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  • Une rentrée par la droite.

    Une rentrée par la droite.

    Septembre arrive et l’été se termine. La rentrée commence, que ce soit scolaire ou politique. Une rentrée sous le signe d’une pandémie qui n’en finit pas de ne pas finir et d’une préparation de l’élection présidentielle.

    Et dans ce climat instable, le gouvernement compte bien préparer sa réélection. Les esprits, échaudés par la question de la vaccination et du pass sanitaires ne seront pas insensible à des campagnes démagogiques. De plus, les sondages indiquent un nouveau face-à-face Macron / Le Pen. Prendre des voix à droite est donc une nécessité vitale.

    En cette période de rentrée des classes, rien de tel que d’ouvrir la charge sur deux thématiques porteuses : l’allocation de rentrée et la laïcité.

    L’allocation de rentrée est un versement d’un montant entre 370€ et 404€ versé selon des critères de ressources. Elle permet aux parents aux ressources modestes de pouvoir payer les fournitures scolaires de leurs enfants. Il s’agit donc d’une compensation, assez faible, servant à maintenir un semblant d’équité sociale face à une école supposée gratuite. Elle est versée à 3 millions de familles modestes, sachant que le coût d’une rentrée est en moyenne de 1263€.

    Cependant, dès que de l’argent est attribué aux personnes dans le besoin, la polémique n’est pas loin. L’image du pauvre frivole, dépensier, roublard, à la vie dure. Pourtant en réalité 50 % des personnes ayant droit au RSA n’en font pas la demande, tandis que la fraude aux prestations sociales atteint 350,5 millions d’euros. C’est 70 fois moins que la fraude aux cotisations fiscales. Mais c’est un bon marronnier de rentrée.

    Salauds de pauvres.

    Cela n’empêche pas Jean-Michel Blanquer de déclarer sur France 3, le 29 aout: « On sait bien qu’il y a parfois des achats d’écrans plats plus importants au mois de septembre qu’à d’autres moments… »

    Or, la CAF tient un discours inverse. Ses enquêtes et sondages quant à l’utilisation de l’argent versé indiquent une écrasante majorité de dépense pour des produits liées à la rentrée : Fournitures scolaires (95%), vêtements (89%), cantine, assurance, transport (42%)… Les usages détournés sont rares : 4 % l’ont laissé sans affectation, 1,8 % l’ont épargnée, 1,5 % ont remboursé des dettes, 1,3 % ont payé leurs impôts. Quelle frivolité.

    On est loin de la description qui est faite par Rafik Smati, député LR du Pas-de-Calais. Celui-ci déclarait sur twitter : « L’allocation de rentrée scolaire (500€ par enfant) est une aide sociale légitime.

    Problème : elle est souvent affectée à des achats plaisir (tv, smartphones…).

    Solution : distribuer cette aide en chèques-rentrée valables uniquement sur des produits vestimentaires et éducatifs. »

    Contrôler les pauvres.

    Cette volonté de fonctionner avec des tickets n’est pas uniquement le reflet d’une volonté de bon fonctionnement, elle est aussi idéologique. Denis Colombi, sociologue, écrivait : « Au travers de l’argent, on essaie de contrôler le mode de vie des pauvres. » C’est une manière d’imposer des choix de vie, de culpabiliser et de rabaisser moralement les personnes les plus modestes. Leurs choix sont scrutés : vouloir que leur enfant ait des vêtements de marque plutôt que le modèle d’entrée de gamme ? Quelle hérésie. Louis Maurin, directeur de l’observatoire des inégalités, rétorque que : « si l’argent de l’ARS sert dans certains cas à acheter des produits de marque aux enfants, alors qu’ils pourraient avoir moins cher, c’est une petite compensation par rapport aux difficultés de l’existence« .

    De même, les dépenses sur d’autres secteurs (équipement ménager, informatique, en particulier en temps de pandémie…) servent aussi à bénéficier d’un cadre de vie plus agréable. Or, « Puisqu’on ne peut pas disposer du détail de leur budget et de leurs différents postes de dépenses, cela revient à nier aux pauvres le droit d’avoir des dépenses autres qu’essentielles« .

    Mais il est vrai qu’en ces temps de rentrée, il est plus facile de cracher sur les choix des plus modestes que de mettre en place le protocole sanitaire. Le ministre de l’Éducation préfère donc lancer des polémiques : crop-top, islamogauchisme, ARS…

    C’est toujours plus simple de s’expliquer sur l’échec complet de la mise en place de protocoles sanitaires, l’absence de capteurs de CO2, ou la campagne de dépistage qui s’est vautrée dans le ridicule. Ce choix de la polémique est d’ailleurs une constante pour un ministre qui cherche à exister politiquement. Notamment le choix de toujours présenter sa politique à des journaux avant même de communiquer avec le reste de la techno-structure de l’enseignement.

    Donc, au lieu de régler ces questions, ce cher ministre s’est lancé dans une campagne sur la Laïcité.

    Une laïcité à géométrie complexe.

    Nous sommes pour la laïcité. Mais cela dépend de sa définition. Nous pensons que la neutralité des administrations et des institutions est un acquis essentiel, en particulier dans les lieux d’éducation. Tout comme le fait que l’État n’ait pas à s’immiscer dans les croyances des individus, dans la mesure où celles-ci ne forment pas une transgression de la loi. Nous pensons que, en dehors de cela, c’est à un débat démocratique incluant autant les religions que l’athéisme de trancher la question de la foi et de lutter contre les pratiques réactionnaires qui peuvent exister dans la pratique de celle-ci.

    Aujourd’hui, c’est un lieu commun dans lequel on peut mettre tout et n’importe quoi. Dans un grand mouvement de retournement des valeurs, des concepts tels que la laïcité ou la liberté d’expression ont été pollués par les réactionnaires. Aujourd’hui, la laïcité brandie par toute une partie du spectre politique est devenue une équivalence à « islamophobie », tandis que la liberté d’expression est devenu le droit de tenir des propos racistes, sexistes ou LGBT-phobes. Ce grand retournement est aussi la conséquence du retournement des intellectuels, qui se sont majoritairement convertis aux idées de droite.

    La campagne sur la laïcité menée par l’Education Nationale est dans cette veine là. Elle n’a pas coûté cher, une dizaine d’affiches basiques, mais contribue grandement à une offensive idéologique générale… mais contre quoi ?

