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  • Sur la dictature du prolétariat – VI – La Dictature du prolétariat.

    Sur la dictature du prolétariat – VI – La Dictature du prolétariat.

    LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT 

    La dictature du prolétariat est, bien souvent, un sujet traité caricaturalement par les éditorialistes et les propagandistes bourgeois. L’image qui en est donnée est celle d’une dictature militaire ou militariste, « totalitaire », par essence criminelle et coercitive. L’enseignement secondaire s’est échiné à faire de ce régime un frère jumeau du nazisme, à en faire un régime d’extermination et de génocide.

    Surtout, il en est fait une approche dépolitisée. Dans l’esprit de nombreuses personnes, il s’agit d’une dictature mise en œuvre pour l’orgueil d’un individu unique, d’un dirigeant avide de pouvoir -et avide du pouvoir pour le pouvoir-. Le contenu social et politique en est escamoté en totalité. Tandis qu’aujourd’hui, dans l’Etat français, la suppression de la durée légale du travail est discutée, de même que le salaire minimum, le Parti Communiste d’Union Soviétique, dirigé par Staline, militait ardemment pour que celle-ci passe à 5h ou 6h par jour, sans perte de salaire.

    Alors que le logement représente la première dépense des foyers, le loyer était plafonné à 10% des salaires en URSS. Alors que le coût des études explose ; que la sécurité sociale est menacée de liquidation, l’un et l’autre étaient gratuits en Union Soviétique. Un fils d’ouvrier comme Brejnev, un enfant de paysans comme Khrouchtchev -bien que des leaders révisionnistes et liquidateurs- ont pu accéder aux plus hautes fonctions. Combien d’exemples similaires dans les pays capitalistes? Aucun.

    Ceci n’est pas dû à une intervention du Saint-Esprit, mais à une chose essentielle : la dictature du prolétariat.

    Que la dictature du prolétariat soit une dictature, ceci est une évidence. Ceci n’est nullement caché. Ceci est revendiqué, même au sein de son intitulé. « Méchanceté » de la part des communistes ? Non. Il s’agit d’une attitude conséquente et cohérente.

    En novembre 1847, à quelque mois de la publication du Manifeste du Parti Communiste, Engels faisait  l’exposé suivant :

    « En esquissant à grands traits les phases du développement du prolétariat, nous avons retracé l’histoire de la guerre civile, plus ou moins latente, qui travaille la société actuelle jusqu’à l’heure où cette guerre éclate en révolution ouverte, et où le prolétariat fonde sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie. »

     « Nous avons déjà vu plus haut que la première étape dans la révolution ouvrière est la constitution » (littéralement: l’élévation) « du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie. »

     « Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives. »

     Lénine dans L’Etat et la Révolution, ajoute à ces extraits les commentaires suivants :

     « L’on trouve formulée ici l’une des idées les plus remarquables et les plus importantes du marxisme au sujet de l’Etat, celle de la « dictature du prolétariat » (comme devaient s’exprimer Marx et Engels après la Commune de Paris); nous y trouvons ensuite une définition de l’Etat, intéressante au plus haut point, et qui est également au nombre des « paroles oubliées » du marxisme: « L’Etat, c’est-à-dire le prolétariat organisé en classe dominante.« 

     Voilà le pourquoi de la dictature du prolétariat. Elle est une nécessité, du fait de l’obstination de la bourgeoisie à vouloir, par la force, maintenir son ordre injuste. Cependant, elle n’est en rien la même forme d’Etat que l’Etat bourgeois. Lorsque les réformistes annoncent que la victoire peut s’obtenir par les urnes, que les travailleurs doivent conquérir l’Etat, ils omettent le fait que l’Etat bourgeois est une dictature dirigée contre les travailleurs et que l’Etat prolétarien est une dictature dirigée par les travailleurs et les travailleuses, contre leurs anciens exploiteurs.

     Lénine, dans La maladie infantile du communisme, explique ainsi la dictature du prolétariat :

     « La dictature du prolétariat est une lutte acharnée, sanglante et non sanglante, violente et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative, contre les forces et les traditions du vieux monde. La force de l’habitude enracinée chez des millions et des dizaines de millions d’hommes, voilà la force la plus redoutable. Sans un parti, un parti de fer endurci dans la lutte, sans un parti jouissant de la confiance de tous les membres honnêtes de la classe en question, sans un parti habile à suivre l’état d’esprit des masses et à influer sur lui, il est impossible de mener cette lutte avec succès. »

    La dictature du prolétariat n’est pas une dictature « apolitique », détachée de la lutte des classes -quel régime pourrait l’être ?- mais elle est l’antithèse de la démocratie bourgeoise. Elle est un régime de démocratie pour l’alliance des masses populaires, des opprimés des exploités, elle est une dictature contre la bourgeoisie, les classes dominantes et leurs laquais. Cela lui donne un double aspect, propre à tous les régimes politiques : elle est une dictature-démocratique.

    Dans Les principes du Léninisme, Joseph Staline présente trois points fondamentaux à cette dictature:

     1. Utilisation du pouvoir du prolétariat pour la répression des exploiteurs, la défense du pays, la consolidation des relations avec les prolétaires des autres pays, le développement et la victoire de la révolution dans tous les pays ;

    2. Utilisation du pouvoir du prolétariat pour détacher définitivement de la bourgeoisie les travailleurs et les masses exploitées, pour renforcer l’alliance du prolétariat avec ces masses, pour faire participer ces dernières à la réalisation du socialisme et assurer leur direction politique par le prolétariat ;

    3. Utilisation du pouvoir du prolétariat pour l’organisation du socialisme, l’abolition des classes, l’acheminement vers une société sans classes, sans Etat. »

    Si vis pacem, para bellum. « Si vous voulez la paix, préparez la guerre. »

    Dans un cas comme dans l’autre, le pouvoir populaire naissant se confronte à une lutte des classes aigue. Aigue et durable. Dans chacun des cas, l’application de son programme passe par la force, face au refus de la bourgeoisie de se plier aux règles d’un jeu démocratique qui n’est censé servir que ses intérêts. Même si la bourgeoisie est chassée, point de « démocratie pure » à l’horizon :

    « On peut défaire d’un coup les exploiteurs, par une insurrection victorieuse dans la capitale ou une révolte des troupes. Mais à part quelques cas très rares, exceptionnels, on ne peut les anéantir d’un seul coup. On ne peut d’un coup exproprier tous les propriétaires fonciers et tous les capitalistes d’un pays de quelque importance. Ensuite, l’expropriation à elle seule, en tant qu’acte juridique ou politique, est loin de résoudre le problème, car il faut destituer en fait les grands propriétaires fonciers et les capitalistes, les remplacer en fait par une autre gestion – gestion ouvrière des usines et des domaines. Il ne saurait y avoir d’égalité entre les exploiteurs qui, durant de longues générations, s’étaient distingués par leur instruction, par leur train de vie et par les habitudes acquises, et les exploités dont la masse, même dans les républiques bourgeoises les plus avancées et les plus démocratiques, reste accablée, inculte, ignorante, craintive, divisée.

    Longtemps après la révolution, les exploiteurs conservent nécessairement une série de réels et notables avantages : il leur reste l’argent (impossible de le supprimer d’un coup), certains biens mobiliers, souvent considérables; il leur reste des relations, des habitudes d’organisation et de gestion, la connaissance de tous les…secrets…de l’administration (coutumes, procédés, moyens, possibilités); il leur reste une instruction plus poussée, des affinités avec le haut personnel technique (bourgeois par sa vie et son idéologie); il leur reste une expérience infiniment supérieure de l’art militaire (ce qui est très important), etc., etc. Si les exploiteurs ne sont battus que dans un seul pays, et c’est là bien entendu le cas typique, la révolution simultanée dans plusieurs pays étant une rare exception, ils restent toutefois plus forts que les exploités, puisque les relations internationales des exploiteurs sont immenses. Qu’une partie des masses exploitées les moins développées, parmi les paysans moyens, artisans, etc., marchent et soient susceptibles de marcher avec les exploiteurs, c’est ce qu’ont montré toutes les révolutions antérieures, y compris la Commune (car parmi les troupes versaillaises, – ce qu’a « oublié » le savantissime Kautsky, – il y avait aussi des prolétaires) ». [Le renégat Kautsky et la révolution prolétarienne. Lénine.]

    Pour revenir sur le programme de Philippe Poutou, dès les deux premiers points, il est compréhensible que ce programme ne soit nullement en mesure d’être applicable. Comment « Donner le contrôle à celles et ceux qui font tourner la société. » lorsque la dictature de la bourgeoisie, la dictature du profit, n’est pas balayée. Dans cette guerre de tranchée, dans ce Stalingrad inversé qu’est la lutte institutionnelle, la position réformiste-radicale est de s’y jeter à corps perdu. En pure perte.

    La bourgeoisie brime et opprime l’expression des travailleurs, dans leur lutte syndicale. Elle brime d’autant plus leur expression politique. Elle met en œuvre tous les pièges possibles, imaginables, pour corrompre, pour perdre les militants et militantes communistes, pour dégouter les masses, pour les emmener vers le chemin de la réaction, du chauvinisme, de l’adhésion aux thèses idéalistes pourries. Si une menace émerge, elle fera front contre elle, s’arc-boutant de toutes ses forces, auxquelles peuvent s’additionner celles de l’étranger. Si cette menace se concrétisait électoralement, elle serait prise dans un labyrinthe dont elle ne pourra pas sortir vainqueur. Si elle pouvait tenter de mettre en œuvre son programme, celui-ci ferait face à une politique de refus, d’hostilité, de terre brûlée, organisée par la bourgeoisie. Sabotages, assassinats, propagande ennemie : voici ce que rencontrent ceux qui veulent renverser le pouvoir bourgeois.

    Le pire étant que ces organisations en ont conscience. Mais elles font le choix conscient de mentir aux masses et de les aiguiller dans cette voie fausse, pour ne pas les effrayer. Pour ne pas les repousser en leur annonçant la couleur : la lutte des classes peut devenir une guerre.

    Les masses comprennent la violence de l’exploitation, de la police, de la bourgeoisie. Elle les marque dans leur chair, dans leur vie. La peur de la misère, la peur de l’exclusion sociale, la peur de perdre le peu qui est accordé par le patronat. Ces organisations ne le comprennent pas, car, fondamentalement, elles ne s’adressent pas aux travailleurs, aux travailleuses, aux exploités, aux opprimés. Elles s’adressent à la petite bourgeoisie radicale.

    Là se trouve l’essence du programme de transition trotskiste et du programme réformiste-radical des dissidents du P.C.F., de tous ceux et celles qui ne posent que des revendications impossibles, dans l’espoir que les masses, insatisfaites,  se mettent à développer spontanément des mots d’ordres révolutionnaires. Dans les faits, elles ne font que maintenir les mythes de la bourgeoisie, de la démocratie. Elles ne font que soutenir l’œuvre des révisionnistes du marxisme, nier la dictature de la bourgeoisie, nier le besoin d’un parti révolutionnaire, nier le besoin de la révolution, nier le besoin de la dictature du prolétariat contre la bourgeoisie pour permettre l’avènement du socialisme.

    « La transition du capitalisme au communisme, c’est toute une époque historique. Tant qu’elle n’est pas terminée, les exploiteurs gardent inéluctablement l’espoir d’une restauration, espoir qui se transforme en tentatives de restauration. A la suite d’une première défaite sérieuse, les exploiteurs qui ne s’attendaient point à être renversés, qui n’en croyaient rien et n’en admettaient pas l’idée, se lancent dans la bataille avec une énergie décuplée, avec une passion furieuse, avec une haine centuplée pour reconquérir le « paradis » perdu, pour leurs familles qui menaient une si douce existence et que, maintenant, la « vile populace » condamne à la ruine et à la misère (ou au « vil » labeur … ). Et derrière les capitalistes exploiteurs c’est la grande masse de la petite bourgeoisie qui – des dizaines d’années d’expérience historique dans tous les pays en font foi – hésite et balance, qui aujourd’hui suit le prolétariat et demain, effrayée des difficultés de la révolution, est prise de panique à la première défaite ou demi-défaite des ouvriers, s’affole, s’agite, pleurniche, court d’un camp à l’autre … tout comme nos menchéviks et nos socialistes -révolutionnaires. Et devant cette situation, à une époque de guerre acharnée, aiguë, où l’histoire met à l’ordre du jour le problème de l’existence ou de la non-existence des privilèges séculaires et millénaires, on disserte sur la majorité et la minorité, la démocratie pure, l’inutilité de la dictature, l’égalité entre exploiteurs et exploités !! » [Le renégat Kautsky et la révolution prolétarienne. Lénine]

    Plutôt que courir le risque d’être balayé, il est préférable d’anticiper le danger, de s’en prémunir. D’où la nécessité de ne pas omettre la question de l’autodéfense et de la protection.

    Dans notre brochure sur les bases de l’idéologie communiste, nous mentionnions : « La Révolution, expliquait Mao Zedong, n’est pas un diner de gala. Elle est issue d’un acte de violence par lequel une classe a chassé l’autre du pouvoir. La raison d’être de la dictature du peuple est de lutter contre la machine ne guerre bourgeoise et contre sa volonté de retour. La police, la justice, la milice, l’armée populaire sont les outils de la lutte contre les menées réactionnaires de la bourgeoisie. »

    Tout comme la démocratie athénienne était la démocratie des propriétaires d’esclaves, et l’exercice d’une dictature à l’égard de ces derniers ; tout comme le féodalisme était une relative « démocratie » de la Noblesse et du Clergé, mais une dictature sur la paysannerie ; tout comme le capitalisme est la démocratie des capitalistes, la dictature du prolétariat est une démocratie du peuple et une dictature sur les ennemis du peuple.

