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  • Résolution de l’ICOR sur la situation au Venezuela.

    Résolution de l’ICOR sur la situation au Venezuela.

    Résolution de l’ICOR sur la situation au Venezuela.

    Ne touchez pas au Venezuela ! Pas d’intervention impérialiste
    dans les affaires intérieures du Venezuela !
    Le peuple doit décider lui-même de son sort !

     

    Conformément à l‘appel de notre organisation ICOR, Plataforma Socialista « Golpe de Timon », l’ICOR condamne le plus sévèrement le coup d’État actuel qui se développe au Venezuela, entrepris le 23 janvier par l’auto-proclamation du président, Juan Guaidó, comme président par « intérim » de la République et ceci de la part de l’assemblée nationale tout en méprisant la Cour suprême. Il essaie d’usurper le pouvoir que le peuple, en plein exercice de sa souveraineté, a donné au président légitime réélu, Nicolas Maduro, dans les élections démocratiques du 20 mai 2018.

    Cette tentative forcée d’un changement de régime est perpétrée par l’impérialisme US-américain qui, de façon éhontée, a pris l’avant-garde de la direction politique de l’opposition de laquais, soutenu par les gouvernements droitistes fantoches dans la région.

    L‘origine de la crise politique actuelle est le blocus économique rigoureux dont souffre le peuple du Venezuela et qui est pratiqué par les centres impérialistes des États-Unis et de l’UE. Avec une stratégie d’étranglement ils tâchent de fermer les voies par lesquelles le pays reçoit des vivres, médicaments, équipements, pièces de rechange etc.  Ce faisant, ils tirent profit du caractère dépendant et basé sur des exportations en nombre réduit pour promouvoir une crise économique et politique nationale et de cette manière retirer le soutien du peuple à la révolution bolivarienne.

    L’OTAN poursuit la même politique. Cela a plongé le Venezuela dans une situation extrêmement dangereuse et critique. Les activités criminelles et contraires au Droit international de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la France et d’autres membres de l’Union Européenne (UE) font partie d’une stratégie généralisée de pillage des réserves en pétrole du Venezuela et d’endiguement de l’influence croissante de la Chine et de la Russie dans toute l’Amérique latine. De cette manière les contradictions inter-impérialistes s’aggravent massivement sur le dos du peuple vénézuélien avec le danger d’un conflit armé.

    Cependant, la crise que subit le Venezuela ne peut pas seulement être ramenée aux menaces et activités de l‘extérieur. Il est important de noter que la direction du gouvernement a aussi commis des erreurs ; les concessions faites à des parties de la bourgeoisie, des vices tels que la corruption, le bureaucratisme et le manque d’efficacité se sont manifestés qui ont aussi détérioré les conditions de vie du peuple vénézuélien. La gauche du Venezuela n’a pas pu consolider sa force d’organisation ni faire une proposition pour avoir une plus grande influence sur la réalité politique nationale dans le but de régler la dispute concernant l’orientation et le positionnement de la voie stratégique vers le socialisme ; et la possibilité s’est affaiblie d’avancer dans la maîtrise des défis révolutionnaires. **

    D’une part les conditions mentionnées ci-dessus poussent les masses populaires à prendre des positions qui rejettent le caractère social-démocrate qui semble gagner de plus en plus d’influence dans les rapports de force au sein du gouvernement. Et d’autre part elles mènent à ce que des parties de l’opposition de droite concentrent le mécontentement et gagnent des secteurs de la population où, avant, elles n’avaient pas la possibilité de gagner en influence. Pour cette raison, des actions violentes sous couvert de protestations ont été déclenchées dans certaines de ces communes et ont été réalisées par des groupes de l‘extrême droite, y compris par des groupes paramilitaires.

    Aujourd’hui la situation ne présente plus seulement une menace. Il s’agit de la tentative d’un coup d’État, initié sans aucun doute à Washington, et où les États-Unis pointent un revolver sur la tempe du peuple vénézuélien et le prennent en otage pour obtenir que le gouvernement national se rende ou accepte des « négociations » ; la proposition va de la simple extradition jusqu’à l’appel démagogique à des élections « libres ». Le succès de cette tentative de coup d’État aurait comme conséquence l’effondrement de l’État national avec des retombées pour tout le continent.

    La révolution bolivarienne a produit des améliorations innovatrices pour la situation des femmes dans les domaines de l’éducation, de la santé, des soins aux personnes âgées et aux parents isolés et de l’administration communale ; des formes de l’auto-organisation de la base se sont développées, un signal pour toute l’Amérique latine.

    En ce moment de clarification il est important d’adresser des messages de solidarité de la part de pays alliés, d’organisations multilatérales, de partis et de mouvements sociaux dans le monde, pour rassembler ce grand mouvement anti-impérialiste qui fait valoir la vérité du Venezuela, s’oppose résolument à l’éventualité d’une guerre, demande des solutions sans paternalisme ni intervention, et qui accompagne la défense du pays et encourage la solidarité avec le peuple vénézuélien et le gouvernement légitimement élu face au siège.