    Une analyse de la campagne :

    C'est ça la laïcité" : une campagne du ministère de l'Éducation nationale  fait débat sur les réseaux sociaux

    Mona Cholet1 en a fait une analyse :

    « Commençons :

    1-La laïcité, c’est la séparation des églises et de l’état, c’est aussi la neutralité religieuse de l’état et de ses agents dans l’exercice de leurs fonctions.

    2-Aucune des personnes présentées dans ces affiches n’est agent de l’état, ce sont des élèves.

    Conclusion 1 : ces affiches ne parlent pas de laïcité. Sous couvert de laïcité, elle parlent plutôt d’ « intégration », de « multiculturalisme » et de « vivre ensemble ». Cette confusion des termes a des conséquences.

    1-Ces affiches présentent des enfants dans diverses activités.

    2-Le fait qu’ils soient ensemble dans ces activités est présenté comme un effet de la laïcité

    3-Quelque chose ferait donc obstacle sans la laïcité, mais quoi donc ?

    4-Les seules réponses possibles dans ces affiches sont : des couleurs de peau différentes et des prénoms d’origines diverses.

    Conclusion 2 : ces affiches supposent que les origines des élèves (dont la couleur de peau et les prénoms sont ici des signes) empêchent le vivre ensemble et que la laïcité remédie à ce que l’affiche présente comme un problème.

    Elles reposent donc sur un imaginaire raciste (qui s’ignore probablement lui-même et se croit même sans doute antiraciste, mais ça n’atténue rien).

    Sous un air jovial, ces affiches célèbrent le vivre ensemble, mais en le conditionnant à la laïcité. Sans celle-ci, certaines personnes ne pourraient pas s’intégrer convenablement à la société française. Pourquoi ?

    Sans doute, car ces personnes resteraient trop différentes entre elles, ce qui serait source de conflits. La laïcité permettrait donc d’homogénéiser les populations, de les transformer en bon citoyens (notons la récurrence du mot « même »).

    La laïcité est donc conçue ici comme un instrument normatif, elle est ici présentée dans une conception assimilationniste et paternaliste, dans la lignée des conceptions coloniales sur ces questions.

    Continuons et répétons :

    1-La laïcité concerne les religions.

    2-Aucun signe religieux ou éléments symbolisant une religion n’est présent dans ces images.

    3-Ce sont donc implicitement les prénoms et les couleurs de peau qui signifient l’appartenance religieuse dans ces affiches.

    Conclusion 3 : Ces affiches reposent donc sur des conceptions racistes et essentialisantes qui supposent qu’on peut déduire l’appartenance et les pratiques religieuses à partir des prénoms et de la couleur de peau.

    Elles réduisent les personnes à leur croyances en fonction de leur prénoms et couleurs de peau (l’une des affiches le dit presqu’explicitement en parlant de « croyances » en montrant trois jeunes gens que rien de distingue sinon leur couleur de peau).

    Continuons :

    1-Ces affiches présentent diverses activités

    2-Certaines font implicitement référence à des polémiques récentes, notamment celle sur la piscine (qui évoque implicitement le burkini qui pourtant ne concerne en rien les enfants)…et celle sur le rire (qui évoque implicitement Charlie Hebdo, etc.)

    Conclusion 4 : ces affiches s’appuient sur un narratif médiatique raciste qu’elles réactivent et légitiment tout en apportant comme solution à ce qui est présenté comme un problème une conception normative de la laïcité. (les filles, ça se baigne en maillot, c’est comme ça en France ! On rit des religions, interdit de critiquer cela, c’est comme ça en France ! Dans le premier cas, l’affiche est donc en plus « baignée » d’idéologie patriarcale voulant exercer un contrôle sur le corps des femmes)

    Ces affiches mettent donc surtout en scène une collection de fantasmes agitant les esprits d’une certaine classe politique et médiatique (couple mixtes, burkinis, liberté d’expression menacée, etc.).

    Évidemment, ce qui est visé ici, ce sont les musulmans, ou plutôt l’image distordue et essentialisante que s’en font les responsables de ces affiches, image distordue à laquelle correspond en contrepoint une image tout aussi distordue de la laïcité.

    Le véritable message de ces affiches, même s’il n’est qu’implicite et camouflé, c’est donc : les musulmans ne sont pas laïcs, il faut qu’ils le deviennent. C’est à croire que chez ces gens-là, l’un n’existe qu’avec l’autre, le musulman n’existe que comme repoussoir à la laïcité et la laïcité comme remède au musulman.

    Dans cette dialectique abjecte, on ne célèbre un « nous » que parce qu’il y a un « eux » que l’on condamne du même mouvement. Cette vision des choses conduit à une impasse : il ne sera jamais permis à l’autre de « s’intégrer » véritablement car alors, le « nous » perdrait son fondement.

    Il est donc constamment nécessaire de rappeler qu’il existe un « eux », qu’il est irréductible, récalcitrant. Il faut le répéter encore et encore. Ces affiches remplissent cette fonction.

    Conclusion conclusive : la laïcité, dans ces affiches, c’est l’exact inverse de ce qu’est la laïcité dans la loi de 1905. C’est une laïcité devenue dogme qui est professée ici, un dogme de l’assimilation et de l’invisibilisation, une fausse laïcité qui n’est que racisme. »

    L’Islam est présenté donc comme un rempart au vivre ensemble et à l’harmonie de la société. Cette religion serait d’ailleurs la seule à poser un problème. Pourtant, avec 2 000 000 d’élèves et 8 000 établissement, l’enseignement catholique est un hydre massif. Les écoles privées confessionnelles juives représentent 30 000 élèves et 300 établissements. A titre de comparaison, les établissement du secondaire musulmans ne sont que 7. Conséquence de ce chiffre, les fondamentalistes des autres religions peuvent s’épanouir dans leurs espaces réservés et perpétuer un communautarisme souvent élitiste. L’inverse n’étant pas possible, cela créé artificiellement le sentiment que l’école publique est beaucoup plus confrontée à la question de l’islam fondamental.

    La pseudo-laïcité et le vrai racisme.

    Mais il ne faut pas nier une dimension hypocrite très profonde : la France est elle un pays laïc ?

