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  • 75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Les nazis après 1945.

    75e anniversaire de la fin de la guerre en Europe : Les nazis après 1945.

    Le nazisme après le nazisme.

    L’Allemagne nazie s’effondre rapidement. L’illusion de la victoire basées sur la supériorité raciale tombe en pièce. Malgré les désirs de Himmler et de Hitler, il n’y a pas de werewolf, ce fantasme de réseaux de combattants souterrains, qui se forme massivement et qui puisse être équivalente à la résistance dans les pays occupés. Si en 1945 les Allemands soutiennent massivement le régime, il semble qu’en 1946, tout soit effacé. Ce n’est pourtant pas si simple.

    L’atrocité particulière de la guerre, la découverte des chambres à gaz, l’anéantissement par les balles, par les gaz, par la faim, pousse à une réponse judiciaire. Ce sont les procès de Nuremberg et de Tokyo. Ils font passer en jugement les responsables politiques (Göring, Ribbentropp, Hess…) , et ceux de l’armée (Tojo, Dönitz…)… A l’Est, une nouvelle administration naît sur la base de l’antifascisme, intégrant d’ailleurs les généraux capturés à Stalingrad.

    La Stasi, par exemple, en dépit de sa sinistre réputation actuelle, était presque exclusivement constituée par ceux qui étaient les plus à gauche. Elle a d’ailleurs eu systématiquement une action plus progressiste que le gouvernement est-Allemand dans les questions internationales. La NVA, Nationale Volksarme, Armée populaire nationale, élimine le personnel compromis et les références réactionnaires, elles les remplace par celles de la lutte anti-Napoléon : Scharnhörst, Gneiseneau, Clausewitz… En revanche, elle autorise les généraux à rester organisés dans un parti : Le Parti National Démocratique.

    Par rapport à la population, l’effet est plus contrasté. Les Allemands de l’Est ne sont pas spécialement culpabilisés. Les Soviétiques et le SED (Parti Socialiste Unifié, qui naît de la fusion entre SPD et KPD) leur disent qu’ils et elles ont été abusés par les nazis, trompés, manipulés. Et que maintenant ils sont dans « le bon camp ». Paradoxalement, cette posture explique partiellement le succès des nazis à l’Est aujourd’hui. La question de la Shoah leur paraît nettement moins fondamentale que l’Ouest.

    A l’Ouest , rien de nouveau.

    A l’Ouest, si un sentiment de culpabilité est apparu, il est tardif. A la sortie de la guerre, en dehors des procès, l’épuration s’arrête là. La sanction s’abat sur les dirigeants, point final. L’ « État profond », qui a organisé les choses, reste. Dans certaines poches, comme la Police, la Justice et les Services Secrets, le personnel s’est maintenu presque intégralement, ainsi que ses traditions. La Bundeswehr Cela marque encore l’Allemagne et ses rapports avec les groupes fascistes, qui sont au mieux de la tolérance, au pire de la collusion.

    Ce n’est que à partir de 1963 que des premiers procès ont pu avoir lieu pour évoquer le cas des anciens de la SS Totenkopf, qui assuraient la garde des camps de la mort. Et encore, ceux-ci sont fait d’une telle manière qu’ils limitent leur action à éliminer les « monstres ». Les rouages internes de l’État sont restés inchangés jusqu’au départ en retraite de ceux qui occupaient ces postes.

    Pourquoi ? Dans l’Allemagne occupée par l’Occident, la situation est chaotique. L’Occident court deux lièvres stratégiques en même temps : d’une part rechercher et condamner les responsables des atrocités commises contre leurs ressortissants, de l’autre préparer la nouvelle géopolitique. C’est ce qui explique une politique double, qui bascule considérablement après 1947.

    Les services de renseignement sont souvent marqués par un amateurisme terrible1, et par une méfiance redoutable les uns envers les autres. Par exemple les américains refusent de collaborer avec le 2e Bureau français, car il le pense noyauté par le PCF. Cela créé une dépendance par rapport aux agents ex-nazis capturés, lesquels se mettent tout volontiers à travailler pour d’autres. Klaus Barbie, par exemple, devient indicateur, « balance », chargé de retrouver certains SS.