    Elle est un pouvoir dictatorial, non pas par amour du sang, mais bien car elle est un régime de guerre. De guerre des anciennes classes possédantes contre ceux qui les ont fait chuter de leur paradis perdu. Elle est un régime de guerre contre ceux qui veulent renverser le pouvoir populaire, mais également contre une nouvelle bourgeoisie qui pourrait émerger.

    Elle est un outil de transformation de la société. Elle est un moyen juridique, un moyen d’organisation économique, non pas -comme le mentionnent certains « auteurs »- pour faire du prolétariat une nouvelle bourgeoisie, mais bien pour achever la lutte des classes par la résolution des contradictions entre exploiteurs et exploités. Elle est un régime de démocratie populaire, où le peuple n’exerce pas un simili-pouvoir au travers d’un bulletin de vote, mais par son outil de décision et d’application : le soviet.

    Que sont les soviets ?

    Voici la définition faite dans Sur la route de l’insurrection.

    « Les soviets sont un nouvel appareil étatique qui, en premier lieu, instaure la force armée des ouvriers et des paysans, force qui n’est pas, comme celle de l’ancienne armée permanente, détachée du peuple, mais reliée étroitement à ce dernier, qui, dans le domaine militaire, est incomparablement supérieure à toutes celles qui l’ont précédée et qui, au point de vue révolutionnaire, ne peut être remplacée par aucune autre. En second lieu, cet appareil instaure avec les masses, avec la majorité du peuple, une liaison si étroite, si indissoluble, si facilement contrôlable et renouvelable qu’on en chercherait vainement une semblable dans l’ancien appareil étatique. En troisième lieu, cet appareil qui est électif et dont le peuple peut, à son gré, sans formalités bureaucratiques, changer le personnel, est par là même beaucoup plus démocratique que les appareils antérieurs. En quatrième lieu, il donne une liaison solide avec les professions les plus diverses, facilitant ainsi la réalisation, sans bureaucratie aucune, des réformes les plus différentes et les plus profondes. En cinquième lieu, il donne la forme d’organisation de l’avant-garde des 94 paysans et des ouvriers, c’est-à-dire de la partie la plus consciente, la plus énergique, la plus avancée des classes opprimées, et permet par là même à cette avant-garde d’élever, instruire, éduquer et entraîner dans son sillage toute la masse de ces classes, qui jusqu’à présent était restée complètement en dehors de la vie politique, complètement en dehors de l’Histoire. En sixième lieu, il permet d’allier les avantages du parlementarisme à ceux de la démocratie immédiate et directe, c’est-à-dire de réunir, dans la personne des représentants électifs du peuple, le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.« 

    Ce sont ces outils qui forment l’aspect démocratique de la dictature du prolétariat. Ils forment la liaison entre les masses et la direction politique. Il s’agit d’un lien essentiel, fondamental. Si celui-ci se rompt, par l’aventurisme du PC ou par des déviations droitières, la dictature du prolétariat sera en extrême-difficulté. Car la dictature du prolétariat a besoin de la direction d’un parti communiste tenant une ligne juste. Si le Parti Communiste est contaminé par l’esprit droitier, si la ligne révolutionnaire disparaît dans les remous de la lutte interne, là, en l’occurrence, les risques avancés par les libertaires s’avéreront fondés.

    Si le Parti Communiste n’est plus communiste, s’il perd le pouvoir, si une nouvelle bourgeoisie en prend le contrôle, le processus de la transformation de la société stoppe. C’est ce qui fait que la lutte s’exerce également à l’intérieur du Parti comme de la société. S’il existe un débat démocratique entre les forces favorables à la révolution sur la manière de transformer la société, ce débat démocratique ne peut tolérer l’hostilité, la réaction et les agents de la bourgeoisie. Non pas par esprit de vengeance, pas fascination pour la censure et la répression. Mais bien car la construction du socialisme est un processus fragile et soumis à des menaces constantes.

    Dans le confort actuel, dans le cadre cotonneux, même illusoire, de la démocratie bourgeoise, cela peut paraître difficile à saisir. Il convient de garder à l’esprit ce que signifie l’aggravation de la lutte des classes sous le socialisme. La bourgeoisie est acculée à la défensive, elle montre les dents. Les anciens bourgeois, richissimes parasites sociaux, les banquiers, les rentiers ne veulent pas perdre leurs immenses privilèges sociaux, leurs immenses fortunes.

    S’ils en ont la possibilité, ils écraseront dans le sang l’opposition. Tout comme la Commune de Paris fut écrasée, tout comme les Républiques des soviets, de Bavière, de Berlin, de Hongrie. S’ils peuvent s’appuyer sur des éléments faibles, hésitants, au sein des rangs des communistes, ils le feront. L’histoire de l’URSS est marquée du sang d’une longue série de sabotages, de conspirations, d’assassinats -parfois avec la complicité de membres hauts placés du PC(b)US, comme ce fut le cas avec Boukharine ou Trotsky.

    Ces faits ne sont pas du ressort unique d’une hypothétique méchanceté propre à tel ou tel individu ou de l’esprit vicieux de tel ou tel acteur. Ils sont le reflet d’un aspect essentiel de la lutte des classes : elle ne s’arrête pas à la révolution et à la prise du pouvoir. Elle se poursuit avec la transformation de la société.

    Au plus le socialisme avance, au plus les résistances à la nouvelle société se font fortes et intenses. D’autant que, certains rapports issus de « l’ancien monde » perdurant, certaines nécessités en termes d’experts, de spécialistes, d’officiers et de hauts fonctionnaires, peuvent donner -et ont donné, par le passé- naissance à une nouvelle bourgeoisie, une bourgeoisie d’Etat, une nomenklatura et des « hommes de l’appareil », ces apparatchiks. L’existence de ces individus, la continuité de la lutte des classes, est un des aspects qui rend la dictature du prolétariat nécessaire jusqu’au bout, sans le moindre relâchement de la vigilance, tant du Parti que des masses.

    La lutte ne se mène pas que contre les anciennes classes possédantes, mais contre -également- les nouveaux bourgeois.

  • Sur la dictature du prolétariat – V – La seule solution : la voie révolutionnaire.

    Sur la dictature du prolétariat – V – La seule solution : la voie révolutionnaire.

    La seule solution : la voie révolutionnaire.

    Seule la révolution peut permettre de sortir de l’impasse.

    La lutte pour le pouvoir du prolétariat n’a rien d’un jeu divertissant et sans risques. Chaque faux-pas peut mettre en danger l’ensemble de la structure révolutionnaire, chaque erreur se mesurer en arrestations, en disparitions.

    Un grand nombre d’interlocuteurs, d’organisations réformistes radicales, posent la question sous la forme du pragmatisme. Il s’agit bien souvent d’un faux-semblant pour fuir les questions relatives à la prise du pouvoir.

    Le pragmatisme est souvent mis en avant comme l’émanation du sens pratique. Le problème est qu’il se pare d’un double aspect.

    Lorsque Staline, dans les principes du léninisme, évoque le « sens pratique américain », le porte aux nues, il évoque une forme de pragmatisme : le pragmatisme tactique. Ce pragmatisme tactique consiste à exploiter certaines situations spécifiques, certaines opportunités, pour faire avancer le mouvement révolutionnaire.

    Etre pragmatique et vouloir utiliser les possibilités offertes par la démocratie bourgeoise est juste. Un parti révolutionnaire peut fort bien, dans un cadre tactique, présenter des candidats, faire campagne pour les élections, conquérir des mairies et des sièges d’élus. Refuser en bloc -par principe- reviendrait à négliger certaines possibilités de gagner en influence, de gagner une tribune importante, de dénoncer le fonctionnement des institutions et du système électoral.

    Certaines organisations prennent prétexte de cela. Si elles se défendent de pratiquer une focalisations sur les échéances électorales, elles ne voient pour autant pas d’autres issue à leur situation que de gagner le pouvoir par les urnes.

    La stratégie dicte la forme d’organisation. Un parti électoraliste n’est pas conçu de la même manière qu’un parti révolutionnaire. L’un est conçu pour s’intégrer dans les jeux de la bourgeoisie, l’autre sous une forme d’organisation inspirée par l’efficacité militaire, ayant pour but de mener la lutte contre la bourgeoisie et de la battre.

    Or, ces organisations prétendant « utiliser » les élections n’ont rien de commun avec le parti de type nouveau, avec le parti de type léniniste. Elles ne sont purement et simplement pas architecturées de la même manière.

    Les oppositionnels du PCF peuvent ainsi hurler contre la direction. Cependant, jamais ils ne posent la question de l’organisation interne du PCF, du fait que cette structure est devenue profondément inadaptée aux tâches révolutionnaires, que ce parti est organisé et structuré comme un parti bourgeois.

    Pourquoi ne le voient-ils pas ? Car ils ne se posent pas la question de la révolution de manière rationnelle, de manière logique. Eux défendent un changement cosmétique, un changement de façade, de discours, mais nullement une refonte intégrale, correspondant réellement aux tâches de l’heure actuelle.

    En fait de pragmatisme tactique, ils font œuvre de pragmatisme stratégique, considérant que la stratégie actuelle est la réforme et que si elle échoue, la nouvelle stratégie pourra être la révolution. Il s’agit d’un tour de force énorme. D’un tour de force et d’une subordination complète au bon vouloir de la bourgeoisie, laquelle fait mine d’accepter le jeu démocratique, laquelle dorlote les élus du PCF, les corromps, les achète.

    Cette phase réformiste s’étend d’autant plus ad vidam eternam que les élus, les cadres, les membres de l’appareil ont formé une bourgeoisie interne. On ne mord par la main qui nourrit.

    La citation « plus rigide la stratégie, plus souple la tactique » prend tout son sens. La stratégie guide ne saurait être autre chose que la position révolutionnaire maximale. Ne serait-ce que sous un principe du « qui peut le plus peut le moins. »

    Un parti communiste révolutionnaire, architecturé pour la prise du pouvoir par les masses, n’a rien a redouter au fait de présenter des candidats, dans la mesure où ils sont traités comme des « fusils » et subordonnés au parti. Tant que le parti leur commande, y compris si l’ordre doit être de quitter leur mandat, le problème ne se pose pas. Le jour où ceux-ci commandent au parti, la tactique prend le pas sur la stratégie, et un risque se pose.

    Si la bourgeoisie cédait le pouvoir sans heurts, sans faire de difficultés, sans problème, la question ne se poserait pas.

    Mais il est improbable qu’elle le fasse.

    L’expérience historique démontre que la bourgeoisie ne cède pas, n’est pas fair-play.

    Il n’existe pas de révolution clé-en-mains, de modèle unique à partir duquel le succès est au rendez-vous à 100%. D’une part car les condition objectives dans lesquelles se déroulent les révolutions ne sont jamais exactement les mêmes, de l’autre car l’expérience transforme les deux camps.

    Ainsi, certaines erreurs commises pendant les tentatives de révolution, pendant les premières expériences de dictature du prolétariat, à l’exemple de la Commune de Paris, ne seront -espérons-le- par reproduites.

    Dans notre communiqué célébrant l’anniversaire de cette expérience fondatrice, nous avions mis en avant les éléments suivant : Comme nous l’avions développé plus haut, cette expérience fut une machine d’une dialectique impitoyable, laquelle écrasa bien des conceptions fausses. Ainsi, les thèses pourries de Proudhon, individualistes, artisanales, anti-socialistes, furent battues à plate couture par l’irruption terrible de la réalité. Au lieu d’être le début de la consécration, ce fut la défaite : c’est la socialisation du travail, les valeurs communistes, qui l’emportèrent sur l’individualisme anarchiste.

    Les blanquistes, conspirateurs, incapable de faire naitre une ligne de masse, persuadés que les révolutions de palais font tout, durent réviser leur doctrine.

    Elle commit des erreurs également : le respect sacré de la Banque de France, dont les fonds ne furent saisis. Ce qui aurait pu être une dévastation pour la bourgeoisie, un abominable otage, pu être récupéré dès la fin de la Commune.

    Le siège Versaillais ne pu être levé car la Commune resta confinée dans un espace étroit, uniquement urbain, uniquement local. Si des émules apparurent, dont à Lyon et à Vienne, le mouvement ne trouva pas la clé que trouvèrent les bolcheviks : l’alliance des ouvriers et des paysans, seule à même de pulvériser la bourgeoisie.

    Manqua également le Parti, capable de coordonner, de diriger cette alliance, de faire naître, d’une insurrection victorieuse, une guerre révolutionnaire balayant toute trace de la bourgeoisie. Ce sont ces conclusions que tirèrent les continuateurs, les observateurs, la analystes. Ces conclusion donnèrent le matériel pratique qui pu être étudie pour en tirer les conclusions politique, idéologique qui enrichirent l’idéologie communiste.

    De même, la bourgeoisie elle-même n’est plus la même qu’à l’orée du XXème siècle. Elle a tiré des enseignements précieux de sa propre vulnérabilité, et s’est doté d’outils permettant de conjurer -temporairement certes – son renversement.

