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  • 100 millions sinon rien, partie 7.

    100 millions sinon rien, partie 7.

    Une brève histoire de la répression en Union soviétique :

    Acte I : Révolution

    La répression et l’URSS forment, dans l’esprit de la grande majorité de la population des pays occidentaux un duo inséparable. Malgré le fait que les USA d’aujourd’hui constituent la plus grande prison du monde (6 937 600 personnes sous contrôle judiciaire, 2,2 millions de personnes en prison en 2012), il ne vient pas à l’esprit d’associer immédiatement le pays avec son régime carcéral. Cette association est issue notamment de la grille de lecture choisie par les programmes scolaires, premier vecteur des notions historiques, laquelle traite l’URSS uniquement sous l’angle d’un État totalitaire à partir de 1995. Contrairement à Mussolini ou Hitler, le projet politique soviétique est traité sous l’angle de la suspicion. L’URSS socialiste et Staline sont présentés comme ayant trahi le communisme et comme voulant instaurer quelque chose d’indistinct et de difficilement déchiffrable. Ce procès d’intention mérite d’être démonté en détail.

    Plus haut, nous avons pu voir que le projet économique soviétique représentait, malgré des erreurs de gauche ou de droite, une tentative d’ériger le socialisme. Nous savons également, aujourd’hui, au travers de travaux pionniers comme ceux d’Arch Getty sur les purges, que la répression n’était pas un phénomène unilatéral décidé par « en haut », mais qu’elle s’inscrivait dans la lutte des classes, parfois mal comprise, menée par une direction qui cherchait des voies expérimentales.

    Dans les faits, ce que Marc Ferro ou Charles Bettelheim démontrent bien dans leurs travaux respectifs sur la révolution et la lutte des classes en URSS, les bolcheviks se sont retrouvés d’entrée de jeu dans une situation particulièrement complexe.

    La victoire des rouges n’était pas le fruit d’un plan mûrement planifié, mais d’une saisie d’opportunités. Lénine avait su, y compris en l’imposant par la pression, saisir les chances qui s’offraient au Parti bolchevik durant la période révolutionnaire. La révolution d’octobre était un coup de poker, lancé avec une majorité arrachée, profitant d’une fenêtre de tir particulièrement étroite. Elle a fonctionné contre tous les pronostics.

    Arrivés au pouvoir, le Parti s’est retrouvé dans une situation pour laquelle il n’était pas conçu à l’origine. Outil de lutte clandestine, illégale et légale, ce n’était pas une organisation qui était conçue pour gérer un État, révolutionnaire ou non. L’accession au pouvoir entraîne une série de réactions en chaîne, dont certaines n’étaient absolument pas prévues en amont, voire théorisées. Par exemple, contrairement à une idée reçue, le régime à Parti unique n’était pas considéré comme une condition sine qua non de la mise en place du socialisme. L’idée d’une coalition de partis soviétiques, au sens de partis respectant le pouvoir des soviets (mencheviks, SR, bolcheviques) était la solution qui paraissait la plus plausible et la plus envisageable, pour des bolcheviques, qui, qui plus est, étaient estomaqués eux-mêmes de ce qu’ils venaient d’accomplir.

    Deux éléments particulièrement importants dont les bolcheviques avaient conscience ont joué dans leur succès :

    1) Les bolcheviques se savaient faibles en termes de nombre, d’étendue de réseaux et de relation avec la classe ouvrière et, surtout, la paysannerie. Ils ne possédaient pas un appareil puissant, mais en revanche celui qu’ils possédaient était efficace et discipliné. Il pouvait avoir tactiquement l’avantage.

    2) Les Bolcheviques se battaient contre plus fort qu’eux, mais dans une contexte de vague révolutionnaire puissante. Il existait une opportunité temporaire que devaient saisir le Parti, sans quoi il serait trop tard, et les forces anti-révolutionnaires auraient pu calmer les masses, arrêter les cadres révolutionnaires et stopper le processus.

    C’est parce qu’ils étaient conscients de cela que les bolcheviques ont fait le choix de la Révolution d’Octobre, de ne pas attendre le congrès des Soviets (ce que voulait faire Trotski, hésitant malgré sa phrase ultra-révolutionnaire), mais également de disperser l’Assemblée Constituante, du fait de sa composition. Ce dernier point est un marronnier constant de la part des démocrates, qu’ils soient anarchistes ou réformistes. En réalité, il faut voir les choses telles qu’elles étaient dans la pratique. C’est notamment pour faire face à ces problématiques que, très tôt, la Tchéka a été formée, dans le but de lutter contre les ennemis intérieurs.

    Les forces qui étaient présentes étaient des forces qui voulaient poursuivre la guerre impérialiste aux côtés des autres puissances. Elles niaient les revendications profondes des masses, d’une part, de l’autre avaient volonté à temporiser toutes les réformes, dans le but de permettre un retour des forces bourgeoises au pouvoir. En sommes, cette Assemblée Constituante n’était démocratique qu’au sens le plus bourgeois du terme. Voilà ce qu’en disait Lénine :

