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  • Libérez Mariam Abu Daqqa !

    Nous partageons le communiqué des coordinatrices européennes de la Conférence mondiale des femmes demandant la libération de Mariam Abu Daqqa, représentante du FPLP qui a été arrêtée à Marseille.

    Cette arrestation a lieu dans un climat de répression intense en France, les rassemblements en solidarité à la Palestine sont interdits, les associations pro-palestiniennes dissoutes, et le président de l’Union Juive Française pour la Paix a été arrêté. Nous appelons à la solidarité envers Mariam Abu Daqqa, qui risque l’expulsion à Gaza ou en Israël, tout en subissant le deuil suite à la mort de 29 membres de sa famille dans les bombardements à Gaza.

    Coordinatrices européennes de la Conférence mondiale des femmes Suse Bader- Hambourg, Karola Kücken- Berlin Nathalie Onur- Paris, Myriam Barros- Lanzarote 16.10.2023 Nous exigeons la libération immédiate de notre amie, notre camarade et courageuse militante, la Dr Mariam Abu Daqqa.

    Nous venons d’apprendre que Mariam Abu Daqqa a été arrêtée à Marseille, juste avant son départ pour Toulouse, par le ministre français de l’Intérieur Darmanin. Un arrêté d’expulsion a été pris. La Dr Mariam Abu Daqqa était arrivée en France en septembre en provenance de Gaza, où elle vit. Lors d’une tournée dans plusieurs villes françaises, qui devait durer jusqu’au 10 novembre, elle a parlé de son combat pour la cause des femmes palestiniennes.

    Elle défend la juste lutte de libération palestinienne. Mariam Abu Daqqa est la présidente de l’Union des femmes de Palestine. Elle est coordinatrice mondiale de la Conférence mondiale des femmes pour le Moyen-Orient et le Proche-Orient. L’année dernière, elle a participé à la troisième conférence mondiale des femmes à Tunis. Elle y a rapporté :

    « Notre région est marquée par les impérialistes et l’occupation sioniste. Nous devons parler de nos douleurs et de nos souffrances. Des enfants ont été brûlés vifs, les colons nous interdisent de sortir de chez nous, nous les femmes de la bande de Gaza. Nous organisons des campagnes de solidarité pour les femmes emprisonnées, mais nous participons également à des campagnes de solidarité avec les femmes emprisonnées dans les prisons israéliennes. Nous devons tendre la main aux jeunes. Nous devons construire la démocratie ensemble. »

    L’arrestation et l’intention d’empêcher les meetings avec Dr. Abu Daqqa sont un scandale ! Nous, exigeons la fin immédiate de la détention illégale et arbitraire du Dr Mariam Abou Daqqa et sa libération immédiate.

    Vive la solidarité internationale !

  • TKP-ML : Le fascisme et le sionisme perdront, la Palestine et le Rojava gagneront !

    TKP-ML : Le fascisme et le sionisme perdront, la Palestine et le Rojava gagneront !

    Publié le 8 octobre 2023.

    Nous sommes témoins de la résistance des peuples du Rojava et de Palestine, qui sont opprimés par les attaques des États fasciste turc et sioniste israélien, les ennemis éternels des peuples opprimés du Moyen-Orient. Ces forces réactionnaires, malgré leur supériorité technologique et le soutien total des États impérialistes, ne peuvent briser la résistance et la détermination à lutter des peuples palestiniens et du Rojava. Malgré toutes les attaques des dirigeants, c’est la résistance et la détermination des peuples qui sont décisives. Les peuples de Palestine et du Kurdistan poursuivent leur position honorable contre le sionisme israélien, le fascisme turc, les mollahs locaux et les régimes dictatoriaux réactionnaires depuis un demi-siècle sans faire de compromis.

    La lutte menée au Kurdistan a évolué vers une étape de gain démocratique avec la réalité de la révolution Rojava ; Un grand coup a été porté à la réaction ISIS, aux mouvements expansionnistes fascistes et génocidaires de la République turque au Moyen-Orient. Les dirigeants de la République turque, qui ne pouvaient pas tolérer ces gains de la révolution du Rojava, ont poursuivi leurs attaques militaires, politiques, économiques et, pour ainsi dire, dans tous les domaines à certains intervalles de temps. Ces attaques se sont transformées en une attaque de facto plus complète dans le domaine militaire après l’action d’Ankara des guérilleros du HPG. Erdogan et sa shureka, qui sont devenus agressifs en raison de leur impuissance à se faire tirer dans le cœur, ont commis toutes sortes de crimes de guerre par la bouche du fasciste notoire Hakan Fidan et ont annoncé qu’ils s’attaqueraient aux acquis du peuple du Rojava.

    Depuis le 5 octobre, des hôpitaux, des centrales électriques, des stations d’eau, des maisons/villages de la population civile, des stations de pétrole et de gaz, des silos et de nombreuses zones de production dans la zone d’administration autonome du nord et de l’est de la Syrie ont été frappés. Le Rojava continue de résister à ces attaques. Jusqu’à présent, 110 régions ont fait l’objet de frappes aériennes et les attaques se poursuivent. Avec ces attaques, la République turque vise à créer des dommages économiques et à affaiblir les gains révolutionnaires du Rojava en provoquant des éléments réactionnaires.

    Comme dans la région de Der Zor, la provocation des éléments réactionnaires est une tactique que la République turque ne se lasse pas d’essayer depuis des années. La clique AKP-MHP utilise également la guerre comme outil pour couvrir la crise dans laquelle elle se trouve. Cependant, ces actions de la République turque n’ont pas trouvé de réponse, et l’impuissance de la guérilla s’est accrue avec le coup porté au centre du fascisme. Les dernières attaques en sont un exemple.

    Le fascisme turc augmente la dose d’attaques et commet crime après crime. Face à ces attaques de la République turque, les Forces démocratiques syriennes, l’autonomie de l’administration autonome, ont infligé des pertes à l’armée turque fasciste par des contre-attaques.

    Alors que la résistance du Rojava se poursuivait, le pouvoir autonome du peuple palestinien, qui continuait sa lutte contre le sionisme israélien, a lancé un mouvement vers les territoires occupés avec l’opération « Déluge d’Aksa », infligeant de lourdes pertes aux forces israéliennes sionistes d’occupation et arrêtant de nombreux soldats israéliens. Cette opération a porté un grand coup à la « glorieuse » armée israélienne, qui s’appuie sur sa supériorité technologique. Le peuple palestinien, qui résiste à l’oppression de l’État sioniste d’Israël depuis la Naqba, a une fois de plus démontré sa détermination à lutter. La lutte nationale palestinienne est justifiée et extrêmement légitime. Bien que la résistance nationale palestinienne, comme tout mouvement national, contienne certains aspects réactionnaires en son sein, l’essentiel est le côté démocratique de la lutte d’un peuple opprimé contre la nation oppresseur. C’est une révolte contre l’oppression, l’exploitation, les massacres et l’humiliation.

    Les trahisons des États arabes et de l’État fasciste turc, comme la trahison de Barzani au sein du peuple kurde, n’ont pas pu éteindre la lutte du peuple palestinien. Les plus grands ennemis du peuple arabe opprimé et exploité sont les cheikhs, les émirs, les dictateurs et les rois serviles qui se sont installés à la tête des États arabes. Leurs démarches de « normalisation » avec le sionisme reflètent leur caractère de classe. Cependant, la caractéristique des peuples opprimés est qu’ils résistent et que, le jour venu, ils jettent leurs propres hordes traîtresses dans les poubelles de l’histoire.

    Les peuples opprimés du Moyen-Orient n’échappent pas à cette évolution de l’histoire. La lutte séculaire se poursuivra jusqu’à ce que le sionisme, le fascisme et toutes les dictatures collaboratrices, les régimes des mollahs et le système impérialiste-capitaliste soient écrasés au Moyen-Orient. La résistance des peuples palestinien et du Rojava continue d’être un exemple pour cette lutte.

    Nous lançons un appel à tous les peuples opprimés du Moyen-Orient, aux communistes, aux révolutionnaires et aux patriotes : Embrassons la résistance qui se lève au Rojava et en Palestine ! Développons la solidarité avec cette résistance et élevons la lutte contre le fascisme et le sionisme dans tous les domaines où nous nous trouvons ! La lutte de libération des opprimés l’exige.

    Saluons la Résistance des Peuples de Rojava et de Palestine !

    Longue vie à la Résistance des peuples de Rojava et de Palestine !

    À bas le fascisme turc et le sionisme israélien !

    Le fascisme turc et le sionisme israélien se noieront dans le sang qu’ils auront versé !

    Biji Berxwedana Gelan !

    Longue vie à la Palestine libre !

    Comité du parti TKP-ML pour le Moyen-Orient

  • MLKP : Aux côtés du peuple palestinien pour la liberté, la dignité et la justice !

    MLKP : Aux côtés du peuple palestinien pour la liberté, la dignité et la justice !

    Publié le 12 octobre 2023.

    Le matin du 7 octobre, l’action auto-sacrificielle massive des patriotes palestiniens a porté un coup politique, moral et idéologique sévère à la machine de guerre raciste, génocidaire et colonialiste et à sa haute bureaucratie fasciste armée et non armée. Ceux qui ont déclaré avoir enterré la volonté du peuple palestinien en le transformant en une communauté de réfugiés, qui l’ont rendu incapable de défendre la dignité nationale des Arabes palestiniens et qui ont déclaré les murs physiques et électroniques de l’État israélien insurmontables, ont vécu un cauchemar dont les effets se feront sentir pendant des décennies.

    La machine de guerre appelée Israël sous le règne des sionistes fascistes, racistes et colonialistes est la honte des Juifs. L’État d’Israël est devenu une marque noire sur le front des Juifs avec ses graves crimes contre l’humanité commis contre les peuples arabes palestiniens musulmans et chrétiens pendant 80 ans et son soutien aux régimes fascistes et tortionnaires qui sont les ennemis des travailleurs et des peuples laborieux du monde entier. Ceux qui ont commis des massacres et des génocides contre les Juifs dans toutes les parties du monde au 20e siècle, de l’empire tsariste russe, ennemi acharné des peuples, au régime raciste, fasciste et génocidaire d’Hitler, jusqu’à l’État d’Israël d’aujourd’hui et à Netanyahu, Gallant, Halevi ainsi que leurs semblables qui le dirigent, ont la même lignée. Avec la même mentalité et la même idéologie, ils sont des ennemis de l’humanité.

