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  • Macron au Burkina-Faso – La Franceafrique toujours vivante.

    Macron au Burkina-Faso – La Franceafrique toujours vivante.

    Macron au Burkina-Faso – La Franceafrique toujours vivante.

    Lundi 27 novembre aura lieu la visite d’Emmanuel Macron au Burkina Faso. Le séjour de l’agent exécuteur de la bourgeoisie impérialiste française durera deux jours, et sera le premier déplacement en Afrique du jeune président. Plusieurs organisations de la société civile burkinabé ont appelé à manifester sur le trajet de Macron, en dénonçant le pillage des ressources naturelles par les entreprises françaises, la présence de l’armée française et le maintien du franc CFA.

    Pour sa première visite en Afrique, le choix du Burkina Faso par le président français, patrie de Thomas Sankara, assassiné par les agents de l’impérialisme, est lourd de sens.

    C’est le 4 août 1983 qu’au sein de cette ancienne colonie française, alors connue sous le nom de république de Haute-Volta, le capitaine Thomas Sankara renversa le régime compradore du médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Pendant une brève période, les rapports de force au sein de l’armée avaient permis à Sankara de participer au gouvernement de Ouédraogo, mais ses positions ouvertement anti-impérialistes lui valurent d’être limogé. Nul doute que l’État français ne soit pas étranger à cette décision. Les positions de Sankara se résument en une déclaration : « Lorsque le peuple se met debout, l’impérialisme tremble. L’impérialisme qui nous regarde est inquiet. Il tremble. L’impérialisme se demande comment il pourra rompre le lien qui existe entre le CSP [le gouvernement] et le peuple. L’impérialisme tremble. Il tremble parce qu’ici à Ouagadougou, nous allons l’enterrer ».

    Dès lors, la ligne politique de Sankara s’axa sur une stratégie simple : briser le lien de subordination entre la France impérialiste et ses anciennes colonies, et permettre aux peuples d’Afrique de gagner leur indépendance politique et économique. C’est autour de cette stratégie qu’il agrège les forces qui lui permettent d’accéder au pouvoir en 1983. Il devint ainsi le président du nouveau Conseil National de la Révolution, organe suprême de la république, renommée Burkina Faso.

    Deux aspects résument la politique déterminée par ce conseil : la lutte anti-impérialiste et la construction d’un Etat démocratique, promouvant le développement national.

    Le nouveau régime se plaçait en rupture avec le néo-colonialisme, et notamment avec sa transcription française, la françafrique. L’impérialisme français, provoqué, ne se privait d’ailleurs pas de riposter en lançant nombre d’opérations contre la république burkinabé, au travers de ses pions Maliens et Ivoiriens.

    Le second objectif se transcrivit dans la mise en place d’une forme de démocratie populaire au sein de laquelle les masses populaires participaient aux instances décisionnelles au travers des Comités de Défense de la Révolution (CDR), organes locaux liés au CNR. Ces CDR visaient notamment à faciliter l’application au niveau local des politiques de lutte contre la malnutrition, pour l’accès à l’eau potable, pour l’éducation et la santé.

    Thomas Sankara ne voulait pas seulement une indépendance nationale, il souhaitait rendre la richesse de l’Afrique à ses peuples, à les libérer du joug des nations impérialistes, un projet avec lequel Paris ne pouvait guère trouver d’affinités. Que le gouvernement français d’alors fut socialiste ne changea pas le fond de l’affaire, la France ne pouvait accepter cette opposition.

     A ce titre, le président d’alors, François Mitterrand, déclara « C’est un homme dérangeant, le capitaine Sankara. […] Il ne vous laisse pas la conscience tranquille ». Tout au long de sa brève période de direction, Sankara s’est opposé frontalement à la politique de Paris en Afrique. Cela n’est pas resté que du domaine des déclarations d’intention, mais bien par un soutien réel. Quand, au Tchad, l’État français soutient son pion Hussein Habré, le Burkina Faso soutient le Gouvernement d’Union nationale de transition (GUNT), le mouvement d’opposition armée au régime compradore. Sankara dénonça, également, ouvertement le soutien de Paris au régime d’apartheid sud-africain, à travers une lettre à Mitterrand attaquant une « complaisance coupable ». Il s’agit, en effet, d’un moment où les armements français trouvent preneur auprès de régimes aussi sympathiques que celui de Vijoen ou de Botha, mais également auprès d’Israël.