    Son expérience en termes de propagande anticommuniste, en termes de corruption, en termes de défense passive ; mais également du côté de sa défense active, militaire : théorisation de la lutte anti-insurrectionnelle (COIN), guerre subversive…etc. D’un point de vue d’organisation du travail, elle s’est même inspirée des méthodes communistes, grâce à l’expertise de transfuges et de traitres. Les conceptions managériales ont ainsi pour vocation de liquider la conscience de classe, de favoriser l’atomisation des travailleurs et des travailleuses, d’individualiser leur rapport à leur propre exploitation. Toutes ses méthodes sont tout autant de fusibles dont la bourgeoisie s’est dotée pour se prémunir contre les dangers. Cependant, aucun de ces fusibles ne peut écarter totalement et définitivement le capitalisme de ses contradictions internes, lesquelles le poussent irrémédiablement dans la chute et l’effondrement.

    Certaines constantes existent cependant dans les conceptions révolutionnaires, et méritent d’être passées en revue pour mémoire. Dans notre brochure sur les bases du communisme nous définissions ces différentes théories de la manière suivante:

    « La théorie de la révolution a connu bien des écoles. Certains sont des partisans du Grand Soir, cette théorie pétrie d’idéalisme. Ils et elles imaginent qu’un beau jour les masses sortiront dans la rue, prendront l’Assemblée et déclareront la république bourgeoise abolie.

    Cette manière de voir les choses n’a jamais connu d’application concrète. Elle est un fantasme, rien de plus. Dans les faits, les masses sont spontanément réformistes. La révolution, la construction d’une nouvelle société, se heurte à l’idéologie bourgeoise, au poids des habitudes. Lorsque ces individus étudient le passé, ils ne voient pas, souvent par rejet de l’organisation, que les révolutions furent issues d’un travail en amont, mené par des organisations révolutionnaires.

    Bien souvent, dépités, déçus, les tenants de cette théorie rejettent leur idéologie révolutionnaire de pacotille et se tournent vers le réformisme.

    Plus ambitieuse encore, la Révolution Mondiale trotskiste. Elle est défaitiste par essence, car repousse au moment « parfait » le déclenchement de l’opération révolutionnaire. Par ce moyen, elle peut ainsi le remiser toujours au lendemain, et considérer que l’heure n’est pas propice. Cela permet de justifier l’activité fractionnelle au sein des organisations de la bourgeoisie, des partis sociaux démocrates. Pire encore, lorsqu’une révolution a lieu, ses tenants s’effraient et la considèrent condamnée, par son caractère local, national. Dès lors, ils n’ont de cesse de le décrier et de le saboter.

    « La révolution ne résoudrait les problèmes bourgeois qui se présentaient à elle en première ligne qu’en portant le prolétariat au pouvoir. Et lorsque celui-ci se serait emparé du pouvoir, il ne pourrait se limiter au cadre bourgeois de la révolution. Tout au contraire, et précisément pour assurer sa victoire définitive, l’avant-garde prolétarienne devrait, dès les premiers jours de sa domination, pénétrer profondément dans les domaines interdits de la propriété aussi bien bourgeoise que féodale. Cela devait l’amener à des collisions non seulement avec tous les groupes bourgeois qui l’auraient soutenue au début de sa lutte révolutionnaire, mais aussi avec les larges masses paysannes dont le concours l’aurait poussée vers le pouvoir. Les contradictions qui dominaient la situation d’un gouvernement ouvrier, dans un pays retardataire où l’immense majorité de la population se composait de paysans, ne pouvaient trouver leur solution que sur le plan international, sur l’arène d’une révolution prolétarienne mondiale. » Ce qui est souligné révèle la posture de Trotksy. Pour cet individu, la révolution ne trouvant pas son issue dans l’arène mondiale, doit renoncer et retourner à son stade bourgeois. C’est une capitulation totale. Sa révolution permanente, niant les étapes, niant l’alliance avec la paysannerie, est un aventurisme qui cache, là encore, une déviation de droite. « Si on ne peut être pur, n’essayons pas, » tel serait son crédo.

    Lénine présentait les choses d’une manière intégralement opposée, citée dans Les principes du léninisme: « Auparavant, on considérait que la victoire de la révolution dans un seul pays était impossible car, disait-on, pour vaincre la bourgeoisie, il faut l’action combinée des prolétaires de la totalité ou, tout au moins, de la majorité des pays avancés. Ce point de vue ne correspond plus à la réalité. Il faut maintenant partir de la possibilité de la victoire sur la bourgeoisie dans un seul pays, car le développement inégal, saccadé des pays capitalistes sous l’impérialisme, l’aggravation des contradictions internes de l’impérialisme, qui aboutissent fatalement à des guerres, la croissance du mouvement révolutionnaire dans tous les pays du globe entraînent non seulement la possibilité, mais la nécessité de la victoire du prolétariat dans des pays isolés. »

    Lénine est clair : Il est possible, il est nécessaire de saisir l’opportunité de frapper la bourgeoisie et d’être victorieux, même dans un seul pays. Il poursuit de même :

    « Mais renverser le pouvoir de la bourgeoisie et instaurer celui du prolétariat dans un seul pays, ce n’est pas encore assurer la victoire complète du socialisme. La tâche principale : l’organisation de la production socialiste, est encore à accomplir. Peut-on en venir à bout, peut-on obtenir le triomphe définitif du socialisme dans un pays sans les efforts combinés des prolétaires de plusieurs pays avancés ? Certes, non. Pour renverser la bourgeoisie, il suffit des efforts d’un seul pays : c’est ce que nous montre l’histoire de notre révolution. Pour le triomphe définitif du socialisme, l’organisation de la production socialiste, il ne suffit pas des efforts d’un seul pays, particulièrement d’un pays rural par excellence comme la Russie : il faut les efforts des prolétaires de plusieurs pays avancés. »

    Trotsky, dans ses trois fausses théories, Révolution Mondiale, Révolution permanente, Programme de Transition, réussit un triplé d’échecs. Le Programme de Transition, que les organisations trotskistes appliquent avec soin, est une illustration parfaite du Trotsky vieillissant de la fin des années 30, préfigurant le Trotskisme fascisant des années 1940.

    L’idée est simple : présenter un programme que le capitalisme ne peut satisfaire, mais qui -jamais au grand jamais- ne mentionne la révolution, sinon cosmétiquement. Cela va passer par des revendications d’interdiction des licenciements, d’interdiction des profits capitalistes, de mise sous contrôle populaire d’une partie de l’industrie et des monopoles capitalistes. En somme cela demande à l’Etat bourgeois de tirer contre son camp.

    La stratégie vise à démontrer aux masses le caractère hostile du capitalisme et, au final, à les amener à se révolter.

    Dans le fond, cela revient à leur cacher la vérité, c’est à dire que cela n’est pas possible. Cela revient à les lancer, sans être politiquement armés, à l’assaut de la bourgeoisie. Lorsque cela échoue, non seulement les masses sont déçues, dégoûtées, mais aucun progrès politique n’est fait.

    C’est ce qui est retrouvé dans des mots d’ordres tels que « insurrection citoyenne » ; « gouvernement ouvrier » ; « nationalisations démocratiques. » Ce sont des mots d’ordre qui nient la question du pouvoir, de la révolution.

    La théorie de l’insurrection, elle aussi, connaît ces vices. Elle consiste en une accumulation de forces censées à un instant T déboucher sur une éruption révolutionnaire. Ces accumulations en réserves stratégiques sont, sur le papier, positives, mais, bien souvent, elles se cantonnent à cela et tergiversent. Des insurrections ont réussi, notamment celles de Petrograd, il y a cent ans, mais baser la stratégie de l’organisation révolutionnaire sur cette seule option est un pari risqué, qui demande des conditions ultra-spécifiques pour déboucher sur un succès. Or, il est essentiel de créer ses propres succès. Il est donc possible de faire mieux.

    La théorie de la guerre populaire prolongée est une théorie qui synthétise les apports de la lutte révolutionnaire dans toute l’histoire. Elle est la somme la plus aboutie de la théorie militaro-politique de la révolution.

    Lorsqu’en 1917, les bolcheviks ont lancé la révolution, cela ne s’est pas fait en un tour de main. Une guerre civile fut nécessaire pour permettre l’instauration du pouvoir communiste. L’insurrection a formellement déclaré ce pouvoir, mais son exercice réel est l’enfant de la guerre.

    En 1949, lorsque Mao Zedong proclame la République Populaire de Chine, cela vient couronner la fin d’une guerre qui a permis aux communistes de créer un espace dans lequel ils assumaient la réalité du pouvoir.

    Dans les deux cas, dans chacun des cas, c’est la capacité à pouvoir exercer ce pouvoir réel qui prime sur la déclaration formelle. C’est cette capacité de remplacement du pouvoir bourgeois par celui du prolétariat qui est la clé. La déclaration formelle n’est que vent si elle ne s’accompagne pas de cela.

    Dans ce cadre, la Guerre Populaire Prolongée est une méthode dure stratégiquement : elle recherche la destruction de la capacité d’assurer la réalité du pouvoir par la bourgeoisie,  pour construire celle du prolétariat.

    Tactiquement, elle est très souple, elle permet d’utiliser l’ensemble des moyens, que ceux-ci soient légaux ou non, pour réaliser cet objectif. La tactique, cependant, doit rester étroitement subordonnée à la stratégie.

    Elle traverse, grossièrement, trois étapes:

    La défensive stratégique, étape de rassemblement des forces, de construction, de luttes défensives, syndicales, antifascistes. Elle est une période d’accumulation en vue du conflit et de début de conflit. Elle doit déboucher sur une politisation, une radicalisation politique des luttes. Elle doit déboucher aussi sur des embryons de soviets capables de prendre des décisions et de pouvoir en débuter l’application.

    La période d’équilibre stratégique correspond à un double-pouvoir. Elle correspond à une phase pendant laquelle chacun des deux camps dispose d’une influence certaine, dans certains secteurs -géographiques, sociaux …etc. Cependant, aucun des deux ne peut anéantir l’autre, directement, à ce stade. Il s’agit d’un moment où la lutte se double d’un caractère militaire fort, et où l’accumulation de forces se double de la nécessité de briser la machine adverse.

    L’offensive stratégique correspond au moment où la révolution prend le pas, impose sa légalité et sa légitimité sur un ordre pourrissant et s’effondrant. Les institutions de l’Etat bourgeois ne répondent plus. Sa capacité d’initiative est tarie, celle à assumer le pouvoir de manière concrète se disloque. L’offensive stratégique correspond à l’antichambre de la victoire. »

    La bourgeoisie dispose d’un appareil militaire qui doit être combattu. Ses forces spécialises, sa police, son armée, doivent être neutralisées pour qu’elles ne servent pas les noirs dessins de leurs maîtres. La bourgeoisie ne cédera pas sans tenter d’écraser les révolutionnaires.

    Face à l’organisation supérieure de la bourgeoisie -autour d’un Etat, d’une police, d’une armée, d’une justice au service de sa classe- les révolutionnaires ne peuvent se contenter d’être dispersés et de réagir au coup-par-coup. Au degré supérieur d’organisation de l’Etat-major de la bourgeoisie doit répondre une organisation au degré tout aussi supérieur : un Etat-major du prolétariat. Cela n’est en aucun cas, une nouvelle fois, par un amour atavique de la bureaucratie, de l’ordre et de la discipline, mais bel et bien car sans cela, toute tentative de changement profond de la société s’asphyxierait dans les débats sans fins, dans le crétinisme parlementaire, dans un flou constant qui in fine, profite systématiquement à la partie la plus à droite, la plus modérée, des organisations.

    C’est là l’une des découvertes de Marx et Engels, cette nécessité du Parti comme outil de la lutte, comme Etat-major, comme organisation révolutionnaire.

    Quant à la dictature du prolétariat, ce n’est pas non plus par amour de la violence et du carnage que les révolutionnaires ont le devoir de l’instaurer. Contrairement à ce que peuvent penser les libertaires ou les réformistes, ce n’est pas par désir d’autorité, par désir de pouvoir. Il s’agit d’une nécessité, dont Lénine disait à juste titre que la conscience de celle-ci était le premier pas vers la liberté.

    Bien souvent, la dictature du prolétariat est traitée par la caricature, avec des remarques digne du sophisme. Cependant, d’autres posent le doigt sur des aspects réellement problématiques de l’exercice du pouvoir révolutionnaire. Ce sont à ces différentes interrogations qu’il est important de répondre, pour expliquer le caractère paradoxal de cette dictature, laquelle signifie, in fine « démocratie pour le peuple, dictature pour les ennemis du peuple. »

  • Appel unitaire à manifester – Lundi 19 juin – 18h00 Hotel de Ville

    Appel unitaire à manifester – Lundi 19 juin – 18h00 Hotel de Ville

     

    TOU·TE·S UNI·E·S CONTRE CE GOUVERNEMENT ANTISOCIAL

    LE TEMPS EST À LA MOBILISATION !

    Nous connaissons déjà les intentions offensives de Macron contre le code du travail et nos conditions d’existence. Ne lui laissons aucun délai pour appliquer ses mesures antisociales : le temps est à la mobilisation, pas à la négociation !

    • La loi El Khomri permet aux accords de branche et d’entreprise de s’appliquer même en étant moins favorables aux travailleurs que le code du travail. Macron prévoit d’étendre ces abus aux salaires et au temps de travail : c’est la remise en cause du SMIC et des 35 heures.

    • En plus du salaire direct, c’est le salaire différé qui est attaqué (ce qu’on appelle les cotisations sociales). En passant une part du salaire différé en salaire direct, Macron désire fragiliser et condamner à terme notre système de protection sociale : assurance chômage, assurance maladie et hôpitaux, allocations familiales, retraite, etc : toutes les aides sociales en souffriront.

    • En plafonnant les indemnités prud’homales, Macron souhaite donner les pleins pouvoirs aux patrons pour licencier abusivement les salariés.