    La lutte politique et militaire du peuple palestinien contre la machine de guerre fasciste, les attaques génocidaires et le colonialisme est légitime, juste et morale. Aucune démagogie ne peut occulter cette réalité. Le MLKP est aux côtés du peuple palestinien et du Mouvement du 7 octobre. Les tranchées et les positions d’attaque de la résistance palestinienne sont les tranchées et les positions d’attaque de la résistance de tous les peuples d’Asie Mineure et du Moyen-Orient.

    Nous appelons les travailleurs musulmans, chrétiens, juifs et yazidis, les femmes, les jeunes, les travailleurs urbains et ruraux, les scientifiques, les intellectuels et les artistes du jardin aux mille fleurs du Moyen-Orient à soutenir le peuple palestinien, à faire preuve de solidarité et à lutter ensemble pour la libération de la Palestine, pour un Moyen-Orient libre et une fédération démocratique du Moyen-Orient contre les alliances et les forces hostiles aux peuples du Moyen-Orient centrées sur Israël et les États-Unis.

    Nous appelons les travailleurs et les opprimés de tous les continents à descendre dans la rue et à étendre la lutte pour la fin inconditionnelle des attaques fascistes, colonialistes et génocidaires d’Israël, pour le droit à l’autodétermination de la nation arabe palestinienne, pour la libération immédiate de tous les prisonniers politiques dans les prisons israéliennes et pour la réalisation inconditionnelle du droit au retour des millions de Palestiniens en exil à travers le monde.

    Vive la lutte pour la liberté des peuples de Palestine et du Kurdistan !

    Vive la Palestine libre et le Kurdistan libre et uni !

  • L’espoir des colonisés

    Ce samedi 7 octobre, au 50anniversaire de la guerre israélo-arabe de 1973, l’ensemble des organisations et forces de résistance palestiniennes de Gaza ont lancé une opération militaire sur Israël. Cette offensive, qui prit l’armée et les services de renseignements de l’État colonial totalement de court, est une démonstration de la résilience, de la détermination et des capacités opérationnelles de la résistance palestinienne. Les barrières confinant Gaza ont été par endroits détruites au bulldozer pour y laisser passer des combattants, des commandos se sont infiltrés jusqu’au cœur du territoire palestinien occupé, le tout accompagné du tir de plusieurs milliers de roquettes, jusque sur Tel-Aviv.

    Cet évènement est la preuve incandescente que, malgré toute sa puissance technologique et militaire, l’État colonial israélien ne peut pas briser la lutte palestinienne pour sa libération de l’occupation coloniale. La richesse et les moyens de l’impérialisme ne sont pas suffisants pour étouffer le brasero de la résistance.

    Ce n’est pas seulement une preuve d’espoir pour les Palestiniens, mais pour les peuples colonisés du monde entier : le dominé n’est pas condamné à l’annihilation, car partout et toujours, la lutte pour le droit à l’existence nationale est possible. L’impérialisme et le colonialisme ne sont pas d’invincibles Léviathan, mais des colosses aux pieds d’argiles. La violence du vol des terres et des habitations, des déplacements de populations, des emprisonnements arbitraires, des exécutions politiques, des massacres de masse, des viols, des humiliations racistes, de la domination sous toutes ses formes et dans toutes ses occurrences, etc., peut avoir une réponse : la violence de la lutte pour la libération nationale et pour la révolution.

    À l’espoir des colonisés, répondent cependant deux corollaires : la névrose des colonialistes et la lâcheté des sociaux-chauvins. Le colonisé ne se laisse pas voler, déplacer, emprisonner, exécuter, massacrer, violer, humilier, etc., il combat la domination. Quoi de plus insupportable pour les colonialistes, ivres d’arrogance ? Le social-chauvin — celui qui est social en mots et chauvin en actes — s’empresse de rejoindre l’union sacrée contre le colonisé, se faisant défenseur « de gauche » (voir « marxiste ») de la colonisation. Pour ce faire, il faut une rhétorique, c’est-à-dire une gymnastique pour renvoyer dos à dos l’opprimé et l’oppresseur. Que ce soit par bêtise ou par opportunisme, le social-chauvin défend les intérêts objectifs du colonialisme et combat — tout aussi objectivement — la résistance anti-coloniale. Le social-chauvin ne défend pas le colonisateur, mais il ne défend pas non plus le colonisé, donc, il ne défend que le statu quo, et ainsi, in fine, il défend la colonisation.

    La lâcheté n’est pas que celle de ceux qui ne disent rien, c’est aussi celle de ceux qui veulent rester « raisonnables », c’est-à-dire neutres, impartiaux dans le conflit entre le dominé et le dominant. Cette retenue, qui est tout ce qu’il y a de plus humainement bas, prend pourtant l’avatar d’une pureté morale : la supériorité de celui qui a les mains propres, car il ne se salit pas dans la mêlée. L’« irréprochable » n’est pas moins criminel que l’« indifférent ».

    Face au crime contre l’humanité en soi qu’est le colonialisme, l’on peut choisir d’être un Sartre ou un Camus. Lors de la guerre d’Algérie (1954-1962), entre la résistance algérienne et l’État impérialiste français, deux figures médiatiques et intellectuelles de gauche incarnèrent deux conceptions diamétralement opposées de l’engagement contre l’oppression nationale : Sartre et Camus.

    En 1957, en commentant les attentats menés par le Front de libération nationale à Alger, Camus défendit que :

    « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère ».

    En 1961, dans sa préface de Les Damnés de la terre de F. Fanon, Sartre affirma, lui, quelque chose de radicalement différent :

    « En le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. ».

    Personne ne peut nier qu’un dominé est… dominé. Mais constater ce qui est n’a aucun intérêt politique si ce n’est pas comme prémisse d’une conclusion radicale : le renversement de la domination par le dominé. Il est très facile — et inutile — de s’indigner de tout le mal que l’on fait aux colonisés, car n’importe que ce qui transforme ! Or, dans le cas de la colonisation, ce qui transforme, c’est bien le renversement d’un peuple dominant par un peuple dominé. Selon un Camus, l’oppression serait regrettable, mais la résistance à l’oppression serait plus regrettable encore.

    Cette indignation de colon va de pair avec une bienséance de colon : le colonisé devrait résister à la violence sans violence, combattre la barbarie en restant vertueux, agir avec le respect pour la vie et la dignité que n’a pas celui contre lequel il agit, etc. En bref, il n’aurait le droit de se défendre que dans l’abstrait, c’est-à-dire sur un champ de bataille métaphysique, car la « guerre idéale » n’existe pas, et que même les guerres les plus justes ne sont jamais idéales.

    Aujourd’hui, au lendemain d’une offensive sans précédent de la résistance palestinienne, la rhétorique dominante est coloniale : Israël a le « droit » d’exister, donc, la Palestine a le « droit » de mourir. Cependant, c’est bien la rhétorique sociale-chauvine qui est la plus dangereuse : la Palestine a le « droit » d’exister, mais seulement à la condition d’être pure et immaculée.

    Voilà le problème : la résistance palestinienne n’est ni pure ni immaculée. Le front uni (de facto) pour la libération nationale de la Palestine, la joint operation room qui a mené l’offensive du 7 octobre, est composée d’un large éventail d’organisations (et de leur branche militaire respective), notamment les maoïstes du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et du Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP). Cependant, le parti dominant dans cette union est le Hamas, un parti politique islamiste et antisémite, au pouvoir sur la bande de Gaza depuis 2007. Selon le social-chauvin, les colonisés n’ont le droit de se révolter que sous conditions, c’est-à-dire si et seulement s’ils sont de « bons » colonisés, or, de toute évidence, les palestiniens ne sont pas de « bons » colonisés.

    Ici, nous voulons rappeler quelques évidences pour toute personne se réclamant du communisme. Le dominé répond à ce que lui impose le dominant, seul ce dernier a le « choix » d’exercer et de perpétuer sa domination ou non, le dominé, lui, n’a le choix que de subir celle-ci ou d’y résister. Il n’existe, relativement à la colonisation, que deux positions fondamentales et fondamentalement antagoniques, qui se rejettent l’une l’autre et excluent la possibilité de toute position intermédiaire : la lutte pour la libération nationale, ou la colonisation. Cette question qui n’admet qu’une réponse fatalement binaire est une première et incontournable étape. Soit le dominé a le droit de se battre pour son droit à exister, soit il n’en a pas le droit. Soit la colonisation est un crime contre l’humanité, soit elle est justifiée. Soit l’on accepte la seule conclusion progressiste possible, soit l’on se joint à la réaction.

    Pour un communiste, il est évident que la résistance contre le colonialisme (la domination politique directe et ouverte d’un État sur un peuple) et l’impérialisme (l’exploitation internationale) est une guerre juste. Les peuples ont non seulement un droit à l’autodétermination, mais pour les peuples colonisés, ce droit prend la forme du droit à la résistance contre la colonisation, et prend un caractère non seulement national mais également progressiste qui n’est plus contingent mais qui devient nécessaire. Non seulement les communistes ne doivent pas s’opposer à la libération nationale des peuples (selon leur droit à l’autodétermination), mais ils doivent infailliblement soutenir les luttes anti-coloniales et anti-impérialistes, comme étant nécessairement progressistes.

    La lutte contre la colonisation se justifie en elle-même, elle n’est pas subordonnée à la qualité morale ou politique des colonisés.

    Or, la libération nationale, comme dit précisément, n’est ni une lutte « idéelle » ni une lutte « idéale ». Elle a une fin — l’autonomie politique de la nation palestinienne — à laquelle il ne peut y avoir qu’un moyen : la lutte armée. Le colon est équipé, le colon n’a ni retenue ni morale, le colon ne recule devant aucune extrémité. Voilà à quoi répond le colonisé. La voie parlementaire et légale n’est — comme ailleurs — qu’une impasse, l’histoire du 20siècle le prouve d’une manière si unilatérale que l’écrire relève de la tautologie. Cependant, car l’idéologie dominante œuvre de tout son poids à draper l’évidence du non-sens, en faisant du résistant un terroriste, nous sommes contraints d’inscrire noir sur blanc ces allants de soi : la liberté est toujours au bout du fusil.

