitaire. L’arrivée au pouvoir de l’équipe de direction stalinienne est toujours présentée comme une période de dépérissement démocratique, mais justifiée au nom de la nécessité, alors que la réalité est nettement plus complexe4 et les processus qui sont arrivés à maturité sous Staline avaient déjà commencé sous Lénine. Ils ont par ailleurs été vivement combattus par la direction nouvelle, qui a tenté à plusieurs reprises de ressusciter la démocratie populaire.5

    L’histoire de la répression est commune aux deux côtés de la barricade. Une histoire téléologique et policière, dans laquelle le scénario suit une trame unique et bidimensionnelle. La lutte contre les oppositions, les tourments de la révolution culturelle stalinienne, les purges, les procès s’enchaînent et culminent avec la iejovchina, prélude à la guerre. Elles sont jugées comme étant « un mal nécessaire » avec des « erreurs ». Mais elles ne remettent pas en cause un postulat : la toute puissance de la direction sur un Parti obéissant et efficace. Surtout, elles escamotent un pan important de la question : celles des insuffisances, des dysfonctionnements, des incompréhensions, des actions et des rétroactions.

    Il est possible d’invoquer la faiblesse des sources pour justifier cette analyse. Ce désert est un fait. Mais d’une part les « staliniens apologiques » ont opté pour les mêmes méthodes d’analyse que les autres, c’est-à-dire une kremlinologie « rouge », de l’autre, il y a eu le fait d’écarter méthodiquement tous les travaux réalisés sur l’URSS, au nom d’un sophisme génétique : le fait qu’il s’agisse d’écrits non-communistes. Au lieu de combattre les conceptions totalitaires, ces militants et militantes, malgré une bonne foi constante, l’ont embrassé : ils en ont fait un étendard. La même chose s’est produite avec ceux qui acceptent la déstalinisation. Dans les deux cas, c’était uniquement les décisions du parti qui donnaient le ton, et il suffisait de lire les discours pour pouvoir pénétrer profondément la pensée des grands idéologues communistes.

    Jusqu’à l’ouverture des archives et dans le déferlement anticommuniste de la fin de la Guerre Froide, il pouvait être légitime de procéder ainsi. Mais légitime ne veut pas dire juste. Il fallait contre-attaquer et défendre ce qui devait être défendu. Éviter qu’elle soit, dans sa chute, précipitée dans les enfers et qu’elle soit intégralement disqualifiée. Pour réaliser cette tâche difficile, certains ont rejeté les accusations de la part de la bourgeoisie comme un bloc. Ce rejet, compréhensible, s’est mêlé à la difficile tâche d’être critique et analytique. Sous la pression ces autres aspects ont été remisés. Cette absence de critique a fait que beaucoup se sont sentis trompés par la manière dont l’URSS et les expériences socialistes ont été présentés, en externe comme en interne. En faisant une défense sous la forme de l’apologie, elle a entraîné la déception. Au cours de l’existence de l’URSS, cette défense aveugle a contribué à détacher les travailleurs du PCF (en 1956 comme en 1991) au lieu de les souder.

    Aujourd’hui, cette pression d’une défense pied à pied n’existe plus. Celle qui existe est, en revanche, celle de reconstruire une histoire juste, critique, utile. Il n’y a pas de sens à nier l’existence du Goulag, des purges, de la Terreur, de la collectivisation forcée ou du traité de non-agression germano-soviétique. En revanche, il existe un impératif de les comprendre et de les expliquer. D’une part pour combattre les mensonges. D’autre part pour que nous puissions comprendre à quels obstacles nous aurons nous même affaire, si ou quand nous nous retrouverons à gérer un État.

    Comprendre l’histoire pour convaincre.

    Comprendre l’histoire en profondeur permet de dépassionner sa défense. Il est normal que la très grande majorité des individus soient horrifiés par le fait que nous puissions défendre – même de manière critique – l’Union soviétique. Comment ne pas les comprendre ? Comment ne pas prendre en compte le fait que l’Éducation Nationale, l’histotainement, ou les publications à grand tirage n’influencent pas les masses ? La bourgeoisie a fait de la condamnation du communisme une priorité absolue. Les publications actuelles, qui mettent en avant le Goulag ou les « crimes staliniens » sont une piqûre de rappel constant pour vacciner les prolétaires et les classes populaires contre la révolution. Nous devons comprendre cela, ou nous serons isolés.

