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  • Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie III  : la faiblesse politique.

    Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie III : la faiblesse politique.

    Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie III : la faiblesse politique.

    Contrairement à d’autres travaux en plusieurs parties, nous ne publions pas immédiatement la brochure correspondante. En effet, à la lecture de certains commentaires produits par nos lecteurs, nous considérons que des corrections sont à apporter sur la première partie, ainsi que des éclaircissements. Ceux-ci concernent principalement la question du PCF après la Libération, et son choix de la collaboration de classe ; mais également une explication de notre position sur l’URSS d’après le XXème congrès du PC(b)US.

    Il existe, au sein du mouvement contre la Loi Travail, un facteur limitatif qui est inhérent à sa nature même. Le désespoir qui se rencontre chez celles et ceux qui luttent contre cette loi est logique. Comment croire à une victoire lorsque la situation se présente sous cette forme. La bourgeoisie ne reculera pas car cette lutte lui apparaît vitale. Elle déploie tout ce qui fait sa force, à savoir tant la brutalité et la brusquerie que le simple fait qu’elle dispose de reins d’une solidité  sous-estimée.

    Même si elle était utilisée à plein rendement, l’action des syndicats ne suffirait pas. L’attaque de la part de la bourgeoisie va au-delà d’une offensive pour baisser les salaires, d’une offensive sur les conditions de travail. L’action de la bourgeoisie frappe tous les compartiments de la vie des classes populaires, depuis le travail jusqu’à l’accès à l’éducation et à la culture, en passant par les droits démocratiques.

    Imaginons une grève massive et suivie : combien de temps tiendrait-elle avant que les ressources des travailleurs, avant que la démoralisation, avant que l’individualisme prenne le dessus ? Difficile à dire. Mais il n’est pas difficile de dire que la bourgeoisie, qui vient de passer 60 ans a tolérer des concessions temporaires issues du CNR, serait capable d’encaisser le choc et de tenir le temps que les choses se tassent.

    Après tout, le jeu en vaut pleinement la chandelle.

    De fait, l’action syndicale  touche ses limites.

    L’une des raisons de la faiblesse de l’action syndicale est qu’elle n’est pas reliée à une action politique.

    L’action syndicale ne suffit pas. C’est pour cela que l’action politique existe. Le syndicalisme possède des limites du fait de sa nature même. A l’exception de ceux et celles qui sont restés bloqués dans une conception du XIXe siècle, dans laquelle le syndicalisme en tant que tel pouvait apporter l’émancipation à l’humanité, la plupart des acteurs politiques anti-capitalistes sont unanimes pour reconnaître que l’action politique prime.

    Le syndicalisme seul opte pour une vision de la bataille centrale entre exploiteur et exploités au travers de la grève générale. Celle-ci, comme une ultime charge, doit faire tomber les patrons et remettre entre les mains des travailleurs leurs outils de production.

    D’autre part car le syndicalisme seul, tout comme l’autogestion seule, ne remettent fondamentalement pas en cause l’économie de marché et le capitalisme. Le fait d’être une usine autogérée ne prémunit nullement des questions de rentabilité, d’exploitation, de salaire et de concurrence. Non pas par égoïsme de la part des acteurs de la base, mais bien parce que l’expression de leur intérêt personnel est d’accroître leur niveau de vie, d’améliorer leur situation. Bel et bien parce que leur vue demeure « en dessous de l’horizon. »

    Mais dans le domaine de l’action politique, la force politique hégémonique, cent ans après 1917, demeure issue des organisations réformistes. L’électoralisme, le respect des institutions, des cadres définis par la bourgeoisie, de son jeu, de ses règles.

    Pourtant, dans leur fort intérieur, et l’immensité de l’abstention l’indique, les masses populaires sont conscientes de ce jeu de dupes. Elles sont conscientes que les politiciens et les politiciennes qui se battent pour gagner l’Elysée ou un siège à l’Assemblée sont mues par l’opportunisme le plus bas et le plus crasse. Les naïfs -il en existe toujours- ne trouvent guère de chemin vers le sommet de ces organisations pyramidales, lesquelles ne sont que le règne de la coterie, de la corruption, du copinage.

    Tous les petits scandales concernant les députés dits « radicaux », tous les à-côtés, tous les petits privilèges illustrent leur caractère fondamentalement petit-bourgeois.

    Et lorsque ils et elles, ces tribuns de la plèbe modernes, sont élus, ils et elles ne font rien. D’une part car le jeu est truqué. De l’autre car les balles sucrées de la bourgeoisie tuent autant que les vraies, quant il s’agit de s’intéresser aux volontés de changement.

    La social-démocratie, qui ne se limite pas au Parti Socialiste, mais embrasse le PCF comme la France Insoumise, avec leurs spécificités, à quoi se réduit-elle, finalement ?

    Un échec. Un échec qui, du fait de son caractère hégémonique, frappe durement, durablement le moral des masses populaires. Un échec qui explique cette démoralisation. Les jeux vicieux des forces politiques opportunistes n’y sont pas non plus étrangers. Dans un article récent, nous fustigions le jeu en solo de Mélenchon, le fait qu’il ait opté pour une ligne liquidatrice, dangereuse, dont le but était d’émerger comme le centre de la contestation, quelqu’en soit le prix. Ce type de jeu dangereux, pour occuper la place du PS et du PCF, pour occuper ses places fortes, comme une transposition des luttes féodales à l’heure actuelle, se paie par des défaites. Se paie par des divisions, par des affaiblissements, par des brèches profondes et qui courent le risque de s’infecter. Les carriéristes ne s’en inquiètent pas outre mesure, ont-ils déjà eu à faire au code du travail ?

    De l’autre côté de l’échiquier, une autre déviation se développe, une déviation nourrie par le gauchisme. Sans être aussi dangereuses que la première, elle n’en fait pas moins fausse route, tandis que grandit le risque de fractures nourries par le sectarisme.

    Radicalité cosmétique ou réformisme, au final, sans stratégie, amènent au même résultat. La tactique de confrontation avec la police, tout comme de menus dégâts causés aux banques et aux symboles du capitalisme, ne peut, en soi, amener à une victoire.

    Supposons un débordement complet des forces de police durant une manifestation. Supposons un champ libre pour les manifestants, comme le désirent les aficionados de la manifestation sauvage. Supposons que l’ensemble des objectifs que se fixent les autoproclamés radicaux soit atteints.

    Même en supposant tout cela, rien n’est gagné pour autant. Des débordements, des émeutes, des insurrections même, l’Histoire en a connu des centaines. Mais cette théorie qui stipule que toute manifestation porte en elle les germes du Grand Soir est illusoire.

    D’une part du fait que, spontanément, les individus se tournent vers le réformisme. Détruire un système politique et un système d’organisation de la société implique une mobilisation forte, qui ne vise pas à remplacer simplement les têtes.

    Dans ce sens, le mythe du « bon maître », ou du « gouvernement ouvrier » allant « du PS au NPA » défendu par les trotskistes, a la vie dure. Il correspond in fine, au fait de remettre au centre du jeu les organisations sociale-démocrates, à leur donner les coudées franches.

    De fait, la solution politique, le cadre qui sous-tend chacune des luttes, est la question de l’accaparation du pouvoir par la bourgeoisie, par le fait de l’existence du système d’oppression et de domination issu du capitalisme, issu de l’impérialisme, au service des intérêts d’une classe : la bourgeoisie.

    Cela, les anarchistes le comprennent, cela les autonomes le comprennent. Là où réside le vide, la faille, c’est dans la stratégie qui permet d’avancer.

    La stratégie qui permet de répondre tant à la question de la Loi Travail, mais également aux questions relatives à tout ce qui touche à l’exploitation capitaliste et impérialiste ne peut sortir de nulle part. Elle ne peut pas naître de manière spontanée. Elle est fille d’une idéologie capable d’analyser la société, capable d’analyser le fonctionnement de l’économie et de la société. Elle ne peut pas non plus s’appliquer en tombant des airs, elle nécessite des relais, qui sont les organisations révolutionnaires communistes. Or, ces organisations capable de jouer ce rôle n’existent pas à l’heure actuelle.

    Ce vide est le fruit de la pression de la bourgeoisie, certes, mais également d’erreurs de la par des organisations communistes.

    Il serait aisé de jeter la pierre sans faire un acte d’autocritique sur les faillites propres à notre mouvement et -même- à notre organisation. L’amateurisme, l’impréparation, la vulnérabilité au flux et au reflux, tout autant de travers petit-bourgeois, ne nous épargnent pas. La présomption, elle même, ainsi que les jugements à l’emporte pièce, nous touchent. Comme, nous l’espérons, d’autres, nous essayons d’avancer dans le but de les résoudre. Comme d’autres, nous l’espérons, nous essayons de le faire avec bonne foi, avec des erreurs -parfois terribles, peut-être- mais dans le but de nous corriger et d’avancer.

    C’est le fait que nous pensons sincèrement que cette position n’est pas que la notre, mais qu’elle est celle de la plupart des organisations communistes de l’Etat français, qui nous pousse à avancer sur le chemin de l’unité.

    Car les forces révolutionnaires sont particulièrement faibles, actuellement. Elles sont non seulement faibles mais dispersées. Elles sont non seulement dispersées, mais parfois même hostiles les unes aux autres. Pourtant elles sont les seules à pouvoir apporter une solution positive à cette lutte, en la replaçant dans son cadre véritable : une des batailles de la lutte des classes. Une des batailles dans une stratégie de construction et de mise en œuvre de l’outil qui nous manque : le Parti Communiste.

    In fine, la quadrature de cercle se trouve réduite à cette équation : soit la bataille pour la loi travail est vue comme une guerre en soi, dans quel cas la défaite est assurée, soit elle est vue comme une bataille dans laquelle les organisations politiques communistes doivent être capable de développer des mots d’ordres, d’intégrer les parties les plus avancées des masses populaires, de grandir en influence, en efficacité, en structuration. Dans ce cas uniquement, une défaite syndicale peut se muer en victoire politique.

    Nous sommes une année symbolique. Cent ans après la révolution bolchevique, laquelle à vu s’imposer comme une force dirigeante un Parti qui n’était pourtant considéré, huit mois avant, que comme un petit groupe, voir, pour ses détracteurs, comme une secte, voir, pour ses détracteurs, comme une secte.

    Nous devons nous inspirer du travail du Parti Bolchevik, en particulier quant à la question de l’unification, quant à la question de la construction de l’outil révolutionnaire.

    Nous sommes dans une année symbolique, à nous d’en faire une année charnière.

    A nous, communistes, de surmonter les obstacles qui nous séparent de la création de cette organisation. De surmonter les différents, de poser les questions justes, et de savoir déterminer lesquelles sont des préalables à l’organisation et lesquelles se traitent au sein d’une seule organisation.

    Au final, les difficultés que nous rencontrons proviennent toutes de là.

    A nous, communistes, de parler d’une voix unique, lorsque l’heure du combat vient. La solution à la lutte, aux luttes qui se mènent ne surgira pas ex-nihilo, elle doit être bâtie.

    A nous de relever le drapeau de la révolution prolétarienne.

    A nous de faire renaître l’espoir de 1917.

  • Communiqué : Catalogne, l’indépendance ?

    Communiqué : Catalogne, l’indépendance ?

    Communiqué de l’Unité Communiste de Lyon concernant la déclaration d’indépendance de la Catalogne.

    La Catalogne sur la voie de l’indépendance ?

    Le 27 octobre 2017, le gouvernement de la Catalogne, dans un acte solennel, a proclamé la naissance de la République de Catalogne. L’Unité Communiste de Lyon soutient cette initiative.

    Dans le même temps, le gouvernement de Madrid, quant à lui, a confirmé l’emploi de l’article 155, destituant les représentants légaux de la Generalitat, supprimant tous les aspects de l’autonomie et prenant de le contrôle des médias.

    Alors que les dirigeants des mossos, ces policiers Catalans, séjournent en prison sous l’inculpation de sédition, le parquet de l’Etat espagnol semble désormais désirer s’en prendre aux députés ayant voté en faveur de la résolution déposée par les indépendantistes.

