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  • Répondre à l’anticommunisme.

    Répondre à l’anticommunisme.

    Nous avons communiqué précédemment sur la Résolution prise par le Parlement Européen, sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe. Nous avons exprimé notre indignation quant à au fond du propos évoqué. Nous le rappelons : les arguments employés visent à faire fondre dans un même creuset, nommé « totalitarisme », la forme du pouvoir soviétique en URSS et celle de l’Allemagne nazie. Or ces arguments sont au mieux du domaine de l’amalgame sans vergogne, au pire historiquement mensongers. Ils montrent la subordination de l’Histoire aux intérêts politiques et géopolitiques de la période.

    https://unitecommuniste.com/communiques/resolution-anticommuniste-une-reponse-rapide/

    Nous répondons point par point, car nous ne pouvons accepter que ces mensonges soient constamment répétés. Nous répondons longuement et précisément aux questions relatives au pacte germano-soviétique dans cette brochure, tout comme nous entamons un travail long d’explication de la répression en URSS. Notre démarche n’est pas de dire que tout est faux dans ce dont ont accuse l’Union soviétique et son gouvernement.

    Seulement, ces accusations demandent des réponses. Nous essayons de les fournir. Il existe des failles dans le comportement de l’URSS, des actes critiquables, peut-être condamnables, mais ils ont chaque fois été la conséquence d’un contexte. Si, ultimement, l’Union soviétique n’est pas parvenue à réussir la difficile tâche de construire une société communiste, ce n’est pas faute d’avoir essayé de le faire. Ce n’est pas faute d’y avoir mis l’énergie et la volonté. Elle était une expérience pionnière, un univers inconnu. Elle n’était pas le paradis socialiste, et plus personne ne le prétend.

    En revanche, nous n’avons pas à accepter la construction de mythes mensongers, qui essaient de faire de l’Union soviétique ce qu’elle n’était pas : un enfer contrôlé par des fous furieux. En particulier, l’amalgame communisme-nazisme est d’autant plus répugnant que l’URSS a été, en termes de victimes, le pays qui a subit l’occupation la plus violente et barbare, tuant 27 millions de citoyens soviétiques. Ces victimes sont portées au crédit de Staline, alors qu’elles sont tombées pour qui le IIIe Reich s’effondre.

    Dans l’article 2, la résolution condamne le fait que « deux régimes totalitaires ayant tous deux l’objectif de conquérir le monde se partageaient l’Europe en deux sphères d’influence » ont signé un pacte. L’Allemagne a proposé à l’URSS de se partager le monde, en effet. Mais l’Union soviétique a refusé de participer à cette opération ignoble. En revanche, ce que la résolution ne dit pas, c’est que les entretiens secrets entre Lord Halifax et Ribbentropp, eux, visaient effectivement à un partage entre impérialisme anglais et impérialisme allemand. L’idée d’une lune de miel germano-soviétique est revenue régulièrement dans une littérature d’extrême-droite, qui visait à réhabiliter en catimini le nazisme. L’idée de dire que, finalement, l’Allemagne nazie a mené une guerre préventive contre l’URSS pour se protéger et protéger l’Europe un refrain seriné depuis la fin de la guerre par les néo-nazis. Or, il n’a jamais été trouvé la moindre trace d’un plan d’agression planifié par l’URSS contre le reste du monde.

    Il existe une raison fondamentale à cela : il n’existe pas. Lors des rencontres entre Molotov et le gouvernement nazi, en 1940, Hitler proposa que l’URSS participe à la conquête du monde. Cela n’a pas été fait. L’URSS a changé ses frontières, dans des guerres qui, du point de vue du droit, étaient contestables, mais du point de vue de la réalité militaire, étaient nécessaires.

    La réalité des débats était que l’Union soviétique s’était enquise de la présence de troupes Allemandes à proximité de ses frontières, en Finlande, en Hongrie…etc. Ce point, et uniquement ce point a occupé les conversations.

    L’URSS a commercé avec l’Allemagne ?