    Entre la mise en avant constante des « racines chrétiennes », le fait que le président soit Chanoine de Latran, qu’il participe à la messe de Lourdes.. Il existe un grand nombre d’incartades. Surtout, une partie entière de la France est toujours au Concordat de 1801. Les cultes chrétiens et juifs sont subventionnés (ce qui n’est pas le cas de l’Islam).

    Finalement, non seulement cette campagne ne parle pas de laïcité, mais elle contribue à accentuer le climat de défiance dans les classes populaires et le climat de paranoïa raciste. Une paranoïa raciste qui est d’autant plus dangereuse et profonde qu’elle se base sur une série de négations. Concernant cette campagne, Jean-Michel Blanquer avait déclaré : « L’école est un sanctuaire de neutralité sur ces enjeux. Une variété de couleurs de peau sur l’affiche ? Je n’y fais même pas attention ». Un argument assez bas de gamme, qui contribue à nier l’existence et même la possibilité du racisme à l’école, que ce soit entre les élèves comme au sein de la communauté éducative dans son ensemble. Un racisme pourtant bien décrit par les travaux dans les sciences de l’éducation2.

    Il y a fondamentalement là deux conséquences : l’une est le fait que, en piochant dans un inconscient mâtiné de peur d’un « colonialisme à l’envers », cette campagne contribue à une stigmatisation d’une partie de la population et à l’alimentation d’une rhétorique de peur. Elle est très pratique en cette période préélectorale, puisqu’elle permet à la fois de rassurer un public anticlérical tout en montrant qu’elle prend en compte les angoisses de l’électorat d’extrême-droite.

    La deuxième conséquence est la poursuite de la transformation de la notion de Nation au sens de « La constitution du peuple en un corps politique » au profit d’une conception identitaire de celle-ci. Pourtant, il s’agit d’un des grands aspects positifs de la définition de Nation au sens français du terme : comme entité représentant la synthèse du peuple. « L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. » ; face à des conceptions ethniques-raciales comme celle de l’Allemagne. Cette transformation ouvre des brèches : il peut donc exister une « identité nationale », tout comme des « français de papier » voire une « anti-France ». Il se trouverait donc une opposition au sein de la Nation entre un « pays légal » à un « pays réel » pour reprendre la très réactionnaire formulation de Charles Maurras. A partir de là, on peut croire que la mondialisation, le cosmopolitisme ou la transformation des pratiques culturelles et sociales contribue à « tuer les nations ». Or, pour nous, qui adhérons à une conception nationale-populaire, la Nation est construite par l’unité populaire, par la synthèse de l’ensemble des classes populaires qui composent notre pays, que les individus soient juridiquement français ou non. Elle est donc immortelle et en perpétuelle évolution. Comme dirait Sartre : son existence précède son essence.

    Si nous sommes contre les aspects réactionnaires de la pratique religieuse au même titre que contre toutes les pratiques réactionnaires, nous considérons que cette campagne, non seulement ne répond à aucun problème, mais en plus s’inscrit dans un courant dangereux : une offensive de la peur. Contre ces offensives : construisons l’unité de notre camp. Une unité de classes populaires, une unité contre l’exploitation, une unité contre ceux avec qui nous ne partageons ni valeurs, ni mode de vie, ni histoire : la bourgeoisie.

    1https://twitter.com/monachollet

    2http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/01/11012016Article635880901423302360.aspx

  • Le bac de l’enfer.

    Le bac de l’enfer.

    Après une année marquée par le chaos, le bac se profile à l’horizon.
    En 2019, nous titrions déjà que le bac de cette année était celui de « tous les dangers ». Et ces dangers se concrétisent !

    Nous ne pouvons que comprendre les élèves qui sont en colère en étant jetés devant un bac qui semble sortir du chapeau du ministère. C’est une colère juste. Mais ce bac-catastrophe est rempli de contradictions. Il est à la fois l’enfant de la crise sanitaire, mais il est aussi l’aboutissement d’une transformation de cet examen.

    Le bac de l’urgence.

    Le 17 juin, les terminales et les premières vont être confrontés aux seules épreuves maintenues : celles de Français et celle de Philosophie. Après plusieurs mois d’hésitation, le gouvernement s’est décidé à les maintenir, mettant élèves et personnel enseignant devant le fait accompli.

    Le SNES note, dans son communiqué du 7 juin, que ce bac est marqué par « la désorganisation, les ruptures d’égalité et le mépris pour le travail des correcteurs/trices et des élèves décidément la marque de fabrique de ce ministre ! ». Il faut ainsi souligner que, à 10 jours des examens : « Les informations arrivent au compte goutte : […] rien n’est vraiment calé (les convocations ne sont pas toutes arrivées par exemple) la gestion du grand oral, notamment, se révélant être une véritable usine à gaz. Plus que jamais le travail des enseignant∙e∙s est méprisé : les professeur∙e∙s de philosophie vont crouler sous les copies numériques, les professeur∙e∙s de lettres sous les tâches diverses et les examinateurs/trices du grand oral sous la perplexité. » Le SNES demande ainsi la neutralisation du Grand Oral, épreuve inégalitaire au possible. Nous les rejoignons dans cette demande.

    Cette annonce, qui s’inscrit dans une longue liste de changements effectués de manière autoritaire par le Ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a suscité la colère. D’une part car l’annonce a été faite par les médias avant qu’une circulaire interne soit rédigée : le monde éducatif est le dernier à apprendre ces changements. De l’autre, car ce choix tardif a entraîné la panique : il fallait se poser la question de ce qui allait être examiné, de comment il allait l’être, et de comment parvenir à remplir les objectifs… Surtout qu’il n’y a pas eu d’unité dans les gestions de la pandémie : chaque proviseur était capitaine de son navire.

    Il y a eu aussi, du côté des élèves, des stratégies pour le bac. Les épreuves ne s’affrontent pas de la même manière que le travail en classe, qui peut être ventilé sous des formes différentes. Alors, certes, dans le cadre de cette épreuve, la note la plus élevée (entre contrôle continu et examen) sera retenue. Mais cela contribue encore à renforcer le caractère imbécile de cette épreuve.