    • Avec 120000 suppressions de postes dans la fonction publique, les fonctionnaires des collectivités territoriales mais également de l’Éducation nationale n’ont qu’à bien se tenir. Ces suppressions rendront caduques ses promesses de réduire la taille des classes scolaires.

    • Comme ses prédécesseurs, Macron entend renforcer la présence militaire française en Afrique et au Moyen-Orient ainsi que les politiques sécuritaires en France : parade en blindé, voyage au Mali s’inscrivant dans l’impérialisme français, prolongation de l’état d’urgence, renforcement des pouvoirs de la police, nomination de Gérard Collomb en tant que ministre de l’Intérieur, sans doute récompensé pour l’ensemble de son œuvre sécuritaire : répression des mouvements sociaux, vidéosurveillance, criminalisation des prostituées, expulsions locatives, chasse aux sans-papiers…

    • La construction de plus de prisons ne servira non pas à les désengorger mais à emprisonner plus de personnes précaires, dans le cadre de la criminalisation de la précarité.

    Comme toujours, cette marche forcée vers l’ubérisation touchera plus durement les plus précaires d’entre nous, les femmes et les personnes issues de l’immigration.

    Macron entend mener ses attaques à l’aide d’ordonnances dont l’application immédiate sans l’aval de l’Assemblée Nationale limitera drastiquement notre capacité d’organisation. C’est pourquoi il est primordial de construire la mobilisation la plus large possible en se constituant en tant que front social et ainsi se doter d’une véritable capacité d’action. Syndicalistes et associations, jeunes et moins jeunes, précaires, nous devons tou·te·s passer outre l’inertie, la division et le sectarisme pour passer à l’offensive dès maintenant.

    LUNDI 19 JUIN À 18H
    Départ : Hôtel de Ville
    VENEZ TOU·TE·S MANIFESTER !

  • Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Sur la dictature du prolétariat – IV – Gagner les élections, une victoire ?

    Gagner les élections, une victoire ?

    Le fait de gagner une élection est une chose. Le fait de mettre en place la politique désirée en est une autre. Détenir le sésame présidentiel, détenir la majorité à l’Assemblée ne signifie pas l’instauration du socialisme.

    Après avoir bravé les obstacles pour se présenter ; après avoir franchi les fossés et les pièges mis en place par l’appareil d’Etat, par la propagande anticommuniste, même après avoir -légalement- rempli toutes les conditions, la bataille ne ferait que commencer.

    La bourgeoisie, une nouvelle fois, ne joue pas à la lutte des classes, elle mène une lutte sans merci contre ceux et celles qui voudraient amoindrir et saper sa position sociale, ses intérêts économiques, à celles et ceux qui voudraient apporter la négation de son pouvoir.

    Pour elle, la constitution d’une force politique visant à s’opposer à ses intérêts représente quelque chose qu’elle traite sérieusement. Il a déjà été évoqué les entraves qu’elle met en œuvre pour éviter cela. Mais l’accession au pouvoir, même purement formel, d’un organisation ennemie de ses intérêts ne signifie qu’une chose : une déclaration de guerre. Si jamais les choses s’envenimaient, il serait certain que la classe des exploiteurs et des exploiteuses ne s’embarrasserait nullement de démocratisme pour régler le problème. Cependant, explorer les différents verrous dont elle dispose est intéressant.

    Premier écueil : le poids de la dette et la voix des créanciers.

    L’Etat français est endetté de manière très importante. Cette dette est à la fois détenue par des individus privés, sous forme de bons du trésor, mais également par des banques. Les emprunts d’Etat ne sont pas forcément extraordinairement rentables, mais ils ont ce mérite d’être -en règle générale- d’une grande stabilité. Les Etats en faillite sont une grande gêne, à la fois pour ceux qui y vivent, à la fois pour les autres Etats, lesquels craignent le développement de troubles importants.

    Cependant, les créanciers ont, de facto, voix au chapitre, en tant que possédants d’une partie de la dette de l’Etat. Leur faire avaler le programme économique -anticapitaliste- du gagnant, ceci est une difficulté majeure.

    Lors de l’accession au pouvoir du Front Populaire, ce n’est que par un mouvement de masse puissant, imposant, une lame de fond, que cette obstacle a pu être franchi. Et encore, la Banque de France, à l’époque, fit constamment pression pour maintenir au minimum l’application du programme, menaçant sans cesse d’en couper les vivres. Le programme du Front Populaire, dont de nombreux courants politiques aiment se revendiquer, était pourtant à cent lieues d’un programme bolchevik. Sa mise en œuvre répondait à une ligne défensive contre le fascisme et contre la bourgeoisie la plus réactionnaire.

    Cet accès au pouvoir n’avait rien en commun avec une révolution prolétarienne.

    Dépasser l’écueil du refus obstiné des créancier est, en soi, une lutte à mort. L’obstacle n’est pas infime, c’est déjà un casus belli pour la bourgeoisie. Dans le cas de François Hollande, élu en 2012, son programme réformiste bas de gamme n’a pas même pu être appliqué. La pression de la dette, la pression des lobbys et du MEDEF ont rendu inapplicable celui-ci. La lâcheté intrinsèque au réformisme n’explique pas tout.

    Sous-estimer ce problème est particulièrement dangereux. Cette questions des finances n’est nullement à prendre à la légère. Une banqueroute du système économique, une monnaie qui se déprécie fortement, une crise économique peut avoir des répercutions très fortes, créer une situation de faiblesse, favoriser la montée d’acteurs paraétatiques et de mafias, voire de seigneurie de la guerre. L’armée et la police peuvent très bien choisir de se mutiner, se vendre au plus offrant, se muer en mercenaires.

    Ce type de questions échappe totalement aux réformistes, lesquelles croient en une constance et une inviolabilité de la légalité bourgeoise. Les utopistes, eux aussi, butent sur ce type d’écueil, dans le sens où ce type d’obstacle leur est pleinement étranger. Souvent, le fétichisme du « pouvoir » ne se double pas d’une réflexion profonde sur la signification de ce que cela représente, sur les méthodes à mettre en œuvre pour parvenir à la société communiste. Les ZAD par exemple, sont des zones où l’autorité de l’Etat cède temporairement le pas à une autorité exercée par les militants. Cependant, leur capacité d’expansion, selon le modèle actuel, est extrêmement limitée : toute menace sur le pouvoir de la bourgeoisie entrainerait une répression qui ne se contenterait pas de lacrymogènes et de matraques. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question plus loin.

    Mais, après tout, supposons que le budget soit débloqué, que le pouvoir étatique puisse fonctionner sous la direction -en régime bourgeois- d’un parti « réformiste-radical. » Celui-ci devrait, logiquement, mettre en œuvre son programme.

    Seulement, entre le pouvoir formel et l’exercice du pouvoir réel, se trouve un océan terrible.

    Deuxième écueil : La fin de non recevoir de la part de la bourgeoisie.

    En supposant que le budget puisse être débloqué, que la bourgeoisie concède, sous le pression, l’argent nécessaire au fonctionnement de l’Etat, seule une infime partie du chemin est franchi. Il reste à appliquer le programme. Or, un coup d’œil sur les programmes proposés en 2017 est illustratif : l’ambition de certains candidats à l’élections présidentielle est importante. Pour mémoire, celui de Philippe Poutou est le suivant :

     1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    3-Donner le contrôle à celles et ceux qui font tourner la société.

    Premier point :1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

    Appliquer ce type de programme ne pourrait se faire sans franchir les chausse-trappes de l’organisation du pouvoir bourgeois. Celles et ceux qui, naïvement, croient qu’il est possible de faire éclater ce barrage, se bercent d’illusion. Mais mettons de côté ces « petits détails. »

    L’Assemblée, si tant est que la majorité soit entre les mains des apprentis sorciers de la révolution, légifère ainsi les lois du candidat Poutou.. Le conseil constitutionnel les valident, l’exécutif les applique . Le SMIC monte ainsi à 1700€ par mois, nets d’impôts. Le candidat trotskiste peut exulter.

    Mais, dans le fond, cette idée est révélatrice d’une compréhension ultra-superficielle de l’économie. Au même titre que le revenu universel, ce genre de promesse est un miroir aux alouettes. Un SMIC augmenté ne veut pas dire une augmentation de la richesse.

    La bourgeoisie recherche le profit maximal. Elle calque ses prix sur la capacité d’achat de la population. Si le SMIC est, comme à l’heure actuelle, de 1480.27€ par mois en brut et de 1149.07 net, la bourgeoisie aligne ses prix en conséquence. Augmenter le SMIC se traduirait par une inflation des prix. Donc l’augmentation du pouvoir d’achat promise n’aurait pas lieu. En revanche, la baisse de valeur de la monnaie, induite de fait, pourrait éventuellement avoir un effet bénéfique sur le remboursement des emprunts, puisque la valeur de ceux-ci diminuerait. Cependant, cela n’est pas le but premier mis en avant par les trotskistes du NPA.

    Quant au revenu universel, celui-ci revient à allouer une somme d’argent -faible- à chaque individu, charge à lui de faire face à l’ensemble des aléas de l’existence en comptant sur celui-ci. En Finlande, par exemple, la mise en œuvre de ce revenu s’est traduite par une suppression des aides sociales et des allocations. D’une part ce revenu fournit un argent de poche inutile aux bourgeois, de l’autre elle institutionnalise un entretien de la misère. Dans un cas comme dans l’autre, elle n’agit pas sur l’exploitation, sur le fait que la plus-value est produite par les travailleurs et que les bourgeois s’en emparent.

    Ces rengaines, régulièrement ânonnées par les économistes les plus plats, sont des vœux pieux. Bien souvent l’idée qui se trame en arrière-plan est l’idée d’augmenter la part reversée aux ouvriers, aux travailleurs, aux travailleuses. Elle est de réduire leur taux d’exploitation. Seulement, cela ne fonctionne pas si simplement. Annoncer 1700€ net, cela ne mange pas de pain, cela rallie les suffrages, bien que les résultats ne furent pas au rendez-vous. Un discours simple, clair, limpide. Mais faux. Une impasse.

    En promettant plus que ce qui est possible d’être fait, ce qui est présenté comme une manière de rallier les suffrages se mue en piège : une promesse non tenue, la première d’une longue série.

    2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

    Incapable de pouvoir réduire le taux d’exploitation, cette candidature désire pourtant frapper fort : réquisitionner les banques. Planifier l’économie -pour éviter la catastrophe écologique. Un nouveau vœu pieux.

    Le NPA ne promet ni plus ni moins que le socialisme sans la révolution. Autrement dit, la réforme. Cependant, là n’est pas la question. Admettons que le pouvoir soit entre les mains de Philippe Poutou.

    Celui-ci déclare donc la réquisition des banques, des grandes entreprises, en conformité avec son programme. Cela en se basant uniquement sur la légalité bourgeoise.

    Mettons nous un instant dans la peau du patronat. Celui-ci a suivi la campagne du candidat du NPA avec un haussement de sourcil. Tant que celui-ci s’agite et ne propose que des réformes cosmétiques, le patronat peut bien le tolérer. Une inflation importante de la monnaie, par l’augmentation du SMIC, peut même être bénéfique pour certains patrons.

    Mais toucher à la propriété privée….

    Le pouvoir se caractérise de la manière suivante : il s’agit de la possibilité de prendre des décisions et de les appliquer. Or, le patronat, qui transgresse régulièrement ses propres règles, s’inclinerait t’il devant un hurluberlu qui réclame le contrôle sur les banques, sur les grandes entreprises, sur un grand pan de l’économie capitaliste ?

    Les usines se lock-outent sans problème en cas de tentative de réquisition par la force, au pire des cas se sabotent. Quant à l’argent, au capital, il offre sans problème les services de sécurités privées, voire de Sociétés Militaires Privées, de groupes fascistes, contre lesquels un pouvoir qui se refuse à faire usage de la coercition ne peut pas grand chose.

    Les richesses peuvent se mettre en sûreté, notamment à l’étranger. Or, l’argent est le nerf de la guerre. Il paie les services de propagandistes, de prête-plumes capable de vomir la propagande anticommunistes la plus virulente. Au cours de l’Histoire, le patronat n’a eu de cesse de financer les inventeurs de grands mensonges, ceux-là même qui ont tant marqués les esprits que même un grand nombre de gauchistes les répètent et les répandent toujours. Cette année, pour les cent ans de la Révolution d’octobre, la bourgeoisie a choisi comme symbole d’éditer une version colorisée de Tintin au pays des Soviets, ce pamphlet anticommuniste, que même Hergé dénonça. De là à voir des rééditions spéciales de Soljenitsyne, de la Ferme des animaux, du Livre noir, il n’y a qu’un pas.

    De plus, la bourgeoisie, contrairement aux larges masses, possède certaines caractéristiques culturelles, notamment la culture du commandement, de l’organisation. Cela n’a pas de secret pour elle, car l’organisation de la société, pour son plus grand profit, est sa tâche première. Elle est sa fonction sociale.

    La bourgeoisie sait organiser, mais sait également désorganiser. Ses experts, ses spécialistes, ses rouages essentiels, si utiles au fait de faire fonctionner le régime capitaliste, désormais se retournent. Même si la bourgeoisie perd le contrôle formel de la société, elle est toujours présente. Les contradictions ne s’effacent pas du jour au lendemain.

    Un bourgeois n’est pas qu’un patron possédant la propriété formelle, qu’un rentier. La bourgeoisie est une classe qui ne s’efface pas d’un coup de baguette magique. Elle conserve des rôles, conserve des fonctions, conserve des tâches qui lui sont propre, et que seule la résolution progressive des contradictions entre travail manuel et intellectuel peut permettre d’annihiler.

