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  • La dictature du prolétariat, toujours la ligne de démarcation principale

    Ce document est la postface qui a été rédigée pour la réédition prochaine de Sur la dictature du prolétariat (2017).

    7 ans après la publication de Sur la dictature du prolétariat (2017), nous pensons que la dictature du prolétariat est toujours la ligne de démarcation principale dans le mouvement communiste en France.

    Ce qui fait de la dictature du prolétariat la ligne de démarcation principale, ce n’est pas sa reconnaissance en mot, mais sa reconnaissance en fait. L’on ne compte plus les organisations communistes déclarant la nécessité de la dictature du prolétariat mais agissant comme si celle-ci devait tomber du ciel, ou n’était qu’un problème scolastique. Or, le problème de la dictature du prolétariat ne vole pas haut dans le ciel, il est terre-à-terre, il n’est pas lointain, il est immédiat.

    La « dictature du prolétariat » n’est pas une figure de style, un slogan, une exagération, une profession de foi. La dictature du prolétariat est la formulation de notre stratégie pour la réalisation du communisme : c’est une solution concrète à un problème concret.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est la reconnaître dans sa stratégie. La dictature du prolétariat est une ligne de démarcation dans le discours, mais surtout dans l’action ! En effet, il y a une différence qualitative entre faire l’éloge de la dictature du prolétariat, d’une part, et se préparer à la réalisation de la dictature du prolétariat, d’autre part.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est affirmer que nous ne sommes rien sans le pouvoir politique : l’autorité. La stratégie de tous les communistes doit être dirigée toute entière vers la conquête effective des outils de la coercition et de la violence politique. Or, comment allons-nous inverser le rapport de force qui nous oppose à la bourgeoisie pour conquérir lesdits outils ? Autrement dit, comment allons-nous mener et gagner la guerre civile de classe contre la classe dominante ? Pour cette dernière, nous sommes une menace existentielle qui motivera toutes les extrémités.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est savoir que l’ennemi est organisé et armé, et que nous ne pourrons le vaincre qu’en étant plus organisés et plus armés que lui. Comment être plus armé que l’État bourgeois impérialiste ? L’Histoire a déjà répondu à cette question : avec les masses et par la guerre asymétrique — la guérilla. Les communistes du siècle dernier, qui furent victorieux, n’avaient pas peur de parler du problème concret — militaire — de la prise du pouvoir politique par les armes, et de s’y préparer. Les bolcheviques, par exemple, étaient forts de leur expérience de la clandestinité et de la guerre de partisan de 1905. Si ces derniers purent compter sur les soldats conscrits mutinés en Octobre 1917, cela ne fit pas la différence pour leurs camarades allemands en Novembre 1918.

    Le travail des communistes est donc — ni plus ni moins — de préparer la guerre civile de classe pour la gagner. Cela signifie bien sûr se préparer aux problèmes militaires de la conquête du pouvoir, mais surtout aux problèmes politiques et théoriques de la révolution : l’armée révolutionnaire doit être dirigée par un parti révolutionnaire, et un parti révolutionnaire doit être dirigé par une théorie révolutionnaire. Une armée sans la direction d’un Parti communiste est une armée inutile pour la révolution. Cependant, un Parti communiste sans armée à diriger est inutile aussi. Le Parti et l’armée ne sont pas deux choses séparées, qui pourraient être construites l’une après l’autre. L’armée est une partie du Parti communiste. Un Parti communiste sans armée n’est pas simplement temporairement embarrassé, le temps de s’en trouver une, mais un Parti communiste condamné par lui-même. Un Parti communiste qui n’a pas été construit avec son armée est un Parti communiste incapable de diriger une armée ! D’une part, sans pratique militaire, les problèmes de la guerre restent abstraits, la théorie militaire ne peut pas être réellement comprise et appliquée en temps voulu. D’autre part, un Parti sans pratique militaire est un Parti qui ne prend pas au sérieux la prise du pouvoir par la force, donc un Parti réformiste de facto.

    Quel sens y aurait-il à reconnaître la dictature du prolétariat, sans reconnaître le seul moyen possible pour réaliser la dictature du prolétariat ? Cela reviendrait à répondre à la question « comment transformer le capitalisme en communisme ? » sans répondre à la question « comment prendre le pouvoir avec lequel transformer le capitalisme en communisme ? » Cela serait absurde ! Pourtant, beaucoup de communistes en France se rendent coupables de cette absurdité. Les communistes qui imaginent un potentiel révolutionnaire dans la France contemporaine sont aussi souvent celles et ceux qui imaginent la révolution communiste comme une manifestation ou une grève hors de l’ordinaire — un Grand Soir.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est donc être conscient qu’il n’y a qu’un chemin vers la victoire politique : la guerre civile de classe. Or, la victoire politique que nous visons n’est pas simplement un nouveau gouvernement bourgeois, un nouveau régime bourgeois, mais le renversement d’une classe par une autre. En conséquence, il faut accepter à la fois qu’elle ne peut pas être réalisée par une organisation d’élite mais seulement par les masses, et qu’elle ne peut pas être réalisée spontanément mais seulement par une direction politique communiste. La reconnaissance de la dictature du prolétariat est donc la condamnation de tous les spontanéismes et économismes ! Cela exclut l’ensemble des organisations communistes dont la pratique de lutte et d’organisation politique est indistinguable de celle des partis bourgeois ou des syndicats, c’est-à-dire du réformisme respectivement électoraliste et syndicaliste ! Les organisations qui adhèrent au programme de transition trotskiste, qui est révolutionnaire en théorie (à défaut d’être une théorie révolutionnaire) et réformiste en pratique, le sont donc d’emblée. Idem pour l’anarchisme ou l’autonomisme. Le spontanéisme — parce qu’il soumet la conscience de classe à la conscience spontanée des masses — et l’économisme — parce qu’il soumet la lutte politique à la lutte économique — sont des tactiques réformistes qui nient la stratégie de la dictature du prolétariat. La nécessité de la dictature du prolétariat, c’est la nécessité de la prise du pouvoir politique par une classe consciente d’elle-même (animée par l’idéologie communiste). La lutte politique consciente (communiste) n’est ni spontanée ni créée spontanément par la lutte économique. La nécessité de la dictature du prolétariat est aussi la nécessité de la lutte politique consciente dans les masses : la conscientisation des luttes spontanées, et la politisation des luttes économiques.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est défendre le sens de celle-ci contre toutes celles et ceux qui cherchent à le vider ! « Dictature du prolétariat » signifie la dictature, c’est-à-dire l’exercice exclusif du pouvoir politique, du prolétariat, c’est-à-dire pour l’intérêt exclusif de cette classe. La dictature du prolétariat est un suprématisme de classe. La classe en question n’est pas n’importe laquelle, c’est la seule qui peut réaliser le communisme. Nous devons assumer que la classe ouvrière a besoin d’une dictature pour imposer ses intérêts sur toutes les autres classes, y compris le reste des masses populaires.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est renoncer à tous les fantasmes démocratistes, selon lesquels la démocratie serait une fin en soi. Les dictatures du prolétariat ont historiquement été plus démocratiques que les dictatures bourgeoises (même en ne considérant que leur métropole, sans leurs colonies !). Ceci dit, il est vain de projeter sur elles les utopies de démocratie directe — qui ne sont ni possibles ni souhaitables. L’objectif de la dictature du prolétariat n’est pas la démocratie, pas plus que la dictature. Elle est démocratique et dictatoriale selon l’intérêt de classe des ouvriers, tout comme la dictature bourgeoise est démocratique et dictatoriale selon l’intérêt de classe des capitalistes. L’objectif de la dictature du prolétariat, c’est l’intérêt de classe historique du prolétariat, le communisme : la dialectique entre dictature et démocratie, sous la dictature du prolétariat, n’existe que comme moyen à cette fin. La dictature du prolétariat est démocratique, elle a besoin d’être démocratique, mais elle ne trouve pas sa valeur politique dans sa qualité démocratique, pas plus que dans sa qualité dictatoriale.

    La dictature du prolétariat, si elle ne peut pas exister sans la plus complète démocratie prolétarienne, ne peut pas être une démocratie bourgeoise sans la bourgeoisie (comme l’État prolétarien n’est pas un État bourgeois sans la bourgeoisie). La république prolétarienne n’est pas une république bourgeoise « perfectionnée », qui aurait été délivrée du crétinisme parlementaire. Certes, la dictature du prolétariat est délivrée du crétinisme parlementaire, mais elle n’est pas alors un régime parlementaire guéri de son crétinisme ! La démocratie prolétarienne n’est pas le remède miracle aux problèmes de la démocratie sous le capitalisme, c’est le dépassement des problèmes de la démocratie bourgeoise. Cette négation n’est pas mécanique, mais dialectique : la démocratie prolétarienne est la solution aux problèmes de la démocratie bourgeoise, parce que ces problèmes ne se posent alors plus ! Voilà pourquoi il est vain de projeter sur la dictature du prolétariat ses espérances relatives aux frustrations de la démocratie représentative bourgeoise. Évidemment, d’autres problèmes se posent alors, mais ceux-ci ne peuvent pas être résolus par la panacée universelle d’une démocratie plus directe ou représentative, donc plus « parfaite », « idéale », « achevée ». Le démocratisme n’est pas plus la solution aux problèmes politiques de la lutte des classes sous le capitalisme que sous la transition socialiste. La dictature du prolétariat n’est pas la démocratie représentative bourgeoise, mais elle n’est pas non plus la démocratie directe bourgeoise. L’Histoire enseigne que les problèmes de la lutte des classes ne se résolvent que par la lutte de classe. Ne l’oublions jamais.

    Reconnaître la dictature du prolétariat, c’est la découvrir comme elle est, c’est-à-dire comme l’Histoire l’accouche, pas comme elle devrait être dans l’imagination des rêveurs et dans les discours des hypocrites. L’accepter, c’est l’accepter comme elle est, c’est-à-dire en tant que produit violent de la lutte des classes violente. En face de la Commune de Paris, Marx et Engels ont révisé leur théorie. Nous pensons qu’en face des expériences socialistes du XXe siècle, les communistes doivent la réviser de même. La théorie juste se trouve dans la pratique réelle : c’est dans la pratique de la dictature du prolétariat que nous devons trouver la théorie de la dictature du prolétariat. Tout comme Marx et Engels ont étudié la Commune de Paris pour comprendre sa défaite, et ainsi proposer une stratégie supérieure au prolétariat, nous devons étudier l’URSS et la Chine populaire — entre autres. La méthode scientifique découvre les lois objectives dans le réel, elle se corrige dans le réel — ce n’est pas le réel qui doit se « corriger » selon nos croyances subjectives. Pour transformer le réel, il faut d’abord le comprendre comme il est. Les expériences historiques qui n’ont pas retenu les leçons de la Commune ont connu le même destin. Elles n’ont pas compris cette expérience, donc elles l’ont reproduites. Les expériences historiques qui ne retiendront pas les leçons de l’URSS et de la Chine populaire connaîtront le même destin.

    Pour toutes ces raisons, nous pensons que la dictature du prolétariat est toujours la ligne de démarcation principale dans le mouvement communiste en France.

    7 ans plus tard, le fond politique de ce document est toujours celui de notre organisation.

    Cependant, nous voulons profiter de cette réédition pour y apporter des corrections et des précisions.