    Donc, de dépit et de colère, des blocages ont eu lieu. Mais si la colère est légitime, il nous faut aussi comprendre quelque chose : le maintien de cette épreuve est un ultime clou qui empêche que ne s’effondre complètement la mascarade du bac.

    Le bac de la dernière chance .

    Fait étonnant : ce bac est en réalité le fruit d’une négociation. Une négociation qui est parvenue à arracher que ce ne soit pas un second bac au contrôle continu. Car le bac – ou plutôt la liquidation du bac – est à l’ordre du jour du gouvernement.

    L’objectif stratégique de Blanquer est de mettre fin au baccalauréat en tant qu’examen national. Plusieurs raisons à cela :

    • Pour réduire les budgets déjà ténus de l’Université en favorisant un « contrôle des flux » d’élèves. Sans bac, les résultats sont plus prévisibles et sont plus aisément lissés par l’intervention des chefs d’établissement, dont le pouvoir est renforcé.
    • Pour préparer l’autonomie des lycées, déjà dans les cartons de la droite en 2004-2005. Cette autonomie signifie deux choses :
    ◦ Un recrutement local des enseignants, sous la forme d’entretiens d’embauche. Moins de fonctionnaires, cela donne des économies et des professeurs plus malléables.
    ◦ Des diplômes d’établissement et non plus nationaux, avec des effets terribles sur leur reconnaissance et leur qualité.

    Alors, faut-il dire que le bac est absolument parfait ? Non, loin de là !

    Les diplômes du bac sont déjà de facto des diplômes inégalitaires.

    • Cela du fait de la nature du bac, qui met en avant une norme culturelle : bourgeoise et petite-bourgeoise. Les examens désavantagent les classes populaires.
    • Du fait également de Parcoursup, qui permet de poser des critères géographies, et donc sociaux, du fait de la ségrégation politico-sociale présente en France.

    Il ne s’agit pas de défendre le bac en tant que tel, mais de regarder avec lucidité quelle est la situation s’il est supprimé : dans ce cas, il devient de jure un diplôme inégalitaire.

    • Si le contrôle continu peut bénéficier aux classes populaires, avec des modalités d’évaluation plus adaptées, il s’agit d’un cadeau empoisonné.
    • La fin des filières créé des bacs à la carte, donc avec une valeur impossible à étalonner. Dans les faits, ils servent surtout, sous prétexte d’offrir plus d’options, à rationaliser les établissements et à créer des établissements « S », des « ES » et des « L ».
    • La valeur du baccalauréat devient alors indexée sur la valeur supposée de l’établissement. Un 15/20 de lycée populaire n’est pas le même que le 15/20 d’un lycée privé hors de prix.
    • Si le contrôle continu soumet les enseignants et les enseignantes à une pression immense : celle des parents, qui les considèrent non plus comme des personnes préparant leurs enfants aux examens, mais comme des prestataires de service. La pression des chefs d’établissement, qui ont la haute main sur Pronote et sur les appréciations, et qui ne se privent pas, parfois de les changer. C’est une porte ouverte aussi au développement de la corruption.
    • Il affaiblit aussi les conventions collectives : les élèves qui sortent du bac auront un diplôme d’établissement, qui ne sera pas toujours reconnu. Une raison de plus pour les employeurs pour baisser les salaires et mettre en concurrence cette « génération sacrifiée » avec ceux d’avant. Le tout en nivelant par le bas les conditions de travail.

    Le monstre Parcoursup

    Plus en amont, le problème se situe aussi dans les conseils de classe : ils ont été transformés en instances consultatives chargées du traitement de flux. C’est là aussi le fruit d’une alliance malheureuse entre les visées gouvernementales et les attentes des parents. Le gouvernement a manœuvré avec intelligence pour écraser l’indépendance et l’autorité de ce conseil en jouant la carte du clientélisme et de la démagogie. Et derrière cela, c’est un problème

    Si le bac est par nature inégalitaire, Parcoursup l’est aussi. Et c’est là quelque chose de gravissime. Parcoursup n’est pas une plate-forme d’orientation, c’est une plate-forme de sélection. Les candidats se mettent à disposition des recruteurs.

    Parcoursup est une création à double visage :
    • L’un, « égalitaire », est la façade de candidature : chaque candidat est supposé être traité également, au travers d’un algorithme confus, mais a priori juste.
    • L’autre, « cynique » est la plate forme du recruteur : il peut y mettre un peu tout ce qu’il veux, dont des critères géographiques (et donc aussi sociaux!), mais aussi des modalités de déroulement de cette année chaotique.

    Il en résulte donc que le nouveau bac comme Parcoursup accroissent encore davantage la sélection sociale. Et parfois, cela frise le délit d’initié ! L’INSA1 de Lyon, par exemple, a posé comme condition le fait que les Terminales qu’elle recrute aient été en 100 % présentiel ! C’est à dire environ 40 % des établissements.

    40 % qui, pour respecter la demi-jauge, l’ont intégralement répercutée sur les Secondes et les Premières. Et dans ces établissements, nous retrouvons les prestigieux lycées du Parc et Édouard Herriot. En revanche, nous ne verrons pas de lycéens ou de lycéennes des quartiers les plus populaires.

    L’offensive est générale.

    Dans l’ensemble, les syndicats enseignants ont traité le problème sous un angle « économiste ». C’est à dire sous l’angle de leurs conditions de travail et, il faut le reconnaître, en prenant en compte aussi l’intérêt des élèves. Mais ce cloisonnement corporatiste pose problème : le lien avec le monde du travail est souvent oublié. Car ces réformes ne sont pas uniquement des réduction des moyens alloués aux élèves et à leurs conditions d’études : elles sont aussi une offensive contre le contrat de travail, contre les conditions de travail, et contre les cadres juridiques qui ont été arrachés au prix du sang.

    Nous pensons qu’il est fondamental que les élèves puissent s’organiser pour défendre leur droits. Nous saluons à ce titre le travail de la CGT-SELA pour la construction d’un syndicat des travailleurs et des travailleuses en formation. Il est important aussi que ce travail de lutte soit réalisé en coopération avec les organisations syndicales des enseignants et enseignantes, ainsi que du personnel.

