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  • 269 Libération Animale : Nous ne voulons pas d’un monde construit sur les cadavres des opprimé.e.s

    269 Libération Animale : Nous ne voulons pas d’un monde construit sur les cadavres des opprimé.e.s

    Nous partageons le communiqué de 269 Libération animale en solidarité au peuple palestinien. L’association antispéciste a mené plusieurs actions pour les animaux au cours de ces dernières années, malgré la répression intense. Actuellement ses militantes traversent avec ténacité une épreuve difficile, la confrontation avec la violence misogyne de l’ancien cofondateur. Nous leur apportons tout notre soutien.

    Nous ne voulons pas d’un monde construit sur les cadavres des opprimé.e.s :

    Communiqué de 269 Libération animale en solidarité au peuple palestinien

    « Je ne me souviens pas de mon enfance sans soldats, leurs bottes, leurs armes, la couleur kaki de leurs uniformes »,
    (Asmaa Alghoul, féministe gazaouie, L’Insoumise de Gaza.)

    Un nettoyage ethnique a cours sous nos yeux. Ne pas le dire c’est y prendre part, et l’indifférence du milieu antispéciste – ou du moins de ses associations les plus connues – nous interpelle autant qu’il nous révolte.

    Parce que « les animaux avec nous, nous avec les animaux » comme l’écrit Kaoutar Harchi, est la vision que porte 269 Libération Animale depuis toujours, nous ne pouvons rester silencieux.ses face au massacre du peuple palestinien et la répression qui s’abat sur les camarades qui expriment leur solidarité.

    Cela nous concerne. Et nous concerne en tant que miltant.e.s engagé.e.s dans un combat contre l’exploitation animale. C’est pourquoi face aux crimes coloniaux d’Israël, les antispécistes ne peuvent rester silencieux.ses.

    Depuis 2 semaines, le gouvernement israélien a décidé le siège complet de Gaza : pas d’eau, pas de nourriture, pas d’électricité ni de médicaments.

    Le bombardement ininterrompu auquel est soumis la bande de Gaza, le territoire le plus densément peuplé du monde, a causé la mort de plus de 3875 palestiniens et palestiniennes, dont plus de 1500 enfants, détruit un grand nombre d’infrastructures nécessaires à la vie et blessé plus de 13500 personnes.

    Les déclarations des dirigeants israéliens ont des tonalités nettement génocidaires : Yoav Galant, le ministre israélien de la Guerre, a déclaré que les palestiniens étaient des animaux, et le président israélien Isaac Herzog, a rendu responsable toute la nation palestinienne pour les crimes du Hamas, estimant que la population civile de Gaza était consciente et impliquée dans les attaques du 7 octobre. L’ordre d’évacuation donné par l’armée israélienne, fait craindre à la population palestinienne une seconde Nakba et l’ONU ainsi que de nombreuses organisations de défense des droits humains alertent sur le risque d’un nettoyage ethnique.

    Israël cherche à justifier ce projet mortifère par les nombreux meurtres perpétrés par le Hamas, des meurtres que nous condamnons. Les centaines de vies israéliennes arrachées nous meurtrissent aussi et méritent notre compassion.

    Il s’agit donc de parler droit, à l’instar de Rima Hassan, fondatrice franco-palestinienne de l’Observatoire des camps de réfugiés : « Que ça soit clair, il est moralement inacceptable de se réjouir de la mort de civils ». Et de préciser : « Le faire c’est oublier les principes qui nous engagent dans la perspective d’une paix qui doit nous sauver ».

    On ne saurait, tant s’en faut, réduire la question palestinienne à celle du Hamas.

    Le point central, c’est l’occupation. C’est l’apartheid qui ne cesse de progresser en Cisjordanie, accompagné par les meurtres de palestiniens par l’armée ou les colons. C’est, depuis 1948, la spoliation sans fin du peuple palestinien, expulsé de ses terres et parqués dans des camps de réfugiés. C’est, depuis 16 ans, l’ignoble blocus sur Gaza.

    La souffrance des palestinien.ne.s est invisible depuis des décennies. Car avant le 7 octobre, le « calme » semblait régner, puisque les israéliens vivaient apparemment en paix, et la violence quotidienne que subissaient les palestinien.nes était noyée dans une profonde apathie. Quand elles et ils manifestaient pacifiquement pour leurs droits, comme lors de la « Marche du retour » de 2018-2019 le long de la clôture de Gaza, les snipers de l’armée israélienne les abattaient et les mutilaient dans l’indifférence générale.