    « Cette révolution a montré dans les faits comment le peuple doit procéder pour prendre possession de la terre et comment il doit faire passer les richesses naturelles, les moyens de transport et les moyens de production aux mains de l’Etat ouvrier et paysan. Tout le pouvoir aux Soviets, avons-nous dit ; et c’est pour cela que nous luttons. Le peuple voulait convoquer l’Assemblée constituante, nous l’avons convoquée. Mais il a tout de suite senti ce qu’elle était, la fameuse Assemblée constituante. Et aujourd’hui, nous avons exécuté la volonté du peuple, volonté qui proclame : tout le pouvoir aux Soviets. Quant aux saboteurs, nous les briserons. Quand je suis passé de la vie bouillonnante de Smolny au Palais de Tauride j’ai eu l’impression de me trouver parmi des cadavres et des momies desséchées. Usant de tous les moyens existants pour lutter contre le socialisme, recourant à la violence, au sabotage, ces hommes ont transformé jusqu’à la grande fierté de l’humanité – la connaissance – en un instrument d’exploitation du peuple travailleur ; et bien que, par ce moyen, ils aient quelque peu entravé la marche vers la révolution socialiste, ils n’ont cependant pas réussi à saper celle-ci et ils n’y réussiront jamais. Car, doués d’une grande puissance, les Soviets ont commencé à détruire les fondements périmés du régime bourgeois, non pas comme de grands seigneurs, mais à la manière des prolétaires, des paysans. »

    (Discours sur la dissolution de l’Assemblée constituante prononcé à la séance du Comité exécutif central du 6 (19) janvier 1918 )

    Un nouveau pouvoir naissait, celui des Soviets, en face et contre le pouvoir suranné de la bourgeoisie et son crétinisme parlementaire. Le nouveau gouvernement, cependant, avait édicté des principes pour que cette coalition puisse exister. Ce sont ces principes qui ont été rejetés tant par les Socialistes-Révolutionnaires que par les Anarchistes, les mettant de facto dans une situation d’illégalité. Le fait que la SR Fanny Kaplan ait tenté de tuer Lénine n’est qu’un des exemples de l’activité à laquelle pouvaient se livrer des groupes qui rejetaient l’idée d’une dictature du prolétariat. Cependant, il faut garder absolument à l’esprit que ce n’est pas par une trahison pure et simple des idées révolutionnaires, mais plus par le fait que les SR n’étaient pas disposés à aller aussi loin, étaient effrayés par ce qui se déroulait, notamment par rapport à la paix de Brest-Litovsk, qui était un choix minoritaire dans le Parti bolchevik lui-même, et face au communisme de guerre. Eux-mêmes ne se percevaient pas comme des restaurateurs du capitalisme (cela aurait été plus simple), mais leurs choix, aussi sincères ont-ils étés, menaient à cela.

    Les anarchistes et la répression.

    Si les bolcheviks ont dû faire usage de la violence dans plusieurs cas soulevés par les anarchistes, à savoir contre la makhnochina ou à Krondstadt, ce n’est pas par haine spécifique contre les expériences anarchistes, qu’ils ont au contraire essayé de rallier. Jusqu’en 1920, le pouvoir bolchevique a tenté de maintenir le plus possible des liens amicaux avec les forces anarchistes qui ne s’étaient pas ralliés aux contre-révolutionnaires. Face aux ouvriers défendant des conceptions anarchisantes ou anarchiste, le Parti devait developper une politique de ralliement, laquelle à eu un certain succès.

    Vis-à-vis des dirigeants de ce mouvement, il y eu des tentatives de pouvoir nouer des ponts. Lénine et Nestor Makhno, par exemple ont eu à se rencontrer à plusieurs reprises, à ce titre. Le problème était que les actes des anarchistes, ainsi que leur mélange de naîveté envers la démocratie et de sectarisme, ouvraient des brèches dans la possibilité pour la révolution de tenir sur un terme même relativement court. Ainsi, en ouvrant la porte de Leningrad, l’île forteresse de Krondstadt mettait en péril le centre de la révolution. Les anarchistes sont friands du fait de souligner les morts causés par les rouges lors de la répression. En revanche, ils sont moins adeptes du fait de disserter sur le programme des insurgés :

    • Légalisation
      des partis « soviétiques », dans lesquels se trouvaient
      les Mencheviques et
      les Socialistes-Révolutionnaires,
      dont Kerensky, président du gouvernement provisoire,
      contre-révolutionnaire. Paradoxalement, ils demandaient également
      des « Soviets sans partis », pour en exclure les
      bolcheviques.
    • Fin du
      système des commissaires politiques dans l’Armée rouge. Il n’est
      pas étonnant alors que les officiers tsaristes présents à
      Krondstadt aient trouvé ces revendications à leur goût.

    • Liberté du
      commerce et respect de la propriété paysanne, alors même que
      leurs zélateurs hurlent au crime dès le que mot NEP est prononcé.


    Charles Bettelheim, dans La lutte des classes en URSS, note avec justesse un fait important, qui explique d’ailleurs le programme si proche de celui des anarchistes : les marins, qui avaient été un point d’appui essentiel dans la révolution, avaient été relevés et remplacés par des conscrits ukrainiens, paysans pour la plupart. Chez eux, l’influence des idées anarcho-populistes, y compris antisémites, étaient puissamment installées. L’éclectisme de l’origine politique des cadres (SR ; Menchéviques ; KD ; anarchistes…) rend difficile le fait de savoir s’il avait pu exister des liens avec les centres antisoviétiques en exil. Toujours est-il que ce « Centre national » a vu d’un bon œil la possibilité d’une rébellion et avait anticipé l’idée de s’en servir comme porte d’entrée.

    L’écrasement de la rébellion se fait en une journée. Il est précipité par la crainte que la fonte des glaces n’isole la forteresse de la côte, et la mette à la merci des interventionnistes. Bien que douloureux, l’épisode éprouve la solidité de l’assise bolchevique. Car, si la rébellion de Krondstadt dévoile un mécontentement populaire dans une Russie aux abois, son absence d’écho ailleurs, en revanche, montre l’isolement de celui-ci et la confiance des masses envers le Parti Communiste. À la fin, le fait que 11 des 15 membres du Comité Révolutionnaire aient pu trouver sans problème refuge auprès des forces contre-révolutionnaires illustre de manière assez gênante les porosités de l’époque.