    Mais au-delà de ça, c’est une perspective politique qui est à dessiner. La question n’est pas que sur l’augmentation des moyens, ou leur attribution, elle est sur le sens même de l’enseignement, et sur le fait qu’il soit de plus en plus traité comme une excroissance des entreprises. Dans le projet d’autonomie des lycées, comme des facultés, c’est l’intégration de l’enseignement dans le capitalisme local qui pose question : c’est donc une manière de faire payer par les contribuables la formation pour les entreprises. C’est aussi une manière de créer de la main d’œuvre ad hoc qui ne pourra travailler ailleurs.

    En définitive, l’éducation est un point crucial. Nous voudrions qu’elle soit émancipatrice plus que normative, qu’elle permettre de faire émerger les talents et les aspirations, qu’elle puisse ne pas être une simple succursale de l’entreprise, mais qu’elle soit aussi un lieu d’apprentissage de la Culture avec une majuscule : politique, économique, médicale, technique… qui puisse former des élèves complets et autonomes dans leurs choix de vie.

    Mais cette transformation ne peut être réalisée qu’au prix d’un bouleversement politique : le fait que le pouvoir soit arraché aux mains des boutiquiers qui le détiennent. Des boutiquiers qui, eux, ont placé leurs rejetons dans les réseaux privilégiés, dans cet entre-soi qui les couve, les protège, et qui permet de reproduire sans cesse ce schéma de domination.

    Aujourd’hui, battons nous pour défendre la valeur des diplômes, mais organisons nous pour transformer le monde !

  • Rentrée Blanquer : entre faux départs et dérapages.

    Rentrée Blanquer : entre faux départs et dérapages.

    L’Unité Communiste considère que cette rentrée s’est placée sous le signe de l’amertume et de la déception. Cette amertume possède un grand nombre de raisons.

    Le protocole sanitaire : une farce de mauvais goût.

    Le nouveau protocole sanitaire décidé par le ministère de l’Éducation Nationale s’est avéré une pure et simple copie des propositions faites pour préparer le déconfinement. Or, si ces propositions n’ont pas pu être mises en pratique en juin, ce n’est pas par manque de volonté de la part des équipes pédagogiques, mais bien parce qu’elles se sont heurtées à des problèmes insolubles. Le nouveau protocole, qui se contente de répéter ces mêmes injonctions intenables, adjoint cependant une vraie nouveauté : le « dans la mesure du possible ».

    Illustration de l’inconséquence ministérielle, cette sortie, épinglée par « Le café pédagogique » :

    « S’exprimant sur France Inter le 2 novembre, JM Blanquer a été interrogé sur le nouveau protocole sanitaire. « Chacun doit comprendre qu’en période de crise sanitaire on doit s’adapter au dernier moment », a dit le ministre. Il défend le maintien des élèves dans les établissements. « Ce qui compte c’est que les enfants ne perdent pas le fil de l’école ». La fermeture des lycées « n’est pas à l’ordre du jour.. On veut que les lycéens aient cours. Il y a la possibilité de faire des demi groupes. Mais je ne l’encourage pas ». »

    Cela renvoie la responsabilité de la mise en œuvre du protocole à l’échelon local, qui doit faire avec, composer avec des moyens défaillant, avec des classes surchargées ou avec des lieux inadaptés. Il en résulte des transcriptions locales tragicomiques, qui placent les surveillants et surveillantes en position de police, chargés de traquer les élèves n’ayant pas leur masque. Les menaces de sanction, allant jusqu’à l’exclusion pour 3 jours, sont supposées dissuasives. Elles sont en réalité inutilisables. De plus, les gains réalisés à l’intérieur des bâtiments et des salles de classe sont perdus sur le parvis des établissements.

    Finalement, face à la situation, il n’est pas crédible que le pseudo-confinement puisse donner des résultats. La politique du « moindre mal », en dernière instance, contribue à faire enfler encore démesurément l’addition finale, tant en termes de mort qu’en impact économique.

    Samuel Paty : en pertes et profits.

    L’hommage a Samuel Paty a été passé en perte et profit. Après deux semaines de promesses, de déclarations pompeuses, finalement, peu de résultats concrets. Les enseignants et enseignantes, passés subitement de laquais de l’islamo-gauchisme à héros de la nation, semblent bien en passe de retrouver ce statut.

    L’idée de créer un événement solennel, central, incluant l’ensemble de la communauté pédagogique, a été passée en pertes et profits. Le temps de préparation, préalable logique à tout adresse aux élèves, a été également supprimé. Les aménagements permettant cette mise en place concertée ont été laissés à la libre initiative de direction d’établissement parfois paniquées par la situation. Cela a fait que, une nouvelle fois, les enseignants et les enseignantes ont du se débrouiller avec leur équipe ou seuls.

    Le révisionnisme Blanquer

    De plus, la demande d’employer une lettre de Jean Jaurès, dite ‘aux instituteurs et aux institutrices’, a été l’occasion d’un nouveau cafouillage honteux. Les versions mise à disposition des enseignants avaient été falsifiées et tronquées. Elles remplaçaient ainsi le terme « fierté » par « fermeté », mais, surtout, escamotaient tout un passage qui critiquait avec insistance la multiplication des examens. Un comble, au moment où la loi Blanquer transforme le lycée en bachotage constant. Ce révisionnisme outrancier a contribué encore davantage à faire de cet hommage une humiliation. Le syndical SUD-Education en a fait une critique en bonne et due forme.

    Nous passons d’ailleurs sur l’instrumentalisation des figures historiques, laquelle ne peut qu’évoquer les pratiques imbéciles de Sarkozy avec Guy Môquet, ou avec son « parrainage d’un enfant déporté ». Il existe aussi une savoureuse ironie liée à Jaurès, pacifiste et assassiné pour cela. Si nous partons du principe qu’il aurait maintenu ces mêmes positons après le déclenchement de la guerre, il aurait été fustigé et emprisonné pour son opposition à celle-ci. L’exemple de Karl Liebknecht le montre.

    Blanquer s’est montré à l’offensive idéologiquement. Il s’en prend à tout ce qui lui déplaît. Et un grand nombre de choses lui déplaisent, notamment les universités, notamment l’écriture inclusive, notamment l’intersectionnalité. Il a ainsi déclaré, le 3 novembre :  «Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines et des thèses intersectionnelles, qui veulent essentialiser les communautés et les identités, aux antipodes de notre modèle républicain qui, lui, postule l’égalité entre les êtres humains, indépendamment de leurs caractéristiques d’origine, de sexe, de religion. C’est le terreau d’une fragmentation de notre société et d’une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes. Cette réalité a gangrené notamment une partie non négligeable des sciences sociales françaises.»