    L’indépendance est déclarée, mais demeure virtuelle. 

    Dans l’état actuel des choses, l’indépendance demeure une décision sur le papier. Pour devenir concrète, il lui reste bien des étapes à franchir. Un pouvoir effectif à Barcelone doit disposer de l’obéissance des fonctionnaires, ainsi que de la reconnaissance de la population.

    Dans les faits, la situation s’apparente à un double-pouvoir. Un double-pouvoir autour duquel se trame une partie de poker aux enjeux chaque fois plus élevés. Le référendum fut, pour Madrid, une provocation, à laquelle la couronne répondit par la violence. La violence engendra un mouvement de sympathie et de solidarité, tant au sein de la Catalogne que dans l’Etat espagnol, voir dans le reste du monde. Au final, Madrid donna un appui plus solide à la revendication de l’indépendance, en montrant que la discussion ou la négociation serait impossible. La déclaration de Puidgemont, du 10 octobre, bien que extrêmement modérée, entraîna la menace de l’article 155. Soit la Catalogne renonçait, soit elle bondissait dans l’inconnu. Au final, c’est cette menace qui précipite la rupture, aujourd’hui.

    La Catalogne et l’Etat espagnol font dont un saut en avant l’une et l’autre.

    La mobilisation d’une grande partie des habitants peut-elle permettre l’indépendance concrète ? Madrid usera-t-elle de la violence pour reprendre le contrôle ? Ces questions restent en suspens.

    L’Etat espagnol, pour le moment, menace avec vigueur la direction de la Catalogne de peines de prison extrêmement lourdes. Elle ne semble pas vouloir reculer devant quoique ce soit pour reprendre le contrôle de la Generalitat, tout en affirmant que des élections seront tenues dans les six mois. Elle nourrit les indécis de promesses empoisonnées. L’Union Européenne refuse d’accorder le moindre crédit à la Catalogne et soutient le gouvernement de Rajoy. Manuel Valls, l’apprenti-fasciste, en profite pour s’engouffrer dans cette brèche et pour déverser ses appels à l’écrasement de la Catalogne.

    L’Unité Communiste de Lyon affirme son soutien à celles et ceux qui défient l’Etat espagnol. N’oublions pas la nature de celui-ci.

    N’oublions pas que cet Etat s’apparente plus à une monarchie absolue, bâtie sur le Franquisme, maquillée en démocratie bourgeoise, mais toujours prête à reprendre du service. Les dispositions juridiques et constitutionnelles les permettent.

    N’oublions pas que cet Etat traque, réprime les organisations indépendantistes, notamment celles du pays Basque. L’Etat espagnol ne se prive pas d’étendre sa répression, par le Mandat d’Arrêt Européen, frappant notamment l’organisation de jeunesse SEGI, la militante Aurore Martin, ou, plus récemment, des militants Basques réfugiés à Berlin.

     Que cet Etat ne se prive pas de faire disparaitre, d’assassiner, des militantes et des militants de la question Basque, tel Jon Anza.

    Que cet Etat utilise la torture de manière quasiment systématique contre les militants et militantes politiques.

    Et soudain, cet Etat serait un havre pour la lutte des classes, pour la classe ouvrière, faisant de la question catalane une trahison.

    Ce qui affaiblit le pouvoir de la couronne d’Espagne est positif pour la classe ouvrière catalane, castillane, asturienne ou basque. Ce qui sape son autorité est positif. Ce qui mobilise les masses, les dote de la possibilité de se saisir de l’exercice réel et concret du pouvoir est positif.

    La lutte des catalans et de la classe ouvrière de Catalogne n’est pas séparée de la lutte du prolétariat de la péninsule. Elle ne va pas contre elle.

    Aujourd’hui, c’est la population catalane, c’est la mobilisation de masse qui apportera une réponse finale à la question de l’indépendance. C’est elle, ainsi que ses organisations progressistes et révolutionnaires, qui sera en mesure de pouvoir libérer réellement sa population de l’emprise du pouvoir parasite de Madrid, mais également des rapaces et des bourgeois inconstants de Barcelone.

    Vive la lutte de la Catalogne ! A bas la monarchie de Madrid !

  • Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie II  : le déficit syndical

    Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie II : le déficit syndical

    Le déficit syndical.

    Partie II

    La syndicalisation, au sein de l’Etat français, est une courbe en cloche. En constante augmentation au cours de la première moitié du XXe siècle, elle s’effondre peu à peu. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : En 1949, environ 42% des travailleurs et des travailleuses sont syndiquées. En 1958, le taux descend déjà à 24%. Les années 70 voient apparaître une certaine embellie : 27/28%, puis, à partir des années 80, c’est la lente descente en enfer. 1988 : 15% ; 1997: 10%. Aujourd’hui, selon les sources et les méthodes de calcul, le taux de syndicalisation serait entre 8 et 12%. Or, le taux de syndicalisation et la force des grèves peut se corréler : le nombre de journées individuelles non travaillées descend au même rythme que le nombre de syndiqués.

    Les causes sont multiples. Une certaine déception vis-à-vis de la CGT, un sentiment de trahison par la CFDT. Des attaques idéologiques, des pressions, des menaces envers les syndicalistes, envers les syndiqués… Le fait également que le syndicalisme ouvrier est touché par la liquidation d’une partie de l’industrie, par la fragmentation des usines, par les délocalisations et les sous-traitances. Les mobilisations coûtent cher, également, et avec la baisse des salaires réels, il est difficile, sans solidarité, sans appui, sans garantie de succès, d’exiger de la part de travailleurs de perdre une partie de leur salaire pour des promesses.

    Le fait également que la CGT, suivant la trajectoire d’une PCF qui se fourvoie, se perd, s’étouffe, s’étrangle, tandis qu’en son sein, des professionnels, des carriéristes se hissent vers des fonctions importantes, se taillent leur royaume personnel.

    Les raisons sont multiples, mais les conséquences sont dramatiques. Des syndicats plus faibles, cela entraîne une phénomène d’auto-intoxication. La faiblesse limite la possibilité d’exercer un travail efficace, d’être protecteur, d’être offensif. Cette crise de confiance fait que les positions modérées, de droite, sont renforcées et jouent la carte de la compromission avec le patronat. Il en ressort que le cycle se répète. Comment appeler à autre chose que des journées d’action perlées, qui démoralisent, qui affaiblissent, lorsque le sentiment général, dans les Etat-major des syndicats, est que personne ne suivra ?

    La CGT, à l’heure actuelle, est dans ce cas de figure. Elle est paralysée, d’une part, par la montée d’une couche carriériste en son sein. Elle est victime de ses contradictions internes. Une sourde lutte, mais néanmoins particulièrement acérée, s’est faite entre les Unions Locales et les Fédérations. Les une représentant la réalité concrète de la lutte des classes dans un secteur donné, les autres étant victimes d’une force d’organisation corporatiste, privilégiant la parole de l’aristocratie ouvrière, des syndicalistes de carrière, des droitiers.

    Dans le cadre du reflux du mouvement ouvrier, ces fédérations ont, relativement, gagné en poids, tout comme les positions qu’elles défendent. Le manque de confiance que peut avoir la CGT en ses propres forces fait, sur lequel surfe la ligne trade-unioniste des fédérations, est une des raisons qui fait que le syndicat peine à se mettre en branle. Quant aux autres organisations syndicales, elles semblent dans l’expectative. FO a joué sur les deux tableaux, sa direction se compromettant, tandis que sa base s’est mobilisée. Solidaire demeure en retrait, dans une lutte de concurrence contre la CGT. Dans ce cas de figure, malgré son apparence de syndicat « gauchiste », Solidaire apparaît comme jouant la carte de la modération. Quant à la CFDT, elle déchante de son expérience du « dialogue » avec le gouvernement, mais demeure extérieure à la mobilisation.

    La solidarité entre les différentes branches professionnelles est aussi critiquable. Il n’existe pas de mot d’ordre commun aux manifestations des fonctionnaires et du privé. Les deux ont mobilisé leurs forces et les ont faites défiler, mais séparément. Une manière de ne pas prendre en compte la gravité de la situation.

    Les outils comme Front Social, qui tentent de pouvoir suppléer à ce manque de confiance, sont souvent traités en persona non grata. Il existe une méfiance importante à leur encontre, méfiance nourrie par certaines thèses plus ou moins fausses.

    La croyance, entretenue par le PCF, que ces assemblées sont dirigées par la France Insoumise, que ce sont des instruments de liquidation du syndicalisme, que ce sont des groupes noyautés par des organisations politiques vicieuses… les rumeurs sont légion. Pourtant, la tâche de Front Social n’est pas contradictoire avec le rôle des syndicats. Elle est même complémentaire.

    Elle permet de mobiliser dans un rythme qui est le sien, de créer un climat de mobilisation, de jouer un rôle coordinateur et, qui sait ?, peut-être directeur dans la lutte. Elle joue un rôle essentiel pour que la mobilisation ne soit pas intoxiquée, écrasée. Elle est un outil qui manque cruellement.

    Nombreux, nombreuses sont celles et ceux qui ont en tête des souvenirs de mobilisations massives et constantes. Le CPE, en 2006, reste la référence du type. Mais de nombreux facteurs font que la situation n’est pas comparable.

    La situation morale n’était pas la même. Aujourd’hui, le sentiment général est empreint de fatalisme, est miné par plus de dix ans de défaites successives. L’entrain, la combativité, semble être au plus bas. Si des facteurs contingents entrent en ligne de compte, aussi triviaux que la météo, d’autres existent.

    Qu’on le veuille ou non, la social-démocratie avait mobilisé ses forces à outrance. Elle avait été, de facto, l’élément dirigeant de cette lutte. UNL / FIDL / UNEF et d’autres relais avaient pignon sur rue. Son but final: gagner les élections. Aujourd’hui, cette social-démocratie a les dents usées, est décrédibilisée et n’est que peu tolérée dans les rangs des manifestations. Cela ne signifie pas qu’elle soit morte, car cet espace politique devient désormais l’apanage de nouvelles forces, comme la France Insoumise.

    Mais surtout, le climat n’était pas le même. Aujourd’hui, le sentiment général est que, en dehors des journées de mobilisation, globalement, il ne se passe rien.

    Si le corps de bataille demeure la classe ouvrière, demeure les travailleurs, ceux qui peuvent causer un réel dégât aux revenus de la bourgeoisie, d’autres force jouent un rôle. La jeunesse, notamment, est particulièrement absente de cette mobilisation. La jeunesse est ce qui a créé un climat de mobilisation, d’agitation, un climat de combat, un climat de solidarité, également.

    Lycées et universités n’ont pas connu de perturbation autres que superficielles. Aujourd’hui, plus d’un mois après la première date de mobilisation de grande ampleur, aucune des universités de l’Etat français n’est en grève.

    La aussi, le syndicalisme de lutte a connu une terrible hémorragie. Celle-ci est due à plusieurs aspects concomitants : Une responsabilité des organisations politiques, un changement générationnel et un échec à transmettre l’expérience.

    Les organisations politiques ont une responsabilité écrasante. Si certains, certaines s’y sont investies avec sincérité, si des organisations ont lutté pour faire des syndicats étudiants de lutte des fronts efficaces, l’inverse est aussi vrai. Nombreuses sont celles qui ont agit avec opportunisme autour de cette question du syndicalisme étudiant de lutte.

    Les uns en ne prenant aucune part au syndicalisme étudiant, en en restant en retrait, sous divers arguments. L’un des plus frappants est basé sur une analyse ouvriériste, laquelle, dans un contexte étudiant, ne manque pas de sel. Cette manière quelque peu dissonante de vomir les étudiants « petit-bourgeois », tout en en faisant partie est quelque peu cocasse, mais elle est malheureusement révélatrice d’une visions idéologique déformée et tronquée, basée sur le folklore et le paraître.