    Alors il faut le redire : les crimes odieux du Hamas ne peuvent en aucun cas justifier le génocide du peuple palestinien et rien ne doit nous faire oublier que c’est bien la situation coloniale en Palestine et l’apartheid qui dure depuis 75 ans qui est à la racine de toute cette violence.

    Aux quatre coins du monde les rues se dressent contre le massacre du peuple palestinien en cours ; pourtant, en France, on doit marcher en rang avec les massacreurs puisque se trouve interdite toute expression de solidarité avec le peuple palestinien. Les rassemblements ont été interdits, les étrangers menacés de se voir retirer leur tire de séjour, des amendes ont été distribués pour le simple port d’un keffieh et de nombreuses organisations ont été poursuivies pour apologie du terrorisme.

    Comment pouvons-nous tolérer que tout soutien au peuple palestinien soit désormais assimilé à un soutien au terrorisme, ce qui interdit toute mobilisation pour faire cesser les crimes et l’injustice ?

    Comment pouvons-nous tolérer le soutien des puissances occidentales au « droit d’Israël à se défendre », donnant ainsi feu vert à un véritable massacre ?

    Prétextant se soucier de la sécurité des civils israéliens, certaines voix en France réclament qu’on taise les injustices et l’hécatombe subies par les Palestiniens, qu’on criminalise leur dénonciation.

    Nous affirmons au contraire que le chemin le plus court vers la sécurité des israéliens passe par la reconnaissance des droits des palestiniens. Seule la fin de l’occupation et de la colonisation peut assurer la sécurité pour tou.te.s.

    Dans cette offensive idéologique, l’amalgame qui est fait entre critique du projet colonial israélien et antisémitisme nous terrifie car nous sommes convaincu.e.s avec Joseph Andras que « l’antisémitisme est une triple trahison : de la cause humaine, palestinienne et révolutionnaire. ».

    Devant la gravité de cette situation, le silence des organisations animalistes est assourdissant. L’ensemble des militant.e.s qui œuvrent pour un monde plus juste ont su prendre position : les camarades syndicalistes comme Jean-Paul Delescaut, secrétaire départemental CGT du Nord, placé en garde à vue pour un tract de soutien au peuple palestinien, les militantEs antiracistes, féministes, antifascistes jusqu’à Greta Thunberg, toutes et tous ont exprimé leur solidarité.

    Car elles et ils ont compris que si toute solidarité avec le peuple palestinien peut être taxée de terrorisme, leurs luttes peuvent l’être aussi, comme le seront et le sont déjà parfois les luttes de libération animale.

    Elles et ils ont aussi compris que tant qu’existera l’injustice infligée au peuple palestinien par la colonisation israélienne, aucun principe et aucune lutte ne pourra obtenir gain de cause.

    À quoi sert de se battre pour obtenir que le droit reconnaisse les autres animaux comme des personnes si on peut bafouer dans l’impunité la plus totale l’ensemble des droits humains ?

    Si le mouvement animaliste s’enlise dans un horizon individualiste cantonné au « changer de mode de vie », c’est bien « changer le monde » qui nous préoccupe. Ce monde que nous partageons avec les animaux.

    Et dans cette perspective, nous devons marteler que la lutte antispéciste n’est pas à part, qu’elle est traversée par ce qui arrive dans le monde et porte un projet politique qui est celui du refus du colonialisme, de l’impérialisme, de l’oppression, pour tou.te.s les individu.e.s de toutes espèces.

    Comme le disait Louise Michel : « c’est que tout va ensemble » et les animaux de Palestine paient évidemment aussi le prix de ce massacre, malgré les efforts et l’incroyable courage des organisations comme la PALESTINIAN ANIMAL LEAGUE à laquelle nous apportons tout notre soutien.

    Les organisations animalistes se replient sur leur propre introversion et pensent qu’éviter le positionnement et le clivage leur permettra d’élargir leur audience.

    Elles n’ont pas compris, au stade infantile de développement qu’est le leur, que c’est par le clivage et les positionnements du côté de la justice que l’on gagne la possibilité de devenir majoritaires.

    La question animale n’existe pas parallèlement à notre société, elle porte en elle une critique révolutionnaire de celle-ci et le mouvement ne peut pas vivre en vase clos.

    En défendant les animaux, nous faisons aussi trembler les cachots pour toutes celles et ceux qui ne sont pas censé.e.s survivre dans ce monde !

