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  • Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Cap catastrophe 2022 : Amère conclusion.

    Partie 10

    Les auteurs eux-mêmes ne laissent pas grande place au mystère et à l’interprétation. Leur conclusion résume parfaitement les ambitions stratégiques de cette volée de réformes. Une nouvelle fois, ce qui revient est le fait qu’il faut responsabiliser les administrations dans leur rationalisation et dans la réduction de leurs prérogatives. Qu’il faut introduire la rentabilité comme un objectif premier et laisser les mains libres aux « managers » pour effectuer cette mission de liquidation.

    Il apparaît comme primordial le fait de compter justement sur l’avidité de ces personnages, en termes de primes et de récompenses, pour qu’ils exercent une pression maximale sur les fonctionnaires, mais également pour qu’ils entreprennent également des licenciement et des suppressions de postes.

    Sachant la pression qui va s’exercer sur ces employés auxquels ont met un revolver sur la tempe, les mauvais génies derrière ce texte ont inventé un terme fascinant : « donner du sens ».

    « Donner du sens : Faire connaître largement aux usagers, aux agents publics et à tous les acteurs concernés le sens et les objectifs de la transformation engagée ; »

    Donner du sens signifie diriger par la peur. Responsabiliser signifie menacer, accompagner signifie contraindre. Voilà le sens de cette Lingua Quintae Reipublicae pour reprendre l’expression d’Eric Hazan.

    Que ce soient l’éducation, la santé, le droit, la justice, les prisons, les administrations, les armées, le chômage… l’ensemble des secteurs est concerné par cette politique de grande envergure. Bien des gouvernements se sont essayés à cette transformation radicale du fonctionnement de l’Etat et de ses prérogatives. Beaucoup, qui fantasment sur l’Etat-Marché de Philip Bobbit, ont vulu le faire et n’y sont pas parvenus.

    Lancer cette offensive était contradictoire avec le fonctionnement habituel de la démocratie bourgeoise sous la Vème République. Le gouvernement qui aurait fait cette transformation aurait perdu les élections au profit de son opposition. Or, les vieux briscards et les vieux carriéristes ne veulent guère se mouiller.

    Le gouvernement LREM, quant à lui, est différent dans sa nature. Il est un missile balistique, un kamikaze à usage unique. Il ne fait pas de doute qu’il s’est aliéné une très large partie de la population. Mais il remplit sa mission, commanditée directement par la haute bourgeoisie, il la remplit avec un style typiquement royaliste dans le mode de fonctionnement, mettant fin aux débats parlementaires, supprimant le rôle de certaines institutions. Ce gouvernement est le premier qui peut assumer le fait de faire cette « thérapie de choc ». Nul doute qu’il essaiera.

    Nous devons nous préparer à cette lutte qui sera essentielle. Nous devons nous y préparer et comprendre qu’elle sera une lutte où la victoire est incertaine face à l’unité de volonté de la haute-bourgeoisie.

    Les luttes qui se déroulent et qui se dérouleront ces prochaines années sont d’une nature différente à celles qui ont pu avoir lieu avant la crise de 2008. Elles montrent aujourd’hui les limites de l’économisme au sens de limitation des revendication au questions du droit du travail, du salaire… etc. Elles montrent les limites des organisations syndicales, lesquelles font leur travail, mais se sont épuisés face à plus fort qu’elles, face à des gens qui sont prêts à tenir le bras de fer jusqu’au bout, puisque leur pertes financières sont virtuelles. Elles montrent l’inanité du mot d’ordre de grève générale économique, pour ces mêmes raisons. La bourgeoisie est prête à relever le gant du défi.

    Elles montrent les limites de la démocraties bourgeoise, de la sociale-démocratie qui collabore sans cesse avec la bourgeoisie, qui cherche des moyen-termes là où il n’y a que l’antagonisme.

    La lutte qui se prépare, tout comme la situation politique générale montre la nécessité d’une organisation politique de combat, d’une organisation communiste. Elle montre également la nécessité d’un front politique contre l’offensive de la bourgeoisie. D’un front politique qui puisse mener une lutte extra-parlementaire, dans tous les secteurs, dans tous les compartiments de la société. Qui pose la question de la dictature de la bourgeoisie, qui pose la question de la démocratie populaire et qui la revendique comme étant légitime.

    Informons-nous, formons-nous, organisons-nous et battons-nous !

  • Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Cap catastrophe 2022 : Éviter les dépenses publiques inutiles.

    Partie 9

    La dernière partie du dossier enfonce le clou. Elle insiste sur ce qui est le fondement de ce document, c’est à dire le fait de réduire au minimum l’apanage de l’Etat, de réduire au minimum son activité, et de livrer de nouveaux marchés aux capitalistes sans cesse avides de profits. Le dossier va dans leur sens, en laissant libre court à la rapacité de la bourgeoisie et en ôtant les barrières et les brides qui pouvaient la contraindre.

    La suppression des doublons, proposition importante du document, est ainsi un blanc-seing donné aux entreprises pour transgresser les règles. « Pour les contrôles auxquels les entreprises sont soumises, il faut rationaliser et mieux coordonner en mutualisant davantage et allant vers un guichet unique pour certains types de contrôles. La cohérence des contrôles, leur priorisation, leur pertinence, leur sécurisation et leur acceptation par les usagers seraient à l’évidence mieux assurées si une seule structure était chargée de leur coordination ; »

    In fine, ce qui en ressort, c’est le fait que les contrôles seront plus lâches, moins resserrés, et rationalisés à outrance, ce qui signifie, en langage de la RGPP, que le service sera saturé et incapable de faire face aux problématiques réelles du terrain. Mieux encore, les génies à l’œuvre derrière ce pamphlet pensent trouver une solution miracle en délégant au privé le contrôle, notamment sanitaire, mais également en inventant l’auto-contrôle sanitaire. Sachant l’énergie que les capitalistes mettent à respecter les lois et les normes, il ne fait de doute que l’intégralité des problèmes seront réglés, d’un coup de baguette magique.