    Seuls l’unité et le courage du peuple vénézuélien avec ses profondes racines historiques anti-impérialistes, en unité et solidarité internationales, sont en mesure d’infliger une nouvelle défaite à l’impérialisme US-américain. C’est au mouvement révolutionnaire de gauche de reconstruire le moral collectif avec un programme qui permet d’unifier les luttes populaires, les oriente vers la perspective du socialisme et l’ensemble du peuple travailleur à le construire et le défendre. Nous ne doutons pas une seconde que la victoire du peuple vénézuélien revient à faire échouer la stratégie impérialiste qui est de reprendre le contrôle de l’Amérique latine, car dans cette tentative d’une guerre au Venezuela ils compromettent leur crédibilité en tant que maîtres du monde.

    L‘issue de la crise est révolutionnaire !

    ** Ce paragraphe n’est pas soutenu par le NDMLP Sri Lanka, mais ils acceptent la résolution dans sons ensemble.

    Signataires (en date du 28/02/19 – liste actuelle des signataires sur www.icor.info):

    1. PCPCI   Parti Communiste Prolétarien de Côte d’Ivoire, Côte d’Ivoire
    2. ORC   Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
    3. RCP   Revolutionary Communist Party of Egypt (Partie communiste révolutionnaire d’Egypte)
    4. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
    5. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
    6. PCT   Parti Communiste du Togo Togo
    7. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
    8. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
    9. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
    10. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
    11. NDMLP   New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka
    12. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
    13. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
    14. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
    15. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
    16. BP (NK-T)   Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchevique (Kurdistan du Nord / Turquie))
    17. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
    18. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
    19. VZDOR   VZDOR – strana práce (Résistance – parti du travail), Slovaquie
    20. KSC-CSSP   Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque
    21. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
    22. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
    23. PR   Partija Rada (Parti du travail), Yougoslavie (ex)
    24. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
    25. PC/ML   Partido Comunista (Marxista-Leninista) de Panamá (Parti communiste (marxiste-léniniste) du Panama)
    26. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
    27. BDP   Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
    28. PML del Perú   Partido Marxista Leninista del Perú (Parti marxiste-léniniste du Pérou)
    29. PPP   Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)
    30. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
    31. PS-GdT   Plataforma Socialista – Golpe de Timón (Plate forme Socialiste – Changement de direction), Vénézuela
  • Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 3

    Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 3

    Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 3

    Le « moindre mal » consistait en adopter des parts du programme du PSL dont Bolsonaro était le candidat. Ainsi, entre les deux tours, le PT a intégré plusieurs éléments du programme du PSL, notamment en faisant des concessions énormes auprès de revendications portées par les religieux. En faisant cela, non seulement le PT n’a pas gagné de voix, mais il a contribué à accélérer sa décomposition. Coincé entre le marteau de la bourgeoisie et l’enclume de leur base sociale et de leur base d’appui, le PT se disloque.

    Cet exemple est terriblement illustratif de la faillite de l’intégralité des directions sociale-démocrates, et ce, dans toute l’histoire de la pensée réformiste.

    Le crétinisme parlementaire, les calculs politiciens, les prises de positions basées sur un « moyen-terme », sont, en dernière instance, des impasses. La sociale-démocratie ne considère sa victoire qu’au travers des urnes, qu’au travers de l’accès aux plus hautes fonctions d’un Etat intrinsèquement bourgeois, conçu, ouvragé, architecturé par la bourgeoisie pour réprimer les masses populaires. Et son accès ne se fait que par la victoire d’une « majorité » sur une « minorité » au sens le plus électoral du terme.

    Pour gagner cette « majorité », au lieu d’être sincère et honnête avec les masses, même si certaines vérités peuvent être déplaisantes ou glaciales, la sociale-démocratie cherche le consensus, le flou, les déclarations qui l’entretiennent, qui permettent à chacun d’y voir ce qu’ils veulent y voir. En clair, au lieu de chercher à se démarquer de la bourgeoisie, à soulever les masses contre elle, elle vise à les faire capituler.

    Elle recherche une victoire électorale « au centre », au lieu de rechercher une victoire politique « aux ailes », en attaquant frontalement la bourgeoisie, en dénonçant son discours, ses élections, son Etat.

    En France, durant la dernière élection, aucun candidat, même issu des organisations les plus « radicales » n’a fait cela. Tous ont respecté le fonctionnement des élections bourgeoises, sans jamais s’attaquer à elle et sans jamais chercher à faire avancer politiquement les exploités et les opprimés. Pire, les positions, même les plus « à gauche », étaient réactionnaires dans le sens où elles ralentissaient la prise de conscience politique, la ramenaient en arrière.

