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  • Rentrée Blanquer : entre faux départs et dérapages.

    Rentrée Blanquer : entre faux départs et dérapages.

    L’Unité Communiste considère que cette rentrée s’est placée sous le signe de l’amertume et de la déception. Cette amertume possède un grand nombre de raisons.

    Le protocole sanitaire : une farce de mauvais goût.

    Le nouveau protocole sanitaire décidé par le ministère de l’Éducation Nationale s’est avéré une pure et simple copie des propositions faites pour préparer le déconfinement. Or, si ces propositions n’ont pas pu être mises en pratique en juin, ce n’est pas par manque de volonté de la part des équipes pédagogiques, mais bien parce qu’elles se sont heurtées à des problèmes insolubles. Le nouveau protocole, qui se contente de répéter ces mêmes injonctions intenables, adjoint cependant une vraie nouveauté : le « dans la mesure du possible ».

    Illustration de l’inconséquence ministérielle, cette sortie, épinglée par « Le café pédagogique » :

    « S’exprimant sur France Inter le 2 novembre, JM Blanquer a été interrogé sur le nouveau protocole sanitaire. « Chacun doit comprendre qu’en période de crise sanitaire on doit s’adapter au dernier moment », a dit le ministre. Il défend le maintien des élèves dans les établissements. « Ce qui compte c’est que les enfants ne perdent pas le fil de l’école ». La fermeture des lycées « n’est pas à l’ordre du jour.. On veut que les lycéens aient cours. Il y a la possibilité de faire des demi groupes. Mais je ne l’encourage pas ». »

    Cela renvoie la responsabilité de la mise en œuvre du protocole à l’échelon local, qui doit faire avec, composer avec des moyens défaillant, avec des classes surchargées ou avec des lieux inadaptés. Il en résulte des transcriptions locales tragicomiques, qui placent les surveillants et surveillantes en position de police, chargés de traquer les élèves n’ayant pas leur masque. Les menaces de sanction, allant jusqu’à l’exclusion pour 3 jours, sont supposées dissuasives. Elles sont en réalité inutilisables. De plus, les gains réalisés à l’intérieur des bâtiments et des salles de classe sont perdus sur le parvis des établissements.

    Finalement, face à la situation, il n’est pas crédible que le pseudo-confinement puisse donner des résultats. La politique du « moindre mal », en dernière instance, contribue à faire enfler encore démesurément l’addition finale, tant en termes de mort qu’en impact économique.

    Samuel Paty : en pertes et profits.

    L’hommage a Samuel Paty a été passé en perte et profit. Après deux semaines de promesses, de déclarations pompeuses, finalement, peu de résultats concrets. Les enseignants et enseignantes, passés subitement de laquais de l’islamo-gauchisme à héros de la nation, semblent bien en passe de retrouver ce statut.

    L’idée de créer un événement solennel, central, incluant l’ensemble de la communauté pédagogique, a été passée en pertes et profits. Le temps de préparation, préalable logique à tout adresse aux élèves, a été également supprimé. Les aménagements permettant cette mise en place concertée ont été laissés à la libre initiative de direction d’établissement parfois paniquées par la situation. Cela a fait que, une nouvelle fois, les enseignants et les enseignantes ont du se débrouiller avec leur équipe ou seuls.

    Le révisionnisme Blanquer

    De plus, la demande d’employer une lettre de Jean Jaurès, dite ‘aux instituteurs et aux institutrices’, a été l’occasion d’un nouveau cafouillage honteux. Les versions mise à disposition des enseignants avaient été falsifiées et tronquées. Elles remplaçaient ainsi le terme « fierté » par « fermeté », mais, surtout, escamotaient tout un passage qui critiquait avec insistance la multiplication des examens. Un comble, au moment où la loi Blanquer transforme le lycée en bachotage constant. Ce révisionnisme outrancier a contribué encore davantage à faire de cet hommage une humiliation. Le syndical SUD-Education en a fait une critique en bonne et due forme.

    Nous passons d’ailleurs sur l’instrumentalisation des figures historiques, laquelle ne peut qu’évoquer les pratiques imbéciles de Sarkozy avec Guy Môquet, ou avec son « parrainage d’un enfant déporté ». Il existe aussi une savoureuse ironie liée à Jaurès, pacifiste et assassiné pour cela. Si nous partons du principe qu’il aurait maintenu ces mêmes positons après le déclenchement de la guerre, il aurait été fustigé et emprisonné pour son opposition à celle-ci. L’exemple de Karl Liebknecht le montre.

    Blanquer s’est montré à l’offensive idéologiquement. Il s’en prend à tout ce qui lui déplaît. Et un grand nombre de choses lui déplaisent, notamment les universités, notamment l’écriture inclusive, notamment l’intersectionnalité. Il a ainsi déclaré, le 3 novembre :  «Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines et des thèses intersectionnelles, qui veulent essentialiser les communautés et les identités, aux antipodes de notre modèle républicain qui, lui, postule l’égalité entre les êtres humains, indépendamment de leurs caractéristiques d’origine, de sexe, de religion. C’est le terreau d’une fragmentation de notre société et d’une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes. Cette réalité a gangrené notamment une partie non négligeable des sciences sociales françaises.»

    Le problème c’est que cette conception combat justement l’essentialisation des communautés, au contraire du discours « civilisationnel » promu par le Premier ministre, Jean Castex.

    Castex et l’offensive idéologique.

    Par ailleurs, comment ne pas songer aux propos de Jean Castex, tenus le dimanche premier novembre. Dans cette interview, il affirmait, reprenant ainsi à nouveau des thèses de l’extrême-droite, appelant à une France « unie et fière de nos racines, de notre identité, de notre République, de notre liberté« . Cela s’accompagnant d’un corollaire : « Je veux ici dénoncer toutes les compromissions qu’il y a eues pendant trop d’années, les justifications à cet islamisme radical : nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore« .

    Il nous faut souligner le mauvais timing : le 1er novembre étant considéré comme la date anniversaire du début de la guerre d’Algérie, marquée par la « Toussaint rouge » de 1954. Il nous faut également souligner que Macron lui-même parlait de la colonisation comme d’un crime contre l’humanité. Il serait donc de bon aloi que la majorité présidentielle se positionne : la négation de crime contre l’humanité est-elle applicable ici ?

    Au-delà de brocarder Jean Castex, il est important de voir que cette prise de position s’insère dans la lignée d’une droitisation du discours historique. Elle rejoint la répudiation progressive du discours de Chirac en 1995 sur la responsabilité de l’État français dans la Shoah, initiée par Gérald Darmanin.