    De même, nous devons comprendre les engagements de ceux qui veulent lutter ou qui luttent. Quelqu’un qui se tourne vers l’anarchisme ou le trotskisme, ou même le réformisme radical, le fait en tout premier lieu parce qu’il ou elle pense qu’il s’agit d’une voie juste. Une voie qui apparaît juste car moins lourdement condamnée par l’Éducation Nationale ou par les médias bourgeois. De prime abord, il est parfaitement logique qu’une personne sincère et bien intentionnée ne se rue pas dans les bras des « fossoyeurs de la révolution », les « autoritaires », tels que sont qualifiés les léninistes. Cette conception se voit d’ailleurs dans le rapport ambigu entre trotskistes et anarchistes. Trotski était l’un des dirigeants bolcheviques les plus brutalement anti-anarchistes. Pourtant, il est vu plus positivement que Staline par les libertaires. Il ne s’agit pas donc d’une position conçue sur la base d’une réflexion historique, mais bien d’une image mentale.

    Cette image mentale est parfois tellement intériorisée que la briser est une lutte de longue haleine. Dans plusieurs débats, les arguments de nos contradicteurs étaient basés sur le « sentiment » que le stalinisme, le maoïsme, Staline, ou autre, étaient de telle ou telle manière, qu’il s’y était passé telle ou telle chose. Cette conviction profonde est en partie nourrie par l’idéalisme et accentuée par ses déclinaisons les plus poussées, comme le post-modernisme, pour lequel les idées et les récits individuels sont plus porteurs de vérités que les faits6. Pour permettre de la battre en brèche, il est fondamental de savoir présenter une histoire compréhensible, cohérente, qui puisse permettre de prendre appui sur les éléments justes déjà présents. Cette histoire demande à être condensée.

    Mais au-delà du débat historique historisant, souvent ramené à l’acte de foi, il existe quelque chose de plus profond et de plus essentiel : le travail militant vers ceux et celles qui partagent les conceptions anticommunistes. Convaincre du bien-fondé de la révolution ne se fait pas sur la base d’un engagement identitaire, historiographique, mais bien sur la démonstration, là aussi, d’une stratégie permettant de construire cette révolution. Même chez les anticommunistes des classes populaires, il existe des idées justes. C’est sur elles qu’il faut prendre appui. Il nous faut apporter ce que ces courants idéologiques ne peuvent apporter : un réel approfondissement des questions et de la trajectoire vers la révolution. Le réexamen des questions historiques est non seulement secondaire, mais il se fera de lui-même plus tard. Pour parler caricaturalement, on devient « stalinien » par sa pratique avant de l’être par son adhésion historique.

    C’est là où une solide compréhension en profondeur est utile : elle permet de rattacher les événements à leur signification profonde. L’adhésion aux conceptions maoïstes sur la base de la Révolution Culturelle n’est pas la même chose que d’adhérer à la question d’une révolution culturelle sans majuscule, luttant contre les travers d’un pouvoir imparfait, vulnérable à la lutte des classes sous le socialisme. Ergoter sur la dénomination précise sans prendre en compte son sens profond revient à saboter le débat.

    À l’inverse, recruter sur la base unique de l’adhésion à un corpus vague n’est pas intéressant. C’est pour cela que nous renonçons en tant qu’organisation à trancher d’une manière nette et définitive notre positionnement sur certains débats. La question du maoïsme, par exemple. Si certains de nos membres se revendiquent de Mao et de l’expérience de la Chine, ce n’est pas une obligation pour adhérer. En effet, il existe d’immenses étapes à franchir avant d’avoir à se poser la question du maoïsme en tant qu’approfondissement ou que rupture dans le léninisme. Préempter sur ces questions serait baser l’adhésion sur le folklore et non pas sur la compréhension profonde de ce que cela signifie. En revanche nous considérons comme préalable le fait de ne pas rejeter l’étude de cette expérience.