    Dans le même ordre, l’Ukraine, en pleine période de famine monstrueuse pour les villes, était la clé même de la survie de la population urbaine. L’attitude de plusieurs pontifes de la makhnochina, assassinant les quêteurs bolcheviques, interdisant l’expression des journaux du Parti, refusant les réquisitions, par défense de l’intérêt particulier des paysans contre l’alliance paysanne-ouvrière, créèrent une situation où, en dernière instance, les choses ne pouvaient se régler que par le conflit. Cette situation, regrettable et regrettée, par ailleurs disputée au sein du CC du Parti bolchevique, n’en était pas moins l’application du sinistre principe de réalité dans une lutte à mort où les marges de manœuvres sont nanométriques. Cela n’a pas empêché les anarchistes, par la suite, de bénéficier d’une certaine liberté d’expression, leur organisation disposant d’un siège à Moscou jusqu’à la fin de la NEP.

    Il est particulièrement important de souligner que ce point reste une blessure ouverte entre les courants libertaires et les partisans de la révolution prolétarienne. L’Union Libertaire Communiste, fondée cet été, a ainsi publié un manifeste dans lequel elle revient brièvement sur ce point de clivage entre « autoritaires » et « anti-autoritaires ». Ce clivage n’est pas uniquement historiographique. Il n’est pas anecdotique. Il revient sur un point fondamental de la question de la lutte révolutionnaire : celle de « comment gagner ».

    « La stratégie de prise du pouvoir par le parti conduit également à des pratiques détestables dans le cadre des luttes quotidiennes : schéma de la courroie de transmission soumettant les organisations de masse et les syndicats aux directives du parti, dirigisme dans la conduite des luttes, faisant à l’occasion prévaloir l’intérêt supérieur du parti sur les nécessités de la lutte. » (Union CL, 2019)

    Il n’est pas possible de ne pas souscrire à ces critiques, dans un sens. Cependant, elles sont une lapalissade, car les problèmes organisationnels ont toujours été soulignés tant par les partisans des organisations que par leurs détracteurs. Dans l’idéal, il serait plus simple de pouvoir se passer d’un lourd appareil pour gagner. Mais l’idéal, confronté au prisme de la réalité, se paie en fleuves de sang.

    La conception de la révolution, en 2019, et ce malgré l’expérience de centaines d’années de lutte contre le capitalisme, reste toujours fondamentalement marquée par une approche statique de l’attitude de la bourgeoisie et par son inaction. Ainsi, le rapport entre la révolution et la contre-révolution est uniquement sous l’angle d’un « défi ».

    « Durant ce processus – où le pouvoir capitaliste est ouvertement défié –, le courant communiste libertaire ne cherche pas à former un « état-major » aspirant à s’emparer du pouvoir d’État. Il pousse au contraire à ce que le pouvoir populaire prenne conscience de lui-même, se consolide, s’étende, et envisage de remplacer le pouvoir d’État.

    Le courant communiste libertaire doit contribuer à orienter le processus révolutionnaire vers une solution autogestionnaire, évitant les pièges de la bureaucratisation, sans s’en remettre complètement à la spontanéité. Celle-ci a déjà ­montré, dans l’histoire, son extra­ordinaire puissance créatrice, mais aussi son instabilité.» (Union CL, 2019)

    Là réside l’aspect le plus triste, en dernière analyse, de la faillite des organisations libertaires dans leur approche de la question de la révolution. À quoi croient-elles faire face ? À un adversaire qui, sans réagir, laisse tranquillement se développer un mouvement de masse révolutionnaire, laisse faire qu’il « se consolide, s’étende, et envisage de remplacer le pouvoir d’État » ?

    « Une période pré-révolutionnaire s’ouvre lorsque l’État est débordé par la montée de la lutte des classes au point qu’il commence à se déliter, et que son autorité est mise en question. Si certains lieux de production sont repris en main par les travailleuses et travailleurs, le patronat lui-même voit sa raison d’être directement menacée. » (Union CL, 2019)

    Considérer que la classe au pouvoir se laisserait faire, alors qu’elle possède, en dernière instance, l’intégralité des leviers des moyens économiques, de la propagande, des moyens de répression, cela revient à ne pas regarder l’histoire en face. La bourgeoisie n’hésite déjà pas à transgresser les lois – lois qu’elle impose elle-même ! – pour augmenter son taux de profit, pour accroître ses bénéfices. Croire que, menacée, elle ne réplique pas avec la plus grande sévérité et avec une violence sans bornes, cela revient à tout simplement nier le concept de révolution et à se contenter d’une « amicale pression ».

    Si les bolcheviques ont placé si haut le primat de l’organisation, ça n’est pas par un fétichisme atavique, mais bien car il fallait faire face à une action affirmative, positive au sens clausewitzien du terme, contre le peuple, les masses, les révolutionnaires. Dans les faits, lors de la Révolution française, bourgeoise, qui ne mettait pourtant pas en péril le développement du capitalisme, l’ensemble des royaumes se sont coalisés contre elle. Contre la Commune de Paris, l’affrontement entre la Prusse et la France a été temporisé pour liquider ce qui était perçu comme la véritable menace. Dans la Révolution d’octobre, non seulement les révolutionnaires ont fait face non seulement aux classes possédantes de la Russie Tsariste, mais également aux bourgeoisies internationales coalisées entre elles pour écraser cette menace.