    Cette vision mythifiée de l’histoire, dans laquelle on considère que la réécriture est acceptable, au nom de construire cette France « unie et fière de nos racines, de notre identité, de notre République, de notre liberté » est à nos yeux impossible. D’une part, elle prend en otage le débat, en rejetant toute discussion sur le contenu et la signification de ces termes.

    Nous considérons que cette exigence de l’adhésion possède un certain parfum totalitaire. Avant que le terme soit dévoyé par les politologues américains Friedrich et Brzezinski, pour en fait une arme de la guerre froide, il possédait une définition qui s’appliquait également aux régimes se targuant d’être démocratiques. Hannah Arendt considérait que le Maccarthysme et l’Union Sacrée en possédaient les caractéristiques. En l’occurrence, Jean Castex ouvre une brèche dangereuse, en considérant que toute critique sur l’histoire de la France prête le flanc à l’islamisme radical.

    Réécrire l’histoire ou l’écrire ensemble ?

    Cette vision est même contre-productive. La négation des crimes passés de la France est une mesure de diversion. Elle illustre la peur de la part d’une partie de l’État de voir les choses leur échapper. Il faut donc durcir l’attitude, encore et encore, pour imposer une adhésion – même de pure forme – à des « valeurs » supposées civilisationnelles. Or, ces mêmes valeurs sont constamment bafouées, trahies, par les exploiteurs et les exploiteuses. La France les a piétinées et les piétine toujours, tant dans le monde que chez elle. Elles n’ont d’ailleurs rien de civilisationnelles, ce qui est probablement un des concepts les plus réactionnaires qui soient. La civilisation qui a contribué aux Lumières est celle de l’armée tirant sur les grévistes, du Rif gazé et du bagne de Poulo Condor. Celle de l’Aufklarüng, de Kant, de Goethe, a été celle des chambres à gaz. Celle de la Magna carta et de l’Habeas corpus est celle de la famine d’Irlande et du Bengale, ainsi que des raids de terreur.

    Nous voyons l’éducation comme quelque chose de magnifique. Non pas comme un lieu où on exige l’adhésion à des valeurs bafouées, mais bien comme celle qui peut être le creuset de demain. Nous croyons fermement en la jeunesse. Nous la croyons capable de pouvoir construire le monde de demain. Mais cela demanderait d’aborder le passé avec honnêteté et sincérité. De reconnaître les crimes du passé et leur motivations. De comprendre pourquoi ils sont apparus et quelle forces sociales étaient à l’œuvre derrière ceux-ci. Nous pensons que cet examen permettrait d’aplanir les rancœurs, les souffrances du passé. Faire de l’école un espace de contrôle social ne fait que les maintenir enfermées, sans qu’elles puissent, jamais se libérer. Sans qu’elles puissent être confrontés à la science de l’analyse historique.

    Nous la voyons aussi comme la possibilité de dissocier les deux pans de la nation. La nation-étatique, qui est celle des bourgeois. La France et ses intérêts sont en somme ceux de sa bourgeoisie. Sa place dans le monde est sa domination. Son histoire est celle de ses guerres, de ses crimes, de ses génocides.

    À l’inverse, nous croyons fermement à la nation-populaire : l’histoire du peuple, de ses luttes, de ses avancées, de sa solidarité, de son génie créatif. Souvent la bourgeoisie essaie de s’approprier cette histoire, d’amalgamer ses crimes et les réalisations du peuple. Elle vole Marie Curie, elle vole Jean Jaurès, elle vole Guy Moquêt. Elle prétend avoir été la pointe des droits humains dans le monde, alors qu’elle soutenait l’Apartheid, les Talibans ou qu’elle soutient le régime Saoudien.

    Nous pensons que c’est en séparant ces histoires, en redonnant la place au peuple, à sa capacité à synthétiser les cultures, à être le creuset de la nation-populaire, que nous pouvons ressouder ses fragments, et éviter la guerre fratricide, sororicide, adelphicide entre exploités.

    Cela, nul gouvernement bourgeois ne peut le faire : il n’est là que pour une chose. Perpétuer l’exploitation, et la rendre la plus optimale possible, quitte à ce que cela passe par le fascisme, si nécessaire.

  • Déclaration à propos des attentats racistes d’Allemagne.

    Déclaration à propos des attentats racistes d’Allemagne.

    Le 20 février 2020, un tueur xénophobe a assassiné 9 personnes et blessé plusieurs dizaines d’autres à Hanau. Il a frappé deux bars à chicha avant de se donner la mort. À Halle, un potentiel terroriste a été arrêté. Il prévoyait de frapper des synagogues. En juin 2019, le préfet conservateur de la CDU est abattu d’une balle dans la tête. Le principal inculpé est un proche du NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands), parti néo-nazi Allemand. Dans le même laps de temps, un éphémère accord FDP (libéraux) – CDU (conservateurs) – AfD (extrême-droite) s’est produit. Cet accord en Thuringe – conçu pour chasser die Linke, le part de gauche réformiste -a été rapidement dénoncé comme la poignée de main de la honte. Mais cela forme un précédent: il est désormais envisageable que des accords existent.1

    Ces situations révèlent à la fois la percée parlementaire et extra-parlementaire de l’extrême-droite. Elle va de pair avec une légitimation de son discours. Cette maladie n’est pas spécifique à l’Allemagne, mais il est inquiétant qu’elle s’exprime aussi dans ce pays. Cela tant du fait du passé que du poids immense que représente cet État dans l’Union Européenne.

    L’ensemble des États connaît cette situation : elle est le reflet d’une tendance lourde. Une tendance nourrie par la dégradation de la situation économique, par la rapacité des bourgeois et des bourgeoises. Cette dégradation se traduit invariablement politiquement. Une destruction progressive des droits démocratiques, des tensions explosives chez les exploités et exploitées… en somme, la pression monte. La lutte constante contre les idées révolutionnaires progressistes font que les expressions politiques de cette colère peuvent se tourner vers la réaction la plus violente. La bourgeoisie s’en réjouit.

    Le climat raciste et toxique s’est orné d’une façade démocratique et légale en se cantonnant officiellement à la critique de l’Islam et de ses tendances réactionnaires. Mais dès que ceux qui le défendent s’emportent, ce qui ressurgit immédiatement est la racine raciste et xénophobe. C’est son fondement premier, sa nature première.

    Souvent, ces assassins sont présentés comme opérant seul, comme des loups solitaires. C’est partiellement vrai. Le plus souvent ce sont des tueurs isolés comme Brievik, ou des petits groupes. Mais derrière cela, il existe un soutien logistique, un travail mental porté par une communauté, et une responsabilité qui va bien au-delà des groupes fascistes. Cette responsabilité partagée est sur plusieurs niveaux.