    • Il est juste de lutter contre l’État colonial d’installation qu’est Israël.
    • Il est juste de lutter contre ou malgré les colons israéliens, en leur qualité de prolongement direct, conscient et actif de l’État colonial d’installation dans la colonisation.
    • Il est inévitable que la lutte contre l’État colonial d’installation qu’est Israël implique des dommages collatéraux et des sacrifices chez les colons « neutres », en leur qualité de prolongement indirect, inconscient et passif de l’État colonial d’installation dans la colonisation.

    Le dominé a le droit de se libérer de la domination, et même si cette lutte ne peut pas justifier tous les moyens (dans l’absolu), elle peut justifier tous les moyens nécessaires à cette libération. Une lutte pour la libération nationale n’est jamais pure (idéelle), et elle n’est jamais propre non plus (idéale) : toute guerre est sale. Le caractère intrinsèquement asymétrique de la guerre juste du colonisé contre le colonisateur rend d’autant plus nécessaires les victimes civiles chez les colons. À guerre asymétrique d’un peuple sans État contre un État, stratégie et tactique asymétrique. Celle-ci n’est pas une guerre entre deux États ni entre deux populations égales, mais la guerre d’un peuple qui est opprimé contre le peuple qui l’opprime : la frontière entre combattant et civil n’a plus de sens lorsque la population de colons elle-même est une des armes de l’État colonial d’installation. Le plus « irréprochable » des colons, autant que le plus « indifférent », n’est pas « innocent ».

    La naïveté des privilégiés faisant la fête à quelques kilomètres de Gaza, où un peuple enchaîné subit humiliation et exaction quotidiennement, a été rattrapée par la réalité de la guerre : une spirale de brutalité insoutenable emportant aussi les plus insouciants. Il est normal et compréhensible d’être choqué, effrayé, dégoûté, etc., par celle-ci. Mais l’aversion naturelle et saine contre la violence ne peut pas être la feuille de vigne de la lâcheté politique sociale-chauvine. Une guerre juste ne justifie pas tous les actes en son nom, ce n’est pas un absolu et certains de ses excès ne sont pas tolérables. Mais la guerre juste n’est pas une guerre propre, aucune ne l’est — par définition. Il n’existe pas de violence qui ne resterait que dans la mesure du raisonnable et de l’ordonnée. Autrement dit, soit l’on accepte la violence, soit l’on ne l’accepte pas, mais l’on ne peut pas espérer une violence qui ne déborde pas. L’on en revient à notre dilemme : la libération nationale et la violence, ou la colonisation. Libération nationale et violence sont inextricablement liées — il n’y a pas l’un sans l’autre ! Soit l’on se positionne avec et pour elles, soit l’on se positionne sans et contre elles : les louvoiements les plus sincères comme les plus méprisables ne nous ramèneront qu’à ce point de départ.

    Évidemment, dans le cas palestinien, le Hamas est un parti réactionnaire islamiste qui ne vise pas la révolution communiste, et la virulence de son antisémitisme n’est pas à démontrer. Mais dans le contexte colonial que connaît aujourd’hui la Palestine, il joue un rôle indéniablement progressiste en luttant pour la libération nationale. L’existence de Israël, c’est-à-dire la colonisation de la Palestine, est autrement plus criminelle que tout ce que le Hamas ne pourra jamais faire dans sa lutte anti-coloniale. Aujourd’hui, ce ne sont pas les Israéliens qui subissent depuis 2007 le siège de Gaza, qui connaissent un régime d’apartheid et sont parqués dans des ghettos, qui sont expulsés de leurs maisons et de leurs terres, qui sont systématiquement agressés, enfermés et humiliés, et dont la nation est menacée de disparation. Ici, « nation » n’est pas une abstraction, mais une très concrète réalité : celle que tous les Palestiniens et toutes les Palestiniennes connaissent depuis maintenant plus de 70 ans.1

    Toutes les déplorations des rhétoriques respectivement colonialistes et sociales-chauvines, c’est-à-dire les injonctions morales bourgeoises colonialistes, se retournent contre elles ! Qui sont les victimes ? Les Palestiniens et Palestiniennes. Qui sont les bourreaux ? L’État colonial israélien et ses colons. Tous les arguments pro-Israël sont, en face de ce qui est, des arguments pro-Palestine, selon leurs propres raisonnements et leurs propres injonctions morales.

    Certains demandent « et si le Hamas prenait le pouvoir en Palestine libérée ? », nous répondons qu’il s’observera alors une situation très analogue à celle que les Palestiniens connaissent déjà aujourd’hui, non pas dans l’imaginaire d’une uchronie mais dans la très concrète réalité présente. Ce, à la différence que la nation israélienne, étant une nation coloniale, n’a pour seul droit que celui de cesser d’être coloniale (précisément). Cela ne signifie pas qu’une hypothétique oppression des Israéliens par un État palestinien serait juste. L’antisémitisme et l’islamisme n’en deviendraient pas moins respectivement criminels et réactionnaires, pas plus dans ce scénario qu’ils ne le sont dans le présent. Ceci dit, le droit à l’existence de la nation d’Israël, parce qu’elle est coloniale, est subordonné au droit à l’existence de la nation de Palestine : car l’un prime sur l’autre, l’existence et les conditions d’existence de l’ancienne nation dominante est conditionnée par l’ancienne nation dominée. En premier lieu, Israël n’a de droit d’exister que si et dans la mesure où la Palestine libre le permettrait.

    Il est juste de parler de l’antisémitisme du Hamas, mais quid de l’ethno-nationalisme essentiel à Israël ? Quid de l’idéologie coloniale et raciste au dernier degré très largement dominante chez les colons et l’ensemble de leurs partis (de la majorité comme de l’opposition), syndicats, médias et autres associations et institutions ? Pensons-nous que le Hamas et l’État colonial israélien se vaudraient, qu’ils seraient finalement deux faces d’une même pièce ? Non, car le premier lutte pour la libération, là où le second lutte pour la colonisation. Il est normal d’être révulsé par les victimes et les morts de la guerre israélo-palestinienne, mais quid alors de la très grande majorité des pertes palestinienne ?2 Quid de la disproportion entre les tirs de roquette des assiégés (dont la majorité ne touche pas leur cible protégée par le « dôme de fer ») et de ceux qui assiègent ? L’injonction morale n’est qu’à sens unique, car elle n’est que colonialiste. Le social-chauvin qui condamne « les violences des deux côtés » n’est pas moins réactionnaire que le colonialiste — mais il est plus lâche.

    Considérer à égalité deux choses qui ne sont pas égales, c’est faire un double standard (de la même manière que l’on ne multiplie pas 1 et 2 par le même nombre pour obtenir 4). Rejeter dos à dos celui qui attaque et celui qui se défend, car celui qui se défend aurait des idées analogues à celui qui attaque, c’est prendre parti pour celui qui attaque contre celui qui se défend. De plus, dans la bouche des colonialistes et des sociaux-chauvins, la réalité (!) semble peser le même poids que l’imaginaire, c’est-à-dire que dans leur rhétorique, ce qui est et continue d’être aurait la même valeur que ce qui pourrait être, dans un éventuel futur. Une position politique n’est pas métaphysique, elle répond au présent et à la réalité, pas à des fantasmes et à des injonctions morales. Se positionner dans le contexte actuel comme si le Hamas avait pris le pouvoir dans une Palestine libérée est le comble de l’absurdité. Ceci dit, rappelons que malgré ce qui est martelé dans l’hégémonie médiatique des centres impérialistes, l’offensive du 7 octobre n’a pas été celle que du Hamas, mais de l’ensemble des forces de résistance palestinienne, sous la direction militaire de la joint operation room.

    L’indécence de celles et ceux qui cherchent à se soustraire aux impératifs réels de la libération nationale réelle, c’est-à-dire à la reconnaissance de la nécessité, et donc de la légitimité, de la violence telle qu’elle est, et non pas telle que l’on aimerait qu’elle soit, apparaît avec une netteté d’autant plus éclatante au vu de la situation palestinienne. Les Palestiniens, plus particulièrement ceux de la bande de Gaza, ne résistent pas seulement à la colonisation, mais à un génocide colonial dont se rend coupable Israël.

    C. Ingrao, historien français spécialiste du nazisme, a opéré dans ses travaux une distinction entre le « laisser mourir » et le « faire mourir ». Dans le Generalplan Ost, c’est-à-dire le projet de colonisation du Lebensraum allemand en Europe de l’Est, l’ambition explicitement génocidaire nazie (l’extermination des juifs d’Europe, des Slaves et de toutes les autres populations jugées biologiquement « indésirables ») ne concevait pas de différence fondamentale entre la méthode du « laisser mourir » et celle du « faire mourir », l’un n’étant que l’intensification de l’autre. Le projet nazi, étant un projet colonial d’installation, ne pouvait tolérer sur son futur sol national des impuretés biologiques (sic), qu’elles soient juives ou slaves : leur disparition était une nécessité évidente. En résumé, le « laisser mourir » n’est en puissance pas moins qualitativement génocidaire que le « faire mourir », et ce tant factuellement que selon les nazis eux-mêmes. Par exemple, l’extermination des Slaves était supposée se faire principalement par un simple processus d’extraction de denrées alimentaires vers l’Allemagne, devant aboutir à la mort « naturelle » des populations slaves. Dans le cas juif, avant l’élaboration de la Solution finale, l’exil sur Madagascar avait été envisagé, non pas à la place mais comme autre méthode du génocide : le déplacement d’environ 10 millions d’individus sur une île qui était déjà alors incapable de subvenir aux besoins de sa population indigène. Si cette hypothèse s’était réalisée, Madagascar n’aurait qualitativement pas été différente d’un immense ghetto de Varsovie.3

    « Laisser mourir » et « faire mourir » ne sont que deux moyens d’une même fin, pour un même résultat.