    Des exemples parmi tant d’autres démontrant que pour la bourgeoisie française, Sankara était un ennemi essentiel, central, dans le tableau africain. Sa politique anti-impérialiste et sa vision panafricaniste en faisait l’ennemi numéro un dans la sphère d’intérêt des capitalistes français. Cela suffisait à justifier son élimination.

    Ainsi, le 15 octobre 1987, le président du CNR est assassiné lors d’un coup d’État dirigé par Blaise Compaoré, l’un de ses anciens soutiens. Les putschistes ont bénéficié de l’aide du Mali, de la Côte d’Ivoire, avec l’Etat français tirant les ficelles -élément toujours officiellement nié. A la tête du Burkina Faso jusqu’à la révolte populaire de 2014 qui l’en chassa, Compaoré replaça immédiatement le pays dans l’orbite économique de la françafrique, et replongea son peuple dans la misère.

    La misère, fille de l’impérialisme, est maintenue par des moyens d’oppression puissants. L’un d’entre eux, si ce n’est le plus important, est le franc CFA. Cette monnaie exceptionnelle mérite un détour pour comprendre la détresse des burkinabés et de l’ensemble des africains.

    En 1945, l’État français recouvrant sa souveraineté, encore alors dirigé par le gouvernement provisoire du général De Gaulle, met en place le franc des colonies françaises d’Afrique. Si l’idée date de 1939, en plein âge d’or du colonialisme, l’application est faite le 26 décembre 1945. Il est alors clairement une monnaie d’occupation.

    Malgré le processus de « décolonisation », 70 ans plus tard, quinze pays d’Afrique l’utilisent toujours. Ils sont répartis en deux zones : la zone franc d’Afrique centrale, ou le franc CFA devient le franc de la coopération financière d’Afrique centrale ; la zone franc d’Afrique de l’ouest, où il devient le franc de la communauté financière d’Afrique.

    Chaque zone est censée être régie de manière autonome par une banque centrale : la banque des Etats d’Afrique centrale pour le centre et la banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest, pour la zone ouest. Néanmoins, un troisième acteur, finalement, joue un rôle-sanction par son droit de veto, la Banque de France. Celle-ci fixe le prix du franc CFA sur l’euro et garantit sa libre convertibilité, tandis que sa planche à billets se trouve en Auvergne. Le franc CFA, étant imprimé en France, ne permet pas au Etats africain de produire les devises qui correspondent à leurs besoins, ralentissant grandement le développement de l’Afrique.

    Le CFA évoluant avec l’euro, les pays membres de la zone souffrent de leur monnaie forte, ce qui se ressent sur leurs exportations, plus difficiles ; en d’autre termes, les pays membres ne peuvent mener leurs échanges extérieurs en toute indépendance. Seule les investisseurs étrangers profitent de cette parité fixe, soumettant, au final, l’Afrique aux capitalistes des pays développés. Ainsi, le franc CFA demeure la dernière monnaie coloniale encore en activité.

    C’est contre cette soumission, tant économique – franc CFA – que politique – occupation armée – que le peuple burkinabé compte manifester le 27 novembre. Nous, communistes, apportons notre soutien total aux peuples africains soumis au néo-colonialisme et à tous les peuples dominés par l’impérialisme. Nous soutenons les luttes pour leur émancipation, car la lutte contre l’impérialisme est une lutte qui s’inclut dans la grande lutte révolutionnaire que mène le prolétariat du monde entier.

    Nous dénonçons la bourgeoisie compradore burkinabé, premier ennemi de son peuple, dont le représentant vis à vis de l’étranger, Alpha Barry, a déclaré : « On doit oublier les intérêts partisans et penser à l’intérêt supérieur de la Nation. Imaginez un seul instant l’honneur que le Burkina Faso a eu d’accueillir un chef d’Etat et qu’on dise qu’il a été mal accueilli. Cela ne répond à aucune de nos valeurs ; cela ne répond à aucune de nos références culturelles ». Encore une fois, « l’intérêt supérieur de la nation » sert à justifier les politiques réactionnaires, impérialiste, et antipopulaires.

    Mais les peuples ne sont pas dupes ! Ce jeu hypocrite ne prend plus. Couper les tentacules de l’hydre français en Afrique signifiera une fracture dans le système impérialiste français. Peuples d’Afrique et prolétariat de France sont liés, courbant l’échine sous les mêmes bourreaux.