    Nous pouvons regretter une insuffisante clarification de la différence entre la dictature démocratique du peuple et la dictature du prolétariat, c’est-à-dire entre l’étape démocratique-populaire et l’étape communiste-prolétarienne de la révolution communiste continue par étape. Cependant, nous considérons que cette confusion ne gêne pas la compréhension d’ensemble de ce document, et laisse intact son fond politique.

    Nous rassemblons l’ensemble des stratégies d’alliance démocratique du prolétariat avec d’autres classes non prolétariennes sous le terme « dictature démocratique du peuple ». Cette dernière a été théorisée par Lénine dans Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique (1905) pour réaliser la révolution démocratique dans l’Empire russe, où les féodaux dominaient toujours mais où la bourgeoisie était déjà devenue impérialiste, donc réactionnaire. Selon Lénine, la réalisation des tâches historiques bourgeoises échoyait donc au prolétariat allié avec les masses populaires, principalement les paysans encore soumis à un régime semi-féodal. C’est selon cette stratégie que Lénine a formulé les Thèses d’avril (1917) puis les mots d’ordre qui animèrent Octobre 1917. Depuis, la stratégie de Lénine dans la révolution démocratique a fameusement été déclinée. Staline et Dimitrov ont établi la stratégie du front populaire antifasciste et de la démocratie populaire, dans la révolution démocratique contre le fascisme.1 Mao a établi la stratégie du front uni démocratique et de la nouvelle démocratie, dans la révolution démocratique contre le colonialisme et le semi-colonialisme semi-féodalisme.2

    L’expérience historique nous enseigne que les révolutions communistes possèdent toujours un aspect démocratique et que le prolétariat prend toujours le pouvoir allié avec les masses populaires — les classes dominées non prolétariennes. Ainsi, ce qui est affirmé au sujet de la dictature démocratique du peuple n’est pas faux au sujet de la dictature du prolétariat, même si la première n’est pas la seconde. Sous la dictature démocratique du peuple comme sous la dictature du prolétariat, le prolétariat n’a pas d’emblée l’exclusivité du pouvoir politique, mais les classes non prolétariennes doivent perdre progressivement leur pouvoir politique. Aucune dictature du prolétariat ne peut tout de suite être une dictature intégrale sur toutes les autres classes (la bourgeoisie comme les masses populaires). L’exclusivité prolétarienne du pouvoir politique est progressivement conquise. Il y a toujours une transition du partage populaire du pouvoir politique vers l’exclusivité prolétarienne du pouvoir politique. Ceci dit, il n’est jamais superflu de rappeler que le prolétariat, s’il doit toujours d’abord partager le pouvoir, doit toujours le contrôler, c’est-à-dire être hégémonique. De la dictature démocratique du peuple jusqu’à la dictature intégrale du prolétariat, le prolétariat dirige.

    La Commune de Paris, que Marx et Engels qualifièrent de première dictature du prolétariat de l’Histoire, est selon nous un exemple de ce que nous décrivons ci-dessus.

    « Au début, ce mouvement fut extrêmement mêlé et confus. Y adhéraient des patriotes qui espéraient que la Commune reprendrait la guerre contre les Allemands et la mènerait à bonne fin. Il était soutenu par les petits commerçants menacés de ruine si le paiement des traites et des loyers n’était pas suspendu (ce que le gouvernement leur avait refusé, mais que la Commune leur accorda). Enfin, au début, il bénéficia même en partie de la sympathie des républicains bourgeois qui craignaient que l’Assemblée nationale réactionnaire (les “ruraux”, les hobereaux sauvages) ne restaurât la monarchie. Mais dans ce mouvement, le rôle principal fut naturellement joué par les ouvriers (surtout par les artisans parisiens) parmi lesquels une active propagande socialiste avait été menée durant les dernières années du Second Empire et dont beaucoup appartenaient même à l’Internationale.

    Les ouvriers seuls restèrent fidèles jusqu’au bout à la Commune. Les républicains bourgeois et les petits bourgeois s’en détachèrent bientôt : les uns effrayés par le caractère prolétarien, socialiste et révolutionnaire du mouvement ; les autres lorsqu’ils le virent condamné à une défaite certaine. Seuls les prolétaires français soutinrent sans crainte et sans lassitude leur gouvernement ; seuls ils combattirent et moururent pour lui, c’est-à-dire pour l’émancipation de la classe ouvrière, pour un meilleur avenir de tous les travailleurs.

    Abandonnée par ses alliés de la veille et dépourvue de tout appui, la Commune devait inéluctablement essuyer une défaite. Toute la bourgeoisie de la France, tous les grands propriétaires fonciers, toute la Bourse, tous les fabricants, tous les voleurs grands et petits, tous les exploiteurs se liguèrent contre elle. Cette coalition bourgeoise soutenue par Bismarck (qui libéra 100 000 prisonniers français pour réduire Paris) réussit à dresser les paysans ignorants et la petite bourgeoisie provinciale contre le prolétariat parisien et à enfermer la moitié de Paris dans un cercle de fer (l’autre moitié étant investie par l’armée allemande).

    Dans certaines grandes villes de France (Marseille, Lyon, Saint-Étienne, Dijon et ailleurs), les ouvriers tentèrent également de s’emparer du pouvoir, de proclamer la Commune et d’aller secourir Paris, mais ces tentatives échouèrent rapidement. Et Paris, qui leva le premier le drapeau de l’insurrection prolétarienne, se trouva réduit à ses seules forces et voué à une perte certaine.

    Pour qu’une révolution sociale puisse triompher, deux conditions au moins sont nécessaires : des forces productives hautement développées et un prolétariat bien préparé. Mais en 1871 ces deux conditions faisaient défaut. Le capitalisme français était encore peu développé et la France était surtout un pays de petite bourgeoisie (artisans, paysans, boutiquiers, etc.). Par ailleurs, il n’existait pas de parti ouvrier ; la classe ouvrière n’avait ni préparation ni long entraînement et dans sa masse, elle n’avait même pas une idée très claire de ses tâches et des moyens de les réaliser. Il n’y avait ni sérieuse organisation politique du prolétariat, ni syndicats ou associations coopératives de masse… »3

    À côté du prolétariat, les masses populaires (la petite-bourgeoisie) exerçaient aussi le pouvoir. Les élus petits-bourgeois (boutiquiers, avocats, etc.) étaient « des représentants reconnus des ouvriers »4. L’importance des courants proudhoniens doit être expliquée par une arriération idéologique du prolétariat, mais aussi par une influence de classe petite-bourgeoise sur celui-ci.

    À côté des tâches communistes, le prolétariat a réalisé des tâches démocratiques : « des réformes, que la bourgeoisie républicaine avait négligées par pure lâcheté, mais qui constituaient pour la libre action de la classe ouvrière une base indispensable »5, c’est-à-dire les tâches révolutionnaires bourgeoises abandonnées par la bourgeoisie.

    De plus, les causes de la défaite de la Commune de Paris doivent être trouvées dans son échec à s’allier avec les masses populaires françaises, c’est-à-dire à les extraire de la direction de la bourgeoisie réactionnaire (isoler celle-ci).

    Selon Lénine :

    « [C]e qui mérite une attention particulière, c’est cette remarque très profonde de Marx que la destruction de la machine bureaucratique et militaire de l’État est “la condition première de toute révolution véritablement populaire”. Cette notion de révolution “populaire” paraît surprenante dans la bouche de Marx : et, en Russie, les adeptes de Plékhanov ainsi que les mencheviques, ces disciples de Strouvé qui désirent passer pour des marxistes, seraient bien capables de qualifier son expression de “lapsus”. Ils ont réduit le marxisme à une doctrine si platement libérale que, en dehors de l’antithèse : révolution bourgeoise et révolution prolétarienne, rien n’existe pour eux ; encore conçoivent-ils cette antithèse d’une manière on ne peut plus scolastique.

    Si l’on prend, à titre d’exemple, les révolutions du XXe siècle, force sera de reconnaître que, de toute évidence, les révolutions portugaise et turque sont bourgeoises. Mais ni l’une, ni l’autre ne sont “populaires”, puisque la masse du peuple, son immense majorité, n’intervient d’une façon visible, active, autonome, avec ses revendications économiques et politiques propres, ni dans l’une, ni dans l’autre de ces révolutions. Par contre, la révolution bourgeoise russe de 1905-1907, sans avoir remporté des succès aussi “éclatants” que ceux qui échurent de temps à autre aux révolutions portugaise et turque, a été sans conteste une révolution “véritablement populaire”. Car la masse du peuple, sa majorité, ses couches sociales “inférieures” les plus profondes, accablées par le joug et l’exploitation, se sont soulevées spontanément et ont laissé sur toute la marche de la révolution l’empreinte de leurs revendications, de leurs tentatives de construire à leur manière une société nouvelle à la place de l’ancienne en cours de destruction.

    En 1871, le prolétariat ne formait la majorité du peuple dans aucun pays du continent européen. La révolution ne pouvait être “populaire” et entraîner véritablement la majorité dans le mouvement qu’en englobant et le prolétariat et la paysannerie. Le “peuple” était justement formé de ces deux classes. Celles-ci sont unies par le fait que la “machine bureaucratique et militaire de l’État” les opprime, les écrase, les exploite. Briser cette machine, la démolir, tel est véritablement l’intérêt du “peuple”, de sa majorité, des ouvriers et de la majorité des paysans ; telle est la “condition première” de la libre alliance des paysans pauvres et des prolétaires ; et sans cette alliance, pas de démocratie solide, pas de transformation socialiste possible.

    C’est vers cette alliance, on le sait, que la Commune de Paris se frayait la voie. Elle n’atteignit pas son but pour diverses raisons d’ordre intérieur et extérieur.

    Ainsi donc, en parlant d’une “révolution véritablement populaire”, et sans oublier le moins du monde les traits particuliers de la petite bourgeoisie (dont il a beaucoup et souvent parlé), Marx tenait compte avec la plus grande rigueur des véritables rapports de classes dans la plupart des États continentaux d’Europe en 1871. D’autre part, il constatait que la “démolition” de la machine de l’État est dictée par les intérêts des ouvriers et des paysans, qu’elle les unit et leur assigne une tâche commune : la suppression de ce “parasite” et son remplacement par quelque chose de nouveau. »6

    La stratégie de l’alliance du prolétariat avec les masses populaires n’est pas la négation de la dictature du prolétariat, sa substitution, mais sa condition. La Commune de Paris, dont les tâches historiques étaient principalement prolétariennes, démontre que l’alliance populaire n’est pas circonscrite aux tâches historiques bourgeoises (que ce soit celles des révolutions bourgeoises classiques de l’époque du capitalisme ascendant ou des révolutions démocratiques nouvelles de l’époque impérialiste). L’alliance du prolétariat avec toutes les classes dominées est une stratégie universelle pour la réalisation de la dictature du prolétariat, dans les pays où existent des tâches bourgeoises principales (coloniaux, semi-coloniaux semi-féodaux ou fascistes) comme dans ceux où il n’y en a pas. Cela fait partie des enseignements universels de la Commune, tels que mis en évidence par Marx puis Lénine.