    Même dans les zones contrôlées par les rouges, la lutte n’était pas terminée. N’ayant pas aboli les capitalistes et leurs soutiens par un acte magique, les communistes devaient agir envers eux. Berkman, dans Qu’est ce que de l’anarchisme (Berkman, Puybonnieux, & Goldman, 2010) fait de la lutte contre les contre-révolutionnaires une lutte basée sur la gentillesse et l’humanité (bien que, à demi-mot, Berkman propose de déporter les opposants à la révolution). Ces principes, profondément positifs, n’en manquent pas moins le point central de l’affaire : la lutte n’est pas contre des individus isolés, mais contre des classes sociales qui ne sont pas abolies magiquement par l’arrivée au pouvoir de la révolution. Ironiquement, soit ce qui est proposé a été appliqué aussi par les bolcheviques (traitement des prisonniers, ralliement des ex-opposants), soit il s’agit de propositions qui ne pourraient s’appliquer que si la victoire était acquise.

    « L’autodéfense exclut tout acte de coercition, de persécution ou de vengeance. Elle ne consiste qu’à repousser les attaques et à empêcher l’ennemi de nous agresser. […]« Mais laisserais-tu faire les contre-révolutionnaires s’ils essaient d’influencer le peuple? » Mais oui, laissons les parler tout leur soûl. Les en empêcher ne servirait qu’à créer une nouvelle classe de persécutés. » (P. 361 – 363 Berkman, Puybonnieux, & Goldman, 2010).

    Laisserait-on, en France, aujourd’hui, paraître Minute, laisserait-t-on le site de Égalité et Réconciliation publier des appels à la révolte ? Cela explique que, pour l’auteur, « le gouvernement bolchevique est, de l’aveu de tous, le pire des despotisme européens, à la seule exception du gouvernement fasciste en Italie » (P. 214, Berkman, Puybonnieux, & Goldman, 2010)

    Réprimant les oppositions, la Russie Bolchevique est placé sur le même plan que le fascisme. Pas étonnant que ces même bolcheviques aient été d’une tendresse toute relative contre ceux qui, préfigurant avec 50 ans d’avance Furet, Courtois et Nolte, assimilaient l’un à l’autre.

    Face aux réactionnaires, les choix sont étroits.

    Il est vrai que, face aux réactionnaires, à plusieurs reprises, les bolcheviques ont dû agir avec une sévérité terrible. L’exemple de l’exécution du Tsar et de la famille impériale est l’illustration d’un acte qui n’est ni commis par esprit vengeur ou par cruauté, mais qui est le fruit d’une conjonction de paramètres contingents sur lesquels les bolcheviques n’avaient que peu de prise. La capture du Tsar par les bolcheviques entraînait une situation pleine de paradoxes. Si une partie des militants bolcheviques, notamment dans les soviets de l’Oural, avaient réclamé la tête du dirigeant. Cependant, la position de la direction du Parti bolchevique était, par principe, défavorable à la peine de mort et ne jugeait celle-ci utile que dans un cadre de lutte aiguë. De plus les tuer en aurait fait des martyrs. Mais il n’était pas possible pour autant de libérer la famille impériale, celle-ci aurait formé un gouvernement en exil tout comme un point de ralliement pour les forces anti-bolcheviques. En dernier choix, celle-ci est restée à Ekaterinbourg. L’approche des Tchèques et des armées blanches a été le déclencheur de leur exécution. Face au risque de les voir libérés, les bolcheviques ont préféré presser la détente eux-mêmes, le 17 juillet 1918. Si cette exécution a pu scandaliser, elle a montré la détermination à ne pas céder face aux réactionnaires. Elle a aussi entraîné des querelles entre les forces blanches, privées de point de ralliement, se divisant autour des candidats à la succession ou des forces qui voulaient dépecer l’Empire pour leurs maîtres impérialistes. Malgré les reproches qu’il était possible de faire aux bolcheviques, il est douteux que toute autre force ait pu résister aux immenses coalitions lancées contre la Russie soviétique.

    Même dans certains cas, il a fallu être implacable dans les réquisitions de blé pour nourrir les villes affamées, pour mettre fin aux grèves contre révolutionnaires contre les agents des transports ou des transmissions, qui isolaient la révolution du reste du pays. Cela a créé des mécontents, des drames, des moments terribles. Sans ces actes, le fait d’être resté à une vision purement économiste, plate, des rapports, aurait conduit à la mort de la révolution. Ce n’est pas la victoire de « l’intérêt supérieur du parti sur les nécessités de la lutte. », mais de l’intérêt supérieur de la lutte politique sur les particularismes des luttes économistes sectorielles. Cette répression, qui a parfois touché de manière dramatique des ouvriers, des paysans, des soldats révolutionnaires ou de pauvres gens était le fait, justement, de la subordination nécessaire, impérative, au succès de la révolution.

    Cette considération révèle un caractère contradictoire du gauchisme au sens Léniniste du terme. Il faut que la révolution soit parfaite sans quoi elle n’a pas d’intérêt, et puisqu’elle ne peut être parfaite, mieux vaut ne pas la faire, attendre, végéter, jusqu’à ce qu’une nouvelle opportunité de ne pas la faire se présente. Considérant tout compromis « par principe » inacceptable, autant périr dans l’honneur que d’en faire. Face à Brest-Litovsk, ces individus préféraient être écrasés et tout perdre que de trouver un compromis et de sauver l’essentiel : les moyens de gagner, à termes.