    N’en déplaise à celles et ceux qui nient l’impérialisme français, qui ne voient que dans ces occupations les manifestations de la bonté et de la mission civilisationelle française.

    N’en déplaise à celles et ceux, qui, corrompus, se nourrissent des miettes de l’impérialisme. Ils refusent de toucher à leur niveau de vie, et font corps avec les pires réactionnaires.

    N’en déplaise à tous celles et ceux qui appuient, par leurs arguments hypocrites, la domination d’un continent entier. Ils pleurent que la Chine arrive, que les USA sont là, et qu’il faut protéger leur trésor.

    N’en déplaise à toutes ces vermines, l’Afrique et les anti-impérialistes le clament, l’impérialisme français doit être détruit, écrasé, battu, anéanti.

    Ensemble, nous abattrons notre ennemi commun : la bourgeoisie impérialiste française.

    Les rapports inégaux, esclavagistes, de pillage et de razzias doivent être brisés.

    Lorsque les exploiteurs seront battus, là pourra naître une sincère coopération mutuelle, et égalitaire, non plus pour le profit d’une poignée de parasites, mais pour assurer l’émancipation, l’indépendance et la prospérité de toutes et tous !

    En Afrique, dans l’État français, comme partout ailleurs, à bas l’impérialisme et ses chiens de garde ! Vive la révolution ! Vive le socialisme !

  • Guyane : mobilisation massive dans la colonie.

    Guyane : mobilisation massive dans la colonie.

    Samedi 25 mars, 37 organisations syndicales ont lancé un appel à la grève générale. La Guyane est perturbée par des mobilisations massives, des grèves, des barrages routiers. A tel point qu’un lancement de fusée, prévu à la base de lancement de Kourou, a du être reporté. Air France annonce qu’elle repousse ses vols jusqu’au lundi 17 mars, obligeant même certains long-courriers à faire demi-tour.

    La colonie vit à un rythme ralenti depuis déjà plusieurs jours. Écoles, universités, installations portuaires, administrations sont fermées ou en solidarité, ou sous la pression du mouvement de grève. La liste est longue et s’allonge encore.

    Les agents EDF, le personnel hospitalier, les employés de la Caisse d’Allocation Familiale, les transports, les agriculteurs…en somme l’ensemble de la société guyanais à par les laquais les plus zélés de l’impérialisme, s’est joint à la grève.

    Un collectif, nommé « Pou Lagwiyann dekolé », rassemblant la quasi-totalité des acteurs de ce mouvement de protestation, s’est fondé. Militants syndicaux, notamment de l’UTG, mais également politiques, anticolonialistes et indépendantistes. La société civile n’est pas en reste, et prend activement parti dans ce mouvement de colère. Ainsi, les « 500 frères », organisation d’autodéfense, s’est invitée dans le débat, prenant notamment à partie Ségolène Royal.

    Les raisons de ce mouvement : la Guyane, bien que « département français », vit dans une situation digne d’un des Pays les Moins Avancés. Rongée par la misère, vivant d’expédiant, une partie de la population verse dans la criminalité pour tenter de survivre. Ceux et celles qui, pensant trouver un eldorado mirifique, franchissent la frontière avec le Surinam voisin, viennent s’entasser dans des quartiers ghettos crasseux. Tout cela alimente un racisme latent, savamment entretenu par un colonisateur qui redoute l’union des exploités.

    La Guyane n’est pas une carte postale. La gendarmerie ne rechigne pas à faire disparaître les orpailleurs clandestins. La légion, qui protège le centre de lancement de Kourou, s’en donne à cœur joie, par ailleurs, entretenant une affluence de proxénètes et de leurs réseaux de vente de chair.

    L’Etat français s’y accroche avec vigueur: ce joyau tropical est la base de lancement de l’ESA, ce qui glorifie notre coq national. Le sous-sol guyanais n’est pas avare de richesses et la terre est volée, sans ménagement, aux amérindiens, lesquels ont rejoint le mouvement. Cerise sur le gâteau, la façade maritime de la Guyane contribue à agrandir la Z.E.E., tant vantée par les chauvins.

