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  • La nuit tombe sur la France.

    La nuit tombe sur la France.

    La nuit tombe sur la France.

    Macron est un missile a usage unique, conçu pour frapper de plein fouet la protection sociale et le niveau de vie des travailleurs et des travailleuses. Pour le moment, il est impossible de nier qu’il remplit parfaitement sa mission.

    Seulement, toute régression économique a un impact sur la société. Une société plus précaire, plus pauvre, écrasée de taxes et d’impôts, est une société fatalement plus explosive. La baisse du niveau de vie se traduit donc également par une attaque contre les droits politiques.

    Le mouvement des Gilets Jaunes a été une explosion, un embrasement général. Il a effrayé le pouvoir politique, qui n’a pu faire autrement que choisir la voie de la répression pour le faire taire, pour lui ôter toute parole, pour l’enfermer.

    La lutte ne s’éteint pas, la colère se mue en une rage profonde. Les croyances dans la démocratie bourgeoises, dans le respect des droits de l’Homme, dans le respect des libertés « inaliénables » sont balayées. La publicité présentée à l’école sur la France comme pays des Libertés s’est décomposée. La lutte des Gilets Jaunes est en train de donner naissance à une nouvelle étape ans la vie politique du pays. Elle sera marquée par la défiance envers la police, envers les institutions, envers l’Etat.

    Faute de pouvoir calmer les choses, à l’heure actuelle, le gouvernement veut imposer une mise au pas de la société. Les projets se succèdent et ne peuvent que susciter l’inquiétude. Le sentiment général est que la nuit tombe, sombre et sinistre. La répression à déjà été massive. Des centaines de personnes encourent des peines de prison tandis que des milliers sont sous contrôle judiciaire. Mais cela n’est toujours pas assez !

    La loi contre les manifestations.

    Nous avons communiqué déjà sur la loi dite « anti-casseurs ». Nous invitons à consulter ce document ici.  Ce qui est à retenir, fondamentalement, est que celle-ci poursuit une politique d’état d’urgence permanent. Elle permet d’utiliser l’administration pour réprimer, tout en contournant le judiciaire. Si la séparation des pouvoirs est nettement plus un mythe qu’une réalité, le fait que les lettres de cachet soient de retour représente néanmoins une aggravation considérable de la situation.

    D’expérience, les attaques de ce type, présentées comme s’attaquant à une menace précise, deviennent rapidement des moyens opératoires contre toutes et tous. Le fichage proposé par l’article 3 de la loi sera probablement utilisé pour créer des dossiers d’opposants.

    Quant à l’interdiction de se masquer, elle revient à exiger que les manifestants doivent s’exposer en toute vulnérabilité en face de tireurs qui agissent en toute impunité. Cette loi ne peut être interprétée autrement que comme une loi de terreur contre les manifestations présentes et à venir.

    La loi sur la presse.

    Macron souhaite également mettre au pas la presse. La presse est déjà, en France, largement sous la coupe d’immense monopoles et cartels dépendant directement de la grande bourgeoisie. Seul échappent certains journaux indépendants, dont la situation financière n’est pas toujours très brillante ou qui sont des officines réactionnaires financées par l’argent d’autres Etats.

    Malgré cet étranglement, cela ne suffit pas. L’affaire Benalla, dont les rebondissements ahurissants ont été répercutés par les médias, a été particulièrement mal vécue par le gouvernement. Les révélations de Médiapart ont même déclenché une telle ire au sein des cercles du pouvoir que ceux-ci ont saisi la justice et demandé des perquisitions.

    L’anonymat des sources journalistiques, une des composantes importante de sa capacité à pouvoir mener des enquêtes, est depuis longtemps dans le collimateur des gouvernements successifs. L’arguement, une nouvelle fois, est celui de la lutte anti-terroriste, mais dans les faits, celui de la dénonciation des turpitudes des dirigeants et la grande bourgeoisie est également dans le viseur.

    Au sein du Grand Débat, Macron a démontré que sa conception de l’enquête et de la vérité était de coller le plus possible aux intérêts du grand patronat. En Guadeloupe, son attitude par rapport aux plaintes du fait des dégâts liés à l’usage de chlordécone est démonstrative. Il a imposé sa vérité face aux récriminations des médecins. Les Gilets Jaunes ont pu être écoutés et entendus avec un poids égal aux experts et aux ministres. Cette démocratisation de l’information et du débat répugne profondément notre président aux accents de plus en plus royalistes. Cette hérésie lui paraît si néfaste qu’il veut laver l’affront et empêcher qu’il se reproduise.