    « Imaginez-vous que votre automobile soit arrêtée par des bandits armés. Vous leur donnez votre argent, votre passeport, votre revolver, votre auto. Vous vous débarrassez ainsi de l’agréable voisinage des bandits. C’est là un compromis, à n’en pas douter. « Do ut des » (je te « donne » mon argent, mes armes, mon auto, « pour que tu me donnes » la possibilité de me retirer sain et sauf). Mais on trouverait difficilement un homme, à moins qu’il n’ait perdu la raison, pour déclarer pareil compromis « inadmissible en principe », ou pour dénoncer celui qui l’a conclu comme complice des bandits (encore que les bandits, une fois maîtres de l’auto, aient pu s’en servir, ainsi que des armes, pour de nouveaux brigandages). Notre compromis avec les bandits de l’impérialisme allemand a été analogue à celui-là. » (Lénine, 1918)

    Cependant, même la victoire assurée au sens militaire du terme, le Parti bolchevique s’est retrouvé, en interne, dans une situation inattendue du fait de sa nature même.

  • L’UCL salue la fondation de l’Union Communiste Libertaire.

    L’UCL salue la fondation de l’Union Communiste Libertaire.

    L’UCL salue la fondation de l’Union Communiste Libertaire.

    L’Unité Communiste de Lyon salue le congrès d’unification réalisé par Alternative Libertaire et la Confédération des Groupes Anarchistes.

    Bien que n’étant nous même pas libertaires et ne partageant pas une partie du fond théorique et idéologique des deux organisations, nous regardons cependant cette unification comme étant quelque chose de fondamentalement positif.

    Nous saluons le communiqué qui est issus de la fusion, notamment le bilan qui est fait de la situation général et de la nécessité de l’investissement dans la lutte des classes.

    Nous soutenons et appelons à saluer toutes les initiatives qui vont dans le sens d’une recomposition rationnelle des forces militantes révolutionnaire et progressistes, que ce soit en France ou ailleurs.

    Nous considérons que ce congrès est la transcription de ce qui nous paraît un objectif pour les communistes aussi : faire se rapprocher et fusionner les forces qui luttent, sur la base d’un constat commun et d’un programme – au sens communiste du terme – compatible.

    Nous avons ainsi lancé, avec l’UPML et sous patronage de l’ICOR, la construction d’une alliance des révolutionnaires en France, dans un appel à destination des organisations communistes et anti-impérialistes.

    Cependant, nous sommes, d’une manière large, pour travailler conjointement avec toutes les forces luttant contre l’impérialisme et le capitalisme, dans des rapports de camaraderie et d’honnêteté mutuelle.

    C’est dans cet esprit que nous saluons la fusion entre Alternative Libertaire et la Confédération des Groupes Anarchistes.

    Par une certaine forme d’ironie du sort, nous avions prévu de saluer la formation de l’Union Communiste Libertaire avant de connaître quelle serait la dénomination de l’organisation qui en naîtrait. Nous trouvons que cela donne une certaine saveur, involontaire, certes, au salut que nous leur adressons. Nous n’allons pas prétendre que nous pouvons posséder un acronyme de trois lettres plus qu’une autre organisation, même si nous pensons que cela puisse engendrer localement une certaine confusion.

    Le développement de l’Unité Communiste de Lyon débouchant progressivement sur un élargissement dans un cadre géographique plus grand, sans compter l’inclusion progressive dans un cadre organisationnel plus approfondi, il est d’ailleurs certain que les acronymes changeront rapidement, pour laisser place un nom qui reflétera mieux le nouveau cadre organisationnel dans lequel nous serons.

    Nous félicitons à nouveau la création de cette nouvelle organisation.

    L’UCL salue l’UCL !

  • La répression frappe le jour des travailleurs et travailleuses.

    La répression frappe le jour des travailleurs et travailleuses.

    Solidarité avec les inculpés et inculpées du mouvement social !

    Ce premier mai fut sous le signe de la répression la plus sévère. plus de 200 interpelés à Paris. Plus d’une centaine de plus dans le reste de la France. La bourgeoisie a montré les dents et a frappé fort. L’Unité Communiste de Lyon affirme sa solidarité avec l’ensemble des inculpés du mouvement social, avec l’ensemble de celles et ceux qui subissent les foudres de la police, de la justice, dont la nature de classe est indéniable.

    L’Unité Communiste de Lyon soutiendra les événements visant à défendre les inculpés et inculpées, à leur fournir solidarité et soutien financier. Nous formons tous et toutes une même ligne de front, une même ligne de combat contre l’ordre bourgeois, contre la dictature de classe.

    D’autres font raisonner un sont de cloche tout à fait différent, et que nous, communistes, trouvons répugnant.

    Nous ne sommes pas pro-« black blocs ». Nous considérons que ce mode de fonctionnement correspond à une stratégie et des tactiques que nous ne partageons pas. Les menus dégâts sur des vitrines, sur des banques, sur quelques policiers ne sont pas les prémices de la révolution. La « propagande par le fait », chère à Bakounine, n’a jamais débouché sur les succès promis, n’a jamais formé « l’étincelle qui met le feu à la plaine. »

    Dans certains cas, des membres d’organisations -bien que ce mot soit récusé par leurs membres- ont agit de manière opportuniste, traitant les cortèges de manifestant comme des boucliers humains. Il s’agit là de pratiques qui sont incorrectes et qui dénotent une conception individualiste et romantique de la lutte politique.

    Ce n’était pas le cas à Paris. Ce n’était pas le cas à Lyon. Les actions se sont faites dans leurs cortèges, au sein desquels ils et elles se sont organisées. Leurs actions ont été faites sous leurs modalités. Ils et elles en ont assumé la responsabilité et en paient le prix fort.

    Alors, allons nous crier avec les loups ? Allons nous crier que ce sont des fascistes, comme l’a fait Mélenchon ? Allons nous condamner avec fermeté, comme le fait le PCF ? Allons nous, comme certains révisionnistes, dire qu’il faut un « Guépéou » anti-black blocs ? Allons nous pleurnicher pour quelques vitrines cassées et réclamer une fermeté sans précédent de la part de la Justice ?