    Le problème c’est que cette conception combat justement l’essentialisation des communautés, au contraire du discours « civilisationnel » promu par le Premier ministre, Jean Castex.

    Castex et l’offensive idéologique.

    Par ailleurs, comment ne pas songer aux propos de Jean Castex, tenus le dimanche premier novembre. Dans cette interview, il affirmait, reprenant ainsi à nouveau des thèses de l’extrême-droite, appelant à une France « unie et fière de nos racines, de notre identité, de notre République, de notre liberté« . Cela s’accompagnant d’un corollaire : « Je veux ici dénoncer toutes les compromissions qu’il y a eues pendant trop d’années, les justifications à cet islamisme radical : nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore« .

    Il nous faut souligner le mauvais timing : le 1er novembre étant considéré comme la date anniversaire du début de la guerre d’Algérie, marquée par la « Toussaint rouge » de 1954. Il nous faut également souligner que Macron lui-même parlait de la colonisation comme d’un crime contre l’humanité. Il serait donc de bon aloi que la majorité présidentielle se positionne : la négation de crime contre l’humanité est-elle applicable ici ?

    Au-delà de brocarder Jean Castex, il est important de voir que cette prise de position s’insère dans la lignée d’une droitisation du discours historique. Elle rejoint la répudiation progressive du discours de Chirac en 1995 sur la responsabilité de l’État français dans la Shoah, initiée par Gérald Darmanin.

    Cette vision mythifiée de l’histoire, dans laquelle on considère que la réécriture est acceptable, au nom de construire cette France « unie et fière de nos racines, de notre identité, de notre République, de notre liberté » est à nos yeux impossible. D’une part, elle prend en otage le débat, en rejetant toute discussion sur le contenu et la signification de ces termes.

    Nous considérons que cette exigence de l’adhésion possède un certain parfum totalitaire. Avant que le terme soit dévoyé par les politologues américains Friedrich et Brzezinski, pour en fait une arme de la guerre froide, il possédait une définition qui s’appliquait également aux régimes se targuant d’être démocratiques. Hannah Arendt considérait que le Maccarthysme et l’Union Sacrée en possédaient les caractéristiques. En l’occurrence, Jean Castex ouvre une brèche dangereuse, en considérant que toute critique sur l’histoire de la France prête le flanc à l’islamisme radical.

    Réécrire l’histoire ou l’écrire ensemble ?

    Cette vision est même contre-productive. La négation des crimes passés de la France est une mesure de diversion. Elle illustre la peur de la part d’une partie de l’État de voir les choses leur échapper. Il faut donc durcir l’attitude, encore et encore, pour imposer une adhésion – même de pure forme – à des « valeurs » supposées civilisationnelles. Or, ces mêmes valeurs sont constamment bafouées, trahies, par les exploiteurs et les exploiteuses. La France les a piétinées et les piétine toujours, tant dans le monde que chez elle. Elles n’ont d’ailleurs rien de civilisationnelles, ce qui est probablement un des concepts les plus réactionnaires qui soient. La civilisation qui a contribué aux Lumières est celle de l’armée tirant sur les grévistes, du Rif gazé et du bagne de Poulo Condor. Celle de l’Aufklarüng, de Kant, de Goethe, a été celle des chambres à gaz. Celle de la Magna carta et de l’Habeas corpus est celle de la famine d’Irlande et du Bengale, ainsi que des raids de terreur.

    Nous voyons l’éducation comme quelque chose de magnifique. Non pas comme un lieu où on exige l’adhésion à des valeurs bafouées, mais bien comme celle qui peut être le creuset de demain. Nous croyons fermement en la jeunesse. Nous la croyons capable de pouvoir construire le monde de demain. Mais cela demanderait d’aborder le passé avec honnêteté et sincérité. De reconnaître les crimes du passé et leur motivations. De comprendre pourquoi ils sont apparus et quelle forces sociales étaient à l’œuvre derrière ceux-ci. Nous pensons que cet examen permettrait d’aplanir les rancœurs, les souffrances du passé. Faire de l’école un espace de contrôle social ne fait que les maintenir enfermées, sans qu’elles puissent, jamais se libérer. Sans qu’elles puissent être confrontés à la science de l’analyse historique.

    Nous la voyons aussi comme la possibilité de dissocier les deux pans de la nation. La nation-étatique, qui est celle des bourgeois. La France et ses intérêts sont en somme ceux de sa bourgeoisie. Sa place dans le monde est sa domination. Son histoire est celle de ses guerres, de ses crimes, de ses génocides.

    À l’inverse, nous croyons fermement à la nation-populaire : l’histoire du peuple, de ses luttes, de ses avancées, de sa solidarité, de son génie créatif. Souvent la bourgeoisie essaie de s’approprier cette histoire, d’amalgamer ses crimes et les réalisations du peuple. Elle vole Marie Curie, elle vole Jean Jaurès, elle vole Guy Moquêt. Elle prétend avoir été la pointe des droits humains dans le monde, alors qu’elle soutenait l’Apartheid, les Talibans ou qu’elle soutient le régime Saoudien.

    Nous pensons que c’est en séparant ces histoires, en redonnant la place au peuple, à sa capacité à synthétiser les cultures, à être le creuset de la nation-populaire, que nous pouvons ressouder ses fragments, et éviter la guerre fratricide, sororicide, adelphicide entre exploités.

    Cela, nul gouvernement bourgeois ne peut le faire : il n’est là que pour une chose. Perpétuer l’exploitation, et la rendre la plus optimale possible, quitte à ce que cela passe par le fascisme, si nécessaire.

  • Le Bac de tous les dangers

    Le Bac de tous les dangers

    Nous félicitons les bacheliers et les bachelières. Nous saluons la fin de leurs études secondaires. Il est légitime de le célébrer !

    Mais l’ivresse de la réussite du bac ne doit pas occulter les conditions dramatiques dans lesquelles il s’est déroulé. La lutte intense menée par les enseignants et enseignantes continue.