    A quoi s’attendre alors avec la presse ? Certes les fake news ont pris une ampleur démesurée, capable de pouvoir semer l’intoxication dans les esprits, mais quid des « vérités » gouvernementales ? Le fait qu’il y ait un contrôle étatique sur la notion de vérité informationnelle avait déjà été dénoncée comme une menace gravissime par le passé.

    Là Macron voudrait « renationaliser les journaux » selon la formulation employée par « le Point ». Cette renationalisation, qui pourrait réjouir certains réformistes démasque au contraire le caractère de classe de l’Etat. Cette prétendue nationalisation est justifiée ainsi : « Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’État doit financer. Le bien public, ce n’est pas le caméraman de France 3. Le bien public, c’est l’information sur BFM, sur LCI, sur TF1, et partout. Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. Cette rémunération doit être dénuée de tout intérêt. Mais quelque part, cela doit aussi venir de la profession. » En somme le gouvernement paierait des journalistes « mouchards » chargés de contrôler l’information pour qu’elle soit « neutre » et « vérifiée ».

     « Prenant conscience de la sagesse infinie de notre infaillible Jupiter, les journaux décideront spontanément de lui confier la détermination de la vérité via un système financé par lui, et ce, pour le plus grand bonheur du peuple » ironise ainsi Le Point.

    La lutte contre les fake news sert, comme dans celle contre les « casseurs » à justifier un contrôle a priori sur la société et à limiter la possibilité d’expression politique de la part des masses.

    Nous dénonçons cette tentation ultra-réactionnaire !

    Le référendum ?

    Macron a annoncé que le Grand débat serait clôturé par un référendum qui synthétisera les positions majoritaires. Ce référendum est censé sonner le glas du mouvement des Gilets Jaunes et faire taire définitivement la contestation de son programme. Il représente une arme immense qui peut modifier jusqu’à la constitution. Ce qu’un référendum fait, seul un autre peur le défaire.

    Cette proposition n’est qu’une diversion de plus. Un simple coup d’œil au contenu du Grand Débat donne le ton. Tout est mis en œuvre pour surfer sur la colère et les revendications légitimes des Gilets Jaunes pour nourrir et appuyer la politique d’anéantissement des droits sociaux de Macron.

    Ainsi, les questions posées dans le Débat sont dignes de celles que poserait un démarcheur commercial, enfermant le participant ou la participante dans des faux choix qui, in fine, sont des soutiens à la politique de prise d’assaut des droits sociaux et politiques. En réalité ce Grand Débat est un choix entre peste et choléra.

    Macron et la classe sociale qu’il sert, ce cartel de grands bourgeois, ne sont pas stupides. Au contraire, ils sont particulièrement retors et cyniques. Ils sont capables de prendre toute revendication progressiste et de la retourner complètement pour en faire une arme contre ceux qui souffrent.

    « Vous voulez que les producteurs soient payés plus ? – Élevons les prix tout en protégeant les bénéfices des grandes surfaces ! »

    « Vous voulez plus d’écologie ? – Vous paierez des taxes injustes pour que Total continue d’engraisser ses actionnaires ! »

    « Vous n’êtes pas content ? Il faut savoir ce que vous voulez ! »

    Qui sait quelle question tordue et perverse sera posée lors de ce référendum.Une question comme « voulez-vous une administration plus efficace ? » peut se traduire n’importe comment. « Voulez-vous réduire le nombre d’élus » peut servir de prétexte à concentrer tous les pouvoirs dans les mains d’un seul parti.

    Même répondre « non » est une arme. « Vous ne voulez plus de cette revendication ? De quoi vous plaignez-vous alors ? »

    Mais quand bien même quelque chose de positif pourrait sortir de cela, la décision serait enterrée, tout comme l’a été le « non » à la Constitution Européenne en 2005. Voilà à quoi ressemble leur conception de la démocratie !

    Ce référendum tomberait le même jour que les élections européennes.