    Si nous ne connaissons pas encore bien les acteurs de ce mouvement, si certains semblent prendre des postures plus progressistes, d’autres plus réactionnaires. Un travail d’enquête est encore à mener pour discerner les différentes lignes. Cependant, nous ne pouvons que saluer la direction générale que prend ce mouvement, qui rejette fondamentalement la tutelle de la métropole.

    L’ennemi, c’est l’impérialiste français. L’ennemi, l’exploiteur, celui qui vit de leur travail, qui usurpe les infrastructures que les habitants ont construit, qui exploite la forêt, le pas de tir. La France doit partir, doit être chassée !

    L’élection, qui approche, n’a qu’une seule ligne sur laquelle chaque candidat est en accord : l’impérialisme français prévaut !

    L’Etat français envoie ses sbires, ses agents, pour calmer le jeu, pour corrompre, pour acheter. Si cela n’est possible, il viendra détruire. Les manifestants ont refusé de reconnaître la légitimité de la délégation ministérielle.

    Du FN jusqu’au tribun Mélenchon, si avisé d’épingler ses adversaires dans les débats, mais si pressé de se faire complice des impérialistes, en twittant « la Guyane, c’est la France.  » Nous ne doutons pas qu’en d’autres temps, un autre nom de colonie aurait aisément remplacé celui de la Guyane.

    « Nous écoutons leurs malheurs », nous disent les sociaux impérialistes. Mais le plus grand malheur de chaque partie  du globe dominée par les impérialistes, c’est leur présence. Le plus grand coup de poignard qu’il est possible de leur infliger, c’est de faire de la possession de ces terres une chose logique, cohérente, légitime.

     

     

    D’une seule voix, les peuples dominés réclament le départ des occupants.

    Nous joignons nos voix aux leurs, pour leur signifier notre soutien sans faille.

    Halte à l’impérialisme français ! Halte à ses agents !

    Vive la lutte de libération des peuples opprimés !

  • Colonialisme et crime contre l’humanité. 2/2

    Colonialisme et crime contre l’humanité. 2/2

    Partie 1 ici

    Le colonialisme, non seulement, est un crime contre l’humanité, mais également le capitalisme, l’impérialisme et le néo-colonialisme. L’impérialisme français, bien que se drapant dans le mensonge des Lumières, n’en a pas moins été l’un des plus féroce, l’un des plus sauvage, l’un des plus criminel.

    Ces formes de rapports économiques portent en eux, dans leurs gênes même, le crime, la barbarie, la brutalité. Cela, pour une simple raison : car ils se basent avant tout sur l’exploitation. Cette exploitation est ce qui permet à la bourgeoisie -qu’elle fût au stade pré-impérialiste comme néo-colonial- de faire ses profits.

    Or, dans sa recherche du taux de profit maximal, peu de choses peuvent entraver la marche en avant des bourgeois et des bourgeoises. Certainement pas l’éthique, car un marché est un marché, et si ce n’est pas lui -ou elle- qui s’y implante, cela sera son concurrent.

    Lorsque Lénine écrivit L’impérialisme : stade suprême du capitalisme, il avait situé qu’il était à une période charnière. La saturation progressive des marchés nationaux, désormais entre les mains de grands trusts, la baisse tendancielle du taux de profit, tout ceci exigeait un grand bond dans la conquête de nouveaux marchés. Cela s’est fait, non plus comme à l’époque du commerce triangulaire, par le commerce, les comptoirs, l’exportation de marchandises, mais bien par celle des capitaux. Les banques et les groupements industriels se sont partagés le monde. Les armées nationales, à la solde de ces groupes, ont imposé l’ordre colonial. L’accord des populations colonisées n’était pas nécessaire.

    Les obstacles, la bourgeoisie s’en est affranchie à l’aide de la violence. Les réticences et les oppositions sont balayées, quelque soit le moyen employé. Le patron, la patronne, ne s’est jamais embarrassé pour créer des syndicats jaunes, pour faire pression sur les travailleurs et travailleuses, pour menacer, pour intimider, pour faire matraquer dans la métropole. Dans les colonies, cela s’est réglé par la corruption des élites traditionnelles, mais aussi, lorsque cela ne suffisait pas au fouet, à la machette, au fusil, au gaz moutarde.