    La définition du génocide, reconnue par le droit international, est la suivante :

    « Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

    a) meurtre de membres du groupe ;

    b) atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;

    c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;

    d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

    e) transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »4

    L’on peut en extraire trois critères essentiels à la définition de ce qui est et de ce qui n’est pas un génocide. Premièrement, le crime de génocide concerne « en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux » ; deuxièmement, il est intentionnel ; et troisièmement, il est méthodique et systématique (« le meurtre de membres du groupe, l’atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe, la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle, des mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe, et/ou le transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe »).

    Le raisonnement de C. Ingrao est cohérent avec la définition internationale du génocide, en ce que dans les 5 méthodes possibles listées pour le crime de génocide, le « laisser mourir » et le « faire mourir » sont confondus.

    Or, quelle est la situation à Gaza ?

    « La bande de Gaza compte environ 2,1 millions d’habitants, dont quelque 1,7 million de réfugiés palestiniens. Depuis au moins une quinzaine d’années, la situation socio-économique de la bande de Gaza ne cesse de se dégrader.

    Un blocus terrestre, aérien et maritime a été imposé par Israël à la suite de la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas en 2007. Il ne reste désormais que très peu d’options aux habitants de Gaza, qui ont subi une punition collective en raison du blocus qui continue d’avoir un effet dévastateur, car les mouvements de la population vers et depuis la bande de Gaza, ainsi que l’accès aux marchés, restent sévèrement limités. Le secrétaire général des Nations unies a constaté que le blocus et les restrictions qui y sont liées sont contraires au droit humanitaire international, car ils ciblent la population civile et lui imposent des difficultés, la pénalisant de fait pour des actes qu’elle n’a pas commis.

    La sécurité alimentaire à Gaza s’est détériorée, 63 % de la population de la bande de Gaza souffrant d’insécurité alimentaire et dépendant de l’aide internationale. Les divisions intrapalestiniennes persistantes exacerbent la crise humanitaire et la crise de la prestation de services sur le terrain. Avec 81,5 % de la population vivant dans la pauvreté, un taux de chômage global de 46,6 % (48,1 % pour les réfugiés palestiniens vivant dans les camps) à la fin du troisième trimestre 2022 et un taux de chômage de 62,3 % chez les jeunes (15-29 ans, réfugiés et non-réfugiés), la situation humanitaire déjà fragile à Gaza menace de se détériorer davantage. L’économie et sa capacité à créer des emplois ont été dévastées, ce qui a entraîné l’appauvrissement et le déclin d’une société hautement qualifiée et bien éduquée. L’accès à l’eau potable et à l’électricité est toujours en situation de crise et a un impact sur presque tous les aspects de la vie. 95 % de la population n’a pas accès à l’eau potable. L’électricité est disponible en moyenne 11 heures par jour à partir de juillet 2023. Cependant, la pénurie continue d’électricité a gravement affecté la disponibilité des services essentiels, en particulier les services de santé, d’eau et d’assainissement, et continue de saper l’économie fragile de Gaza, en particulier les secteurs de la fabrication et de l’agriculture. »5

    Aujourd’hui, la bande de Gaza est décrite par l’unanimité des rapports d’organisme internationaux comme un lieu « invivable » :

    « En 2012, les Nations unies ont publié un rapport alarmant sur l’avenir de la bande de Gaza, avertissant que d’ici 2020, en l’absence de mesures correctives urgentes, le territoire ne serait plus un “endroit vivable”. Le rapport ajoutait : “Il n’y aura pratiquement plus d’accès fiable à des sources d’eau potable, les normes en matière de soins de santé et d’éducation auront continué à se dégrader, et la vision d’une électricité abordable et fiable pour tous ne sera plus qu’un lointain souvenir pour la plupart”.

    Ces prévisions désastreuses d’une infrastructure défaillante incapable de répondre aux besoins de deux millions d’habitants de Gaza se sont malheureusement concrétisées. Selon Save the Children, 90 % de l’eau potable de Gaza est impropre à la consommation humaine, l’électricité n’est disponible que 2 à 4 heures par jour, les maladies d’origine hydrique se multiplient, les services de santé et d’urgence sont en panne et les aliments frais ne sont pas disponibles en raison du manque de réfrigération.

    Avec plus de 108 millions de litres d’eaux usées non traitées déversées quotidiennement dans la mer Méditerranée, plus de 60 % de la mer est contaminée et les eaux souterraines sont de plus en plus compromises par les polluants. Gaza est véritablement devenue un endroit invivable et, pourtant, deux millions de Gazaouis sont contraints de vivre dans ce qui est décrit comme la plus grande prison à ciel ouvert du monde. »6

    En bref, les conditions matérielles d’existences qui sont imposées aux Gazaouis ne permettent actuellement pas une survie normale, et si les tendances constatées ces 15 dernières années se poursuivent, alors dans un futur proche elles ne permettront plus la survie. Gaza est un immense camp de réfugiés, assiégé, dont les habitants sont privés de droits politiques élémentaires, y compris de circulation. Cette population, c’est-à-dire les colonisés, est par sa simple existence un obstacle au projet de peuplement ethno-nationaliste de l’État colonial israélien, en cette qualité, il n’existe aucun scénario où Israël leur accorderait le droit au retour, car cela contreviendrait à l’essence politique de ce qu’est Israël et son État : une colonie d’installation. Il faut donc coloniser et peupler, et ce en lieu et place des populations préexistantes ! Cette logique est aussi froide qu’implacable. La multiplication des colonies illégales et le siège de Gaza sont des preuves de cette réalité. Les Palestiniens n’ont pas de place dans ce projet, d’abord en tant que nation, mais aussi en tant que menace biologique. Israël se définissant racialement (officiellement depuis le 19 juillet 2018), il faut donc que les gènes « indésirables » restent les plus minoritaires possibles.7 Le nettoyage ethnique est une simple voie de conséquence. À Gaza, les Palestiniens ne peuvent pas s’enfuir, donc ils sont priés de mourir.

    Ici, nous avons donc, premièrement, une « partie » d’un « groupe national » (les Palestiniens Gazaouis), deuxièmement, une intention de destruction de celui-ci (le projet colonial d’installation), et troisièmement, la méthode systématique de la « soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle » (le siège de Gaza).

    Israël « laisse mourir » les Gazaouis. Israël se rend coupable d’un génocide colonial sur les Palestiniens de Gaza.

    Après l’assaut palestinien du 7 octobre, les forces israéliennes ont engagé un bombardement continu de Gaza en représailles, détruisant délibérément des infrastructures et habitations civiles. Quoi de plus normal ? Ce n’est pas contre le Hamas qu’est en guerre Israël, mais bien contre le peuple palestinien en sa qualité d’obstacle à son projet colonial. Ce 9 octobre, Israël a annoncé que le siège sur l’enclave devenait « total ». Le ministre de la Défense israélienne, Yoav Gallant, a commenté : « Pas d’électricité, pas d’eau, pas de gaz. […] Nous combattons des animaux et nous allons donc les traiter comme tels. ».

    L’État colonial israélien exprime ici son intention d’approfondir le « laisser mourir ». Reprenant les poncifs les plus classiques de la rhétorique colonialiste et génocidaire, le colonisé est animalisé, sa menace est dépolitisée et racialisée : le combat est entre deux entités biologiques.

    Ce pour quoi se battent aujourd’hui les Palestiniens, et plus particulièrement les Gazaouis, ce n’est pas seulement leur droit à la liberté nationale — une Palestine libre —, mais bien leur droit à l’existence — la résistance au génocide colonial.

    Unité communiste soutient et défend le front uni de la résistance palestinienne et sa guerre juste contre l’État colonial israélien et son génocide colonial, jusqu’à la libération de la Palestine.

    Nous soutenons et défendons le front uni de la résistance palestinienne, y compris lorsque ce dernier est sous la direction du Hamas. Nous le soutenons et le défendons comme les communistes ont soutenu et défendu le front uni de la résistance chinoise contre le colonialisme du Japon Shōwa, et celui de la résistance algérienne contre le colonialisme français, y compris lorsque ces derniers étaient menés par les nationalistes et anticommunistes respectivement du Kuomintang de Chiang Kai-shek, et du Front de libération national. La stratégie du front uni, pour la plus grande horreur des sociaux-chauvins, est la première des évidences dans les luttes de libération nationale.

    Les Palestiniens et Palestiniennes possèdent un droit inaliénable et inconditionnel à la résistance contre le colonialisme et l’ethno-nationalisme israélien, incarnés par l’État colonial israélien et ses colons.

    Dans cette lutte, faire peser la charge morale sur le dominé, plutôt que sur le dominant, c’est-à-dire sur celui qui est colonisé plutôt que sur celui qui colonise, c’est porter la rhétorique des dominants contre les dominés : aliéner son discours à la réaction. Aussi réactionnaire et antisémite le Hamas est-il, ce n’est pas lui qui colonise et génocide. Pourtant, les discours colonialistes et sociaux-chauvins sont délibérément concentrés sur son action, malgré l’asymétrie et la disproportion des moyens avec l’État colonial d’Israël.

    En tant que communistes, nous ne répondons pas à des expériences de pensée hypothétiques ou à des normes métaphysiques, mais bien à une réalité concrète et actuelle. Aujourd’hui, en Palestine, ce ne sont pas les Israéliens qui sont opprimés. Ce ne sont pas les Israéliens qui sont massivement déplacés et tués depuis 70 ans par une armée coloniale. Ce ne sont pas les Israéliens qui sont parqués dans des ghettos et des camps de réfugiés. Ce ne sont pas les Israéliens qui connaissent un régime d’apartheid sur leur propre sol national. Ce n’est pas Tel-Aviv qui est victime d’un siège génocidaire depuis plus de 15 ans.

    Le 7 octobre n’a pas été la date d’une offensive décisive, certes, mais elle a été celle de l’espoir des colonisés, de Palestine et du monde entier : Gaza ne va pas se « laisser mourir ».