    Ce choix est étrange. Il est fort possible que, malgré les sondages, LREM subisse une cinglante défaite lors de ce scrutin, étant donné le désaveu de la politique menée par Macron – Philippe – Castaner. Mais le référendum éclipserait tout. Si Macron pose sa question d’une manière intelligente, non seulement il pourrait laver l’affront de la défaite de son organisation, mais également il pourrait transformer cela en véritable victoire structurelle.

    Etant donné la conjoncture actuelle, nous pensons qu’il nous faut agir avec la plus grande méfiance vis-à-vis de cette manœuvre. En temps normal nous considérerions qu’il faudrait boycotter ce scrutin et le dénoncer comme étant une manœuvre infâme, mais les risques sont élevés. Nous pensons qu’il faut faire obstacle de toutes nos forces face à cette tentative d’adouber la liquidation de nos droits sociaux ou politiques. En dernière analyse, nous ne pouvons comprendre la présence de l’extrême-droite chez les Gilets Jaunes : après tout, leur programme social et économique est d’ores et déjà en train d’être mis en place. Ces lois rappellent ce que pouvait écrire Dimitrov : Camarades, on ne saurait se faire de l’arrivée du fascisme au pouvoir l’idée simpliste et unie qu’un comité quelconque du capital financier déciderait d’instaurer à telle date la dictature fasciste. En réalité, le fascisme arrive ordinairement au pouvoir dans une lutte réciproque, parfois aiguë, avec les vieux partis bourgeois ou une portion déterminée d’entre eux, dans une lutte qui se mène même à l’intérieur du camp fasciste et qui en arrive parfois à des collisions armées, comme nous l’avons vu en Allemagne, en Autriche, et dans d’autres pays.

    Tout cela sans affaiblir cependant l’importance du fait qu’avant l’instauration de la dictature fasciste, les gouvernements bourgeois passent ordinairement par une série d’étapes préparatoires et prennent une série de mesures réactionnaires contribuant à l’avènement direct du fascisme. Quiconque ne lutte pas, au cours de ces étapes préparatoires, contre les mesures réactionnaires de la bourgeoisie et le fascisme grandissant, n’est pas en état d’entraver la victoire du fascisme, mais au contraire la facilite.

    Au moment de l’élection de Macron, nous avions émis la thèse selon laquelle sa politique détruirait le centre de l’échiquier politique et créerait une situation particulièrement dangereuse pour les prochaines élections présidentielles. En dernière instance, c’est le cartel des grands bourgeois qui détermine qui sera élu, en appuyant sa campagne de toutes ses forces.

    Ni RN ni les groupuscules fascistes, si gênants dans les manifestations, ne sont des forces capables en tant que tel de recevoir un soutien de la part de cette clique de grands bandits. Cependant, les thèses de la Droite Nouvelle ou de la Droite Elargie, autour du fond de LR ou même de Debout la France font leur chemin. Dans une hypothèse d’un face à face avec les organisations autour de LFI, même réunies autour d’une candidature commune, il faut s’attendre à ce que la grande bourgeoisie appuie de toutes ses forces pour une victoire de la Droite Dure.

    Ce qui est à redouter, fondamentalement, c’est qu’après le gouvernement liquidateur des droits sociaux -que nous n’aurons plus d’ici 2022- nous fassions face à celui qui liquiderait nos droits politiques.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que les organisations communistes doivent impérativement ressortir renforcées et plus soudées de l’épreuve de force actuelle. Ce qui déterminera in fine si le mouvement des Gilets Jaunes est une victoire ou une défaite, c’est de savoir quel camp ressortira agrandi de cette lutte : celui de la bourgeoisie ou celui du peuple.

  • Loi « anti-casseurs » une loi anti-populaire.

    Loi « anti-casseurs » une loi anti-populaire.

    Loi « anti-casseurs » une loi anti-populaire.

    Les gouvernements savent saisir la balle au bond. Ils savent utiliser des moments de crise pour réussir à faire avancer leurs projets réactionnaires. En l’occurrence, les manifestations des Gilets Jaunes et les affrontements qui ont pu avoir lieu servent d’alibis à accroître un arsenal répressif destiné à mater les mobilisations dans leur ensemble.