    « ► faire réaliser, au-delà de ce qui se pratique déjà, certains contrôles par des opérateurs privés. Aujourd’hui des organismes à vocation sanitaire (OVS) reçoivent délégation par le préfet pour procéder à l’exercice de contrôles pour le compte de l’État. On pourrait étendre les délégations à des opérateurs privés à d’autres contrôles, y compris dans le domaine de la concurrence et de la protection du consommateur et de la répression des fraudes. On pourrait également développer les démarches d’auto-contrôle par les structures faisant l’objet d’inspections, à partir de référentiels d’auto-diagnostic reconnus. »

    Dans les cartons, également, le projet de mettre fin à plusieurs aides de l’État, au prétexte qu’il faille « Mettre un terme à toutes les interventions publiques dont l’efficacité n’est pas démontrée » « La France dépense 2,2 points de plus que ses voisins en interventions sectorielles (aides à des entreprises ou des secteurs divers). Ces aides – directes ou sous forme de niches sociales et fiscales – peuvent avoir un effet positif sur l’économie, mais il faut s’en assurer, d’autant qu’elles peuvent atteindre des montants conséquents (une quarantaine de milliards d’euros environ). Or, elles ne font pas l’objet d’une évaluation systématique et perdurent sans que leur efficacité soit avérée. Elles sont par ailleurs peu lisibles pour les entreprises et fortement consommatrices de moyens humains (environ 15 000 ETP, dont près de 1 500 dans 110 agences). »

    Il est vrai que le caractère bureaucratique de certaines formes de gestion du capitalisme est lui même générateur d’un parasitisme. Mais derrière cette idée de rationalisation et de concentration, c’est surtout le moyen pour l’Etat d’avoir la haute main sur l’intégralité des dépenses qui est visé. Donc, de fait, d’accroître la capacité d’initiative de la part des servants zélés du capitalisme.

    Autre exemple, le soutien à la transition énergétique du fait de sa non-rentabilité et de l’inefficacité constatée des résultats des initiatives précédentes selon les critères de la RGPP serait liquidée. « Pour le soutien à la transition énergétique, le montant de l’ensemble des dépenses de la politique nationale de l’énergie, y compris les versements aux opérateurs, s’élève à 16,8 Md€. Le coût pour la collectivité est donc très significatif. Pourtant, les choix dans ce domaine sont malaisés parce qu’il n’est pas évident de déterminer quelle technologie soutenir. En effet, il n’y a pas de consensus sur le coût de revient futur de ces énergies. »

    Cette politique de gestion des questions énergétiques ne peut effectivement ne déboucher que sur des déconvenue étant donné la manière dont elle est menée. Dans des secteurs aussi lourds que les investissements dans les infrastructures de production d’énergie, la rentabilité n’est qu’une lointaine lumière. C’est d’ailleurs pour cela que la très grande majorité des frais de développement et de construction étaient assumés par les contribuables. C’est pour cela également que la bourgeoisie elle-même n’a pas tant bronché lorsque les nationalisations ont été mise en œuvre en 1944-1945 et après le choc pétrolier, car cela lui permettait de faire assumer le coût faramineux de ces évolutions par la plus grande partie de la population tandis qu’elle récupérerait les fruits de celui-ci quand le seuil de rentabilité serait atteint.

    Des phrases cryptiques qui pourraient laisser un brin d’espoir telles que celles qui suivent, ne sont, en réalité, que des proclamation de la fin de cette politique de transition vers les énergies renouvelables.

    « aider les collectivités territoriales à s’assurer que leurs projets de soutien aux énergies renouvelables sont techniquement réalistes et rentables. Cette rentabilité doit être évaluée d’un point de vue économique mais également social. »

    Aider les collectivités à s’assurer ne signifie pas les aider financièrement à soutenir des projets, mais bien les aider à diagnostiquer la rentabilité de ces projets. En somme, il s’agit de faire intervenir une inquisition comptable chargée de pourchasser la dépense.

    A cela s’ajoute d’autres projets tout aussi gênants pour la réductions des dégâts causés sur l’environnement notamment le fait de supprimer les incitations à la rénovation thermique.

    « supprimer le taux réduit de TVA sur les travaux de rénovation thermique et le faire passer au taux intermédiaire »…

    Nul doute que l’opportuniste François de Rugy se fera sans la moindre vergogne le réalisateur de ces réformes.

    D’une manière générale, cette fin de l’intervention dans certains secteurs signe la fin d’une certaine forme d’égalisation du développement des infrastructures. Comme mentionné plus haut, les projets du gouvernement actuel mènent à une reconcentration des moyens et à une métropolisation accrue. Une des infrastructure concernée par les réformes prévues est celle des aéroports locaux, qui, à l’heure actuelle, bénéficient d’une péréquation avec leurs homologues internationaux.

    « Dans le domaine du transport aérien, il existe un très grand nombre de petits aéroports qui ont besoin de subventions d’exploitation pour être pérennes économiquement. On peut s’interroger sur la nécessité de maintenir les niveaux actuels de soutien pour l’ensemble de ces petits aéroports. »

    « supprimer la péréquation de la taxe d’aéroports, sauf pour les aéroports dont la desserte est nécessaire à l’aménagement du territoire ; »

    Pour ces aéroports, cela signifie donc le fait d’être étranglés financièrement et de devoir, comme les universités au final, augmenter leurs frais internes pour rester à flot. Cela signifie de fait des réductions de personnels ou des fermetures.