    • Une complicité morale de la part d’agitateurs et d’agitatrices réactionnaires. Ces individus cherchent à attiser et à provoquer une « guerre des races ». Ils agissent ainsi soit par opportunisme électoraliste, soit par réelle conviction.
    • Une complicité pratique, de la part de l’appareil d’État. Les réseaux néo-nazis ou fascistes bénéficient de la tolérance de la part de la police, des services de renseignement ou de la justice. Le scandale de la NSU en 2011 a révélé une imbrication profonde entre les assassins nazis, les services secrets allemands et turcs, et l’État allemand.
    • Un silence médiatique, dans lequel des formules éludant le caractère politique du crime sont employées.
    • Un appui stratégique : la grande bourgeoisie réactionnaire voit dans l’existence de ces groupes et l’influence de leur idéologie une contre-assurance en cas de défaillance des interfaces démocratiques. Cette « guerre des races » est une excellente manière de prévenir toute velléité d’union entre les classes populaires.

    Nous condamnons ces attentats, nous condamnons également les complices directs et indirects de ceux-ci. Nous pensons qu’il faut également dénoncer le contenu du discours fasciste et chauvin : il s’agit d’une entourloupe.

    Dans les pays impérialistes que sont la France ou l’Allemagne, une grande partie de ceux qui tombent dans son piège sont des personnes qui se sentent isolées, vulnérables, démunies face aux tensions toujours plus grandes dans la société. Ils se rattachent donc à des courants politiques qui leur promettent l’abolition de la lutte des classes, l’unité nationale, la défense de la grandeur de leur civilisation.

    En réalité, ceux qui promeuvent ces discours mentent. Ils ne sont même pas des nationalistes, ils ne défendent pas la nation au sens populaire du terme. Au contraire, ils fragmentent en éclats ennemis ceux qui la composent : travailleurs et travailleuses, masses populaires présentes dans le pays, qui le font vivre et produisent les richesses. Ils ne font que la livrer, ligotée, bâillonnée, à leurs premiers bourreaux : la bourgeoisie impérialiste.

    Les seuls qui défendent réellement, fondamentalement les intérêts du peuple, les intérêts des exploités et exploitées, des opprimés et opprimées, ce sont ceux qui luttent contre la bourgeoisie. Ceux qui luttent pour l’unité populaire contre l’oppression et l’exploitation. Ceux qui luttent contre les maux que sont le racisme, le sexisme, les discriminations. Car ces maux sont des fêlures dans l’alliance de tous ceux qui sont victimes du système d’asservissement qu’est le capitalisme-impérialisme.

    Nos pensées vont vers les victimes de ces attentats odieux. Ces attentats sont d’autant plus odieux que les proches des victimes et les survivants et survivants obtiennent rarement justice.

    Lorsque les fascistes et xénophobes n’hésitent pas à dire que la responsabilité première provient de l’immigration ; lorsque les médias imposent un silence complice ; lorsque la justice prononce des peines ridicules, les victimes sont assassinées à nouveau.

    Donnons-leur de la voix. Dénonçons le fascisme et la complicité de la bourgeoisie et de son État !

    1En France, en 1998, une situation similaire s’est produite : Charles Millon, député UDF (centre) a été élu de manière contestée avec les voix de l’extrême-droite. La situation a déclenché un tollé a l’époque. Aujourd’hui, elle ne poserait plus de problème.

  • Christchurch : coup de projecteur dans le marécage de la pensée raciste.

    Christchurch : coup de projecteur dans le marécage de la pensée raciste.


    Au sein de l’Unité Communiste de Lyon, nous considérons que nous nous devions d’écrire ce communiqué. Les attentats terroristes sont une réalité quotidienne terrible pour toute une partie de la planète. Il s’agit d’une chose malheureusement illustrée par les longues listes de cas répertoriés dans la veille terroriste des sites et magazines spécialisés. Leur traitement, le poids médiatique qui leur est accordé, est étroitement corrélés au lieu où il s’est déroulé, à la « qualité » des victimes, à la « qualité » des exécutants.
    Nous-mêmes sommes influencés par ce mode de pensée que conduit à juger qu’une voiture piégée est un fait anodin en Syrie et exceptionnel en France, ce qui nous conduit à, également, déconsidérer la vie d’autres personnes, qui n’apparaissent que comme des statistiques à nos yeux.
    Cela fait que chaque attentat dont nous parlons nous donne le sentiment de plonger dans l’oubli les victimes des autres, de les occulter, de les reléguer au rang d’un « bruit de fond ».



    L’attentat qui s’est produit vendredi à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, est un attentat qui s’est déroulé, malgré les kilomètres, dans un environnement « occidental », « proche » de nous. Pourtant, malgré cela, son traitement médiatique et politique est atypique. Atypique, car il est jugé comme étant hors norme par les politiciens et les médias d’occident.



    49 morts et 90 blessés dans les attaques de deux mosquées en plein heure de la prière. Terrible bilan provoqué par l’action d’un terroriste d’extrême-droite Australien Brenton Tarran. Le terroriste a filmé et diffusé l’intégralité de son carnage sur Facebook live, et a laissé un manifeste de 73 page détaillant les raisons de son action.


    L’Unité Communiste de Lyon déclare sa solidarité envers l’ensemble de ceux qui ont été meurtris, blessés, mutilés par ces actes. Elle déclare également sa solidarité avec les proches de ceux qui ont perdu la vie. Elle considère que le terroriste Australien venu semer la mort n’est ni un déséquilibré, ni une anomalie statistique : il a été l’agent froid et conscient de forces politiques qui se complaisent à utiliser la haine raciale comme doctrine. Nous considérons que ces forces politiques partagent une responsabilité morale identique en culpabilité à celui qui a appuyé sur la détente de son arme. 


    Le parcours du tueur est, à ce titre, illustratif. Revenant d’Europe, il a été modelé, « radicalisé » dans les milieux d’extrême-droite, notamment français et serbes. Au sein de ces groupes fascistes ou néo-nazis, il lui a été présenté un discours décrivant le monde « blanc » comme menacé d’anéantissement. Ce discours était déjà celui proféré par les nazis1, qui clamaient que leur « race » était encerclée par des ennemis « raciaux », voulant l’éliminer, tandis que des « agents de l’étranger » opéraient pour l’affaiblir.
    Utilisant des statistique truquées, des biais cognitifs, des techniques jouant sur la paranoïa et sur la terreur, ces propagandistes d’extrême-droite modèlent des assassins et des criminels. Ces groupes sont complices des meurtres qui ont été commis.