    La gauche rend de grands services, mais pas toujours à ceux qu’on croit. En 2016, à la suite des attentats, sous prétexte de devoir réagir rapidement, le gouvernement de l’époque, dirigé par Valls, a mis en place un système qui court-circuite la justice pour placer au centre de l’action le préfet. Les décisions d’interdiction de manifester sont désormais entre les mains d’une autorité administrative, directement sous tutelle de l’Etat, et outrepassant régulièrement ses prérogatives.

    A partir du 1er novembre 2017, l’état d’urgence est entré dans la constitution, le transformant de facto en Etat d’urgence. Gérard Collomb, lui aussi membre et ex-membre du Parti Socialiste, a été l’architecte de cette mesure. Cette inscription dans la durée d’un régime d’exception a eu pour conséquences de banaliser l’usage d’une répression à caractère préventif. Autrement dit, il est né une conception qui ne peut être résumée autrement que par le « délit d’intention ». En somme, le soupçon d’un passage à l’acte est suffisant pour qu’il puisse être retenu comme une charge.

    L’usure des forces de police, à la suite de la mobilisation inefficace des forces de l’ordre pendant la période de l’état d’urgence, a servi, là aussi, de prétexte à accorder des largesses juridiques. La police s’est blindée contre les accusations d’abus et de bavures, tout en accroissant son arsenal répressif.

    La fabrique du « casseur ».

    Hier, c’est cet arsenal qui a permis de réprimer les luttes contre la loi travail ou contre la réforme de la SNCF. Aujourd’hui, ce sont celles-ci qui permettent d’écraser le mouvement des Gilets Jaunes dans le sang.

    L’argument qui revient sans cesse est celui de la présence dans les rangs des manifestations de « casseurs ». Cet argument mérite qu’on s’y attarde un petit instant. Ces « casseurs » servent d’alibi à des lois répressives qui, en dernière analyse, mettent en péril le droit à manifester. Il est un terme qui revient sans cesse dans les rhétoriques du gouvernement pour dire aux Gilets Jaunes « ne manifestez pas », pour décourager les familles, les personnes vulnérables ou qui redoutent la violence.

    Or, cette rhétorique ne sort pas de nulle part. La fabrique du casseur, d’une image mentale de celui-ci, est en grande partie le fruit de l’influence des médias, au service des exploiteurs. Le pouvoir de l’image tout comme le pouvoir de la dénomination ont permis à ceux-ci, qui ne sont pas neutres, de forger dans l’esprit de la population une représentation de ce que peuvent être les « casseurs ». Ils ont ainsi créé une représentation de cette nébuleuse comme constituée d’individus opportunistes, utilisant les manifestations uniquement comme bouclier humain pour commettre des dégradations et des actes de violence, sans lien avec le mouvement, avec sa lutte, avec ses revendications.

    Les images des médias, même pour des individus qui se méfient de ceux-ci, frappent l’imagination. Même parmi les organisations politiques de gauche ou d’extrême-gauche, ce vocabulaire revient. Or, les vidéos qui passent en boucle sur les médias sont le fruit d’un travail d’édition. Elles ne montrent pas ce qui s’est passé avant un événement, après, ou hors champ.

    L’expérience des manifestations nous indique que, oui, il y a parfois de la casse et de la violence. Mais que dans la très large majorité des cas, celle-ci est à l’initiative des agents provocateurs des forces de l’ordre. Le plus souvent, les manifestations deviennent brutales après que la police soit passée à l’action, le plus souvent sans sommation et sans raison, autre que les ordres de semer le chaos.

    Ce qui se produit est une réaction d’autodéfense qui vise à se protéger de la police, voire parfois à répondre, du fait de la colère et du sentiment d’injustice, à la violence policière. Et ce, malgré l’immense disproportion de moyens physiques, matériels et juridiques entre les deux forces en présence. La tendance au conflit est constante, notamment vis-à-vis de la jeunesse populaire, qui ne connaît que les contrôles constants, la privation de perspectives et d’avenir, et la violence de la part de l’Etat. Mais là, également, l’origine est dans le fait que la société française génère une violence majeure.

    Il existe également des individus, politisés, qui s’attaquent à des banques, des vitrines de grands magasins, des symboles du capitalisme. Cela dans le but de générer une « propagande par le fait » et de stimuler la combativité des masses. Il ne s’agit là, encore, pas d’une violence aveugle. Les « blacks blocs » sont des individus présents dans les mouvements de luttes et qui opèrent ainsi dans le cadre de la lutte. Et, d’une manière générale, leur modus operandi répond au caractère répressif de la police.