    A ce titre, nous pensons qu’il n’est pas possible de qualifier Jean-Michel Blanquer d’imbécile. Il vient de nous en fait la démonstration.

    Face au mouvement de grève autour du baccalauréat, face à la rétention des notes par les professeurs et professeures, la réaction du ministre de l’Éducation Nationale rappelle la souplesse tactique dont sont capables de faire preuve les agents réactionnaires, dans leur œuvre de destruction des services publics.

    Jean-Michel Blanquer s’est vu confier une mission de la plus haute importance stratégique par Macron. Cet ancien proche de Xavier Darcos a été mandaté pour réaliser ce que François Fillon n’était pas parvenu à faire en 2005 : l’autonomie des lycées et la liquidation du Bac. Cette mission, il s’en acquitte avec zèle et énergie.

    Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, à son sujet, Marine Le Pen déclarait ceci : « L’engouement suscité autour de M. Blanquer, que l’on peut même qualifier de ‘phénomène Blanquer’, constitue une victoire idéologique notable pour le Front National et une défaite cuisante des sociologues et des pédagogistes (sic.)qui avaient pourtant méthodiquement pris possession de l’institution scolaire », a-t-elle déclaré. « La crise est considérable mais elle n’est malheureusement pas nouvelle. Ce qui est nouveau en revanche, c’est l’arrivée au ministère d’un personnage qui affiche une volonté de rupture et qui multiplie les annonces positives« .

    La dirigeante du Rassemblement National considère par ailleurs que les positions de Blanquer sont le fruit de sa victoire idéologique. Marine Le Pen ne ment pas, la politique de Blanquer est effectivement particulièrement virulente. Cela révèle finalement deux choses : d’une part, Marine Le Pen, en dépit de ses déclarations, est favorable à un secteur privé tout puissant. De l’autre, cela révèle que la conception de la mise au pas des enseignants par Blanquer est RN-compatible. Dans les deux cas, ça n’est pas une bonne nouvelle pour qui que ce soit, hormis les réactionnaires et les capitalistes.

    Donc, au pied du mur du fait de l’énergique mouvement des enseignants et enseignantes, M. Blanquer a agi d’une manière audacieuse. Il a choisi de compléter les relevés de notes manquants en se basant sur les dossiers des élèves et donc sur une forme dégradée de contrôle continu.

    En l’absence de notes, les jury, qui ont tout pouvoir de décision, étaient encouragés à donner des notes « en cohérence avec les autres notes déjà obtenues » (issu du protocole officiel). En somme, il s’agit d’une invention.

    • Il avalise le fait que le bac est, fondamentalement, un objet inutile aux yeux du gouvernement. Certains journaux ont titré ainsi aujourd’hui « le bac à bout de souffle. »
    • Il établit une équivalence de valeur entre le contrôle continu et l’examen national.
    • En adoptant de manière anticipée des mesures prévues dans le nouveau bac, M. Blanquer frappe également le moral des grévistes, contournant leur mouvement et affirmant ainsi sa volonté de ne pas même négocier la moindre miette.
    • Enfin, en mobilisant de manière réactionnaire les médias, en clouant au pilori les enseignants, il contribue à désolidariser les masses populaires de la lutte des enseignants et de ceux qui luttent d’une manière générale.

    Ce dernier point n’est pas à sous-estimer, car le champ lexical de la guerre a été employé plusieurs fois, autour d’éditoriaux et d’articles niant le droit de grève et exigeant des enseignants et enseignantes en lutte qu’ils rendent gorge. Les rectorats ont menacé également les enseignants de les frapper au porte-feuille en retenant l’intégralité de leur salaire durant les 15 jours de correction. L’opération a fait cependant long feu, du fait de son illégalité manifeste.

    Pris dans le feu de l’action, et subissant une pression intense, nombre de responsables d’établissements ont dû céder. Cependant, aujourd’hui, des voix s’élèvent pour poser la question de la légalité de cette démarche. Le sentiment général est celui de la trahison, de la part d’un ministre qui écrit les règles à son bon vouloir et n’hésite pas à contourner la grève.

    M. Blanquer, finalement, réussit à utiliser l’énergie de la mobilisation pour le profit de la cause réactionnaire qu’il sert. Il fait de la grève un tremplin pour ces objectifs.

    Cela signifie-t-il que celle-ci était contre productive ? Nous rejetons cette analyse. Les agents de la bourgeoisie et de l’offensive contre les droits sociaux, dont fait partie le droit à l’éducation, sont de maître dans l’art d’utiliser tout ce que peut leur fournir la situation comme prétexte pour avancer. Ce n’est d’ailleurs pas un cas isolé. La bourgeoisie ne renonce jamais à violer sa propre légalité lorsque cela lui permet d’obtenir l’avantage.

    ►A lire sur le sujet.

    Depuis des incidents épars jusqu’aux attentats, chaque chose peut devenir un tremplin pour leur politique antipopulaire. Cela se voit notamment avec la « ligne verte » qui se développe ces temps-ci, EELV étant pressenti comme pouvant devenir le nouveau héraut du libéralisme.

    Cela signifie, en réalité, que les mouvements ont besoin d’être encore plus forts, plus suivis et plus intenses pour pouvoir triompher, d’être plus politiques pour pouvoir également balayer les obstacles et les pièges.

    Du côté enseignant, rien n’est encore gagné. Du côté des élèves, la messe est dite.

    Le bac passé, reste à franchir le hachoir de Parcoursup et les pièges tendus par le supérieur. Nous les appelons à se diriger vers les syndicats étudiants combatifs, à les rejoindre, les renforcer, les faire vivre et grandir. Il s’agit pour eux d’un outil de défense incomparable et irremplaçable dans le but de défendre le droit à l’éducation.

    Il n’existe, d’une manière générale, aucune garantie hors de la lutte et de la vigilance constante face aux attaques contre le système éducatif et contre les droits sociaux. Il ne fait aucun doute que de puissants mouvements sociaux naîtront à la rentrée. Soyons prêts et prêtes à cette nouvelle épreuve de force.

  • Une nouvelle année de lutte dans les universités !

    Une nouvelle année de lutte dans les universités !

    Une nouvelle année de lutte !

    L’an passé a été sous le signe de la lutte contre les réformes du secondaires et du supérieur.