    Mais ces discours resteraient l’apanage de petites sectes pleurnichant sur un passé imaginaire s’il n’était pas, en dernière instance, corroboré, avalisé et amplifié par d’autres forces politiques, considérées comme « convenables » et centrales dans l’échiquier politique. Les discours islamophobes, paravent frêle des discours racistes assumés, sont portés bien au-delà de la droite radicale.
    Les propos de Valls, de Ciotti, de Wauquiez, les diatribes des Zemmour et des Ménard sont tout autant de faisceaux qui contribuent à nourrir la formation d’assassins et de terroristes d’extrême-droite. Les tentatives des apprentis sorciers et des apprenties sorcières d’instrumentaliser l’antisémitisme, de forger, du sang des martyrs, une épée pour frapper d’autres victimes, doit être dénoncé pour ce qu’il est : jeter de l’huile sur le feu dévorant de la haine entre classes populaires.

     Après l’attentat, ces agitateurs méphistophéliques n’ont pas réussi à se contenir. Impossible pour eux de reconnaître le statut de victimes aux musulmans de Nouvelle-Zélande. Il fallait soutenir en catimini le tueur !
    La Nouvelle-Zélande est un pays d’apartheid, tout comme l’Australie. Les Maoris sont traités en citoyens de seconde zone par de nombreuses forces politiques. Le sénateur Fraser Anning a ainsi publiquement clamé que l’immigration était la raison première de l’attentat. Une manière d’avaliser le fond politique de l’attaque, là encore. L’œuf qu’un jeune homme a écrasé sur son crâne n’est qu’un faible, mais juste, retour des choses.
    En France, Valeurs Actuelles, le torchon fasciste, a également fustigé les « pro-migration » qui seraient responsables de l’attentat. Une manière d’inverser les rôles et de faire des victimes des coupables. 
    Guillaume Tabard, éditorialiste au Figaro, a ainsi déclaré en direct

    « On a vécu en France un terrorisme islamiste assez meurtrier, si on veut jouer à de la comptabilité, on n’est pas encore dans l’équilibre.Il ne faut pas s’aventurer sur le terrain du match retour.»2 

    Quant au tueur, immédiatement, les professionnels de la circonstance atténuante se sont empressés de dire qu’il était instable, fragile, excédé… Chose réfutée par les premiers éléments de l’enquête et les perquisitions, indiquant que ce projet avait mûri pendant deux ans.


    Tout comme dans un nombre ahurissant de cas, la clémence semble être de mise. Le terrorisme d’extrême-droite occidental est pourtant une réalité concrète qui tue nettement plus aux USA que celui de n’importe quelle autre force politique. Nous n’oublions pas Charlottesville, nous n’oublions pas non plus, en Europe, Anders Breivik. 
    En France, en pleine dénonciation de la montée de l’antisémitisme, un coupable de dégradation est condamné symboliquement, des profanateurs courent toujours, car n’étant pas dans « l’idéal-type » de la population ciblée par ces mesures. 


    De fait, tous ces discours qui servent à alimenter la haine et la division au sein des classes populaires, à briser l’unité contre l’exploitation, à atomiser ceux et celles, qui pourtant, partagent les mêmes intérêts objectifs. Ces discours ont fait renaître des chimères absurdes et immondes, telle que « l’islamo-gauchsime », qui n’est, il faut le clamer, qu’une actualisation du « judéo-bolchevisme » des nazis, présentée d’une manière neuve.

    Le monde dans lequel nous vivons, celui du capitalisme pourrissant et putréfié, est un monde sur la bascule. Un monde d’incertitudes, de doutes, de peurs. Nous, révolutionnaires, voulons briser le cadavre ambulant du capitalisme et de l’impérialisme. 


    Mais d’autres, ceux qui veulent le maintenir en vie, jouent sur les peurs, les angoisses, la précarité, la vulnérabilité, la souffrance. Ces agents réactionnaires font tout pour instiller un climat d’encerclement et de terreur. Pour que ces peurs puissent être dirigées contre d’autres, contre d’autres nations, contre d’autres peuples, contre des fractions au sein du peuple.

    Les appels à la haine, qui sont en France, portés de la gauche bourgeoise à la droite la plus radicale, créent le climat qui permet l’apparition de ces crimes de masse. Ceux qui les ont proférés portent une responsabilité morale écrasante.

    Nous dénonçons le terrorisme, arme de l’extrême-droite pour semer la peur dans les rangs des masses !3


    Nous dénonçons ces propagandistes comme des complices directs de cet attentat ! Ne laissons jamais les discours haineux diviser notre unité populaire, contre l’exploitation et l’oppression.


    Halte au terrorisme fasciste !


    Halte à la haine chauvine et raciste !


    Mettons fin au système d’exploitation capitaliste-impérialiste !

    1Nous conseillons de lire l’ouvrage Croire et détruire de Christian Ingrao, qui est une référence incontournable sur l’univers mental des akademikern nazis.

    2https://www.lci.fr/politique/aujourd-hui-dans-24h-pujadas-retour-sur-l-attaque-en-nouvelle-zelande-2115607.html

    3https://unitecommuniste.com/international/le-terrorisme-comme-arme-de-lextreme-droite/

  • C’est ainsi qu’on marche sur des cadavres.

    C’est ainsi qu’on marche sur des cadavres.

                    Un crime, un meurtre, un attentat, cela induit en tout premier lieu de proches éplorés, des familles brisées, des amis et des amies en détresse, devant la perte d’êtres chers. Ce sont des moments de drame, des moments abominables, que seuls les cyniques les plus désabusés peuvent souhaiter.

                    Dans le cas de la prise d’otage de Trèbes, dans le cas du meurtre de Mireille Knoll, ce sont d’abord vers celles et ceux qui les pleurent que vont nos pensées. Nous leurs transmettons chaleureusement notre salut.

                    En revanche, d’autres n’ont pas ce regard. Les vautours sont légion, autour de chaque affaire sordide, qu’ils veulent monter en épingle, autour de chaque crime, autour de chaque acte de violence, autour de tous ces faits qui ne pour eux que des occasions de vomir leur bile. Les morts ne comptent pas à leurs yeux. Seul compte l’instrumentalisation qu’il est possible d’en faire.

                    Il est vrai que chaque expression de violence est une illustration des contradictions de notre société, qui les génèrent. Les individus perdus, les exclus, les parias, qui se livrent au petit banditisme, qui sont récupérés par tous les prédicateurs de la haine, sont les enfants d’une société malade. Leur trajectoire chaotique se termine par le fait de faire couler le sang, par une balle tirée ou reçue. Cela n’excuse pas les actes, mais cela les explique.