    La vérité est que, dans l’esprit des réformistes radicaux, la question du pouvoir se pose comme une question platement démocratique, comme une question de rapport entre une minorité et une majorité. Les discours des candidats à l’élection présidentielle se plaçaient tous sous ce prisme : respect des institutions et du jeu démocratique – bourgeois, ainsi que du jeu parlementaire. Conquête, dans la légalité, d’une majorité électorale, puis victoire électorale.

    Mauvaise compréhension de la réalité.

    Lénine écrivait dans le renégat Kautsky et la révolution prolétarienne : « Dès lors, supposer que dans une révolution un peu sérieuse et profonde, c’est simplement le rapport entre la majorité et la minorité qui décide, c’est faire preuve d’une prodigieuse stupidité; c’est s’en tenir à un préjugé archi-naïf digne d’un vulgaire libéral; c’est tromper les masses, leur cacher une évidente vérité historique. Vérité selon laquelle il est de règle que dans toute révolution profonde les exploiteurs conservant durant des années de gros avantages réels sur les exploités, opposent une résistance prolongée, opiniâtre, désespérée. Jamais, si ce n’est dans l’imagination doucereuse du doucereux benêt Kautsky, les exploiteurs ne se soumettront à la volonté de la majorité des exploités, sans avoir fait jouer   dans une bataille suprême, désespérée, dans une série de batailles à  leur avantage. »

    Acculée au désespoir, la bourgeoisie choisira la guerre ; le fascisme ; la réaction la plus sinistre, plutôt que de laisser son pouvoir, son contrôle sur l’économie lui échapper. Lorsque confrontée à cette situation, en URSS, elle fit feu de tout bois, avec chaque arme possible.

    La bourgeoisie a beau être une classe en concurrence avec elle-même, elle n’en est pas moins aux aguets quant aux menaces qui pèsent sur ses intérêts. La fraternité qui unit les bourgeoisies dans leur lutte contre les révolutions socialistes n’est plus à démontrer. Une nouvelle fois, dans la RSSFR naissante, la bourgeoisie et les réactionnaires de l’Empire Russe ont bénéficié de l’intervention militaire directe de la part des autres bourgeoisies dans le but d’écraser dans l’œuf la révolution bolchevique.

    Au final, seule la contrainte et les pouvoirs spéciaux peuvent obliger la bourgeoisie à accepter la transformation de la société. D’une manière ou d’une autre, un conflit surgit, un conflit qui ne peut être gagné sans disposer d’une armée, d’une police de milices au service du peuple et des masses, par la dictature du prolétariat.

  • Nouvelle brochure : Le fascisme et la classe ouvrière – Georges Dimitrov

    Nouvelle brochure : Le fascisme et la classe ouvrière – Georges Dimitrov

    Le fascisme et la classe ouvrière – Georges Dimitrov

    Nous mettons à disposition cette brochure essentielle de Dimitrov, sur la question du fascisme et du pouvoir. Celle-ci, rédigée au moment de la prise du pouvoir par les nazis, met le doigt sur de nombreux aspects, notamment sur le rôle de la sociale-démocratie dans le sabotage de la défense antifasciste.

    Une brochure incontournable.

  • Sur la dictature du prolétariat – III – L’impasse du réformisme.

    Sur la dictature du prolétariat – III – L’impasse du réformisme.

    L’impasse du réformisme.

    Campagne contre plus fort que soi.

    Est-il possible de blâmer les réformistes ou les utopistes ? Oui et non.

    Oui, le sens où l’histoire à illustré à maintes reprises que la révolution ne pouvait être qu’un acte de « violence, par lequel une classe en remplace une autre. » Oui, dans le sens où le rejet de « l’autoritarisme » fait le lit de l’inaction. Oui dans le sens où la collaboration de classe n’amène qu’au compromis. Le compromis à la compromission. La compromission à la trahison.

    Non, dans le sens où l’idéologie communiste est tellement affaiblie, a été tellement diminuée et mutilée qu’elle a pratiquement perdu l’intégralité de son influence sur la population. Adhérer à l’idée révolutionnaire se fait comme une question de principe, plus comme le fait de comprendre celle-ci comme une nécessité vitale. Les communistes, aujourd’hui, de nouveau, doivent faire la démonstration de la nécessité de cette révolution.

    Or, qu’arriverait-il si les réformistes étaient en mesure d’être à l’orée du pouvoir ?

    Admettons, dans cette brochure, un cadre imaginaire, dans un pays qui peut évoquer l’Etat français. Au sein de ce pays, un grand mouvement naît, soutenu par une fraction importante des masses populaires. Ce mouvement n’a pas même besoin de menacer directement les intérêts de la bourgeoisie. Il peut même, sur certains plans, accompagner les projets des impérialistes français, à l’image de la France Insoumise.

    Or, il lui suffit de les écorner un tantinet, de leur déplaire, de vouloir les contraindre et les contrarier.

    En l’occurrence, le cas de figure s’est observé, dans la campagne de pour les présidentielles, dans l’hostilité grandissante de la part d’une partie de la bourgeoisie à la candidature du social-chauvin Mélenchon. Celui-ci, pourtant, n’est pas une menace stratégique majeure. Il n’a rien en commun avec l’irruption d’une cohorte de bolcheviks. Fondamentalement, il est un pur produit des organisations nationales-trotskistes -les lambertistes. Il a longuement été un membre de l’appareil du Parti Socialiste, sous l’étiquette duquel il fut ministre de l’enseignement professionnel. Aujourd’hui son programme prône une réorganisation de l’impérialisme français, un nouveau jeu d’alliance, mais pas une rupture. En revanche, ce qui gène la bourgeoisie est le fait qu’il demande des miettes plus importantes pour l’aristocratie ouvrière et la petite bourgeoisie, lesquelles forment la base sociale de son électorat.

    Malgré cela, les unes des journaux de la bourgeoisie se firent agressives : le Figaro, ainsi, titrait que Jean-Luc Mélenchon ruinera la France, qu’il la mènera au bord de la rupture, de l’explosion.

    Déjà, la machine de propagande se raidit, se dresse, durcit le ton et la voix.

    Les débats publics entre candidats ont été globalement dominés par les candidats présents sur les ailes. Les cas de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou ont été ainsi illustratifs.

    Malgré leur score faible, ces deux candidats ont été dérangeants. Ils ont été dérangeants car ils mettaient en péril l’ordre normal des choses. Pourtant, à aucun moment ils ne brisèrent la scène du théâtre électoral, en en dénonçant sa vraie nature.

    Malgré cela, leur discours formait, déjà, un casus belli pour la bourgeoisie. Elle a donc mobilisé son appareil médiatique pour les combattre. Accusations et insinuation ont plu contre eux.

    Pourtant, imaginons, dans notre exemple fictif, un candidat crédible, sérieux, sur un programme qui soit offensif et résolument anticapitaliste et anti-impérialiste. Que pourrait-il faire au sein de cette scène ? Il se heurterait à un grand nombre d’obstacles, dont certains forment de véritables fortifications anti-vote populaires.

    La bourgeoisie à beau se targuer d’être démocratique, il n’en est rien. Elle dresse à chaque pas des obstacles immenses pour empêcher les masses de participer à la vie politique, pour la réserver à des bourgeois et des bourgeoises, à des professionnels. La politique dans la démocratie représentative bourgeoise, est une affaire de spécialiste, non l’affaire des masses.

    D’une part, pour lancer une campagne, il est nécessaire de disposer d’un sésame absolu: les 500 signatures.

    Ces 500 signatures, à quémander auprès d’élus, sont une barrière qui permet de faire un premier tri. D’une part cela signifie qu’un parti sans élus, sans soutiens de l’institution, ne peut se présenter. Même une organisation massive et influente peut être bloquée par ce barrage. Disposer d’une base électorale forte, mais sans élus pour appuyer les candidatures signifie être éjecté du système électoral.

    Les candidatures appuyées sur une base locales sont également rejetées. Un candidat comme Oscar Temaru, sur lequel l’Unité Communiste de Lyon s’est exprimé, ne peut, malgré la base dont il dispose en Polynésie, malgré le soutien des indépendantistes Corses, Basques, Bretons, se présenter. Car les 500 signatures se doublent de l’impératif d’être réparties sur l’ensemble du territoire de l’Etat Français. En somme elle réservent le pouvoir et son exercice aux organisations ayant une assise partout dans l’Etat français.

    La question de l’argent se pose : une campagne coûter cher. Une campagne demande souvent des finances importantes. Même si certains coûts peuvent être compensés par une mobilisation importante, ceux-ci existent. Quels mécènes offriraient à leur ennemi les moyens financiers de parler contre eux ? Quelles banques accepteraient de financer ceux qui veulent les supprimer ? De nouveau, l’obstacle technique se double d’une composante politique : La bourgeoisie n’est pas stupide. Elle ne prête pas pour respecter la démocratie, mais comme un investissement ; et bien fou serait celui qui investirait dans quelqu’un voué à éliminer le pouvoir bourgeois.

    Un parti fasciste comme le FN, lui-même, a connu des difficultés à trouver des finances. Le FN s’est ainsi tourné vers les créanciers russes, lesquels se sont fait une joie de fournir à l’extrême-droite française l’argent qui lui manquait. Non par sympathie, mais bien dans l’idée que ce groupe politique deviendrait son agent docile et dévoué, le représentant de ses intérêts en Europe occidentale. L’argent est le nerf de la guerre.

    D’autant que la bourgeoisie est mobilisée, sur le pied de guerre. Le prolétariat, quant à lui, n’est pas en ordre de bataille, subit l’influence de l’idéologie bourgeoise..etc. De plus, tous les prolétaires n’ont pas le droit de vote.

    L’une des bases sociales du prolétariat de l’Etat français est formée d’individus n’ayant pas la citoyenneté requise pour s’exprimer politiquement. Ils et elles sont privés du droit de vote, alors qu’ils et elles travaillent, vivent, paient des taxes et des impôts -plus que la bourgeoisie- au sein de l’Etat français. Mais le droit de vote Niet! Les expatriés, eux, elles, souvent droitiers, en disposent. Cela accroît tout autant le déséquilibre des forces.

    D’une manière générale, la bourgeoisie emploie tous les mécanismes possibles pour creuser l’écart.

    Supposons ces obstacles franchis, comment croire que la bourgeoisie laisserait s’exprimer aisément les candidats du peuple ? Comment croire qu’elle ne lui mettrait pas des bâtons dans les roues ? Comment croire que cette organisation pourrait tenir des meetings, pourrait avoir pignon sur rue ?

    La pluralité de points de vue, dans la presse des états de démocratie bourgeoise, est une chose très relative. Si un certain panel de vue peut exister, dans les faits, celui-ci est étroitement borné par les limites de la légalité bourgeoise.

    De plus, la presse indépendante est un mythe. La très grande majorité des journaux dispose d’un maître qui impose sa ligne éditoriale. Humainement, de nombreux journalistes sont du côté du progrès et de la justice. Ici, leurs qualités personnelles ne sont pas mises en question. Cependant, leur travail n’est pas libre, il est dirigé par une ligne éditoriale, laquelle est résolument hostile à la révolution et au socialisme.

    Les magazines d’histoire, les journaux, y compris irrévérencieux, font le coup de feu avec la réaction et la bourgeoisie. Dans chaque mensuel, dans chaque édition de revues d’histoire, l’anticommunisme trouve sa place. En temps normal, un « bruit de fond » anticommuniste demeure. En temps d’élection, en temps de menace -même minime- ce « bruit de fond » se muera en déchainement de harpies.

    Elle se heurterait à l’hostilité de la bourgeoisie. Celle-ci le taxerait d’illuminé, de fou, d’apprenti-sorcier, se moquerait de lui. Si le moquerie ne suffisait pas, elle passerait aux menaces, aux pressions, aux coups bas. Si les coups bas ne suffisent pas, la violence deviendrait un recours possible.

    Les « accidents » arrivent également.

    Voilà quel serait le destin d’un candidat marxiste-léniniste par exemple. L’intégralité du « système » se liguerait contre lui, contre sa voix, contre sa candidature.

    Or que peut la voix du peuple, sans les moyens de la presse bourgeoise, sans les moyens de ses médias, sans les moyens de ses relais, sans les finances considérables que peut aligner le grand capital pour sa défense ? Peu de choses. D’autant que la bourgeoisie, elle, dispose de moyens de propagande hors de proportion.

    Ainsi, lors des élections Italiennes de 1946 et de 1948, les USA ont dépensé une fortune pour convaincre la diaspora italienne d’influencer le vote au pays. Les slogans anticommunistes se sont affichés sur tous les murs, sur tous les panneaux publicitaires, en somme partout où il était possible d’influencer le jeu pour stopper la progression du front populaire organisé par le PCI. Un appel à la terreur systématique s’est imposé, dans le but d’effrayer la population, de la dissocier des candidats qui défendaient pourtant ses intérêts. En fin de compte, le front subit une cuisante défaite électorale, ne ramenant que 20 puis 30% des voix.

    Dans ces conditions, croire qu’il est possible de rallier à la cause du communisme -ou de l’anarchisme- une majorité, est illusoire. La bourgeoisie n’est pas neutre, n’est pas passive, elle est résolument hostile à une expression démocratique du peuple qui ne corresponde pas à ses désirs.

    Pourtant, le socialisme est à portée de main. La socialisation du travail, l’industrialisation poussée massive, la possibilité d’automatisation poussée des métiers pénibles, tout pousse vers le socialisme. Tout, sauf les mentalités, maintenues en arrière par le poids de l’idéologie bourgeoise. Le monde tarde à accoucher du socialisme.