    Pour les administrations, la chasse aux économies conduit les rédacteurs à sortir du chapeau une chimère constante : l’externalisation. « Mutualiser davantage l’achat public et développer les externalisations »

    « Les administrations doivent s’assurer qu’elles ne peuvent pas remplir leur mission à moindre coût, en mutualisant leurs achats, en externalisant une partie des leurs tâches, en achetant sur étagère, etc …

    Ce principe sera plus facile à appliquer dans un contexte où les managers auront plus d’autonomie et seront intéressés aux économies : en effet, si ceux-ci peuvent profiter des économies qu’ils génèrent, ils intégreront plus volontiers des démarches d’optimisation des coûts. »

    Nous ne savons pas si la phrase que nous soulignons signifie une récompense financière ou une récompense en terme de carrière, mais toujours est-il qu’elle mérite d’être pointée du doigt pour illustrer le rôle de garde-chiourme et de contremaître que ces managers vont être amenés à jouer, en plus d’être des parasites au sein des administrations.

    La croyance dans une prétendue vertu de la gestion privée, au nom du fait que la concurrence tirerait les prix vers le bas et la qualité vers le haut atteint ici le pinacle de l’absurde. Que cet argument soit utilisé dans des secteurs où il peut exister plusieurs offres, admettons. Et encore, car la tendance à la création d’ententes, de trusts, de cartels, de monopoles est inscrite dans les gènes du capitalisme.

    Mais lorsque cet argument est employé pour des questions telles que l’externalisation des cantines ou la privatisation des autoroutes, le ridicule saute aux yeux. Jamais deux sociétés autoroutières ne construirons côte-à-côte deux autoroutes. Jamais, dans un collège, il n’y aura de concurrence entre deux cafétérias. Les coûts en terme infrastructure sont hors de proportion avec les bénéfices escomptés par les investisseurs et les actionnaires. C’est d’ailleurs pour cela que ces derniers se font une joie immense de voir que ces frais sont endossés par les contribuables, tandis que l’exploitation leur a été concédée à vil prix.

    « dans le domaine du transport routier, en plus de la décentralisation prévue (voir proposition n° 18), mettre à l’étude le transfert dans les concessions autoroutières existantes d’un peu plus d’une quinzaine de tronçons, représentant environ 150 km, pour lesquels cela semble cohérent et qui ont été identifiés par le ministère en charge des transports Plus largement, on pourrait développer l’externalisation du réseau routier des collectivités et de l’État selon un découpage territorial pertinent (par axes ou par territoires), au-delà de ce qui est déjà pratiqué »

    Voici une exemple de ce type d’offrandes à la bourgeoisie. En fait de marchés concurrentiels, ce sont des marchés captifs qui sont offerts. Des marchés sur lesquels les immenses corporations que sont Bouygues ; Sodexo ; Vivendi… peuvent pratiquer les tarifs qui leur conviennent -les plus élevés possibles donc- pour s’assurer des marges colossales, tout en prenant en otage -la bourgeoisie ne se prive pas d’employer ce terme, pourquoi ne le ferions-nous pas?- les usagers.

    Ce qui devient amusant, c’est que ce système d’externalisation sera appliqué également aux armées.

    ► externaliser davantage la fonction d’habillement, de restauration et d’entretien courant de l’immobilier pour le ministère des Armées. L’habillement est déjà en partie externalisé. Il s’agirait donc d’étendre les marchés pour des économies d’échelle plus importantes. Pour l’alimentation et l’entretien du parc immobilier, ces prestations sont déjà réalisées dans le secteur privé pour d’autres entreprises ou ministères et l’externalisation permettrait d’offrir des coûts plus compétitifs ;

    « ► dans le domaine de la défense, rechercher systématiquement à satisfaire le besoin opérationnel en réalisant une acquisition « sur étagère » (déjà existante) plutôt que de lancer le développement d’une solution qui serait créée spécifiquement pour l’armée française et donc peut-être plus coûteuse ; »

    Cette phrase illustre incompréhension et la naïveté dont font preuve les rédacteurs du texte, lesquels ne sont, au final que des exécutants. Croire que l’immense complexe militaro-industriel saura se satisfaire de commandes aussi peu profitables revient à se bercer d’illusion. Si les industries comme Dassault ou comme Thalès insistent autant pour que la loi d’Augustine -la loi de l’inflation logarithmique des coûts militaires- se concrétise, c’est parce qu’ils en tirent d’immenses profits. Comme ces entreprises n’ont pas de concurrents, il leur est possible de pratiquer des tarifs hors du commun, faisant du matériel français un des plus onéreux au monde. 78 Millions d’€ l’unité pour un Rafale contre 15 pour un MiG-29 ou 60 pour un Su-35; 15,9 M€ pour un char Leclerc contre 6,1 pour un Abrams et 3 pour un T-90… Cela explique le fait que le matériel français ne se retrouve que dans des marchés protégés, cloisonnés, parfois même d’ailleurs de manière contradictoire avec l’efficacité militaire.

    Il s’agit d’une divertissante contradiction par ailleurs qui illustre celles que connaît la bourgeoisie, du fait de sa nature de classe et de sa courte vue. D’une part, il existe une volonté de réduire le format des armées et les coûts pour diminuer les impôts, de l’autre la volonté de vendre au prix le plus fort le matériel militaire. Cette conjonction commune fait que l’armée français est dans une situation fort déplaisante, avec une poignée de matériel de pointe, mais qui n’a qu’un format de « poing blindé » ou de corps expéditionnaire, incapable de pouvoir remplir les tâches de contrôle du territoire que lui impose l’impérialisme français, devant se baser sur des supplétifs locaux et low cost. Ironiquement, l’impérialisme lui même nourrit sa défaite par son caractère putréfié.