    Pour une grande partie des masses populaires, des exploités et des opprimés, il y a une conscience diffuse du fait que le capitalisme ne fonctionne pas, du fait que les directions successives des Etats bourgeoisie œuvrent toutes dans le sens d’une réduction des salaires, d’une baisse des niveaux de vie, d’une baisse -même- de l’espérance de vie. Il existe une conscience diffuse du fait que les élections sont des parodies de démocratie, qu’elles ne changent strictement rien sur le fond de l’affaire, car ils expérimentent dans leur chair, dans leur vie, les conséquences directes de la dictature de la bourgeoisie.

    Face à cela, les sociaux-démocrates, affichés ou non, n’offrent qu’un panel de discours allant du « nous ferons mieux (dans la cogestion avec la bourgeoisie) » à « le cadre électoral n’es pas parfait » pour les plus radicaux. Dans l’un comme dans l’autre, le 4ème mur de l’electio comoedia, de la comédie électorale, n’est pas brisé.

    Derrière cela, il existe l’idée, pourtant broyée par Lénine, que la question de la victoire sur la bourgeoisie n’est qu’une question de la victoire de la majorité contre la minorité. Il réside là le mythe que le fait d’accéder aux fonctions suprêmes de l’Etat bourgeois est la clé de la résolution de tous les problèmes -si tant est que ces politiciens professionnels croient un instant à leurs propres discours.

    Non seulement cette position est fausse, mais elle est dangereuse politiquement. Lénine, résumant la pensée de Karl Kautsky, écrivait cela : « Si l’on raisonne en libéral, on sera obligé de dire: la majorité décide, la minorité obéit. Les désobéissants sont punis. Voilà tout. Inutile de disserter sur le caractère de classe de l’État en général et sur la « démocratie pure » en particulier; cela n’a rien à voir là dedans puisque la majorité est la majorité, et la minorité la minorité. Une livre de chair est une livre de chair, un point c’est tout ! »1

    « Epris de démocratie « pure », dont il ne voit pas le caractère bourgeois, il soutient avec une « belle logique » que la majorité, du moment qu’elle est majorité, n’a pas besoin de « briser la résistance » de la minorité, de la « réprimer par la violence »; il lui suffit de réprimer les cas de violation de la démocratie. Épris de démocratie « pure », Kautsky, par mégarde, commet ici la petite erreur que commettent toujours les démocrates bourgeois, c’est à dire qu’il prend l’égalité de forme (de bout en régime bout mensongère et hypocrite en régime capitaliste) pour en l’égalité de fait ! Que cela ! »2

    Comme si les exploiteurs, qui possèdent les capitaux -culturels comme financiers- les habitudes de commandement, les relais politiques et médiatiques, les moyens de production et de répression, étaient les égaux des exploités.

    Nous l’avons mentionné dans plusieurs brochures précédentes traitant de la légalité bourgeoise tout comme de la dictature du prolétariat, la bourgeoisie ne fera pas de quartier si elle se sent menacée. Préventivement, elle sème les idées réactionnaires, la division au sein des masses, les troubles et le chaos dans les exploités pour les diviser et les écraser.

    Or, les sociaux-démocrates, que font-ils ? Comme ces idées sont hégémoniques -car l’idéologie bourgeoise est hégémonique elle aussi- comme elles sont les idées de la majorité, ils les adoptent. Ils les adoptent et les déploient largement pour tenter de concurrencer les réactionnaires sur leur propre terrain.

    Ainsi, ils avalisent les idées réactionnaires, les cajolent, soit-disant, encore, parce qu’ils écouteront les masses tout en faisant le « moindre mal ». Ils donnent raison aux fascistes et aux fascisants sur le fond, en adoptant leur programme, maquillé de social. Ainsi naissent les fractions sociales-fascistes, telles Aufstehen !, tels les discours de Kuzmanovic, tout comme avant il y eut les Mussolini, les DAP, les PPF…

    La seule utilité des élections, pour les organisations communistes, pour les progressistes sincères, est d’utiliser la parodie de démocratie pour la dénoncer, pour avancer la nécessité de l’organisation indépendante des masses populaires, des exploités, des opprimés, dans leurs outils du pouvoir : les soviets, les conseils, les assemblées populaires. D’appeler à s’organiser dans les rangs des organisations qui veulent avancer vers le changement réel : les organisations communistes.

    Ce sont les conclusions qui se tirent de l’expérience du mouvement ouvrier, du mouvement révolutionnaire, du mouvement communiste. Non par choix, non pas amour de l’aventure, mais par conscience du fait que la bourgeoisie, les bourgeoisies, confrontés aux mêmes difficultés économiques, sociales, ou politiques, opteront toutes par un schéma similaire : l’appel à la réaction, l’appel à l’écrasement des contestations populaire, la mobilisation réactionnaire des masses, l’appel à la liquidation du camp progressiste et révolutionnaire.