    Il est possible d’être en désaccord avec ces pratiques, de les trouver inadaptées. C’est un débat. Nous ne justifions pas ce choix tactique, nous l’expliquons comme découlant d’une logique. En revanche, nous n’acceptons pas l’injonction de la condamnation qui est régulièrement posée par le gouvernement, les réactionnaires et les médias. Nous ne ferons pas comme Fabien Roussel, dirigeant du PCF, qui a déclaré qu’il demandait à la police d’intervenir lorsqu’il repérait des « casseurs ». Ce n’est pas notre rôle.

    En revanche, nous maintenons que, d’expérience, l’initiative de la provocation, de la violence, du conflit est dans une majorité écrasante déclenchée par la police. Chaque manifestation, ce qui est vu régulièrement, aussi pacifique soit-elle, finit sous les nuées de lacrymogènes.

    Par ailleurs, les « casseurs » ne sont qu’un alibi. Ce que vise ces lois, le cœur de leur cible, ce sont les manifestants en général, les mobilisés et mobilisées en général. Il ne s’agit pas de cibler ces chimères, mais bien de réprimer les masses populaires dans leur ensemble, et de les enfermer. 

    Quelles mesures dans la loi ?

    Cette « fabrique du casseur » à permis de justifier un très grand nombre de lois qui mettent en cause la liberté de manifester. Mais ces lois ne suffisent pas encore ! Il faut pouvoir réprimer plus, aller plus loin, frapper plus fort.

    La majorité parlementaire propose alors d’accroître ces possibilités de broyer le mouvement de contestation.

    Première mesure : le grand retour des interdictions administratives de manifester. Le préfet peut interdire une manifestation, mais également interdire à des individus précis de participer à un événenement déclaré. Cerise sur le gâteau, il est possible également d’interdire « sur la base de (…) relations régulières ». Si les fréquentations d’une personne paraissent suspectes, elle aussi peut donc être mise à l’index. Amnesty International indique que cela revient à « donner tout pouvoir aux autorités politiques ou policières pour déterminer si une personne a le droit de manifester ou pas, sur la base de suspicions extrêmement faibles ». Déja l’article 222-14-2 du code pénal, qui punit « le fait de participer sciemment à un groupement en vue de la préparation de violences ou de dégradations » est utilisé de manière extrêmement large par la répression. Le « sciemment » devient un enjeu majeur. Dans un sens, ce genre de procédure rejette à la défense la responsabilité de trouver des preuves de l’innocence ou de l’inconscience de l’interpellé.

    Il convient de rappeler que, d’ores et déjà, des Gilets Jaunes présumés passent en jugement et risquent de la prison sur la base d’interpellation arbitraires. Comme tout ou presque peut servir de pièce à conviction, il est facile de justifier à postériori les interpellations. Cela vise tout simplement à semer la terreur dans les rangs de ceux et celles qui se mobilisent, pour casser toute dynamique d’élargissement du mouvement.

    Deuxième aspect particulièrement redoutable, c’est l’aggravation de mesures déjà votées et appliquées. L’une d’entre elle est le fait de se dissimuler le visage. Elle se mue de dissimulation totale en dissimulation partielle. Elle pourrait être sanctionnée d’un an d’emprisonnement ainsi que de 15 000 euros d’amende. Amnesty International déclare :« Beaucoup de personnes se dissimulent partiellement le visage parce qu’elles souhaitent se protéger ». Tenter de se protéger contre les gaz peut donc faire l’objet de poursuites judiciaires.

    Pour peu que des manifestants souhaitent ne pas être asphyxiés, éborgnés, perdre des mains… ceux-ci peuvent être désormais arrêtés. Il faut offrir uniquement des chairs tendres, des peaux nues, aux armes des policiers.

    En somme, il faut rester chez soi et maugréer en attendant de prochaines élections. Faire le dos rond pendant que les droits sociaux partent en fumée, pendant que les salaires s’effondrent.

    Dernière mesure : l’article 3 de la loi prévoyait de créer un fichier de « casseurs ». Si cette disposition semble désormais caduque, elle est remplacée par une « inscription provisoire » des personnes interdites de manifestation dans le « fichier des personnes recherchées ».