    Beaucoup d’organisations et de petits groupes s’attachent à régénérer la connaissance de notre propre histoire. Mais elles font face, seules, à cette somme ingérable de travail. Or, logiquement, beaucoup mettent en premier lieu la connaissance pointue.

    Nous avons eu ainsi des discussions animées avec des militants et des militantes qui plaçaient très haut dans leur échelle des priorités la prise de position sur des sujets extrêmement précis. Nous-mêmes, dans nos premières années d’existence, avons surestimé grandement l’importance de ces « questions de principe ». Or, ce que nous a enseigné l’expérience de ces quelques années de travail, c’est que les questions étaient prises à l’envers. Elles ne peuvent être tranchées sans que les moyens matériels de le faire n’existent. En réalité, c’est l’unité sur des bases simples, de principes politiques accessibles, qui permet de disposer d’une masse critique permettant de réaliser ces tâches supérieures. À trop fonctionner comme des « mini-partis », nous tendons à nous épuiser dans la construction d’une connaissance parcellaire que nous érigeons comme vérité absolue. C’est là une dérive sectaire que nous devons combattre.

    1I. Deutscher L’âge de la Révolution permanente une anthologie de Trotski

    2https://unitecommuniste.com/histoire/100-millions-sinon-rien-partie-5/

    3 Togliatti, cité in M. Merleau-Ponty, Signes, 1960, p. 374-375

    4 À ce titre, l’ouvrage de Ferro, M. (2017). Des soviets au communisme bureaucratique : Les mécanismes d’une subversion., réédition d’un travail des années 1980, ou les travaux de Bettelheim montrent les rapports complexes entre Soviets et Parti dès 1917.

    5Origins of the great purges, encore.

    6À ce titre, il est possible de consulter cet article qui s’intéresse au post-modernisme https://unitecommuniste.com/france/fin-de-partie-vi-le-postmodernisme-contre-le-communisme/

  • Coronavirus = complot ?

    Coronavirus = complot ?

    Nous écrivons cet article dans le but de pouvoir faire le bilan de discussions que nous avons eu entre camarades ou avec d’autres camarades d’autres organisations. Il s’agit également de faire un point sur des positions que nous avons pu retrouver « flottantes » dans les réseaux sociaux.

    Toutes les crises font naître des interrogations. Et il est légitime de mettre en doute la parole des autorités. Les gouvernements bourgeois ne sont pas des exemples en matière d’honnêteté et de probité.

    Dans l’histoire, il y a eu des complots et des conjurations. Un grand nombre. Mais dans l’histoire, ils ont joué un rôle secondaire, de remous de surface, d’incidents plus que de remises en cause profonde de la société. Un conspiration secrète ne le reste que peu de temps.

    Dans le cas du Coronavirus, un très grand nombre de théorie plus ou moins crédibles sont apparues. C’est un phénomène logique en temps de crise. Il est quelque part rassurant d’imaginer que ce sont les autorités qui inventent des faits immenses tels que le réchauffement climatique ou les pandémies. Cela donne l’impression que ce n’est pas nous même, en tant qu’espèce, qui sommes à la merci de forces plus grandes que nous. D’une manière générale, notre cerveau est conçu pour raisonner par association et par corrélation. Il fonctionne comme une machine à trouver des complots.

    Nous avons ainsi une tendance naturelle à mettre en relation des faits qui sont parfois de simples coïncidences. Cela était vital à une époque reculée. « Je suis malade après avoir mangé ces baies inconnues, elles doivent être toxiques. » ; « J’ai été fiévreux après avoir bu cette eau, elle doit être impure. » Ces mécanismes se retrouvent dans les superstitions : « j’ai vu un chat noir et ma journée était pourrie, il y a une relation ». Cette tendance se retrouve dans la manière dont nous percevons les événements, avec une unité de temps : « La 5G et le Coronavirus apparaissent en même temps, ils sont liés. » Il s’agit d’un premier biais cognitif.

    Deuxième biais : l’équivalence entre les causes et les conséquences. Un grand évènement ne peut avoir qu’une grande cause. Les morts de célébrités sont des exemples constants et récurrents de ce fonctionnement : Lady Di, Claude François, Michael Jackson… mais aussi les personnalités politiques. Pourtant, à bien regarder certains événements, les causes sont parfois fortuites. Le Général Patton meurt d’un refus de priorité à droite, par exemple.