    Déjà, lorsque les terres sont prises, ce n’est pas une scène poétique. Il n’y a nullement, par la douceur d’un beau matin, de bons sauvages qui sortent de leurs huttes, et qui se tournent soudain vers la mère patrie française. Si les soldats, comme le colonel de Montagnac annoncent que l’objectif est d’« anéantir tout ce qui ne rampera à nos pieds comme des chiens » [tiré du livre noir du colonialisme], où encore « Pour chasser les idées qui m’assiègent, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes. » ; les grands esprits, eux mêmes, ne font pas preuve d’un « humanisme » particulier. Le grand Alexis de Tocqueville, ainsi, en 1841, déclare :«  Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux. », dans le même article, il poursuit: « Je dirai aussi que les grandes expéditions me paraissent de loin en loin nécessaires :

    1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ;

    2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd-el-Kader. »

    Cela n’est nullement éloigné du Kommissarbefehl d’Alfred Jodl, sur la conduite à tenir de l’armée Allemande en URSS pendant la Seconde Guerre mondiale. Rien d’étonnant en cela. Après tout, les Allemands également considéraient leur action vers l’est comme un colonialisme. Dans le même ordre d’idée, le Sanko Sakusen « tue tout, brûle tout, pille tout » des Japonais en Chine, est une illustration de comment un colonisateur anéantit toute résistance. Ce n’est nullement un hasard. Le nazisme n’est ni plus ni moins qu’une application stricte, doublée de croisade antibolchevique, du colonialisme à l’Europe et aux Slaves. Ainsi, en 1950, dans le Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire écrivit: « Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. » Mais aussi « on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme là, on l’a cultivé, on en est responsable »

    Même lorsque l’économie d’une région dominée se développe, lorsque des infrastructures sont construites, lorsqu’est mise en œuvre cette « civilisation » vantée par le colon, routes ; ponts ; canaux d’irrigation ; voies de chemin de fer ; etc. ce n’est pas par grandeur d’âme. C’est la sueur du colonisé qui coula, lorsque ce ne fut pas son sang.

     Au procès de Klaus Barbie, puisque nous évoquons d’ailleurs les crimes contre l’humanité, l’avocat Jean-Martin Mbemba, venu du Congo, s’était d’ailleurs exprimé sur la construction du chemin de fer Congo-Océan, supervisée par la France. 20 000 morts d’épuisement, de coups de fouets, de maladie pour une ligne de 900km de long. Cette ligne, construite par les colonisés pour le colonisateur, mais qui est considérée comme un apport de civilisation : « la colonisation a introduit une modernité par effraction. » Elle l’a surtout introduite par la violence la plus brutale.

    Chaque culture, chaque usine, chaque champ cultivé sous les coups de fouet n’a été qu’au bénéfice du colonisateur. On peut chanter les louanges du progrès économique, mais jamais les colonisés n’en ont bénéficié, si ce n’est par inadvertance.

    Quant aux « dizaines de milliers d’instituteurs, de médecins, de fermiers [qui] ont beaucoup donné à l’Algérie », parmi les rares grandes âmes, venues d’elles-mêmes, souvent pour des motifs d’évangélisation, combien se sont contentées de spolier les terres, d’en chasser les habitants ? La civilisation, la culture du colonisateur, quelle fut-elle, en vérité ?

    Comment ne pas revenir au discours sur le colonialisme, d’Aimé Césaire, lequel écrit : »Il faudrait d’abord étudier comment la civilisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tout ses traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. »

    Nous ne pouvons que conseiller de lire cet ouvrage dans son ensemble, de le méditer, d’y réfléchir, pour comprendre que l’Europe -et au premier rang l’Etat colonialiste Français- a perdu son droit de donner des leçons de civilisation le jour où  ses soldats ont pris pied sur un autre continent.

    La culture ? L’instruction ? Aimé Césaire poursuit: « Sécurité ? Culture ? Juridisme ? En attendant, je regarde et je vois, partout où il y a, face à face, colonisateurs et colonisés, la force, la brutalité, la cruauté, le sadisme, le heurt et, en parodie de la formation culturelle, la fabrication hâtive de quelque milliers de fonctionnaires subalternes, de boys, d’artisans, d’employés de commerce et d’interprètes nécessaires à la bonne marche des affaires. » La culture coloniale est une culture de l’exécution des tâches exigées, une culture de la soumission mêlée de sadisme de caserne. Une culture de camp de la mort.