    Les anarchistes pensent que le travail des révolutionnaires est d’accoucher les esprits, de faire naitre l’étincelle révolutionnaire dans les esprits de l’ensemble du prolétariat, ce qui, magiquement, donnera naissance au communisme. Plaçant cela comme préalable à toute offensive, ils se murent dans une attente tragique et stérile.

    La vérité est que la dialectique matérialiste joue contre les révolutionnaire. L’inertie des mentalités par rapport à la situation réelle fait qu’il est plus aisé de jouer une carte conservatrice que révolutionnaire. La force de l’habitude, le poids des idées réactionnaires, du réformisme, est fort, écrasant.

    Attendre que la majorité soit convaincue des idées révolutionnaire revient à attendre le retour du messie.

    En 1920, l’Internationale Communiste, alors naissante, mentionnait « Tant que le pouvoir gouvernemental n’est pas conquis par le prolétariat et tant que ce dernier n’a pas affermi, une fois pour toutes, sa domination et prévenu toute tentative de restauration bourgeoise, le Parti Communiste n’englobera dans ses rangs organisés qu’une minorité ouvrière. Jusqu’à la prise du pouvoir et dans l’époque de transition, le Parti Communiste peut, grâce à des circonstances favorables, exercer une influence idéologique et politique incontestable sur toutes les couches prolétariennes et à demi-prolétariennes de la population, mais il ne peut les réunir organisées, dans ses rangs. Ce n’est que lorsque la dictature prolétarienne aura privé la bourgeoisie de moyens d’action aussi puissants que la presse, l’école, le Parlement, l’Église, l’administration, etc., ce n’est que lorsque la défaite définitive du régime bourgeois sera devenue évidente aux yeux de tous, que tous les ouvriers, ou du moins la plupart, commenceront à entrer dans les rangs du Parti Communiste. » 

    Notre Etat est un état impérialiste. Cela lui permet, moyennent une pression plus importantes sur ses colonies et néocolonies, de disposer d’une certaine marge de manœuvre. La bourgeoisie impérialiste peut accorder quelques concessions, dans le but de corrompre une grande partie de la nébuleuse des classes moyennes.  Accorder des miettes plus importantes à ces classe vacillantes permet de les rallier. Dans une certaine mesure, les lois sociales, faites vers les classes populaires, sont également issues de la même idée : concéder temporairement pour anesthésier. Cela marche.

    Ces concessions ont été accordées du temps de l’URSS, du temps du Parti Communiste influent, dans le but d’entrainer une désescalade dans la lutte des classes. Ces concessions n’ayant plus de raison d’être, elles sont retirées. Si besoin est, elle peut revenir en arrière, donner de nouvelles miettes aux classes populaires de l’Etat français. Cela ne constitue pas la solution idéale pour elle, mais forme néanmoins un fusible.

    Le programme de Mélenchon aux présidentielles était par ailleurs d’exiger ces miettes de l’impérialisme, en échange d’un soutien aux politique d’agression et d’expansion. Ce n’est pas le programme des communistes, lesquelles ne veulent pas une modification de la redistribution d’une partie de la plus-value extorquée par les capitalistes, mais veulent abolir l’exploitation et détruire l’impérialisme.

    Toujours est-il que ces concessions serviront à détourner les voix des hypothétiques candidats léninistes, pour les ramener vers les magiciens de le redistribution : les sociaux démocrates et les sociaux chauvins.

    Si la bourgeoisie était sur le point de perdre les élections, dans notre hypothèse, elle les annulerait purement et simplement.

    Des situations de ce type ont eu lieu dans le passé, mais demeurent spécifiques à des cas précis. Elles ont eu lieu dans des situations où une bourgeoisie nationale s’opposait à une bourgeoisie compradore, cliente d’un impérialisme ou d’un colonisateur. Deux exemples : le Viêt-Nam, où les élections du sud furent remises aux calendes grecques ; la Corée, où les USA ont provoqué des élections séparées entre Nord et Sud pour acter la division, et permette aux partis issus de la colonisation de se présenter et d’avoir la majorité. Dans les deux cas, l’expression populaire s’est retrouvée bafouée de a à z.

    Pour se prémunir contre l’irruption de forces populaires, revendicatives, au niveau des assemblées bourgeoises, pour les museler, la bourgeoisie garde la haute main sur le découpage électoral, sur la forme que prennent les circonscriptions, pour permettre de se garantir une majorité stable, un pouvoir stable.

    Même le système bicaméral, avec son Sénat, avec son conseil constitutionnel, avec ses verrous et des chausse-trappes, est conçu comme un château-fort pour éviter tout basculement des institutions. Les institutions sont conçues avec leurs fusibles, leurs sécurités, leurs redondances.

    L’Etat est une excroissance de la bourgeoisie et de ses intérêts. Il n’est pas une institution neutre, quelque chose de flottant, volant au dessus de la société. L’Etat est architecturé pour correspondre à une mission : permettre l’exploitation la plus pacifique et la plus efficace possible des prolétaires et des semi-prolétaires par la bourgeoisie.

    L’Etat est là pour encadrer la société, pour réprimer les tentatives de renversement de la bourgeoisie par le prolétariat. Il est là également pour défendre et étendre les intérêts de la bourgeoisie, trompeusement nommés « intérêts nationaux », contre les menées des concurrents internationaux.

    Si on regarde l’Etat sous ce prisme là, sous celui de sa nature profonde, il devient nettement plus évident que celui-ci ne peut être conquis, puisque sa mission est intégralement contradictoire avec les intérêts du prolétariat.

    Cependant, cette brochure à l’esprit large et peut accepter quelques concessions avec la réalité, à des fins de démonstration.

    Admettons que celui-ci ; ou celle-ci, gagne. Pourrait-elle clamer victoire immédiatement, déclarer que le capitalisme est fini, que la bourgeoisie, dans le respect des institutions, pourrait donner le pouvoir et les moyens de production aux masses populaires ? Non. Même un accès au pouvoir formel ne signifie nullement une victoire.

  • Appel de la Maison de la Mésopotamie à la création d’un front antifasciste unifié.

    Appel de la Maison de la Mésopotamie à la création d’un front antifasciste unifié.

    Appel de la Maison de la Mésopotamie à la création d’un front antifasciste unifié.

    Au Kurdistan, en Turquie, dans l’Etat français, le fascisme est un ennemi commun !

    Les fascistes avancent à Lyon.

    Ils avancent dans l’Etat français.

    Ils avancent partout dans le monde, sous divers visages, sous divers drapeaux.

     Mais ils avancent.

    Ce ne sont pas des situations séparées, ce ne sont pas des simples points isolés. Daesh ou Erdogan qui avancent, le GUD qui ouvre son « bastion », ce sont des victoires pour le fascisme international. Ce sont des défaites pour les progressistes et les révolutionnaires du monde entier.

    Nous devons riposter en étant unis. Nous devons repousser chaque tentacule du fascisme.

    Au Kurdistan et en Turquie, nous connaissons bien le visage du fascisme, ses crimes, la misère qu’il sème, pour le profit des exploiteurs. Nous connaissons sa guerre constante contre les classes populaires, contre les masses, contre les travailleurs et les travailleuses.

    Nous savons reconnaître cet Etat d’urgence qui n’en finit pas, qui donne toute possibilité aux exploiteurs de réprimer.

    Nous ne voulons pas que cette situation devienne également celle de l’Etat français. Nous ne voulons pas que cette situation devienne celle de Lyon. C’est pour cela que nous appelons à cette réunion commune, ayant pour base de briser l’isolement et la fragmentation, de rassembler ceux et celles qui veulent lutter contre le fascisme, le capitalisme et l’impérialisme.

    Nous avons besoin d’une autodéfense populaire et unitaire. Tout comme le font nos camarades, nos frères et nos sœurs de combat, qui affrontent les fascistes turcs et les obscurantistes de Daesh, sous un seul drapeau : celui de la liberté et de l’autodéfense. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.

    Car la police, qui enferme nos camarades, qui saisit leur propagande, qui brise leurs mégaphones, n’est pas de notre côté. Ni la justice, laquelle acquitte les fascistes et se montre impitoyable envers  les nôtres. Ni l’Etat, dont la tâche de répression, d’asservissement, se marie parfaitement avec les désirs de l’extrême-droite.

    Ni des vautours de l’électoralisme, qui n’attendent de celles et ceux qui luttent qu’une chose : leur bulletin de vote.

    Il existe des désaccords, des hostilités, des jalousies, un nombre inconcevable de raisons pour que dure la division de ceux qui combattent le fascisme.

    Ces divisions ont -plus ou moins- de raisons d’exister.

    Mais elles doivent céder le pas devant la nécessité d’opposer un front uni, d’opposer une ligne de défense commune, contre l’avancée du fascisme et de ses agents.

    Nous devons ne former qu’un rang dans la lutte contre le fascisme ! Un rang à Lyon. Un rang dans l’Etat français. Un rang au Kurdistan, en Turquie, dans le monde.

    Soyons solidaires, unitaires, antifascistes !

    Vendredi 09 juin à 18h00, rendez-vous à la place de Jacobins pour dénoncer le « bastion social » qui instrumentalise la misère.

    Dimanche 11 juin à 18h00, à la maison de la Mésopotamie (rue Mazagran), retrouvons nous pour nous organiser et riposter !

  • 6 juin 1944 – une bataille pour l’Histoire.

    6 juin 1944 – une bataille pour l’Histoire.

    6 juin 1944 – une bataille pour l’Histoire.

    La Seconde Guerre mondiale s’est terminée 72 ans auparavant. Elle est un événement dont bien peu de témoins directs subsistent. Pourtant, elle conserve une place importante, elle demeure un jalon sinistre dans l’histoire de l’humanité.

    Les événements qui lui sont liés sont toujours célébrés avec vigueur. Ils sont également commentés avec intensité, surtout lorsque les dates approchent de chiffres ronds. Ainsi, le 70 ème anniversaire de la fin de la guerre fut l’occasion pour la Russie de procéder à une démonstration de force, déployant un matériel militaire renouvelé et à la pointe du progrès.

    Les célébrations du 6 juin ne font pas exception à la règle. Celles-ci ont même revêtu un caractère diplomatique particulier au fil des années.

    Les exemples ne manquent pas. Ces célébrations furent marquées par le boycott de la part du général de Gaulle, percevant cette célébration comme une manifestation de l’invasion américaine, par l’intégration de l’Allemagne, comme un geste de réconciliation, mais également -et même principalement- par un rapport très particulier envers l’URSS et la Russie.

    Ainsi, régulièrement, le 6 juin est l’occasion de mettre de côté la Russie, d’ignorer le rôle de sa population ou, au contraire, de flatter son nationalisme en omettant les autres républiques soviétiques. Elle sert également à la réprimander, lorsque l’occident estime qu’elle dépasse les bornes.

    Dernièrement, l’Ukraine fut également invitée, nullement pour rendre hommages à ses combattants, mais dans un but narquois d’instrumentalisation de ces célébrations.

    Comment pourrait-il en être autrement ?

    Le front européen de la Seconde Guerre mondiale s’est majoritairement joué sur le front de l’est. Les steppes de Russie, d’Ukraine, les marécages de Biélorussie, la toundra de la Carélie ont été les lieux où la machine de guerre nazie s’est embourbée, s’est épuisée, s’est brisée.

    Cela, le monde ne peut l’ignorer, y compris chez les capitalistes. Il est gênant que les batailles décisives aient eu lieu à Leningrad, Moscou, Stalingrad, Koursk… Gênant aussi, le fait que le drapeau rouge soit celui qui flotta sur Berlin en ruine.

    Les troupes qui libérèrent l’Europe portaient le marteau et la faucille, les chars étaient marqués de caractère cyrilliques, les hommes qui les maniaient venaient de toutes les républiques de l’URSS.

    Dans ce contexte, le 6 juin apparaît comme la victoire alliée, celle qui permet de maintenir la parité. Le débarquement est ainsi mis en avant comme l’étape clé vers la chute de l’Allemagne nazie. Au sein de l’Etat français, elle est d’autant plus célébrée qu’elle se déroule sur un sol national humilié par 1940 et la collaboration. Elle est la jonction entre les alliés, les Forces Françaises Libres et la résistance.

    Elle permet de mettre de côté l’URSS, maintenant la Russie, de choisir de l’ignorer ou au contraire de l’inviter comme si elle devait être redevable.

    Il ne s’agit pas de nier l’effort de guerre allié. Les communistes et les honnêtes gens ne doivent pas écarter les sacrifices et le courages des soldats alliés qui sautèrent, dans la nuit, sur Sainte Mère-Eglise, dans les marais inondés du Merderet.

    Pas plus, ils n’oublient pas les troupes qui débarquèrent à Utah, Omaha, Juno, Sword et Gold, ces plages rentrées dans l’histoire. Ils n’oublient pas la terrible guerre des haies, l’épreuve de nerfs, les combats sanglants pour un chemin creux, pour une butte, pour un ruisseau. Entre le 6 juin 1944 et le 31 juillet -prise d’Avranches- une lutte infernale s’est ainsi déroulée dans le bocage normand, dans un terrain où l’avantage était principalement à la défense.

    Les communistes du monde entier n’oublient pas non plus ceux qui sont tombés à Dieppe, à Messine, à Salerne, à Anzio, devant le mont Cassino.

    Ils n’oublient pas non plus les pilotes, les équipages, qui, nuit après nuit, jour après jour, s’enfermaient dans les cockpits de leurs forteresses volantes, de leurs spitfires pour affronter, dans la solitude du ciel, l’aviation ennemie.