    Les systèmes de domination ont construit des catégories sociales de corps « tuables », de corps illégitimes.

    Alors notre travail militant consiste à remettre en cause, tant théoriquement que concrètement, ces systèmes qui trient entre les vies qui comptent et celles qui ne comptent pas ; entre les corps qui ont le droit d’être protégés, réchauffés, soignés et ceux qui sont exposés aux coups, à la mort, au déni.

    La lutte antispéciste implique de lutter contre toutes les oppressions et il est de notre devoir politique d’inscrire notre combat en solidarité avec les luttes contre l’impérialisme, le colonialisme, la ségrégation raciale et l’apartheid.

    269 Libération Animale tient à réaffirmer sa solidarité avec le peuple palestinien, son opposition à toutes les entreprises coloniales et son soutien à la lutte des peuples pour leur autodétermination.

    Nous appelons l’ensemble des militant.e.s antispécistes à se joindre à la mobilisation contre le génocide palestinien et à boycotter les produits israéliens et les entreprises qui participent à la spoliation du peuple palestinien, conformément à la campagne BDS.

    La lutte du peuple palestinien est notre espoir, leur libération sera notre libération.

    « La société israélienne se sentira dans l’obligation de changer de paradigme à partir du moment où les moyens par lesquels elle se maintient dans sa position de supériorité ne seront plus en place. Lorsque les Israéliens ne pourront plus se regarder en face lorsqu’ils voyagent, lorsque le monde leur renverra d’une manière suffisamment forte au visage l’horreur de l’entreprise sioniste, ils se résigneront, peu à peu, à renoncer à leurs privilèges, comme les Blancs de l’Afrique du Sud l’ont fait. »
    Eyal Sivan
  • « Jeningrad » de nouveau dévastée

    Ils sont partis après avoir tout détruit. Jénine, vingt ans après la dernière opération israélienne, doit à nouveau panser ses plaies et pleurer ses morts. Le tout pour un résultat nul.

    Jénine est une ville du nord de la Cisjordanie. Elle a été longtemps le bastion des brigades des martyrs d’Al-Aqsa, la branche armée du Fatah. La ville est, depuis 2002, dans le collimateur des forces de sécurité israéliennes, qui la considèrent comme une « pépinière de terroristes ». Tsahal y a mené plusieurs opérations militaires brutales, faisant le siège de la ville (ce qui est considéré comme un crime de guerre en soi), coupant l’accès à l’eau, à la nourriture et à l’électricité. Le camp de réfugiés, cible centrale de l’opération, a été rasé. Elle y a gagné le surnom de « Jeningrad ».

    La ville vit, par la suite, dans les replis de la « barrière de séparation » et échappe aux combats pendant vingt ans.

    En janvier 2023, Tsahal mène un raid tuant 9 personnes dans le camp de réfugiés, suivi d’un second le 6 mars qui en tue 6. Le 19 juin, une nouvelle attaque frappe le camp, causant 6 morts et 91 blessés. Israël empêche l’arrivée des secours, allant jusqu’à percuter une ambulance avec un blindé. Trois jours après, un drone strike tue trois nouvelles personnes. Enfin, le 2 juillet, une attaque de grande envergure est menée, tuant 10 personnes et en blessant plus d’une centaine. Un soldat israélien est tué. Des drones ont frappé le camp, tandis qu’une opération d’infanterie mécanisée a pris le contrôle du camp. L’attaque se traduit par des destructions importantes des installations civiles, de nombreuses familles perdent à nouveau toutes leurs possessions et se retrouvent sans abri et sans ressource.

    Les résultats escomptés, éliminer les combattants de la résistance à la colonisation, est un échec total. Le bataillon de Jénine a discrètement évacué au début de l’attaque, et la population a fait bloc autour de ceux qui sont restés. Pour le journal israélien The Times of Israël, c’est le signe que la stratégie actuelle ne marche pas. Cependant, empêtré dans ses propres contradictions, l’État hébreux est incapable d’en produire une nouvelle.

    La transformation d’Israël

    Israël s’est longtemps auto-perçu comme un État démocratique avancé, inspiré par les intellectuels sionistes de gauche. Cependant, ces tendances se sont systématiquement confrontées à une réalité déplaisante : l’État israélien a été bâti sur l’expulsion des habitants de Palestine. Ces derniers ont interprété l’arrivée massive des Juifs d’Europe — qui fuyaient les persécutions et la mort — comme une colonisation occidentale supplémentaire et ont lutté contre-elle. Ce long affrontement, accentué par la colonisation de la Cisjordanie, a favorisé une nouvelle hégémonie politique, autour de l’extrême-droite. Celle-ci porte une lecture clairement ethno-nationaliste de ce que doit être Israël. Bezalel Smotrich, ministre des Finances, issu du parti Union nationale, nie ainsi l’existence des Palestiniens.