    Si l’UE est si prompte à voir dans l’URSS un partenaire des nazis, elle omet complètement que certains de ses membres, donc la Suède, ont commercé pendant l’ensemble de la guerre avec les nazis. La Suisse a bâti une fortune sur le fait de servir de banque. Les USA, en dépit de l’ordre shoot first ! de Roosevelt, ont continué de commercer avec l’Allemagne. Henri Ford ou Charles Lindbergh ont d’ailleurs été des grands promoteurs du nazisme aux USA. Pourquoi ces commerçants de la mort ne sont-ils pas cités ? Pourquoi les fortunes construites sur la collaboration ou sur le nazisme ne sont-elles pas saisies ? La réponse est simple : on ne touche par la propriété privée, même bâtie sur le sang. En fin 1939, l’Angleterre estimait que les exportations annuelles allemandes s’élevaient encore à 44 M£ vers l’Amérique du Sud, à 19 M£ vers l’Extrême-Orient, et à 15 M£ vers les États-Unis. Ces exportations ne se sont arrêtées que par le blocus, entraînant la colère des USA.

    Le Portugal, l’Espagne et la Turquie ont commercé pendant toute la durée de la guerre avec l’Allemagne nazie et avec ses alliés, sans jamais s’attirer le moindre reproche. Pour contourner les problèmes légaux, des entreprises, telles que la Coca Cola company, ont créé des produits ad hoc. Le Fanta est ainsi le Coca des pays de l’axe.

    L’Allemagne n’avait, de toute manière, pas l’intention de respecter son accord. L’un des rares enregistrements de Hitler hors de ses discours est une rencontre avec le Maréchal Mannerheim, dirigeant la Finlande. Hitler parlait de vouloir, dès la fin des opérations à l’ouest, attaquer l’Union soviétique. S’il avait pu faire la paix avec l’Angleterre, il aurait rué immédiatement ses panzern vers les steppes.

    Quant à parler de « partage du monde », le ridicule est atteint. La résolution ment par omission en oubliant de mentionner qui s’était arrogé le droit de disposer du monde, dans les partages entre empires coloniaux, en zones d’influences, en État sous tutelle. De la conférence de Berlin en 1885 en passant par Fachoda puis par le traité de Sèvres ou de Versailles, nombre de réunions et décidé de qui mettrait en esclavage quel peuple.

    L’article 5 mentionne les crimes et actes d’agression commis par les régimes communistes totalitaires considérant les opérations militaires dans les États Baltes, en Pologne, en Bessarabie comme des crimes contre la paix. Or, les options soviétiques étaient restreintes. Il aurait fallu, selon les occidentaux, qu’elle attende d’être envahies, ensevelie sous les bombes, d’avoir ses peuples transformés en « chevaux chantants » pour avoir le droit de se défendre ?

    L’Union soviétique a effectivement violé plusieurs traités internationaux pour assurer sa défense. Elle était seule face à la plus grande menace que le monde ait connu. L’occupation allemande, si terrible en France, n’était rien comparé à celle qu’a pu connaître l’URSS. Les Soviétiques le savaient et ont agi en conséquence. La France, si respectueuse des traités internationaux quand il s’agit des autres, ne s’est jamais retenue d’envahir, d’annexer, de bombarder d’autres pays pour le profit de sa bourgeoisie. Elle viendrait alors donner des leçons ?

    Le point K indique, entre autres : « en août 2019, les autorités russes ont rejeté toute responsabilité dans ce pacte et ses conséquences et promeuvent désormais une théorie selon laquelle la Pologne, les États baltes et l’Europe de l’Ouest sont en réalité les véritables instigateurs de la Seconde Guerre mondiale ».

    Nous le disons haut et fort : L’occident a joué, par anticommunisme et par jeu géopolitique, aux apprentis sorciers. Les politiques des différents acteurs, y compris polonais, ont mené au fait de nourrir les possibilités d’agression de la part de l’Allemagne nazie. L’Angleterre, en particulier, a vu dans le réarmement allemand la possibilité de faire un équilibre des puissances entre France, Allemagne et URSS. Les démocraties libérales ont tout fait pour entraîner l’Union soviétique dans une guerre contre l’Allemagne, sacrifiant sur l’autel de la lutte anticommuniste la Tchécoslovaquie et la Pologne. Lorsque celle-ci s’est fait envahir, les démocraties occidentales n’ont pas levé le petit doigt pour l’aider. La France n’est vraiment entrée dans la guerre contre l’Allemagne que lorsque celle-ci l’a envahie, le 10 mai 1940, et encore. Elle a capitulé avec empressement, dès que la garantie que les Allemands ne toucheraient pas aux colonies et à la flotte de guerre était acquise.