    Même si l’élection de Bolsonaro au Brésil a pu gêner aux entournures certains dirigeants bourgeois qui veulent maintenir une façade de progressisme, non seulement ces dirigeants collaboreront économiquement avec le fasciste Brésilien, mais ils le soutiendront politiquement. Tout « progressistes » que se disent les Trudeau -cette droite que la gauche aime bien- les Macron, aucun océan politique ne les séparent.

    1V. Lénine, Le renégat Kautsky et la Révolution Prolétarienne. (1918)

    2Idem

  • Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 2

    Le Brésil à la croisée des chemins – Partie 2

    Partie 2

    Pourquoi Bolsonaro a t’il gagné ?

    Le point central demeure néanmoins la désespérance des masses populaires face à l’échec du réformisme, de la sociale-démocratie. La sociologie du vote sera mieux connue au fur et à mesure des travaux qui seront fait sur cette question, mais il est possible de tirer quelques traits généraux :

    Un clivage géographique important : le Nordeste, l’Etat le plus pauvre, a été le bastion du vote Haddad tandis que les régions les mieux intégrées dans l’économie internationale ou frontalières du nord et de l’ouest -soumises à une paranoïa de l’expansion du conflit venezuelien- ont voté majoritairement pour le parti de Bolsonaro.

    La composition ethnique du Nordeste, aussi, où les descendants d’esclaves sont les plus nombreux, joue un rôle dans le rejet de la rhétorique raciste du candidat fasciste.

    Sur « qui vote quoi », le résultat est clivé : Le Brazilian Institute of Public Opinion and Statistics (IBOPE) indiquait que le quart inférieur de la population, en termes de revenus, était le seul à avoir majoritairement voté pour Haddad (59/41) tandis que les plus aisés illustrent un écart écrasant (29/71).

    Au niveau des études, ceux et celles qui ont un niveau primaire sont, là encore, les seuls à être plus pour Haddad que pour Bolsonaro (54/46). L’abstention et le vote nul ne sont pas inclus dans le tableau, cependant, ce qui peut fausser les résultats.

    Ce n’est donc pas un total écrasement que connaît le PT, en termes de votes et de résultats. Mais la défaite n’est pas quantitative, elle est qualitative.

    Les masses populaires, qui représentent une écrasante majorité, se sont globalement détournées de ce parti et se sont laissées convaincre par la rhétorique fasciste.

    Deux raisons à cela :

    D’une part le discours individualiste et moraliste du candidat réactionnaire, qui a trouvé un écho chez les déçus du PT. Bien des prolétaires, même si le discours était calibré pour la petite bourgeoisie ou le lumpenprolétariat, ont bu les paroles et les promesses de prospérité économique, de réussite sociale, de possibilité de grimper l’échelle sociale. Parmi les témoignages recueillis chez ceux qui ont soutenu le fasciste, revient sans cesse cet espoir de « rêve américain » promis par l’élection de Bolsonaro.

    Reviennent aussi les questions liées à la probité des candidats. Bolsonaro s’est targué d’être le seul à ne pas avoir été éclaboussé par les scandales de corruption, au contraire des ex-présidents Lula et Roussef.

    L’autre aspect est du fait du bilan de la sociale-démocratie elle-même et du fait qu’elle soit une impasse stratégique. Rendons cependant à César ce que revient à César et accordons-le : le bilan en termes de lutte contre la pauvreté des mandats de Lula et de Rousseff sont positifs. Les différents programmes ont permis de sortir de la misère la plus noire une masse importante de population. Ils ont offert l’accès à la santé, à l’éducation, à une alimentation régulière à un grand nombre de personnes.

    Mais il s’agissait alors d’une période d’expansion économique importante, après le marasme de la fin des années 1990. La bourgeoisie était alors contrainte d’accepter ces concessions -vues comme temporaires- pour son propre salut. A parti de 2011, cependant, la situation s’était terriblement dégradée. La récession économique avait cruellement frappé le pays, avec un taux de chômage de près de 13%, soit plus de dix millions de chômeurs. La contraction de l’économie et l’incapacité de la sociale-démocratie à enrayer la crise ont joué en plein. La bourgeoisie est passée également d’une position où elle pouvait concéder des miettes à une où, se sentant menacée, elle s’est mise à se raidir, à se crisper, à riposter.

    Or, comment le PT a t’il réagit ? Par le « moindre mal » .

    Chaque fois que la sociale-démocratie a pu être confrontée à la réalité de l’exercice du pouvoir, elle a échoué et trahi ceux qu’elle prétendait défendre. L’histoire contemporaine l’illustre avec une acuité constante.

    Dans les œuvres choisies de Dimitrov, on retrouve ainsi ce paragraphe prophétique : Le principal obstacle dans la voie de la réalisation du front unique de lutte des ouvriers communistes et social-démocrates, a été et reste la politique de collaboration avec la bourgeoisie, suivie par les partis social-démocrates, qui actuellement ont amené et exposé le prolétariat international aux coups de l’ennemi de classe. Cette politique de collaboration avec la bourgeoisie, connue sous le nom de politique dite du « moindre mal », a, en fait, amené en Allemagne le triomphe de la réaction fasciste.