    Alors nous faire bloc avec Le Pen et Wauquiez, dans leur exigence de sanctions ?

    Non. Nous sommes solidaires des interpellés et des interpellées.

    Il est possible d’être en désaccord avec les pratiques des Black Blocs. Il est tout à fait possible de considérer que leur tactique est inadaptée. Il est tout à fait tolérable et acceptable de publiquement le faire. Nous venons d’en apporter la preuve.

    Mais on ne poignarde pas -et c’est là une habitude des réformistes et des perfides cliques à double visage- ses camarades dans le dos, surtout quand ils et elles subissent la répression. Faire cela est une trahison. Celles et ceux qui l’ont fait ont révélé leur vrai visage, celui de réformistes complets, celui d’agent de la dictature de la bourgeoisie.

    Ils et elles demandent des enquêtes, demandent à comprendre comment la bourgeoisie, comment l’Etat a pu laisser passer cela, comment n’a t’il pas prévenu la présence de ces grossiers personnages vêtus de noir ! Ce que cela veut dire, in fine, c’est « comment se fait-il que la police ne les aient pas interpellés, interdits de manifester, assignés à domicile, retenus en détention de sécurité. » Voilà ce que signifient ces discours. Ces discours sont des appels du pied à la réaction.

    L’Etat n’est pas une institution neutre. L’Etat n’est pas un arbitre juste. L’Etat est un Etat de classe. Il est un Etat conçu, organisé, structuré, pour servir les ordres et les désirs de la bourgeoisie. C’est pour cela que la « révolution citoyenne par les urnes -dans les respect des institutions », promue par Mélenchon, est une farce. C’est pour cela que les nationalisations -démocratiques ou non- ne sont pas des ersatz de révolution. C’est pour cela que sans pouvoir prolétarien, sans Etat prolétarien, aucune victoire stratégique n’est possible.

    Les arguments des « anti » sont plus ridicules les uns que les autres.

    L’image médiatique ? Ont-ils, ont-elles, oublié à qui appartiennent les médias ? Qui détermine les lignes éditoriales ? Qui conçoit l’ordre du jour des rédactions ? La bourgeoisie. Elle fait tout pour trainer dans la boue les grévistes, celles et ceux qui luttent.

    Il n’y aurait pas eu d’affrontements, cela aurait été les allergies, le muguet, ou n’importe quel fait divers. Les revendications des manifestants et manifestantes auraient été, quelque soit la situation, passées à la trappe. Suivre cette logique revient à dire qu’il ne faut pas faire grève pour ne pas nuire aux usagers, qu’il ne faut pas manifester, car on ne retiendra que les embouteillages, qu’il faut ne faire que des pétitions polies et -surtout- voter.

    La peur de la violence ? Les cortèges de tête ont résolu le problème d’une manière plutôt élégante, en créant un espace dans lequel ceux et celles qui acceptent tacitement le risque d’un tir de lacrymogène peuvent se retrouver. De plus cette peur de la violence est hypocrite. La violence institutionnelle contre les masses est sans commune mesure avec une vitrine brisée. Une vie brisée, sans assurance derrière, jetant dans la misère les individus, voilà la violence véritable.

    Ceux et celles qui subissent de plein fouet l’oppression et l’exploitation savent reconnaître cette violence et cette colère. N’oublions pas que le luddisme, le fait de détruire les machines-outils lors des grèves, tout comme les émeutes, font partie de l’histoire ouvrière. Non, cette peur de la violence camoufle surtout une peur petite-bourgeoise d’effrayer les homologues de classe.

    « La violence est partout, vous nous l’avez appris

    patrons qui exploitez, et flics qui matraquez

    mais à votre oppression, nous crions « résistance »

    vous expulsez Kader, Mohammed se dresse.

    Car on expulse pas, la révolte du peuple…. » chantait Dominique Grange dans Les nouveaux partisans. Cela est toujours valable. Seulement les réformistes et les opportunistes veulent se prétendre la seule et unique porte de sortie. Tout doit passer par eux et par le vote. Ils se déclarent l’alpha et l’oméga de la politique et de la démocratie.

    L’argument de la répression est le plus ironique de tous. Ironique car, en prétendant protéger les manifestants de la répression, les tenants des ces tribunes appellent, en réalité, à réprimer certaines portions des manifestants. Ce serpent qui se mord la queue est d’autant plus vicieux que les lois répressives, même appliquées à des cas anecdotiques, tendent à le systématiser par la suite. Fichage ADN réservé aux délinquants sexuels puis adapté à tous et toutes ; contrôle des téléphones portables, écoutes illégales… etc. La bourgeoisie est une opportuniste : chaque loi peut lui fournir un angle d’attaque pour frapper. Tout est utilisable, du moindre fait divers à l’attentat le plus abominable.

    Oui, il est vrai que ces violences servent de point d’appui pour faire passer des lois scélérates. Mais sont-ce les anarchistes ou les autonomes qu’il faut condamner, ou bien une bourgeoisie vicieuse et agressive ?

    Gérard Collomb, grand artisan de la répression, s’est fendu d’un tweet fustigeant les violences inqualifiables. Nous allons les qualifier : elles sont faibles.

    Elles sont faibles en regard de celle qu’exerce, chaque jour, la bourgeoisie française. En France, où elle jette dans la misère, dans la rue, les masses populaires. Où elle condamne à un sombre avenir les travailleurs et travailleuses de l’hexagone. Mais également dans ses colonies et néo-colonies, où elle surexploite, vole, spolie des nations entières. Où son armée occupe les territoires, commettant exactions et crimes, tout en empêchant l’émergence de tout pouvoir indépendant. Dans le monde entier, le pays des droits de l’homme marchande des armes, signe des contrats avec des fascistes obscurantistes, noue des traités avec les fanatiques de Daesh.