    D’autres en attaquant même ce syndicalisme, sous des prétextes antiautoritaires. Affaiblissant, par là même, toute possibilité de lutte. Celle-ci est l’apanage d’une ultragauche liquidatrice, laquelle, par son radicalisme de façade, se marie particulièrement bien avec certaines marges de la petite bourgeoisie.

    D’autres encore en utilisant les organisations syndicales comme des marchepieds de leur organisation, en les considérant uniquement comme cela. En les utilisant au mépris de la démocratie interne, au mépris de la nécessité d’un front syndical, pour les laisser exsangues et épuisées. Tel est ce qui est arrivé à Solidaire Etudiant – SESL – durant ces dernières années, où une véritable guerre interne s’est livrée entre une faction liquidatrice et une faction syndicaliste.

    Bon nombre de membres d’organisations bourgeoises, dont le Parti de Gauche, se sont servi sans ménagement du syndicalisme étudiant comme faire valoir ou comme marchepied. A la mairie de Grenoble, l’adjoint au maire est ainsi un ancien membre de la FSE Lyon, laquelle est devenue par la suite membre de solidaire. Ces opportunistes se sont servi du travail des unes, des uns, et des autres pour progresser dans l’appareil de leur organisation et devenir ainsi des professionnels de la politique.

    Le résultat parle de lui-même aujourd’hui, avec des forces qui semblent, malheureusement, bien épuisées.

    De fait, l’opportunisme a joué en plein son rôle. Les « ténors » ont conservé le monopole de la maîtrise des ordres du jour des mobilisations. Quittant les universités, ils et elles ont laissé un désert. D’autant que l’expérience de celles et ceux qui avaient dirigé plusieurs mouvements, qui avaient fait tout le travail invisible de mobilisation, s’est perdue.

    Liquidé, le syndicalisme étudiant de lutte est revenu quinze ans en arrière.

    Dans le vide créé, les cortèges de tête sont nés. Dans un sens, ils sont le corps informel qui unit, pour le moment, la jeunesse radicale, un certains nombre d’organisations politique et antifascistes, et, de manière sans cesse croissante, un certain nombre de syndiqués.

    Les cortèges de tête représentent l’émergence d’une nouvelle composante dans les manifestations. Ce cortège possède une double nature. Il rassemble à ceux et celles qui se veulent incarner la radicalité politique, mais également ceux et celles qui se veulent incarner la radicalité de l’action.

    Ce cortèges sont issus de l’influence du mouvement autonome, lequel a rengainé, en partie, son discours sectaire pour s’orienter vers une politique d’unité « K-ways et chasubles » avec les syndicats. Ce fléchissement est une manifestation d’une realpolitik à laquelle les autonomes se conforment. Malgré leur fond anti-organisation, bon nombre se sont rendus compte de leur incapacité à pouvoir mobiliser, de leur besoin de l’existence d’autres forces politiques et syndicales. Certains ont avancé politiquement, ont réellement progressé dans leur analyse de la situation. D’autres, en revanche, sont plus opportunistes.

    Le but d’une partie de ces autonomes est d’avoir des cortèges qui les protègent lorsqu’ils font leurs actions. Seuls, ils seraient écrasés par la police et la bac. In fine, ne pouvant avancer sur leurs forces propres, du fait de leur sectarisme, ils finissent par vivre au dépend de ceux auxquels ils sont hostiles. Cela donne parfois, ironiquement, un discours presque droitier, prêt à toutes les concessions pour obtenir de la masse dans les manifestations, dans le but de pouvoir poursuivre leur mode d’action.

    Mais là, nous commençons à toucher du doigt un des problèmes fondamentaux de notre situation politique : la question de la victoire promise. Car, dans la mobilisation, le but fondamental est la victoire. Or, quelle victoire peut être obtenue ?

  • Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie I  : l’état de la bourgeoisie.

    Les difficultés de la lutte contre la Loi Travail – Partie I : l’état de la bourgeoisie.

    Les difficultés de la mobilisation contre la Loi Travail.

    -PARTIE 1-

    L’état de la bourgeoisie.

    Le zénith de la mobilisation serait-il déjà passé ?

    Une terrible et sourde inquiétude traverse les rangs des mobilisés contre la Loi Travail. La quatrième journée de mobilisation, le 19 octobre, s’est retrouvée marquée par une décrue importante. Des effectifs divisés par quatre comparativement à la journée du 12 septembre.

    La menace n’en est pourtant pas moindre. Plus la Loi apparait en détail, plus ses conséquences se dévoient comme  funestes pour les travailleurs, pour les travailleuses, pour les précaires et les privés d’emplois.

    Chaque jour apporte son lot de nouveaux immondices, cadeaux pour les riches, coups de poignards pour les masses populaires. Avec un cynisme éhonté, les dirigeants de l’Etat, les porte-lances de la bourgeoisie, sabrent dans les conquêtes sociales, sabrent dans la protection, sabrent dans les salaires directs ou indirects.

    Suppression du code du travail, suppression des CHSTC, suppression de l’ISF… Tout est fait pour plaire à ses commanditaires. Les masses, elles, doivent se considérer heureuses : elles sont « protégées » par un Etat d’urgence permanent, par une chape de plomb. Elles sont « protégées » par une police qui est nantie du droit de tuer, le tout avec l’assentiment des ex-gauchistes du type de Cohn-Bendit.

    La réaction, viscérale, est la colère, la rage, l’indignation face à la dévastation qui s’annonce.

    L’application de ces lois se traduira par la misère, par la pauvreté, par la précarité, par la baisse de l’espérance de vie. En somme cette loi est l’incarnation même de la tendance à la paupérisation relative et absolue. Les classes populaires s’appauvrissent sans cesse, tandis qu’elle produisent l’intégralité des richesses de la société. De l’autre, une poignée de vampires en captent les bénéfices.

    Nous sommes en face d’un gouffre. Et pourtant les rangs des manifestations se clairsement. Pourtant, au lieu d’être attisée, la mobilisation décroît. La colère laisse place au fatalisme, au désespoir, à l’atonie.

    Cette situation n’est pas innée, elle est le fruit d’une terrible trajectoire. Elle est le terrible bilan d’une longue addition payée au cours des années.

    Nous avons, à la suite de l’élection présidentielle, rédigé une brochure nommée Fin de partie, dans laquelle nous revenions sur les raisons qui ont mené à l’arrivée de Macron au pouvoir. Les raisons sont sensiblement les mêmes, se recoupent, s’additionnent, se multiplient.

    L’offensive, que la bourgeoisie se permet, est le miroir de notre propre faiblesse, de nos propres failles, de nos propres faillites. Sans revenir trop en arrière, la chute de l’URSS est un point de bascule.

    L’URSS avait beau être révisionniste, elle avait beau être sociale-impérialiste depuis le XXème congrès du PCUS, elle représentait un symbole. Elle était l’affirmation que la pouvoir de la bourgeoisie pouvait trembler, pouvait être détruit. Même si, in fine, l’Union Soviétique n’était plus que l’ombre d’elle-même avant la chute finale, elle était toujours un affront au patronat.

    Sa chute fut le signal d’une campagne de triomphalisme de la part de la bourgeoisie, de la part des capitalistes. La peur -sincère- qu’avait la bourgeoisie de voir des chars soviétiques place de la Concorde était conjurée. Désormais, c’était la curée : contre les partisans de l’URSS, puis contre les communistes en général. Tous applaudissaient, du Front National aux trotskistes et aux anarchistes.

    Depuis, les applaudissements se sont ténus. Depuis il est resté un goût de cendre en bouche.

    La bourgeoisie est probablement l’acteur social qui a le plus étudié la Révolution et ses effets. Elle est probablement l’acteur qui en a tiré les conclusions les plus profondes sur comment éviter que cela se reproduise. Les théories du management, de la gestion de crise, de la gestion des masses, sont issues de cette période. Des traitres et des transfuges y ont notamment contribué, en apportant toute leur expérience de lutte à l’ennemi de classe.

    Triomphante, la bourgeoisie n’en a pas moins prudemment avancé ses pions, a lancé ses tentacules. Elle n’était pas assez forte, dès le début des années 1990, pour tout reprendre de ce qui avait été arraché lors de la Libération -grave erreur stratégique de la part du PCF, soit-dit en passant, que d’échanger des armes contre des promesses.. Mais le temps, désormais, joue pour elle. La promotion de l’individualisme, la promotion de l’anticommunisme officiel, la promotion de l’antisyndicalisme ont fait leur œuvre.

    Ces thèses ont trouvé des échos favorables au sein de cliques d’opportunistes. Comment ne pas songer à l’opération de liquidation faite par Robert Hue au sein du PCF ? Peu à peu, le camp du peuple s’est érodé. Il s’est affaibli. L’illusion s’est maintenue, mais les rangs se sont clairsemés, le niveau politique s’est effondré, affaibli.

    La crise de 2008 a servi de catalyseur. Il ne s’agissait plus, pour la bourgeoisie, de simplement augmenter le taux d’exploitation des travailleurs par gourmandise. Désormais, elle tremblait de voir le sol se dérober sous ses pieds, et elle-même être victime de la concurrence qui sévit au sein de sa classe. Le bon côté de la chose est que la crise est un argument de poids pour imposer des réformes et imposer des sacrifices. La bourgeoisie ne s’en est pas privé, sans une certaine délectation.

    Le mandat de Nicolas Sarkozy ne s’est pourtant pas trouvé être une croisière de rêve. L’opposition politique fut forte. La clique du Parti Socialiste et des organisations qui lui sont liées, pour des motifs opportunistes, s’est lancée à corps perdu dans la bataille. C’était là un moyen d’être en bonne position pour les élections.

    Le choix de soutenir le Parti Socialiste, pour une grande partie de la bourgeoisie, au travers du MEDEF, fut une choix logique et compréhensible. Le PS au pouvoir, c’était la  certitude d’avoir un laquais dévoué, un brave exécutant, tout en court-circuitant son réseau d’opposition. Précisément, la bourgeoisie a obtenu ce qu’elle désirait.

    Le PS, lui, s’est humilié, s’est roulé dans la boue et dans le sang. Il doit, ironiquement, sa défaite à sa victoire. Il n’est pourtant pas mort, car des opportunistes de bas étage, des Hamon, des Filoche, le maintiennent en vie.

    Si le Parti Socialiste et ses satellites -EELV et PRG, auxquels le pardon fut accordé bien aisément- étaient les agents de la victoire de la bourgeoisie, Macron, lui, est celui de son triomphe.

    Macron est le missile du patronat. Il est fait pour frapper et exploser sur sa cible -le code du travail. Il est conçu, architecturé pour cela. Ravager, détruire, broyer, matraquer. Qu’importe la situation qui adviendra après son quinquennat. Sa ou son successeur sera couronné d’épines pour faire suite à ce carnage.

    Macron, quelque part, est une incarnation d’une forme particulière du royalisme. Lui même, au travers du vocable « jupitérien », au travers de petites phrases du type de  « le peuple français n’a pas fondamentalement voulu la mort du roi », illustre son rapport au pouvoir. Le langage, en façade, est châtié. Lorsque le vernis tombe, en revanche, le mépris pour les classes populaires saute au visage . S’opposer à son fameux projet est « cynique. » La lutte est l’œuvre de « fainéants » qui « foutent le bordel. » Après, Macron n’en a pas le monopole, les présidents précédents avaient illustré cet état de fait général, au travers d’expressions particulièrement bien choisies telles que « pov’con », « sans dents » …etc.

    Mais chez Macron, ce mépris des masses est doublé d’un mépris des règles de fonctionnement des institutions. Le Parlement, le Sénat, l’Assemblée, sont pour lui, paradoxalement, des éléments archaïques, des lieux de perte de temps, qui ne font que ralentir l’inévitable transformation que ses commanditaires veulent imposer à la société. Dans son esprit, il est censé incarner une transcendance, être au dessus de toutes les contradictions et incarner la synthèse des « intérêts de la Nation ». Intérêts qui ne sont vus qu’a travers le prisme de sa propre classe sociale.