    Même en Pologne, la collaboration, en particulier à l’extermination des Juifs, a existé. Elle est un tabou dans ce pays. L’an dernier, la gouvernement Polonais a dû reculer sur une loi mémorielle, laquelle indiquait que pourrait être condamné toute personne que ferait « l’attribution à la nation ou à l’Etat polonais, en dépit des faits, de crimes contre l’humanité. »

    Nous n’allons pas attribuer à la Pologne le fait qu’elle aurait déclenché la Seconde Guerre mondiale. Mais son jeu diplomatique a été celui d’une puissance réactionnaire, antisoviétique, et opportuniste. Elle ne s’est pas émue du dépeçage de la Tchécoslovaquie, elle en a même tiré sa part. Elle avait des prétentions sur certaines portions de l’Union soviétique, notamment en Ukraine. Son gouvernement, loin d’être un modèle de démocratie, a également coopéré et signé avec Hitler un pacte dont les protocoles secrets ne sont pas connus.

    Le peuple polonais a souffert de la guerre comme peu d’autres. Mais sa sécurité a principalement été sacrifiée par son gouvernement, avec l’appui des franco-britanniques. Ils l’avaient probablement passée d’ores et déjà en pertes et profits pour obtenir ce qu’ils désiraient : une guerre d’anéantissement entre URSS et Allemagne.

    Car ce que les rédacteurs essaient de faire oublier, c’est que l’URSS n’était pas une île au milieu d’un océan de calme. Les pays qui, aujourd’hui, s’associent pour pleurnicher sur les droits de l’Homme n’ont pas été des spectateurs passifs de l’expérience socialiste. Au contraire, ces États ont œuvré de toutes les forces pour tenter d’asphyxier la jeune Union soviétique, économiquement comme diplomatiquement, mais également de causer chez elle des troubles, de susciter des problèmes, d’assassiner et de saboter. Leurs embargos ou leurs tentatives d’extorquer des profits immenses à l’URSS ont contribué à rendre la vie plus difficile à des millions de citoyens de ces Républiques.

    Les États « démocratiques » ont également essayé de lancer des agents à la gorge de l’URSS, la Pologne en 1927, le Japon en 1939, l’Allemagne en 1941. À l’inverse, toute idée de paix durable, basées sur la solidarité internationale et sur le soutien collectif contre les États agresseurs, a été sabotée au profit d’alliances caduques, inégales. Ce sont elles qui ont coûté à l’Éthiopie, à l’Albanie, à l’Autriche, à la Tchécoslovaquie et à la Pologne leur indépendance.

    Même après la Seconde Guerre mondiale, l’organisation Gehlen, clique d’anciens nazis, créateurs du BND (service secret Ouest-Allemand), ont continué, avec la bénédiction des autorités d’occupation. Ils ont fourni du matériel aux assassins bandéristes en Ukraine ou à leurs laquais dans les pays Baltes.

    3. « rappelle que les régimes communistes et nazi sont responsables de massacres, de génocide, de déportations, de pertes en vies humaines et de privations de liberté d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité. » Cet article instaure un divorce avec les faits historiques. Elle nie intégralement l’existence du système colonial-impérialiste. Elle est une négation de ces crimes, tout comme de ceux commis par le Japon Showa en Chine et en Corée. Ces crimes sont sans conteste du même rang que ceux de l’Allemagne nazie dans l’ampleur et dans le caractère intentionnel.

    Pourquoi ces crimes ne sont nullement évoqués ? Aux yeux des rédacteurs, d’une part, ils ne concernent que la sous-humanité coloniale. De l’autre, ils posent problème, car ils mettent en accusation les « démocraties libérales » et dévoilent un problème majeur : le fait qu’il n’existe pas de séparation nette entre le fascisme et le capitalisme. Dans les colonies, l’agresseur impérialiste a sciemment liquidé les intelligentsias, a installé des polices politiques, un système organisé d’exclusion sur des critères raciaux, un travail forcé jusqu’à la mort…

    Le système soviétique, quel que soit le regard qu’on puisse porter sur la direction de Staline, n’a jamais planifié la mort de millions de personne. Les famines n’ont jamais été l’apanage de l’Ukraine et n’ont pas été un système punitif planifié. Aucun chercheur digne de ce nom ne peut parler de génocide pour caractériser cette crise des semences et de l’alimentation. L’URSS n’avait pas de possibilités matérielles de la conjurer. À l’inverse, les famines actuelles sont le fait de la rapacité du système impérialiste mondial et sont considérées comme acceptables dans la course au profit.