    Cependant, si la stratégie d’alliance est une nécessité, la direction politique de celle-ci par le prolétariat pour les tâches historiques prolétariennes en est une aussi. Ce qu’a aussi démontré la Commune de Paris, c’est que le prolétariat doit défendre, dans son alliance, son autonomie et son hégémonie politique de classe. Le prolétariat doit avoir des alliés pour prendre le pouvoir et établir sa dictature, mais ce faisant, il ne doit compromettre ni sa prise du pouvoir ni l’établissement de sa dictature. Si le prolétariat perd son autonomie et son hégémonie politique de classe, alors ce n’est plus son alliance qui le sert, mais lui qui sert son alliance ; ce ne sont plus les classes dominées qui sont ralliées à la dictature du prolétariat, mais le prolétariat qui est rallié à la dictature bourgeoise. Évidemment, l’autonomie et l’hégémonie politique ne sont jamais garanties dans une alliance, ce sont des luttes qui doivent être menées.

    « En se soulevant contre l’ancien régime, le prolétariat a assumé deux tâches, l’une nationale et l’autre de classe : la libération de la France de l’invasion allemande et l’émancipation socialiste des travailleurs du capitalisme. Cette union des deux tâches constitue une caractéristique unique de la Commune.

    La bourgeoisie avait formé un “gouvernement de défense nationale” et le prolétariat devait lutter pour l’indépendance nationale sous sa direction. En réalité, il s’agissait d’un gouvernement de “trahison nationale” qui se donnait pour mission de combattre le prolétariat parisien. Mais le prolétariat, aveuglé par les illusions patriotiques, ne l’a pas perçu. L’idée patriotique a son origine dans la Grande Révolution du XVIIIe siècle ; elle a influencé l’esprit des socialistes de la Commune ; et Blanqui, par exemple, révolutionnaire sansaucundoute et ardent partisan du socialisme, n’a pas trouvé de meilleur titre pour son journal que le cri bourgeois : “La patrie est en danger !”

    Combiner des tâches contradictoires — le patriotisme et le socialisme — fut l’erreur fatale des socialistes français. Dans le Manifeste de l’Internationale, publié en septembre 1870, Marx avait mis en garde le prolétariat français contre la tentation de se laisser égarer par une fausse idée nationale ; avec la Grande Révolution, les antagonismes de classe s’étaient aiguisés, et alors qu’à l’époque la lutte contre toute la réaction européenne unissait toute la nation révolutionnaire, désormais le prolétariat ne pouvait plus combiner ses intérêts avec les intérêts des autres classes qui lui étaient hostiles ; que la bourgeoisie porte la responsabilité de l’humiliation nationale — la tâche du prolétariat était de lutter pour l’émancipation socialiste du travail du joug de la bourgeoisie.

    Et en effet, la véritable nature du “patriotisme” bourgeois n’a pas tardé à se révéler. Après avoir conclu une paix ignominieuse avec les Prussiens, le gouvernement de Versailles s’est attelé à sa tâche immédiate : il a lancé une attaque pour arracher des mains du prolétariat parisien les armes qui le terrifiaient. Les ouvriers répliquent en proclamant la Commune et la guerre civile.

    […]

    [D]eux erreurs ont détruit les fruits de cette splendide victoire. Le prolétariat s’est arrêté à mi-chemin : au lieu de se mettre à “exproprier les expropriateurs”, il s’est laissé égarer par les rêves d’établir une justice supérieure dans le pays uni par une tâche nationale commune ; des institutions comme les banques, par exemple, n’ont pas été reprises, et les théories proudhonistes sur le “juste échange”, etc. ont encore prévalu chez les socialistes. La seconde erreur fut une magnanimité excessive de la part du prolétariat : au lieu de détruire ses ennemis, il chercha à exercer sur eux une influence morale ; il sous-estima la signification des opérations militaires directes dans la guerre civile, et au lieu de lancer contre Versailles une offensive résolue qui aurait couronné sa victoire à Paris, il s’attarda et donna au gouvernement de Versailles le temps de rassembler les forces obscures et de se préparer à la semaine de mai baignée de sang. »7

    Selon Lénine, l’erreur capitale des communards et communardes est d’avoir subordonné les tâches prolétariennes principales aux tâches démocratiques secondaires, et d’avoir ainsi tenté de s’allier avec la bourgeoisie. Or, en face des tâches prolétariennes, la bourgeoisie est devenue réactionnaire et a elle-même subordonné ses tâches démocratiques à l’écrasement du prolétariat révolutionnaire. Dans la France de 1871, les tâches prolétariennes étaient principales et la bourgeoisie ne pouvait donc pas être une alliée. Dans cette situation, la direction politique du prolétariat a failli. Du point de vue subjectif, ce qui a manqué aux communards et communardes était une conscience claire de la nécessité de la dictature du prolétariat — autant pour comprendre leurs tâches historiques que leurs impératifs politiques (la guerre civile).

    Pour le prolétariat, toute stratégie d’alliance est possible, tant que celle-ci ne nie pas la dictature du prolétariat ! Chaque situation concrète rend nécessaire une certaine alliance de classe, mais le prolétariat doit en toute situation lutter pour diriger celle-ci. Cela implique d’isoler et de neutraliser la direction politique des classes alliées du prolétariat, pour leur substituer la direction de ces dernières, c’est-à-dire de supprimer leur autonomie et de confisquer leur hégémonie politique de classe. Ainsi, dans les pays coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux ou dans les pays fascistes, l’alliance avec la bourgeoisie respectivement nationale ou progressiste signifie la direction politique prolétarienne de celle-ci, d’une part, et l’isolement et la neutralisation de la direction politique bourgeoise par la direction politique prolétarienne, d’autre part.

    Par exemple, en Chine populaire, il y a eu ainsi une révolution continue depuis le « bloc des 4 classes » avec la bourgeoisie nationale de la nouvelle démocratie, jusqu’à la dictature intégrale sur la bourgeoisie de la Révolution culturelle. Idem en Russie. La révolution d’Octobre a achevé la révolution démocratique, puis a débuté la révolution communiste. La fin de la révolution démocratique n’a pas été la fin de l’alliance ouvrière-paysanne (pourtant une alliance démocratique). Le pouvoir des soviets était un pouvoir « ouvrier-paysan », les soviets ne représentaient pas que les ouvriers, mais l’ensemble des masses populaires de l’Empire russe. « La paix, la terre et le pain » et « Tout le pouvoir aux soviets ! » n’étaient pas des mots d’ordre communistes-prolétariens, mais des mots d’ordre démocratiques-populaires ! Pourtant, ce sont avec ceux-ci que la révolution communiste d’Octobre a été menée et que la dictature du prolétariat soviétique a été instaurée.

    Nous devons combattre la déviation lassallienne chez les communistes, qui nie tout rôle progressiste aux classes non prolétariennes, et rejettent ainsi toute stratégie d’alliance du prolétariat avec les classes dominées.

    « “— L’affranchissement du travail doit être l’œuvre de la classe ouvrière, en face de laquelle toutes les autres classes NE forment QU’UNE MASSE RÉACTIONNAIRE.”

    […]

    [U]ne citation lassallienne de la plus belle eau “la classe ouvrière, en face de laquelle toutes les autres classes ne forment qu’une masse réactionnaire”.

    Dans le Manifeste communiste, il est dit : “De toutes les classes qui, à l’heure présente, s’opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie ; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique.”

    La bourgeoisie est ici considérée comme une classe révolutionnaire, — en tant qu’elle est l’agent de la grande industrie, — vis-à-vis des féodaux et des classes moyennes [la petite bourgeoisie et les paysans] résolus à maintenir toutes les positions sociales qui sont le produit de modes de production périmés. Féodaux et classes moyennes ne forment donc pas avec la bourgeoisie une même masse réactionnaire.

    D’autre part, le prolétariat est révolutionnaire vis-à-vis de la bourgeoisie parce que, issu lui-même de la grande industrie, il tend à dépouiller la production de son caractère capitaliste que la bourgeoisie cherche à perpétuer. Mais le Manifeste ajoute que “les classes moyennes… sont révolutionnaires… en considération de leur passage imminent au prolétariat”.

    De ce point de vue, c’est donc une absurdité de plus que de faire des classes moyennes, conjointement avec la bourgeoisie, et, par-dessus le marché, des féodaux “une même masse réactionnaire” en face de la classe ouvrière.

    Lors des dernières élections, a-t-on crié aux artisans, aux petits industriels, etc., et aux paysans : “Vis-à-vis de nous, vous ne formez, avec les bourgeois et les féodaux, qu’une seule masse réactionnaire” ?

    Lassalle savait par cœur le Manifeste communiste, de même que ses fidèles savent les saints écrits dont il est l’auteur. S’il le falsifiait aussi grossièrement, ce n’était que pour farder son alliance avec les adversaires absolutistes et féodaux contre la bourgeoisie. »8

    Dans la contradiction entre le populaire et le prolétarien, le prolétarien est principal (c’est l’aspect « nouveau »), mais dans la résolution de cette contradiction, l’aspect secondaire populaire devient temporairement principal — d’où la nécessité de la réalisation des tâches démocratiques. Là où les tâches démocratiques sont principales (comme dans les pays fascistes, coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux), c’est la démocratie populaire (et le front populaire) ou la nouvelle démocratie (et le front uni démocratique) ; là où les tâches démocratiques sont secondaires (comme dans les pays capitalistes impérialistes), nous pensons que c’est l’alliance populaire. Dans le premier cas, la révolution communiste est continue par étape (avec une première phase de révolution démocratique), dans le second cas, la révolution communiste est simple (avec une seule phase). Mais même là où le pouvoir révolutionnaire doit être directement une dictature du prolétariat, celle-ci aura des aspects de dictature démocratique du peuple.

    Il est important de ne pas négliger que la révolution dans un pays comme la France ne sera pas exclusivement communiste et prolétarienne. Mais il est important de bien retenir que la révolution dans un pays comme la France ne sera pas principalement démocratique et populaire, comme dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux où la stratégie de la guerre populaire prolongée s’applique, mais principalement communiste et prolétarienne.

    Dans ce document, nous citions la stratégie de la guerre populaire prolongée comme « théorie qui synthétise les apports de la lutte révolutionnaire dans toute l’Histoire. » Nous le pensons toujours. Cependant, il convient de distinguer le particulier du général, c’est-à-dire ce qui dans cette théorie est particulier à la révolution de nouvelle démocratie dans les pays coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux, et ce qui est universel à la guerre révolutionnaire du prolétariat à l’époque du capitalisme impérialiste.

    À ce titre, nous écrivions que la révolution communiste en France devrait traverser « grossièrement, trois étapes » : la défensive, l’équilibre et l’offensive stratégique. Nous ne pensons pas que ces trois étapes, qui s’appliquent dans les pays coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux, se transposent tels quels dans un pays comme la France (elles ne doivent pas être prises au pied de la lettre). En revanche, ce qu’il faut retenir, c’est que l’expérience historique nous enseigne que la conquête du pouvoir politique est longue. Idem, elle est la conquête d’un territoire par une guerre de mouvement qui engage toutes les masses populaires ! Par exemple, dans l’Empire russe, le pouvoir a été conquis par 3 ans de guerre civile, et la révolution prolétarienne a été gagnée par les masses populaires (l’alliance ouvrière-paysanne). Nous ne savons pas encore quelles seront les étapes de la conquête du pouvoir dans un pays capitaliste et impérialiste comme le nôtre. Cependant, nous savons déjà que celle-ci ne sera pas un coup de force décisif mené uniquement par le prolétariat, mais une lutte armée prolongée à la tête d’une alliance populaire.