                    Or, les explications, les vautours n’en veulent pas. Expliquer, pour eux, pour elles, c’est demander de comprendre. Demander de comprendre, c’est déjà excuser. Excuser, c’est en faire l’apologie. Ils et elles n’en veulent pas, car il est nettement plus pratique d’en faire des monstres inhumains, portant le mal de manière innée, ou dans leur gènes. Les morts sont des prétextes, les cadavres qui s’entassent servent de piédestaux.

                    L’extrême-droite et la droite réactionnaire font leurs affaires sur les morts des attentats. Ce n’est pas une nouveauté. Elles tentent de s’ériger en rempart de protection de la « civilisation » contre la « barbarie », alors qu’elle partage un véritablement fond politique commun avec celui des terroristes réactionnaires, quand ce ne sont pas des rapports commerciaux. Elles cherchent à en tirer profit, où dans le but d’instiller plus de division, plus de vexations, plus de ségrégation dans la société – ce qui légitime, par effet de miroir, le discours de Daesh. Les déclarations populistes et démagogues d’une Marine le Pen, d’un Laurent Wauquiez, sur la question de l’enfermement des fichés S, sont des attaques contre la présomption d’innocence, une volonté de liquider préventivement les menaces réelles ou supposées… En somme il s’agit d’une mesure fasciste, écrite par le sang des victimes.

                    Quelle absence de vergogne que de voir les représentants d’un Etat qui traque les réfugiés, qui emprisonnent ceux et celles qui leur viennent en aide, qui laisse mourir des femmes enceintes dans les Alpes, marcher  en mémoire de quelqu’un qui en a subit elle-même les foudres. Ceux et celles qui organisent la misère, la stigmatisation, l’exclusion sociale, ce qui pousse au crime en somme, viennent se pavaner en espérant que des louanges leur seront adressées.

                    Que dire de la présence du Front National, qui plus est protégé par la Ligue de Défense Juive, couverture du Betar, organisation considérée comme terroriste aux USA et en Israël ? Fondé par des anciens SS, sur la base d’une défense de Vichy, connu pour ses dérapages antisémites notoires, la présence du Front National est une humiliation pour la mémoire de Mme Knoll. Quant à celles et ceux qui le leur ont fait remarquer, la police les ont tout simplement braqués de leurs armes. pour les faire reculer. Marine Le Pen avait été déclarée indésirable par le CRIF, Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, tout comme Jean-Luc Mélenchon. L’un et l’autre ont par la suite été exfiltrés.

                    Que CRIF se permette de blacklister qui bon lui semblait, au nom de sa propre perception politique pose des questions. Nous ne soutenons ni Marine le Pen, ni Jean-Luc Mélenchon -que nous ne plaçons pas sur le même plan, cependant- et nous considérons qu’il y a une part essentielle d’opportunisme à leur présence.

                    Tandis que le fils de Mireille Knoll a déclaré que tout le monde serait le bienvenu, le CRIF ne s’est pas posé la question sous cet angle là. Ce conseil, pro-israélien, a décidé de salir la mémoire de Mme Knoll pour imposer son ordre du jour et ses considérations politiques. Dans les faits, les tentatives de créer l’amalgame nauséabond entre l’opposition à la politique de l’Etat Israélien et l’antisémitisme sont des méthodes qui salissent les mémoires et qui contribuent à, ironiquement, légitimer un discours qui entremêle effectivement les deux.

                    Alors que lors de la « journée du retour à la terre » plus de 1000 Palestiniens et Palestiniennes ont été tuées par Tsahal, alors que Gaza subit toujours le blocus, alors que des révélations sur les raids secrets de l’aviation Israélienne sur la Syrie viennent d’être révélés, tenter de lier les deux est un acte sordide. Nous sommes solidaires du peuple Palestinien, qui subit l’occupation et les brimades de la part du colonialisme israélien, pourtant cela ne se lien nullement avec l’antisémitisme. Les Israéliens et Israéliennes comptent également parmi les otages de cette politique aventuriste et criminelle menée par le gouvernement de l’Etat hébreux.

                    Beaucoup, dans le cas de l’assassinant immonde de Mireille Knoll, ont voulu utiliser celui-ci. Non pour dénoncer l’antisémitisme qui existe dans la société, non pour lutter contre lui, non pour s’attaquer à ses racines, mais uniquement pour l’attiser ou l’utiliser à des fins politiques. L’enquête, pour le moment, ne démontre pas que le crime commis soit, à l’origine, un crime antisémite. Ce qu’elle démontre c’est que des stéréotypes antisémites -la richesse supposée, soupçonnée- sont à la base de celui-ci.

                                    L’antisémitisme existe, de pair avec les autres formes de racisme, au sein de la société de l’Etat français. Il est un poison, un fléau, un cancer à éradiquer. Les victimes sont à soutenir, sont à protéger. Mais il n’est pas acceptables que ceux et celles qui meurent de la bêtise, de la haine, de la crapulerie soient utilisés comme enjeu politique, à l’encontre de leur pensées, à l’encontre de leurs désirs. D’autant que le racisme, l’antisémitisme, est attisé par la politique réactionnaire de nombreux Etats, de nombreux agents, lesquels ne sont que trop heureux de pouvoir diviser les classes populaires, dresser les nations les unes contre les autres, scinder l’unité de celles et ceux qui partagent les mêmes intérêts. Trop heureux que la haine divise, sépare. Que la méfiance, la défiance, la peur, isolent. Ainsi, l’exploitation peut continuer dans les conditions les plus favorables pour ces parasites ! Ainsi l’impérialisme, qui est le terreau fertile de la guerre, peut s’étendre, légitimé par l’instrumentalisation de la souffrance des masses populaires de l’Etat français.

                    L’Unité Communiste de Lyon s’oppose à toute récupération. Elle considère que toutes celles et tout ceux qui usent de victimes comme promontoire pour leurs discours ne devraient que se taire. La solidarité est ce qui est à offrir, non les larmes de crocodile !

  • De l’état d’urgence à l’Etat d’urgence.

    De l’état d’urgence à l’Etat d’urgence.

    De l’état d’urgence à l’Etat d’urgence.

    Depuis novembre 2015, l’Etat français vit au rythme de l’état d’urgence.