    De même, l’ampleur de la répression stalinienne, à son paroxysme, n’a jamais atteint les dizaines de millions de morts qu’on lui attribue. Les années les plus terribles sont celles qui précédent immédiatement la guerre, où 2 000 000 de personnes sont condamnées à mort ou décèdent dans le système carcéral soviétique. Ces victimes (700 000) sont d’ailleurs répartis en deux vagues : la première est celle des ex-koulaks et ex-classes possédantes, dont la répression a été gonflée par les responsables locaux du parti, la seconde est formée par ces mêmes responsables locaux, lorsque leurs malversations ont été repérées.

    Ni les relégations, ni les camps de travail, même les plus durs, n’ont jamais connu le taux de mortalité des camps nazis, ni même des bagnes français. Dans l’ensemble, 96 % des condamnés ont quitté les camps vivants et ont repris leur vie. La caricature des 20 ans de Goulag ne concernait qu’entre 0,1 % et 1 % des peines.

    L’ouverture des archives soviétiques à d’ailleurs fait s’étrangler de rage les menteurs professionnels de l’anticommunisme : ils ont dû revoir dix fois, vingt fois à la baisse leurs « estimations ».

    L’article 4 indique que l’UE « témoigne son profond respect à chacune des victimes de ces régimes totalitaires. » 80 % des victimes directes du nazisme étaient des citoyens soviétiques, qu’ils furent Juifs ou non. En fait de respect, les rédacteurs crachent aux visages de ceux qui ont vu les hordes nazies ravager leur pays, le mettre en esclavage, en massacrer la population. Elle en fait des victimes du stalinisme, tombés dans une guerre qui n’était pas voulue.

    De même, les mentions de l’occupation soviétique de l’après-guerre sont d’une hypocrisie totale. La direction soviétique, et Staline au premier chef, étaient d’avis de quitter le plus rapidement possible les pays de l’Est ou dans les zones d’occupation définies internationalement. En Corée, le départ des troupes soviétiques de tutelle s’est fait dans les délais prévus, contrairement aux USA, toujours présents.

    Finalement, ce sont les violations des accords internationaux qui ont entraîné le maintient des troupes soviétiques en Europe de l’est dans la période stalinienne. Les changements économiques apparus sous Khrouchtchev ont mis en place leur exploitation et leur intégration inégale dans un ensemble économique. Mais tous les témoins de la période indiquent que la direction soviétique était quelque peu désemparée par ces pays. Après la saignée de la guerre, elle avait un besoin vital d’y avoir des gouvernements amis, mais jamais l’intégration dans l’URSS n’a même été évoquée, à l’exception de la Tchécoslovaquie, où il y eut une révolution, et de l’Allemagne, sous l’impulsion du Nationalkomitee Freies Deutschland, pour éviter le démembrement.

    Il est hilarant de voir que le point E mentionne ceci : E.  considérant que si les crimes du régime nazi ont été jugés et punis lors du procès de Nuremberg, il reste urgent de sensibiliser l’opinion publique, de dresser un bilan moral de cette période et de mener des enquêtes judiciaires sur les crimes du stalinisme et d’autres dictatures;

    Après la chute de l’Union soviétique révisionniste et des démocraties populaires, il y a eu la tentative de faire ces procès. Ils ont tous échoué sans exception. Le procès de Heinrich Honnecker comme celui de Jaruzelski ont été des catastrophes pour l’image des accusateurs. Notamment car ouvrir cette boîte de Pandore expose à ce que les crimes commis dans le même intervalle par les accusateurs soient pointés du doigt. De plus, si ces régimes ont eu leurs immenses défauts, que nous soulignons régulièrement, ceux qui les ont remplacés ont presqu’unanimement perdus les élections en peu de temps, remettant les mêmes équipes au pouvoir.

    Tout aussi hilarant : 18.  constate que le maintien, dans les espaces publics (parcs, places, rues, etc.) de certains États membres, de monuments et de mémoriaux glorifiant les régimes totalitaires ouvre la voie à la dénaturation des faits historiques relatifs aux conséquences de la Seconde Guerre mondiale ainsi qu’à la propagation d’un système politique totalitaire;

    Les rues ukrainiennes sont souvent avec leurs places Bandera, du nom de ce nazi notoire, laquais des Allemands. Cela n’a pas tant ému. Mais en revanche, nous nous demandons comment il sera possible de retirer tous les noms liés au stalinisme des rues et des places. Faudra t-il alors retirer les plaques d’individus tels que les résistants communistes ? De scientifiques qui ont partagé les idéaux de l’URSS ? De militants et militantes des droits civiques ? Alors nous voir aussi les noms de Enrico Fermi, Robert Oppenheimer, mis à l’index ? Après tout, ils ont travaillé avec les agents du NKVD en pleine connaissance de cause, fournissant presque en temps réel les avancées sur la bombe atomique à l’Union soviétique. Alors nous voir Picasso retiré des musées, ou encore Frida Khalo ?