    Si la guerre populaire prolongée reste une stratégie de révolution démocratique restreinte aux pays coloniaux ou semi-coloniaux semi-féodaux, les enseignements politiques et militaires de la guerre populaire prolongée, eux, ne s’y restreignent pas ! Nous sommes toujours convaincus que les travaux de Mao sur la guerre populaire prolongée sont un trésor théorique où trouver des réponses universelles sur la stratégie politique et militaire de prise du pouvoir du prolétariat. L’œuvre conséquente de T. Derbent, Clausewitz et la guerre populaire (2004), récemment publiée par Foreign Languages Press dans une version enrichie (2024), nous apparaît comme une ressource de premier ordre dans cette entreprise, et vient confirmer notre conviction initiale. Une théorie créée pour un problème particulier n’est jamais qu’une théorie particulière. Si la perspective de la création de bases rouges qui encercleraient les villes, où s’exercerait le double pouvoir populaire et par lesquelles se construiraient le Parti, l’armée et le front uni, nous paraît plus qu’improbable en France, la perspective d’une insurrection urbaine « de type léniniste » ne nous paraît pas moins improbable.

    Une chose est sûre, la question militaire n’a pas de réponse simple, toute faite, absolument universelle et définitive ! Dans les pays impérialistes, au XXIsiècle, c’est à nous de lui trouver une réponse.

    Les premières révolutions prolétariennes de l’Histoire furent toutes entraînées par la guerre, et dans ce contexte purent toute s’appuyer sur les masses en armes : le rôle de la Garde nationale pendant la Commune de Paris de 1871 est là encore l’exemple type que reproduisirent la révolution d’Octobre 1917 et de Novembre 1918 (dont la révolte spartakiste de Berlin), et la République des conseils de Bavière et de Hongrie de 1919, qui furent initiées par des soldats. Cependant, 1 siècle plus tard, force est de constater que le cas russe est le seul exemple réussi de prise du pouvoir appuyée par des masses de soldats conscrits mutinés. Après le lendemain de la 1re Guerre mondiale, ce type d’opportunité révolutionnaire ne se reproduisit plus.

    De plus, la vague révolutionnaire européenne de 1917-1923 a connu une impasse cuisante : l’insurrection de janvier 1918 en Finlande ; le bienno rosso (les « deux années rouges ») de 1919-1920 en Italie ; le mouvement des soviets de 1919-1923 en Irlande ; le soulèvement de la Ruhr de 1920, la Märzaktion de 1921 et la tentative d’insurrection d’Octobre 1923 en Allemagne ; et l’insurrection du 23 septembre 1923 en Bulgarie. Cela démontre, d’une part, que faire reposer l’action révolutionnaire sur la mobilisation de soldats conscrits mutinés signifie se condamner à l’inaction en leur absence, et d’autre part, qu’une organisation qui ne s’est pas préparée militairement, politiquement, théoriquement et idéologiquement à la lutte armée ne peut pas l’improviser.

    Ultérieurement, la défaite du Frente popular en 1939 et la capitulation du Parti communiste français en 1945 (rendre les armes et participer au gouvernement bourgeois) sont d’autres démonstrations que la question militaire est une question politique, théorique et idéologique qui ne se limite pas à une question organisationnelle ou technique : le problème de l’armée révolutionnaire, ce n’est pas simplement de trouver des armes et des militants pour les manier. Les problèmes de la lutte armée sont contenus dans les problèmes de la théorie et de l’idéologie révolutionnaire. Une armée sans état-major préparé politiquement, théoriquement et idéologiquement n’est rien. La guerre révolutionnaire a besoin d’une stratégie qui n’oublie ni le politique ni le militaire, et d’une direction (un état-major) pour appliquer celle-ci. Pour les révolutionnaires, le politique est toujours politico-militaire. Le Parti communiste, parce qu’il doit être un centre politique, doit aussi être un centre militaire.

    Depuis l’épuisement de la vague révolutionnaire européenne de 1917-1923, il apparaît que la quasi-totalité des situations révolutionnaires fut des situations où les tâches bourgeoises étaient principales, et ce même dans les pays impérialistes. C’est le cas de la guerre d’Espagne de 1936-1939 et de la libération nationale de la France de 1944-1945, qui furent antifascistes.

    Également, il apparaît que la totalité des victoires révolutionnaires prolétariennes de l’Histoire (prendre et conserver le pouvoir) fut des révolutions communistes continues par étape, c’est-à-dire avec une étape démocratique (où les tâches bourgeoises étaient principales). À ce titre, c’est l’URSS qui apparaît comme la norme historique, et la Commune de Paris comme l’exception. Par exemple, la révolution de démocratie populaire en Albanie et en Yougoslavie (la libération nationale de l’occupation fasciste italienne et allemande en 1944-1945), la révolution de nouvelle démocratie en Chine (la libération nationale de l’occupation colonialiste japonaise en 1945) et au Vietnam (la libération nationale de l’occupation colonialiste française puis américaine en 1946-1976), ou encore la Révolution cubaine. Toutes ces révolutions furent antifascistes ou anticoloniales et antiféodales, c’est-à-dire démocratiques, et sous la direction du prolétariat.

    Nous n’affirmons pas que les révolutions communistes simples, c’est-à-dire sans étape démocratique (où les tâches prolétariennes sont principales), sont circonscrites à l’époque révolue du capitalisme ascendant et de l’impérialisme naissant (lorsque les conditions objectives étaient encore révolutionnaires dans les pays impérialistes). Cependant, selon l’expérience historique, celles-ci sont minoritaires.

    Nous n’affirmons pas non plus que les situations révolutionnaires appuyées par des masses de soldats conscrits mutinés sont désormais impossibles. Cependant, selon l’expérience historique, les communistes ne peuvent pas laisser reposer leur stratégie sur celles-ci. Premièrement parce que ces opportunités sont rares, et deuxièmement parce qu’elles ne peuvent pas compenser ou substituer le manque de préparation politico-militaire, c’est-à-dire lorsque la question militaire n’est pas posée en même temps que la question politique de la prise du pouvoir.

    Pour conclure, nous devons revenir sur une affirmation concernant les Grandes Purges soviétiques de 1937. Nous écrivions :

    « Le seul véritable reproche qui peut être fait à cette campagne fut son caractère dirigé du haut vers le bas et institué d’une manière bureaucratique. Les masses soviétiques ont observé l’opération d’épuration, sans en être réellement actrices. »

    Grâce aux travaux historiques de J. Arch Getty et de D. Priestland, nous savons aujourd’hui que cette affirmation est fausse. Les Grandes Purges ont été une véritable campagne de mobilisation populaire menée par la direction soviétique. Dans celle-ci, les masses ont non seulement eu une participation active, mais elles ont été des actrices autonomes de l’État soviétique. Il s’est pratiqué ce que Getty a baptisé « l’absolutisme populaire ».

    Il est vrai que l’aspect bureaucratique du Grand Tournant ou des Grandes Purges était beaucoup plus important que dans les politiques de mobilisation qui se sont pratiquées en Chine maoïste : Grand Bond en avant, Cent Fleurs et Grande Révolution culturelle prolétarienne, pour ne citer que les plus importantes. Cependant, les masses soviétiques ont à plusieurs reprises dépassé le rôle que la direction soviétique leur attribuait, elles ne s’y sont pas restreintes. Le mouvement stakhanoviste, qui provenait des masses et était porté par les masses, est le meilleur exemple. Il ne faut pas voir seulement ce que la direction soviétique déclarait sans voir ce que les masses soviétiques faisaient indépendamment de celle-ci.

    Les Grandes Purges et la Grande Révolution culturelle prolétarienne sont des expériences historiques qui partagent beaucoup plus de similitudes que ce qu’il a été cru par les maoïstes jusqu’à récemment. Surestimer la rupture entre l’URSS et la Chine populaire, entre Staline et Mao, et sous-estimer leur continuité est une erreur héritée de l’historiographie maoïste classique9. Cette erreur était très compréhensible avant les années 80, quand l’historiographie totalitaire dominait l’histoire bourgeoise de l’URSS, mais elle n’est plus tolérable aujourd’hui. Nous devons intégrer les productions historiques bourgeoises sur l’URSS pour dépasser les historiographies communistes (dont maoïste) dans une historiographie communiste supérieure.

    1 Cf. G. Dimitrov, L’offensive du fascisme et les tâches de l’Internationale communiste dans la lutte pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme, 1935 ; La lutte pour la paix, 1935 ; et La démocratie populaire, 1948.

    2 Cf. Mao Z., De la nouvelle démocratie, 1940.

    3 V. I. Lénine, À la mémoire de la Commune, 1911.

    4 F. Engels, Introduction à La guerre civile en France, 1891.

    5 Ibidem.

    6 V. I. Lénine, « Chapitre III : l’État et la révolution. L’expérience de la Commune de Paris (1871). Analyse de Marx », L’État et la révolution, 1917.

    7 V. I. Lénine, Leçons de la Commune, 1908.

    8 K. Marx, Critique du programme de Gotha, 1875.

    9 Par exemple, À propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat (1956) et Encore une fois à propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat (1957) publié par le Renmin Ribao.

  • Salutations du KOL pour les 150 ans de la Commune de Paris

    Salutations du KOL pour les 150 ans de la Commune de Paris

    Nous partageons ici les salutations de l’Organisation communiste du Luxembourg (KOL) à l’occasion de la campagne pour les 150 ans de la Commune de Paris. Nous les remercions et les saluons.

    Salutations de l’Organisation communiste du Luxembourg (KOL)

    Cher(e)s camarades,

    Le 18 mars 1871, les ouvriers prennent le pouvoir à Paris. Le 28 mars, la « Commune de Paris » est solennellement proclamée. Pour la première fois dans l’histoire, le prolétariat a réussi à renverser la bourgeoisie et à établir son propre État, la dictature du prolétariat.

    La Commune de Paris a pris toute une série de mesures dans l’intérêt du peuple. Dans le domaine social, il s’agit notamment de l’interdiction du travail de nuit, de l’introduction d’un salaire minimum, de l’école publique… Toute une série de mesures sont également prises dans le sens de la libération des femmes, ainsi que dans le domaine culturel (ouverture des musées pour le peuple…), et dans le domaine de la démocratie (séparation de l’église et de l’état, brûlage de la guillotine…). En même temps, la Commune était sociale et internationaliste dans le sens de l’intégration des étrangers.

    Cette démocratie populaire répugnait naturellement à la bourgeoisie et à la réaction, qui ont tout fait pour anéantir la Commune. Après seulement 72 jours, la bourgeoisie a réussi à étouffer la Commune dans un bain de sang. Le 28 mai 1871, la Commune est écrasée. Plus de 30 000 communards ont été assassinés, des milliers ont été arrêtés ou déportés. La bourgeoisie, qui avait commencé en 1789 avec le slogan « Liberté, Égalité, Fraternité », a montré pour la première fois sa véritable visage fasciste. La bourgeoisie française était soutenue par l’ensemble de la réaction européenne, y compris les réactionnaires luxembourgeois et surtout la couvée cléricale.