    Ils n’oublient pas les marins, affrontant le péril des sous-marins, pour livrer les vivres et l’équipement permettant de gagner la guerre.

    Aucune personne ne bonne foi ne peut oublier les travailleurs et les travailleuses des usines et des champs, qui, avec ardeur, fournirent de quoi nourrir les soldats et les civils.

    Les communistes n’oublient pas le front antifasciste, n’oublient aucune des personnes civiles ou militaire, qui apportèrent leur pierre dans la lutte contre le fascisme, le nazisme, le militarisme.

    Nous ne l’oublions pas, nous n’enterrons pas cela sous un tapis, car nous ne faisons pas de la déformation de l’histoire. L’histoire n’est pas un champ de bataille mémoriel. Elle est une bataille pour la vérité.

    L’occident veut oublier l’URSS sous la direction de Staline. Certains « communistes » veulent oublier l’occident. Les deux fautent.

    Que l’allié d’hier soit devenu un ennemi, dès le canon tu, est une chose. Mais cela n’empêche pas qu’il fut un allié. Que Churchill, Macarthur, Patton, de Gaulle ou d’autres aient eu une part de cynisme, c’est un fait indéniable et impossible à oublier. Le fait que les considérations géopolitiques, politiques, économiques aient dicté, pour la bourgeoisie et les impérialistes, cette guerre, également. Mais ceux et celles qui se sont battus contre le nazisme, contre le fascisme, méritent un respect unanime.

    Aujourd’hui, en ce 6 juin, nous n’oublions pas ceux qui sont tombés, ceux qui se sont battus.

    Nous n’oublions pas le sacrifice des soldats alliés et des soldats et soldates soviétiques !

    Vive la lutte antifasciste internationale !

  • Sur la dictature du prolétariat – II – les armes de la bourgeoisie.

    Sur la dictature du prolétariat – II – les armes de la bourgeoisie.

    Les armes de la bourgeoisie

    La lutte des classes est une donnée parfaitement intégrée par la bourgeoisie. Publiquement, ses sbires la nient, mais en interne, dans l’entre-soi de sa classe, elle ne peut que le reconnaître. Elle s’est également lancée dans l’étude de l’expérience socialiste, pour la combattre et la juguler.

    Ainsi, la bourgeoisie s’est dotée d’un plan de bataille. Elle a mis en œuvre diverses politiques pour parer l’éventualité d’une menace renouvelée. Elles ont pu se traduire par la cooptation des opposants, leur intégration dans l’establishment, leur corruption. Mao Zedong, ainsi, appelait ces politiques les « balles sucrées de la bourgeoisie. » Elles sont douces, mais tuent. Tuent les mouvements de lutte, tuent les mouvement révolutionnaires.

    Mais la corruption ne suffit pas, alors la bourgeoisie met d’autres moyens en branle. L’anticommunisme institutionnel en fait partie. Programmes scolaires, ouvrages « historiques », films de propagande camouflés, articles de presse… Tous les moyens sont mis en œuvre pour détourner les masses et la jeunesse des conceptions communistes. Les communistes et les progressistes sincères ont lutté avec ardeur pour que la vérité historique soit défendue le mieux possible. Cependant, l’affaiblissement de ce camp de la vérité a ouvert des brèches, dans lesquelles la bourgeoisie à pu s’engouffrer. 

     Ce n’est nullement un hasard si, en 2006, profitant de cet état de faiblesse, Göran Lindblad, membre suédois du groupe chrétien-démocrate du parlement européen, proposa la résolution 1481 dont les articles sont illustratifs :

    « Article 2 : Les régimes communistes totalitaires (…) ont été marqués sans exception par des violations massives des droits de l’homme. Ces violations (…) incluaient les assassinats et les exécutions (…), les décès dans les camps de concentration, la mort par la fin, les déportations, la torture, le travail forcé et d’autres formes de terreur physique collective.  

    Article 3 : Les crimes ont été justifiés au nom de la théorie de la lutte des classes et du principe de la dictature du prolétariat.

    Article 4 : « L’Assemblée reconnaît que malgré les crimes des régimes communistes totalitaires, certains partis communistes européens ont travaillé à la réalisation de la démocratie ».

    Article 6 : « Les partis communistes sont légaux et encore actifs dans certains pays alors qu’ils n’ont parfois même pas pris leurs distances par rapport aux crimes commis dans le passé par les régimes communistes totalitaires. »

    Dans le septième article, la phrase suivante figure :  « Le jugement moral et la condamnation des crimes commis jouent un rôle important dans l’éducation donnée aux jeunes générations. Une position claire de la communauté internationale sur ce passé pourrait leur servir de référence pour leur action future. »

    Ce principe revient, en catimini, à flatter les partis réformistes et à jeter l’opprobre sur les partis communistes révolutionnaires. Tant que les pseudo-partis communistes demeurent dans le cadre du respect de la légalité bourgeoise, tant qu’ils condamnent le communisme, ils ont, pour la bourgeoisie, leur place dans le jeu « démocratique. »

    A l’inverse, la bourgeoisie à l’intelligence de favoriser la « critique de gauche » du communisme. Ce communisme « pur », de « papier », qui n’aurait jamais été essayé. Par le passé, la ligne des bourgeois fut celle d’une critique « de droite. » Staline était, jusque dans les années 30, présenté comme l’héritier de Lénine, comme un communiste intégral, comme son fer de lance. Ce n’était pas Staline lui-même qui était visé par la bourgeoisie, mais le communisme. Les discours étaient donc axés autour d’argumentaires tels que « le communisme cause la misère, il cause la souffrance…Etc. »

    Le problème de cette ligne était qu’elle n’ouvrait qu’un unique front d’attaque. Celle-ci ne permettait pas de détacher les ouvriers, la jeunesse, de leur sympathie pour l’URSS et pour son équipe de direction. 

    L’opposition « de gauche » au sein de l’URSS, lorsqu’elle fut chassée, s’est très bien acoquinée avec la bourgeoisie la plus réactionnaire. L’une et l’autre partageaient la même haine contre l’Union Soviétique, contre le léninisme. L’une et l’autre ont fait longuement cause commune, y compris à travers les alliances les plus répugnantes.

    Surtout, elle offrait un nouvel angle d’attaque : désormais, le communisme n’était -à part dans la presse la plus réactionnaire- plus vraiment l’ennemi, il était devenu une cause louable, mais trahie. Le trotskisme est devenu, rejoint en cela par l’anarchisme, une division de l’offensive contre le communisme, attaquant par la gauche tandis que les réactionnaires attaquaient par la droite.

    Lénine et Trotski, d’opposés, sont devenus les meilleurs amis du monde dans les romans de la bourgeoisie. Les léninistes furent rebaptisés « staliniens. » Par ailleurs, les révisionnistes firent de même avec le maoïsme. Ces thèses se répandent toujours, s’aggravement même, les réformes des programmes scolaires présentant maintenant sur le même pied communisme et nazisme. L’extrême-gauche, les révisionnistes, la bourgeoisie et les fascistes applaudissent.

    Cette propagande donne naissance à d’intéressantes contorsions mentales. Nombre de militants et militantes des milieux alternatifs concèdent que la bourgeoisie use et abuse de propagande. Qu’elle déforme, mente et viole sa propre légalité, cela est une vérité bien acceptée. En revanche, il est hautement intéressant de voir que les mensonges sur l’URSS -mais également les racontars sur la Corée du Nord, Cuba, ou d’autres que, pourtant, nous ne soutenons pas de manière positive- sont acceptés sans broncher. Dire « Makhno était un pogromiste » entraine des hurlements sans fin ; clamer que Staline l’était n’entraine que des hochements de contentement et d’acceptation.

    Cette propagande entraine un reflexe de rejet pavlovien, que la fainéantise intellectuelle et la difficulté de trouver des documents fiables viennent parfaire. Les citations fausses, sans la moindre source d’origine, sont légion ; tandis que les textes, les sources directes ne sont pas disponibles. Quant elles le sont, elles ne sont pas lues. Quant elles sont lues, leurs apports tombent, hélas, régulièrement entre les mains de fétichistes de l’idéologie, d’idolâtres, et non de militants qui l’utilisent comme apport.

    Combien de membres du PCF déclarent ainsi soutenir Staline, défendre son héritage idéologique, tout en n’étant pas capable d’appliquer le léninisme dans leur grille n’analyse, tout en défendant avec force et vigueur le parti qui fut à la tête de l’assaut révisionniste ?

    Bien souvent, les exégètes forment la seule base idéologique sur laquelle les militants et militantes basent leur compréhension. Lénine n’est pas lu, ou peu, Staline, encore moins. Sont lus, par contre, les auteurs qui commentent, critiquent ces textes.

    La bataille idéologique se double d’une bataille historiographique. Un travail de titan reste à faire, consistant à réunir les sources, réunir les éléments fiables, tout ce qui peut permettre de faire éclater la vérité. Bien souvent, les militants et militantes communistes en sont réduits à instruire à charge et décharge les procès politiques qui leur sont faits. D’une certaine manière, c’est cette défense de l’héritage, cette confrontation aux assauts de la critique, qui durcit les militants communistes et les poussent à se tourner vers un approfondissement de leurs connaissances et de leur maîtrise idéologique.

    Malheureusement, leurs détracteurs n’ont pas toujours ce rapport à l’histoire et à la recherche. Croire à tel ou tel fait se réduit à un acte de foi, un acte aveugle d’adhésion. Or, c’est bien là une faiblesse terrifiante.

    Les textes idéologiques permettent de juger, idéologiquement, de la position défendue par tel ou tel acteur, par tel ou tel auteur. Elle permet d’en éprouver le contenu, la cohérence. Certains trotskistes prétendent que les textes de Lénine ont été falsifiés par les « staliniens. » Quand bien même, quelle importance ?

    Qu’importe, si les arguments qui sont développés dans ceux-ci sont justes, paraissent judicieux, quel intérêt, même, d’en faire une recherche en paternité ? La vérité d’un argument de dépend pas de sa parenté, mais bien de sa capacité à être cohérent et juste.

    De même, si certains critiquent les actions de Mao Zedong, d’Enver Hoxha, cela ne signifie pas que ces auteurs n’ont pas apporté des enrichissements qui peuvent, aujourd’hui former un socle idéologique, permettre d’avancer.

    C’est avec ces armes que les communistes combattent la propagande de la bourgeoisie et de ses alliés objectifs.

    Seulement la bourgeoisie en dispose d’autres.

    Lorsque ne suffit pas la propagande pour étouffer la révolte, étouffer la voix des communistes, elle use d’autres moyens de pression.

    Elle use de la menace, légale ou illégale, par le biais de ses organisations de défense.

    D’une part, par ses relais institutionnels, qui entravent l’action des organisations communistes, qui entravent ses possibilités de développement de ses activités, y compris lorsque celles-ci sont légales. Par l’action de la police, qui réprime, qui opprime, qui surveille, qui fiche. Par l’action d’une justice, dont les procureurs sont aux ordres directs des gardes de sceaux, dont ils exécutent fidèlement les directives, dans le domaine de la répression et de l’écrasement.

    Par la menace illégale, par les milices, ses mercenaires, ses fascistes -parfaits auxiliaires de répression- qui traquent, menacent et tuent.

    Par l’armée, enfin, qui, en dernier ressort, est l’outil suprême de l’écrasement de la révolte du peuple. Ce que la douceur, ce que les balles enrobées de sucre ne peuvent obtenir, la peur et la douleur le feront.

    Si jamais cela ne suffit pas, le feu et le choc prendront le relais. Nulle lois, même celles promulguées par la bourgeoisie elle-même, même les largesses des droits de l’Homme, ne protègent. A la base, dans la vie de tous les jours, cette classe sociale ne s’entrave pas de limites légales pour ses affaires, pour ses plaisirs. Elle ne s’en entrave certainement pas pour sa survie.

    Les libertés fondamentales -expression ; opinion ; circulation…- portent mal leur nom. Liberté signifierait un caractère inaliénable, fondamentales signifierait que sans elle, le fondement de la société disparaît. En vérité, elles sont des droits formels.

    Formellement, la bourgeoisie donne le droit à l’expression. Il peut être retiré. Formellement, elle accorde des droits démocratiques, mais ils peuvent très bien, sans préavis, être amoindris, supprimés, bafoués. Un exemple illustratif est celui de la constitution européenne proposée au vote, par un referendum, en 2005. Contre toute attente, elle fut refusée, à la grande ire de la bourgeoisie de l’Etat français. Malgré le fait que, en droit, un referendum soit la forme d’expression suprême, cela n’a pas empêché qu’elle soit ratifiée. Un revers aurait été terriblement embarrassant et aurait nuit aux projets de l’impérialisme français.

    Menacée, la bourgeoisie ne reste nullement cloitrée à des formes démocratiques d’opposition. Elle est prête à tout, quitte à invoquer des monstruosités. Le nazisme, le fascisme, n’ont jamais gagné le pouvoir par les urnes seules. Mussolini fut coopté par Victor-Emmanuel III, roi d’Italie, pour former le nouveau gouvernement et écraser les grèves d’Italie du Nord. Hitler fut promu chancelier par Paul von Hindenburg, avec le soutien de Krupp, Thyssen, Blohm & Voss ou Porsche. L’un et l’autre de ces créatures sont des purs produits, des pures émanations des intérêts de la bourgeoisie la plus réactionnaire. Ils sont des âme damnées invoquées pour assouvir leurs objectifs, que ceux-ci soient en termes de guerre d’agression comme de guerre contre-révolutionnaire.