    1 Human rights watch, « A Threshold Crossed, Israeli Authorities and the Crimes of Apartheid and Persecution », à l’adresse :

    https://www.hrw.org/report/2021/04/27/threshold-crossed/israeli-authorities-and-crimes-apartheid-and-persecution

    Human rights watch, « Israel: 50 Years of Occupation Abuses », à l’adresse :

    https://www.hrw.org/news/2017/06/04/israel-50-years-occupation-abuses

    Amnesty International, « Israel’s apartheid against Palestinians: Cruel system of domination and crime against humanity », à l’adresse :

    https://www.amnesty.org/en/documents/mde15/5141/2022/en/

    2 Statista, « The Human Cost Of The Israeli-Palestinian Conflict », à l’adresse :

    https://www.statista.com/chart/16516/israeli-palestinian-casualties-by-in-gaza-and-the-west-bank/

    3 Les voix de l’histoire, « La promesse de l’Est. Christian Ingrao. », à l’adresse :

    https://youtu.be/scmCIps-Gx4

    4 Nations unies, Bureau de la prévention du génocide et de la responsabilité de protéger, « Génocide », à l’adresse :

    https://www.un.org/fr/genocideprevention/genocide.shtml

    5 Nations unies, « La bande de Gaza », à l’adresse :

    https://www.unrwa.org/where-we-work/gaza-strip

    6 Open democracy, « UN’s warning that Gaza will not be a ‘liveable place’ by 2020 has been realised », Stephen McCloskey, à l’adresse :

    https://www.opendemocracy.net/en/north-africa-west-asia/uns-warning-that-gaza-will-not-be-a-liveable-place-by-2020-has-been-realised/

    Nations unies, « Gaza in 2020, a liveable place? », à l’adresse :

    https://www.unrwa.org/userfiles/file/publications/gaza/Gaza%20in%202020.pdf

    Save the children, « Gaza : 1 million children suffering in ‘unlivable’ conditions », à l’adresse :

    https://www.savethechildren.org.uk/news/media-centre/press-releases/gaza-1-million-children-suffering-unlivable-conditions

    7 Le Monde diplomatique, « Israël devient une “ethnocratie” », Charles Enderlin (accès libre, septembre 2018), à l’adresse :

    https://www.monde-diplomatique.fr/59027

  • Samidoun : Palestine, la résistance s’élève vers la révolution, le retour et la libération

    Samidoun : Palestine, la résistance s’élève vers la révolution, le retour et la libération

    Communiqué de Samidoun publié le 7 octobre 2023, à consulter ici : https://samidoun.net/fr/2023/10/palestine-la-resistance-seleve-vers-la-revolution-le-retour-et-la-liberation/

    À l’aube du 7 octobre 2023, la résistance se lève dans toute la Palestine occupée, brisant le siège de Gaza par une offensive globale, confrontant l’occupant par terre et par air, prenant le contrôle des terres palestiniennes, capturant des colons et des soldats de l’occupation et lançant des milliers de missiles alors que les forces de la résistance palestinienne luttent pour faire avancer le retour et la libération de la Palestine.

    La nouvelle opération de résistance, baptisée « Déluge d’Al-Aqsa » par Mohammed Deif, commandant en chef des Brigades Izz el-Din al-Qassam (l’aile militaire du Hamas), intervient à l’occasion du 50e anniversaire de la guerre de 1973, au cours de laquelle l’Égypte a repris le Sinaï occupé par les sionistes, et devrait modifier l’orientation de la lutte en Palestine occupée, en passant de la résistance à la révolution et à la libération.

    L’opération de résistance est une réponse au flot continu de crimes contre le peuple palestinien, au meurtre quotidien de Palestiniens dans les rues de la Cisjordanie de la Palestine occupée, au siège de Gaza, au vol de terres par les colonies, au déni du droit au retour des réfugiés, à l’exil imposé depuis plus de 75 ans, à la torture et aux attaques contre les prisonniers palestiniens, aux invasions continues de la mosquée Al-Aqsa, et aux 75 ans d’occupation sioniste et plus de 100 ans de domination impérialiste et de colonialisme dans l’ensemble de la Palestine occupée.

    Il s’agit également d’obtenir la libération des prisonniers palestiniens, qui font partie intégrante du peuple palestinien et de sa terre. À plusieurs reprises, l’occupation a traîné les pieds pour procéder à un échange de prisonniers avec la résistance, et maintenant la résistance a annoncé qu’elle avait fait un nombre important de prisonniers parmi les soldats et les colons de l’occupation afin de libérer les 5 250 prisonniers palestiniens dans les prisons de l’occupation, y compris les 1 350 emprisonnés sans inculpation ni jugement dans le cadre de la détention administrative, 39 femmes et 170 enfants. La résistance prend de nouvelles mesures pour libérer la terre palestinienne, pour faire face au projet de colonisation et pour libérer les prisonniers.

    L’actualité évolue rapidement, mais il est clair que la résistance palestinienne est déterminée à remettre à zéro le statu quo dans la région et à révéler la réalité, à savoir que le régime sioniste ne peut plus compter sur sa puissance technologique et son armement impérialiste pour imposer sa domination au peuple palestinien. En particulier, à l’occasion du 50e anniversaire de la guerre de 1973, il s’agit d’une réplique décisive à l’ensemble du processus d’Oslo et de normalisation imposé aux peuples palestinien et arabe au cours des 50 dernières années, indiquant une nouvelle voie à suivre avec un objectif clair : la libération, et rien de moins. Elle s’appuie sur la libération du Sud-Liban de l’occupation par la résistance libanaise en 2000, dirigée par le Hezbollah, et sur la défaite de l’invasion sioniste du Liban en 2006, ainsi que sur les batailles héroïques successives menées par la résistance palestinienne dans l’ensemble de la Palestine occupée et en particulier à partir de sa base de terre de résistance à Gaza.

    Dans sa déclaration annonçant l’opération, Deif a déclaré : « À partir d’aujourd’hui, la coordination de la sécurité prend fin. Aujourd’hui, le peuple se réapproprie sa révolution, corrige sa trajectoire et reprend la marche du retour ». Il a appelé tout le monde à participer à la résistance, et en particulier toutes les forces de résistance de la région, au Liban, en Syrie, en Iran et au Yémen, et tous les peuples arabes du Golfe à l’océan, à se joindre à cette bataille, qui est leur bataille pour la liberté, la dignité et la libération, déclarant : « Il est temps pour les forces de la résistance arabe de s’unir. »

    Samidoun se joint au Masar Badil (Mouvement de la Voie Alternative Révolutionnaire Palestinienne) pour appeler « les masses de notre peuple palestinien, les partisans de la résistance en exil et en diaspora, les alliés des forces et mouvements de libération, et les comités de solidarité avec le peuple palestinien partout dans le monde, à exprimer leur soutien à la résistance palestinienne héroïque, à hisser le drapeau de la Palestine et les bannières de la résistance, et à organiser des manifestations et des événements populaires, politiques et médiatiques pour dénoncer les crimes sionistes contre notre peuple en Palestine occupée… L’héroïque résistance palestinienne a ouvert un chapitre de batailles de dignité et de fierté à l’aube du 7 octobre 2023, et elle répond maintenant à des décennies d’agressions sionistes, américaines et européennes continues et répétées contre les masses de notre nation arabe et islamique de l’océan au Golfe, et face aux guerres de famine et de siège que les États-Unis et leurs agents ont conçues contre nos peuples dans la région, en particulier en Syrie, au Liban, au Yémen et en Iran. »

    Alors que la résistance palestinienne affronte les forces d’occupation, il est essentiel que les internationalistes du monde entier s’expriment, se mobilisent et agissent pour confronter le système impérialiste dirigé par les États-Unis, y compris les États de l’UE, la Grande-Bretagne et toutes les puissances complices, afin de mettre fin à leurs crimes permanents contre le peuple palestinien et de défendre la résistance. Ces crimes se reflètent non seulement dans la Déclaration Balfour et les 3,8 milliards de dollars d’aide militaire américaine annuelle au régime d’occupation, mais aussi dans les attaques racistes contre le peuple palestinien en exil et en diaspora dans toute l’Europe, et en particulier en Allemagne, pour avoir parlé et s’être organisé pour assumer leur rôle dans la cause, pour leur retour en Palestine et la libération de leur terre.

    L’impérialisme est le premier ennemi de la cause palestinienne. Il a créé le projet sioniste et l’a armé jusqu’aux dents pour en faire un mécanisme d’attaque contre les peuples arabe et iranien, aux côtés du sionisme, du régime d’occupation « israélien » et des forces arabes réactionnaires et complices.

    Aujourd’hui, la résistance montre clairement qu’en dépit de l’armement et de la brutalité de l’occupant, la promesse de libération est plus proche que jamais.

    De la mer au Jourdain, la Palestine sera libre.

    Nous recommandons de suivre Resistance News Network sur Telegram, https://t.me/PalestineResist pour des mises à jour de dernière minute en anglais.

  • Sur le coup d’état au Niger

    Sur le coup d’état au Niger

    Le 26 juillet dernier a eu lieu un coup d’État au Niger, entraînant une situation géopolitique complexe sur le continent.

    La France dominait l’Afrique au début des années 2000, avec une capacité de modelage du paysage politique, comme avec l’opération licorne en Côte d’Ivoire, mobilisant 4000 militaires entre 2002 et 2005, puis 3000 les années suivantes. C’est pour elle un espace quasiment vital économiquement, possédant plusieurs matières premières (uranium, cobalt…)

    Adopté en 1964 sous la pression du « Groupe de Monrovia », le principe d’intangibilité des frontières a figé les tracés datant de la colonisation. Ce principe devait permettre d’éviter d’innombrables guerres de repartage et de redécoupage. Mais il a aussi figé une géométrie étatique sans tenir compte des peuples, des réseaux économiques, des désirs populaires. Les frontières coloniales avaient été conçues spécifiquement pour éviter la formation de groupes homogènes capables de s’ériger en nation. La perpétuation de ces tracés a favorisé la celle de la domination néocoloniale. Aujourd’hui, nous assistons à l’effondrement de certaines entités, comme le Mali.