    « Entre le colonisateur et le colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation et la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrés [la fameuse bourgeoisie compradore], des masses avilies. » Les religions locales écrasées pour imposer celle du colonisé. Leur histoire, souvent orale, ramenée au rang de mythe et de légende, tandis que le « roman national » devenait la norme. Une culture écrasée dans une tempête de flamme, pour que ne reste que ce qui peut intéresser le colonisateur : la chair du travailleur.

    C’est un des aspects qui rendent l’impérialisme pourrissant et déliquescent. D’une part, se gavant de superprofits, les bourgeoisies n’investissent que peu, restent sur « la tonte des coupons ». Le monopole égale le pourrissement. C’est là une ironie suprême : les richesses accumulées par les impérialistes ont plus contribué à ralentir le développement économique de la métropole, à maintenir une grande part de la population dans l’agriculture jusque dans l’après guerre.  

    Lénine a plus que raison de qualifier ce stade de pourrissant. Dans leur recherche du profit maximal, les capitalistes ont fini par creuser leur tombe. Le besoin d’une main d’œuvre plus formée, d’élites locales, a entrainé l’apparition, là aussi, d’un prolétariat conscient de son rôle. Il a également donné naissance à une bourgeoisie nationale, hostile à la présence du colonisateur. En investissant pour développer ces régions, le colonisateur leur a donné les clés de leur libération. En supplément, celui-ci leur a appris la guerre.

    Cette chair du travailleur s’est parfois muée en chair à canon, bien utile également, pour libérer la « patrie », occupée par le miroir Européen du colonialisme : le nazisme. L’ironie de l’histoire se joue en partie ici, car ces combattants aguerris formèrent les cadres, l’ossature, du dispositif militaire qui brisa celui des colonialistes.

    Pour gagner la liberté, pour gagner ce simple droit d’être libre, d’être une nation souveraine et indépendante, bien des sacrifices ont été faits. Les guerres d’Indochine, du Viêt-Nam, tout comme la guerre d’Algérie, pour ne citer qu’elles, ont combiné les formes les plus atroces de conflit. Les armées occidentales, coloniales, n’ont reculé devant aucun moyen, aucune torture, pour tenter de faire plier les combattants.

    En Indochine, cela s’est traduit par un demi-million de morts dans les rangs des forces de la Liberté. Un autre demi-million de blessés, de mutilés.  Celle d’Algérie, entre 250 et 400 000 morts, certaines sources allant jusqu’à évoquer un million. Des villages rasés, des hommes, des femmes, des enfants écrasés sous les bombes, brûlés au napalm, torturés et déportés. Mais une défaite totale.

    Est-ce à cause d’une méchanceté maladive, d’une pathologie terrible qui ronge tout sens moral, que cela arrive ? Même pas. Cela pourrait donner une excuse. Mais la raison est ultimement cynique : ce n’est que la logique capitaliste.

    La bourgeoisie s’est simplement penchée sur ses intérêts, et a considéré que cela était la manière la plus efficace de les défendre.

    Dominer un espace, c’est en faire un marché de monopole pour les manufactures de son Etat. Dominer un espace, s’est s’accaparer intégralement ses matières premières, c’est s’en assurer l’accès sans concurrence et librement.  C’est également se doter de la possibilité de pouvoir créer cet échange inégal qui rapporte tant à une poignée de grands bourgeois, bouffis de la graisse de leurs superprofits.

    Même malgré les indépendances formelles des Etats, le lien néocolonial poursuit cette logique. Ces Areva, ces Total, ces marchands d’armes qui sont autant de barbares avides de gros sous. Tout cela accompagné des éternels soldats coloniaux, pilleurs, violeurs, engoncés dans leur racisme savamment dosé. Cette « mission civilisatrice » se poursuit.

    Cette mainmise, toujours présente dans les Etats dominés africains, mais également dans les territoires toujours colonisés, toujours accaparés par un Etat Français colonial. Ces « joyaux » défendus par Mélenchon, cette présence sur tous les océans, vantés comme une grandeur. Grandeur bâtie sur le sang.

    Cette culture qui dégouline dans la métropole, pour se mêler à la culture policière, aux troupes de terreur envoyées dans les banlieues et les quartiers pauvres, nourries à la même imagerie de croisés hérauts de la « civilisation. »

    Nous souhaitons la défaite la plus totale de notre impérialisme, et considérons qu’entraver chacune de ses actions est une de nos tâches les plus brûlantes. Nous n’accorderons aucun soutien politique, aucun vote aux promoteurs de l’impérialisme français.