    Ce ne sont, hélas, nullement des élucubrations d’esprits sinistres, de tristes sires, qui poussent à décrire cette situation. Ces constats sont le fruit d’un regard sur l’Histoire, au cours de laquelle chacun de ces moyens de défense a été -est toujours- utilisé.

    La cooptation, la propagande, la répression, le fascisme sont des politiques réelles, réellement utilisées par la bourgeoisie pour se défendre. Elles sont les obstacles face auquel tous les révolutionnaires doivent se préparer à faire face.

  • Sur la dictature du prolétariat -I- Nous avons besoin de la dictature du prolétariat !

    Sur la dictature du prolétariat -I- Nous avons besoin de la dictature du prolétariat !

    Nous avons besoin de la dictature du prolétariat !

    La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie est une lutte de longue haleine. Elle s’est manifestée d’une multitude de manières, au travers de méthodes différentes, avec des stratégies et des tactiques diverses et variées.

    L’expression de la lutte des classe s’est faite selon des méthodes spontanées, comme le luddisme, par la grève sur le tas, par des colères et des émeutes. Elle s’est faite au travers des organisations syndicales. Elle s’est faite également sous une forme politique, au travers de partis, notamment des partis ouvriers et communistes.

    La lutte s’est faite pacifiquement ou dans la violence, dans la victoire ou dans la défaite, dans la solidarité ou dans la trahison. Elle a accouché d’une somme d’expériences immense, dont les théoriciens, les idéologues mais également les praticiens ont su -ou non- tirer profit.

    L’utilisation de cette somme de matière a permis de déduire des lois sur le fonctionnement du système capitaliste, de la bourgeoisie, de l’Etat, des lois qui, en retour, on permis de développer une théorie révolutionnaire adaptée.

    La décantation, le travail de critique et de tri n’a pas été effectué par des sages sur leur montagne. Ce sont des individus, des organisations, ancrées dans la réalité de la lutte des classes, ancrées dans les masses, ancrées dans un lien étroit entre théorie et pratique. Ceux et celles qui n’ont pas fait vivre ce lien se sont égarés, ont dévié. Ou dans une dérive aventuriste, dans une fuite en avant éperdue ; ou, à l’inverse dans la désespérance, dans le fait de se vautrer dans la collaboration de classe, dans la trahison, dans l’opportunisme. L’une et l’autre, généralement, finissent par se rejoindre dans un renoncement à la révolution et à la lutte.

    Le réformisme est un courant particulièrement puissant au sein de la société. Il représente, en quelque sorte, la « norme » de base du rapport au pouvoir, du rapport à l’environnement politique. Spontanément, les masses et les individus sont réformistes, même sous la forme d’un réformisme radical. Etre confronté à l’exploitation pousse à s’en soustraire, à lutter. C’est là un phénomène logique et normal. Mais le fait de remettre en cause l’organisation de l’économie, le fait de remettre en cause l’Etat et son mode de fonctionnement, demande quelque chose qui ne peut se contenter du regard étroit d’un seul individu. Elle demande de se hisser au delà de l’horizon du simple vécu individuel, elle demande un apport théorique supérieur. Devenir l’architecte d’un nouveau système politico-économique, cela demande un travail plus poussé, encore au delà. Cela ne peut apparaître spontanément.

    C’est ainsi que ceux et celles qui rejettent l’idéologisation, la propagande, l’organisation des masses, sous prétexte qu’elle corrompt leur pensée pure et naïve, ne sont au final que les agents du réformisme le plus plat et le plus éhonté.

    Le réformisme se traduit, dans un sens, par une subordination de la stratégie à la tactique. Elle considère que les « buts de la guerre », pour reprendre la formulation de Clausewitz, se conditionnent aux « moyens de la guerre », les tactiques. Le réformisme est avant tout un pragmatisme : avancer autant que possible, autant que faire ce peu, essayer d’amender les choses, essayer d’encercler la société capitaliste et l’emmener, démocratiquement, en respectant les formes et la légalité, vers une autre étape, socialiste.

    Cette absence de compréhension du caractère antagonique des contradictions entre le prolétariat -exploité- et la bourgeoisie -vivant de cette exploitation- est un des paramètres qui explique cette ligne. En ne comprenant pas la nature de l’Etat : émanation directe du pouvoir de la classe dominante ; en ne comprenant pas le fait que la bourgeoisie soit active, agissante ; le réformisme fait le lit de la collaboration de classe, du clientélisme, de l’opportunisme.

    Sans faire de procès d’intention, la faillite de la compréhension ne naît par forcément d’une révision cynique de la théorie. Elle découle potentiellement d’une erreur sincère. Mais cette erreur forme une plaie qui se surinfecte aisément de la lâcheté, de l’envie de carrière, du renoncement.

    A l’inverse, son miroir, le gauchisme, ne prend en compte que les « buts de la guerre » mais pose une négation sur les moyens, sur les tactiques. Cette négation des étapes produit l’effet suivant : l’idéologie est prisonnière d’un palais des glaces, se heurtant sans cesse à des écueils invisibles, incapable de comprendre les moyens de les franchir, incapable de pouvoir développer une tactiques qui soit adaptée.

    Cette absence de pensée tactique accouche d’un opportunisme spontanéiste, prêt à voir dans les « expressions pures » du peuple, une étincelle de révolution, même lorsque les mots d’ordres sont au lynchage et aux pogroms. Elle accouche d’un aventurisme, d’une surestimation de la capacité à rallier les masses, à convaincre les tenants de positions arriérées. Elle confine donc au sectarisme.

    Les deux sont reliés dialectiquement, sont les frères jumeaux l’un de l’autre et mènent l’un à l’autre. La route du gauchisme au droitisme est une route de la pureté au compromis, du compromis à la compromission, de la compromission à la trahison.

    Ces deux fautes idéologiques, ces deux déviations, sont dans l’incapacité de créer les conditions permettant à l’humanité de faire ce gigantesque bond en avant du capitalisme vers le socialisme. La première parce que son horizon est celui de la lutte parlementaire, du crétinisme, la seconde car elle se contente de la critique et de l’utopisme.

    Il existe bien des « sages de la montagne », qui, du haut de leur sommet, lorgnent sur la société avec leur longue vue, dessinent d’improbables arabesques sur des tableaux noirs, perfectionnent leur maquette de société future. Ces sages sont d’illustres compteurs d’histoires, sont capable de peindre de merveilleuses fresques. Ce qui leur manque, en revanche, c’est un chemin entre la société actuelle et la société merveilleuse, rêvée, parfaite et imperfectible.

    Bien souvent, ces « sages » se muent en gardiens d’une idéologie ossifiée, sclérosée, fétichisée. Exposés comme autant de trésors, ces dogmes inapplicables, inappliqués donc, ne servent que pour pourfendre les impurs, les impies, ceux qui ne prient pas la sagesse de l’utopisme, sa pureté, ceux qui se salissent les mains à changer la société.

    Le marxisme, en opposition à l’utopisme, se base sur un constat qui n’est pas nouveau : ainsi, dès 1845, Marx, dans ses Thèses sur Feuerbach, écrivait : « les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde : il s’agit maintenant de le transformer. » Fondamentalement, les clichés instantanés de la société, aussi précis soient-ils, ne servent à rien. De même les maquettes d’une société future ne servent, dans le fond, à rien non plus. Tant que rien ne permet de transformer l’un en l’autre, tant que rien n’illustre les processus dialectique qui opèrent au sein de la vieille société, qui permettent de l’emmener vers la nouvelle, ces travaux demeurent une perte de temps.

    Là réside l’idée majeure du marxisme. Apporter la jonction entre les deux, la jonction entre le monde actuel et le monde meilleur : la société communiste ; sans classe ; sans Etat ; sans exploitation. Le marxisme n’est pas un utopisme qui définit les règles d’une société parfaite, inventée. Il est un outil de combat pour transformer le monde.

    Autour de ce constat s’est accumulé une synthèse d’expériences, perpétuellement enrichies par de nouveaux apports, par l’étude, par l’analyse des rapports sociaux, des rapports économiques, par le décryptage du vivant.

    Seulement l’application ne s’est pas faite dans un laboratoire, dans un environnement confiné, dans le virtuel. Elle s’est faite dans la lutte frontale, syndicale, politique, révolutionnaire, contre la bourgeoisie, contre les fascistes. Elle s’est faite dans la paix et dans la guerre, dans la lutte légale et illégale.

    Les victoires de l’idéologie marxiste ont amené au pouvoir des partis communistes, lesquels se sont retrouvés avec la responsabilité écrasante de devoir construire le socialisme, étape de transition vers le communisme. Or cette tâche ne s’est pas faite sous la forme d’un examen, d’une évaluation, où les réponses sont connues, où un corrigé parfait existe. Elle s’est faite en se heurtant à des problèmes concrets et réels, à des périls mortels. Elle s’est faite à travers une expérimentation constante.

    Ces expériences ont, de fait, échoué. Il n’existe plus ni URSS, ni République Populaire de Chine -excepté formellement- ni d’autres pays socialistes. Cet échec révèle que des erreurs ont été commises, que des insuffisances sont apparues. Les marxistes authentiques cherchent à comprendre ces erreurs, à les analyser, à en tirer des corrections pour qu’elles ne se reproduisent pas.

    Elles ont créé une somme titanesque de ressources et de documents à analyser. Les rejeter en bloc reviendrait à se priver intégralement de cette manne de connaissances.

    Pourtant, la moindre imperfection suffit, pour les gardiens du dogme et de la pureté, pour rejeter l’ensemble. Ironie des ironies, ces mêmes gardiens, attendant la pureté parfaite pour que vienne l’avènement de la société sans faille, végètent. Confrontés, bien malgré eux, au réel, ils s’excommunient, s’injurient, s’accusent. Incapable de faire face à la réalité, d’être maîtres de leur situation, ces purs se vautrent dans la compromission, dans la concession, dans l’opportunisme. D’aventuristes de la pureté, ils finissent leur trajectoire dans les bras de la social-démocratie, dans le réformisme, dans l’anticommunisme viscéral, voire dans le fascisme.

    Lorsque mis en face de leurs contradictions, ces aventuriers agissent bien souvent comme des bêtes prises au piège. Mordent, attaquent, mais ne parviennent pas à apporter une réponse satisfaisante, autre que superficielle, aux problèmes qui se posent actuellement, aux questions de la société actuelle, à comment bouleverser l’ordre capitaliste, le battre, et de ses ruines faire émerger la société socialiste, la société communiste.

    Or, le choix, le marxisme-léninisme dans son ensemble, indépendamment des débats qui ont cours en son sein, pose la question des étapes. Nullement dans le but cynique d’instaurer une dictature, une bureaucratie, un Etat inutile. Ces étapes ne sont pas le fruit d’une soif de guerre, de sang, d’une volonté de nuire à autrui, de causer de la souffrance et du tort. Elles sont des passages obligés car, dans la lutte des classes, le terme de lutte n’est pas usurpé. Elle peut, certes, se dérouler pacifiquement, sans violence directe, sans conflagration, mais également prendre une tournure brutale et sans pitié.

    Le maintient de l’exploitation par le capitaliste prime sur la légalité. Si les travailleurs menacent les intérêts du patronat, gare à eux ! Que dire, alors, de la situation révolutionnaire, laquelle vise à nier le pouvoir de la bourgeoisie, à le détruire.

    L’irruption du fascisme forma, par exemple, l’une des réponses de la bourgeoisie aux menaces qui pesaient sur elle. Le fondement du fascisme n’était nullement une perversion morale, mais était, au contraire, ancré profondément dans la lutte des classes.

    Le fondement des dictatures réactionnaires, des croisades anti-bolcheviques, suivait une logique similaire : écraser la menace.

    Non pas parce que la bourgeoisie serait intrinsèquement mesquine, sadique, incapable d’empathie. Simplement parce que celle-ci possède des intérêts, qu’elle en a une conscience particulièrement aigüe et qu’elle se dote des moyens et des politiques adaptées à l’ambition de les accroître et de les défendre.

    Nous disons, au contraire, que, s’ils pensent comme un prolétaire ou comme un bourgeois, c’est qu’ils sont l’un ou l’autre. Un prolétaire a une conscience de classe prolétarienne parce qu’il est prolétaire.

    Ce que nous devons bien remarquer, c’est que la théorie idéaliste comporte une conséquence pratique. Si l’on est bourgeois, dit-on, c’est que l’on pense comme un bourgeois ; donc, pour ne plus l’être, il suffit de changer la façon de penser en cause et, pour faire cesser l’exploitation bourgeoise, il suffit de faire un travail de conviction auprès des patrons. C’est là une théorie défendue par les socialistes chrétiens ; ce fut celle aussi des fondateurs du socialisme utopique.

    Mais c’est aussi la théorie des fascistes qui luttent contre le capitalisme non pour le supprimer, mais pour le rendre plus « raisonnable » ! Quand le patronat comprendra qu’il exploite les ouvriers, disent-ils, il ne le fera plus. Voilà une théorie complètement idéaliste dont on voit les dangers. (G. Politzer, 1941)

    La lutte des classe n’est pas à sens unique, elle n’est pas que de la part du prolétariat montant « à l’assaut du ciel. » Elle est à double sens. La bourgeoisie, également, mène une lutte contre le prolétariat, contre son unification, contre son organisation, contre son idéologie, contre la révolution.

    Avant celle-ci, pendant celle-ci, après celle-ci, la bourgeoisie lutte jusqu’à la mort, jusqu’à sa disparition, contre le pouvoir du peuple et pour la restauration de son ordre.

    Cette raison est le socle de la nécessité de la dictature du prolétariat. Non par goût, mais par besoin.