    Les députés LREM savent qu’ils sont élus pour une tâche précise et ne discutent pas. Ils et elles sont choisies sur des critères qui ne prennent ni en compte leur opinion ni en compte leur qualités. Ils et elles sont là pour « faire le job », rien de plus. Une nouvelle génération recrutée en entretient d’embauche, en somme. Et leur « job » est de liquider les protections sociales. Ils et elles le feront.

    Voilà le tableau général de l’ennemi de classe, sa situation.

    La bourgeoisie est en position de force, à l’heure actuelle. Elle mord à pleine dents. Quant aux forces qui s’y opposent, qu’en est-il ?

  • La croisée des chemins pour la Catalogne.

    La croisée des chemins pour la Catalogne.

    La croisée des chemins pour la Catalogne.

    Aujourd’hui, 21 octobre 2017, le conseil des ministres de l’Etat espagnol s’est réuni. Il a décidé, après une longue réunion, de recourir à l’article 155. Cet article instaure la suppression de l’autonomie Catalane, supprime le pouvoir accordé à la Generalitat. De facto, la Catalogne cesse d’exister en tant qu’entité juridique reconnue par l’Etat espagnol. Par effet domino, elle cesse d’exister aux yeux de l’Union Européenne et, au final, aux yeux du monde.

    Cette situation était prévisible. Le roi Felipe IV et le gouvernement des fils de Franco s’étaient exprimés sur le sujet. Le fond de leurs discours ne laissait que peu de place à l’ambigüité. Les catalans étaient présentés comme des « sujets déloyaux », comme des « égoïstes économiques », comme des traitres qu’il fallait châtier. Partant de cette expression politique, rien d’autre ne pouvait être envisagé, pour le gouvernement de l’Etat espagnol, qu’une capitulation intégrale, un renoncement total.

    L’article 155 permet à l’Etat espagnol de prendre le contrôle de la police, permet de prendre le contrôle de l’exécutif. Dans son discours, Rajoy indiqua que le pouvoir serait assumé « en principe par les ministères (nationaux) aussi longtemps que durera cette situation exceptionnelle« .  Le contenu de l’article est le suivant :

    « 1. Si une Communauté autonome ne remplit pas les obligations que la Constitution ou d’autres lois lui imposent ou si elle agit de façon à porter gravement atteinte à l’intérêt général de l’Espagne, le gouvernement, après avoir préalablement mis en demeure le président de la Communauté autonome et si cette mise en demeure n’aboutit pas, pourra, avec l’approbation de la majorité absolue du Sénat, prendre les mesures nécessaires pour la contraindre à respecter ces obligations ou pour protéger l’intérêt général mentionné.

    2. Pour mener à bien les mesures prévues au paragraphe précédent, le gouvernement pourra donner des instructions à toutes les autorités des Communautés autonomes. »

    Au final, cet article autorise tout. Permet tout. Il est illustratif de la nature de la monarchie espagnole, laquelle possède toujours un fond d’absolutisme, un fond de fascisme, vernis de multiples couches de démocratisme.

    Rajoy s’est empressé de tempérer la déclaration : « On ne suspend pas l’autonomie de la Catalogne «  , « On destitue les personnes qui ont placé ce gouvernement en dehors de la loi, de la Constitution et du statut. » Constitution crée à la suite du franquisme, inspirée et négociée dans l’esprit de son pouvoir, de sa droite ligne. En somme, une référence absolue à un texte qui tire ses origines du fascisme.

    Belle manière de faire une négation du contenu du vote des catalans. « Aucun gouvernement d’aucun pays démocratique ne peut accepter qu’on ignore la loi (…) Il faut ouvrir une nouvelle étape, dans laquelle la loi sera préservée. » Le vote de la Catalogne serait donc antidémocratique, serait un camouflet, une offense à la loi de Madrid. Quant à la nouvelle étape, son contenu ne peut que faire couler une sueur glacée  le long de l’échine de celles et ceux qui sont favorables -même pas à l’autonomie- à l’autodétermination.

    Rajoy essaie de se montrer rassurant, en annonçant que des élections auront lieu en janvier. Mais les modalités sont inconnues. Les partis et organisations de cette nouvelle étape seront-elles cooptées par Madrid ? Les organisations indépendantistes auront-elles droit de cité ? Le flou le plus total règne. Ce type de pratique n’est guère surprenant. « On destitue les personnes qui ont placé ce gouvernement en dehors de la loi, de la Constitution et du statut », des personnes membres d’organisations politiques élues, mandatées, pour entamer la séparation. Seront-elles interdites ?

    Nul doute que la démarche de Madrid met en porte-à-faux les indépendantistes modérés. Le président -ou ex-président de facto- Puigdemont participe à la grande manifestation des partisans de la démocratie et de l’indépendance. Mais sa position est minée.

    Le dialogue qu’il promouvait a échoué face au refus complet de Madrid de discuter. Le 10 octobre, nous écrivions, à la suite du discours du Président, la chose suivante : « Du point de vue de Puigdemont, les options sont restreintes : si l’Etat espagnol choisit la voie de la violence et de l’écrasement, il n’y aura que peu de forces pour le sauver. Son option est donc un départ négocié, pour éviter une guerre civile espagnole bis, dans laquelle les Catalans n’auraient ni force armée, ni soutien extérieur, et dans laquelle -de nouveau- les grandioses démocraties regarderaient avec détachement se faire massacrer les masses et les forces progressistes. »

    Cette position de moyen terme, nous ne la partageons pas, mais elles correspond à une rationalité certaine. Une rationalité qui trahit le caractère de classe de Puigdemont, une position bourgeoise vacillante. Enthousiaste face à l’idée d’être indépendant, effrayée par les conséquences.

    Puigdemont est désormais dans les cordes. Désormais le choix est limité à deux options : proclamer unilatéralement l’indépendance ou renoncer, perdre la face, et ravaler la Catalogne au rang de province.

    Madrid, en choisissant une dureté de fer, souffle dans les voiles de celles et ceux qui ont toujours dénoncé le caractère antidémocratique de la monarchie espagnole, mais plus encore, dans les voiles de celles et ceux qui ont toujours dénoncé le fait que la démocratie bourgeoise soit une dictature de classe.

    Car c’est là une illustration fascinante de la vraie nature de cette démocratie de contrefaçon.

    Sans même être une révolution prolétarienne qui mette à bas la propriété privée et l’exploitation, la lutte des catalans déclenche une levée de bouclier de la part de la bourgeoisie madrilène et de l’Europe. Le simple fait de remettre en cause la mainmise de la monarchie sur l’économie provoque une situation explosive.

    Nous soutenons l’indépendance de la Catalogne dans la mesure où le droit des peuples à s’ériger en nation indépendante est un principe essentiel. D’autant qu’il ne s’agit pas d’une fragmentation provoquée par la pression d’un Etat impérialiste sur l’Etat espagnol, mais bien d’une volonté populaire. La Catalogne s’est exprimée et exige l’indépendance.

    Nous la soutenons aussi dans la mesure où la lutte pour l’indépendance est comme un flash dans une pièce obscure, elle fait ressortir les moindres détails d’une sinistre scène. La lutte pour l’indépendance de la Catalogne balaie les théories réformistes, balaie les mensonges des sociaux-démocrates et pose la question, au sein d’une des grandes puissances économiques du monde, du pouvoir.

    Celles et ceux qui veulent « changer les choses » en passant par une « révolution dans le cadre des institutions » doivent regarder cet exemple qui se déroule sous nos yeux. Le gouvernement, élu sur le mandat de préparer l’indépendance, se heurte au cadre d’une Constitution qui maintient le status quo. Qui maintient la situation stationnaire.

    Elle se heurte, en l’occurrence, à un Etat tutélaire qui n’hésitera probablement pas à recourir à la violence. Non pas du fait d’une méchanceté propre, mais bien du fait des intérêts de classe sous-jacents, qui sous-tendent cette volonté de ne pas céder un pouce de terrain. Ces intérêts de classe se retrouvent dans notre Etat, et s’exprimeraient avec une virulence terrifiante si jamais une menace prenait corps. Quant à négocier la fin du capitalisme, en voilà un doux rêve. Les sociaux-démocrates peuvent rêver de trouver un modus vivendi avec la bourgeoisie, peuvent rêver de trouver une sortie du capitalisme sans unilatéralité. De fait tout rupture a un caractère unilatéral, car il s’agit du choc entre une volonté de domination et une volonté de libération. Entre l’esclave et son maître il ne peut exister de rupture qui ne soit pas unilatérale.

    D’autant qu’il ne suffit pas de gagner un vote, un référendum, pour faire d’un désir une réalité. La proclamation ne suffit pas. La réalisation concrète exige des moyens. Au Kurdistan Irakien, le référendum, qui vient de déboucher sur une victoire de l’indépendance, doit maintenant être défendu par les armes, par les masses, par la population. Pour devenir un Etat indépendant, le Kurdistan doit être en mesure d’exercer la réalité du pouvoir et de sanctuariser son territoire.

    Sans le pouvoir de se défendre, sans le pouvoir d’écraser celui de la bourgeoisie, de détruire sa machine d’oppression, rien n’est possible. Tout peut se proclamer, tout peut se déclarer, mais rien ne peut se faire sans pouvoir.

    Ce pouvoir n’est pas décrétiste, n’est pas une enclume qui tombe sur les masses, mais il en est l’émanation. Le pouvoir que nous défendons est un pouvoir populaire. Il est le pouvoir de la mobilisation de celles-ci, mobilisation guidée par le Parti Communiste.

    C’est la signification de la citation de Mao Zedong « Le peuple, le peuple seul, est la force motrice, le créateur de l’histoire universelle. «  Car c’est entre les mains des masses que peut seul émerger la réalisation concrète de la Révolution.

    En Catalogne, cette citation s’applique également. Seule la mobilisation des catalans et des catalanes, seule leur capacité à s’opposer de manière concrète aux ordres de Madrid peut permettre à une indépendance réelle de s’instituer. Nul doute que cela ne se fera que dans un moment de tension, de brusquerie ou de brutalité.

    La Catalogne, et les masses qui la composent, est à la croisée de chemins. Entre accepter la tutelle ou se battre, il n’existe pas d’entre-deux.

    Nous sommes solidaires d’eux et d’elles, et nous appellerons à toutes les initiatives de solidarité et de soutien. Nos yeux se tournent vers-eux, vers-elles, car leur lutte illustre celle que nous aurons à mener contre la bourgeoisie de France, contre l’exploitation. Elle est un terrible test, une terrible première expérimentation de choc frontal dans les pays impérialistes d’Europe.

    Visca Catalunya ! Solidarité Internationale !

  • Hommage à Ernesto Che Guevara – Partie finale & Discours d’Alger (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – Partie finale & Discours d’Alger (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – Partie finale

    &

    Discours d’Alger (1965)

    Même si, chronologiquement parlant, le message à la tricontinentale est postérieur au discours d’Alger, nous avons choisi d’intégrer celui-ci à cette dernière partie. Le texte est un discours particulièrement illustratif, particulièrement enrichissant sur la pensée politique de Ernesto Che Guevara. 

     

    A la mort du Che, un curieux culte s’est développé. Des centaines de personnes sont venus voir son corps dans l’hôpital, où il est exposé.  Ainsi, l’attitude christique du corps, mêlé aux conceptions de la théologie de la libération, font que de nombreuses nonnes de l’hôpital coupent des mèches de cheveux, comme des reliques. Il se créé un culte fascinant, autour de légendes telles que  San Ernesto de La Higuera et El Cristo de Vallegrande, parlant d’un réveil de celui-ci, se relevant d’entre les morts.

    Ce curieux épilogue, faisant du Che un saint de certaines sectes catholiques, n’est pas sans évoquer ces curieuses icônes orthodoxes ou arméniennes, représentant Staline en saint auréolé.

    Si cela est révélateur d’une certaine perception du rôle de ces deux personnages, par une partie des masses, ces aspects nous intéressent moins que l’héritage idéologique et politique qu’ils peuvent laisser.