    Quant à la Commune de Paris de 1871, il y a plusieurs références directes vers le Luxembourg. En 1871, quelque 20 000 Luxembourgeois vivaient à Paris, soit plus que dans la ville de Luxembourg elle-même à l’époque. Ils vivaient principalement dans le quartier Saint-Antoine – surtout des artisans (tanneurs, serruriers, teinturiers, relieurs, selliers, boulangers, cordonniers, tailleurs et journaliers) – qui avaient été chassés par le besoin et la pauvreté qui régnaient au Luxembourg. Ils se sont battus au coude à coude avec le prolétariat parisien, dans la Garde nationale, sur les barricades ; certains sont tombés dans les combats ou ont été fusillés sans distinction et sans procès par les mercenaires de Versailles après la répression de la Commune. D’après les registres des tribunaux militaires qui ont commencé à sévir après la défaite du mouvement d’émancipation populaire de Paris, il ressort que sur 43 522 communards arrêtés, environ 200 communards luxembourgeois ont été pris et la moitié d’entre eux ont été condamnés, certains à la déportation en Nouvelle-Calédonie.

    Parmi les communistes déportés en-Nouvelle-Calédonie figurent 30 Luxembourgeois. Une autre référence vers le Luxembourg est celle des communards qui se sont réfugiés au Luxembourg. Deux communards morts au Luxembourg sont enterrés dans un cimetière de la ville de Luxembourg. Ce sont : August MARTIN, décédé le 11 juin 1873 à l’âge de 36 ans et François SORDET, décédé le 19 mai 1873 à l’âge de 52 ans. En leur honneur, une fête communarde annuelle est organisée depuis des décennies au cimetière de Siechenhof au Luxembourg.

    Une troisième référence vers le Luxembourg est Victor Hugo, qui a soutenu les communards en fuite à Bruxelles après l’écrasement de la Commune, ce qui l’a contraint à déplacer son exil de Bruxelles à Vianden au Luxembourg le 30 mai 1871. La défaite de la Commune est essentiellement due à deux causes. Premièrement, la brutalité de la bourgeoisie a été sous estimée et la dictature du prolétariat n’a pas été assurée avec assez de vigueur ; deuxièmement, la classe ouvrière, bien que soutenue par l’Internationale, n’avait pas de parti révolutionnaire de lutte. « Si vous voulez une révolution, vous devez avoir un parti révolutionnaire », a déclaré à juste titre Mao·Tsetung. « Forces révolutionnaires du monde entier, unissez-vous, luttez contre l’agression impérialiste ! » (novembre 1948), Mao Zedong’s Selected Works, Vol. IV.

    La Commune de Paris n’était pas un événement historique isolé qui s’est terminé par sa défaite ; au contraire, c’est de sa défaite qu’ont été tirées les autres leçons pour la lutte de classe mondiale. Car malgré sa courte durée et sa défaite, la Commune a eu le mérite historique d’avoir montré aux travailleurs du monde entier que le socialisme était possible. La Commune de Paris constitue un premier pas sur la voie de la révolution prolétarienne mondiale, suivie de la révolution socialiste d’octobre 1917 sous la direction de Lénine, de la construction du socialisme en 1956 sous la direction de Staline, de la révolution chinoise de 1949 et surtout de la grande révolution culturelle prolétarienne (1966-1976) sous la direction de Mao Tse-Toung.

    Dans le monde entier, il existe actuellement de nombreuses luttes dans de nombreux domaines et à de nombreux niveaux : luttes sociopolitiques et démocratiques, luttes contre le racisme et le sionisme, contre l’impérialisme, la guerre et le fascisme, contre l’exploitation et l’oppression, contre le danger et la destruction de l’environnement, pour la libération nationale et sociale, etc. Enfin, toutes ces luttes ne peuvent être couronnées de succès que si elles se déroulent sous la direction d’un parti révolutionnaire et sont sécurisées au niveau international, au sens de l’ICOR fondée en 2010.

    De la Commune de Paris au communisme mondial, c’est la voie lumineuse de l’émancipation de l’humanité.

    Avec des salutations révolutionnaires.

  • Salutations de nos camarades de l’ICOR pour la Commune de Paris

    Salutations de nos camarades de l’ICOR pour la Commune de Paris

    Après la campagne pour les 150 ans de la Commune de Paris, nous avons reçus les salutations de diverses organisations et partis revolutionnaires membres de l’ICOR. Nous les remercions et republions ces messages chaleureux de salutations et de solidarité. Construisons la solidarité internationale avec l’ICOR !

    Salutations pour Paris

    BKP Bulgarie

    Chers camarades,

    Salutations des communistes bulgares !

    La Commune de Paris, en tant que premier succès de la lutte de la classe ouvrière pour la libération sociale, a toujours été un modèle pour nous. Le héros de notre lutte de libération nationale et brillant poète Christo Botev a télégraphié les salutations suivantes à Pâques 1871 :

    «Paris, comité de la Commune.

    Salutation fraternelle et cordiales de la part de la Commune Bulgare.
    Vive la Commune !

    Révolutionnaires émigrés»

    Botiof, Popov


    À cette époque, notre pays était sous domination étrangère et la lutte pour la libération nationale était au premier plan. C’est pourquoi nous n’avons pas d’informations directes sur la Commune et nous utilisons comme source les œuvres de Karl Marx. L’expérience et les leçons de la Commune de Paris en tant que première dictature du prolétariat sont impérissables et toujours d’actualité. De l’ouvrage de Marx « La guerre civile en France », nous tirons la troisième tâche de la dictature du prolétariat : protéger la société socialiste de ses propres fonctionnaires et les empêcher de devenir ses seigneurs et ses maîtres de serviteurs de la société. Très brièvement, cela implique 3 principes :

    1. tous les fonctionnaires, de la base au sommet, ne doivent pas être employés, mais doivent être élus ; ils sont responsables à tout moment et peuvent être exclus par vote à tout moment.
    2. abolition à jamais de tous les privilèges matériels et spirituels.
    3. des salaires fondés scientifiquement pour le travail. Le salaire le plus élevé dans le Comite du

    Commune n’était pas supérieure à celle d’un ouvrier qualifié.

    L’échec de cette tâche de dictature du prolétariat a été l’une des causes de la dégénérescence du socialisme après 1956 et finalement des contre-révolutions en Europe de l’Est en 1989. C’est pourquoi nous ne devons pas oublier les leçons de la Commune et éviter de telles erreurs la prochaine fois. Marx et Engels ont prouvé que le développement objectif de la société conduit au communisme. Mais elle ne viendra pas seule ; comme le montre l’exemple héroïque de la Commune, elle nécessite une lutte acharnée.

    Et aujourd’hui, comme nos précurseurs il y a 150 ans, nous devons crier haut et fort :

    Vive la Commune !

    Salutations à l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris

    KSRD

    Chers camarades !

    La Commune de Paris a été un important rayon de lumière avant l’aube révolutionnaire de l’Europe et du monde entier. Ce rayon a allumé une nouvelle ère dans laquelle le peuple travailleur luttera activement pour ses droits contre le capitalisme et la bourgeoisie. Ils se battront, acquerront de l’expérience – et auront des victoires.

    Cet anniversaire, ce jour remplit à nouveau nos cœurs de feu, de l’énergie de la lutte des classes pour un avenir meilleur, pour le socialisme. Félicitations au nom du peuple travailleur d’Ukraine ! Nous portons nous-mêmes une partie de ce feu dans notre pays au nom de nos objectifs communs, et de nos victoires communes.

    Salutations révolutionnaires,

    KSRD

    Salutations à l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris

    Rode Morgen

    Chers camarades

    Nous vous souhaitons beaucoup de succès avec le merveilleux programme que vous avez organisé en l’honneur du 150e anniversaire de la Commune de Paris.

    Nous sommes vraiment désolés de ne pas pouvoir participer.

    Aux Pays-Bas, de février à mai, de mois en mois, dans notre journal ‘ Rode Morgen ’, nous avons décrit les développements de la Commune de Paris, surtout à la lumière de la lutte pour une société socialiste à l’heure actuelle. Nous avons accordé une grande attention aux expériences et aux leçons de la Commune de Paris lors de la Journée Internationale des femmes et du 1er Mai. Nous avons célébré les deux jours comme des jours de bataille dans les rues – selon les règles anti-corona.

    La Commune de Paris a été la première révolution ouvrière réussie de l’histoire moderne. Du 18 mars à la répression sanglante du 28 mai 1871, elle a offert à la classe ouvrière de Paris, pour la première fois dans l’histoire, un aperçu d’une société véritablement démocratique. Pendant plus de deux mois, les travailleurs ont décidé eux-mêmes de la manière dont leur ville devait être gouvernée, comment les usines et les ateliers devaient être organisés et quelles lois devaient s’appliquer. La Commune a été une source d’inspiration importante pour la révolution russe. Ils ont pris d’assaut le ciel – ça ne pouvait pas durer à cette époque.

    Aujourd’hui, il y a autant de raisons d’abolir le capitalisme – mais il y a incomparablement plus de possibilités d’organiser une véritable démocratie pour la majorité de personnes. Et d’organiser la production et la distribution de manière à ne pas nuire à l’environnement, mais à l’améliorer, et à réparer les dommages causés par l’économie capitaliste de profit.

    Vive la Commune de Paris !

    En avant vers le socialisme !

    Avec solidarité,

    au nom de Rode Morgen

    Jeroen Toussaint

  • Communiqué du Collectif « Vive la Commune de 1871 »

    Communiqué du Collectif « Vive la Commune de 1871 »

    Nous avons contribué à faire vivre l’idéal de la Commune !

    Dès sa constitution, en début mars 2021, le Collectif « Vive la Commune de 1871 » avait dressé son plan de bataille : à travers l’expérience de la Commune faire « entendre la voix des communistes ». Celle qui trace le seul avenir possible abolissant oppression et exploitation. Nous appelions à la coopération et à l’organisation des forces communistes et révolutionnaires, à la construction d’un Parti pour préparer la révolution socialiste.

    Nul doute que nous avons contribué à faire vivre l’idéal de la Commune ! Nous sommes fiers d’avoir pendant ces 3 mois fait briller l’étoile rouge du communisme de cette première Révolution ouvrière, celle qui en annoncera bien d’autres au cours du 20ème siècle.

    Dès sa constitution le Collectif s’est fait connaître :

    Le 8 mars pour la journée internationale de lutte des femmes, valorisant la lutte des femmes dans la révolution de 1871. Pour elles, libération des femmes et libération de l’exploitation et de l’oppression était indissociables.

    Le 18 mars, nous avons déposé à Montmartre un bouquet de fleurs à la gloire du Comité Central de la Garde nationale. Poussé par les couches populaires il prit le pouvoir aux bourgeois capitulards qui s’enfuyaient à Versailles. Place au peuple, place à une nouvelle société !

    Puis le 20 mars, le Collectif organisait un rassemblement-débat sur la Place du Châtelet sur ce premier gouvernement ouvrier et ses acquis, sur la nécessité de construire un parti révolutionnaire fort pour défendre le socialisme sur le chemin du communisme. On a terminé à l’Hôtel de Ville de Paris en entonnant, alors, l’Internationale ce célèbre chant issu de la Commune de 1871.

    Le 1er Mai nous étions là, sur la Place de la République et lors de la manifestation avec nos drapeaux et Déclaration pointant les réalisations de la Commune et qu’une autre société est possible grâce à la prise du pouvoir par le peuple et pour le peuple.