    Pour ce qui est de compenser les gouffres dans la trésorerie des administrations et des services publics, les auteurs ont eu un éclair de génie :

    « Faire payer directement l’usager de certains services publics »

    Application directe du libéralisme, cette conception qui veut que l’utilisateur soit le payeur fait son chemin. Ainsi, cela veut s’appliquer à la SNCF nouvellement privatisée.

    ► transports. Les déplacements des individus et des marchandises créent des coûts pour les pouvoirs publics : entretien des infrastructures de transport, investissement pour augmenter les capacités d’accueil (nouvelles rames de train, par exemple)… Ces déplacements engendrent également des coûts cachés notamment du fait de la pollution. Aujourd’hui, on dispose de plusieurs choix pour ses déplacements, qui peuvent limiter ces coûts cachés. Par exemple, on peut choisir le covoiturage plus aisément qu’auparavant. Il n’est donc pas anormal de demander à ceux qui ne font pas le choix de réduire les coûts qu’ils engendrent pour la société d’en prendre une plus grande partie à leur charge ; [C’est nous qui le soulignons]

    En somme, celui qui ne prend pas le train ne cotise pas au fonctionnement du chemin de fer. A l’utilisateur de payer plein tarif. Logique. Sauf que, ironie de la chose, les RFF (réseaux ferrés de France) restent entre les mains de l’Etat et donc sont financés par le contribuable. Or, les rails ne rapportent pas grand chose et coûtent cher. Le bénéfice se fait sur le matériel roulant, propriété privée. Donc, dans l’équation truquée, non seulement tout le monde paie de sa poche l’entretient des voies, mais l’utilisateur paie les bénéfices à l’exploitant.

    Quant à l’invocation du covoiturage, elle est savoureuse. Finalement, pour compenser la baisse de leur niveau de vie et la hausse des coûts, les utilisateurs se doivent de mettre en commun leur propriété privée. Cela ne peut que rappeler le Manifeste lorsque les auteurs s’expriment ainsi : « Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu’à la condition que l’immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien ce que nous voulons. »

    A cela, les auteurs rajoutent une petite nouveauté sous couvert d’écologie :

    « favoriser la mise en œuvre d’un péage urbain dans les principales métropoles. Un tel péage, qui existe dans de nombreuses métropoles (Londres, Stockholm…) vise à limiter la congestion et la pollution dans les centres urbains et à inciter l’utilisation des transports en commun. Il rend visible le coût pour la société d’une utilisation de la voiture pour les déplacements en ville. Ce péage peut être modulé en fonction du niveau de pollution de la voiture (gratuité pour les véhicules électriques par exemple) »

    Sur le principe, l’idée peut paraître sympathique. Mais dans l’application, ce péage est un péage sur critères sociaux déguisés. Les voitures électriques demeurant l’apanage de certaines catégories sociales. A l’inverse les véhicules les plus polluants ne sont pas forcément les grosses cylindrées, mais bien souvent les vieux tacots. Certes la mesure rend visible le coût de la pollution, mais la sanction économique frappe particulièrement ceux et celles qui n’ont pas le choix, laissant les rues des grandes villes aux bourgeoisie qui paient l’obole.

    Ce qui ressort de cette dernière partie, avant d’aborder une conclusion, c’est le caractère particulièrement avare des mesures mises en place. Avare envers les usagers, envers les plus précaires, envers les plus pauvres, mais, en revanche, d’une générosité sans bornes envers les commanditaires de ces réformes : la grande bourgeoisie et particulièrement celle des métropoles. Cependant, on ne peut retirer le caractère fondamentalement irréaliste, même en régime bourgeois, de certaines propositions, qui lèsent les grands trusts du complexe militaro-industriel. Croire que les dépenses publiques vont se tarir, dans un secteurs aussi important pour ces grands bourgeois, c’est sombrer dans l’idéalisme le plus béat.

  • Cap catastrophe, l’éducation en solde et la liquidation du corps professoral.

    Cap catastrophe, l’éducation en solde et la liquidation du corps professoral.

    Cap catastrophe, l’éducation en solde et la liquidation du corps professoral.

    Partie 5

    La question de l’enseignement n’est pas négligée par les gouvernements successifs. Depuis le milieu des années 1990, le processus qui s’engage est celui d’une privatisation partielle ou déguisée et d’une autonomisation des établissement. Depuis plus de 15 ans, les lycées et les universités sont dans le collimateur de ceux et celles qui rêvent d’en faire des lieux de formation servant à produire une main-d’œuvre adaptée aux besoins tactiques du tissus économique local, tandis que des établissements d’élite se concentrent sur les questions d’ordre stratégique. Pour la grande bourgeoisie monopoliste, tout ceci est extrêmement bénéfique, la formation étant aux frais de l’Etat (donc du contribuable) ou de la poche même de ceux et celles qui veulent bénéficier de celles-ci, pour forger les outils que les grandes entreprises n’ont plus qu’à mettre à son service.

    De plus, l’éducation et ses lieux sont des marchés lucratifs. Externalisation des cantines, implantation de lieux marchands (photocopies, restauration, loisirs…) il existe un grands nombres de marchés captifs qui excitent les convoitises.

    Les stages eux-mêmes sont des affaires en or, de la main d’œuvre corvéable à merci. Par des réseaux clientélistes, certains grands consommateurs de stagiaires peuvent ainsi réduire leur masse salariale.

    La question de la « masses salariale » est d’ailleurs une question qui revient inlassablement. Mettre au pas le corps professoral, briser son statut -qui est par ailleurs un des moins favorable de l’ensemble des pays de l’OCDE- et faire en sorte que son recrutement soit assuré au niveau de l’établissement, voilà un objectif stratégique que souhaitent atteindre les rédacteurs et les rédactrices de ce pamphlet.