    Troisième biais : l’intentionnalité. La narration entre les causes et les conséquences, qui sont au cœur de l’enseignement de l’histoire, sont trompeurs. L’enchaînement des événements, en particulier lorsqu’il fait intervenir la nature, n’est pas toujours intentionnel. Il existe des paramètres contingents qui échappent à notre appréhension. De même, des processus volontairement déclenchés échappent parfois au contrôle de leurs initiateurs. Dans le cas qui nous intéresse, les politiciens et les politiciennes, les capitalistes comme toutes les autres classes adoptent des stratégies de survie ou de profit en fonction de la situation. Le fait qu’un événement soit utilisé de manière opportune ou opportuniste ne présume en rien de son origine.

    Autre aspect, la tendance paradoxale à s’estimer impuissant et à surestimer la puissance des autorités ou de particuliers. Le système démocratique par représentation dépossède la population du moindre droit de regard sur son fonctionnement. Très souvent, il y a une tendance à le percevoir comme quelque chose d’obscur et d’occulte. Le sentiment qui se développe est que des forces peuvent tout et imposent tout. Il y a une part de vrai : il existe une dictature des intérêts bourgeois. Mais cela ne signifie ni la toute puissance ni l’occultisme. Non seulement la nature est une force immense, bien supérieure à l’humanité, mais les régimes politiques, quel qu’ils soient, y compris des régimes autoritaires ou dictatoriaux, doivent composer, négocier, manœuvrer pour essayer de réaliser leurs objectifs avec la plus grande efficacité et avec le moins de casse possible.

    Prendre le raisonnement à l’envers, en se disant « à qui profite le crime » pour essayer d’en déceler l’origine, c’est raisonner avec une pétition de principe : l’idée qu’il existe une raison première, une intention, derrière chaque acte. Chaque acteur cherche à exploiter les situations nouvelles au mieux possible : cela ne signifie nullement qu’ils en soient les auteurs.

    Dans les raisonnements, il est essentiel d’appliquer avant toute chose le principe de parcimonie. Ce principe, parfois nommé le rasoir d’Ockham, nous indique que, le plus souvent, l’hypothèse la plus simple est la meilleure. Si le COVID-19 ressemble à une grosse grippe brutale, c’est que c’est probablement une grosse grippe brutale, avec les mêmes mécanismes d’apparition que d’autres grippes du même type (H1N1 par exemple.)

    Les zoonose, ces transmissions de virus entre espèces sont rares, mais elles sont dévastatrices. Lorsqu’elles arrivent, elles font naître des virus contre lesquels nous ne sommes pas protégés, contre lesquels nous n’avons pas d’immunité. Si les occurrences sont rares, elles sont marquantes.

    Peste bubonique, Peste pulmonaire, Anthrax, Rage, Variole, VIH, Ebola, Grippe aviaire, Grippe espagnole, Grippe de Hong Kong, SRAS, MERS…

    Ces épidémies et pandémies se sont toutes développées en suivant des schémas similaires : une proximité avec l’animal réservoir et des canaux de diffusion rapides.

    Avec le développement de la mondialisation, ces pandémies prennent une tournure internationale toujours plus croissantes. Elles désenclavent des maladies locales et leur permettent de pouvoir se répandre partout sur Terre. Un des exemples les plus typiques est celui du VIH. Le VIH est certainement plus ancien que son apparition aux USA, dans les années 1980. Il est très probablement apparu dès les années 1920 à Kinshasa, capitale du Congo. A ce moment, la colonisation a entraîné des bouleversement dans l’organisation du pays. Cela s’est manifesté par l’afflux de main d’œuvre vers les centres urbains ainsi que le déploiement d’exploitations forestières et minières. Sans logistique, les villes et les mines devaient trouver de l’alimentation là où elles pouvaient : en chassant dans la forêt profonde. Cela a mis au contact l’Homme avec des virus inconnus et à très grande capacité de mutation. L’infection est restée dans le secteur, avant de se répandre progressivement le long du fleuve. C’est finalement avec le développement de l’aviation, qu’il s’est répandu.