    Dans l’ensemble, l’emprise s’est affaiblie avec le développement de guérillas, hélas pour la plupart sous le flambeau réactionnaire djihaddiste, tout en faisant des concessions sur leur programme. AQMI, Al-Qaida au Maghreb Islamique reprend ainsi les revendications nationalistes touareg. Fin 2022 c’est l’opération Barkhane qui s’est terminée, après 8 ans d’opérations militaires au Tchad, Niger, Mali et Burkina Faso ainsi que des bases arrière au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon. Il y a eu une fuite en avant : plus les interventions étaient nombreuses, moins elles étaient acceptées, et plus il y avait de chaos, l’exemple de la Libye restant dans toutes les mémoires.

    Dans les années 1990, les rivalités sont le plus souvent entre anglophones et francophones, culminant avec l’affrontement autour du Rwanda, sinistrement sanglant. D’autres forces contestent le monopole occidental sur l’Afrique (Chine, Russie), en portant une image résolument en rupture avec celle des puissances dominantes « traditionnelles ». La Russie a réussi à s’implanter à la fois par l’aide d’État à État, à la fois par Wagner — parfois en soutenant les deux camps, comme au Soudan et en jouant sur une image neutre. Elle n’a pas hésité à appuyer sur les sentiments antifrançais, parfois simplement en soulignant les méfaits coloniaux, mais en inventant également des crimes.1

    Avec la guerre en Ukraine, le ressentiment envers l’occident s’est accentué : le deux poids deux mesures vis-à-vis du traitement des réfugiés et des moyens pour le développement a attisé les rancœurs. Les aides prévues pour l’Afrique ont été aspirées vers l’Ukraine. Aucun pays d’Afrique n’a pris de sanctions contre la Russie. Beaucoup sont dépendants de ses exportations de blé, et donc exaspérés de voir l’Occident fournir des armes à la résistance ukrainienne. Même pendant le conflit, les Russes continuent de marquer des points.2

    Bien qu’étant une excuse commode pour permettre de détourner l’attention du rejet occidental, Wagner n’est pas la force dominante du coup d’État au Niger, mais est déjà impliqué dans le conflit. La Russie appelle directement à calmer les tensions, promouvant une recherche de solution diplomatique.3

    Les Nigériens n’acceptent plus d’avoir un pays extrêmement riche en sous-sol, mais dont la situation s’est dégradée profondément. Les militaires, menés par le général Abdourahamane Tiani, ont chassé le pouvoir en place, et enfermé le président élu Mohamed Bazoum. Ils ont convaincu une partie de la population avec des discours antifrançais et prorusses. Depuis la situation est bloquée : une intervention de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) serait très mal vue parce qu’ils passeraient pour des supplétifs de l’armée française. Une intervention occidentale semble impossible, malgré les multiples échecs de la France (Mali, Burkina Faso). En réalité les marges de manœuvre sont minces, restreintes à des menaces militaires sans intervention du côté de la CEDEAO, des menaces économiques et diplomatiques de la part de la France.4

    La situation est révélatrice : l’impérialisme français et les impérialismes occidentaux ont de moins en moins les moyens de pouvoir tenir leurs prés carrés. Cependant, le remplacement par un autre impérialisme n’est pas nécessairement un progrès immense, c’est un changement de maître. L’Afrique (et l’Amérique Latine) restent des espaces qui sont maintenus dans un rôle d’extraction des matières premières, et qui sont dans une relation de dépendance avec le reste de l’économie mondiale. L’argent de l’extraction entretient des élites corrompues et inféodées aux impérialistes.

    Il est positif que l’Occident soit chassé d’Afrique, mais la solution ne peut venir que du développement africain. Cela demande un appui non pas à des juntes, mais à des forces politiques communistes, qui peuvent doter l’Afrique et les Africains d’une vraie indépendance. En tant qu’anti-impérialistes, nous devons continuer de lutter contre notre propre impérialisme, mais aussi soutenir activement les organisations en lutte sur place. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles nous sommes dans l’ICOR, avoir un engagement et des liens concrets avec des camarades du monde entier, notamment en Côte d’Ivoire (PCPCI), Congo (ORC), Égypte (RCP), Cameroun (UPC-Manidem), Kenya (CPK), Maroc (MMLPL), Afrique du Sud (CPSA ML), Togo (PCT) et Tunisie (PPDS). Ils sont unanimes à souligner que l’impérialisme occidental, et particulièrement français, sont responsables d’une part immense de la souffrance sahélienne. Les valeurs universalistes occidentales s’arrêtent aux plages de la Côte d’Azur, en dessous, cela reste le règne de la loi coloniale.5

    1 https://www.ege.fr/infoguerre/les-effets-de-linfluence-russe-sur-le-mali-par-rapport-la-cote-divoire

    2 https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-choix-franceinfo/mali-comment-la-russie-souffle-sur-les-braises-du-sentiment-anti-francais_4912069.html

    3 https://www.capital.fr/economie-politique/le-groupe-wagner-nest-pas-responsable-du-coup-detat-au-niger-selon-sebastien-lecornu-1476236

    4 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/08/09/niger-comprendre-la-situation-apres-le-coup-d-etat-en-six-questions_6184961_3212.html

    5 https://www.bfmtv.com/international/afrique/coup-d-etat-au-niger-qu-est-ce-que-la-force-en-attente-dont-la-cedeao-a-annonce-le-deploiement_AN-202308110486.html

    https://www.20minutes.fr/monde/niger/4048859-20230812-coup-etat-niger-cedeao-temporise-tandis-sante-president-mohamed-bazoum-inquiete

  • Nos amis les mélenchonnistes

    Misogynie et opportunisme

    Cette année la France Insoumise fut bouleversée par une affaire récurrente au sein de la gauche : un cadre accusé et condamné pour des violences conjugales. Dès le départ, une frange du parti prit la défense de l’accusé, jusqu’à Mélenchon lui-même. Son soutien n’a jamais faibli, ainsi le 5 juin il déclarait que Quatennens reviendrait dans la course (des présidentielles 2027). Un président qui tape et harcèle sa femme ? C’est donc ce que les réformistes ont de mieux à nous proposer.

    Les réactions à chaud sur cette affaire ont pu montrer un phénomène que nous retrouvons au sein de toute la gauche, même radicale ou extra-parlementaire. C’est l’effet d’entre-soi masculin (ou « groupe de mec »), les organisations, syndicats et partis étant souvent composés d’une majorité d’hommes, qui engendre une misogynie ambiante qui finit par habiter même les femmes de ces structures. Ainsi on s’habitue très vite aux blagues et réflexions misogynes, aux comportements sexistes des hommes, jusqu’à une certaine culture viriliste de la violence (encore plus visible dans les milieux antifascistes). C’est à partir de cette base que les histoires de viols et violences conjugales sont minimisées et sont source de divisions internes brutales. Ici, c’est le soutien collectif à Quatennens de la part d’une partie de la FI, allant même jusqu’au fichage des militants et militantes opposés au retour du député. Quant à Mélenchon, ce n’est pas le seul copain agresseur qu’il défend avec empressement, comme nous avons pu le voir avec l’affaire Coquerel, accusé d’agression et harcèlement sexuel (l’affaire a été classée sans suite mais il l’a défendu dès le dépôt de la plainte, niant la parole de la victime).

    « Nos vies valent plus que vos carrières ». C’est ce que les militantes du collectif Relève féministe ont collé sur le siège LFI. Le collectif fut créé à la suite de plusieurs affaires de violences sexistes et sexuelles (VSS) au sein des différents partis de la NUPES. Malheureusement la mobilisation n’a pas suffi à empêcher le retour de plusieurs cadres accusés et coupables. Ainsi, en les réintégrant c’est toutes ces militantes qui se font piétiner par des hommes carriéristes qui se protègent les uns les autres, avec le silence coupable du reste de la gauche, y compris extra-parlementaire. La raison est simple : les revendications féministes sont jugées comme facultatives, de second ordre. Ce qui est important c’est de continuer à se mobiliser pour (perdre) les élections et (perdre) les luttes contre les réformes néolibérales. On continue donc de nourrir une belle et longue tradition : creuser le fossé entre les féministes et les mouvements de lutte du Travail.

    Les militants les plus naïfs ou les plus opportunistes fantasment Mélenchon, alors qu’il n’est qu’un énième champion social-traître, au même titre que Hollande, Jospin ou Mitterrand, pour ne citer que les plus récents. Ses tweets pseudo-radicaux en réaction aux récentes émeutes des banlieues sont vides de sens politique, et n’ont qu’une visée électoraliste. C’est de la com. Au même titre que ses tweets féministes, ou même ses punchlines animalistes lors de sa campagne de 2017. Il entretient son image de seule alternative face à la montée du fascisme et de l’agressivité des capitalistes. Pourtant, par le passé le réformisme n’a jamais rempli cet objectif, bien au contraire, il cultive ce genre de professionnels de la politique qui ont toujours une bonne excuse pour dérouler le tapis rouge à nos bourreaux. Les balles sucrées de la bourgeoisie restent mortelles.

    Plus grave encore : actuellement ce qui caractérise le plus ce mouvement, c’est son échec. Son échec à remporter les élections, sont échec à lutter contre les réformes de droite, son échec à développer des formes de lutte efficaces contre la radicalisation de la bourgeoisie, son échec à tenir correctement ses propres lignes. Ce dernier point est important. Mélenchon n’a pas juste trahi les féministes, il a aussi trahi les lignes qu’il était censé représenter, afin de protéger les postes de ses proches. Comment certains peuvent-ils encore penser qu’il trahit aujourd’hui, mais que cela serait différent dans l’hypothèse où il serait un jour au pouvoir ? Et ce alors que la bourgeoisie lui imposera une pression impossible à surmonter, comme ce fut le cas pour tous ses prédécesseurs, d’hier et d’aujourd’hui, en France et ailleurs.