    Tout comme les fichiers des empreintes ADN ne devaient être utilisées que pour identifier les délinquants et criminels sexuels, et sont maintenant appliqués à tous, ce système de fichier ne peut que laisser pensif.

    La loi de la terreur.

    Cette loi a déclenché l’ire de certaines forces politiques, de droite comme de gauche. L’extrême-droite, elle, a joué la carte d’une position très révélatrice : « Oui, probablement on le votera, en assurant qu’il n’est pas utilisé pour être une entrave au droit de manifester pacifiquement dans ce pays » (Marine Le Pen).

    Or, c’est littéralement le but de cette loi. Le RN a toujours été en faveur des lois qui permettent l’écrasement des mouvements sociaux ou de contestation, pour la simple et bonne raison qu’il s’agit de leur programme. Au lieu de hurler hypocritement, les apprentis-fascistes devraient applaudir Macron et ses laquais.

    Il est difficile d’accorder aux partis de droite le moindre crédit et la moindre sincérité dans leur protestation. Cependant, des exclamations extrêmement vigoureuses ont été prononcées.  « Mais où sommes-nous, mes chers collègues ? » a-t-il lancé. « C’est la dérive complète ! On se croirait revenu sous le régime de Vichy ! » a ainsi déclaré Charles de Courson, député centriste. Jacques Toubon, défenseur des droits, a également attaqué cette loi pour son caractère liberticide.

    Sur les rangs de l’Assemblée, la France Insoumise a également protesté, déclenchant un conflit entre députés, du fait d’insultes de la part d’une députée LREM.

    Le fait que cette loi passe ne fait que confirmer une sombre constatation que nous avions faite dès avant l’élection de Macron. La politique kamikaze de Macron jette dans la rue des pans entiers de la société. Cela s’aggravera encore avec l’application de la « loi alimentation » qui frappera les ménages les plus précaires. Ne pouvons céder un pouce de terrain, tenus par les injonctions de ses donneurs d’ordres de la grande bourgeoisie, le gouvernement ne peut que tenter d’étouffer la colère sous les coups et les tirs.

    En empêchant les manifestations de se tenir, en usant de la répression à tout va, la direction politique de l’Etat produit, au contraire, une tendance au conflit encore plus marquée. D’une part car la colère populaire trouvera toujours un échappatoire sous une forme ou une autre, de l’autre car la police et la justice seront réduit à user toujours plus de la violence.

    Déja, des armes à feu classiques et des blindés ont été déployés. Déja, des policiers ont sorti leurs armes de service pour viser la foule. Fatalement, si cette logique se poursuit, cela se traduira non seulement par plus de blessés, mais également par une hausse du nombre de morts, tués par balles, comme cela pouvait être le cas jusqu’au début des années 1960.

    L’Unité Communiste de Lyon dénonce cette loi dangereuse et criminelle. Elle considère en revanche que celle-ci démasque intégralement la nature du régime dans lequel nous vivons : antidémocratique, antipopulaire, réactionnaire. Nous ne cesserons pas notre présence aux manifestations et nous appelons les Gilets Jaunes ainsi que les autres mobilisés à ne pas céder à cette politique de terreur.

    Soyons soudés, unis, solidaires, et nous triompherons de tout !

  • Qui est violent ?

    Qui est violent ?

    Qui est violent ?

    Edouard Philippe a parlé. Il s’est exprimé au 20 h de TF1. Certains, certaines espéraient que ce serait pour annoncer des concessions. Que le gouvernement, après l’épreuve de force, accepterait de lâcher un peu de lest. Il n’en fut rien.

    La teneur des interventions des membres du gouvernement ne laissaient que peu de place au doute, au suspens. Gérard Darmanin en avait ainsi appelé à l’ultra-sévérité contre les manifestants. Difficle de croire que le premier ministre tiendrait une position contraire.

    Edouard Philippe a annoncé, ainsi, un déploiement toujours plus grand de police, pour les jours à venir. Mais, également, la mise en place de mesures sécuritaires que ne renierait pas l’extrême-droite. Sanctions pour les manifestations non déclarées. Arrestations préventives, assignations à résidence, obligation de pointer au commissariat…. Le Premier ministre déclare un régime de liberté surveillée qui ne dit pas son nom. Les arrestations atteindront probalement les 8 000, tandis que des peines de prisons fermes avec mandat de dépôt seront prononcées. Tout cela au nom de quoi ? De la violence.