    Ce pamphlet, justement, s’intéresse dans deux propositions à la question de l’éducation, dans la proposition 8 au Secondaire, et dans la 9 au supérieur.

    Voilà comment cette question est introduite :

    « [l’enseignement] doit répondre à de nouveaux enjeux : donner aux enfants puis aux jeunes les connaissances et les compétences nécessaires pour trouver leur place dans la société et aborder sereinement le marché du travail, dans un monde connaissant de fortes mutations (révolution numérique, mondialisation de plus en plus complexe, évolution du cadre de vie, etc.). »

    Loin d’être un point de détail, la question des connaissances et des compétences, est en réalité centrale. Centrale, car elle fait l’impasse sur une dimension de qualification, dimension reconnue juridiquement et intégrée dans les conventions collectives, donnant droit à un statut, à un salaire…etc. Ce qui n’est ni le cas des compétences, ni des connaissances. D’entrée de jeu, les rédacteurs et des rédactrices montrent leurs cartes : inféoder le système éducatifs aux désirs du patronat. Rendons à César ce qui revient à César et reconnaissons que, en revanche, ceux qui ont créé ce plan d’attaque sont lucides sur un point crucial :

    « Face à ces enjeux, les constats sur les performances de notre système éducatif sont décevants : au sein de l’OCDE, la France est le pays où la situation sociale des parents détermine le plus les résultats scolaires de leurs enfants. »

    Soit. Mais quelle réponse ?

    Pas d’argent, déjà, puisque la ligne finale de la proposition 8 est « Cela ne passe pas par l’attribution de ressources supplémentaires – le Comité ayant d’ailleurs identifié 300 M€ d’économies dans ce domaine. » mais, au contraire, « restaurer la confiance des parents dans le système éducatif français et de répondre de manière plus adaptée aux besoins des territoires. »

    Mettons de côté le premier élément. Il est pourtant, en tant que tel, déjà gênant, car il ravale la communauté pédagogique au rang de prestataire de service devant combler les désirs et répondre aux inquiétudes des parents. D’autant que le déficit de confiance est le fruit pourri d’une campagne de dénigrement orchestrée de longue date par les gouvernements successifs, tandis que les réels problèmes proviennent de l’absence de moyens et de la situation catastrophique qui en découle.

    L’aspect central, dans cette phrase, ce sont les « besoins des territoires », or, qu’est ce que ce « besoin », si ce ne sont les désirs en termes de main d’œuvre du bassin d’emploi local ? En somme, il s’agit de poursuivre dans le fait de faire de l’école une division tactique du recrutement pour les patrons, et de l’inféoder aux besoins des exploiteurs. C’est d’ailleurs dans cette optique que se conçoit le nouveau bac et le plan éducatif « Bac – 3 ; Bac + 3 » qui vise, en somme, à aiguiller les élèves dès l’entrée au lycée sur des voies professionnelles sans passerelles internes et sans possibilité de réorientation.

    Pour combler le déficit des vocations dans l’enseignement secondaire, le rapport préconise de faire un certains nombres de démarches « revalorisant le métier d’enseignant pour lui rendre son attractivité, avec une nouvelle vision de la carrière et du rôle dans l’équipe pédagogique ». Derrière cette platitude avec laquelle il est impossible d’être en désaccord, quelles perspectives ?

    Premièrement, appliquer la RGPP [Révision Générale des Politiques Publiques] à l’enseignement. En gros, évaluer, créer des systèmes de notations, et individualiser les réponses en fonction de cela. Cela passe par le fait de concentrer les pouvoirs décisionnels entre les mains du ou de la chef d’établissement.

    « mettre en place l’évaluation des établissements pour les responsabiliser, valoriser leurs initiatives et engager l’ensemble de la « communauté éducative » – chefs d’établissement, équipes pédagogiques, personnels administratifs, collectivités territoriales, parents, élèves – dans une démarche d’amélioration. Les évaluations porteraient sur un ensemble large de critères : résultats des élèves, conditions d’étude, sécurité et bien-être des élèves et des personnels, implication et animation des équipes, conditions matérielles, etc. »

    Évaluer pour responsabiliser, mais autour de quels critères ? Dans les faits, cette « marge de manoeuvre » revient à libéraliser l’organisation de l’enseignement à l’échelle nationale. Non qu’il n’y ait pas de terribles inégalités entre les établissements à l’heure actuelle ! Entre, dans la région lyonnaise, un lycée à Décines et le lycée International, deux mondes existent, avec un océan entre les deux. Mais ce changement conduit à avaliser la fin de la prétendue « égalité républicaine ».

    « responsabiliser davantage les chefs d’établissement notamment en leur donnant plus de marges de manœuvre pour constituer leur équipe pédagogique et élargir les postes dits « à profil » »

    Les chefs d’établissement pourront assurer eux-mêmes les recrutements de leur propre équipe pédagogique. Cela libéralise le recrutement, et entraînera de manière mécanique une aggravation de la tendance au fait que les enseignants « d’élite » aillent vers les lycées «d’élite », creusant l’inégalité entre ces mondes séparés, lesquels se mueront en univers distincts et hermétiquement cloisonnés. Par ailleurs, l’échelon étatique est mis au rencard, pour être remplacé par une direction académique, amplifiant de facto, les écarts entre académies, du fait des inégalités territoriales et budgétaires.