    Certainement non. Le mensonge sur les opinions des artistes et des scientifiques est constant. Ils seront dépeints comme manipulés, ignorants. Nous pensons que c’est l’inverse, mais qu’au contraire ils avaient pleinement conscience de ce qu’ils soutenaient. Ils et elles comprenaient parfaitement le fait que la lutte pour le socialisme était un combat, et que l’illusion du confort métropolitain et colonial était bâtit sur les superprofits et le sang.

    Derrière cette résolution se trouve deux objectifs : l’un est celui de poursuivre une criminalisation du communiste et de l’expérience des États socialistes au cours du XXe siècle. Elle est menée par l’amalgame, les arrangements avec l’histoire, le mensonge par omission et la falsification.

    Le second aspect est celui de se servir de cette attaque dans un cadre géopolitique, de rivalité avec la Russie. Elle demande aux Russes de condamner leur propre passé, au nom de droits de l’homme qui n’ont jamais été la priorité des Occidentaux. Elle exige d’eux, eux qui ont connu réellement le socialisme, de condamner celui-ci et de le couvrir d’immondices. Il y a là une part d’anti-soviétisme, mais aussi l’idée de stigmatiser les Russes comme un peuple foncièrement anti-démocratique.

    Elle ne le fait pas pour le Japon.

    Elle ne le fait pas pour la Turquie.

    Elle ne le fait pas pour la France, complice de nombreux crimes passés et présents.

    Parce que ce sont des partenaires commerciaux, des alliés, qu’il faut les ménager. Parce que les vies n’ont pas toutes la même valeur à leurs yeux. Stéphane Courtois disait qu’un enfant Ukrainien mort de famine vaut un enfant Juif à Auschwitz. Nous lui laissons ce raccourci qui ne l’honore pas. Mais il semble que la mort de près de 50 millions d’Asiatiques par les armées Showa soit du domaine de la pure et simple statistique.

    Le passé de l’expérience communiste est un passé complexe, avec des failles, des défauts, des erreurs. Nous les acceptons comme faisant partie de notre histoire et nous travaillons à y remédier.

    Cette déclaration ne cherche absolument pas à réaliser cela. Elle ne vise qu’à condamner le communisme en l’assimilant au nazisme. En faisant cela la bourgeoisie « démocratique » essaie de se dédouaner elle-même de ses crimes et de sa similitude avec le fascisme. Elle cherche à souiller la vie et le combat de révolutionnaires et de ceux et celles qui ont travaillé à construire le socialisme.

    S’en prendre au communisme signifie tenter de boucher la seule issue pour l’avenir.

    « 17.  se dit préoccupé par le fait que des symboles de régimes totalitaires continuent à être utilisés dans les espaces publics et à des fins commerciales, tout en rappelant qu’un certain nombre de pays européens ont interdit l’utilisation de symboles nazis et communistes;« 

    Interdisez-nous. Bannissez nos drapeaux, nos chants, nos symboles. Souillez notre histoire autant qu’il vous plaira. Nous n’en avons cure. Notre force ne réside pas dans des fétiches. Elle est dans la lutte des classes.

    Et vous ne pouvez pas bannir la lutte des classes. Elle existe d’une manière indépendante de notre volonté comme de la vôtre. Tant que l’exploitation existera, les militants et militantes communistes, sous un nom ou un autre, existeront et se battront toujours.

    Votre monde s’effondre, mesdames et messieurs les bourgeois. Vous l’épuisez, le surexploitez. Vous dressez chaque jour plus les masses populaires contre vous. Vous serez toujours davantage seuls dans vos citadelles d’exploiteurs.

    Nous serons chaque fois plus nombreux, nous bannir n’y changera rien.

    Aujourd’hui, partout dans le monde, les forces combatives se réunissent. Elles se rassemblent. Elles s’organisent dans les bases de nouvelles internationales. Vous avez raison de nous cibler, car nous sommes l’avenir.

  • Fin de Partie -III- Le choix de la bourgeoisie.

    Fin de Partie -III- Le choix de la bourgeoisie.

    Le choix de la bourgeoisie.

    Entre 1991 -chute de l’URSS- et aujourd’hui, des étapes ont été franchies.