    Depuis le début de la mobilisation des Gilets Jaunes, la question de la violence revient sans cesse. Ce n’est pas une nouveauté, chaque mouvement social voit les médias faire passer ses revendications au second plan, pour ne laisser passer que les images de bris de vitres, de voitures brûlées, d’échanges de projectiles… Ce n’est pas un hasard. D’une part, cela fait vendre, de l’autre, cela correspond avec la ligne éditoriale et l’ordre du jour donné par le conseil d’administration, qui, en France, est généralement entre les mains de milliardaires. Et pour cause, la question de la violence est un biais de division de ceux et celles qui luttent. Mais qui s’est ému, et de quoi ?

    Castaner, Estrosi, Ciotti, Juppé, Griveaux, Philippe, Macron… tous les ténors de la politique sont émus de la violence. Tous réclament la même chose : que soit écrasé le mouvement des Gilets Jaunes. Que les manifestations soient interdites, que les mobilisés soient préventivement arrêtés, que la police puisse disperser sous les grenades et les tirs de flash-ball les cortèges. Ils réclament que la justice soit impitoyable, qu’elle fasse des exemples. Ils veulent la tête des meneurs, décapiter la lutte. Ils veulent enchaîner ceux qui les ont défiés.

    La violence leur est insupportable. Mais qui aime la violence, à par quelques pauvres personnes ? Nous-même, nous ne l’aimons pas. Mais qu’est-ce que la violence ? La violence est-elle dans une pauvre vitrine cassée, dans un plâtre fissuré, dans quelques graffitis ?

    Ou est-ce que la violence, la vraie, celle qui épuise, use, mutile, tue, est ailleurs ?

    La violence d’être laissé pour compte dans la 5ème puissance mondiale. De dormir dans la rue, de vivre dans sa voiture.

    La violence de compter ses sous, d’économiser la moindre chose, tout en sachant qu’il reste une éternité avant le prochain salaire, avant la prochaine pension.

    La violence n’est elle pas de survivre, un jour après l’autre, en aillant juste de quoi avoir la force de se lever le lendemain, d’envoyer ses enfants à l’école, tout en sachant qu’ils ne sortiront de celles-ci que pour vivre la même vie d’esclave. D’être privé de loisirs, de sorties, de culture, parce qu’un sou est un sou et qu’il faut tenir.

    La violence n’est elle pas dans la vie de celles, de ceux, qui se lèvent dans le même matin gris, perdent leurs temps dans des transports qui n’avancent pas, hors de prix, avec la peur au ventre. La peur de la convocation dans le bureau, la peur du licenciement, la peur, toujours la peur.

    La violence, c’est de voir la police débarquer dans une cité ou croupissent ceux qui n’ont rien, pour imposer un ordre à coup de matraques, quitte à tuer.

    La violence, c’est une justice qui acquitte la bourgeoisie criminelle, ceux qui ont l’argent, les réseaux, le prestige, mais qui noie ceux que la misère pousse au délit.

    La violence d’avoir un manager haineux qui pousse au suicide, car il faut dépasser les normes, car il faut toujours faire plus avec moins. Car il faut crever à la tâche, pour le rendement, pour la rentabilité.

    La violence d’avoir une dette insolvable, d’être un esclave des banques, de jongler avec sa vie, avec la menace de perdre le peu de chose qu’on possède.

    La violence de savoir qu’à cause de son nom, de son visage, de son sexe, de ses orientations sexuelles, une voie se trace déjà.

    La violence, elle est le quotidien de celles et ceux qui sont sommés de vendre leur propre corps pour survivre. Qui sont ravagées par des marchands de chair sans scrupules, qui en tirent profits et prestige.

    La violence n’est elle pas de voir des personnes âgées, qui se sont usées pour quelques misères, jugées juste bonnes à être des vaches à lait qu’il faut traire de leurs derniers euros.

    La violence, c’est un niveau de vie qui baisse sans cesse, une espérance de vie qui stagne voir qui recule.

    La violence c’est quand, demain, il faudra mendier pour se soigner, pour s’éduquer, pour survivre lorsque le travail nous aura usé.