    « faire de l’académie l’échelon de décision stratégique pour la mise en œuvre de la politique éducative. Par ailleurs, le périmètre des académies serait revu pour se rapprocher de la carte des services de l’Etat sur le format des nouvelles régions»

    Dans cette nouvelle organisation de l’éducation, des échelons inférieurs prennent une importance grandissante, notamment avec l’ambition de « renforcer le rôle de l’échelon départemental pour qu’il décline à son niveau les orientations régionales (stratégie d’animation pédagogique, accompagnement des établissements…) et mettre en place une gestion des carrières des enseignants ;

    développer une fonction ressources humaines, mise en œuvre jusqu’au niveau départemental, pour accompagner les personnels des établissements. Cela permettrait notamment d’accompagner les personnels avant que les difficultés ne surgissent mais également d’ouvrir les enseignants vers d’autres environnements professionnels, etc. ; »

    Dans cette nouvelle configuration, les projets sont développés au niveau du département, donc au niveau de la « réalité du tissu économique », tandis que les carrières des enseignants peuvent être évaluées à l’aune de leur capacité à développer l’intégration de l’établissement dans celui ci. L’ouverture des enseignants aux «autres environnements professionnels » ne peut être comprise que ou comme une volonté d’intégrer l’économie extérieure dans l’établissement ou comme une volonté d’intégrer les enseignants dans l’espace économique local, comme une forme de nouvelle perspective de carrière.

    Par ailleurs, les rédacteurs du pamphlet rétro-pédalent sur l’intégralité du projet mis en place par Sarkozy, celui de la masterisation des concours. En fait de Master 2 pour les recrutement, le projet semble être de revenir à la licence comme base.

    « Revoir la formation des enseignants afin qu’elle favorise l’exercice du métier mais aussi les mobilités professionnelles et la diversité des carrières :

    la formation initiale doit être revue selon plusieurs modalités : tout d’abord le moment du concours pourrait intervenir dès la fin du cycle de licence, afin de consacrer les deux années de master à une formation en alternance dans laquelle la pratique mais aussi la réflexion autour des pratiques pédagogiques occupent une place de choix »

    Cela pourrait être vu comme un succès, cependant l’énigme de la « formation en alternance » en lieu et place du stage pose des questions importantes. Surtout, cette proposition ne s’inscrit pas dans une logique de retour au système précédent, mais bien de bond en avant dans la liquidation du corps enseignant sous son statut actuel. Le fond de l’affaire concernant la situation des enseignant, le voici :

    « augmenter le temps d’enseignement des enseignants du secondaire actuels avec un recours à deux heures supplémentaires, ce qui conduira à améliorer leurs rémunérations, et créer pour cela un nouveau corps d’enseignants qui pourrait se substituer progressivement à celui de professeur certifié. Pour ce nouveau corps, que les enseignants pourraient rejoindre sur la base du volontariat, le temps d’enseignement serait supérieur à celui des professeurs certifiés mais la rémunération serait également supérieure. Par ailleurs, on pourrait leur proposer des dynamiques de carrière plus intéressantes. Ce corps serait soumis à des obligations supplémentaires (bivalence, annualisation d’une partie du temps d’enseignement, obligation de remplacement dans l’intérêt du service) qui offriraient plus de souplesse aux chefs d’établissement. »

    En somme, un corps spécial, qu’il est possible de rejoindre sur la base du volontariat, mais qui se substituerait à terme aux enseignants « classiques » naîtrait. Il est notable de voir que la notion de volontariat n’a pas ici son sens classique.

    Ce corps spécial serait donc constitué de tâcherons effectuant plus d’heures, devant enseigner plusieurs matières, aux heures modulables et servant d’ailleurs de variables d’ajustement aux chefs d’établissement. En somme il s’agit de l’institutionnalisation de la précarité dans l’enseignement.

    Dans les faits, ce qui se profile est un pouvoir du chef d’établissement -qui devient un dieu tout puissant- dans la gestion d’une masse salariale qui se composera de plus en plus de contractuels, et qui tarira progressivement les recrutements faits selon la modalité de la certification. Des recrutements qui pourront appâter le candidat ou la candidate en faisant miroiter des carrières florissantes et une échelle des salaires plus souples, mais qui œuvrent surtout à creuser le fossé immense qui existe déjà dans les établissement. Fossé, qui, par ailleurs, sera acté d’une manière fracassante avec l’arrivée du contrôle continu qui se substitue en partie aux épreuves du bac.

    Libéralisation et dérégulation des conditions d’examen entraînent fatalement une variation de la valeur des baccalauréats passés dans les lycées, ce qui, avec le scandaleux Parcoursup, pulvérise la valeur du baccalauréat et sclérose encore les inégalités sociales.

    Quant à l’espoir de voir des moyens nouveaux arriver, ils sont immédiatement liquidés par le fait que l’intégralité de ce projet est architecturé autour de l’idée d’économiser des sommes considérables. Une nouvelle fois, la bourgeoisie, elle, s’en moque. Ses enfants, même les plus médiocres, ont leurs écoles, leurs réseaux, leurs pistons, leurs moyens de se reproduire socialement.

  • 2022, Cap Catastrophe – Partie 1

    2022, Cap Catastrophe – Partie 1

    2022, Cap Catastrophe

    Partie 1

    Nous avons temporairement mis en poste notre travail sur le discours de Versailles de Macron pour pouvoir évoquer le plus rapidement possible cette question centrale, celle de Cap 2022. Nos publications reprendrons dès que cette analyse sera terminée. 

    Malgré leur prétention constante à se dire « émanation de la volonté du peuple », les gouvernements bourgeois jouent régulièrement la carte du secret sur leurs projets. Diplomatie secrètes, accords sous la manche, raison d’État…. mais également réformes.

    Le gouvernement actuel possède une véritable obsession du secret. Le contenu des réformes sur la fiscalité, sur les caisses de cotisation ou sur le code du travail ont été maintenu le plus longtemps possible dans le silence et le flou. Rien d’étonnant en cela, tant ces projets de lois étaient des frappes nucléaires contre les droits sociaux. Heureusement des individus courageux les ont fait fuiter.