    Cette tendance a été largement dénoncée depuis l’intérieur même de l’État, notamment par des intellectuels comme Zeev Sternhell. Celui-ci déclarait que tant que le colonialisme existera, Israël ne pourra être en paix avec ses voisins. Tant qu’il ne pourra pas être en paix, il existera la tentation politique de la solution hobbesienne : un État a-démocratique, militarisé. La réforme de la justice, qui a fait battre le pavé à plus d’un habitant sur 10, illustre ce glissement. Benyamin Netanyahou joue son va-tout : accusé de corruption, soit il se maintient en poste, soit il connaît la prise. Il appuie encore davantage les tendances les plus réactionnaires et les plus racistes du pays pour faire bloc.

    Netanyahou a annoncé un nouveau programme de construction de colonies, tandis que ses alliés veulent purement et simplement annexer la Cisjordanie et en expulser la population. En continuant cette politique d’ingénierie ethnique de la région, Israël ne fait pourtant que rendre impossible tout processus de paix.

    De l’avant-garde à Sparte

    La situation d’Israël et son attitude envers ses voisins ne peut que susciter l’inquiétude, la méfiance et la colère. L’État avait engrangé un certain nombre de succès diplomatiques au travers des Accords d’Abraham. Donald Trump avait réussi à normaliser les relations entre l’État hébreux, les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn, puis avec le Soudan et le Maroc. MBS, prince héritier des Saoud, avait également réalisé des ouvertures. Mais depuis, le vent tourne. Les populations des états signataires ont montré leur attachement à la cause palestinienne durant la coupe du monde et leurs gouvernements se méfient de la trajectoire israélienne. De plus, la réconciliation entre l’Iran et l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine, a changé la géométrie des relations entre Israël et son environnement géopolitique. Le côté fort du triangle, qui était à l’origine le consensus avec les Saoud sur l’Iran s’effrite rapidement.

    Obligé de revoir sa position, le pays s’est rapproché de la Russie, à tel point que l’Ukraine lui a fait des reproches publics sur ses ventes de matériels. Cette attitude rompt avec plus d’un demi-siècle d’alignement total sur l’Occident. Israël se sent dépassé par les changements et est pris dans la vague de désoccidentalisation du monde. La confortable place de bastion de l’Occident et de la démocratie libérale se transforme en kessel, en encerclement. Cette place fait naître une mentalité de camp retranché.

    L’avenir de la Palestine paraît bien sinistre

    L’Autorité Palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas, est en perte de légitimité. Elle est perçue comme un médiateur chargé de faire accepter l’écrasement de la Palestine, et nullement comme une force politique crédible. Elle est d’autant plus fragile que l’annulation des élections a suscité la colère des Palestiniens et Palestiniennes. Anticipant une victoire du Hamas, il a choisi de botter en touche. Si cela lui a permis de se maintenir en poste, son attitude a consacré la séparation politique entre Cisjordanie et Gaza, désormais gouvernées par des entités politiques distinctes. La constitution d’un État Palestinien paraît plus éloignée que jamais. Or, la solution à un seul État se heurte à la domination écrasante des thèses ethno-nationalistes en Israël : un seul État serait un apartheid total.

    Cette délégitimation joue un rôle dans les actions menées par des Palestiniens contre l’occupant : ce ne sont plus des actions politiques organisées et structurées, mais des actes individuels de désespoir. L’intifada des couteaux et, récemment, l’attaque à la voiture bélier ne sont pas des actions militantes traditionnelle. Les Palestiniens qui les réalisent sont souvent des jeunes loin de toute structuration politique, ce qui complique énormément la tâche des services de renseignement — et nourrit un climat de siège. Israël blâme l’Autorité Palestinienne, oubliant qu’elle a tout fait pour la vider de son sens et de son contenu.

    La Palestine, cause dont l’influence en Europe n’a eu de cesse de diminuer au profit de la Syrie, des Ouïghours et de l’Ukraine, continue de mourir à petit feu. L’archipel Palestinien se fragmente toujours davantage, tandis qu’Israël se dépouille de ses apparences démocratiques.