    Mais ces agents mènent aussi leur propre politique d’influence, ce qui leur permet de se protéger, de protéger les autres, et de les rendre indispensables. Ils vont pousser leur propre agenda : faire en sorte que le danger communiste soit très largement surestimé. La très large majorité des anciens nazis confirment la même histoire : un coup de force rouge se prépare. Ils jouent ainsi un rôle considérable dans le durcissement de la politique occidentale et dans la préparation de la construction de la RFA.

    Cette surestimation est leur bouée de sauvetage. A partir de 1947, ce sont les communistes qui deviennent les cibles prioritaires. Les occidentaux acceptent que soit constitué un service, nommé Organisation Gehlen2, qui coordonne à la fois l’activité anticommuniste, mais également le transfert d’armes dans les régions qui se battent toujours contre l’URSS. Ils vont également appuyer très largement la tentative de coup de Budapest, en 1956.

    Quand à ceux qui ne sont pas directement impliqués dans les atrocités, ils vont néanmoins poursuivre aussi cette lutte. Ainsi, ils vont collaborer à la construction d’une histoire officielle de la guerre, comme l’ancien cher d’État-major de Hitler, Franz Halder. Celui-ci, qui travaille pour la division d’histoire de l’US-Army, va présenter une historiographique qui exonère de tout crime la Werhmacht et justifier l’agression contre l’URSS sous la forme d’une mesure d’auto-défense. Ces écrits, qui vont être très largement diffusés, jouent un rôle important dans la manière dont les opinions publiques ont été modelées.

    La fuite.

    Ceux qui, malgré tout, sont trop compromis pour être protégés, vont choisir la fuite. Par une ironie terrible de l’histoire, les émigrés nazis, passent parfois par les mêmes filières et les mêmes réseaux que les Juifs fuyant l’Europe. On cite l’exemple d’un hôtel à la frontière italo-autrichienne, dans lequel un étage était occupé par les rescapés de la Shoah, l’autre par leurs ex-bourreaux. C’est notamment par ce type d’endroit que Barbie va transiter. La Croix-Rouge et le Vatican les aident. Ils sont vus comme les combattants comme l’athéisme bolchevique. La plupart partent en Amérique du Sud. Là bas, ils ont formé des relais pour le trafic d’armes (Allemand puis Américain), mais aussi des points d’appui pour l’installation des dictatures anticommunistes. Il n’est pas étonnant que la Colonie Dignidad, au Chili, qui sert de camp de « rééducation » pendant la dictature de Pinochet, soit dirigée par un ancien-nazi, Paul Schäfer.3

    Ces hommes ont fait, le plus souvent, une brillante carrière comme tortionnaires et conseillers. Certains ont pu revenir même en Allemagne. Ce n’est qu’avec la fin de la guerre froide qu’ils sont « lâchés » par leurs maîtres. A partir de ce moment là, personnages inutiles et gênants, ils sont livrés à la vindicte populaire. Le fait que le procès de Barbie ait eu lieu en 1987 est illustratif. Mais la question des procès Touvier ou Papon est la même. Ce sont des vieillards qui ont épuisé leur potentiel.

    Aujourd’hui encore, les attentats qui ont eu lieu en Allemagne portent la marque de cette complicité. Le scandale de la NSU (Nationalsozialistischer Untergrund, National-socialisme souterrain) l’illustre. Après une série de meurtre entre 2001 et 2006, lesquels ciblent des immigrés Turcs et Kurdes, deux des membres de ce groupe se suicident. Une autre se rend aux autorités. Commence alors un procès qui finit par mettre en cause le BfV (Bundesamt für Verfassungsschutz, Office de protection de la Constitution, service secret Allemand) pour sa complicité.