    La période d’enthousiasme magnifié, de sentiment de victoire pour la bourgeoisie et pour la démocratie bourgeoise, a duré un temps. Les diverses bourgeoisies des pays dominantes ont tiré un grand profit du vide qui venait de s’ouvrir. Elles ont également commencé à tâter le terrain des droits sociaux, dans l’espoir de rogner sur les concessions qui lui avaient été arrachées à la sortie de la guerre.

    A ce moment, la bourgeoisie cherchait à accroitre son taux de profit, à accroitre l’exploitation et ses bénéfices. Elle s’offrait, à elle-même, de somptueux cadeaux. Ses attaques étaient la manifestation d’un appétit dévorant, d’une rapacité sans bornes.

    En 2008, la crise des subprimes est venue clôturer durablement cet optimisme. Elle met la bourgeoisie de l’Etat français en difficulté. Celle-ci ne se bat plus tant pour accroître son taux de profit, elle se bat pour maintenir ses positions, pour ne pas glisser et déraper. Elle se montre agressive tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de ses frontières. En somme, elle a durci le ton, plus seulement par amour des rentes avantageuses, mais avec un soupçon d’effroi.

    Des questions se posent sur ce qu’aurait été l’agenda de la bourgeoisie si cette crise n’avait pas eu lieu. Il est probable que des offensives auraient été menées, mais à un rythme moins effréné.

    Le président d’alors, Nicolas Sarkozy, s’est montré un bien piètre agent de son conseil d’administration. Il a bataillé pour ses commanditaires, nous ne saurions lui retirer cela, mais sur une base difficile. Le Parti Socialiste et les forces progressistes ont opposé une vive résistance. Que les motifs soient opportunistes, électoralistes ou non, le résultat est là : l’action de la bourgeoisie s’est retrouvée entravée.

    Quoi de mieux que, en 2012, de neutraliser cette opposition : en appuyant la candidature de François Hollande, la bourgeoisie opérait une manœuvre intelligente. Pari risqué, pour certains, mais pari gagné. En cinq ans, le président « socialiste » a œuvré avec un zèle fantastique pour les intérêts de la bourgeoisie française, pour son impérialisme, contre les organisations politiques et syndicales du mouvement ouvrier.

    La difficulté résultante de cette positions est qu’un alternance devenait complexe. Le PS s’est gravement affaibli dans cette opération, s’est grandement empêtré. La droite reste marquée par les affres de ce qu’elle a fait subir. Seule solution, opérer un renversement tactique, jouer la carte non plus de l’affrontement droite-gauche, mais d’une ligne de démarcation passant entre la démocratie et le fascisme.

    De fait, le centre de gravité du débat politique a quitté la jonction entre la gauche et la droite. Elle est passé entre le « bloc Macron » et le « bloc patriote ».

    La figure rassembleuse de Macron, en butte à la figure répulsive de Le Pen, sert donc cet objectif : anesthésier l’opposition, la museler, et rassembler autour d’un faux dilemme : démocratie libérale ou fascisme protectionniste.

    La question qui se pose, cependant, est celle de l’évolution à l’issue d’un mandat qui va entrainer une paupérisation accrue, une colère sociale profonde et puissante, et dans laquelle l’alternance ne sera pas une possibilité directe. Ou le rassembleur jouera la carte de la réaction et de la coercition, ou il cédera sa place à quelqu’un capable de le faire.

    Le Front National n’est pas mécaniquement l’issue idéale de la bourgeoisie. Mieux vaut une union nationale pour les intérêts sacrés de la patrie que quelqu’un portant le clivage. Cependant, cette organisation est une carte maîtresse dans les mains d’une bourgeoisie sans scrupules.

    Le FN est un jouet de longue date. Ce n’est pas la première fois qu’il est utilisé comme moyen de pression ou de division. Sa parole à été, de ce fait, adoubée comme faisant partie de l’échiquier politique.

    Elle l’a été pour plusieurs raisons. D’une part pour des raisons tactiques, comme sous François Mitterrand, pour permettre de créer une césure au sein de l’opposition, pour manœuvrer habilement et permettre de rester majoritaire. Le Front National a divisé la droite -principalement entre gaullistes et partisans de l’Algérie, formant deux blocs distincts, hostiles et opposés.