    Dans le cas du projet Cap 2022, la fuite, organisée par un militant de Solidaire, a plongé le gouvernement dans l’ire la plus totale. Le fait que les journaux aient publié ce dossier important (152 pages) n’a rien fait pour calmer cette colère. Cette obsession de l’omerta et cette colère ne peuvent que susciter la curiosité et l’intérêt le plus vif de la part des organisations de défense des intérêts des masses.

    Que contient donc ce rapport explosif ?

    Cap 2022 est le fruit d’un long processus. Il est l’aboutissement d’une trajectoire prise depuis le milieu des années 90 par les gouvernements successifs. Tout comme la loi Travail était la bataille centrale du code du travail, tout comme la réforme de la fiscalité était l’offensive générale contre les protections sociales, Cap 2022 est la bataille d’anéantissement sur une certain nombre de secteurs, donc l’éducation.

    Rien de ce que contient ce rapport n’est neuf ou ne représente fondamentalement une rupture avec les lignes précédentes, y compris celles défendues par la prétendue « gauche » capitularde et traîtresse. Pour un grand nombre d’aspects, ce sont des projets qui étaient déjà dans les cartons, sous la même forme, il y a 15 ans, notamment celle de l’autonomie des lycées.

    Contrairement à ce que prétendent les défaitistes, le fait que ces projets n’aient pas été appliqués immédiatement est l’illustration de la capacité de résistance que procurent les mobilisations, les manifestations et les grèves. Contrairement à la rumeur, elles « servent ».

    Le ton du rapport est typique de celui des attaques perfides. Les rédacteurs prétendent se placer du côté des masses populaires, affirment que tout est fait pour améliorer le fonctionnement de la société, pour la rendre plus juste, plus proche des attentes de ceux qui souffrent de l’exploitation ou de l’exclusion sociale. Tout est donc ampoulé, édulcoré, présenté sous le jour le plus favorable. La bourgeoisie est très forte à ce jeu. Mais le maquillage de la réalité ne peut empêcher celle-ci de transparaître. En lisant entre les lignes, il est possible de comprendre quel projet scélérat se prépare, quelle conspiration contre les intérêts populaires se trame, contre les intérêts des prolétaires, des ouvriers et des ouvrières, des employés et employés, mais également de la jeunesse et des exclus sociaux.

    Dès l’introduction, les rédacteurs et les rédactrices jettent les masques. Ils et elles annoncent que « plutôt que de chercher l’exhaustivité, [Ils et elles ont] pris le parti d’identifier les principaux verrous qui freinent la transformation publique .» Louable intention, mais transformer vers quoi ? C’est là que le bât blesse.

    « Nous militons pour un modèle d’administration où les managers seront plus autonomes et plus libres de prendre des décisions, les agents véritablement forces de proposition, un service public qui utilisera pleinement toute l’opportunité que représente le numérique tout en restant proche des usagers, sur le terrain, à leur écoute. » En somme, il s’agit d’accroître les pouvoirs des chefaillons et des gardes-chiourmes pour rationaliser le service, pour accroître sa rentabilité. Le numérique n’est qu’un prétexte qui sert à supprimer des postes pour réduire la « masse salariale. » Plus loin, l’introduction insiste : « Un service public accessible et plus personnalisé. Par exemple, les Français veulent plus de dématérialisation des démarches administratives, notamment les plus jeunes. » Les « français » veulent quelque chose qui permet de réduire les postes ? Bonne nouvelle !

    « Nous encourageons un modèle dans lequel l’innovation, la prise de risque seront valorisés, encouragés, soutenus »

    Que signifie « prise de risque » dans le cadre des services publics ? Quel sens cela peut-il avoir ? Comment un service public peut-il « prendre des risques » ? Tenter de faire circuler plus de trains ? Cela ne peut être compris que comme un déclenchement d’initiatives visant à rationaliser à outrance, à pratiquer un stakhanovisme à l’envers, d’améliorer la productivité pour accroître la charge de travail sur un nombre de fonctionnaires ou d’agents toujours plus réduits.

    « Nous souhaitons redonner aux citoyens le pouvoir de connaître leurs services publics avec la transparence totale des résultats, le pouvoir de l’évaluer, le pouvoir de participer à sa conception et à sa production. Le secteur privé a également son rôle à jouer dans l’exécution du service public . »

    Le benchmarking, continuellement applaudi par les grands penseurs de la science politique tels que Rosanvallon, qui le voient comme un système favorisant la démocratie interne, fait son chemin. Mais une nouvelle fois, les critères ou l’interprétation des résultats laisse craindre le pire. L’idée, une nouvelle fois, est celle de favoriser l’intervention du privé, qui trouve sa motivation principale dans le fait de tirer des bénéfices de son activité, donc, qui, dans l’esprit des concepteurs -bien éloigné de la réalité- devrait proposer des coûts bas et des résultats saisissants du fait de la concurrence.

    Mais les lois de l’économie capitalistes ne vont pas dans ce sens. Dans les faits, chaque fois que des privatisations de ce type ont été opérées, elles ont débouché sur la création de marchés captifs, de marchés de monopoles. Autoroutes, rails, cantines scolaires, prisons… tout autant de cadeaux fait aux patrons et aux patronnes.

    « Nous appelons à clarifier et simplifier les systèmes devenus trop complexes. Nos systèmes de santé, de protection sociale, de recouvrement social et fiscal, notre accompagnement des personnes en situation de handicap, notre justice, ne répondent plus correctement aux besoins des Français. Ils sont difficiles à adapter au monde qui change ; aux attentes qui évoluent, et de moins en moins lisibles pour les usagers. Nous proposons de les faire évoluer en plaçant l’usager au centre en personnalisant le service et en l’adaptant à chacun. »

    Une nouvelle fois, la modernité est prise comme argument pour justifier le fait qu’il faille trancher dans le vif et simplifier des systèmes qui « ne marchent plus ». Ils ne marchent plus notamment du fait qu’ils aient été tranchés financièrement par le travail de sape orchestré par les divers gouvernements successifs. La gauche à par ailleurs fait office de pionnier dans le domaine, avec les lois sur le financement de la Sécurité Sociale.