    Les meurtres, qui avaient été ostensiblement reliés au trafic de drogue, en excluant tout motif raciste, s’orientent désormais vers les opérations clandestines. Les cibles seraient désignées par les services secrets Allemands et Turcs. En remontant le fil, la contre-enquête se rend compte d’une destruction sans précédent de preuves et de documents qui auraient permis l’arrestation des suspects, de plus au moins un membre du BfV était présent au moment d’un des crimes. Finalement, après plusieurs démissions, l’affaire se tasse. Mais elle continue d’illustrer la collusion dans l’Allemagne. Mais ailleurs ?

    La perpétuation du racisme.

    La victoire contre le nazisme n’a ni signé la fin des régimes racistes, xénophobes, ségrégationnistes. Le 8 mai 1945 des colonisés n’est pas le même que celui des colons. Dès cette date, la France massacre. Elle extermine par les armes, par la torture, par la faim près d’un million de personnes jusqu’à la guerre d’Algérie. Elle continue les opérations secrètes encore à l’heure actuelle, pour maintenir sa place. L’Angleterre fait face à des insurrections communistes, en Grèce, en Malaisie, en Indonésie. Elle fait intervenir l’armée, y compris les bombardiers lourds.

    Pour la reconquête de leurs paradis perdus, les occidentaux ne reculent devant rien. La guerre du Vietnam mobilise des moyens considérables pour permettre au régime réactionnaire de tenir. Le Cambodge perd 750 000 civils sous les bombardements les plus intenses de l’histoire. Les campagnes sont ravagées, stérilisées. Les malformations et les cancers, liés à l’exposition aux produits défoliants, font encore des ravages.

    Les USA, qui s’étaient montrés anticolonialistes à la base, dans l’application de leur politique de la porte-ouverte, se reconvertissent. Mieux vaut une dictature coloniale qu’un régime qui s’alignerait sur Moscou. Après la guerre, le colonialisme, la ségrégation, les régimes racistes ont donc survécu. Mais la politique intérieur s’est elle aussi durcie. Le racisme institutionnel est devenu une garantie contre les revendication populaire. Ainsi, aux USA, la ségrégation raciale est restée plus de 20 ans en place après la guerre.

    L’Australie a poursuivi une politique nommée « Australie Blanche » jusqu’en 1970. interdisant l’immigration non-blanche. Elle est toujours un pays extrêmement marqué par l’inégalité raciale, avec une attitude discriminante envers les Aborigènes, lesquels possèdent des droits politiques limités. La Rhodésie conserve une même politique jusqu’en 1979. L’Afrique du Sud, avec le soutien de Israël et de la France, peut conserver l’Apartheid même après la chute du mur. Aujourd’hui, le Bhoutan, le Bhareïn, Israël, la Birmanie…maintiennent juridiquement des discriminations sociales.

    Mais l’effondrement de ces régimes ou les réformes qui permettent une égalité formelle ne signe pas la fin de la division raciste de la société. En France, les discriminations policières sont constantes. Celle à l’emploi, à l’accès aux lieux de loisir, à la location, sont toujours en place.

    Aux USA, encore aujourd’hui il existe des conventions discrètes, comme le « redlining » qui consiste à ne pas accorder de prêts aux noirs dans les quartiers blancs. Mais, de fait, la stratification sociale-raciale se maintient toujours. L’accumulation des richesses permise par la colonisation, par l’esclavage, empêche tout décollage du niveau de vie.

    Quand à la propagande raciste, en ces temps de crise, elle est constante, autour de Zemmour, de Morano, de Ménard…La machine à créer du racisme et à générer des pogroms est en place. Malgré cela, l’équivalent qui vient à l’esprit, quand on pense à la Seconde Guerre mondiale, est celle entre l’URSS et le IIIe Reich, plus qu’entre ce dernier et les « démocraties occidentales. »

    1A lire à ce titre : la biographie de Klaus Barbie par Peter Hammerschmidt ; Klaus Barbie, nom de code Adler.

    2https://fr.wikipedia.org/wiki/Reinhard_Gehlen

    3Le film Colonia, bien qu’un peu romancé, montre bien les liens avec le gouvernement « démocratique » de la RFA.