    Le Collectif annonçait la couleur pour le mois de mai : présence dans les quartiers populaires ; Rassemblement et ballade à Montmartre le 15 mai sur les traces des Femmes de la Commune.

    Le 29 mai, après le rassemblement d’organisations politiques, associatives, syndicales à la Place de la République, ce sont jusqu’à 15 000 personnes à manifester vers le « Mur des Fédérés » du cimetière du Père Lachaise. La Commune et le désir d’une autre société sont bien vivants !

    Les drapeaux de mars 1871 flottaient dans la brise printanière. Les drapeaux rouges, que la Commune voulait être le drapeau de la République universelle. Ce glorieux drapeau parsemait joyeusement le chemin qui montait au Mur des Fédérés accompagné de chants et de slogans. Nous en étions, le Collectif Vive la Commune de 1871 !

    Des délégations internationales de l’ICOR (Coordination internationale des organisations révolutionnaires) nous ont joints : de Suisse, de Tunisie, d’Haïti, du Cameroun, plusieurs organisations de Turquie, d’Allemagne, des réfugiés d’Amérique Latine et des camarades de France bien sûr.

    Le 30 mai, nous avons participé au meeting de l’ICOR qui a permis des échanges internationaux autour de : « Vive la Commune de 1871 – organisons-nous pour le socialisme révolutionnaire ! » Des intervenants de plusieurs continents (Afrique, Asie Centrale, Amérique Latine, Moyen-Orient, Europe) ont interrogé l’héritage de la Commune de Paris ; comment en tirer des enseignements pour la période actuelle ; comment avancer sur le chemin de la construction de Partis Révolutionnaires et d’une coordination nationale et internationale efficace dans toutes les nombreuses luttes.

    Nous avons salué la lutte des femmes de ménage des hôtels Ibis. Elles ont arraché la victoire après plus de 20 mois de lutte. Nous avons salué le peuple Palestinien en lutte contre l’État sioniste. Salué les peuples colombien, birman, turc, kurde qui résistent à l’oppression. Salué l’ensemble des peuples qui luttent contre l’impérialisme et contre le colonialisme, tout en n’oubliant pas que, ici même, dans les métropoles nous luttons contre la classe bourgeoise qui durcit l’exploitation, réduit les libertés, etc.

    Nous considérons que la campagne du Collectif ‘Vive la Commune de 1871’ a été un succès important !

    Nous avons coopéré de mieux en mieux et avec une confiance grandissante pour notre objectif commun entre nos organisations. Cette unité d’action a été possible autour d’objectifs pratiques auxquels nous avons lié le débat politique. C’est dans ce sens que les membres du collectif souhaitent continuer d’une façon ou d’une autre et font appel à d’autres organisations à suivre cette voie. Il est possible de coopérer et de nous unifier au fur et à mesure !

    Nous terminons cette belle campagne des 150 ans de la Commune, mais ne laissons pas tomber le flambeau de la lutte. Nous serons toujours en lien les uns avec les autres, car nous savons ce que demain nous réserve et nous sommes conscients de nos responsabilités en tant que communistes. La bourgeoisie profite du désordre qui règne au sein de la classe ouvrière. Nous avons le devoir de l’unifier sur une vision prolétarienne et internationaliste.

    Alors nous pourrons dire avec le Communard Jean-Baptiste Clément :

    « Les mauvais jours finiront,

    et gare à la revanche

    quand tous les pauvres s’y mettront… »

    Paris, juin 2021

    Membres et signataires du collectif « Vive la Commune de 1871»: Amis de l’ICOR (Coordination internationale des organisations révolutionnaires) ; Association Culturelle des Travailleurs Immigrés de Turquie (ACTIT) ; Centre de recherche culturelle de Dersim (CRCD) ; Comite Solidarité Pérou (CSP); Confédération européenne des droits des peuples (ADHK) ; Confédération des travailleurs de Turquie en Europe (ATIK) ; Mouvement démocratique des Femmes en Europe (Paris), ADKH/Paris ; Nouveau Parti Communiste Haïtien (NPCH) ; Union des Populations du Cameroun -Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie (UPC-Manidem) ; Union des travailleurs et de la fraternité des Peuples (Bir-Kar); Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste (UPML); Union des Femmes Socialistes (SKB); Unité Communiste (UC).

  • Vive la Commune de 1871 – préparons la révolution socialiste !

    Vive la Commune de 1871 – préparons la révolution socialiste !

    Sous ce slogan, le collectif « Vive la Commune de 1871 » avait appelé samedi 20 mars à Paris à un rassemblement pour célébrer le 150e anniversaire de la Commune de Paris par des discours, des contributions à micro ouvert, des chansons et des poèmes au cœur de Paris. Après que la ville ait refusé le rassemblement devant l’Hôtel de ville, nous nous sommes rassemblés à proximité sur la Place du Châtelet.

    Ce rassemblement a été organisé et maintenu contre vents et marées dans des conditions très difficiles. Les restrictions gouvernementales liées à l’épidémie du Corona, encore renforcées le jour-même, le 20 mars, ne nous ont pas empêché de nous réunir. Le droit de manifester même sous l’État d’urgence sanitaire, confirmé juridiquement, a été défendu !

    Les incertitudes parmi les militants sur la situation sanitaire, les multiples manifestations organisées à la même date contre une politique de crise sur de multiples fronts ainsi que la météo ne nous étaient pas favorables. Nous sommes d’autant plus heureux de la réussite de ce rassemblement en l’honneur de la Commune de Paris.

    L’unité d’action a lancé un appel commun dont la principale leçon est qu’il faut construire un parti communiste fort en France comme dans tous les pays. Des mots de solidarité nous sont parvenus de camarades suisses, de l’ICOR Europe et le MLPD nous a fait l’honneur d’envoyer une délégation.

    Différents participants ont pris la parole pour rappeler les conquêtes des Communards, mais aussi les faiblesses de ce premier gouvernement ouvrier dans l’histoire, pour en tirer les leçons pour aujourd’hui. Un représentant de BIR-KAR* a décrit les conquêtes considérables, instaurées pour et avec les femmes de la Commune, notamment sur l’égalité, le système de crèches et d’écoles etc. L’ACTIT* et SKB* ont parlé des enseignements pour la libération et la construction du Rojava. Les camarades de l’UPML* ont parlé du rôle crucial de la classe ouvrière, hier et aujourd’hui. Un membre du comité solidarité Pérou et Ami de l’ICOR* a rappelé les leçons tirées lors des révolutions qui ont suivi la Commune et l’internationalisme de la Commune de Paris. A plusieurs reprises le rôle crucial de l’organisation, en particulier de la construction du Parti communiste pour la victoire de la révolution a été souligné.

    Pour couronner le tout, un certain nombre de participants et la délégation allemande ont déposé une gerbe à l’Hôtel de Ville de Paris où la Commune a été déclarée il y a 150 ans. On s’est déplacé, les drapeaux rouges flottant dans le soleil et attirant l’attention. Le chant de l’Internationale a clôturé le rassemblement.

    Le rassemblement a été l’ouverture de notre campagne et nous invitons d’autres organisations et personnes à rejoindre notre collectif et nos initiatives pour une célébration révolutionnaire de la Commune de 1871:

    • 1er mai : intervention à la manifestation parisienne
    • 8 mai : événement pour les femmes de la Commune et la lutte des femmes aujourd’hui
    • 29 et 30 mai : week-end de célébration avec des délégations de l’ICOR (manifestation, réunion-débat)

    Le collectif Vive la Commune de 1871
    Paris, 26/03/2021

    * les membres et signataires du Collectif Vive la Commune de 1871 : Amis de l’ICOR (Coordination internationale des organisations révolutionnaires) ; Association Culturelle des Travailleurs Immigrés de Turquie (ACTIT) ; Comite Solidarité Pérou (CSP) ; Nouveau Parti Communiste Haïtien (NPCH) ; Union des Populations du Cameroun -Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie (UPC-Manidem) ; Union des travailleurs et de la fraternité des Peuples (BIR-KAR) ; Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste (UPML) ; Union des Femmes Socialistes (SKB) ; Unité Communiste (UC)

    Facebook : Vive la Commune 1871

    Email : communedeparis150@gmail.com

  • Célébrons la Commune de Lyon !

    Célébrons la Commune de Lyon !

    -Appel ouvert à organiser les 150 ans de la Commune de Lyon-

    L’année 2020 se termine. Elle a été une année sous le signe de la pandémie, de la misère, de la crise, de la souffrance, de la montée de réactions, des tensions nationales et internationales… Elle a été une année dure, dont personne ne peut prétendre sortir indemne.

    Ce que sera 2021 dépend de nous.

    Nous proposons que cette année soit sous le signe de la Commune de Paris – et de Lyon ! – dont nous célébrerons le 150e anniversaire. Si nous pensons que chacun possède ses projets quant à Paris, nous voulons inviter à célébrer celle de Lyon ensemble, en portant un même message.

    Au sein du camp progressiste et révolutionnaire, quelles que soient nos différences idéologiques ou politiques, la Commune fait partie de notre histoire. Elle est un héritage que nous partageons tous. Des personnages comme Louise Michel, Piotr Lavrov, Constant Marie, Marie Chiffon, Sofia Kovalevskaïa, Mikhaïl Bakounine… et bien d’autres font partie de cette expérience universellement partagée : celle du combat des travailleuses et des travailleurs, des exploités et exploitées, des opprimées et opprimés.

    Aujourd’hui, alors qu’un vent mauvais souffle. Alors que les obscurantistes, les réactionnaires, les fascistes, les conspirationnistes gagnent du terrain, il est plus que vital que de pouvoir maintenir allumée la flamme de l’espoir. Il est tout aussi vital de démonter que, oui, une autre issue est possible. Autre que la soumission au capitalisme, à l’impérialisme, au patriarcat. Autre que la destruction de la planète, de l’exploitation rapace des ressources, au nom du Saint Profit.

    La Commune a été un phare. En dépit de son échec et de son écrasement, elle a montré une voix à suivre. Elle a montré que les solutions aux maux que nous connaissons ne peuvent trouver d’autre issue que dans le gouvernement des exploités et exploitées eux-mêmes. Elle a montré que ceux qui se gavent des profits, qui vient de la sueur ou du travail des autres, ne sont pas nécessaires. Ils sont des freins à la marche de l’histoire. Ils sont des freins au développement d’une société de liberté réelle.

    La Commune a posé la question de la Révolution populaire, de celle qui mettrait fin à toute exploitation. Elle a posé la question non plus sous une forme théorique, mais bien pratique : comment gagner et comment construire un monde nouveau.

    Camarades, nous vous proposons de faire, ensemble, honneur à cette célébration. Nous vous proposons de nous réunir et de travailler conjointement à ce que celle-ci ne soit pas qu’un simple hommage. Qu’elle illustre une volonté partagée, de fer, d’en finir avec l’exploitation, l’oppression, la misère et la guerre.

    Nous vous proposons camarade, de porter ce message ensemble.

    De célébrer le 150e anniversaire de la Commune de Paris et celui de la Commune de Lyon. Cet épisode méconnu mérite d’être célébré. Si les yeux et les esprits sont tournés vers Paris, le mur des fédérés, la butte de Montmartre, cela ne doit pas occulter le fait que, ici aussi, on s’est battu, on a lutté pour qu’un monde nouveau naisse.