    Cette politique du « moindre mal », du fait de la sous-estimation des contradictions entre exploiteurs et exploités, est la signature de la sociale-démocratie. Elle est ce qui fait qu’elle échoue toujours à porter des coups. Au mieux les sociaux-démocrates se voient comme des « bouclier », qui essaient de trouver un terrain d’entente avec la bourgeoisie sur le dos des masses « pour leur bien ». Elle essaie sans cesse de marier l’inconciliable, les intérêts des exploiteurs et ceux des exploités, tout en conservant un « consensus démocratique ». Or, cela se traduit par la trahison pure et simple des interêts des masses populaires, par le fait de se plier, lentement mais sûrement, aux injonctions de la bourgeoisie, sous prétexte que si cela n’est pas fait, la situation « sera pire ».

    Déjà affaibli, le PT a été en face d’un choix stratégique.

    La sociale-démocratie du Venezuela, dès l’époque de Chavez, a tenté un jeu du grand écart : faire un bloc national contre les pressions des USA, et faire une espèce de « démocratie nouvelle » sans dictature du prolétariat. Cela a fonctionné un temps.

    Au fur et à mesure de l’avancée de la lutte des classes, la situation s’est compliquée. Voulant maintenir le bloc par une conciliation de classe, la sociale démocratie vénézuelienne s’est trouvée entre deux feux : d’une part celle d’une portion de la bourgeoisie qui s’appuie, de plus, sur des puissances étrangères, de l’autre celle des masses déçues. Il en ressort ce conflit constant, dans lequel la seule issue est celle d’un glissement vers la réaction.

    Dans le cas du Brésil, le PT ne pouvait jouer la carte du bloc. Sa bourgeoisie n’a d’autre vocation que celle de s’épanouir comme une bourgeoisie impérialiste. Cette voie nationale-populaire, une voie de compromis cependant, lui est fermée. Elle a agi alors par la trahison pure et simple des intérêts des masses, sous prétexte d’être « le bouclier ». La bourgeoisie exige, le PT est pris par l’obligation d’obéir, car, dans la concurrence internationale, dans la crise, il ne peut trahir son maître, qui est dos au mur.

    Cela mérite qu’on se penche un instant sur ce qu’écrivait Staline juste après la victoire du nazisme : Il ne faut pas la considérer seulement comme un signe de faiblesse de la classe ouvrière et comme le résultat des trahisons perpétrées contre elle par la social-démocratie qui a frayé la route au fascisme. Il faut la considérer aussi comme un signe de faiblesse de la bourgeoisie, comme un signe montrant que la bourgeoisie n’est plus en mesure d’exercer le pouvoir par les vieilles méthodes du parlementarisme et de la démocratie bourgeoise, ce qui l’oblige à recourir dans sa politique intérieure, aux méthodes terroristes de gouvernement; comme un signe attestant qu’elle n’a plus la force de trouver une issue à la situation actuelle sur la base d’une politique extérieure de paix, ce qui l’oblige à recourir à une politique de guerre.1

    La crise économique et la peur de la bourgeoisie d’une perte de contrôle ont donné naissance à la volonté de mettre en place ce personnage. La sociale-démocratie, qui était une interface intéressante un moment, n’a plus suffi. Alors la bourgeoisie et particulièrement la grande bourgeoisie l’ont abandonné et jeté dans la fosse aux lions.

    Il ne fait aucun doute que les grandes compagnies comme Pétrobras ont arrosé massivement l’intégralité des politiques du Brésil, à droite comme à gauche. C’est là une politique logique et cohérente pour que ce grand trust soit laissé en paix. D’une part, il s’agit d’un petit coût pour conserver d’immense bénéfices, de l’autre, cela permet de mouiller des responsables politiques dans des affaires louches, de leur accrocher des casseroles, et de leur faire payer l’addition quand bon leur semble.

    Il est probable que l’émergence des affaires de corruption concernant Lula et Rousseff étaient le signe annonciateur d’un changement de stratégie de la part de la grande bourgeoisie brésilienne, pour amorcer un durcissement de sa ligne et gouverner sans interface. Passer de la lutte des classes à la guerre terroriste contre les masses populaires.

    Et face à cela, la sociale-démocratie est restée paralysée.

    1J. Staline : « Deux Mondes », Rapport sur l’activité du Comité central présenté au XVIIe congrès du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S., les Questions du léninisme, t. II, p. 139, Editions sociales, Paris, 1947.

  • Le Brésil à la croisée des chemins. Partie 1

    Le Brésil à la croisée des chemins. Partie 1

    Le Brésil à la croisée des chemins.