    A la suite de l’attaque contre la rédaction du journal Charlie Hebdo, en janvier 2015, puis de l’attentat massif du 13 novembre de la même année, l’état d’urgence fut mis en place. Celui-ci, hérité de la Guerre d’Algérie, dotait l’Etat de possibilité étendues de répression. Sans revenir en détail sur ces mesures, l’aspect essentiel est le fait qu’elles contournaient l’échelon judiciaire pour remettre les questions de sécurité entre les mains de l’administration. L’accent était mis sur un traitement préventif des menaces sur la sécurité publique, non sur un traitement « curatif ».

    Au final, à la date du premier novembre 2017, laquelle met officiellement fin à cette situation, le bilan est le suivant : 4 469 perquisitions, 754 assignations à résidence, dont 350 dans la première phase. 625 armes trouvées, sans que le lien avec des activités terroristes puisse être systématique. 25 000 fichés S dont 9 700 en rapport à la « radicalisation. »

    Si le gouvernement annonce fièrement une trentaine d’attentats déjoués, dans les faits le bilan de l’état d’urgence est plus qu’en demi-teinte. In fine le taux de succès des perquisitions et des autres opérations s’est montré particulièrement bas, et, de plus, de moins en moins efficace. Dans la très large majorité des cas, les suspects ont été arrêtés sur des soupçons derrière lesquels aucune preuve n’existait, dans le cadre d’une politique du chiffre et de l’image. Les critiques contre l’usure des forces de police et de l’armée ont été pointées du doigt par les cadres de ces administrations, de même que par les analystes spécialisés en sécurité.

    Mais les bénéfices secondaires de l’état d’urgence ont permis certaines choses réjouissantes pour la bourgeoisie et ses gouvernements successifs : l’usage systématique de la répression contre les mobilisations sociales et politiques. L’état d’urgence et les largesses accordées par la loi aux policiers -soutenues par Lutte Ouvrière, ne l’oublions pas, et par la secte « Les Matérialistes »- ont permis une surenchère de brutalité et de violence contre les parts les plus exploitées et les plus opprimées de la population : les travailleuses, les travailleurs et les individus originaires de l’immigration.

    La liste sans cesse plus longue de victimes des violences policières l’illustre. La liste tout aussi croissante d’incarcérés ou d’inculpés des mouvements sociaux également. Comme le chante l’Internationale : l’Etat opprime et la Loi triche.

    Pour la bourgeoisie, qui lançait, à ce moment, une vague immense d’offensive contre les conquêtes sociales, l’état d’urgence tombait à point nommé. Surfant sur ces événements, sur ce choc, sur ce traumatisme, il lui a été possible de combattre avec une virulence nouvelle la lutte, fondamentale, contre la Loi Travail, en 2016.

    Une nouvelle ère s’est ouverte dans la répression. Mais cette situation a également donné un fantastique grain à moudre aux réactionnaires et aux fascistes. Les apprentis-Mussolini se sont enrichis d’un appui de poids : l’ex premier ministre Manuel Valls. Celui-ci, en défendant une thèse ultra-réactionnaire, celle selon laquelle expliquer le terrorisme, même sociologiquement, revenait à le justifier, s’est démasqué comme une des pointes de la réaction. Aujourd’hui encore, il est un des piliers de la réaction la plus virulente au sein de l’Etat français.

    D’une manière générale, comme nous l’avions développé dans un article passé, le terrorisme est une arme de l’extrême-droite.

    Les forces révolutionnaires et progressistes ont fait usage de méthodes violentes et brutales. Bombes, exécutions, fusillades… Mais non en visant les masses et la population. L’usage tactique de l’attentat est une chose, comme opération militaire visant à cibler des points vulnérables ou symboliques de l’ennemi, à l’exemple de l’attaque du 24 avril faite par les Naxalbaris, contre une école militaire. Le terrorisme en est une autre, l’usage de la terreur contre les masses, est l’arme exclusive des réactionnaires et des fascistes. Les fascistes de Daesh et de l’extrême-droite sont, dans ce cadre, les deux faces d’une seule et même pièce.

    Aujourd’hui, l’état d’urgence est fini. Mais vient l’Etat d’urgence.

    Entrant en vigueur le 1er novembre, la nouvelle loi antiterroriste vient transcrire la grande majorité des dispositions contenues dans l’état d’urgence dans le droit commun. De fait, l’état d’urgence n’est pas aboli, il est intégré comme nouvelle norme.

    La loi antiterroriste est un véritable pain béni pour la bourgeoisie. Une nouvelle fois, la bourgeoisie trouve une capacité à utiliser les opportunités qui s’ouvrent à elle. Si l’impérialisme, le capitalisme, l’exploitation, la misère, les discriminations forment le terreau du terrorisme, la bourgeoisie n’a pas dirigé ces attaques. Les complots dont se nourrissent l’extrême-droite n’ont pas lieu d’être. En revanche, elle tire profit.

    En l’occurrence, le caractère durable des menaces provenant du terrorisme international permet de justifier tout un panel de mesures qui sont tout autant de « bénéfices secondaires. »

    La politique d’Emmanuel Macron est une politique de kamikaze social, nous le maintenons. Elle entrainera misère, paupérisation, destruction du niveau de vie et de l’état de santé général des plus larges masses. Elle entrainera fatalement une réaction sociale, organisée ou confuse, cadrée ou explosive.

    Que ce soit la Ligue des Droits de l’Homme ou Amnesty International, un grand nombre d’acteurs et d’ONG ciblent le contenu de cette loi, pour ses caractéristiques foncièrement dangereuses.

    Premièrement, ce qui est ciblé est le maintient de l’autorité préfectorale, administrative, comme couperet. Le préfet devient l’homme fort, la femme forte, de ce nouveau dispositif. Tout comme dans l’état d’urgence, c’est sa décision qui permet les assignations à résidence, tout comme les « visites domiciliaires », ces perquisitions qui ne disent plus leur nom.

    Les contrôles aux frontières ou au sein de l’Etat pourront être plus fréquents et plus poussés « si la situation l’exige », un terme flou et non contraignant juridiquement. Toute personne refusant le contrôle ou pouvant avoir un profil suspects peut être refusé à l’entrée d’un événement, y compris public.

    La propagation « d’idées et de théories menaçantes », sur des « documents écrits » ou des « propos tenus » dans les lieux -de culte dit la loi- peut permettre leur fermeture pendant 6 mois. Une nouvelle fois, il est délicat juridiquement de comprendre qu’est ce qui peut être interprété comme tel. Si le Sénat avec rejeté ces termes, le gouvernement a fait pression pour les maintenir, insistant sur le fait qu’il n’est plus nécessaire de disposer de preuves matérielles pour agir.