    Dans le même temps, l’hostilité viscérale d’une part de la population envers le FN est un moyen de rassembler. Le Parti Socialiste s’est arrogé le contrôle absolu sur SOS Racisme, de Julien Dray et Harlem Désir, en faisant une docile courroie de transmission. Clamer la nécessité de voter utile pour ne pas faire le jeu du FN est -parfois- le dernier argument qui reste. Après des années de compromis, de soumissions évidente et éhontées aux intérêts de la bourgeoisie, aux intérêts des impérialistes et des rentiers de l’Etat Français, la social-démocratie et ses agents ont eu à avoir recours à ce subterfuge pour ne pas être simplement effacés.

    La seconde raison est celle de l’opportunisme politique, de la tendance au populisme, à la démagogie, au fait de chercher à rallier le plus à droite possible les électeurs, au lieu de combattre idéologiquement les positions fausses.

    Du Redshift au Blueshift.

    Deux périodes se succèdent. La première s’ouvre avec la fin du Second Empire et se poursuit jusqu’à 1991. Elle est une période qu’il est possible de caractériser, en reprenant un terme d’optique, par une période de redshift ou de « décalage vers le rouge ».

    Tout comme les ondes sonores, les ondes lumineuses subissent l’effet doppler. C’est ce qui fait qu’un objet qui s’éloigne ou qui s’approche voit -sensiblement ou non- sa luminosité changer et se décaler ou vers le rouge redshift, ou vers le bleu blueshift. C’est également, d’une manière qu’il est possible de constater dans la vie courante, le phénomène qui fait qu’un véhicule arrivant vers un observateur possède une sonorité plus aigüe que lorsqu’il s’en éloigne.

    Dans un sens, dans la période contemporaine, les idées progressistes ont, peu à peu, écrasé les idées réactionnaires, les conceptions rétrogrades. Ainsi, à la fin Second Empire, les monarchistes et les bonapartistes étaient une force politique indéniable. Le Parti Radical, en revanche, apparaissait comme une organisation -d’où son nom- radicale. Sa place sur l’échiquier politique était ainsi nettement plus « à gauche » qu’aujourd’hui.

    Au fur et à mesure de l’avancée du développement socio-économique et de son impact sur les conceptions politiques, de nouvelles forces sont apparues à sa gauche, et celui-ci fut inexorablement poussé vers la droite. Des thématiques « extrémistes » [congés payés, droit de vote des femmes…] se sont finalement imposées, progressivement, à la fois dans la société, à la fois au sein du discours de la large majorité des organisations politiques, comme une nouvelle norme.

    Hier, l’apocalypse était promise à celles et ceux qui accorderaient la journée de 10 h aux enfants. Désormais, parler du travail des enfants serait considéré comme une véritable folie.

    Ce redshift était le reflet, la conséquence directe, d’une lutte menée, idéologiquement, politiquement, culturellement, non seulement contre les positions arriérées et rétrogrades, mais bien contre les dogmes de la bourgeoisie.

    Même lorsque celles-ci ne remettaient pas en cause le capitalisme, l’impérialisme, ces luttes ont apporté des progrès indéniables dans l’amélioration des conditions de travail, dans l’amélioration des conditions de vie, dans la lutte contre la tendance à la paupérisation relative et absolue, laquelle est une des tendances inhérentes au capitalisme.

    Seulement, même si elles sont positives, ces victoires, tant qu’elles ne forment pas un coup fatal, restent temporaires. Tant que la lutte des classes n’est pas menée à son terme, les retours arrières sont possibles. Tant que l’ennemi n’est pas réduit à néant, il peut se relever et combattre. Un regard sur l’expérience de l’URSS, de la Chine, de l’Albanie, permet de s’en convaincre.

    A partir des années 70, après l’irruption du choc pétrolier, la bourgeoisie raidit le ton. Elle le fait pour plusieurs raisons : d’une part la pression de la crise l’aiguillonne, la  place sur la défensive. Elle craint pour elle-même. Un autre facteur est le fait que la menace communiste est -en pratique- conjurée. Les déviations idéologiques du P.C.F. en font désormais un parti social-chauvin, un parti faisant corps avec la cause de l’impérialisme français, acheté, corrompu, vendu. Son alignement sur la ligne de Nikita Khrouchtchev, après 1956, a sonné l’heure de la liquidation de toute volonté révolutionnaire en son sein. D’autant que le PCF fut rarement un bon élève, dès 1947, déjà, Andreï  Jdanov pointait du doigt le danger de sa compromission, danger qui s’est progressivement mué en réalité.

    Déjà marqué par des atermoiements, par des oscillations, notamment sur la question algérienne, le PCF s’est confortablement aligné sur la position d’un Moscou révisionniste, lui permettant de justifier chacune de ses errances idéologiques.