    Le Che a déclenché un engouement que nous avons déjà souligné en introduction de cet hommage. Il a illustré l’enthousiasme combatif, l’envie de combattre, l’abnégation, le don de soi. Ces qualités -très aisément intégrables à une imagerie chrétienne et romantique du martyr- ont fait et font toujours du Che un symbole de la jeunesse révoltée.

    Il reste l’image de l’homme d’action, l’image du vadrouilleur, de l’infatigable combattant  contre la misère. L’image, aussi, du médecin fidèle à son serment, qui, lorsque capturé, proposa de soigner les soldats blessés de l’ennemi. Celui qui écrivit, dans le Socialisme et l’Homme à Cuba « Tous les jours, il faut lutter pour que cet amour de l’humanité vivante se transforme en gestes concrets, en gestes qui servent d’exemple et qui mobilisent » .

    Mais la pensée politique du Che, qu’en est-il ?

    Trop souvent réduit à une imagerie, à un simple symbole, le Che a été victime de la foire d’empoigne qu’opèrent les opportunistes sur tout ce qu’ils peuvent capter, récupérer, intégrer à leur construction idéologique pourrie et instable. Une nouvelle fois, nous pensons aux anticommunistes, aux trotskistes, aux révisionnistes, chacun essayant de faire du Che « un d’entre eux. » Ironie de la chose, nul doute que Ernesto Guevara n’aurait pas hésité à en fusiller certains. Mais le flou bénéficie toujours à l’opportunisme.

    Or, le « guévarisme », si il est possible de parler ainsi, a été défini, notamment en collaboration avec le français Régis Debray, son compagnon de lutte en Bolivie, sous un concept : le foquisme. Ce foquisme est ce qui démarque, au final, la pensée guévariste du léninisme, idéologie pourtant à laquelle le Che se rattachait.

    Dans La guerre de guérilla, écrit en 1961, Che Guevara expose certaines bases de sa conception politico-militaire et se conception stratégique. Régis Debray, de son côté, synthétise son expérience dans Révolution dans la révolution en 1967. Il est difficile de faire, dans cet ouvrage, la part des choses entre ce qui est du domaine de la conception de Debray lui-même et ce qui provient du Che. Toujours est-il que des recoupements peuvent être faits.

    Contrairement à la thèse défendue par de nombreux anticommunistes, le Che ne s’est pas élevé contre un hypothétique Thermidor stalinien, mais s’inscrit dans la droite ligne de la pensée léniniste. Sa brouille avec l’URSS, qui sert souvent d’argument, est une brouille avec la ligne de l’URSS d’après 1956, sociale-impérialiste, restauratrice de l’économie de marché, liquidatrice de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat. Il lui est ainsi attribué la déclaration suivante : « Celui qui n’a pas lu les quatorze tomes des écrits de Staline ne peut pas se considérer comme tout à fait communiste. » (cité dans le N°720 du magazine Historia, 2006)

    Pourtant, il est hasardeux d’en faire un maoïste. Si sa pensée politique et sa compréhension de la situation internationale le rapproche de la Chine Populaire ; s’il ne fait nul doute que la Révolution Culturelle a certainement eu un écho favorable chez lui ; si la guérilla, comme pour Mao Zedong, est au centre de la question de la conquête du pouvoir, des différences inconciliables demeurent.

    La question du Parti forme cette barrière, et derrière elle, la question de la stratégie générale.

    Dans sa conception des choses, la guérilla armée est l’alpha de la lutte. Autour de focos, des foyers, la lutte armée est l’outil qui agrège les forces. Contrairement à l’expérience chinoise, qui s’est appuyée sur la paysannerie pauvre par nécessité et pour être loin des citadelles de l’impérialisme, tout en maintenant la classe ouvrière au centre de son projet, les focos basent leur stratégie sur les campagnes.

    La satisfaction des revendications de la paysannerie pauvre et des campagnes devient le stimulant principal de la lutte. Elle doit permettre à la guérilla de s’assurer un soutien, de développer des foyers [d’où son nom] de combat les plus nombreux possibles, pour forcer l’ennemi à se disperser. L’idée est de faire tâche d’huile et d’engranger des forces pour passer de la petite guérilla à la grande guérilla, puis de celle-ci à l’offensive victorieuse.

    Dans les faits, des failles terribles condamnaient l’expérience.

    La principale faiblesse de la pensée du Che est d’avoir sous-estimé la nécessité de l’organisation, du besoin du parti, de son rôle d’Etat-major de la classe ouvrière ainsi que des classes opprimées.

    D’une part car, dans le combat, le Parti Communiste ne fait pas que des tâches liées à la guerre contre les forces de l’impérialisme. Il mène un travail légal ou illégal, clandestin ou affiché, au travers de ses relais ou directement, dans le but de mobiliser et d’organiser les masses. Il mène une lutte sur plusieurs fronts. En se limitant au seul secteur de la guerre, les foquistes n’ont pas marché sur leurs deux jambes.

    D’autre part car le Parti Communiste est un roc, un bastion, une forteresse. Il est cette digue qui permet de résister au reflux du mouvement de masse, de survivre aux défaites, de tenir face à l’adversité. La guérilla du Che se basait sur un volontarisme certes louable, mais terriblement vulnérable. Lorsque, face aux difficultés, les soutiens se sont taris, les portes se sont fermées, les groupes guévaristes et foquistes se sont étiolés, se sont disloqués. Cette faiblesse ne s’est pas avérée trop criante dans la conduite des opérations, car, alors, les USA ne donnaient qu’un appui modéré au régime de Batista. Elle ne s’est pas avéré trop visible dans un cadre où le mouvement communiste international était au zénith. Après la déstalinisation, après la rupture sino-soviétique, dans un contexte où les USA imposaient une pression terrible sur l’Amérique du Sud, les chances de succès se sont avérés moindres et, pour finir, nulles.

    La question du Parti Communiste à Cuba s’est elle aussi montrée problématique, mais d’une manière peu visible. La construction du socialisme s’est émaillée de difficultés lorsque le Che géra le portefeuille de l’économie, difficultés reflétant les questions terribles et cruciales de « comment construire le socialisme dans une île en sous-développement » . Après son départ de ce poste, elle ne fut plus réellement posée. De fait, l’URSS dictait le développement économique de celle-ci, pour l’inclure dans la satellisation social-impérialiste.

    Il ne fait pas de doute que Che Guevara ait voulu développer le socialisme, il ne fait pas de doute quant à sa sincérité. Cette satellisation est ce qui signa l’arrêt de mort du développement plein et entier du socialisme à Cuba.

    Le Che s’est montré d’une hostilité complète envers les théories économiques de la direction Khrouchtchévienne et de ses successeurs Brejneviens, de même qu’envers leur politique de coexistence pacifique avec l’impérialisme et la bourgeoisie. Seulement, dans le schisme entre révisionnisme et léninisme, entre URSS, Chine et Albanie, Cuba avait-elle les moyens de choisir ? Encerclée, l’île dépendait de l’aide de l’Union Soviétique. Entre choisir celle-ci et se lancer aux côtés de la Chine, le pragmatisme avait primé.

    Toujours est-il que l’absence de véritable débat idéologique a précipité cette issue. Elle a permis aux lignes les plus droitières de triompher de manière quasiment systématique. Au final, le Che s’est retrouvé acculé au départ, car devenant gênant pour la direction du Parti Unifié de la Révolution Socialiste Cubaine (PURSC) fondé en 1962. Ce dernier ne prend le nom de PCC que lorsque les dès furent déjà joués. L’île resterait fidèle à Moscou.

    Malgré cela, Cuba a vécu et, malgré sa situation, Cuba présente une face de succès.

    Malgré ses échecs à la fin de sa vie, le Che est demeuré le symbole de la révolution cubaine, de la volonté de libération des peuples opprimés, et il a laissé derrière lui un héritage qui marque encore profondément la société de Cuba. Celui-ci disait que « la société doit devenir une grande école ». Une déclaration qui trouve encore aujourd’hui son application concrète, avec l’un des meilleurs systèmes éducatifs du monde. Le Che condamnait l’individualisme, chaque individu devant participer collectivement à la construction de la société socialiste. Il montrait lui même l’exemple par une vie sobre, et par sa participation hebdomadaire au travail volontaire dans les usines.

    Cet esprit existe encore aujourd’hui dans le cœur des cubains, dont le travail bénévole a permis de grandement limiter les dégâts laissés, récemment, par l’ouragan Irma. Un Hors de ses frontières, Cuba est le seul exportateur de médecins du monde, que le secrétaire général aux Nations Unies Ban Ki Moon décrivait ainsi : « ce sont toujours les premiers arrivés et ce sont les derniers à partir. Ils restent sur place après les crises. Cuba peut montrer au monde entier son système de santé, un modèle pour beaucoup de pays ».

    Aujourd’hui, nous rendons hommage à un homme qui, guidé par la théorie marxiste-léniniste, a voué sa vie à la cause révolutionnaire. Son altruisme, son courage, son sens du sacrifice et son désir de justice doivent être pour nous une source d’inspiration !

    Ernesto Che Guevara fait partie aujourd’hui du panthéon des martyrs de la révolution.

    Che Guevara reste aussi une icône, une icône qui contient une part de réussite, une part d’échecs et d’insuffisances.

    Il serait aisé de ne garder que les dernières par désir de pulvériser un « mythe » de plus. C’est là être faire preuve d’une bien piètre camaraderie et transformer la critique en entreprise de démolition.

    Ce n’est nullement notre vocation. Nous considérons qu’il est important de critiquer les insuffisances théoriques, politiques, pratiques et humaines, mais qu’il est tout aussi essentiel d’être capable de tirer des enseignements de ces expériences. Nous nous nourrissons autant des succès que des échecs de notre histoire et de notre mouvement.

    C’est en cela que les mythes doivent tomber, non pour démolir, mais bien pour dégager la vérité et les éléments pertinents d’une existence.

    Dans ce cadre, Che Guevara était un camarade. Il fut un soldat de le révolution prolétarienne. Ni un saint, ni un démon, mais bien juste un homme.

    Cet homme est mort sous les balles de l’ennemi.

    Mais l’œuvre, l’œuvre vit toujours et existera tant qu’elle sera étudiée. Elle n’appartient plus au Che seul, elle appartient à l’humanité.

    « Le présent est fait de lutte ; l’avenir nous appartient ».

  • Hommage à Ernesto Che Guevara – partie III & Message à la tricontinentale (1967)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – partie III & Message à la tricontinentale (1967)

    Hommage à Ernesto Che Guevara.

    Nous avons décidé, comme document accompagnant cette partie, de fournir le Message à la Tricontinentale, document particulièrement illustratif sur les positionnements politiques du Che et sur sa critique de la politique de coexistence pacifique défendue par l’URSS et par les partis révisionnistes. En espérant que cette lecture soit instructive.

    Partie III

    L’international à la vie, à la mort.

    Après la crises des missiles de Cuba, le Che poursuit ses voyages. Charismatique, orateur de talent, il est l’envoyé idéal pour nourrir les relations nouvelles que Cuba souhaite établir avec le reste du monde en lutte. Ainsi, en 1963 il est en Algérie, pour une visite de quatre jours qui, finalement, dure trois semaines. Là, il noue des liens, et entame un travail avec l’aile gauche du F.L.N., incarnée par Ben Barka.

    En 1964, il fait un discours à l’ONU dans lequel il explique la situation de Cuba et fustige la politique étrangère des USA. Il y revendiqué le fait d’avoir fusillé et fait fusillé des ennemis « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort. »

    Par la suite, il reprend ses voyages. Chine -où il vient sans prévenir Fidel Castro, déclenchant son ire- Egypte, Algérie, Ghana, Guinée, Mali, Bénin, Congo, Corée du Nord… il traverse le tiers-monde. En chemin, il fait étape en France et en Irlande.