    Le soutien de Mélenchon à Quatennens crie que ce n’est pas si grave de taper et harceler sa femme. Le soutien de Mélenchon à Coquerel crie aux victimes de VSS qu’on ne les croira pas si elles dénoncent leurs agresseurs. Le soutien général de la gauche à Mélenchon, autant lorsqu’il est actif que lorsqu’il est passif, crie là aussi ces mêmes choses. Si cette même gauche s’était rangée du côté des féministes de la NUPES, au lieu de faire les paillassons sous prétexte que papy serait notre seul espoir (d’avoir un capitalisme moins méchant pour les Français), il ne se permettrait pas de défendre ses potes. L’opportunisme c’est aussi ça, céder toujours plus de ses principes, s’aplatir, s’interdire de combattre pour quelque chose de grand et choisir une médiocrité plus douce, même lorsque l’Histoire nous montre qu’elle est une impasse. Le réformisme semble être la voie la plus simple dans cette période de faiblesse — temporaire ! — chez les révolutionnaires. Mais le réformisme a toujours échoué à évoluer pour gagner, et continue de s’enliser dans la défaite, de décennie en décennie. Il n’a que l’impuissance à vendre à celles et ceux qui n’osent plus demander plus.

    Ce qui transpire de nos positions, c’est la détestation de la mollesse et du manque d’ambition, celles-ci n’ont rien d’innocentes. Devrions-nous suivre aveuglément la FI parce qu’elle serait notre seul rempart contre la défaite ? Pourtant la défaite est bien là, c’est un invariable lorsqu’on lâche la grandeur pour se contenter de fantaisies soi-disant plus réalistes. Nous reposons notre question initiale : voulez-vous d’un président condamné pour avoir frappé et harcelé sa femme ? Et plus grave : voulez-vous mettre votre énergie dans un projet irréalisable qui ne consiste qu’à tenter d’avoir un capitalisme « moins méchant » pour les Français, uniquement les Français, et qui ne soit que temporaire ? Quel degré de capitulation ou de mélancolie suffit-il pour arriver à se satisfaire de chimère si pitoyable ?

    Au final, nous devons aussi nous regarder nous-mêmes et faire notre propre bilan. Si cette situation est arrivée à ce point critique, c’est que nous, les révolutionnaires et les féministes, n’avons pas réussi à imposer un rapport de force conséquent, ni à proposer un projet satisfaisant capable de concurrencer l’appel des sociaux-traîtres. Pourtant, il n’y a qu’en visant grand que l’humanité pourra construire un monde nouveau — ni plus ni moins que celui nécessaire à notre survie au 21e siècle. Au terme de la compromission, il n’y a jamais une demi-victoire, toujours seulement une totale défaite.

    Temps, patience et discipline joueront cependant en notre faveur, tant que nous n’arrêterons pas de vouloir construire le plus beau et le plus grand pour l’humanité entière, car demander moins que ce minimum est inutile et criminel. Ce n’est pas le chemin le plus simple, ni le plus doux lorsque nous sommes perdus face aux enjeux présents (crises économiques, guerres, réchauffement climatique, écocide, etc.). Mais c’est aussi le seul qui nous mènera à la victoire, la seule et la vraie.

  • Le massacre du Champ de Mars

    Le massacre du Champ de Mars

    Dans un précédent article, nous évoquions l’anniversaire du 14 juillet, date retenue pour la Fête de la Fédération, grande séance d’auto-satisfaction pour la bourgeoisie, affirmant que le pouvoir est son affaire.

    Le 17 juillet est l’anniversaire d’une autre date de la période révolutionnaire, un jour sanglant, où cette bourgeoisie, ces nouveaux notables, ont montré au peuple que leurs armes leur donnaient le pouvoir.

    L’année 1791 voit la contestation se radicaliser. La confiscation de la révolution par une classe bourgeoise qui compte ne diriger que dans l’intérêt des plus riches apparaît de plus en plus comme une évidence. A de nombreuses reprises, Robespierre, alors député de l’Assemblée constituante, montera à la tribune pour dénoncer l’hypocrisie de cette classe dirigeante. Les principes de liberté et d’égalité ont été décrétés. Mais si liberté il y a, pourquoi l’esclavage n’a-t-il pas été aboli ? Une question qui dérange le puissant lobby colonial, dont le numéro un est Lafayette. Si tous les citoyens sont égaux en droits, pourquoi la nation est-elle divisée en citoyens actifs, pouvant voter, et citoyens passifs, ne le pouvant pas ? L’appartenance à l’une ou à l’autre catégorie étant déterminée par le niveau d’impôt qui est payé. Il en va de même pour la Garde nationale, où seuls les citoyens actifs peuvent entrer. Intolérable pour Robespierre qui, dans ses discours, affirme que la Garde nationale doit être la nation entière armée pour défendre les droits de tous ; autrement ils sont les prétoriens de la classe au pouvoir. Une affirmation qui prendra tout son sens le 17 juillet 1791.

    Après le célèbre épisode de la fuite de Louis XVI à Varennes en juin 1791, les dirigeants sont divisés : rétablir le roi, ou lui substituer un régent ? L’Assemblée finira par rétablir Louis XVI, prétendant à un enlèvement par des émigrés, un mensonge auquel personne ne croit.
    La France d’alors voit fleurir les sociétés populaires, et les clubs politiques, de véritables espace de débats, de discussions, beaucoup plus ouverts que les assemblées élues. L’un des plus radicaux s’avère être le club des Cordeliers, qui verra passer de grands noms de la révolution, tel que Jean-Paul Marat. Entre rétablissement ou destitution de Louis XVI, les cordeliers souhaitent proposer à l’ensemble des citoyens de Paris une troisième solution: la fin de la monarchie. Le mot « république » fait alors trembler les constituants. Si, à notre époque, la bourgeoisie exploitante s’est parfaitement accommodée à cette forme de gouvernement, en parler en 1791 revenait à remettre en cause toute l’organisation sociale d’alors.

    Mais les cordeliers n’ont pas d’élus, et les citoyens passifs, très majoritaires, ne peuvent prendre la parole devant l’Assemblée pour exposer leur vision. Alors, un autre moyen sera trouvé, bien pire, aux yeux des nantis, qu’une intervention contestatrice à la tribune. Les cordeliers vont appeler, ce 17 juillet, à un rassemblement sur le Champ de Mars. Tous ceux et toutes celles qui s’y rendront pourront alors signer une pétition exigeant la déchéance du roi, et l’établissement d’une république. Quelle idée répugnante pour les dirigeants de la constituante, qu’une ligne politique puisse être portée et débattue par le peuple, sortant du cadre hermétique de l’Assemblée, où l’on se retrouve entre bonnes gens.

    La réponse ne se fait pas attendre : la loi martiale est votée, et la Garde nationale, commandée par Lafayette, tirera sans sommation sur les Parisiens rassemblés au Champ de Mars. Impossible de savoir combien de personnes ont réellement été tuées, peut être plusieurs centaines, peut être plusieurs milliers.

    C’est de ce massacre qu’émerge finalement la première monarchie constitutionnelle que connait la France, donnant le pouvoir uniquement aux plus riches, et tenant les prolétaires à bonne distance des affaires.

    Une simple pétition a valu au peuple un massacre ; désormais les choses sont claires, le pouvoir ne peut être pris que par les armes. Une leçon chèrement payée, mais mise en pratique un an plus tard, quand le peuple de Paris mettra fin par les armes à la monarchie, prenant la place qui lui était jusque là refusée.

  • Que représente le 14 juillet ?

    Que représente le 14 juillet ?

    Traditionnellement, le 14 juillet est célébré comme l’anniversaire de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. Du temps de la monarchie absolue, le roi pouvait, par simple lettre de cachet, y faire enfermer toute personne, quelle que soit sa classe, sans motif, ni procès. La prise de la Bastille par le peuple de Paris représenterait alors la chute d’un symbole de l’arbitraire royal, face à la colère d’un peuple en lutte, et le point de départ de la marche lente mais assurée vers la démocratie. Mais alors, pourquoi le 14 juillet est-il célébré par des défilés militaires ? Par l’étalage de la puissance armée de l’Etat bourgeois ? Et non pas par des fêtes populaires ? Parce qu’il s’agit là de la réalité, moins avouable, qui se cache derrière le 14 juillet.

    Revenons en arrière. Le 5 mai 1789, les états généraux sont réunis. Cette assemblée des trois ordres, qui n’avait pas été convoquée par le roi depuis 1614, doit créer un nouvel impôt, pour surmonter la grave crise économique que traverse alors le pays. Elle est représentative de la division de la société française d’alors. D’un côté, noblesse et clergé veulent cantonner l’assemblée à son rôle fiscal, et voter l’impôt tout en conservant jalousement leurs privilèges (dont celui de ne pas payer d’impôts). De l’autre, les députés du Tiers-état, représentant 98% de la population (allant du plus riche des bourgeois, au plus humble paysan, et passant par les artisans et les ouvriers), ont une vision plus politique du rôle des états généraux. Remise en question des privilèges, constitution, fin de l’absolutisme, l’Etat tel qu’il existe est contesté. Le Tiers-état estime que les leviers de commandements politiques, jusqu’alors réservés aux nobles, doivent revenir à la classe qui porte l’économie, c’est à dire lui même, ou plutôt, à la bourgeoisie, classe alors la plus révolutionnaire, la plus consciente, et la mieux organisée politiquement (bien que également divisée à ce niveau). Les députés du Tiers-état refusent de siéger séparément des autres ordres, comme le veut l’usage, et s’auto-proclament Assemblée Nationale. Un bras de fer s’engage alors avec le roi et la noblesse, mais ce premier finit par céder, et reconnaît l’Assemblée Nationale. C’est du moins ce qu’il laisse entendre, car dans le même temps, un nouveau gouvernement, ultra-réactionnaire, avec à sa tête le baron de Breteuil, est nommé, et l’armée est stationnée autour de Paris. C’est alors que vont survenir les événements de juillet.