    Alors que les élections approchent, il est important de rappeler que l’État bourgeois est l’appareil d’oppression par excellence, la machine de guerre contre les prolétaires.

    • Le 22 mars : la prise de l’Hôtel de Ville par les révolutionnaires.

    La prise de l’hôtel de ville par le Comité de Salut Public, notamment animé par Bakounine, est un événement important de la Commune de Lyon. Il signe le début de la Seconde Insurrection, laquelle rejette tant la défaite face à la Prusse que la naissance d’une nouvelle république bourgeoise.

    • Le 30 avril : L’insurrection de la Guillotière.

    Au sein de la Guillotière, faubourg populaire, le drapeau rouge flotte toujours. L’armée intervient pour écraser l’insurrection. Ce n’est qu’à 23h que l’armée parvient à mettre fin à celle-ci, par l’emploi de l’artillerie. La Guillotière est plus qu’un quartier populaire, c’est un bastion.

    Nous vous proposons d’aborder ensemble les modalités de cette célébration, dans le respect des stratégies et des conceptions idéologiques différentes que nous pouvons chacun et chacune porter. Nous pensons que cette pluralité de messages, loin de les diluer ou de les corrompre, offre au contraire la base nécessaire pour que puisse naître une nouvelle synthèse. Une synthèse d’une expérience immense, riche, vivante. Une synthèse qui s’arc-boute vers un seul but : en finir avec nos bourreaux – les exploiteurs – et construire une démocratie réelle, celle du peuple.

  • Nous méritons mieux que Thiers !

    Nous méritons mieux que Thiers !

    Nous avons pris l’initiative de renommer symboliquement l’avenue Adolphe Thiers (Lyon 6e) pour la rebaptiser « Avenue de la Commune de Paris ». Pour nous, ce nom, comme d’autres à Lyon, est une injure à la mémoire des exploités et exploitées, des opprimés et opprimées. La rue Bugeaud, la rue Faidherbe, le quartier du Tonkin… sont tout autant de toponymes d’un passé qui ne passe pas.

    Un passé qui ne peut s’effacer car ses conséquences sont toujours là. Conséquences du colonialisme, qui maintient toute une partie de l’humanité dans la domination et le sous développement. Conséquences racistes, xénophobes, impérialistes. Conséquences sociales, aussi, car l’exploitation ne s’est pas éteinte. Aujourd’hui, elle s’accroît.

    La Commune de Paris représente toujours, 150 ans après sa proclamation, un des points d’orgue de la lutte sociale et politique. Elle est la première démocratie populaire. Elle est le premier gouvernement des classes populaires, des travailleurs et des travailleuses. Une démocratie sans leurs exploiteurs et contre leur ordre.

    La Commune de Paris a été l’aube d’une ère nouvelle. Elle fait partie du passé, mais elle incarne l’avenir. Un avenir collectif, émancipateur, libérateur. Un avenir qui nous propose ce que le capitalisme ne peut faire : un futur.

    Thiers, son fossoyeur, incarne un présent dont on ne parvient pas à s’extraire : celui de la répression, celui de l’écrasement, de la domination et de l’exploitation.

    L’espace public possède un très fort caractère prescriptif. Il détermine la mémoire jugée légitime. Il détermine ce qui représente la mémoire et l’histoire officielle. Les bourreaux y sont encensés comme ayant contribué à la grandeur du pays, tandis que leurs victimes sont rejetés dans l’anonymat ou dans l’oubli. Nous méritons mieux qu’une avenue Thiers. Nous méritons une avenue qui célèbre la force créatrice des masses.

    Oui, il existe des rues qui portent le nom de héros populaires. Mais ces petits espaces laissés aux progressistes, aux révolutionnaires, aux combattants et combattantes du progrès et de l’égalité sont vidés de leur contenu. Ils sont également accaparés par leurs ennemis. Beaucoup de ceux qui se réjouissent des victoires du progrès, contre le fascisme, contre l’esclavagisme, pour des droits sociaux, contre les guerres… sont les héritiers directs de ceux qui étaient les acteurs de ces crimes. Ils se sont battus pour que ces avancées n’aient pas lieu. Ils se battent pour que de nouvelles ne puissent naître. Ni les abolitions, ni les droits sociaux, ni quelque progrès que ce soit n’ont été données. Elles ont été arrachées, par la lutte, par le sang, par la souffrance. Les prochaines victoires demanderont, elles aussi, leur Livre de chair.

    Les toponymes représentent cette réalité, ces oppositions dans la société. Nous affirmons qu’il existe et qu’il existera des mémoires contradictoires et antagoniques tant qu’il y aura des oppositions d’intérêt dans la société. La mémoire de la bourgeoisie, des capitalistes, des réactionnaires est celle de l’oppression, de l’exploitation, de l’âge d’or du commerce triangulaire, des colonies, du servage, de l’exploitation la plus poussée et la plus criminelle.

    La nôtre, celle des classes populaires, est celle des luttes sociales, de la résistance à l’oppression, à la répression. De la lutte antiraciste, antifasciste, anticoloniale. Celle de la construction d’un monde nouveau. Un monde que nous appelons toujours de nos vœux. Celle de la liberté, la vraie, celle dont la base ne peut être que l’égalité réelle. Notre mémoire est celle d’un avenir en gestation, qui n’attend plus que de naître et de recouvrir l’ancien monde.

    Que faire de Thiers ? Il ne s’agit pas d’effacer l’histoire. Oublier ces personnages, être sans histoire, c’est perdre tout repère. Mais il s’agit aussi de lui rendre sa complexité. Une rue Thiers pourrait exister. Il ne faut pas en faire un « non-être ». Mais elle se doit de rendre sa cohérence au personnage. Il n’existe pas un Thiers des « libertés nécessaires » et un Thiers fossoyeur de la Commune. Thiers a défendu la liberté, celle de la bourgeoisie, dont il représentait les intérêts. Ce sont ces mêmes intérêts qu’il défendait en massacrant les communards. C’est ce que tout toponyme doit rappeler. Un jour, cette histoire apaisée pourra trouver sa place.

    Mais dans l’intervalle nous réclamons le fait que nos rues portent les noms de nos héros et de nos héroïnes. Ceux et celles qui ont combattu pour la liberté, pour l’émancipation de l’humanité, pour l’égalité. Ceux et celles qui ont fait avancer le progrès. Ceux et celles qui sont porteur d’un avenir, avenir qui est le grand enjeu de cette période de crise.

    Vive la Commune de Paris ! Vive les révolutionnaires, les révoltés et révoltées, vive les luttes et les combats pour un monde juste !

  • Communiqué commun UPML/UCL

    Communiqué commun UPML/UCL

    Avançons ensemble !

    L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste se sont réunies durant l’été. Nos deux organisations ont pu débattre de la situation nationale et internationale, des pratiques de lutte et des perspectives de celles-ci.

    Nous considérons que cette rencontre est un succès sur plusieurs points :

    Plusieurs questions ont été abordées traitant les questions sur le fond, en utilisant une culture du débat prolétarien. Venant d’horizons divers, nous portons des analyses sous des angles différents. Mais ces différences de point de vue qui peuvent parfois apparaître ne forment pas des obstacles à la construction commune. Elles n’ont pas à être aplanies en amont de ce rapprochement. Au contraire, seul un cadre débat unique permet que celles-ci puissent évoluer en profondeur et qu’une position unitaire apparaisse. Nous ne voulons pas d’un débat entre sectes, nous voulons construire une organisation communiste.

    Nous portons un constat commun sur la conjoncture future. La crise du capitalisme et de l’impérialisme n’est pas terminée. Elle s’approfondit, au contraire. Les relations internationales sont soumises à une tension croissante, que ce soit dans le domaine du commerce ou dans les rapports géopolitiques. Cela n’empêche pas l’existence de tendances importantes à l’intégration entre les capitaux et les entreprises, à l’exemple du conglomérat Chrysler-Fiat-Renault.

    Les luttes de l’an passé, quel que soit le domaine, ont montré que les masses populaires recherchent des solutions en dehors du cadre de société capitaliste. L’ensemble des luttes, qu’elle soit celle de Gilets jaunes, celle des écologistes, celle des travailleurs et des travailleuses ou des migrantes et des migrants ont montré que ce système ne parvient plus à apporter autre chose que misère et répression.

    La tendance qu’ont les gouvernements du monde entier à restreindre chaque fois davantage les droits politiques et économiques des masses populaires n’illustre pas la force du capitalisme. Elle illustre, au contraire, la fragilité d’institutions à bout de souffle, qui ne parviennent plus à camoufler leur corruption et leur assujettissement aux désirs des capitalistes. La tromperie ne fonctionnant plus, ils recourent à la force.

    Une année de combat s’ouvre, l’UPML et l’UCL joueront, ensemble, leur rôle.

    Nous avons également abordé, dans ce cadre, l’articulation de la lutte politique et de la lutte économique, notamment par le travail en sein des syndicats, la défense de la syndicalisation, du syndicalisme de lutte et la promotion du rassemblement vers un syndicalisme unique et combatif.

    La manière dont nos organisations conçoivent l’application de la ligne de masse, du travail au sein des luttes, notamment dans celles des Gilets Jaunes, qui a été le centre de gravité des combats de l’année. La nécessité d’agir en tant que militants communistes révolutionnaires, et de donner libre cours au plein potentiel de nos organisations dans les prochaines luttes a été soulignée.

    Nous ne pensons pas que nos rencontres doivent se limiter à une déclaration de principe généraux. Elles n’auraient aucun objet. Elles doivent servir à faire progresser l’unité idéologique et organisationnelle tant de nos groupes respectifs que de l’ensemble du mouvement communiste, ici, en France, dans les régions dominées par celle-ci, en Europe ou internationalement. L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste s’accordent sur la nécessité impérieuse de cadres ad hoc permettant le travail commun.

    C’est l’un des buts recherché par nos organisations, au travers de la lettre ouverte envoyée aux organisations communistes présentes en France, pour constituer une alliance des révolutionnaires.

    Au travers de la construction progressive d’un Comité ICOR France, permettant aux organisations et individus membres de la coordination ou qui s’intéressent à ses activités de travailler ensemble.

    C’est également le fondement de notre travail au sein de l’ICOR et à la participation aux campagnes et aux journées d’action impulsées par celle-ci. Cela passe également par la promotion du Front Uni International Antifasciste et Anti-impérialiste, porté tant par l’ICOR que par l’International League of People Struggle (ILPS).

    Ultimement, il s’agit de la raison qui motive nos organisations à se rapprocher et à avancer sur le chemin d’une unification.

    Nos organisations sont porteuses de plusieurs projets de campagnes et de formations communes. À la fois dans le but de répercuter les campagnes de l’ICOR, mais également dans le fait de développer nos propres projets. Nous considérons que l’approche du 150e anniversaire de la Commune de Paris doit être l’occasion de faire de cette étape historique un point de focale pour les révolutionnaires du monde entier, dans le but d’en tirer les conclusions, mais également de créer le point de départ pour que l’histoire du mouvement révolutionnaire aille de l’avant, vers la victoire, vers le communisme.

  • Vive la Commune de Paris !

    Vive la Commune de Paris !

    Aujourd’hui, le 18 mars, nous célébrons le déclenchement de la Commune de Paris, en 1871. Ce jour reste dans les mémoires du mouvement, non seulement communiste, mais bien révolutionnaire dans son ensemble.