    • À
      voir : SIDA, la piste Africaine.

    La Grippe Espagnole, contrairement à ce que son nom indique, est née au Kansas, dans un élevage mixte de porcs et de volaille. Elle est apparue par la fusion entre la « grippe saisonnière » que portait un éleveur, et la grippe aviaire, que portait un poulet. Les deux peuvent infecter les porcs. Il s’en est suivi une contamination croisée, qui a débouché sur cette grippe ravageuse.


    • À
      lire : L’origine du virus de la grippe espagnole de 1918
      enfin précisée.

    Le cas, plus récent, du SRAS de 2003 a été extrêmement bien documenté, malgré le sceau du secret. Il a été possible de retrouver le patient zéro et de connaître le procès de contamination. Après avoir acheté des aliments au « marché humide » de la province du Guangdong. Les animaux sont tués sur place, dans le but d’avoir une viande la plus fraîche possible. Or, ces marché empilent des espèces qui ne se croisent pas habituellement, et dont les virus ne sont jamais en contact. A l’époque, sur les étals, il y avait notamment des espèces sauvages, braconnées, ramenés des forêts. Non seulement elles étaient proches, mais leurs sangs se mêlaient sur les étals. A Foshan, le 16 novembre 2002, un homme est tombé malade après avoir concocté un plat à base de poulet, de serpent et de chat-civette. C’est dans ce cadre qu’est apparu le SARS-CoV.


    • À
      voir : en bref, la prochaine pandémieparu…en
      novembre 2019.

    Les zoonoses existent et sont nombreuses. Mais malgré cette récurrence et le fait que les procédés de création des virus soient connus, tout comme leurs méthodes de diffusion, un nombre croissant de théories du complot éclosent. Il ne s’agit pas de creuser toutes les théories, cela serait long, fastidieux et inutiles : elles sont bâties pour la plupart sur la foi en des principes intangibles, et non sur des preuves. Toutes les thèses qui impliquent une manipulation mentale, la 5G, ou l’inexistence du virus sont indémontrables, et, par voie de conséquence, impossibles à réfuter. Nous nous focaliserons sur deux théorie qui ont pris une certaine ampleur dans le mouvement communiste et chez certains progressistes :


    • Le
      virus provient d’un laboratoire local.

    • Le
      virus a été importé par les USA.

    Les preuves de l’un comme de l’autre sont extrêmement faibles. La première se base sur la mise en place, en 2017, d’un laboratoire de type P4 à Wuhan, avec l’aide de l’institut Pasteur. Elle supposerait des études sur des virus militaires ou des armes bactériologiques, avec l’hypothèse qu’une expérience se serait échappée. Derrière cela, il existe un fantasme sur le complexe militaro-industriel et sur la peur panique de l’utilisation des armes biologiques. Dans l’ensemble, les preuves sont réfutées en détail dans un fact-checking fait par l’AFP. https://factuel.afp.com/non-le-coronavirus-detecte-en-chine-na-pas-ete-cree-en-laboratoire-puis-brevete

    Mais les preuves sont absentes et illogiques.


    • Les
      armes bactériologiques ont effectivement été utilisées dans
      l’histoire. Mais le plus souvent de manière artisanale. On peut
      citer le cas du siège de Caffa, en 1346, dans lequel les Mongols,
      infectés par la Peste, l’ont transmise aux assiégés. Il s’agit
      du premier acte de l’épidémie en Europe. Cependant,
      l’empoisonnement des puits par les cadavres est contesté. Il
      semble plus que cela ait été le fruit des déplacement de rats
      entre les deux camps.


    • Dans
      la Première Guerre mondiale, des expérimentations ont été
      faites. Elles visent à empoisonner les chevaux. Durant la Seconde
      Guerre mondiale, d’autres expérimentations sont faites, notamment
      par les britanniques. Mais seuls les japonais de l’Unité 731
      l’ont employée sur le terrain, contre les Chinois. Mais cela
      reste anecdotique.