    Partie 1

     

    Jair Bolsonaro a été élu. Le candidat d’extrême-droite, avec 56% des voix, accède aux fonctions suprêmes de la 9ème puissance mondiale et du 5ème Etat le plus peuplé du monde. Bolsonaro « Mito » -le Mythe- a désormais les coudées franches pour imposer son programme de terreur sur les masses populaires du Brésil.

    Cette élection était une formalité pour les fascistes. Le recours à la force avait été déjà envisagé -et annoncé publiquement- comme option en cas d’échec.

    Si, déjà en amont de l’élection, les partisans de Bolsonaro avaient commis des exactions, enivrés par l’hypothèse de la victoire, par les discours fiévreux et enflammés, dès l’annonce des résultats, une chape de plomb est tombée sur le Brésil.

    Les manifestations de colère et de dépit de la part des opposants au nouveau président ont été réprimés avec la plus grande virulence, tant par une police déchaînée que par des partisans du militaire, se muant en pogromistes de la pire espèce.

    Les seuls manifestants qui purent, au mépris de la loi, marcher dans les rues, furent les militaires eux-mêmes. A Niteroi, près de Rio, les militaires goguenards ont ainsi traversé la foule, juchés sur leurs camions, fusil d’assaut à la main.

    Aujourd’hui, les universités du Brésil sont sous tension. Leur nouveau ministre est un vieillard, militaire de carrière, ancien pilier de la dictature, à l’heure où ces lignes sont écrites, des professeurs sont interrogés par la police. Les favelas tremblent devant la certitude de voir des escadrons de la mort envahir les rues et semer les cadavres. Les femmes, les minorités sexuelles, les natifs, s’attendent à voir une pluie de lois réactionnaires et racistes tomber du ciel. Les progressistes, les révolutionnaires, les communistes se sont vus proposer un choix simple : la valise ou le cercueil. L’exil ou la tombe. Certains, certaines, qui, pourtant, sont en première ligne, ne se doutent de rien. Parmi la foule qui a applaudi l’élection se trouve une majorité de futures victimes.

    Le programme anti-populaire de Bolsonaro a pourtant séduit nombre de votants et de votantes. Logiquement, les milliardaires du football brésiliens, à qui il promet des taxes réduites, les marchés nationaux et internationaux, qui se ruent sur l’aubaine de pouvoir exploiter la main d’oeuvre du Brésil, dont le coût s’effondrera, et qui pourront faire la loi dans les entreprises.

    Et pour cause !

    Le plan économique de Bolsonaro repose sur trois piliers, qui ne sont jamais explicités dans le plan gouvernemental du candidat, mais indiquent la voie à suivre pour que « l’économie brésilienne soit gérée par le Brésil ».

    Les trois piliers sont la privatisation sans limites, la réduction des droits du travailleur (le portefeuille jaune), et l’indépendance de la Banque centrale du Brésil. Toutes ces politiques aggraveront la crise économique brésilienne, qui conduira au chaos dans les grandes villes et aura un impact négatif sur la vie des populations les plus vulnérables.

    En ce qui concerne les privatisations, elles reposent sur un néolibéralisme archaïque, il est envisagé de vendre toutes les participations de l’État brésilien dans des entreprises appartenant à l’État, notamment le système Eletrobras, Petrobras, etc. L’opinion qui prévaut est que la vente de participations dans des entreprises d’État suffira à atténuer considérablement le déficit budgétaire de l’État. Dans les faits, non seulement cette liquidation du patrimoine financier et des rentrées d’argents est une perte à moyen-terme, mais bien souvent, la gestion désastreuse qu’ont les capitalistes monopolistes de leurs entreprises oblige l’Etat à les porter à bout de bras.

    La liquidation est vendue comme une aubaine en termes de réductions de taxes et de transformation du salaire indirect en salaire direct, mais elle est -en vérité- une réduction salariale déguisée.

    En revanche, pour le capitalisme international cela est vu comme une occasion en or de conquérir de nouveaux marchés et de réaliser des investissements fructueux. Le Canada s’est ainsi réjouit de cette élection, tant elle ouvre des possibilités de développement dans le secteur des mines et du pétrole.

    Parmi les soutiens réactionnaires à Bolsonaro, nous retrouvons également les nostalgiques de la dictature militaire, les chauvins, les racistes, les « phobes » de tout poil et les misogynes…

    Mais d’autre part une grande partie des masses populaires s’est rallié à son panache. Il y a là matière à tirer des leçons importantes.

    Bolsorano, ou l’éternelle leçon d’histoire

    Chaque élection amenant un candidat ultra-réactionnaire au pouvoir entraîne systématiquement un torrent de réflexions oiseuses sur la « bêtise » des électeurs et des électrices. Avec condescendance, ceux qui ont glissé un bulletin fasciste dans l’urne sont vus comme des idiots, des imbéciles. Parfois ce sont des réflexions racistes qui sont ainsi avancées : Américains congénitalement dégénérés, Brésiliens incapables de comprendre la démocratie, Russes trop ignares ou manipulés….