    Et les larmes coulent pour des vitrines, montées en épingle, pour justifier tout et n’importe quoi. Simplement car, aux yeux de certains, de certaines, les manifestations sont là pour se pavaner, pour investir, et récolter les dividendes sous forme de vote.

    Nous, communistes, ne croyons pas dans les méthodes des blacks blocs, mais nous ne laisserons pas les loups de la bourgeoisie et du réformisme hurler à plus de brutalité policière, plus de violence, à un renforcement de la machine d’oppression étatique.

    Solidarité avec les inculpés et les inculpées ! Soutenons les initiatives de solidarité.

  • Fin de partie – VIII – Nous payons cher.

    Fin de partie – VIII – Nous payons cher.

    Nous payons cher.

    Nous payons, aujourd’hui, chèrement, une lourde addition.

    Cette addition est le fruit d’un cumul d’erreurs, de manques étalés sur une longue période. Elle est le fruit maudit d’une conjonction de facteurs, de responsabilités, de failles, de déviations, d’abandons et de trahisons.

    Elle est ce qui explique la faiblesse des idées communistes, la faiblesse des organisations, des fronts, des luttes.

    Il existe, d’une part, des facteurs extérieurs, liés à la victoire de la contre-révolution en URSS, en Chine, en Albanie. Ces facteurs jouent un rôle considérable à l’échelle mondiale. Seulement ils n’expliquent pas tout.

    Il existe une responsabilité interne, intérieure, propre au mouvement communiste de l’Etat français. Une responsabilité que partage chaque militant ou militante communiste.

    S’en dédouaner, rejeter la faute sur la bourgeoisie, sur les fascistes, sur les trotskistes, sur les idées petites bourgeoises revient à pratiquer une politique de l’autruche. Nombreux sont ceux et celles qui pratiquent cela, avec un art consommé. Faire peser la faute sur des boucs-émissaires est une tendance qui existe. Elle doit être combattue.

    Les léninistes sont particulièrement bien placés pour comprendre l’inanité de cette position : ils subissent avec une régularité d’horloge les sempiternelles attaques des anarchistes et des trotskistes, les accusant d’avoir fait échouer leurs révolutions.

    Sur ce plan là, trotskistes, boukhariniens, anarchistes s’entendent à merveille. Accuser les autres forces, nier leur responsabilité et leur bilan.

    Cela, les communistes doivent le balayer. Mordre à cet hameçon reviendrait à s’aveugler.

    Comment reprocher à la bourgeoisie d’agir en fonction de ses intérêts ? La bourgeoisie agit dans son intérêt, dans un jeu qui lui est propre. Transgresser ses propres lois, agir en propagandiste anticommunistes, être aux aguets face à toute contestation, tout ceci est logique et cohérent.

    Comment reprocher à des forces politiques et idéologiques contraires d’agir en fonction de leur stratégie ? Impossible. Tout autant, cela n’a pas de sens de reprocher, fondamentalement, à des forces non-communistes de ne pas agir en communistes.

    L’application des conceptions politiques, pourtant, de peut être en négation de la loi fondamentale du darwinisme : la survie du plus adapté.

    Prenons l’exemple de Kronstadt. Indépendamment des causes de l’insurrection en tant que tel, le reproche des anarchistes est le suivant : « vous avez écrasé l’insurrection. » C’est un fait. L’insurrection, dirigé contre le pouvoir soviétique, a été écrasée par celui-ci. Le gouvernement soviétique agissait en fonction d’une logique qui lui était propre et à laquelle les insurgés étaient opposés. En cela, le conflit était inévitable.

    En revanche, si l’insurrection a échoué, cela est du fait de sa propre et intégrale responsabilité. Elle ne peut blâmer la force de l’ennemi. Sa faille première est sa propre faiblesse.

    Le premier reproche que devraient faire les anarchistes serait le suivant : « où notre stratégie fut-elle mauvaise ? » et non « l’ennemi s’est comporté en ennemi. » L’environnement politique, social, économique est quelque chose sur lequel il n’est possible que d’avoir une prise indirecte.

    Il est, certes, transformable par la dialectique, par l’action consciente, mais il n’en représente pas moins une toile de fond avec laquelle il est nécessaire de composer. Si une insurrection lancée à Lyon échoue car elle n’est pas soutenue, la raison principale n’est pas « les individus n’ont pas soutenu », elle est « nous avons échoué dans nos tâches de mobilisation, d’organisation, de structuration. »

    Lorsque les trotskistes accusent les « staliniens », ils nient le fait que leur ligne est pourrie. Lorsque les anarchistes accusent les communistes, ils oublient de s’accuser eux-mêmes de leurs fautes. A l’inverse, lorsque nous avons connu des échecs, nous avons, avec justesse, critiqué -en premier lieu- nos manques.

    Lorsque les révisionnistes font surgir la chute de l’URSS de derrière les fagots et qu’ils nient le long cheminement et le long pourrissement, ils agissent en parfaits imbéciles.

    Lorsque nous analysons 1991, nous y voyons la marque de 1956 et du XXe Congrès. Lorsque nous regardons ce congrès, nous n’y voyons pas la main seule de Nikita Khrouchtchev, mais bien l’aboutissement, une première étape, dans un processus de restauration du pouvoir de la bourgeoisie. Cette restauration n’est pas le fruit d’agents malins, de mauvais génies, elle est le fruit d’erreurs dans notre propre camp, chez nos camarades, chez ceux chez qui nous puisons nos sources.

    C’est l’analyse sans concession, l’autocritique sans pitié qui peut nous permettre d’avancer efficacement, plus solidement.