  • La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 2

    La guerre ne s’est pas arrêtée en 1945 – Partie 2

    Une après guerre conflictuelle.

            Le nazisme s’est construit, comme pensée politique, autour d’une vision apocalyptique du monde. Les nationaux-socialistes concevaient leur lutte comme un combat sans merci pour la « survie de la race » et pour la « pureté du sang ». Leur imaginaire se mariait parfaitement avec une idée de légion des damnés, de Ragnarök ou de crépuscule des Dieux.

         La défaite a certainement causé un terrible choc, pourtant, à des Allemands endoctrinés à croire dans les promesses du Führer ou dans leur prétendue supériorité naturelle sur les autres races. Cependant, les 1 200 000 SS, les millions de membre du NSDAP, n’ont pas tous été passé par les armes ou jugés, loin de là. Leur acceptation de la victoire alliée et soviétique paraît invraisemblable. Il parait fou que les Werwölf, ces unités de sabotage, n’aient pas opéré sur les arrières des troupes alliées, qu’il n’y ait pas eu d’assassinats, d’attentats, de combats, dans les années qui suivirent la défaite. Pourtant, l’historiographie bourgeoise le clame. Le nazisme est présenté comme un cauchemar éveillé, donc les Allemands et Allemandes se réveillent dès le 9 mai 1945.

    Le passage du nazisme à la future République Démocratique Allemande ne s’est pas fait sans heurts. La dénazification fut poussée le plus possible, chose permise par l’existence de cadres formés en exil en URSS, prêts à assumer la réalité du pouvoir et de la direction de l’Etat. La Nationale Volksarmee est gérée par des anciens du comité Freies Deutschland, le comité des officiers anti-nazis, tandis que les membres survivants du KPD et du SPD forment le SED, parti central de la vie politique. Le discours vers les Allemands et Allemandes de l’est a été celui d’une réconciliation. En somme, les autorités d’occupation ont déclaré aux Allemands qu’ils avaient été trompés par le nazisme, que celui-ci avait commi des horreurs, mais que désormais ils étaient, en quelque sorte, absous de leurs fautes, pour participer à la construction du socialisme.

    Ce discours explique paradoxalement la montée de l’extrémisme de droite, aujourd’hui, dans les Landern de l’ex-RDA. N’ayant pas été confrontés à un devoir de mémoire, se sentant déliés de toute responsabilité dans le génocide et dans la guerre, les jeunes générations voient moins l’adhésion au néo-nazisme comme un tabou que leurs homologues de l’ouest.

                A l’ouest, la dénazification se produit faiblement. La question de la future Guerre Froide balaie toutes les appréhensions. Progressivement l’OSS, Office of Strategic Services, l’ancêtre de la CIA, recrute tout ceux qui peuvent lui fournir des informations. Au début, celles-ci concernent le fait de retrouver certains dignitaires nazis, certains membres haut placés de l’appareil d’Etat. Par la suite, la question de la présence des réseaux communistes se fait plus pressante, et les profils recherchés changent.

               Spécialistes de l’URSS, spécialistes de la lutte contre les partisans, enquêteurs… l’Ouest veut faire barrage aux communistes en racolant toutes les vermines génocidaires disponibles. C’est à cette époque que Klaus Barbie devient agent américain, travaillant sans relâche à constituer des réseaux d’officiers fiables -terme qui, en 1945, ne peut que glacer le sang.

               Reinhard Gehlen, officier de renseignement Allemand, spécialisé sur l’URSS, est en charge d’une mission importante : constituer les services de renseignement de la future RFA. Gehlen est un officier atypique. A sa décharge, il fut proche des officiers anti-nazis, notamment de Henning von Tresckow, un des chefs de la conspiration du 20 juillet 1944. Dans les faits, cela n’enlève rien à son nationalisme forcené et son anticommunisme viscéral. Ce n’est pas non plus un démocrate ou un libéral.