    La machine infernale Parcoursup, loin de connaître des ratés, a fonctionné au delà des rêves de ses créateurs ! Elle a fourni un contingent d’élèves à recruter pour les écoles et les université. Le reste, l’immense reste, n’a pas été jugé nécessaire. Il est donc rejeté.

    La nouvelle organisation du bac est un coup mortel donné aux lycées et à la valeur des diplômes qu’ils délivrent.

    Dans les universités, la fin des compensations annuelles, la mise en place de modalités d’examen, la réduction des effectifs placent les étudiants et les étudiantes, principalement les plus vulnérables et les plus précaires, dans des situations intenables.

    La privatisation progressive de l’université en menace son fondement même, tandis que les investisseurs privés vont pouvoir régner en maîtres, au travers de présidents d’universités dotés des pleins pouvoirs.

    D’où viennent les privatisations ?

    Les accords de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) demandent aux signataires d’ouvrir à la concurrence le marché de l’éducation. Cette ouverture intéresse beaucoup d’investisseurs de d’entreprises, qui sont intéressés par plusieurs choses :

    Mettre sous tutelle la recherche -TOTAL ou Areva finançant ainsi la recherche sur leur nouveaux moyens de détection des gisements, mais également les études sur l’impact écologique de celles-ci, par exemple.

    Faire des étudiants une main d’oeuvre correspondant à leurs besoins en terme de recrutement, qui, de plus, paie elle-même sa formation. Les investisseurs ne sont pas stupides, ils réfléchissent en termes de retours sur investissements. Une filière non rentable est liquidée

    Mais ce n’est pas tout !

    Les annonces du Cap 2022 vont aggraver encore les choses.

    Les lycées et les universités seront en autonomie budgétaire, avec comme objectif le maximum d’économies. Les proviseurs et présidents d’universités seront même récompensés s’ils sont avares. De la copie d’examen au voyage scolaire, tout sera rationalisé à outrance.

    Les frais d’inscriptions sont laissé au choix de la président. Aujourd’hui, 90€ en moyenne est payé comme « contribution à la vie étudiante », demain ce chiffre pourra être multiplié par dix, par cent. Bienvenue dans l’université à 9000€ l’année.

    Les services de la vie étudiante et lycéenne seront externalisés : cela signifie poliment « privatisés ». Ce sont des marchés captifs, dans lesquels Sodexo ou Elior se tailleront des monopoles. Serrez-vous la ceinture !

    Les bourses du CROUS, déjà faibles, doivent être remplacées par des prêts bancaires. Cela créé du PIB et permet aux généreux prêteurs de s’assurer des rentes sur le dos des étudiants et étudiantes. La fac à l’américaine arrive, avec une entrée dans la vie active à -100 000 €.

    Le Benchmarking des universités : tout comme les hôpitaux, les universités seront notés. Des agences de notation évalueront la valeur de leurs services. Une licence, un master n’aura juridiquement plus la même valeur selon les universités.

    Le danger est général:

    Les diplômes décernés par ces futures université seront des diplômes qui ne seront plus qualifiants mais basés sur des compétences. Cela signifie qu’ils ne donneront pas le droit à un statut garanti par la loi ou par les conventions collectives. Un étudiant sortant de Master 2 demain pourra être embauché avec le salaire d’un personnel non-qualifié. Non seulement cela tire les salaires vers le bas pour cette future génération, mais également pour ceux qui sont sortis avant, mis en concurrence avec une main d’oeuvre servile -la loi Travail le permet. Il s’agit d’une attaque voilée contre les salaires qui frappera tout le monde sans exception.

    Se battre !

    Seule la lutte paie ! : les réformes d’aujourd’hui ne sont pas nouvelles. Elles sont dans les cartons depuis plusieurs dizaines d’années (2005 pour l’autonomie des lycées par exemple). Si elles n’ont pas été appliquées plus tôt, c’est uniquement grâce à la mobilisation, la lutte, les grèves des enseignants et enseignantes, des personnels et des étudiants et étudiantes ! Aujourd’hui, le gouvernement kamikaze de Macron veut attaquer de nouveau. Il faut se défendre !

    Partout en France, des assemblées générales on lieu. Elles rassemblent de plus en plus d’étudiants, d’étudiantes, mais aussi de membres de la communauté pédagogique et de membres du personnel. Ces assemblées générales sont le ferment de la lutte !

    Les enseignants du secondaire, que cela soit le général et le professionnel, se mobilisent pour défendre l’avenir des lycéens et des lycéennes, qui sont en première ligne dans ces réformes.

    Que faire ?

    L’Unité Communiste de Lyon appelle les étudiants et les étudiantes à rejoindre et soutenir les syndicats de lutte présents dans l’université. Non seulement ils luttent contre les réformes qui menacent vos droits, mais ils ne se limitent pas à des actions d’éclat. Leur travail tout au long de l’année est essentiel pour aider à recenser les problèmes, à les régler et à faire respecter les droits.

    Les Assemblées Générales sont des instances d’informations, de mobilisation, mais surtout sont des instances démocratiques de la lutte. Elles les lieux de débat tant sur le contenu des réformes que les lieux de décision de la forme et des modalités de la lutte. L’Unité Communiste de Lyon appelle à rejoindre celles organisées par les syndicats de lutte.

    Ici, à Lyon, la lutte doit prendre corps !

    L’université ou le lycée d’hier ne sont pas parfaits. Ces établissements sont des machines qui reproduisent les inégalités sociales. Etudiant ou étudiante salariée, issus de milieux populaires, en difficulté… Les chances sont loin d’être les même pour tous ! Mais il ne faut pas céder d’un pied, car chaque réforme aggrave cette situation.

    L’Unité Communiste de Lyon considère que la lutte syndicale est nécessaire et vitale en tant que lutte défensive. Mais elle considère aussi que seul l’organisation politique peut permettre de porter le combat plus loin.

    Seul l’organisation politique peut forger l’outil nécessaire, un outil révolutionnaire, pour mettre fin de manière plein et entière à l’inégalité dans l’éducation comme dans toute la société. Que seul cette lutte révolutionnaire peut mettre fin à une société basée, sur l’exploitation capitaliste, l’aliénation du travail, sur l’oppression.

    Pour une éducation Gratuite, Critique et Populaire !