    Nous, communistes, nous condamnons, en « pesant nos mots », le crime contre l’humanité du colonialisme. Nous condamnons le néo-colonialisme tout comme l’impérialisme.

    Nous nous réclamons de l’application stricte du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à s’ériger en nation, y compris sur le territoire métropolitain. De même, nous revendiquons le droit à la libre séparation et la libre association entre les nations.

    Nous voulons un procès de Nuremberg de la colonisation. Les bouchers de la colonisation n’ont pas leur place sur les plaques de nos rues. Nous devons reconnaître une bonne fois pour toute la nature criminelle de l’entreprise coloniale.

    A bas le capitalisme, à bas l’impérialisme !

    Vive le communisme !

  • Colonialisme et crime contre l’humanité. 1/2

    Colonialisme et crime contre l’humanité. 1/2

    La colonisation est un crime contre l’humanité.

    Ces derniers temps, les propos sur la colonisation du candidat libéral, Emmanuel Macron, ont déclenché une levée de bouclier. En effet, devant la télévision Algérienne, celui-ci a déclaré que « la colonisation est un crime contre l’humanité. »

    Immense tollé à droite, silence gêné à gauche.

    D’un côté François Fillon, adepte du Roman National, riposta immédiatement, vociférant que « cette détestation de notre histoire » disqualifiait Emmanuel Macron comme un candidat valable. Lors d’un déplacement à Toulon, se sont les anciens combattants et les pieds noirs qui s’en sont pris à lui, pour le menacer et l’insulter sous le regard placide de la police. « Y a-t-il quelque chose de plus grave, quand on veut être président de la République, que d’aller à l’étranger pour accuser le pays que l’on veut diriger de crime contre l’humanité ? », s’est ainsi exprimée, quant à elle, la candidate frontiste. « Il n’y a rien de plus grave. » A-t-elle martelé. « C’est la justification utilisée par les voyous de banlieue pour agir, lutter, combattre contre la France et tout ce qui représente la France et notamment, évidemment, nos forces de l’ordre », a-t-elle ajouté. « Nous, la France, nous l’aimons d’une manière inconditionnelle. »

    Difficile, lorsqu’une perche aussi belle est tendue, de ne pas s’en saisir. L’inconditionnel amour de la France, après tout, n’a-t-il pas emmené les camarades des fondateurs de ce parti à la défendre, dans les décombres d’un Berlin assiégé par l’Armée Rouge ? Nous connaissons le sens de cet amour inconditionnel, toxique, révisionniste et criminel. Mais soit, qu’avons-nous à attendre d’individus de ce genre? Qu’avons-nous à attendre d’individus et d’organisations dont la compréhension du monde qui les entourent ne dépasse pas celle d’un Lavisse, qui, au XIXe siècle, déclarait « Tu dois aimer la France, parce que la Nature l’a faite belle, et parce que l’Histoire l’a faite grande. » Laissons-les vivre dans le roman national, dans leurs mythes et leurs inventions. Qu’ils polissent encore leurs dagues SS en criant leur amour à Jeanne d’Arc.

    De l’autre côté d’une barrière bien amoindrie, nous supposions que l’expression politique prendrait un tour intéressant. Face à une déclaration aussi percutante, nous pourrions nous attendre à une surenchère de la part des candidats de la gauche. Nous pourrions nous attendre à ce que les Hamon et Mélenchon rivalisent d’excuses et de condamnation envers les pages les plus criminelles de l’Histoire de France. Or, ce ne fut pas le cas. Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont déclaré qu’il n’était pas possible de parler de « crime contre l’humanité. »

    L’excuse du candidat PS est la suivante : « Parce que cela veut donc dire que l’on envisage qu’une cour pénale internationale puisse juger des Français pour crime contre l’humanité d’une part, et d’autre part que nous hissons cette blessure-là au niveau de la Shoah, du génocide rwandais, du génocide arménien. Je ne veux pas rentrer dans une forme de concurrence mémorielle. » Belle esquive. Belle manière de ne pas poser la question du caractère criminel de l’impérialisme français. Difficile, là aussi, de s’attendre à autre chose, de la part du membre d’un parti, qui reste un des grands acteurs de la Françafrique.