    Chaque fois que nous nous sommes exprimés sur le sujet, nous avons essayé de tordre le coup à ces idées fausses et réactionnaires, elles aussi. Dans le cas du Brésil, il existe plusieurs facteurs qui expliquent cette trajectoire funeste.

    Bolsonaro n’est pas tombé du ciel. Ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel d’azur. Son élection est le fruit d’un processus de décantation étalé sur des années. Un processus qui se résume par la faillite de la sociale-démcoratie à faire face à la misère, à l’exploitation, à l’opression.

    D’autres paramètres existent : L’hystérie anticommuniste comme fond politique, hystérie nourrie par la quasi-intégralité des forces politiques, issue d’une longue tradition de lutte contre les révolutionnaires, laquelle a servi pour attaquer le PT. Dès 2016 et le coup d’Etat de Temer, un sourd Maccarthysme s’est installé, avec sa propagande, ses menaces, ses agressions.

    La situation au Venezuela a également été utilisée comme repoussoir et comme illustration de ce que le « communisme » pourrait donner. Nous reviendrons dessus pour que le tri soit fait entre le vrai et le faux.

    Les congrégations religieuses, notamment les évangélistes, très puissants, ont manoeuvré en faveur de Bolsonaro et de sa clique, dans le but d’obtenir des facilités fiscales, par conservatisme, par anticommunisme.

    Les milieux d’affaire ont offert une campagne dorée, étincellante, tandis que les réseaux sociaux, tout comme pour l’élection de Trump, ont été un point d’appui essentiel. En déversant des fakes news à tout va, en permettant de contacter chaque inscrit, ces biais ont été une arme redoutable.

    La mémoire de la dictature militaire de 1964-1985 est très faible chez les jeunes. L’historiographie dominante est, in fine, celle des militaires, qui parlent de « révolution démocratique » ou de « révolution rédemptrice » contre les maux que sont le communisme, l’athéisme, l’internationalisme. Cette « contre-révolution préventive » est murée dans le silence par la loi d’amnistie de 1979, laquelle a protégé une poignée d’opposants et l’intégralité des bourreaux.

    Tout comme le coup d’Etat de de Gaulle en 1958 pour la France, que celui de Krouchtchev en 1957, la dictature militaire a été effacée des mémoires populaires.

    Le point central demeure néanmoins la désespérance des masses populaires face à l’échec du réformisme, de la sociale-démocratie.

  • Le fasciste Jair Bolsonaro est en tête au Brésil.

    Le fasciste Jair Bolsonaro est en tête au Brésil.

    Le fasciste Jair Bolsonaro est en tête au Brésil.

    Hier, les urnes brésiliennes ont parlé. Elles ont parlé d’une voix terrible. Le candidat d’extrême-droite Jair Bolsonaro a été porté en tête, avec 46% des voix, passant très près d’une victoire dès le premier tour. Arrivé second, le candidat du PT n’a reçu que 28,37% des voix, restant loin derrière. 147 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes, dans un pays où le fait de ne pas voter est passible d’une amende. Pourtant, la participation a été relativement faible, avec 79,7% des électeurs.

    Malgré cette victoire, cela n’a pas empêché le candidat des forces de la réaction de crier au scandale et à la fraude, tant il pensait être élu dès le premier tour de l’élection. Avant même d’être intronisé, il créé déjà la tension politique qui pourrait lui permettre un coup d’état constitutionnel.

    « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » faisait dire Corneille au Cid. Bolsonaro illustre cette citation. L’ancien militaire nostalgique de la dictature est ainsi pressenti pour être le grand gagnant de cette élection, portant à son bout le processus de droitisation ouvert avec la destitution de Dilma Roussef.

    Derrière lui, les marchés se sont unifiés, le portent aux nues. France Inter, dans son édition du 3 octobre 2018, publiait : « Au cours du mois écoulé, l’Ibovespa [Le CAC40 Brésilien] a grimpé de 13% ! Et hier en une journée, il a pris près de 4%. A l’instant même encore : + 3%. La séance boursière est encore en cours là-bas.

    La monnaie brésilienne, le real, remonte face au dollar.

    Et les actions de plusieurs grandes entreprises sont aussi en forte hausse : plus 8% pour la compagnie pétrolière Petrobras, plus 11% pour la compagnie d’électricité Electrobras, plus 7% pour les grandes banques, etc.

    Vous avez compris : les marchés financiers brésiliens sont optimistes, la presse de Sao Paulo dit même qu’ils sont euphoriques.(…)

    c’est très simple : ils ont choisi leur camp. Ils espèrent la victoire de l’extrême droite. »

    Pourquoi cet amour de la part de la haute bourgeoisie brésilienne pour le militaire et son vice-président général ? Car il en est le héraut en armure étincelante, car il en incarne sa dictature en commandite directe, sans filtre et sans fard. Les milliardaires et certaines richissimes célébrités -notamment du football- se sont empressées de l’adouber.