    Sa pensée politique évolue et se rapproche des conceptions chinoises. Pour la direction politique cubaine, un fossé se creuse. Dans son discours d’Alger, prononcé au début de 1965, le Che cible même l’URSS, en termes voilés certes, mais attaque ses manquements aux grands principes communistes. «  Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest. Le fait que le commerce est actuellement réduit ne signifie rien. »

    Si le discours est reproduit dans les journaux cubains, la visite en Chine est passée, elle, sous silence. Elle formait, il faut le dire, un terrible crime de lèse-majesté envers l’URSS, laquelle le considère désormais comme un agent de la Chine. Lui même montre des singes d’adhésion progressive aux conceptions défendues par Mao Zedong, quant à la nature sociale-impérialiste de l’Union Soviétique.

    A Cuba, les tensions avec Castro et avec les représentants soviétiques sont fortes. Ernesto Guevara disparaît du devant de scène. Démoralisé par la situation, rongé par l’inaction et par le travail de bureau, brûlant de réaliser son affirmation, construire «  deux, trois, plein de Viêt-Nam « , Che part pour le Congo, pour tenter d’apporter un soutien militaire à la lutte contre l’impérialisme.

    Après 7 mois de combat contre les troupes de Mobutu, l’opération est un échec critique, les pertes sont lourdes tant en termes d’hommes que de prestige. Il passe près de deux ans dans la clandestinité, ne voulant pas rentrer à Cuba.

    Hésitant entre retourner combattre dans son pays et lutter en Bolivie contre le gouvernement fasciste, le Che finit ultimement par choisir de rejoindre les rangs de l’Armée de Libération Nationale de Bolivie. Là où il trouva la mort. C’est dans la jungle, en 1967, que le Che rédige son message à la tricontinentale. Ce message consacre une divergence de vue avec la direction soviétique et son ralliement net à la ligne de Mao Zedong.

    Pendant cet exil plus ou moins imposé, un des plans de Che Guevara, dont Ben Barka fut l’architecte principal, voit le jour. L’idée de la tricontinentale, ou Organización de Solidaridad de los Pueblos de África, Asia y América pour son nom complet, est relativement simple. Elle est conçue dans l’esprit d’une entraide technique, politique et militaire entre les différents états subissant l’impérialisme. Elle se caractérisa par ce slogan : « trois continents, une révolution. »

    S’inscrivant dans une idée de moyen terme entre Chine et URSS, cette conférence faite du 3 au 15 janvier 1966 définissait les objectifs suivants :

    ·         Lutter contre l’impérialisme et le colonialisme. Assurer l’émancipation des peuples dominés et opprimés.

    ·         Relier et unifier les mouvements de lutte, issus de la conférence de Bandung, et travailler en commun avec la Chine et l’URSS, malgré leur situation de rupture.

    ·         Rejoindre la lutte pour une révolution à l’échelle mondiale.

    ·         Lutter contre les régimes d’Apartheid.

    ·         Lutter contre la menace de l’arme nucléaire.

    Malgré une situation peu évidente, du fait des tensions internationales de l’époque, 82 Etats y participent.  Ben Barka, enlevé par la France, ne peut s’y rendre. En soi, la conférence est un succès, mais un succès éphémère. Pourtant, elle posait des bases saines, lesquelles méritaient d’être étudiées et diffusées, encore à l’heure actuelle.

    Comme tous les personnages importants de l’Histoire, bien des théories entourent de limbes la mort du Che. La tentation du complot, du règlement de compte, à longtemps circulé. Si le désaccord avec Fidel Castro et l’URSS était marqué, si la rupture était consommée -le Che fit, par ailleurs, un testament politique avant son départ de Cuba- il n’existe pas de preuve d’une complicité entre la CIA et les forces pro-soviétiques. Si Cuba ne fit rien pour aider Ernesto et sa poignée de guérilléros, l’île ne fit rien non plus pour envenimer les choses.

    D’une manière générale, les raisons de la défaite du Che et de ses troupes résident dans plusieurs choses : le climat politique n’était plus le même que 8 ans auparavant. Les USA sont extrêmement méfiants quant à la situation internationale. Le relatif laisser-faire rencontré face à Batista n’a plus court. L’opération est mal menée, avec des forces faibles et peu fiables. Surtout, la guérilla peine à obtenir le soutien des masses.

    Autre facteur, les conceptions militaires se sont nourries de l’expérience du Viêt-Nam et de la Guerre d’Algérie. Les dispositifs de COIN [Contre-insurrection] sont pleinement opérationnels. Le Che est tombé contre plus fort que lui.

    Les raisons de son exécution restent débattues. Toujours est-il qu’un procès public aurait été certainement nuisible, comme le fut le procès de Georges Dimitrov par les nazis à Leipzig, ou comme le fut, plus tardivement, la tentative de juger Honecker. Bien souvent, les tribunaux de la bourgeoisie se retournent contre elle.

    Toujours est-il que le 9 octobre 1967, à 13h10, Che Guevara mourait sous les balles. Selon Mario Terà, qui affirme être celui qui l’a tué, dans une interview de 1977 à Paris Match, ses derniers mots furent  « Soyez serein et visez bien ! Vous n’allez tuer qu’un homme ! »

    Ainsi mourrait un Homme.

    Mais, comme tous les martyrs, en l’assassinant, les criminels le rendirent immortel. Car les idées et l’héritage politique du Che ne mourut pas.

  • Appel à un communiqué commun des organisations communistes pour le 100 ème anniversaire de la Révolution d’Octobre.

    Appel à un communiqué commun des organisations communistes pour le 100 ème anniversaire de la Révolution d’Octobre.

    Le centième anniversaire, nous devons parler d’une seule voix.

        Nous avons rédigé ce communiqué dans le but de proposer une expression commune à tous les communistes pour cette date essentielle. Il sera également traduit pour en faire proposition aux organisations politiques non-francophones. Nous avons les premiers retours et les premières signatures qui reviennent, notamment de la part de l’UPML (Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste), du CUC (Cellule Unité Communiste), du BUPRACOM (Bureau de Propagande et d’Agitation Communiste), de la  Tribune Marxiste-Léniniste ainsi que des Editions prolétariennes. Nous espérons que cette démarche sera bien accueillie et offrira la possibilité à une expression commune, par delà le cordon sanitaire de la bourgeoisie et de l’anticommunisme. 

    La Révolution d’Octobre a 100 ans cette année. La date est importante, incontournable même.

    L’événement n’est pas seulement historique, il est également un symbole. Il est un symbole pour les communistes comme pour la bourgeoisie.

    De notre point de vue, cet anniversaire correspond à la démonstration de la possibilité de remporter une victoire décisive contre la bourgeoisie, victoire des masses populaires dirigées par le Parti Communiste. Elle est l’illustration de la possibilité de pouvoir construire le socialisme dans un pays, dans une terre libérée de l’oppression capitaliste, du poids de la bourgeoisie.

    La Révolution Prolétarienne d’Octobre a démontré qu’elle libérait les opprimés et les opprimées, les exploités et les exploitées, tout comme elle libérait les forces productives. Elle a démontré les fantastiques possibilités d’une société, lorsque les entraves du parasitisme lui sont ôtées.

     

    Mais elle est aussi un symbole pour la bourgeoisie. Qu’elle mente sur la Révolution Prolétarienne d’Octobre, qu’elle essaie de la faire passer pour une révolution de palais, pour un coup d’Etat, cela n’a rien d’étonnant.

    Mais celle-ci n’a de cesse de traiter cet évènement d’avenir comme une chose du passé, comme quelque chose de mort, comme une parenthèse, comme une anomalie de l’histoire. Elle nie la lutte actuelle des forces communistes révolutionnaires, en Inde, aux Philippines, au Népal, en Turquie, au Kurdistan… Elle nie l’existence toujours vivace de grandes organisations populaires et communistes.

     

    Cela, nous devons le lui rappeler. Lui rappeler qu’un spectre hante le monde, celui du communisme. Nous devons porter ces immenses espoirs en avant, les rappeler aux yeux et aux oreilles de ceux qui refusent de voir que la lutte continue.

    Mais nous même, avons un pas en avant à franchir, au sein de l’Etat français. Nous ne pouvons pas nous contenter de célébrer un folklore. Nous ne devons pas considérer la Révolution Prolétarienne d’Octobre comme un fétiche.

    Le plus grand hommage qu’il est possible de lui rendre, c’est d’avancer, ensemble, tous d’un pas dans la direction de l’unité et de la construction du Parti Communiste révolutionnaire.

    Ce travail immense, nous devons le poursuivre, car nous avons un rôle historique à jouer.

     

    L’Histoire et les masses sont nos juges.

     

    L’Histoire et les masses sont nos juges. Nos seuls juges. Qu’importe ce que la bourgeoisie et ses laquais pensent de nous. Qu’importe ce que les éternels détracteurs peuvent bien dire. Qu’importe les racontars des trotskistes, les lancinantes complaintes des libertaires sur l’autoritarisme de supposé de la révolution.

     

    Qu’allons-nous pouvoir offrir aux masses et à l’Histoire en ce centenaire ? Des déclarations séparées, des célébrations éparses ? Des analyses, brillantes certes, mais qui ne restent que dans nos organisations, nos cercles, dans nos sectes, dans nos groupuscules ?

    Notre responsabilité face à ce centenaire est immense. Elle nous appelle, exige de nous que nous grandissions et que nous avancions. Elle exige de nous que nous soyons en mesure de faire un bond qualitatif. Si nous ne saisissons pas cette chance, nous n’aurons fait que célébrer la Révolution sans en tirer la moindre conclusion, en la traitant comme la traite la bourgeoisie.

    Célébrer la Révolution, cela signifie célébrer le résultat d’une lutte pour l’unité.

     

    Nous voulons que les communistes de l’Etat français, pour l’anniversaire de la Révolution d’Octobre, parlent d’une seule voix et marchent d’un seul pas. Nous voulons pouvoir crier, ensemble, à la face de la bourgeoisie, que la lutte est loin d’être finie. Que cent ans après, nous avons appris, nous avons avancé, et que nos coups redoubleront, jusqu’à la victoire finale.

     

    Nous, l’Unité Communiste de Lyon, sommes un grain de sable à l’heure actuelle, au regard d’autres. Nous sommes de construction récente, nous sommes peu nombreux, bien que nous nous renforcions régulièrement. Nous n’avons que peu d’héritage, peu d’histoire.

    C’est, paradoxalement, ce qui nous permet de rédiger cet appel. Nous n’avons ni appareil à défendre, ni inimités existantes, ni hostilités envers qui que ce soit -excepté peut-être certaines sectes que nous aurions froissées.

    Nous comprenons les clivages, les inimités, les hostilités. Chacun possède ses raisons, et elles sont certainement, à des degrés divers, justifiées. Mais, dans cette lutte immense contre le capitalisme et contre l’impérialisme, dans cette date aussi essentielle, nous pensons que nous devons être capable de nous rassembler, même ponctuellement.

     

    Peut-être cette déclaration est-elle naïve, peut-être sera t’elle écartée d’un revers de la main. Mais nous la formulons tout de même. Nous voulons parler d’une seule voix pour cet événement.

    Une seule affiche, un seul communiqué -qui n’empêche nullement la tenue d’autres événements- une ligne défendue. Pour que, partout, dans chaque ville où des militants communistes marxistes-léninistes, marxistes-léninistes-maoïstes se trouvent, la même marque soit apposée. Qu’elle soit incontournable. Que la bourgeoisie elle-même ne puisse l’étouffer.

    Pour mettre en commun nos ressources, mettre en commun nos forces. Pour que, pour ce centenaire, nous soyons une seule voix, un seul flambeau.

     

    L’Unité Communiste de Lyon propose ainsi que soient invitées les organisations se revendiquant de la Révolution d’Octobre, de l’héritage de la construction du socialisme en URSS, se revendiquant, également, de la même volonté d’organiser la classe ouvrière, d’organiser la révolution prolétarienne aujourd’hui.

    Que ceux et celles qui sont opposés à l’impérialisme français, au parlementarisme, au réformisme, parlent d’une seule voix.

     

    D’une manière pratique nous proposerions : Une affiche commune, signée des organisations participantes, financée dans la mesure de nos moyens respectifs.