               Il est intéressant de noter qu’il fut un proche de Franz Halder. Halder avait été le chef d’Etat-major adjoint de la Heer, l’armée de terre entre 1938 et 1942, avant d’être éjecté de ce poste par Hitler. Après la guerre, Halder a travaillé pour le compte du service d’Histoire de l’Armée Américaine. Avec d’autres généraux « propres », il met au point une historiographie, qui, pour une fois, est celle des vaincus. Elle met en avant l’idée d’une Wehrmacht « propre », découplée de la SS et des crimes de guerres. Cela permet, dans les études historiques, de renvoyer dos à dos la RKKA et l’Armée Allemande et d’ouvrir une brèche permettant de mettre sur le même plan l’URSS et l’Allemagne Nazie, tout en célébrant des « héros » militaires, tels Stauffenberg. La thèse de la gémellité des totalitarismes, longtemps combattue par les historiens un tant soit peu sérieux est une thèse désormais enseignée dans le système scolaire français. Fin de parenthèse.

               En Allemagne, dès 1947, Gehlen joue la carte de l’alarmisme le plus total, en prétendant que l’URSS -sur laquelle il est la source principale de renseignement- prépare une guerre éclair. Il parvient ainsi à obtenir plus de 200 millions de dollars de subvention par l’OSS et la CIA. Cet argent, Gehlen va l’utiliser pour aider les nazis ukrainiens, fournissant des armes et des équipements à ces derniers.

               Là réside un fait tout bonnement hallucinant. La très large majorité du public ignore donc que la guerre s’est poursuivie jusqu’en 1956 dans certaines régions d’Europe orientale. Les Banderistes, ces ultra-nationalistes ukrainiens, ont continué ainsi le combat, avec l’appui de l’organisation Gehlen, puis du BND. Des agents étaient infiltrés pour commettre des assassinats, des sabotages, pour semer le chaos et organiser des groupes terroristes. Ce n’est que par un travail d’infiltration opéré par le KBG que ces réseaux clandestins ont pu être décapités et que le fasciste Stepan Bandera pu être liquidé, en 1959.

               Dans d’autres Etats, notamment dans les Démocraties Populaires, les groupes d’extrême-droite issu de la période fascistes ont opéré de la même manière. Profitant du moment de flottement lié à la déstalinisation, ces réseaux ont tenté de frapper en Hongrie, en 1956, entraînant l’intervention de l’Armée Soviétique. Les courageux et héroïques insurgés de Budapest étaient, pour une grande partie des cadres, des individus qui avaient marché au pas de l’oie quelques années plus tôt, et qui n’avaient jamais renié cet engagement.

               Fondamentalement, les enjeux de l’après-guerre sont tels que les Etats capitalistes, qui perdent pied un peu partout dans le monde, ont fait feu de tout bois. Nombre d’agents formés par les nazis, ou de nazis eux-mêmes, ont ainsi servi d’experts pour aider à la formation de services secrets terrifiants, pour faire passer des armes, pour entrainer des groupes paramilitaires ou terroristes.  Dans l’esprit des ex-SS, il s’agit de la poursuite de leur lutte première : lutter contre le bolchevisme. Malgré la mort du Führer, il n’existe fondamentalement, dans leur esprit, pas de rupture entre leur travail pendant la guerre et celui mené après. Les réseaux stay-behind de la CIA représentaient la poursuite du werwolf. Ce n’est nullement un hasard si des criminels notoires ne sont jugés qu’après le plus dur de la Guerre Froide passé. Ils sont désormais inutiles, bons à jeter.

               Dans une lettre écrite à son ami, le pilote nazi Hans-Ulrich Rudel, Klaus Barbie décrivit le drapeau à croix gammée flottant, à la suite du coup d’Etat de Banzer, en Bolivie. Pour lui, cela formait l’accomplissement de sa carrière. Il écrivit également qu’ils vieillissent, certes, mais qu’ils avaient chacun semé une petite graine qui donnera des fruits. Fruits criminels, fruits empoisonnés. Fruits qu’ont servi, dès la fin de la guerre, les puissance coloniales à ceux et celles qui voulaient se soustraire à leur ordre injuste.