    La violence c’est, sous d’autres cieux, ceux qui n’ont rien demandé qu’a vivre dignement et librement, qui voient leur ciel obscurcis par les avions portant la cocarde de l’Armée de l’Air, faire pleuvoir les bombes sur leur pays, sur les terres. Qui voient des soldats qui pillent, qui violent, qui instaurent des régimes de terreur, pour que, à des milliers de kilomètres, des actionnaires puissent fêter la baisse du prix du cacao, du café, du pétrole, de l’uranium.

    La violence d’être jeté sur les routes de l’exil, d’être livré aux trafiquants de chair, d’être sous le feu des milices, et de finir avec les vagues comme seul linceul.

    La violence, elle est dans le fait d’être traités uniquement par le mépris par ceux qui disent nous représenter, mais qui ne sont que des contremaîtres des exploiteurs, le fouet à la main. Elle est dans ce régime qui n’existe que pour nous maintenir dans la misère, nous maintenir sous nos chaînes. La violence c’est celle d’un destin qui n’est que d’être des marchandises, des outils pour apporter la fortune à une poignée de profiteurs.

    Quand Ciotti, Castaner, Estrosi, Macron…disent qu’ils sont choqués par la violence. Admettons que ce ne soit pas juste qu’une manœuvre politique. Admettons que ceux qui jettent dans la misère des milliers de gens, qui donnent l’ordre de bombarder, d’envahir, d’autres Etats aient la larme à l’œil en voyant cela. Admettons qu’ils soient réellement choqués de la tournure que prennent les choses. Par quoi sont-ils émus ?

    Ils se sont émus de la violence contre du mobilier urbain. Contre des vitrines. Mais ils n’ont eu aucun mot pour les blessés, pour les mutilés, pour les tués par la police, par la brutalité. Ils n’ont rien à dire à ceux et celles qui croupiront en prison pour avoir osé se dresser contre leurs lois injustes. Ils sont tellement habitués à exercer la violence légale, qu’ils ne la voient pas. Écraser ceux qui travaillent est normal pour eux.

    Eux ne connaissent pas la violence, la misère, la précarité, la peur. Nous ne sommes pas du même monde ! Ils sont d’un monde où la pauvreté, ou la misère n’existe pas. Ils n’ont jamais travaillé de leurs mains, jamais fait de travail honnête, jamais été confrontés à l’exploitation. Ils sont uniquement des purs produits de la bourgeoisie, dressés pour asservir les exploités.

    La colère est légitime face à ceux et celles qui veulent toujours tirer vers le bas notre niveau de vie, qui réduisent nos vies à des journées sans fin, à des salaires de misère. La colère est la réponse à leur violence, leur brutalité, leur mépris pour la vie humaine.

    Comment ne pas être tenté par la violence ? Comment blâmer ceux qui répondent aux provocations policières, aux provocations bourgeoises, aux provocations d’une classe qui a démasqué sa dictature aux yeux de la population entière. D’autant qu’eux vivent en parasites sur ce que produisent les travailleurs et les travailleuses. Ils vivent de notre sang, dépendent de nous. C’est pour cela qu’ils redoutent notre colère ! Parce que nous, nous n’avons pas besoin d’eux !

    Ils disent que la colère décrédibilise le mouvement des Gilets Jaunes, mais si elle n’existait pas, ils trouveraient un autre argument pourri, une autre raison de nier toute légitimité au mouvement. Ce ne sont que des tactiques pour diviser et fragmenter !

    La colère ne suffit pas, seule. Elle doit se muer en volonté de voir le monde changer. Elle doit devenir une force capable de construire ce monde nouveau, en mettant l’ancien à terre. Pour que cela soit possible, cela demande de construire l’unité de volonté et l’unité d’action.

    Cette force agissante, créatrice, ne peut naître que dans l’organisation.

    S’organiser pour transformer le monde en un monde juste, sans exploiteurs, sans oppresseurs, sans chape de plomb, sans chaînes et sans entraves. Voilà le programme des communistes sincères ! Voilà le programme de l’Unité Communiste de Lyon. Voilà le programme de l’ICOR, dans le monde.

    « Ils n’auront pas le dernier mot », s’est permis Edouard Philippe, en ultime provocation. Nous verrons bien. 

    Il est juste de se révolter ! Il est nécessaire de s’organiser !