    Un communiqué commun, porteur d’une analyse commune sur la Révolution d’Octobre, mais également sur la situation sociale et politique dans l’Etat français.

    Si possible, une série de conférences et d’événements dans laquelle les organisations pourraient s’investir dans la mesure de leurs moyens, et permette une expression conjointe pour cette date.

     

    Nous pensons que nous ne pouvons faire l’impasse sur cette expression, pour cette date, dans un Etat où les forces révolutionnaires sont faibles et embryonnaires. Nous pensons que ne pas parler d’une seule voix, reviendrait à laisser libre champ à l’expression de la bourgeoisie, de ses « historiens », de ces sycophantes, des révisionnistes et des réformistes.

     

    L’héritage de la Révolution d’Octobre est le nôtre. Défendons-le, partageons-le !

    Nous proposons le communiqué suivant :

    Centenaire de la révolution d’octobre :

    La révolution prolétarienne est toujours le phare qui éclaire le monde !

    La révolution prolétarienne d’octobre fête son premier centenaire. Elle fut plus qu’une lueur d’espoir pour tous les exploitées et toutes les exploités, pour les opprimées et les opprimés. Elle fut un phare immense, embrasant la nuit obscure.

    En pleine grande guerre impérialiste, tandis que les prolétaires étaient sacrifiés par millions pour le repartage du monde au profit de grands trusts, elle fut l’incarnation du rejet de la guerre et de la volonté de paix.

    En plein enfer colonial, elle apporta un espoir à tous les peuples souffrant sous le joug des impérialistes. Un espoir de pouvoir s’émanciper et se réaliser en tant que nation. Un espoir de chasser les occupants et les bourreaux. Au sein de cette prison des peuples qu’était l’Empire Russe, elle apporta un vent de liberté.

    Au cœur d’une Europe pouilleuse et miséreuse, elle fut pour les prolétaires, pour les paysans et les paysannes une illustration du fait que les patrons et les patronnes, les créanciers, les créancières, les banquiers et banquières, en somme les parasites qui vivent de la sueur des autres n’étaient pas nécessaires. Qu’il était possible de gouverner sans eux. Qu’il était nécessaire de gouverner contre eux.

    Dans les sociétés réactionnaires, traditionalistes, patriarcales, cette révolution fut également le point de départ d’avancées majeures, d’une possibilité d’émancipation, par delà des sexes, des genres, des préférences.

    Octobre 1917 était tout cela. Elle était plus que « la terre, le pain, la paix », elle était l’incarnation des masses montant à l’assaut du ciel, sous la direction du Parti Bolchevik.

     Octobre 1917 était le point de bascule entre une société où la recherche du profit dicte sa loi et une où la satisfaction des besoins devient l’objectif. Une société rationnelle, juste, équitable, sans les pillages, sans les gâchis, sans l’anéantissement de la planète qui sont inhérents au capitalisme.

    Voilà ce qu’était Octobre 1917.

    Les « historiens » bourgeois voudraient remiser ces espoirs aux oubliettes. Peindre de sang la libération des masses. Tronquer et escamoter les faits. Mentir et inventer. Créer une fiction dans laquelle la Révolution était le coup d’Etat d’une clique, d’une bande de criminels. Voilà ce que la bourgeoisie voudrait.

    Elle ne lésine pas sur les moyens. D’une part en attaquant le socialisme, en attaquant le communisme, en attaquant les fondements d’une société juste, sans états ni classe, en clamant que l’exploitation est la mère de toute vie.

    De l’autre en se faisant les porte-paroles d’une ultragauche anticommuniste, prétendant que les révolutionnaires n’étaient pas assez purs, pas assez désintéressés, que la révolution est belle, sur le papier.

    Elle ment sans honte dans les médias, dans les publications « scientifiques », dans les productions hollywoodiennes, dans ses romans. Elle ment dans les programmes scolaires, essayant de faire de la République des Soviet un symétrique du Reich nazi.

    D’un côté comme de l’autre, leur idée est de faire de ce centenaire gênant une œuvre de musée des horreurs, ou de la minimiser, de la neutraliser, de l’aseptiser, d’en faire un fétiche du passé. Certains prétendus communistes vont certainement contribuer à cela. Ils n’acceptent qu’en façade l’idée révolutionnaire, font mine de le défendre, mais en sapent sans cesse les bases.

    Nous ne les laisserons pas brader cet héritage ! Soyons unis autour de la défense de ce sommet de l’Histoire et de la lutte des classes.

    Nous avons, entre nous, des désaccords, des controverses, des conflits, des dissensions -souvent, des haines -parfois. Nous sommes une multitude d’organisations et une multitude de points de vues.

    Mais, aujourd’hui, nous parlons d’une seule voix, car sur ce point, nous sommes unanimes.

    Nous parlons d’une seule voix pour nous hisser à la hauteur de l’enjeu, à la hauteur de l’importance de cette célébration.

    Nous parlons d’une seule voix car, quelque soient nos désaccords, nous nous retrouvons sur une chose : La révolution prolétarienne n’est pas le passé. Elle est l’avenir de l’humanité.

    Elle est l’avenir, contre les menaces de guerre, contre le bellicisme, contre la volonté de lancer de nouveau les masses les unes contre les autres pour les profits d’une clique.

    Elle est l’avenir, contre l’exploitation capitaliste, contre la misère qui s’accroît, contre la privation des biens les plus fondamentaux.

    Elle est l’avenir, contre la domination impérialiste -et de notre impérialisme, contre l’écrasement des peuples, contre la surexploitation colonialiste, contre la marche à la mort pour les profits.

    Elle est l’avenir, contre le carcan rétrograde et réactionnaire qui emprisonne l’ensemble de la population.

    Elle est la condition pour que l’humanité de s’asphyxie pas, qu’elle continue à avancer sans faire de la Terre une poubelle toxique ou un champ de ruines.

    Elle est la condition pour que l’humanité quitte cette ère d’obscurité . Pour que débute une Histoire dont le fil directeur n’est plus la succession des guerres, des crimes. Dont le moteur n’est plus la lutte pour la survie, contre l’oppression et l’exploitation. La révolution ouvre une aube nouvelle pour l’humanité, une nouvelle séquence dans son histoire. Nous sommes à l’orée de celle-ci.

    La Révolution a une portée universelle, qui embrasse chaque partie de la planète. Partout dans le monde, partout sur la Terre, le prolétariat est la classe qui doit diriger, la seule classe à même de mettre fin à l’exploitation. La seule capable de mettre fin à la division en classes de la société, contre la division du monde en groupes hostiles et aux intérêts antagoniques.

    Nous avons besoin d’un Parti Communiste révolutionnaire pour former l’Etat-major de cette classe, pour aller vers la révolution.

    Aujourd’hui, nous ne formons qu’une seule voix, qu’une seule ligne, qu’un seul camp : celui de la révolution. Celui de la destruction du capitalisme et de l’impérialisme.

    Dans d’autres Etats, les communistes avancent sur le chemin de la révolution, sur le chemin de l’exercice d’un pouvoir populaire et démocratique. Nous les saluons et nous prenons exemple sur leur combat !

    Aujourd’hui, nous clamons que notre héritage, celui de 1917, n’est pas un héritage de musée, mais est une arme, un outil, pour construire l’avenir !

    Le phare de 1917 n’est pas mort. Il renaîtra et éclairera de nouveau le monde !

    Le communisme est la jeunesse du monde !

  • Hommage à Ernesto Che Guevara – partie II & Le socialisme et l’Homme à Cuba (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – partie II & Le socialisme et l’Homme à Cuba (1965)

    Hommage à Ernesto Che Guevara – partie II & Le socialisme et l’Homme à Cuba (1965)

    Nous joignons à cette partie II un texte important de Che Guevara, que nous citons, par ailleurs, dans cet hommage. Il s’agit de la brochure : Le socialisme et l’Homme à Cuba écrite en 1965 et faisant écho à de nombreuses questions relatives au développement du socialisme sur l’île et à des questionnements interessants sur de nombreux aspects.

    La campagne de Cuba et la construction du socialisme.

    Au sein de la lutte pour la révolution à Cuba, le Che s’est illustré comme un dirigeant de terrain hors pair, comme un guérilléro lui-même, comme quelqu’un étant capable de transformer des petits détachements armés en une organisation fonctionnelle, efficace et redoutable.

    Cela exigeait une connaissance des principes de commandement, des principes de la guérilla, mais également de comment elle s’inscrit dans une lutte politique. Certains, certaines, tentent de cibler sa dureté dans cette lutte comme une illustration d’un autoritarisme sans bornes. Il convient de rappeler que les discussions de salon et le démocratisme doivent, dans l’action, céder le pas à l’unité de volonté, à l’unité de corps, à une discipline de fer qui se marie mal avec les désirs personnels.

    La guérilla, et l’appui d’une partie de la bourgeoisie nationale cubaine, triompha du régime pourri de Batista. Le premier janvier 1959, la révolution cubaine triomphe.

    Fondamentalement, les USA n’étaient pas hostiles à une expulsion de Batista. Ils l’ont soutenu avec une mollesse rare, et se sont contentés de rester dans l’expectative. Dans leur conception, le nouveau gouvernement, forcément plus populaire que la dictature, serait bien obligé de trouver un compromis avec la superpuissance, située à 200 km de ses côtes. Les USA disposaient de certains relais et d’agents au sein du M-22-7, notamment les éléments droitiers, timorés…

    Dans Le socialisme et l’Homme à Cuba, Ernesto Guevara revient sur ce passage : « En janvier 1959, le gouvernement révolutionnaire s’est constitué avec la participation de divers membres de la bourgeoisie traître. Facteur de force fondamental, la présence de l’Armée rebelle était la garantie du pouvoir. De sérieuses contradictions se sont aussitôt développées. Elles ont été en partie surmontées lorsqu’en février 1959, Fidel Castro a assumé la direction du gouvernement en tant que premier ministre. »

    L’ennui, pour les américains, étant que la ligne qui triompha au sein du M-22-7 était sur une base d’indépendance et de développement économique de l’île, contradictoire avec les intérêts économiques et géopolitiques des USA. La ligne du Che, mais aussi de Fidel Castro, était une ligne qui ne tolérait pas la tutelle d’une autre puissance, ni le maintient de liens d’ordre coloniaux. Le moyen terme trouvé fut autour du maintien de la concession de Guantanamo à l’US Navy. Les USA se sont empressés alors, dans un plan mal conçu, décousu, raté, de faire débarquer un commando de contre-révolutionnaires. Ce débarquement, dit de la Baie des Cochons, fut un fiasco monumental. Un fiasco qui créa un fossé immense entre La Havane et Washington. Une hostilité qui s’est maintenue durant l’intégralité de la guerre froide, avec des sommets de tension, comme lors de la crise des missiles.

    Crise des missiles au sein de laquelle le Che eût une position qui fit écho à celle de la Chine, et qui reflète sa compréhension de l’espace : Cuba est un des fronts de la lutte mondiale contre l’impérialisme et contre l’impérialisme américain, qui formait à l’époque le plus vindicatif. Cuba, pour le Che, doit assumer donc sa position dans cette lutte mondiale et accepter de courir des risques. C’est le prix à payer pour tenir un pistolet sur le cœur des USA.

    D’autant que Kennedy, fondamentalement, jouait à un jeu de poker, jeu bien compris par la Chine, mais nullement par l’URSS, qui voyait sa stratégie de développement comme un jeu d’échec.

    Au sein de Cuba, Che fut missionné pour s’occuper du développement de l’industrie. Bien que l’île soit sous perfusion de la part de l’URSS, aspect qui fut par la suite cher payé, le Che tente de mettre en place une politique de développement planifiée, avec une réforme agraire et un début de mise en place d’industrie. Dans un sens, le modèle de développement économique pourrait s’apparenter à celui du Grand Bond en Avant. Une tentative de franchir les étapes par le volontarisme, par l’effort collectif. Cette campagne s’est faite en employant les stimulants politiques, en faisant appel aux masses, en tentant, par leur mobilisation, de triompher de tous les obstacles.