    Sans être directement intégrée à la loi, celle-ci pose un cadre juridique autorisant le fichage des voyageurs internationaux. Ce passenger name record pourra recenser toutes les informations relatives aux déplacement des individus. Le journal Les Echos.fr note ainsi, le 30 octobre : Nom, dates de vol, itinéraire, type de bagage, adresse, et même le moyen de paiement des billets pourront être exploités. Un système équivalent devrait également être mis en place pour le transport maritime.

    Une manière de suivre à la trace.

    De même, la police des frontières dispose désormais d’un rayon d’action étendu. Avant limité aux intérieurs des gares, ports, aéroports, il se dilate maintenant à 20km tout autour de ces sites. Cela couvre donc près de 2/3 du territoire. La durée de rétention double également, passant de 6 à 12 heures.

    Sachant que l’ex-maire de Lyon et ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait précisé que  « les personnes dont la nationalité étrangère peut être déduite d’éléments objectifs extérieurs à la personne même de l’intéressé » seraient ciblés, il est clair que des dérives dangereuses se présentent  d’ores et déjà.

    La seule concession est au niveau de l’assignation à domicile, laquelle s’assouplit pour s’intégrer dans une vie de tous les jours et dans la vie professionnelle. Cependant, cette nouvelle signifie surtout la possibilité de banaliser cette mesure d’exception.

    La bourgeoisie sait se saisir des opportunités pour accroître son arsenal répressif, en tablant sur le choc et sur le traumatisme pour faire passer ses intérêts en douce. Ainsi le fichage ADN des délinquants et criminels sexuels, mesure passée à la suite de nombreuses affaires et scandales, s’est étendu, en douce, à tous les placés en garde à vue, formant ainsi une titanesque base de données. Ce dossier sert notamment à la traque des militants et militantes.

    Nul doute que la nouvelle loi pourra aisément s’appliquer pour écraser les mouvements populaires, les mouvements progressistes, les luttes sociales. Cet arsenal est suffisamment souple et non contraignant pour pouvoir se transformer en hachoir à classe populaire.

    Paradoxalement, cette loi est un aveu de faiblesse pour le gouvernement français. Un aveu du fait que le soft power de la démocratie bourgeoise et du modèle capitaliste est déclin. La désillusion frappe une très large majorité de la population, ainsi que le ressentiment et la colère.

    Mais également, cet ultima ratio qu’est l’état d’urgence n’est plus. En cas de nouvelles menaces, d’où qu’elles proviennent par ailleurs, que pourrait faire l’Etat ?

    L’Etat de siège, forme suprême de la suppression des libertés démocratiques et des libertés publiques, est-il encore réalisable ?

    Les analystes militaires, et le numéro 131 de Défense & Sécurité Internationale dédie un article sur le sujet, considèrent que le format de l’armée française ne lui permet pas d’être utilisée sur des opérations de longue durée, y compris sur le territoire français. Elle n’est plus conçue que sur un modèle « à l’anglaise », d’un corps ultra-mobile et surentrainé, là pour faire des expéditions militaires courtes et intenses. Réduite encore par les logiques d’économie et de gel des budgets -ce qui provoqua le départ du chef d’Etat major des Armées- la détérioration de la capacité d’action illustre le fait suivant : l’Etat français est un colosse aux pieds d’argiles, usé. Mais l’usure rend agressif. La loi antiterroriste l’illustre. L’armée française et la police se tourneront-ils vers la contractualisation pour compenser ? Les questions restent en suspens.

    L’Unité Communiste de Lyon dénonce cette loi répressive comme une tentative d’étrangler les mobilisations et l’expression démocratique au sein de l’Etat français. Elle dénonce cette loi comme une menace pour les respect même des procédures judiciaires et des droits de la défense. Cette loi créé les bases d’une société du soupçon permanent et du traitement administratif de la répression. Elles est fondamentalement un retour aux lettres de cachet de l’Ancien Régime.

    Nous n’avons guère d’illusion sur la valeur de la démocratie bourgeoise. Nous n’avons guère d’illusion sur le fait que la bourgeoisie ne s’encombre pas de sa propre légalité, lorsque celle-ci l’entrave.

    Nous ne doutons pas que la bourgeoisie n’aura de cesse d’étrangler les mouvements progressistes et révolutionnaires, sous les prétextes de sécurité de l’Etat et de la Nation.

    La seule sortie positive de la situation de menace liée au terrorisme international est la destruction du terreau qui le génère. L’impérialisme et la misère qu’il sème, l’exclusion sociale, la fragmentation et l’atomisation des individus, la discrimination en sont, nous le répétons, les facteurs d’origine.

    Seule une révolution socialiste, au final, peut briser le terreau intérieur.

    Seule la destruction de l’impérialisme, l’extérieur.

    Ni lois liberticides, ni prisons ne le peuvent !

  • Attentat aux Champs-Elysées – combattre l’opportunisme.

    Attentat aux Champs-Elysées – combattre l’opportunisme.

     

    Jeudi 20 avril 2017, un homme a attaqué à main armée une camionnette de Police sur les Champs-Elysées, tuant un policier, en blessant grièvement un second ainsi qu’une touriste avant d’être lui-même abattu. Immédiatement après, l’organisation fasciste Daesh revendiquait l’attentat.

    Tout aussi immédiatement, les charognards habituels se sont empressés d’agir en fonction de leurs intérêts : François Fillon et Marine Le Pen ont ainsi immédiatement vociféré, s’empressant de dévorer les corps encore chauds, d’en faire des piédestaux pour lancer leurs discours de division, de haine, de fracturation des classes populaires.

    François Fillon, enfonçant le clou, parla même de « plusieurs attaques », malgré leur inexistence. Plongeant à pieds-joints dans les fake news, au détriment des preuves. Tant que la peur subsiste, la vérité peut bien être tordue en tout sens.

    Nous condamnons cet attentat comme une volonté d’attiser la division et la haine. Nous condamnons les récupérateurs, les nécrophages, qui, immédiatement, s’en emparent.

    Comme nous le mentionnions dans cet article déjà daté mais toujours valable : « Mettre dos à dos les fascistes et Daesh. » De facto, les deux sont des alliés objectifs et s’entraident dans un système de pensée circulaire qui se renforce mutuellement.

    La misère, l’exclusion sociale, le racisme sont un terreau de recrutement pour l’organisation obscurantiste. Celle-ci table son fond de commerce sur un discours symétrique à celui des fascistes : L’Islam et l’occident seraient incompatibles, antithétiques, irrémédiablement insolubles l’un dans l’autre. L’un et l’autre des discours se font écho, se répondent mutuellement, en bref, se montrent cohérents et compatibles l’un envers l’autre.

    Les deux sont les acteurs d’une prophétie auto réalisatrice.