    Aujourd’hui, nos propres faiblesses pèsent pour beaucoup. Notre faiblesse en tant que force d’opposition à la bourgeoisie est le reflet de notre faiblesse en tant qu’organisations divisées, qui, elle-même est le reflet de notre faiblesse dans la manière dont nous traitons la question de l’unité et dont nous traitons les questions idéologiques.

    Qui, aujourd’hui, lit Marx ? Qui lit Engels ? Qui lit Lénine, Staline, Mao, Hoxha, Ho Chi-Minh, Dimitrov, Kaypakkaya, Gonzalo, Gramsci ?

    Personne ou presque.

    D’une part car les sources sont difficiles à trouver, qu’elles demandent de la recherche. D’autre part parce que quand des livres sont lus, ce ne sont pas des sources primaires mais des exégètes. « La pensée de Lénine » vue par tel ou tel auteur, « Comprendre Marx », par un sociologue universitaire, Trotski dépeignant Staline…

    Comment ne pas penser directement à cette citation de J. Staline, dans les Cinq Conversations avec des Économistes Soviétiques, (1941-1952).

    « Il est nécessaire que nos cadres aient une connaissance approfondie de la théorie économique Marxiste.

    La première vieille génération de Bolcheviks était très solide théoriquement. Nous avons appris le Capital par cœur, fait des tableaux synoptiques, tenu des discussions et évalué chacun notre compréhension. C’était notre force et cela nous a aidé beaucoup.

    La deuxième génération a été moins préparée. Ils étaient occupés par des questions pratiques et la construction. Ils ont étudié le Marxisme avec des livrets.

    La troisième génération a été élevée sur des articles satiriques et de presse. Ils n’ont aucune compréhension profonde. Ils doivent être pourvus avec une alimentation qui est facilement digestible. La majorité a été élevée non en étudiant Marx et Lénine mais avec des citations.

    Si la chose continue plus loin de cette façon les gens dégénéreront bientôt. »

    Cette lutte pour l’idéologie est une lutte que nous devons gagner pour remonter la pente. Sa perte est ce qui a fait accepter la dégénérescence du Parti Communiste, ce qui a permis de justifier l’intégralité des reculs idéologiques de celui-ci. Le plus souvent, les opportunistes se camouflèrent derrière une connaissance des textes supérieure, qu’ils camouflèrent en maîtrise idéologique, des arguments d’autorité, des démonstrations creuses.

    Cette perte de maîtrise idéologique se fait ressentir avec un mordant terrible. Elle explique la résurgence d’idées écrasées, battues, anéanties. Des conceptions, par ailleurs, non pas balyées par la violence physique, mais par la démonstration, par la dialectique, par l’expérience. Supprimer les traces de l’expérience a infligé une terrible amnésie au militants et militants, aux communistes et aux progressistes sincères.

    Elle a entraîné la renaissance des modes de pensée idéalistes et basées sur une analyse petite-bourgeoise de l’économie : l’anarchisme. La renaissance de ces conceptions et de ces méthodes d’analyse fait renaître toutes sortes de perversions de l’esprit telles que le post-modernisme.

    Elle a entrainé la renaissance et la survie des conceptions mencheviks, dont le trotskisme. Lequel se caractérise par une phraséologie de gauche mais un bloc systématique avec les positions sociale-démocrates, réformistes.

    Au sein des léninistes, elle a semé la confusion et le trouble. Cette privation idéologique explique l’attachement fétichiste des militants et des militantes à une structure -le PCF- plus qu’à une idéologie. La destruction de la verticalité léniniste : Théorie > idéologie > programme > structure > ligne se traduit par une inversion des priorités.

    Mettre la structure comme chapeau, comme sommet, de l’application de la théorie léniniste, est une fausseté terrible, qui condamnent ses tenants à l’inaction, à la soumission, à la lutte de tranchée dans des conditions telles que le succès est impossible. Le PCF, agissant comme une version miniature de l’Etat bourgeois, est régi par les mêmes règles : inamendable, impossible à conquérir, verrouillé, prêt à la violence et à l’exclusion. Prétendre le contraire reviendrait à avaliser les thèses réformistes ou trotskistes sur l’Etat.

    Même parmi ceux et celles qui rejettent les thèses idéalistes, réformistes, trotskistes -ou crypto-trotskistes- et révisionnistes, le plus grand désaccord règne. Nous le comprenons dans un sens. Nombre d’organisations portent un héritage important, portent une tradition et une histoire. Elles sont nées à une époque où choisir la ligne pro-albanaise ou prochinoise avait une implication concrète, directe, réelle.

    Ces décisions suivaient une logique, fille du temps d’alors.

    Aujourd’hui, nous considérons que -même si elles ont un sens- ces questions n’ont pas le caractère d’urgence qu’elles pouvaient avoir auparavant. Nous considérons que considérer le traitement de celles-ci comme des préalables à toute unification est une fausse route. Nous pensons qu’elles ne peuvent trouver, au contraire, une issue positive uniquement à travers le débat dans un cadre unique et non par l’invective et le rejet.

    Du fait de ce traitement sectaire, fétichiste, et nullement fait en direction des masses, le travail d’unification, de construction du parti, végète.

    Combien maîtrisent réellement le marxisme ? le léninisme ? le maoïsme ? une poignée sinon moins.

    Une tâche s’ouvre, pour les communistes de l’Etat français : celle d’avancer. D’avancer sur le terrain de l’idéologie, dans la lutte contre le sectarisme.

    Un grand nombre de processus d’unification ont été menés jusqu’à présent. Il est essentiel d’en tirer un bilan critique et de saisir quelles sont les erreurs, les fautes commises.