    • Le
      cas de la Corée est plus épineux. Il est encore débattu.
      Cependant, l’ouverture des archives soviétiques laisse penser que
      cela n’a pas été le cas. « Le
      gouvernement soviétique et le Comité central du PCUS furent
      induits en erreur. La diffusion par la presse d’informations
      concernant l’utilisation par les Américains d’armes
      bactériologiques en Corée était basée sur des informations
      fallacieuses. Les accusations contre les Américains étaient
      fausses
      .
      » « Nous
      recommandons que la question d’une guerre bactériologique

      […] ne
      soit plus abordée au sein d’organisations internationales et
      d’organes de l’ONU
      .
      […] Les
      ouvriers soviétiques impliqués dans la fabrication de la prétendue
      preuve d’un emploi d’armes bactériologiques seront sévèrement
      punis.

      »1



    • La
      signature de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques
      le 10 avril 1972 (entré en vigueur le 26 mars 1975)
      les interdit officiellement.
      Des
      recherches clandestines continuent d’être menées cependant.
      Celles-ci sont cependant l’apanage de pays qui ne possèdent par
      l’arme nucléaire (comme l’Irak) ou qui sont marqués
      idéologiquement par des tendances eugénistes et racistes (comme
      l’Afrique du Sud, qui cherchait des armes ciblant uniquement les
      noirs).

    En dernière instance, le rôle militaire est quasiment nul et leur utilisation opérationnelle est anecdotique. Les armes biologiques possèdent un très grand nombre de défauts qui les rend nettement moins pratique que d’autres. Principalement un, leur caractère non discriminant. Mais d’autres critères disqualifient le COVID-19 comme un virus militaire, tout comme le VIH.


    • Argument
      fondamental : une arme, pour être intéressante, doit être
      utile. Soit tactiquement, soit stratégiquement. La création
      d’armes stratégique se base sur le principe de stupeur et d’effroi.
      Comme
      arme stratégique, des armes nettement plus efficaces existent.
      Or, un virus est inquiétant mais ne présente pas le caractère de
      stupeur. Comme
      arme tactique, elle est absolument épouvantable : elle peut se
      retourner sans prévenir
      problème contre les troupes de celui qui l’a employée.


    • Le
      VIH et le COVID serait de très médiocres candidats à une
      utilisation militaire. L’un comme l’autre ont un délai
      d’incubation très long, bien trop long pour les échéanciers
      extrêmement brefs d’une opération militaire. De plus, même
      mortel, un virus de ce type est contre-productif. Il pose le même
      problème que l’utilisation de certaines déclinaisons de l’arme
      nucléaire, comme la bombe à neutron. Même dans une santé
      précaire, les soldats se sachant condamnés forment des adversaires
      terribles, fanatiques, impitoyables. Cette walking
      ghost phase

      a poussé à l’abandon de la bombe à neutrons par exemple.


    • De
      plus la surmortalité concerne principalement les personnes âgées,
      tandis que celles qui sont en âge de combattre ou de travailler
      sont à 80 % asymptomatiques. Une nouvelle fois, le très
      faible potentiel militaire d’une telle invention laisse songeur.

    De plus :


    • Un
      virus artificiel se repère assez aisément du fait de la répétition
      de séquences génétique homologues à celles d’autres virus
      connus. Un
      virus « fabriqué » présente
      des anomalies, telles que l’inclusion de séquences génétiques
      issues d’autres virus. Les théories sur l’inclusion de
      « morceau de VIH » sont apparues un moment sur les
      réseaux, mais ont été rétractées par leurs auteurs.


    • Les
      laboratoires d’armes biologiques ont toujours été placés dans les
      lieux les plus éloignés pour éviter précisément ce type de
      problèmes (et pour éviter l’espionnage!). Un
      laboratoire type P4, faisant travailler conjointement français et
      chinois n’est pas un très bon candidat. Les exemples de centres
      de recherche sur les armes top secrètes ou de terrain
      d’expérimentation existent. Ils sont tous loin des grandes villes
      : Lop Nor pour la Chine, Vozpojdiénié dans la mer d’Aral pour
      l’URSS, régions éloignées de la Mandchourie pour l’unité 731
      durant
      l’occupation.


    • Les
      processus d’apparition du virus sont tout à fait cohérents et
      logiques. Les
      espèces réservoir sont grossièrement situées, de même que les
      espèces capable de transmettre le virus à l’homme. Si la date de
      la pandémie n’était pas prévisible, en revanche, le fait
      qu’elle ait lieu « un jour » était inévitable.