    Plus l’extrême-droite avance ses pions idéologiques, plus ses tentacules pénètrent la société, les pensées, les actes, plus – par effet de symétrie – celles de Daesh trouvent un appui. Daesh, au contraire d’autres organisations prosélytes, ne prône pas un « califat mondial », une volonté d’évangéliser la Terre entière.

    Elle veut, dans une espèce de soupe informe mêlant nationalisme et messianisme, la création d’un califat localisé dans le Levant et en Irak. Au maximum, l’ensemble de ses branches revendique un territoire qui correspond grossièrement à l’expansion maximale du monde musulman avant la Reconquista et les Croisades.

    Les fascistes, eux aussi, défendent une propagande axée sur une volonté de contrôler, de conserver, de structurer un espace revendiqué comme national. Cela ne se double pas d’un message universaliste, d’une prétention d’apporter à l’humanité entière une réponse à ses problèmes, mais bien, uniquement, de clamer « chacun chez soi et chacun ses problèmes. »

    L’un et l’autre des projets ne s’excluent pas mutuellement. Les fascistes se gargarisent du chaos que peut semer Daesh -n’hésitant pas, comme en est soupçonné le Flamand Claude Hermant, à fournir aux assassins l’armement nécessaire à leurs opérations. D’une part par appât du gain, de l’autre par véritable intérêt politique. Le chaos réactionnaire est l’opportunité, pour les fascistes, d’arriver comme des sauveteurs, des sauveurs, et d’être appelés au pouvoir. C’est ainsi qu’ils ont toujours obtenu leurs fonctions, les urnes étant, au final, secondaires. Faciliter la tâche de leurs alliés -objectifs et même subjectifs dans ce cas de figure – est donc parfaitement dans leurs cordes.

    Il ne fait pas de doute que la présidentielle dans l’Etat Français est dans les esprits de Daesh. Cette attaque est un cadeau fait à l’extrême-droite. C’est une offrande.

    L’ironie des ironies est que ceux qui s’empressent de jouer les spéculateurs forcenés, de faire monter les enchères, sur la mort de ce policier, n’auraient probablement pas bénéficié du moindre soutien de celui-ci de son vivant.

    Xavier Juegle, 37 ans, était un policer membre du syndicat FLAG !, la branche LGBT+ de la Police, au sein duquel il était particulièrement impliqué. Il était également pacsé avec son compagnon, et, depuis peu, père adoptif. Les documents qui ont pu être rassemblés sur ses opinions et sur ses pensées laissent peu de doutes quant au fait qu’il n’aurait probablement pas glissé un bulletin national-catholique ou fasciste dans l’urne.

    François Fillon et Marine Le Pen, tous deux hostiles au mariage pour tous et toutes, tous deux hostiles au PACS, tous deux hostiles à l’adoption pour les couples homosexuels, n’indiquent pas une forte proximité avec les positions de la victime.

    Les opportunistes n’en ont cure, ils se nourrissent, en bons charognards, de tout ce qu’ils peuvent trouver, quitte à tordre la vérité.

    En revanche une partie de l’extrême-gauche a été immédiatement ciblée par les « démocrates », les « progressistes », sous le prétexte qu’un policier progressiste ait été tué, et que cela exige que les communistes et les anarchistes marchent main dans la main et pleurent de concert avec la police républicaine.

    Il est essentiel de répondre à ceci.

    Lorsque les manifestations de policiers eurent lieu, l’an passé, l’Unité Communiste de Lyon avait déjà donné une position sur la Police. Oui, il existe des policiers authentiquement progressistes, gentils, aimables, sincères dans leur volonté de faire régner une certaine idée de la justice et de l’ordre public. C’est une indéniable vérité. Cependant, il est tout aussi indéniable que les idées progressistes sont loin d’être hégémoniques au sein de ce groupe social.

    Il existe une grande part de membres de la police qui, à l’inverse, sont des réactionnaires convaincus, des fascistes de premier ordre, des brutes épaisses enrobées de sadisme. C’est, également, un fait indéniable.

    L’existence d’une aile gauche et d’une aile droite, de positions plus progressistes et de positions plus réactionnaires est une constante dans chacun des compartiments de la société, quelque soit l’échelle. Même entre deux individus, l’un sera plus progressiste, l’autre sera plus réactionnaire. De même Il existe des ouvriers réactionnaires et des bourgeois progressistes.

    Cependant, notre rapport à la Police n’est pas un rapport individuel, il est une question de fonction sociale.

    La fonction de la police est d’exécuter les ordres de l’Etat bourgeois, de maintenir l’exploitation la plus efficace des travailleurs par la bourgeoisie. Elle est le moyen par lequel l’ordre tient, reste, résiste contre les volontés de changement, contre les volontés de transformation de la société. Elle n’est pas, contrairement aux prétentions de Lutte Ouvrière, une part de la classe ouvrière, elle est un corps détaché, séparé, dévoué uniquement à la répression. Par sa fonction, elle représente, indépendamment de la qualité de ses membres, un ennemi.

    Que la police le fasse dans le respect de la déontologie, comme le voudrait Mélenchon, ou dans la violence maximale, comme l’appelle de ses vœux Le Pen, ne change pas le fond de l’affaire. Elle est une ligne de défense de l’ordre bourgeois contre les travailleurs, contre les révolutionnaires.

    Certes, il est plus agréable de savoir la police contenue par des règles et des brides, mais elles sont illusoires et seront lâchées dès qu’une menace apparaîtra.

    C’est pour cela que nous ne nous réclamons pas de l’esprit « Charlie », que nous n’avons pas « embrassé un flic. »

    Nous condamnons cet attentat comme étant l’expression d’une volonté de chaos réactionnaire, d’une volonté consciente de servir la soupe aux fascistes.

    Nous sommes solidaires des familles des victimes et nous exprimons notre solidarité. Nous ne nous réjouissons jamais des tueries et des massacres.

    Mais nous ne saurions clamer « vive la Police. » Nous ne saurions soutenir les forces de répression et acclamer leur œuvre.

    Nous ne saurions acclamer l’Etat bourgeois et de ses gouvernements, grands fournisseurs du terreau fertile d’où naissent les réactionnaires.

    Les thèses et les discours qui promeuvent la division, la fracturation des classes populaires, ces thèses dont les fascistes et les obscurantistes sont porteurs, doivent être balayées sans la moindre concession.

    L’unité populaire est l’arme contre ceux qui veulent instiller la division.

    L’unité populaire est le fer de lance de la contre-offensive contre les exploiteurs et leurs alliés réactionnaires -occasionnels ou réguliers.