    D’une part, il s’agit d’un candidat opposé aux libertés politiques et publiques, qui veut restaurer un ordre strict et dur sur le Brésil. A ses yeux, le développement économique -de la haute bourgeoisie, bien évidemment- est tout, tandis que les droits politiques et sociaux ne sont rien. Les marchés financiers ont ainsi trouvé en lui celui qui privatisera tout le secteur d’Etat et lâchera le plus largement possible la bride aux banques. Questionné sur les problématiques économiques, il a rétorqué aux journalistes que lui-même n’y entendait rien et qu’il accorderait toute latéralité sur cette question à Paulo Guesde. Paul Guesde, quant à lui, est un des ténors de la frange la plus libérale de l’échiquier politique brésilien. A plusieurs reprise, il a annoncé qu’il privatiserait l’intégralité des secteurs d’Etat.

    Il s’agit d’un réactionnaire des plus virulents, articulant son discours autour de la lutte contre l’avortement (voir article ici), de la mysoginie la plus crasse ;« certaines femmes ne méritent pas qu’on les viole » (à propos de Maria do Rosàrio, considérant qu’elle était trop laide pour être violée), de l’homophobie « les homosexuels sont le produit des drogues », raciste… Il a toutes les caractéristiques requise pour être l’équivalent de Trump -les contre-pouvoirs en moins- ou de Duterte aux Philippines.

    Le puissant appareil médiatique de la bourgeoisie a axé tout ses efforts sur le fait de détacher les masses populaires de la gauche, en tablant massivement sur la déception par rapport aux affaires de corruption. Dégoûtées, elles voient dans la grenouille de bénitier qu’est Jair Bolsonaro un inflexible soldat de la probité. D’autant que les souvenirs de la dictature sont fragiles dans la jeunesse.

    Jair Bolsnaro et les fractions de la bourgeoisie qu’il représente ont habilement manœuvré auprès des masses populaires. La crise économique et la crise politique du Brésil ont laissé les masses populaires déçues par la direction sociale-démocrate du PT. En surfant sur cette déception, la grande bourgeoisie côtière a joué la carte de la rhétorique populiste, des discours simplistes et réactionnaires, cajolant toutes les idées fausses au sein du peuple brésilien. Plus la situation s’est aggravée pour les masses, après le coup d’Etat de Temer, plus le discours fasciste de Bolsonaro a sonné juste aux oreilles de la population. De plus, l’acharnement judiciaire contre le PT et contre Lula, actuellement en prison, a servi de marchepied pour s’attaquer à l’intégralité des progressistes, érigés en épouvantails à l’étoile rouge.

    Une fois au pouvoir, les masses populaires du Brésil, petite bourgeoisie y compris, doivent s’attendre à une chute vertigineuse de leur niveau de vie, du fait de la captation massive de la richesse produite qui sera permise par les législations favorisant les grands propriétaires terriens, mais également les grands capitalistes.

    Cette terrible chute de niveau de vie entraînera fatalement une colère populaire, que le futur régime à promis d’écraser dans le sang, tout en instillant un climat de division au sein des masses, en autorisant, de fait, les exploités à s’entre-tuer. Son élection n’augure que des heures sombres pour les brésiliens et -surtout- les brésiliennes. Bolsonaro veut entamer une chasse aux « communistes » (en fait, tous les progressistes), réinstaurer la terrer de la dictature, y compris par la torture. Les droits des femmes, des homosexuels, des minorités sont en ligne de mire.

    D’une manière générale, la future victoire de Bolsonaro s’inscrit dans le cadre de la contre-offensive réactionnaire en Amérique Latine. L’échec des partis réformistes au pouvoir, empêtrés dans les demi-mesures face à une bourgeoisie colérique et revancharde, est malheureux, mais patent. Il illustre l’impossibilité de la transformation sociale par les urnes et par un gouvernement conciliant avec la bourgeoisie. Certains on reproché à Chavez et Maduro, par exemple, leur dureté, alors que leur situation politique était empreinte de faiblesse. La bourgeoisie ne rend jamais les armes, elle peut attendre, transiger -comme elle l’a fait en France en 1945- mais elle reprendra toujours, tant qu’elle existera, l’offensive.

    L’Unité Communiste de Lyon assure de sa solidarité les masses populaires du Brésil et les organisations révolutionnaires de ce pays. La victoire probable de Jair Bolsonaro est un coup brutal porté contre l’intérêt populaire, mais il n’est jamais, dans la grande histoire de la lutte des classes, qu’un coup temporaire. La bourgeoisie s’accroche tant qu’elle peut, mais elle ne peut renverser la roue de l’histoire. Les réactionnaires vont et viennent, mais l’esprit de combat, l’esprit de lutte, est indestructible !