    L’argument selon lequel ce virus pourrait être une attaque a été lancé par un site de fake news canadien. Là encore, aucune preuve n’est avancée. Si elle a connu une popularité importante, c’est du fait de sa reprise par des officiels chinois.


    • Or,
      en tout premier lieu, il s’agit d’une réponse du berger à la
      bergère. La Chine a été agonie d’injures et de critiques sur sa
      gestion de la crise. Les USA, dans la bouche de Trump, s’en sont
      servi comme d’un fer de lance pour la frapper. La Chine a saisi
      l’opportunité de riposter.

    • Elles
      sont reprises par des groupes campistes, admirateurs du régime
      chinois. Ils le caractérisent comme un régime favorable aux
      travailleurs et travailleuses, et sont prêts à toutes les
      gymnastiques mentales pour essayer de l’exonérer de ses torts.

    Mais les USA auraient-ils raison de disséminer une maladie ? Peu crédible.


    • Admettons
      que la situation soit extrêmement critique et brutale. La
      bourgeoisie cherche-t-elle a anéantir ou à conquérir ? Si la
      bourgeoisie est « prête à tout », elle n’a cependant pas
      utilisé d’armes de ce type même dans des périodes ou toutes les
      bourgeoisies dans leur ensemble pouvaient se sentir menacées dans
      leur bastions. Ni
      la
      werewolf

      nazie, ni les
      stay behind

      de la CIA, ni les troupes en Corée ou au Vietnam ne les ont
      utilisées.
      Pourquoi
      la situation actuelle serait plus menaçante ?

    • Cette
      question de l’anéantissement est une question importante dans les
      doctrine militaires des différents États.
      L’arme nucléaire est conçue, par exemple, en Russie, comme ne
      devant être utilisée que dans le cas où l’existence de l’Etat
      serait directement menacée. Or,
      il est extrêmement rare qu’une guerre menace directement un État
      et sa survie.
      Il s’agit d’une vision idéalisée de la nature d’un conflit
      militaire, la très grande majorité des conflits se résolvant par
      une négociation. Même
      la Seconde Guerre mondiale a maintenu les fondements de l’État
      Allemand , de l’Italie ou du Japon. Les mêmes appareils d’État
      sont restés en place, à l’exception de la RDA.

      • Si
        les Etats accumulent autant d’armes c’est pour plusieurs raisons
        : Dissuader une autre puissance d’avoir la tentation de
        détruire l’Etat en possédant une capacité de seconde frappe
        (c’est à dire riposter même après avoir été touché).

      • Disposer
        d’une capacité de saturation des défenses antimissiles : un
        missile balistique n’est pas invulnérable à une interception.
        C’est
        pour cela que la plupart sont « mirvés », c’est à
        dire possèdent un grand nombre d’ogives.


      • Disposer
        d’une souplesse d’usage (sous-maris, avions, armes tactiques, armes
        stratégiques…) ce
        qui implique des doublons et donc des redondances.


      • Avoir
        une force à la hauteur de son territoire. La
        France possède théoriquement une puissance capable de tuer une
        population équivalente à la sienne (67 millions). Mais les autres
        États
        doivent non seulement le faire, mais le faire sur
        un plus grand espace.
        Or, chaque grande région de la Russie doit être en mesure de
        posséder cette force de seconde frappe partout.

      • Trouver
        aussi des débouchés pour les industries nucléaires, qui sont des
        cartels puissants, tout comme l’industrie du missile. La
        France en est un excellent exemple, avec des sociétés qui sont
        toutes dédiées à cela.


    • En
      revanche : Les
      armes stratégiques n’ont pas
      n’a pas vocation à être employée de manière offensive, ce qui,
      de toute manière, jetterait l’opprobre sur l’État
      qui le ferait. Or, comme le montre Clausewitz dans
      vom kriege
      ,
      la
      défensive joue un rôle moral prépondérant. Celui
      qui se défend contre un État qui vient d’anéantir la population
      civile d’une grande ville (dans le cas d’un usage stratégique),
      ne reculera devant rien.