    « De même, en raison de ce poids des dépenses publiques, nous n’aurions pas les marges de manœuvre nécessaires pour répondre à une nouvelle crise économique. Par ailleurs, ce niveau de dépenses, qui se traduit par des taux de prélèvements obligatoires élevés, pèse sur l’économie et la compétitivité de la France. »

    En somme, il nous est appris que si nous ne réduisons pas nos dépenses, nous ne pourrons pas renflouer les caisses des entreprises et les banques qui se sont effondrées du fait de leurs activités de spéculation. Nous devons donc, immédiatement, nous serrer la ceinture pour pourvoir nous assurer d’avoir la masse critique permettant de maintenir le taux de profit des actionnaires, des rentiers, des investisseurs, et éviter ainsi qu’une partie de la bourgeoisie soit mise en difficulté. La bourgeoisie, également, lorgne sur les marchés de l’assurance et de la santé depuis longtemps -et les médecines alternatives ou « douces » ne sont pas moins rapaces que les autres!- la suppression des cotisations sociales permet non seulement de réduire le salaire (de plus de 50 %!) mais également ouvre un nouveau marché colossal. Tout est bon, pour le bourgeois et la bourgeoise, dans la privatisation -sauf en temps de crise !

    L’introduction donne le ton. A sa suite, une première partie intitulée « Nos convictions prend le relais ».

    Cette partie est un monument dédiée à l’apologie de la libéralisation des services publics et à la liquidation des statuts de fonctionnaires. Elle est principalement remplie de creux et de vide, de tentatives plus ou moins pathétiques d’auto-justifier la politique menée, en allant jusqu’à prétendre qu’elle est réclamée par les agents eux-mêmes.

    « Une forme d’épuisement peut par ailleurs s’exprimer, allant parfois jusqu’à des situations de souffrance. Les agents publics sont en effet soumis à des injonctions parfois paradoxales et pâtissent de devoir eux-mêmes faire des choix sur la priorisation de leurs activités. » « C’est pourquoi ils perçoivent le besoin de changement et de transformation du service public. »

    Ergo, si vous souffrez au travail, c’est que vous êtes en faveur de la liquidation de votre service.

    Une transformation annoncée comme radicale est proposée : « Reconnaître que les usagers et les territoires ont des besoins différents, auxquels il faut répondre de manière différenciée, est ainsi un enjeu d’équité. Pour cela, il faut construire le service public autour de l’usager final et de ses besoins et non plus en fonction de la manière dont l’administration est organisée. »

    En somme, il s’agit, sous une prétention d’égaliser, d’entamer une rupture de la prétendue « Egalité Républicaine » et d’officialiser l’inégalité. L’intention d’un traitement basé sur l’équité plus que l’égalité formelle peut paraître louable à plus d’un titre, mais la manière dont elle est organisée laisse présager une campagne visant à niveler par le bas les services publics et à, in fine, accroître les inégalités entre les voies réservées à la bourgeoisie -en particulier au niveau de l’école- et celles destinées aux classes populaires.

    Par ailleurs, en fait d’un cadre strict permettant l’égalisation, c’est la loi du marché qui règne, loi du marché que l’État se borne à réguler d’une manière lâche et souple, pour ne pas nuire aux initiatives du secteur privé, désormais pleinement intégré comme partenaire.

    «  l’État devra renforcer son rôle de régulateur, qui sera d’autant plus important que conception et production du service public seront ouvertes. La puissance publique doit aussi veiller à ce que le cadre normatif existant ne bloque pas les initiatives. L’ouverture des données et la transparence que nous préconisons devraient ainsi permettre d’encourager la société à participer au service public. »

    Pour les agents, c’est l’épuisement accru, le diktat des managers, devenus des véritables maîtres à bord. Mais, heureusement, une parade est mise en œuvre par les créateurs de ce projet :

    « La confiance passe aussi par un contrat social renouvelé, qui prend en compte les enjeux de formation, de mobilité professionnelle, permettant de mieux accompagner les agents dans les changements et dans leur parcours. Bien sûr cette confiance doit s’accompagner d’une plus grande exigence d’évaluation qui doit porter sur les résultats. »

    Ce genre ce processus est responsable d’une dégradation terrible des conditions de travail dans les services publics et même dans les organes de répression de l’État bourgeois, où les taux de suicide se sont envolés. La pression, l’exigence du chiffre, les mutations-sanction, le pouvoir absolu de certains chefs ont causé des ravages. Ce système est en passe d’être étendu à l’ensemble de la fonction publique.

    Le projet Cap 2022 doit répondre aux objectifs suivants : liquider une partie du corps des fonctionnaires pour faire place à une souplesse dans la gestion de la masse salariale.

    Réaliser des économies en surchargeant le personnel restant, à l’image de ce qui s’est passé pour la Poste, pour France Télécom et pour la SNCF -où cela s’est traduit notamment par une hausse monstrueuse du taux de suicide, du fait de la pression des chefaillons, qui, en plus de leur inutilité, coûtent cher.

    Utiliser cette liquidation des services publics pour justifier la suppression d’une partie du salaire indirect au profit d’une élévation cosmétique du salaire direct -laquelle sera dévorée par l’inflation en un temps record.

    Ouvrir des marchés pour les capitalistes, marchés le plus souvent captifs permettant de réaliser des profits titanesque du fait de la situation de monopole induite.

    Deuxième partie : les 22 offensives pour 2022