    Pour la bourgeoisie, la manœuvre du roi est une déclaration de guerre. Face à l’armée, à l’aristocratie, et au roi, ceux-ci n’ont qu’une seule arme : le prolétariat parisien, sur-exploité, écrasé par le poids de l’absolutisme. L’augmentation continuelle du prix du pain, et l’indifférence de la classe dirigeante, fait de ce peuple un bélier pouvant charger à tout moment. C’est ce qui arrivera lors des journées des 13 et 14 juillet 1789, où le peuple de Paris, harangué par les discours des bourgeois, s’empare des armes stockées aux Invalides, et foncent sur la Bastille, qui est prise le 14 juillet. Une victoire qui fait reculer le roi. Celui-ci retire ses troupes, et renvoie Breteuil, au profit de Necker, plus modéré. Le 14 juillet 1789 est une victoire populaire…et le problème est là ! Si la bourgeoisie a gagné le bras de fer, elle a pris un énorme risque en armant le peuple. Si celui-ci venait à prendre conscience de toute l’étendue de sa puissance, la révolution pourrait atteindre des extrémités que ni les bourgeois, ni le roi, ne souhaitent. Deux mesures sont alors prises. La première est coûteuse, mais va se révéler efficace. La bourgeoisie va proposer de racheter les fusils pris aux Invalides pour la somme de 20 sols. En rendant un fusil obtenu gratuitement pendant l’insurrection, le prolétaire parisien peut gagner l’équivalent de deux jours de salaire, une aubaine ! Le peuple est ainsi désarmé pacifiquement. Et pour le tenir en place, une milice bourgeoise est créée. Le terme de milice bourgeoise, beaucoup trop connoté, est cependant remplacé par l’appellation plus acceptable de Garde nationale. Celle-ci est commandée par un noble, le marquis de la Fayette, et est ouverte à absolument tout le monde… à condition de payer son uniforme. C’est ainsi les couches les plus aisées de Paris qui forment cette nouvelle Garde nationale, chargée de veiller à ce que la révolution demeure dans le cadre fixé par la bourgeoisie, et ne dérive pas dans le radicalisme que l’on pressent déjà dans le discours de certains, notamment ceux d’un député du Tiers-état, avocat à Aras, un certain Robespierre.

    Un an plus tard, en 1790 le 14 juillet est célébré. Il a été retenu comme date clef, mais ce n’est pas la prise de la Bastille qui est fêtée. Il s’agit de la première fête de la fédération. Au lieu d’une liesse populaire, ce sont 100 000 gardes nationaux armés qui assistent au serment de la Fayette, et du roi, de préserver l’ordre alors en place. Le message envoyé est clair : « nous avons le pouvoir, car nous avons les armes ». Là où la noblesse dirigeait au nom des privilèges, et de la propriété foncière, la bourgeoisie émergeante dirige au nom de la propriété privée, et du capitalisme en pleine expansion.
    Dominant les autres classes composant le Tiers-états, et pensant tenir le peuple en laisse avec sa Garde nationale, ceux qui seront plus tard qualifiés d’accapareurs prendront néanmoins conscience de la force réelle de cette plèbe méprisée, de ce prolétariat exploité, lors d’une brève période, de 1793 à 1794, où la jeune république entreverra l’esquisse d’un pouvoir populaire. L’expérience prendra cependant fin avec le complot thermidorien, et la réaction qui s’en suivra, mais ceci est une autre histoire.

    Aujourd’hui, nous assistons toujours à cette mascarade, à cette fête de la fédération qui ne dit pas son nom. La bourgeoisie française, avec ses défilés, montre au peuple qu’elle a les moyens de se défendre, qu’elle a le pouvoir, car elle a les armes. C’est à nous, forts des enseignements des expériences révolutionnaires passées, de leur rappeler que la Bastille n’a jamais été imprenable.

    Ivan

  • « Jeningrad » de nouveau dévastée

    Ils sont partis après avoir tout détruit. Jénine, vingt ans après la dernière opération israélienne, doit à nouveau panser ses plaies et pleurer ses morts. Le tout pour un résultat nul.

    Jénine est une ville du nord de la Cisjordanie. Elle a été longtemps le bastion des brigades des martyrs d’Al-Aqsa, la branche armée du Fatah. La ville est, depuis 2002, dans le collimateur des forces de sécurité israéliennes, qui la considèrent comme une « pépinière de terroristes ». Tsahal y a mené plusieurs opérations militaires brutales, faisant le siège de la ville (ce qui est considéré comme un crime de guerre en soi), coupant l’accès à l’eau, à la nourriture et à l’électricité. Le camp de réfugiés, cible centrale de l’opération, a été rasé. Elle y a gagné le surnom de « Jeningrad ».

    La ville vit, par la suite, dans les replis de la « barrière de séparation » et échappe aux combats pendant vingt ans.

    En janvier 2023, Tsahal mène un raid tuant 9 personnes dans le camp de réfugiés, suivi d’un second le 6 mars qui en tue 6. Le 19 juin, une nouvelle attaque frappe le camp, causant 6 morts et 91 blessés. Israël empêche l’arrivée des secours, allant jusqu’à percuter une ambulance avec un blindé. Trois jours après, un drone strike tue trois nouvelles personnes. Enfin, le 2 juillet, une attaque de grande envergure est menée, tuant 10 personnes et en blessant plus d’une centaine. Un soldat israélien est tué. Des drones ont frappé le camp, tandis qu’une opération d’infanterie mécanisée a pris le contrôle du camp. L’attaque se traduit par des destructions importantes des installations civiles, de nombreuses familles perdent à nouveau toutes leurs possessions et se retrouvent sans abri et sans ressource.

    Les résultats escomptés, éliminer les combattants de la résistance à la colonisation, est un échec total. Le bataillon de Jénine a discrètement évacué au début de l’attaque, et la population a fait bloc autour de ceux qui sont restés. Pour le journal israélien The Times of Israël, c’est le signe que la stratégie actuelle ne marche pas. Cependant, empêtré dans ses propres contradictions, l’État hébreux est incapable d’en produire une nouvelle.

    La transformation d’Israël

    Israël s’est longtemps auto-perçu comme un État démocratique avancé, inspiré par les intellectuels sionistes de gauche. Cependant, ces tendances se sont systématiquement confrontées à une réalité déplaisante : l’État israélien a été bâti sur l’expulsion des habitants de Palestine. Ces derniers ont interprété l’arrivée massive des Juifs d’Europe — qui fuyaient les persécutions et la mort — comme une colonisation occidentale supplémentaire et ont lutté contre-elle. Ce long affrontement, accentué par la colonisation de la Cisjordanie, a favorisé une nouvelle hégémonie politique, autour de l’extrême-droite. Celle-ci porte une lecture clairement ethno-nationaliste de ce que doit être Israël. Bezalel Smotrich, ministre des Finances, issu du parti Union nationale, nie ainsi l’existence des Palestiniens.

    Cette tendance a été largement dénoncée depuis l’intérieur même de l’État, notamment par des intellectuels comme Zeev Sternhell. Celui-ci déclarait que tant que le colonialisme existera, Israël ne pourra être en paix avec ses voisins. Tant qu’il ne pourra pas être en paix, il existera la tentation politique de la solution hobbesienne : un État a-démocratique, militarisé. La réforme de la justice, qui a fait battre le pavé à plus d’un habitant sur 10, illustre ce glissement. Benyamin Netanyahou joue son va-tout : accusé de corruption, soit il se maintient en poste, soit il connaît la prise. Il appuie encore davantage les tendances les plus réactionnaires et les plus racistes du pays pour faire bloc.

    Netanyahou a annoncé un nouveau programme de construction de colonies, tandis que ses alliés veulent purement et simplement annexer la Cisjordanie et en expulser la population. En continuant cette politique d’ingénierie ethnique de la région, Israël ne fait pourtant que rendre impossible tout processus de paix.

    De l’avant-garde à Sparte

    La situation d’Israël et son attitude envers ses voisins ne peut que susciter l’inquiétude, la méfiance et la colère. L’État avait engrangé un certain nombre de succès diplomatiques au travers des Accords d’Abraham. Donald Trump avait réussi à normaliser les relations entre l’État hébreux, les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn, puis avec le Soudan et le Maroc. MBS, prince héritier des Saoud, avait également réalisé des ouvertures. Mais depuis, le vent tourne. Les populations des états signataires ont montré leur attachement à la cause palestinienne durant la coupe du monde et leurs gouvernements se méfient de la trajectoire israélienne. De plus, la réconciliation entre l’Iran et l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine, a changé la géométrie des relations entre Israël et son environnement géopolitique. Le côté fort du triangle, qui était à l’origine le consensus avec les Saoud sur l’Iran s’effrite rapidement.

    Obligé de revoir sa position, le pays s’est rapproché de la Russie, à tel point que l’Ukraine lui a fait des reproches publics sur ses ventes de matériels. Cette attitude rompt avec plus d’un demi-siècle d’alignement total sur l’Occident. Israël se sent dépassé par les changements et est pris dans la vague de désoccidentalisation du monde. La confortable place de bastion de l’Occident et de la démocratie libérale se transforme en kessel, en encerclement. Cette place fait naître une mentalité de camp retranché.

    L’avenir de la Palestine paraît bien sinistre

    L’Autorité Palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas, est en perte de légitimité. Elle est perçue comme un médiateur chargé de faire accepter l’écrasement de la Palestine, et nullement comme une force politique crédible. Elle est d’autant plus fragile que l’annulation des élections a suscité la colère des Palestiniens et Palestiniennes. Anticipant une victoire du Hamas, il a choisi de botter en touche. Si cela lui a permis de se maintenir en poste, son attitude a consacré la séparation politique entre Cisjordanie et Gaza, désormais gouvernées par des entités politiques distinctes. La constitution d’un État Palestinien paraît plus éloignée que jamais. Or, la solution à un seul État se heurte à la domination écrasante des thèses ethno-nationalistes en Israël : un seul État serait un apartheid total.

    Cette délégitimation joue un rôle dans les actions menées par des Palestiniens contre l’occupant : ce ne sont plus des actions politiques organisées et structurées, mais des actes individuels de désespoir. L’intifada des couteaux et, récemment, l’attaque à la voiture bélier ne sont pas des actions militantes traditionnelle. Les Palestiniens qui les réalisent sont souvent des jeunes loin de toute structuration politique, ce qui complique énormément la tâche des services de renseignement — et nourrit un climat de siège. Israël blâme l’Autorité Palestinienne, oubliant qu’elle a tout fait pour la vider de son sens et de son contenu.

    La Palestine, cause dont l’influence en Europe n’a eu de cesse de diminuer au profit de la Syrie, des Ouïghours et de l’Ukraine, continue de mourir à petit feu. L’archipel Palestinien se fragmente toujours davantage, tandis qu’Israël se dépouille de ses apparences démocratiques.