    • La
      tentation de la guerre nucléaire a joué un rôle de premier plan
      dans la doctrine de l’après guerre. Mais elle a été abandonnée. 
      La stratégie des représailles massives a été la norme aux USA
      jusqu’en 1962, mais a été remplacée par la riposte graduée.
      Pourquoi ? Car elle était inadaptée. Il y a besoin, même
      entre blocs antagonistes, de marges de manœuvre. Même entre
      cliques rivales, la bourgeoisie est capable de trouver des compromis
      pour avancer (l’UE, après tout, c’est un bon exemple de compromis
      !).

    • Reconstruire
      un pays détruit est un marché, un bon marché pour les
      entreprises. Il suffit de penser à Haliburton pour l’Irak. Mais
      c’est un rendement nettement plus faible que d’exploiter une
      région conquise intacte. Même les envahisseurs comme les nazis ont
      essayé de capturer le maximum de potentiel industriel, même en
      URSS.

    • Celui
      qui aurait lancé cette épidémie a surtout causé des pertes
      économiques terribles sans avoir gagné le moindre avantage. Tuer
      la Chine, pour les USA, c’est tuer un fournisseur et un partenaire
      économique, tout comme un concurrent. Si on le pose la question de
      « à qui profite le crime », ce n’est pas si
      évident. Une crise ou une guerre n’est pas toujours avantageux.
      Parfois, le compromis et la coopération le sont plus.

    • Si
      des tensions existent entre USA et Chine, à l’heure actuelle,
      elles sont des tensions qui devraient déboucher sur des
      négociations ou des renégociations. Elles ne sont pas au paroxysme
      de la brutalité et ne justifieraient pas l’énorme coût de
      l’épidémie.

    Pour ces raisons, et pour d’autres, nous pensons que la thèse officielle sur l’origine du virus tient globalement la route. Cela ne veut pas dire que cette situation ne peut pas ne pas être utilisée géopolitiquement ou économiquement. Mais nous pensons qu’il faut être extraordinairement prudent dans la manière dont ces questionnements peuvent être abordés.

    Des camarades, des organisations, des individus pour lesquels nous avons un grand respect et que nous estimons se posent des questions légitimes sur la pandémie. Seulement, nous pensons que la véritable question n’est pas tant l’origine du virus. Elle n’a, au demeurant, que peu d’importance. Si elle était une nouvelle arme, elle n’en serait pas moins un « tigre de papier » de plus. Son importance, à la limite, est ailleurs.

    S’il y en a une, elle n’est pas dans le « à qui la faute », mais bien dans le rapport que nous entretenons avec la nature, rapport qui prend et qui prendra mécaniquement une tournure toujours plus catastrophique si rien n’est fait.

    La vitesse de contamination, le fait qu’elle se soit propagée par les voies de la mondialisation, le fait qu’elle n’ait pas respecté la moindre frontière… sont des choses dont il faut tenir compte.

    La vulnérabilité immense des pays, même les plus développés, face à cette crise est un deuxième aspect. Tant d’un point de vue médical que d’un point de vue financier. Nous pensons que ce sont ces aspects qui seront bien plus déterminants que l’origine. En revanche, les discours maladroits peuvent nourrir des rhétoriques de division des masses, de défiance envers des conseils sanitaires justifiés. Ils peuvent même contribuer à fragmenter les exploités dans une recherche d’un bouc émissaire ou dans une chasse aux sorcières.

    L’expérience du passé montre que les sociétés, lorsque la peur et l’incompréhension s’installe, peuvent très facilement passer dans des raisonnements qui amènent à agir comme dans les procès de Salem, ou dans les pogroms de Russie.

    Soyons responsables, soyons efficace : combattons les fake news combattons les théories du complot : exposons la responsabilité de la bourgeoisie, de son avidité et de son avarice. Soulignons sa vulnérabilité et sa dépendance face au travail concret des masses populaires.

    Combattons les thèses qui expliquent le monde par un pouvoir occulte : désignons concrètement l’ennemi. Il n’est pas si fort, il n’est pas si puissant. Il est, lui aussi, une espèce en voie de disparition.

    1Cold War International History Project, Virtual Archive : Resolution of the Presidium of the USSR Council of Ministers. Date : 05/02/1953