    La Commune de Paris est la première expérience de gouvernement ouvrier, la première expérience de dictature du prolétariat, contre les rapaces, les parasites de la bourgeoisie.

    La Commune de Paris a servi de base au mouvement révolutionnaire, au mouvement ouvrier, au mouvement communiste comme une expérience démontrant qu’il était possible, qu’il était réalisable, que le pouvoir soit conquis par les travailleurs et les travailleuses. C’est une démonstration du fait que l’exercice réel de l’autorité se conquiert par la lutte, non par la négociation, les urnes, les manigances. Engels la décrivit ainsi :

    « Dans la Commune ne siégeaient presque que des ouvriers ou des représentants reconnus des ouvriers ; ses décisions avaient de même un caractère nettement prolétarien. Ou bien elle décrétait des réformes, que la bourgeoisie républicaine avait négligées par pure lâcheté, mais qui constituaient pour la libre action de la classe ouvrière une base indispensable, comme la réalisation de ce principe que, en face de l’État, la religion n’est qu’une affaire privée ; ou bien elle promulguait des décisions prises directement dans l’intérêt de la classe ouvrière et qui, pour une part, faisaient de profondes entailles dans le vieil ordre social. »1

    Dans la lutte contre l’autocrate Napoléon III, mais également contre l’invasion par la Prusse et contre d’autres forces de la réaction, les habitants et habitantes de Paris se sont soulevés. Non seulement pour se défendre et défendre une plate « république », que les bourgeois venaient de proclamer, mais bien pour aller au-delà.

    Après l’effondrement de la structure pourrie qu’était le Second Empire, la bourgeoisie avait appelé aux armes les travailleurs pour servir ses intérêts de classe, à savoir négocier une paix, l’accès au pouvoir et son plein exercice.

    Après la capitulation de Paris, le 28 janvier 1871, la Garde nationale, constituée de ces travailleurs, ne déposa pas les armes. Elle tint en respect les Prussiens, hors de Paris. Le peuple régna en maître, les Prussiens à sa porte, n’osant entrer.

    Autant ces derniers ne mettaient que peu d’ardeur à pénétrer dans Paris, autant la bourgeoisie, quant à elle, s’empressait de vouloir reprendre les armes qu’elle avait données. Dès lors, le casus belli fut consommé, la rupture entre les deux, totale.

    « Pendant la guerre, les ouvriers parisiens s’étaient bornés à exiger la continuation énergique de la lutte. Mais, maintenant qu’après la capitulation de Paris la paix allait se faire, Thiers, nouveau chef du gouvernement, était forcé de s’en rendre compte : la domination des classes possédantes — grands propriétaires fonciers et capitalistes — se trouverait constamment menacée tant que les ouvriers parisiens resteraient en armes. Son premier geste fut de tenter de les désarmer. Le 18 mars, il envoya des troupes de ligne avec l’ordre de voler l’artillerie appartenant à la garde nationale et fabriquée pendant le siège de Paris à la suite d’une souscription publique. La tentative échoua ; Paris se dressa comme un seul homme pour se défendre, et la guerre entre Paris et le gouvernement français qui siégeait à Versailles fut déclarée ; le 26 mars, la Commune était élue ; le 28, elle fut proclamée ; le Comité central de la garde nationale qui, jusqu’alors, avait exercé le pouvoir, le remit entre les mains de la Commune, après avoir aboli par décret la scandaleuse “police des mœurs” de Paris. Le 30, la Commune supprima la conscription et l’armée permanente et proclama la garde nationale, dont tous les citoyens valides devaient faire partie, comme la seule force armée ; elle remit jusqu’en avril tous les loyers d’octobre 1870, portant en compte pour l’échéance à venir les termes déjà payés, et suspendit toute vente d’objets engagés au mont-de-piété municipal. Le même jour, les étrangers élus à la Commune furent confirmés dans leurs fonctions, car “le drapeau de la Commune est celui de la République universelle”.

    — Le 1er avril il fut décidé que le traitement le plus élevé d’un employé de la Commune, donc aussi de ses membres, ne pourrait dépasser 6 000 francs. Le lendemain furent décrétées la séparation de l’Église et de l’État et la suppression du budget des cultes, ainsi que la transformation de tous les biens ecclésiastiques en propriété nationale ; en conséquence, le 8 avril, on ordonna de bannir des écoles tous les symboles, images, prières, dogmes religieux, bref “tout ce qui relève de la conscience individuelle de chacun”, ordre qui fut réalisé peu à peu.

    — Le 5, en présence des exécutions de combattants de la Commune prisonniers, auxquelles procédaient quotidiennement les troupes versaillaises, un décret fut promulgué, prévoyant l’arrestation d’otages, mais il ne fut jamais exécuté.

    — Le 6, le 137e bataillon de la garde nationale alla chercher la guillotine et la brûla publiquement, au milieu de la joie populaire.

    — Le 12 la Commune décida de renverser la colonne Vendôme, symbole du chauvinisme et de l’excitation des peuples à la discorde, que Napoléon avait fait couler, après la guerre de 1809, avec les canons conquis. Ce qui fut fait le 16 mai.

    — Le 16 avril, la Commune ordonna un recensement des ateliers fermés par les fabricants et l’élaboration de plans pour donner la gestion de ces entreprises aux ouvriers qui y travaillaient jusque-là et devaient être réunis en associations coopératives, ainsi que pour organiser ces associations en une seule grande fédération.

    — Le 20, elle abolit le travail de nuit des boulangers, ainsi que les bureaux de placement, monopolisés depuis le Second Empire par des individus choisis par la police et exploiteurs d’ouvriers, de premier ordre ; ces bureaux furent affectés aux mairies des vingt arrondissements de Paris.

    — Le 30 avril, elle ordonna la suppression des monts-de-piété, parce qu’ils constituaient une exploitation privée des ouvriers et étaient en contradiction avec le droit de ceux-ci à leurs instruments de travail et au crédit.

    — Le 5 mai, elle décida de faire raser la chapelle expiatoire élevée en réparation de l’exécution de Louis XVI. »2

    Socialement, la Commune de Paris était une pointe fichée dans la chair des patrons et des exploiteurs. En quelques mesures, dûment appliquées, la base économique de la misère noire qui sévissait était jugulée.

    Malgré le fait que, de l’autre côté de la ligne de front, les versaillais exécutèrent à tour de bras les prisonniers communards, malgré le fait que la Commune ait pris des otages, elle ne riposta pas au crime par le crime.

    Elle fut un formidable creuset d’expériences politiques, un « broyeur » d’idées fausses, battant en brèche successivement les thèses erronées des proudhoniens, des partisans de Louis Blanc, mais également des blanquistes, sectaires et dogmatiques.

    Libérée des entraves du crétinisme parlementaire, du parasitisme de la bourgeoisie, la Commune put chausser des bottes de sept lieues pour avancer vers l’égalité — non plus formelle, mais bien réelle.

    C’est ce qui lui valut la colère, la haine, la rage de la bourgeoisie, laquelle n’eut cesse de chercher à l’écraser par tous les moyens possibles. Si la ville devait être réduite en cendres, la bourgeoisie l’aurait accepté du moment que, l’offense à leur ordre était lavée dans le sang.

    Agenouillés devant Bismarck, les versaillais quémandèrent le rapatriement des troupes prisonnières pour écraser la Commune. Le gouvernement du sinistre Adolphe Thiers l’obtint. Que valent les discordes de la bourgeoisie, discordes de gentlemen face au péril de la lutte des classes ?

    La Semaine sanglante fut un bain de sang. Cependant, Marx lui-même le note dans La guerre civile en France (1871), nombreux furent les soldats qui, par humanité, épargnèrent leurs adversaires ou leur laissèrent le libre passage. La fraternité de classe n’est pas un mot vide.

    En écrivant La guerre civile en France, Marx s’était fixé cette tâche :

    « Analyser cette expérience, y puiser des leçons de tactique, réviser sur la base de cette expérience sa théorie ».3

    En effet, c’est un travail qui était plus que nécessaire. La Commune de Paris posa les bases de la forme que doit prendre l’État prolétarien. Elle lui donna corps, pour la première fois de l’Histoire. Les théories pourries et idéalistes qui proclamaient que les révolutions aboliraient immédiatement la lutte des classes, mais aussi l’État, ces idées de cristal, se brisèrent sur le fer de la réalité : tant que la lutte des classes existe, le conflit antagonique existe, et donc le prolétariat doit réprimer ses ennemis.

    Comme nous l’avons développé plus haut, cette expérience fut une machine d’une dialectique impitoyable, laquelle écrasa bien des conceptions fausses. Ainsi, les thèses pourries de Proudhon, petites-bourgeoises et antisocialistes, furent battues à plate couture par l’irruption terrible de la réalité. Au lieu d’être la consécration, ce fut la défaite : c’est la socialisation du travail, les valeurs communistes, qui l’emportèrent sur le mutuellisme anarchiste. Les blanquistes, conspirateurs incapables de faire naître une ligne de masse, persuadés que les révolutions de palais font tout, durent réviser leur doctrine.

    La Commune commit des erreurs également : le respect sacré de la Banque de France, dont les fonds ne furent pas saisis. Ce qui aurait pu être une dévastation pour la bourgeoisie, un abominable otage, a pu être récupéré dès la fin de la Commune.

    Le siège versaillais ne put être levé, la Commune resta confinée dans un espace étroit et uniquement urbain, uniquement local. Si des émules apparurent ailleurs en France, dont à Lyon et à Vienne, le mouvement ne trouva pas la clé que trouvèrent les bolcheviques : l’alliance des ouvriers et des paysans, seule à même de pulvériser la bourgeoisie.

    Manqua également le Parti, capable de coordonner, de diriger cette alliance, de faire naître, d’une insurrection victorieuse, une guerre révolutionnaire balayant la bourgeoisie. Ce sont ces conclusions que tirèrent les continuateurs et les observateurs. La Commune donna le matériel pratique qui put être étudié pour en tirer les conclusions politiques et idéologiques qui enrichirent l’idéologie communiste.

    La bourgeoisie réactionnaire, les Mac Mahon, les Thiers, les vermines crachèrent sur les communards, les déportèrent comme Louise Michel, les envoyèrent au bagne en Algérie et en Kanaky, les assassinèrent. Les ennemis du peuple souillèrent la terre de la Commune en construisant le Sacré-Cœur, cet édifice monstrueux, une injure au prolétariat parisien.

    Mais la Commune n’est pas morte. Car, comme la révolte des opprimés, elle ne peut être exorcisée et renaît sans cesse, tant que l’exploitation dure.

    Lénine dira, à Zurich : « Ou bien la révolution aboutira à une seconde et victorieuse Commune de Paris, ou bien nous serons écrasés par la guerre et la réaction. » L’URSS s’est bâtie sur la Commune de Paris, lui rendant hommage en nommant un de ses rares cuirassés « Parizhskaya Kommuna ». L’ensemble du camp communiste, du camp du peuple, doit rendre hommage à cette expérience, à cette œuvre.

    La Commune de Paris, les communardes et les communards sont immortels !

    1 F. Engels, Introduction à La guerre civile en France, 1891.

    2 Ibidem.

    3 V. I. Lénine, « Chapitre III : l’État et la révolution. L’expérience de la Commune de Paris (1871). Analyse de Marx », L’État et la révolution, 1917.