    En 1975, le P.C.F. a accompli une première phase de sa mutation. Il est devenu une organisation social-démocrate, révisionniste, réformiste. Cette ligne chauvine légitime un discours réactionnaire, lui sert de marchepied, facilite la renaissance de l’extrême-droite. Les mots d’ordre tels que « produire français », tels que ce « patriotisme économique », ou encore la « question de l’immigration » évoquée par Georges Marchais.

    Ainsi, pour citer sa lettre de 1981 au recteur de la Mosquée de Paris, il s’exprimait ainsi :

    « Il faut résoudre d’importants problèmes posés dans la vie locale française par l’immigration […] se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […], la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d’ouvriers et d’employés. L’enseignement est incapable de faire face… »

    Quant au grand frère soviétique, lui-même est en perte de vitesse. Léonid Brejnev, malgré sa restauration cosmétique de l’image de Staline, dirige une URSS de neige et de rouille. Une URSS dont le social-impérialisme -dénoncé par Hoxha et Mao- s’est déjà illustré dans la répression du printemps de Prague et s’incarne désormais dans l’invasion de l’Afghanistan. Dans les esprits les plus avisés du camp occidental, elle n’est quasiment plus qu’une gêne géopolitique, un camp rival, et n’est plus l’implacable ennemi idéologique d’avant, ce camp ennemi irréductible. Certains groupes fascistes se plaisent même -un comble- à la louer, faire l’apologie de sa résistance face à une « putréfaction de l’occident », la voyant comme une force culturellement conservatrice.

    La bourgeoisie comprend, elle aussi, la dialectique. Ses kremlinologues devinent que l’URSS s’affaiblit, s’étiole. L’affaire Farewell lui en fournit la preuve matérielle. Cet agent double offrit sur un plateau à la DST un état des lieux de l’Union. Celui-ci est, pour l’occident, plus que réjouissant. L’Union Soviétique se meurt, dépend terriblement de son espionnage pour compenser son retard technique, elle croule sous les dettes, perd en influence idéologique et politique…

    L’arrivée de Gorbatchev est vue comme le chant du signe, mais les fruits pourrissaient auparavant. Le contre-choc pétrolier, Tchernobyl, l’achève. La Glasnost et la Perestroïka ouvrent le couvercle d’une marmite bouillante : l’URSS explose.

    Avec son affaiblissement et sa mort, vient l’agonie sans fin d’un PCF, lequel accroît sa vassalisation auprès du Parti Socialiste, se met à sa traine, en devient le fidèle sujet, le laquais. Même l’intermède Mitterrandien, les nationalisations, organisées par le Parti Socialiste, ne sont qu’un paravent. L’Etat fournit un parachute aux entreprises en difficulté, le temps que celle-ci se redressent, grâce aux deniers publics -donc en somme par une baisse du salaire réel des travailleurs de ces mêmes entreprises- jusqu’à ce qu’elles puissent être revendues ou restituées à leurs propriétaires.

    La fin de la Guerre Froide achève cet arc narratif.

    Dès lors, les concessions -vécues comme temporaires- de la part du patronat aux travailleurs et travailleuses, n’ont plus lieu d’être. Elles peuvent désormais être récupérées, et l’offensive libérale se met en œuvre. Désormais, le blueshift, le décalage vers la droite, devient la nouvelle norme. Il n’existe plus de garde-fou, même révisionniste, pour entraver l’action d’une bourgeoisie triomphante.

    Réforme des retraites, allongement du temps de cotisation, du temps de travail, réduction des remboursement de la sécurité sociale, défiscalisation des heures supplémentaires… Ces thèmes ne sont plus l’apanage de la droite, ils deviennent désormais une ligne défendable pour les anciens-sociaux démocrates.

    Surtout, il s’agit du grand retour de la paupérisation relative et absolue, de plein fouet. Les travailleurs non seulement s’appauvrissent relativement à leur patrons, l’écart social se creusant toujours ; mais ils le sont également en terme de valeur absolue. Plus le temps passe, plus le salaire réel, plus le pouvoir d’achat diminue, plus les travailleurs et travailleuses sont misérables.

    Par rapport à leurs parents, la nouvelle génération connaît des difficultés plus grandes à trouver un emploi, occupe des postes moins rémunérés, en somme s’appauvrit.

    Cette misère, couplée à une poursuite, par la bourgeoisie -mais aussi par la « gauche radicale »- de l’offensive anticommuniste, ne peut conduire qu’au populisme et à un cul-de-sac politique.