    Celle de Mélenchon ne manque pas de saveur ; pour un peu, elle aurait l’apparence d’une définition de dictionnaire du terme « néant. » Incapable, comme souvent avec les trotskistes, de prendre position, le candidat de la France Insoumise s’est borné à déclarer « qu’un Français doit peser ses mots quand il parle de l’Algérie », « Nous condamnons tous la colonisation. C’est un sujet très douloureux, on ne doit pas dire de bêtises, il faut peser ses mots ». Or, déclarer ceci, qu’est-ce si ce n’est ne rien déclarer ?  « La colonisation est un fait qui doit concerner les historiens », voilà bien comment ne rien en dire. « Sur les sujets centraux de l’histoire de France, Emmanuel Macron devrait beaucoup réfléchir » et s’exprimer « avec beaucoup de délicatesse ». Inviter à la délicatesse, mais ne pas prendre de position, voilà une entourloupe typique de cette engeance centriste, incapable de prise de position.

    Pourtant, le record dans l’aveuglement est décerné à Emmanuelle Cosse, de EELV. Celle-ci a indiqué qu’elle «n’utiliserait pas le terme de crime contre l’humanité», elle estime toutefois que «la colonisation fait partie des erreurs» de l’Etat français. C’est donc « une erreur», le fait d’avoir sciemment orchestré la domination, l’asservissement, la surexploitation d’une large partie du Monde. Un ridicule achevé. Une erreur est une condamnation d’un innocent. Une erreur est une manœuvre catastrophique. Une erreur est une mécompréhension tragique. La colonisation n’est pas une bourde, elle fut un système cohérent.

    Tempête dans un verre d’eau, pourtant, tant les propos d’Emmanuel Macron furent nuancés. Véritable professionnel du double-face, il fut capable tant de parler de crime contre l’humanité que d’y trouver des aspects positifs.

    Ainsi, dire «La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. » est une position que nous ne saurions critiquer. Mais le fait de tenir la rhétorique suivante: « Alors oui, en Algérie il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un Etat, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie. » apporte un autre regard.

    Devant les pieds noirs et les anciens combattants, le candidat de « En Marche ! » à ainsi nuancé : « Mes propos n’étaient pas destinés contre vous, en rien. C’était simplement reconnaître une responsabilité de l’Etat français, et nous ne devons pas nous dérober. » A la lecture de ceci, il serait difficile de ne pas opiner -quelque peu- du chef, et d’accorder que ceci n’est pas intégralement faux. Mais la vision nuancée de l’ex-ministre ne s’arrête pas là : « la colonisation a introduit une modernité par effraction »; « des dizaines de milliers d’instituteurs, de médecins, de fermiers ont beaucoup donné à l’Algérie ». En revanche, c’est notre interlocuteur qui, là, par effraction, tente de faire voir le colonisateur sous un beau jour. Nous allons y revenir.

    Nous savons rendre à César ce qui revient à César. Les libéraux, comme Macron, n’ont généralement pas été des soutiens farouches de la colonisation. Cette forme d’économie protectionniste rentrait en contradiction avec leurs conceptions économiques. Possible qu’ils soient également humainement choqués par les crimes commis lors de ces années de répression et de surexploitation.

    Il n’est pas rare d’entendre ou de lire certains de ces libéraux s’offusquer des propos réactionnaires, sexistes, racistes. Ainsi Laurence Parisot, ex-présidente du MEDEF, s’était emportée contre Eric Zemmour, que cela soit par rapport au sexisme du chroniqueur, tout comme à son racisme ouvert.

    Il n’est pas impossible qu’Emmanuel Macron ne soit pas empreint d’un « amour intégral » à l’idée d’un pays torturant et massacrant allégrement les « indigènes ».  Cela dit, ce qu’il s’abstient de dire, ce que s’abstient de dire chacun des candidats qui font mine de cracher sur la colonisation, c’est une chose terrible. Simple, mais terrible. C’est qu’elle fut une chose logique et cohérente.

    La colonisation française n’est pas fille d’une mission divine, d’un « accident de parcours », elle est le fruit d’une logique.

    L’Impérialisme français, ce terme que se refusent à employer chacun des candidats, de Jean-Luc Mélenchon le chauvin à Le Pen la fasciste, est la racine même de l’explication de tous ces crimes. (La suite ici)