    Probable que l’ambition fut trop grande. Probable également que l’URSS, qui souhaite inclure Cuba dans la « Division Internationale Socialiste du Travail » n’ait pas été particulièrement empressée de doter l’île de moyens pour développer une industrie industrialisante. Nul doute que ces aspects là, le Che en a une certaine conscience.

    Il le note en 1965 : « Cependant, l’État se trompe quelquefois. Quand une de ces erreurs se produit, le manque d’enthousiasme collectif se traduit par la diminution quantitative de chacun des éléments qui composent les masses. Le travail se paralyse jusqu’à en être réduit à des dimensions insignifiantes. C’est le moment de rectifier. C’est ce qui est arrivé en mars 1962, face à la politique sectaire imposée au parti par Aníbal Escalante. »

    Si la lutte contre cette tendance à une intégration à l’espace économique soviétique s’est illustrée par la purge de Aníbal Escalante (1962), agent des intérêts de l’URSS au sein de la direction du PSP, l’URSS triompha pourtant. Dans la situation de Cuba, en 1962, l’URSS avait plus à offrir en termes d’armes, d’équipement, de ressources et de crédits que la Chine Populaire, indépendamment de la ligne.

    Le pragmatisme de cette prise de position se justifie, dans un sens tactique, mais stratégiquement, il fut funeste à Cuba. Il illustre pleinement les problématiques auxquelles nous serons, nous aussi, confrontés dans une situation similaire, et où des concessions justifiables à un instant T nous enferrent dans une impasse à un instant T ‘.

    Il est possible de critiquer la pensée politique du Che, il est possible d’y voir des erreurs, mais en revanche, il n’est pas possible de parler, ici, de trahison. Il y avait une volonté sincère de construire le socialisme et d’apporter l’éducation, la santé, la culture aux masses de Cuba. Dans une certaine mesure, et sur ces secteurs, Cuba tint ses promesse. Mais sur le noyau dur de l’économie, en revanche, l’affaire capota. La critique de la loi de la valeur et des méthodes de Khrouchtchev dans l’économie politique fait écho au débat qui eut cours entre les années 30 et 50 en URSS.

    On retrouve là une vue similaire entre la conception de l’économie politique défendue par Staline et les membres de son équipe, contre une vision prétendument apolitique, en fait libérale, défendue par les économistes soviétiques des années 50. C’est cette vision qui devint hégémonique après 1956, entrainant l’URSS, et Cuba, dans son sillage funeste.

    Si le Che à joué un rôle important au sein de Cuba, il s’est montré, également, un incontournable acteur de la scène internationale, en travaillant à monter un projet d’union anti-impérialiste, à l’échelle mondiale : la tricontinentale.

  • Hommage à Ernesto Che Guevara, partie 1

    Hommage à Ernesto Che Guevara, partie 1

    Hommage à Che Guevara.

    Partie 1

    Il y a 50 ans, Ernesto Che Guevara mourait, assassiné.

    Après de nombreuses années consacrées à la lutte pour la lutte contre l’emprise de l’impérialisme US, pour la révolution et le socialisme, il était assassiné par les forces paramilitaires de l’État bolivien, pilotées par la CIA. Klaus Barbie, alors en « cavale », se serait vanté de l’avoir torturé lui-même, pour le compte du régime de La Paz.

    Che, son image, ses portraits, ses citations, forment autant d’icônes pour le mouvement révolutionnaire international. Sa jeunesse, son charisme, l’allant, l’entrain révolutionnaire qui l’accompagne en font un symbole. Le Che, quoiqu’il en soit, demeure pour beaucoup, en particulier dans la jeunesse, une porte d’entrée vers la lutte, une porte d’entrée vers la combativité. Il incarne un romantisme révolutionnaire qui, s’il ne se suffit à lui seul, s’il n’est pas ce qui apportera la victoire, permet à de nombreux et nombreuses camarades d’entrer dans le combat contre l’impérialisme et la bourgeoisie.

    A être omniprésente, cette image en ressort, hélas, bien souvent délavée, édulcorée, vidée de son sens et de son contenu.

    Les capitalistes, en quête de profits, ne se sont pas privés, après l’avoir tué, de vendre sa peau et son image. Des millions de produits à son effigie sont ainsi mis dans le commerce chaque année, générant des revenus considérables. Ironie que le Che puisse créer du PIB chez les impérialistes, sur des T-shirts produits par le tiers-monde.

    Les trotskistes, les anarchistes, les révisionnistes ont tenté de l’accaparer. Le NPA de Besancenot se revendique ainsi de lui et de Léon Trotski -lequel passe nettement moins auprès des jeunes, malgré les louanges qu’en chante l’Education Nationale. Les anarchistes le rêvent en libertaires camouflés, qui s’ignore. L’un et l’autre le rêvent en anti-stalinien, en anti-soviétique, en –in fine– anticommuniste.

    Dans un sens, ils n’ont pas tort sur un point, et le Che, en cela, fait la nique aux révisionnistes. Tout communiste qu’il était, le révolutionnaire ne s’est pas comporté en laquais de Moscou et s’est élevé contre le tournant Khrouchtchevien. Cela lui permit de déclarer « C’est dans ce que l’on a appelé les erreurs de Staline que réside la différence entre un comportement révolutionnaire et un comportement révisionniste. Il (Staline) comprend le danger des rapports (de marché) mercantilistes et essaie d’en sortir progressivement en brisant l’opposition. La nouvelle direction (Khrouchtchev) par contre cède aux impulsions de la superstructure et place l’accent sur l’activité mercantile. »

    Sa critique du manuel révisionniste d’économie politique resta, ainsi, jusqu’en 2006 dans un classeur fermé.

    A trop en faire une icône consensuelle, on finit par tuer une nouvelle fois l’homme et sa pensée. Parfois, et l’ironie est grande, ce sont chez ces ennemis que sonnent les plus sincères hommages. La bourgeoisie et les fascistes, à vouloir attaquer le contenu politique de ce que défendait le Che sont parfois les seuls à en parler, à ne pas remiser ces faits « gênants » au placard, à savoir que le Che n’était pas un plat démocrate, pas un gentil réformiste, pas une icône, mais un soldat de la révolution prolétarienne mondiale, sous l’étendard du bolchevisme.

    C’est à cela que nous voulons rendre hommage.

    Né en 1928 Argentine, Ernesto Guevara n’est pas d’une famille prolétaire, bien qu’elle fut progressiste. Issu de l’union de membres de la haute bourgeoisie et de la noblesse -il descend du vice-roi espagnol du Pérou- il fait partie de ceux qui devinrent des traitres à leur classe, à l’image de Marx, d’Engels, de Lénine pour ne citer qu’eux, et qui choisirent les rangs du peuple.

    Brillant étudiant, athlète de qualité, il poursuit des études de médecine. Avec son ami Alberto Granado, ils décident d’interrompre celles-ci pour prendre une année sabbatique et voyager. Ce voyage fut, pour lui, l’occasion de découvrir deux choses essentielles.

    La première, la réalité du capitalisme, de la misère, de l’exploitation, de l’inégalité, d’une incroyable brutalité au sein des républiques bananières d’Amérique latine, dont les dirigeants répondaient tous aux compagnies américaines et, par effet de rebond, à Washington.

    La seconde était cruciale dans sa  conception politique et stratégique : celle de concevoir l’Amérique Latine non comme un ensemble d’Etats à l’Européenne, mais comme un espace de manœuvre unifié, comme un espace de lutte où les frontières ne sont pas étanches. Le fait d’appréhender l’espace de cette manière fut un des fondements de sa manière de penser le combat contre l’impérialisme.

    Le premier voyage du Che : 1952 – 1953

    Car l’impérialisme pèse lourd, en Amérique Latine. Les USA sont une chape de plomb terrible. A son retour, après avoir obtenu ses examens en juin 1953 -ce que certains anticommunistes comme Pierre Rigoulot, co-auteur du Livre noir le contestent, par pure acharnement- il participe au Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, avant de rompre avec eux du fait de leurs positions racistes.

    Déçu, il repart et arrive au Guatemala. Où qu’il aille, il retrouve cette misère noire et une répression impitoyable. Dans ces Etats asservis économiquement aux entreprises américaines, les revendications des sociaux-démocrates les plus modérés étaient alors vus comme un casus belli. Le fait de s’opposer à l’ordre colonial relevant de la peine de mort. Les mots « réforme agraire », « instruction gratuite », ou « politique d’emploi » étaient synonyme de danger révolutionnaire, et justifiaient les menaces, les pressions, les sabotages, les meurtres ou les coup d’Etat.

    Mais, en Amérique du Sud comme dans sur la plus grande partie de la planète, le vent d’est soufflait plus fort que le vent d’ouest. La révolte grondait, et Ernesto Guevara entendait ne pas reste à l’écart de celle-ci. Au Guatemala, alors qu’il aide la population, en s’appuyant sur sa formation médicale, il retombe sur de vieilles connaissances, les représentants du Mouvement du 26 juillet [ M-26-7], dirigé par quelqu’un qui devint inséparable de Guevara, Fidel Castro.

    Le deuxième voyage du Che : 1954 – 1956

    Il fait une rencontre nouvelle, également, dans ces cruciales années 1953-1954 : la Guerre Froide. Alors que l’URSS, par le truchement de la Tchécoslovaquie, soutient le gouvernement progressiste de Arbenz, nouvellement élu, en lui transmettant des armes, la CIA organise un coup d’Etat pour juguler les aspirations démocratiques de la population, tout en liquidant la menace de contagion communiste. Cette rencontre indique à Ernesto, affublé du sobriquet de « Che », une chose essentielle : le pouvoir ne se gagne pas, il se conquiert. Il ne tombe pas avec aisance dans la main des masses, il exige un combat.

    Après le coup d’Etat, sa route croise celle de deux frères : Fidel et Raoul Castro. Leur mouvement n’est pas un inconnu pour Ernesto Guevara, mais il n’en avait pas rencontré les dirigeants. Au Mexique, où ils sont réfugiés, les trois hommes se rencontrent. Ils devisent sur un grand nombre de choses. Le Che est séduit, semble t-il, par la volonté de combat des frères et décide de rejoindre me M-26-7.

    Originellement, le Che est un médecin de terrain. Il est embarqué à ce titre dans l’expédition du Granma, un petit navire chargé de troupes, destiné à faire débarquer un Etat-major dans l’île de Cuba. Cuba, à cette époque, est le bordel de l’Amérique. L’île est dévouée à la prostitution, au jeu, au activités mafieuses. Son dirigeant, Fulgencia Batista, est une marionnette entre les mains des USA et des mafieux. Malgré cela, les USA n’apprécient guère ses services et se méfient de lui. Il n’a pas la poigne de ses compères du continent, et, sous sa direction, Cuba est en roue libre.

    Le débarquement échoue lamentablement. Mal préparé, avec une logistique désastreuse, doublée d’une probable trahison, le groupe subit de lourdes pertes. La vingtaine de survivants rejoint les collines de la Sierra. Dans une région montagneuse, rurale, agricole, difficile de compter sur les forces de la classe ouvrière. Coupés des régions industrialisées, les forces révolutionnaires se nouent avec les masses rurales, se mettent à leur école… en somme passent par la même transformation que celle qu’a pu connaître le PCC, en Chine, après son éviction des côtes par la campagne d’extermination menée par les nationalistes.

    Cela marche. La révolution, par les foyers ou focos, fonctionne et chasse le régime pourri de Batista. Cette victoire, malheureusement, se traduit par une compréhension erronée de la question du Parti, considérant que les focos s’y suppléent parfaitement et le rendent non nécessaire. La systématisation de ce concept, base du guévarisme, représente un malheureux travers gauchiste.

    Le 1er janvier 1959 incarne la dernière révolution réussie, victorieuse, par les armes. Les autres ont malheureusement fait long feu depuis, ou, dans le cas du Népal, se sont enlisée dans une inextricable situation.